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Full text of "Abrégé de grammaire comparée des langues indo-européennes d'après le Précis de grammaire comparée de K. Brugmann et B. Delbrück"

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K.  BRUGMANN 

FrOFEBHEUR  DR  QRAMMAIltR  COMPARÉE  A  L'UKIVBRSITÉ  DE  LEIPZIG 


ABRÉGÉ 


DE 


GRAMMAIRE  COMPARÉE 

DES  LANGUES  INDO-EUROPÉENNES 


Vktah  \M  fïitm  m  GRAMIAIGE  COMPAKÉE  DE  K.  BRlIGNÂNii  KT  B.  MMM 


TRADUIT  l'AU  J.  BLOCH,  A.  CUNY  et  A.  ERNOUT 


sous    LA    DinECTION    DE 

( 

A.  MEILLET        et        R.  GAUTHIOT 


PARIS 
LIBUAIUIK   C.   KLINCKSIECK 

11,  UUK  DE  LILLE,  11 
1905 


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ABREGE    DE 


GRAMMAIRE  COMPARÉE 


DES   LANGUES  INDO-EUROPEENNES 


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K^  ÇKUGMANN 

PBOFE88RUn  DB  ORAMMAIHB  COMPARÉB  A  L'UMIVBBSITÉ  DE  LEIPZIG 


ABRÉGÉ 


DE 


GRAMMAIRE  COMPARÉE 

DES  LANGUES  INDO-EUROPÉENNES 


riPRkS  U  IHÉCIS  DR  flRUIllU  GOlPASte  Dl  K.  BRUQIAIIN  n  B.  DILKCCE 


TRADUIT  PAR  J.  BLOCH,  A.  CUNY  et  A.  ERNOUT 


sous    LA    DIRECTION    DE 


A.  MEILLET        et        R.  GAUTHIOT 


PARIS 

LIBRAIRIE   C.   KLINCKSIECK 

11,  RUE  DE  LILLE,  11 
1905 


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Avertissement. 

En  présentant  au  public  français,  en  1866,  sa  traduction  de  la 
Grammaire  comparée  de  Bopp,  M.  Michel  Bréal  écrivait:  «Un 
ouvrage  dont  le  plan  est  à  la  fois  si  étendu  et  si  détaillé  invitait  à 
rétude  et  fournissait,  pour  une  quantité  de  problèmes,  des  points 
de  repère  commodes  et  sûrs.  Une  fois  l'impulsion  donnée,  cette 
activité  ne  s'est  plus  ralentie.  Nous  osons  espérer  que  le  même 
livre,  singulièrement  élargi  dans  sa  seconde  édition,  produira  des 
effets  analogues  en  France,  et  que  nous  verrons  se  former  égale- 
ment parmi  nous  une  famille  de  linguistes  qui  poursuivra  Tœuvre 
du  maître  et  s'avancera  dans  les  routes  qu'il  a  frayées». 

Grâce  à  M.  Bréal,  —  et  par  la  suite  à  M.  F.  de  Saussure,  et 
enfin  à  M.  V.  Henry  — ,  cet  espoir  s'est  réalisé.  Les  Français  ont  cessé 
de  disperser  au  hasard  les  efforts  qu'ils  consacraient  à  l'étude  du 
langage;  les  recherches  sont  devenues  systématiques;  et,  malgré 
les  vides  successifs  qu'ont  produits  des  morts  prématurées,  la  France 
; -possède  aujourd'hui  la  famille  de  linguistes  qu'attendait  et  préparait 
^  l'illustre  traducteur  de  Bopp. 

Mais  les  débutants  ne  disposent  maintenant  d'aucun  manuel 
^où  ils  puissent  s'initier  à  la  grammaire  comparée.    Car  le  livre  de 
jBopp   (aussi   bien   que  le  Compendium  de  Schleicher)   n'a   plus 
^qu'un   intérêt   historique,   et   il   n'existe   d'autre   part   en    français 
I  aucun  manuel  de  grammaire  comparée  générale  des  langues  indo- 
-européennes.    Du  reste   les  seuls  manuels  de  ce  genre  qu'on  ait 
actuellement  sont  ceux  qu'a  composés  M.  K.  Brugmann,  professeur 
  l'Université  de  Leipzig. 

M.  K.  Brugmann,  né  en  1849,  a  été  constamment  à  la  tète 
du  mouvement  linguistique  des  trente  dernières  années.  Dès  1878,  il 
commençait,  avec  M.  Osthof f ,  la  série  des  Morphologische  Uuter- 
suchungen,  qui  étaient  consacrées  à  défendre  des  principes  nou- 
veaux et  à  les  appuyer  d'exemples  précis.  En  1885,  dans  la  brochure 
Zum  heutigen  Stand  der  Sprachwissenschaft,   il   défendait  v 


II  AVERTISSEMENT 

les  principes  de  la  nouvelle  génération  de  linguistes  contre  les 
attaques  de  Curtius.  Enfin  en  1886,  il  commençait  à  publier  son 
Grundriss  der  vergleichenden  Grammatik  der  indo- 
ge rmanischen  Sprachen  (Précis  de  grammaire  comparée  des 
langues  indo-européennes)  qui  résumait  et  codifiait  en  quelque  sorte 
les  résultats  acquis,  en  les  enrichissant  d'une  foule  de  découvertes 
de  détail  et  d'observations  personnelles;  ce  grand  travail  n'a  été 
achevé  qu'en  1900,  année  où  M.  Delbrûck,  qui  s'était  chargé  de  la 
syntaxe,  a  publié  le  dernier  volume  de  la  partie  qui  lui  était  confiée 
Entre  temps,  en  1891,  M.  Brugmann  fondait,  avec  l'un  de  ses  élèves 
les  plus  éminents  M.  Streitberg,  un  périodique,  les  Indogerma- 
nische  Forschungen,  qui  se  plaçait  dès  l'abord  au  rang  des 
grandes  revues  de  linguistique  déjà  existantes,  et  qui  a  montré 
depuis  une  singulière  activité:  le  18e  volume  est  déjà  en  cours  de 
publication. 

Le  Grundriss  est  un  livre  de  dimensions  considérables: 
outre  la  Syntaxe  de  M.  Delbrflck  qui  forme  trois  gros  volumes, 
la  phonétique  y  compte  1100  pages  dans  la  2«  édition,  et  la  mor- 
phologie plus  de  1400,  sans  compter  les  index.  Toutes  les  anciennes 
langues  indo-européennes,  y  compris  l'arménien,  et  môme  l'alba- 
nais, y  sont  considérées;  la  plupart  des  problèmes  qui  se  posent  en 
grammaire  comparée  y  sont  discutés  ou  du  moins  indiqués.  In- 
dispensable au  spécialiste,  un  ouvrage  aussi  étendu  ne  s'adresse 
pas  à  l'étudiant  ni  à  ceux  qui  désirent  prendre  une  connaissance 
sommaire  de  l'état  actuel  des  études  de  grammaire  comparée.  Il 
est  inutile  de  le  traduire:  ceux  qui  sont  à  même  d'en  profiter  lisent 
assurément  l'allemand. 

Il  en  va  autrement  de  la  Eutze  vergleichende  Grammatik 
«Abrégé  de  grammaire  comparée»  que  M.  Brugmann  a  publié  de 
1902  à  1904  et  qui,  en  un  seul  volume,  comprend  un  aperçu  de 
toute  la  grammaire  comparée:  phonétique,  morphologie  et  théorie 
de  la  phrase.  Dans  ce  résumé  l'auteur  n'a  rien  sacrifié  des  notions 
générales  qu'il  y  définit  même  avec  une  précision  et  une  clarté 
particulières;  toute  la  structure  de  l'indo-européen  est  mise  en 
lumière,  et  le  développement  des  cinq  principales  langues  du  groupe, 
le  latin,  le  grec,  le  germanique,  le  slave  et  le  sanskrit,  est  suivi  en 
détail.  Seules  ont  été  sacrifiées  les  langues  moins  connues  et  qui 
n'intéressent  que  les  spécialistes,  et  encore  sont-elles  invoquées  à 
l'occasion,  toutes  les  fois  que  leur  témoignage  est  nécessaire  pour 
établir  l'état  de  choses  indo-européen.     Sur  le  Grundriss,  cet 


AVBRTISSBMBKT  III 

abrégé  a  d'ailleurs  l'avantage  d'être  postérieur  et  de  représenter 
à  la  fois  un  état  plus  avancé  de  la  science  et  la  plus  récente 
expression  de  la  pensée  de  M.  Brugmann.  L'auteur  qui,  avec 
une  force  de  travail  singulière,  se  tient  au  courant  de  toutes  les 
publications,  qui,  avec  une  rare  rectitude  de  jugement,  sait  en 
retirer  le  plus  souvent  la  partie  solide,  et  qui  y  a  ajouté  l'appoint 
de  ses  recherches  personnelles,  a  composé  un  manuel  pratique, 
facile  à  consulter,  neuf  dans  sa  disposition,  qui  donne  une  idée 
très  juste  de  l'état  actuel  des  connaissances,  et  dont  le  succès  a  été 
éclatant. 

On  ne  doit  pas  imaginer  que  les  doctrines  de  M.  Brugmann 
sont  celles  d'une  petite  école:  M.  Brugmann  n'est  pas  un  théoricien 
qui  ait  une  doctrine  originale  et  personnelle.  D'ailleurs,  à  propre- 
ment parler,  il  n'y  a  pas  actuellement  deux  écoles  de  grammaire 
comparée.  Sans  doute  il  existe  entre  divers  groupes  de  linguistes 
des  différences  dans  la  manière  de  présenter  les  choses,  tous  ne 
s'intéressent  pas  aux  mêmes  objets,  et  les  procédés  d'exposition 
varient  de  l'un  à  l'autre.  Les  élèves  de  Joh.  Schmidt  (notamment 
IfM.  W.  Scbulze,  Kretschmer)  sont  particulièrement  soucieux  de 
se  tenir  de  près  aux  faits  attestés  philologiquement,  au  détail 
matériel  des  choses;  le  groupe  de  Goettingue,  MM.  Fick,  Bozzen- 
berger,  Hoffmann,  Prellwitz,  Bechtel,  CoHitz,  etc.,  s'intéresse  plutôt 
à  l'étymologie,  et  est  par  là  conduit  à  quelque  relftcbement  dans  la 
rigueur  phonétique;  le  groupe  de  Leipzig:  MM.  Brugmann,  Osthoff, 
Leskien,  Paul,  G.  Meyer,  HUbschmann,  Tbumeysen,  Kluge,  Bar- 
tbolomae,  Stolz,  pour  ne  citer  que  la  première  génération,  se  distin- 
guait par  l'importance  qu'il  attribuait  à  l'analogie  et  par  la  pré- 
occupation de  poser  des  lois  générales;  aussi  est-ce  de  ce  groupe  que 
sont  sortis  la  plupart  des  manuels  qui  se  sont  multipliés  dans  ces  der- 
nières années,  à  commencer  par  la  grammaire  grecque  de  G.  Meyer^ 
et  à  continuer  par  les  ouvrages  de  MM.  Sommer,  Berneker,  Streitberg, 
Hirt,  etc.  ;  quelques-uns  des  élèves  les  plus  considérables  de  M.  Brug- 
mann, MM.  Streitberg,  Hirt,  ont  entamé  sur  l'accent  et  sur  le  voca- 
lisme des  recherches  délicates  et  ont  échafaudé  tout  un  système 
d'hypothèses  compliquées;  en  Russie  l'enseignement  de  M.  Fortu- 
natov  a  créé  un  petit  groupe  qui  a  ses  notations  spéciales  et  sa 
manière  de  travailler;  en  France  l'influence  de  M.  Bréal  a,  en  partie, 
orienté  les  recherches  du  côté  des  questions  de  sens,  et  les  doctrines 
rigoureuses  et  systématiques  de  M.  F.  de  Saussure  ont,  d'autre  part, 
imprimé  une  marque  profonde  sur  tout  un  groupe;   les  savants 


IV  AVBRTISSBMBNT 

suédois,  comme  MM.  JohanssoD,  Persson,  Lidén,  se  sont  adonnés  sur* 
tout  à  la  recherche  d*étymologies  nouvelles  comme  le  groupe  de 
Goettingue,  mais  d'une  manière  indépendante.  Il  est  d'autres  sa- 
vants, comme,  l'illustre  M.  Thomsen  et  plus  récemment  M.  Pedersen 
en  Danemark,  M.  Wackernagel,  M.  Solmsen,  M.  Zupitza  en  Allemagne, 
M.  V.  Henry  en  France,  M.  Zubaty  en  Bohème,  M.  Bugge  et  M.  Torp 
en  Norvège,  M.  Danielsson  en  Suède,  qu'il  serait  malaisé  de  faire 
rentrer  dans  aucun  groupe.  Mais  ce  ne  sont  que  des  nuances  qui 
séparent  ces  divers  savants;  tous  sont  d'accord  sur  les  principes 
fondamentaux,  tous  raisonnent  d'une  même  manière,  et  sur  les 
choses  essentielles,  tous  aboutissent  aux  mêmes  conclusions.  C'est 
ce  consentement  de  tous  les  hommes  compétents  que  réfléchit  en 
général  l'ouvrage  de  M.  Brugmann. 

Pareil  consentement  n'est  possible  que  si  les  principes  sur 
lesquels  repose  la  grammaire  comparée  sont  solides,  et  si  la  mé- 
thode qui  s'est  peu  à  peu  constituée  est  rigoureuse.  Mais,  de  ce 
qu'on  est  parvenu  à  un  accord  sur  les  principes,  il  ne  résulte  pas 
que  la  grammaire  comparée  soit  faite  :  l'inventaire  des  résultats  ac- 
quis auquel  on  procède  maintenant  prépare  des  recherches  et  des 
découvertes  nouvelles,  dont  on  entrevoit  déj&  les  commencements. 
L'emploi  des  formes,  la  structure  des  phrases,  autrefois  négligés, 
sont,  grâce  à  M.  Delbrtlck,  entrés  dans  la  grammaire  comparée 
comme  les  autres  parties  de  la  grammaire.  L'observation  des  lan- 
gues modernes  donne  à  la  phonétique  toujours  plus  de  précision, 
comme  on  le  voit  notamment  par  le  récent  manuel  de  M.  Jespersen, 
et  la  phonétique  expérimentale  est  venue  ajouter  à  cette  préci- 
sion, tandis  que  d'autre  part,  comme  l'a  déjà  fait  M.  Gram- 
mont,  on  se  met  à  formuler  les  règles  générales  et  universelles 
des  changements  phonétiques.  Les  conditions  psychologiques  des 
phénomènes  linguistiques  ont  été  étudiées  par  M.  Wundt  dans  un 
grand  ouvrage,  déjà  paru  en  seconde  édition,  dont  l'influence 
sur  les  idées  de  M.  Brugmann  se  manifeste  au  cours  de  Tabrégé 
qui  est  traduit  ici.  Â  l'égard  du  vocabulaire,  M.  Schuchardt, 
M.  Meringer,  M.  Hoops  ont  enseigné  à  tenir  compte  des  choses;  et 
les  études  sur  les  patois  font  entrevoir  la  complexité  des  conditions 
dont  dépendent  les  changements  du  lexique.  Enfin  l'étude  des 
sociétés,  devenant  chaque  jour  plus  précise  et  plus  méthodique, 
commence  à  révéler  les  lois  générales  de  développement  auxquelles 
est  soumis  le  langage,  fait  social  par  excellence. 

£n  l'état  d'avancement  où  elle  est  déjà  parvenue,  la  gram- 


AVERTISSEMENT  Y 

maire  comparée  des  langues  indo-européennes  fournit  un  modèle 
pour  la  constitution  de  grammaires  semblables  des  autres  groupes 
de  langues;  l'avance  qu'a  l'étude  des  langues  indo-européennes  fait 
qu'elle  offre  le  type  des  recherches  à  poursuivre  actuellement  sur 
le  domaine  sémitique,  sur  le  domaine  finno-ougrlen,  sur  le  domaine 
bantou,  sur  le  domaine  turc,  etc. 

Sans  sortir  du  groupe  indo-européen,  l'apprentissage  de  la 
grammaire  comparée  est  la  préparation  nécessaire  à  tout  travail 
grammatical  sur  les  anciennes  langues  indo-européennes,  car,  seule, 
la  grammaire  comparée  permet  de  savoir  en  quelle  mesure  peuvent 
s'expliquer  les  faits  de  ces  langues,  et  comment. 

La  présente  traduction  est  due,  par  parties  égales,  à  MM. 
R.  Gauthiot,  J.  Bloch,  A.  Cuny,  A.  Ërnout.  En  outre,  M.  R.  Gauthiot 
a  contribué,  avec  Tauteur  de  cet  avertissement,  à  revoir  le  travail 
sur  le  manuscrit  et  sur  les  épreuves.  On  voudra  bien  excuser  les 
inégalités  et  les  erreurs  de  détail  qu'entraîne  presque  nécessaire- 
ment la  collaboration  de  quatre  traducteurs  travaillant  d'une 
manière  indépendante.  Il  ne  sera  pas  inutile  de  signaler  que  le  mot 
morphème,  par  lequel  on  a  traduit  Formans,  est  dû  &  M.  Bau- 
douin de  Courtenay,  qui  l'emploie  depuis  assez  longtemps. 

Sauf  quelques  changements  de  détail,  tous  suggérés  ou  ap- 
prouvés par  l'auteur  (le  principal  est  §  258,  Rem.  1,  p.  174),  on  s*est 
simplement  efforcé  de  traduire  d'une  manière  fidèle  l'original  alle- 
mand. On  ne  trouvera  donc  ici  que  les  vues  de  M.  Brugmann, 
sans  aucune  part  due  aux  traducteurs. 

Les  transcriptions  ont  été  modifiées  k  quelques  égards,  afin 
de  les  rapprocher  des  habitudes  françaises. 

L'index  a  été  dressé  sur  rédition  française;  il  est  notablement 
plus  étendu  que  celui  de  l'édition  allemande. 

A.  Meillet. 


Avant-propos 

de  l'antenr. 

Lorsque,  aa  printemps  de  1880,  nous  convînmes,  M.  Trubner 
et  moi,  d'éditer  un  'Grundriss  der  vergleichenden  Gram- 
matik  der  indof^ermanischen  Sprachen'^)  que  j'étais  chargé 
d'écrire,  nous  assignâmes  au  livre  l'étendue  du  Compendium  de 
Schleicher,  et  le  manuscrit  devait  être  livré  au  bout  de  trois  ans. 
Je  me  mis  au  travail  avec  entrain.  Mais  &  peine  avais-je  com- 
mencé à  travailler  à  la  première  partie,  la  phonétique,  que  je  vis^ 
clairement  que  j^avais  entrepris  une  tâche  non  seulement  difficile 
mais  même  impossible.  La  linguistique  indo-européenne  était  alors 
dans  une  période  de  transformation  presque  complète  â  l'égard  de- 
là phonétique  et  de  la  morphologie,  et  c'était  précisément  un  des 
travailleurs  qui  prenaient  part  â  ce  mouvement  qui  devait  ex- 
poser l'état  actuel  de  la  science  sous  une  forme  brève,  brève  â 
l'excès,  et  cela  non  seulement  à  l'usage  des  initiés,  mais  encore 
et  surtout  à  Tusage  de  ceux  qui  abordent  les  études  indo-euro- 
péennes! Comme  l'espace  me  manquait  pour  des  explications 
approfondies,  le  livre,  quelque  soin  et  quelque  conscience  qu*on 
eût  mis  à  le  composer,  eût  par  trop  pris  le  caractère  d'un  ou- 
vrage purement  subjectif  et  provisoire.  Aussi  notre  plan  fnt-iî 
changé  et  nous  nous  décidâmes  pour  une  exposition  plus  appro«^ 
fondie  et  qui,  avant  tout,  donnerait  une  plus  riche  collection  de 
faits;  le  terme  d'achèvement  du  livre  fut  reculé  d'autant.  Le 
Grundriss  exécuté  d'après  ces  vues^  comprend,  pour  la  partie 


1)  Précis  de  grammaire  comparée  des  langaes  indo-easopéennes 
[n.  da  trad.]. 

2)  L^élargiBsement  da  plan  ne  m*a  pas  paru  alors  exiger  un  change- 
ment de  titre,  et  aujourd'hui  encore  je  tiens  le  titre  actuel  comme  toat  â 
fait  exact  ponr  les  denx  premiers  tomes.  Etant  donnée  la  masse  énorme 
de  la  matière  À  traiter,  un  ouvrage  qui  se  fût  intitulé  tout  simplement: 
phonétique  et  morphologie  comparées  des  langues  indo- 
européennes, aurait  dû  présenter  dans  la  plupart  des  chapitres  beau- 
coup plus  de  choses  que  n*en  contient  le  Grundriss. 


AVANT-PROPOS  VII 

rédigée  par  moi,  deux  fois  et  demie  autant  et,  si  Ton  y  igoute  la 
«yntaxe  comparée  de  M.  Delbriick,  quatre  fois  et  demie  autant  que 
le  Compendium  de  Schleicher;  la  phonétique,  la  théorie  de  la 
formation  des  mots  et  la  théorie  de  la  flexion  (dans  la  l^re  édition) 
n*ont  été  terminées  qu*en  1892,  la  syntaxe,  en  1900. 

C'est  par  le  présent  'Abrégé  de  grammaire  comparée' 
qu'est  aujourd'hui  mis  à  exécution  ce  qui  avait  été  projeté  en  1880; 
^  cela  prés  qu'à  cette  époque  je  ne  pouvais  encore  espérer  d'y 
faire  entrer  aussi  la  syntaxe.  Une  exposition  très  concise  des 
xésultats  les  plus  importants  de  la  recherche  scientifique  avait  tou- 
jours été  un  besoin  urgent  depuis  que  le  livre  de  Schleicher  avait 
4éfinitivement  vieilli,  car  la  linguistique  indo-européenne  et  ses 
progrès  intéressent  dès  longtemps  nombre  de  gens  auxquels  on 
n'oserait  conseiller  de  lire  à  fond  ou  même  de  se  procurer  des 
•ouvrages  aussi  étendus  que  le  Grundriss.  De  plus,  aujourd'hui 
et  depuis  plusieurs  années  déjà,  les  circonstances  sont  beaucoup 
plus  favorables  qu'entre  1880  et  1890  à  la  composition  d'un  Abrégé 
de  cette  nature.  D'une  part  en  effet,  et  sur  la  plupart  des  questions 
qui  étaient  alors  au  premier  plan  et  qui  étaient  discutées  le  plus 
vivement  dans  les  livres  et  les  articles  de  revues,  un  certain  calme 
s'est  fait  —  mais  non  pas  toutefois  une  stagnation  complète,  heureuse- 
ment pour  la  science  —  de  sorte  que,  par  rapport  à  ces  questions, 
on  peut  hardiment  parler  d'une  'opinion  commune*.  D'autre  part, 
l'un  au  moins  des  deux  problèmes  qui  dans  les  dernières  années 
ont  tenu  le  premier  plan  dans  les  travaux  de  grammaire  indo- 
-européenne  et  qui  sont  encore  aujourd'hui  en  cours  de  discussion, 
le  problème  de  la  genèse  des  alternances  vocaliques  indo-euro* 
péennes,  est  tel  que,  dans  un  livre  qui  doit  se  restreindre  le  plus 
possible  aux  faits  qu'on  peut  connaître  et  atteindre  de  façon  sûre, 
•on  est  naturellement  conduit  à  en  traiter  très  sommairement,  non 
seulement  pour  le  moment  mais  probablement  pour  toujours. 
Vu  la  clarté  à  laquelle  on  est  parvenu  dans  la  plupart  des 
questions  importantes  de  la  grammaire  comparée,  j'espère  avec  plus 
de  confiance  encore  que  je  ne  pouvais  le  faire  au  temps  de  la  com- 
position du  Grundriss  qu'on  ne  pourra  pas  dire  de  mon  esposi* 
tion  qu'elle  est  partiale  et  qu'elle  ne  représente  les  vues  que  d'une 
partie  des  savants  compétents. 

J'espère  et  je  souhaite  d'avoir  pour  lecteurs  soit  des  étudiants 
qui  ont  déjà  pris  contact  avec  la  grammaire  scientifique  parce  qu'ils 
ont   suivi   un  cours  de  grammaire   latine   grecque   ou  germani- 


VIII  AVANT-PROPOS 

que,  soit  des  professeurs  de  lycés  qui  ont  senti  la  nécessitéi  comme 
philologues  classiques  ou  germanisants,  d'approfondir  leurs  connais- 
sances linguistiques.  Peut-être  aussi  ce  livre  se  montrera-t-0  propre 
à  servir  de  guide  dans  tel  ou  tel  cours  d'université. 

Comme  on  6*est  plaint  souvent  des  nombreuses  différence» 
de  la  terminologie  linguistique  avec  la  terminologie  traditionnelle 
de  la  grammaire,  différences  de  nature  à  rendre  plus  difficile 
rintelligence  des  ouvrages  récents  en  la  matière,  et  que  ces  plainte» 
sont  venues  surtout  du  côté  des  philologues  classiques,  je  ferar 
remarquer  ici  que  j*ai  eu  &  cœur  d'expliquer  les  termes  techniques 
dans  la  mesure  où  cela  m'a  paru  souhaitable  et  ne  demandait  pas 
trop  de  place.  Ces  termes  sont  en  outre  repris  en  grande  partie 
dans  l'index  des  matières  traitées;  là  on  a  cité  pour  chaque  mot  le 
passage  qui  est  propre  &  en  rendre  la  signification  accessible  air 
commençant  ou  les  passages  qui,  rapprochés,  sont  à  même  de  rendre 
ce  service.  Du  reste,  le  reproche  que  la  linguistique  moderne  ait  de» 
allures  trop  ésotériques  a  pour  principale  cause  le  fait  que  beau- 
coup de  philologues  n'avaient  accordé  jusqu'ici  que  peu  d'attention 
aux  questions  fondamentales  de  la  linguistique  historique;  c'est  ce 
que  je  crois  avoir  affirmé  sans  injustice  p.  dO,  et  je  me  permets  d'y 
igouter  encore  l'assertion  suivante  de  M.  Thumb  dans  le  volume  du 
'Literaturblatt  fur  germanische  und  romanische  Philologie*  de  cette 
année  [1903]  (col.  146):  *De  même  qu'un  traité  quelconque  de  méde- 
cine ou  d'histoire  naturelle  n'est  pas  écrit  pour  les  gens  qui  ne  se 
sont  jamais  occupés  de  la  matière  en  question,  de  même  et  aussi 
peu,  un  manuel  de  linguistique  est-il  destiné  aux  gens  qui  ne  se 
sont  jamais  souciés  des  question  de  grammaire  (ou  d'histoire  de  la 
langue)  ....  On  doit  vouloir  la  comprendre  (la  linguistique  indo- 
européenne) et  s'approprier  les  plus  importants  d'entre  les  concept» 
spéciaux  dont  toute  science,  et  la  philologie  classique  comme  les  autres, 
suppose  l'intelligence  chez  ses  disciples.  Il  est  vrai  de  dire  que  ces 
avertissements  ne  sont  peut-être  plus  de  saison  aujourd'hui  autant 
qu'ils  l'étaient  il  y  a  dix  ou  quinze  ans.  Déj&,  en  1900,  un  philo- 
logue classique  en  vue  a  parlé  dans  les  *Neue  Jahrbûcher  filr  das 
classische  Altertum'  du  fait  que  'Dieu  merci!  la  linguisti- 
que récente  affecte  beaucoup  moins  qu'auparavant  une 
forme  difficilement  accessible  et  ésotérique*.  On  entend  avec  plaisir 
de  telles  paroles  dans  l'intérêt  de  la  cause.  Mais  je  demanderais 
volontiers  aux  philologues  qui  ont  l'impression  d'une  amélioration 
dans  ce  sens,  si  ce  qui  leur  paraît  être  une  évolution  du  côté  de» 


AVANT-PROPOS  IX 

linguistes  n*est  pas  plutôt  en  réalité  une  évolution  dans  leur  propre 
eamp.  N*est-il  point  probable  en  effet  qu'on  s'est,  avec  les  années, 
intéressé  davantage  à  des  livres  comme  les  Trinzipien  der  Sprach- 
geschichte*  de  H.  Paul,  les  'Orundfragen  des  Sprachlebens'  de 
Ph.  Wegener  et  les  'Grundziige  der  Phonetik'  de  E.  Sîevers,  et  qu'on 
regarde  en  conséquence  ceux  de  nos  travaux  qui  sont  consecrés  à 
l'histoire  de  chaque  langue  en  particulier  avec  d'autres  yeux 
qu'auparavant  ? 

La  présente  grammaire  ne  pouvait  être  un  simple  extrait  du 
Grundriss.  Il  était  nécessaire  que  les  multiples  progrés  que  la 
science  a  de  nouveau  réalisés  depuis  la  publication  de  cet  ouvrage 
plus  développé  servissent  autant  que  possible  à  enrichir  celui-ci; 
c'est  la  morphologie  qui  a  subi  les  remaniements  les  plus  profonds 
vu  que  le  tome  correspondant  du  Grundriss  avait  paru  dés  les 
années  1889—1892.  Mais  on  pouvait  considérer  comme  nécessaire 
ou  désirable  maint  changement  dans  la  manière  de  grouper  et 
de  traiter  la  matière.  Abstraction  faite  de  menus  changements 
tels  que  ceux  qui  consistent  &  traiter  d'avance  la  théorie  du  ton 
dans  la  phonétique  ou  à  exposer  la  formation  des  thèmes  nominaux 
en  la  fondant  sur  les  catégories  de  sens  et  non  sur  les  catégories 
de  formes,  les  parties  de  la  syntaxe  que  M.  Delbriick  a  exposées  dans 
les  deux  premiers  des  trois  tomes  (du  Grundriss)  composés  par 
lui  ont  été  fondues  avec  la  morphologie  dans  la  deuxième  partie 
de  cette  grammaire,  partie  que  j'ai  intitulée  :  théorie  des  formes 
nominales  et  de  leur  emploi.  La  question  de  savoir  ce  que  sont 
les  phénomènes  syntaxiques  dans  les  langues  doit  être  distinguée 
de  celle  de  savoir  comment  en  chaque  cas  donné  on  exposera  le 
plus  utilement,  dans  le  cadre  d'une  grammaire  d'ensemble,  la  partie 
syntaxique  de  la  langue  et  de  savoir  s'il  est  avantageux  de  la 
réunir  tout  entière  sous  une  seule  rubrique  ou  de  partager  les  pages 
où  l'on  en  traite  entre  plusieurs  chapitres.  De  même  qu'il  n'est  pas 
nécessaire  par  ex.  que  ce  qu'on  appelle  subordination  d'un  membre 
de  phrase  k  un  autre  ou  que  ce  qu'on  désigne  sous  le  nom  d'assi- 
milation entre  différentes  parties  de  la  phrase  forment  des  chapitres 
indépendants  dans  l'exposition  de  la  syntaxe  et  que  cela  ne  se  fait 
pas  habituellement,  de  même  il  n'y  a  non  plus  aucune  nécessité 
interne  à  ce  que,  dans  une  grammaire  d'ensemble,  les  rapports  de 
signification  entre  les  membres  d'une  phrase  soient  traités  tous 
ensemble  dans  un  chapitre  et  uniquement  dans  ce  chapitre.  Comme 
la  question  de  la   formation    des   formes  fléchies  et  celle  de  leur 


X  AVANT-PROPOS 

emploi  dans  la  phrase,  par  ex.  la  question  de  la  formation  des  cas 
et  celle  de  leur  emploi,  non  seulement  se  touchent  de  près,  mais 
qu'elles  dépendent  étroitement  Tune  de  Tautre,  il  est  tout  A  fait 
naturel  de  les  exposer  en  même  temps  ^).  Mais  j*ai  considéré  cette 
forme  d'exposition  comme  appropriée  aux  fins  du  présent  livre  par 
le  motif  que  je  souhaite  combattre  dans  la  mesure  du  possible 
rhabitude  chère  et  même  trop  chère  à  beaucoup   de  gens   de  se 

1)  Contre  les  vues  systématiques  bien  connues  de  M.  Bies,  des 
doutes  ont  été  élevés  en  même  temps  par  M.  DelbrUck  Grnndr.  5,  1  suiv. 
et  par  moi,  Griech.  Gramm.'  363  suiv.  Outre  les  objections  formulées 
dans  ces  deux  endroits,  en  voici  encore  une  qui  peut-être  est  la  plus 
grave.  La  manière  dont  M.  Bies  divise  la  grammaire,  manière  qui  veut 
être  strictement  scientifique,  repose  entièrement  sur  l'opposition  du  mot 
isolé  et  du  groupe  de  mots.  Mais  cette  division  de  la  phrase  en  mots 
est  —  on  Ta  fait  ressortir  de  différents  côtés  dans  ces  dernières  années  — 
fréquemment  arbitraire  et  en  quelque  sorte  purement  conventionnelle  (cf. 
p.  297  et  suiv.,  p.  659);  aussi  est-elle  impropre  A  fournir  la  base  d'une 
division  reposant  sur  la  nature  même  du  sujet.  D'après  le  sens  du  mot, 
sous  le  nom  de  phénomènes  syntaxiques  d'une  langue,  il  faut  entendre,  et 
l*on  entend  généralement,  ce  que  j'ai  nommé  plus  haut  rapports  de  signi- 
fication entre  les  parties  constitutives  d'une  phrase,  et  en  ce  sens  l'ex- 
pression est  en  tout  cas  inattaquable.  Mais  dans  le  cours  du  temps,  quand 
le  mot  syntaxe  est  devenu  le  titre  d'une  des  parties  principales  de  la 
grammaire,  on  y  a  rattaché  toute  sorte  de  choses  auxquelles  le  nom  ne 
convient  pas  bien  ou  ne  convient  même  pas  du  tout,  comme  par  ex.  toute 
la  théorie  de  l'emploi  des  nombres,  la  théorie  de  l'accentuation  de  la 
phrase  comme  moyen  de  distinguer  les  différentes  espèces  de  phrases  ou 
la  théorie  de  la  place  des  mots  ou  de  la  place  des  phrases  les  unes  par 
rapport  aux  autres.  On  peut  si  l'on  veut  !<>  continuer  à  traiter  en  bloc 
sous  le  nom  de  syntaxe  tout  ce  qui  a  été  réuni  jusqu'ici  sous  cette  éti- 
quette, lïous  scandalisons- nous  en  effet  des  termes  :  datif,  optatif,  prépo- 
sition, bien  que  d'après  leur  signification  propre  ils  ne  soient  nullement 
appropriés  A  désigner  tous  les  phénomènes  auxquels  on  les  a  étendus?  — 
Seulement  il  sera  bon  alors,  pour  éviter  les  confusions  d'idées,  d'abolir 
complètement  le  mot  syntaxe  dans  son  sens  propre  et  originaire  et  de 
chercher  pour  ce  sens  une  nouvelle  désignation.  Mais  on  peut  aussi  2o 
abandonner  le  mot  de  'syntaxe'  comme  titre  de  chapitre  en  opposition  avec 
'phonétique'  et  'morphologie*.  On  dit  aussi  depuis  longtemps  pour  'syn- 
taxe' théorie  de  la  phrase.  Il  est  vrai  que  ce  mot  en  tant  qu'il  doit 
désigner  une  partie  séparée  de  la  grammaire,  n'est  pas  non  plus  irré- 
prochable. Car  tout  parler  normal  s'exprime  naturellement  par  phrases, 
et  par  conséquent  la  grammaire  tout  entière  est  au  fond  une  théorie  de 
la  phrase.     Pourtant  il  a  du  moins  cet  avantage  qu'il  s'applique  A  tout  ce 


AVANT-PROPOS  XI 

fientir  dans  les  questious  de  formation  des  thèmes  et  de  flexion  sur 
un  terrain  tout  autre  que  lorsqu'il  s'agit  de  problèmes  de  'syntaxe*. 
Cette  habitude  est  mauvaise,  et  certainement  Tancienne  exposition 
•des  langues  par  schèmes  n'est  pas  pour  peu  de  chose  dans  le  fait 
qu'on  Ta  contractée.  Dès  qu'on  se  met  à  traiter  des  formes,  il  fau- 
drait toujours  dans  les  grammaires  mettre  autant  que  possible  sous 
les  yeux  les  particularités  de  leur  emploi.  Par  là  on  arriverait  peut- 
^tre  à  susciter  chez  les  débutants  un  plus  vif  intérêt  pour  les  recher- 
ches de  syntaxe,  et  c'est  une  chose  fort  souhaitable.  Car  il  n'y  a 
«ncune  partie  de  la  grammaire  comparée  qui  ait  actuellement  aussi 
besoin  d'être  édifiée  que  la  syntaxe,  et  c'est  là  qu'il  y  a,  pour  ceux 
qui  ont  les  connaissances  et  les  dons  requis  et  qui  veulent  participer 
•activement  à  la  recherche  scientifique,  le  plus  de  fruits  à  cueillir 
Bans  trop  de  difficultés. 

Pour  ce  qui  regarde  en  particulier  le  rapport  des  parties  de 
«yntaxe  de  cet  'Abrégé'  aux  trois  volumes  de  mon  collaborateur 
dans  la  composition  du  Grundriss,  il  a  fallu  me  demander  dans 
quelle  mesure  j'introduirais  des  changements  dans  l'exposition  de 
M.  Delbriick.  Certaines  modifications  s'imposaient  en  tout  état  de 
«ause  parce  que  la  littérature  récente  devait  autant,  que  possible 
être  utilisée.  Mais,  dans  toutes  les  questions  encore  pendantes 
au   sujet   desquelles    M.   Delbriick    ne   s'est   pas    exprimé    depuis 


qu'on  a  coutume  de  faire  rentrer  soua  ce  mot.  De  plus,  on  peut  alors 
continuer  de  se  servir  du  mot  syntaxe  dans  son  sens  propre.  Il  y  a  enfin 
30  un  autre  moyen  de  se  tirer  d'affaire  :  c'est  de  partager  la  grammaire 
non  pas  eu  trois  parties,  mais  en  plus  de  trois.  Lesquelles?  C'est  ce  que 
je  n'ai  heureusement  pas  à  déterminer  ici.  Seulement  il  faut  sur  cette 
manière  de  procéder  faire  les  remarques  suivantes.  Gomme  l'objet  de  la 
grammaire,  la  langue,  est  le  résultat  d'une  activité  humaine  très  com- 
plexe dans  laquelle  les  facteurs  les  plus  divers  concourent  à  former  un  tout 
en  se  subordonnant  les  uns  aux  autres,  on  n'arrivera  avec  cette  troisième 
manière  à  un  système  approximativement  adéquat  à  la  nature  de  cet  objet, 
et  à  un  système  offrant  des  limites  nettes  entre  ses  différentes  parties,  que 
«i  l'on  institue  dès  l'abord  les  unes  à  cdté  des  autres  une  assez  longue 
série  de  divisions  particulières.  Mais  il  est  visible  que  cela  émietterait 
trop  la  matière.  Je  pense  que,  vu  cet  état  de  choses,  c'est  le  système 
qui  place  au  premier  plan  l'intérêt  pratique,  système  que  j'ai  suivi  dans 
4ïe  livre,  qui  sera  au  fond  le  moins  exposé  à  la  critique.  Peut-être  ce 
procédé  semble-t-il  plus  convenable  que  la  disposition  adoptée  dans  le 
Orundrîss,  à  la  fois  au  point  de  vue  pratique  et  au  point  de  vue 
théorique.     Tout  serait  alors  pour  le  mieux. 


XII  AVANT-PROPOS 

rachèvement  de  sa  grammaire  comparée,  fallait-il  devancer  son 
jugement  ou  même  lui  demander  sur  quels  points  depuis  ce  temps 
il  était  arrivé  à  de  nouvelles  manières  de  voir?  Des  causes  exté- 
rieures rendaient  déj&  la  chose  peu  faisable.  Il  était  encore  moins 
possible  que  M.  Delbriick  devtnt  directement  mon  collaborateur 
ici.  Comme  la  forme  et  son  emploi,  les  phénomènes  internes  et 
externes  de  la  langue  sont  toujours  étroitement  unis  et  que  la  con- 
cision de  Texposition  était  le  principal  besoin  du  livre,  nous  ne 
pouvions  pas  nous  exprimer  Tun  à  côté  de  Tautre  en  une  foule 
d'endroits.  Nous  convînmes  donc  que  je  me  gouvernerais  pour  la 
partie  de  syntaxe  suivant  mon  bon  plaisir.  Pour  orienter  le  lecteur 
et,  $*il  le  fallait,  pour  le  tranquilliser,  nous  ferons  encore  les  remar- 
ques suivantes.  Mon  exposition  diffère  de  celle  de  M.  Delbriick  sur 
une  série  de  points  particuliers;  car,  d'une  part,  j'ai  substitué  ma 
conception  personnelle  de  tel  ou  tel  phénomène  à  celle  de  M.  Delbrûck 
et  en  outre,  dans  la  théorie  de  la  phrase,  j'ai  ajouté  de  mon  crû 
quelques  petits  paragraphes.  Mais,  comme  dans  les  questions  de 
syntaxe  j'ai  le  sentiment  de  n'être,  ainsi  que  tous  les  indo-euro- 
péanisants,  que  l'élève  du  fondateur  et  maître  de  la  syntaxe  com» 
parée,  de  ce  maître  dont  les  théories  ont  été  confirmées  jusqu'ici  dans 
ce  qu'elles  ont  d'essentiel,  je  n'ai  eu  besoin  de  m'éloigner  de  l'ex- 
position donnée  par  lui  dans  le  Grundriss  que  sur  quelques 
points  d'importance  secondaire.  Toujours  esMl  que  je  dois  (car  j'ai 
rarement  indiqué  d'une  manière  expresse  là  où  je  m'éloigne  de 
M.  Delbriick)  prier  les  lecteurs  qui  désirent  connaître  son  opinion 
sur  un  fait  de  syntaxe  de  se  reporter  toujours  au  Grundriss 
lui-même. 

Il  existe,  on  le  sait,  des  opinions  tout  &  fait  différentes  sur  la 
question  de  savoir  dans  quelle  mesure  un  livre  tel  que  celui-ci  doit 
fournir  des  indications  bibliographiques.  Dans  la  présente  gram- 
maire, les  indications  complètes  étaient  dès  l'abord  exclues  à  cause 
du  manque  de  place.  L'indication  des  publications  les  plus  impor- 
tantes seulement  aurait  pu  être  de  quelque  utilité;  mais  cette  utilité 
n'eût  pas  été  très  grande  à  mon  avis.  Le  but  du  livre  est  avant 
tout  de  servir  &  orienter  dans  l'ensemble  de  la  grammaire  comparée 
des  langues  indo-européennes,  et  pour  ce  qui  est  des  indications 
bibliographiques,  c'était  de  lecteurs  qui  liront  le  livre  dans  ce  but 
qu'il  fallait  s'occuper.  Or,  dans  les  §§  3  à  10,  on  a  cité  les  ouvrages 
généraux  sur  les  différentes  langues,  et  le  commençant  qui  désire 
s'éclairer  sur  une   question   particulière  plus  qu'il  ne  peut  le  faire 


AVANT-PROPOS  XIII 

dans  le  présent  livre  atteindra,  je  pense,  régulièrement  ce  bnt,  6*il 
sVidresse  d*abord  aux  livres  indiqués  et  ensuite  au  Grundrlss» 
Dans  ces  ouvrages  il  trouvera  en  outre  d'autres  indications  biblio* 
graphiques  qui  lui  fourniront  de  nouveaux  moyens.  Signalons 
encore  ici  et  d*une  façon  particulière,  pour  les  langues  qui  sont  au 
premier  plan  de  cet  'Abrégé  de  grammaire  comparée*,  des  livres  qui 
contiennent  une  riche  bibliographie  et  qu'on  consultera  avec  le  plus 
de  profit  quand  on  voudra  savoir  &  quel  endroit  il  a  été  traité  d'une 
question  particulière,  surtout  dans  les  derniers  temps;  ce  sont:  la 
'Altindische  Grammatik'  de  Wackemagel  (|  3,  A)^),  la  'Griechische 
Grammatik'  de  G.  Meyer  et  la  mienne  (§  5),  la  'Lateinische  Gram- 
matik' de  Stolz  et  Schmalz  (§  7,  A),  la  'Historiscbe  Grammatik  der 
lateinischen  Spr.'  III,  1  de  Landgraf  (citée  dans  les  additions)^,  le 
*Grundriss'  de  Paul,  la  *Urgermanische  Grammatik*  de  Streitberg  et 
le  'Abriss*  de  Noreen  (§  9). 

Leipzig,  27  octobre  1903.  K.  Brugmann. 


1)  Le  première  partie  du   second  volame  de  ce  livre  a  paru  cette 
année  (1905).     (N.  d.  Trad.) 

2)  Malheureusement  je  n'ai  pu  utiliser  ce  livre  pour  la  présente 
grammaire. 


Abréyiations. 

I.  AbréviationB  bibliographiques^). 

A.  J.  of  Ph.  =  The  American  Journal  of  Philology,  edited  by  B.  L. 

Gildersleeve.   Baltimore. 
'A  9.  ^  'AGtivÔ.  ZÙYYpQMMOi  trepiobiKÔv  xflç  èv  'AO/ivaiç  èîriaTTmoviKf^ç  érai- 

p€{a<;.    *A8if|vr]aiv. 
Anz.  f.  d.  Alterth.  =  Anzeiger  fur  deutsches  Alterthum  und  deutsche 

Literatur,  Beiblatt  zur  Z.  f.  d.  Alt. 
Arcb.  f.  si.  Ph.  =  Arcbiv  fiir  slavische  Philologie»  herausgeg.  von 

V.  Jagié.  Berlin. 
Bartholomae,    Stud.  =  Studien   zur   indogermaniRchen   Sprach* 

geschichte.  Halle  1890.  91. 
B  B.  =  Beitrftge  zur  Kunde  der  indogermanischen  Sprachen,  heraus- 
geg. von  A.  Bezzenberger  und  W.  Prellwitz.  Gottingen. 
Bechtel,  Hauptprobl.=  Die  Hauptprobleme  der  indogermanischen 

Lautlebre  seit  Schleicher.  Gottingen  1902. 
Behaghel,  Der  Gebr.  d.  Zeitf.  =  Der  Gebranch  der  Zeitformen 

im  konjunktiviscben  Nebensatz  des  Deutschen.  Paderborn  1899. 
— ,  Synt.  des  Hel.  =  Die  Syntax  des  Heliand.   Wien  1897. 
Ber.  d.  bôhm.  G.  d.  W.  =  Sitzungsber.    der    konigl.    bohmischen 

Gesellschaft    der    Wissenschaften.      Classe    fiir   Philosophie^ 

Geschichte  und  Philologie.   Prag. 
Berl.  phil.  W o c h.  =  Berliner  philologische  Wochenschrift.  Leipzig. 
Brugmann,  Gr.  Gr.3  =  Griechische  Grammatik  (Lautlehre,  Stamm* 

bildnngs-  und  Flexionslehre  und  Syntax),   3.  Aufl.   Miinchen 

1900.   (Iw.  V.  Miiller*8  Handbuch    der  klassischen  Altertums- 

wissenschaft,  2.  Band,  1.  Abteil.) 
Brugmann  und  Delbriick  Gr.  (Grundr.)  =  Grundriss  der  ver- 

gleichenden    Grammatik    der    indogermanischen    Sprachen^ 

1.  vol.,  zweite  Aufl.  1897,   vol.  2  à  5  erste  Aufl.  1889—1900. 

Strassburg. 


1)  La  présente  liste  n'est  pas  une  liste  des  principaux  onvrnge» 
à  consulter  pour  l'étude  de  la  grammaire  comparée  des  langues  indo- 
européennes. 


ABRÉVIATIONS  XV 

Byz.  Ztschr.  =  ByzantÎDische  Zeitschrift  herausgeg.  von  K.  Krum- 
bâcher.  Leipzig. 

Xapiar.  =:XaptaTif|pia,  Sbomik  v  cest'  F.  E.  Eorëa.  Moscou  1890. 

Chicago  Stud.  ofPhil.  =  Studies  in  Classical  Pbilology,  edîted  by 
a  committee  representing  the  Departments  of  Greek,  Latin, 
Archaeologyi  and  Comparative  Philology.  Chicago. 

Class.  Rev.  =  The  Classical  Review.  London  and  Boston. 

Delbruck,  Ai.  Synt.  =»  Altindische  Syntax.  HaUe  1888. 

—  Einl.^  =  Einleitung    in    das   Sprachstudium.    Ein   Beitrag   zur 

Geschichte  und  Methodik  der  vergleichenden  Spracbforschung. 
3.  Aufl.  Leipzig  1893. 

—  Grundfr.  =  Grundfragen   der  Spracbforschung,   mit  Riicksicht 

auf  W.  Wundts  Spracbpsychologie  erôrtert.   Strassburg  1901. 

—  Gr.  (Grundr.),  v.  Brugmann. 

Dieter,  Laut-  u.  Formenl.  =:=  Laut-  und  Formenlehre  der  alt- 

germanischen  Dialekte,  dargestellt  von  R.  Bethge,  0.  Bremer, 

F.  Dicter,   F.  Hartmann  und  W.  Schlliter,   herausgeg.   von 

F.  Dicter.  Leipzig  1900. 
D.  Lit.-Zeit.  =  Deutsche  Literaturzeitung.  Berlin  und  Leipzig. 
Draeger,Hist.  Synt.=Histori8che  Syntax  der  lateinischen  Sprache. 

2  Bde.    2.  Aufl.   Leipzig  1878.  81. 
Engl.  Stud.  =  Englische   Studien,    herausgeg.    von   Eôlbing   und 

Hoops.  Leipzig. 
£ranos  =  Eranos.   Acta  philologica  Suecana,   edenda  curavit  Vil. 

Lundstrôm.  Upsala. 
Festgruss  an  BÔhtl.  =  Festgru8S  an  0.  von  BÔhtlingk  zum  Doktor- 

Jubilftum  3.  Febr.  1888  von  seinen  Freunden.  Stuttgart  1888. 
Festschr.  f.  Stokes  =  Festschrift  Whitley  Stokes  zum  70.  Geburts- 

tapre    am    28.  Febr.   1900    gewidmet    von   Kuno   Meyer   etc. 

Leipzig  1900. 
Gott.  g.  A.  =:  Gôttiiigische  gelehrte  Anzeigen,  unter  der  Aufsicht 

der  kônigl.  Gesellschaft  der  Wissenschaften.    Gottingeu. 
6r.  (Grundr.),  v.  Brugmann  und  Delbruck. 

Gr.  d.  germ.  Ph.  =  Grundriss  der  germanischen  Philologie,  heraus- 
geg. von  H.  Paul.  2  Bde.   2.  Aufl.   Strassburg  1896  suiv. 

Gr.  d.  indo-ar.  P h.  =  Grundriss  der  indo-ariscben  Philologie  und 
Altertumskunde,  herausgeg.  von  G.  Bûhler  und  F.  Kielhorn. 
Strassburg  1895  suiv. 

Gr.  d.  iran.  P  h.  =  Grundriss  der  iranischen  Philologie,  herausgeg. 

von  W.  Geiger  und  E.  Kuhn.    Strassburg  1895  suiv. 
Gr.  Gr.^,  v,  Brugmann. 

y.  Grienberger,  Un  t.  =  Untersuchungen  zur  gotischen  Wort- 
kunde.   Wien  1900. 


XVI  ABRÉVIATIONS 

Qurup.  =  Gurupûj&kaumudl.    Festgabe    zuin  ôOjahrigen    Doktor- 

jubilâum  Âlbrecht  Weber  dargebracht  von  seinen  Freunden 

iind  Schûlern.   Leipzig  1896. 
Hirty  A  b  1  au t  =  Der  indogermanische  Ablaut,  vornehmlich  in  seinem 

Verhilltnis  zur  Betouung.    Strassburg  1900. 
— ,  D.  idg.  Ace.  ==  Der  indogermanische   Akzent.    Ein  Handbuch. 

àStrassburg  1895. 
— ,  Gr.  L.  u.  FI.  =  Handbuch  der  griechischen  Laut-  und  Formen- 

lehre.   Heidelberg  1902. 

Hoffmann,  G.  D.  =  Die  griechischen  Dialekte  in  ihrem  historischen 
Zusammenhange  mit  dcn  wichtigsten  ihrer  Quellen.  3  voL 
Gottingen.  1891.  93.  98. 

Hûbschmann,  Armen.  Gramm.  =  Armcnische  Grammatik.  l.Teil: 
Armeuische  Etymologie.  Leipzig  1897. 

— ,  Pers.  St.  =  Persische  Studien.    Strassburg  1895. 

IF.  =a  Indogermanische  Forschungen.  Zeitschrift  fur  indogermanische 
Sprach-  und  Altertumskunde,  herausgeg.  von  K.  Brugmann 
und  W.  Streitberg.  Strassburg. 

IF.  Anz.  =  Anzeiger  fUr  indogermanische  Sprach-  und  Altertums- 
kunde.  Beiblatt  zu  den  indogermanischen  Forschungen, 
herausgeg.  von  W.  Streitberg.   Strassburg. 

I Z.  =  Internationale  Zeitschrift  f iir  allgemeine  Sprachwissenschaft, 
herausgeg.  von  F.  Techmer.   5  vol.    Heilbronn  1883—90. 

Jacobi,  Comp.  u.  Neb.  =  Compositum  und  Nebensatz.  Studien 
ûbcr  die  indogermanische  Sprachentwicklung.   Bonn  1897. 

Jbb.  f.  c  l'a  s  s.  Ph.  =  Jahrbûcher  fUr  classische  Philologie,  heraus- 
geg. von  A.  Fieckeisen.  Leipzig. 

Jbb.  f.  class.  Ph.  S uppL  =  Suppléments  aux  'Jahrbûcher*  précités. 

Journ.  ofGerm.  Phil.  =  The  Journal  of  Germanie  Philology,  edit. 
bj  G.  E.  Karsten.   Bloomiagton,  Ind. 

Journ.  of  Phil.  =  Tlîe  Journal  of  Philology,  odit.  by  Wright,  By- 

water  and  Jackson.   London. 
Journ.  of  the  Am.  Or.  Soc.  =  The    Journal    of   the   American 

Oriental  Society,  edit.  by  Lanman  and  Moore. 

Kluge,   Nom.  Stammb.^s=  Nominale  Stammbildungslehre   der   ait- 

germanischen  Dialekte.   2.  Aufl.   Halle  1899. 
Kretschmer,  Einl.  =  Einleitung  in  die  Geschichte  der  Griechischen 

Sprache.    Gottingen  1896. 
—,  Koivifi  =  Die  Entstehung  der  Koiv^.   Wien  1900. 
EZ.  =  Zeitschrift  fiir  vergleichende  Sprachforschung  auf  dem  Gc- 

biete  der  indogermanischen  Sprachen,  herausgeg.  von  A.  Kuhn, 

E.  Kuhn,  J.  Schmidt  und  W.  Schulze.    Berlin  und  Gûtersloh. 


ABRÉVIATIONS  XVII 

Leskien,  Bild.  d.  Nom.  =  DieBildang  der  Nomina  im  Litauischcn. 

Leipzig  1891. 
—  ,  H  a  II  d  b.  s  =  Handbuch  der  altbulgarischen  (altkircbenslavischen) 

Sprache.  Grammatik^  Texte,  Glossar.   S.  AufL   Weimtii*  1898. 
Lidén,    Stud.  =  Studien    zur    altindiscben    und    vergleiehcnden 

Sprachgeschichte.  Upsala  1897.  (Skrifter  utgifna  af  K.  Hunm- 

nistiska  Vetenskaps-SamfuDdet  i  Upsala.  VI.  1.) 
Lindsay-Nohl,  D.  lat.  Spr.  =  Die  lateinische  Sprache,  ihre  L.iute, 

StAmme  und  Flexionen  in  sprachgeschichtlicher  Darstellung 

von  W.  M.  Lindsay,  iibers.  von  H.  Nohl.    Leipzig  1897. 
Liit.   Central-Bl.  =  Literarisches   Centralhlatt   fUr   Deutschiand, 

herausgeg.  von  F.  Zarncke  und  E.  Zarncke.    Leipzig. 
Lit.  f.  g.  u.  r.  Pb.  =  Literaturblatt  fiir  gernianische  und  romanische 

Philologie,    herausgeg.   von   0.  Behaghel   und   F.  Neuuiann. 

Heilbronn. 
Meillet,  Études  =  Études  sur  Tétymologie  et  le  vocabulaire  du 

vieux  slave.   Paris  1902. 
—,  Recherches  =  Recherches  sur  remploi  du  géniti^accusatif  en 

vieux-slave.   Paris  1897. 
Meisterhans-Schwyzer,    6r.s=  Grammatik    der   attischen    In- 

schriften  von  R.  Meisterhans,  3.  Aufl.  besorgt  von  £.  Schwyzer. 

Berlin  1900. 
M  é  m.  =  Mémoires  de  la  Société  de  Linguistique  de  Paris.  Paris. 

<j.  Meyer,  Alb.  St.  =  Albanesische  Studien.    8  Hefte.   Wien  1883. 

84.  92. 
M  U.  =  Morpbologische  Ûntersuchungen  auf  dem  Gebiete  der  indo- 

germanischen  Sprachen,   von  H.  Osthoff  und  K.  Brugmaun. 

5  parties.   Leipzig  1878-90. 
Nachr.  d.  g8tt.  G  es.  d.  Wiss.  =  Nachrichten   von   der   KënigL 

Gesellschaft  der  Wissenschaften  und  der  Georg-Augustus-Uni- 

versitttt  zu  Gottingen.  Gôttingen. 

N.  Jahrbb.  =  Neue  Jahrbiicher  fUr  das  klassische  Altertum,  Ge- 
schichte  und  deutsche  Litteratur  und  fur  P&dagogik,  heraus- 
geg. von  J.  liberg,  R.  Richter  und  B.  Gerth.^  Leipzig. 

Oertel,  Lectures  =  Lectures  on  the  Study  of  Language.  New 
York  et  London  1901. 

Osthoff,  Et  Par.  =  Etymologische  Parerga.  1.  Teil.  Leipzig  1901. 
—,  Suppl.  =  Vom  Suppletivwesen  der  indogermanischen  Sprachen. 
Erweiterte  akademische  Rede.   Heidelberg  1900. 

v.  Patrubâny*s  Spr.  Abh.  =  Sprachwissenschaftliche  Abhand- 
lungen,  herausgeg.  von  L.  v.  Patmbàny.  Budapest  1897  ff 

Paul,  Prinz.*  =  Prinzipien  der  Sprachgeschichte.  3.  Aufl.  Halle 
1898. 


XVIII  ABRÉVIATIONS 

PB  S.  Bcitr.  =  Beitrftge  zur  Geschichte  der  deutschen  Sprache  und 

Literatur,  berausgeg.  von  H.  Paul,  W.  Braune  und  E.  Sievers. 

Halle. 
Perssoo,  De  gerund.  =  De  origine  ac  vi  primigenia  gerundii  et 

gerundivi  Latini.  Upsala  1900.  (Skrifter  utgifna  af  K.  Huma- 

nistiska  Vetenskaps-Samfandet  i  Upsala.  III.  4.) 
— ,  S  t  u  d.  =  Studien   sur  Lehre   von  der  Wurzelerweiterung  und 

Wurzelvariation.  Upsala  1891. 
Pezzi,  La  1.  gr.  =  La  lingua  greca  antica,  brève  trattazione  com- 
para ti  va  e  storica.  Torino  1888. 
P  h  i  1  o  1  =  Philologus.  Zeitschrif  t  fiir  das  klassische  Alterthum,  beraus- 
geg. von  F.  W.  Schneidewin,   £.  v.  Leutscb  und  0.  Crusius. 

Stolberg  und  Gôttingen. 
Pischel,  Gramm.  =  Grammatik  der  Prakrit-Spracben.  Strassburg 

1900. 
V.  Planta,  08k.-umbr.  G r.  =  Grammatik  der  oskiscb-umbrischen 

Dialekte.  2  Bde.   Strassburg  1892.  97. 
Rh.  M.  =  Rheiniscbes  Muséum  fiir  Philologie.   Bonn  und  Frankfurt 

a.  M. 
J.  Schmidt,  Kritik  =  Eritik   der  Sonanten théorie.    Eine  sprach- 

wissenschaftliche  Untersuchung.   Weimar  1895. 
— ,  Plur.  ==  Die    Pluralbildungen    der   indogermanischen    Neutra. 

Weimar  1889. 
Schulze,  Qu.  e  p.  =  Quaestiones  epicae.  Giitersloh  1892. 
Schwyzer  (Schweizer),  Pergam.=.  Grammatik  der  Pergameni- 

schen  Inschriften.    Beiiràge  zur  Laut-  und  Flexionslehre  der 

gemeingriechischen  Sprache.   Berlin  1898. 
Sievers,  Phon.5  =  Grundziige   der  Phonetik,   zur  Einftihrung  in 

das  Studium  der  Lautlehre  der  indogermanischen  Sprachen. 

Leipzig  1901. 
Solmsen,  Unt.=  Untersuchungen  zur  griechischen  Laut- und  Vers- 

lehre.   Strassburg  1901. 
Sommer,  La  t.  L.  u.  FI.  =  Handbuch  der  lateinischen  Laut-  und 

Formenlehre.   Heidelberg  1902. 
Speyer,  Sy  nt.  =  Vedische  und  Sanskrit-Syntax.   Strassburg  189G. 
StoLz-Schmalz,  Lat   Gr.^  =  Lateini8che  Grammatik.   Laut-  und 

Formenlehre,  Syntaz  und  Stilistik.   3.  Âufl.    Milnchen  1900. 

(I\v.  V.  Milliers  Haudbuch   der   klassischen  Altertumswissen- 

schaft,  2.  Band,  2.  Abteil.) 
Streitberg,  Go  t.  Elem.  =  Gotische8  Elementarbuch.    Heidelberg 

1897. 
— ,  Urgorm.  G  r.  =  Urgermanîsche  Grammatik.  Heidelberg  1896. 
Stud.  ic.  di  fil.  class.  =  Studi  italiani  di  filologia  classica.  Firenae- 

Koma,  1893  suiv. 


ABRÉVIATIONS  XIX 

Thumb,  Hellenist.  Spr.  =  Die  griechische  Sprache  im  Zeitalter 

des  Hellenismus.   Strassburg  1901. 
Transact.  of  the  Ain.  Ph il.  A ss.  =  Transactions  of  the  American 

Philological  Association.   Hartfort  1871  suiv. 
Uhlenbeck,  Go  t.  Wtb.*  =  Kurzgefa89tes  etymologisches  Wôrter^ 

buch  der  gotischen  Sprache.  2.  Aufl.  Amsterdam  1900. 
VoUmôller's    Roman.    Jahresber.  =  Eritischer    Jahresbericht 

liber  die  Fortschritte  der  romanischen  Philologie,  herausgeg. 

von  K.  VoUmSller  und  R.  Otto.   Miinchen  et  Leipzig. 
Yondràk,  Aksl.  Gr.  =  Altkirchenslavische Grammatik.  Berlin  1900. 
Wackernageli  Ai.  Gr.  =  Altindische   Grammatik.    1.  Bd.:  Laut- 

lehre    Gattingen  1896. 
— ,  Ver  m.  Beitr.  =  Vermischte  Beitrttge  ztir  griechischen  Sprach- 

ktinde.   Basel  1897. 
Walde,  Ansl.  =  Die  germanischen  Auslautgesetze.  Halle  1900. 
Wechssler,  Laatges.  =  Giebt  es  Lautgesetze?   Halle  1900. 
Winkler,  Casussynt.  =  Germanische  Casussyntax.  1.:  DerDatif^ 

Instrumental,   5rtliche  tind   halbôrtliche  Verhilltnisse.    Berlin 

1896. 
Woch.  f.  kl  as  s.  Phil.  =  Woehenschrift  fiir   klassische  Philologie. 

Berlin. 
Wolfflin's   Arch.  =  Archiv   fiir    lateinische    Lexikographie   und 

Grammatik  mit  Einschluss  des  âlteren  Mittellateins.   Leipzig. 
Wundt,  Philos.  Stud.  =  Philosophische  Studien,  herausgeg.  von 

W.  Wundt.  Leipzig, 
—y  Sprachgesch.  u.  Sprachps.  =  Sprachgeschichte  und  Sprach- 

psychologie,   mit  Riicksicht   auf  B.  Delbriicks  'Grundfragen 

der  Sprachforschung*.   Leipzig  1901. 
— ,  Vôlkerps.  I  =  Vôlkerpsychologie,  eine  Untersuchung  der  Ent- 

wicklungsgesetze  von  Sprache,   Mythus  und  Sitte.   1.  Band: 

Die  Sprache,  2  Telle.  Leipzig  1900. 
ZDMG.=  ZeitBchrift  der  Deutschen  Morgenlftndischen  Gesellschaft, 

herausgeg.  von  den  Geschftftsfiihrem.  Leipzig. 
Z.  f.  celt.  Ph.  —  Zeitschrift  fiir  celtische  Philologie,  herausgeg.  von 

R.  Meyer  und  L.  Chr.  Stem    Halle. 
Z.  f.  d.  Alt.  =  Zeitschrift   fiir    deutsches  Alterthum   und   deutsche 

Literatur.   Berlin.  > 

Z.  f.  d.  Gymn.  =  Zeitschrift  fiir  das  Gymuasialwesen.  Berlin. 
Z.  f.  5  s  t.  G.  =  Zeitschrift  ftir  die  ôsterreichischen  Gymnasien.  Wien. 
Z.  f.  roman.  Ph.  s=  Zeitschrift  fiir  romanische  Philologie,  herausgeg. 

von  G.  Grôber.   Halle. 
E.  Zupitza,  Germ.  Gutt.  :^  Die  germanischen  Gutturale.    Berlin 

1896. 


XX 


ABRÉVIATIONS 


II.  Autres  abréviations. 


A  B.  =  Aitrtreyabrfthtnnna 

ags.  =  ang:lo-6axou 

alb.  =  albanais 

al  é  m.  =  alémanique 

ail.  (ou  a)  =  allemand 

angl  =  anglais 

arui.  =  arménien 

att.  =  attique 

A  V.  =  Atharvaveda 

b  a  s  •  a  1 1.  =  bas-allemand 

bal  t.  =baltique 

béot  =  béotien 

bret=  breton 

brit.  =  brittonique 

bulg.  =  bulgare 

celt.  =  celtique 

cf.  ==  comparez  (confer) 

CI L.  =  Corpus  inscriptionum 

latinarum 
comm.  =  commun 
corn.  =  comique 
cor.  =  corinthien 
c  orc.  =  corcyréen 
crét.  =  Cretois 
cypr.  =  cypriote 
cyr.  =  cyrénaïque 
ÇB.  =  Çatapathabr&hmana 
del.  =  délien 
d  el  p  h.  =  delphiqne 
dial.  =  dialectal 
dor.  ssdorien 
él.  =  éléen 
éol.  =  éolien 
ép.  =  épique 
é  p  i  d.  :=  épidaurien 
épig  r.  =3  épigraphique 
épir.  =  épirote 
érétr.  =  érétrien 
fal.  =  falisqne 
Fest.  =  Festtts 
franc.  =  franconien 


fr.  ou  franc.  =  français 

gall.  =  gallois 

gaul.  ==  gaulois 

ge  rni.  =  germanique 

gort.  =gortynien 

g  o  t.  =  gotique 

g  r.  =  grec 

gàth.  =  gAtbique 

h.  a.  :=  haut  allemand 

héracl.  =  héracléen 

h  0  m.  =  homérique 

i.-e.  =  indo-européen 

i  o  n.  =  ionien 

i  r  an.  =  iranien 

irl.  =  irlandais 

isl.  =  islandais 

it.  =  italique 

lac.  =:laconien 

lan.  =:lanuvien 

lat.  =  latin 

lett.  =  lette 

1  i  t.  =  lituanien 

locr.  sslocrien 

marr.  =  marrucinien 

m.  =  moyen  (ainsi  m.  a.  =  moyen 

allemand) 
még.  =  mégarien 
m  0  d.  =  moderne 
nor.  =  norrois 
ombr.==  ombrien 
osq.  s=08que 
p  a  m  p  h.  =  pamphy  lien 
pél.  =  péligiiien 
p  e  r  s.  =  perse 
p  h  0  c.  =  phocéen 
pol.  =  polonais 
p  0  r  t.  =  portugais 
prftkr.  =  pràkrit 
p.  r.  s  petit  russe 
prén.  =  prénestin 
pruss.  =  prussien 


ABRÉVIATIONS 


XXI 


R.  =  racine 
r  e  8  p.  =  respect]  vement 
rhod.  =  rhodien 
r  u  n.  =  runique 
ru  s  8.  ou  r.  =  ru88e 
RV.  =  Rigv6da 
8abin.  =  8abin 
8  a  m.  =  samien 
6ard.=:  sarde 
s  é  g  e  a  t.  =  ségestin 
serb.  ou  s.  =  serbe 
8  k  r.  =  sanskrit 
s  1.  =  slave 
si  ov.  =  Slovène 
sorb.  :=  sorabe 
su  éd.  =  suédois 
s  V  r  ac.  =  svracusain 
te  h.  =  tchèque 
th  ess.  =  thessalien 
v.  =  voir,  et  devant  une  autre 
v.  abréviation=  vieux   (ainsi 
v.  h.  a.  =  vieux-haut-allemand) 
vêd.  =  védique 


vest.  =  vestinien 
volsq.  =  volsque 
vulg.  =  vulgaire 
z  d  =  zend  (avestique) 


*  devant  une  forme  (par  ex. 
*esmi)  indique  une  forme 
non  attestée,  restituée  par 
hypothèse. 

[  ]  dans  les  cas  tels  que  gr.  èpé- 
P€[(t]-oç  indique  que  le  pho- 
nème mis  entre  crochets  est 
tombé  phonétiquement. 

(  )  dans  des  cas  comme  gr. 
iTpôae€(v),  lat.  deoct{e)ra  indi- 
que que  le  mot  existe  avec  et 
sans  le  phonème  mis  entre 
parenthèses. 

Les  majuscules  grecques  A,  B,  V 
etc.  désignent  les  chants  de 
riliade,  les  minuscules  a,  p,  t 
etc.  les  chants  de  l'Odyssée. 


Graphie. 


Les  nuances  de  son,  que  ne  parvient  pas  à  rendre  l'alphabet 
latin  usuel,  s'expriment  la  plupart  du  temps  dans  la  linguistique 
indo-européenne  par  l'adjonction  de  'signes  diacritiques'  à  certaines 
lettres  de  l'alphabet  latin.  Dans  quelques  cas  aussi  on  donne  aux 
caractères  latins  une  valeur  qu'ils  ne  possédaient  pas  en  latin  même, 
ou  l'on  a  recours  à  des  signes  empruntés  à  d'autres  alphabets.  Nous 
réunissons  ici  les  plus  importantes  de  ces  notations. 

Accentuation:  '^accent  aigu,  ~  circonflexe,  'indique  aussi  la 
place  de  l'accent  tonique  sans  égard  à  la  qualité  de  l'accent.  Sur 
'comme  signe  de  la  longue  voir  §33,  B,  1.    34,  1. 

Quantité:  "=  brève,  ex.:  d,  '  =  longue,  ex.:  â. 

Pour  les  voyelles, ,  indique  la  prononciation  ouverte, .  la  pronon- 
ciation fermée;  ex.:  ç  et  ç  (§  17,  5). 

,  est  le  signe  de  la  nasalisation  de  la  voyelle,  ex.:  ç,  ç, 

îD  est  l'n  'gutturale*  (vélaire)  comme  dans  l'allemand  moderne 
JunÇf  n  la  variété  palatale. 

h  dans  kh,  ph,  gh  indique  la  prononciation  'aspirée'  de  l'oc- 
clusive en  question;  il  faut  prononcer  occlusive  +  h  (cf.  §  17,  10,  b). 

b  est  une  spirante  labiale  sonore  =  ail.  mod.  iv.  p  et  «f,  et  aussi 
9  et  6  (§  23,  4;  25,  4)  sont  des  spirantes  dentales  du  type  de  l'angl.  th-, 
P  est  sourd,  «f,  sonore  (§  17,  4,  b).  x  et  j  (§  23,  4.  25,  4.  26,  4.)  ou 
aussi  X  et  T  sont  des  spirantes  'gutturales'  (vélaires,  ou  palatales); 
X  X  est  le  son  sourd  (comme  en  allemand  moderne  bachj  ich),  j  t  le 
son  sonore. 

z  est,  abstraction  faite  du, 5  haut  allemand  et  osco-ombrien  (§  30), 
le  signe  de  l'-v  sonore,  cf.  fr.  zèle. 

Les  sons  chuintants  du  type  français  ch  sont  ordinairement 
rendus  par  .4  (sourd)  et  z  (sonore)  (§  17,  7,  c). 

'  après  une  consonne  indique  une  prononciation  palatale 
(mouillée),  ex.  i',  t\  k\  s\  z'  (§  17,  8).  Pour  s\  z'  et  h\  z'  on  trouve 
aussi  .v',  2  et  i,  2  (§  17  rem.  2).  En  regard  de  /'  se  trouve  1'  l  'gut- 
turale' (vélaire),  p.  ex.  pol.  pelny. 

.  est  le  signe  de  la  prononciation  'cérébrale'  des  consonnes, 
ex.  n,  f,  9  (§  17,  4,  c). 

o  est  le  signe  de  la  prononciation  vocaiique  d'un  phonème, 
.  celui  de  sa  prononciation  consonantique,  ex.  l  dans  ail.  mod.  handln 
'handeln',  çpafèr  'ne  pas  faire',  i  dans  fr.  papjfi  'papier'. 

Pour  plus  de  détails  voir  plus  loin,  surtout  §  17.  20  sqq.  37. 


Brugmann,  Abrégé  de  graoïra.  comparée. 


INTRODUCTION 


Introduction. 


1.  Le  sujet  du  présent  livre  est  le  groupe  de  langues  que 
les  Allemands  appellent  aujourd'hui  indo-germanique  (idg.)>  et 
que  Ton  désigne  aussi  sous  le  nom  d'indo-européen  (i.-e.);  nom 
usuel  en  France  et  qui  sera  adopté  dans  la  présente  traductioa, 
"OU  d'aryen,  ou  de  japhétique.  Parmi  le  grand  nombre  de  langues 
et  de  dialectes,  qui  appartiennent  à  la  famille  indo- européenne, 
on  ne  traitera  plus  spécialement  ici  que  de  ceux  auxquels  s'intéresse 
un  groupe  important  de  philologues,  les  langues  des  Indous,  des 
<jrecs,  des  Romains,  des  Germains  et  des  Slaves.  De  plus  la  lin- 
guistique indo-européenne  n'a  à  s'occuper  que  des  phases  du 
•développement  les  plus  anciennement  attestées  dans  chacune  de 
ees  langues;  ainsi  par  ex.  c'est  le  grec  ancien,  non  le  grec  moderne, 
c'est  le  romain  (latin),  non  le  roman  qui  est  envisagé.  En  règle 
générale,  ce  qui  est  eu  dehors  des  cinq  langues  sus-nommées  ne 
sera  invoqué  qu'au  cas  où  cela  importera  à  la  caractéristique  des 
langues  indo-européennes  en  général,  ou  qu'on  y  devra  recourir 
pour  expliquer  plus  précisément  des  phénomènes  appartenant 
aux  langues  mises  au  premier  plan.  C'est  ainsi  que,  par  ex., 
dans  l'histoire  du  slave,  bien  des  faits  reçoivent  du  lituanien 
l'explication  la  meilleure  et  la  plus  immédiate,  et  que  l'iranien 
joue  le  même  rôle  par  rapport  à  la  langue  de  l'Inde. 

2.  Une  fois  qu'on  eut  reconnu  que  la  parenté  des  langues 
indo-européennes,  parenté  en  grande  partie  recounaissable  même 
pour  les  profanes,  reposait  sur  une  unité  primitive  de  beaucoup 
antérieure  à  toute  tradition  historique,  les  recherches  linguisti- 
ques eurent  pour  objet  de  reconstituer  cette  unité,  la  langue  dite 
indo-européenne  commune  et  fondamentale.  Cette  recherche 
aboutit  pour  chaque  membre  de  la  famille  des  langues  indo-euro- 
péennes à  la  découverte  du  fonds  préhistorique  dont  il  dérive. 


LES   LANOUE8  INDO-BUROPÉBMNES  3 

Ohaque  langue,  chaque  dialecte  particuliers  ont  contribué  à  la 
reconstruction  du  système  des  langues  indo-européennes  et  cha- 
cun, en  retour,  se  voit  éclairé  par  la  contribution  que  les  autres 
langues  apportent  à  réclaircissement  du  point  çle  départ  commun. 

A  répoque  historique  apparaît  une  quantité  presque  impos- 
-sible  à  dominer  de  parlers  indo-européens  différant  plus  ou  moins 
run  de  l'autre.  Un  certain  nombre  sont  restés  vivants  depuis  leur 
apparition  dans  Thistoire  jusqu'à  nos  jours;  telle  est  la  langue 
des  anciens  Romains.  D'antres  nous  sont  attestés  depuis  une  date 
plus  on  moins  éloignée,  et  peuvent  être  suivis  pendant  une  période 
plus  on  moins  longue,  mais  sont  morts  aujourd'hui,  tandis  que 
^^eux  qui  parlaient  cette  langue  en  empruntaient  une  autre;  ainsi 
par  ex.  l'osque  (§  7,  B)  et  le  prussien  (§  10,  A). 

Pour  l'exposé  grammatical,  le  mieux  est  de  classer  ces  par- 
4er8  suivant  leur  degré  de  'parenté'.  On  dit  que  deux  ou  plusieurs 
parlers  on  langues  ont  une  parenté  particulièrement  étroite,  quand 
on  7  observe  un  assez  grand  nombre  de  concordances  (de  phonéti- 
que, de  flexion,  etc.  .  .  .)  résultant  du  développement  effectué 
en  commun  d'un  mode  de  langage  plus  ancien,  et  par  lesquelles 
ils  diffèrent  des  autres  langues.  C'est  là-dessus  qu'on  fonde  Thypo- 
thèse  d'une  unité,  d'une  communauté  primitive  de  ces  idiomes. 
Dans  cette  estimation  on  ne  peut  tenir  compte  de  certaines  con- 
<;ordances  entre  deux  langues,  qui  résultent  de  ce  qu'une  langue, 
après  avoir  développé  un  grand  nombre  de  particularités  qui  éta- 
hlissent  son  individualité  propre,  a  subi  l'influence  d'un  idiome 
étranger.  Par  exemple,  pour  déterminer  les  plus  proches  parents 
du  latin,  on  écarte  tout  ce  que  cette  langue  a  évidemment  em- 
prunté au  grec,  environ  depuis  le  commencement  du  1  ^^  millénaire 
av.  J.-C.  Une  fois  admise  cette  façon  de  faire  et  étant  donné  le 
but  poursuivi,  il  faut  bien  noter  que,  plus  nous  remontons  dans 
•la  préhistoire  d'une  langue,  moins  nous  pouvons  distinguer  ce  qui 
Tevieut  à  la  parenté  commune  de  ce  qui  revient  aux  emprunts. 
Sans  nul  doute,  en  effet,  un  grand  nombre  des  concordances  pré- 
historiques entre  deux  dialectes  ou  deux  langues  qui  apparaissent 
comme  ayant  une  parenté  particulièrement  étroite  ne  reposent 
aussi  que  sur  des  emprunts  et  des  mélanges  de  langues.  Nous 
.revenons  là-dessus  au  §  11. 


4  INTRODUCTION 

Ainsi,  lorsqu'on  examine  tons  les  parlers  suffisamment 
connus  du  passé  et  du  présent,  il  se  présente  huit  groupes  princi- 
paux (rameaux  linguistiques)  dans  la  famille  des  langues  indo- 
européennes: l' indo-iranien  ou  aryen,  Tarménien,  le  grec,  l'alba- 
nais, l'italique,  le  celtique,  le  germanique,  et  le  balto-slave. 

En  premier  lieu  il  nous  faut  étudier  ce  que  la  tradition  nous 
livre  de  chacune  de  ces  familles,  et  comment  chacune  est  consti- 
tuée et  divisée.  En  même  temps  nous  signalerons  les  travaux 
d'ensemble  les  plus  importants. 

R  e  m.  1.  Nous  laiHserons  de  côté  dans  la  suite  quelques  anciennes 
langues  indo-européennes  dont  le  peu  qui  nous  reste  suffit  à  établir 
le  caractère  indo-européen,  mais  ne  permet  pas  de  déterminer  plus 
exactement  et  plus  spécialement  leur  parenté  avec  une  autre  langue 
indo-européenne.  D'abord  le  thraco-phrygien  qui  appartient  aux  lan- 
gues sat97n^)  et  que  Ton  considère  comme  un  rameau  indo-euro- 
péen indépendant,  ou  que  l'on  réunit  à  l'arménien  (cf.  Kretschmer 
Ëinl.  171  sqq.,  Solmsen  KZ.  34,  36sqq.).  Le  macédonien,  langue 
centunij  présente  certains  traits  sur  lesquels  on  se  fonde  pour  le 
rattacher  au  rameau  grec  (cf.  Hatzidakis  IF.  11,  313  sqq.,  KZ.  37, 
150  sqq.).  Le  vieil  illyrien  et  le  vénète  étaient  aussi  des  langues 
centum  très  étroitement  unies  entre  elles;  mais  c'est  à  tort  cer- 
tainement qu'on  les  rapproche  de  l'albano-messapien  §  6  (cf.  Hirt 
Festschrift  fur  Kiepert  181  sqq.,  Torp  Festschrift  fûrKônig 
Oskar  II,  1  sqq.  et  Pedersen  KZ. 36,  299 sqq.,  qui,  se  fondant  unique- 
ment sur  la  géographie,  nomme  le  premier  illyrien  du  nord,  le  second, 
illyrien  du  sud).  On  incline  à  voir  dans  le  sicule  un  parent  de  l'italique 
(Thurneysen  KZ.  35,  212  sqq.).  Récemment,  M.  d'Arbois  de  Jubainville, 
Les  premiers  habitants  de  l'Europe,  2»  édit.,  II,  chap.  9,  et 
M.  Kretschmer,  KZ.,  38,  97  et  suiv.  ont  rendu  vraisemblable  le  carac- 
tère indo-européen  du  ligure,  qui  constituerait  un  rameau  indépendant. 

Rem.  2.  Le  lydien  renferme  des  éléments  indo-européens, 
mais  ne  peut  néanmoins  être  expliqué  comme  étant  une  langue  indo- 
européenne (Solmsen  KZ.  34,  77  sqq.).  De  même  il  n'est  pas  sûr  que 
le  lycien  fiit  indo-européen  (voir  entre  autres  Torp  Lyk.  Beitrâge, 
Christiania  1898—1901).  L'étrusque,  souvent  donné  pour  indo-euro- 
péen, n'était  pas,  autant  qu'on  peut  l'affirmer,  indo-européen  (v.  entre 
autres  V.  Thomsen^  Remarques  sur  la  parenté  de  la  langue 
étrusque.  Bull,  de  l'ac.  roy.  des  se.  et  des  lettres  de  Dane- 
mark 1899). 


1)  Sur  la  division  des  langues  indo-européennes  en  un  groupe- 
sat9m.  et  un  groupe  centum  voir  §  233. 


LES   LANGUES   IN1>0-EUR0PÉENNES  5 

3.  I)  Le  rameau  indo-iranien  ou  aryen  se  compose  des  lan- 
gues indiennes  et  iraniennes. 

A)  L'indien  nous  est  connu  à  trois  degrés  de  son  évolution. 
1)  Le  vieil  indien  ou  sanskrit  au  sens  large  du  mot^  qui  se  pré- 
sente sous  trois  variétés:  vieil  indien  védique,  vieil  indien  épique, 
vieil  indien  classique  (ce  dernier  aussi  appelé  sanskrit  au  sens 
étroit  du  mot).  2)  Le  moyen  indien  ou  prâkrit,  comprenant  un 
grand  nombre  de  dialectes,  d'époques  et  d'endroits  divers^),  et 
fort  différent  du  vieil  indien  par  suite  d'une  évolution  profonde 
de  l'état  phonétique  et  morphologique  de  la  langue*).  3)  Le 
néo  indien,  comprenant  environ  neuf  langues,  avec  de  nombreuses 
variétés  dialectales. 

Des  dialectes  du  vieil  indien,  le  plus  archaïque  est  le  védi- 
que, langue  des  hymnes  védiques  et  des  brâhmanas.  Les  par- 
ties les  plus  anciennes  du  ligveda  remontent  très  vraisemblable- 
ment jusqu'  à  la  moitié  du  second  millénaire  av.  J.-C.^),  et  nous 
avons  sûrement  dans  le  Rgveda  le  plus  ancien  monument  de  tout 
le  domaine  indo-européen.  La  langue  du  lyrisme  védique  est  une 
langue  artificielle,  comme  la  langue  homérique.  A  l'époque  où 
^lle  était  employée,  vivaient  déjà  à  côté  d'elle  différents  dialectes, 
dialectes  populaires,  dont  le  développement  avait  en  partie  de 
beaucoup  dépassé  le  sien,  et  nombre  de  traits  de  ces  dialectes 
out  passé  dans  la  langue  poétique.  Le  sanskrit  classique  est  la 
langue  littéraire  plus  récente,  la  langue  des  monuments  rédigés 
suivant  les  règles  de  la  grammaire  de  Pâninî  (probablement  IV® 
s.  av.  J.-C).  En  face  de  cette  langue  {bhasci)  que  trouva  devant 
lui  Pânini  et  dont  se  servaient  entre  eux  les  lettrés,  florissaient 
les  dialectes  populaires  favorisés  par  le  bouddhisme,  les  prakrits, 


1)  Le  pâli  e&t  Je  dialecte  dans  lequel  sont  rédigés  les  livres 
canoniques  des  bouddhistes  du  sud. 

2)  Par  ex  :  hirisiridhiikiUiparivajjiya-  =  skr.  hrîçrîdhrtikîrtipa- 
rivarjita-, 

3)  D'après  une  nouvelle  opinion,  elles  auraient  existé  long- 
temps môme  avant  2500  av.  J.-C.  D'ailleurs  les  recherches  de  ces 
dernières  années  sur  l'antiquité  des  périodes  védiques  n'ont  encore 
apporté  rien  de  bien  précis.  Voir  entre  autres  Oldenberg  ZDMG. 
49,  470 sqq.,  Jacobi  ibid.  50,  69sqq.,  Oldenberg:  ibid.  50,  450 sqq. 


6  INTRODUCTION 

qui  exerçaient  déjà  sur  elle  nne  influence  assez  considérable.  En< 
la  fixant  grammaticalement;  Pftnîni  maintint  l'existence  de  la 
bhasa.  D'ailleurs  il  existait  déjà  à  cette  époque  un  certain  fonds 
de  tradition  grammaticale  plus  ancienne,  dont  il  tint  compte  en 
rédigeant  son  ouvrage.  Les  règles  de  P&nini  acquirent  bientôt 
la  valeur  d'un  canon,  et  les  écrivains  postérieurs  les  suivirent 
servilement.  On  appelle  cette  langue  samskria-,  qui  est  le  mot 
propre  pour  désigner  une  langue  arrangée  (grammaticalement)^ 
artificielle.  La  langue  des  textes  épiques  qui  se  sont  développé» 
pendant  de  longues  périodes  {Ramayana,  Màhàbhorata)  appa- 
]*aît  comme  une  forme  plus  populaire,  et  par  quelques  détails  plus- 
archaïqne^  du  sanskrit  classique. 

Whitney,  Indische  Grammatik,  Leipzig  1879|  angl.  et  alL, 
d<^.  éd.  de  Téd.  angl.  1896.  Wackernagel,  ÂltindischeGrammatik,. 
1.  Lautlehre,  Gôttingen  1896.  Arnold,  Sketch  of  the  Historical 
Grammar  of  the  Rig  and  Atharva  Vedas,  Journ.  of  the  Am. 
Or.  Soc.  18,  203 eqq.  Uhlenbeck,  Handboek  der  Indische  Klank- 
leer  in  vergelijking  met  die  der  Idg.  stamtaal,  Leiden  1894. 
Speijer,  Sanskrit  Syntax,  Leiden  1886.  Delbriick,  Altind.  Syn» 
tax,  Halle  1888.  Speijer,  Ved.  und  Sanskrit-Syntax,  Gr.  d., 
indo-ir.  Ph.  I,  Heft  6.  L.  H.  Gray,  Indo-Iranian  Phonology 
with  spécial  référence  to  theMiddleandNewIndo-Iranian 
Languages,  New-York  1902.  —  Uhlenbeck,  Kurzgef.  etymolo- 
gisches  Wôrterbuch  der  altind.  Sprache,  Amsterd.  1898.— 
Pisehel,  Gramtn.  der  Prakrit-Sprachen,  Gr.  d.  indo-ir.  Ph.  I^ 
Heft  8. 

Kern.  On  réserve  souvent  le  nom  de  vieil  indien  à  la  langu» 
préclassique  seule.  Je  l'emploie  dans  un  sens  plus  large,  et  ne  me 
sers  des  dénominations  védique,  épique,  classique,  ou  sanskrit  classi- 
que que  là  où  il  m'arrive  de  distinguer  les  genres  littéraires.  Du- 
reste  les  textes  védiques  seuls  sont  transcrits  avec  leurs  accents,  si 
bien  que  les  formes  védiques  sont  reconnaissables  comme  telles  par 
la  seule  présence  des  accents. 

B)  Dans  la  section  iranienne  de  Findo-iranien,  les  dialectes  les 
plus  anciens,  connus  par  une  quantité  un  peu  considérable  de  docu- 
ments, sont  le  vieux  perse  (iranien  occidental)  et  l'avestique,  ordinaire- 
ment désigné  en  France  par  le  nom  impropre  de  zend  (iranien  oriental),, 
qui  forment  avec  la  langue  très  mal  connue  des  Scythes  skolotiques 
le  vieil  iranien.  Le  vieux  perse  est  la  'langue  officielle'  de  la  cour 
de  Perse,  qui  apparaît  dans  les  in8criptions>  cunéiformes  de  plusieurs 
rois,  depuis  Darius  I*''  (521—485  av.  J.-C).  L'autre  dialecte,  nommé 
aussi  zend  et  vieux  bactrien,  est  la  langue  de  l'Avcsta,  collection  des- 


LBK   LANGUES   INDO-EUROPÉENNES  7 

livres  saints  des  disciples  de  Zproastre  (Parsis).  Quelques  partiea  de 
cet  ensemble,  17  hymnes  (gûM-),  sont  rédigés  dans  un  dialecte  parti- 
culier, qui  est  plus  ancien  que  la  langue  des  autres  parties;  on 
nomme  celui-là  gftthique  (gàth.),  celle-ci  néo-avestique  (zd).  —  Degré 
moyen  iranien:  du  persan  des  Achéménides  est  sorti  le  pehlvl  ou 
parthe,  de  celui-ci  le  persan  des  Sassanides.  Parmi  les  langues  néo- 
iraniennes,  citons  d'abord  le  néo-persan  (avec  de  nombreux  emprunts 
à  Tarabe).  En  outre  le  kurde,  Tossète,  Tafghan  (paêtu\  les  dialectes 
du  Pamir,  et  le  balûcî  (langue  du  Beloutchistan). 

Bartholomae,  Vorgeschichte  der  iran.  Sprachen  und 
Awestasprache  und  Altpersisch,  Gr.  d.  iran.  Ph.  I.  1  sqq., 
152 sqq.  Spiegel,  Die  altpers.  Keilinschr.,  2.  Aufl.,  Leipzig  1881. 
Jackson,  An  Avesta  Grammar  in  comparison  with  Sanskrit, 
J.  Stuttgart  1892.  Horn,  Grundr.  der  neupers.  Etymologie, 
Strassb.  1893. 

Quelques  caractéristiques  de  Tindo-iranieD  :  1)  Fusion  des 
voyelles  i.-e.  ë,  d.àenà  (§92.98.  104. 110.  116. 122);  2)  Chan- 
gement de  ri.-e.  d  en  î  (§127. 129);  3)  Changement  de  Ti.-e.  s  en 
&•  après  t-  et  a-voyelles,  après  r,  et  après  les  gutturales  (§  278); 
4)  Gén.  pi.  en  -imm,  des  thèmes  terminés  par  voyelle  comme  skr. 
vfkanam,  zd  vdhrkanqm  'luporum';  5)  3®  pers.  sg.  et  pi.  imper, 
en  -tt,  comme  skr.  bhdratu,  bhàrantUy  zd  baratu,  barantu  'ferio 
ferunto'. 

4«  II)  L'arménien,  qui^  comme  l'a  démontré  M.  H.  Hiibschmann, 
est  un  membre  de  la  famille  indo-européenne  à  séparer  de  Tira- 
nien,  nous  est  connu  depuis  le  \^^  s.  ap.  J.-C.  La  langue  littéraire 
alors  fixée  (vieil  arménien)  est  restée  usitée  comme  telle  jusqu'à 
notre  époque,  sans  changements  essentiels;  elle  est  séparée  par  un 
large  fossé  des  dialectes  populaires  modernes.  Depuis  l'époque  des 
Parthes,  l'arménien  a  emprunté  un  grand  nombre  de  mots  à  l'iranien. 
Dans  ce  livre  nous  employons  arménien  au  sens  de  vieil  arménien. 

Hiibschmann,  Armenische  Grammatik,  L  Arm.  Ety- 
mologie, Leipz.  1897.  A.  Meillet,  Esquisse  d'une  grammaire 
comparée  de  l'arménien  classique,  Vienne  1903. 

Quelques  caractéristiques  de  l'arménien:  1)  Syncope  des  vo- 
yelles t.  u  en  syllabes  non  finales,  par  ex.  hnoy,  de  ^hinoy^  gén.  sg. 
de  hin  'vieux';  2)  changement  des  i.-e.  ^i,  tn  en  an,  am,  ex.  anjan-Çf 
anjam-bkh  (§  188, 1,  b);  3)  changement  des  sonores  indo-européennes 
en  sourdes,  ex.  tasn  {%  223,  3);  4)  extension  dans  le  domaine  des  temps 
et  des  modes  du  suffixe  ç  correspondant  au  skr.  -cha-j  au  gr.  -oko-. 

5.  III)  Dès  la  fin  du  second  millénaire  av.  J.-C,  le  grec 
devait  présenter  une  grande  variété  de  dialectes.    A  1  époque 


8  INTRODrCTION 

bistorique,  depuis  Homère,  il  apparaît  divisé  en  une  foule  de  par- 
lera, dont  les  représentants  les  plus  purs  sont  les  inscriptions.  La 
langue  des  écrivains,  surtout  celle  des  poètes,  est  souvent  arti- 
ficielle; déjà  la  langue  des  poèmes  homériques  est  un  dialecte 
littéraire. 

D'après  le  témoignage  des  inscriptions,  on  peut  grouper 
les  dialectes  à  peu  près  de  la  façon  suivante:  1)  lonien-attique: 
a)  Asie  Mineure  ionienne  et  Iles  ioniennes;  b)  Attique.  2)  Dorien: 
a)  Laconie  avec  Tarente  et  Héraclée;  b)  Messénie;  c)  Argolide 
et  Egine;  d)  Corynthe  et  Corcyre;  e)  Mégare  et  Byzance;  f)  les 
colonies  i)éloponé8ienne8  de  Sicile;  g)  Crète;  h)  Mélos,  Théra  et 
Cyrène;  i)  Ebode  avec  Gela  et  Agrigente;  k)  autres  îles  dori- 
ennes  de  la  mer  Egée:  Anaphè,  Astypalée,  ïelos,  Kos,  Kalymna 
etc.  3)  Grec  du  nord-ouest  :  a)  Epire,  Acarnanie,  Etolie,  territoire 
des  Œnéens,  des  -^téens,  et  Phtiotide;  b)  Locride  et  Phocide; 
c)  Acbaïe.  4)  Eléen  (que  Tou  peut  aussi  réunir  au  3^"^  groupe). 
5)  Arcadien-cyi)riote:  a)  Arcadie,  b)  Cypre.  6)  Grec  du  nord-est 
ou  Eolien:  a)  Lesbos  et  T Asie-Mineure  éolienne;  b)  Thessalie 
du  nord  ;  c)  Bcotic.    7)  Pampbylie. 

De  même  que,  vers  la  fin  du  V™«  s.  av.  J.-C,  se  forma  une 
langue  littéraire  commune  à  tous  les  Grecs,  qui  avait  pour  base 
le  dialecte  attique,  et  qui  supprima  presque  entièrement  dans  la 
l)rose  littéraire  postérieure  l'usage  des  autres  dialectes,  de  même 
aussi  se  développa  bientôt  a])rès  une  langue  vulgaire  grecque 
coumiune.  Cette  nouvelle  forme  de  langage  de  tous  les  jours,  la 
langue  commune  hellénistique  ou  Koivr),  fit  disj)araître  de  plus  en 
plus  les  anciens  dialectes,  d'abord  l'ionien  insulaire,  puis  l'ionien 
d'Asie  Mineure,  le  lesbien,  le  thessalien,  le  béotien,  en  dernier 
lieu  les  parlers  doriens;  i)ourtant  l'un  de  ces  derniers,  le  la- 
conien,  subsiste  encore  aujourd'hui  dans  la  langue  des  Tsaconiens 
(près  du  Parnon).  Le  processus  de  cette  disparition  s'étend  à  peu 
près  depuis  le  IIP  s.  av.  J.-C.  jusqu'au  IIP  s.  ap.  J.-C.  Quant  à 
la  manière  dont  est  née  la  KOivr)  populaire,  on  l'ignore  encore. 
Vraisemblablement  Tattique  vulgaire  et  l'ionien  en  ont  fourni  la 
base,  à  laquelle  se  sont  ajoutés  dans  une  moindre  mesure  des 
éléments  doriens  et  non  grecs.  De  la  Koivri  sont  sortis  les  dialectes 
grecs  modernes,  et  le  commencement  de  la  différenciation  dialec- 


LES   LANGUEH   INDO-ErROPKENNES  » 

taie  propre  an  grec  moderne  est  à  placer  environ  dans  la  moitié 
du  1"  millénaire  ap.  J.-C.  Actuellement  on  distingue  deux  groupes 
de  dialectes,  l'un  du  Nord,  l'autre  du  Sud,  dont  la  linnte  est  à 
peu  près  le  38™®  degré  de  latitude. 

Dans  ce  livre  nous  employons  le  mot  grec  dans  le  sens  de 
grec  ancien. 

Kûhner,  AuBfuhrl.  Grammatik  der  gr.  Sprache,  3»ne  éd., 
Hannover,  1.  Teil:  Elementar-  und  Formenlehre,  revu  par 
Blass,  2  vols.  1890—92;  2.  Teil:  Satzlehre,  revu  par  Gerth,  1  vol. 
1898.  G.  Meyer,  Griech.  Grammatik,  3me  éd.  Leipz.  1896.  Brug- 
mann,  Griech.  Grammatik  (Lautl.,  Stamnibildungrs-  und 
Flexionsl.  und  Syntax),  Miinch.  1900.  Hirt,  Griech.  Laut-  und 
Formenlehre,  Heidelb.  1902.  Delbriick,  Die  Grundlagen  der 
gr.  Syntax,  Halle  1879.  Gildersleeve,  Sj^ntax  of  Classicai  Greek 
from  Ho  mer  to  Démo  st  h  en  es,  1.  New-York  1901.  Ahrens,  De 
Graecae  linguae  dialcctis,  2  vol.,  Gôtt.  1839.  1843.  Meister, 
Die  griech.  Dialekte,  3  vol.,  Gott.  1882.  1889  (inachevé).  Hoff- 
mann, Die  griech.  Di  al  ek  te,  3  vol.,  Gôtt.  1891. 1893. 1898  (inachevé). 
Prelhvitz,  Etym.  Wôrterb.  der  griech.  Sprache,  Gôtt.  1892. 
L.  Meyer,  Handb.  der  griech.  Etymologie,  Leipzig  1901  sqq. 
Jannaris,  An  historical  Greek  grammar  chiefly  of  the  Attic 
dialect,  from  classicai  antiquity  down  to  the  présent  time, 
Lond.  1897.  Hatzidakis,  Einleit.  in  die  neugriech.  Gramm. 
Leipz.  1892.    Thunib,  Handb.  der  neugr.  Volksspr.,  Strassb,  1895. 

Etude  du  grec  dans  ses  rapports  avec,  le  latin.  L.  Meyer, 
Vergl.  Granim^  der  Griech.  u.  Lat.  Sprache,  1  vol.,  2e  éd.  1884, 
2  vol.  1865.  Henry  Précis  de  grammaire  comparée  du  gr. 
et  du  lat.  5ï»e  éd.  Paris  1894.  Giles.  Vergl.  Gramm.  der  klass. 
Sprachen,  Leipz.  1896.  Riemann  et  Goelzer,  Gramm.  comparée 
du  grec  et  du  latin,  2  vol.,  Paris  1897.  1901. 

Quelques  caractéristiques  du  grec:  1)  Changement  de  ;•,  / 
en  ap,  pa,  aX,  Xa  (§  202);  2)  fusion  de  i  avec  les  occlusives  précé- 
dentes, ex.  aa  defri,  l  de  gi,  di  (§  151,  3,  e.  g.);  H)  changement 
de  j'  en  dj- 1-  (§  302):  4)  chute  de  s  intervocalique  (§  28(3,  2); 
5)  formation  des  nom.  i)l.  f])i€îç,  ujaeîç  d'après  d'autres  cas  (fmâç 
etc.),  cf.  skr.  vayâm,  got.  weis  'nous';  6)  formation  du  génitif  sg. 
masc.  en  -âo  pour  -âç,  ex.  'Axpeibâo;  7)  développement  du  parfait 
en  K,  ex.  ëcTTTiKa;  8)  développement  de  l'aoriste  en-Griv,  ex.  èb69r|v; 
9)  formation  des  impératifs  moyens  en  -ctOuj,  ex.  9€pé(yeuj. 

6.  IV)  L'albanais  est  assez  proche  parent  du  messapien,  qui 
nous  est  attesté  par  des  inscriptions  (§  2  Rem.  1);  il  n'est  connu  par 


10  INTRODUCTION 

des  documents  de  quelque  importance  que  depuis  le  XVn™^  8.  Aussi^ 
la  langue  est-elle  encombrée  d'emprunts  au  roman,  au  slave,  au. 
turc,  au  grec  moderne,  si  bien  que,  sur  plus  de  5000  mots,  400  seule- 
ment sont  reconnus  comme  anciens  dans  la  langue. 

G.  Meyer,  Kurzgef.  alban.  Gramm.  mit  Lesestiicken 
u.  Glossar,  Leipz.  1888.  Du  même  Alb.  Stud.  III.  Lautl.  der 
idg.  Bestandteile  des  Alb.,  Wien  1892,  et  Etym.  Wôrter-^ 
buch  der  alb.  Sprache,  Strassb.  1891. 

Quelques  caractéristiques  de  Talbanais:  1)  un  i.-e.  6  devenait  Oy 
ex.  l'odem  'je  me  fatigue':  got.  leta  'je  laisse';  2)  un  i.-e.  ô  devenait 
a,  ex.  vrap  'marche  rapide':  gr.  f>0Tr/|  'inclinaison  de  la  balance'; 
3)  H  issu  de  s,  ex.  àaU  'iioue':  v.b.a.  seh  'houe*,  g'eë  'je  pétris  le  pain': 
v.h.  a.  iesan  'fermenter';  4)  sonore  issue  de  sourde  après  nasale,  ex. 
h^ndir  'gendre*:  lit.  zéntas\  6)  extension  de  la  finale  du  présent 
•ri  =:  *'niô. 

7.  Y)  Le  rameau  italique  est  formé  par  le  latin  et  les  dia- 
lectes 08C0- ombriens. 

A)  Le  latin,  dont  se  rapprochaient  les  dialectes  (peu  connus; 
de  Paieries,  Préneste,  et  Lanuvium,  nous  est  connu  depuis  envi- 
ron 300  av.  J.-C).  Aussi  longtemps  que  la  langue  fut  confinée 
dans  Rome  et  sa  périphérie  immédiate,  il  n'y  eut  point  de  diffé- 
rences dialectales  remarquables.  Mais  des  contrastes  assez  impor- 
tants se  développèrent  à  l'intérieur  du  latin  de  deux  manières. 

Tout  d'abord,  sous  Tinfluence  des  idées  venues  de  Grèce,, 
un  créa  une  langue  littéraire  qui,  dès  le  l®*"  s.  av.  J.-C,  était 
séparée  de  la  langue  populaire  par  un  abîme.  Celle-ci  nous  est 
peu  connue  à  cette  époque;  nous  la  trouvons  par  ex.  dans  les 
écrits  dont  Tautcur  avait  reçu  une  éducation  trop  précaire  pour 
pouvoir  écrire  correctement  (Vitruve).  Le  latin  comme  langue 
littéraire  a  pénétré  dans  beaucoup  de  pays  et  s'est  maintenu  jusqu'à 
nos  jours,  d'uoe  façon  comparable  au  sanskrit  classique. 

De  plus,  des  différences  dialectales  plus  grandes  ont  leur 
origine  dans  l'extension  du  latin  comme  langue  de  communication 
populaire.  Le  génie  colonisateur  des  Romains  fit  bientôt  de  leur 


1)  Le  plus  anciens  monuments  sont  une  fibule  du  Vïme  s.  av. 
J.-C,  portant  cette  inscription  Manios  med  vhevhaked  Numasioi,  et 
la  stèle  du  forum  romanum  trouvée  en  1898,  avec  une  inscription  un 
peu  plus  récente  très  mutilée. 


LES   LANGUES   INDO-EUROPÉENNES  11» 

langnc,  la  langue  nationale  de  tonte  l'Italie.  Le  latin  étoaffa 
les  parlers  osco- ombriens,  le  messapien,  Tétrusque,  le  celtique  et 
le  grec;  et  la  grande  variété  de  dialectes  de  l'italien  actuel  n'est 
pas  sans  connexion  avec  les  anciens  groupements  de  peuples  du 
pays.  Plus  tard  la  langue  romaine  se  transporta  au-delà  des  fron- 
tières de  ritalie,  notamment  en  Afrique,  en  Espagne,  en  Gaule,  en 
lllyrie,  en  Dacie  ;  et  là  naquirent  des  dialectes  et  des  groupes  de 
dialectes  dont  la  plupart  sont  encore  vivants  aujourd'hui:  portu- 
gais, espagnol,  provençal,  français,  rhétoroman  et  roumain.  Les* 
différences  entre  ces  langues  s'expliquent  moins  par  le  long 
temps  que  mirent  les  Italiens  à  romaniser  ces  divers  pays,  période 
durant  laquelle  le  latin  d'Italie  se  modifia  lui  aussi,  moins  aussi 
par  la  diversité  des  langues  vivantes  que  les  Latins  eurent  à 
supplanter  dans  les  différents  pays,  que  par  la  marche  partout 
différente  de  l'histoire  politique  et  des  rapports  entre  les  peuples.. 
Au  moyen-âge,  presque  partout  les  dialectes  populaires  prirent 
le  rang  de  langues  littéraires  à  côté  du  latin  écrit,  et  par  suite* 
le  procès  de  la  division  en  langue  noble  et  en  langue  populaire^ 
se  répéta. 

Kuhner,  Ausfiihrl.  Gramm.  der  lat.  Sprache,  2  vol., 
Haniiov.  1877.  79.  Stolz  et  Schmalz,  Lat.  Gramm.  (Laut-  und 
Formenl.,  Syntax  u.  Stilistik)  3^  éd.  Mûnch.  1900.  Blase,  Land- 
graf  etc.,  Uist.Gramm.  der  lat.  Sprache.  l^r  vol.:  Einleit.^Laut- 
u.  Stammbilduugsl.,  par  Stolz,  Leipz.  1894,  3^  vol.  l^r  livre  Ein- 
leitung.  Lindsay,  The  Lat.  Langu..  Oxf.  1894;  trad.  ail.  corrigée 
de  Nohl,  Die  lat  Sprache,  Leipz.  1897.  F.  Sommer,  Handb.  der 
latein.  Laut-  u.  Formenlehre,  Heidelb.  1902.  Neue-Wagener, 
Formenl.  der  lat.  Spr.,  S^e  éd.,  3  vol.,  Berlin  1888sqq.  Draeger,. 
Histor.  Synt.  der  lat.  Spr.,  2  vol.,  2e  éd.,  Leipz.  1878-1881. 
—  Meyer-Liibke,  Gramm.  der  Roman.  Sprachen,  3  vol.,  Leipz. 
1890.  1894.  1899  (traduction  française  de  Rabiet,  etc.).  —  Deecke,  Die 
Falisker,  Strassb.  1888. 

Etude  du  latin  dans  ses  rapports  avec  le  grec  voir  §  5,  p.  9. 

B)  Par  dialectes  osco-ombriens  on  entend  une  série  assez  nom- 
breuse de  dialectes  du  centre  et  du  sud  de  Tltalie,  qui  nous  sont 
surtout  connus  par  des  inscriptions,  la  plupart  du  l«r  s.  av.  J.-C.  Ils 
nous  sont  principalement  attestés  par  les  dialectes  qui  ont  donné  leur 
nom  au  groupe  tout  entier.  Il  y  a  très  peu  de  restes  des  dialectes  des 
Péligniens,  des  Marruciens,  des  Vestiniens,  des  Volsques,  des  Marses,. 
des  Eques,  des  Herniques,  des  Sabins,  des  Picentins. 


12  INTRODUCTION 

VonPlanta,  Gramm.  der  osk.-umbr  Dialekte,  2yoI.,Strassb. 
1892.  1897.  Conway,  The  Italie  Dialects,  2  vol.,  Cambridge  1897. 

Quelques  caractéristiques  de  l'italique:  1)  en,  em  de  l'i.-e. 
71,  m  (§  192, 1);  2;  or,  ol  de  Ti.-e.  r,  l  (§  204,  1);  3)  -fcZ-  de  l'i.-e. 
-tl'  (§  229,  1);  4)  /•,  p,  X  de  ri.-e.  6A,  dh,  gh  (§  267,  269,  1); 
5)  2  de  Ti.-e.  s  entre  voyelles  (§  290,  1);  6)  Abl.  sg.  en  -tfd,  -èd, 
'îd  d'après  -ôd,  ex.  *80^ad,  lat.  8uâ{d),  osq.  su vad  d'après  *80^ôd ; 

7)  Instr.  pi.  en  -ais  formé  d'après  -ow,  ex.  *80^ai8,  lat.  *wf«,  osq. 
Diumpais  d'après  *80uoÎ8y  lat.  *M?>f,  osq.  «c^imoM 'proxiuiis' ; 

8)  1.  pers.  sg.  *8om,  lat.  «wm,  osq.  su  m  pour  *e8mi  (lit.  e«wi). 

8.  VI)  Le  rameau  celtique  s'étendait  autrefois  sur  presque  tout 
l'ouest  de  l'Europe  centrale.  Ce  qui  nous  a  été  transmis  de  ces  lan- 
gues, et  ce  qui  en  subsiste  encore,  se  divise  en  deux  catégories. 

D'abord  ce  qu'on  appelle  le  celtique  insulaire,  qui  forme  deux 
groupes.  1)  Le  groupe  brittonique  se  compose  des  langues  galloise 
et  bretonne,  toutes  deux  encore  vivantes,  et  du  comique,  qui  est 
éteint  depuis  environ  un  siècle;  les  Celtes  de  la  Bretagne  ont  émigré 
de  la  Grande-Bretagne  au  commencement  du  moyen-âge.  Le  gallois 
et  le  breton  (armoricain)  sont  connus  depuis  le  Ville  ou  le  IX e  s., 
d'abord  par  des  gloses:  les  plus  anciennes  sources  du  comique  sont 
un  peu  plus  récentes.  2)  Au  groupe  gaélique  appartiennent  l'irlan- 
dais, l'écossais  (ou  gaélique  au  sens  restreint)  et  le  manx  (dans  l'île 
de  Man),  tous  trois  encore  vivants  aujourd'hui.  Les  sources  les  plus 
anciennes  sont  les  inscriptions  ogomiques  (Ogom  est  le  nom  indigène 
des  runes  gaéliques),  qui  peuvent  être  datées  en  partie  du  ujilieu 
du  1er  s.  de  l'ère  chrétienne.  Les  sources  littéraires  de  l'irlandais 
remontent  au  VIII ™e  s.;  ce  sont  d'abord  des  gloses,  et  environ 
depuis  1100,  des  manuscrits  nombreux  et  étendus  qui  contiennent 
des  légendes,  une  littérature  ecclésiastique,  etc.  La  langue  des  manu- 
scrits de  gloses  se  nomme  le  vieil  irlandais,  celle  des  manuscrits  plus 
récents  le  moyen  irlandais,  la  langue  écrite  depuis  le  XVII  «^e  s.  et 
les  parlers  actuels,  l'irlandais  moderne. 

Parmi  les  anciennes  langues  celtiques  du  continent,  le  gaulois 
est  la  seule  dont  il  nous  soit  parvenu  quelque  cho^e,  des  noms  pro- 
pres, quelques  mots  dans  les  auteurs  grecs  et  latins,  des  légendes  de 
monnaies,  et  environ  30  inscriptions. 

Zeuss,  Grammatica  celtica,  2e  éd.  d'Ebel,  Berlin  187L 
d'Arbois  de  Jubainville,  Eléments  de  la  gramm.  celtique,  décli- 
naison, conjugaison,  Paris  1903.  Stokes-Bezzenberger,  Urkel- 
tischer  Sprachschatz,  Gottingen  1894.  Wiudisch,  Kurzgef.  ir. 
Gr am ma tik, Leipzig  1879.  Holder, Al tkeltischer  Sprachschatz, 
Xeipz.  1891  sqq. 


LES   LANGUES  INDO-ErR01*ÉEXNES  13 

Quelques  caractéristiques  du  celtique:  1)  î  de  l'i.-e.  ë,  ex.  gaul. 
-rïar  =  lat.  rêx;  2)  W,  H  de  FL-e.  r,  /.  ex.  v.  irl.  cride  (§  202,  1,  a); 
3)  chute  de  i.-e.p  à  l'initiale  et  entre  voyelles,  ex.  v.  irl.  orc  =  lat 
porcus;  4)  b  de  Ti.-e.  gt^,  ex.  v.  irl.  bô  (§  258,  2,  c);  5)  prétérit  en  -s-, 
ex.  V.  irl.  ro-charus  *j'aimai*. 

9.  YII)  Le  rameau  germaDique  se  divise  eu  germanique 
oriental  (gotique),  norrois,  et  germanique  occidental.  Les  domaines 
des  langues  germaniques,  que  nous  atteignons  à  la  date  la  plus 
reculée  sont  la  Scandinavie  du  sud,  le  Danemark,  le  Schleswig- 
Holstein,  le  Mecklembourg,  la  Poméranie  occidentale  jusqu'à 
rOder.  On  discute  pour  savoir  si  ce  sont  les  Gots  qui  sont  venus 
de  Scandinavie  sur  le  territoire  de  la  Vistule,  ou  si,  au  contraire 
c'est  une  partie  des  Gots  qui  a  passé  d'abord  d'Allemagne  en 
Scandinavie. 

A)  Le  gotique,  la  langue  la  plus  archaïque  du  rameau  ger- 
manique, nous  est  surtout  connu  par  la  traduction  de  la  bible  de 
révêque  got  de  l'ouest  Wulfila — OùXçiXaç,  Ulfila,  Vulphilas,  Gul- 
filas')  (vers  311 — 383),  par  un  fragment  de  commentaire  sur 
l'évangile  de  Jean,  et  par  un  fragment  de  calendrier.  Ajoutons 
aussi  des  noms  pro])res.  La  langue  a  disparu  avec  la  nation  des  Gots. 

Rem.  La  langue  des  'Gots'  autrefois  établis  en  Crimée,  langue- 
qui  a  vécu  jusqu'à  l'époque  moderne,  et  dont  nous  possédons  quel- 
que soixante  mots  (tirés  des  notes  du  Flamand  A.  v.  Busbeck  au 
XVI«  s.),  est  considérée  d'ordinaire,  et  avec  raison,  comme  appar- 
tenant au  germanique  oriental;  cette  hypothèse  est  maintenant 
admise  par  Loewe  (I.F.  13.  1  sqq.),  qui  avait  autrefois  rattaché 
cette  langue  au  rameau  germanique  occidental,  ou  lui  assignait 
une  place  intermédiaire  entre  le  norrois  et  le  germanique  occidental. 

B)  Le  norrois,  langue  des  habitants  germains  du  Nord  Scan- 
dinave (y  compris  l'Islande,  le  Groenland  et  les  îles  Feroë),  a  con- 
servé jusqu'à  répoque  des  vikings  (environ  700 — 1050)  son  unité, 
ou  peu  s'en  faut.  A  Tépoque  des  vikings,  pendant  laquelle  le 
domaine  de  la  langue  s'agrandit  beaucoup  et  la  langue  subit  de 
grandes  modifications,  apparaissent  pour  la  première  fois  d'im- 
portantes différences  dialectales,  et  au  XI  °^®  siècle,  on  peut  distin- 
guer quatre  dialectes  principaux,  qui  sont  devenus  la  base  de  quatre 


1)  Sur  la  forme  du  nom  cf.  Streitberg,  Grundr.  d.  germ.  Phil. 
112,  p.  4. 


14  INTRODl'CTION 

langues  littéraires,  qui  restèrent  encore  longtemps  très  voisines  deux 
par  deux  :  islandais  et  norvégien  (norrois  occid.);  suédois  et  danois 
(norrois  orient.).  Pendant  leur  évolution  jusqu'à  la  Réforme  (vers 
1530),  les  langues  norroises  portent  le  nom  de  vieux  norrois  (v.  isl. 
etc.),  et  depuis  lors,  celui  de  norrois  moderne  (n.  isl.  etc.)-  Les 
plus  anciens  monuments  sont  les  inscriptions  runiques,  dont  les 
premières  (du  Schleswig  et  du  Danemark)  sont  du  IIP  et  du 
IV®  s.}-  La  langue  norroise  de  ces  époques  antérieures  au  temps 
«des  vikiugs  est  sur  des  points  essentiels  plus  archaïque  que  celle 
«des  monuments  gotiques;  on  l'appelle  ordinairement  norrois  com- 
mun ^)  ou  norrois  ruuique. 

C)  Le  germanique  occidental  se  divise  en  anglo-saxon, 
frison,  bas  allemand,  bas  francique,  et  haut  allemand.  Les  plus 
anciens  monuments  de  ces  langues  datent  du  VIII°*®  ou  du  IX*  s.; 
il  n'y  a  que  le  frison  que  nous  ne  connaissions  que  depuis  le 
XIV®  s.  L'anglo-saxon,  quiad<mnéle  stock  germanique  de  Tanglais 
actuel,  et  pour  cette  raison  nommé  aussi  vieil  anglais,  se  divise 
en  dialectes  angles  (nordhumbrien  et  mercien),  saxons  (dont  le 
représentant  principal  est  le  saxon  occid.)  et  parler  du  pays 
de  Kent.  Depuis  environ  1150  la  langue  porte  le  nom  d'anglais 
(jusqu'à  1500  environ,  celui  de  moyen  anglais,  et  depuis  celui 
d'anglais  moderne).  Le  bas  allemand  ou  bas  saxon  s'appelle  dans 
ses  degrés  les  plus  anciens  vieux  bas  allemand  ou  vieux  saxon 
(Heliand);  depuis  1200  environ  jusqu'à  1500  environ,  moyen  bas 
allemand;  depuis  cette  date,  bas  allemand  moderne  ou  plat  alle- 
mand. Le  bas  francique  ou  langue  des  Pays-Bas  (hollandais)  se 
nouinie  à  date  ancienne  vieux  bas  francique,  depuis  le  XIII®  s. 
moyen  néerlandais,  depuis  1500  néerlandais  moderne  (hollandais, 
flamand,  brabançon,  limbourgeois).  L'évolution  du  haut  allemand, 
dont  le  plus  ancien  document  date  d'environ  740 — 745,  et  dont 
la  caractéristique  principale  qui  le  différencie  du  bas  allemand 
et  du  bas  francique  est  ce  que  l'on  appelle  la  seconde  mutation 
consonantique,  comprend  le  vieux  haut  allemand,  jusqu'à  l'an 

1)  On  notera  la  différence  de  sens  avec  indien  commun,  grec 
<ïommun,  italique  commun  etc.:  ces  dernières  expressions  s^appli- 
<)uent  À  des  phases  complètement  abolies  de  ces  langues  préhistoriques 
•(§  13). 


L£8   LANGUES   INDO-EUROPÉENNES  15 

1100  environ,  le  moyen  haut  allemand,  jusqu'à  Tan  1500  environ, 
•et  le  haut  allemand  moderne.  Dès  Tépoque  du  vieux  haut  aile- 
niand  le  haut  allemand  présente  de  nombreuses  variétés  dialec- 
tales: dialecte  de  la  haute  Allemagne,  en  allemand  Oberdeutsch, 
(comprenant  Talémanique,  et  le  bavarois)  et  de  la  moyenne  Alle- 
magne (francique  rhénan,  moyen  francique);  le  francique  oriental 
est  peut-être  mieux  à  sa  place  dans  la  haute  que  dans  la  moyenne 

Allemagne. 

Grimm,  Deutsche  Granimatik,  4  vol.,  réimpression,  Beri. 
1870—1898.  Rluge,  Vorgeschichte  der  altgerm.  Dialekte, 
Gr.  d.  germ.  Ph.  1*,  320 sqq.  Streitberg,  Urgerm.  Grammatik, 
Heidelb.  1895  (2e  éd.  1904).  Dîeter,  Laut-  u.  Formenl.  der  alt- 
germ. Dialekte,  Leipz.  1900.  Rauffmann,  Deutsche  Grammatik, 
(Got.,  v.h.a.,  m.h.a.,  ail.  mod.),  2  vol.,  2eéd.,  Strassb.  1897—99.  Noreen, 
Abriss  der  urgerm.  Lautl.,  Strassb.  1894.  Kluge,  Nominale 
Stammbildungsl.  der  altgerm.  Dialekte,  2 e  éd.,  Halle  1899. 
—  Schade,  Altdeutsches  Wôrterb.,  2e  éd.,  Halle  1872 sqq. 

Gotique.  Kluge,  G  esc  h.  der  got.  Spr.,  Gr.  d.  germ.  Ph.  1-. 
497 sqq.  Balg,  The  first  Germ.  Bible  (avec  syntaxe),  Milwaukee 
1891.  Braune,  Got.  Gramm.,  4nieéd.,  Halle  1895.  Streitberg,  Got. 
Elementarbuch,  Heidelberg  1896.  Stamm's  Ulfilas,  9e  éd.,  mit 
Gramm.  von  Wrede,  Paderb.  1896.  J.  Wright,  A  Primer  of  the 
"Goth.  Language,  2»  éd.,  Oxf.  1899.  —  Uhlenbeck,  Kurzgef.  etym. 
IVôrterb.  der  got.  Spr.,  2®  éd.,  Amsterd.  1900. 

Norrois.  Noreen,  Gesch.  der  nord.  Sprachen,  Gr.  der 
germ.  Ph.  P,  518 sqq.  Noreen,  Altnord.  Gramm.,  I.  (Altisl. 
und  altnorw.  Gramm.),  2e  éd.,  Halle  1892,  II.  (Altschwed. 
Oramm.), Halle  1897.  Holthausen,  Altisl.  Elementarbuch,  Weimar 
1895.    Kahle,  Altisl.  Elementarb.,  Heidelb.  1896. 

Germanique  occid.  Sie  vers,  Angels£lchs.Gramm.,3e  éd.,  Halle, 
1898.  Kluge,  Gesch.  der  engl.  Spr.,  G r.  d.  germ.  P h.  1^,  926  sqq. — 
Van  Helten,  Altostfries.  Gramm.,  Leeuwarden  1890.  Siebs,  Gesch. 
der  fries.  Spr.,  Gr.  d  germ.  Ph.  1^^  1152 sqq.  —  Behaghel  und 
Gallée,  Altsachs.  Gramm.  I,  Halle  1891.  F.  Holthausen,  AltsUchs. 
Elementarb.,  Heidelb.  1899.  Behaghel,  DieSyntax  des  Heliand, 
Wien  1897.  —  Te  Winkel,  Gesch.  der  niederl.  Spr.,  Gr.  d.  germ. 
Ph.  1*,  781  sqq.  Lichtenberger,  Histoire  de  la  langue  alle- 
mande, Paris  1895.  Braune,  Althochd.  Grammatik,  2e  éd.  1891. 
Behaghel,  Gesch  der  deutschenSpr.,  Gr.d.germ.  Ph.  1^,650  sqq. 
Paul,  Mittelhochd.  Gramm.,  5e  éd.,  Halle  1900.  Michels,  Mittel- 
hochd.  Elementarb.,  Heidelb.  1900.  —  Erdmann-Mensing,  Grundz. 
derdeutschenSyntax,  2  parties,  Stuttg.  1886.  1898.  —  Kluge, 
.Etymol.  Wojrterb.  der  deutsch.  Spr.,  6e  éd.,  Strassb.  1899. 


16  INTRODUCTION 

Quelques  caractéristiques  du  germanique:  1)  wn,  tim,  ur^ 
ul  de  n.-e.  w,  m,  ;/•,/(§  194.  206);  2)  nu  de  ri.-e.  n^  (§  159,  3); 
3)  mutation  des  occlusives  indo-européennes  et  séparation  en  deux 
séries  de  phonèmes  des  nouvelles  spirantes  sourdes  (§  270** 
sqq.  293);  4)  développement  de  la  flexion  dite  faible  de  l'ad- 
jectif, ex.  nom.  sg.  got.  blinda  'aveugle  (fém.)'  à  côté  de  blinds  ; 

5)  formation  du  pronom   duel  de  la  2®  i)ers.  got.  igqis  etc.; 

6)  remplacement  de  Ti.-e.  *mè  accus,  'moi'  par  got.  mi-Jc  etc.  ; 

7)  dévelop[)ement  du  prétérit  dit  faible,  ex.  got.  nasida  Xje)  sau- 
vais'; 8)  division  des  parfaits  indo-européens  en  prétérits  narra- 
tifs (ex.  got.  hait  '(je)  mordais')  et  en  'prétérito-présents'  {wait 
'je  sais');  avec  ces  derniers  se  groupèrent  les  prétérits  faibles  pour 
former  un  temps  de  narration  {wissa  '(je)  savais'). 

10.  VIII)  Le  rameau  balto-slave. 

A)  La  série  baltique  est  formée  par  le  prussien  (appelé  aussi 
vieux-prussien),  qui  est  mort  au  XVII e  s.,  et  dont  nous  n'avons 
que  de  rares  documents,  par  le  lituanien  et  le  lette  encore  vivants 
aujourd'hui,  et  dont  les  plus  anciens  monuments  remontent  au 
XVI e  s.  Vis-à-vis  du  prussien,  le  lituanien  et  le  lette  sont  très  voi- 
sins l'un  de  l'autre.  En  général,  dans  sa  phonétique  et  sa  morpho- 
logie, le  lette  se  trouve  dans  un  état  d'évolution  plus  récent  que  le 
lituanien,  c'est-à-dire  qu'il  s'est  écarté  davantage  de  l'état  primitit 
autrefois  commun  aux  deux  langues;  si  bien  que  dans  une  assez, 
large  mesure  le  lituanien  peut  être  considéré  comme  la  forme  anté- 
rieure du  lette.  Les  deux  langues  présentent  de  nombreuses  variétés 
dialectales.  La  langue  écrite  des  Lituaniens  de  Prusses,  représentée 
essentiellement  par  la  langue  de  la  traduction  de  la  Bible,  repose 
sur  la  variété  méridionale  du  lituanien  parlé  en  Prusse. 

Berneker,  Diepreuss.  Sprache,  Strassb.  1896.  —  Schleicher, 
Lit.  Grammatik,  Prag  1856.  Kurschat,  Gramm.  der  littau. 
Sprache,  Halle  1876.  Wiederaann,  Handb.  der  lit.  Sprache, 
Stra8sb.l897.  — Bielen8tein,Dielett.  Sprache,  nachihren  Lauten 
und  Formen  erklârendund  vergleichend  dargestellt,  2par- 
ties,  Berlin  1863.   Bielenstein,  Lett.  Gramm.,  Mitau  1863. 

B)  Les  langues  slaves  se  divisent  en  un  groupe  du  sud- 
est,  et  un  groupe  occidental.  La  différence  qui  caractérise  surtout 
ces  deux  groupes  est  le  traitement  différent  des  groupes  phonéti- 
ques i.-e.  ti,  di  (§  154,  3,  f.).  Le  premier  groupe  comprend  le 
russe,  le  bulgare,  et  le  serbo-slovène;  le  second,  le  tchèco-slo va- 
que, le  sorabe  (ou  wende)  et  le  lékhe. 


LES   LANGUES   INDO-EIROPKENNES  17 

1)  Groupe  du  sud-est.  Le  russe,  connu  depuis  le  XI®  s., 
Be  divise  en  grand  et  blanc  russe,  et  en  petit  russe  (ruthène).  C'est 
sur  le  grand  russe,  notamment  sur  le  dialecte  de  Moscou,  que 
repose  la  langue  russe  écrite.  La  foi-me  la  plus  anciennement 
attestée  du  bulgare,  c.-à.-d.  du  dialecte  slave  ni  serbe,  ni  slovène,  de 
la  péninsule  des  Balkans,  est  une  langue,  parlée  dans  la  seconde 
moitié  du  IX® s.,  dans  laquelle  furent  alors  rédigés  la  première 
traduction  partielle  de  la  Bible  et  les  écrits  religieux  des  Slaves. 
C'est  la  forme  de  la  langue  slave  la  plus  ancienne  qui  nous  ait 
été  conservée.  Elle  devint  la  langue  ecclésiastique  de  tous  les 
Slaves  de  confession  grecque,  et  se  répandit  comme  langue  écrite 
parmi  les  nations  chez  lesquelles  régnait  comme  langage  courant 
un  autre  dialecte  slave  méridional  ou  oriental.  Les  traducteurs 
des  anciens  textes  et  les  auteurs  d'écrits  nouveaux  ne  surent  pas, 
dans  ces  pays,  se  soustraire  à  l'influence  de  leur  dialecte  indi- 
gène, et  il  en  résulta  un  'slave  d'église'  nuancé  de  serbe,  de  russe 
etc.,  en  regard  duquel  on  désigne  la  langue  des  textes  exempts 
de  ces  contaminations  sous  le  nom  de  vieux  bulgare  ou  de  vieux 
slave  (v.  si.).  Il  faut  chercher  le  domaine  de  cette  langue  quelque 
part  en  Macédoine,  et  vraisemblablement  non  loin  de  la  limite  de  la 
langue  serbe.  Au  vieux  bulgare  se  rattache  le  moyen  bulgare, 
représenté  par  des  documents  allant  du  XII™®  au  XIV™®  s., 
et  d'où  sort  le  bulgare  moderne.  Le  groupe  serbo-slovène  ren- 
ferme :  1  ^  le  serbe  au  sens  étroit  du  mot  et  le  croate  ;  le  slovène. 

2)  Groupe  occidental.  Le  tchèco-slovaque  se  compose  du 
tchèque  (langue  de  la  Bohème),  du  morave,  et  du  slovaque.  Le 
sorabe  est  divisé  en  haut-  et  bas-sorabe.  Enfin  le  lékhe  comprend  le 
polonais,  le  kachoube,  le  slovince  (voir  Lorentz,  Slovinzische 
Grammatik,  St.  Pétersbourg  1903),  et  le  polabe  ou  slave  de 
TElbe,  aujourd'hui  mort.  Les  plus  anciens  monuments  du  slave 
occidental  sont  ceux  du  tchèque  depuis  le  X®  s.,  viennent  ensuite 
ceux  du  polonais,  depuis  le  XII™®. 

Miklosich,  Vergleichende  Gramm.  der  slav.  Sprachen, 
4  vol.,  Vienne  P  1879,  II  1875,  IIP  1876,  IV  1874.  Leskien,  Handb. 
der  aitbulg.  (altkirchenslav.)  Sprache,  3e  éd.,  Weimar  1898. 
Vondrâk,  Altkirchenslav.  Grammatik,  Berl.  1900.  F.  Miklosich, 
Ëtymolog.  Wôrterb.  der  si.  Sprachen,  Vienne  1886. 

Bragmann,  Abréj^é  de  fi^ramm.  comparée  2 


18  INTRODICTION 

Quelques  caractéristiques  du  balto-slave:  1)  Lit.  in,  si.  q  de 
i.-e.  w,  lit.  îr,  slîr  de  i.-e.  r  (§  196.  208);  2)  Simplification 
des  coDSODues  géminées  entre  voyelles  (§328);  3)  Création  de 
la  forme  de  l'adjectif  dite  déterminée  par  son  union  avec  le 
pronom  îo-,  ex.  lit.  geràs-is,  v.  si.  dobrû-ji  'le  bon';  4)  passage, 
dans  la  plupart  des  cas,  des  participes  en  -nt-  à  la  flexion  en 
-|0-,  ex.  gén.  sg.  lit.  vèéanczOy  v.  si.  vezqsta  à  côté  de  veéé^s, 
vezy  Vehens';  5)  passage  à  la  déclinaison  en  4-  des  thèmes  nomi- 
naux consonantiques  au  loc.  pi.  et  aux  cas  en  m-,  ex.  instr.  pi. 
lit.  ahmen-i-miSf  v.  si.  kamen-î-mi  à  côté  de  aicmûy  Tcamy  ^pierre'; 
6)  lit.  tàs  ta,  V.  si.  tu  ta  pour  i.-e.  *80  ^sa,  gr.  ô,  fi;  7)  forma- 
tion du  dat.  lit.  mdnei,  v.  si.  mïné  sur  le  modèle  du  gén.  lit.  manèy 
V.  si.  mené  (nom.  lit.  asz,  v.  si.  azû  'moi';  8)  remplacement  par  la 
forme  de  l'ablatif  de  la  forme  du  génitif  singulier  des  thèmes 
nominaux  en  -o-,  ex.  lit.  vÛTco,  v.  si.  vlûka  'du  loup'  =  skr.  vfkûd 

11.  En  chaque  cas  donc  ce  sont  des  concordances  particu- 
lières, observées  dans  révolution  de  l'indo-européen  commun,  qui 
conduisent  à  l'établissement  de  huit  groupes  ou  rameaux  à  Tinté- 
rieur  de  la  famille  des  langues  indo-européennes  prise  dans  son 
ensemble,  et  Ton  dit  que  les  parlers,  dont  la  réunion  constitue 
chacun  des  groupes,  sont  entre  eux  plus  étroitement  'apparentés'. 
On  a  souvent,  et  encore  dans  ces  toutes  dernières  années,  soulevé 
cette  question:  parmi  les  huit  groupes  ny  en  a  t-il  pas  à  leur 
tour  qui  soient  unis  entre  eux  par  une  'parenté'  plus  étroite? 
Par  ex.  on  a  souvent  parlé  autrefois  d'une  unité,  d'une  langue 
commune  gréco-italique. 

Chaque  groupe  a  en  commun  avec  un  ou  plusieurs  autres 
groupes,  dès  l'époque  préhistorique,  certains  phénomènes  qui  leur 
sont  tout  à  fait  propres,  et  qui,  selon  toute  vraisemblance^ 
sont  dûs  à  l'évolution  plus  avancée  d'un  état  qui,  dans  un  ou 
plusieurs  rameaux  de  langues^  est  resté  sans  modifications  jusqu'à 
l'époque  historique  inclusivement;  par  ex.  l'arménien  et  le  germani- 
que présentent  en  commun  le  changement  en  sourdes  des  sonores, 
qui  ont  été  maintenues  dans  d'autres  groupes  (got.  talhun,-  arm. 
tasn  'dix'  =  gr.  b€Ka,  lat.  decem,  etc.,  §  4.  271,  6).  Si  Ion 
considère  maintenant  que,  à  des  époques  plus  récentes,  des  lan- 
gues quelconques  qui  n'ont  eu  entre  elles  aucune  relation,  ni 


LES  LANGrES  INDO-EUROPÉENNES  19 

phonétique,  ni  morphologique,  ni  sémantique,  ni  syntaxique, 
ont  suivi  des  évolutions  exactement  identiques  (cf.  par  ex.  -tt-  de 
-kt-  dans  prftkr.  mutta-  =  skr.  muktd-,  crét.  Aùttioi,  ital.  cotto)^ 
nous  devons  toujours  compter  avec  la  possibilité  que  les  innova- 
tions survenues  en  des  temps  beaucoup  plus  éloignés,  préhistori- 
ques, ne  soient,  elles  aussi,  que  des  concordances  'fortuites'.  En 
ce  cas  elles  n'ont  aucun  intérêt  pour  la  question  de  parenté;  car 
eelle-ci  ne  retient  que  les  faits  communs  qui  reposent  sur  un 
contact  immédiat  des  langues.  D'un  autre  côté  il  est  tout-à-fait 
invraisemblable  que  les  concordances  plus  8])éciales  soient,  toutes 
«ans  exception,  explicables  de  cette  manière.  Tout  au  moins  pour 
les  concordances  qui  existent  entre  deux  rameaux  linguistiques 
immédiatement  voisins,  entre  le  grec  et  l'italique,  Titalique  et  le 
celtique,  le  celtique  et  le  germanique  ])ar  exemple,  nous  aurons 
À  admettre  que,  dans  une  mesure  impossible  à  préciser  exactement, 
elles  ne  sont  pas  fortuites.  En  effet,  dès  les  époques  pré- 
historiques les  plus  reculées,  ces  peuples  voisins  ont  dû,  sinon 
continuellement,  du  moins  pendant  de  certaines  périodes,  pren- 
dre contact  et  avoir  entre  eux  des  rapports  plus  ou  moins  étroits. 
Il  se  peut  par  ex.  que  les  ancêtres  des  Grecs  et  ceux  des  Ita- 
liotes,  avant  Textension  de  ces  nations  dans  la  péninsule  des 
Balkans  et  dans  celle  dltalie,  aient  eu  longtemps  entre  eux 
<ies  rapports,  et  qu'alors  ils  aient  réalisé  en  commun  certaines 
innovations  linguistiques^);  il  se  peut  de  même  (et  ici  l'hypothèse 
n'est  pas  à  rejeter),  que  les  ancêtres  des  Italiotes  et  des  Celtes, 
lorsquMls  se  trouvaient  en  contact  sur  le  territoire  des  Alpes  ou 
aux  environs,  aient  introduit  de  concert  certaines  innovations  '),  etc. 


1)  De  pareils  faits  communs  gréco-italiques  sont:  1)  la  transfor- 
mation des  sonores  aspirées  indo-européennes  en  phonèmes  sourds 
<§  263*.  267);  2)  la  formation  du  génitif  pi.  des  thèmes  nominaux  en 
'â-  en  *-(Utôm  (Ocduiv,  lat.  mènsàrum,  osq.  egmazum)  d'après  la  décli- 
naison pronominale;  3)  remploi  des  thèmes  en  -o-  comme  féminins 
'(gr>  1^  ^VlXà^f  lat.  haec  fâgtis). 

2)  Parmi  les  faits  communs  italo-celtiques:  1)  passage  de 
ri.  -  e.  ^penqV'e  à  ^q'^'enq^e  (§  332)  ;  2)  élargissement  des  thèmes  en 
-H'  par  un  suffixe  -n-,  lat.  mentiô  =  v.  irl.  {er)'mitiu  ;  3)  formation  du 
superlatif  en  -w-winio-,  lat.  puLcherrimus  de  *ptdcri8emo»  (§  290,  4), 
:gaul.  OùHiaà^ii  (nom  de  ville:  'la  plus  élevée*);  4)  gén.  sg.  en  -l  des 


20  INTRODUCTION 

Si  Ton  désigne  sous  le  nom  d'époque  indo-européenne  les  péricK 
des  antérieures  à  répoque  où  chacun  des  huit  rameaux  a  revêtu 
son  caractère  distinctif,  les  innovations  ainsi  accomplies  en  com- 
mun appartiendraient  aux  phénomènes  dialectaux  de  Tépoque  indo- 
européenne. Demême,  certains  phénomènes,  qui  àl'époque  histori- 
que font  concorder  ensemble  plus  de  deux  rameaux  de  langues^ 
voisines,  peuvent  être  ramenés  à  des  'dialectismes'  de  l'indo-euro- 
péen. Ainsi  surtout  le  traitement  différent,  exposé  aux  §  233  sqq., 
des  phonèmes  indo-européens  k-  et  g^^-,  sur  lequel  repose  la  divi- 
sion des  langues  indo-européennes  en  langues  centum  (gr.,  it., 
celt.,  germ.  avec  macéd.  et  nordillyr.,  cf.  §  2  n.  1)  et  en  langues 
satdm  (ind.-ir.,  arm.,  alb.,  balt.-sl.,  avec  le  phiyg.-thr.,  cf.  ibid.). 
A  cela  on  peut  comparer  par  ex.  que,  sur  le  sol  grec,  à  une 
époque  où  la  division  dialectale  était  très  grande,  en  ionien-attique^ 
en  grec  du  nord-ouest,  et  dans  une  partie  du  dorien,  e  avait  une 
prononciation  très  fermée,  qui  de  Tionien-attique  s'est  répandue 
sur  les  territoires  voisins  (§  93),  ou  que  en  germanique  occidental, 
sur  le  sol  allemand  au  VII®  s.,  dans  toute  une  série  de  dialectes, 
les  consonnes  du  germanique  commun  ont  subi  une  mutation  (muta- 
tion consonantique  du  haut  allemand  §  273).  En  principe,  il  est 
possible  que  certaines  concordances  spéciales  entre  deux  groupes 
de  langues,  qui  à  l'époque  historique  étaient  géographiquement 
loin  l'un  de  l'autre,  reposent  sur  une  même  innovation  qui  s'est 
introduite  dès  l'époque  indo-européenne.  Alors,  en  effet,  il  peut 
s'êtriB  produit  des  migrations  qui  aient  mis  en  contact  pour  un 
certain  temps  des  peuples  ou  des  portions  de  peuples^  qui  plus 
tard  se  sont  éloignés  les  uns  des  autres.  Toutefois  ceci  ne  reste 
toujours  qu'une  possibilité  très  lointaine^  et  lorsqu'on  est  en 
présence  de  faits  linguistiques  qui  rentrent  réellement  dans  ce 
cas,  et  qui  ne  représentent  pas  un  état  ancien  conservé  par  deux 
peuples  et  perdu  par  les  peuples  intennédiaires,  il  est  toujours 
permis  de  supposer  que  les  deux  groupes  linguistiques  ont  abouti 
à  la  même  innovation  indépendamment  Tun  de  l'autre. 

Mais  il  y  a  encore  une  autre  difficulté  qui  s'oppose  à  l'inter- 

thèmes  en  -o-,  lat.  equl^  irl.  d'inscr.  ogomique  maqi  *du  fils*;  5)  dé- 
veloppement des  formes  déponentes  et  passives  en  -r,  lat.  aequitur^, 
irl.  'Sechedar  'il  suit*. 


LES    LANGUES   INDO-BUROPÉEXXES  21 

prétation  des  points  de  contact  particuliers  entre  deux  queleon- 
«ques  des  huit  idiomes  principaux  ;  elle  a  été  signalée  au  §  2  p.  3  sq., 
et  concerne  en  première  ligne  les  particularités  communes  de  voca- 
bulaire. Nous  ne  pouvons  pas  savoir  ce  que  à  l'époque  préhistori- 
<]ue  un  idiome  a  emprunté  à  un  autre^  de  la  même  façon  que 
410U8  savons  par  ex.  que  le  lat.  poena  était  un  mot  d'emprunt 
^ec  (iTOiWj);  nous  n'en  pouvons  juger  que  dans  une  certaine 
inesure,  par  ex.  par  les  rapports  phonétiques.  Or  les  concor- 
dances  reposant  sur  un  emprunt  ne  peuvent  entrer  en  ligne  de 
compte  pour  la  détermination  de  la  parenté,  ce  mot  étant  pris 
•dans  son  sens  usuel. 

En  général,  les  concordances  particulières  entre  deux  des 
huit  idiomes  principaux  ne  permettent  que  peu  de  conclusions  sur 
les  rapports  des  peuples  entre  eux  à  une  époque  antérieure  à  la 
fixation  de  leur  unité  linguistique.  Et  en  tout  cas,  autant  que 
nous  sachions  aujourd'hui,  nulle  part  il  ne  se  présente  de  faits 
iîommuns  spéciaux,  apparaissant  comme  des  innovations  com- 
munes, en  assez  grand  nombre  pour  que  se  fondant  sur  eux, 
on  puisse  ramener  à  Tunité  les  rameaux  linguistiques  en  question, 
de  la  même  façon  dont  par  ex.  on  a  coutume  d'unir  Tindien  à 
riranien,  le  baltique  au  slave.  Ceci  vaut  même  pour  le  cas  où 
i'on  ne  voudrait  considérer  aucune  de  ces  concordances  comme 
simplement  fortuite,  ou  comme  reposant  sur  un  emprunt.  On  peut 
donc  toujours  constater  quel  est  le  nombre  et  quelle  est  la  nature 
•des  concordances  existant  entre  deux  domaines  voisins  —  les  plus 
nombreuses  et  les  plus  significatives  sont  celles  entre  l'italique  et 
le  celtique  —,  mais  comme  il  ne  nous  est  pas  donné  de  voir  de 
près  leurs  causes  et  leur  origine,  on  ne  peut  parler  ici  d'une 
^parenté'  plus  proche  eu  plus  éloignée  ;  on  ne  peut  parler  par  ex. 
•d'une  parenté  plus  proche  de  l'italique  avec  le  celtique  qu'avec 
le  grec,  parce  que  le  mot  parenté  éveille  ici  trop  facilement  des 
idées  fausses. 

12«  Par  phénomènes  linguistiques  indo-européens  nous 
entendons  d'abord  ceux  qui,  d'après  ce  qui  a  été  exposé  au  §  1 1, 
n'appartiennent  pas  à  la  période  d'évolution  d'une  langue  parti- 
culière, comme  l'indo-iranien,  l'arménien,  le  grec  etc.  Mais  la 
notion  d'indo-européen  a  besoin  encore  d'une  autre  explication. 


22  INTRODUCTION 

L'extension  que  présente  la  famille  des  peaples  indo-enro- 
péens  au  début  de  la  période  historique,  ne  peut  pas  être  primitive» 
Nous  devons  admettre  un  peuple  primitif  qui  s'est  répandu  en 
partant  d'un  territoire  petit  relativement  à  son  extension  actuelle. 
Autrefois  on  avait  l'habitude  de  chercher  en  Asie  le  siège  de  ce- 
peuple,  la  patrie  commune  indo  européenne  ;  aujourd'hui  on  le 
situe  d'ordinaire,  et  avec  plus  de  raison,  en  Europe  ou  sur  la 
frontière  entre  le  sud-ouest  de  TAsie  et  l'Europe.  Peut-être  n'arri- 
vera-t-on  jamais  à  déterminer  plus  sûrement  ou  avec  plus  de  pro- 
babilité cette  patrie  commune.  Tout  ce  qu'on  voit  clairement 
aujourd'hui,  c'est  qu'il  ne  faut  pas  la  chercher  dans  la  péninsule  de- 
rinde  antérieure,  dans  la  péninsule  apennine,  ou  dans  la  péninsule 
pyrénéenne,  que  les  Indo-Européens  ont  commencé  à  y  pénétrer 
plus  tard,  et  il  est  probable  aussi  que  la  péninsule  des  Balkans- 
et  les  parties  les  plus  septentrionales  de  l'Europe  n^ont  été  coloni- 
sées par  eux  que  tardivement.  Il  s'ensuit  que  les  résidences- 
les  plus  anciennes  qu'on  puisse  déterminer  comprennent  appro- 
ximativement une  large  bande  de  terrain  s'étendant  depuis  la 
France  à  travers  l'Europe  centrale  jusqu'à  l'Iran;  mais  nous- 
ne  sommes  nullement  forcés  d'admettre  qu'elle  ait' été  partout 
également  peuplée  d'Indo-Européens,  et  habitée  par  eux  seuls. 
Provisoirement  nous  ne  pouvons  délimiter  plus  exactement  ce 
territoire^).  Dans  cette  patrie  commune,  plus  ancienne  et  plus- 
étroite,  il  se  peut  que  les  Indo-Européens  aient  parlé  une  langue, 
qui  était  encore  à  peu  près  'une',  dans  le  sens  où  nous  considérons- 
qu'un  parler  français,  comme  le  normand  par  ex.,  est  un.  Le 
domaine  postérieur  de  l'indo-européen  s'est  tellement  agrandi  et 
étendu  que,  en  raison  même  de  cette  extension,  nous  sommes- 
forcés  d'admettre  que  la  différenciation  dialectale  s'était  déjà 
accrue  d'une  façon  considérable,  à  l'intérieur  de  cette  langue 
commune. 

Les  variations  dialectales  alors  introduites  dans  la  langue 
commune  indo-européenne  ont  dû  généralement  se  produire  de  la 
même  façon  dont  nous   voyons  s'accomplir   la   différenciation  des- 


1)  Cf.  Schrader,  Reallex.  der  idg.  Altertumskunde^ 
p.  878  sqq.,  où  est  mentionnée  la  plus  grande  partie  de  la  littérature- 
antérieure  relative  à  ce  sujet. 


LES   LANOVES  INDO-EUROPÉENNES  23 

langues  à  des  époques  plus  récentes,  et  éclairées  par  la  tradition 
historique.  Tout  d'abord  il  existe  des  différences  dialectales  parce 
que,  à  Tintérieur  du  domaine  continu  occupé  par  une  langue,  appa- 
raissent spontanément,  c-à.-d.  sans  aucune  influence  des  p.cuples 
voisins,  des  innovations  dans  le  langage.  Ces  innovations  se  répan- 
dent sur  une  partie  plus  ou  moins  grande  de  Tensemble  du  terri- 
toire, et  il  en  résulte  une  division  linguistique  de  celui-ci.  Chaque 
innovation  de  ce  genre  peut  créer  de  nouvelles  frontières;  les  fron- 
tières jusqu'où  s'étendent  les  innovations  particulières,  s'entrelacent 
alors  très  diversement.  Ce  mode  de  formation  des  phénomènes  dialec- 
taux peut  être  considéré  comme  le  mode  régulier;  car  c*est  celui 
qui  résulte  partout  des  rapports  ordinaires  de  maison  à  maison, 
de  village  à  village.  A  cela  s'ajoutent  d'autres  facteurs  de  varia- 
tions, qui  résultent  de  circonstances  particulières  dans  l'histoire 
des  relations  entre  les  peuples.  D'une  part  agit  le  relâchement 
ou  la  suppression  complète  des  rapports  à  l'intérieur  d'une  com- 
munauté linguistique.  Quand  une  partie  d'un  peuple  parlant  la 
même  langue  s'éloigne  par  migration,  et  que  le  lien  géographi- 
que est  rompu  pour  longtemps  ou  pour  toujours,  ou  bien,  quand 
sans  que  se  modifient  les  résidences,  des  divergences  politiques, 
religieuses  etc.  éloignent  l'une  de  l'autre  deux  parties  d'un  peuple, 
alors  la  langue  elle  aussi  se  divise  avec  le  temps,  et  prend  dans  les 
différentes  contrées  des  traits  particuliers.  D'autre  part  entrent  en 
considération  les  rapports  de  contact  entre  deux  peuples  de  langue 
très  différente,  rapports  qui  ont  pour  résultat  les  emprunts  d'une 
langue  à  l'autre.  Ces  emprunts  produisent,  dans  la  langue  qui  les 
a  faits,  des  différences  dialectales,  toutes  les  fois  qu'ils  ne  peuvent 
se  développer  également  sur  tout  le  domaine  de  la  langue;  que  l'on 
se  rappelle  par  ex.  l'influence  exercée  sur  l'italien  du  nord-ouest  par 
le  provençal,  et  celle  exercée  sur  l'allemand  septentrional  et  méridional 
par  les  langues  slaves.  Ce  mélange  peut  s'effectuer  plus  ou  moins 
et  de  manières  diverses.  Il  faut  encore  signaler  comme  se  ratta- 
chant à  ce  cas  l'absorption  d'une  langue  par  une  autre,  ce  qui 
se  produit  quand  un  peuple,  soit  par  voie  pacifique,  soit  pour 
avoir  été  réduit  en  servitude,  se  fond  entièrement  avec  un  autre 
peuple  parlant  une  langue  étrangère.  Car  la  langue  vaincue 
n'est  jamais  complètement  extirpée  quand  ceux  qui  la  parlent 
forment  un  peuple  assez  nombreux;  certaines  de  ses  particularités, 
surtout  celles  concernant  la  phonétique,  passent  À  leur  tour  dans 
la  langue  victorieuse:  le  roman  par  ex.  dans  les  régions  autrefois 
celtiques  a  vraisemblablement  emprunté  aux  Celtes,  lors  de  leur 
romanisation,  le  phonème  cht  pour  le  lat.  et. 

En  tout  cas  l'indo-européen,  tel  qu'il  était  parlé  dans  son  plus 
grand  domaine  commun,  n'est  pas  arrivé  à  ses  variétés  dialectales 


24  INTRODUCTION 

d*ane  seule  façoiii  mais  par  des  voies  très  diverses.  Il  est  à  pré- 
sumer que  parmi  toutes  les  causes,  qui,  à  l'époque  historique,  ont 
agi  sur  le  développement  des  dialectes,  nous  devons  faire  abstraction 
en  premier  lieu  de  celles  qui  sont  dues  à  la  civilisation  plus  avancée 
des  temps  plus  modernes,  comme  l'existence  d'une  langue  litéraire,  etc. 
Si  toute  formation  dialectale  est  étroitement  unie  aux  événements 
particuliers  de  l'histoire  d'un  peuple  et  peut  en  recevoir  son  ex- 
plication jusque  dans  le  détail;  si  d'autre  part  nous-mêmes,  pour 
des  dates  récentes,  et  même  les  plus  récentes,  faute  d'une  con- 
naissance suffisante  des  faits  historiques,  nous  en  sommes  réduits 
à  de  simples  conjectures,  on  conçoit  que  pour  cette  époque  pré- 
historique nous  devions  nous  en  tenir  à  des  aperçus  généraux. 
£n  ce  qui  touche  les  variations  dialectales  indo-européennes,  il  ne 
faut  pas  non  plus  oublier  ce  qui  suit:  au  moment  de  la  première 
extension  des  Indo-Européens  à  travers  l'Europe  centrale  et  orientale 
et  l'Asie  antérieure,  à  l'époque  indo-européenne,  il  se  peut  que  des 
phénomènes  dialectaux,  de  même  qu'ils  étaient  la  conséquence  des 
rapports  des  Indo-Européens  entre  eux,  soient  résultés  aussi  de 
ce  que  nos  ancêtres  se  sont  rencontrés  ça  et  là  avec  une  popu- 
lation primitive;  à  la  suite  de  ce  contact,  non  seulement  tel  ou 
tel  mot  non  indo-européen  est  entré  dans  ^indo-européen,  mais 
encore  lors  du  mélange  des  races  et  de  l'usage  de  la  langue  indo- 
européenne par  les  anciens  habitants,  tels  phonèmes  de  la  langue 
de  ces  derniers  peuvent  avoir  passé  en  indo-européen.  Ceci  vaut 
par  ex.  pour  le  changement  du  phonème  k  en  spirante  dans  les 
langues  sat9m  (cf.  §  11  p.  20). 

Les  faits  indo-européens  ou  proethniques  reconstruits  par  la 
linguistique  ne  donnent  pas,  réunis  tous  ensemble,  une  langue  qui 
ait  été  parlée  quelque  part  et  à  quelque  époque  par  un  seul  Indo- 
Européen.  Car,  en  premier  lieu,  une  partie  seulement  de  ces 
faits  appartenait  à  l'indo-européen  commun;  les  autres  n'appar- 
tenaient qu'à  une  seule  contrée  quelconque  à  l'intérieur  du 
domaine  entier.  En  second  Heu,  en  ce  qui  concerne  la  langue 
commune  indo-européenne,  les  choses  se  passent  à  des  époques 
très  éloignées  les  unes  des  autres,  et  les  faits  provenant  de 
langues  particulières,  que  Ton  considère  comme  les  plus  ré- 
cents de  la  communauté  primitive  indo-européenne,  ne  forment 
pas  une  somme  de  faitrf  réellement  synchroniques.  L'indo- 
européen  commun  était  en  principe  plus  ancien  que  l'indo- 
européen  partiel. 

Dans  bien  des  cas,  les  faits  linguistiques  reconstruits  comme 


LES   LANGUES   INDO-EUROPÉENNES  25 

^tant  indo-européens  se  ramènent  avec  vraisemblance  à  des  faits 
-encore  pins  anciens.  D*une  part  tel  fait,  qui  apparaît  comme  indo- 
européen pour  une  partie  des  huit  groupes  de  langueS;  peut  avoir 
été  le  premier  état  de  l'évolution  historique  d'un  fait  qu'une  autre 
partie  de  ces  groupes  présente  comme  étant  indo-européen.  C'est 
le  cas  par  ex.  pour  le  passage  des  phonèmes  du  type  k  à  des 
phonèmes  spirants  (§  11,  p.  20).  D'autre  part  aussi  on  peut  recon- 
naître souvent  pour  des  faits  de  l'indo-européen  commun  leurs 
états  primitifs.  C'est  le  cas  par  ex.  pour  les  phénomènes  d'alter- 
nance vocalique,  par  ex.  pour  «-provenant  de  e«-,  dans  *S'més 
'sumus',  *8'iém  'sim'  (§  210).  Mais  dans  tous  ces  cas  il  ne  peut 
jamais  être  question  que  d'une  chronologie  relative  de  la  langue, 
et  non  d  une  chronologie  absolue,  comme  celle  que  l'on  établit 
pour  les  phénomènes  linguistiques  de  l'époque  historique. 

13.  De  même  que  l'on  parle  d'une  période  indo-européenne 
commune,  on  parle  d'une  période  indo-iranienne  commune,  armé- 
nienne commune,  grecque  commune,  etc.  C'est  la  période  dans  la- 
quelle le  rameau  linguistique  considéré  a  acquis  ses  premiers  traits 
particuliers,  qui  le  caractérisent  vis-à-vis  des  autres,  la  période, 
dans  laquelle  se  sont  produites  des  innovations  qui,  d'une  part, 
n'avaient  plus  aucun  lien  avec  ce  que  d'autres  rameaux  linguisti- 
ques nous  font  reconnaître  comme  étant  indo-européen,  et  qui 
d'autre  part  sont  antérieures  à  l'époque  où  nous  voyons  apparaître 
à  leur  tour,  à  l'intérieur  du  domaine  total  occupé  par  la  langue, 
des  dialectes  ou  des  groupes  de  dialectes  qui  s'isolent  de  plus  en 
plus.  Pour  désigner  ces  nouvelles  unités  linguistiques,  postérieures 
à  l'indien  commun,  au  grec  commun,  auxquelles  on  joint  les  lan- 
gues et  les  parlers  qui  leur  sont  le  plus  prochainement  apparentés, 
et  qui  sont  encore  de  l'époque  préhistorique,  on  se  sert  des  dénomi- 
nations correspondantes:  par  ex.  indien  commun,  iranien  commun, 
ionien  commun,  germanique  occidental  commun,  baltique  commun, 
slave  commun. 

Quand  une  des  huit  unités  principales  vient  à  se  diviser 
à  son  tour  en  trois  rameaux,  la  question  se  pose,  tout  comme  à 
propos  des  huit  groupes  principaux,  de  savoir  si  deux  de  ces 
rameaux  vis  à- vis  du  troisième  ne  sont  pas  plus  étroitement  'appa- 
rentés* entre  eux.    La  question  notamment  a  été  souvent  discutée 


26  INTRODUCTION 

à  propo8  du  gotique,  du  norrois  et  du  germaDique  occidental  ^), 
et  Ton  a  ordinairement  réuni  les  deux  premiers  plus  étroitement 
entre  eux.  Ce  qui  a  été  dit  plus  haut  des  points  de  contact  plu» 
spéciaux  entre  les  huit  rameaux  principaux,  vaut  également  pour 
ce  cas.  Le  gotique  et  le  norrois  n'ont  qu'un  phénomène  important 
de  commun;  c'est  le  traitement  semblable  de  germ.  comm.  -|ï-, 
W'  (§  153. 159)*);  celui-ci  peut  remonter  à  l'époque  d'un  contact 
plus  intime  entre  les  deux  peuples,  et  tirer  de  là  son  origine; 
mais  ce  n'est  qu'une  possibilité  et  non  une  nécessité. 

Les  langues  communes  plus  voisines  de  l'époque  historique 
présentaient  naturellement  des  variétés  dialectales  tout  autant  que 
rindo-européeu.  Il  en  résulte  que  l'on  ne  peut  tracer  de  délimi- 
tations précises  entre  deux  unités  communes  se  suivant  Tune 
l'autre,  par  ex.  entre  l'indo-européen  et  le  germanique  commun, 
entre  celui-ci  et  le  germanique  occidental  commun.  Oes  'langue» 
communes'  restent  toujours  des  concepts  vagues  et  flottants. 

De  même  qu'à  l'intérieur  de  l'indo-européen,  à  l'intérieur 
des  périodes  communes  plus  récentes  on  distingue  plusieui^s  trans- 
formations, qu'une  forme  a  éprouvées  successivement.  C'est  ainsi 
que  par  ex.  nous  désignons  comme  étant  du  germanique  com- 
mun non  seulement  *fddër  (v.  h.  a.  fater,  ags.  /Vider  'père*),  maia 
aussi  ses  degrés  primitifs  *fadér  et  fapér  (§271,  1.  7). 

Rem.  A  propos  des  §§  12  et  13,  cf.:  H.  Schuchardt,  Uber 
die  Klassit'ikation  der  roman.  Mundarten,  Probevor- 
lesung  gehalten  30.  Apr.  1870,  Graz  1900.  J.  Schmidt,  Die  Ver- 
wandtschaftsverhMltnisse  der  idg.  Sprachen,  Weim.  1872. 
Leskien,  Die  Deklin.  im  Slav.-Lit.  uiid  Germ-,  Leipz.  1876  (Intro- 
duction). DelbrucU,  Einl.  ^  131  sqq.  Schrader,  Sprachvergl.  und 
Urgesch.*  p.  66  sqq.  Brugmann,  Zur  Frage  nach  den  Ver- 
wandtschaftsverhftltn.  der  idg.  Sprachen,  IZ.  1,  2268qq. 
v.  Bradke,  Beitr.  zurKenntniss  der  vorhist.  Entwickelung 
un  se  resSp  racheta  m  mes,  Giessen  1888,  Einige  Berner  kungen 
iiber  die  ar.  Urzeit,  Festgruss  an  BôhtI.  p.  4  sqq.  Hirt,  die 
Verwandtschaftsverhftltn.  des  Idg.,  IF.  1.36sqq.    Kretschmer^ 


1)  En  dernier  lieu  par  R.  Loewe,  Die  ethnische  und  sprach- 
liche  Glit»derung  der  Gormanen,  Halle  1899. 

2)  cf.  Ehrismann,  Lit.  f.  g.  u.  r.  Ph.  1901.  col.  97  sqq. 


OBJET   DE   LA   GRAMMAIRE   COMPARÉE  27 

Einl.  (Ià-des8us  Hirt  IF.  Anz.  8.  55  8qq.  Meringer,  Ânz.  f.  d.  Alterth. 
26,  194  sqq.).  Oertel,  L|ectures  on  the  Study  of  Lang-uage, 
New- York  1901,  p.  87  sqq. 

Objet  de  la  grammaire  comparée  des  langues 

indo-européennes. 

14.  La  lingnistique  a  pour  objet,  en  tant  que  science  histori- 
que, rétude  de  révolution  linguistique  générale  des  peuples  indo- 
européens.  Autrefois  on  ne  travaillait  à  cette  tâche  qu'en  tant 
qu'on  étudiait  en  lui-même  et  isolément  chacun  des  huit  groupes 
principaux,  ou  même  souvent  un  membre  isolé  de  ces  groupes, 
par  ex.  rallemand,  Tattiqne,  le  latin.  La  'linguistique  comparative*' 
créée  par  Franz  Bopp  a  servi  de  guide,  pour  la  découverte  de  la 
langue  commune  indo-européenne,  d'où  est  sorti  tout  ce  qui  est' 
attesté  historiquement;  et,  grâce  à  l'étude  comparative  de  tous 
les  matériaux  utilisables  pour  la  reconstruction  de  l'indo-européen, 
elle  a  fourni  et  fournit  encore  à  'ceux  qui  étudient  une  langue 
isolée,  les  éclaircissements  les  plus  importants  sur  la  marche  de 
l'évolution  des  ces  langues,  à  l'époque  préhistorique  comme  à 
l'époque  historique.  Ainsi  d'un  côté  comme  de  l'autre,  on  cherche 
à  se  conformer  aux  exigences  de  la  tâche  proposée. 

Une  langue  dont  les  monuments  nous  font  connaître  la 
marche  pendant  de  nombreux  siècles,  comme  le  germanique  ou  le 
romain  (latin  de  Rome),  s'explique  d'autant  plus  facilement  par 
elle-même,  et  par  son  évolution  passée,  facile  à  embrasser  d'un 
coup  d'œil,  que  la  période  examinée  est  plus  voisine  de  l'époque 
présente.  En  revanche,  plus  on  remonte  vers  le  point  de  départ 
de  la  période  historique,  plus  on  a  besoin  de  recourir  an  témoignage 
des  langues  parentes.  Par  ex.  lorsqu'on  étudie  le  moyen  haut  alle- 
mand et  Tallemand  moderne,  on  peut  renoncer  dans  une  plus  large 
mesure  au  rapprochement  comparatif  des  autres  langues  du  ger- 
manique occidental  que  lorsqu'on  étudie  le  vieux  haut  allemand, 
et  l'on  se  passe  mieux  encore  du  gotique  et  du  norrois,  et  surtout 
de  l'indo-iranien,  de  l'arménien  etc.;  les  romanistes  se  préoccu- 
pent moins  que  les  latinistes  deTosco-ombrien,  etlesnéo-grécisants 
moins  de  l'indo-iranien  qae  les  paléo-gréeisants. 

Le  'comparatiste'  ou,  comme  on  dit  plus  exactement  'l'indo- 


28  INTRODUCTION 

européanisant*  (les  Allemands  disent  'l'indo-germaniste')  a  donc 
à  faire  en  première  ligne  aux  plus  anciennes  périodes  historiques 
des  langues  isolées.  En  première  ligne,  mais  non  absolument. 
En  effet,  étant  donné  que  la  tradition  écrite  des  langues  anciennes 
est  fragmentaire,  et  que  la  graphie  ne  donne  qu'une  image  gros- 
sière de  la  phonétique  de  ces  langues,  souvent  on  doit  recourir  à 
des  faits  postérieurs  pour  eu  éclairer  de  plus  anciens;  des  faits 
romans  par  ex.  servent  à  expliquer  la  tradition  du  latin,  des  faits 
du  grec  moderne  à  expliquer  la  tradition  du  grec  ancien.  Il  arrive 
souvent  en  particulier  que  des  relations  phonétiques  dans  des  lan- 
gues anciennes  deviennent  plus  claires  par  le  rapprochement  des 
langues  modeiiies. 

Ce  mode  de  division  du  travail,  c.-à.-d.  la  préférence  donnée 
par  les  différents  savants  aux  différentes  parties  du  domaine 
total  de  révolution,  tombe  naturellement  de  lui-même  quand  la  tra- 
dition ne  nous  a  conservé  une  langue  que  pendant  une  très  courte 
période.  C'est  le  cas  par  ex.  pour  l'osco-ombrien,  pour  le  goti- 
que, pour  les  langues  bal  tiques. 

Ainsi,  puisque  pour  les  comparatistes  considérés  comme  tels, 
l'essentiel  de  la  tâche  est  d'expliquer  un  fait  d'une  langue  parti- 
culière en  le  ramenant  à  des  langues  communes  préhistoriques 
plus  ou  moins  lointaines,  on  comprend  non  seulement  que  presque 
partout  ils  laissent  à  d'autres  l'étude  a])profondie  d^s  phases 
modernes  des  langues,  mais  encore  qu*ils  ne  s'occupent  qu'inci- 
demment de  certaines  parties  de  la  vie  des  langues  à  des  époques 
historiques  plus  anciennes.  Ceci  notamment  se  produit  dans  deux 
cas.  D'abord  l'étude  du  côté  civilisé  de  la  langue,  c.-à.-d.  du  parler 
élégant,  fixé  par  des  conventions  arbitraires,  du  langage  régulier 
et  artificiel  est  sacrifiée  à  celle  du  côté  naturel  de  la  langue 
naïve  et  sans  art,  du  parler  de  l'homme  du  commun  qui  ne  repose 
ordinairement  que  sur  des  actes  impulsifs  de  la  volonté,  bref,  de 
ce  qu'on  appelle  le  langage  populaire.  Les  langues  communes 
préhistoriques  plus  ou  moins  éloignées  doivent  passer  pour  des 
langues  populaires  naturelles.  Au  contraire,  les  langues  régulières 
et  artistiques  sont  partout  —  exception  faite,  chez  plusieurs  peuples, 
d'éléments  d'un  caractère  poétique  qui  n'entrent  pas  en  ligne  de 
^compte  —  des  langues  particulières,  relativement  jeunes,  qui  se 


OBJET  DE  LA  GRAMMAIRE  (DM PARÉE  29* 

sont  différenciées  du  parler  quotidien  du  peuple,  lequel  reste  tou- 
jours le  fondement  principal  de  la  langue  prise  dans  son  ensemble- 
Comment  sont  nées  ces  langues  artistiques,  en  quoi  et  de  com- 
bien elles  s'écartent  de  la  langue  ordinaire,  comment  chaque 
écrivain  en  particulier  les  a  maniées  pour  son  compte,  et  quels  rap- 
ports réciproques  se  sont  établis  entre  les  deux  aspects  de  la  lan- 
gue, il  appartient  aux  spécialistes  et  aux  philologues  de  le  recher- 
ches. Il  faut  dire  d'ailleurs  que  la  plupart  du  temps  Tindo-euro- 
péanisant  ne  peut  faire  abstraction  du  côté  civilisé  de  la  vie  d'une 
langue.  En  effet,  parmi  les  monuments  linguistiques  qui  nous  sont 
parvenus,  presque  partout  les  langues  artistiques  nous  en  présen- 
tent un  bien  plus  grand  nombre  que  les  parlera  incultes;  et  souvent 
nous  en  sommes  réduits  à  recourir  d'abord  à  Taide  de  la  langue 
artistique  pour  nous  faire  une  image  de  la  langue  populaire  dont 
elle  a  hérité  et  qui  est  à  sa  base.  En  second  lieu,  le  compara- 
tiste  néglige  d'ordinaire  systématiquement  les  divers  emprunts  et 
surtout  les  rapports  d'échanges  qui  se  sont  produits  entre  les 
langues  et  les  parlers  particuliers  immédiatement  après  la  division 
dialectale  des  langues  indo-européennes,  division  qui  se  présente 
à  nous  dès  le  début  de  l'époque  historique.  C'est  ainsi  que  par  ex. 
il  néglige  ce  que  les  Romains  ont  emprunté  aux  Grecs  dans  le 
cours  du  P  millénaire  avant  J.-C,  ou  ce  que  plus  tard  les  Albanais 
ont  emprunté  aux  Romains.  D'ailleurs  dans  des  cas  particuliers, 
chaque  fois  qu'un  emprunt  peut  jeter  de  la  lumière  sur  des  points 
obscurs  du  domaine  héréditaire,  il  doit  être  lui  aussi  étudié  par 
le  linguiste.  L'emprunt  est  important  par  ex.  pour  la  chrono- 
logie des  changements  phonétiques;  ainsi  ollvum  =  gr.  £Xai[F]ov 
montre  que  les  lois  phonétiques  §  309,  b  et  348,  1,  3,  a  sont 
plus  récentes  que  l'emprunt  du  mot  en  latin. 

15.  Ainsi  dans  l'étude  des  langues  indo-européennes  s'établit 
une  division  du  travail,  qui  se  rattache  étroitement  à  la  marche 
que  depuis  longtemps  a  suivie  et  devait  suivre  la  science. 

Chacun  isolément  se  trace  dans  ce  domaine  des  frontières 
plus  ou  moins  étroites,  mais  tous  ceux  qui  exercent  leurs  recher- 
ches sur  le  domaine  des  langues  indo-européennes  doivent  tou- 
jours avoir  conscience  de  la  connexion  des  parties  entre  elles. 

■ 

Ils  doivent  comprendre  que  tous  ensemble  collaborent  à  cette 


30  INTRODICTION 

grande  œavre,  qui  consiste  à  éclairer  l'histoire  des  langues  indo- 
européennes, et  que  dans  les  directions  les  plus  diverses  ils  doivent 
se  prêter  un  mutuel  secours.  Mais  en  même  temps  ils  doivent 
aussi  être  persuadés  que  tous  pareillement  ont  à  se  laisser  guider 
par  les  solides  résultats  de  la  science  fondamentale  de  l'histoire 
du  langage;  qui  est  la  psychologie  du  langage,  —  du  reste  il  s'est 
produit  en  ce  sens  un  concours  d'efforts  fructueux  —  et  que,  par 
la  recherche  du  général  dans  le  particulier,  ils  doivent  faire 
avancer  cette  science. 

Hem.  Dans  ces  dernières  années,  du  côté  des  philologues,  et 
surtout  des  philologues  classiques,  on  s'est  assez  souvent  plaint  du 
caractère  par  trop  ésotérique  de  l'œuvre  de  la  nouvelle  école  com- 
parative indo-européenne.  De  l'avis  de  l'auteur,  ceci  vient  moins 
de  ce  que  les  indo-européanisants  ont  été  amenés  à  employer  toutes 
sortes  de  nouveaux  termes  techniques,  de  nouvelles  désignations 
pour  les  phonèmes,  que  du  trop  peu  d'attention  accordé  jusqu'à 
présent  par  les  philologues  aux  questions  fondamentales  de  la  lin- 
guistique. On  ne  peut  insister  davantage  ici  sur  ces  questions 
fondamentales,  avec  lesquelles  on  doit  s'être  familiarisé  au  moins 
jusqu'à  un  certain  point,  avant  d'aborder  les  faits  isolés  de 
l'histoire  des  langues.  Je  renvoie  le  lecteur  aux  livres  deWhitney: 
Die  Sprachwissenschaft,  fur  das  deutsche  Publikum  von 
Jôlly,  Miinchen  1874,  Leben  und  Wachsthum  der  Sprache, 
ubersetzt  von  Leskien,  Leipzig  1876  et  à:  Paul,  Prinzipien  der 
Sprachgeschichte^  Halle  1898;  Wundt,  Vôlkerpsychologie, 
Ir  vol,  Die  Sprache,  en  2  parties,  Leipzig  1900^).  Voir  encore 
le  livre  d^Œrtel  cité  page  27. 

Ainsi  le  présent  livre  qui  se  borne  à  traiter  de  quelques 
unes  des  langues  indo-européennes  les  plus  importanj;es,  n'est  pas 
un  exposé  d'ensemble  de  ces  langues,  ni  un  tableau  exact  de  leur 
développement  général  jusqu'à  nos  jours,  ou  une  représentation 
exacte  à  la  fois  du  côté  civilisé  de  la  langue  et  de  son  côté 


1)  Fournissent  des  compléments  à  cet  ouvrage  de  Wundt: 
Delbrtick,  Grundfragen  der  Sprachforschung  (pour  répondre 
à  la  Sprachpsychologie  de  W.  Wundt),  Strassburg  1901,  et 
Wundt,  Sprachgeschichte  und  Sprachpsychologie  (pour 
répondre  aux  'Grundfragen  der  Sprachforschung'  de  Delbriick), 
Leipzig  1901;  L.Sûtterlin,  DasWesendersprachlichenGebilde, 
Kritische  Bemerkungenzu  W.Wundt's Sprachpsychologie, 
Heidelberg  1902. 


OBJET   DE   LA   GRAMMAIRE   COMPARÉE  31 

naturel.  Sous  ce  rapport  il  se  trace  des  limites  assez  étroites, 
tout  comme  la  Vergleicbende  Grammatik  de  Bopp  (3  vol. 
5*  éd.,  Berlin,  1868— 71,  traduction  française  par  M.  Bréal,  Paris, 
1866 — 1874),  leCompendium  der  vergleichenden  Gram- 
matik de  Schleicher  (4«  éd.  Weimar,  1876)  et  le  Grund- 
riss  der  vergleicbenden  Grammatik  de  Brugmann-Dei- 
brttck  (5  vol.  Strassb.  1886—1900,  l"^vol.  2«  éd.  1897);  tout 
comme  ces  livres,  il  doit  être  considéré  avant  tout  comme  une 
introduction  aux  grammaires  particulières  des  langues,  destinée  à 
fournir  les  éléments  indispensables  de  la  métbode  historique. 
L^lntroduction  à  l'étude  com  para  tive  des  langues  in  do - 
européennes  de  A.  Meillet  qui  vient  de  paraître  (Paris  1903) 
^  un  objet  pareil. 


iHlr  J'HONÉTJgiE 


Phonétique. 

Objet  de  la  phonétique  en  général. 

16.  II  s'agit,  dans  cette  première  grande  division,  de  l'his- 
toire des  éléments  phonétiques  de  la  langue.  Cette  histoire  com- 
prend non  seulement  la  formation  des  sons  dans  le  sens  ordi-^ 
naire  du  mot,  mais  aussi  Taccentuation,  c.-à-d.  la  variation  des 
membres  de  la  phrase  sqivant  l'énergie  du  souffle  expiratoire,  la 
hauteur  du  son  et  la  durée  des  syllabes. 

Les  changements  de  prononciation  qui  ne  sont  pas  en  même 
temps  des  changements  de  signification,  se  font  de  deux  façons: 
ils  sont  soit  internes  soit  dépendants  de  circonstances 
extérieures,  ou,  autrement  dit,  analogiques.  Dans  le  premier 
cas,  il  n'y  a  pas  d'autres  éléments  phonétiques  intéressés  que  ceux 
qui  appartiennent  proprement  au  contenu  de  la  représentation 
à  un  moment  donné.  Ce  sont  les  changements  que  Ton  désigne 
ordinairement  sous  le  nom  de  changements  phonétiques,  p.  ex. 
quand  le  français  a  passé  de  (v.  frç.)  rei  à  (v.  frç.)  roi,  ^t  ensuite 
à  (frç.  mod.)  roi  (r^a).  Au  contraire,  dans  les  changements 
(jui  dépendent  de  circonstances  extérieures,  à  côté  des  éléments 
phonétiques  se  rapportant  au  contenu  de  la  représentation  à  un 
instant  donné,  d'autres  groupes  phonétiques  étrangers  à  celui  qui 
subissent  une  altération  interviennent  et  se  mêlent  avec  les  pre- 
mière de  telle  sorte  qu'il  se  produit  un  procès  d'association  plus 
compliqué.  Ainsi,  p.  ex.,  dans  frç.  mod.  nous  pleurons  au  lieu 
de  nous plourons  d'après  le  sg.  je  pleure-^  grande  au  lieu  de 
grand  (fém.)  d'après  petite  petite:  lorrain  dial.  eurmec  'hier', 
d'après  denec  'demain*. 

Cette  deuxième  espèce  de  changements  de  la  prononciation 
est  toujours  en  connexion  étroite  avec  les  phénomènes  de  for- 
mation des  mots,  c.-à-d.,  avec  ces  innovations  de  la  prononciation 


REMARQUES   PRÉLIMINAIRES  33 

qui  expriment  un  sens  nouveau;  aussi  sera-t-elle  traitée  en  même 
temps  qu'eux  dans  la  morphologie.  Il  ne  reste  donc  pour  la 
phonétique  que  les  changements  phonétiques  internes,  et,  du  reste, 
on  ne  comprend  généralement  sous  le  nom  de  changements 
phonétiques  que  ces  derniers.  Nous  nous  rallions  ici  à  cet  emploi 
du  mot. 

Remarques  préliminaires  de  phonétique  (physiologique). 

17.  Nous  limitons  notre  exposé  à  ce  qu'il  y  a  de  plus  indis- 
pensable aux  commençants.  Pour  des  renseignements  plus  appro- 
fondis et  systématique-s,  on  les  trouvera  dans  Sievers  Grundzûge 
der  Phonetik,  zur  Einftihrung  in  das  Studium  der  idg. 
Sprachen,   5e  édit.  19011). 

1)  On  divise  les  sons  des  langues  indo-europénnes  en  voyelles, 
p.  ex.  i,  a,  nasales,  p.  ex.  n,  m,  liquides:  r,  l,  occlusives  (ex- 
plosives), p.  ex.  p.  b,  fricatives  (spirantes),  p.  ex.  s,  z.  Les 
trois  premières  sortes  de  phonèmes  sont  des  sons,  les  deux  der- 
nières des  bruits. 

2)  D'après  le  rôle  du  larynx  les  phonèmes  se  divisent  en 
sono7*es  et  sourds.  Les  premiers  sont  les  phonèmes  lors  de  la  pro- 
duction desqtiels  les  cordes  vocales  du  larynx  entrent  en  vi- 
brations (rythmiques)  de  telle  sorte  qu'il  se  produit  un  son  musical, 
qu'on  appelle  sonorité.  Tous  les  phonèmes  auxquels  manque  cette 
sonorité  de  la  voix  sont  appelés  sourds.  P.  ex.  étaient  sonores  en 
indo-européen:  les  voyelles,  les  nasales  et  les  liquides;  parmi  les 
occlusives,  les  sonores  proprement  dites  (aussi  appelées  moyennes) 
et  les  sonores  aspirées,  et  parmi  les  spirantes:  z,  ef,  j.  Etaient  sourdes 
au  contraire:  les  sourdes  proprement  dites  (aussi  appelées  ténues), 
les  sourdes  aspirées  et  les  spirantes  .y,  p.  Les  phonèmes  du  type 
h  sont  des  voyelles  sourdes.  Il  y  a  aussi  des  nasales  et  des  liquides 
sourdes  (p.  ex.  gr.  p  §  286,  I,  b). 

Rem.  1.  Les  voyelles  chuchées  (Murmelvokale  d'après 
la  dénomination  de  M.  Sievers)  sont  des  voyelles  lors  de  la  pro- 
duction desquelles  les  cordes  vocales  restent  si  écartées  et  la 
pression  de  l'expiration  si  faible  que  des  bruits  de  chuchotement 


1  )  On  trouvera  aussi  une  courte  exposition  des  points  les  plus 
importants  de  la  phonétique  dans:  Sievers,  Grundriss  d.  germ. 
Phil.  P  283 sqq.,  Brugmann,  6r.  I*  41  sqq.,  V.Henry,  Gr.  comp.  du 
grec  et  du  latin,  Giles,  Vergl.  Gramm.  d.  class.  Sprachen  57  sqq., 
Streitberg,  Urgerm.  Gramm.  18  sqq.,  Wechssler,  Giebt  esLaut- 
gesetze?  (Halle  1900). 

Brugmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  3 


34  PHONÉTIQUE 

et  de  souffle  se  mêlent  à  la  honorité  de  la  voix.  Dans  ces  pho- 
nèmes, la  différence  musicale  du  son  frappe  peu  Toreille,  et  la 
plupart  du  temps  Tarticulation  spécifique  se  produit  aussi  moins 
correctement  que  dans  la  voix  haute.  En  français  moderne  e  est 
quelquefois  prononcé  comme  voyelle  chuchée;  p.  ex.  empereur 
(3  syllabes,  dans  la  récitation  des  vers  ou  le  chant)  ou  bien  Vo  de 
l'italien  cdiito.  Parmi  les  voyelles  indo-européennes,  a  parait  ren- 
trer dans  cette  catégorie  (§  37,  12Î  sqq.).  Au  lieu  de  voyelle 
chuchée,  on  dit  aussi  chva. 

S)  D'après  les  différences  d'énergie  dans  Tarticulation  on  di- 
vise les  phonèmes  en  forts  et  doux.  Ordinairement  l'occlusive  sourde 
est  à  sa  correspondante  sonore  dans  le  rapport  de  forte  à  douce, 
p.  ex.  t  et  dj  s  et  z. 

4)  D'après  le  point  de  l'articulation  dans  le  résonateur  on 
distingue  :  a)  les  1  a  b  i  a  1  e  s.  a)  les  b  i  1  a  b  i  a  1  e  s  :  occlusion  ou  rétrécisse- 
ment entre  la  lèvre  supérieure  et  la  lèvre  inférieure,  p.  ex.  p,  m,  sou- 
vent aussi  w.  p)  les  la  bio  dental  es:  articulation  de  la  lèvre  inférieure 
contre  la  rangée  supérieure  des  dents,  p.ex.  frç./*.  b)  les  dental  es.  a)  les 
interdentales:  articulation  du  bord  antérieur  de  la  langue  contre 
une  fente  séparant  les  deux  rangées  des  dents,  p.  ex.  quelquefois  ail. 
mod.  ^,  dj  p)  les  post dentales,  articulation  contre  la  surface 
arrière  des  dents  supérieures,  p.  ex.  souvent  angl.  iJi.  y)  les  alvéo- 
laires, contre  les  alvéoles  des  dents  supérieures,  p.  ex.  frç.  t,  d,  n 
le  plus  souvent.  Pour  les  langues  anciennes,  la  détermination  exacte 
des  sons  dentaux  (écrits,  t,  e/,  etc.)  d'après  ces  trois  subdivisions  est 
la  plupart  du  temps  très  difficile.  —  Les  phonèmes  du  type  de  p 
(sourd  pf  sonore  d)  se  distinguent  des  dentales  au  sens  restreint  du 
mot  par  le  fait  que  le  rétrécissement  est  produit  par  tout  le  bord 
antérieur  de  la  langue.  Ils  peuvent  être  indifféremment  inter- 
dentaux, postdentaux  et  alvéolaires,  c)  les  cérébrales:  le  bord 
antérieur  de  la  langue  est  replié  en  haut  et  en  arrière  et  appuyé 
contre  le  palais.  Ici  se  rapportent  principalement  skr.  fy  rf,  n,  r,  f,  s, 
d)  les  palatales:  la  partie  moyenne  du  dos  de  la  langue  articule 
contre  le  palais  dur,  p.  ex.  ail.  mod.  k,  g  devant  les  voyelles  pala- 
tales if  e.  e)  les  vélaires:  la  partie  postérieure  du  dos  de  la  langue 
articule  contre  le  palais  mou,  le  voile  du  palais,  p.  ex.  frc.  mod. 
c,  g  devant  o,  ou. 

o)  Dans  la  série  des  voyelles  i-e-a-o-Uj  e  et  o  ne  sont  pas 
des  points  fixes,  mais  bien  plutôt  des  intermédiaires  que  l'on  peut 
se  figurer  comme  théoriquement  innombrables  et  qui  conduisent 
insensiblement  de  la  limite  i  à  a  et  de  la  limite  u  également  à  a. 
On  parle  d'c  fermé  (e)  et  d'e  ouvert  (ç),  suivant  qu'un  e  se  rap- 
proche plus  de  i  ou  de  a,  et  de  même,  d'à  fermé  {o)  et  d'o  ouvert 
(9),  suivant  qu'un  0  se  rapproche  plus  d*  u  ou  de  a. 


REMARQUES   PRÉLIMINAIRES  35 

6)  Mode  d'articulation  des  occlusives.  Les  expressions: 
ténue  et  moyenne  qui  nous  viennent  de  la  grammaire  gréco-latine, 
signifient  forte  sourde  et  douce  sonore.  Mais  il  y  a  aussi  des  douces 
sourdes,  cVst  pourquoi  Ton  parle  de  moyennes  sonores  et  de 
movennes  sourdes. 

7)  Les  soufflantes  qui  se  rattachent  aux  fricatives  se  divi- 
sent en  trois  groupes:  a)  les  sons  du  genre  />  voir  4,  b.  b)  les 
«ons  du  genre  s  (sourde  9,  sonore  z)  qui  peuvent  être  articulés  den- 
taux (postdentaux,  alvéolaires),  cérébraux  et  palataux,  c)  les  sons 
du  genre  .4  (sourd  é,  c.-à.d.  frç.  ch,  sonore  z)  qui  ont  une  forma- 
tion difficile  à  décrire,  et  parmi  lesquels  il  faut  distinguer  les  mêmes 
variétés  que  parmi  les  sons  du  type  s. 

Rem.  2.  L'articulation  cérébrale  est  indiquée  dans  la  gra- 
phie par  un  point  souscrit  et  Tarticulation  palatale  par  le  '  ajouté 
à  droite  de  la  consonne  (cf.  8)  pour  ce  qui  est  des  deux  derniers 
groupes.  Ainsi  donc  ?,  z  (comme  ^,  d).  De  même  .<,  z  (comme  <',  d', 
^'y  9')  à  <^ot^*  d®  *i  2  ^^  d®  ^>  ^.  $  est  (»mpIoyé  dans  la  transcrip- 
tion du  sanskrit  (§  22,  7). 

Les  sons  du  type  ail.  ch  appartenant  également  aux  fri- 
catives et  "qui  sont  sourds  et  sonores  (notés  /  et  y  ou  bien  x  et  j), 
sont  partie  palataux  (p.  ex.  ail.  mod.  ich,  blech),  partie  vélaires, 
(ail.  mod.  bach,  ?mch). 

8)  Palatalisatîon  (mouillure)  et  labialisation  (arron- 
dissement des  lèvres).  Le  palatalisation  est  le  changement  que 
subit  une  consonne  par  accommodation  à  l'articulation  buccale  de 
sons  palataux  voisins,  surtout  de  voyelles  palatales.  Le  signe  de 
cette  prononciation  est  ',  p.  ex.  ^,  V.  La  labialisation  au  contraire 
est  le  transport  de  l'arrondissement  et  du  retroussement  des  lèvres 
d'un  son  prononcé  dans  cette  position,  spécialement  des  voyelles 
u  et  o,  à  une  consonne  voisine.  Cf.  §  37.  254  sqq.  sur  les  labio- 
vélaires  indo-européennes,  dans  lesquelles  se  rencontrait  cette  arti- 
culation, mais  sans  aucune  influence  visible  de  la  qualité  des 
vovelles  voisines. 

9)  Eléments  vocaliques  (voyelles)  et  cousonan tiques 
(consonnes).  Dans  chaque  syllabe  composée  de  plusieurs  phonèmes, 
le  phonème  qui  a  respectivement  la  résonance  la  plus  forte  s'appelle 
son  élément  vocalique,  et  comme  cet  élément  peut  à  lui  seul 
faire  une  syllabe,  on  l'appelle  aussi  syllabique.  Les  autres  pho- 
nèmes s'appellent  éléments  consonantiques  de  la  syllabe;  ils 
sont  asyllabiques.  Toute  syllabe  doit  avoir  un  élément  vocali- 
que et  ne  peut  en  avoir  qu'un.  Ce  sont  les  voyelles  qui  sont  le 
plus  souvent  syllabiques;  viennent  ensuite  les  liquides  et  les  nasales 
dont  la  valeur  vocalique  est  exprimée  par  o  souscrit,  p.  ex.  /,  dans 
Irç.  mod.  faibl(e)mentf  prononcé  faiblment^  puis  les  spirantes,  p.  ex. 


36  PHONÉTIQUE 

frç.  mod.  p^^t,  interjection,  et  enfin  les  occiu&ives,  p.  ex.  frç.  mod. 
aktdfy.a  (acte  de  foi).  Quand  des  voyelles  sont  asyllabiques,  od. 
place  en  dessous  le  signe  ^:2,  u,  §  etc. . .  Les  voyelles  en  fonction 
consonantique  s'appellent  aussi  senii- voyelles.  Pour  être  conséquent 
on  écrit  souvent  aussi  i  et  u,  quand  ils  forment  le  deuxième  com- 
posant d'une  diphtongue,  avec  les  signes  i  et  y,,  p.  ex.  i.-e.  *«j^i 
'il  va*  (gr.  €Îoi). 

Les  expressions  vocalique  et  consonantique  ne  désignent  don& 
qu'une  fonction  différente  par  rapport  à  la  formation  des  syllabes, 
tandis  que  dans  la  grammaire  ordinaire  le  mot  consonne  s'applique 
au  caractère  même  du  phonème.  Comparez  l'alternance  de  ces  fonc- 
tions dans  frç.  mod.  nation  (parfois  trisyllabique  en  vers)  à  côté  de 
nation'^  faiblment  k  côté  de  faiblesse,  lat.  me^diiis  de  *me\dios 
(§  152,  3),  go  t.  ajcfs  de  *a\kraz  (§  350.  1). 

10)  Groupes  de  phonèmes. 

a)  La  réunion  d'une  voyelle  en  fonction  vocalique  et  d'une 
autre  en  fonction  consonantique  dans  une  même  syllabe  est  appelée 
diphtongue,  p.  ex.  au  dans  lat.  class.  aurum.  Des  groupes  tels 
que  ait  eu  sont  appelés  diphtongues  brèves  et  des  groupes 
tels  que  ai,  èy,  diphtongues  longues.  Suivant  que  l'élément 
vocalique  précède  ou  suit,  la  diphtongue  est  descendante,  p.  ex. 
ai,  ou  ascendante,  p.  ex.  ia.  Pris  dans  un  sens  plus  large  le  nom 
de  diphtongue  s'emploie  aussi  pour  les  groupes  composés  de  voyelle 
en  fonction  vocalique  et  de  nasale  ou  liquide  en  fonction  consonan- 
tique, p.  ex.  er  dans  perdu,  el  dans  delta. 

Rem.  3.  Dans  le  passage  d'une  voyelle  à  une  consonne,  le 
timbre  de  cette  dernière  se  fait  souvent  percevoir  si  clairement 
qu'on  l'écrit  comme  voyelle  entre  les  deux  sons,  p.  ex.  a.irl.  eoch 
'au  cheval',  tuaith  'au  peuple*.  Mais  il  faut  le  regarder  non  comme 
un  phonème  de  position,  mais  comme  un  simple  phonème 
de  transition  ou  de  glissement.  Aussi  ne  s*agit-il  pas  ici  de 
diphtongues  proprement  dites.  C'est  pourquoi  nous  écrivons  eoch 
'au  cheval',  tuaHh  'au  peuple'  en  vue  de  la  clarté  (respectivement 
aussi:  tuath^b  'aux  peuples',  où  a  représente  le  phonème  de  tran- 
sition derrière  la  consonne  teintée  d'à). 

b)  Par  aspiréeson  désigne  les  occlusives  quand  un  souffle  Qiy 
s'y  ajoute,  p.  ex.  ail.  mod.  dans  phapha,  thanthe  (cf.  frç.  papa,  tante 
avec  la  sourde  pure).  Le  sanskrit  avait  aussi  des  sonores  aspirées^ 
p.  ex.  bhdrati  'fert*.    Sont  rares  sh,  ph  et  semblables  (cf.  §  276.  301). 

c)  Les  affriquées  sont  les  occlusives  suivies  de  la  spirante 
qui  a  le  même  point  d'articulation,  p.  ex.  pf,  ts,  dz. 

11)  Limite  des  syllabes.  Dans  le  cas  d'une  consonne 
intervocalique,  la  limite  des  syllabes  peut  se  trouver  1)  devant  cette 
consonne,  p.  ex.  frç.  ma\man.    2)  derrière  la  consonne,   p.  ex.  frç.. 


REMARQUES   PRÉLIMINAIRES  37 

•Us  hommeSj  dit-il;  quand  on  fait  bien  ressortir  la  limite  des  mots 
{ordinairement,  dans  la  langue  simple  de  la  conversation  la  division 
logique  des  syllabes  est  ignorée  et  Ton  prononce  lézom,  diti{l) 
tromme  aussi  t^n  homme  et  non  pas  ^n\homme,  3)  elle  peut  tomber 
dans  la  consonne.  Dans  ce  cas  la  consonne  se  divise  en  deux  parties 
<\m.  au  point  de  vue  expiratoire,  appartiennent  à  des  syllabes  diffé- 
rentes. A  cause  de  Timpression  double  qu'en  reçoit  Toreille,  on 
nomme  aussi  gémînation  cette  division  de  la  consonne.  On  trouvera 
des  exemples  §  314  sq. 

Plus  compliquée  et  souvent  flottante  est  la  formation  de  la 
limite  des  syllabes  dans  le  cas  de  groupes  intervocaliques  de  con- 
sonnes tels  que  st,  skr,  ni,  La  règle  des  Latins,  portant  que  tout 
groupe  de  consonnes  se  rencontrant  à  Tinitiale  commence  aussi  la 
syllabe  à  Tintérieur  des  mots,  p.  ex.  oblUus  cf.  hlandus^  n'a  pas  du 
tout  une  valeur  générale,  même  si  Ton  fait  complètement  abstraction 
de  la  coupe  des  syllabes  d'après  Tétymologie  (p.  ex.  ob  lîtus  à  cause 
de  ob).  Chez  les  Latins  eux-mêmes,  les  groupes  commençant  par  « 
faisaient  exception,  p.  ex.  cae\le.s[tis  est  attesté  malgré  stâre  etc. 

Nota  bene:  on  appelle  tautosyllabique  un  groupe  de  pho- 
nèmes dont  les  éléments  appartiennent  à  la  même  syllabe,  p.  ex.  ar 
dans  frç.  mod.  je  partais  et  au  contraire  hétérosyllabique  un 
groupe  dont  les  éléments  appartiennent  à  des  .syllabes  différentes, 
comme  dans  le  frç.  je  parais, 

18.  L'accentuation  d'une  langue  quelconque  consiste  essen- 
tiellement dans  la  manière  dont  les  membres  de  la  phrase  sont 
ordonnés  par  rapport  à  l'énergie  du  souffle  expiratoire,  la  hauteur 
du  son  et  la  durée  des  syllabes. 

1)  L'ordonnance  d'après  Tintensité  (accent  expiratoire 
ou  d'intensité)  et  l'ordonnance  d'après  la  hauteur  (accent 
musical  ou  chromatique  ou  tonique)  vont  de  conserve  dans 
toutes  les  langues.  Cependant,  dans  telles  langues  c'est  la  dernière, 
dans  telles  autres  c'est  la  première  qui  prévaut.  Une  accentuation 
surtout  expiratoire  se  rencontre  dans  les  anciennes  langues  italiques, 
en  celtique,  en  germanique,  en  balto-slave  et  en  arménien;  une 
accentuation  surtout  musicale  se  rencontre  en  sanskrit  et  en  grec 
ancien.   Cf.  §  38  sqq. 

2)  Toute  syllabe  de  la  phrase  a  d'abord  son  accentuation 
propre.  Il  y  a  des  formes  très  diverses  de  l'accent  sy  11  a  bi- 
sque (intonation),  cf.  p.  ex.  en  grec,  le  circonflexe  (imoOaa)  et 
l'aigu  (^oûaT]ç)-  De  plus,  dans  un  mot  disyllabique  ou  polysyllabi- 
que, le  rapport  réciproque  des  syllabes,  pour  ce  qui  est  de  l'énergie 
•et  de  la  hauteur,  est  ordinairement  réglé  d'une  façon  fixe.  Cette 
•ordonnance  dans  le  mot  pris  isolément  s'appelle  accentuation 
-du  mot  et  l'on  dit   de  la  syllabe  accentuée  avec   la   plus   grande 


38  PHONÉTIQUE 

énergie  ou  la  plus  grande  hauteur  qu'elle  porte  Taccent  du  mot» 
Enfin,  dans  ce  qu'on  appelle  accentuation  de  la  phrase,  il 
s'agit  non  seulement  du  mouvement  de  Taceent  dans  la  phrase^ 
en  tant  qu'elle  est  une  phrase  déclarative,  interrogative  etc.,  mais 
aussi  du  mouvement  de  l'accent  à  l'intérieur  de  chacun  des  groupes- 
en  lesquels  les  phrases  assez  longues  se  divisent  ordinairement. 
Aucune  forme  de  mot  n'était  fortement  accentuée  d'une  manière- 
essentielle  et  constante;  toutes  pouvaient  être,  le  cas  échéant,  ou 
proclitiques  ou  enclitiques,  et  à  cette  différence  se  rattachaient  en 
partie  des  différences  de  signification,  cf.  p.  ex.  gr.  tiç  'qui*?'  et  rxç 
'un  quelconque*.   Cf.  §  42. 

8)  Souvent  la  quantité,  c.-à.-d.  la  durée  des  phonèmes  isolé» 
ou  des  syllabes,  est  en  connexion  étroite  avec  l'accentuation.  On 
distingue  généralement  les  brèves  et  les  longues,  mais  comme 
les  dernières  peuvent  considérablement  varier,  on  parle  aussi  de 
demi-longues,  de  longues  et  d'ultra-longues  (Les  ultra-longues  ont 
volontiers  un  accent  à  deux  sommets).  Sont  considérées  comme 
brèves  les  syllabes  qui  finissent  sur  une  voyelle  brève,  et  comme 
longues  celles  qui  ont  une  voyelle  longue  et  aussi  les  syllabes  dites 
;  fermées,  c-à.-d.,  les  syllabes  qui  finissent  par  une  ou  plusieurs  con- 
sonnes. 

La  perte  d'une  sonore  dans  un  ensemble  phonétique  —  chute- 
d'une  syllabe  brève  ou  d'une  sonore  quand  il  s'agit  d'une  syllabe 
longue  —  est  généralement  accompagnée  d'un  changement  d'into- 
nation.   Cf.  §  40.  Rem. 

19.  Changements  phonétiques. 

1)  La  formation  de  nouvelles  formes  de  prononciation  dans 
une  communauté  linguistique  part  d'individus  isolés  ou  d'un  cercle 
géographiquement  et  socialement  restreint  de  sujets  parlants.  C'est 
par  imitation  et  par  les  échanges  qui  se  produisent  continuellement 
entre  l'individu  et  la  communauté  que  les  innovations  naissantes 
sont  transplantées  dans  des  parties  plus  grandes  d'une  même  com- 
munauté linguistique  ou  même  dans  toute  cette  communauté.  Ordi- 
nairement c'est  par  les  individus  jeunes  que  commence  le  mouvement. 

2)  On  appelle  changements  phonétiques  non  conditionnés 
les  changements  que  subit  une  articulation  isolée,  sans  que,  d.-ms- 
ces  changements,  soit  l'accentuation,  soit  le  tempo  de  la  langue 
exerceilt  une  influence  déterminante,,  p.  ex.  les  changements  de  e  et  de 
Ô  en  â  en  indo-iranien  commun  (§  92.  98.  104.  110).  Au  contraire, 
on  appelle  changement  conditionné  celui  dans  lequel  on  constate 
de  semblables  influences,  p.  ex.  le  passage  de  e  fermé  à  i  dans  frç. 
je  pris  de  lat.  présî  sous  l'influence  de  i  suivant  (§  329  sqq.),  de 
a  k  e  dans  frç.  vie  de  lat.  vlta  par  suite  de  la  faiblesse  d'accentuatioa 
de  la  syllabe  finale.    Le  facteur  (phonème  etc.)  duquel  part  Tactioa 


REMARQUES   PRÉLIMIK AIRES  39 

eu  queetion,  s*appelle  inducteur,  et  celui  qui  subit  le  diangement 
s'appelle  induit. 

8)  Le  changement  peut  être  de  telle  nature  que  le  sujet  par- 
lant passe  de  rancienne  articulation  à  la  nouvelle  par  un  bond  subit» 
p.  ex.  italien  treato  de  teatro.  Aux  changements  phonétiques  en 
quelque  sorte  instantanés  appartiennent  toutes  les  assimilations 
et  les  dissimilations  consonantiques  à  distance  (§  332  sq.  334  sq.  336), 
les  disparitions  de  syllabes  par  haplologie  (§  337  sqq.)  et  les  trans- 
positions de  sons  ou  métathèses  (§  340  sqq.);  en  outre,  une  partie  des 
assimilations  de  consonnes  en  contact,  comme  p.  ex.  gr.  oc^vôç  de 
*0cpvô<;  {%  319  sqq.),  le  changement  subit  des  sons  du  genre  k  labia- 
lisés  en  sons  du  genre  p,  p.  ex.  gr.  iroivn  de  *qV'oinâ  (§  356)  etc.  Au 
contraire  on  observe  par  ailleurs  des  déplacements  insensibles 
de  l'articulation,  dans  lesquels  une  articulation  passe  à  une  autre 
par  des  étapes  toutes  petites  et  insensibles,  comme,  par  exemple, 
dans  le  changement  de  a  tonique  latin  k  frç.  ç  il  peut  y  avoir  des 
intermédiaires  innombrables  et  comme  probablement,  dans  la  plupart 
des  cas,  il  v  en  a  de  très  nombreux. 

Dans  certains  cas  on  ne  peut  déterminer  par  laquelle  de  ces 
deux  voies  la  nouvelle  articulation  s'est  produite,  p.  ex.  quand  il 
s'agit  de  l'assimilation  d'une  voyelle  à  la  voyelle  de  la  syllabe  voisine 
(§  329  sqq.). 

Rem.  1.  Dans  la  tradition  des  monuments  écrits  le  pro- 
cessus d'un  déplacement  n'arrive  jamais  à  être  représenté  d'une 
façon  exacte.  £n  général  la  graphie  ne  tient  compte  de  change- 
ments de  ce  genre,  que  lorsque  le  point  terminus  du  change- 
ment est  atteint  ou  presque  atteint,  et  ordinairement  le  nouveau 
signe  et  l'ancien  se  rencontrent  l'un  à  côté  de  l'autre  pendant 
un  certain  laps  de  temps,  jusqu'au  moment  où  enfin  le  nouveau 
l'emporte  définitivement. 

4)  Quand  un  phonème  d'une  série  phonétique  conditionne  le 
changement  d'un  autre,  on  a  affaire,  partie  à  un  changement  en 
contact  (p.  ex.  gr.  acfivôç  de  *0€pv6ç,  skr.  strnôti  de  *st]yiéti  §  321,  2, 
lat.  vespa  de  *?;6p«â  §  341),  partie  à  un  changement  à  distance 
(p.  ex.  lat.  quînque,  plus  ancien  *quenque,  de  *perskV'e  §  332,  skr. 
prà  hanyate  de  *prâ  hanyate  §  333,  351,  1,  ^orixig,  palabrar  de  lat. 
vulg.  parabolare  §  342,  3,  b).  Du  reste,  on  ne  peut  pas  toujours 
séparer  nettement  les  actions  qui  se  produisent  en  contact  et  celles 
qui  se  produisent  à  distance,  v.  §  329. 

Le  phonème  inducteur  est  en  partie  un  phonème  subséquent 
(changement  régressif),  p.  ex.  dans  acimvôç  et  qulnque^  en  partie 
un  phonème  antécédent  (changement  progressif),  p.  ex.  dans 
sipiôti  et  prà  hanyate.  Pour  vespa  et  palàbrar^  le  changement  est 
réciproque. 


40  PHONÉTIQUE 

Rem.  2.  Dans  la  prononciation  des  séries  phonétiques 
(mots,  phrases)  il  y  a  nécessairement,  il  faut  bien  le  dire,  une  sue- 
cession  de  mouvements  articulatoires,  mais  pour  le  sujet  parlant, 
au  moment  où  il  commence  un  mot  ou  une  phrase,  Tensenible 
existe  déjà  à  Tétat  conscient  comme  une  représentation  d'ensemble; 
il  a  en  même  temps  Taperception  du  son  et  du  sens  dans  un  acte 
simultané  et  unique.  Lorsque  donc  par  ex.  une  assimilation  de 
phonèmes  se  produit  comme  dans  le  mot  cité  *pe»ç?^e,  le  processus 
est  celui-ci:  une  représentation  phonétique  isolée  plus  forte  qu'une 
autre  passe  à  la  place  de  celle-ci,  et  le  mouvement  articulatoire  qui 
lui  répond  se  glisse  à  la  place  de  l'autre.  Il  est  vrai  que  la  volonté 
est  dirigée  vers  le  but  de  maintenir  en  parfait  accord  le  processus 
de  la  représentation  et  les  mouvements  articulatoires,  mais  la 
volonté  n'aboutit  pas  à  une  parfaite  réalisation.  Dans  le  mouve- 
ment régressif  l'attention  se  tourne  trop  tôt  vers  une  partie 
dominante  de  la  représentation  totale  des  phonèmes;  dans  le  mouve- 
ment progressif,  c'est  cette  partie  qui  agit  après  coup,  et  dans  ce 
dernier  cas,  elle  agit  en  même  temps  comme  impression  acousti- 
que. Le  mouvement  d'anticipation  est,  dans  les  langues  indo-euro- 
péennes, de  beaucoup  le  plus  fréquent,  parce  que  le  processus 
de  représentation  est  généralement  plus  rapide  que  la  réalisation 
des  mouvements  articulatoires. 

Les  transpositions  de  phonèmes  comme  lat.  vespa  et  portusr. 
palahrar  forment  une  sous-division  des  changements  régressif:;  ou 
ce  sens  que  le  phonème  inducteur  est  subséquent.  Le  fait  que  l'antécé- 
dent est  répété  n'est  qu'une  conséquence  de  l'anticipation.  Du 
reste,  dans  aucun  groupement  nouveau  issu  par  metathèse,  il  ne 
se  produit  jamais  de  groupe  de  phonèmes  qui  n'existe  déjà  ailleurs 
dans  la  langue  dont  il  s'agit;  on  est  déjà  exercé  à  prononcer  le 
groupe  de  phonèmes  qui  se  produit.  Ici  donc,  les  forces  de  repro- 
duction coopèrent. 

5)  Les  assimilations  (accommodations  et  assimilations  com- 
plètes entre  phonèmes)  sont,  comme  nous  le  voyions  sous  4),  en  partie 
régressives,  en  partie  progressives.  Au  point  de  vue  du 
résultat  final  du  mouvement  on  peut  aussi  parler  d'assimilations 
réciproques,  p.  ex.  è  de  ai.  De  plus,  il  faut  distinguer  entre  l'assi- 
milation partielle,  p.  ex.  gr.  ^v  de  pv  (§320,  3,  b),  béot.  ae  de  ai 
(§  136),  et  l'assimilation  totale,  p.  ex.  gr.  XX  de  bX  (§  320,  3,  c).  Le 
changement  assimilatoire  partiel  du  son  induit  est  souvent  attesté 
comme  préliminaire  de  l'assimilation  complète,  p.  ex.  ital.  commun 
♦eu,  lat.  OM— w  (§  143). 

6)  Pour  les  phénomènes  de  dissimilation  il  faut  tenir 
compte  des  points  de  vue  suivants:  1)  le  phonème  induit  est  ou  bien 
altéré,  p.  ex.  gr.  eyiXnrnp  de  Qr\pr]ri\çi  (§334,3)  ou  préservé  d'une 


REMARQUES   PRÉLIMINAIRES  41 

altération,  p.  ex.  lat.  societàs,  et  non  pas  '^sociitds,  cf.  novitâs 
(§  304.  308,  2  c.  348,  1  b),  skr.  pdri-nak?atij  et  non  pas  *pâri-nak' 
^ati,  cf.  pàrî-naçe  (§335);  ou  bien  il  disparaît,  p.  ex.  qpâTpiô  de 
qppâTpiâ  (§336,3)  ou  par  superposition  syllabique  Chaplologie) 
d]uqK)p€t.'ç  de  d)iq)i(pop€0;  (§  337  sqq.).  2)  Il  y  a,  en  partie,  action  de 
contact,  p.  ex.  skr.  dhr  de  dhr,  sf  de  str  (§  319  Rem.),  lat.  societâSj 
et  en  partie,  action  à  distance,  p.  ex.  gr.  6nXiiT/jp,  (pârpiâ,  skr. 
pdri-nakfati;  dans  ce  dernier  cas,  la  syllabe  contenant  l'un  des 
phonèmes  et  la  syllabe  contenant  Tautre  peuvent  être  séparées  par 
une  troisième  syllabe,  p.  ex.  gr.  dcpôvixpov  de  dcppôvirpov  (§  336,  3), 
'AiToXXujq)dvTi(;  de  'AiroXXujvo-cpdvTiç  (§  338,  2).  3)  Le  mouvement  est 
régressif,  p.  ex.  ^r.  etiXiiTriP,  cpârpia,  ou  progressif,  p.  ex.  gr. 
jiopmoXOttu)  de  *|LiopMopÛTTui  (§  334,  3,  b),  epéirta  de  epéTrxpa  (§  336,  3,  b). 

Rem.  3.  La  nature  propre  de  la  dissimilation  (dont  ont  traité 
entre  autres  Grammont  La  dissimilation  consonan tique, 
Dijon  1895,  Wech.«îsler  Lautges.  135  sqq.,  Wundt  Vôlkerps.  I  1, 
440  sqq.,  Meringer  IF.  Anz.  12,  8  sqq.)  n'est  pas  encore  suffisamment 
expliquée.  L'exposé  suivant  contient  à  peu  près  l'essentiel.  Quand 
deux  phonèmes  d'une  même  série  articulatoire  sont  pareils  ou  que 
du  moins  ils  ont  en  commun  un  ou  plusieurs  éléments  et  que  le  mot 
parlé  n'est  pas  rendu  suffisamment  clair  en  toutes  ses  parties  par 
les  associations  d'idées  qui  le  rattachent  à  d'autres  mots,  quand 
donc  le  sujet  parlant  est  incapable  de  décomposer  étymologi- 
quement  le  mot  pour  y  percevoir  comme  distincts  ces  éléments 
pareils  et  pouvoir  les  traiter  comme  tels,  il  arrive  qu'au  moment 
où  la  représentation  totale  est  sur  le  point  de  se  dresser  obscuré- 
ment dans  la  conscience,  les  éléments  semblables  se  confondent 
facilement  par  association  simultanée  De  là  résulte  une  sorte 
d'embarras  et  d'état  précaire  dans  le  développement  de 
la  série  des  mouvements  articulatoires.  La  représentation  du 
phonème  en  question  se  maintient  alors  à  la  place  qui,  pour 
un  motif  ou  l'autre,  s'impose  plus  fortement  à  la  conscience  à 
l'instant  donné,  et  à  l'autre  place,  elle  est  'dissimilée*.  Ce  qui 
assure  la  prépondérance  à  la  première  position  peut  être  de 
nature  très  diverse,  p.  ex.  le  rapport  du  phonème  aux  phonè- 
mes voisins,  la  place  de  l'accent  du  mot,  le  caractère  morphologi- 
que de  toute  la  formation  ou  la  circonstance  que  c'est  précisément 
cette  position  dans  le  mot  qui  pour  le  sujet  parlant  est  la  plus 
claire  étymologiquement;  souvent  anssi  c'est  la  position  postérieure 
dans  le  mot  qui  triomphe  parce  que  la  tendance  à  l'anticipation 
(Rem,  2)  la  favorise  ou  décide  en  sa  faveur.  Quand  la  dissimi- 
lation consiste  en  une  chute  de  phonème,  alors  cette  chute,  en 
tant  que  disparition  d'une  partie  du  mot  superflue  pour  l'expres- 
sion de  la  signification  donnée,   doit  se  comparer  aux  multiples 


42  PHONÉTIQUE 

suppressions  de  phonèmes  qui  se  produisent  en  dehors  de  la  dissi- 
milation  pour  différents  motifs,  comme  p.  ex.  (quelquefois)  frç. 
jour!  =  bonjour,  vélo  =  vélocipède  (cf.  entre  autres  Ber.  d.  sRchs. 
G  es,  d.  Wiss.  1900,  p.  394  sqq.).  Ceci  résulte  d*abord  des  cas  tels 
que  à|ui(pop€Oç  =  d^(piq>op€Oç,  'ATToXXu)(pdvnç  =  *ATToXXu)vo<pdvT)(;  où  il 
n'y  avait  qu'un  seul  phonème  qui  couvrît  exactement  un  autre 
phonème  unique  (q>  et  v),  mais  la  suppression  de  l'un  par  Tautre  et, 
dans  le  cas  présent,  du  premier  par  le  second,  entraîne  aussi  la 
perte  de  la  voyelle  qui  suivait  la  première  des  consonnes  (i  et  o). 
Quand  il  n'y  a  pas  disparition,  alors,  par  suite  d'autres  représen- 
tations du  mot,  il  s'insère  un  autre  phonème  étroitement  apparenté 
au  premier  pour  Tarticulation  (BnpH'i'^P  de  6iiXiiTy|p,  XdpvaS  de  vdpvaS 
§  384).  £t  à  la  vérité  ce  sont  toujours  les  conséquences  de  mouve- 
ments articulatoires  familiers  au  sujet  parlant  qui  sont  décisives 
dans  le  choix  du  phonème  substitué.  En  effet,  tandis  que,  quand 
il  s'agit  de  disparition  par  dissimilation,  il  peut  se  produire  des 
séquences  de  phonèmes  qui  sont  inusitées  dans  la  communauté 
linguistique,  p.  ex.  aparôç  de  arpaxôç,  lat.  slltis  de  sHltis  (§  336, 
4,  a,  p),  le  résultat  de  la  substitution  d'un  phonème  apparenté  est 
toujours  une  séquence  articulatoire  à  laquelle  on  est  déjà  exercé, 
p.  ex.  *XapdbXioi  au  lieu  de  XaXdbpioi  de  Xapdbpioi  ou  *enpriT^^ 
(avec  -X  à  la  finale)  n'étaient  pas  possibles.  Enfin  pour  ce  qui 
concerne  la  dissimilation  comme  empêchement  au  changement 
phonétique  (sodetâs,  volt\  le  changement  en  question  se  produit 
d'abord  jusqu'à  un  certain  point,  et  c'est  de  là  que  naît  l'embarras. 
Toutefois,  le  substitut  de  l'élément  soumis  à  dissimilation  n'est  pas 
puisé  au  dehors,  mais  comme,  même  pour  le  sujet  parlant  qui 
fait  la  dissimilation,  le  combat  entre  l'ancienne  articulation  et  la 
nouvelle  n'est  pas  terminé,  c'est  la  première  elle-même  qui  sert 
de  remède  approprié. 

7)  Sous  le  nom  de  lois  phonétiques  on  désigné  les  change- 
ments phonétiques  internes  des  langues  (§  16)  en  tant  du  moins  que, 
ces  changements  de  la  langue  se  produissent  évidemment  et  dans 
une  mesure  particulièrement  large  avec  régularité  dans  des  con- 
ditions pareilles.  Assez  souvent,  la  régularité  d'un  changement 
phonétique  saute  tout  de  suite  aux  yeux,  p.  ex.  le  fait  que  i.-e. 
-m  en  fin  de  phrase  est  devenu  -v  en  grec;  dans  aucune  forme 
absolument  l'action  de  cette  loi  n'a  été  empêchée,  soit  par  une  autre 
loi  soit  par  aucune  cause  isolée  agissant  en  sens  inverse. 

Les  lois  phonétiques  ne  sont  que  des  lois  empiriques  et  des 
lois  où  des  motifs  psychologiques  sont  co-déterminants.  Lorsque, 
comme  on  l'a  fait  souvent  dans  les  dernières  années,  on  leur  attribue 
expressément  une  valeur  absolue  ou  générale,  on  ne  saurait  entendre 
par  là  que  les  lois  auxquelles  sont  soumis  les  faits  phonétiques,  sont 


EXPRESSION   GRAPHIQUE  43 

d'une  autre  natni'e  que  les  lois  qui  gouvernent  les  autres  faits  lin- 
guistiques ou  les  phénomènes  d'ordre  humain  en  général.  Le  con- 
cept de  loi  sans  exception  découle  logiquement  et  de  lui-même  du 
concept  de  loi.  Insister  fortement  sur  l'absolue  régularité  des  chan- 
gements phonétiques  était  et  est  encore  justifié  et  recommandé  en 
face  des  exceptions  de  l'ancienne  linguistique  et  de  celles  des  gram- 
mairiens empiriques  tant  anciens  que  contemporains.  Car  ces  gram- 
mairiens ne  réfléchissaient  et  ne  réfléchissent  toujours  pas  que  leurs 
exceptions  aux  lois  phonétiques  ne  sont  en  elles-mêmes  elles  aussi 
que  des  phénomènes  soumis  à  une  stricte  causalité,  phénomènes 
dans  lesquels  on  peut  reconnaître  ensuite,  en  grande  partie,  l'effet 
de  lois  d'une  valeur  plus  ou  moins  générale. 

Après  cela,  il  peut  sembler  superflu  de  parler  des  lois 
phonétiques  d'une  langue  au  lieu  de  parler  des  changements  phonéti- 
ques internes  de  cette  langue,  puisqu'on  ne  parle  non  plus  de  lois 
sémantiques  ou  de  lois  syntaxiques  dans  le  sen^  de:  changements 
de  signification  et  de  changements  syntaxiques.  Cependant  il  n'y  a 
aucun  motif  pour  abandonner  cette  expression  comme  si  c'était  un 
mot  qui  fît  plus  de  mal  que  de  bien. 

Parmi  les  discussions  les  plus  récentes  de  la  question  des  lois 
phonétiques,  il  convient  de  citer:  Wechb&ler  Giebt  esLautgesetze? 
Halle  1900,  Wundt  Vôlkerps.  I,  1,  348 sqq.,  Schuchardt  Z.  f.  roman. 
Ph.  25,  244 sqq.,  253sqq.,  Oertcl  Lectures  189  sqq.  Un  résumé  des 
points  les  plus  importants  dont  le  commençant  doit  tenir  compte  pour 
apprendre  à  comprendre  les  irrégularités  phonétiques,  se  trouve 
dans  Brugmann  Gr.  Gr.  ^  5  sqq. 


L'expression  graphique  des   phonèmes   ehez   les   divers 

penples  indo-européens. 

20.  Les  signes  graphiques  traditionnels  des  peuples  indo- 
européens,  auxquels  on  doit  se  reporter  pour  étudier  révolution 
phonétique  en  ce  qui  concerne  le  passé  des  langues,  ne  sont  ja- 
mais que  des  représentations  incomplètes  de  la  parole  vivante. 
Les  symboles  graphiques  répondent  en  gros  à  la  prononciation 
du  temps  où  ils  ont  été  introduits;  mais  la  prononciation  change 
avec  le  temps  et  les  symboles  graphiques  ne  changent  ordinaire- 
ment pas  d'une  façon  qui  réponde  à  cette  évolution  :  ou  bien  ces 
symboles  restent  simplement  en  usage,  ou  bien,  si  Ton  tient  compte 
dans  récriture  des  changements  de  la  langue,  cela  ne  se  fait  le 


44  PHONÉTIQUE 

plus  souvent  que  quelque  temps  après  qu'ils  se  sont  produits. 
(A  ce  point  de  vue,  ce  sont  encore  les  changements  dits  instan- 
tanés qui  se  présentent  avec  le  plus  de  clarté  [§  19,  3]).  C'est  pour 
cela  que  l'on  a  si  souvent  une  orthographe  dite  historique  à  la 
place  de  Torthographe  phonétique.  C'est  ainsi  que  l'attique  a 
toujours  maintenu  la  graphie  €i,  bien  que  déjà  au  V™®  siècle  avant 
J.-C.  è  fût  issu  de  cette  diphtongue  (dans  eîjLii  p.  ex.;  §  136). 
De  plus,  et  ce  fait  dépend  en  partie  des  circonstances  défavo- 
rables dont  on  vient  de  parler,  le  même  signe  sert  à  la  même  époque 
à  rendre  des  phonèmes  différents,  p.  ex.  gr.  anc.  u  pour  U  {iJ  et  u) 
€t  |jfc  (p.  ex.  aÙToç),  a  pour  s  et  z,  lat.  i  pour  i  (î  et  î)  et  î,  n  pour 
w  et  n;  franc,  mod.  c  pour  k  et  s,  e  dans  plusieurs  langues  pour 
^  et  ç  (è  et  ç,  et  é,  f);  au  contraire,  le  même  phonème  est  exprimé 
par  des  signes  différents,  p.  ex.  19,  en  grec  ancien  par  v  et  t,  î  en 
latin  par  i  et  ei,  g  par  getCyS  en  français  moderne  par  8,cett; 
par  ailleurs  il  n'y  a  non  plus  aucune  espèce  d'exactitude.  La 
lettre  note  sans  aucune  régularité  tantôt  un  mouvement  articula- 
toire  simple,  tantôt  un  groupe  de  phonèmes  différents;  tantôt  c'est 
tel,  tantôt  tel  autre  facteur  important  de  l'articulation  qui  reste 
inexprimé  dans  la  suite  des  phonèmes,  et  un  élément  essentiel  de 
la  parole  tel  que  l'accentuation  n'est  souvent  noté  en  aucune  façon. 
Ainsi  les  symboles  graphiques,  même  dans  le  cas  le  plus  favorable, 
ne  fournissent  à  l'œil  que  des  points  de  repère  approximatifs. 
Celui  qui  lit  doit  constamment,  en  partie  compléter,  en  partie 
corriger  la  graphie. 

Pour  la  détermination  de  la  valeur  phonétique  des  signes 
graphiques  nous  avons  des  moyens  nombreux  et  très  variés. 
Cependant  il  arrive  fréquemment  que  l'on  ne  puisse  amver  à 
toute  la  clarté  souhaitable  au  sujet  de  la  prononciation.  C'est 
pourquoi  la  nature  d'un  changement  phonétique  reste  aussi  trop 
souvent  obscure,  et  là  où  l'on  voudrait  foimuler  une  loi  relative 
au  son,  souvent  on  ne  peut  guère  donner  plus  qu'une  loi  relative 
aux  lettres.  Par  ex.  comme  la  valeur  de  rr,  t  dans  le  crétois 
Trfiva,  Tfiva  (  =  Zfiva)  et  autres  semblables  est  jusqu'ici  indéter- 
minable, on  n'en  peut  rien  dire  sinon  que,  là  où  autrefois  d'après 
nos  calculs  on  prononçait  dij  respectivement  gi,  on  voit  apparaître 
dans  ce  dialecte  les  signes  tt,  t  (§  151,  3,  g). 


EXPRESSION   GRAPHIQUE  45- 

21.  Noas  réanissons  dans  ce  qui  suit  ce  qu'il  y  a  de  plus 
important  sur  la  prouonciation  des  signes  graphiques*,  une  justifi- 
cation plus  détaillée  et  des  détails  complémentaires  ressortiront 
d'euxmèmes  de  Texamen  de  l'histoire  des  phonèmes.  Nous 
donnons  successivement  les  alphabets  des  langues  (ce  sont  en. 
partie  des  alphabets  de  transcription  ^),  et  nous  y  ajoutons  quel- 
ques remarques  dont  le  principal  but  est  de  mettre  le  lecteur  en< 
état  de  lire  avec  une  prononciation  approximativement  exacte. 

22.  I)  Alphabet  sanskrit  (en  transcription^):  a,  a,  iy 
î,  u,  a,  r,  f,  /,  e,  ai,  Oy  au;  h,  m;  k,  kh,  g,  gh,  n\  c,  chj,jh,  fi; 
tj  fh,  dy  dh  ;  Uy  ty  thy  dy  dhy  n;  py  phy  by  bhy  m;  y  y  Vy  ly  v;  ç,  Sy  s;  h.  — 
1)  fy  f,  /  sont  des  éléments  vocaliques  (§17,  9).  r,  f,  r  sont 
cérébrales  de  même  que  ty  t^j  dy  dh^  fj^y?  (§  17»  4,  c).  Pour  ai, 
au  voir  §  310.  —  2)  h  (appelé  visarjanîya  ou  visarga)  et  h  sont 
prononcés  tous  deux  comme  h  aspirée.  Pour  h  cela  est  correct, 
mais  h  était  d'après  les  Hindous  un  phonème  sonore  (cf.  Sievers 
Phon.  ^  §  283).  —  3)  m  note  la  nasalisation  des  phonèmes  vocali- 
ques, p.  ex.  am,  dm;  rrriy  fm  ne  sont  autre  chose  que  r  et  f  nasa- 
lisés. —  4)  khy  chy  thj  thy  ph  doivent  se  prononcer  comme  alL- 
mod.  fc,  t,  p  (cf.  §  17, 10,  b).  La  valeur  de  ghyjhy  dhy  dh,  bh  est 
douteuse;  on  les  lit  comme  des  sonores  +  h.  —  On  prononce 
ordinairement  en  Europe  aujourd'hui  les  palatales  c,  chy  j,  jh 
comme  des  sons  du  genre  de  té,  ainsi  donc  c  et  ^'  à  peu  près  comme 
les  phonèmes  initiaux  de  Titalien  cento,  genfe  ou  de  l'anglais 
church,  judge\  au  contraire  on  les  prononce  dans  l'Inde  comme 
des  sons  du  type  ^  en  y  ajoutant  un  phonème  fricatif  très  léger, 
à  peu  près  t^  ou  t'  (cf.  §  17,  8).  Ils  doivent  avoir  été  à  l'origine 
des  occlusives  palatales  pures,  c.-à-d.  non  affriquées;  aussi  Cyj 
apparaissent-ils  toujours  dans  la  prosodie  et  dans  la  graphie 
comme  des  phonèmes  simples.  Cependant  l'appendice  fricatif 
s'était  déjà  développé  avant  le  commencement  de  notre  ère. 


1)  On  a  coutume  en  linguistique  indo-européenne  de  rendre 
an  moyen  des  caractères  nationaux  le  grec  et  le  latin  et  aussi  les 
langues  pour  la  graphie  desquelles  les  peuples  ont  adopté  l'écriture 
latine,  et  de  se  servir  pour  toutes  les  autres  d'une  transcription  fondée 
sur  Talphabet  latin. 

2)  Wackernagel  Ai.  Qr.  I,  Isq. 


46  PHONÉTIQl'B 

Cf.  Btthler  ZDMG.  37,  576,  Wackernagel  Ai.  Gr.  1,  137  sq., 
Franke  BB.  23,  177  sq.  —  5)  n  est  ]a  nasale  vélaire  (gutturale), 
fi,  ]a  nasale  palatale,  n,  la  nasale  cérébrale,  n,  la  nasale  dentale, 
m,  la  nasale  labiale.  —  &)  y  était  un  élément  vocalique  jouant 
le  rôle  de  consonne  (^î);  v  était  aussi  probablement  un  élément 
vocalique  jouant  le  rôle  de  consonne  (u)  au  commencement  de  la 
période  historique;  plus  tard,  c'est  une  spirante  (§  156).  — 
7)  8  était  un  s  postdental  ou  alvéolaire,  s  était  un  phonème  céré- 
bral du  type  ch  (frç.).  ç  aussi  a  été  vraisemblablement  un  phonème 
du  genre  de  ch  et  non  du  genre  de  s,  et  un  phonème  palatal  (ç  est 
un  signe  commode  pour  é'}]  il  faut  donc  le  considérer  comme 
semblable  au  sz  palatalisé  (mouillé)  du  lituanien  (§  35). 

23.  II)  Alphabets  iraniens. 

A)  Alphabet  de  l'A vesta  (en  transcription) ;  a,  â,  e,  c,  a,  5,  o, 
,ô,  à,  q,  t,  î,  u,  ii,  k,  g,  ac,  y,  c,  j,  t,  d,  ù,  à,  t  P,  à,  /*,  w,  ta,  là,  w,  m,  y, 
V,  r,  Sj  z,  s,  z,  h,  {h),  x^\  —  1)  a  était  une  voyelle  chuehée  d'un 
timbre  difiRcile  à  déterminer  {§  17  Rem.  1).  à  =  ô,  q  =  a  ei  à  nasa- 
lisés. y  =  h  ^  =  ?^  L^s  diphtongues  sont:  aé,  ôi;  ao,  §m;  dt,  au; 
dans  aê,  ôi,  du  il  faut  regarder  é,  ô,  $  comme  les  représentants 
graphiques  de  e,  o,  a;  prononcez:  aç^  oiy  9n;  de  même  il  faut  lire 
ao  comme  aç.  Les  voyelles  dites  épenthétiques  (§  318)  et  les  voyelles 
anaptyctiques  (§  312  sq.)  sont  rendues  dans  la  transcription  employée 
ici  par  des  caractères  plus  petits  mis  au-dessus  de  la  ligne,  p.  ex. 
dâ^ru  =  skr.  dàru,  aipi  =  skr.  dpi  et  gâth.  dad^mahî  =  dadmdsi.  — 
2)  7^  était  sans  doute  le  w  mouillé.  —  3)  d  et  J  se  prononcent  comme 
skr.  c  et  j,  c.-à-d.  comme  des  phonèmes  du  type  té;  mais  il  est  im- 
possible de  prouver  qu'ils  aient  été  des  affriquées.  —  4)  x,  ^,  /*,  s^ 
é  étaient  des  fricatives  sourdes;  y,  ô,  w,  z,  z  étaient  les  fricatives 
sonores  correspondantes,  ac^  note  un  x  labialisé.  ^,  d  =  à  peu  près 
grec  mod.  ^,  à  (anglais  th).  t  désigne  une  spirante  dont  on  ne  peut 
déterminer  exactement  le  lieu  d'articulation  ;  elle  était  tantôt  sourde, 
p.  ex.  dans  atéa,  tantôt  sonore,  p.  ex.  dans  thistô.  —  5)  /i  est  le  frç. 
h  aspiré,  excepté  dans  les  groupes  hrk^  hrpj  où  ii  exprime  pro- 
bablement la  qualité  sourde  du  r,  H  est  une  modification  du  h  de- 
vant y  impossible  à  déterminer  exactement. 

24.  La  graphie  des  formes  des  mots  dans  les  manuscrits  de 
l'Avesta  est  sujette  à  de  nombreuses  variations.  Parmi  les  graphies 
inexactes  qui  se  rencontrent  ou  souvent  ou  régulièrement,  nous 
relevons  les  suivantes:  1)  Souvent  î,  û  au  lieu  de  t,  u  et  (plus  rare- 
ment) l'emploi  inverse;  régulièrement,  Im,  ûm  au  lieu  de  tm,  um 
à  la  finale.  Ailleurs  encore  les  quantités  des  voyelles  s'échangent 
avec  d'autres  (cf.  §  23,  1).    2)  La  plupart  du  temps,  y  et  v  au  lieu 


EXPRB8HI0N   GRAPHIQUE  47 

de  iy  et  de  uv,  p.  ex,fryô  =  fHyô  (skr.  priyàs),  hvaéah-  =  hu-vacah-. 
3)  Après  les  consonnes  on  trouve  quelquefois  uy  au  lieu  de  vy  (viy) 
p.  ex.  ndi*uyô  =  skr.  nfhhyas,  4)  Après  les  nasales,  on  trouve  sou- 
vent 2,  î  au  lieu  de  y9  {ty9),  p.  ex.  amm  =  gâth.  any^m;  et  de  la 
même  façon  u,  û  au  lieu  de  vd  (âva),  p.  ex.  Itaurum  =  skr.  sàrvam, 
5)  Après  les  consonnes,  dans  TAvesta  récent,  on  a  souvent  e  au  lieu 
de  ya  (gâth.  yâ),  p.  ex.  yehe  =  gAth.  yehyâ.  6)  Souvent  ng  =  79, 
Devant  voyelle  on  a  la  plupart  du  temps  f9uh  au  lieu  de  T^/ir,  p.  ex. 
vat^uhîm  =  skr.  vdsflw  à  côté  de  vatdhuyâ  =  skr.  vâsvyâs.  7)  Sou- 
vent V  au  lieu  de  ti;,  p.  ex.  avi  pour  aiiri.  8)  Toujours  i,  î,  m,  û 
au  lieu  des  voyelles  i  et  u  nasalisées,  p.  ex.  ace.  plur.  gairiê,  gairïê, 
—  Pour  plus  de  détails  v.  Gr.  I^  p.  78sqq.,  Bartholomœ  Gr.  d.  iran. 
Ph.  1,  152  sqq. 

155.  B)  Alphabet  du  vieux-p erse  (en  transcription):  a,  â, 
i,  ï,  U,  û,  fc,  y,  X,  é,  j,  t,  d,  ^,  p,  6,  /;  w,  m,  y,  i;,  r,  ^,  s,  z,  s,  &r^  h. 
Le  caractère  de  récriture  cunéiforme  qui  sert  pour  le  vieux  perse 
rend  difficile  à  bien  des  égards  la  reproduction  des  textes  au  moyen 
d'un  alphabet  de  transcription.  Le  transcripteur  doit  souvent  se 
laisser  guider  par  des  facteurs  tout  à  fait  externes,  notamment  par 
des  considérations  appartenant  à  l'histoire  de  la  langue.  Je  me 
borne  à  citer  quelques  unes  des  particularités  les  plus  importantes.  — 
1)  ai,  auy  ai,  au  sont  les  diphtongues  du  vieux-perse.  —  2)  On 
ne  sait  pas  au  juste  dans  quelle  mesure  iy,  uv  après  consonnes, 
p.  ex.  dans  éiyâtié  'habitation',  ^vàm  'toi'  accusât.,  sont  de  simples 
y^  V  (i,  y  ou  j,  V  spirants).  —  8)  La  valeur  di;  r  qui  apparaît 
comme  représentant  de  Tindo-iranien  commun  f,  n'est  pas  claire. 
Nous  écrivons  {a)r.  Cf.  §  200,  I,  1.  —  4)  x,  d,  j,  ^,  /*,  s,  «,  s  se 
prononcent  comme  dans  l'Avesta  (§  23).  —  5)  On  discute  encore  pour 
savoir  si  g,  ef,  b  étaient  partout  des  occlusives,  ou  si  elles  étaient 
tantôt  occlusives,  tantôt  spirantes  (zd  y.  d,  tv),  —  6)  On  n'est  pas 
fixé  sur  la  prononciation  de  la  consonne  que,  d'après  son  origine, 
on  transcrit  û^,  —  7)  Ne  sont  pas  exprimées  dans  l'écriture  n,  m 
devant  les  consonnes,  n  finale,  h  devant  u  (quelquefois  aussi,  sembie-t-il, 
devant  d'autres  voyelles,  et  enfiu  h  finale.  Nous  les  rendons  par 
«,  «  et  *;  p.  ex.  bandaka^  'serviteur',  kw^^bujiyaf^  Ka|upOariç,  *m- = 
zd  hu-,  a^ura-  -=■  zd  ahura-,  —  Pour  plus  de  détails  v.  Gr.  I  ^  p.  80  sqq., 
Bartholomse  Gr.  d.  iran.  Ph.  I  159  sqq.,  Foy  KZ.  35,  Isqq. 

156.  III)  Alphabet  arménien  (en  transcription):  a,  6,  ^,  d, 
€,  2,  é,  a,  th,  z,  i,  l,  se,  c,  fc,  h,  j,  t,  d,  m,  y,  n,  i,  o,  d,  p,  J,  r,  s,  v,  /, 
r,  c,  tt(t;),  ph,  kh,  6  (au),  —  1)  »  est  une  voyelle  chuchéo  d'un  timbre 
impossible  à  déterminer,  ea,  ai,  oi,  au,  iu  sont  les  diphtongues 
4irménienue8;  y  Qi  v  sont  i  et  v  labio-dental.  —  2)  La  valeur  de  r 
{k  côté  de  r)  n'est  pas  déterminée,  l  était  un  phonème  palatal,  t  un 
phonème  vélaire  du  type  l.  —  8)  ph,  th,  kh  =  .skr.  ph,  th,  kh,  c.-à-d. 


48  PHONÉTIQUE 

des  sourdes  aspirées,  c  =^  ts;  j  =  dz;  é  =  t%  j  =  dé.  ç,  é  probable- 
ment =  ths,  thé  (mais  tsh^  Uh  d'après  Fr.  Millier).  —  4)  a?  est  un  pho- 
nème vélaire  profond  du  genre  de  ach  (ail.). 

ÎÉ7.  IV)  Alphabet  grec*):  a,  p,  t?  ^t  ^i  2i,  n?  ^,  h  ^>  \ 

^,  V,  E,  O,  TT,  p,  (J,  T,  u,  (p,  X,  M^,  UJ. 

C'est  dans  cette  langue  qu'il  faut  tout  particulièrement  tenir 
compte  du  fait  que  les  signes  graphiques  ont  eu  une  valeur  diffé- 
rente suivant  les  différents  dialectes  et  les  différentes  époques» 
Par  exemple  6  était  à  la  même  époque,  dans  des  contrées  diffé- 
rentes, th  et  p;  €1  était  en  attique,  vers  600,  la  diphtongue  et; 
vers  400,  ê;  vers  200,  i.  On  notera  aussi  que  différents  phonè- 
mes sont  rendus  par  le  même  signe  :  par  exemple  a  était  sourd 
dans  èaixépâf  mais  dans  -npécfivç,  sifflante  sonore;  i  chez  les 
Pamphyliens  était  i  et  |,  ainsi  dans  AajiiàTpiiuç,  c.-à-d.  Da- 
matriius. 

Rem.  t  était  1)  zd  dans  Tancien  ionien  et  en  attique,  en 
grec  du  nord-ouest  et  en  lesbien,  p.  ex.  dans  6lo<;  (§  287),  ixeCôç, 
vHm)  (§  151,  3,  g);  2)  z  en  attique  environ  à  partie  du  IV '"e  siècle 
dans  6lo<;  etc.,  dans  TTcXaZ^Y^KÔv  et  semblables  (ancienne  graphie 
TTcXaaTiKÔv)  et  dans  i|iyj(piZ:|ua  =  if;i^q)ia^a  et  semblables  (§  286  Rem.  3); 
3|  une  spirante  issue  de  d,  différente  de  z  dans  éléen  lé^  Feilidç 
(§266,  1);  4)  une  spirante  sourde  (rendue  aussi  par  tt,  t  dans  le 
Cretois  bàZaa^ax  =  hom.  bdaaaoeai  (§  151,  3,  f).  De  plus,  ce  sont  des 
spirantes  sonores  d'une  nature  qu'il  est  impossible  de  déterminer 
exactement  qui  sont  exprimées  par  le  phocidien  Ziôç  =  Aiôç  et  sem- 
blables, et  aussi  par  l'arcadien  îépeGpov  (§  256,  2,  c). 

Pour  l'attique  des  environs  de  Tan  400  relevons:  1)  ei  pour 
§,  ou  pour  û;  2)  qi,  uj  pour  ai,  ôi;  au  contraire  q  pour  ë\  q),  6,  x 
qui  étaient  encore  des  sourdes  aspirées;  4)  l  qui  était  zd  ou  z. 

28*  Y)  Alphabet  albanais:  a  (qp),  b,  d,  dz^  dz,  à^  ^,  e  (ç), 

«»  /*!  9*  91  hy  X»  x\  i  (i)»  Jj  fc.  ^\  ^y  ^,  l'f  »".  «»  "i  o  {ç),  p,  r,  f,  *,  é,  t, 
ts,  téy  u  (if),  il  (U)t  V,  z,  z.  —  1)  €  voyelle  chuchée  de  nature  indé- 
terminée, €  à  peu  près  comme  un  8  très  fermé;  j  est  i-  —  2)  ai,  ui^ 
eif  oiy  ni,  ei  sont  des  diphtongues  avec  |.  —  le,  ile^  ua  sont  tantôt 
ie,  ûe,  ûa  c.-à-d.  i^^  il^^  uq  (diphtongues  descendantes),  tantôt  ië,  Ué, 
uâ  c.-à-d.  ie,  j/e,  y<i  (diphtongues  ascendantes).    Pour  ié  nous  écri- 


1)  Blass  Ûber  die  Ausspr.  des  Griech.  3,  Berl.  1888,  Zacher 
DieAusspr.  desGriech.,  Leipz.  1888,  Hess  IF.  6, 123 sqq.,  Thumb 
IF.  8, 188  sqq.  Bibliographie  plus  étendue  dans  Blass  p.  2  sqq.,  Techmer 
IZ.  4,  261  sq.,  G.  Meyer  Gr.  Gr.^  31  sq.  Pezzi  La  1.  greca  83 sqq. 


AZPRB8SION  OttAt>HIQUlB  49 

vons  je,  —  8)  f  est  un  r  alvéolaire  postérieur  fortement  roulé.  {'  est 
l  palatal,  /,  {  vélaire.  —  4)  ^,  d  sont  des  spirantes  interdentales.  — 
6)  De  même  que  l\  n,  k\  g\  %'  sont  des  consonnes  paiatalisées. 

29.  TI)  Alphabet  latin^):  a,  b,  c,  d,  e,  f,  Çy  h,  i  (j), 
fc,  l,  m,  n,  o,  |),  q,  r,  «,  ^,  u  (r),  ap. 

Ici  de  même  qu'en  grec  il  faut  tenir  compte  des  différences 
de  la  prononciation  aux  différentes  époques,  et  de  plus,  d'autres 
différences  entre  le  latin  littéraire  et  le  latin  populaire. 

Releyons  les  points  suivants:  1)  ae,  oe  sont  açy  oç;  il  faut 
donc  les  lire  en  diphtongues,  et  de  même  ai,  oi,  au,  eu.  Le  vieux- 
latin  conservait  encore  ei,  ou,  même  après  que  la  prononciation 
était  passée  à  f ,  a  (§  137,  143).  —  2)j,  v  (ces  sig^nes  sont  d'une 
origine  très  tardive;  dans  Tantiquité  on  se  servait  de  i,  u  [I,  V] 
même  pour  exprimer  leur  fonction  consonantique);  j,  v  étaient 
},  fi.  jam  et  nunciam  (trisyllabe),  salvoe  et  saluas  (trisyllabe) 
contenaient  également  les  phonèmes  i  et  u,  à  ceci  près  que,  dans  la 
première  position,  ils  étaient  consonnes  et,  dans  la  seconde,  voyelles. 
8)  n  était  employé  aussi  pour  99,  p.  ex.  long^8^  —  4)  2  était 
tantôt  palatal  {V),  tantôt  vélaire  (^),  v.  §  180,  2.  —  5)  c  était  k 
même  devant  les  voyelles  des  types  i  et  e,  et  cela,  jusqu'aux  en- 
virons de  la  moitié  du  \^^  millénaire  de  Tère  chrétienne,  v. 
§  238,  1.  —  6)  -H'  devant  les  voyelles  doit  se  prononcer  -ti-,  et 
non  pas  -tn-  ou  quelque  chose  d'analogue,  v.  §  319. 

Les  plus  anciennes  inscriptions  (antérieures  à  1 89  av.  J.-C.) 
ne  connaissent  pas  encore  le  redoublement  graphique  des  con- 
sonnes, aussi  y  trouve-t-on  fuise  =  fuisse. 

30.  YII)  Osco-ombrien.  Les  monuments  sont  écrits  tantôt 
avec  un  alphabet  national,  tantôt  avec  l*alphabet  latin;  les  monu- 
ments osques  sont  aussi  écrits  en  partie  avec  Talphabet  gre,c.  Pour 
transcrire  les  alphabets  nationaux  nous  nous  servons  du  romain 
espacé  (par  ex.  ombr.  an  ter);  pour  les  inscriptions  en  caractères 
latins,  nous  employons  l'italique  (p.  ex.  ombr.  ander). 


1)  Seelmann  Die  Ausspr.  des  Lat.  nach  physiologisch- 
historischen  Grundsfttzen,  Heilbr.  1886,  Karsten  De  uitspraak 
van  het  latijn,  Amsterd.  1893,  Lindsay-Nohl  D.  lat.  Spr.  1  sqq., 
Stolz-Schmalz  Lat.  Gr.'21sqq.  Bibliographie  plus  détaillée  dans 
HILbner  Grundr.  zu  Vorles.  ûb  die  lat.  Gr.>  26sqq.,  Seelmann 
p.  VI sq.,  Stolz  Hist  Gr.  1.  111. 

Bragmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  4 


fiO  phonAtiqua 

Lettres  osques:  a,  i,  i,  u,  ù,  e,  v;  n,  m;  r,  1;  p,  t,  k,  b,  d,  g; 
I,  8,  B,  h.  ^  1)  i  =B  e,  û  =  ç».  Les  diphtonicuefi  sont  al,  ui,  ei.  ▼  =  j^, 
et  cela  aussi  dans  les  diphtongues  av,  ùv.  —  2)  z  =  ^«.  s  est  tantôt 
8,  tantôt  z. 

Lettres  ombriennes:  a,  i,  n,  e,  y;  n,  m;  r,  1;  p,  t,  k,  b;  f, 
s,  ç,  8,  IF,  h.  ^  1)  Ti  =  u  et  =  o  qui  sont  *  distingués  et  écrits  u  et  o 
dans  les  textes  en  écriture  latine,  u  et  j^  sont  distingués  et  exprimés 
par  u  et  y,  tandis  que  dans  les  textes  en  écriture  latine,  u  joue  les 
deux  rôles  à  la  fois  (comme  en  latin).  —  2)  b  et  ^  servent  à  noter 
la  longueur  des  y oy elles,  par  ex.  kumnahkie  et  ttpahmu  avec  â. 
Dans  ]es  textes  en  écriture  latine,  c^est  plus  souvent  voyelle  +  A  + 
voyelle  qui  sert  à  rendre  la  longue,  par  ex.  spahamu  c-à-d.  spâmu, 
—  S)  t,  k  =  aussi  bien  iat.  t,  c  que  lat.  d,  g.  Pour  lat.  b  on  trouve 
l'un  à  côté  de  l'autre  p  et  b.  •—  4)  ç,  i  notent  une  splrante  ou  une 
affriquée  résultant  de  k  devant  les  voyelles  palatales.  z  =  ts,  ordi- 
nairement; dans  les  textes  latins  on  le  trouve  remplacé  par  s.  — 
6)  fj  rs  (et  aussi  «),  modification  du  phonème  d,  était  probablement 
un  r  proche  de  é  (r  fortement  spirant),  semblable  au  tchèque  r.  — 
%)  Le  redoublement  des  consonnes  ne  se  rencontre  jamais  dans  récri- 
ture ombrienne,  rarement  dans  récriture  latine,  par  ex.  anpenes 
'impeades',  pthanery  'piandi*  en  face  de  osq.  ùpsannam  'operandam*. 

81»  YIII)  Alphabet  de  Tancien  irlandais:  a,  &,  c  (ck\ 

^1  «ï  f  (P^)i  9^  ^»  *>  '»  •*»•  ^»  ^»  P»  ♦"»  *»  ^  Wt  «•  —  1)  Diphtongues: 
oî,  oe;  ot,  oe\  eu,  m;  eo;  ta  {iç)\  ua  {uq)\  au.  Les  diphtongues  ne 
sont  qu'apparentes  dans  eoch^  adgaur;  eich,  tuaith  et  sembl.,  au  lieu 
de  quoi  nous  écrivons:  eoch,  adga^H",  eich,  tuai^th;  à  ce  sujet,  aussi 
bien  que  pour  tuath^,  adcond^irc,  v.  §  17.  Rem.  8.  —  2)  />,  t,  c 
notaient  des  sourdes  à  l'initiale  syntactique,  après  les  spirantes 
(chtf  9c)  et  en  partie  aussi  après  r,  l  (par  ex.  nert  'force');  elles 
notaient  en  partie  des  sonores  après  r,  l  (ex.  ferc  'coière*)  et  après 
les  voyelles,  là  où  elles  étaient  le  résultat  d'une  ancienne  consonne 
géminée;  aussi  les  redoublait-on  partiellement  dans  l'écriture  (par  ex. 
cil  'cent',  net^  nett  'nid").  *—  8)  b,  d,  g  étaient  des  occlusives  sonores 
à  l'initiale  absolue  et  quelquefois  après  r  et  2,  cas  où  l'on  écrit  aussi 
Pi  ^i  9  iP^^  ox<  f^ff  =  f^c)'^  c'étaient  des  spirantes  après  les  voyelles 
et  quelquefois  après  des  consonnes.  —  4)  /*  {ph)^  th,  ch  étaient  des 
fricatives  sourdes. 

83.  IX)  Alphabet  gotique  (en  transcription):  a  (a), 
bf  d,  e,  f,  Qj  ft,  fe,  î,  j,  k,  g,  Z,  m,  n,  o,  p,  r,  s,  t,p,  u  (ô),  u?,  z  ^).  — 


1)  Weingaertner  Die  Ausspr.  des  Got  zur  Zeit  des 
UlfUas,  Leipz.1858,  DietrichÛber  die  Ausspr.  desGot.  wilhrend 
derZeitseinesBestehens,  Marb.l862,StreitbergGot.Elem.l9sqq. 


V  aXPRBSSIOM  GRAPHIQUB  51 

1)  e  —  ff  o  =  o;  i  est  \sL  plupart  dn  temps  I;  le  signe  ordinaire 
de  i  est  et.  ai  note  a):  a},  di  de  Grimm  (§  138, 2,  3);  b)  f,  ai  de 
Grimm  (§  309,  b)  ;  probablement  aussi  c)  f  dans  saian  et  sem- 
blables (§  153, 2).  De  même  au  est:  a)  a{f,  du  de  Grimm  (§  144, 
2,  S);  b)  9,  au  de  Grimm  (§  309, 6);  probablement  aussi  c)  ç  dans 
itaua  et  semblables  (§  159, 2).  Outre  at,  au,  il  y  avait  une  diph- 
tongue iu  (t)f).  j'  =  î,  tr  =  (probablement)  ;i.  —  2)  Le  phonème 
»  devant  X;,  g,  q  est  ordinairement  noté  par  g  (à  la  manière 
grecque),  par  ex.  drigkan  'boire';  au  lien  de  g,  rarement  gg  ou  n. 
Il  convient  de  noter  que,  outre  19g  et  19,  gg  désigne  aussi  un  g 
géminé,  par  ex.  dans  gUtggtioo  (§  159,  3).  m,  n,  r,  l  entre  con- 
sonnes et  à  la  finale  après  consonne  étaient  voyelles,  par  ex. 
baçfns  'arbre',  summfsl  'étang';  lisez  ha^rjiSy  swumfsl.  —  3)  g 
était  un  phonème  labialisé  du  type  Je.  b,  d,  g  étaient  tantôt  des 
sonores,  tantôt  des  spirantes  sonores  (5  bilabial,  d  vraisemblable- 
ment postdental);  pour  plus  de  détails,  v. §  272,  2.  pétait  bila- 
bial,  p  une  spirante  probablement  postdentale.  —  4)  A  Tinitiale 
devant  voyelle  h  était  un  simple  souffle,  et  peut-être  aussi  dans 
les  autres  positions,  par  ex.  tathun  'dix',  tmhts  'nuit',  Maifs  'pain' 
filhan  'cacher',   h  était  peut-être  un  w  sourd  (cf.  §  17,  2). 


X)  Alphabets  du  germanique  occidental. À) Alpha- 
bet du  vieux-haut-allemand:  a,  b,  d  {dh),  e,  f  {v\  g^  h  (M), 
*  U)t  fc  (<ô  chi  Ç^h  h  «*,  n,  0,  p,  r,  *,  t  (th\  u  (t(;),  z  (5).  -—  1)  6  prove- 
nant d*un  a  germanique  commun  était  un  6,  e  issu  de  6,  t  germani- 
ques communs  était  un  ç  (v.  §  380).  é,  Ô  provenant  de  ai,  ay  ger- 
maniques (§  138,  144)  étaient  f  ô;  ailleurs  (§  101  Rem.  §  113)  f,  p.  — 
2)  6  =  j^  dans  sippea  etc.  (§  153,  3).  —  8)  t  =  i  et  |,  |  par  ex. 
dans  iung  'jeune'  wiUio  'volonté*,  uu,  au  lieu  de  quoi  nous  écri- 
vons Wj  était  y;  on  a  aussi  u  =  v  après  les  consonnes,  par  ex.  stiarz 
{noarz)  'noir'  et  devant  u,  par  ex.  uuntar  {wuntar)  'prodige*.  — 
4)  Diphtongues  descendantes  6t,  ai;  te,  oe;  ia,  ea,  oa,  tia;  to,  eo,  ao, 
uo;  iu,  eu,  au,  au;  les  diphtongues  de  l'ensemble  du  vieux-haut- 
allemand  au  IX^m®  siècle  sont:  et,  ou,  iu,  io,  ta,  te,  uo),  ~  5)  n  =  19 
par  ex.  dans  trinkan  'boire'.  —  6)  c  ==  Xc  palatal  et  vélaire.  ce  et 
ck  =  kk.  Affriquées:  p^ rendu  par  p/,  ph;  ts,  rendu  par  ^,  z  (géminé 
tz)  et  par  c;  kx^  rendu  par  ch  (géminé  cch),  —  7)  Pour  f  (qui  était 
plus  anciennement  bilabial)  on  écrit  aussi  u  à  l'initiale  et  entre 
voyelles  (nous  écrivons  t?),  par  ex.  varan  'aller  en  voiture*,  zwïved 
•doute'.  —  S)  th=^p  et  d,  dh  =  d  (§278,  2,  b).  —  9)  La  spirante 
X  est  notée  hh  et  ch;  à  la  finale  et  devant  consonne  (rarement 


52  phonAtiqub 

ailleurs)  aussi  A,  par  ex.  t'A  'je\  maht  'puissance*.  —  10)  Le  phonème 
provenant  de  i  était  un  a  alvéolaire,  par  ex.  dans  esszan  'mang-er*, 
Idzean^  lâean  'laisser',  az  'il  mangea';  pour  le  distinfçuer  de  «s,  z  =  ts 
nous  écrivons  jj,  3.  Le  point  d'articulation  de  s  était  beaucoup  plus 
en  arrière  que  celui  de  z  (3),  et  s  avait,  à  ce  qu'il  semble,  un  son 
plus  semblable  à  é  (cf.  Braune  IF.  4.  S43,  Jellinek  Z.  f.  est.  G.  1898 
p.  520.  KrausFestschr.  zum  8.  Neuphilologentage  32sqq.).  — 
11)  h  était  le  plus  souvent  le  simple  souffle.  —  Quelques  signes 
consonantiques  avaient  donc  une  signification  multiple:  c  =  k  et 
tM\ch=sX  et=^kz;  zz,  z  =  t8  et^;  hss^et^h.  Remarquer  aussi 
g  à  côté  de  t  (t)  dans  gehan  s  ie?ian  'dire',  ferigo  'passeur'  et 
autres. 

B)  Alphabet  anglosaxon:  a(a;), &,  c,  d,  d,  e, /*,  j,  h,  i,  l^m^n^ 
o  (a;),  p,  r,  «,  <,  u,  t?,  w^  se,  y.  —  1)  a,  es,  i,  o,  œ,  u,  y  sont  des  voyelles 
brèves;  d,  <é,  é^  i,  d,  <é,  ii,  ^  sont  des  voyelles  longues,  ce  s=  ç-  ce  est 
un  phonème  du  genre  ô  (frç.  eu);  y  du  type  U,  ~-  2)  ea,  eo,  ie,  to  sont 
des  diphtongues  descendantes.  A  côté  il  y  a:  éa^  éo,  ie,  io  'diphton- 
gues longues'.  Les  dernières  avaient  une  prononciation  ralentie, 
de  sorte  qu'on  doit  se  figurer  par  ex.  ea  comme  ëà^  éa  comme  éd.  — 
8)  u;  s=  )^.  —  4)  j  est  a)  %,  par  ex.  juwj  (aussi  iunj)  'jeune',  b)  spirante 
palatale  par  ex.  dans  jift  'don',  vélaire,  par  ex.  dans  jo/an  'chanter', 
jufna  'homme'  jrafan  'creuser',  c)  sonore  vélaire  dans  nj.  Le  j 
géminé  est  écrit  cj  (au  lieu  de  jj).  —  5)  c  =  k,  palatal  et  vélaire. 
Pour  exprimer  le  caractère  palatal  de  c,  j  devant  a,  o  on  insère 
souvent  un  e,  par  ex.  dencean  à  côté  de  dencan  'penser*.  —  6)  ^  est 
une  labiodentale,  sourde  à  l'initiale  et  dans  /*/*,  /%,  fs,  et.  ailleurs 
sonore,  d  était  probablement  une  spirante  interdentale,  tantôt  sourde, 
tantôt  sonore.  —  7)  A  est  le  simple  souffle,  excepté  dans  ht^  ha  où 
c'était  une  spirante  ;  au  lieu  de  ha  on  écrit  x\  hh  aussi  était  une  spirante. 

34*  XI)  Alphabet  vieil-islandais:  a,  h,  d,  <f,  ^lAy^^ii 
fc,  {,  m,  n,  o,  p,  r,  «,  ^,  u,  v,  œ,  y,  e,  /»,  9,  os,  0,  —  1)  La  longueur 
des  voyelles  est  notée  comme  en  anglo-saxon  (§  33,  B):  à,  i  etc.; 
OB=:f;  9  =  9,  0  =  eu  (frç.);  y  =  <i,  t,  u  devant  voyelles  =  |,  y,  p.  ex. 
}>rynia  'cuirasse*,  huar  'où*.  •  S)  n  =  »  devant  Xc,  y.  -—  8)  y  est 
a)  une  occlusive  à  l'initiale,  après  n  et  quand  il  est  géminé,  par  ex. 
gafa  'donner',  hanga  'suspendre*,  hçggtta  'frapper ,  b)  partout  aiUeurs 
une  spirante  (j),  par  ex.  draga  'tirer';  devant  ir,  t  c'était  (excepté  après  n) 
une  spirante  sourde  (;i:),  par  ex.  vega  'du  chemin*.  —  4)  v  était  une 
spirante  sonore  bilabiale,  plus  tard  labiodentale.  De  même  f  était 
la  spirante  bilabiale,  plus  tard  labiodentale,  et  â  savoir,  sourde 
à  l'initiale,  devant  fc,  «,  ^,  p  et  quand  elle  était  géminée,  par- 
tout ailleurs  sonore  (=v),  par  ex.  gafa^  gaf.  p  était  la  spirante 
interdentale  sourde,  cf,  l'interdentale  sonore.  —  5)  /^  est:  a)  un 
simple  souffle,  par  ex.  hafa  'avoir*,  b)  =  ;t  devant  t,  u  en  fonction 


BXPRBS8ION  ORAPmQUB  58 

eoDBooantique,  par  ex.  hiarta  'cœur',  huar,    hn^  Ar,  M  sont  n,  r,  l 
sourds,  par  ex.  hlaupa  'courir.  —  6)  x  =  k9. 

Dans  les  inscriptions  runiques  norroises,  R  (=germ. 
commun  z)  désigne  une  consonne  différente  de  germ.  comm.  r,  mais 
impossible  à  déterminer  exactement  (§  293). 

S5«  Xn)  Alphabet  lituanien:  a,  6,  c,  es,  d,  e,  é,  ff,  g^  t, 
y,  il  fc.  l  (^)i  w»,  n,  o,  p,  r,  «,  «B,  e,  M,  d,  t?,  z,  i.  —  1)  «  =  f ,  é  =  ft 
0  =  ^,  2/  =  i.  Dans  q^  ç,  f,  t^  le  crochet  nasal  .  n'a  qu'une  valeur 
étymologique;  il  faut  prononcer  d,  f,  i,  û.  Les  diphtongues  (des- 
cendantes) sont:  ai,  6t,  m,  au,  ^,  t\;  ë  est  iç  ou  iç^  û=^uq  ou  ti^  — 
8)  L'accent  du  mot  est  noté  par  '  quand  il  repose  sur  une  voyelle 
brève,  par  ex.  rankà.  Les  voyelles  simples  avec  '  et  *  (d,  a,  etc.) 
doivent  se  prononcer  longues,  mais  elles  ont,  de  même  que  ai  et  af, 
û  et  tS,  etc.,  des  intonations  différentes.  Cf.  §  64.  ~  8)  j  =  |,  t;  est 
une  spiraute  labiodentale  (=  aussi  v  àa.rïs  les  dialectes  orientaux 
du  lituanien).  —  4)  n  =  f»  devant  A:,  g.  —  S)  l  est  vélaire  (^)  quand 
il  ne  précède  pas  un  son  palatal,  par  ex.  laûkcu  'champ',  pUù  'je 
verse*.  —  6)  «,  sz  {=»)  sont  des  soufflantes  sourdes;  z,  é,  {=£)  des 
soufflantes  sonores.  —  7)  c  =  to,  cz  =  té. 

Les  consonnes  sont  prononcées  palatales  devant  e,  ë,  t,  y,  èf. 
i  devant  a,  o,  u,  û  n'est  que  le  signe  de  la  palatalisation  de  la  con- 
sonne, par  ex.  kiaûlé  'porc',  gpidi^u  'je  crache',  nesziaû  'je  portai', 
galiû  'je  peux'  (tous  ces  mots  n'ont  que  deux  syllabes),  cz  (pro- 
venant de  ti),  dz  (provenant  de  df)  sont  toujours  palatalisés,  par  ëx. 
verczù  'je  tourne'  (aussi  beaucoup  écrivent  ils  czi,  déi,  par  ex.  vercziù). 

Rem.  Sur  la  prononciation  du  1  et  te.  l,  ë=siç  (lit.  èO*  â,  d 
=  tiQ  (lit.  â).  8  est  sourd,  /"(=  lit.  s)  est  sonore.  z  =  t8  (lit.  c),  df=i  dz, 
sch  =  é  (lit.  «z),  fch  =  é  (lit.  i).   tsch  =  ^i  (lit.  cz),  dfch  =  dé  (lit.  di). 

86*  XIII)  Alphabet  du  vieux  slave  (vieux  bul- 
gare) (en  transcription:  a,  bj  c,  6,  cA,  d,  e,  é,  g,  t,  I,  j,  X:,  {,  m, 
w>  <>>  Pi  ^;  *>  ^7  ^f  ^)  û,  t?,  y,  z,  £.  —  l)  e  =  ç;  o  =  ç.  i  était 
vraisemblablement  un  6  très  fermé  (e).  lE,  ou  bien  un  o  très 
fermé  (ç)  ou  eu  (frç.).  é,  ou  bien  e  monopbtongue  ou  iOy  §a. 
y  =  k  peu  près  le  jery  russe  (h);  f  est  un  6  nasalisé,  q  un  o 
nasalisé.  La  quantité  des  voyelles  é,  a,  i,  y  est  inconnue;  mais 
en  slave  commun  toutes  ont  été  longues,  j  =  i.  v  était,  croit-on, 
spirant.  —  8)  j  suivant  une  consonne  on  un  groupe  de  consonnes 
en  notait  la  prononciation  palatalisée  (mouillée),  par  ex.  rj  =  r , 
plj  =  pT  (§  154, 3).  —  3)  Devant  consonne  rï,  rû  et  li,  lu  étaient 
les  voyelles  r,  /.  Cf.  §  208, 1,  1.  —  4)  cA  était  un  phonème  du 
type  de  eh  dans  ail.  aeh.   c  —  ts^  6  =  tS. 


54  phonAtiqub 

Le  système  phonétique  de  l'indo-enropéen. 

87.  Voici  maintenant  nn  aperça  d'ensemble  du  système 
phonétique  de  Tindo-enropéen,  tel  que  nons  le  reconstituons  par 
conjecture.  Noos  n'y  avons  en  vne  que  le  moment  précis  qu'il 
nous  est  possible  d'atteindre  par  la  comparaison  des  huit  groupes 
de  langues;  il  a  été  fait  abstraction  de  phonèmes  que  nous  don- 
nons, il  est  vrai,  comme  iudo-européens,  mais  qui  doivent  être 
considérés  comme  dialectaux  par  rapport  à  l'ensemble  d'après  le 
§  11  sq.  Il  faut  de  plus  insister  sur  ce  fait  que  la  valeur  d'un 
phonème  ne  peut  jamais  être  déterminée  qu'approxi- 
mativement. 

1)  Voyelles:  f,  f;  w,  û;  e,  è\  o,  ô;  a,  d,  9  'chva*.  — 
Il  1^.  —  Diphtongues  descendantes:  ei,  ci,  ai,  n;  èi,  ùi,  ai;  eu, 
ûu,  au,  9U\  eu,  Ou,  du. 

Nasales,  m  (labiale),  n  (dentale),  n  (palatale),  w  (vélaire). 
En  fonction  vocalique:  ip^  ^;  Çi  $;  $>  ^;  {^i  ^• 

Liquides:  r,  2.   En  fonction  vocalique:  r,f\l,  /. 

2)  Occlusives  (explosives). 

p,  ph,  h,  bh  (labiales,  plus  exactement  bilabiales), 
t,  th,  d,  dh  (dentales,  plus  exactement  sans  doute  alvéo- 
laires), 
^j  ^A;  S}  Û^  (palatales), 
9i  9^t  S}  9^  (vélaires  pures), 
q^,  qtfih,  g^,  g^h  (labio vélaires).^) 

3)  Fricatives  (spirantes).  s  et  sh,  z  et  zh\  p  ei  ph, 
d  et  dh.   En  outre  peut-être  J  (§  302). 

Aceentaation  '). 

88.  Il  y  a  différents  moyens  qui  aideut  à  déterminer  l'accen- 
tuation des  langues  dans  leurs  phases  anciennes.  Nous  avons  les 
témoignages  des  grammairiens  pour  le  sanskrit  et  les  langues 


1)  gtf,  gV  ne  sont  pas  g,  g  suivis  d'un  v  mais  des  occlusives 
où  Tarticulation  vélaire  et  Tarrondissement  des  lèvres  étaient 
simultanés.    Cf.  §  17,  8. 

2)  flirt  Der  idg.  Akzent,  Strassb.  1S95;  dans  ce  }ivre  et 
dans  Gr.  1^  p.  584sqq.  est  indiquée  tonte  la  littérature  antérieure 


ACCENTUATION  55 

classiques.  Un  texte  versifié  fonniit  des  indications  sur  la  place 
de  l'accent  du  mot  (ainsi  en  germanique  et  en  partie  en  latin  et  en 
irlandais),  snr  Taccent  de  la  phrase  (ainsi  le  vers  germanique  allité- 
ratif)  et  sor  l'accent  de  la  syllabe  (ainsi  la  valeur  métrique  dissyllabi- 
que de  certaines  voyelles  longues  en  védique).  Nous  avons  des  textes 
accentués  pour  le  védique,  le  grec  (depuis  Tépoque  alexandrine)  et 
le  vieux-faaut-allemand  (système  d'accentuation  de  Notker).  Il  y 
a  beaucoup  à  tirer  des  changements  phonétiques  :  par  ex.  de  la 
loi  de  Vemer,  §  271, 7. 293,  on  déduit  qu'en  germanique  commun 
l'accent  du  mot  était  en  principe  le  même  qu'en  sanskrit.  Il  reste 
enfin  à  signaler  l'accentuation  des  langues  vivantes,  qui  peut 
être  observée  directement,  en  tant  qu'elle  permet  de  restituer 
l'accentuation  des  mêmes  langues  à  des  dates  plus  anciennes. 

Epoque  indo-européenne. 

89.  Intensité  et  hauteur.  A  l'époque  indo-européenne 
où  sont  nées  les  alternances  vocaliques  quantitatives,  par  ex. 
*'dtôs  et  *d9tô8  de  *dôtô8  (§210  sqq.),  l'intensité  expiratoire 
semble  avoir  prévalu  dans  l'accent  du  mot.  On  eut  alors  des 
innovations,  grâce  auxquelles  des  syllabes  au  degré  zéro  reçurent 
l'accent  du  mot,  comme  *mft(Hn  ^ort*  (skr.  Ormftam  ;  germ. 
comm.  *mûrpon  =  v.  h.  a.  mord)  *8eptfji  'sept'  (skr.  saptà,  gr. 
éirrà)  ;  et  enfin,  toujours  encore  à  l'époque  indo-européenne,  et 
tout  au  moins  dans  les  parties  orientales  du  domaine,  l'intensité 
doit  s'être  confondue  avec  la  hauteur,  et  cet  accent  de  hauteur 
(ton)  avoir  pris  la  prépondérance.  C'est  la  conclusion  que  nous 
imposent  les  groupes  de  langues  les  plus  anciennement  attestés, 
le  sanskrit  et  le  grec,  dont  l'accent  était  surtout  un  ton  (accent 
de  hauteur). 

du  sujet.    Depuis  ont  paru  encore:  Hirt  Akzentstudien  IF.  6, 

344sqq.;  7,  111  sqq.;  8,  267 sqq.;  9,  2848qq.;  Zimmer  Zur  angebl. 

gemeinwesteur.    Accentregelung,    Ourup.  79sqq.;    Collitz 

Traces  of  Indo-Eur.  Accent  in  Lat,  Transact  ol  the  Am. 

Phil.  Ass.  28,  92sqq.;   Meyer-Liibke  Die  Betonung  im  Gall., 

Wienl901;  FinckÛber  das  Verhaitn.  desbalt.  slav.  Nominal- 

ace.   zum  uridg.,  Marb.  1895.  —  Sur  l*accentuation  baltique  cf.  | 

aussi  de  Saussure  IF.  Anz.  6, 157  sqq  ;  Bezzenberger  B.B.  21,  289  sqq., 

Fortanatov  BB.  22,  153  sqq.,  sur  l'accentuation  grecque  et  slave  cf. 

aussi  Sakhmatov  Xopior.  149  sqq. 


56  phomAtiqub 

40.  Accent  de  la  syllabe  (il  s'agit  ici  non  senlement  dn 
timbre  des  syllabes  intenses  et  toniques,  mais  encore  de  celui  des 
syllabes  inaccentaées  et  atones).  On  a  restitué  deux  qualités  d'accent 
pour  répoque  indo-européenne;  on  y  distingue  l'intonation  rude  (à 
sommet  simple)  et  l'intonation  douce  (à  double  sommet^),  ou  en- 
core l'accent  Taigu  et  le  circonflexe,  que  l'on  note  par  les  signes  ' 
et  *.   Ainsi  les  concordances  du  grec  et  du  lituanien,  comme  le 
nom.  sg.  fém.  Ocd  et  gerâ-ji  (gerà)^  2^  p.  sg.  ind.  fjcxai,  qpépcai 
(l'accent  du  mot  dans  ces  deux  formes  prouve  l'intonation  aigne 
de  la  syllabe  finale,  cf.  kt^ttoi,  âvOpujiroi  :  Oeoi)  et  suJcê-s  (suki)  indi- 
quent une  intonation  rude  indo-européenne;  au  contraire  par  ex.  le 
gén.  sg.  fém.  Qeàç  et  gerôs^  la  3^  p.  sg.  opt.  Xeiiroi  (l'accent  du  mot 
dans  cette  forme  prouve  le  circonflexe  de  la  syllabe  finale,  cf.  loc. 
sg.  oTkoi  :  'l<T6^oî)  et  te-sukë  indiquent  une  intonation  douce.  A  ces 
faits  s'igoute  le  témoignage  du  védique  :  des  longues  qui  en  grec 
ont  le  circonflexe  et  en  lituanien  l'intonation  douce  peuvent  en 
védique  se  décomposer  métriquement  en  deux  brèves,  par  ex.  gén. 
pi.  'dm,  métriquement  -aam  =  gr.  -div,  lit.  -t{  (-û)  ;  ganiy  métri- 
quement g{mm,  =  gr.  pujv  'bovem'.    Cf.  aussi  §  360,  3. 

Il  y  a  différentes  sortes  d'intonation,  la  rude  et  la  douce  (cette 
dernière  n'appartient  qu'aux  longues).  On  ne  sait  pas  encore 
clairement  lesquelles  dominaient  en  indo-européen.  Pour  les  voy- 
elles longues,  vraisemblablement,  la  différence  d'accentuation  se 
rattachait  à  une  différence  de  quantité  :  les  longues  rudes  valaient 
deux  mores,  et  les  longues  douces,  trois  mores. 

Rem.  Des  longues  valant  trois  mores  peuvent  s*être  produites 
de  trois  façons.  1)  Quand  d'après  la  loi  du  degré  zéro  il  y  avait 
perte  d'une  more  après  syllabe  longue,  par  ex.  gén.  sg.  fém.  -<!« 
(gr.  Oeâç,  lit.  gerds)  de  'd-so  (cf.  §213,  2).  2)  quand  deux  voyelles 
se  contractaient,  par  ex.  prêt,  ^ëifn,  en  face  du  présent  *e|-mt  'je  vais* 
(cf.  lit.  3»  p.  sg.  èjOf  véd.  do  p.  pi.  àfïjan  avec  décomposition  de  Td), 
de  *e'eifp,  (§  213  Rem  4,  §  306);  nom.  pi.  fém.  -as  (lit.  tds)  de  -d-eê. 
3)  quand  une  diphtongue  longue  à  intonation  rude  (ou  bien  encore 
une  voyelle  +  nasale  ou  liquide)  perdait  son  second  composant, 
par  ex.  ace.  sg.  ^gV'àm  (gr.  Pwv)  de  ^gUSu-m^  nom.  sg.  en  -ô  des 
thèmes  en  -n  (lit.  akmû),  de  -On  (gr.  ànbiOv).  Cf.  §  146  Rem.  162, 3. 352, 8. 


1)  Sur  d'autres  désignations  cf.  Bezzenberger  BB.  21,  290. 


^ 


ACCBNTUATION  57 

41.  Accent  da  mot.  II  était  libre,  c.-à-d.  qu'il  n'était  pas 
fixé  à  une  place  déterminée  par  le  nombre  des  syllabes,  la  quantité 
des  syllabes,  etc.  C'est  en  sanskrit  et  en  germanique  commun  que 
sa  place  a  été  le  moins  changée;  et  dans  ces  langues  l'accentuation 
du  mot  est  en  gros  à  peu  près  la  même  qu'en  indo-européen. 
Dans  les  syllabes  sur  lesquelles  la  loi  des  trois  syllabes  n'a  pas 
exercé  son  influence,  le  grec  aussi  a  souvent  conservé  l'ancienne 
place  du  ton.  De  même  souvent  le  lituanien  et  les  dialectes  slaves. 

A  la  place  du  ton  indo-européen  se  rattachent  très  étroi- 
tement les  variations  phonétiques  que  l'on  observe  dans  le 
système  des  formes  verbales  et  nominales,  et  que  Ton  nomme 
alternances  voealiques  de  déclinaison  et  de  conjugaison,  ou  alter- 
nances vocaliques  de  thème,  par  ex.  sk  r.  kaâm-aa  (nom.  pi.)  :  kam-ds 
(gén.  sg.);  gr.  irarëp-a  :  iraTp-ôç;  skr.  1™  sg.  é-mi:  l*"*  pi.  i-mdSy 
krnà'mi  :  krnumds^). 

Rem.  Pour  toutes  les  périodes  des  langues  le  concept  de  mot 
est  vague  et  flottant,  et  par  là  même  le  concept  d*acceDt  du  mot. 
Comme  des  formations  composées  (dans  lesquelles  il  faut  ranger  des 
formes  à  redoublement,  du  genre  de  skr.  bal-balîti^  da-dhàti,  qui 
remontent  à  Tépoque  indo-européenne  ;  cf.  §  213,  1  sq.)  peuvent  être 
considérées  aussi  bien  comme  un  mot  que  comme  une  pluralité  de 
mots,  on  peut  dans  ce  cas,  parler  d'un  ou  de  plusieurs  accents  de 
mot  Dans  ce  dernier  cas  d'ailleurs,  il  y  en  a  toujours  un  qui 
domine;  cf.  par  ex.  ail.  bûrgermèister  et  hûrgerméister^  wéisserube 
et  wèisserûbe  dans  des  dialectes  différents.  Ce  mode  de  mouvement 
du  ton,  qui  consiste  en  une  légère  subordination  au  point  de 
vue  de  Taccent  d'une  partie  de  la  phrase  à  une  autre  partie,  à 
laquelle  eUe  se  joint  pour  former  une  unité  composée,  explique  les 
doubles  accents  du  sanskrit  comme  brâhtnaii^'pdtif  'maître  de  la 
prière*,  fnitrâ-vdrufj^à  *Mitra  et  Varuna',  à  redoublement  3^  p.  sg. 
hàl-halUi,  'ji-janayiféty  et  des  flottements  comme  eka-saptati^  et  éka- 
saptatif  (A  côté  de  éka-saptati^),  ou  dans  les  formes  redoublées, 
8«  p.  sg.  da-dhUd  et  dd-dhUa,  Cf.  aussi  la  double  graphie  de  gr.  Ail 
q>iXcK  et  AiiiptXo^  etc. 

42.  Accent  de  la  phrase.  Il  doit  y  avoir  eu  dès  Tépo* 
que  indo-européenne  des  différences  dans  le  mouvement  du  ton. 


1)  Hirt  D.  idg.  Ace.  168 sqq.  donne  une  vue  d'ensemble  de 
l'accent  de  mot  dans  le  nom  et  le  verbe  tel  qu'on  peut  le  restituer 
pour  l'indo-européen. 


58  phonAtiqvb 

comme  il  s'en  trouve  aiyoard'hnî  dans  chaque  langue  entre  une 
phrase  affirmative  et  une  négative  etc.  —  De  plus  il  n'y  a 
jamais  eu  aucune  espèce  de  mot  qui  fût  toujours  tonique  dans 
la  phrase.  Tous  les  mots  pouvaient,  dans  certaines  circon- 
stances, y  perdre  leur  accent  propre,  et  dès  Tépoque  indo-euro- 
péenne il  y  avait  certains  types  d'accentuation  suivant  lesquels 
des  mots  isolés  ou  des  catégories  entières  de  mots  étaient  appuyés 
sur  d'autres,  de  façon  proclitique  ou  enclitique.  La  prononciation 
appuyée  (enclitique)  subsistait  seule  par  ex.  pour  *^e  'aussi, 
et'  (skr.  ca,  gr.  t€  etc.)-  En  général  le  mouvement  du  ton 
dans  la  phrase  dépendait  essentiellement  de  la  valeur  logique  de 
chacun  des  membres  de  la  phrase:  l'élément  le  plus  significatif 
logiquement  était  marqué  par  une  élévation  de  la  voix,  le  moins 
significatif  logiquement  par  son  abaissement. 

1)  Différentes  alternances  d'accentuation  dans  les  pronoms 
remontent  le  plus  souvent  à  Tindo-européen.  Cf.  par  ex.  skr.  me, 
gr.  ^ol,  serb.  (v.sl.)  mt,  lit.  mi  'à  moi'  en  face  du  skr.  méy  gr.  é^oi; 
le  skr.  ka-y  le  gr.  iro-  ti-,  le  lat.  quo-  qui-  était  l'interrogatif  'qui', 
lorsqu'il  était  tonique;  atone,  c'était  l'indéfini 'quelqu'un*,  par  ex. 
gr.  Ti  cpui,  et  IxMi  Ti.  Il  y  avait  en  outre  des  particules  enclitiques, 
comme  (outre  *q^e  déjà  cité),  *^ey  ^6  'comme,  ou  bien',  dans  lat 
si've  etc.,  *de  *dô  dans  gr.  oÎkôv  be  etc.,  *ge  de  gr.  i\ié  T€,  got. 
mi'k  etc.  (Les  pronoms  et  les  particules  enclitiques,  quand  ils 
caractérisaient  toute  une  phrase,  ou  un  membre  de  phrase  com- 
posée de  plusieurs  parties,  se  plaçaient  ordinairement  après  le 
premier  mot  de  la  phrase  ou  du  membre  de  phrase). 

2)  Quand  un  nom  ou  un  adverbe  se  rapportait  plus  spé- 
cialement à  un  nom,  il  portait  ordinairement  un  accent  qui  le 
mettait  en  relief  vis-à-vis  de  ce  mot.  Gr.  Aiôa-Koupoi  'fils  de  Zens' 
Aiôa-boToç  'donné  par  Zens';  v.  h.  a.  gâtes  boto  'messager  de 
Dieu',  russe  pjat'-desjdt  'TTe^iiràç  beKàbujv'-,  gr.  Ned-iroXiç,  lat. 
decém-viri,  v.  h.  a.  mitten  dag  (ail.  mittag).  Skr.  prd-ttis 
'dévouement',  gr.  tipô-boaiç  "^abandon';  v.  irl.  tûus  'commande- 
ment' de  *tô'^e88us;  v.  h.  a.  frd-tat  'crime',  lit.  ût-laîkas  'reste'; 
skr.  d'ksitasy  gr.  â-q)6iT0ç  'impérissable';  v.  h.a.  ûn-kund  'in- 
connu', russ.  né'ljub  'non  aimé*.  Sur  le  même  principe  reposent 
skr.  ahhito  md  'devant  moi',  gr.  Trpoç  ^€  'vers  moi',  v.  irl.  for-m 


ACOBNTUÀTION  59 

'sur  moi\  v.h.a.  dn  mir;  gr.  ÛTTëp-^opov  'an  dessus  de  la  destinée', 
lat.  dé-nuôy  rnss.  ô-kolo  'en  cercle  antonr',  et  skr.  d-devas  'allant 
à  la  divinité',  gr.  £v-uttvoç  'apparaissant  en  songe',  ital.  comm. 
*pr6'Cùnsul^  lit.  tafp-mUtis  'se  trouvant  entre  des  murs'. 

3)  Le  vocatif  était  dès  Tépoqne  indo-européenne  tantôt 
tonique,  tantôt  enclitique. 

4)  De  même  les  formes  personnelles  du  verbe,  a)  Elles  étaient 
toniques  ao  commencement  de  la  phrase,  par  ex.  skr.  apnôiimdm 
(apnôti  imdni)  loJcâm  'il  conquiert  ce  monde'  (gr.  Xapè  rdbe).  h)  Si 
le  verbe  suivait  le  nom  ou  le  pronom,  il  était  plus  faiblement 
accentué  que  celui-ci,  par  ex.  skr.  agnim  l^e  'je  célèbre  Agni'. 
e)  Après  les  négations  et  d'autres  adverbes  (préverbes),  auxquels 
s'ajoute  aussi  Taugment,  le  verbe  était  tantôt  atone,  tantôt  toni- 
que, par  ex.  skr.  nipadyate  'il  se  couche  à  terre',  â-bJutram  'je 
portais';  gr.  irpéç-Xape  'prends  en  outre*  (en  face  de  Xa^é),  oii  cpimi 
'je  nie',  î-Xapov  'je  pris';  lat.  ne-scio,  v.  irl.  tâ-mU  impér.  'vescere', 
lit.  àt-neêzu  'j'apporte'  nè-neêzu  'je  ne  porte  pas';  et  skr.  ni-pd- 
dyate  (en  subordonnée),  v.  irl.  domélim  'vescor',  v.h.a.  /?r-^tk>m 
'je  gaspille,  je  détruis*  (cf.  frd-tat  au  n^.  2),  lit.  i-léidèu  'je  laisse 
à  rintérieur*.  Le  type  ni  padyate  était  de  règle  en  indo-euro- 
péen au  commencement  d'une  phrase  comme  après  les  mots  non 
toniques  (skr.  vipdretana^  c-à-d.  vi-para-itana  'vous  séparez*, 
gr.  <Tu^-TTp6-€ç  lance  en  avant  ensemble'  Trap-ë-ax^v  'j'ai  offert', 
V.  irl.  ni  épur  'je  ne  dis  pas'  à  côté  de  ad-bi^r,  lit.  ne-nù-neszé 
'il  n'apportait  pas'. 

Sanskrit. 

48.  En  védique,  comme  déjà  en  indo-européen  (§  39), 
Télément  musical  de  l'accentuation  avait  la  prédominance  sur 
l'élément  expiratoire. 

Mais  dans  les  dialectes  populaires  l'élément  de  hauteur  dis- 
parut de  bonne  heure,  et  il  s'introduisit  une  accentuation  du  mot 
nouvelle  et  rythmique,  dans  laquelle  dominait  Tintensité.  Cette 
nouvelle  accentuation  a  passé  à  la  langue  artificielle,  qui  se  trouvait 
au-dessus  des  dialectes,  mais  ne  s'est  généralisée  qu'après  Pftnini, 
à  qui  l'ancienne  accentuation  doit  avoir  encore  été  familière. 
Cf.  Jacobi  ZDMG.  47,  574  sqq.,  KZ.  35,  563  sqq.;  Wackemagel, 
Ai.  Or.  I,  297  ;  Pischel  KZ.  34,  568  sqq.,  35,  140  sqq. 


60  PHONÉTIQUB 

44.  Accent  de  la  syllabe.  La  différence  indo-euro- 
péenne entre  l'intonation  rade  et  l'intonation  douce  était  encore 
vivante  en  védiqae  comme  le  montre  la  'décomposition*,  gaam  = 
gdm^  nuu  =  nû  (gr.  vO-v).    V.  §  40. 

45.  Accent  du  mot  et  accent  de  la  phrase. 

1)  La  syllabe  haute  (ou  syllabe  udfttta)  du  mot  corres- 
pondait ordinairement  à  la  syllabe  haute  indo-européenne,  par  ex. 
imds  'nous  allons'  ==  i.-e.  *imés.  La  syllabe  qui  suivait  la  syllabe 
haute  avait  le  svarita,  c.-à-d.  une  intonation  tombante,  commen- 
çant au  sommet  de  Tudatta.  Ce  qui  précédait  ou  suivait  le  groupe 
syllabe  ud&tta  +  syllabe  svarita,  était  bas  (anudatta),  par 
ex.  vidûsfàrehhyas  Moctioribus',  et  c'étaient  les  syllabes  précé- 
dant le  groupe  qui  étaient  les  plus  basses.  Ces  rapports  valaient 
généralement  aussi  pour  un  ensemble  de  mots;  par  ex.  la  syllabe 
initiale  non  hante  d'un  mot  recevait  le  svarita  après  une  syllabe 
udatta,  finale  du  mot  précédent. 

2)  Quand  devant  voyelle  %),  û{v)  passaient  à  y,  v  (§  307), 
la  voyelle  recevait  le  svarita  'indépendant',  par  ex.  mitryàs  de 
mitri{y)as  *BmiQail%  svàr  de  8u(v)ar  'éclat,  ciel',  abhyàrcaii  de 
abki  arcati  'il  chante'.  Cette  innovation  apparaît  pour  la  pre- 
mière fois  à  l'époque  historique:  dans  le  Rigveda  sauf  à  des  en- 
droits tout  à  fait  récents,  il  faut  encore  lire  partout  i{y\  û(p).  Plus 
tard,  la  syllabe  précédant  la  syllabe  svarita  reçut  l' udfttta  (il 
en  est  régulièrement  ainsi  dans  le  Çatapathabr&hmana),  par  ex. 
mitryas  =  mitryàSy  cf.  lesb.  xàçla  de  xapbiâ  (§  50.  307),  lit. 
pà8[i]émé  de  piisï-émé  'il  se  leva  un  peu'.  Le  s  v  a  r  i  t  a  était  égale- 
ment de  règle  dans  les  contractions  de  voyelles,  comme  ditjtva  = 
divi  im,  sàdhamds  =  sa  adhamds  (§  306.  354,  II,  2.  14);  ÇB. 
évditdd  de  evd  etdd  comme  mitryas, 

3)  Déjà  en  indo  européen,  par  suite  d'innovations  analogi- 
ques, l'ancienne  place  de  l'accent  du  mot  était  souvent  aban- 
donnée ;  ceci  se  passe  aussi  en  sanskrit  :  par  ex.  skr.  class.  sdpta 
'7',  defa  '8'  pour  véd.  saptd^  asfd  d  après  ndva,  ddça]  déjà  véd. 
ddçati,  gdcchata  pour  *daçd-tiy  *gacchd'ti  (i.-e.  *dpké'ti,  *g^fp8'' 
îcé-ti)  d'après  pdca-ti,  bhdra-ti  etc. 

4)  A  ce  qui  a  été  dit  de  l'enclise  au  §  42,  il  faut  encore 
ajouter  ce  qui  suit,  à  propos  des  formes  personnelles  du  verbe 


AOOBNTUATION  61 

(§  42,  4).  En  sanskrit  celles-ci  étaient  atones  dans  une  phrase 
indépendante,  sauf  quand  elles  se  trouvaient  an  début  de  la  phrase; 
dans  une  subordonnée,  elles  étaient  toniques,  quelle  qu'y  fût 
leur  place.  Cette  différence  semble  avoir  résulté  des  conditions 
de  Tindo-européen  supposées  plus  haut.  Comme,  dès  Tépoque 
indo-européenne,  la  subordonnée  était  souvent  introduite  par  des 
mots  eonjonctifs,  dans  cette  phrase,  le  type  d'accentuation  ni 
padyatey  qui  en  indo-européen  était  de  règle  au  début  de  la 
phrase,  ne  pouvait  prévaloir;  on  disait  donc  dès  Tépoque  indo- 
européenne,  par  ex.  yâdi  nipddyate  's'il  se  couche  à  terre',  mais 
ni  padyate  Ml  se  couche  à  terre*. 

Grec. 

46.  Jusqu'à  l'époque  du  Christ  environ,  l'accentuation  du 
grec  a  été  surtout  musicale.  Â  cette  époque  l'élément  expiratoire 
de  l'accent  du  mot  a  pris  la  prédominance^),  et  l'accent  est  resté 
tel  jusqu'à  nos  jours,  en  conservant  la  place  qu'avait  le  ton  du 
mot  en  grec  ancien. 

47.  Accent  de  la  syllabe.  L'aigu  et  le  circonflexe, 
qui  sont  attestés  pour  les  syllabes  toniques  seules,  représentent 
la  dualité  indo-européenne  de  Tintonation  rude  et  de  l'intonation 
douce.  L'aigu  était  un  ton  montant,  qui,  dans  un  élément  vocali* 
que  composé  de  deux  mores,  s'élevait  aussi  sur  la  seconde  more. 
Le  circonflexe,  qui  était  réservé  aux  longues,  était  aussi  montant, 
mais  la  totalité  du  mouvement  ascendant  se  produisait  sur  la 
première  more,  tandis  que  la  seconde  avait  une  hauteur  moindre  : 
ZcG,  lfi^oç  représentent  en  quelque  sorte  Zëù,  6à\iàç  avec  une 
suite  d'accents  analogue  à  celle  de  iràrèp,  (pépô^èv;  ZeC  :  Zeùç  = 
irârèp  :  irarrip.  L'ancienne  différence  d'intonation  des  syllabes 
se  retrouvait  aussi  dans  les  finales  non  toniques,  comme  le 
montre  la  différence  du  loc.  sg.  oTkoi,  q>€po^évot  (comme  oIkuiv, 
q>€po^ëvulv),  et  de  lae^oî;  celle  du  nom.  pi.  oTkoi,  q>€pé^€voi 
(comme  oTkoç,  cpcpé^cvoç)  et  de  6€oi.    En  syllabe  finale,  les 


1)  Le  premier  et  le  plus  sûr  indice  de  cotte  révolution  est  la 
suppression  de  la  différence  de  quantité  des  voyelles.  V.  Rretschmer 
KZ.  30.  594  sqq.,  Schwyzer  N.  Jahrb.  8,  249  sq. 


62  phonAtiqub 

diphtongues  brèves  à  intonation  donce  valant  trois  mores,  et 
celles  à  intonation  mde  valant  denx  mores  avaient  déjà  perdu 
une  more  en  grec  commun,  avant  l'action  de  la  loi  des  trois 
syllabes  (§  48). 

48.  En  grec  commun  Taccent  du  mot  a  vu  sa  liberté 
primitive  gravement  restreinte  par  la  'loi^des  trois  syllabes'; 
en  vertu  de  cette  loi,  en  finale  d'un  mot  polysyllabique,  deux 
mores  au  plus,  et  trois  quand  le  mot  se  terminait  par  un  trochée, 
pouvaient  rester  inaccentuées.  Quand  se  produisit  cette  accen- 
tuation, les  voyelles  longues  et  les  diphtongues  brèves  valaient 
deux  mores,  comme  aussi  les  groupes  -oî,  -ai,  -et,  à  intonation 
rude  primitive,  qui  avaient  perdu  une  more  (§  47).  Par  ex. 
*Fhâbioa  (fibîu))  de  ♦Fhdblo[<T]-a:  skr.  svddîtfams-am;  T€V€ujv  de 
♦t^V€[<t]-ujv  :  skr.  jânas-ûm  ;  q)€pô^€voç,  q)€po^évoio  de  ♦cpépo- 
jLievoç  '''(pëpojLievoio  :  skr.  bhdramanas,  bhdramanasyay  nom. 
pi.  (p€pâ^€vol  de  *q)ëpo^€vol  (-oi  avec  Taigu  comme  accent  de 
syllabe.) 

Les  mots  enclitiques,  dans  lesquels  plus  de  deux,  ou  de  trois 
mores  finales  étaient  graves,  ont  reçu  aussi  le  nouvel  accent. 
Ainsi  irÔTCpoç  'un  des  deux'  pour  *z7roT€poç,  i^^uiv  %lv  pour 
^zfmuiv  *zfmlv  (cf.  MOU,  moi),  de  même  XiiTU)M€V,  bëbopxc  pour 

♦^XlTrU)|Ll€V,  *zb€bOpK€.     Cf.  §  52. 

49.  Cependant,  dans  le  domaine  des  syllabes  finales  de 
mots,  non  atteintes  par  la  loi  des  trois  syllabes,  il  s'est  introduit 
encore  d'autres  restrictions  à  Tancienne  place  du  ton.  l)  Les  oxy- 
tons finissant  par  un  dactyle  sont  devenus  paroxytons,  par  ex. 
àipcuXoç  cf.  TTâx^Xôç,  T€X€(Tq>ôpoç  cf.  v|iûxo7rojLiiré^.  Les  exceptions 
sont  dues  à  une  influence  analogique,  par  ex.  àpiorepàç  d'après 
beEiTcpôç.  2)  Dans  une  voyelle  longue  ou  une  diphtongue  en 
syllabe  pénultième  de  mots  se  terminant  par  un  trochée,  l'élé- 
vation la  plus  grande  du  ton  passait  de  la  seconde  à  la  pre- 
mière more  de  la  syllabe,  par  ex.  fijua  de  *^\i%  vî\€ç  de  *vdF-€ç 
(on  ne  sait  si  ce  fait  date  du  grec  commun).  De  là  également, 
de  éaraÔTeç  on  n'a  pas  *é<TTiuTeç  (cf.  éaiiuTUJV  de  éaraÔTuiv, 
é(TTU)ç  de  é(TTau)ç)  mais  éorârrcç.  3)  En  attique,  le  ton  recule 
dans  les  mots  spondaYques,  comme  q)pdTTip  =  dor.  q)pâTi^p,  ëujç 
de  *i^u)^  =  ion.  i^iuç,  v.  Solmsen  Un  t.  87  sq. 


ACOBNTUATION  63 

n  y  a  souvent  déplacement  da  ton  du  mot  par  influence 
analogiqne,  par  ex.  éicupôç  an  lien  de  ^Kopoç  (v.  ind.  çvdçura-s) 
d'après  éicupd  on  d'après  TrevOepôç;  ;  è^éç,  redç,  éôç  pour  ^i\xoç 
(cf •  £^oi-T€),  ♦t^Foç  (cf.  skr.  tdva),  ♦?Foç  d'après  *\i&q,  aôç,  Fôç  ; 
XpOaoOç  au  lieu  de  *x9^<^ovç  (de  X9^<^^^^)  d'après  xpù(ToC  -qj; 
cfivou  -ip  au  lieu  de  *€ÙvoO  -uj  (de  cùvôou  -(|j)  d'après  efivouç;; 
3*p.pl.Ti6€î<Ti,  biboûai  au  lieu  de  *Tie€i<Ti,  *bibou(yi  (dor.  tîOcvti, 
bîbovn)  d'après  Icrrâcn  =  *l<TTàâ<Ti. 

50.  Dans  des  groupes  comme  ia  ûa  le  ton  principal  sur 
le  premier  élément  n'empêchait  nullement  une  diphtongue  ascen- 
dante de  se  produire;  par  ex.  lesb.  Kàplâ  de  Kapbjâ,  Pindare 
alT<uj,  delph.  érryâ.   Cf.  §  45.  2.  307. 

51.  Les  syllabes  non  hantes  du  mot  étaient  simplement 
considérées  par  les  anciens  comme  basses  ou^grav^SL  (papeîai); 
nous  ne  savons  rien  de  leurs  nuances  respectives.  L'accent  grave 
en  syllabe  finale,  par  ex.  irepl  toOtou,  àvbp\  toùtui,  était  seule- 
ment le  signe  de  ce  caractère  grave  (cf.  §  54). 

52.  Accent  de  la  phrase.  Dès  l'époque  indo-euro- 
péenne, des  pronoms,  des  particules,  des  noms,  restaient  appuyés 
dans  les  conditions  signalées  au  §  42,  tant  que  l'action  de  la  loi 
des  trois  syllabes  ou  certaines  influences  analogiques  ne  les  ren* 
daient  pas  toniques,  comme  iTÔT€poç  de  ^xiroTcpoç  (§  48)  fi^iv 
pour  zfmiv  (§  53).  Il  se  produisit  aussi  de  nouveaux  enclitiques 
comme  aùrov  (M  204  KÔipe  fàp  àuTov)  et  de  nouveaux  procliti- 
ques comme  i^è  (f|)  de  fi€  c.>à-d.  ^-Fc,  dXXà  de  âXXa. 

58.  L'ancien  caractère  tonique  des  foimes  personnelles 
du  verbe  au  commencement  de  la  phrase  a  été  maintenu  et  s'est 
généralisé  à  toutes  les  places  de  la  phrase  pour  des  impératifs, 
Xap^,  Ibë  etc.  (en  face  de  Xiire,  bdKC  etc.),  att.  XapoO,  XittoG  etc. 
(en  face  de  l'ion.  Xdpeu  etc.),  de  même  l'accent  de  cpépc,  cpëpou, 
Blç  était  primitif,  comme  celui  de  cT  =  ^l[o]\,  cpifjç,  iarx  (à  côté 
de  €i^t,  èarl,  cpiml).  Dans  ces  cas  le  maintien  de  l'ancien  carac- 
tère tonique  et  sa  persistance  même  à  l'intérieur  de  la  phrase  s'ex- 
pliquent en  partie  par  ce  fait  que  ces  formes  avaient  un  préverbe 
plus  rarement  que  les  autres,  en  partie  parce  que  le  plus  souvent 
elles  formaient  une  phrase  à  elles  seules;  dans  ce  cas  l'aigu  de  la 
syllabe  finale,  se  trouvant  à  la  panse,  ne  devenait  pas  grave  (§  54). 


64  PHONÉTIQUa 

Dn  reste  pour  les  formes  personnelles  dn  verbe,  la  loi  des 
trois  syllabes,  jointe  à  ce  fait  que  les  formes  verbales  étaient 
tantôt  toniques,  tantôt  enclitiques,  a  entraîné  le  mode  d'accen- 
tuation unitaire  de  l'époque  historique.  Par  l'effet  de  la  loi  se 
créèrent  trois  classes  de  formes:  1)  des  formes  qui  n'avaient 
jamais  qu'une  accentuation,  comme  Xeiirovri  (Xehrouai),  Xemô- 
^66a,  Xl7^6^€6a  (cf.  iràTcpoç  interrogatif  et  indéfini);  2)  des  formes 
qui  étaient  toujours  toniques  mais  chez  lesquelles  la  place  dn 
ton  était  variable,  comme  *Xl7^ô^€v  :  X(7ro^€v,  *XlTTOî^l  :  Xiiroifii, 
^bcbôpKa  :  bëbopKa  (cf.  fmîv  :  {)^lv);  3)  des  formes  qui  étaient  tantôt 
toniques,  tantôt  enclitiques,  comme  *XnT6v  :  ♦Xiirov,  ♦l^ëv  :  *1|yi€V, 
*aTây  :  (TTûv,  p&v  =  *pûv.  Dans  la  seconde  classe  ce  furent  les 
formes  où  le  ton  était  nouveau  et  qui  étaient  originairement 
enclitiques,  par  ex.  Xiiro^€v,  qui  triomphèrent;  et  dans  la  troisième, 
l'accentuation  de  la  première  more  du  mot  devint  la  règle  :  Xiirov, 
l^€v,  (TTâv  ((TTfiv)  ;  dans  la  troisième  classe,  ce  qui  peut  surtout 
avoir  préparé  la  simplification  de  l'accent,  c'est  que  d'après  le 
§  54  les  oxytons,  sauf  à  la  pause,  perdaient  leur  hauteur.  De 
plus  l'unité  d'accentuation  de  la  première  classe  favorisa  l'intro- 
duction de  l'unité  d'accentuation  dans  les  deux  autres,  et  la  place 
du  ton  dans  la  première  classe  fit  prévaloir  dans  la  deuxième  des 
formes  comme  Xi7^o^ev  au  lieu  de  *XlTTÔ^€v.  Et  de  même  que 
l'on  introduisait  âX-fca  f\}x\y  au  lieu  de  ^âXfcd  tijniv  sur  le  modèle 
de  âXT€a  f[ii\v  et  de  âX-fca  f^juiuiv,  on  dit  de  même  Ijnev  It€  d'après 
ïâiTi,  Ï<T^€  V  Ï<TT€  d'après  toâcTi,  Xhro  v  Xitreç  d 'après  XiiTO^icv  X(tt€T€  etc. 

54.  Les  oxytons  conservaient  l'aigu  à  la  pause,  tandis 
qu'ailleurs  ils  étaient  proclitiques.  Dans  ce  dernier  cas  on  écri- 
vait l'accent  grave  '  (§  51),  par.  ex.  àvbpi  toùti(j,  comme  on  écri- 
vait TTcpi  TOUTOU  au  Hcu  de  Trepi  toutou  (la  forme  tonique  était 
irëpi).  Seul  l'interrogatif  tiç  restait  toigours  toniqae,  par  ex. 
Tiç  oOtoç; 

55*  Les  groupes  se  composant  d'un  mot  tonique  et  d'un 
enclitique,  étaient  en  accord  en  partie  originairement  avec  la 
loi  des  trois  syllabes  et  la  loi  de  fîjuia  (§  49,  2)  :  par  ex.  koKôç  tiç, 
Tljifiç  t€,  outu)  k€,  àYaOd  Tiva.  Là  où  cet  accord  n'existait  pas, 
il  se  produisait  de  nouveaux  modes  d'accentuation.  Ces  nouveaux 
modes  doivent  tous  leur  origine  à  ce  qu'on  ne  laissait  pas  se 


ÀCCBNtUAtlON  66 

perdre  la  place  et  le  caractère  du  ton  principal  du  premier  mot, 
même  lorsqu'il  s'y  ajoutait  des  enclitiques;  une  partie  de  ces 
innoyations  est  due  aussi  à  la  répug^nance  qu^on  avait  à  voir  deux 
aigus  se  suivre  immédiatement;  par  ex.  TrôXeiiiôv  Tiva,  ttpujt6ç 
q>r|<Ti,  1TÔXe^ôç  Tiç,  aO  iiwç,  KaXdiv  tivuiv,  TroXXdKiç  ttwç,  iraTTJp  y€, 
q>(Xoç  écTTÎ.  On  disait  fixouad  tivujv  et  non  ♦fiKOuaa  tivujv  (cf. 
dXT€a  f\ixviiy)j  parce  que  la  plupart  des  formes  de  tiç  pouvaient 
être  simplement  enclitiques;  on  disait  au  contraire  dX-fca  %iv, 
non  ♦fiXifcà  f^iv  (cf.  fiX^cd  Tiva)  d'après  fiXtea  f^juilv,  fiXtea  %u)v. 
Cf.  6r.  Gr.  »  157  sqq. 

56.  Particularités  dialectales.  1)  Les Lesbiens reçu- 
laient  le  ton  d'après  la  loi  des  trois  syllabes  dans  tous  les  mots 
où,  en  grec  commun,  cette  loi  ne  l'avait  pas  encore  fait  reculer 
sur  la  syllabe  pénultième  ou  antépénultième:  par  ex.  TTÔTa^oç, 
6G^0Çy  (Tôcpoç,  Zevç  =  att.  troTaiiôç,  Oû^ôç,  ao(pôç,  Zevç.  2)  E  n 
do  rien  apparatt  un  accent  'processif,  ex.  èXdpov,  inf.  CTAcai, 
aÏTCç,  fXaùi  =  att.  fXapov,  OTflaai,  aî^eç,  T^aOE.  Le  développe- 
ment et  l'origine  de  ce  mode  d'accentuation  sont  obscurs^). 

Latin. 

57.  L'accentuation  indo-européenne  a  subi  à  l'époque  de 
l'italique  commun  un  bouleversement  complet:  dans  les  mots  poly- 
8yllabic[ne8  —  les  composés  compris  —  ce  fut  la  syllabe  initiale 
qui^  porta  l'accent  du  mot,  et  celui-ci  était  surtout  expiratoire. 
Cette  nouvelle  accentuation  resta  vivante  en  latin  presque  jus- 
qu'au début  de  la  période  historique. 

Bem.  On  a  assez  souvent  fait  remonter  le  développement  de 
cette  accentuation  initiale  à  une  époque  itaio-celtique,  ou  bien  encore 
itaio-celto-germanique.  Cette  opinion  n*est  pas  autorisée;  et,  en  parti* 
ctilier,  il  n*est  pas  prouvé  que  l'accentuation  irlandaise,  qui  corres- 
pond en  général  à  celle  de  Titalique  commun,  ait  été  également 
celle  du  celtique  commun.  Voir  en  dernier  lieu  sur  cette  question 
Meyer-Lûbke,  ouvrage  cité  p.  62  note  2,  avec  les  remarques  de  Thum- 
eysen,  Lit.  f.  g.  u.  r.  Ph.  1901,  Col.  163 sqq. 

1)  Etant  donné  le  caractère  fragmentaire  de  notre  connaissance 
de  l'accentuation  dorienne,  il  est  loisible,  là  où  les  conditions  de  l'ac- 
cent ne  sont  pas  en  question,  d'écrire  avec  des  accents  attiques  des 
formes  dorienues,  quand  ou  tient  absolument  à  les  munir  d'accents. 
Cette  indication  du  ton  attique  n'est  ici,  comme  d'ailleurs  dans  tous 
les  textes  non  attiques,  qu'un  expédient. 

Brugmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  5 


66  phonAtiqub 

Cette  Doavelle  fixation  de  Taccent  se  dénonce  comme  étant 
déjà  italique  commune  par  des  syncopes  qui  existent  dans  toutes 
les  languies  italiques,  comme  lat.  dexter,  nmbr.  destre  de  *déxi- 
ter(h  (§  344  sqq.). 

On  n'a  constaté  en  italique  aucune  action  du  ton  indo^uro- 
péen  qui  permette  d'en  retrouver  la  place. 

L'accentuation  de  l'italique  commun  était  encore  vivante 
dans  l'évolution  particulière  du  latin,  comme  le  montrent  claire- 
ment les  affaiblissements  vocaliques  traités  au  §  348,  tels  que 
peperci  de  *péparci. 

58.  Avant  le  début  de  la  tradition,  l'accentuation  du  mot 
en  latin  a  été  modifiée  à  nouveau,  sur  le  principe  de  la  quantité 
de  la  pénultième;  si  celle-ci  était  longue,  elle  devenait  tonique, 
ex.  pepércl  de  *pépercl;  si  elle  était  brève,  c'était  l'antépénul- 
tième qui  devenait  tonique,  ex.  cônficimus  de  *cdnficimus.  Dans 
les  mots  de  la  forme  ^^j^j^  seulement,  ex.  facUius^  voluerat, 
capitibuSy  l'accent  initial  (fâcUitus),  d'après  le  témoignage  de  la 
métrique,  a  subsisté  encore  jusqu'à  Plante.  Cet  accent  était 
encore  conservé  comme  accent  accessoire  dans  le  saturnien,  ex. 
sàpiéntia. 

Par  suite  de  la  chute  de  la  voyelle  en  syllabe  finale,  le 
nouvel  accent  apparaît  quelquefois  sur  la  dernière  syllabe  de 
mots  polysyllabiques,  ex.  f7Zf-c[e],  tant6-^[e]y  €iddûc[e]j  audtt  de 
audtvU. 

Quels  étaient,  dans  la  latinité  historique,  les  rapports  de 
l'intensité  et  de  la  hauteur,  c'est  ce  qu'il  est  impossible  de  préciser 
exactement.  En  tout  cas,  même  après  le  développement  de  la 
nouvelle  accentuation  du  mot  en  latin,  l'élément  expiratoire  n  a 
jamais  complètement  disparu,  et  il  est  probable  que,  dans  toute 
l'antiquité,  il  a  prévalu  sur  le  ton  musical. 

59.  Pour  les  mots  et  les  catégories  de  mots  qui,  dès  l'épo- 
que indo-européenne,  étaient  enclitiques,  le  latin  en  principe  ne 
modifia  rien  jusqu'à  l'époque  historique;  par  ex.  l'endise  était 
traditionnelle  dans  is-que,  né-que^  né  quis,  né-sdoy  dè-nuôy  dd- 
igo.  Quand  se  produisit  l'accentuation  latine,  le  nouvel  accent 
du  mot  influa  dans  ces  groupes  sur  l'union  des  mots,  par  ex. 
cônfido  de  ^côn-fidôy  possént-ne,  aibi-que,  scderis-que^  ét-enim, 


ACOBNTUATIOK  67 

etc.  ;  de  même  iUé  quidem,  iUé  meus,  proptér  mè,  fadtd  dum, 
respice  dum,  etc.;  dans  des  verbes  comme  ex-Utumo,  con-ddoy 
le  second  membre,  dans  tout  le  système  des  formes,  recevait 
l'accent  principal  (cf.  an  contraire  côn-ficio,  c&n-ficis  etc.);  de 
même  qui-cûnque^  comme  Tindéfini  gr.  îrôrcpoç  (§  48).  Quand 
l'union  des  mots  était  moins  intime  il  y  avait  des  flottements, 
comme  par  ex.  chez  Plante  dcdpe  dûm  à  côté  de  respice  dum. 

Des  mots  qui,  en  position  appuyée,  avaient  subi  un  affai- 
blissement phonétique,  ont  servi,  par  la  suite,  sous  leur  forme 
nouvelle,  en  pointion  accentuée,  ex.  tuos  de  tovo8  (§  345,  A,  II,  l), 
sculpo  de  scalpo  cf.  in-sculpo  (§  348, 1, 1,  a  avec  la  remarque  1), 
dûdo  de  elaudo  cf.  includo  (§  348, 1,  3,  b).  Inversement,  cer- 
taines formes  furent  usitées  en  position  appuyée  qui  n'avaient 
pas  subi  Taffaiblissement,  ex.  cdn^sacro  pour  ^cdn-secrOf  coctûm- 
dabo  (cf.  réd'dibo),  missûm-facU  (cf.  côn-ficit). 

Des  accentuations  comme  armâ-ve^  scelerâ-que,  agitt-dum 
paraissent  s'être  produites  pour  la  première  fois  à  l'époque  classi- 
que.   Cf.  Gr.  l'p.  975  sq. 

Germanique. 

60.  L'accent  libre  du  mot  indo-européen  était  encore 
vivant  en  germanique  commun,  comme  l'enseigne  la  loi  de  Vemer 
(§  271,  7.  293),  et  il  semble  que  l'élément  expiratoire  avait  la 
prédominance  (§  39)  à  l'époque  où  cette  loi  était  en  activité. 
De  plus,  comme  le  montre  l'histoire  des  voyelles  longues  en  fin 
de  syllabe  du  germanique;  la  différence  entre  l'intonation  rude 
et  l'intonation  douce  avait  été  conservée  (§  40.  360,  3). 

61.  A  l'époque  du  germanique  commun  apparut  un  nouvel 
accent  de  mot,  fortement  expiratoire,  et  qui  frappait  la  première 
syllabe  du  mot;  cet  accent  existait  déjà  à  Tépoque  romaine, 
comme  le  montre  le  maintien  de  Vo  (à  côté  d'un  a  tonique)  dans 
des  noms  comme  Lango-bardi  (§  107.  349,  2).  Ex.  got.  fddar 
V.  h.  a.  fâter  'père':  gr.  traT/ip  ;  got.  toitutn^  v.  h.  a.  wi^^m  'nous 
savons":  skr.  vidmd. 

Après  que  cette  nouvelle  accentuation  eut  conquis  le  droit 
de  cité,  les  syllabes  non  toniques  présentèrent  des  degrés  divers 
d'intensité,  comme  en  témoignent  les  affaiblissements  phonétiques 
et  la  métrique  ancienne  du  germanique  ;  et  les  langues  germani^ 


68  phonAtiqub 

qnes  ancienneB  ont,  en  partie,  suivi  à  cet  égard  des  voies  diffé- 
rentes. Cf.  le  §  350  sor  les  chutes  de  voyelles  en  syllabes  médianes 
et  finales. 

62.  Accent  de  la  phrase  et  composés.  L'endiseest 
ancienne  par  ex.  dans  le  got.  ni-h  =  lat.  ne-que,  got.  mi-k  v.  h.  a. 
mi'h  =  gr.  i^ié  f€\  got.  sa-h  *celni':  lat.  -ce;  got.  /rat-nu,  v.  h.  a. 
sê-nu  *vois-là':  gr.  vu.  De  même  dans  les  groupes  comme  v.  h.  a. 
gâtes  hotOj  got.  baûrgg-waddjus  *mur  de  la  ville',  v.  h.  a.  drtjuÇy 
dn  mir. 

Au  moment  où  s'est  produite  la  nouvelle  accentuation  du 
germanique  commun,  les  verbes  unis  à  des  particules  comme  ga-y 
fra-y  hir  formaient  encore  des  mots  juxtaposés  dont  l'union  n'était 
pas  très  ferme:  en  gotique  on  a  encore  ga-u-horseki  's'il  voyait 
quelque  chose*  etc.  ;  le  préverbe  ^anda,  joint  à  un  verbe  toni- 
que, n'était  pas  encore  considéré  comme  une  unité  distincte, 
comme  le  montre  la  perte  de  son  -a  par  ex.  dans  and-hafja  'je 
réponds'  (comme  and  pata  etc.)  en  face  de  anda-hafta  'réponse' 
(§  350, 1).  De  là  le  type  d'accentuation  indo-européen  ni  pddt/ate 
pouvait  donc  se  généraliser  en  germanique.  Outre  le  v.  b.  a.  fir- 
tûam  (§  42, 4)  cf.  encore  ir-làubom  je  permets'  à  côté  de  ûr-loub 
'congé',  oh-làssu  'je  pardonne'  à  côté  de  àb-la^  'pardon'.  L'ac- 
centuation a  passé  même  aux  formes  nominales  du  verbe,  par  ex. 
got.  and'hûlips  'dévoilé',  v.  h.  a.  far-hôlan  'caché*.  Cependant  le 
participe  conserva  l'ancienne  accentuation  du  préverbe,  quand 
la  forme  était  purement  adjective,  ex.  got.  dnda-pàlUs  'réfléchi' 
(à  côté  de  andpdghja  m%k)y  v.  h.  a.  misse-lungen  'non  réussi' 
(à  côté  de  missi'lingan). 

Slave. 

68.  L'accentuation  du  vieux  slave  est  inconnue.  Cepen- 
dant on  peut  déduire  l'accentuation  du  slave  commun  de  celle  de 
certaines  langues  slaves  modernes,  particulièrement  du  russe  et 
du  serbe.  Elle  était,  comme  l'accentuation  du  baltiqne  commun 
que  l'on  déduit  surtout  du  lituanien,  encore  libre  en  ce  qui  touche 
la  place  de  Taccent  du  mot;  l'accentuation  du  slave  commun  et 
celle  du  baltique  commun  sont  souvent  concordantes,  de  sorte  que 
l'on  peut  considérer  comme  appartenant  au  balto-slave  commun 
Taccent  des  formes  concordantes.   Mais,  visrà-vis  du  sanskrit,  du 


VOYBLLBS  69 

gernianiqne  commun  et  du  grec,  en  tant  que  ces  langues  peuvent 
contribuer  à  la  restitution  de  Taccent  indo-européen,  Taccen- 
tuation  du  balto-slave  présente  une  série  de  discordances,  dont 
l'explication  reste  encore  à  trouver. 

64.  Accent  de  la  syllabe.  Le  contraste  indo-euro- 
péen de  l'intonation  rude  et  de  Tintonation  douce,  a  été,  de  toutes 
les  langues  balto-slaves,  conservé  le  plus  clairement  par  le  litua- 
nien, quoique  dans  cette  langue  les  deux  qualités  du  ton  indo- 
européen ne  soient  probablement  nulle  part  ce  qu'elles  étaient  en 
indo-européen  (cf.  §40);  ce  contraste  se  reflète  encore  dans  cer- 
tains états  phonétiques  et  toniques  du  slave,  particulièrement  du 
russe,  du  serbe  (et  du  polonais);  ex.  v.  si.  vyknq  :  Mt.jùnkstu 
'je  m'accomode',  mais  ga^a  :  lit.  gu'âibas  'champignon'  (§  172,  2); 
mss.  vorôna  serb.  vràrui  =  lit  vdma  'corneille',  mais  russ.  vôron 
serb.  vrân  =  lit.  vafnas  'corbeau',  serb.  vjètar  'vent'  (v.sl.  vétiH) 

=  lit.  vëtra  'tempête',  mais  snîjeg  (v.  si.  snégû)  =  lit.  snëgM^neige*. 
Rem.  L'intonation  douce  du  lituanien  {")  est  un  mode  d'ac- 
centuation qui  diffère  suivant  les  parties  du  domaine  linguistique 
lituanien.  En  général  le  mouvement  en  est  ascendant,  tandis  que 
l'intonation  rude  est  partout  simplement  descendante.  Voir  en  der- 
nier lieu  Hirt  IF.  10.  SSsqq.,  Ganthiot  De  l'accent  et  de  la  quan- 
tité en  lit.,  La  Parole,  no.  3  (1900).  —  En  serbe  les  signes"  et  % 
qui  désignent  également  un  accent  descendant  musical  et  ezpira- 
toire,  se  distinguent  par  ceci  que  "  se  met  sur  les  brèves,  *  sur 
les  longues. 

65.  Accent  de  la  phrase.  L'enclise  est  ancienne  par 
ex.  dans  si.  mi  'à  moi',  lit.  mi;  v.  si.  ni-Jeûto  (dat.  ni-komu) 
'personne',  lit.  ni-kas;  si.  i%é'go  né-ée  qui  est  la  particule  du  com- 
paratif renforcée  ne  'comme',  cf.  skr.  gha  dans  nd  gha  etc.  De 
même  dans  les  composés  comme  russ.  dvé'-ati  '200',  tri-sta  '800*, 
lit.  dù'szimtu  '200',  trpszimtai  '300',  et  dans  ceux  du  type  russe 
é'kolo  'autour',  ndrzem  'sur  la  terre',  p6  gorodu  'dans  la  ville'. 

Les  voyelles  simples  proprement  dites  (c.-à-d.  formant 
syllabe)  et  les  diphtongues  indo-eoropéennes. 

86.  Les  représentants  réguliers  et  habituels  des  voyelles 
simples  et  des  diphtongues  à  second  élément  i  et  u  et  à  premier 
élément  bref  de  l'indo-européen  sont,  abstraction  faite  des  parti- 
cularités syntactiques  (v.  §  351  et  suiv.),  les  suivants: 


y 


70 


phonAtiqub 


8kr. 

il. 

ira.<) 

Or. 

ilk.i) 

1 

T.W. 

(Ui.i) 

T.U>) 

Ut. 

Ii4*-Mr. 

Ut.i) 

H») 

T.iL 

• 

• 

t 

• 

1  . 
i 

t 

• 

• 

i,i 

t,  e 

t,  ai 

t,e 

• 

t 

r 

i 

i 

i 

• 

1 

ï 

• 

1 

i 

i  il.  t 

i 

et 

i 

y 

t 

u 

u 

u 

u 

u(ou),u 

u 

u 

Q,  iu 

0,  u 

ti,ai^ 

tt,  0 

u 

û 

û 

û 

û 

u 

û(ou),0 

tf,.\ 

û 

u  (iu?) 

û 

û 

û 

û 

y 

e  ^, 

a 

a 

e,i 

€ 

^«,e« 

«,  0  t 

e  6,  ù  i  î 

e,t 

t,  ai 

e,t 

e 

«,î 

ë 

â 

â 

• 

n,^i 

0 

é 

lit 

i 

e 

û 

é 

*a 

0 

a,  à 

a,  â 

0,  u 

0 

a,  € 

0,  u 

'à.OjU 

0,  u 

a 

a,  e 

a 

o,« 

ô 

â 

à 

u 

w,  ou 

e 

ô 

uu(ù) 

â 

0 

uo 

û 

a 

a 

a 

a 

a 

a 

a,  € 

a 

aa 

a 

a 

a,  e 

a 

0,€ 

a 

â 

â 

a 

â,n 

0 

â 

aa 

à 

0 

uo 

ô 

a 

9 

i,a 

i,  a 

a      ' 

1 

a 

1 

a,  € 

a 

a  a 

a 

a 

a,  e 

a 

0,€ 

et 

e 

aè  ôi 

ë,i? 

£l,î 

• 

t 

et,  f 

ei  et 

èia 

et 

i 

et,  è* 

« 

t 

oi 

e 

aë  ôi 

è 

ot,  0 

e 

otoeû 

ûiot 

oi,  oe 

ai 

et,  é 

ai,  ë 

é 

ai,  91 

e 

aë  ôi 

ai 

ai,  n 

l« 

at  ae 

ai  ai  ei 

ai^ae 

ai 

et,  ë 

ot,  ë 

é 

eu 

0 

ao  9u 

oi 

€U 

1 

ou  û 

ÙV  Ott 

ô  %M 

iu 

tu,to 

au 

u 

ou 

0 

ao  du 

oi 

iou,  û 

e 

ou  û 

ûv  OU  ; 

ô  ua 

au 

ou,  ô 

au 

u 

aUf9u 

0 

ao  9u 

au 

au 

a 

au 

av  ou 

ô  ua 

au 

ou,  ô 

au 

tt 

A.  Les  voyelles  simples  en  fonction  syllabiqae. 

I.-e.  t. 

67.  I.-e.  ^^idhe^  'venve^iskr.  vidhdva  lat.  vidua  v.irl. 
fedb  got.  widuwo  y.  si.  vîdova,  gr.  i^iOcoç  'célibataire'.  *i-«  ^i-d 
pronom  :  skr.  iddm  N.  'hoc',  lat.  is,  got.  t«  'iP,  lit.  jis  'H%  y.  si.  -ji 
(§  363,  3).  -1^0-  suffixe  de  superlatif  :  skr.  svddiftha-s  gr.  {]bi(TT0Ç 
got.  sûtists  'suavissimus*  cf.  lat.  magister.  Thèmes  nominaux  en 
-i-,  tels  que  *ojfi-  'mouton*,  *tri'  'trois*  :  skr.  dvi-s  gr.  ôiç  lat.  avis 
lit.  avis  'mouton*,  arm.  eri-vkh  'cum  tribus',  y.irl.  tri-b  'tribus^ 
got.  gasti-m  'aux  hôtes',  norrois  runiqne  -josUb  v.  si.  gostï  'hôte*. 
Locatif  sing.  en  -i  :  skr.  divi  'au  ciel*,  gr.  AiFi,  lat.  rûre.  Pre- 
mière pers.  sing.  en  -mi: skr.  dsmi  gr.  €l^l  lit.  6#mi  y.sl.je«fi}i 
'je  suis*. 

6N.  Skr.  Impératif  i-hi  :  zd  îdt  y.  perse  idiy  gr.  T-6i  'va*, 
i.-e.  *idhL  disfi-s  'désignation*  :  zd  a-distii  'conseil',  y. h. a.  in- 
zïht  'accusation',  i.-e.  *di&ti'8.  dnti  'vis-à-yis,  en  avant'  :  gr.  àvri, 
lat.  anti'Sto  ante. 


^  1)  Ne  figurent  ici  que  les  voyelles  accentuées.  Pour  le  traite- 
ment en  syllabes  inaccentuées  en  italique  et  germanique  v.  §  348 
et  suiv. 


T0TBLLB8  71 

69.  G  r.  i'Xme  11  laissa'  :  skr.  orvicat  arm.  e-likh,  R.  leig[U- 

linqaere'.  ri^  tiç  'quf  :  skr.  ci-d  particule,  zd  éùi  'qni'  lat.  quis 

V.  si.  éi'to  'quoi',    bi-  'deux'  (bi-Trouç),  biç  :  skr.  dvi-  dvis^  lat.  hi- 

bisj  y.  h.  a.  zwi.   fo-ri  'est'  :  skr.  dsti  y.  russe  Je^i. 

€  issu  de  I  §  304.  309,  e.    ]^  de  i  §  307,  u  de  t  devant  u  |  380. 

70.  Lat.  dic'is  gén.,  dicdre  :  osq.  dicust  'dixerit',  ombr. 
dersicust  'dixerit*  (avec  -rs-  issu  de  d-),  skr.  diç-  'indication',  gr. 
hxKK]  'droit',  R.  deik-  indiquer',  ci-ter  :  ombr.  ci  mu  'ad  citima, 
rétro',  got.  hi-mma  'à  ce',  lit.  szis  y.  si.  si  'ce'. 

i  a  tendu  vers  e  à  une  date  ancienne  et  est  deyenu  plus 
tard  dans  les  langues  romanes  e. 

6  de  f  devant  r  §  309,  a.  e  de  t  en  finale  ouverte  §  348  I,  2,  c. 
-er-  de  -ri  §  312.  i  de  t  §  307.  Traitement  de  Vi  en  syllabes  in- 
accentuées §  344  et  sufv. 

71.  Germ.   Got.  mpra  v.h.a.  u)idar  y.isl.  vidr  'contre': 

skr.  vi-tard-m  Adv.  'plus  loin',  lat.  vitrictis.    Got.  Mtum  y.  h.  a. 

Mjjum  y.  isl.  bitom  'nous  avons  mordu'  :  skr.  bi-bhidifna  lat.  fidù 

mus  R.  bheid-  'fendre'. 

Got.  ai  de  t  §  309  b.  V.  h.  a.  etc.  e  de  i  sous  Taction  d'un  a 
de  la  syllabe  suivante  (a-Umlaut)  §  830,  1,  a. 

78.  Slave.  V.sl.j?liq 'je  foule',  je  frotte':  lit.  jjwô'coeo', 
skr.  pisfd'S  'écrasé',  gr.  Trriacyu)  'j'écrase',  lat.  pistar.  V.sl.  pc^tï- 
mi  instrumental  sg.  de  pcfii  'chemin'  :  lit.  nakti-mi  instr.  sg.  de 
nalcti-s  'nuit'. 

V.  si.  ij  de  0'  §  90B,  2,  c.  t-  de  jï  §  363,  3.  ç  de  i  +  nasale 
I  172,  2. 

I.-e.  f. 

78.  I.-e.  *g^it^s  'vivant'  :  skr.  jivd-s,  lat.  vivos,  lit.  g^as 
V.  si.  Hvû.  Suffixe  -fno-  :  skr.  navtna-s  'neuf,  v.  si.  novina  'friche'; 
lat.  haedinuHf  gr.  KopaKîvoç  'jeune  corbeau*.  Suffixe  d'optatif 
'i-  :  skr.  ghnît-a  3®  pers.  sing.  moy.  de  hdn-H  'il  frappe',  lat. 
H-maSy  got.  tûitei-ma  1^  pers.  plur.  de  toait  'je  sais',  Y.A.jadi- 
mû  P  pers.  plur.  en  regard  dejad-^tû  'ils  ou  elles  mangent'. 

74.  Skr.  jli)d'S  :  zàjivya- 'vivant'  v.perse/ft^ilAy  subjonc- 
tif 'que  tu  vives'  v.  §  73.  pitd-s  'bu'  :  gr.  ttî-Oi,  'bois',  alb.  jjfre 
tioisson',  y.  si.  piti  'boire'.  Féminins  en  -f  :  brhat-t  'haute':  got. 
frijondi  'amie'  (§  360,  3),  v.  si.  vezc^i  fém.  'vehens'. 


72  PBONÉTIQUB 

75.  G  r.  kXIvt)  'couche'  :  lat.  in-clino,  lit.  pa-szlyti  's'in- 
cliner, trébucher',    irfuiv  'gras'  :  skr.  pivan-  'qui  enfle,  gras'. 

76.  Lat.   vivos  :  osq.  bivus  nom.  plur.  'viyi'  y.  §  73. 

virtus  :  gr.  lôç  'poison',   tri-ginta  (nom.  plur.  'trois  dizaines')  :  yéd. 

trt  skr.  tri  tri  y.  si.  tri  'tria'.    man(d)  ablatif  de  mare  :  osq. 

sakrid  'sacro',  ombr.  peracri  'peracri'. 

Rem.  Après  que  ei  du  vieux  latin  fut  devenu  i  (§  137)  la 
graphie  ei,  qui  n'avait  plus  désormais  que  la  valeur  d'un  f,  fut 
employée  pour  rendre  aussi  des  I  primitifs,  par  ex.  veivos,  feUi 
(lette  dite  'veau  à  la  mamelle',  pftli  dhXtû'  'fille',  russe  ditjà  'en- 
fant', cf.  §  100  Rem.  146  Rem.  213,  e),  faxseis  (avec  un  -i-  d'optatif 
V.  §  73).  Cf.  la  graphie  ci  de  H  primitif  en  grec  récent,  par  ex.  dans 
iroXcCniç  (§  136). 

77.  6e  r  m.  Got.  freidjan  'épargner',  m.  h.  a.  vnten  'soi- 
gner', y.  isl.  frida  'orner'  :  skr.  pntà-s  'gai,  satisfait,  cher'.  Got. 
filu'deisei  fém.  'ruse'  :  skr.  dhlti-s  'pensée,  intelligence'. 

78.  Slave.  V.sl.  viti 'enrouler,  tourner'  :  lit.  v^i 'enrouler', 
gr.  iTëâ  'saule',  lat.  vltis,  v.  h.  a.  wida  'saule'.  noSti  nom.  ace.  duel 
de  noStî  'nuit'  :  lit.  naJcti  (de  *nakt^)  'les  deux  nuits',  skr.  srutt  'les 
deux  courants,  deux  chemins',  i.-e.  -i. 

I.-e.  u, 

79.  I.-e.  *jug6-m  neut.  'joug': skr.  yngà-m,  gr.  îutôv,  lat. 
jugunif  got.  jukj  v.sl.  igo  de  *iûgo  (§  308,  2,  d.  363,  3).  *nu 
'maintenant'  :  skr.  nû,  gr.  vu  vu-v,  lat.  nu-diûs,  v.irl.  nu  no,  y.  h.  a. 
nu  no,  lit.  nit>  v.sl.  nû.  Thèmes  nominaux  en  -te-: skr.  gurûrs, 
gr.  Papuç  got.  Icaûrus  'lourd',  skr.  mddhu  'chose  sucrée,  douce', 
gr.  )Lië6u  'boisson  enivrante',  v.irl.  mid  (celtique  commun  *medu), 
y.  h.  a.  meto  (§  349,  7)  'hydromel',  lit.  mediis  v.  si.  medû  'miel'. 

80.  Skr.  putrâ-8  :  zd  puêrô  v.  perse  pw&^a^  'fils',  lat. 
putus  putillus.  Avec  le  suffixe  de  présent  ^nu-  Jcrnu-yâ-t  :  zd 
k9r'nuya'i  optatif  'qu'il  fasse',  arm.  arnu-mkh  'nous  prenons',  gr. 
ô|ivu-|i€V  'nous  jurons'. 

81.  G  r.  kXutôç  'fameux'  :  skr.  çrutd-s  'entendu,  fameux', 
lat.  in-clutu8,  v.  h.  a.  Hlot-harL  buu)  'deux'  :  véd.  duvâ  (noté  dvd), 
lat.  duo,  v.sl.  dûva  'deux'. 

h'u  du  grec  commun,  noté  V  et  Y,  s'est  maintenu  sur  une 
partie  du  domaine  (sous  les  graphies  o  ou  ou),  par  ex.  dans  le 
béotien  tXoukou  =  t^uku,  le  laconien  2;ouTU)V€p  'taureaux  de  labour' 


V0TBLLB8  73 

=  *ZÛTUJV€Ç,  le  cypriote  ^oxoî  =  liuxoî.  En  ionien  et  en  attique, 
u  s'est  changé  dès  avant  la  période  historiqne  en  U  {u  français). 
Déjà  en  grec  commun  t*u  est  issu  de  tu,  et  par  conséquent  -su- 
dans  finiovç  de  *fmi-Tu-  et  autres  est  grec  commun,  cf.  béot.  lou 
après  T,  h  etc.  (§  309,  f). 

y  de  u  §  307.   i  de  u  par  assimilation  à  distance  §  330. 

82.  La  t.  ruber  lomhr.  rnfru  'rubros',  skr.  rudhird-s  gr. 
épuOpôç  v.sl.  rûdrû  *rouge'.  a-ub  super  :  osq.  su  pruis  'superis' 
ombr.  sub-,  subra  'supra',  skr.  ûpa  'en  plus'  updri  'en  haut',  gr. 

UTTO  uTTcp,  got.  ufar  'par  dessus'  (cf.  §  359,  1). 

i  (û)  de  u  §  309,  f.   a  de  u  §  309,  a. 

88.  Oerm.  Got.  -budurriy  v.  h. a.  butum  v.isl.  budom  'nous 
ayons  offert'  :  skr.  bubudhima  'nous  nous  sommes  éveillés,  nous 
avons  remarqué',  gr.  TrëTruaiiiai  'j'ai  appris',  lit.  budëti  v.sl.  bûdéti 
'veiller'.  Got.  berusjos  'parents'  (participe  parf.  'les  ayant  engen- 
dré*) :  skr.  mdûsl  gr.  ibuîa  f ém.  'sachant',  lit.  viîkusi  v.  si.  vlûTcûH 
fém.  'ayant  traîné*. 

Got.  aii  de  u  §  309,  b.  V.  h.  a.  etc.  o  de  u  sous  l'influence  d'un 
a  suivant  §  330,  1,  a. 

84.  Slave.  V.sl.  dûëti  'fille'  :  lit.  duktë  skr.  duhitdr-  gr. 
OuTârrip  got.  daûhtar  'fille*,  rqka-chû  :  lit.  rafiko-su  loc.  plur. 
'dans  les  mains',  skr.  dçva-su  'in  equabus'. 

fi  de  iû  S  308,  2,  d.  363,  3.  vu-  de  û-  §  363,  2.  (f  de  u  +  nasale 
§  172,  2. 

I.-e.  û. 

85.  I.  -  e.  *dhûmô-8  'soulèvement,  fumée'  :  skr.  dhûmd-s 
lat.  fûmus  lit.  plur.  dûmai  v.  si.  dymû  'fumée',  gr.  Qv^iôq  'soulève- 
ment de  Tâme,  passion,  courage'.  *mûs-  'souris'  :  skr.  mus-,  gr. 
^Gç,  alb.  ml,  lat.  mus,  v.h.a.  mUs,  v.sl.  myéî.  Suffixe  nominal 
'tatiiy  :  zd  giiôotos  'brigandage',  lat.  juventus,  v.  irl.  oH^u  'jeu- 
nesse', got.  gamaindûps  'communitas*. 

86.  Skr.  çûrors 'héros*  :  zd  sûror  'fort*,  gr.  fi-Kûpoç 'faible, 
qui  ne  compte  pas',  v.  si.  sytû  'rassasié*,  bhrûrs  :  gr.  ôq>pOç  ags. 
brû  'sourcil*. 

87.  Gr.  XC-(Tai  'délier*  :  skr.  lûni-s  'détachement*,  got. 
lûn  ace.  rançon*,    vû-v  'maintenant*  :  skr.  nû  'maintenant*. 

Le  changement  de  ti  en  û  s'est  fait  parallèlement  à  celui 
de  u  en  û.    u  s'est  maintenu  là  où  u  est  resté  :  on  a  donc  béot. 


74  phonAtiqub 

Ed^u^oç  =  EOeOfioç,  lac.  iiiouaibbei  "  XaXeî  (Hesych.)  =  ♦^ûOîZci. 
—  Béot.  lou  §  309,  f. 

88.  Lat.  frûctus  :  OBq.  fruktatiiif' frnctus*,  got.  bnik- 
jan  'se  servir  de,  avoir  besoin  de',  tu  :  hom.  rtivri  v.  isl.  pu  v.  si. 
ty  'tu'. 

89.  Germ.  Got.  fais  v.h.a.  fid  v.  isl.  fûll  'pourri'  :  skr. 

pûti-8  'pourri,  puant',  gr.  rrtlOu)  'je  fais  pourrir',  lat.  pus,  lit.  j^u^^t 

plur.  'pus'.  Got.  jûs  'vos'  :  skr.  yûydm  zd  yûi  lit.  jûs  'vos'. 

V.h.a.  à  de  û  sous  Teffet  d^une  voyelle  palatale  suivante 
§  830,  1,  c. 

90.  Slave.  V.sl.  hyti  'être'  :  lit.  bûti  'être',  skr.  bhm-s 
'bon  état',  gr.  fq)û  'il  grandit,  devint',  osq.  Fuutrei  'Creatrici'. 
syny  nom.  ace.  duel  de  synû  'fils'  :  lit.  sûnu  skr.  sûnû  'les  deux 
fils',   svekry  :  skr.  çvaçrûrs  'la  mère  du  mari'. 

y  (§  36,  1)  est  issu  de  A  à  l'époque  du  slave  commun. 

ii  de  ly  §  308,  2,  d.   vy-  de  y-  §  363,  2. 

I.-e.  e. 

91.  I.-e.  *bhero  'je  porte',  'j'apporte': skr.  bhdramiy  arm. 
berem,  gr.  q>épuj,  lat.  ferOf  v.irl.  berinif  got.  bahra,  v.sl.  berq. 
*n6  'ne  .  .  .  pas'  :  skr.  nd,  lat.  ne-scio,  got.  ni,  lit.  né,  v.sl.  ne. 
Vocatif  sing.  en  e  des  thèmes  en  o  :  skr.  vfka  gr.  Xùk€  lat.  lupe 
lit.  mZfcé  V.  si.  vlûée  'loup'.  Nom.  plur.  en  -es  par  ex.  *mtff^-e« 
'mères'  :  skr.  matdras  gr.  |LiT)Tëp€ç  lit.  oriental  n»o^6r6«  Cfemmes') 
V.  si.  mater  e,  nor.  runique  dohtrÎR  filles'.  Troisième  pers.  plur. 
actif,  en  -entii),  par  ex.  *sénti  'sont'  :  skr.  sdnti  arm.  en,  dorien 
évTi,  ombr.  sent,  got.  «tnci.  Avec  l'augment  e-  *é'dhët  'il  mit, 
plaça'  :  skr.  ddhat  arm.  ed  gr.  f9T)K€. 

92.  Skr.  L'e  indo-européen  s'est  changé  en  a  à  l'époque 
de  la  communauté  indo  iranienne  après  avoir  palatalisé  les  occlu- 
sives de  la  série  Je  immédiatement  précédentes  (§  251);  cf.  Va 
indo-iranien  issu  de  Vë  §  98.  dçva-s  :  zd  et  v.  perse  aspa-  lat. 
equos  v.irl.  ech  got.  aiha-  'cheval',  pdta-ti  'il  vole,  tombe'  :  prêt, 
zd  a-pata-t  v.  perse  moyen  a-pata-ta,  gr.  n^Te-Tai  'il  vole',  lat. 
peti'ty  V.  gall.  etn  'oiseau',  ca  :  zd  éa  v.  perse  éa  gr.  t€  lat.  -que 
'et',    véd-a  :  gr.  oîb-€  'il  sait'. 

9S.  G  r.  F^TOç  f toç  'année'  :  skr.  tri-vatsd-s  'âgé  de  trois 
ans',  lat.  vêtus,  got.  wiprus  'bouc  (d'un  an)',  v.  si.  vetûchû  'vieux'. 


V0TBLLB8  75 

T€V€-oç  T^vou^  'generis'  :  skr.  jdnas-as  lat.  gener-is,  got.  riqiza- 
'ob8carité\  y. si.  nebese 'du  cier.  tfii}  'je*  :  skr.  ahdniy  anti.  esy 
lat.  egOf  got.  iJc.  2*™  père.  pinr.  en  -t€,  (péper^  :  skr.  impér.  hkàra- 
tay  lat.  fer-iêf  indic.  lit.  vëéa-te  v.  si.  veze-te  Vehitis'. 

€  valait  f  en  éléen,  d'où  les  graphies  telles  que  eucraptoi  = 
€Ù(Tepoi.  a  de  €  à  cause  d'un  p  voisin  en  éléen  et  locrien  §  309,  a. 
En  revanche  €  était  prononcé  e  en  ionien,  attique,  dans  les  dia- 
lectes grecs  du  nord-ouest,  en  dorien  partiellement,  et  aussi  en 
béotien;  c'est  sur  ce  fait  que  reposent  par  ex.  rallongement  de  e 
et  la  contraction  de  €€  en  ^  (ei)  en  ionien  et  en  at tique  dans  Oeiç 
de  eëvç  (§  166,  5),  Tpeîç  de  Tp^eç  (§  306). 

t  de  €  devant  voyelle  §  304.    iv  de  €v  §  309,  e.    €  de  €  §  307. 

94.  Lat.  est  :  osq.  est  ombr.  est,  skr.  dsti,  gr.  écrri,  got. 

ist,  lit.  ësti  V.  si.  jestû,  R.  es-  'être*,    decem  :  ombr.  desen-duf 

'douze*,  skr.  ddça  gr.  biKa  got.  taihun  v.sl.  des^tî  'dix'.   Syllabe 

de  redoublement  en  6,  lat.  de-di  :  osq.  de-ded  skr.  da-daû  gr. 

l>ë-buiK€  'dédit'. 

off  de  ej^  i  308,  2,  a.  o  de  t^  §  308,  2,  b.  Oj  u  de  e  devant 
i  §  309,  b.  c.  i  de  e  devant  i9  §  309,  d.  iï  de  ei  §  304.  t  et  o  de  e 
par  assimilation  à  distance  §  330.  Traitement  de  Ve  en  syllabes 
inaccentuées  |  344  et  suiv. 

95.  Germ.  V.  h.  a.  reht  v.  isl.  réttr  'droit'  :  gr.  ôpcKTÔç. 
V.h.a.  quena  'femme'  :  v.irl.  ben.  V.h.a.  htoes  :  v.sl.  6e-so  'de 
quoi*.  —  Cet  e  v.  h.  a.  était  un  ç,  v.  §  330,  1,  b. 

Dans  une  mesure  très  large  Ye  s'est  changé  en  i,  et  cela  dès 
répoque  du  germanique  commun:  1)  dans  les  syllabes  médianes 
inaccentuées  §  349,  1;  2)  devant  nasale  +  consonne  §  309,  a; 
3)  devant  un  i  hétérosyllabique  §  308,  2,  a;  4)  devant  consonne 
-|- 1  ou  i  §  330,  2,  a.  Au  contraire  dans  le  groupe  -er-  placé  en 
syllabe  inaccentuée  e  s'est  développé  en  un  ç  germanique  commun 
d'où  est  issu  par  la  suite  a  en  gotique  et  partiellement  aussi  en 
germanique  occidental,  par  ex.  got.  hàpar  v.h.a.  hwedar  =  ags. 
htoceder  (§  309,  c).  Par  la  suite  tous  les  e  qui  n'étaient  pas  déjà 
devenus  i  en  germanique  commun  le  devinrent  en  gotique,  ainsi 
dans  ga-voigan  ^mouvoir'  =  v.h.a.  tioegan  v.isl.  vega  (lat.  veho), 
his  'de  qui'  =  v.h.a.  hwes.  Enfin  Vi  sans*distinction  d'origine 
ancienne  ou  récente  apparaît  régulièrement  dans  cette  même  lan- 


76  pronAtiqub 

gae  comme  ai  devant  r  et  A  (§  309^  c).    En  vieux  hant  allemand 
i  est  issn  de  e  devant  u  de  la  syllabe  snbséqnente  §  330,  1,  d. 

96.  Slave.  V.bI.  vezq  :  lit.  vezû  skr.  vdhami  *yeïïo%  got. 
gatoiga  'je  meuB'.  kamen-î  :  lit.  àkmen-i  ace.  sing.  'la  pierre', 
gr.  TTOifi^v-a  ace.  'le  berger',  dîne  'dn  jour'  :  lat.  carn-is.  Inscrip- 
tions V.  lat.  Apolones  'Apollinis',  désinence  indo-enropéenne  du 
gén.  sing.  -es  (à  côté  de  -os), 

oy.  de  ev  §  308,  2,  a.  ïj  de  ej  S  308,  2,  b,  et  ij  de  0'  §  308, 
2,  c.    ç  de  e  +  nasale  §  172,  2.    ré,  Zé  de  er,  e2  §  341,  2. 

I.-e.  é. 

97.  I.-e.  *dhè-  'poser,  mettre*  :  skr.  aoriste  :  d-dhamy  arm. 
dir  'position',  gr.  futur  6f|(Juj,  lat./igci,  got.  ga-de^s  'acte,  situation', 
infinitif  lit.  dëti  v.  si.  déti.  Radical  dn  parfait  *èd-  de  la  R.  *ed' 
'manger'  :  participe  skr.  adivas-j  gr.  è2)-T)bu)ç,  lit.  è'd^  v.  Bhjadûy 
indicatif  1^  pers.  plur.  lat.  ëdimus  got.  fr-etum  (ail.  frOssen). 
Suffixe  d  optatif  ië-  :  2^  pers.  sing.  skr.  syd-s  gr.  âry-ç  v.  lat. 
sië'8,  de  es-  'être*. 

98.  Skr.  IndO'iranien  a  de  é,  tout  comme  a  de  6  (§  92). 
d-dhat  :  zd  dat  v.  perse  a-dâ^  'il  posa',  v.  §  97.  ds-te  :  tA  aste 
gr.  f)(TTai  'il  est  assis',  dsam  :  v.  perse  àham  'eram',  zd  3®  pers. 
sing.  as  =  véd.  â«  hom.  fja,  v.  si.  -[jl^'^t*^  (§  363,  1)  dans  les 
imparfaits  comme  vidéachû  Videbam'. 

99.  Gr.  ttXt^-to  'il  s'emplit'  :  skr.  pratd-s  'plein',  lat. 
plènvs.  \ii\v  'mois'  :  skr.  mâs-  'lune',  lat.  mènsis,  got.  mènaj  lit. 
ménû  'lune*  v.  si.  més^cî  'mois*.  Lac.  TT^TroKa  'unquam'  ou  'us- 
quam'  (Instr.  sing.  de  tto-)  :  cf.  skr.  paçcd  adv.  'derrière'  (avec 
un  c  issu  de  Je  suivant  le  §  316). 

T)  se  rapprochait  en  éléen  de  â,  d'où  des  graphies  avec  a 
comme  fid  =  furj,  paaiXâcç  =  hom.  ^acriXfieç.  Au  contraire  on 
prononçait  è  (et  on  écrivait  ei)  en  thessalien  et  en  béotien,  par  ex. 
£9€iK€  =  f6iiK€.  En  ionien  r\  ancien  était  plus  fermé  que  Vr\ 
issu  de  â  (§  123)  et  Ton  avait  une  troisième  espèce  d'é  (f)  dans 
Oeiç,  q)iX€ÎT€.  En  attique  Tri  du  grec  commun  et  Vr\  =  gr.  comm. 
â  se  sont  trouvés  confondus  dès  le  V^  siècle  av.  J.-C.  A  côté 
d'eux  l'on  avait  Vf  de  6eiç,  (piXelre.  Les  deux  x]  de  l'ionien  et  de 
lattiquc  se  changèrent  quelques  siècles  plus  tard  (à  des  dates 
variables  selon  les  lieux)  en  i. 


VOTBLLBS  77 

100.  La  t.   sêmen  :  ombr.  semenies  sehmenier  '^semi- 

niis*,  y.  irl.  sil  'semence',  got.  -seps  'semence',  lit.  séju  v.  si. 

séjq  'je  sème'.    Inscriptions  v.  lat.  facUumed  c.-à-d.  facillumèd 

ady.  :  osq.  amprufid  'improbe',  ablatif  indo-européen  en  -ëd  (à  côté 

de  -ôd). 

Rem.  Le  passage  de  Vê  italique  commun  à  i  latin  n^est  pas 
établi  suffisamment  fîlius  à  côté  de  fèlâre  présentait  probablement 
un  l  indo-européen  (§  76  Rem.).  Cf.  Buck  A.  J.  of  Ph.  17,  270, 
Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  77. 

101.  Germ.  Got.  ga-redan  'être  attentif  à',  v.h.a.  ratan^ 
V.  isl.  rdda  'deviner,  conseiller'  :  skr.  d-radhai  'il  mena  à  bonne 
fin*,  lat.  rèri.  Got.  nepla  v.  h  a.  nadala  'aiguille'  :  gr.  vfi^a  'tissu', 
lat.  nèmerij  skr.  snàvan-  'tendon'. 

Vè  germanique  commun  se  changea  en  ç  en  gotique,  et  en 

a  sous  l'accent  principal  en  germanique  occidental  et  septentrional. 

Got.  saia  de  *8èiô  et  autres  faits  pareils  §  l&d,  2.  Sur  got.  d 
(i)  de  é  voir  Hirt  PBS.  Beitr.  21,  159  sqq.,  Kock  KZ.  86,  583. 

Rem.  A  côté  de  cet  ê  germanique  commun  (êi)  il  en  a 
existé  un  second  plus  ouvert  é  (^2),  d*où  sont  issus  got.  e,  v.  h.  a.  é 
ea  ta  t>,  v.  sax.  é,  v.  isl.  é,  par  ex.  got  her  v.  sax.  hër  v.  h.  a.  hear  hiar 
V.  isl.  ?iér  Ici',  got.  fera  v.  h.  a.  fera  feara  'côté*.  En  gotique  aussi 
les  deux  é  restèrent  distincts;  car  tandis  que  1'^  apparaît  souvent 
sous  la  forme  et,  rê2  ne  le  fait  jamais.  Rien  n'est  établi  au  sujet 
de  Torigine  de  dg,  qui  parait  provenir  au  moins  en  partie  de  et 
indo-européen  (§147  Rem).  V.  Wood  German.  Studios,  Univ. 
of  Chicago  %  27sqq.,  Brugmann  IF.  6,  89sqq.  Franck  Z.  f.  d.  Alt. 
40,  1  sqq.,  Streitberg  Urgerm.  Gr.  371  sq.,  van  Helten  PBS.  Beitr. 
21,  438  sqq.  455  sqq.,  Luft  Z.  f.  d.  Alt.  41,  234  sqq.,  RZ.  35,  807,  Dieter 
Lant-  und  Formenl.  Gsq. 

102.  Slave.  V.  si.  dédû  'grand  père'  :  lit.  dédi  'oncle'i 
gr.  TrjOti  'grand  mère',  spéii  'avancer'  :  lit.  spéii  'aller  assez  vite', 
lat.  sjpës.   vidéti  'voir'  :  lit.  pa-vydëti  'invidere',  lat.  vidêmus. 

Cet  é  était  encore  distinct  de  lV  =  i.-e.  ot,  ai  en  slave 
commun,  v.  §  139. 

ja  de  O'M  ▼•  §  3<>8,  2,  e. 

I.-e.  0. 

lOS.  I.-e.  *gombhO'S  'dent,  mâchoire' (gembh-  dans  le  v.sl. 
24ibq)  :  skr.  jâmbha-s  'dent',  gr.  T<^|i(poç  'pieu'  v.  h.  a.  chamb 
'peigne',  v.sl.  zqbû  'dent',  *dedorîce  parfait  de  derîc-  'voir'  :  skr. 
daddrça  gr.  bébopxe,  cf.  lat.  spopondi  (gr.  airëvbu)),  got.  band 


78  PHONlfeTlQUB 

(préa.  binda  'je  lie').    *tO'd  *ceci,  cela'  :  skr.  tdd,  gr.  t6,  lat.  is- 

tudf  topper  =  *tod-per,  got.  pcUa,  v.  si.  to.  3«  père.  sing.  moy.  en 

'to  :  skr.  d-saca-ia  gr.  eïire-TO  lat.  sequi-tu-r  de  «cg^-  'seqni*. 

Rem.  L'opinion  d'après  laquelle  il  y  aurait  eu  eu  indo-euro- 
péen deux  variétés  d'o  distinguées  par  le  timbre  (Gr.  I-  pp.  138, 
153,  156)  est  très  mal  établie.  V.  Meiliet  Mém.  8,  153  sqq.  Pedersen 
KZ.  36,  86  sqq.  101  sqq. 

104.  Skr.  I.-e.  0  est  devenu  en  indo-iranien  a  (cf.  indo- 
iranien a  issu  de  d  §  110)  daddrça  :  zd  dadar'sa  'il  a  vu*  gr. 
bébopK€  §  103.  bhdranti,  drbharan  'ils  portent,  ils  portaient'  : 
V.  pera.  haraHiy^  abara^,  gr.  q>époucri  (dor.  q)ëpovTi),  fq>€pov,  lat. 
ferunt,  got.  bairand,  v.  si.  berqtû.  vHca-s  'loup'  :  zd  vdkrkaS'Ca 
'lupusque-,  v.pers.  kara^  'armée',  gr.  Xukoç,  lat.  lupus,  lit.  vOkas 
'lonp'y  ganlois  tarvos  'taureau',  nor.  runique  pewaa  'homme  d'es- 
corte*. 

Rem.  Une  question  litigieuse  souvent  traitée  est  celle  de  sa- 
voir si  Vo  indo-européen  est  devenu  ou  non  à  en  indo-iranien  lors- 
qu'il était  placé  en  syllabe  ouverte,  par  ex.  dans  skr.  âçmàn-can 
v.pers.  fimnân-am  ace.  'roche,  ciel'  cf.  gr.  dK^ov-a;  skr.  nom.  plur. 
tvdt-pitâras  à  côté  de  pitâras  cf.  gr.  cù-irdTopcç  à  côté  de  irarépeç. 
Cf.  Gr.  1*  p.  139  et  pp.  XLIII  sq.,  Bartholomae  ZDMG.  50,  679,  Uhlen- 
beck  PBS  Beitr.  22,  545  sq.  (qui  restreint  le  changement  en  ù  aux 
seules  syllabes  portant  le  svarita  [§  45,  1]  consécutif  du  ton  princi- 
pal) Fortunatov  KZ.  35,  53.  Kleinhans  et  Pedersen  RZ.  86,  87  sqq. 
(qui  n'admettent  de  changement  en  ù  que  devant  nasales  et  liqui- 
des), Meiliet  Mém.  11,  12sqq.  Bloomfield  Journ.  of  the  Am.  Or. 
Soc.  21,  51  sq.  La  loi  paraît  soutenable  sous  la  forme  que  lui  ont 
donnée  Kleinhans  et  Pedersen. 

105.  6r.  ôx^w  'je  fais  aller'  (à  cheval,  dans  un  véhicule): 
got.  wagja  'je  mets  en  mouvement',  v.  si.  voziti  'vehere'  de  la 
racine  y^gh-y  skr.  tarçdyorti  'il  donne  soiP,  lat.  torreo  de  la  racine 
terS'.  T^voç  :  skr.  jàncis  lat.  genua  'race',  v.  si.  alovo  'mot',  irot- 
)Liév-oç  'du  pâtre'  :  lat.  homin-ua  (à  côté  de  As  issu  d'i.-e.  -es), 

G  était  probablement  en  grec  commun  ç  (cf.  sur  o  dans  oi 
§  136).  D'où  u  (ou)  avec  allongement  compensatoire  et  contrac- 
tion en  ionien  et  attique,  en  grec  du  nord-ouest,  et,  partiellement, 
en  dorien,  par  ex.  toùç  de  tovç  (§  166, 5),  alboûç  de  olbôoç  (§  306). 
Et  d'autre  part  û  (écrit  ou  et  o)  dans  des  syllabes  finales  en 
pamphylien,  arcadien  et  cypriote,  et  ailleurs,  par  ex.  gén.  sing. 
pamph.  AioV'Ouç,  cypr.  t^voitu. 


V0TBLLB8  79 

106.  La  t.  orw  :  ombr.  oui  uvef  ace.  'oues',  skr.  dvûa 
gr.  Sic  ir.  oi  oe  'mouton',  got.  aïoepi  N.  'troupeau  de  moutons'i 
lit.  avis  y.  si.  avica  'montou'.  equo-m  :  osq.  touticom  'pnblicum', 
ombr.  poplom  'popnlnm',  gr.  iinrov. 

u  de  o  devant  i  et  devant  7d,  m  +  consonne  (§  309,  c.  e.  ve 
de  vo  §  309,  g.  En  syllabe  inaccentuée  u  de  o  %  348,  I,  1,  c.  2,  b, 
et  av  de  av  §  348,  II,  1. 

107.  6e  r  m.  a  dès  Tépoque  du  germanique  commun  dans 
les  syllabes  accentuées.  Got.  ahtau  y.  h.  a.  ahto  v.  isl.  dtta  :  skr. 
affaû  gr.  ôicrui  lat.  octô  v.  irl.  ocht  lit.  asztûni  v.  si.  osmî  'octo'. 
Got.  ha  y.  h.  a.  {h)wag  y.  isl.  huât  'quoi'  :  skr.  Jcdrs  'qui',  gr.  irô- 
Ocv  'd'où',  lat.  quo-dy  lit.  fcd«  'qui'. 

En  syllabe  inaccentuée,  Vo  indo-européen  est  resté  tel  quel 
plus  longtemps,  ce  qui  explique  des  noms  germaniques  occiden- 
iSLUX  tels  que  Langobardi,  Hario-baudus,  et  le  datif  pluriel 
y.  b.  a.  tagum  ags.  dajum  v.  isl.  dçgom  'aux  jours'  germ.  comm. 
*dajo-fn'  (§  349,  2).  £n  gotique  on  a  partout  a,  par  ex.  dagam. 
Cf.  aussi  les  traitements  divers  des  consonnes  indo-européennes 
de  la  série  q}^-  deyant  6  ei  à  primitifs  en  germanique  commun. 
§258. 

y.  h.  a.  e  de  a  par  Teffet  d*un  %  ou  j  suivants  §  330,  1,  b,  je 
de  jKi  §  308,  2,  b.   849,  5. 

108.  Slave.  I.-e.  o  =  si.  o  balt.  a.  V. si. |>roMtt 'deman- 
der* :  lit.  prasz^  'demander',  lat.  procus,  R.  prek-  'precari'. 
oko  :  lit.  akis  'œil',  gr.  ô(T(T€  duel,  lat.  oculus.  pado-mû  'nous 
tombâmes'  :  lit.  nësza-me  'nous  portons',  skr.  bhdra-mas  (§104 

Rem.),  gr.  cpëpo-^ev,  got.  baira-m, 

ie  de  io  §  308,  2,  d.   û  de  o  %  362,  2.    ^  de  o  +  nasale  §  172,  2. 

I.-e.  ô. 

109.  I.-e.  *dô-  'donner'  :  skr.  ddda-ti 'il  donne',  arm.  tur 
'don',  gr.  bibuj-0i  'il  donne',  lat.  do-nurriy  lit.  dû-ti  v.  si.  dati 
'donner'.  Skr.  pratdr  'tôt',  gr.  irpuiî  'tôt',  o&q.  pruter-pan  'prius- 
quam'  v.  h.  a.  fruo  'tôt'.  1***®  pers.  sing.  en  ô,  par  ex.  *bherO 
'fero'  :  gflthiqne  apasyd  'specio'  (skr.  pâçyami),  gr.  (pépu),  lat. 
ferOj  v.irl.  -bi^r  de  *-ber6y  got.  baira  v.h.a.  biru  (§  360,  3),  lit. 
suku'S(i)  'je  me  tourne'.  Nominatif  sing.  en  -d(n)  :  skr.  çvd  gr. 
Kuuiv  lit.  szû  'chien',  arm.  siun  'colonne',  lat.  mentio  v.irl.  a*r^ 


80  PHONÉTIQUB 

mit'*u  'honneur*,  got.  rapjo  'compte,  nombre*  v.  h .  a.  gamo  Tiomme*, 
v.sl.  kamy  'pierre*  (§  362,  6,  b,  p). 

Rem.  Aa  8i:uet  de  ropinion  d'après  laquelle  il  y  aurait  eu 
en  indo-européen  deux  ô  de  qualité  différente,  v.  §  103  Rem. 

110.  Skr.  I.-e.  d  est  devenu  a  à  l'époque  de  la  commu- 
nauté indo-iranienne  (cf.  a  issu  de  o  §  104).  datrà-m  :  zd  daêr9m 
'don*  de  la  racine  dô-y  v.  §  109.  vâk  :  zd  vaxi  'voix*,  lat.  uôœ. 
Skr.  dvd  :  zd  dva  'deux',  v.  perse  gauéa  duel  'oreilles*,  bom. 
bùu)  lat.  duo  V.  si.  dûva  'deux*. 

111.  Grec.  Ti-TV(iHTKU)  'je  reconnais'  :  lat.  (g)nôscOy  v.sl. 
znati  'connaître*.  Isj^arôq  :  zd  ya^ta-  'ceinturé',  lit.  jHêtOy  v.  bI. 
pO'jasû  'ceinture*.  Impér.  q>€pë-Tuj  :  véd.  vàha-tad  'vebito*,  lat. 
estôd  este. 

Thess.  û  (ou)  de  u),  par  ex.  yvoù^â  =  tviu^t). 

112.  Lat.  (2Mu97i:08q.  dununi  ombr.  dunu'donum*dela 
racine  dd-,  v.  §  109.  flôs  :  osq.  Fluusai  'Florae*,  got.  hloma  M. 
'fleur*.  datotySOTor^hï.'ùnsi  osq.  embratur  'imperator' ombr. 
ars-fertur  'adfertor,  flamen*,  gr.  bdnwp  'dator*,  v.  irl.  siur  lit. 
aesû  'soror*. 

0  était  plus  ouvert  que  ô  à  l'époque  prébistoriqne,  ainsi  qu'il 
ressort  du  fait  que  quô  est  devenu  cô  tandis  que  quô  subsistait 
(§  158,  5). 

IIS.  6erm.  <?  en  germanique  commun  (cf.  d  issu  de  i.-e.  il 
§  125).  Got.  flodus  V.  h.  a.  fluot  v.  isl.  flod  'flot*  :  gr.  ttXujtôç 
'qui  nage',  lat.  plorare,  Got.  fodr  'fourreau  d'épée',  v.  h.  a.  fuotar 
'fourreau*  :  skr.  pâtra-m  'vase*,  gr.  n^\ia  'couvercle*.  Got.  toulfos, 
v.isl.  ulfar  :  skr.  rftfl* 'loups*,  osq.  Nùvlanùs  'Nolani*. 

Vo  du  germanique  commun  est  représenté  en  gotique  par  ô. 
y.  b.  a.  0  (c.-à-d.  6  par  ex.  fl^t)  se  trouve  dans  les  documents 
les  plus  anciens;  par  la  suite  on  a  oa,  ua,  uo,  mais  seulement  en 
syllabe  accentuée. 

Sur  got.  af'dauips  'épuisé'  avec  au  de  ôv  (cf.  v.  si.  davUi 
'étrangler,  étouffer')  et  d'autres  faits  pareils  v.  §  159,  2. 

114.  Slave,  a.  En  balto-slave  Y 6  et  Va  indo-européens 
étaient  encore  distincts,  et  ils  sont  restés  distincts  en  lituanien, 
tandis  qu'en  slave  ils  se  sont  confondus  en  a,  si  Ton  fait  abstrac- 
tion des  finales  (§  362,  6,  b,  P).    V.  si.  dati  :  lit.  dûti  pruss.  dat 


VOYELLES  81 

'donner',  R.  dô-,  v.  §  109.   raditi  'songer  à  quelque  chose'  :  got. 

rodja  'je  parle'  à  côté  de  ur-reda  *je  juge',    nagû  :  lit.  nugiis 

'nu'y  à  rapprocher  du  lat.  nûdus  de  *no[g]^edo8,  v.irl.  nocht  'nu'. 
Rem.  En  lituanien  ô  apparaît  souvent  en  place  du  û  attendu, 
par  ex.  at-sodà  à  côté  de  sédmi  'je  siège*.  Probablement  on  a  pris 
modèle  sur  l'alternance  a  :  ô  =  i.-e.  a:  d  pour  introduire  à  côté  de 
l'a  issu  de  Vo  indo-européen  un  ô  ;  probablement  aussi,  on  a  affaire 
souvent  à  un  â  indo-européen,  là  où  Ton  a  admis  un  ô  primitif. 

I.-e.  a. 

115.  I.-e.  *a§ô  *je  pousse,  je  mène'  :  skr.  âjamiy  arm.  acem, 
gr.  &xvjj  lat.  agOf  v.  irl.  agat  'agunt',  v.  isl.  infin.  aka.  Skr.  tatd-s 
•père,  papa',  gr.  tdTa  Vieux',  alb.  tate  'père',  lat.  tata,  corn,  tat 
*père'.  Skr.  âpa  gr.  ôtto  lat.  ab  got.  af  *de,  loin  de'.  1^^*  pers.  sg. 
parf.  ^ffoid-a  'je  sais'  :  skr.  véda,  gr.  oîba,  got.  wait  (§  350,  1), 
V.  irl.  ro  cechan  'cecini'  de  *cecana, 

a  et  9  se  sont  confondus  partout  sauf  en  indo-iranien. 

116.  Skr. àçman-  :  zd  asman- 'pierre,  ciel',  v. perse asman- 
am  ace.  'ciel',  gr.  âK|LiU)v  'enclume,  foudre',  yajnà-e  :  zd  yasnor 
'sacrifice',  gr.  Stoç  n.  'horreur  sacrée'. 

117.  Gr.  fixpoç  'pointu'  :  skr.  catur-açra-s  'carré',  arm. 

aseln  'aiguille',  lat.  actis,  lit.  ctsztriis  v.sl.  o^^râ 'tranchant,  aigu'. 

^ttKpoç  'long',  couipar.  inàacTujv  :  zd  masyà  'plus  grand'.    àvxC 

'en  face,  en  place  de'  :  skr.  dnti  'en  face,  devant,  auprès',  lat. 

ante^  got.  and  'le  long  de,  sur,  dans,  par-dessus',  lit.  afit  'sur,  vers'. 
O  de  a  en  éolien.   §  309,  c. 

118.  Lat.  ager  :  ombr.  ak  ru  tu  'ex  agro*,  skr.  djra-s  'cam- 
pagne', gr.  àTpôç  got.  àkrs  'campagne,  champ',  à  rapprocher  de 
agOf  osq.  adud  ombr.  aitu  'agito',  v.  §  115.  ango  :  skr.  drahaa" 
'resserrement',  gr.  ôtXw^  'j©  serre',  got.  aggwus  v.  si.  q^wfcô 'étroit'. 
cacamen  :  skr.  kàkûdr  îeakûbh-  'sommet'. 

Pour  le  traitement  de  a  en  S3']labe  inaccentuée  §§  344  sqq. 

119.  6erm.  Got.  akrs  v.h.a.  acchar  v.isl.  aX:r 'champ'  : 
skr.  djra-8  v.  §  118.  Got.  hana  v.h.a.  Jiano  v.isl.  hane  'coq'  : 
gr.  Kavdîui  'je  retentis',  lat.  cawo,  v.  irl.  canim  'je  chante'.  V.  h.  a. 
fUJisa  v.isl.  nçs  (de  *nasu)  'nez'  :  skr.  nos-  v.sl.  nosû]  avec  un 
autre  degré  de  la  voyelle  radicale,  lat.  narës. 

L'a  indo-européen  était  encore  distinct  de  l'o  indo-euro- 
péen en  germanique  commun  (§  107). 

Brugmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  {\ 


82  PHONÉTIQUE 

V.  h.  a.  e  issu  de  a  par  métaphonie  §  830,  1,  b. 

I20.  Slave.  L'a  indo-européen  s'est  confondu  avec  Vo 
primitif  probablement  dès  Tépoque  balto-slave.  V.sl.  osï  :  lit.  aszis 
skr.  dksa-s  gr.  âEujv  lat.  axM  y.b.a.  aJisa  'axe\  bogatû  'riche*  : 
skr.  bhdja-ti  'il  attribue  à;  il  jouit  de',  gr.  £-q)aTOV  'je  mangeai'. 
vonja  'odeur'  (cf.  §  363  Rem.  1)  :  skr.  dni-ti  'il  respire',  gr.  âveiiioç 
'vent',  lat.  animusy  got.  us-anan  'expirer'. 

ie  de  (o  §  308,  :?,  d.    q  de  o  +  nasale.   §  173,  2. 

I.-e.  d, 
121*  I.-e.  *mdter'  'mère'  :  skr.  maidr-y  arm.  mair,  don 
^àvr\p  att.  iii\Tr\9,  alb.  mo^rc  ('sœur'),  lat.  mater,  v.  irl.  mathir^ 
y.  h.  a.  mtio^er,  lit.  motè  ('femme,  épouse'),  v.  si.  nuUi.  Désinence 
féminine  -a-  :  skr.  dçvd-  'jument',  dor.  Tljnd  'honneur',  lat.  dat. 
pi.  dextra-bfMj  y.  irl.  tnnafb  instr.  pi.  de  mna-  'femme',  got. 
gibo-m  dat.  pi.  'aux  dons',  lit.  raûko-mis  v.  si.  rq^a-mi  instr. 
pi.  'avec  les  mains'.  Thème  de  présent  en  -na-  :  skr.  mrnd-ti 
*il  écrase',  att.  népvr\'}i\  'je  vends',  v.  h.  a.  apomô-m  'je  frappe 
du  pied'.  Désinence  de  la  3®  pers.  du  duel  act.  -tam  :  skr. 
d-bharatam  att.  é-cpepëniv. 

122.  Skr.  athâna-m  :  zd  atdndm  v. perse  atanam  'emplace- 
ment, lieu,  place',  dor.  bùcrrâvoç  'mal  en  point,  misérable',  lit. 
stônas  v.sl.  «fanu 'état',  lat.  starey  got.  stop  'je  me  tenais',  tûyû-s  : 
zd  tdyU'S  V.  irl.  tafd  v.  si.  tati  'voleur',  dor.  Târào^ai  'je  manque 
de',  anyàrsu  :  zd  anya-hu  v.  perse  aniya-^uva  loc.  pi.  fém. 
'in  aliis'. 

12S.  6r.  L'a  du  grec  commun  est  resté  inaltéré  sauf 
en  ionicn-attique.  Dor.  àbvq  :  skr.  svodû-s  lat.  svdvis  v.  sax. 
swoti  V.  b.  a.  8(w)uo2i  'doux,  aimable',  (pâ^i  'je  dis'  (p&^â  'voix, 
légende'  :  arm.  ban  'Xôtoç'  lat.  fuma,  v.  isl.  bon  bén  fém. 
'prière*  =  germ.  comm.  ♦ôôwi-z,  lit.  bôju  'je  m'informe  de'  v.  si. 
bajq  'fabulor*.  Suffixe  -tôt-,  par  ex.  dor.  ae^y&râç  'respecta- 
bilité' :  skr.  sarvdtat  'perfection',  lat.  novitos. 

En  ionien-attique  commun  à  est  devenu  f  (r\).  En  ionien  cet 
r\  est  resté  distinct  de  Tii  =  r\  grec  commun  (§  99)  jusqu'à  l'époque 
historique,  ce  dernier  étant  plus  fermé  :  dans  certaines  inscriptions 
H  =  â  du  grec  commun,  E  =  n  du  grec  commun.  L'û  issu  de  d 
devant  o  +  Uy  liquide,  nasale,  et  devant  nasale  +  a  a  pris  part  à 


VOYBLLBS  83 

«e  changement  de  â  en  f  :  par  ex.  \r\oc  de  *vâa?ô<;,  (TeXrjvTi  de 
*(T€Xâ(Tvd,  fcpnva  de  ♦fcpdvcra  (§  286,  3.  5).  L'a  de  nâaa  =  thess. 
^àvaa  etc.  (§  166,  5)  n'a  pris  naissance  qu'après  la  fin  de  cette 
évolution. 

â  ionien  et  attique,  par  dissimilation  devant  r\  §  304.  Att.  pâ  de 
pr\  §  309,  b,  ta,  câ  de  in,  en,  §  304. 

124.  Lat. /râ^^riosq.fratrùmombr./ra^rom.  ffratrum*) 
skr,  bhrdtar-^  gr.  (ppdruip  q)pdTiip  'membre  d'une  cppaipio',  v.  irl. 
brathir  got.  hropar  lit.  broter-ilis  ('frérot')  v.  si.  bratrû  'frère'. 
fUWis  :  skr.  nàv-am  bom.  vf^a  'navire'.  6én.  sg.  famUias  : 
mq.moltas  'multae',  ombr.  tu  tas  'civitatis',  skT.gîUlS'  (gnàspâti- 
*mari  d'une  déesse'),  dor.  Ti|iâç,  got.  gibos,  lit.  rafikosy  i.-e.  -Oa. 
Subj.  feras  :  osq.  f akiiad  ombr.  façia  'facîaf,  v.  irl.  -beram 
^feramus'. 

125.  6erm.  En  germanique  commun  (}.  Got.  &ro^arv.h.a. 
bruoder  ags.  brôdor  v.  isl.  brader  :  skr.  bhrdtar-  etc.  v.  §  124. 
Got.  skof  V.  h.  a.  scuob  v.isl.  «Xrci/'prétérit  de  skaban  scaban  skafa 
"gratter'  :  lat.  9cab%. 

A  cet  ù  s'applique  ce  qui  a  été  dit  §  113  de  l'd  =  o  indo- 
européen. L'd  indo  européen  et  Xa  se  sont  confondus  en  germani- 
que commun. 

A  propos  de  got.  nautl  où  au  équivaut  à  ô^  et  autres  cas 
pareils  §  159,  2. 

126.  Slave,  a.  Sur  ses  rapports  avec  \ù  indo-européen 
y.  §  1 14.  V.  d.  infinitif  Htaii  :  lit.  eiôii  lett.  «tdt  y.  pruss.  »tat  de 
^a-  'stare',  v.  §  122.  V.sl.  kalû  'saleté'  :  skr.  kala-a  'noir',  att. 
KTïXtç  'tache',  lat.  caUgo,  ora-ti  labourer'  :  héracl.  3*  pers.  pi.  fut. 
dpdaovTi,  lat.  ardre. 

V.  si.  q  de  dn  §  362,  6,  b,  p. 

I.-e.  9. 

127.  Cette  yoyelle,  degré  faible  de  ë,  0,  a  (§  213,  a), 
n'est  restée  distincte  de  Va  indo-européen  qu'en  indo-iranien, 
quoique  là-même  les  diphtongues  ai^  aff  et  9|,  9{f  se  soient  con- 
fondues en  aif  a^  (§  134  sqq.)  et  que  ai  et  ai  hétérosyllabiques 
aient  abouti  pareillement  à  ai.  Dans  ces  derniers  cas  la  distinc- 
tion des  deux  yoyelles  n'est  donc  possible  qu'au  point  de  yue  théori- 


84  PHONÉTIQUE 

que,  et  repose  nniqueinent  sur  Thistoire  des  alternances  vocali- 
ques  indoreuropéennes.  —  Sur  la  valenr  de  9  v.  §  17  Rem.  1. 

Rem.  L'opinion  de  Pedersen  (KZ.  SB,  1  sqq.)  d'après  qui  il 
suffirait,  pour  tout  expliquer,  d'admettre  qu'en  indo-iranien  l'a  serait 
resté  intact  dans  certaines  conditions,  et  serait  devenu  t  dans 
d'autres,  ne  me  convainc  pas.  Mais  encore  bien  moins  convaincante 
me  parait  l'opinion  de  Hirt  (Ablaut,  6sq.)  qu'en  dehors  de  9  il  y 
aurait  eu  trois  autres  voyelles  réduites  primitives  en  indo-européen, 
qu'il  note  e,  (>,  a,  (cf.  HUbschmann  IF.  Anz.  11,  38  sqq.}. 

128.  I.-e.  *p9f^r- 'père'  :  skr.  ptWr-,  tkvm.hair,  gr.  narfiç, 
lat.  paterj  v.  irl.  athir,  got.  fadar.  *8t9-  de  la  racine  sta-  *8tare'  : 
skr.  sthitd'S  'debout',  gr.  cTTaTÔ-ç,  lat.  status,  got.  staps  'emplace- 
ment', lit.  stataû  'je  place  debout'  v.sLstojq  'je  me  tiens  debout', 
♦da-  de  la  racine  dô-  'donner'  :  skr.  -dita-s  'donné',  arm.  ta-mkh 
'damus',  alb.  ôase  'je  donnai',  lat.  datas,  lit.  part.  parf.  act. 
dàv^s.  *spd-  de  R.  spè-  (v.  si.  spéti  §  102)  :  ^kr.sphirà-s  'abon- 
dant, grand',  lat.  pro-sper  de  *pro-sparos  (§  348, 1, 1 ,  a.  b),  v.  si. 
sporû  'abondant',  lat.  spatium,  v.  b.  a.  spannu  'je  tends,'.  Skr. 
çisfàs 'renseigne,  instruit',  lat.  castus,  à  côté  de  skr.  prés,  çâs-ti, 
Skr.  duMidr-  gr.  GuTctTnp  'fille'.  Skr.  âni-ti  'il  respire',  n.  gall. 
anadl  'respiraticm'.  Gr.  Tr^pvâ-jbiev  'nous  vendons'  en  face  du 
sing.  TrëpvTi-jLii  (ti  de  â).  Ace.  pi.  n.  partie,  skr.  bhâranti  gr* 
q>ëpovTa. 

129.  Skr.  h'i  indo-iranien  s'est  conservé  dans  Tlnde 
comme  dans  l'Iran  (dans  TAvesta  I  apparaît  souvent  comme  gra- 
phie inexacte  de  i).  pitâ  :  zd  pita  v.  pei-se  pita  'père'  v.  §  128» 
çitd'S  'aiguisé,  tranchant'  :  lat.  catus,  R.  ko-  dans  côs.  çisfd'S 
'instruit'  :  zd  sîéoi-i  opt.  'qu'il  enseigne',  tâvisi  :  zd  tdvisi  'force'y 
à  côté  de  skr.  tavî-ti  'il  est  fort',  prthivt  'terre'  :  gr.  TTXd- 
Taia  TTXaTaiai,  celto-Iatin  Letavia  v.  gall.  Zî^az^,  i.-e.  "^pltdff-] 
à  quoi  correspond  zd  yezivl  'la  plus  jeune'  à  côté  de  skr.  masc* 
yahU'S,  Les  mots  suivants  présentent  indo-iran.  ay  issu  de 
di  :  dhâya-ti  'il  suce'  :  arm.  dayeàk  'nourrice,  éducateur',  v.  si. 
dojq  'j'allaite',  R.  dA^(i)-;  ddyate  'il  partage'  à  côté  de  dà-ti 
dind'S]  rayi'8  'propriété,  richesse'  à  côté  du  nom.  râs  lat.  rës*^  cf. 
zd  ni-6ayénte  'ils  sont  déposés  (sens  passif)'  de  R.  dhè-  (6t)-). 

Le  changement  de  9  en  i  est  plus  ancien  que  celui  de  s  en  s, 
cf.  çisfd'S  çisdnt'  (§  278);  mais  on  ne  peut  déterminer  s'il  est  plu» 


V0TBLLB8  85 

on  moios  récent  qne  le  changement  des  consonnes  de  la  série  k 

en  palatales  (§  251  Rem.). 

Rem.  Pour  rhistoire  *de  9  en  sanskrit,  cf.  Bartholomae  ZDMG. 
50,  674  sqq.,  IF.  7,  61  sqq.,  IF.  Anz.  8,  18  sq.,  Hûbschmann  IF.  Anz. 
11,  45  sqq. 

150.  6  r.  q>â-)Lièv  'nous  disons'^  qxiriç  'légende,  discours', 
<paivuj  'je  montre'  de  *q)aviaj  (§  318,  2)  :  arm.  bana-m  'j'ouvre', 
Iht,  fateor,  v.h.a.  bannu  'j'ordonne,  je  cite',  à  rapprocher  de  dor. 
<pâ-^t.  &-biiv  'suffisamment'  :  skr.  a-sinvâ-s  'insatiable',  lat.  satur, 
got.  sape  'rassasié',  de  la  racine  sa-  contenue  dans  bom.  ^uj|i€V  = 
*âoM€v  (§  305),  got.  ga-êopja  'je  rassasie'.  Kairvôç  'fumée'  :  lat. 
vapor^  lit.  Jcvàpas  'souffle,  parfum',  de  R.  *quêp'  lit.  hvêpti 
'exhaler',  craxvéç  'aramollf  à  côté  de  Kota-auix^  'j'écrase'.  ^aT^i 
'déchirure'  ^aTnvai  'briser'  :  v.  frison  tcraJc  'endommagé',  à  côté 
de  ^rJTvOfbii  f  ppuiya.  à-bà^aroç  'indompté'  :  skr.  damità-s  'dompté'. 
Kpéaç  'chair'  :  skr.  kravis-  'chair  crue'. 

Pour  6€t6ç,  boTôç  et  pareils  v.  §  213  Rem.  o  de  a  en  éolien  §  309,  c. 

151.  Lat.  pater  :  osq.  patir,  ombr.  lu-pater  'lupiter', 
T.  §  128.  fa-cio  :  osq.  fakiiad  ombr.  façia  'faciat',  ekr.-dhitas 
hUd'8  'posé',  de  R.  dhè-  de  gr.  tOtimi  i^r\Ka  lat.  fècî  (§  97). 
da-mus  datus  :  vest.  data  abl.  'data',  de  R.  do-^  v.  §  128.  aatus, 
à  côté  de  sèmen.  lasstis  :  got.  lats  las',  à  côté  de  got.  letan 
'laisser',  gr.  Xiibclv  KOttiâv  KCK^iiKévai  (Hés.).  trabs,  à  côté 
de  trëb'  dans  osq.  triibûm  'aedificium'  (ii  =  é).  gravis  de 
*g^r9^'  (gr.  Papùç  skr.  gurû-s  gru')^  comme  skr.  prthivi  (§  129) 
et  gr.  Tava[F]6ç  'étendu'  (à  côté  de  Tavu). 

Ilt2.  G  erm.  Got.  rapjo  'compte,  nombre',  v.  h.  a.  red(i)a 
{=  *radia)  'compte,  discours'  :  lat.  ratio ,  ratus^  en  face  de  rgrf,  lit. 
réti  'disposer  par  couches'.  V.  h.  a.  wadal  wedil  'panache'  :  zd 
vayths  'vent*,  à  côté  de  v.  h.  a.  toûen  'venter',  lit.  véjas  'vent'. 
Got.  fagrs  'convenable',  ags.  fœjr  'beau',  v.  h.  a.  fah  'compar- 
timent' :  gr.  Trattivai  'se  solidifier',  lat.  padacor,  en  face  de  dor. 
Trdyvûm,  lat.  pûx,  R.  pale-  pd§'.  V.  h.  a.  slaf  'mou'  :  lat.  labare, 
en  face  de  got.  depan  'dormir'. 

y.  h.  a.  e  de  a  par  métaphonie  §  330,  1,  b. 

Rem.  On  ne  voit  pas  clairement  ce  qui  répond  en  germani- 
que à  V9  de  formes  telles   que   skr.  duki-târ-,  kravi-f.    Cf.  Streit- 


86  PHONÉTIQUE 

bergr  IF.  Anz.  2,  47  sq.,  Urgerm.  Gr.  p.  47  Bugge  PBS.  Beitr.  24,  461^ 
Hirt  Ablaut  52  sq. 

ISS.  Slave.  V.  si.  stojq  'je  me  tiens  debout'  :  lit.  staiaU 
etc.,  V.  §  128.  sparû  'abondant'  :  skr.  sphird-s,  v.  §  128.  dojq 
'j'allaite'  :  skr.  dhdya-ti,  v.  §  129. 

q  de  o  +  nas.   §  172,  2. 

Rem.  9  en  seconde  syllabe  (cf.  skr.  kravif-)  semble  être  tombé 
en  balto-slave;  sa  chute  a  amené  la  métatouie  de  la  première  syl- 
labe.  V.  C4r.  1*  p.  177 sq.,  Hirt  Ablaut  51  sq. 


B.  Les  dipbtongues  en  i  et  en  u. 

I.  Les  diphtongues  à  premier  élément  bref. 
a.  Les  diphtongues  en  i. 

134.  L-e.  1)  eL  —  *eiti  'il  va*  :  skr.  éti,  gr.  €Î(Ti,  lat» 
ît,  it,  lit.  eîti  eit  Gr.  0t€ixuj,  v.  irl.  tiag^im  'je  vais',  got.  Meiga- 
'je  monte'.  Loc.  sg.  en  -ei  :  dor.  ireî  'où',  osq.  comenei  'in  comitio*^ 
lat.  domî.  2)  où  —  *^oide  'il  sait'  :  skr.  véda,  gr.  oîbe,  got.  toait^ 
V.  si.  l^*"®  pers.  sg.  védé  (avec  désinence  moyenne).  *q^oina  t 
zd  Tcaëna-  'punition',  gr.  iroivii  'compensation',  lit.  kaina  'prix'  v.  sL 
céna  'prix'.  *toi  nom.  pi.  maso,  'ceux-ci'  :  skr.  té,  gr.  toi,  lat.. 
istl,  got.  paiy  lit.  tê  v.  si.  H.  3)  at,  9Ù  —  Skr.  édha-s  'bois  à  brâler^,. 
gr.  aï9u)  'je  brûle',  lat.  aedès,  v.  irl.  aed  'feu',  v.  h.  a.  eit  'échafaud'. 
Skr.  dhenû'8  'qui  a  du  lait',  aim.  daU  (dal)  'premier  lait'  lit.  dëna 
^pleine',  cf.  skr.  dhàya-ti  etc.  §  129. 

135.  Skr.  Les  diphtongues  ei,  oî,  ai,  n  de  Tindo- européen 
se  sont  confondues  en  ai  en  indo-iranien  :  de  là  skr.  e,  zd  aë  {ùi)f 
V.  perse  ai.  1)  ei.  —  é-ii  :  zd  aëHi  v.  perse  aitiy  'il  va',  v.  §  134,  U 
héman  'en  hiver'  :  gr.  xei^ia  'tempête',  yetimd  :  zd  yaêûma  'nous 
nous  sommes  efforcés',  forme  primitive  *ie-it',  parfait  à  redouble* 
ment  de  prés.  skr.  ydta-te.  2)  oi.  —  véda  :  gâth.  vaëdd  'il  sait', 
V.  §  134,  2.  bhdre-8  :  zd  barôis  opt.  'que  tu  portes',  gr.  cpcpoiç^ 
got.  haïrais,  v.  si.  heri  (§  362, 4),  v.  pruss.  mwaw 'prends'.  3)  a«V 
di.  —  édha-s  :  zd  aësma-  'bois  à  brûler',  v.  §  134,  3.  dhenû-s  t 
zd  'daënu'  'vache',  v.  §  134,  3. 

136.  Gr.  1)  ei.  —  XeiTtu)  'je  laisse'  :  got.  leika  'je  prête', 
lit.  lëkù  'je  laisse',  cîboç  'apparence,  forme'  :  skr.  védas-  'con- 
naissance'.   2)  oi.  —  XAoiTT€  perf.  :  skr.  riréca,  got.  laiJv.  oibdu> 


DIPHTONGUES   BN  t  BT  U  87 

'j'enfle'  :  v.  h.  a.  eig  'enflure*,  roî-ai  loc.  pi.  :  skr.  té-su  v.  si. 
té<îhû,  3)  aï,  dû  —  aï£  :  ann.  aie  'chèvre'.  KaiKidç  Vent  du 
nord-est'  ('obscurcisseor')  :  lat.  caecus  v.  irl.  caech  got.  haihs 
'aveugle'.  Inf .  Tb^cv-ai  (dat.  Bg.)  'savoir'  :  skr.  tnâmàn-e  'à  recon- 
naître'.   q>ép€-Tai  :  skr.  hkâra-ie  'fertnr'. 

En  ionien-attique  ci  était  f  dès  le  V®  siècle  av.  J.-C,  en 
sorte  que  la  diphtongue  s'y  est  confondue  avec  T^  de  Ociç,  q)iX€ÎT€ 
(§  166,  5.  306).  (La  différence  est  encore  visible  dans  fbu)  = 
àeibuj  [cf.  àoibri]  et  q>âvôç  =  q)a€tv6ç  de  *q)aF€(Jv6ç).  è  devant 
consonne  et  à  la  finale  est  devenu  en  attique  au  cours  du  IIP  siècle 
f  (d'où  des  graphies  telles  que  Oibtaç  =  Ocibiâç  dans  des  inscrip- 
tions). Le  point  final  de  cette  évolution  ei  —  è  —  fa  été  atteint 
en  Béotie  dès  le  V^  siècle,  par  ex.  dans  àibovroç  =  dcibovroç. 

En  béotien  on  a  0€,  ac  de  ot,  ai  au  V®  siècle  av.  J.-C,  par 
ex.  dans  'ApicTTÔ-Soevoç,  Aèoxp^vbâç.  Au  IIP  siècle  û  de  oe, 
par  ex.  Fûkiô  =  Foikiô,  plus  tard  encore  El,  c.-à-d.  une  voyelle 
voisine  de  l,  par  ex.  aÙTCîç  =  aùroîç.  A  partir  du  IV*  siècle  on 
a  n  de  ac,  par  ex.  ^i  =  ai[Fj€i,  d'où  plus  tard  El,  c.-à-d.  Çy  par  ex. 
Eipuiv  =  AïfLiuiv. 

Dans  la  langue  homérique  et  dans  quelques  autres  dialectes 
F-  est  tombé  devant  o,  uj  plus  tôt  que  devant  oi,  par  ex.  hom.  ôxoç 
(de  *F6xoç)  à  côté  de  Foîkoç.  D'où  il  est  permis  de  conclure  que  o 
avait  un  autre  timbre  dans  le  groupe  ot  que  par  ailleurs.  En 
ionien  attique  aussi  oi  devint  plus  tard,  à  l'époque  chrétienne,  0; 
d'où  est  issu  en  fin  de  compte,  au  IX®  ou  X*  siècle,  i. 

Le  passage  de  ai  à  é  n'est  pas  attesté  en  attique  avant  le 
II®  siècle  après  J.-G. 

à  de  ai  devant  F,  i  en  ionien-attique  §  311,  1,  d. 

Rem.  La  diphtongue  ui^  assez  fréquente  en  grec,  peut  passer 
pour  relativement  ancienne  dans  les  cas  de  ulOç,  ùuç  'fils'  =  *5U|V, 
où  la  finale  du  thème  u  avait  une  valeur  consonantique,  devant 
une  désinence  vocalique,  comme  dans  hom.  uîoç  de  *vjiF-oç  =  ^suii/^'OS. 
V.  Gr.  Gr.«  49. 

187.  Lat.  1)  ei.  —  dîco  :  osq.  deicum  *dicere',  got.  ga- 
teiha  *je  dénonce',  gr.  b€lKvû^t  'je  montre',  diva  :  osq.  deivai 
'divae',  ombr.  deueia  'divina',  v.  irl.  dia  'dieu',  lit.  dëvas  'dieu' 
deivè  'spectre',  skr.  devd-s  'dieu*,  nî  :  osq.  nei  'non',  lit.  neî  'pas 
même',  zd  naè-cié  'personne'.    2)  oi  —  moinicipieis  comoine[m] 


88  PHOKÉTIQUB 

(inscription  en  v.  lat.);  com-munis  :  osq.  m  û  i  n  i  k  a  d  ^commnni",  goL 
ga  mains  'commun*,  lit.  matnas  'échange'  v.  si.  mena  'change'. 
oino[m]  (inscription  en  v.  lat.))  oenus  ûnus  :  gr.  oivri  'as  de  dé', 
V.  iri.  oen  got.  ains  'unns*.  3)  ai,  di.  —  caecus,  v.  lat.  CaicUius  : 
gr.  KaiKiâç  V.  §  136.  laevos  :  gr.  Xaiàç  v.  si.  lévû  'gauche*. 
prae  :  osq.  prai  jpra«  *prae',  cf.  gr.  Trapat  'auprès*. 

ei  était  encore  une  diphtongue  dans  les  syllabes  accentuées 
au  III®  siècle  av.  J.-C.  {deicoy  deiva,  nei),  tandis  que  dans  les 
inaccentuées  il  était  dès  cette  date  devenu  ë  (è),  tout  comme  oi  et 
ai  (§  348,  I,  3).  Par  la  suite  ei  accentué  est  aussi  devenu  ëj  mais 
la  graphie  El  a  été  non  seulement  maintenue  mais  encore  étendue 
aux  f  issus  de  et\  oi,  ai  en  syllabes  inaccentuées  {exdeicatis, 
ca^treisy  inceideretiSj  etc.)  Enfin  on  a  eu  partout  i  (sauf  devant  i, 
cf.  eiu8  c.-à-d.  eiius,  gén.  de  is)y  mais  la  graphie  El  n'a  pas  dis- 
paru et  on  s'en  est  même  servi  pour  représenter  f  (§  76  Rem.). 
Pour  la  valeur  è  de  Vei  accentué  cf.  seu  §  158,  2,  a,  deus  §  158,  ô« 

oi  passant  par  oe  a  abouti  à  û;  oe  existait  du  temps  de  Plante 
et  ne  s'est  maintenu  que  précédé  de  j>-,  /*-  :  poena^  Poenus,  foedus 
-cm,  foedU'S  (Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  89),  roi-  est  devenu  vei- 
et  vh  §  308,  2,  d. 

ai  est  devenu  vers  le  III*  siècle  av.  J.-C.  ae  c.-à-d.  aç  qui 
est  resté  longtemps  dans  la  langue  littéraire. 

Rem.  Dans  la  langue  populaire,  et  probablement  souh  Thi- 
fluence  de  dialectes  voisins,  ai  devint  ê  dès  le  IT«  siècle  avr  J.-C. 
De  là  lérir  (cf.  gr.  6âi^p  =  ♦boiFnp  [§  311,  1,  d]  skr.  dcvdr-  v.  si.  déverï 
'frère  du  mari*),  prehendo  de  *pré'hendô  (§  305),  kèduSt  etc. 

188.  Germ.  1)  6î  =  germ.comm.î.  — Got. «^eijra  v. h. a. 
stigu  V.  isl.  stig  'je  monte'  :  gr.  (TTeixu),  v.  §  1 34,  1 .  Got.  tceit- 
VDope  'témoin*  :  gr.  €ibu)ç  'sachant'.  2)  oi  =  germ.  comm.  ai  : 
got.  ai  V.  h.  a.  et  v.  isl.  ei.  —  Got.  aiiis  v.  h.  a.  ein  v.  isl.  einn  'un*  : 
gr.  olvri,  V.  §  137,  2.  Got.  staiga  'chemin,  montée'  :  gr.  cjtoîxo-ç 
'rangée,  ligne'  en  face  de  prés,  steiga.  3)  ai,  di  =  germ.  comm.  ai  : 
got.  ai  V.  h.  a.  et  v.  isl.  ei,  —  Got.  haiks  :  lat.  caecus,  v.  §  136,  3. 
V.  h.  a.  eiitca  'exigence'  :  skr.  esd-s  'souhait',  anu.aiç 'investigation'. 
Got.  maiza  maintu  'plus  grand,  le  plus  grand',  v.  h.  a.  meisto  : 
osq.  mais  'magis'  (§  3UU).  Got.  hrains  v.  h.  a.  hreini  v.  isl.  hreinn 
'pur',  de  *krè{i)'  *krU  qui  se  retrouve  dans  lat.  sê-crêvï,  crî-bru-m. 


DIPHTONGUES  BN  i  ET  U  89 

V.  h.  a.  Jcleini  'délicat,  fin,  brillant'  :  gr.  tXctivoi  *  rà  XaMirpuafLiara 
<Hé8.))  cf.  T^Tivoç  'morceau  d'apparat*. 

V.  h.  a.  ae,  è  de  ei  devant  r,  u.%  h  §  309,  d. 

139.  Slaye.  oi  et  ai  (ai)  se  sont  confondus  en  oi  probable- 
ment dès  Tépoque  de  la  communauté  balto-slave  (cf.  §  120).  1)  ei 
=  si.  i,  lit.  ei  (è).  —  V.  si.  i-tû  sup.  :  lit.  eîtu  skr.  étum  *pour  aller*, 
£.  ei'f  y.  §  134,  1.  éidq  'j'attends'  :  lit.  geidzù  'je  désire". 
2)  oi  =  si.  éj  lit.  ai  (è*).  —  V.  si.  enégû  'neige*  :  lit.  enaigjjti 
^eig^fenègas  got.  snaiws  'neige*,  cf.  gr.  vciqpci  'il  neige*,  mésiti  : 
lit.  maiszyti  'mélanger'  cf.  gr.  ^€iTvi)^l.  3)  ai,  aï  ==  si.  é,  lit.  aï, 
{ë).  —  V.  si.  8ét%  'corde*  :  \\i.  pà-saitia  'courroie*,  skr.  sètu-s  liant*, 
lat.  saetay  v.  h.  a.  eeid  'corde,  boucle*,  rqfié  'les  deux  mains*  nom. 
duel  f  ém.  :  gerêji  'les  deux  bonnes*(adj.),  skr.  dçve  'les  deux  juments*. 

é  =  i.-e.  oi,  ai  (aï)  était  différent  de  è  =  i.-e.  è  (§  102)  en 
slave  commun,  ainsi  qu'il  ressort  des  traitements  différents  de 
Je,  g,  ch  devant  chacune  de  ces  deux  voyelles  :  par  ex.  céna  = 
gr.  TTOivfi  (§  134),  mais  âx/q  'j'attends*  vient  de  *kèjq  avec  un  ë 
indo-européen  (skr.  cdya-ti  'il  perçoit,  il  observe'.    V.  §  253,  4. 

ji  de  ioi  slave  commun  §  308,  2,  d. 

b.  Les  diphtongues  en  u. 

140.  I.-e.  1)  eu.  —  Prés.  *bheudke4i,  R.  bheudh- 
Véveiller,  remarquer,  percevoir'  :  skr.  bôdha-ti,  hom.  TrcuOoMat,  got. 
-Muda,  y.sLbljudq.  *kleumen',  *kleumntO'n., R. ^{«tf- 'entendre' : 
skr.  çrômata-m  le  fait  d'être  exaucé',  got.  hliuma  masc.  'ouie', 
cf.  fut.  skr.  çrosyd'ti  gr.  KXcuaô^eSa  (Hés.).  Voc.  *dieu  corres- 
pondant au  nom.  *d%èu8  'ciel'  (skr.  dyaû-s)  :  gr.  ZeO,  lat.  Jn-piter. 
2)  ou.  —  Parf .  *§egou8e  de  R.  geus-  'goûter,  essayer,  jouir  de*  : 
skr.  jujôsa,  got.  kaus,  cf.  hom.  €iXr|Xou6€  'il  est  venu'  et  son 
fut.  èXeùaoïLiai.  De  la  même  racine,  présent  *§ouséie'ti  :  skr. 
josdya-te  'il  aime,  approuve',  got.  Jcauya  'je  goûte,  j'essaie'.  3)  au, 
9u.  —  Skr.  çosa-s  'le  dessèchement',  gr.  aùoç  'sec*  (cf.  aiionipôç), 
V.  h.  a.  *dré« 'sécher*,  lit.  saûsas  v.  si.  suchû  'sec'.  Otaupéç  'poteau', 
lat  rerstaurare,  v.  isl.  staurr  'poteau*. 

141.  Skr.  eu,  ou,  au,  9u  indo-européend  se  sont  confondus 
en  au  en  indo-iranien  :  d'où  skr.  o,  zd  ao  {au),  v.  perse  au.  1)  eu.  — 
jostar-  'celui  qui  désire'  :  v.  perse  dauStar-  'ami*,  gr.  teucJTripiov 


90  PHONÉTIQUE 

'infltruineut  pour  poûter,  timbale',  sva-rocas-  lumineux  par  soi- 
nicnie'  :  zd  raoéah-  n.  'lumière,  éclat*,  v.  perse  rauéa^  n.  'joarV 
forine  primitive  *Ieuqo8f  cf.  gr.  Xcukôç  'blanc*,  krnô-ti  :  zd  fcar*- 
naoHl  'il  fait',  de  *q^rneu-ti,  â-vocat  :  zd  vaoca-t  'il  dit*,  de 
*^e'yq^e't,  prêt,  de  ueq^'^-  (cf.  §  334,  1).  2)  ou.  —  rocdya-ti  *il 
fait  briller'  :  zd  raoéayeHi  'il  éclaire',  lat.  lûceo,  de  Houçéie-tù 
Parf.  bubodha  :  got.  -baup,  v.  §  140,  1.  3)  au,  9U.  —  âjas  :  zd 
aojah'  'force',  gr.  aùgdvu)  'j'augmente',  lat.  augeo,  got.  auA^r 
'j'augmente'  (neutre),  lit.  augmû  'croissance',  ôsfha-s  'lèvre 
supérieure'  :  lat.  ausculum  aureae  austia  (cf.  Meyer-LUbke  Z.  f. 
roman.  Ph.  25,  357),  v.  prussien  dustin  ace.  'bouche'  v.  si.  usta 
nom.  pi.  'lèvres,  bouche',  i.-e.  ô[u]8'  (§  146  Rem.). 

142.  Gr.  1)  eu.  —  îeOtoç  n.  'joug'  :  lat.  jugera^  m. b.a- 
jinch  n.  'une  certaine  étendue  de  terre'.  X€Cm<^  '  skr.  hôman-' 
'coulée,  jet*.  2)  ou.  —  (JTTOubrj  :  arm.  phoith  'zèle'  en  face  de 
(jTréubui.  ttXoOtoç  'richesse'  (originairement  'surabondance'),  de 
la  même  famille  que  nXcOaai  'nager'.  3)  au,  9u.  —  aûu)  'je  puise,, 
j'enlève'  (é£-au(JTTÎp)  :  lat.  haurio,  v.  isl.  ausa  'puiser'.  toOpoç. 
'fier',  à  rapprocher  de  yam  de  *Ta-Fîu).  au  'à  nouveau*  (auTc)  i 
lat.  aut  autem. 

u  (u)  dans  €u,  ou,  au,  n'est  pas  devenu  ii  (cf.  §  81),  c'est 
pourquoi  Ton  a  écrit  aussi  eou  eF,  oF,  aF.  Sur  des  inscription» 
ioniennes  on  a  pour  eu,  au  les  graphies  eo,  ao,  c.-à-d.  eç,  aç^ 
par  ex.  (pectëru),  fXaÔKOç.  —  Les  deux  phonèmes  qui  composent 
les  diphtongues  euy  au  sont  restés  distincts  jusqu'en  grec  moderne, 
p.  ex.  Heupu)  'je  sais'  =  ksévro,  aôpio  'demain'  =  dvrio,  i|i€Ùtiiç 
'menteur'  =  pséftis,  auTÔç  'ce'  =  aftôs. 

En  Cretois  on  a  ou  c.-à-d.  ou  de  eo,  par  ex.  éXouOepoç  = 
att.  èXeùGepoç  'libre'  (cf.  §  308,  1). 

En  ionien-attique  ou  est  à  partir  du  V^  siècle  av.  J.-G.  û,. 
si  bien  que  la  diphtongue  s^est  confondue  avec  Vu  de  boùç,  alboGç 
(§  166,  5.  306). 

148.  Lat.  eu  est  devenu  ou  en  latin,  comme  généralement 
en  italique,  à  une  date  préhistorique,  et  s'est  confondu  par  con-^ 
séquent  ave.c  ou  indo-européen  (cf.  §  308, 2,  a  sur  o^  de  ey,  devant 
sonorel.  ou  s*est  changé  en  a,  probablement  dès  le  IIP  siècle 
av.  J.-C,  mais  la  graphie  ou  a  été  conservée  encore  quelque  temp» 


DIPHTONGUES  EN   i  ET  U  91 

après.    1)  eu,  —  jûmentum  inscript.  en  y.  lat.  iouxmenta  :  gr«. 

ZcvTMOi  'réanion'.  dûco  :  got.  tiuha  'je  tire',  forme  primitive  *deukO. 

Cf.  oeq.  toute  'civitas',  ombr.  totam  'civitatem'  :  got.  piuda  etc» 

(§  144^  1).   2)  ou.  —  lûcus^  V.  lat.  loucom  :  osq.  lu  vke i  'in  laco', 

skr.  lokd'8  'place  libre,  espace,  monde',  v.  b.  a.  lôh  'clairière 

plantée',  lit.  laûJcas  'champ,  espace  libre'.    3)  au,  9u.  —  aut 

autem  :  osq.  auti  'aut',  gr.  ad,  auT€.    taurus  :  osq.  Taupofii  'taa- 

mm',  gr.  raûpoç  'taureau'. 

au  est  devenu  dans  la  langue  populaire  o  plusieurs  siècles 

av.  J.-C,  p.  ex.  Pola  =  Paula,  ôrum  =  aurum. 

a  issu  par  dissimilation  de  au  devant  u  §  348,  II,  5.  l  issu 
de  ou  i^liber)  §  309,  f. 

144.  Germ.  1)  eu  =  germ.  comm.  eu  :  Greuthungi  (cf. 
v.  h.  a.  griog  'gravier')  et  autres  noms  propres  avec  eu  chez  les 
auteurs  anciens,  leub  en  runique  continental  =  -leubaR  'cher'  en 
rnnique  norrois.  —  Got.  kiusa  v.  b.  a.  kiusu  'je  choisis,  j'élis'  : 
skr.  jôsa-ti  gr.  fut.  T€0(yo^al,  cf.  §  141,  1,  Got.  piuda  v.  b.  a. 
deota  diota  v.  isl.  pied  'peuple'  :  osq.  toute  'civitas',  v.  irl.  tuath 
lit.  tauta  'peuple'.  2)  ou  =  germ.  comm.  au  :  got.  au  v.  h.  a.  au, 
ou  v.  isl.  au.  —  Got.  et  v.  isl.  kaus  parfait  correspondant  à  got. 
kiusa  (v.  ci-dessus)  :  skr.  jujôsa;  got.  -skauf  v.  h.  a.  scaub  scoub 
'je  poussai'  parfait  de  -skiuba  sciubu.  Got.  raups  'rouge'  :  ombr. 
rofu  'rufos',  v.  irl.  ruad  lit.  raûdas  'rouge',  v.  si.  ruda  'métal',  de 
la  même  famille  que  gr.  èpeuOu)  'je  rougis'.  Got.  sunaus  gén. 
'du  fils'  :  cf.  osq.  castrous  'fundi',  lit.  sûnaûs  'du  fils'.  3)  auy 
9U  =  germ.  comm.  au  got.  au  v.  h.  a.  au  ou  v.  isl.  au,  —  Got. 
aukan  's'augmenter'  v.  b.  a.  auhhôn  ouhhon  v.  isl.  auka  'aug- 
menter'  :  gr.  aùEdvu),  v.  §  141,  3.  V.  h.  a.  caumun  goumo  'palais 
(de  la  bouche)'  :  gr.  xoûvoç  'béant'. 

eu  est  toujours  représenté  par  iu  en  gotique,  cf.  i  de  e  §  95. 
V.  b.  a.  iu  devant  i  (i),  u,  de  la  syllabe  suivante,  et  eo  (plus  récem- 
ment io)  par  l'effet  du  timbre  de  a,  v.  §  330,  1,  a.  c,  2,  a. 

V.  h.  a.  ao,  ô,  de  au  devant  h,  d,  t,  3,  Sy  n^  r^  l  %  309,  d. 

145.  Slave,  ou  et  au,  9u  se  sont  confondus  en  balto-slave  : 
baltique  au,  slave  u.  eu  aussi  apparaît  dans  les  langues  baltiques 
comme  au,  dans  les  langues  slaves  comme  u,  mais  il  y  a  des 
indices  jusqu'à  date  historique  du  timbre  primitif  e  de  cette 


92  PHONÉTIQUE 

dipbtoDgae  (v.  Rem.)*  1)  eu.  —  V.  si.  bljudq  *je  garde,  je  sur- 
veille;  je  fais  attention'  :  lit.  baudéù  'je  remets  en  place,  je  punis*, 
hom.  TTCÙOojLiai,  y.  §  140,  1.  8i:ubq  'je  tiraille,  je  déchire'  :  skr. 
Jcfobha-te  'il  entre  en  mouvement;  il  branle',  got.  af-shmba  'je 
repousse'.  2)  ou.  —  V.  si.  ruda  'métal*  :  lit.  raudà  'couleur 
rouge',  got.  raupSf  v.  §  144,  2.  buditi  'éveiller'  :  lit.  pa-si-bau- 
dyti  'se  lever,  se  mettre  en  route',  skr.  bodhàya-ti  'il  éveille', 
forme  primitive  *bhoudhéie'ti  3)  au,  9U.  —  suchû  :  lit.  saûsas 
*8ec',  gr.  auoç,  v.  §  140,  3.  usta  'bouche'  :  v.  prussien  austin  etc., 

V.  §  141,  3. 

Rem.  D'après  v.  si.  bljudq  en  face  de  buditij  iupa  ==  *geupù^ 
lit.  riaugmi  'je  rote'  (R.  reug-)  et  autres,  on  suppose,  peut-être  avec 
raison,  qu'à  l'époque  balto-slave  la  consonne  qui  précédait  la  diph- 
tongue eu  était  paiatalisée  et  que  sa  palatalisation  s'est  conservée 
jusqu'en  pleine  époque  historique.  A  vrai  dire,  une  grande  partie 
des  exemples,  surtout  de  ceux  tirés  des  langues  baltiques,  ne  sont 
pas  probants.  V.  Zupitza  Germ.  Gutt.  145,  Bemeker  IF.  10, 
145 sqq.  (cf.  11,  111  sq.),  Vondràk  Aksl.  Gr.  48 sq.,  Osthoff  Et.  Par. 
1,  261  sq. 

II.  Les  diphtongues  à  premier  élément  long. 

146.   C'est  en  indo-iranien  que  ces  diphtongues  sont  le 

mieux  conservées;  et  pourtant  a,  et  au  sont  devenues  de  bonne 

heure  ai  et  au  en  sanskrit  (§  310).    Dans  les  autres  langues  de 

la  famille  elles  se  sont  confondues  de  bonne  heure  avec  les  autres 

diphtongues  par  simple  abrègement  du  premier  élément. 

Rem.  Dès  l'indo-européen  }  et  y>  devaient  disparaître  dans 
certaines  conditions  dans  ces  diphtongues  dites  diphtongues  longues. 
Cette  chute  apparaît  le  plus  clairement  1)  dans  certains  accusatifs 
singuliers  en  -m  (cf.  §  40  Rem.).  *7'è[i]'m  :  skr.  ràm  'bien,  richesse', 
lat.  rem,  cf.  nom.  pi.  skr.  rày-as.  *diè[u]-m  'ciel,  jour  lumineux'  : 
skr.  dyàtn,  gr.  Zf)v,  lat.  dieni,  cf.  nom.  sg.  skr.  dyaû-f.  "^gl^ôluym 
'bétail*  :  skr.  gàm  hom.  dor.  ^ûiv  v.  sax.  ko,  cf.  nom.  sg.  skr.  gaû-f. 
2)  dans  le  cas  des  diphtongues  èi  ou  ou  placées  devant  des  con- 
sonnes quelconques  ou  à  la  finale,  p.  ex.  *dhè[i]'l'  skr.  dhârû-^  'tétant' 
gr.  Qf\\\}^  'féminin*,  lat.  fëldre,  lit.  dèlë  'sangsue'  à  côté  de  ^dhai-  dans 
skr.  dhenû-9  (§  134,  3)  et  MAî-  dans  skr.  part,  dhltà-s  lat.  fUius  (§  76 
Rem.);  véd.  agnà  loc.  sg.  de  agni-§  à  côté  de  agnâyî  'épouse  d'Agni', 
proprement  'celle  qui  est  près  d'Agni',  (v.  IF.  12,  3);  *ô[u]«-  skr.  ds- 
•bouche',  gr  d&â  'bord,  bordure',  lat.  ôs,  ôra,  v.  isl.  ôss  'embouchure', 
lit.  ûstas  'lagune*  à  côté  de   *9U8-  dans  skr.   ôftha-s  %  141,  3;   gr. 


DIPHTONGUES   EN   î  ET   U  93 

irXuiT6<;  'nageant*,  got.  flodua  'flot*  à  côté  de  lit.  plduju  'je  baigne'; 
nom.  ace.  duel  véd.  vfkà  gr.  Xùku)  !at.  duo  v.  irl.  dâ  lit.  gerû-ju  v.  si. 
vlûka  à  côté  de  skr.  vfkau  got.  aA^ai/  (§  147,  B,  2).  La  chute  semble 
avoir  eu  lieu  dans  les  cas  ci-dessus,  lorsque  ée,  ou  étaient  intonés 
rudes,  et  que  i,  u  étaient  en  fin  de  syllabe.  Cf.  Gr.  l^pp.  203  sqq. 
et  Hirt  Ablaut  33 sqq. 

147.  A)  Diphtongues  en  S.  l)I.-e.  ?i.  —  Skx.  draik- 
sam,  gr.  fXeiipa,  aor.  sigmatique,  R.  leiq^-  'laisser';  lat.  dïxï, 
dl'Vîsl.  Zd  sai'ti  gr.  Kcî-rai  ^1  gît',  i.-e.  *kèi'tai  (cf.  skr.  3*^  sg. 
a-çat/a-ta)  à  côté  de  *^t- dans  skr.  ç^-^eetde*£fdaDs  skr.  ni- çi^Ad-9 
'nuit*.  Skr.  ai-t  'il  alla'  l***®  pers.  pi.  aima  (gr.  #Sm€v)  ;  la  diph- 
tongue longue  du  pluriel  est  analogique  de  celle  du  singulier. 
2)  Oi.  —  Instr.  pi.  en  -ois  des  thèmes  en  -o-  :  skr.  vfkais  gr. 
XuKOiç  lit.  vilkaïs  'lupis';  lat.  lupîs  osq.  nesimois  ^proximis\  Dat. 
sg.  en  'ôi  des  mêmes  thèmes  :  skr.  tdsmai  'à  ce',  %d  vdhrkai 
gr.  XuKiu  V.  h.  a.  wolfe  (§  349,  8.  360, 4)  lit.  vilkui  'lupo*,  inscript. 
V.  lat.  Numaaioi  osq.  A  bellantii  'Abellano'.  3)  ai,  —  Dat.  (loc.) 
sg.  en  -ai  des  thèmes  en  -a-  :  gr.  x^P9  'au  pays',  lat.  equae  osq. 
dcivai  'divae'  v.  irl.  mndi  ou  mnai  'à  la  femme'  (cf.  Foy 
Festschr.  f.  Stokes  26  sq.),  got.  ^^ifeat  'au  don',  lit.  rankai 
V.  si.  rqcé  (§  362,  ô)  'à  la  main'. 

B)  Diphtongues  en  u.  1)  I.-e.  eu.  —  Skr.  àçrausam 
y.  si.  po-sluchû,  aor.  sigmatique,  R.  Heu-  'entendre';  v.  \a.t.jou8l 
(plus  tard  Jâ«^  d'après  jw««M«).  Gr.  (JT€Û-Tai  'il  s'apprête  à,  il 
fait  mine  de',  forme  primitive  *stèu-tai  (autrement,  mais  de  façon 
peu  convaincante  pour  moi,  d'après  Hirt  IF.  12,  198  sq.)  à 
côté  de  *st9U'  dans  ataupôç  (§  140)  et  *stu  dans  skr.  sthûrd-s 
sthûld'S  'massif,  fort'.  *di6u-8  :  skr.  dyaû-a^  gr.  Zcuç,  lat.  diû» 
'jonr'  dans  nu-diUSy  cf.  ace.  *dîé[w]-w  §  146  Rem.  2)  ùu.  — 
*g^ôu-8  'bétail'  :  skr.  gaû-s  gr.  poOç  v.  irl.  io  (d'un  primitif 
*bous)y  cf.  ace.  *g^0[uyfn  §  146  Rem.  Nom.  ace.  duel  en  -ou 
des  thèmes  en  -o-  :  skr.  vrkau.  v.  irl.  dau  ou  dau  et  do  'deux' 
(cf.  Foy  loc.  cit.),  got.  alitau  'huit'.  Gr.  oûôap,  cf.  skr.  ûdhar 
'mamelle'.  3)  au,  —  *nau'8  'bateau'  :  skr.  naû-s,  gr.  vaûç,  v.  irl. 
nau;  v.  isl.  naust  'hangar  à  bateau'.  —  Hom.  i\d)ç  'aurore'  de 
*au8ô8  (§310);  d'où  il  résulte  que  lat.  aurôra  contient  aussi  au. 
Zd  hau  fém.  'cette',  gr.  aO-xT]  'cette',  forme  primitive  *«tftt  =  *8a 
(skr.  8d  gr.  i\)  +  particule  u. 


^4  PHONÉTIQUE 

Après  rabrègement  da  premier  élément  en  grec  etc.  (§  310), 
les  diphtongues  noQTelles  ont  subi  le  même  sort  que  les  dipbtoi^ 
gués  où  le  premier  élément  était  bref  primitivement  (§  314  sqq.). 
Mais  souvent  aussi  de  nouvelles  diphtongues  longues  se  sont  ajou- 
tées AUX  anciennes,  notamment  en  greC;  p.  ex.  att.  kX^ç  de  kXtiÎç, 
hom.  (Iibcov  de  *oTb€ov.  Elles  ont  été  traitées  dès  lors  comme  les 
•diphtongues  longues  anciennes. 

En  attique  q  devint  f  vers  le  V*  siècle  av.  J.-C,  et  plus 
tard  f  (cf.  §  136).  Dans  ce  même  dialecte  qi  et  qi  sont  devenus 
AU  IP  siècle  av.  J.-C.  â  et  uj.   Cf.  6r.  6r.  p.  53  sq. 

Rem.  II  est  bien  possible  qu*en  germanique  commun  éi  soit 
•devenu  avant  Teffet  de  la  loi  d'abrègement  (§  310)  i^  (f);  v.h.  a.  toè-r 
wie-r  V.  isl.  vé-r  'nous'  seraient  ainsi  issus  de  i.-e.  't*^*,  v.h.  a.  zèri 
niari  'délicat'  de  ^dëir-  (cf.  ags.  tir  v. isl.  tirr  •gloire*,  skr.  su-dUi-^ 
*qui  a  un  bel  éclat*),  v.  h.  a.  meta  mieta  'salaire,  prix  de  louage'  de 
^mèizdâ  (cf.  got.  mizdo  gr.  ^laOôç)  cf.  §  101  Rem. 


Les  voyelles  indoearopéennes  consonantiqnes  j  et  ^ 

(ne  formant  pas  syllabe). 

148.  Nous  considérons  ici  i  et  ^  en  tant  qu'ils  ne  sont  pas 
seconds  éléments  de  diphtongues  {ei,  eu  etc.). 

De  même  qu'il  y  avait  alternance  entre  ces  diphtongues 
'descendantes  et  i,  u  en  fonction  de  voyelIeS;  par  ex.  dans  gr. 
«Tboç  oTba  :  ïbpev,  ireuOojLiai  :  ènuOôiuniVy  de  même  i  et  u  alter- 
naient avec  les  diphtongues  ascendantes,  par  ex.  skr.  ydja-te 
Ml  sacrifie'  :  part,  istd-s,  svàpa-ti  'il  dort'  :  part,  suptd^s.  Par 
ailleurs  aussi,  i  et  u  apparaissaient  assez  fréquemment  en  indo- 
européen  dans  les  fonctions  alternées  de  consonnes  et  de  voyelles, 
par  ex.  dans  skr.  2®  pers.  pi.  i-thd  :  3®  pers.  pi.  y-dnti  à  côté 
-de  é-ti  'il  va',  2*  pers.  pi.  Hnu-thd  :  3®  pers.  pi.  dnv-dnti  à 
côté  de  cinô-ti  'il  amasse'. 

A  rintérieur  des  mots  et  après  consonne  i  et  |i  alternaient 
avec  ii  et  u^  de  manière  que  les  premiers  phonèmes  apparais 
aaient  après  syllabe  brève,  les  seconds  après  syllabe  longue  (ceci 
surtout  après  certains  groupes  consonantiqnes  tels  que  tr^  ky), 
par  ex.  *pedi0'8  {*pedios)  'qui  concerne  le  pied*  (skr.  pddya-s 


VOYELLES   C0N80NANTIQUBS  95 

^r.  TteLôq)  et  *p9trii0'8  'patrias'  {véd,  pitrit/a-s  [écrit  pitryaà]  gr. 
^dTpioç);  ^dhrsnu^'énti  'ils  s'enhardissent'  (skr.  dhrsnuvdnti  cf. 
gr.  àTvûâcJi)  à  côté  de  *q^in^'énti  'ils  entassent  par  couclies' 
(skr.  cinvântij  cf.  gr.  tIvuj  rtviu  de  *tivFuj).  La  même  alternance 
se  retrouve  après  consonne  initiale  à  Tintérienr  d'an  même  mot, 
par  ex.  ^siê-m  'sim'  (skr.  syâm)  et  *8i%é'm  (véd.  siyâm  [écrit 
^yàm]  cf.  got.  sijau),  *difO{u)  'deux*  (skr.  dvaûj  gr.  bui-b€Ka,  v.  irl. 
dau,  ou  dau^  got.  twaiy  lit.  fém.  dvi)  et  *du^o(u)  (véd.  duvaâ  [écrit 
-xloati]  gr.  bùu);  lat.  c^uo,  v.  si.  dûva).  Ici  la  forme  pleine  était  dès 
l'origine  la  forme  de  l'initiale  de  phrase,  et,  au  point  de  vue 
historique,  c'est  aussi  la  forme  la  plus  ancienne  (§  213,  1,  f.  t)* 

Rem.  Dans  les  groupes  fjù  uv  -f  voyelle  i  et  ii  n'ont  pas 
eu  de  notation  propre  en  latin  ni  en  grec,  v.  par  ex.  rptCtiv  trinm  (got. 
Jyrije  lit.  trijû  v.  si.  tr^ï)^  xçicXiaTat  (skr.  çiçriyé  lit.  pa-8zlïj^8),  bOiu 
duo  (v.  si.  dûva),  dtvOâai  (skr.  dhf9nuvànti\  lat.  /tiom  (skr.  d6Aut;a^, 
lit.  hùvo,  V.  si.  za-bûvenû).  Les  Cypriotes  et  les  Pamphyiiens  fai' 
.saient  exception  parmi  les  Grecs,  par  ex.  cyp.  TTaq>iia<;,  buFavot, 
pamph.  Aa^aTpuuç,  ZeXuFiuc.  Les  Romains,  pour  plus  de  clarté, 
•ont  écrit  à  partir  de  la  fin  de  ta  République  mu  pour  iu%t,  par  ex. 
iuuenia  (graphie  ancienne  iuerUa).  Cf.  les  gpraphies  différentes  de 
Tosco-ombrien,  selon  qu*on  se  servait  de  Talphabet  latin  ou  de 
récriture  nationale,  par  ex.  ombr.  triiu-peru  trio-per  'ter^,  tuves 
^t  duir  'duobus'  (cf.  §  30). 

I.-e.  i. 

149.  L-e.  1)  A  l'initiale  seulement  devant  éléments  vocali- 
qnes.  ^}â-  Vos*  :  nom.  skr.  ynydm  zd  yûs  yûé^m  got.  jûs  lit. 
Jûs,  Skr.  yâkrt  gr.  îJTrap  lat.  ^«cî^r  lit.  ^Xnr.jéknos  'foie*.  Skr. 
yd'8  gr.  ôç  'qui*,  got.  jabai  %\%  litjô  v.  9\.jego  *eiu8'.  Skr.  ydja-te 
'il  sacrifie*,  gr.  âyoç  n.  'horreur  sacrée*.  3)  Entre  éléments 
vocaliqnes.  *f^iô  :  skr.  vdyami  'je  tisse*,  lit.  vejii  v.  si.  tîjq  vijq 
'je  tourne,  j'enroule*.  Nom.  pi.  en  -ei-es  des  thèmes  en  -i-,  par 
ex.  *treie8  'trois'  :  skr.  trâyas,  gort.  tpëcç  att.  rpcîç,  lat.  très, 
V.  irl.  tri  de  *^re[|]«[«],  got.  preis,  v.  si.  trije  trije.  Dénominatifs 
en  -aiô  :  skr.  prtanayd-ti  'il  combat',  lat.  planto  de  -â[i]d,  lit. 
Jankôju  'je  courbe*  v.  si.  l€^ajq  'je  trompe*.  Dénominatifs  en 
-ç-|d  :  skr.  vrsanyd-ti  'il  est  en  chaleur*,  gr.  Teicraivuj  'je  mennise' 
4le  -av-iu),  got.  glitmunja  'je  brille*.    Zd  miryeHe  'il  meurt'  = 


96  PHONÉTIQUE 

*mdhyeHe  de  rindo-iranien  mrie-tai,  lat.  morior  (§  204  Rem.  1); 
*spriô  :  gr.  (jTraiptj  'je  me  trémousse'  de  -apiuj,  lit.  spiriù  'je  frappe 
du  pied\  3)  Après  consonne  "^diêu-s  'eier  :  skr.  dyaû-s,  gr.  Zcùç, 
lat.  dat.  Jov'ly  *medhiO'S  'médius'  :  skr.  mddhya-s,  hom.  \xiC(5oqj 
lat.  meditiSy  gaul.  Medio-^matrici,  got.  midja  fém.,  t.  si.  nieéda 
('frontière'). 

Devant  consonne  et  en  fin  de  phrase  i  ne  se  rencontrait 
plus,  dès  Tépoque  indo-européenne,  que  comme  second  élément 
de  diphtongue,  p.  ex.  *^oida  =  gr.  oîba,  *toi  =  hom,  toi. 

150.  Skr.  1)  A  Tinitiale.  yd-tha  :  zd  yaûa  v.  perse 
yaûa  'comme',  cf.  skr.  yd-s  §  149,  1.  2)  Intervocalique* 
dhardya-ti  'il  tient,  conserve',  i.-e.  'éie-ti  :  zd  3®  pers.  pi.  daror 
ye*nti,  v.  perse  l^'"^  pers.  sg.  dûrayamiy.  Subj.  dya-t  :  zd  aya-t 
'eat',  lat.  eo.  Opt.  bhû-yd-t  :  zd  huya-t  'qu'il  soit'.  8)Postcon- 
sonantique.  cydva-te  'il  s'agite'  :  v.  perse  l^*"®  pers.  sg.  imparf. 
aëiyavam  c.-à~d.  aiyavam,  zd  éyaoûna-  'la  manière  d'agir',  hom. 
(Teû€  'il  poussa,  chassa',  satyd-s  zd  haf^ya-  'vrai',  got.  sunja- 
'vrai'  de  *sundia'j  i.-e.  *«w^|d-«.  pdçya-ti  :  zd  spasyeHi  'con- 
spicit',  lat.  specio. 

Dans  le  groupe  il,  i  est  tombé  dès  Tépoqne  indo-iranienne 

(cf.  germ.  comm.  i  de  jje  §  153).   Skr.  iyaksa-ti  'il  veut  sacrifier* 

forme  primitive  ii-iak-se-ti.    çrésfha-s  zd  sraèëto  superlatif  'le 

plus  beau'  de  indo-iran.  *çra[i]iëtha',  en  face  du  positif  skr.  çrïrd-s 

(cf.  ddvisfha'S  en  face  de  dûrd-s  'lointain'). 

Rem.  Skr.  y\  à  Tépoque  historique  est  dû  à  une  innovation, 
p.  ex.  yiyak^a-ti  pour  iyakça-ti,  l^^e  pers.  pi.  parf.  çiçriyima  en 
face  de  çiçràya  'il  a  dirigé  vers  quelque  chose',  jigyitna  en  face 
de  jigàya  'il  a  gagné',  dâyi  aor.  'il  fut  donné'.   Cf.  §  156  Rem. 

151.  6r.  1)  A  l'initiale  i  est  devenu  ';  ce  changement 
montre  qu'en  cette  position  %  était  devenu  spirant.  f^^ri  'force 
juvénile'  :  lit.  jègiù  'je  peux'.  xxsyXy^  'bataille'  :  skr.  yûdh'  'com- 
bat', lat.  jubeo,  juba^  bret.  iud-  'combat'  (dans  des  noms  propres)^ 
lit  jundà  'je m'insurge'.  —  'de'  en  lesbien  etc.  (§ 357,  7),  p.  ex. 
lesb.  àyvoç  =  à^voç  (en  face  de  axoç  §  149). 

2)  Intervocalique.  i  intervocalique  est  tombé  en  grec 
commun  sauf  dans  les  groupes  ui  et  ii.  Gort.  Tpë€ç  att.  rpeîç  : 
skr.  trayany  §  149,  2.    lîjveo^ai  -oû^ai  'j'achète'  :  skr.  vasnaydti 


VOTISLLBS  GONSONANTIQUfiS  97 

'il  marchande',  cpôôn  'phtisie'  de  *(p8oid,  cf.  q>6€T<7at  cpOidiç.  — 
I  dans  ui  s'est  maintenu  parce  qu'il  a  été,  en  partie,  attiré  dans  la 
première  syllabe,  où  s'est  formé  ainsi  une  diphtongue,  par  ex.  ion. 
att.  lac.  vMç  gort.  uiuç  (ion.  att.  aussi  xAàç)  'fils',  forme  primitive 
^suius.  Pour  «ï  cf.  par  ex.  cypr.  TTacpCtâç  pamph.  AâiiidTpuuç 
§  148  Rem. 

3)  Après  consonne,  i  présente  un  grand  nombre  de  traite- 
ments divers,  a)  Dans  les  groupes  à,ô  +  ^i,  wi,  ri,  il  y  eut  d'abord 
palatalisation  de  ji,  n,  r,  puis  des  diphtongues  se  formèrent  par 
métathèse  (§318,  2)  :  baiuj  'j'allume'  de  *bai^ui,  issu  lui  même  d'un 
plus  ancien  *baF-îu),  cor.  à^olFdv  ace.  'réponse'  de  *à|LioF-iâv,  cf.' 
à^eù(Taa6at  ;  (paivui  'je  montre'  de  *(pav-iu)  ;  imoîpa  'destin'  de  ^pop-ia  ; 
et  aussi  probablement  eùpeîa  f.  'large'  (avec  une  diphtongue  ei) 
de  *€Ùp€F-ia.  b)  Dans  les  groupes  cvi,  ept,  ivt,  ipt,  uvi,  upi,  le  i  fut 
en  partie  assimilé  à  v,  p  (lesb.),  en  partie  aussi  supprimé  avec 
allongement  compensatoire  de  c,  i,  u  (ion.  att.  etc.)  :  lesb.  KTévvuj 
'je  tue'  cpGëppuj  'je  gâte'  kXîvvuj  'j'incline'  oiKTippu)  'je  plains', 
ôXoq)ùppui  'je  gémis',  ion.  att.  ktcivu)  (pOeipuj  (arc.  (pOrjpoi)  kXivuj 
olKTtpu)  ôXoq)ôpoMat  de  ♦ktcv-iuj  etc.  —  c)  Après  consonne  +' 
nasale  i  disparut  :  OëpMU)  'je  chauffe'  de  '^'Oepim-iu),  TàXfiiâ  'hardiesse' 
de  *toXm-io,  ^ëpl^va  'souci'  de  *M€pi|uiv-ia,  cpacivu)  'j'éclaire'  de 
♦9aF6(Jv-iuj,  èXaiJVU)  'je  pousse'  de  éXauv-iu)  (d'un  nom  *ëXa-Fv(6)-). 
—  d)  li  apparaît  généralement  comme  XX  :  dXXoç  =  lat.  alius 
got.  alja'\  àjxéWw  'j'annonce'  de  -cX-tui.  Phonétiquement  obscurs 
sont  cypr.  aiXwv  =  âXXuiv  à  côté  de  dXXà,  él.  aiXôrpia  à  côté 
de  âXXO;  et  aussi  cypr.  'AttciXwv  =  *A7rëXXuJv.  Cf.  6r.  Qr.'  35, 
68,  A.  Meillet  Mém.  10,  254.  —  e)  I.-e.  k,  q,  q^,  kh,  qh,  qH, 
S^y  S^>  fl^*  +  î  =  att.  béot.  eubéen  crét.  tt  (en  Crète  aussi  88), 
ailleurs  aa  (le  aa  des  anciens  auteurs  attiques  est  dû  à  Tinfluence 
ionienne)  :  nàaaakoç  'pieu'  R.  pdk-  (lat.  paciscor);  néaaw  Trërru) 
'coquo'  R.  peq^-  ;  àaaov  'plus  près',  cf.  ôtx^  R«  a^gh-  ;  èXdaaujv 
èXdTTUJV  'moindre*  cf.  ^Xax^ç  skr.  laghû-s  'prompt,  léger'.  A  l'ini- 
tiale la  consonne  double  a  été  simplifiée  (§  357,  6),  par  ex.  hom. 
(J€Û£  à  côté  de  ôre  cJcreuaiTo,  f-cracue  (att.  T€u^uù^al  reuTd^u)),  cf. 
skr.  cyàva-te  §  150,  3.  —  f)  I.-e.  t,  th,  dA  -f- 1  =  gr.  comm.  tct, 
d'où  après  coosonne  et  à  l'initiale  a,  entre  voyelles  au  contraire 
béot.  TT,  crét.  rr,  l  (§  27  Rem.),  par  ailleurs  ac  ou  a  (§  32H): 

^ragmaim.  Abrégé  d«  f  nunm.  coinp«ré«  7 


dS  PRONÂTIQUB 

♦iravaa  fém.  'tota*  de  *TrovT-îa,  thess.  crét.  nàyaa  ion.  att.  irâaa; 
TCTpoSôç  'quadruple'  de  *TeTpoxO-i6ç,  cf.  TerpaxOd;  aopéuj  'j'épou- 
vante', cf.  skr.  tyaj'  'abandonner,  laisser  là';  béot.  ôttôttoç  crét 
ÔTTÔTTOç  6loç  borner.  TÔaaoç  att.  tôooÇj  cf.  lat.  tôt  (toti'defn)\ 
skr.  tdti  'tant';  hom.  lesb.  yiéaaoç  att.  ^éaoç  :  skr.  mddhya-s 
§  1 49, 3  ^).  Cf.  §  264  Rem.  2.  —  g)  I. -e.  ^,  fl,  fl^  +  i  et  d  +  î  = 
gr.  comm.  zd  qui  avait  peut-être  été  précédé  immédiatement  d'un 
pbonème  d^  (§  341,  1)  :  zd  se  maintint  jusque  pendant  Tépoque 
historique  en  ionien-attique,  lesbien,  thessalien,  dans  les  dialectes 
du  nord-ouest,  et  fut  nbté  par  l  ou  (en  lesbien)  par  ab  ;  plus  tard  zd 
devint  z;  en  béotien  zd  donne  hh,  et  aussi  ailleurs  (bb  fut  peut- 
être  prononcé  par  endroits  dd)  :  ion.  att.  àpiràZu)  'je  dérobe'  de 
♦àpirax-iw  (cf.  Spirog  -axoç),  &2!o|uiai  'je  respecte'  de  àtio^ai  (cf. 
ÔTVÔç),  mToîw  'je  mélange'  de  •|uiiTab-iuj  (de  ixxyàÇf  àboç),  lesb.  q>pov- 
Ti(Tbu),  béot.  bOKi^àbbuj,  lac.  Traibbu);  ion.  att.  viZuj  'je  lave',  cf. 
viTTTpov,  R.  neig^-.  A  l'initiale  b-  de  hb-  :  béot.  lac.  Acùç  =  Zeùç  : 
skr.  dyaû'8]  gort.  b\i)w  =  îiùui  'je  vis',  cf.  Uji  =  *2!riei,  i.-e.  ^g^iô- 
"^g^iè-.  En  Cretois  et  en  éléen  on  écrit  tt  (t),  en  crétois  aussi  2  (cf.  f)  : 
crét.  XoTlTTOjiai,  TTfiva  Tf\va  =  Zfiva  (de  Zcùç),  él.  vocttittiiv  = 
*vo<rri2!€iv.  —  h)  pi  devint  probablement  ttt  :  Triôui  'je  crache' 
de  ^[ê]piU'iô  (cf.  §  276  Rem.  3)  :  lit.  spiduju  'je  crache'.  Cf.  Gr. 
Gr."  36.  —  i)  si.  aoi,  ocxi,  eOi,  uai,  lOi  sont  devenus  en  grec  commun 
m,  01,  €1  (d'où  en  partie  par  la  suite  a,  o,  €),  ui,  l  :  hom.  vaiui 
'j'habite'  =  *vaa-iuj,  cf.  aor.  vda-aai;  hom.  toîo  'du'  :  skr.  ta- 
sya\  att.  àXriGcia  'vérité'  =  ♦àXàGea-ia,  cf.  àXT]8/iç-  ëç;  hom. 
ibuToC  att.  eibuîa  f.  'sachant'  de  -ua-ja,  cf.  skr.  vidûsl]  kovIuj  'je 
couvre  de  poussière'  de  -icy-iu),  cf.  plus-que  parf.  k€kôvi(7to.  Cf. 
§  318, 2.  A  rinitiale  probablement  '  de  si  :  \i\xr\yf  'pellicule'  ('petit 
lien')  :  cf.  skr.  syûman-  'lien'.  Cf.  Danieisson,  Zur  t-Epenthese 
im  Gr.,  IF.  14,  375  sqq. 

1)  Dans  les  présents  en  -iui,  les  comparatifs  en  -luiv,  les  fémi- 
nius  en  -là,  les  radicaux  terminés  par  une  dentale  ont  adopté  en 
grec  commun  les  finales  propres  originairement  aux  radicaux  terminés 
par  une  gutturale  (e)  :  Xiaao^at  (XiT^aOai),  épéaauj  èpérrui  (èpërriO 
comme  irëaaui  iréxTui,  ^oXdaauj  ^aXdTTui,  (MoXaKÔi;);  ion.  xpéaaiuv  att. 
Kpcimuv  comme  èXdaaujv  èXaTTuiv,  ffaauiv  f^rruiv  (f^Ktora);  K(aaa  kiTra 
(Koîrai),  ^éXlOaa  MëXtrra  (cf.  gén.  fiéXir-o^)  comme  GpQaaa  Op^rra 
(QpilE).    Cf.  Gr.  Gr.8  102.  571. 


VOYIBLLJBS  COMSOKANTiQUnS  99 

1S2.  La  t.  1)  A  Tinitiale.  juvenis  :  ombr.  touî^^ 'juveni- 
bns',  skr.  yuvan-  (comparatif  ydvlyas-)  gall.  ieuanc  got.  juggs 
'jeane*.  jacus  :  gr.  éqii6o)Liai  'je  plaisante';  Wi.jûJcas  'plaisanterie'. 

2)  Intervoealique.  %  est  probablement  tombé  dans  cette  posi- 
tion dès  Titaliqne  commun,  eum  ea  :  ombr.  eam  'eam'  osq.  ion-c 
'enm*,  got.  ija  'eam*.  eo  *je  vais'  skr.  âya-t  'eat'.  meus,  aureus 
de  ^mei'O'  ^aurei-o-  :  zd  aspaya-  'equinas'  gr.  XP*<^€[i]o-ç  'd'or'; 
ces  adjectifs  reposent  sur  \e  locatif  indo-européen  en  -ei.  aënus 
(écrit  aussi  ahênus)  :  ombr.  ah  es  nés  'aënis'  skr.  dyas-  'fer\ 
stô  de  ^8ta{i]ô  :  ombr.  stahu  'sto',  v.  perse  astdyam  'je  plaçai', 
lit.  gtôjû-s  y.  si.  9tajq  'je  me  tiens',  hôrnus  de  *hO'[i]orinos  Me 
cette  année'  :  zd  ydr^  got.  jer  'année*,  tchèque  jar  'printemps', 
finio  =  'i'io  :  cf.  skr.  kaci-yd-te  'il  agit  çn  sage',  statuo  de 
'U-iô  :  cf.  skr.  gatu-yd-ti  'il  procure  accès'.  3)Aprèsconsonne. 
j  a  conservé  sa  valeur  consonantique,  quand  une  consonne  le 
précédant  lui  a  été  assimilée,  par  ex.  Jov-is  :  osq.  luv-ei  ombr. 
luv-e  'Joui'  de  ^dje^-f  skr.  dyaû-s  (v.  §  149);  maior  c.-àd, 
maiior  de  *magiù8y  cf.  magis,  peior  de  *ped%ô8.    V.  §  270, 2.  — 

3)  Par  ailleurs  %  est  devenu  i  (cf.  u  de  ;«  §  158,  3)  :  médius  = 
skr.  mddhya-s  §  1 49,  3  ;  alius  =  gr.  âXXoç  de  *àXioç  ;  «j^ecio  = 
skr.  pdçyami;  capio  =  got.  ïuifja;  à  quoi  il  faut  joindre  quidiam 
de  quid'jam  (§  359,  12).  L'antique  valeur  i  peut  encore  se 
reconnaître  à  la  disparition  du  ^  entre  consonnes  dans  kj^i  :  socius 
de  ^êoqfios,  cf.  «ejjt^or,  coUiciae  cf.  liqueo.  Plus  tard  Tî  de 
médius  etc.  est  redevenu  i  (§  307). 

Le  i  initial  du  latin  historique  était  une  pure  voyelle  em- 
ployée comme  consonne  (elle  n'était  nullement  spirante).  C'est 
ce  que  montre  entre  autres  la  forme  grécisée  de  Julus,  ''louXoç 

(chez  Virgile  ïûlus). 

Rem.  A  Tintérieur  des  mots  et  entre  voyelles,  ji*  était  toujourB 
pour  a  (d'où  la  gpraphie  des  inscriptions  II).  Ce  phonème  reposait 
partie  sur  une  ancienne  diphtongue  en  i  suivie  de  |\  par  ex.  Marcius 
(§  348,  I,  3,  a),  partie  sur  d},  gi  (v.  ci-dessus  3).  Devant  {,  H  a  dis- 
paru, par  ex.  j^én.  Jlfarci,  aït  3«   pers.  siug.  en  face  de  aio  de  *agiô. 

1S8.  Germ.  En  germanique  commun  i  est  issu  de  ii  après 
élément  vocalique,  (cf.  indo-iran.  i  de  ii  §  150)  :  *^ardi[i]idi 
(=  skr.  vartaya-ti)  got.  fra-wardeïp  'il  anéantit';  *««[î]trft  'il 
sème'  (cf.  v.  si.  1*^*  pers.  sing.  séjof)  v.  h.  a.  sait]  *a[i]iz'  'airain' 


100  PHONÉTIQUE 

(cf.  skr.  dyas-,  lat.  aënus  §  152,  2)  got.  ais  gén.  aizis  y.  fa.  a.  ér; 
♦a[i]«rt  loc.  sing.  *au  matin'  (zd  ayar^  'jour',  gr.  âpi-atov  'dé- 
jeuner' de  *(i[l]€pi-)  got.  air  v.  h.  a.  ër.    Cf.  u  de  j^u  §  159. 

Rem.  1.  Probablement  le  |  de  ii  a  disparu  en  même  temps 
après  consonne.  Dans  des  formes  telles  que  ^ot.  wiljin  (loc.  sing.) 
à  côté  de  ivilja  (nom.  sing.)  le  j  aura  été  réintroduit  par  analogie. 

1)  A  Uni ti aie.  Got.  juggs  v.  h.  a.  iung  'jeune'  :  skr.  yu- 
vaçd'8y  yûvan-,  v.  §  152.  Got.  jer  v.  h.  a.  iar  'année'  :  zd  yflr*, 
V.  §  152,  2. 

2)  Intervocalique.  Got.  ija  'eam',  v.  §  152,  2.  Got. 
fijairp  'il  hait'  :  skr.  piyd-ru-s  'malveillant'.  Got.  siuja  :  v.  si. 
Sijq  'je  couds'  de  *sjyjq  (§  154,  3,  c.  308,  2,  d).  V.  h.  a.  bluoiu 
Y.  sax.  blôiu  'je  fleuris'  de  *bhloiOj  cf.  got.  bloma  §  1 1 2.  V.  h.  a. 
saiu  :  lit.  sëju  t.  si.  séjq  'je  sème'.  V.  h.  a.  naiu  'je  couds'  :  lat. 
neo  de  *néj(5. 

Rem.  2.  D*après  sais  suit  on  a  eu  v.  h.  a.  sdu^  sâan,  sào 
(semeur)  au  lieu  de  sâtu,  sàian,  sâio  et  sais  sait  eux-mêmes  sont 
devenus  par  la  suite,  à  ce  qu^l  semble,  sâiitt  sàiit. 

Rem.  3.  En  vieux  haut  allemand  i  est  issu  de  t|  :  fiant  =  got. 
fijands. 

En  gotique  |  après  ë  germanique  commun  a  probablement 
disparu,  et  Yë  est  devenu  dès  lors  ç  (écrit  ai),  saia  'je  sème'  de 
*sëiô.  armaio  'pitié'  (cf.  3®  pers.  sing.  armaip)  de  *annëi&n. 
Dans  les  syllabes  qui  suivent  l'accentuée,  de  §[i]i  est  issue  la  diph- 
tongue ai,  comme  dans  armaip  (v.  §  350,  2,  a,  6).  Cf.  §  159,  2, 
sur  1^  après  o  du  germanique  commun. 

3)  Après  consonne.  Got.  Aa/J/av. h. a.  Ae/fïu 'je  relève' 
lat.  capio\  got.  waûricja;  v.  h.  a.  wurkiu  'j'agis'  :  zd  vdr^zyeHi 
'il  agit'.  Got  9tbja  v.  h.  a.  tnppia  v.  sax.  sibbia  'lignée',  élargisse 
ment  par  -ia-  de  i.-e.  *sebha  skr.  sabhà  'assemblée  communale' 
Got.  midja'  (dat.  midjamma)  :  skr.  mddhya-s,  v.  §  149,  3.  Got 
lauhatja  'j'éclaire'  :  cf.  gr.  |uiitoi2!u)  de  -abi-u)  §  151,  3,  g.  Got 
berusjos  'parents'  (§  83);  cf.  lit.  sùkusio  gén.  sg.  part,  prêt.,  cf 
mkù  'je  tourne'. 

En  vieux  haut  allemand  cet  t  (c.-à-d.  |)  est  tombé  au  cours  du 
j^ème  gîÈele  (à  côté  de  i  {%)  on  avait  aussi  e  {ç)  devant  A,  6,  par  ex. 
sippea,  sippe&m,  fJoiUeo  )  :  hefftu  heffu,  wurkiu  wurku,  sippia  sippa, 
toillio  fjDÏllo  (got.  toïlja)  'volonté'.  Seul  -ri-  est  devenu  dès  avant 


'^:. 


VOYBLLBS   C0NS0NANTIQUB8  101 

répoqne  historique  -rii-  (cf.  §  313, 1)  qui  s'est  maintenu  plus  long- 
temps; dans  des  documents  des  IX — XP  siècles  on  lit  ri,  rig,  rg 
(g  graphie  de  i  où  de  la  spirante  J,  cf.  §  33,  A  in  fine);  alaman 
et  francique  aussi  rr  (de  riy  par  un  retour  de  rii  en  ri)  :  ferio 
ferigo  fergo  ferro  'passeur',  de  ^fariô  ;  heries  heriges  herres  'de 
Tarmée'  =  got.  harjis. 

Après  consonne  initiale  i  s'est  changé  en  î  en  germanique 
commun,  et  il  en  est  résulté  une  diphtongue  descendante.  Got.  siu- 
jan  V.  h.  a.  siuwen  'coudre'  v.  h.  a.  siula  'alêne'  :  v.  si.  Hjq  'je  couds* 
de  *8jjijq,  skr.  syntd-.  V.  h.  a.  chiutoan  v.  isl.  tyggua  'mâcher'  : 
V.  si.  tîvq  'je  mâche'  =  *zjûvq,  forme  primitive  *§iu^o  (§  154, 3,  d)  ; 
y.  isl.  t-  de  k-  par  dissimilation  (§  334,  4).  V.  h.  a.  hliuning 
'moineau'  :  v.  si.  klîvati  'picorer',  kljunî  'bec'.  V.  h.  a.  riu  fém. 
'elle'  =  skr.  syd;  diu  neutre  pi.  les'  =  skr.  tyd.   Cf.  §  312,  a. 

Le  'ii'  du  germanique  commun»  qui  probablement  prit 
naissance  quand  i  se  trouvait  après  une  diphtongue  en  t,  devint 
got.  ddj,  nor.  ggi.  Got.  twaddje  v.  isl.  iueggia  v.  h;  a.  ztoeiio 
zweio  'duorum'  =  gr.  boidiv  lit.  dvéju.  Got.  daddjan  v.  suéd. 
dœggia  'allaiter'  forme  primitive  *dh9iiô,  R.  dhëi-  (§  1 29. 1 34),  v.  isl. 
hneggia  ags.  hnœj{e)an  (germ.  occ.  comm.  *hnaijan)  'hennir'  : 
gr.  Kvo(u)  'j'égratigne,  je  frotte'  (Johansson  PBS.  B  ei  t  r.  14,  333), 
cf.  gr.  baiofuiai,  Gr.  Gr."  300.  V.  isl.  Frigg  v.  h.  a.  Fna,  v.  sax. 
fri  'femme'  de  *prei'ia-  :  cf.  skr.  pré-yas-  'plus  cher'.  Cf.  Gr.  1* 
p.  283.   On  a  pareillement  germ.  comm.  -f^^-  §  1Ô9,  3  ^). 

154.  Slave.  1)  A  l'initiale,  jachati  'uehi'  :  \\t  jôju  'je 

chevauche',  skr.  yd  H  'il  va',  jego  'eius',  jakû  'qnalis',  dobrû-jî 

(dobry-jî)  'le  bon'  :  lit.  jô  'eius',  v.  §  149. 
De  jï'  est  issu  i-  v.  §  368,  8. 

2)  Intervocalique.  rojï 'guerrier' :  lit.  r^Jtl^ 'je  poursuis, 
je  chasse',  $kr,pra'vayana-m  'aiguillon  pour  mener  le  bétail',  lajq  : 
lit.  lôju  'j'aboie',  skr.  rdya-ti  'il  aboie',  pîjqj  pijq  'je  hoi^^  pojiti 
'donner  à  boire'  :  skr.  pdya-te  'il  enfle',  gostije  gostije  nom.  pi. 
de  gosH  'hôte'  :  cf.  skr.  âvay-as  'oves'. 

3)  Après  consonne.  En  slave  commun  |  avait  pala- 
talisé  (mouillé)  la  consonne  précédente  et  s'est  ensuite  fondu 

1)  L*opinlon  de  M.  Osthoff  sur  Torigine  de  germ.  0,  f«y  (Et. 
Par.  1,  189  sqq.)  ne  me  convainc  pas. 


102  PHOMÉTIQUa 

avec  elle  ;  la  lettre  j  ne  désigne  pins  en  vieux  slave  nne  consonne 
propre,  une  articulation  indépendante  de  la  consonne  précédente, 
mais  simplement  le  caractère  mouillé  de  cette  dernière,  a)  r\  T, 
w',  de  rî,  Z|,  ni  :  orjq  =  lit.  ariù  *je  laboure',  vonja  *odeur\  — 
b)  de  Pj  b,  t7,  m  +  %  sont  issus  j>2îy  hli,  vliy  mlf  puis  pT,  VVj  etc.  : 
pljujq  =  lit.  spiâuju  'je  crache'  (cf.  §  1 51,  3,  h);  zobljq  'je  mange' 
inf.  zobati;  zemlja  =  lit.  éêmé  'terre*.  —  c)  Les  groupes  «},  chf  = 
i.-e.  si  du  slave  commun  sont  devenus  è'  (noté  s)  :  Hti  de  *sjyH  = 
lit.  siûti  'coudre';  neaûsa  gén.  sing.  niasc.  part.  prêt.  cf.  nesq  'je 
porte'  =  lit.  nèszfisio.  —  d)  Les  groupes  «î,  zi  =  i.-e.  î|,  §ij  §hi 
(§  243)  sont  devenus  é\  S  (notés  ^,  i)  :  piiq  (cf.  inf.  p{«a^f )  :  lit. 
pësziu  'j'écris'  skr.  piç-  'orner';  liÉq  :  lit.  lè'éiù  'je  lèche*,  skr. 
lih'  'lécher';  Éïvq  de  *zjûvqj  lit.  zidunè  'bouchée  de  pain'.  — 
e)  SI.  conim.  fci,  jrî  =  i.-e.  qi  q%  gi  g%  ghi  gHi  (§  253,  3. 
260,  3)  sont  devenus  é'  (c.-à-d.  t' s'),  d £\  ce  dernier  phonème  a 
abouti  par  la  suite  à  £  (noté  z)  :  placq  'je  pleure'  cf.  inf.  pla- 
1cati  =  gr.  irXrjaaw  (§  151,  3,  e);  lûiî  adject.  (cf.  lûéq  Uigixti 
'mentir')  =  v.  h.  a.  luggi  luJcki  (germ.  comm.  Hugia-)  'menteur'. 
Cf.  aussi  §  253  Rem.  sur  junici  et  pareils  --  f)  SI.  comm.  ^î, 
di  =  i.-e.  ti,  dij  dhi  sont  devenus  f  x\  d'  %,  D'où  v.  si.  %  *'  Xt 
j' ef  j'  ~  S  t  g,  i'  (T  i'  ~  g  t\  £  ef  (notés  et,  éd)  :  meStq  'je  jette' 
cf.  inf.  fnetati\  svésta  'bougie'  cf.  svétû  lumière';  meida  fém. 
'frontière'  =  skr.  màdhyû  lat.  média,  A  ces  deux  dernières  formes 
cf.  les  formes  correspondantes  des  autres  langues  slaves  :  serb. 
svijeéa  medja,  slov.  svéèa  meja,  russ.  svéca  me£a,  tch.  snke  meze, 
pol.  éwieca  miedza,  sorah.  svjeca  mjeza. 

Dans  la  plupart  des  documents  on  trouve  dans  les  cas  c — f 
après  la  consonne  et  devant  a,  u,  q,  aussi  j  qui,  comme  dans  les 
cas  a)  et  b),  indique  le  caractère  palatal  de  la  consonne  précé- 
dente,  par  ex.  ace.  duèjq  =  duéq  {duia  'âme'  de  *duchia),  dat. 
mqiju  =  mqéu  {mqéi  'homme'),  dat.  sc^étju  =  sqStu  (partie,  sy 
'étant'). 

L-e.  {I. 

155.  L-e.  1)  A  l'initiale  devant  éléments  vocaliques, 
devant  r,  l  et  |.  R.  ^eid-  yx^id-  yid  'voir,  savoir'  :  skr.  véda  arm. 
gitem  gr.  oîba  (hom.  Foîba)  'je  sais',  lat.  video  v.  irl.  €ul-fïadat 
'narrant',  got.  toait  v.  si.  védé,  'je  sais',   ulq^o-s  'loup'  :  skr.  vfka-Sj 


V07BLLBS  C0N80NANTIQUBS  108 

got.  vDvlfsj  lit.  vilkas  v.  si.  vlûkû.  Skr.  craid-m  'ordrei  dispo- 
sition', él.  FpdTpâ  ait.  ^rJTpâ  'convention',  v.  si.  rota  'serment'. 
Skr.  vydyati  'il  enronle,  roule',  lat.  vieo.  2)  Intervocalique 
♦nejia-*  'neuf  :  skr.  nàva-s,  gr.  vëFoç  v^oç,  lat.  novosy  v.  sL  noûû. 
*g^ïUO'S  'vivant'  :  skr.  jivd-Sj  lat.  vîvosy  gall.  6,yu?,  got.  qius 
gén.  gitei^,  lit  gjjvtis  v.  si.  iioâ.  Nom.  pi.  en  -e^-es  des  thèmes 
en  -tf-  :  skr.  sûndvas  got.  sunjus  de  *8uni^iz  v.  si.  synove  'fils', 
gr.  f|bë€ç 'suaves',  gaul.  Lugoues,  *ne^n  'neuf  ^ne^Tjto-s  *ney,nti'S  : 
skr.  nd«a  navati-Sj  gr.  éw^a,  lat.  nooem,  got.  m«n  ntunda^  lit. 
deriûtas  v.  si.  dev^tû.  3)  Après  consonne.  *({tf^(«)  *d{fi 
'deux'  :  skr.  dcaté  dm-pdd-  'bipes',  gr.  bui-bexa,  lat.  bipé^,  got. 
twaif  lit.  £{i7i  (féni.)  v.  si.  dva.  *ek^O'8  cheval,  fém.  *eki^  :  skr. 
dçva-s,  gr.  Yttitoç,  lat.  eguo^,  gaul.  epo-,  got.  a^fca-,  lit.  o^^od. 
Présent  en  '^n^e'ti  :  skr.  cinvati  hom.  tIvu)  de  *tivFu),  R.  g^ei- 
'payer  une  amende'.  Suffixe  nominal  -iffo-  -ffcâ-  :  skr.  pri- 
yatvd-m  'le  fait  d'être  aimé'  got.  frijapwa  'amour',  v.  si.  zé^ 
Ustvo  'violence'.  4)  y  se  trouvait  placé  entre  un  élément  vocali- 
que  et  une  consonne  comme  second  composant  de  diphtongue 
en  tf ,  et  aussi  parfois  comme  phonème  initial  de  syllabe  devant  %. 
Ce  dernier  cas  se  présente  par  ex.  dans  *nel^i0'8  'neuf  skr. 
ndvya-Sf  gaul.  Nomo-dûnum  v.h.a.  nintoi  de  *m{i]fîa-  (§315, 1); 
skr.  gdvya-Sj  gr.  -poioç  =  *-poFioç  'bovinus';  *dilffi0'8  'céleste' 
skr.  divydrs  gr.  bîoç;  pour  le  latin  cf.  avia  de  *al^ia  de  la  même 
famille  que  pruss.  awis  v.  si.  ujî  'oncle'.  En  gotique  et  balto-slave 
la  coupe  des  syllabes  fut  transportée  après  y,  par  ex.  got.  niujis  lit. 
naûjiis  =  skr.  ndvya-s;  v.  si.  uji  de  *al^i0'8  (v.  ci-dessus);  Sujï  = 

skr.  8avydr8  'gauche'  i.-e.  *8el^i0'8  (pour  i-slave  v.  §  145  Rem.). 

Rem.  1.  Dans  des  cas  où  la  coupe  des  syUabes  était  réglée 
par  des  raisons  morphologiquesi  on  avait  probablement  dès  l'époque 
indo-européenne,  l^r,  iiL  un  à  Tinitiale  de  certaines  syllabes,  cf. 
par  ex.  parf.  skr.  vavré,  arg.  PcPpi^ëva  (att.  cipiméva),  skr.  iustr. 
grâvnâ  à  côté  de  gràvan-  (mais  gén.  maghàn-cu,  indo-iran.  *ma- 
ghaun-as  cf.  maghâvan-,  yûn-as  cf.  yûvan-).  Mais  seul  i/^r  était  en 
indo-européen  un  état  phonétique  normal  à  Tintérieur;  en  effet  la  diph- 
tongue descendante  iu  manquait;  skr.  jivri-f  'violenté,  désarmé'  cf. 
*jyu'  'violence'  (Th.  Baunack  KZ.  35,  499)  qui  reparaît  dans  le  gr. 
ài-z6^  (proprement  la  'misère  hélas')  ôi-îup6<  (cf.  l'auteur  IF.  13, 144  sqq.). 

Rem.  2.  |f  se  rencontrait  peut-être  en  indo-européen  entre 
éléments  vocaliques  lorsque  |  suivait  if,i  -^|-,  -ryi'-  et  pareils. 


104  PHOMÂTIQUB 

Rem.  3.  En  fin  de  mot,  à  l'intérieur  de  la  phrase,  et  après 
consonne,  uf,  ijl^  y>f^  ^l,  sont  devenus  devant  consonne,  ru,  lu,  rû, 
lu  en  indo-européen.  Zd  éaâru-  gr.  rpu-,  lat.  quadru-,  gaul.  petru- 
'quatre*  à  côté  de  gr.  T^TpaToç=*T€TFpa-Tôç,  lit.  ketviftas  v.  al.  6etvrîtû, 
skr.  catvâr-as.  Skr.  hrtinà-ti  'il  erre*  à  côté  de  juhurort^  lit.  pazut- 
nus  'en  biais',  skr.  hvàra-te,  Huq-  'éclairer'  skr.  rue-  gr.  Xuk-  etc. 
k  côté  de  skr.  vdrcas-  'éclat*,  lat.  Volcânus.  *sy,ekrû-  'mère  du  mari' 
skr.  çvaçrû'f  v.  si  svekry  à  côté  du  masc.  çvdçura-8,  M.  b.  a.  schrûbe 
'vis*  k  côté  de  lit.  Kkverhiù  'j'enfonce  en  virant'. 

En  fin  de  phrase,  ^  ne  se  rencontrait  en  indo-européen 
que  lorsqu'il  était  second  élément  de  diphtongue  en  u-  par  ex. 
gr.  voc.  ZeO. 

156.  Skr.  1)  A  l'initiale,  vaydm  :  zd  vaèm  v.  perse 
vayam  got,  weis  'nous*,  vleska-s  'boucle'  :  v.  irl.  flesc  'verge, 
badine'  de  *^liska,  got.  wlizjan  'châtier*,  v.  si.  lèskovû  'e  styrace 
confectus*.  t;yrfca«- 'étendue*  :  zàvyaxmarir  'assemblée*.  2)  Inter- 
vocalique.  tdva  :  zd  tava  gén.  'tni*:  hom.  tcôç  lat.  tovos 
{tuos)  lit,  tâvas  'ton*,  vahd-vas  :  lit.  vèèava  v.  si.  vezevé  l^^  pers. 
duel  indic.  prés,  de  ^egh-  'vehere*.  3)  Après  consonne. 
sdrva-s  :  zd  hà^rva-  hom.  oflXoç  att.  ôXoç  (gr.  comm.  ♦ôXFoç) 
'entier*,  tvdtn  'te*  tvd-s  'ton*  :  zd  êwqm,  gr.  oé  aôç,  pruss.  twais 
V.  si.  tvojï  'ton*.  4)  Entre  voyelle  et  consonne:  ndvyors 
et  autres,  v.  §  155,  4  et  Rem.  1. 

Dans  le  groupe  |fâ,  le  |f  a  disparu  à  Tépoqne  indo-iranienne 

ou  seulement  en  sanskrit.    Souvent  aussi  dans  les  cas  où  y,ûr  = 

iranien  war  était  issu  de  jif  +  liquide  voyelle  (§  200, 201)  :  urû-s 

=  zd  vo^rU'S  (iran.  comm.  *varu'8)  'étendu';  ûrria  'laine'  =  lat. 

lana  {*vlanà),  lit.  vilna  'brin  de  laine*;  tûrtâ-s  =  zd  âwdéa- 

(ir.  comm.  ^âwarta-)  'pressé*  cf.  skr.  tvdra-te  'il  se  hâte'.    Cf.  en 

outre  titau'  (trisyllabe)  'tamis'  de  Hitatm-,  gr.  (Xàuj  'je  tamise* 

bia-TTCiuj  de  *TFauj. 

Rem.  L'analogie  explique  les  formations  telles  que  opt.  moy. 
mérita  à  côté  du  part,  urâna-s  (cf.  3e  pers.  sing.  vfta^  3«  pers.  plur. 
varanta),  hoif-vàrya-m  'choix  du  prêtre",  3«  pers.  plur.  parf.  ba» 
bhûvûr  part.  fém.  babhûvuçl  (cf.  lit.  bàvusi).  Cf.  §  150  Rem.  sur  yi^ 
et  aussi  pftli  vutta-  =  skr.  uJctâ-  d'après  voc-,  yitta-  =  skr.  t^d- 
d'après  yaj-,  v.  h.  a.  wuppi  n.  'tissu'  pour  *uppi  (6q>a{vuj)  d'après 
weban  (R.  ffebh-  ubh-),  v.  isl.  vurdum  'nous  devînmes'  pour  urdom 
d'après  verda  vard  et  autres,  gr.  vaiuj  pour  *aîui  =  *|^-4Ô  d'après 
v€0-  vo<j-  (§  185  Rem.  2). 


^1 


▼07BLLB8  CON80NAKTIQUBS  105 

Au  temps  où  ^û  devint  â,  skr.  v  devait  encore  être  franc 
de  tout  caractère  spirant.  Bientôt  il  prit  un  caractère  occlusif 
et  devint  labiodental. 

157.  Grec.  Dans  la  plupart  des  dialectes  F,  c.-à-d.  ^,  a 
subsisté  jusqu'en  pleine  époque  historique;  il  n'a  disparu  dans  ces 
dialectes  d'une  façon  générale  que  vers  Tan  400  av.  J.-C.  et, 
généralement,  à  l'intérieur  plus  tôt  qu'à  l'initiale  (Thumb  IF.  9, 
294  sqq.)-    C'est  l'ionien  attique  qui  a  perdu  F  le  plus  tôt. 

1)  Â  l'initiale.  Béot.  él.  etc.  FixaTi  :  skr.  viinçati-s  lat. 
uigintl  V.  irl.  fiche  '20'.  Cypr.  etc.  Foîkoç  ion.  att.  oIkoç  :  skr. 
veçd'8  'maison'.  ~-  Dans  quelques  dialectes  F  a  disparu  devant  o, 
u),  ou  plus  tôt  que  devant  d'autres  voyelles  (sur  hom.  etc.  Foîkoç 
à  côté  de  «xoç  v.  §  136). 

Lesb.  FpnSiç  att.  ^fiEtç  'tiraillement,  déchirement'  :  v.  fris. 
wrak  'endommagé'.  La  graphie  pp-  du  lesbien  et  du  béotien 
(par  ex.  Ppàbivoç,  Bpà^iç)  indique  un  passage  de  jir-  à  vr-,  vr- 
à  l'intérieur  de  la  phrase  devint  pp-  (M  198  Tcîxéç  t€  pprjEeiv), 
d'où  p-.    Cf.  Solmsen  Un  t.  175  sqq. 

2)  Intervocalique.  Criss.  kX^Foç  (cypr.  TiMOKXëFîiç), 
bom.  xXëoç  :  skr.  çrdvas  'gloire',  v.  si.  slovo  'mot'.  Corc.  loc. 
plur.  phoFaîcTi  hom.  ^oai  'flots',  cypr.  ^ôFoç  homér.  ^ôoç,  ^éuj 
(fut.  ^eucTo^ai)  :  skr.  srdva-ti  'il  coule',  lit  sravà  'flux  de  sang' 
V.  si.  O'Strovû  'île'  (entourée  par  le  flot  qui  coule).  Corc.  axovô- 
F€(Tav  homér.  (TTOvéccxaav  fém.  'lamentabilem'  :  cf.  skr.  bMa-vcUî 
fém.  'robusta'. 

3)  Après  consonne,  les  traitements  sont  des  plus  variés. 
a)  ^Vj  "H^}  ^V  ^^  retrouvent  inaltérés  dans  plusieurs  dialectes, 
par  ex.  corc.  îrpé-EévFoç  'publiquement  lié  d'amitié',  arc.  KôpFa  = 
att.  KÔpî]  'vierge,  fille',  cypr.  dXFw  gén.,  cf.  homér.  àXiwri  'pays  de 
jardins'.  Partiellement  en  ionien  et  dans  quelques  dialectes  doriens 
F  alterne  avec  un  allongement  compensatoire,  par  ex.  ion.  Eeîvoç 
cyrén.  cpiXô-Envoç,  ion.  Koùpt]  dor.  Kiipà  =-  arc.  KôpFâ,  ion.  oOXoç 
'entier'  =  skr.  sârvas  'tout,  entier',  dans  d'autres  au  contraire, 
comme  en  attique,  F  est  tombé  sans  laisser  de  trace,  par  ex. 
att.  Eévoç,  KÔpT),  dXoç.  Dans  le  premier  cas  y  était  probable- 
ment d'abord  passé  à  v.  Cf.  Gr.  Gr.^  40  sq.  Solmsen  Un  t. 
181  sqq.  302  sqq.  —  b)  fji-  devant  voyelle  est  devenu  acx-,  a-  : 


106  PHOMÉTIQUB 

aàKoç  n.  'bouclier',  (pepc-cxaaKrjç  'portebouclier*  :  skr.  tvdc-  'peau, 
con verture' ;  aé  'te',  aôç  'ton'  :  skr.  ivâm,  ivâ-s.  En  revanche  att. 
béot.  -TT-  et  ailleurs  -cxa-  dans  att.  T^TTapcç  béot.  TrëTiapeç  hom. 
Tëacxapeç  :  skr.  caivâr-as  'quatre'.  —  c)  dj^  :  cor.  AFciviâ  de  d^ei- 
'craindre'.  Des  formes  fbFciaev  bëbFi^ev  de  cette  même  racine 
et  ôbFôç  'seuil'  propres  à  Tépopée  populaire  préhomérique  sont 
attestées  par  les  mots  fi>b€iaeV;  beibijuev,  oùbéç  transmis  par 
Homère.  Par  ailleurs  F  est  tombé  sans  laisser  de  trace,  par  ex. 
att.  bëbifi€v,  épidanr.  ôbôç.  —  d)  dhy,  =  G  partout  :  Oaipôç  'gond' 
de  *8Fapto-ç  (cf.  Gùpfi)  :  v.  si.  dvlri  'porte';  àp6ôç  :  skr.  ûrdhvd-g 
'debout'.  —  e)  ^îf  =■  ttît,  et  à  Tinitiale  de  phrase  tt.  ittitoç  :  skr. 
âçva-s  'cheval*.  Dor.  irdcTaaGai  'gagner  du  pouvoir  sur',  béot. 
Ta  TTTTô^aTa,  0i6-7nrâ(TTOç,  en  regard  de  KÛpoç  :  skr.  çvdtrd-s  'qui 
profite'. — f  )  ghff  =  <p-  devant  voyelles  non  palatales,  mais  =  éol. 
(p-,  ailleurs  0-  devant  voyelles  palatales,  (cf.  §  256,  2,  b):  hom. 
Trai-cpàacTw  'je  lance  des  regards  furieux,  je  frémis',  cpuiip  '  q>àoç 
(Hés.)  :  lit.  évàJcé  'lumière',  lat.  fax  ;  9ir|p  lesb.  cp/jp  :  lit.  évèris 
V.  si.  zvéH  'animal  sauvage',  lat.  férus,  —  g)  q^'  =  k-.  Kairvôç 
'fumée'  :  lit.  Jcvàpas  'souffle,  exhalaison',  lat.  vapor,  got.  af- 
hapjan  'étouffer'.  KàXTTTi  'trot'  :  pruss.  po-quelbton  'à  genoux', 
lit.  klùpti  'se  mettre  à  genoux,  trébucher',  R.  qffelp'  qufp-  qlup- 
'plier  les  genoux'  (cf.  §  155  Rem.  3).  —  h)  p^^  hhy.,  vrjmoç 
'déraisonnable'  de  ♦vti-ttFio-ç,  cf.  vii-irtj-Tioç.  ùircpcpiaXoç  'effronté* 
de  *-<pF-iaXoç  de  la  R.  hheu-  'être',  cf.  skr.  d'bhva-  et  lat.  super- 
bia  (§  158,  4,  e).  —  i)  ^.  Ici  il  convient  de  distinguer  trois  cas. 
a)  A  l'initiale,  {^  devint  sourd  sous  Taction  de  s  et  par  assimilation 
naquit  FFh-  (cf.  pp-  =  «r  §  178,  1);  ce  groupe  se  trouve  encore 
chez  Homère,  dans  iraTépi  FFuj  'patri  suo'  (la  consonne  redoublée 
est  attestée  par  la  quantité)  et  ailleurs.  A  l'initiale  de  phrase 
FFh-  devint  Fh-  (écrit  la  plupart  du  temps  faussement  F),  d'où  h-, 
par  ex.  pamph.  Fhé  'se',  crét.  Fôç  'suus',  lesb.  Foi  'sibi',  béot. 
Fh€Ka-bd^o€  (nom  propre)  crét.  F^kocttoç  'chaque'  (cf.  *Fh€-Kdç 
'pour  soi,  séparé'),  ailleurs  ë,  oî,  ôç,  éxàç,  ÏKaOToç  :  skr.  svd-Sy 
V.  si.  svojî  'suus'.  Dans  les  dialectes  où  l'esprit  rude  s'est  de  bonne 
heure  converti  en  doux,  par  ex.  6  de  ô  =  skr.  sa  'ce'  (§  357,  7),  Fh 
a  dû  passer  en  même  temps  à  F  sonore,  en  sorte  que  lesb.  Foi  par 
ex.  devrait  être  lu  avec  un  F  sonore.    De  ce  F  est  issu  par  la  suite  ', 


N», 


VOTBLLIBS  CONSONÀKTIQUIBS  107 

par  ex.  sur  des  inBcriptions  lesb.  ^xacnoç.  P)  Entre  éléments  vocali- 
ques  'Sfi'  a  été  traité  parallèlement  à  -«m-,  -sr-  etc.  :  par  ex.  *vaa- 
Fo-ç  'temple'  (cf.  vaiiw  'j'habite*,  aor.  yâaaax)  est  devena  lesb. 
vaûoç  (1.  vàFFoç),  dor.  vûôç  ion.  viiôç  (att.  vcuiç),  cf.  lesb.  aeXàvvâ, 
dor.  (TeXûvâ  ion.  acXrjvri  de  *a€Xa<Tvâ  (§  286,  3).  y)  Gort.  FicxFoç 
att.  Xaoç  'pareil'  de  *Fit<tFoç  c.-à-d.  *uid8'f^8  du  snbstantif 
*y,eide9'  elboç;  hom.  Taoç  atteste  une  forme  préhomérique  de 
l'époque  populaire  FiaFoç  (cf.  bcibiMev  et  autres  sous  c). 

4)  Entre  voyelle  et  consonne.  y,i  après  voyelle  était 
encore  tautosyllabique  en  grec  commun,  par  ex.  Tcacxapd-poioç 
'qui  vaut  quatre  boeufs'  de  -♦poFio-ç  (§  151,  3,  a.  155,  4).  Les 
groupes  pareils  ur,  tfi  existaient  aussi,  mais  toujours  par  suite  du 
transport  à  l'intérieur  du  mot  de  la  prononciation  propre  à  l'ini- 
tiale, comme  dans  cypr.  éFpTiTâaaTu  arg.  FeFpnM^va  (avec  pp  de 
Fp  att.  dppriGTiv)  d'après  Fpii-  cf.  cypr.  Fp^Tâ  att.  ^TjTpâ  'accord'. 
L'état  normal  est  représenté  par  hom.  TaXaùpivoç  'porte-bouclier' 
=  *TaXà-Fplvoç  et  autres. 

5)  Entre  consonnes  y.  fut  éliminé  en  grec  commun. 
TToXXô-  TToXXri  'beaucoup'  de  *TroX[F]io-  (§  151,  3,  d),  dérivés  de 
iToXù-,  cf.  fém.  skr.  purvi  de  purû-  'beaucoup'.  Homér.  TéTpaToç 
de  *T^TFpa-T0-ç  =  lit.  ketvirtas  'quatrième',  i.-e.  *q^etyr-,  ion. 
dor.  T€Tpu)-K0VTa  'quarante'  de  *T€TFpuj  =  i.-e.  *q^etyf-  (cf.  lat. 
qwÂdra-ginta).    Gvîitoç  'mortel'  de  *OFvâToç  =  i.-e.  *dhynt6'S 

(§  191). 

158.  Lat.  1)  A  l'initiale,  verto  :  osq.  Fcpaopei 'Versori' 
ombr.  ku- vertu  co  uertu  'convertito',  skr.  vdrta-te  'uertitur', 
got.  wairpa  'je  prends  un  détour,  je  deviens',  lit.  verczù  v.  si. 
vrtiétq  'je  tourne,  je  détourne'.  —  j^  est  tombé  devant  r,  l  : 
repente  :  alb.  vrap  'marche  rapide,  course',  gr.  (iéiiw  'je  me 
penche  de  côté*  aor.  f-pp€i|ia  (§  157,  1.  4);  rîca  :  ags.  torion, 
wréon  v.  h.  a.  rîhan  'couvrir,  envelopper';  lûna  :  lit.  vîlna  etc. 
(§  156,  4).  —  Cf.  aussi  urgeo  sous  5,  c. 

2)  Intervocal i que.  ovis  :  pél.  Ouiedis  'Ouiedius'  ombr. 
uvef  oui  ace.  'oues',  skr.  dvi-s  gr.  6iç  'mouton',  got.  awepi  n. 
'troupeau  de  moutons',  lit.  avis  v.  si.  ov^ca  'mouton'.  —  Pour  la 
graphie  iuuenta  (juventa)  et  autres  à  côté  de  cruentus,  duo 
V.  §148Rem.  1. 


108  prokAtiqub 

Altérations,  a)  Qaand  une  voyelle  placée  entre  j^  et  la  con- 
sonne suivante  s'est  amnie,  il  pouvait  se  former  une  diphtongue  en 
u  comme  dans  cautio  =  cavUiOf  gaudeo  =  ^gavideô  (cf.  gavistAs). 
De  même  8eu  de  *sf''y\€\  issu  de  *8eir^ej  d'où  est  sorti  aussi  nue 
(§  137).  En  revanche  aeta^  de  aevitas.  Cf.  §  158,  ô.  345,  I. 
346.  —  h)  ^  s'est  amui  entre  deux  voyelles  de  timbre  pareil, 
qui  se  sont  ensuite  contractées  :  latrina  =  Uwûtrina,  dltior  = 
divitior,  sis  =  si  uis,  suëram  =  suèveram.  —  Cf.  encore  5,  a 
(deorsum,  nônus),  §  345,  II,  1  {dènuô). 

3)  Après  consonne,  a)  qu  de  i.-e.  îcffi  :  equô  abl.  = 
skr.  dçvad.  —  b)  t?-  de  i.-e.  U^-  :  vapor  cf.  lit.  kvàpas  (§  157, 
3,  g)j  2«  pers.  sing.  uis,  in-uituSy  in-uitûre  cf.  lit.  kvëczù  'j'invite' 
pruss.  quaits  'volonté*,  gr.  KOÎTai  KxGCa  'désir  morbide'.  —  c)  st^-. 
svavis  :  skr.  svadû-s  gr.  i\bvç  (nom.  propre  béot.  Fâbioù-XoToç) 
V.  sax.  swôti  'doux',  gaul.  Suadu-rix.  A  l'intérieur,  après  voyelles, 
sffi  devint  zf^,  et  z  s'amuit  (avec  allongement  compensatoire)  : 
prulna  de  *prûvîna  (cf.  §  305)  :  skr.  prusvd  'goutte,  givre',  cf. 
§  290,  5,  a.  —  d)  ry.  vervëœ  :  ion.  clpoç  n.  'laine'  de  ♦FopFoç 
(att.  €Û-€poç  §  157,  3,  a.  336, 1).  Zi*  =  h  ou  II  ?  cf.  calvor  calvio, 
et  calumnia  (de  *calvomnia  ?,  v.  5,  b),  mais  soUo-  :  skr.  sdrva- 
'tout,  entier'  et  d'autres.  —  e)  Lorsque  ^  était  précédé  d'une 
occlusive  labiale  indo  européenne,  ou  d'une  occlusive  devenue 
labiale  sur  le  domaine  italique,  il  s'est  assimilé  et  perdu.  I.-e.|7, 
hh-^y,  \  aperio  operio  de  *ap'VeriO  *op'Veriô  :  osq.  veru  'por- 
tam',  lit.  àt'Veriu  'j'ouvre'  ùz  veriu  'je  ferme';  ama-bam  :  osq. 
f  u-fans  'erant',  i.-e.  -bh^a--^  fém.  superba  subst.  superbia^  cf. 
skr.  d-bhca-  'monstrueux'  ('contraire  à  tout  être'),  gr.  ùrrep-cptaXoç 
(§  157,  3,  h).  I.-e.  ghy-  =  italique  comm.  xU?  lat.  f-  (238,  2)  : 
férus  cf.  V.  si.  zvérî  etc.  (§  157,  3,  f).  I  -e.  d%-  =  ital.  comm. 
Pu  =  lat.  f'  -fe-  (§  228,  3)  :  suf-fio  de  *'dhuiiô,  cf.  fûmusy  lesb. 
9u(u)  'je  m'élance,  je  bouillonne',  skr.  dhûnô-ti  'il  secoue,  évente'; 
lumbus  cf.  V.  si.  Iqdvij^  'flanc,  rein'.  —  f)  dy,  A  l'initiale  DV- 
et  6-,  par  ex.  duis,  dui-dëns  et  bis,  bi-,  cf.  skr.  dvi-  etc.  (§  155,  3). 
En  général  D  V-  est  la  graphie  la  plus  ancienne  des  deux,  b-  la 
plus  récente,  et  duellum  (à  côté  de  bellum)  était  dissyllabique  en 
vieux  latin,  mais  trisyllabique  à  date  plus  basse.  Mais  la  question 
qui  s'élève  est  de  savoir  si  D  V-  est  en  tout  cas  un  d^-  primitif 


VOTBLLBS  COMSONANTIQUBS  109 

inaltéré,  devenu  plus  tard  b-,  on  s'il  ne  représente  pas  en  partie 
un  ancien  du^-  et  ne  comptait  pas  dès  lors  pour  une  syllabe  en 
vieux  latin  (cf.  duo  et  d'autres  §  148).  di-  dans  diennium  et 
autres  est  un  primitif  i.-e.  *di'.  A  l'intérieur  :  svdvis  de  *8^dd^i' 
ef.  skr.  svddvi  fém.;  morhus  de  *smord^O'8,  cf.  mordeo,  v.  b.  a. 
smerzan  'faire  mal'.  Devant  voyelle,  -rdy,-  semble  être  devenu 
-rdtt-,  cf.  arduos  :  zd  dr^dwa-  'droit,  élevé',  irl.  ard  'haut'  gaul. 
Arduenna.  —  g)  f^i .  —  On  explique  tesqua  par  un  primitif  *t^e8' 
q^a  (skr.  tuccha-s  v.  si.  ^uifl  'vide'),  tabula  par  *t^a'dhla  (gr. 
0av{ç  'planche',  cf.  §  157,  3,  b).  D'autre  fAvt  pariés  :  lit.  ^rord 
'barrière  de  planches'  et  autres  pourraient  appuyer  la  repré- 
sentation de  t^'  par  p-.  V.  Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  226 sq. 
Obscure  est  la  relation  entre  qu^ttuor  et  skr.  ccUvdr-as  (cf.  Solm- 
sen  KZ.  35,  477,  Skutsch  Roman.  Jahresber.  de  VollmOller 
5. 13).  —  h)  nff  est  contenu  peut-être  dans  minuo  (cf.  skr.  3"  pers. 
plur.  minv-anti  'ils  diminuent,  empêchent'),  genua  (hom.  yoOva 
'genoux'  de  *TOvFa);  mais  on  peut  aussi  expliquer  ces  formes 
autrement 

Il  était  rare  que  f^  après  consonne  devînt  voyelle  et  formât 
syllabe  (cf.  ê  de  i  §  152,  3).  En  dehors  de  duellum  (f),  quattuor 
(g),  minuo  et  autres  (h),  cf.  encore  suadent  qui  compte  pour  trois 
syllabes  chez  Lucrèce  (italien  soave).  En  syllabe  intérieure  u. 
(de  même  que  u  issu  de  o{f,  v.  §  345,  II,  1)  est  revenu  au  rôle 
consonantique  (§  307). 

Pour  le  ^  après  consonne  cf.  aussi  5,  b. 

4)  Entre  voyelle  et  consonne.  Dans  avia  de  *a^îd 
la  coupe  des  syllabes  tombait  avant  le  u  dès  l'indo-européen,  v. 
§  155,  4.    De  même  pour  jpavio. 

5)  A  l'intérieur  ^  a  disparu  devant  ô  (mais  non  devant  d, 
cf.  §  112)  et  devant  u  italique,  a)  y,ô  après  voyelle,  deorsum  de 
*dêvor8om.  soi  de  *8aol  (§  306),  ♦«âyoZ,  *8auel  (§  309,  b)  :  crét. 
àFëXioç  (àpëXtoç  chez  Hés.)  hom.  ^é\\oç  got.  sauU  (§  159,  2) 
'soleil',  deus  deum  de  *dfo-,  *de^u]0'  (§  137.  305),  cf.  osq. 
deivei  etc.  (§  137);  dîvi  dïvô,  diva  etc.  étaient  phonétiquement 
corrects;  dîvos  divom  étaient  refaits  d'après  ceux-ci  de  même 
qu'inversement  deî  deô  etc.  sont  dûs  à  l'influence  de  deus.  Cf. 
6r.  Pp.  318.  De  même  ndnu^  est  probablement  issu  de  *noreno« 


110  PHONÂTIQUB 

(novem),  môtus  de  *movitos  (moveo)  de  la  façon  suivante  :  ue^ 
^i  sont  d'abord  devenus  fio  et  ^  h  disparu  dès  lors;  puis  les  deux 
voyelles  (oo)  se  sont  contractées.  Lorsqu'au  VIII®  siècle  de  Rome 
0  précédé  de  {f  se  changea  en  u  dans  les  désinences  (§  308,  2,  c), 
2^  disparut  devant  u  :  nus  de  rtvos  (italien  rio),  vins  de  f^vosy 
gén.  houm  de  hovom\  dans  la  langue  littéraire  le  v  fut  réin- 
troduit, on  eut  :  rivus  vtvus.  —  h)  ^ô  après  consonne. 
sontis  de  *8y,ono8j  R.  s^en-  skr.  svàna-ti  'il  fait  du  bruit'; 
sudare  de  *«[jf]otd^-  :  v.  h.  a,  «u?ctj 'sueur*,  parum  de  *par[y]ofn\ 
parvom  refait  sur  parvî  etc.  minus  de  *min[y;]os  (Sommer  IF. 
11,  62  sq.).  co  de  quo  =  i.-e.  U^o  et  =  i.-e.  q^o  (§  257,  1)  : 
cotti-dië  'chaque  jour',  cf.  quoi  quod  etc.  (i.-e.  *q^o-  =  gr.  tto-), 
où  )^  a  été  rétabli  d'après  quO  quae  etc.  secundus  de  *«eA;[j|^]on<2o« 
à  côté  de  ««^uon^ur  (gr.  ëirofiiat)  avec  un  qu  réintroduit;  avec  la 
même  racine  est  formé  secus  adj.  adv.  originairement  substantif 
n.  de  *s€quos  (cf.  sequius):,  equos  forme  rénovée  pour  *ek{y]o8  = 
skr.  dçva-s.  Quand  au  VHP  siècle  de  Rome  o  devint  u  après  fi 
dans  les  désinences,  ^  se  perdit  à  nouveau  (cf.  plus  haut  a)  : 
secuntur,  ecus,  pour  reparaître  dans  la  langue  écrite,  systémati- 
quement :  sequufUur^  equus.  La  même  chute  de  ^  se  retrouve 
là  où  sfo  est  issu  de  ^e,  par  ex.  soror  de  *8ff02ôr,  anciennement 
*s^e80r  (§  308,  2,  b).  —  c)  te  est  tombé  à  date  préhistorique 
devant  u  italique  :  gurdus  de  *gjfurdos,  cf.  gr.  Ppabuç  'lent,  lourd', 
tout  comme  urgeo  de  *^urgeo,  cf.  lit.  verziù  'je  lace,  je  serre' 
(§  204  Rem.  2). 

^  est  resté  généralement  en  vieux  latin  et  dans  la  langue 
classique  un  u  employé  comme  consonne.  Sur  le  changement 
récent  en  v  spirant  et  en  b  v.  Lindsay-Nohl  D.  lat.  Spr.  50sqq., 
Parodi  Romania  27,  177  sqq. 

159.  Germ.  En  germanique  commun  i.-e.  ^  était  encore 
une  voyelle  employée  en  fonction  de  consonne.  C'est  alors  que  ^u 
intérieur  est  devenu  u  (cf.  le  même  changement  en  indo-iranien, 
§  156) :  got.  niunda  v. h. a.  niunto  'le  neuvième' de *ni^undôy  i.-e. 
*n€^ytô'\  got.  juggs  v.  h.  a.  iung  v.  isl.  ungr  'jeune'  de  *iûi9jaz 
(§  310),  issu  lui  même  de  *iu[^]ui9jaZf  i.-e.  *iu[^]n-kô'S  =  skr. 
yuvaçd'S  \Eit,  juvencus]  got.  dulps  v.  h.  a.  tuld  'fête'  germ.  comm. 
*d[^]ulpi'f  originairement  'temps  de  repos'  (cf.  v.  h.a.  twelan 


▼0TBLLB6  GONSOKANTIQUBB  111 

'torpere,  cessari*  ?.  sas.  for-dwelan  ''manquer*),  cf.  skr.  -dhvft 
'nuisible';  ags.  v.  isl.  mind  'nager',  cf.  ags.  v.  h.  a.  swimman. 
Cf.  aussi  les  noms  tels  que  Gundulf  avec  go  t.  toulfs  'loup' 
comme  second  terme  du  composé  (Luft  KZ.  36,  261  sqq.),  et 
aussi  la  disparition  germanique  commune  de  ^  des  labiovélaires 
devant  ô  (§  2ô8j.  Souvent  u  a  été  rétabli  par  analogie,  par 
ex.  got  3®  pers.  plnr.  prêt,  spiwun  (speitoan  'cracher'),  ga- 
ssumUun  {gaswiltan  'mourir'),  v.  h.  a.  gi-sivumman  'nagé'.  Cf. 
î  de  if  §  153. 

1)  A  l'initiale.  Got.  waii  witan  v.  h. a.  toeis  wiggan 
V.  isl.  veit  vita  'je  sais,  savoir'  :  skr.  véda  etc.  §  155,  1.  Got. 
wruggo  fém.  'boude',  ags.  wrin^an  'réunir  par  torsion'  :  lit.  riszû 
'je  lie'  (§  160,  1),  R.  ^reik-.  Got.  tolits  v.  sax.  wltii  'aspect^ 
visage'.  ~  V.  h.  a.  w  est  tombé  devant  r  et  Z;  quelques  restes 
comme  wreh  'exul'  chez  Isidor  (cf.  rehhan  got.  torikan). 

2)  Intervocalique.  Got.  atoepi  v.  h.  a.  etoit  'troupeau  de 
moutons'  :  skr.  dvi-s  etc.  §  158,  2.  Got.  widuwo  v.  h.  a.  wituwa  : 
skr.  vidhdva  v.  si.  vïdova  'veuve'.  Got.  suniwe  'des  fils'  (nom. 
Bg.  sunus)  :  v.  si.  synovû  'des  fils',  gr. .  irrixeu)v  'des  bras'  de 
*TrâX€Fu)v. 

En  gotique  les  diphtongues  au,  iu,  sont  issues  deatr,  ttr,  lors- 
que w  est  entré  dans  la  même  syllabe  que  la  voyelle  précédente: 
gnau  'il  se  hâtait'  de  *sno^e,  cf.  sniwan  'se  hâter'  :  qius  'vivus' 
(gén.  got.  qiiois)  de  *qiwaz  :  ga-qiuja  'je  rends  vivant'  (prêt,  -qi- 
toida)  de  ^-qitDijO;  kniu  'genou'  (gén.  knitoia)  de  *kn%u)an\  cet 
iu  est  devenu  en  syllabe  inaccentuée  une  diphtongue  ascendante 
[ju)  dans  nom.  plur.  sunjus  de  *8uniw[i]z,  cf.  gén.  plnr.  suniwe. 
A  quoi  répond  v.  h.  a.  kneo  knio  (gén.  knewes)  =  got.  kniu. 

En  gotique  ^  est  tombé  probablement  après  germ.  comm.  ô, 
et  cet  ô  devint  lui-même  par  la  suite  ç  (noté  au),  staua  fém.  'tri- 
bunal' de  *8t0^f  stauida  prêt,  'je  jugeai'  :  v.  si.  tdava  'membre, 
jointure',  taui  n.  'acte',  cf.  taujan  {tawida)  'faire'  (germ.  comm. 
du)  sauU  n.  'soleil'  :  crét.  aF^Xioç  (§  158,  5,  a).  Cf.  êaia  =  *sëiO 
§  153,  2.  Avant  le  passage  de  6  k  ç,  le  groupe  ii-  suivant  s'est 
changé  en  -i-,  d'où  prés,  stoja  de  *sto[ifi]ii6  à  côté  de  stauida, 
gén.  tojis  à  côté  de  taui  (cf.  §  350,  2,  a,  P). 

3)  Après  consonne,  a)  En  germanique  commun  n^  de- 


112  PHONéTIQUB 

vint  nn  :  got.  minniza  v.  h.  a.  minniro  'minor*  de  *minjf4zô^  cf. 
gr.  Mivu-6u);  v.  h.  a.  dunni  v.  isl.  punnr  'mince'  :  skr.  tanv-t  féni. 
'tenais'  (§  186,  1,  b).  b)  Got.  heits  v.  h.  a.  {h)wis  'blanc*  :  8kr. 
çvitrd-8  'lumineux*  v.  si.  svétû  'lumière'  (cf.  Ublenbeck  Got. 
Wtb.*  87).  Got.  twai  y.  h.  a.  zwêne  :  skr.  dvaû  etc.  §  155^  3. 
Got.  stoaihra  y.  b.  a.  swehur  :  skr.  çvàçuras  (§  332)  gr.  éKupôç 
y.  si.  svekrû  'père  du  mari'.  Got.  piwadto  n.  'senritude' /rt/ii- 
pwa  fém.  'amour*  ayec  le  suffixe  -t^o-  -ii^d,  v.  §  155,  3.  Got. 
fidwor  :  skr.  caivâr-as  'quatre'.  V.  h.  a.  falo  de  */VïZl^[o^],  cf. 
falwêr  :  lit.  palvas  y.  si.  plavû  (de  *polvû,  §  341,  2)  'bai*. 

Rem.  En  vieux  haut  allemand  w  est  tombé  généralement  après 
une  sonore  intérieure,  par  ex.  stlida^^  got.  salipwa  'habitation*.  Dans 
le  groupe  consonne  initiale  +  ^t  ce  dernier  est  tombé  devant  u:  par  ex. 
auo^i  de  swuo^i  =  v.  sax.  swôti' douj.'\  par  analogie  dwuog  s'est  main- 
tenu près  de  duog  phonétiquement  correct  (prétérit  de  dwahan  'laver*). 

Germ.  comm.  ''^^-  (cf.  §  153  p.  101  sur  -|i*)  se  changea 
en  got.  ggw  et  y.  isl.  gg^\  tandis  que  germ.  occ.  ayy,j  i^y, 
apparaissent  comme  diphtongues  en  u  +  ;^  (au^,  iuy^).  Du  germ. 
comm.  *kiut^ù  'je  mâche'  =  y.  si.  éîvq  est  issu  *lcim^ô^  d'où  le 
y.  h.  a.  chiuwan  y.  isl.  tyggua  (§  153,  3).  Got.  glaggwo  adv. 
'exactement',  y.  b.  a.  glau  ags.  ^léaw  y.  isl.  glçggr  'intelligent, 
malin'  de  *jïfltt[j]îfa-  forme  primitive  ghloug^-ho-j  cf.  lit.  zvilgéH 
'briller,  regarder'  cf.  §  155  Rem.  3).  V.  h.  a.  houioan,  y.  isl.  hçg- 
gua  'frapper',  germ.  comm.  1®  pers.  sing.  *hau[j]yô,  cf.  lit.  Jcûgis 
'marteau,  meule  de  foin'  kaugé  'meule',  cf.  got.  hawi  n.  'foin', 
lit.  kduti  'frapper,  forger'  v.  si.  kovati  'forger'  russ.  kof)0  'herbe 
de  steppe*  cf.  Gr.  1  *  p.  331. 

4)  Entre  élément  vocalique  et  i.  La  coupe  des  syl- 
labes indo-européenne,  qui  tombait  ayant  yi  a  subsisté  en  germani- 
que occidental  ainsi  qu'en  témoigne  le  redoublement  du  u  (§  315), 
tandis  qu'en  gotique  et  Scandinave  il  s'est  formé  une  diphton- 
gue en  u.  V.  h.  a.  niuwi  de  *ni^yia-,  got.  niujis  :  skr.  ndvya-s 
(§  155,  4).  V.  b.  a.  ou  (thème  ouwi-)  'mouton  'ayec  redoublement 
d'après  *oy,i',  cf.  skr.  gén.  uvy-as  et  nom.  àvi-a  (§  158,  2). 

5)  Entre  consonnes,  |f  a  disparu  en  germanique  commun: 
gIbUhardjos  nom,  pi.  fém.  de  *hardy%ôZy  cf.hardus  'dur';  y. h. a. 
fatureo'î  rère  du  père'  de  *fadur[y]ia'  :  skr.  pitrvya-s. 


VOYELLES  CON80NANTIQUES  118 

Prononciation.  6ot.  u?  était  au  IV®  siècle  le  jf  ger- 
maniqne  inaltéré,  ou  bien  il  avait  un  léger  bruit  de  frottement 
accessoire  (v.  en  dernier  lieu  sur  ce  point  Streitberg  Got.  Elem. 
23  sq.,  Jellinek  Z.  f.  d.  A.  41,  369  sqq.)-  En  germanique  occi- 
dental et  en  Scandinave  on  prononce  ff  encore  plusieurs  siècles 
après  Wulfila.  En  allemand  le  passage  à  la  spirante  w  de  Talle- 
mand  moderne  appartient  à  la  période  du  moyen  haut  allemand. 

160.  Slave.  En  balto-slave  l'indo-européen  ^  était 
probablement  encore  un  u  faisant  office  de  consonne.  En  vieux 
slave  il  est  probable  que  ji  était  devenu  généralement  spirant, 
comme  il  l'est  dans  les  langues  slaves  modernes. 

1)  A  l'initiale.  V. si.  viti  :  lit.  v^ti  'tordre,  tourner*,  skr. 
tâya-ti  'il  tisse',  gr.  iT^â  'saule*  Ttuç  éol.  FItuç  'rebord  de  bouclier, 
bouclier*,  lat.  vîtis^  v.  h.  a.  wlda  'saule*.  vHchû  de  *vïrchû  :  lit. 
virszUs  'pointe*,  skr.  vârsiftha-s  'le  plus  haut*,  lat.  verrûca.  — 
En  balto-slave  ^  est  tombé  devant  r,  Z  :  v.  si.  rodû  'naissance, 
race'  cf.  skr.  vrâdhant-  'montant,  faisant  l'important*  :  léskovû 
*e  styrace  confectus*  cf.  skr.  vlesJca-s  (§  156,  1);  lit.  resncis  *tort* 
cf.  V.  sax.  tcrisil  v.  h.  a.  riso  'géant*,  lit.  litis  lytis  'aspect'  em- 
prunté à  got.  wlUs  (§  159,  1).  Cf.  Lidén  Ein  bal  t. -si  av. 
Anlautgesetz  (Gôteb.  1899).  2)  Entre  éléments  vocali- 
ques.  V.  si.  plovq,  plavajq  'je  nage,  je  navigue*  :  lit.  paplava 
'embrun*,  ^kr^plâva-te  'il  nage,  il  vole',  gr.  TrXë[F]u)  'je  nage,  je  navi- 
gue', V.  lat.  per-plovere  'être  à  flot*,  za-bûvenû  partie,  'oublié'  : 
lit.  buvaû  'j'étais',  skr.  bhûva-tj  lat.  fuam,  R.  hheu-  'devenir,  être'. 
9veJci'ûve  gén.  de  ifvekry  'mère  du  mari'  :  skr.  loc.  çvaçruv-àm. 
8)  Après  consonne.  V.  si,  svïtéti  :  lit.  szvitëti  'briller',  skr. 
çvitrd'8  etc.  (§  159,  3,  b).  tvojï  :  v.  pruss.  twai^  skr.  tvàrs 
gr.  aôq  'ton'  (§  157,  3,  b).  svinû  'suillus'  :  got.  swein  'porc*. 
jes'vé  :lit.  êsva  skr.  svds  V  pers.  duel  'nous  deux  nous  sonames'. 
drévo  'arbre'  de  *dervo  :  lit.  dervà  'bois  blanc',  gr.  boupôç 
bopôç  'de  la  poutre,  de  l'épieu'  de  *bo0F-oç  (§  157,  3,  a).  —  En 
balto-slave  ^  est  tombé  après  les  occlusives  labiales  :  v.  si.  bimû 
'nous  serions'  bq  'ils  seraient*  lit.  biti  bit  'il  était*  de  *bhu'  cf.  R. 
bheu'  et  lat.  -bam  (§  158,  3,  e);  obiti  'entourer'  *de  ob-viti  (1). 
Par  formation  nouvelle,  par  ex.  dans  tch.  obvinouti  pour  v.  tch. 
obinauth  Ht.  apvyneî  pour  apyneî  (plur.  'houblon').    Cf.  Gr. 

Bragmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  8 


114  PHONÉTIQUE 

1«  p.  339,  Petr  BB.  21,  215  sqq.  4)  Entre  voyelle  et  i,  appa- 
raissent en  balto-slave  des  diphtongues  en  u.  V.  si.  ujî  iujî,  lit. 
naûjcu  V.  §  155,  4.  Cf.  de  plus  y.  si.  dlûgujq  *je  dois'  et  inf.  Mûr 
goeati,  lit.  kraûjcts  'sang'  et  skr.  Jcravyam  'chair  crue*. 

• 

Les  nasales  et  les  liquides. 

A.   Les  nasales  et  les  liquides  consonnes  (c.-à-d.  ne 

formant  pas  syllabe). 

L  Les  nasales. 

161.  L-e.  1)  m,  —  *matè-r  'mère*  :  skr.  matâ^  arni.. maîr, 
gr.  |ir)Tîlp,  alb.  motte  ('sœur'),  lat.  mater,  v.  irl.  mathir,  v.  h.  a. 
muoter,  lit.  motë  ('(jerome')  v.  si.  matL  Skr.  vamami  gr.  i\xé{jj 
'vomo',  lat.  vomo,  lit.  vemalai  plur.  'crachat'.  Skr.  hhara-moMf) 
ann.  heremTch  gr.  (pépofiev  lat.  ferimus  v.  irl.  -heram  got.  bairam 
V.  si.  beremû  'ferimus*.  *gombho'8  :  skr.  jâmbha-s  gr.  T<^Mq>oç 
'pieu',  alb.  ôemp  'dent',  v.  h.  a.  chamb  'peigne'  v.  si.  zqbû  'dent'. 
*rem-8ie'ti  3*  pers.  sing.  fut.  de  rem-  'reposer'  :  skr.  rarnsya-te 
'il  reposera',  lit.  reràsiu  'je  soutiendrai'.  Ace.  ^to-m  "^ta-m  'ce, 
cette'  :  skr.  tdm  tdm,  gr.  rév  Trjv,  lat.  istum  istam,  got.  pan-a 
pôj  lit.  tq  tq  V.  si.  tu  tq  *).  2)  r.  —  *neuo-8  *ne^i0'8  'neuf  :  skr. 
nàva  8,  gr.  vëoç,  lat.  nouo8,  v.  irl.  nfie,  got.  niuji8y  lit.  naûjas 
V.  si.  noru.  *8eno'8  'vieux'  :  skr.  8âna-8,  arm.  Atn,  gr.  ëvri  ('jour 
qui  précède  la  nouvelle  lune'),  lat.  8enex,  v.  irl.  8en,  got.  superl. 
sini8ta,  lit.  8ëna8.  Skr.  jûd-  'connaître',  gr.  xvûvai  'reconnaître', 
lat.  gn08co  nOsco,  v.  irl.  gnath  'solitus',  v.  h.  a.  Tcnûen,  v.  si.  znati 
'connaître'.  Skr.  bhdrant-am,  gr.  qpëpovT-a  'ferentem',  lat.  eunt- 
«m,  got.  giband  'datorem',  lit.  vëéant-i  'vehentem'.  Loc.  sing. 
skr.  td8min  'dans  ce',  gr.  fj^iv  f^îv  'nobis'.  3)  û  seulement 
devant  des  consonnes  de  la  série  palatale  (£).  R.  aû^h-  'angere'  : 
skr.  dmhas'  'anxiété',  arm.  anjuk  ancuk  'étroit',  gr.  &txw  'j® 
serre*,  lat.  ango,  v.  irl.  cum-ung  got.  aggwus  v.  si.  c^zilkû  'étroit'. 
4)  t9  seulement  devant  les  consonnes  des  séries  g-  et  q^-.  *pei9- 
q^e  'cinq'  :  skr.  j>d^a,  arm.  hing^  gr.  TrëvT€,  lat.  quinque,  v.  gall. 
pimp,  got.  fimf,  lit.  penkï;  v.  si.  pqtû  'cinquième'  (§  26U,  ô). 


1)  Je  n'approuve  pas  ropinion  d'après  laquelle  -m  italique  et 
indo-iranien  serait  issu  de  i.-e.  -n  (A.  Meillet  Mém.  9,  365  sqq.). 


NASALES  ET  LIQUIDES  115 

162.  Cbangements  indo-européens.  1)  Qnand  une  nasale 
et  une  occlusive  se  rencontrent,  la  nasale  est  généralement 
articulée  à  la  même  place  que  la  consonne  dans  les  langues 
indoeuropéenne^y  cf.  skr.  paûca  got.  fimf  §161,4.  Mais  il  n'est 
pas  rare  qn^  Tanalogie  ait  détruit  cet  accord,  par  ex.  lat.  emptusy 
ancien  ^emtos,  pour  *ento8  d'après  emoy  quamdiu  pour  quandiu* 
D'ailleurs  il  est  tout  à  fait  improbable  qu'en  indo-européen  des 
eonsonnnes  ainsi  en  contact  aient  été  régulièrement  homorganes. 
Hais,  comme  de  tout  temps  il  y  a  eu  ici  lutte  entre  la  tendance 
assimilatrice  interne  et  la  tendance  analogique,  il  est  impossible 
de  déterminer  ce  qui  était  réellement  prononcé  dans  chaque  cas 
particulier.  Il  est  probable  que  le  mt  germanique  et  baltiqne 
attesté  par  got.  ga-qumps  'rencontre'  (lat.  uentio,  R.  g^em-  'venir*), 
lit.  szifhtas  et  autres  représente  un  mt  indo- européen  conservé  et 
non  pas  un  groupe  formé  dans  chaque  langue  séparément  par  inno- 
vation. Il  est  aussi  fort  possible  que  la  prononciation  n'ait  pas 
seulement  varié  en  indo-européen  avec  le  temps  et  le  lieu,  mais 
encore  chez  un  même  individu,  tout  comme  dans  français  moderne 
davq  et  dvq,  dçk  et  dç  {devant;  donc).  2)  Dans  certains  cas, 
flemble-t-il,  il  y  a  en  chute  de  nasale  entre  voyelle  longue  et  s. 
Ainsi  ace.  sg.  en  -as  des  thèmes  en  d,  skr.  dçvûs  'equas'  got. 
gibos  'dons',  cf.  -ons  des  thèmes  en  o;  skr.  mds  n.  à  côté  de 
mûrnsd-m  got.  mimz  v.  si.  m^so  'viande'.  3)  Après  voyelle  lon- 
gue la  nasale  finale  est  tombée  dans  certaines  conditions.  V.  §  40 
Hem.  352, 3.  4)  Le  groupe  primitif  -mn-  dans  les  morphèmes  appa- 
raît dans  les  langues  indo-européennes  en  partie  conservé,  en 
partie  réduit  à  -m-,  plus  rarement  à  -n-.  Par  ex.  gr.  à-TrdXa^voç 
"inactif  :  iraXà^n  lat.  palma  v.  irl.  lûm  v.  h.  a.  folma  'main';  gr. 
^vuMvoç  'sans  nom',  cf.  dvofia,  mais  â-(T1^€p^oç  'sans  semence', 
ef.  (TTrépfia;  gr.  6ëXu^vov  :  skr.  dharûna-m  'base';  skr.  hhunà  = 
^hhûmnâ  à  côté,  de  raçmà  =  *ra>çmnâ,  instr.  sg.  de  hhUmdn- 
"foule'  et  raçmàn,  'rêne'.  Les  conditions  du  changement  peuvent 
être  reconnues  assez  facilement  pour  une  part  :  c'était  la  quan- 
tité de  la -syllabe  précédente,  la  place  du  ton,  et  le  point  d'arti- 
eulation  des  phonèmes  précédents  (skr.  hkanâ^  et  non  *hhûmâ^ 
à  cause  de  &A-,  c.-àd.  par  dissimilation)  qui  faisaient  sentir  leur 
influence.   Le  début  de  cette  tendance  à  la  simplification  après 


116  PHONÉTIQUE 

les  consonnes,  les  voyelles  longues  et  les  diphtongues  semble 
remonter  jusqu'à  Tindo-européen.  Cf.J.ScfamidtKritlkp.ôTsqq. 
16S.  Skr.  1)  m.  —  md  :  zd  y.  perse  ma  arm.  mi  gr.  ^rj 
prohibitif,  ds-mi  :  zd  ahmi  v.  perse  amiy  arm.  em  gr.  €(^\  got. 
im  lit.  esmi  y.  sL  jesmî  'je  suis',  d-hharam  :  zd  hardm  y.  perse 
a-haram  gr.  è-cpcpov  'je  portais',  lat.  «ra-m.  2)  n.  —  wd  ii^d  :  zd 
noit  y.  perse  naiy  lat.  né-  v.  irl.  ni  got.  ni  lit.  né  y.  si.  ne  'ne  pas* 
mdnas'  n.  :  zd  manah-  gr.  jnëvoç  n.  'sens',  lat.  Minerva.  Loc. 
sg.  kdrman  'dans  Tœuyre'  :  zd  bar^^m^n  'dans  le  barsom',  gr. 
bô^€v  inf.  'donner*.  3)  û.  —  âmças  :  zd  q«a-  'part,  partie',  gr. 
ÔTKOç  'charge,  poids*  èv€TK€Tv,  lat.  nanciscor,  4)  »a.  — jdngha- 
'os  de  jambe'  :  zd  zanga  'cheville',  got.  gaggan  'aller*,  lit.  zengiù 
'je  marche'. 

164.  Changements.  1)  En  indo-iranien,  il  y  a  de  fréquents 
passages  au  point  d'articulation  de  la  consonne  suivante.  Inip. 
skr.  gdntu  gàth.  jantu  'qu*il  vienne'  de  i.-  e.  *g^emtu,  skr.  2®  pers. 
sg.  aor.  âgan  de  ^a-gams,  i.-e.  "^e-g^ems  (§  162,  1).  *penke  skr. 
pânca  zdpanéa  de  i.-e.  *perdq^e  (§  161, 4).  Il  faut  noter  spéciale- 
ment skr.  pindhi  inipér.  de  pims-dnti  'ils  écrasent'.  Cf.  §  162, 1. 
2)  Skr.  fer-  de  mr-  à  l'initiale  de  phrase,  brû-hi  :  zd  mrû^ôi  'parle', 
V.  si.  mlûviti  'tumultuari*  (russ.  molviV  'parler').  3)  En  sanskrit 
une  voyelle  +  nasale  est  devenue  une  voyelle  nasalisée  devant 
toute  spirante.  dmhas-  =  indo-iranien  *aûiha8'  §  161, 3.  dmsa-s  : 
got.  ams  'épaule',  drmhdti  'il  renforce'  de  *drniha'ti,  R.  dergh- 
{§  200,  1  ).  Ace.  plur.  dvlrar  'oves',  nfrnr  'viros'  de  *avlmê,  nfmé 
à  côté  de  dvîn,  nfn  (§  354,  II,  17).  Cf.  Gr.  1  «,  350  sqq.,  Bar- 
tholomae  ZDMG.  50,  719  sq. 

cû,  jn  de  en  jn  §  321,  2.    n  de  n  après  f,  r,  ^  §  321,  2.  333. 

165.  Grec.  1)  m.  —  fue  :  skr.  ma  alb.  ms  lat.  mè  got. 
mi'Tc  y.  si.  mç  'me',  fmi-  :  skr.  sdmi  lat.  sémi-  v.h.a.  sami-  'demi'. 
Ace.  Zfiv  :  skr.  dyàm  lat.  diem  (§  146  Rem.).  2)  n.  —  vu  :  skr. 
nû  y.  h.  a.  nu  lit.  nù  'maintenant'.  dvOoç  n.  'fleur'  :  skr.  dndhas- 
n.  'herbe'.  Voc.  kùov  :  skr.  çvan  'chien'.  3)  w.  —  fiïX^  v.  §  161, 3. 
4)  w.  —  àTKiwv  'proue'  :  skr.  anJcd-s  'crochet',  lat.  ancus,  Xi^- 
Ttdvuj  'je  laisse',  skr.  rinc-ânti  'ils  laissent',  lat.  linquo  v.  pruss. 
polinka  'il  reste'. 

169.    Changements.    Devant  les  consonnes  de  là  série  f, 


NASALBS  BT  I.IQUIDB8  117 

|A  aboutit  à  v;  de  même  devant  s  soard  :  ppovrr)  'tonnerre',  cf. 
gort.  ?vç  att.  €Îç  'anus'  de  ♦éjnç  (radical  indo-enropéen  *«cm-)  ^). 
Cf.  §  162, 1.  2)  V,  fi  ont  dispam  en  ^ec  commun  devant  «  ou  ^  + 
consonne:  3*  pers.  plur.  moy.  9€p<S<T6u)(v)  de  ♦9€pov(y9uj(v)  (cf. 
actif  9€p6vTU)(v)).  (Tu  de  auv  'avec*  dans  (Tù-cTTacTiç,  (yu-cJKeudîuu, 
iJWuTOÇ  c.-à-d.  (Tu-zbuTOÇ,  etc.  Crét.  èç  tôv  à  côté  de  èvç  ôp06v, 
ace.  pi.  TÔç  KôbecTTdvç  à  côté  de  tôvç  èXeuôépovç.  irXdZu)  'je 
frappe',  de  *TrXavzbuj,  ♦tiXott-Iw  (§  loi,  3,  g),  cf.  fut.  TrXàTHojLiai, 
'Aerivfile  'vers  Athènes'  de  *'AGâvavz-be,  cf.  oÎKÔv-be  'vers  la 
maison'.  3)  En  grec  commun  -fi  est  devenu  -v  en  fin  de  phrase, 
par  ex.  tôv  (§  161,  1).  4)  jli,  v,  ta  devant  consonne  subissaient 
dans  tous  les  dialectes  une  réduction  quelconque  d'articulation 
(locclusion  buccale  était-elle  imparfaite ?) :  on  entendait  quel- 
que chose  comme  pé^pO,  to^bomôn,  aHi  (tt^uttuj,  TÔfi  pwfiôv, 
àvTÎ).  V.  6  r.  G  r.  •  p.  76  sq.  5)  Le  v  du  groupe  v(T  du  germ. 
commun  conservé  en  crétois,  argien,  arcadien,  thessalien  du  nord, 
(par  ex.  crét.  -pàXXovcTt  'jacientibus',  jLirivai  'mensibus',  thess.  du 
nord  TTdvaa  'tota')  disparut  par  ailleurs,  avec  allongement  com- 
pensatoire, par  ex.  ion.  att.  pdXXoum,  \ir\(SXy  ixàaa.  Là  où  €  et  o 
étaient  des  voyelles  fermées  (e,  9),  on  eut  f  (ei),  û  (ou),  par  ex. 
ion.  att.  eîç  =  dor.  îjç  crét.  fvç  (1),  ?xow^oi  =  dor.  ^x^Jcra  crét. 
Ixovcra  'ayant*  (§  93.  105).  Comme  le  montre  l'exemple  de  Tiacra, 
cette  chute  des  nasales  est  plus  récente  que  le  changement  ionien- 
attique  de  â  en  t]  (§  123).  En  lesbien  on  a  -i(T-  comme  aboutisse- 
ment de  -vcT-  après  d^ë,d:  irmcra,  €Îç,  toiç,  Tpd94>(Ti  =  Tracra,  €Îç, 
Touç,  TpdqHAjcTi  (cf.  6r.  Gr.'  p.  77).  —  En  ionien-attique  la  même 
chute  a  eu  lieu  devant  les  spirantes  géminées  issues  de  ki  et  khi 
(§  151,  3,  e)  :  ion.  Odcrcrujv  att.  ôdTTwv  'plus  vite*  de  ♦ôaxxiwv,  cf. 
TQXuç.  6)  Gr.  comm.  In  a  été  traité  de  la  même  manière  que  ri 
et  que  r^^  l^  en  ionien  (§  151 , 3. 157, 3).  Lesb.  dTr-éXXuj  dor.  FiiXu) 
hom.  eïXonai  de  *FeXvo-  'pousser,  presser';  oùXa/iôç  'poussée',  de 
^FoXvafioç.  Lesb.  thess.  (TrdXXâ  att.  (Sri\\x\  dor.  aràXâ  'colonne'  : 
V.  h.  a.  gtollo  'appui,  pilier*  {Il  de  In).  Cf.  G  r.  G  r.  •  73  sq.,  Solmsen 
Un  t.  234.  285  sqq.    Les  groupes  Xv  refaits  à  une  période  plus 


1)  év6ç  pour  *é|yi6ç,  diaprés  €vç  Iv  comme  xOov6<;i  x^^^oç  d'après 
xOtOv,  x^^v  de  *xOwM  (skr.  k^am-),  *xvu^  (lat.  hiem-). 


118  PHONÂTIQUE 

récente  da  grec  commun  sont  devenus  XX  sur  tonte  Tétendae 
du  domaine  grec,  v.  §  321,  2. 

MM  de  VM  §  320,  1,  a.    mm  de  imv  §  321,  2. 

Rem.  Ml  du  grec  commun  semble  être  devenu  y^i  cf.  koivôç  en 
face  de  ital.  corn  ;  Sûv6ç  de  *Huv-ios;  Paivui  de  R.  gUem-,  V.  Gr.  Gr.  '  p.  77. 

167.  La  t.  1)  m.  —  modus  :  osq.  medikei  'meddicr 
ombr.  mef  s  'ius',  gr.  )iébo)iai  *je  prends  garde  à',  v.  irl.  -mid^ur 
'je  juge*,  got.  mUan  'mesurer',  termen  :  ombr.  termnom-e  'in  ter- 
minum',  skr.  tdrman-  n.  'pointe  de  la  perche  du  sacrifice',  gr. 
TépjLxa  n.  'point  final',  equa-m  :  osq.  toutam  ombr.  totam  'civi- 
tatem',  skr.  âçca-m  'cquam'.  2)  n.  —  ne-  {nescio)  ne  nî  :  osq» 
ni  'ne'  ombr.  îieip  'non',  skr.  nd  etc.  (§  163,  2).  sunt  :  ombr.  sent 
skr.  «anfi  dor.  évri  got.  sind  v.  si.  sqtû  'ils  sont',  m  :  ombr.  cens- 
tom-en  'in  eensum',  ombr.  arvam-en  'in  arvum',  gr.  èv  got.  in 
V.  pruss.  en  'dans'.  8)  n.  —  pango  :  v.  h.  a.  gi-fangan  'pris',  R» 
prt^-  prt^-.  4)  w.  —  gttîng«6  :  osq.  pumperias  ombr.  pumpe- 
fias  "^quintiliae',  skr. j^dnca  etc.  (§  161,  4).  ninguit  :  lit.  sninga 
'il  neige'. 

168.  Changements.  1)  Adaptation  au  point  d  articnlatioa 
de  la  consonne  suivante,  par  ex.  prlnceps  =  *prîm[o]'Caps,  C'est 
ainsi  que  depuis  Tépoque  de  Titalique  commnn  on  a  n  issu  de  m^ 
devant  les  dentales  et  s.  tantu-s  :  osq.  e-tanto  ombr.  e- tan  ta 
'tanta*  de  *iamto-,  cf.  lat.  tant,  Lat.  ad-ventu-s  de  la  racine  g^em- 
'venir',  quondam  :  osco-ombrien  *ponne  (osq.  pou  ombr.  ponne} 
'quom'  de  *pon-de,  cf.  lat.  quom.  eun-dem.  intrînsecus  de 
*interim'Secus.  cOnsero  de  ^com-serO.  Par  analogie  emptusy 
empsim,  Jiiems  hiemps  (§  322, 1,  b),  vèrumtameti  {vêruntamen)^ 
eorumdem  (eorundem)  et  autres;  en  partie  au  moins  il  ne  s'agit 
très  vraisemblablement  en  tout  ceci  que  de  graphies  étymologi- 
qiies.    Cf.  §  162,  1. 

2)  Probablement  dès  Titalique  commun  -mi-  est  devenu  -ni- 

(et  -ni'  est  issu  de  -ni-  conformément  à  §  152,  3)  :  venio  de 

*g\iemiOy  cf.  osq.  kùm-benniels  gén.  'conventus'  (skr.  gamya-m 

'lieu  où  l'on  doit  aller'),  R.  ^-*€m-;  quoninm  de  "^quomiam  {cL 

§  359,  12);  con-jungo. 

Rem.  i-enio  a  pu  aussi  recevoir  ïn  de  venium,  con-jungo  celui 
de  con-dûco  etc.  Mais  il  C8t  tout  k  fait  invraisemblable  que  quo- 
niam  remonte  à  *quond'iam  (cf.  ombr.  ponne  'quom*  =^*quofH'de)^ 


NASALES   ET  LIQUIDES  119 

3)  mr  apparaît  en  latin  sons  la  forme  /r-,  -br-  (cf.  §  269)  ; 
/r-  était  probablement  déjà  italique  commun,  fraeès  pi.,  frad- 
dus  :  y.  irl.  mra^ch  'malt',  cf.  lat.  marddus.  fremo  :  gr.  ppëjLiu) 
*je  bouillonne'  (§322,  1,  a),  v.  h.  a.  brimu  'je  bougonne,  je  bour- 
donne' (§  130,  4)  cf.  skr.  marmarahs  'bruissant',  kihemus  de 
*heifrinos,  *heimrinihs  (§312.  345,  II,  1)  :  cf.  gr.  x^^M^pivôç 
•hivernal'.    Cf.  §  334,  2,  c. 

4)  n  dans  le  groupe  ns  a  été  réduit  dès  Tépoque  prélatine;  il 
en  est  résulté  une  voyelle  nasalisée  longue  qui  a  perdu  son  carac- 
tère nasal  dans  la  langue  vulgaire  du  temps  de  Tempire.  Cf.  sur 
les  inscriptions  v.  lat.  cosolj  mesibus  et  antres,  et  aussi  plus  tard 
vicesimus  à  côté  de  vicensimua  (§  192,  1,  a)  et  autres.  L'n  a 
subi  la  même  réduction  devant  /*,  dans  inferi,  cônfero  etc.  La 
nasale  ainsi  réduite  a  disparu  complètement  à  date  préhistorique 
dans  le  groupe  ital.  comm.  -ns,  par  ex.  equôs  =  *equon8  (mais 
ferêns  =  *ferent8)y  et  dans  les  groupes  ital.  comm.  -ns-  +  Z,  w,  n, 
V,  dy  par  ex.prO'têlum  de  *tenslo',  tëmo  de  *ten8mO,  cf.  got.  at- 
pinsan  'attirer',  trano  trdvehor  trdduco  de  *tran8-i^y  -t?-,  -d- 

(§  290,  5,  b.  291,  2,  b). 

mm  de  nm  §  320,  1,  a.   U  àe  ni  %  320,  1,  b.   2Z  de  Zn  §  321,  2. 

160»  Germ.  1)  m.  —  Got.  midjis  v.  h.  a.  mitti  v.  isl.  midr 
'medins'  :  skr.  mddhya-Sj  gr.  ixéaoç  lat.  médius^  v.  si.  me£da  fém. 
'frontière'.  Got.  qiman  v.  h.  a.  queman  'venir'  :  skr.  gâmana-m 
'action  d'aller'.  2)  n.  —  Got.  nahta  v.  h.  a.  naht  v.  isl.  nôtt  : 
skr.  nàkti  s  gr.  vuE  lat.  nox  v.  si.  noàti  'nuit'.  Got.  kniu  v.  h.  a. 
fcnco  n.  'genou'  :  skr.  J^te-  gr.  tvu-  'genou'  en  composition.  8)  a,  — 
V.  h.  a.  zanga  v.  isl.  tqng  'pince'  :  skr.  damçana-m  'action  de 
mordre',  R.  defûc-.  4)  ».  —  V.  h.  a.  Jiengen  'laisser  pendre'  (got. 
V.  h.  a.  hahan  §  170,  2)  :  skr.  çânJca-te  'il  hésite,  il  est  soucieux', 
lat.  cundor. 

170.  Changements.  1)  germ.  comm.  nd  de  md  :  got. 
skanda  v.  h.  a.  scanta  'honte',  cf.  got.  skaman  v.  h.  a.  scamèn 
'avoir  honte',  m  est  resté  dans  le  groupe  mp  :  got^  ga-qumps  v.  h.  a. 
cumft.  Cf.  §  162, 1.  En  vieux  haut  allemand  on  voit  apparaître 
n/'ponr  m/*,  après  que  /*  fut  devenu  de  bilabial,  labiodeutal,  par  ex. 
finfj  cunfi  de  fimf,  cumft, 

2)  Germ.  comm.  qxj  \Xy  HZ  î^^s  de  ax?;^,  wx,  u^X'    ^^^^ 


120  PHONÉTIQUE 

tard,  et  séparément  dans  chaqae  dialecte,  la  nasalisation  s'est 
perdue  :  got.  v.  h.  a.  fàhan  ags.  fan  v.  isl.  fd  éprendre',  cf.  v.  h.  a, 
/an^ 'prise',  \2X.  pango\  got  peihan  y.h.  a.  gi-dihan  'prospérer* 
cf.  partie,  v.  sax.  gi-thungan,  lit.  tenkû  'j'ai  ma  suffisance*. 

3)  En  germanique  commun  bn  est  issu  de  mn  dans  des  condi- 
tions non  déterminées;  d'où  got.  bn  etfn,  v.  h.  a.  v.  sax.  nn  :  got. 
stib7ia  ags.  stefn  Voix',  cf.  zd  «^aman- 'gueule'  gr.  (TTÔiLia 'bouche*; 
y.  isl.  nafn  suéd.  runique  nabu  'nom'  v.  h.  a.  nennen  'nommer^, 
cf.  got.  namo  namins 'noToî* '^  suffixe  *-ubnia'  (élargissement  de 
-wen-  -mn-)  got.  fastubni  (n.)  v.  sax.  fastunnia  'jeûne',  got.  icun- 
dufni  fém.  'blessure',  v.  h.  a.  scrundunna  'déchirure'.  Sur  Taltcr- 
nance  bn  :  fn  en  gotique.  §  334,  5. 

Reni.  Cf.  sur  ce  changement  Gr.  1  *  p.  383,  Bartliolomae 
Woch.  f.  klass.  Phil.  189^3  col.  1056,  Hirt  PBS.  Beitr.  23,  306. 
324.  Là  où  mn  apparaît  A  date  historique,  on  peut  admettre 
qu'il  y  a  eu  réintroduction  analogique  de  m,  par  ex.  got.  pi.  namna 
namne.  Mais  les  nombreux  cas  restent  obscurs  où  mm  semble 
être  le  représentant  de  97in,  comme  dans  got.  atamms  "bégayant*, 
qrammipa  'humidité*  (v.  Dieter  Laut-  u.  For  m  en  I.  183,  Karsten 
Studier  2,  44.  48.  54  sq.  etc. 

4)  En  germanique  commun  mr-  ml-  aboutissent  à  br-,  bl-  : 
V.  h.  a.  brimu  =  gr.  ppé^uJ  (§  1G8,  3);  got.  brah  'éclat',  m.  h.  a. 
brehen  'briller'  :  lit.  mérkiu  'je  fais  signe  de  Toeil'  m.  b.  ail.  bregen 
'cerveau'  :  gr.  ppexMÔç  'partie  antérieure  <le  la  tête'  de  )ip-  (§  322, 
1 ,  a)  ;  V.  h.  a.  brat  v.  isl.  brdd  'viande  tendre',  cf.  v.  h.  a.  maratoi 
muruwi  'ammolli';  got.  bleips  'pitoyable'  v.  h.  a.  blîdi  'aimable'  : 
skr.  mritya-ti  'il  fond,  il  se  résout'. 

5)  Germ.  coinm.  et  v.  h.  a.  -n  de  -ni,  v.  §  360,  5.  6. 

Il  de  In  §  321,  2.  mm  de  nm  §  3*20,  1,  a,  de  mn  ^?)  §  170  Rem. 
et  §  321,  2.    bb,  dd  do  pn,  tn  etc.  §  271,  6. 

171.  Slave.  1)  m.  —  V.  si.  mréti  mîréti  :  lit.  miHi 
'mourir',  skr.  mrti-s  'mort',  lat.  moriory  got.  maûrpr  'meurtre'. 
2ima  :  lit.  zëmà  'hiver',  skr.  héman  'en  hiver',  gr.  xcîjiia  'orage'. 
2)  n.  —  nagû  :  lit.  nûgas  skr.  nagnâ-s  lat.  nûdus  got.  naqaps 
'nu',  ognl  :  lit.  ugnïs  skr.  agni-s  lat.  îgnis  'feu'.  8)  û.  —  qzûkû  : 
lit.  afiksztas  (de  *ansztas)  skr.  amhû  s  got  aggwus  'étroit* 
(§  161 , 3).   4)  w.  —  qgoriétî  :  lit.  ungurys  lat.  anguUla  'anguille'. 

172.  Changements.    1)  -m  aboutit  à  -n  en  balto-slave. 


NASALES   BT   LIQUIDES  121 

V.sl.  tûy  lit.  dial.  tan,  ton  lit.  litt.  tê^  v.  prusd.  s-tan  'ce'  (ace.)  =  skr. 
td-m  (§  161,  1).  8û  et  sun-  {sûnjimî  'avec  \m\  écrit  conformé- 
ment à  la  coupe  des  syllabes  su  njimiy  sûn-iti  'se  rénnir')  doit  être 
ramené  probablement  comme  le  v.  pruss.  san-  'ensemble'  et  le  skr. 
sàm-  'avec'  à  une  forme  indo-européenne  *8om.  Cf.  §  362,  6. 
2)  Le  groupe  voyelle  +  nasale  a  donné  naissance  à  une  voyelle 
nasalisée  quand  il  s'est  trouvé  devant  une  consonne  autre  que  i  ^). 
•ç  est  issu  de  e  primitif  +  nasale  dans  :  8vqtû  :  lit.  szvefitas  'saint'. 
^  de  0  primitif  (=  i.-e.  o  et  a,  §  108.  120)  +  nasale  dans  zqbû 
'dent'  =  gr.  TéM90Ç  (§  103);  qzûkû  'étroit',  cf.  lat.  angustus 
(§  118).  ç,  q  de  î,  u  +  nasale  lorsque  la  syllabe  avait  l'intonation 
douce,  par  ex.  s^Jcnq  'je  me  dessèche',  cf.  lett.  siku  'je  me  dessèche' 
de  *sinJcu  (inf.  niJct),  skr.  sincd-ti  'il  verse';  gqba  'lichen  cham- 
pignon' cf.  lit.  gurhhas  'enflure'.  Mais  quand  la  syllabe  était  rude, 
i  et  u  ont  perdu  la  nasalisation  et  c'est  î  eXy  qui  apparaissent  à  date 
historique  (cf.  §  362,  9):  isto  'testiculus',  pi.  'renés',  cf.  lit.  ïnkstas 
*rein,  testicule';  lyko  :  lit.  lùnkas  'écorce  intérieure'  Cf.  Gr.  1* 
p.  390  sq.,  Mikkola  BB.  22,  245  sqq.,  Osthoff  Et  y  m.  Par.  1, 

3ô3  sqq.  —  Sur  le  traitement  des  nasales  devant  s  final  v.  §362,9. 
m  de  nm  §  320,  1,  a. 

II.  Les  liquides. 

17S,  I.-e.  1)  r.  —  Skr.  rudhird-s  gr.  èpu9p6ç  lat.  ruber 
V.  si.  rûdrû  'rouge',  v.  irl.  ruad  got.  raups  lit.  raûdas  'rouge*. 
Skr.  bhdrâmi  arm.  berem  gr.  qpëpuj  alb.  2^  pers.  pi.  bimiy  lat. 
ferOf  V.  irl.  6mm  got.  baira  v.  si.  berq,  i.-e.  *bhérô  'fero'.  Skr, 
gharmd'8*SLrdeur%  hvm.jerm  gr.  Oepfiôç  lat. /brrnw* 'chaud'  v.  pruss. 
gorme  'chaleur'.  R.  sreu-  'couler'  :  skr.  srdva-ti  'il  coule*,  arm. 
aroganem  'je  mouille',  gr.  ^€û^a  v.  irl.  sruafm  v.  h.  a.  stroum 
'fleuve',  lit.  sravëti  'couler  goutte  à  goutte'  v.  si.  o  stravû  tle' 
Cce  qui  est  entouré  d'eau  courante').  *enter  'dedans,  entre'  :  skr. 
antdr,  lat.  inter,  v.  irl.  eter. 

2)  l.  —  R.  leiq^'  'laisser'  :  skr.  rindk-ti  'il  laisse,  il  fait 
place',  arm.  Ikhanem  gr.  Xeiiru)  lat.  linquo  'je  laisse',  got.  leiba 
'je  prête',  lit.  lëkù  'je  laisse',  v.  si.  otû-lékû  'reste'.   Skr.  dkarû-s 

1)  njj  mj.  ont  subsisté  parce  que  la  coupe  des  syllabes  se  trou- 
vait avant  n,  m,  par  ex.  v.sl.  vo\nja  'parfum*,  ze\mlja  "terre*. 


122  PHONÉTIQUE 

'SQçant'y  arm.  dail  {dal)  'premier  lait',  gr.  OfiXuç  'féminin',  alb. 
del'e  'inowton',  lat.  fëlOy  v.  irl.  del  'tetin',  v.  h.  a.  tila  'sein*  (de  la- 
femme'),  \\i.pirmrdèlè  'qui  a  procréé  pour  la  première  fois*.  Skr.ar- 
ghd'S  'valeur*,  gr.  àXqpeîv  'acquérir*,  lit.  algà  'salaire*.  Skr.  çrdya-ti 
'il  appuie',  gr.  kXIvu)  'j'appuie',  lat.  clivas,  v.  irl.  cloen  'de  travers, 
méchant',  got  hlains  'colline',  lit.  szlaîtas  'pente  de  montagne'. 

174.  Changements  indo  européens.  1)  Il  semble  que 
les  échanges  de  r  et  2  causés  par  la  dissimilation  et  si  fréquents^ 
dans  chacune  des  langues  (§  334,  3)  aient  déjà  existé  eu  indo- 
européen.  C'est  ainsi  que  Taltemance  des  deux  formes  g^er- 
et  g^-'^el'  de  la  racine  qui  signifiait  'gargouiller,  avaler'  dans- 
les  langues  indo-européennes  (par  ex.  lat.  tordre  et  gula)  repose 
sur  une  dissimilation  de  ce  genre  qui  aurait  agi  dans  des  formes- 
à  redoublement  (}2Li,gurgulio,  v.  h.  a.  querechela^ipommt  d'Adam*, 
lit,  gargaliuju  'je  gargarise'),  et  c'est  de  même  que  l'on  peut  ex- 
pliquer, par  dissimilation  des  liquides,  ralternance  des  suffixe» 
'tro'  et  'tlo'y  'dhro'  et  -dhlo-,  etc.  2)  La  nasale  de  forme» 
redoublées  telles  que  skr.  can-cala-s  'qui  oscille  deci  delà',  gr. 
TaT-TciXiZuj  (à  côté  de  TopTaXiZw)  'je  chatouille',  lat.  gin-gHo 
semble  aussi  provenir  d'une  altération  phonétique  fondée  sur  une 
dissimilation  indo-européenne  (cf.  §  334,  3,  e).  3)  Après  voyelle 
longue  T  semble  bien  être  tombé  à  la  finale  dans  certaines  cou* 
ditions,  v.  §  352,  3. 

175.  Skr.  Il  est  difficile  de  discerner  exactement  l'histoire 
de  r,  l  indo- européens  en  indo-iranien. 

l  semble  s'être  changé  en  r  dès  Tépoque  indo-iranienne;  ï 
iranien  moderne  ne  saurait  représenter  un  l  indo-iranien,  descen- 
dant lui-même  d'un  l  indo-européen  (Hûbschmann  Pers.  Studiei> 
2^>2  sqq.^  IF.  Anz.  10,  25).  Dans  les  lances  littéraires  de  Tlude 
ancienne  on  a  à  la  fois  r  et  l,  mais  la  répartition  n*est  pas  l8 
même  qu'en  indo-européen,  par  ex.  ^umpâ-^t  =  lat.  rumpo,  rinâk-ii^ 
lat.  linquit'^  néanmoins  l  sanskrit  répond  surtout  à  l  indo-européen^ 
comme  par  ex.  dans  lûbhya-ti  =  lat.  lubet  (d'après  Ciardi-Dupré  on 
aurait  environ  130  Z  =  i.-e.  /  et  20— 25  r=i  i.-e.).  Dans  les  textes 
védiques  récents  Yl  est  plus  fréquent  que  dans  les  anciens,  plus 
fréquent  aussi  dans  les  éci^ts  postvédiques  que  dans  les  Védas, 
par  ex.  véd.  rih-  Hh-,  mais  classique  lih-  'lécher*  =  i.-e.  it^A-.  Sans 
aucun  doute  ce  fait  repose  sur  le  mélange  de  divers  dialectes» 
Probablement  r  et  2  étaient  encore  distincts  dans  les  langues  primi- 


NASALES   ET   LIQUIDES  128 

tives  de  Tlnde  et  de  Tlran,  et  encore  dans  tel  dinlecte  populaire 
de  rinde,  tandis  que  dans  un  autre  l  devenait  r  (la  langue  védique 
reposait  sur  ce  dernier)  et  que  dans  un  troisième  r  devenait  l  (ainsi 
dans  la  M&gadhI,  dialecte  prâkrit,  qui  n*a  que  Z,  v.  Pischel  Gramin. 
178).  Du  premier  proviennent  les  l  védiques  qui  correspondent  à  l 
indo-européen;  du  troisième  les  l  védiques  qui  correspondent  à  r 
indo-européen.     Le   sanskrit    classique    repose    sur   le   même   dia- 

0 

lecte  que  le  védique,  et  non  sur  le  premier,  comme  semble  le 
prouver  le  fait  que  dans  toutes  les  langues  littéraires  do  Tlnde 
/  indo-européen  est  représenté  toujours  par  f,  jamais  par  /  (klp-, 
la  seule  et  unique  racine  présentant  un  /,  a  à  côté  d'elle  une 
forme  kfp-  et  se  rattache  k  lat.  corpus,  c.-à-d.  qu'elle  avait  un  f 
primitif.)  Cf.  Gr.  1^  p.  427sq.  Bartholomae  ZDMG.  50,  702.  716  sqq., 
Woch.  f.  klass.  Pliil.  1898  col.  1058  sq.,  Fortunatov  KZ.  36,  1  sqq.^ 
aardi-Dupré  IF.  Anz.  11,  125  sq. 

Voici  quelques  exemples  parmi  lesquels  on  a  marqué  de  f 
ceux  qui,  d'après  ce  qui  vient  d'être  dit,  doivent  passer  pour 
empruntés.  1)  r.  —  radhno-ti  :  zd  rûàaHi  *il  dispose'  v.  perse 
rosta-  'juste',  got.  ga-redan  v.  sL  raditi  'songer  à  quelque  chose'» 
pari,  class.  aussi  fpali  :  zd  pa^ri  v.  perse  pariy  'autour,  par- 
dessus, vers',  gr.  Tiépi,  lat.  per-  v.  irl.  er-  got.  fair-  lit.  per-. 
daddrça  :  zd  dadar^sa  'j'ai  vu',  gr.  bépK0)Lxai  'je  vois',  v.  irl.  ad* 
con-d^irc  'conspexit',  got.  ga-tarhjan  'distinguer'.  2)  L  —  rôca-te 
'il  éclaire',  class.  flocana-s 'lumineux'  :  zd  raoéaJi-  'lumière'  v.  perse 
rauca^  "jour',  arm.  lois  'lumière',  gr.  XeuKÔç  'blanc',  lat.  lûx  v.  irl. 
Itia^chtide  'fnlgidus',  got.  liuhap  'lumière',  v.  si.  luéa  'rayon'. 
Véd.  class.  jpldva-te'i\  nage,  il  navigue'  :  zd  us-fravayoif  'il  pour- 
rait enlever  par  eau',  arm.  luanam  'je  lave'  gr.  ttX^uj  'je  nage', 
lat.  pluit,  V.  irl.  luath  'vite',  v.  h.  a.  flouwen  lit.  plduti  'laver, 
mouiller'  ^). 

176.  Changements.  1)  r  est  devenu  cérébral  à  date  pré- 
historique (§  22,  1),  d'où  rn  de  rn  (§  321,  2)  et  autres  faits  sem- 
blables. —  2)  sfr  est  devenu  sf  :  véd.  rasfd-m de rastrdm  'puis- 
sance' §  319  Rem.  —  3)  A  la- pause -A  représente  -r  :  anték 
'inter'  =  zd  antar^  v.  perse  a^tar  (§  354,  II,  6). 

Dissimilation  et  ellipse  des  liquides  §  384,  3.  336,  3.  ra^fâ  =  ar^ 
àr  §  341  Rem.  1. 

1)  Sur  la  contamination  de  skr.  pldva-te  avec  pràva-te  'il 
gambade*  qui  se  rattache  ft  v.  h.  a.  frac  frô  cf.  Osthoff  Et.  Par. 
1,  337  sq. 


124  PHONÉTIQUE 

177.  6r.  1)  r.  —  ?p€poç  :  skr.  ràjas-  arm.  erék  got.  rtgw, 
i.-e.  ^reg^os  'obscurité',  rëpcrofiai  *je  me  dessèche'  :  skr.  tarsa-s 
*BO\r,  lat.  torreOy  got.  ga-pairsa  'je  dessèche',  ûirëp  :  lat.  super 
got.  ufar  'sur,  par-dessus'.  2)  h  —  Xcixu)  :  skr.  rihmi  léhmi 
arm.  /f2i«m  lat.  lingo  v.  irl.  Zi^im  lit.  lëziù  v.  si.  Zîi(f  'je  lèche', 
got.  bi'laigo  'je  lèche'.  fiXXoç  :  arm.  aîZ  lat.  alius  v.  irl.  a*7e  got. 
aljis  'autre'.  KXéoç  :  skr.  çravâs-  'gloire',  lat.  in-clutus^  v.  irl.  dû 
'gloire*,  got.  hliuma  m.  'ouïe',  v.  si.  slovo  'mot'. 

178.  Changements.  1)  Après  «,  p  et  X  sont  devenus  sourds 
d'où  les  graphies  ph,  Xh,  v.  §  286,  1,  b.  De  même  pour  p,  dans 
les  groupes  9py  Gp,  xp  d'où  des  graphies  comme  àqp^ôç,  O^ôvoç, 
X^ôvoç  chez  les  grammairiens  grecs  et  Pfhonimus,  Trhepto, 
Crhyrippus  chez  les  Romains.  Cf.  aussi  T^BpiTnrov  de  *t€tp- 
\TTTrov.  —  2)  Dans  certaines  parties  du  territoire  dorien  on  a  vt 
de  Xt,  par  ex.  cpivraioç  =  9iXTaT0ç  'très  cher'.  —  8)  Le  change- 
ment de  X  en  {I  démontre  que  X  devant  consonne  était  une  Ij  en 
Cretois  {1  =  1  'gutturale'  pareille  à  17  polonaise  et  russe);  on  a, 
par  ex.aÙKd  =  àXxq 'force',  9€Ùtuj  =  9ëXTUj  'j'enchante,  j'ensorcèle'. 
%  issu  de  r  (§  17,  8)  dans  crét.  jiaÎTÛp-  'témoin'  de  *|io^'Tup  = 
^apTup-  (§  334,  3,  a).  Cf.  aussi  aÙTupiou  =  àpxupiou  (papyrus  du 
IP  siècle  apr.  J.-C).   Sur  l  et  ï  en  grec  v.  Thumb  By  z.  Z  t  sch r. 

9,  405  sq. 

Dissimilation  et  ellipse  des  liquides  §  334,  3.  336;  3.  Meta  thèses 
§  341,  2.  342.    vv  de  pv  §  320.  2. 

179.  Lat.  1)  r.  —  rego  :  osq.  Regaturei  'Rectori*  ombr. 
rehte  'recte',  skr.  rdjistfia-s  'le  plus  droit',  gr.  àpéfw  'je  tends', 
got.  uf-ràkja  'je  tends  en  l'air',  verto  :  osq.  FepcTopei  'Versori' 
ombr.  couertu  'convertito',  skr.  vdrta-te  etc.  (§  158,  1).  pater  : 
osq.  patf r  ombr.  lu-pater,  arm.  hair  gr.  Trarrip  v.  irl.  athir  got. 
fadar  'père'.  —  r  latin  était  articulé  avec  la  pointe  de  la  langue. 
2)  /.  —  lego  :  osq.  leginum  'legionem',  gr.  Xëtuj  'je  choisis, 
je  parle',  alb.  mb-l'e^  'je  recueille',  albus  :  ombr.  alfer  'albis',  gr. 
à\<p6ç  'éruption  blanche',  gaul.  Albion  ('terre  blanche'),  v.  h.  a. 
albi^  V.'  si.  lebedî  'cygne',  soi  :  skr.  svàr  hom.  i^ëXioç  m.  gall. 
heul  got.  sauil  lit.  sdulé  'soleil'. 

180.  Changements.  1)  r  est  tombé  en  latin  primitif  devant 
$  sourd  +  consonne  :  fastigium  de  ^farst-y  cf.  skr.  bhrsti-»  'pointe' 


NASALES   BT   LIQUIDES  12& 

V.  II.  a.  burst  'soie,  poil  dur';  testis  de  Herstis  *trùstis,  cf.  osq. 

trfstaamentud  '^testamento'  (§  312,  b)  :  cêna  v.  lat.  cesna  de 

^certsnûj  cf.  osq.  kerssnais  'cenis'  (§  29u,  5,  c). 

Rem,  Dans  -rsH-  il  semble  que  IV  ait  été  réduit  plus  vigoureu- 
sement, avec  allongement  de  la  voyelle  brève  précédente.  De  là 
Thésitation  à  écrire  ou  non  cette  lettre  (cf.  -ns-  §  168,  4).  Par  ex. 
svÙ9um  de  ^stiàrssom  (:  got*  swarts  'noir'),  rû8{s)u8j  prô8{8)u$,  rûr* 
stuty  prÔrsuSf  cf.  vorsus  (avec  un  r  rétabli  analogiquement).  Cf. 
Sommer  La  t.  L.  u.  FI.  270  sqq. 

2)  l  est  devenu  l  (cf.  §  178,  3)  devant  les  voyelles  non  pala- 
tales, devant  les  consonnes  autres  que  II  et  à  la  finale.  On  reconnaît 
cette  altération  à  l'action  exercée  sur  Ve  précédent,  par  ex.  holus 
de  *helo8,  mulsus  de  *melso8,  facul  de  *facel  (§  309,  b.  c.  348,  b)^ 
comme  au  changement  de/  en  ol  dont  il  va  être  question  ci-dessoua 
(3).    Par  ailleurs  l  était  palatal  {V). 

3)  Dans  les  syllabes  intérieures,  après- consonne,  l  devint 
voealique  (cf.  médius  de  *medio8  §  152,  3),  et  par  la  suite  f  de- 
vint U,  l  ol  ul  (2)  :  stabilis  stabulum  de  *8tabli8  *8tahlomy  cf» 
ombr.  staflarem  'stabularem*;  v.  lat.  tahola,  puis  tabula j  de  *tabla, 
cf.  ombr.  tafle  Mn  tabula';  v.  \sit  pôcolom,  puis  ^^dct/Zt^m  à  côté 
de  pôclum.  Devant  les  syllabes  lourdes  la  vocalisation  n'a  pas  eu 
lieu,  cf.  figlînus  à  côté  de  figulus,  tàblînum  à  côté  de  tabula. 
Par  analogie  on  a  recréé  de  nombreuses  exceptions,  par  ex.  pocu- 
lùrum  pour^^dc/^rum  d'après  j>dci«ZtiYii,  tabulînumd^R^rès  tabula. 
En  latin  populaire  la  nouvelle  voyelle  ainsi  obtenue  s'est  perdue 
derechef,  par  ex.  periculum  est  redevenu  perîclum,  tout  comme 

médius,  médius  (§  152,  3).    Cf.  §  313,  2,  b. 

Dissimilation  et  ellipse  des  liquides  §  334,  3.  336,  3.  Métathëses 
§  341,  2.  342.   Il  de  ri  §  320,  2. 

181.  Germ.  1)  r.  —  Got. r£i/>«'iéger',  v.h.a.rado'prompt'y 
v.  isl.  rçskr  'audacieux',  v.  h.  a.  rad  'roue'  :  skr.  ràtha-s  *char', 
lat.  rota  v.  irl.  rethim  'je  cours'  roth  lit.  ratas  'roue*.  Got.^mir 
V.  b.  a.  drî  v.  isl.  prir  :  skr.  trdyas  gr.  xpeîç  alb.  tre  lat.  très, 
V.  irl.  tri  lit.  trffs  v.  si.  trîje  trije  'trois'.  Got.  ufar  v.  h.  a.  ubar 
V.  isl.  y  fer  :  gr.  ÙTiep  lat.  s-uper  '^nr,  par-dessus'.  2)  L  —  Got. 
ligan  v.  h.  a.  ligen  v.  isl.  liggia  'être  couché'  :  gr.  Xëxoç  (n.)  lat» 
lectus  V.  irl.  lige  'couche,  lit',  v.  si.  sq-logû  "consors  tori'.  Got.  alan 
'grandir'  v.  h.  a.  ait  'vieux'  :  gr.  dv-aXioç  'insatiable',  lat.  aloy, 
v.  irl.  alim  'je  nourris'. 


126  PHONÉTIQUE 

DiKsimilation  et  ellipse  des  liquides  §  334,  3.  336,  3.  Mé(athè^es 
%  341,  2.  342. 

182.  Slave.  1)  r.  —  V.  si.  rydajq  'je  me  plains*  :  lit. 
raudà  'plainte',  skr.  ruda-ti  'il  gémit,  pleure',  lat.  rudo,  v.  h.  a. 
rio7;an  'gémir,  pleurer*,  krûvî  :  lit.  kraûjas  'sang',  skr.  kravi-s- 
^chair  crue',  gr.  Kpéaç  'viande'  lat.  cruor  v.irl.  crû  'sang',  v.  h.  a. 
rô  'cru'.  2)  L  —  lajq  'j'aboie,  je  jure,  gronde*  :  lit.  lâju  skr. 
râyûmi  alb.  Veh  lat.  latro  'j'aboie',  got.  lailoun  'ils  juraient'. 
mîgla  :  lit.  miglà  gr.  ô)iixXii  'brouillard'. 

188»  Plusieurs  langues  slaves  modernes  et  aussi  une  partie 

des  dialectes  lituaniens  ont  l  (cf.  §  178,  3)  et  /',  ce  dernier  devant 

les  voyelles  palatales.    C'est  là  une  différence  d'articulation  qui 

remonte  jusqu'à  Tépoque  de  la  communauté  balto-slave. 

Dissimilatioii  et  ellipse  des  liquides  §  334,  3.  336,  3.  Meta- 
thèses  §  341,  2.  342,  3,  b. 

fi.  Les  nasales  et  les  liquides  voyelles  (c.-à-d.  formant 

syllabe). 

Rei^arques  préliminaires. 
184*  Les  phonèmes  que  Ton  désigne  habituellement  par  les 
noms  de  nasales  voyelles  et  de  liquides  voyelles  étaient  issus  de 
groupes  de  phonèmes  tels  que  en,  ne,  er,  re  en  syllabes  inaccen- 
tuées de  la  façon  suivante:  la  voyelle  de  ces  groupes  a  été  réduite, 
comme  dans  le  cas  de  t  issu  de  ej[,  |>,  etc.,  u  issu  de  e^t  ue  etc.  Ces 
résultats  d'affaiblissements  sont  notés  par  171,  p,  ^,  p,  et  f,  j.  Le 
parallélisme  par  ex.  de  skr.  3«  pers.  pi.  dadfçûr  :  3«  sg.  dadàrça 
•('il  a  vu*)  et  3«  pers.  plur.  hihhidûr  :  3^  sg.  bibhéda  (il  a  fendu")  ou  de 
loc.  pi.  pUjr-fu  :  nom.  pi.  pitar-as  ('pères*)  et  loc.  pi.  sTtnu-fu  :  nom. 
pi.  sûnav-as  'fils'  (plur.)  sMmpose.  Quant  à  savoir  si  les  phonèmes 
|i,  f  etc.  ont  jamais  existé  en  indo-européen  là-dessus  Ton  est 
d'accord  aujourd'hui.  Ce  qui  reste  en  suspens  c'est  la  question 
«uivante  :  y  a-t*il  eu,  dans  tous  les  cas  où  la  voyelle  indo-européenne 
a  été  réduite,  disparition  complète  de  cette  voyelle,  avec  passage  de 
la  nasale  et  de  la  liquide  au  rôle  vocalique,  ou  bien  est-ii  resté, 
dans  certains  cas,  une  sorte  de  résidu  vocalique  (qu'on  note  «n,  «ti, 
«n,  9n,  en  etc.)  Au  point  où  en  sont  les  choses,  le  mieux  est  de 
garder  les  graphies  t»,  f  dans  tous  les  cas  de  ce  genre.  Seule- 
ment il  faut  reconnaître  tout  d'abord  que,  dans  des  circonstances 
données,  impossibles  à  déterminer  '  avec  précision,  il  y  a  eu  des 
différences  de  prononciation  (comme  d'ailleurs  dans  nombre  d'au- 
tres cas,  où  l'on  n'emploie  qu'un  seul  signe).  Des  9,  f  attribués 
A  l'indo-européen,  il  est  encore  bien  plus  vraisemblable  que  leur 


NASALB8  ET  LIQUIDES 


127 


-prononciation  n'était  pas  une  sur  tout  le  domaine  de  la  langue. 
Hais,  ici  non  plus,  on  n'est  pas  encore  arrivé  à  préciser  exactement 
l'articulation  primitive.  La  représentation  par  ^,  f  a  sa  cause 
première  dans  le  rapport  que  présentent  par  ex.  skr.  jàtà-s  'genitus'  : 
janitar-  'genitor'  et  hatà-s'iné'  (i.-e.  '^gV'hj^ô-s)  :  Aan^ar- 'meurtrier', 
rapport  rigoureusement  parallèle  à  celui  de  sûtd-s  'agité'  :  aavUar- 
'agitateur^  et  çrutd-s  'entendu'  :  çrotar-  'celui  qui  entend'^).  De 
plus  l'hypothèse  qu'un  f  a  existé  dans  la  langue  primitive  a  un 
4kppui  qui  nVst  certes  pas  méprisable  dans  gr.  Tcrpiû-Kovra  et  Int. 
quadrâ-gintà  :  car  ces  formes  ne  peuvent  guère  être  expliquées  que 
si  l'on  admet  qu'en  indo-européen  on  a  fait  un  '^qV'et^f  tcomt9  comme 
aussi  un  petsqléé  îcomts  "50'  (gr.  ircvr/i-KOvra,  skr.  paUcà-çàt-)  d'après 
Hri'komtB  (Vrï-  n.  pi.)  Gr.  Gr.»  215,  Osthoff  Et.  Par.  1,  166 
227  sq.).  Cr.  Gr.  1«  p.  392  sqq.,  Buck  A.  J.  of  Ph.  17,  277  sqq., 
Zupitza  RZ.  36,  54 sqq.,  Stltterlin  Roman.  Jahresber.  de  Voll- 
môller  LV  1,  5sq. 

185.  La  représentation  régulière  des  phonèmes  dans  les 
différentes  langues  est  la  suivante  (n  y  désigne  toutes  les  nasales, 
r  représente  aussi  l)  : 


l.-t. 

Skr. 

U 

Ara. 

Gr. 

Ut. 

Gelt. 

Qem. 

Lit. 

T.  il. 

^  devant  t 

a 

a 

an 

a 

en 

brit.an») 

un 

in 

ç,  serb.  ê 

^  devant  % 

an 

an 

an 

ov 

en 

an 

un 

m 

în 

f^n  dev.  a  etc. 

an 

an 

an 

av 

en 

an 

un 

%n 

ïn 

« 

â devante 
an  dev.  y 

â devante 
an  dev.  y 

an 
ar 

vô 

nà 

nâ 

un 

\n 

ç,  serb.  è 

f  devant  t 

r 

9r 

op,pa 

or 

ri 

ur^ru 

if 

serb.  r 

f  devant  | 

? 

9r 

ar 

ap 

or? 

ar 

ur 

ir 

ïr 

fr  dev.  a  etc. 

ir  iur) 

ar 

ar 

ap 

ar 

ar 

ur 

tr 

îr 

t 

îr  {ûr) 

ar 

ar 

pui(op) 

râ{ar) 

rà  (ar) 

ur{rû) 

ïr 

r  [HT,  rai, 

serb.  f 

Rem.  1.   Il  est  presque  impossible  d'admettre  qu'il  y  ait  eu  lo 
moindre   rapport  historique  immédiat  entre  l'a  indo-iranien  et  l'a 


1)  Hirt,  qui  pose  *g^dt68  comme  forme  primitive  indo-euro- 
péenne do  jàtds,  pose  aussi  un  primitif  *8eW9td'S  pour  sûtâs, 
*hhti»tô»9  pour  hhUà'8  ('qui  a  peur'),  bien  que  dans  les  derniers  cas 
toutes  les  langues  indo-européennps  ne  témoignent  que  de  û,  f. 

2)  L'interprétation  des  représentants  de  ç  en  vieil  irlandais 
devant  d^autres  consonnes  que  j,  offre  beaucoup  de  difficultés,  v. 
^r.  1  *  p.  410  sqq.,  Zupitza  KZ.  36,  70  sqq. 


128  PHONÉTIQUE 

grec=sç,  les  langues  des  peuples  situés  entre  Tlnde  et  Tlran  d*UDe 
part,  la  Grèce  de  i*autre,  c.-à-d.  le  phrygien  et  Tarménien,  présentent 
an  (pMr  ex.  arm.  an-kin  'sans  femme'  :  gr.  d-tuvoç).  Le  maintien 
de  la  nasale  dans  les  groupes  ^jf,  ^n,  rjin^  dans  ces  deux  dialectes 
s'explique  par  le  fait  que  le  renforcement  de  Télément  vocalique 
de  passage  a  amené  un  déplacement  de  la  coupe  des  syllabes  qui 
est  venue  tomber  devant  la  nasale:  a'ni,  a^n^^  almn,  (ci*,  v.  si.  z^ti 
mais  éïnjq  §196,  1).  De  même  skr.  dmy  =  mi  mais  ât  =  mt  Ainsi 
encore  dans  les  groupes  ^n  et  x***  lorsque  la  voyelle  se  développa^ 
la  coupe  des  syllabes  s*est  trouvée  placée  immédiatement  après 
celle-ci,  sans  quoi  on  aurait  eu  des  consonnes  géminées  nn,  rr. 

Kem.  2.  En  indo-européen  l'absorption  des  voyelles  n*a 
pas  eu  lieu  seulement  dans  les  groupes  en,  er  devenus  ^,  f,  mais 
ausM  dans  ne,  re;  c'est  ce  que  démontrent  des  formes  telles  que 
skr.  asmd-  lesb.  dmiicç  (=do^€0)  got.  uns  à  côté  de  skr.  nos,  skr. 
dsta-m  gr.  do^evoç  À  côté  de  v^[0]o^ai  vôotoç,  zd  aA  'très*  gr.  àfa- 
à  côté  de  iméra-,  got.  paûrp  à  côté  de  ags.  prep  v.  gall.  treb 
(osq.  triibûm  lit.  trobà),  v.  Gr.  1*  p.  394,  Lidén  Stud.  dô,  Bartho- 
iomae  IF.  9,  282  sq.  Ce  n'est  qu'un  échappatoire  que  de  partir  de 
ene,  ère  et  de  considérer  par  ex.  la  voyelle  de  got.  uns  comme  un 
débris  de  la  première  voyelle  d'un  groupe  *enes'.  Des  formes 
comme  gr.  yaiw  =  *vao-iui  k  côté  de  dOMCvoç  s'expliquent  facilement 
par  des  innovations  du  genre  de  celle  que  présente  skr.  vurlta  à 
côté  de  urâ^d'S  (§  156  Rem.). 

Rem.  3.  Le  tableau  ci-dessus  montre  que  dans  les  différentes 
langues  la  voyelle  pleine  qui  s'est  développée  apparaît  avec  des  timbres 
très  variés  et  il  n'est  pas  possible  de  déterminer  dans  le  détail  le 
timbre  des  nasales  et  liquides  voyelles  en  indo-européen  ni  non  plus  des 
voyelles  de  transition  qui  éventuellement  les  précédaient  ou  les  sui- 
vaient. Cependant  il  faut  qu'en  partie,  et  du  moins  pour  les  liquides, 
le  timbre  u  ait  déj\  existé  à  une  époque  an  té-dialectale,  non  pas 
comme  trace  de  la  voyelle  au  degré  e,  mais  comme  produit  de 
l'action  assimilatrice  exercée  par  les  consonnes  environnantes  (labiales 
et  vélaires)  sur  la  voyelle  déjà  réduite.  Cf.  par  ex.  arm.  e-kul  'il 
avala',  lat.  gurgulio  gurges  gvla,  lit.  gurklys  'pomme  d'Adam*  russ. 
gôrlo  'gorge',  de  R.  g^er-  gV'eU  'avaler';  gr.  dTuptç  'assemblée', 
dTOpTT)ç  'celui  qui  rassemble,  mendiant',  lit.  gurgulys  'fils  emmêlés' 
lett.  linu  gur/ïe  'paquet  de  filasse'  v.  si.  grûstî  'poignée*,  cf.  gr. 
dT€(pu)  'je  réunis'  ^dp^apa  'grouillement,  tas*;  ^r.  ^op^upuj  lat.  mur- 
muro  lit.  fnurm(ï)énti  v.  si  mrûmûrati  'murmurer*  cf.  skr.  tnarmara-s 
'bruissant';  ion.  ^uqpéuj  'j'aspire  un  liquide'  (^u^qpdvlu),  m.  iri.  srub 
'museau',  lit.  surbiù  'je  suce',  cf.  gr.  (i(xpé\u.  Autres  exemples  et 
bibliographie  v.  Gr.  1«  p.  453  sqq.,  Gr.  Gr.»  85,  Persson  BB.  19, 
281  sq.,  Lidén  Stud.  24,  Osthoff  BB.  24,  149,  Sommer  IF.  Il,  54 sq.,. 


NÂSÂLB8   ET  LIQUIDES  129 

Znpitxa  KZ.  36,  55.  59,  Thumb  KZ.  36, 191  sq.  Un  u  semblable  semble 
aussi  se  présenter  dans  le  cas  des  nasales,  par  ex.  ti^vifi  béot.  pavd 
•femme*,  vOE  cf.  skr.  n(M-  'nuit'. 

I.  Les  nasales. 

186.  Indo-européen.    I)  Les  nasales  brèves. 

1)  Devant  consonne  et  à  la  finale,  a)  tp.  — *lc7piô'm 
'cent*  :  skr.  çatâ-m  gr.  é-Karôv  lat.  centum  v.  irl.  cet  gall.  cant 
got.  hund  lit.  aziihtas.  Forme  radicale  *fl'^^-  'venir,  aller'  :  skr. 
-gamydrtey  gr.  paivu)  de  *^a\i\\xi (§  166  Rem.  1),  lat. venio  (§  168, 2) ; 
part  parf .  skr.  jaganvds-,  forme  primitive  ^q^e-g^rn-uéS'.  *dekfp 
'dix'  :  skr.  ddça  arm.  tasn  gr.  béKa  lat.  decem  v.  irl.  d^ch  n-. 
b)  ç.  —  *m'^tô'8  partie,  *mnti-8  abstrait  de  R.  men-  'penser, 
mente  agitare'  :  skr.  matds  mati-s  gr.  aÙTÔ-)iaTOç  (origin.  'pensé 
par  soi-même')  lat.  com-mentus  mënsy  got.  munda-  ga-mundiy  lit. 
mifitoA  aù-mintis  v.  b\.  pa-m^tî.  *i}-  'in-'  (cf.  §  162,  1)  cf.  *ne  : 
skr.  d'drsta-s  'non  vu',  gr.  fi-bepKTOç  'qui  ne  voit  pas';  skr.  â-pad- 
gr.  fi-TTOuç  'sans  pieds';  skr.  d-jûata-Sy  gr.  ô-tvujtoç,  lat.  îgnOtus 
de  *in-gnôt08  (§  323),  v.  irl.  in-gncui,  got.  un-Jcunps  'in-connu', 
cf.  §n(h  'connaître*.  Skr.  çrômata-m  'célébrité',  v.h.a.  hliumunt 
'renommée';  gr.  KacraôfiaTa  'morceaux',  lat.  assûmentum.  -ns  de 
Taccusatif  pluriel  :  skr.  çûn-as  gr.  KÙv-aç  lat.  can-ès  (§  168, 4)  lit. 
szun-is  de  ^szun-ins  'chiens',  got.  tunp-uns  'dents'.  Dénomi- 
natifs  en  ^-n-ié-ti  :  skr.  brahmanyâ-ti  'il  médite',  gr.  airep^aivu) 
'je  répands  du  sperme'  de  -aviw,  got.  glitmunja  'je  brille'.  *tn^' 
'tennis'  (cf.  ^innu-  =  skr.  tanû-s  masc.)  :  skr.  tanvi  fém.,  v.  h.  a. 
dunni  (§  159,  3,  a)»  peut-être  aussi  dans  tennis  (§  158,  3,  h). 
Nom.  ace.  sg.  n.  en  -ç  :  skr.  nâma  gr.  ôvo)Lxa  lat.  nOmen  v.  irl. 
afnm  n-  'nom',  c)  p.  —  *d^&é'  R.  defiJc-  'mordre'  :  skr.  prés. 
ddça-ti  (§  45,  3)  gr.  aor.  baKeîv.  d)  p.  —  Skr.  aJctû-s  'éclat, 
crépuscule  du  matin',  gr.  àKxtç  'rayon',  got.  ûhttoo  'crépuscule 
matinal*  de  *ui9xttoO  (§  170,  2). 

2)  Devant  élément  vocalique.  a)  wim.  —  *«^wo- 
'quelqu'un'  :  skr.  sama-  gr.  dfio-  got.  suma-.  b)  çw.  —  ^g^nna- 
'femme'  :  véd.  gana-  (écrit  gna-,  mais  attesté  par  le  mètre),  arm. 
plur.  Tcanaikhy  béot.  pava  v.  irl.  ban-  (dans  des  composés),  v.  isl. 
kona.  Skr.  an-udrd-s  gr.  fiv-ubpoç  'sans  eau',  v.  irl,  anse  'lourd' 

Bmgmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  9 


130  PHONÉTIQUB 

de  *an'asse  {asse  'léger'),  got.  un-agands  'sans  peur*.   *tnnutdiy 
prés,  en  nu-  de  R.  ten-  'tendere'  :  skr.  tanuté  gr.  xdvuTai. 

187.  U)  Les  nasales  longues.  *dm'  'dompter',  cf. 
lat.  domitus  :  skr.  dâmya-H  'il  est  dompté,  il  dompte',  gr.  ion. 
bfjiTiTÔç  (gr.  comm.  û).  *gn-  'gignere',  cf.  lat.  genitor  :  skr.  jûtd-s 
'né',  lat.  {g)natu8i  gaai.  Ointu^gnatus  ('premier  né'),  got.  airpa- 
kunds  'né  de  la  terre'.  Skr.  att-s  'un  oiseau  aquatique',  gr.  vficTaa 
(gr.  eomm.  â)  'canard',  cf.  lat.  anM  v.  h.  a.  anut. 

188.  Skr.    I)  Les  nasales  brèves. 

1)  Devant  consonne  et  à  la  finale.  Indo-iranien  a  ^ 
ç  etc.  s'est  confondu  dès  Tindo-iranien  commun  arec  a  = 
i.-e.  c,  0,  a  (cf.  Bartholomae  IF.  7,  82.  108  sqq.,  ZDMG.  50, 
677  sq.).  a)  m.  —  gahi  2  sg.  impér.,  gdti-s  'marche'  :  gâth.  gaHi 
Avesta  récent  -gaHi-s^  gr.  pdmç,  lat.  in-ventiOy  got.  gaqump» 
'réunion'  de  R.  g^em-,  ahlirâ-m  :  zd  atora-  pers.  awr  'nuage', 
gr.  àqppéç  'écume',  lat.  imbery  cf.  skr.  âmbhos-  'eau'.  gtcîbhnâ-H 
à  côté  de  stambha-te  'il  s'appuie',  saptd  (§  45,  3)  :  zd  Jiapta  gr. 
^Trrd  lat.  septem  v.  irl.  secht  n-  'sept',  b)  n.  —  haddhàrs  :  zd 
basta-  y.  perse  basta-  got.  bundans  'lié'  de  R.  bhendh-,  ça^ti-s 
'éloge'  çaayd'te  'il  est  loué'  :  zd  soMii-ë  'mot,  ordre',  v.  perse 
'dahyamahy  'nous  sommes  nommés',  osq.  an-cen^o  'inoensa'  de 
R.  kens'  (skr.  çâmsa-ti),  dhàma-su  loc.  pL,  dhdma-bhyas  dat. 
abl.  pi.  de  dhâraan-  'disposition'  :  zd  dama-Twa  ddma-byô  (thème 
ddman-  'créature'),  arm.  anjan-ç  gén.  dat.  pi.,  anjam'-bkh  instr.  pi. 
(thème  anjin-  'âme'),  gr.  9pa-(Ti  (inscr.  y.  att.,  Pindare)  loc.  de  qppëv-cç 
'âme',  ndva  :  zd  nava  arm.  inn  gr.  èvvëa  y.  irl.  fioi  n-.  e)  p.  — 
açnô'ti  :  zd  aStmoHi  'il  atteint',  cf.  skr.  dmça-s  'part',  d)  p.  — 
laghû'8  :  zd  ravi-  fém.  (iran.  comra.  *ragy,t-)  'rapide,  léger',  gr. 
èXaxù-ç  *petit,  médiocre',  gr.èXacppô-^ 'léger,  prompt',  y,\i,9L.lungar 
'prompt',  cf.  zd  Tdnjyàh'  'plus  prompt',  got.  leihts  'léger'  (§  170, 2). 

TO»  9f>  '^U^  9Uf  V»  (§  185,  Rem.  1).  Opt.  gamyd-t  :  zd 
jamya-t  ags.  cyme  'qu'il  vienne'  i.-e.  *g^7{t-ié'tj  de  R.  g^em-. 
Opt.  hanyd't  :  zd  janya-t  'qu'il  frappe',  de  la  R.  g^hen-.  Part, 
parf.  jaganvds-  de  R.  g^em-^  vavanvds-  zd  varanroA-,  cf. 
skr.  vdna-ti  'il  gagne',  vfsan-vant-  'qui  possède  des  étalons', 
çamnf-^e  *il  s'efforce'  (cf.  çamirtd-s  gr.  KàjLia-TOÇ,  et  çrnâ-H  à  côté 
de  çari'Ù>8j  pund-ti  à  côté  de  pavUdr-). 


NASALES  BT   LIQUIDES  131 

2)  Devant  élément  vocalique.  h)  tpm.  —  daçamd-s  : 
7»àda99m0  lat.  decîfnt^ 'dixième',  i.-e.  *c2e^md-«.  ^am^-^ 'qu'il 
Tienne':  V. h. a. coman 'venir',  ko^cpùd-am  :  zàpai'9m  gr.irôb-a 
lat.  pedem,  et  l^^®  pers.  sg.  da-am  :  v.  perse  ah-am  hom.  fj-a 
*eram'*).  b)  nn.  —  €m-udrdrs  :  zd  an-ùhrya-  'illégal',  gr.  àv-  etc. 
$  186, 3,  b.   sanért  'qu'il  gagne',  cf.  sàna-ti^  B.  «en-. 

Kem*  Les  Ir®"  pers.  pi.  ganma^  dganmahi,  jaganma  (cf.  gr. 
p^^c^iev)  ne  sont  pas  phonétiques.  Lieur  n  vient  partie  de  la  2e  pers. 
pi.  ganta  ganta  où  la  racine  contient  em  indo-européen  (cf.  àkema 
  côté  de  heia)t  partie  de  la  Ue  pers.  duel  gdnvahi  où  an  est 
issu  de  ni  (cf.  cinmds  pour  cinumâs  diaprés  cinvds.  Pins  difficile 
«st  la  question  de  savoir  ce  qu^est  devenu  pm;  il  y  faut  tenir 
compte  de  îianmâsj  vavanmâ,  açmanmdya-.  Probablement  il  con- 
vient de  ne  pas  tenir  ces  formes  pour  phonétiquement  correctes 
(v.  Hirt  Ablaut  19):  le  grec  aurait  Tétat  phonétique  avec  y^tamcv 
{cf.  T^Tova),  £KTa|Li€v  (cf.  ktcvûi).  Il  est  vrai  que  Ton  pourrait  admettre 
aussi  qu^en  indo-iranien  le  développement  de  la  voyelle  a  n*a  pas 
empêché  le  passage  de  la  nasale  dentale  à  la  labiale  et  que  Ton 
a  eu  ainsi  nm  (cf.  la  conservation  du  groupe  primitif  nm  en  indo- 
iranien);  quant  au  grec  t^aincv  il  pourrait  résulter  de  ^gegmmên 
{cf.  ^^  =  i.-e.  -Tim-  §320,  1,  a). 

180.  II)  Les  nasales  longues,  çdm^a-fi 'il  relâche' : 

gr.  KjiiiTÔç  (gr.  comni.  â),  cf.  çamni-te  (§  188, 1);  cf.  zd  ramya-t 

''il  reposait',  à  côté  de  skr.  ramna-ti.  Skr.  àta-  'cadre  de  porte', 

cf.  arm.  dr-and  'montant  de  porte',  lat.  anta,   Jchatà-s  'creusé', 

cf.  khani-târ-  'fossoyeur'.  — vata-s  partie,  vivasa-ti  désidératif 

de  vdna-ti  'il  se  prend  à  chérir'  vâni-tar-  :  v.  h.  a.  wunsc  'désir'. 

Jchâda-ti  'il  mâche,  il  déchire  des  dents',  cf.  lit.  Tcdndu  'je  mords', 

gr.  Kviubujv  'dent  d'épieu'. 

Rem.  Par  analogie  d^autres  formes,  les  suivantes  ont  reçu 
une  nasale  :  partie,  çàntâ-s  {çàmya-te),  vântâ-s  {vâmi-t  'vomit',  m.  pers. 
vâtàk  'salive*,  v.  Bartholomae  Woch.  f.  kl  as  s.  Phil.  1898  col. 
1058),  tântd'8  (tâmya-ti  'il  est  étourdi'),  dhvàntâ-s  (ddhvanî't  'il 
s'éteignit*)  et  d*autreb  pour  ^çdtd-s  etc.;  désidératif  jighàmsa'ti 
{ghâta-s  'tuant',  lit.  ginii  'défendre*)  etc.;  vàricha-ti  'il  désire'  (cf.  ci- 
dessus  vivâsa-ti).    Et  inversement  jAya4e  à  côté  de  jàtd-s.    Est-ce 

1)  Dans  les  deux  cas,  Tindo-iranien,  contrairement  au  grec, 
a  généralisé  la  forme  prévocalique  d'après  des  formes  telles  que 
âçta-fn  (Yinro-v)  et  àhàara-fn  (Iqpcpov).  Dans  saptd,  ndva,  ddça  c'est, 
au  contraire,  la  forme  préconsonantique  qui  a  triomphé,  sans  doute 
sous  l'influence  de  pdfUa  'quinque'. 


132  PHONÉTIQUE 

que  vdfnd'3  'cher'  (cf.  vàna-ii)  est  phonétique?    Sur  jânâ-ti  'il  con- 
natt'  V.  §  196  Rem.  1. 

190.  Grec.  I)  Les  nasales  brèves. 

1)  Devant  consonne  et  à  la  finale,  a)  tp.  —  pdOKE 
'va'  :  skr.  gdcchati,  R.  g^em-  (§  188, 1).  fi-iroi  'une  fois',  d-TtXôoç 
'simple'  :  skr.  sa-kft  'une  fois',  lat.  sim-plex  de  R.  *«em-  'en- 
semble, un'.  Ace.  Ttôb-a  :  arm.  otn  'pied'  (cette  forme,  qui  servait 
aussi  de  nominatif  a  provoqué  le  passage  de  ce  mot  à  la  flexion 
en  -n),  lat.  ped-em.  b)  9.  —  3®  pers.  sg.  prêt.  àîr-ëKTaxo  :  skr. 
dkaorta,  cf.  ktcivu)  'je  tue',  qpaxôç  :  skr.  haid-s  'frappé,  tué',  lit. 
giûcz(i8  'dispute',  R.  g^hen-  (cf.  §  197).  ïnaGov  je  souffris',  tiena- 
Guîa,  cf  ixénovQa  névGoç.  Supers,  pi.  hom.  X€X6tx-û<^i 'ils possèdent'  : 
skr.  dâd-ati  'danf,  v.  si.  dad-qtû  'dabunt';  hom.  i^arai  :  skr.  ds-ate 
'ils  sont  assis',  ôvo^a  :  skr.  ndma  lat.  nomen.  c)  ^.  —  baKCîv,  de 
R.  denk'  (§  186, 1,  c).  d)  j?.  —  KaK-iGrjç  'affamé'  cf.  k^tkci  •  Treivql 
Hés.  :  got.  huggrjan  'avoir  faim',  cf.  lit.  Jcankà  'supplice,  souf- 
france'.   èXaqppôç  :  v.  h.  a.  lungar  (§  188, 1,  d). 

W7  Vh  Wi  V^  (§  185  Rem.  !)•  ^aivu)  'je  vais'  de  *Pajuiiu> 
(§  166  Rem.  1)  de  R.  g^em-  §  186,  1,  a.  )ia(vojiai  'je  suis  fou*  : 
V.  si.  mînjq  'je  pense',  cf.  ^évoç.  Lesb.  Kraivu)  mais  att.  icreivuh 
'je  tue'.  T€KTa(vu)  je  charpente',  xéKTaiva  fém.  de  xëKTUJV  -ovoç. 
Kttivôç  'neuf  de  R.  qen-  §  253,  2.  Cf.  §  318,  2.  —  jiûvôç,. 
)idv6ç  'rare,  isolé,  clairsemé'  de  ♦jiavFo-ç,  cf.  arm.  manr  (thème 
manu-  de  *mnu'),  'petit,  isolément'.  Hom.  ixâvu)  'j'arrive'  de 
*\KavFu).  Cf.  §  157,  3,  a.  —  bdjivrmi  'je  dompte',  cf.  bajid-crai 
(2,  a)  lat.  domdre. 

Rem.  Part,  pcpaiiiç  (Pépa-)ui£v  pa(vuj),  inciiiaubç  (|Lié|Lia-|U€v  ^é|Liova> 
avec  le  suffixe,  -Fwç  étaient  des  innovations,  d*après  èoraiiiç  de 
♦éoToFiiiç  de  la  R.  stà-.  De  même  a-[F]oivoç,  à-[F]éKU)v,  d'après  d-T€Kvoç. 
etc.  (cf.  d-o5|uoç,  &-oto<;  pour  dv-obinoç,  fiv-oîoç). 

2)  Devant  élément  vocalique.  a)  mm.  —  xa^cîv,  de 
xëjivu)  'je  coupe'  :  v.  si.  tîmq  'je  frappe',  fijia,  cf.  à-ixai  (1)  et  €Îç 
de  *é^-ç  (§  166, 1).  bajid-aai  de  *d7pm^-,  cf.  bdjivrim  (1).  b)  pn.  — 
KTaveîv,  de  ktcivu).  ^avfjvai  de  ^aivo^ai  (1)  :  got.  munaip  'il  songe 
à,  il  veuf,  lit.  miné  'il  projetait',  v.  si.  mîné  'il  pensa'.  Gdva-xoç 
'mort'  de  *dAîjtç»e-,  R.  dh^en-^  skr.  ddhvanî-t  (§  189  Rem.),  fiv- 
iinroç  :  skr.  an-açvâ-s  'sans  cheval'  (§  186,  2).  KÙavoç  'sorte 
de  métal  sombre'  :  lit.  szvinas  'plomb'. 


NASALES  ET  LIQUIDES  133 

191.  II)  Les  Dasales  longues.  ve6-b^âToç  (Pindare) 
'^nonvellement  construit'  homér.  béb^rirai  :  lat.  materiês  de  *dma'f 
af.  bë^aç  cf.  Solrnsen,  Berl.  phiL  Woch.  1902,  col.  1140.  b^fiaiç 
<â  gr.  com.)  'le  domptage'  :  v.  h.  a.  zumft  (§  195),  skr.  dantd-s 
Compté'  (§  189  Rem.).  Qvr\T6ç  'mortel'  de  *eFvûT6ç  :  skr.  dhvantd-s 
*en  veloppé,  sombre'  (§  1 89  Rem.).  kWi^ti  (gr.  comm.  a)  'os  de  la  jambe'  : 
T.  irl.  cna^m  'os',  cf.  v.  h.  a.  hamma  'cuisse'  avec  -mm-  de  -»m-. 

192.  Lat.  I)  Les  nasales  brèves,  rp,  n  se  sont  con- 
fondus en  italique  commun  avec  em,  en. 

1)  Devant  consonne  et  à  la  finale,  a)  rp.  —  venio 
<le  ital.  comm.  *gffemio  :  osq.  kûm-bennieis  gén.  'conventus', 
R.  g^em-  (§  186,  1,  a),  centum  :  skr.  çatd-m  etc.  (§  186,  1,  a). 
t)ïcë{n)8imti8  de  ^vlcenssemo-s  :  béot.  FiKaaTÔ-ç  'vicesimus',  skr. 
vtmçati'8  'viginti'.  decem  :  skr.  ddça  etc.  (§  186, 1,  a),  b)  ç.  — 
cSnsus  (§  168, 4)  :  osq.  an-censto  Mncensa',  skr.  çastd-s  'dit,  loué' 
(§  188, 1,  b).  ènsis  :  skr.  asi-s  'épée'.  testa-mentum  :  osq.  tristaa- 
m  e  n t u  d 'testamento',  skr.  çrô-mata-m  etc.  (§  1 86, 1 ,  b).  juvencus 
:  ombr.  iuengar  pi.  Muvencae',  skr.  yuvaçd-s  m.  gall.  ieuanc  got. 
juggs  (§  159),  i.-e.  ^iu^n-Jco-s  ou  *iu^p'JcO'S  (§  162, 1),  ef.juventa 

=  ^iu^nta-  à  côté  de  "^iu^en-  'iuvenis'.  nOmen  :  skr.  nama  etc. 
<§  186, 1,  b).  c)  p.  —  dingua  lingua  (§309,d)  :  got.  tuggo  'langue', 
probablement  à  rapprocher  de  v.  sLjqzykû  'langue'  (avec  i.'e.^ffh) 
(Johannson  IF.  2,  1  sqq.,  J.  Schmidt  Kritik  77,  Bloomfield 
A.  J.  of  Ph.  16,  427  sq.).  d)  p.  —  inguen  (§  309,  d)  :  gr.  àbi^v 
^glande',  i.-e.  *^g^en'. 

2)  Devant  élément  vocalique.    Y.  lat.  semol  semul 

(êimul  d'après  similis  de  *semUis  §  330)  :  v.  irl.  samHl  'image' 

(=  ♦«pm-),  gr.  &^a,  cf.  *«em-  *som  (elç,  ô^aXéç).  V.  lat.  hemonem 

*hominem'  :  got.  guma  *homo'. 

Rem.  L*opinion  de  M.  Hirt  (Ablaut  18),  que  maneo^  ose- 
ombr.  an-  Un'  (cf.  v.  Planta  Osk. -ombr.  Gramm.  2,  469)  repré- 
sentent le  traitement  normal  de  yn  prèvocalique  et  que  venio  est 
pour  *vaniô,  me  semble  erronée. 

193.  Il)  Les  voyelles  longues,  materiês  :  gr.  b^â-, 
V.  §  191.  {g)natus  :  pél.  cruxtois  'natis'  ombr.  natine  'natione', 
skr,  jatd'S  (§  187).  gndruSf  narra  de  *gnaro  (§  314)  :  ombr. 
narcUu  'narrato',  lit.  pa-zintas  'connu'. 


134  PHONÉTIQUE 

iÔ4.  Germ.  I)  Les  nasales  brèves.  La  voyelle  u 
qui  s'est  développée  en  gérmaniqne  commttn  ne  se  distingnait  pas 
de  Vu  indo-européen  dès  cette  époque. 

1)  Devant  consonne  et  à  la  finale,  a)  tp.  —  Got. 
ga-qump8  'réunion',  v.  h.  a.  kumft  'venue',  v.  isl.  sam-kwnd  'ré- 
union' :  skr.  gâti-8  etc.  (§  188, 1,  a).  Got.  taihunda  v.  isl.  tionde  : 
gr.  bëxaTOç  Ht.  deszirfitas  v.  si.  desqtû  'decimus',  de  *dek7p 
(§  186, 1,  a).  Ace.  ags.  hnit-u  de  ♦-u»  (§  360,  5)  :  gr.  Kov(b-a 
'lente',  lat.  ped-em.  b)  n.  —  Got.  gamunds  v.  h.  a.  gimunt 
'souvenir'  :  skr.  mati-s  etc.  (§  187,  1,  b).  Got.  undar  v.  h.  a. 
uhtar  'sous'  :  skr.  ddhara-s  'celui  qui  est  dessous*.  Got.  munp^ 
V.  h.  a.  mund  v.  isl.  munnr  'bouche'  :  lat.  mentum  gall.  mant 
'pommettes',  cf.  v.  h.  a.  mindU  'mors*.  Suffixe  *-w»ja-«  =  i.-e. 
*-9-fco-»  ou  *p'ko-8  (§  162, 1)  par  ex.  dans  Greuthungi  des  auteurs 
classiques,  v.h.a.  Berhtung  v.isl.  Skiçldungar  :  lit.  -inkas  par  ex. 
dans  laukininkas  'paysan'.  Désinence  de  la  3®  pers.  pi.  -un  = 
i.-e.  -nt  par  ex.  dans  got.  berun  v.  h.  a.  barun  :  cf.  hom.  XeXôy- 
Xàai  etc.  (§  190,  1,  b).  Got.  kuni  (gén.  kunjis)  v.  h.  a.  kunni 
(gén.  kunn[i]e8)  'race'  (germ.  occ.  -nwj-  de  -ni  §  316),  R.  §en- 
'gîgnere'.  c)  ^.  —  V.  h.  a.  bungo  'botti^eon,  boule'  :  skr.  bahû-s 
'serré,  nombreux',  gr.  naxv-ç  'gros,  épais'  cf.  superl.  skr.  bànthistha-» 
zd  bqzah-  'grandeur',  v.  isl.  bingr  'tas',  d)  p.  —  V.  a.  h.  lungar  : 
gr.  èXacppôç  (§  188, 1,  d). 

8)  Devant  élément  vocalique.  a)  9pm.  —  Got.  *am*, 

V.  isl.  8umr  'quelqu'un'  :  skr.  8ama'  etc.  (§  186, 2,  a).   Got.  miduma 

fém.  'miHeà'  :  zd  maddma-  "medioximus'  indo-ir.  *fnadhama- 

(§  188,  2).    b)  nn.  —  Got.  munaip  :  gr.  èyxâyn]  etc.  (§  190, 2,  b). 

Got.  unwunand8  ^è  té  réjouissant  pas'  :  skr.  vanéma  'nou& 

voudrions  gagner',  cf.  R.  t^en-. 

Rem.  Au  lieu  de  got.  kunnum  *nous  connaissous'  (suffixe  de 
présent  -nu-)  dû  attendrait  "^kunum  (cf.  skr.  tanuté  §  186,  2,  b).  nn 
provient  partie  de  la  3«  pers.  pi.  kunnun  =  *^pnîf-ç^,  partie  de 
kunnan  =  *gf^n'i^f  tous  deux  avec  nn  de  nif,  (§  159,  3,  a). 

105.  Il)  Lesna^leslongues.  En  germanique  commun 
u  devant  nasale  +  consonne  provenait  probablement  d'un  abrè- 
gement de  û,  d'après  § 310,  b.  Got.kunps  v. h. a.  kund  v. isl. fcannr 
'connu'  :  lit.  pa-éïntas  *connu',  Got.  atrpa-kunds  'né  de  la  terre'  : 


NASALES  ET  LIQUIDES  185 

skr.  jatd-s  etc.  (§  187).  V.  h.  a.  tounsc  'désir'  :  skr.  vivasa-ti 
(§  189).  V.  h.  a.  zumft  fém.  "convenance,  ordre'  (cf.  zeman  'eon- 
yenif)  :  gr.  b\if\a\(;  (§  191). 

196.  Slave.  En  balto-slave  la  voyelle  développée  avait 
le  timbre  i  (mais  v.  maintenant  Pedersen,  KZ.  38,  386  sqq.). 

I)  Les  nasales  brèves. 

1)  Devant  consonne  et  à  la  finale.  Devant  tontes  les 
consonnes  (saof  i)  les  groupes  în  îm  du  slave  commun  devinrent  ç 
(§  172,  2y)  a)  fp.  —  V.  si.  éqstû  'épais'  :  lit.  Urhaztas  'bourré', 
cf.  kemszù  'je  bourre',  i^ti  "presser',  cf.  indicatif  êîmq{2).  desqtû  : 
lit.  deszifhtas  v.  prnss.  dessimis,  gr.  b^Karoç  etc.  (§  194, 1,  a).  Ace. 
kamen4  i  Ut.  dkmen-i  'pierre',  lat.  homin-em  etc.  (§  188, 2).  En 
baIto«sIave  'im  est  devenu  -in  (§  172, 1)  d'où  en  slave  commun  -i 
d'après  §  862, 6.  b)  ».  —  dev^tî  'neuf  :  lit.  demfltas  v.  pruss.  ne- 
vDïnts  gr. cïvaxoç ïvaroç  got.  niunda 'neuvième*,  skr. navati-8'90\ 
c)  tt.  —j^zyJcû  :  V.  pruss.  iTwww^w langue',  v,  §  192, 1 ,  c.  d)  p.  —  IqJcû 
'ayant  plié'  :  lit  link^^hcbé\  cf. v.sl.  Iqka^m^e^  lit.  lankà  'vallée', 

ri.  —  èînjq  'je  frappe,  je  tranche',  cf.  é^ti  (§  197).  mînjq 
*je  pense'  :  gr.  )yia(vo^ai  etc.  (§  190, 1). 

2)  Devant  élément  vocalique.  a)  rpm.  —  £ïmq  'je 
presse',  cf.  gr.  T^jyiu)  'je  suis  chargé',  tîma  'obscurité',  cf.  lit.  tisz* 
ternis  'obscurcissement',  R.  temr.  b)  nn.  —  pînq  'je  tends,  je  sus- 
pens' :  lit  pinû  'je  tresse',  cf.  v.  si.  o^pona  'rideau*,  tinûkû  'mince' 
(d'où  tûnûkû  russ.  tônJcij  §  330)  :  skr.  tanuka-s  tanû-s  'tendu', 
gr.  Tavu-TXwaaoç  'à  la  langue  allongée',  de  R.  ten-. 

Rem.  1.  Lit.  zinaû  'je  sais*  repose  sur  une  forme  i.-e.  *g^nâ'ti\ 
le  participe  était  'ZÏntas  (|  197);  la  forme  indo-iranienne  correspon- 
dante *ianà'ti  'il  connaît'  est  devenue  *iànà'ti  =  skr.  jânà-ti  par  in- 
fluence de  *iMd-s.    Cf.  Gr.  1>  p.  416,  Hirt  Ablaut  93. 

Rem.  2.  V.  si.  8ûto  '100'  est  selon  moi  emprunté  à  Tiranien 
(IZ.  1,  2^1  et  cf.  6.  Meyer  Alb.  St.  2,  13  sq.)  contrairement  à  TopiDion 
de  M.  A.  Meillet  (Mém.  8,  236.  10,  140).  lïgûkû  léger',  cf.  skr.  lagàû- 
etc.  (§  188,  1,  d)  est  inexpliqué  (malgré  Vondràk  A  ksi.  Gr.  73). 

197.  II)  Les  nasales  longues  sont  restées  distinctes 
des  brèves,  grâce  à  la  différence  de  leurs  intonations  :  serb.  "  = 
lit.  '  (§  64),  cf.  §  209.  V.  si.  iqti  serb.  âètiy  cf.  indic.  prés.  Sînjq 
(§  196, 1)  :  lit.  ginti  'défendre',  skr.  ghatas  'tuant';  mais  aussi  lit. 

1)  L^opinion  de  M.  Mikkola  BB.22, 250  sqq.  est  fausse,  à  mon  avisl 


136  PHOKàTIQUB 

gificzas  avec  ^  etc.  (§  190, 1,  b).   Cf.  aussi  lit.  pa-éintas  §  195, 
timsras  'alezan  brûlé'  à  côté  de  skr.  tantd-s  (§  189,  Rem.). 

IL  Les  liquides. 

198.  L-e.  I)  Les  liquides  brèves  r,/,  se  sont  main- 
tenues en  sanskrit  devant  consonne  sous  la  forme  r;  il  n'est  pas 
démontré  que  cet  r  soit  issu  d'un  groupe  indo-iran.  voyelle  +  r. 
L'accusatif  pluriel  des  thèmes  en  r  montre  mieux  que  tout  autre 
détail  que  V  r  appartenait  déjà  à  Tindo-iranien,  ainsi  dans  skr.  nrn^ 
nfmn  zd  ndr^S,  qui  a  été  refait  dès  cette  époque  sur  le  modèle 

des  accusatifs  de  thèmes  vocaliques. 

Rem.  1.  Sauf  pour  f ,  /  devant  %,  ainsi  qu'à  l'initiale  et  à  la 
finale  de  phrase,  et  pour  /r.  II,  qui  tous  ont  reçu,  au  cours  de 
leur  développement  postérieur  et  indépendant  dans  chaque  langue, 
une  voyelle  devant  la  liquide,  l'élément  vocalique  est  placé  sui- 
vant les  dialectes  après  ou  avant  l  et  r:  zd  9r,  arm.  ar,  lat.  or, 
lit.  t>,  mais  au  contraire  prâkrit  ri,  alb.  ri,  celt.  ri,  et  enfin  gr.  ap 
et  pa,  germ.  ur  et  ru,  La  double  représentation  en  grec  et  en 
germanique  n'a  pas  encore  pu  être  expliquée  de  manière  satis- 
faisante^ bien  qu'il  soit  clair  que  dans  plus  d'un  cas  la  position  de 
la  voyelle  dans  les  formes  étymologiquement  parentes  qui  sont  au 
degré  plein  a  déterminé  la  place  occupée  par  la  voyelle  déve- 
loppée secondairement  dans  les  formes  au  degré  zéro,  f  et  /.  (Cf. 
pourtant  par  ex.  gr.  bpaTÔç  malgré  bépw  bopd,  TéT[F]paT0ç  malgré 
Téaacpeç  Téropeç,  Kaprepôç  malgré  Kpéaauiv  xpcirriuv,  v.  isl.  strodenn 
partie,  malgré  serda  'être  débauché',  got.  paûrp  'village*  malgré  ags. 
prep).  Probablement  il  y  a  au  fond  de  ces  phénomènes  des  diffé- 
rences de  prononciation  indo-européennes.  Mais  de  plus  il  y  a  eu 
en  grec,  au  moins  partiellement,  des  faits  de  uiétathèse  comme  dans 
crét.  'AcpopbiTâ  de  'AcppobiTa  et  autres  (§  341,  2).  Consulter  sur  cette 
question  Gr.  Gr.^  86,  et  aussi  maintenant  Hirt  Ablaut  13 sq.,  IF. 
12,  232  sqq. 

Rem.  2.  Il  faut  noter  l'opposition  de  fn  et  r^^  devant  con- 
sonne dans  divers  mots,  par  ex.  skr.  d-kpita-t  de  kart-  'couper', 
grathUâ-8  c.-à-d.  *gr^th-  de  granth-  'nouer'.  Cf.  Zupitza  KZ. 
36,  54  sqq. 

1)  Devant  consonne  et  à  la  finale,  a)  r.  —  *inr- 
*mourir'  :  skr.  mrtd-s  'mort',  arm.  mard  'homme',  lat,  mortuoSf 
got.  maûrpr  v.  h.  a.  mord 'meurtre',  lit.  mirtis  v.sl.  sîi'inrîtî 'mort*, 
"^drîc-  Voir'  :  skr.  drsfd'S  'vu',  gr.  bpaxeîv  'voir',  alb.  drite  fém. 
lumière',  v.  irl.  drech  fém.  'figure',  v.  sax.  to7*ht  v.  h.  a.  zoraht 


NASALBS  BT  LIQUIDES  137 

<§  313,  2,  a)  *clair'.  Loc.  pi.  skr.  pitf-su  gr.  irarpà-m,  got.  dat. 
pi.  fadru-m^  cf.  pitdr-  TraTTJp  fadar  'père',  b)  /.  —  ^vlq^o-s 
^ollp'  :  skr.  vfka-s,  go  t.  wulfs,  lit.  vâkas  v.  bL  vlûkû.  Skr.  mrdû-s 
^ou',  gr.  àjuiaXbôvu)  'j'amollis,  j'affaiblis'  pXabapôç  'flasque',  lat. 
moUis  de  *moldyis. 

2)  Devant  élément  vocalique.  a)  rr.  —  Skr.|)terd« 
jpwrd  zd  paro  para  'devant',  gr.  nàpoç  'devant,  avant',  got.  faûr 
faûra  'avant,  devant'.  *g^rré'ti  'il  avale'  :  skr.  girâti  gïLati,  zd 
opt.  2®  pers.  sg.  jarOis,  v.  si.  éiretû\  gr.  pdpaGpov  'gouffre, 
^abîme'.  b)  II,  —  Skr.  tulâ  'balance',  gr.  ràXâç  'souffrant',  lat.  aU 
tulat  (§  204,  2,  b.  348, 1, 1,  b),  got.  pulaip  'il  souffre'.  Skr.  prd 
■sulati  'il  fait  entrer  d'une  poussée',  gr.  dXëaOai  'sauter,  s'élancer', 
Jat.  salebra. 

109.    II)  Les  liquides  longues  n'apparaissent  plus 

nulle  part  sans  altérations. 

Rem.  II  y  a  lieu  peut-être  d*admettre  une  double  représen- 
tation en  grec  (pui  et  op),  italique  {râ  et  ar),  celtique  {rd  et  ar)  et 
germanique  (ur  et  rû)^  qui  reposerait,  comme  le  double  traitement 
xles  brèves  correspondantes  (§  198  Rem.  1),  sur  une  différence  de 
prononciation  en  indo-européen. 

a)  f .  —  Skr.  stirnd'8  'répandu,  épandu',  zd  star^ta-  'cou- 
vert', gr.  (TTpujTÔç  'stratus',  lat.  stratus.  Skr.  pûrva-s  'le  premier, 
l'antérieur' ^ôrryd-«  'primus',  (sur  att.  irpoiroç  dor.  irpSTOÇ  'primus' 
V.  §  447,  1),  a\b.  pare  'primus'  de  *pary,0'Sy  lat.  prandium  de 
*pram'[é\diO'my  lit.  pirmas  'primus'.  Dor.  ion.  T€Tpu)-K0VTa  lat. 
-quadra-ginta,  i.-e.  *q^etuf'  (§  184).  b)  /.  —  ^pînô-s  :  skr. 
pûrnd'S  'rempli',  v.  irl.  lan  got.  fulls  lit.  pilnas  v.  si.  plûnû 
serb.  pûn  'plein'.  *yîna  laine'  :  skr.  ûrna  de  *vilrna  (§  156), 
lat.  lana  de  *vlana  (§  158, 1),  got.  wulla,  lit.  vilna  v.  si.  vlûna 
.serb.  vûna.  Skr.  murnd-s  'écrasé',  v.  irl.  mlaHh  'tendre',  got. 
mulda  'poussière,  terre',  lit.  mïltai  pi.  'farine'. 

200.  Skr.  Sur  le  passage  de  r  à  7  dans  les  langues  indo- 
draniennes  v.  §  175. 

I)  Les  liquides  brèves. 

1)  Avant  consonne,  indo-iran.  r  s'est  maintenu  en 
49anskrit  (§  198).  Dans  TAvesta  il  apparaît  généralement  sous  la 
forme  9r;  quant  à  l'interprétation  des  signes  correspondants  du 
Tieux  perse,  elle  est  incertaine  (nous  écrivons  (a)r)  ;  sur  les  phonè- 


138  PHONÉTIQUE 

mes  de  l'iraDien  ancien  v.  en  dernier  lien  Bartholomae  IF.  9^ 
261  eqq.,  Foy  KZ.  35;  13 sq.,  Hâbschmann  KZ.36,  lôôsqq.  a)r.  — 
prcchd-H  :  zd  p9r*sa*H  'il  demande'  t.  perse  snbj.  p{a)r9atiy  'qn'lF 
demande',  arm.  karçanem  *je  demande',  lat.  poêco  de  '^poif\ê)i$c(y 
(§  180, 1),  V.  h.  a.  forsca  'recherche',  lit.  pifêzti  'demander  eo 
mariage  pour  quelqu'un',  R.  prek-.  bhrti-f  'action  de  porter,  soin'  i 
lat  fors  fortéj  v.  irl.  hrith  'port',  got.  ga-haûrps  'naissance',  b)  /.  — 
prthû'8  'large'  prthivt  'terre'  :  zd  pdf^êu-ê  ann.  loin  r.  irl.  lethaf^ 
large',  v.  sax.  folda  'terre'. 

Changements,  a)  uparsati  'il  met  en  perce'  de  upa+rsdtiy^ 
comme  upenita-s  i*upainiia-s)  Iserré'  de  upa+inita-s,  —  b)  rm 
c.-à-d.  r  nasalisé  de  r«,  v.  §  164, 3.  —  c)  *-r£  (î.-e.  ^-rz)  est  derena 
♦rr,  puis  'ur  :  gén!bhrâtur  (§  278.  352,  k  354  Rem.),  d)  r£d(h) 
est  deyenn  f4(h),  par  ex.  mfçlîkd^m  'gr&ce,  pardon'  =  zd  m9r^&- 
dïkdm.  Cet  f,  celui  des  gén.  pi.  nfnâm  'yirorum',  i^i^rnâm 'patnun" 
et  d'autres  analogiques  des  f  et  â  de  -fiMlm,  -unam  étaient  encore 
intacte  à  l'époque  védique  ancienne,  mais  se  sont  changés  ensuite 
en  r  par  l'effet  d'une  altération  interne  (c'est  pourquoi  on  lit, 
dans  les  textes  védiques,  mr^îkdm^  npfàm  qui  sont  contraire» 
au  mètre).  L'analogie  a  maintenu  pourtant  f  dans  pitfnam 
(à  côté  de  "inOm,  -unam)  et  d'anires.  Cf.  Gr.  1  ^  p.  458  sq.^ 
Bartholomae  ZDMG.  50,  682  sqq.  —  e)  r  apparaît  dans  les- 
prâkrits  sous  la  forme  rt,  Vr  du  groupe  s'assimile,  à  la  con- 
sonne précédente:  prftkr.  riûcha-  =  fksors  'ours',  giddha-  ^ 
gfdhra-s  'avide'  (Gr.  1  •  p.  459,  Pischel  Gramm.  48  sqq.). 

Rem.  On  ne  sait  au  juste  ce  qu'il  est  advenu  de  i.-e.  f%  f^. 
Des  formes  comme  opt.  btbhfyâ-ty  partie.  cakfvdS'  semblent  avoir 
été  des  produits  de  Tanalogie.  A  côté,  on  a  d'une  part  des  formes- 
telles  que  opt.  knyâ't  cakriyà-t,  où  IV  peut  être  indo-européen,  d'autre 
part  des  formes  comme  opt.  kuryd-t,  l^e  pers.  duel  kurvds,  dont  IV 
semble  remonter  à  Tindo-iranien.    V.  Gr.  1<  p.  4&8,  HirI  IF.  7,  147. 

2)  Avant  élément  voealique  tr,  ur,  zd  v.  perse  ar; 
ur  s'est  développé  après  des  consonnes  d'articulation  labiale,  maia 
apparaît  aussi  quelquefois  par  ailleurs  (cf.  ûr  §  201).  a)  p'.  — 
tiras  :  sd  tare  v.  perse  tara^-  'à  travers,  par  dessas';  tirâ-ti 
*û  passe  à  travers*  à  côté  de  la  forme  à  degré  e  tdra^ti. 
giri-s  :  zd  gxjM-ë  'montagne',  lit.  gïria  'forêt',  cf.  v.  si.  gor^a 
'montagne'.    cakr4ré  :  zd  éaxr^rej  3®  pers.  moy.  parf .  de  kar^ 


NA8ALBS  ET  LIQUIDES  139 

'faire',  cf.  plus  bas  -ur  =  zd  -ar'.  irasyd-ti  'il  est  en  colère*,  cf. 
gr.  fyï'Ç  'dispute*»  purâs  :  zd  paru  etc.  (§  198,  2,  a),  b)  IL  — 
htranya-m  :  zd  zaranim  'or*,  cf.  r.  si.  zelenû  'tert*.  purû-a  : 
V.  perse  paru-  'beaucoup',  cf.  got  filu  'beaucoup*. 

A  la  finale  la  forme  usitée  devant  élément  vocalique  a 
été  parfois  généralisée,  par  ex.  as-ûr  :  zd  diBh-ar^  'ils  ont  été*. 

201.  II)  Les  liquides  longues  apparaissent  comme  ir  ûr, 
zd  et  V.  perse  ar;  ûr  répond  à  ur  §  200,  2.  a)  f .  —  dîrnà-s 
'décbiré'  :  zd  dar^na-  'déchirure*,  v.  h.  a.  zorn  'colère,  dispute*, 
lit.  dirti  'écorcher*  serb.  dro  'il  a  déchiré'  (si.  comm.  *dîrlu). 
trsya-ti  :  zd  ar^SyeHi  'il  est  jaloux*,  cf.  gr.  fpa-Tai  'il  désire*. 
tûrtd-8  de  Hy^ûrid-s  (§  156, 4)  :  zd  ûtooéa-  (de  ^ûtoarta-)  'pressé', 
cf.  skr.  tvdra-te  'il  se  hâte*,  b)  /.  —  dirghd-s  zd  dar^ya-  v.  perse 
darga-  y.  si.  dlûgû  serb.  dûg  'long',  got.  tulguê  ferme*,  cf.  gr. 
èv-beXexnç  'q^î  ^^^^  8*^ns  interruption*  (§  215,  2,  b).  ûrmi-s  de 
*ffurmi-8  (§  156,  4)  :  zd  var^mi-S  'vague*,  cf.  v.  h.  a.  wallu  'je 
me  soulève*. 

Rem.  Partout  f  est  d'origine  récente  en  sanskrit;  jamïils  il 
ne  représente  ni  f  ni  /  indo-européen.    V.  §  200,  1  p.  198. 

202.  6r.  I)  Les  liquides  brèves,  ap,  aX  et  pa,  Xa; 
ces  derniers  groupes  ne  se  sont  développés  que  devant  consonne. 
Cf.  §  198  Rem.  1. 

1)  Devant  consonne  et  à  la  finale,  a)  r.  —  Kapbiâ^ 
ion.  Kpabiîi  :  lat.  cor  cord-is  v.  îrl.  cride  v.  si.  srîdïce  'cœur*, 
bâpoiç  'mue*,  bparôç  baprôç  'écorché'  :  skr.  dfti'S  'outre  de  cuir*, 
got.  ga-taûrps  'destruction*.  bpd0<TOjiat  'je  saisis^  bpdS  (pi.  bdpxcç) 
'main*,  bpax^i^  arc.  él.  bapxjid  ^drachme*  :  skr.  dfhya-ti  'il  est 
ferme*,  lit.  dirszià  'je  durcis*  v.  si.  drîzûkû  'hardi',  R.  dergh-. 
b)  /.  —  pXdp?!  'dommage*  :  skr.  nifc-  'dommage*,  lat.  mulcaref 
V.  si.  u-mlûéiti  'dompter*.  El.  d-FXavëu)ç  'tous  ensemble',  cf. 
FeX-  dans  homér.  cTXcoOai  'se  presser'.  -1T{1rXa^ev  :  skr.  pipr^mds 
'nom  emplieflOBS*  (1'  pers.  sg.  piparmi\  Lesb.  0TâXXâ  att  0tiiXt) 
'colonne*  de  ^crraXvâ  :  v.  h.  a.  atoUo  'appui,  montant*  (§  166,  6). 

a  apparaît  régulièrement  devant  la  liquide  à  Tinitiale  de 
phrase,  à  la  pause  et  devant  î  et  }f.  a)  âporiv  'mâle'  :  skr.  rsa- 
bkd'3  'taureau',  cf.  ion.  lp<îr\v.  àpfôç  'brillant*  :  skr.  rjrd-s  'rou- 
gefttre*.  —  b)  fj^ap  'jour*,  cf.  f^ëpâ  |iiia€|iPpiâ.  —  c)  (Tiratpui 


140  PHONÉTIQUE 

^(TTraipuj  'je  me  débats'  de  ^atrapiu)  :  lit.  spiriû  'je  pousse  dn  pied'. 
6mp6ç'gond  de  porte'  de  *8Fap-io-ç  :  v.  si.  dvîri  pi.  'porte'.  OKdXXuj 
'je  hache'  :  lit.  skiliù  'je  bats  le  briquet'.  —  qpâpoç  qpâpoç  'manteau, 
voile'  de  *<papFoç  (§  157,  3,  a)  :  lett.  burwes  pi.  'petite  voile* 
(§  185  Rem.  3),  cf.  q>op^6ç  'tapis  de  natte'. 

2)  Devant  élément  vocalique.  ap,  aX.  a)  rr.  — 
gapùç  :  skr.  gurû-s  zd  go^'m-  (indo-iran.  *garu')  got.  kaûru-s 
*lourd'.  Kdpûvov  :  skr.  ciras-  zd  sarah-  'tête',  arm.  sar  'hauteur'. 
TTTapeîv  'étemuer',  cf.  irTÔpo-ç.  aq>apaTéo^ai  'je  tombe  dru',  cf. 
skr.  sphûrja-ti  'il  tombe  dra'  (§  201).  b)  /Z.  —  KaXid  'hutte,  nid'  : 
skr.  Jculéya-m  'repaire,  nid',  got.  hulundi  fém.  'caverne'.  PaXeîv 
'jeter',  cf.  pëXoç. 

Eol.  o  de  a  dans  KopTcpd  et  autres  §  309,  c. 

203.  II)  Les  liquides  longues,  a)  f.  —  arpujTÔç, 
TcxpiÛKOvra  v.  §  199.  ppuirrip  'glouton'  :  skr.  gîrnd-s  'avalé', 
lit.  girtas  'ivre',  cf.  pdpa-0pov  arc.  Cëpe-Gpov  'gouffre'.  irpiûE 
*goutte',  cf.  TTcpKvôç  'tacheté'  TrpaKvôç  'noir'.  Tidipuiç  'patruus'  de 
*TraTpu)F(o)-i).  b)  /.  —  pXwGpôç  'de  haute  taille'  :  skr.  murdhdn" 
'hauteur,  tête',  cf.  jiéXaOpov  'toit'. 

A  côté  de  pu),  Xu)  il  faut  probablement  reconnaître  aussi  op, 
oX  comme  représentants  de  f ,  /  (§  199  Rem.),  par  ex.  dans  KÔpori 
'tête,  tempe'  :  skr.  çirsà-m  'tête',  cf.  Kdpâvov  §  202,  2,  a;  TOpïdç 
'effrayant'  :  v.  irl.  garg  'rude,  sauvage'  à  côté  de  v.  si.  groza 
*horror';  [FJopOéç  'droit'  ôpOpoç  'raube'  :  skr.  [v]ûrdhvd'S  'droit' 
(§  156,  4);  'AnaTOÙpia  de  ♦à-TtaTopFia  (cf.  Schulze  Qu.  ep.  79) 
à  côté  de  TtdTpwç  (v.  ci-dessus);  TroXXrj  de  *7roX[F]-iâ  (§  157,  5)  : 
skr.  purvi  fém.  'multa'.  ôp-  à  Tinitiale  de  phrase  :  6p8at  'se 
lever'  (vé-opTOç  'créé  nouvellement')  :  skr.  irnd-s  'mis  en  mouve- 
ment, haussé',  cf.  dp-  =  r-  §  202,  1. 

204.  Lat.  I)  Les  liquides  brèves. 

1)  Devant  consonne  et  à  la  finale  or,  61  depuis  Tépo- 
qae  de  l'italique  commun,  a)  r.  —  vorsus  :  ombr.  trahuorfi 
'transverse',  skr.  vrttd-s  'versus',  v.  irl.  frith  'contre,  vis-à-vis', 
V.  h.  a.  wurtum  'nous  devînmes'  lit.  vifsti  'tomber  à  la  ren- 


1)  Les   rapprochements   de  Ehrlich  KZ.  38,  16  sq.  sont  bien 
douteux. 


NASALK8   ET  LIQUIDES  141 

verse',  v.  si.  vrïtéti  Vertere'.  portu-s  porta  :  zd  hupdr^dwi  fém. 
'qui  a  un  boa  gué',  gaul.  ritu-  v.  h.  a.  furt  *gué'.  cornus  :  gr. 
Kpavoç  'cornouiller'.  A  la  finale,  -ur  issu  de  -or  (§  348, 1,  2,  b)  : 
ftmur^  cf.  gr.  fj^ap  (§  202,  1).  b)  /.  —  molta  multa  (muleta)  : 
osq.  moltam  'multam',  cf.  mulcare  (§  202,  1,  b).  mollis  :  skr. 
mrdû'8  etc.  (§  198,  1). 

Rem.  1.  La  question  de  savoir  si  fj,  li  ont  donné  ori,  oli 
(înorior)  ou  bien  ar%,  ali  {paria,  salio)  semble  tranchée  par  folium 
s=  (piiXXov,  dont  la  forme  primitive  paraît  avoir  été  ^phUo-m  (pour 
Tu  cf.  §  185  Rem.  3)  et  qui  déciderait  en  faveur  de  or%y  oli.  ^u  ce  cas. 
Va  de  pario,  salio  est  celui  de  paris,  scdls  etc.  Cf.  Gr.  1  ^  p.  467, 
Sommer  La  t.  L.  nnd  FI.  55. 

Rem.  2.  Présentent  un  ur  italique  commun  (§  185,  Rem.  3)  : 
gurdus  de  *guurdo8  :  gr.  ppabOç  'lent,  lourd';  urgeo  de  *uurgeô,  cf. 
lit.  verziù  'je  presse,  je  serre'  (§  158,  5,  c). 

2)  Devant  élément  vocalique  ar,  aZ.  a)  rr.  —  caro: 
ombr.  karu  'pars',  gr.  Kapfjvai  'être  coupé,  rasé'  v.  irl.  scar^im 
'je  sépare',  v.  h.  a.  gi-scoran  'tondu',  lit.  at-shirai  adv.  'séparément', 
cf.  gr.  Kcipu).  parënsy  cf.  lit.  periii  'je  couve',  haru-spex  :  skr. 
hird  'veine',  varus  varulus  :  lit.  viras  'blatte',  marîtus  de 
*man  'jeune  femme',  cf.  gr.  juieîpaJ.  b)  II.  —  salix  :  v.  irl.  8a*l 
'saule',  cf.  gr.  éXiioi  'saule',  palea  :  gr.  TiaXtïvu)  'je  répands',  cf. 
lit.  pdûs  plur.  'débris  de  céréales',  saluos  salvos,  sains  :  ombr. 
saluuom  saluom  'salvum',  cf.  lat.  sollus  gr.  ôXoç. 

205.  II)  Les  liquides  longues  sont  devenues  r^i, 
la  en  italique  commun,  a)  f .  —  stratus ^  quadragintay  prandium 
V.  §  199.  gratus  :  skr.  gûrtà-s  'bienvenu',  m.  irl.  grad  'amour', 
lit.  girti  'louer',  radîx  de  *^radîx  (§  158,  1)  :  got.  waûrts 
'racine',  cf.  gr.  [idbajivoç  'rejeton',  crabro  de  *crasrô  (§  290,  2)  : 
V.  h.  a.  horna^  lit.  szirszû  (szïrsz)-)  v.  si.  srîsenî  serb.  sfSljên 
*bourdon'.  b)  /.  —  lana,  v.  §  199.  clamo  :  ombr.  an-gla-  'oscen', 
cf.  gr.  KaXéu)  'j'appelle',  cladês  :  lit.  Jcùlti  'battre  (des  céréales)' 
(§  185  Rem.  3),  cf.  KXabàcrai  -  aeîaai  (Hés.).  stlatus  latus,  cf. 
V.  si.  steljq  'sterno'. 

De  plus,  il  est  probable  que  ar,  al  =  f,î  en  italique  commun 
(§  199  Rem.),  par  ex.  dans  pars  :  gr.  néirpuiTai  11  est  donnée 
fixé',  cf.  portio  ;  partus  ombr.  Propartie  'Propertii',  cf.  parêns 
(§  204, 2);  V.  lat.  maZ^â^ 'molles'  ombr.  comatir  'commolitis'  (-mat' 


142  PHONÉTIQUE 

de  -maU')  :  skr.  mUrf^-a  etc.  (§  199,  b);  palma  :  v.  irl.  lûm 
V.  h.  a.  folma  'main',  cf.  gr.  TiaXà^Ti  'paume\  Mais  il  faut  noter 
qu'en  partie,  par  ex.  dsins  palma,  ii  se  pourrait  que  Ton  eût  affaire 
4  i.-e.  }ld,  dont  la  seconde  syllabe  aurait  été  syncopée  (§  345, 1, 1  ). 

306.  Germ.  La  voyelle  secondaire  avait  en  germanique 
commun  le  timbre  u  et  s'est  confondue  avec  u  primitif.  En  ger- 
manique occidental  et  septentrional  u  est  devenu  o  §  330,  1,  a. 
Got.  aûr  de  ur  §  309,  b. 

I)  Les  liquides  brèves.  1)  Devant  consonne  et 
à  la  finale.  Pour  Talternance  de  ur,  ul  et  de  ru,  lu  v.  §  198 
Rem.  1.  a)  r,  —  Got.  paûrsus  v.  h.  a.  durri  v.  isl.  purr  'sec'  : 
skr.  tfsû'S  'assoiffé',  gr.  xapaôç  et  xapaid  Tpaaid  'sécheresse',  cf. 
gr.  Tépao^ai.  Got.  toaûrkja  v.  h.  a.  u)urch{i)u  'j'agis'  :  zd  v9r^- 
zyeHi  'il  agit',  cf.  gr.  îpTov.  Got.  fotu-baûrd  'planche  pour  les 
pieds'  m.  h.  a.  bort  'planche',  cf.  v.  h.  a.  bret  'planche'.  Got.  tru- 
dan  V.  isl.  troda  'fouler'  v.  h.  a.  trotta  'fouloir,  pressoir',  cf.  v.  h.  a. 
tretan  'fouler  aux  pieds'.  Got.  bruJcans  v.  h.  a.  gi-broJihan  partie, 
parf .  de  brïkan  bréhhan  'briser'.  Got.  ufar4rusnjan  'couvrir  en 
répandant'  v.  h.  a.  trosena  'faex',  cf.  v.  h.  a.  er-druasnita  'defae- 
eaverat',  gr.  bpôdoç  'rosée'.  Got.  fadrum  ags.  fasdrum  v.  isl. 
fedrom  'patribus'  :  bkr.  pUr-su  etc.  (§  198,  1,  a),  b)  /.  —  Got 
tcuifs  V.  h.  a.  wolf  V.  isl.  ulfr  'loup'  :  skr.  vfka-s  etc.  (§  198, 
1,  b).  Got.  dulgs  'faute'  :  v.  irl.  dliged  'devoir',  v.  si.  dlûgû  'dette, 
devoir'.  Got.  hulja  v.  h.  a.  hull{i)u  'j'enveloppe',  cf.  v.  h.  a.  helan 
cacher'.  Y.  h.  a.  gi-flolitan  part.  parf.  deflehtan  'tresser'.  2)  D  e  v  a  n  t 
élément  vocalique,  ur,  uL  a)  pr,  —  Got.  faûra  v.  h. a.  fora 
Mevant,  avant'  :  skr.  purd  etc.  (§  198, 2,  a).  Got.  baûrans  v.h.a. 
gi'boran  v.  isl.  borenn  part,  parf.,  cf.  got.  bairan.  b)  IL  —  Got. 
huhindi  f ém.  'caverne',  v.  h.  a.  hol  v.  isl.  hoir  'creux'  :  skr.  Jculdya-m 
€tc.  (§  202,  2,  b).  Got.  stulans  v.  h.  a.  gi-stolan  v.  isl.  stolenn 
partie,  parf.,  cf.  got.  atUan  'voler'.  Y.  h.  a.  toi  tulisc  'fou'  germ. 
comm.  '^d[y]ula'  (§  159),  cf.  ags.  je-dwdan  'se  tromper',  got. 
dwaU  'fou'. 

207.  Il)  Les  liquides  longues  semblent  être 
devenues  ur,  uL  (de  ûr,  tiZ,  §  310)  en  germanique  commun. 
Ont  déjà  été  cités  got.  fuUsy  wulla,  mulda  §  199,  v.  h.  a.  zorn 
%  201,  got.  waûrts,  v.  h.  a.  homas  folma  §  205.    On  y  doit 


NASALES  ET  LIQUIDES  148 

ajouter,  entre  autres,  got.  kaûrn  v,  h.  a.  kom  'grain'  :  skr.  jîr- 
^ut-s^mouW,  lat.granumy  y.  irl. ^an 'grannm',  lit. iimitf 'lentille' 
T.  d.  zrïno  serb.  zrno  'grain'. 

Rem.  1.  Les  exemples  ne  sont  pas  tout  à  fait  sûrs.  Par  ex. 
fuUs  pourrait  aussi  contenir  /,  cf.  skr.  -p^na-s  zd  -J99r^na-  (§  213, 1,  f,  b). 

Rem.  2.  On  trouve  un  degré  rû  correspondant  à  ru  =  f  dans 
le  got.  brûps  'fiancée',  au  cas  où  ce  mot  appartient  à  la  même 
racine  que  le  lit.  marû.    Cf.  §  199  Rem. 

208.  Slave.  Le  timbre  de  la  voyelle  secondaire  était 
<îelui  de  i  en  balto-slave  (mais  v.  maintenant  Pedersen,  KZ.  38^ 
386  sqq.). 

I)  Les  liquides  brèves  étaient  en  balte-slave  ir,  U,  d'où 
«ont  issus  en  slave  commun  ir,  Il  (cf.  §  72)  dont  Vï  transformait 
les  A:  et  ^  précédents  en  (5  et  i  d'après  le  §  316,  aussi  bien  que  le 
faisait  Yi  indo-européen  (v.  ci-dessous  des  exemples).  1)  Devant 
-consonne  (sauf  devant  |)  ir  et  îl  sont  devenus  en  vieux  slave 
proprement  dit  (dialecte  macédonien)  r  et  /  que  Ton  écrivait  rïj  lî, 
rûf  lûf  par  ex.  crînû  érunû  =  crnû.  Cf.  Leskien  Handbuch' 
29  sqq.,  Vondrâk  Aksl.  Gr.  88  sqq.  Nous  écrivons  rî  et  lu  parce 
qu'en  ce  dialecte  /  était  probablement  vélaire.  a)  r.  —  V.  si. 
crînû  :  v.  pruss,  Jcirsna-  skr.  krsnd-s  'noir',  vrïba  'saule'  :  lit.  virba^f 
''verge',  gr.  ^dpboç  'verge,  canne',  éetvrîtû  :  lit.  ketviftas  gr. 
T€TpaTOç  'quartus'.  b)  /.  —  vlûkû  :  lit.  vûk^  partie,  'ayant  tiré', 
cf.  prés.  V.  si.  vlékq  lit.  velkU.  zlûtû  'jaune'  cf.  lit.  geîtas.  2)  D  e- 
vant  élément  vocalique,  îr,  îl  ont  subsisté  envieux-slave. 
*)  r^*  —  V.  si.  mîrûsi  :  lit.  mirusi  fém.  'mortua',  prés.  v.  si.  mîrq 
"morior'.  stîrq  'je  tends'  :  skr.  tistiré  'il  a  été  répandu',  b)  II.  — 
iîlo  'sol'  :  breton  mod.  tcd  'front',  cf.  v.  si.  tîlja  'sol',  lit.  tiUs,  gén. 
tïliu  lattes  de  plancher',  lat.  tellûs.  zîlûva  serb.  zaova  :  gr.  toiXu)ç 
"sœur  du  mari'. 

209.  II)  Les  sonantes  longues  sont  restées  distinctes 
-des  brèves,  grâce  à  leur  intonation  différente:  serb.  *  =  lit.  ' 
<§  64),  cf.  §  197.  V.  Blplûnû  serb.^w»,  vlûna  vûna  v.  §  199, 
df-Oy  dlûgû  dûg  §  201,  srîéenï  sréljèn  §  205,  zrîno  zhfio  §  207. 
Serb.  gflo  russe  g&rlo  'gorge'  :  lit.  gurklgs  ace.  gûrkli  'pomme 
d'Adam'  (§  185,  Rem.  3). 


144  PHONÉTIQUE 

Alternances  vocaliqaes^). 

210.  Par  alteiDaDces  on  entend  des  différences  de  quan- 
tité ou  de  timbre,  éventuellement  aussi  d'accentuation,  entre 
des  éléments  vocaliques  de  diverses  formes  étymologiquement 
et  morphologiquement  parentes,  en  tant  que  ces  différences- 
remontent  à  des  distinctions  articulations  existant  déjà  en  indo- 
européen. Des  différences  de  ce  genre  se  rencontrent  par  ex.  dans 
la  racine  de  gr.  9épu)  :  qpôpoç  :  9U)p  (?)  :  qpap^Tpâ  :  bi-9poç  et  dans^ 
le  suffixe  de  gr.  Trdxepeç  :  eà-Traxopeç  :  Trairip  :  eù-nàTUJp  :  TraTpdcTi. 
Nous  distinguons  donc  Talternance  de  quantité  (par  ex.  iraTëpcç  : 
iraTrjp)  et  raltemance  de  timbre  (par  ex.  (pépix)  :  q>6poç). 

Si  Ton  veut  coordonner  systématiquement  les  phénomènes- 
d'alternance,  on  se  trouve  immédiatement  en  présence  de  la  ques- 
tion de  leur  origine.  On  reconnaît  facilement  que  ralternance 
de  quantité  repose  pour  la  plus  grande  partie  sur  la  réduction 
plus  ou  moins  forte  des  éléments  vocaliques  dans  les  syllabe» 
inaccentuées  et  sur  des  déperditions  de  son  d'où  provient  tantôt 
l'abrègement,  tantôt  la  perte  de  ces  syllabes  :  par  ex.  l'^  plur. 
Htnés,  skr.  imâ^  'imus*  de  *eimé8f  cf.  *éimiy  skr.  émi  ^eo';  *8ma8, 
skr.  smds  ^sumus',  de  *esmé8,  cf.  *ésmij  skr.  demi  'sum'.  En  outre, 
des  influences  phonétiques  d'autre  nature  apparaissent  si  l'on 
étudie  de  plus  près  les  alternances.  Mais  il  reste  encore  bien  des 
obscurités,  et  sur  plus  d'un  point  il  en  restera  sans  doute  toujours, 
ne  serait-ce  que  parce  qu'il  s'agit  ici  d'uu  point  de  la  'préhistoire* 
de  la  'langue  indo-européenne',  c.-à-d.  d'une  période  dans  laquelle 
les  changements  linguistiques  échappent  pour  nous  à  tout  con- 
trôle rigoureux.  Toutefois  l'on  peut  dès  aujourd'hui  essayer, 
même  dans  un  livre  comme  celui-ci,  de  résumer  systématiquement 
certaines  parties  de  l'évolution  historique  des  alternances. 

211.  Là  où  deux  formes  alternent  entre  elles,  il  ne  s^agit 

pas  toujours  du  rapport  d'une  syllabe  unique  à  une  autre.    Ces 

1)  Les  principales  études  récentes  sur  les  alternances  vocaliques 
sont  les  suivantes:  Bartholomae  BB.  17,  91  sqq.,  Eretschmer  EZ.  31, 
325 sqq.,  Bechtel  Hauptprobl.,  Streitberg  IF.  3,  305 sqq.,  Hirt  IF. 
7,  138  sqq.,  185  sqq.,  8,  267  sqq.,  10,  20sqq.,  12,  195  sqq.,  PBS.  Beitr. 
23,  288  sqq.,  Der  idg.  Ablaut  (Strassb.  1900),  Buck  A.  J.  of.  Phil. 
17,  267  sqq.,  445  sqq.,  HUbschmann  IF.  Anz.  11,  24  sqq.,  Fortunatov^ 
EZ.  36,  38  sqq. 


ALTERNANCES   VOCALIQUES  145 

par  ex.  la  première  syllabe  de  *bhût6  8,  skr.  bhûtd-s  ('été') 
répond  originellement  aux  deux  premières  syllabes  de  *bhéudtu-my 
skr.  bhdvitum  'être',  e.  à  d.  que  le  û  de  cette  forme  est  sorti  d'un 
élément  dissyllabique  du  mot.  Ces  éléments  de  mot  (ou  aussi 
ces  mots  entiers),  monosyllabiques  ou  dissyllabiques,  qui  ont  subi 
à  Tépoque  indo-européenne  les  modifications  dues  aux  facteurs 
spéciaux  des  alternances,  ne  coïncident  pas  en  principe  avec 
l'analyse  courante  du  mot  en  'racine'  et  'éléments  suffixaux'. 
Il  reste  difficile  de  savoir  si  par  ex.  "^bhejia-,  qui  paraît  avoir 
été  la  forme  primitive  de  bhe^9-  etc.  était  dès  Torigine  une  for- 
mation unique,  ou  s'il  apparaissait  comme  un  élément  complexe 
(tel  que  par  ex.  bonne-ment),  quelque  chose  comme  bhe^-a-]  mais 
au  point  de  vue  des  rapports  d'alternance,  ^bTieu-a-  est  un  élément 
complet  en  soi,  et  nous  appelons  cette  unité  une  base  d'alter- 
nances. Dans  le  cas  d'éléments  de  mot  du  genre  de  bheud-,  cette 
base  contient  toujours  ce  qu'on  a  coutume  d'appeler  la  'racine', 
que  l'on  attribue  à  la  racine  une  ou  deux  syllabes.  Mais  elle 
exclut  la  'racine'  dans  des  bases  d'alternances  du  genre  de  -tere 
{-tero)  et  -mese  {-méso),  dont  les  unes  peuvent  être  prises  pour 
les  formes  primitives  de  -tro-,  -ter-,  -ter-  etc.  dans  skr.  jani- 
tra-m,  gr.  T^véïeipa  (*T€V€-T€p-ia),  tcve-rrip  etc.,  les  autres 
pour  les  formes  primitives  de  -mes  (-mos),  -mes  dans  dor.  T-^eç 
(lat.  feri-mus),  v.  li.  a.  bera-mès,  etc.  '  Les  bases  d'alternances 
se  répartissent  donc  en  deux  classes  principales  que  l'on  peut 
désigner  brièvement  sous  le  nom  de  bases  radicales  et  de 
bases  suffixales.  Cette  division  ne  signifie  pas  le  moins  du 
monde  que  l'une  ou  l'autre  de  ces  bases,  telles  que  nous  les  posons, 
ait  jamais  eu  une  existence  indépendante  et  individuelle,  comme 
mot.  Pour  qui  considère  historiquement  l'évolution  des  alter- 
nances, ces  bases  sont  bien  plutôt  de  simples  parties  de  mots,  et 
quand,  dans  un  même  mot,  entrent  en  ligne  de  compte  à  la  fois 
une  base  radicale  et  une  base  suffixale,  comme  par  ex.  dan»  jani- 
tra-m,  il  faut  cependant  que  chacune  des  alternances  soit  expli- 
quée par  l'histoire  de  la  forme  du  mot  entier,  et  notamment  par 
l'accentuation,  de  même  que  dans  les  cas  oji  les  suffixes  ne  jouent 
aucun  rôle. 

Dans  un  très  grand  nombre  de  cas  il  est  même  néces- 

BrogmaDiif  Abrégé  de  gramm.  comparée.  \Q 


146  PHONÉTIQUE 

saire  d'embrasser  d'un  senl  regard  des  groupes  syntaxiques  com- 
plets, et  des  phrases  entières  avec  le  mouvement  de  l'aecent, 
quand  il  s'agit  de  la  production  des  phénomènes  d'alternance, 
puisqu'aussi  bien  les  modifications  phonétiques  ne  se  sont  jamais 
accomplies  que  dans  la  phrase  (cf.  §  3dl,  1).  Car  par  ex. 
des  particules  monosyllabiques  indo-européennes  comme  *nu 
(gr.  vu)  à  côté  de  *ne^O'  'nouveau'  (gr.  véoç)  n'ont  dû  évidemment 
leur  vocalisme  qu'à  leur  place  dans  la  phrase,  où  elles  étaient 
atones. 

Au  reste  nous  ne  nous  occupons  dans  ce  qui  suit  que  des 
bases  radicales,  car  c'est  là  que  l'on  peut  le  mieux  reconnaître 
la  manière  dont  se  produisent  les  alternances. 

212.  La  plupart  des  bases  radicales  peuvent  se  poser  soit 
sous  la  forme  monosyllabique,  soit  sous  la  formes  dissyllabique. 

1)  La  base  monosyllabique  comporte  ou  a)  une  voyelle 
longue  (g,  ô,  a)  et  s'appelle  alors  base  monosyllabique  lourde 
par  ex.  dhè-  'placer'  (gr.  xiGrijuii),  ou  b)  une  voyelle  brève  (e,  o,  à) 
et  s'appelle  alors  base  monosyllabique  légère,  par  ex,  es-  'être' 
(gr.  lari). 

2)  La  base  dissyllabique  comporte  ou  a)  dans  la  pre- 
mière syllabe  uue  voyelle  brève,  dans  la  seconde  une  longue,  et 
s'appelle  alors  base  dissyllabique  lourde,  par  ex. ^«Zâ- 'approcher' 
(gr.  TréXaç,  dor.  TrXâTiov),  ou  b)  dans  les  deux  syllabes  une  voyelle 
brève  et  s'appelle  alors  base  dissyllabique  légère,  par  ex.  teres- 
'trembler'  (gr.  xpëcTcrai,  èrepaev). 

Il  n'est  pas  rare  qu'il  faille  rattacher  deux  bases  différentes 
à  la  même  'racine',  par  ex.  bhere-  (2,  b)  pour  gr.  9^pT€,  lat.  fert, 
fors  etc.,  bherè'  (2,  a)  pour  gr.  -é(ppr\aa,  zd  -6rîra-,  skr.  bhari- 
tram  etc.  De  tels  doublets  s'expliquent  facilement  par  le  fait 
que  la  dernière  partie  de  ces  bases  peut  de  très  bonne  heure 
avoir  été  sentie  comme  élément  de  formation,  comme  'suffixe'. 

213.  Or  à  l'époque  de  l'indo-européen  commun  diverses 
lois  phonétiques  agissaient  de  façon  à  modifier  les  parties  de  mots 
qu'il  faut  poser  comme  bases. 

1)  Réduction  et  affaiblissement  en  syllabe  inaccentuée  (alter- 
nance de  quantité).  Il  faut  distinguer  les  cinq  cas  suivants,  sui- 
vant la  nature  des  articulations. 


ALTERNANCES   VOCALIQUES  147 

a)  ë,  ôf  a  dans  les  séries  lourdes  sont  devenus  9.  ^dhdtô-Sj 
skr.  hitdSy  de *dhêtô'8 (gr. tiOtijuii,  base  dhè-  'poser') ;  *d9tô'8,  lat. 
dixtus  de  *dôtà-8  (gr.  bibujm,  base  do-  'donner').  ^htHô-s,  lat. 
lassus,  de  *lêdtô'8  (gr.  Xiibeîv,  got.  letan,  base  lëd-  'laisser'). 
^p^krô-Sj  got.  /agrr*  'qui  s'adapte  bien',  de  *pakrô-8  (dor.  ndt- 
vû^i,  base  |>âÂ:-  'attacher'),  ^bhéffid-,  skr.  bhâvitum  'être',  base 
5A6f^a-  bhe^é'.  *îcérd'  gr.  K€pâ-(Tai  'mêler',  base  fecra-.  V.  d'au- 
tres exemples  §  127  sqq. 

Rem.  1.  Dans  de»  cas  comme  gr.  ecT6(;,  éOcTo  à  côté  de  On-, 
<JÙv-b€Toç,  béuj  (*ft€-iuj)  à  côté  de  hr\-y  ôotôç,  Iborco  à  côté  de  ôu)-,  il 
semble  qu'il  y  ait  eu  assimilation  qualitative  de  9  à  la  voyelle  longue. 
Cependant  il  faut  faire  entrer  en  ligne  de  compte  les  voyelles  brèves 
•qui  ne  remontent  pas  non  plus  à  a  comme  dans  skr.  dàtra-m  'don*, 
râtna-m  'joyau*,  kçatrd-m  'souveraineté*,  et  dans  des  formes  qui  se 
ramènent  à  des  bases  dissyllabiques  lourdes,  comme  gr.  Yeve-Tf)p, 
osq.  Gene-tal  'Genetrici*,  gr.  âv€-^o^,  v.  gall.  cene-U  *race\  Supposer 
ici  un  degré  intermédiaire  entre  la  voyelle  longue  et  9  me  paraît 
invraisemblable.  Il  vaut  mieux  expliquer  dà-tra-in  comme  -dâ-s 
'donnant',  -prâ-s  'emplissant',  c.  à  d.  qu'il  y  a  là  un  'suffixe*  e  :  0, 
Cf.  Gr.  1*  p.  173,  174  sq.,  Gr.  Gr.»  33,  Bartholomae  IF.  7,  62  sq.,  ZDMG. 
^,  675  et  677,  Pedersen  RZ.  36,  84,    Hiibschmaim  IF.  Anz.  11,  40. 

b)  e  entre  consonnes  a  subi  une  certaine  réduction  sans 
que  la  syllabe  ait  entièrement  disparu  (nous  écrivons  «;  suivant 
M.  Hirt  c'était  un  e  sourd).  Mais  il  s'est  de  nouveau  confondu  avec 
Ve  demeuré  intact.  Par  ex.:  gr.  neTrrôç  =  i.-e.  ^peq^tô- 'coctus'; 
%\Lr.padà8y  \fkX.  pedis  gén.  sg.  =  i.-e.  *pedé8.  Il  faut  supposer 
un  a  correspondant  par  ex.  dans  gr.  -aKTOç  (cf.  Stuj)  et  un  <,  dans 
gr.  ÔTTT^ov  (cf.  ôi|;o^ai).  Ces  réductions  ne  peuvent  donc  pas  se 
conclure  des  faits  eux-mêmes;  on  ne  peut  que  les  poser  d'une 
manière  théorique. 

e)  Chute  de  e.  Dans  ce  cas  un  phonème  vocalique  voisin 
a  pris  la  fonction  de  voyelle,  ou  une  syllabe  a  disparu,  a)  Hmés, 
skr.  imâs  'nous  allons',  de  *eimé8y  cf.  3  ®  sg.  skr.  étij  gr.  eîai. 
*8uptô'8,  skr.  8uptd'8  'endormi',  de  *8ffeptô'8,  cf.  v.  isl.  8uefn. 
*g^iià',  gr.  piâ  'force'  de  *g^eiâ'y  cf.  skr.  jayisnu-s.  *hhuy,â-y 
gr.  q)uri  'croissance',  de  ^bhe^a-y  cf.  skr.  bhdvitum.  *g^hntô-8y 
skr.  hatd'8  'frappé',  de  *g^hentô'8y  cf.  skr.  hdn-ti.  *g^nnà-y  béot. 
Pavd  'femme',  de  *g^enà-y  cf.  got.  qino.  *mbhrô'y  skr.  abhrâ-m 
'nuage',  gr.  àippô-ç  'écume',  cf.  skr.  ndbha-s,  gr.  vëcpoç  et  skr. 


148  PHONÉTIQUB 

dmbhM'.  Skr.  pdri'hvrti-s  'dommage'  à  côté  de  2®  %g.  ju-hura-s 
V.  si.  zûlû^  cf.  skr.  hvdra'te.  Gr.  0aip6ç  %ond  de  porte'  =  *dA|^- 
rio-,  V.  si.  dvîri  'porte',  à  côté  de  9ùpd.  —  P)  ^iéntij  skr.  y^n^t 
*il8  vont',  de  *eiénti  (cf.  imd^  a).  *g^hnéfUi^  skr.  ghnânti  ils 
frappent',  de  *g^h€nénti  (cf.  Aa^^-«  a).  *8éntij  skr.  «dn^i  'ils 
sont',  de  *esénti,  cf.  3®  sg.  skr.  d^t,  gr.  foti.  ^néWi-  dans  skr. 
ndbhas-^  gr.  vëqpoç,  de  *enébk'  à  côté  de  *émbh'  dans  skr.  dmbha»' 
(gr.  ô^ppoç)  de  ^ne6A-  ('humidité^  brouillard').  *^r^«-  dans  skr. 
trdsa-tiy  gr.  xpëei,  de  Herés-^  en  face  de  *f^r«-  dans  gr.  ftepaev^ 
lat.  terreOf  de  Hères-  ('trembler').  *pi  =  *ep«  adv.  (gr.  Im),  skr. 
|?i,  gr.  TTi-. 

d)  Les  groupes  ^p,  ^{(^9,  éna,  era,  constitués  après  la  loi 
a)  sont  devenus  l,  û,  n,  f .  *bhutô'8f  skr.  bhûtâ-Sf  cf.  bhavitum. 
*gntô-8j  Hkr.  jatd'8  'né',  cf.jànitos.  Ces  voyelles  longues  avaient 
l'intonation  rude,  cf.  lit.  fetifi  'être',  gri«<i  'protéger'  (§  197.  209). 
Gr.  qpurj  (c,  a)  en  face  de  bTiittà-s  etc.  suppose  îp,  wjta,  w»9,  rr^ 
comme  degré  intermédiaire,  et  peut  être  ce  degré  est-il  représenté 
par  des  formes  comme  KàjuiaTOç  à  côté  de  dor.  K^âTÔç  {*kmtô-8\ 
OdvttTOç  à  côté  de  dor.  OvâToç  {*dh^nté'8)y  pàpaôpov  à  côté  de 
PpwTrjp  {*g^ftér)  :  s'il  était  venu  à  tomber  à  nouveau  sous  l'ac- 
cent du  mot  en  indo-européen,  il  aurait  été  conservé  par  là-même. 

Rem.  2.  A  ce  groupe  se  rattachent  aussi  des  formes  telles 
que  dat.  dlv-é  'au  jeu  de  dés*,  partie,  dyûtd-s  à  côté  de  dévana-m, 
La  base  était  deiey^â-  déidiid-;  dévana-m  représente  i.-ir.  *dà[y]- 
ivana-m  (§  150).  *dii9Ud-t6-8  est  devenu  *diiuiidtôs,  *diûtôSt  mais 
*dii9U'ai  est  devenu  *di%iuaij  *dly,ai.  A  dlvi  :  dyûtâs  cf.  divé  :  dyti- 
bhiç  ('ciel,  jour'),  çûn-e  :  çvà-bhiç  ('chien'),  dtvya-ti  'il  joue'  s'expli- 
que par  dwyd-8  (§  155,  4).  Cf.  Gr.  1^  p.  500  et,  outre  la  biblio- 
graphie citée  à  cet  endroit,  Hirt,  Ablaut  151  sq. 

e)  ëiy  ôif  ai,  èUy  ou,  ât^  devant  consonne  dans  des  bases 
lourdes  sont  devenus  f,  û.  *dhîtô'S,  skr.  dhUd-8  'bu',  de  *d1ièi- 
tô-8,  cf.  dhayû'8  'altéré',  gr.  Qf\\vç  (§  76  Rem.;  146  Rem.).  Skr. 
ûdhar,  de  *ôudh',  cf.  gr.  oOGap  de  *u)i59ap  (§  147).  Le  degré 
intermédiaire  a  été  ai,  9U,  qui,  sans  qu'on  sache  sous  quelles  condi- 
tions, a  assez  souvent  été  conservé  :  par  ex.  skr.  dhenû-s  'celle  qui 
allaite,  vache',  en  regard  de  dhîtd-8  (134);  skr.  ôstha-s  'lèvre 
supérieure',  cf.  *()[w]«-  (§  141).  —  Skr.  grbhïtâ-8,  cf.  grbhûyd-ti 
'il  saisit'. 


ALTERNANCES   VOCALIQUBS  149 

En  oQtrc,  f)  une  série  de  réductions  doivent  être  consi* 
dérées  comme  provenant  d'nn  affaiblissement  de  la  première 
syllabe  dn  mot,  qnand  ce  mot  était  l'élément  final  on  initial  d'un 
composé  (l'augment  et  le  redoublement  sont  également  à  consi- 
dérer comme  éléments  de  composition,  cf.  §  41).  Une  partie  des 
foimes  provenant  de  cette  origine  ont  postérieurement  repris  une 
existence  indépendante,  a)  chute  de  9  (a).  *-df«-,  skr.  hkàga-tti-s 
'don  de  bonheur'  lat.  vici-ssim  (vid-sH-  originairement  ^'action 
d'apporter  en  échange')  à  côté  de  *d9ti',  lat.  datio^  de  la  racine 
dO'f  skr.  da-dmâs  'nous  donnons',  désid.  di-tsa-ti.  Skr.  à-dyati 
*il  attache'  en  regard  de  gr.  béui  pour  *bau)  (Rem.  1)  =  *dd'iô. 
Zd  ptaram  'patrem',  f^drôi  'patri'  en  regard  de  pitar-  =  skr. 
pitdr-  'pater'.  —  P)  Chute  de  «,  «?  o  (b).  Skr.  upa-bdà-  *trépigne- 
meut'  à  côté  de  padâs  'pedis'.  Zd  ha^rva-fëu-  Mont  le  bétail  est 
intact'  et  fëûrian-  {ëa-)  'propriétaire  de  bétail'  à  côté  de  paêu-Sy 
skr.  paçû'8,  lat.  pecu.  -zd-,  de  la  racine  sed-  ^poser  à  terre  le 
pied  ou  le  séant'  (IF.  1 3, 8ô)  :  *ni-zdo;  skr.  nï^d-s  "établissement, 
camp,  nid',  de  *ni-é^a-s  (§  278,  1),  v.  h.  a.  nest-^  lat.  cèdOj  de  ♦cc- 
zdù  'j*entre'  (cf.  ce- do  'donne  ici');  *pi-zdr,  skr.  pi^aya-ti  'il  presse, 
il  écrase',  cf.  gr.  iriëCu);  ^^r.sedya-t  de  ^sa-zdya-t  (§  283,  1),  zd 
hazdyd'tf  opt.  parf.,  gr.  àva-7rT€(T0ai,  è-irrô^riv,  cf.  prés.  nëTOjuai 
*je  vole'.  6r.  dpi-axov  'ce  qu'on  mange  de  bonne  heure,  déjeuner', 
cf.  f bu).  Skr.  sthd  =  gr.  èdTè  'vous  êtes',  gâth.  zdï  =  skr.  edhi 
(de  *azdhi)  'sois'.  Skr.  pdri-jman  'courant  autour'  en  regard  de 
gr.  -aKTÔç,  de  la  rac.  a§'  'agere'.  —  ^^t^r-^  ç^^ru- 'quatre',  dans 
gr.  Tpà-TTcCa,  xpu-cpdXcia,  en  regard  de  skr.  catvdr-as  etc.  — 
T)  *i>  «îf>  9^?  P*  ^^^^  devenus  i,  jf,  w,  r.  Skr.  bi-hhyur  'ils  ont 
craint',  à  côté  de  partie,  bhiyanâ-s.  d-hvat  'il  appela',  à  côté  de 
opt.  huvéma.  Skr.  d-bhva-s  'monstrueux',  lat.  ama-banif  de 
*'bhua'tny  en  regard  de  skr.  bTiûvana-m,  lat.  fua-m,  de  la  racine 
blieu'  'devenir'.  Skr.  go-ghnd-s  'qui  tue  une  vache',  à  côté  de 
ghand'S.  Gr.  veo-yvôç,  got.  niuJclahs  (de  *niU'kn€Ûia'Z  §  334, 2,  a) 
*nouveau-né',  à  côté  de  aljakuns  (cf.  Grienberger  Un  t.  249),  de 
la  racine  gen-  'gignere'.  Skr.  su-mud-m  'bon  vouloir',  en  regard 
de  got.  munan  'penser',  de  la  rac.  men-  'penser'.  Skr.  gnà-  'femme 
des  dieux',  gr.  ^vâo^ai  'je  demande  en  mariage',  en  regard  de 
béot.  pavd,  V.  isl.  Jeona.    Gr.  TToXù-ppriv  en  regard  de  [Fjapriv 


150  PHONÉTIQUB 

'mouton",  zd  nom  pr.  Spityura-  Cqui  a  des  moutons  blancs'),  de 
*8piti'fyra-f  en  regard  de  skr.  ûra-  'mouton'  (de  *tmra-  §  156), 
Skr.  tuvi-grd'tf  'qui  avale  beaucoup',  à  côté  de  gird-ti.  Gr.  îtoXù- 
tXûç  'qui  supporte  beaucoup',  à  côté  de  TdXâç.  —  Skr.  jûn-bâdh- 
'qui  plie  les  genoux',  gr.  Tvu-Tr€T€îv  'tomber  sur  les  genoux'  et  skr, 
ahhi'jnû  'jusqu'aux  genoux'  (got.  kniu  'genou'),  cf.  lat.  genu. 
Skr.  drti'sdd-  'assis  sur  Tarbre',  gr.  bpu-T6^oç  'qui  coupe  le  bois', 
gaul.  DrU'tàLos  et  skr.  su-drû-s  'bois  solide'  en  regard  de  v.  irl. 
da^r  (gén.  daro,  darà)  'chêne',  cf.  lit.  dervà  'bois  de  pin',  gauL 
Dervus  (nom  de  lieu).  Skr.  gru-muffi-s  'lourde  poignée'  (lat, 
gravis)  en  regard  de  skr.  gurû-s»  —  b)  î,  ô,  w,  f  (d  et  e)  sont 
devenus  i,  m,  w,  t.  Skr.  dt-dhiti-s  'méditation'  en  regard  de  dhlti-^ 
'pensée',  cf.  dhya-ti  'il  pense'.  Skr.  ni-çita-  'nuit'  ('temps  du  som- 
meil') en  regard  de  partie,  çîyant-y  cf.  zd  sai-ti  'il  est  couché* 
(§  147).  Skr.  8û-8uti-8  'accouchement  facile'  en  regard  de  sûti-f 
'accouchement',  cf.  sdvîman-  'excitation';  v.  h.  a.  sunu  en  regard 
de  skr.  sûnû-s  'fils'.  Skr.  try-udhdn-  'qui  a  trois  mamelles',  k 
côté  de  ûdhan-.  Skr.  d-strta-s  'non  étendu  par  terre',  en  face  de 
stîrnâ'8,  ca-krti'f  'louange',  à  côté  de  klrti-s,  Gr.  ù-q)opp6ç,  av- 
pd)TTiç  'porcher',  lat.  su-bulcus,  à  côté  de  ûç,  aôç  sus. 

2)  Du  domaine  de  ralternance  de  quantité  relève  aussi  le 
développement  de  degrés  longs  dans  les  bases  légères.  On  l'ob- 
serve particulièrement  au  nominatif  singulier,  par  ex.  *pét8  'pied% 
skr.  pdt,  lat.  pë8;  *d%éu8  'ciel',  skr.  dyaû-s,  gr.  Zcùç;  *p9té(r} 
'père',  ^kr.  pitày  gr.  TraTtip;  à  Taoriste  sigmatique,  par  ex.  *yi§zhrp.y 
skr.  d'vàksamy  lat.  vèxl^  cf.  prés,  vdhati,  lat.  véhi't\  et  dans  des 
présents,  par  ex.  *té1cp-ti,  skr.  tûsti  à  côté  de  tâkmti  'il  taille  avec 
la  hache',  marsU  'il  nettoie'.  Suivant  M.  Streitberg  et  quelques 
autres,  ces  longues  proviennent  de  brèves,  avec  perte  d'une  syllabe 
après  la  brève  accentuée;  l'allongement  est  alors  la  compensation 
de  la  perte  de  cette  syllabe.  Ainsi  *^é^«  sortirait  de  *péde8  (par 
contre  ^pédiri  de  *pédevi),  *p9ter  de  *pdtére  etc.  Si  une  syllabe 
s'est  ainsi  perdue  après  une  syllabe  à  voyelle  longue,  il  s'est  pro- 
duit alors  une  longue  de  trois  mores  et  d'intonation  douce,  v.  §  40 
et  la  Remarque. 

Rem.  3.  Sur  cette  théorie  des  degrés  longs,  qui  n'est  pas 
universellement  admise,  cf.  Streitberg  IF.  3,  305  sqq.,  Wackernagel 


ALTERNANCES  V0GALIQUE8  151 

Ai.  6r.  1,  68,  Bloomfield  Transact.  of  the  Am.  Phil.  Ass.  26, 
5sqq.,  Bartholomae  ZDM6.  50,  687,  Hirt  IF.  7,  186  sq.,  A  b  la  ut 
22  sq.,  Giles  Class.  Kev.  9, 115 sqq.,  Buck  A.  J.  of  Pb.  17,  271  sqq., 
458  sqq.,  HûbschmaBn  IF.  Anz.  11,  42  sq. 

Rem.  4.  Les  deux  phénomènes  phonétiques  indo-européens 
suivants,  qui  portent  sur  la  quantité  des  voj'elles,  jouent  un  rôle 
relativement  accessoire  dans  la  théorie  des  alternances.  1)  Une 
voyelle  finale  devant  consonne  simple  flottait,  entre  la  quantité  brève 
et  la  longue.  Ainsi  s*expliquent  les  doubles  formes  de  monosyllabes 
comme  •me,  më  'moi*,  *tu,  tû  'toi*,  *«i,  si  'elle*,  *n«,  nû  'maintenant', 
*prOjprô  'devant*,  les  doublets  védiques  comme  impér.  2«  hg.jahi,  jahi 
*frappe*,  2«  pi.  haid,  hatà;  de  même  les  longues  finales  des  premiers 
termes  de  composés,  comme  skr.  prd-sdh-j  gr.  irpiu-irépuai,  skr.  fti-^àh-t 
des  redoublements,  comme  skr.  bhârîbJiarH  à  côté  de  bhdri-bhrati,  et 
devant  certaines  suffixes,  comme  gr.  ao9(ii-Tcpor,  Upui-aOvr).  La  lon- 
gue était  phonétiquement  correcte,  à  ce  qu'il  semble,  dans  le  cas 
où  la  syllabe  précédente  et  la  suivante  étaient  brèves.  Il  est  clair 
que  ce  principe  rythmique  dépend  des  mêmes  conditions  que  les 
alternances  de  quantité.  Cependant  on  ne  voit  pas  clair  dans  le 
détail  de  son  application.  Cf.  Wackemagel,  DasDelmungsgesetz 
etc.  (BAle  1893),  Ai.  Gr.  1,  310 sqq.  2)  Certaines  voyelles  longues 
proviennent  de  la  combinaison  d'éléments  vocaliqiu*»  appartenant 
à  des  bases  différentes  d'un  même  mot  (cf.  §  300).  ê  dans  ^ésTri 
'eram'  (skr.  âsam^  gr.  fja)  représente  Taugment  é  +  esm.  *îqÛ' 
dans  skr.  ik^a-te,  gr.  èv-îir/|  'reproche,  punition*  représente  le  redouble- 
ment i  +  oQ^'  (cf.  ôiTiç,  ôirujira),  skr.  prdtVea-m  'regard,  face',  de 
^proti-oq^o-m  (Kretschmer  KZ.  31,  385,  Brugmann  IF.  11,  31).  On 
peut  aussi  mentionner  ici  des  contractions  comme  neut.  pi.  *trî 
'tria',  véd.  tri,  de  •<«•»,  *pllû  'multa',  véd.  purû,  de  *pllu  +  9,  en 
regard  de  *bheroni'9,  skr.  bhdrantiy  dat.  *tf>lq^ôi,  gr.  XÙKqj,  de  *fft' 
q^o-ai  ou  -9t,  en  regard  de  gr.  b6^cv-ai. 

3)  L'alternance  de  timbre  est  tout  d'abord  définie  par  les 
rapports  é  :  o  et  é  :  ô.  Gr.  q>pëv-€Ç;  (pprjv  :  â-q)poveç^  â-q)pujv; 
arm.  atijin-kh  'âmes,  personnes'  :  mi-anjuhkh  'moines'.  Gr.  iraTëp- 
€Ç,  naTrjp  :  eù-îrdTopeç,  €u-TrdTuip;  skr.  pitàr-aa  :  tvdt-pitaras 
(§104  Rem.).  Lat.  pès  pedem  :  ombr.  dupursus  'bipedibns' 
(-r«-  de  'd'),  lat.  re-pûdiare  ('repousser  du  pied').  Lat.  terra  : 
ex'torris.  Ags.  toillad  'ils  veulent'  :  nellad,  de  *ni-u>aUad  'ils 
ne  venlent  pas'.  Gr.  iiieubrjç,  -éç  :  i|;€Oboç,  lat.  genus.  Ablatif  ad- 
verbial en  'id,  skr.  paçcdd  {-ca-  de  -Jcë-^  §  251),  adharâd,  v.  lat. 
faciîumëd  :  lat.  facillumô[d]f  skr.  d-dharad.  Ces  exemples  mon- 
trent clairement  que  le  changement  de  timbre  de  ë  k  d  est  en 


152  PHONÉTIQUE 

rapport  avec  le  recul  du  ton.  II  semble  de  plus  qu'il  faille  recon- 
naître une  alternance  a  :  o,  par  exemple  dans  gr.  âxpoç  :  ôkqiç; 
lat.  scabo  :  scobis;  gr.  aTvoç  :  m.  irl.  oeth  'serment'.  Enfin  une 
ancienne  alternance  e  :  o  est  attestée  dans  les  bases  lourdes  comme 
gr.  TlOrmi  :  Oui^ôç,  ^t^TvOjLii  :  £ppu)T€,  got.  mana-seps  'humanité' 
('semence  d'hommes')  :  parf.  sai-so  etc.,  et  une  ancienne  alter- 
nance a  :  ô  par  gr.  (pâjni  (dor.)  :  qpujvr),  pâjna  (dor.)  :  Puijliôç  etc. 
Des  positions  de  la  phrase  où  elles  sont  normales,  les  formes  en  Ô^ 
ont  souvent  passé  à  d'autres  cas,  par  ex.  en  grec  rzôbeç  a  sup- 
planté un  ancien  *Trëb€ç  (lat.  pedês).  —  Il  convient  d'ajouter 
que  les  ô  des  bases  d'alternances  en  e  ne  sont  pas  tous  expliqués 
par  là.  Cf.  Gr.  1»,  p.  502  sq.,  Hirt  IF.  10,  55  sqq.,  Ablaut, 
155  sqq.,  Hflbschmann  IF.  Ânz.  11,  43  sq.,  Meillet  Mém.  10, 
274  sq.,  Osthoff  IF.  8,  56  sq.,  BB.  24,  208  sqq. 

214.  D'après  ces  considérations  on  peut  distinguer  six 
séries  d'alternances,  trois  légères  et  trois  lourdes.  La  base  d'alter- 
nances a  le  degré  plein  (P)  quand  elle  présente  la  voyelle  ou  une 
de  ses  voyelles  avec  sa  quantité  pleine;  nous  désignons  par  P^ 
le  degré  plein  avec  le  timbre  ô.  Nous  appelons  les  réductions 
de  quantité  degré  réduit  (R),  en  tant  que  la  deuxième  réduction 
signalée  au  §  213,  1,  f  ne  s'est  pas  produite;  là  où  elle  a  lien  nous 
parlons  de  degré  zéro  (Z).    Enfin  vient  le  degré  long  (L  et  L°). 

Dans  le  tableau  suivant  il  est  fait  abstraction  des  modi- 
fications qui  proviennent  de  la  présence  de  i,  ffy  de  nasales  et  de 
liquides  dans  la  base. 

Z 


h 

L" 

P 

po 

R 

1.  Série  e: 

é 

b 

é 

d 

e 

2.  Série  o: 

6 

(à) 

6 

(à) 

0 

3.  Série  a  : 

d 

d 

d 

ô 

a 

4.  Série  e: 

é 

à 

9 

5.  Série  ô: 

6 

(à) 

9 

6.  Série  a: 

d 

d 

9 

\.  Voici  quelques  exemples  des  rapports  d'alternances 

les  plus  clairs  et  les  plus  fréquents. 

1)  Bases  sans  /,  n,  nasales  ni  liquides.  —  Série  e:  L 
lat.  pé*,  L®  g:ot.  fotiLS^  P  lat.  pedem^  P®  gr.  irô6a,  R  lat.  pedin  skr. 
padds,  Z  upa-bdâs,  —  Série  o:  L  gr.  d!l^f,  P  Ô^fOMal,  R  ôirTéov,  Z 


ALTERNANCES   VOCALIQUE8  153 

peut-être  dans  skr.  k^ana-  instant'  (cf.  abhîkfna-m  'à  chaque  instant*. 
—-Série  a:  L  la  t.  amb-àgèSj  L°  gr.  dfuiTi^,  P  gr.  dyii),  P°  gr.  6tiioç 
"chemin,  rangée*,  R  -cktôç,  Z  skr. pari- jman-,  —  Série  ê:  P  gr.  *efJ|uio 
<dvd-6iiiuia),  P®  gr.  eui^iôç,  R  skr.  hitd-s  Z  1"  pi,  dadhmâs.  —  Série  ô: 
P  gr.  btbou),  R  lat.  datuSy  Z  skr.  devà-tta-s,  —  Série  â:  P  dor.  <pa|uiâ, 
P^  gr.  q>iuv/|,  R  q>a^èv. 

2)  Bases  à  j,  y,^  nasales  ou  liquides. 

a)  Bases  â  degré  plein  unique.  —  Série  e:  P  skr.  aor. 
4i-çrauçam,  P  gr.  KXé[F]oç,  KXeuaô^cOa  (H  es.),  P®  skr.  parf.  çu-çràva^ 
B  skr.  aor.  a-çu-çruva-t^  RZ  çnUd-s;  L  skr.  aor.  d-bhdr^am,  L®  gr. 
<p\bp  (?),  P  qpépu),  P®  qx>pa,  R  got.  baûr,  Z  gr.  6i-q>po(;;  P  skr.  /idn^i,  gr. 
6CIVUJ  (*e€viui),  P®  gr.  q>6voç,  R  skr.  ghand-s,  hatd-St  Z  go-ghnd-Sy 
JuUâ'8\  L  gr.  uaT/|p,  L®  €Ù-TTdTu)p,  P  iraTépeç,  P°  cù-irdTopeç,  RZ  ira- 
Tpdai,  iraTpOiv;  L®  gr.  6€6i[F]u(i<;,  P  T^Tovcla  (♦-Fca-ia),  P^  6€bi[FJôç,  RZ 
lèula;  P  got.  bindan,  P°  &and,  RZ  &u7idan«;  P  gr.  6épK0|uiai,  P°  6^- 
<&opKa,  RZ  bpaKEtv^);  P  gr.  véo^at,  P°  vôaTot;  RZ  daiicvoç.  —  Série  o: 
L  skr.  gaû-ç,  P  gr.  pô[F]€ç,  Z  skr.  çata-gu-^,  gr.  éKaTÔ|ui-pn-  —  Série  a: 
P  gr.  aI6o^,  RZ  skr.  iddhd-sr,  P  gr.  aOoç,  lit.  saûsas,  RZ  skr.  çû^ya-tL 
— -  Série  ê:  P  skr.  -hàyas-  (vi-hâyas-  Tair  libre*),  jd-hâti,  gr.  X'iToç 
{^Aé[t]-),  P®  xubpd,  R.  got.  gai-dw  et  skr.  Afnd-«,  Z  skr.  ja-himas;  P 
skr.  dhâyaS'y  a-dhà-t,  gr.  ei^aaro  ((^Aéf}]-),  R  skr.  dhenû-ç  et  dhîtd'S, 
dhâya-tij  Z  v.  h.  a.  ^7a  'poitrine  de  femme';  P  gr.  aTcOrat  de  *aTTiu- 
TOI,  R  gr.  araupôç  et  skr.  8thûrd-8.  —  Série  ôi  P  skr.  -pâyaka-s, 
cf.  lat.  pô-culum^  R  skr.  péru-f  et  pïtd-s,  pâya-te,  Z  skr.  pitû-f,  pi- 
pyufï;  P  V.  h.  a.  guomo  ags.  jc^wa  (^Aô[w]-),  R  gr.  x^Ovoç,  x<i[flo<;*  — 
Série  d:  P  skr.  stâyû-^,  tâyu-ç  'voleur*,  gr.  ion.  niOaioç  'inutile, 
vain',  cf.  dor.  Târdo^ai  (IF.  11,  105  sq.),  R  skr.  stend^s  'voleur*. 

b)  Bases  à  degré  plein  double.  Il  s*agit  ici  de  bases 
polysyllabiques,  que  Ton  peut  en  partie  poser  â  volonté  comme 
dissyllabiques  ou  trisyllabiques.  !Nouh  nous  bornons  ici  à  deux  syl* 
labes.  Dans  Tétat  de  la  langue  indo-européenne  commune  où  nous 
pouvons  atteindre  par  la  comparaison  des  langues  indo-européennes, 
ces  bases  n*ont  pas  régulièrement  la  voyelle  au  degré  plein  dans 
les  deux  syllabes,  mais  seulement  dans  la  première  ou  dans  la 
4seconde,  par  ex.  éhk-  de  ének-^  nék-  de  etiéh-;  nous  appelons  éûk- 
Pl,  nék'  P2.  Des  formes  comme  gr.  èir-€V€x6€(ç,  irobrivcK^ç  (cneÂ:-), 
d[F]ëiu)  {aifeg-)  ont  été  refaites  à  une  époque  où  le  sens  des  rapports 
originaires  des  alternances  et  du  ton  s*était  perdu.  D'une  manière 
parallèle  aux  correspondances  PI,  on  notera  par  D2,  Ll  qu'il  y  a 
a.llongement  de  la  voyelle  pleine  de  la  première  syllabe,  et  par  L2, 
de  la  seconde  syllabe;  dans  le  cas  de  L2  une  syllabe  s'est  perdue 
■après  la  base. 

1)  Skr.  drakfyd'tif  a-drâk^am  ne  donnent  pas  le  droit  de 
poser  une  base  derek-.    Cf.  §  341,  Rem.  1. 


154  PHONÉTIQUE 

Bases  légrères.  oiebh-  'futuere":  PI  russ.  jebû,  skr.  yâ^ 
hka-tij  P2  gr.  ol<pduj.  a^eg  'augere*  :  Pi  lat.  augeo,  gr.  aOEw,  skr. 
ôjas-;  P2  lat.  vegeo,  skr.  vàkiana-m^  L®2  go  t.  wokrs,  P°2  got.  wafis^ 
jan\  RZ  ugrâ-s,  au  es-  luire'  :  L 1  gr.  fjtOç  =  *àU8ô8,  PI  lit.  aUszta; 
L2  lat.  vêr,  v.  i«l.  «dr  =  ♦î*é«r-,  P2  gr.  Éap,  v.  si.  vesna;  RZ  skr. 
u^d.9-.  dheues'  'respirer*:  PI  got.  diuë;  L2  m.  h.  a.  ge-ttvàSt  lit. 
</i7^«<i,  P2  lit.  dvesiù,  P*'2  lit.  rfvdM,  russ.  dvochdt';  RZ  lit.  dtîw^t*). 
6 71 6 S; •  'faire  atteindre,  apporter*  :  PI  gr.  redoub.  èv-€TK€îv  P**l  gr. 
ÔTKoç  'fardeau',  skr.  redoub.  àn-àmça;  L®2  got.  ga-nohs,  P®2  v.  si. 
nesq,  skr.  nàça-th  P^2  got.  ga-nah,  lit.  nasztà;  RZ  skr.  açn<^*^ 
ono&  A-  'nombril,  moyeu'  :  PI  gr.  6^<paXôç,  lat.  umbo;  L2  skr.  ndbhif; 
P2  V.  h.  a  naba,  skr.  nd&A^a-n».  perek-  'precari,  poscere'  :  PI  ombr. 
persclo,  V.  h.  a.  fergôn,  lit,  perszù;  L2  skr.  â-prâk^U,  P2  lat.  precéf». 
got.  fraihnany  skr.  jprâ^m,  P®  2  lat.  proeus^  v.  h.  a.  fragën,  v.'  sL 
prositi;  RZ  skr.  pfcchâ-ti,  lat.  po[rc]«co,  v.  h.  a.  forsca^  lit.  pifsztL 
areq-  'arcere'  :  P 1  gr.  dpKéui,  lat  arceo;  P2  v.  h.  a.  rigilj  P®  2  lit.  rdffc* 
ta8\  RZ  lat.  Orcu«.  ^6re«-  'être  haut,  fort'  :  PI  skr.  vâr$iyas-t  lat. 
verrûca;  P2  v.  sax.  tcrisil,  lit  re«na«;  RZ  v.  si.  vrîchit,  auei-  'oiseau'  t 
P 1  gr.  alcTÔç  =  *dFi€TÔ<;,  lat.  avis,  P®  1  gr.  oluivôç  =  *ÔFiuivoç  (sans- 
doute  aussi  biw  =■  *6Fia-  et  lat.  ômen  =  *ovi8men)  ;  P  2  skr.  nom  pi. 
vdy-as  nom.  sg.  vé-ç;  RZ  skr.  vi-Çt  vi-bhiç.  geneu-  'genou'  :  L^l  gr. 
Ttjviâ,  arm.  cunr,  P 1  lat.  genuy  P®  1  g^r.  yàvv  (pi.  ycOva  =  •TovFa),  skr^ 
jdnu;  P2  got.  kniu;  Z  skr.  abhi-jnû.  gheiem-  'hiver'  :  PI  gr,  x^tMa,. 
V.  si.  zima-y  P2  lat.  hiems,  P°2  gr.  x^ov-eç,  L°2  x^^^^  ssd  zyà\  RZ  zd 
gén.  simô,  gr.  bOç-xiMoç.  *defcenit'  'dix'  :  PI  g^r.  béxaToç;  P®2  gr.. 
-Kovra  :=  *-c?Â:om<9  ;  Z  gr.  Fi-kcti  =  *'dîcmti. 

Bases  lourdes.  Ici  il  est  souvent  difficile  de  voir  de  quel" 
timbre  de  la  voyelle  longue  sont  sortis  9  et  d'autres  réductions  plus- 
fortes').  Nous  donnons  à  part  le  degré  de  chacune  des  deux 
voyelles  :  par  ex.  er9  (er[9])  =  P  +  R,  prê  =  R  +  P,  rè  =  Z  +  P,  fr^ 
{p\d])  =  R  +  R,  ra  (r[9])  =  Z  +  R;  cependant  nous  désignons  f  sim- 
plement par  R,  f  par  Z.  ueiè-  'enlacer,  tresser*  :  P  +  R  skr.  véman-- 
'métier  de  tisserand'  =  *vayifnan',  skr.  vdya-ti  'il  tisse',  lit.  vejù 
•j'enlace,  je  file'),  P®  4-  R  gr.  [FJoîaoç  'osier',  got.  waddjiis  'mur'  = 
^ymiU'S  (§  153,  3),  R  +  P  lat.  rtére,  Z  +  P  skr.  vyûna-m  Taction  de 
tresser,  d*envelopper\  Z  +  R  skr.  vydya-ti  'il  tresse',  parf.  vi-vye,  R. 
skr.  vHtd'8,  lat.  vUis,  v.  h.  a.  vfida,  Z  gr.  Ituç  'jante  de  roue',  v.  h.  a^ 


1)  Le  lat.  bèstia  autorise  peut-être  à  poser  i.-e.  ^dheuea-  :  *dcye«> 
cf.  skr.  hànu-f  'mâchoire'  :  gr.  t^vus»  lat.  gêna  (§  261,  6). 

2)  La  voyelle  longue  a  dû  en  bien  des  cas  avoir  été  un  suf- 
fixe, ou,  ce  qui  revient  au  même,  une  déterminante  en  ce  sens  que 
la  même  'racine'  existait  déjà  avec  des  dérivations  variées  avant 
l'action  des  facteurs  auxquels  sont  dues  les  alternances. 


ALTERNANCES  «VOCAUQUES  155 

wid  'corde  tressée'.  gUeiâ-  'dominer*  :  P  +  R  skr.  jérnafi- = '^jayi- 
man-,  jâya-ti,  R  +  P  gr.  pid,  Z  +  P  skr.  jyâ  fut.  jyàsya-ti,  gr.  îdci  • 
Piv€î  (Hés.),  Z  +  R  skr.  ji-gyû-f,  gr.  ôi-riSç  (§  155,  Rem.  1),  R  skr. 
jUâ-8,  lit.  i-gytif  Z  skr.  jivri-ç  (§  155,  Rem.  1),  -jit;  hheuâ-j  blieué- 
'devenir'  :  P  4-  R  skr.  bhdvitum  hhdvati,  R  +  P  lit.  bùvo  (â),  Z  -f  P 
lat.  'bam  =  *-bhiiâ  wi,  v.  si.  bë  =■  *bhuë-S't^  R  -f  R  skr.  à-bhuva-ty 
Z  +  R  skr.  d'bhva-^  gr.  6ir€p-q)[F]{aXoç,  R  skr.  bhûtâ-Sy  gr.  £<pû^cv,  lit. 
bûti,  V.  si.  bytiy  Z  skr.  pra-bàû-ç^  gr.  ipùan;.  keuà-  'se  gonfler^ 
devenir  considérable*  :  P  -f  R  skr.  çdviftha-Sf  Z  +  P  skr.  çvàtrd-Sf 
béot.  Ta  iTiraiiaTa  (§  157,  3,  e),  R  +  R  çûçuve^  gr.  kOoç,  Z  +  R  skr. 
ni'çiçvi'Ç,  çvdya-tiy  R.  skr.  çàra-s^  gr.  xOpoç,  Z  skr.  çi'çw-?,  çunâ-m, 
§en€'j  §enô'  'gîgnere*  :  P  +  R  skr.  jâni-to^^  Z  -f  P  cypr.  xaai- 
TvT]Toç,  Z  4-  P°  gr.  T^tATTÔç,  got.  knopSj  Z  +  R  «kr.  jà-jni-^,  gr.  yi- 
TvoMGi,  V.  h.  a.  Xma&o,  R  skr.  Jâtd-s,  lat.  gnâtus.  kerâ-  'mêler*  : 
P  -f  R  gr.  Kcpd-oai,  Z  +  P  gr.  K^-xpâ^ai,  v.  h.  a.  ruoren,  v.  sax.  hrôrian^ 
R  4-  R  skr.  'Çira-s^  R  skr.  à-ç^rta-Sy  Z  skr.  çftapà-,  g^erà^-  'vorare'  : 
P  4-  R  skr.  fut.  goTn-fya-tif  arm.  ker  ^nourriture*,  P®  4-  R  gr.  popa,  Jat. 
varOf  R  4-  R  gr.  pdpaOpov,  skr.  giritum,  -gira-Sy  2  sg.  jal-gula-Sy 
Z  4-  R  skr.  -gri'Çy  -gra-s^  m.  h.  a.  krage,  R  skr.  girv^à-s^  gr.  pptuTfip. 
melâ-  'molere*  :  P  +  R  v.  irl.  melim.  Z  4-  P  gr.  PXnxP<^ç,  skr.  mlâna  «, 
R  4-  R  gf .  ^dKaKÔÇf  skr.  -mûri-s,  R  skr.  mûn^d-s,  lit.  mïltai  pi.,  Z 
skr.  -mpiia'S,  spherëg-  'craquer,  crever*  :  P°  4-  R  m.  b.  ail.  sparke 
'étincelle*,  Z  4-  P  lett.  aprégt  'crépiter*,  v.  h.  a.  sprâhha  'langage*, 
R  4-  R  gr.  acpdpaToç  'pétillement',  Z  4-  R  v.  isl.  spraka,  lit.  spragUi 
'pétiller',  R  skr.  sphûrja-ti  'il  pétille*,  lit.  spùrgas  'bourgeon'  (§  185, 
Rem.  3)  ^delâ^gh-  'être  long*  :  P  4-  R  gr.  èv-bcXcx^^ç  (sans  doute  pour 
*èv-6€Xax/|ç,  §330,  2),  en  regard  de  boXixôç,  avec  un  i  surprenant^), 
Z  4-  P  skr.  compar.  dràghîya-s  zd  drâjô  'longueur*,  R  skr.  dlrghâ-sr 
etc.  (§  201,  b),  Z  lat  in-dtdgeo. 

216.  C'est  à  la  morphologie  qu'il  appartiendra  d'exposer 
quelles  sont  les  alternances  qni  apparaissaient  depuis  l'indo-euro- 
péen régulièrement  dans  des  catégories  de  mots  déterminées. 
Ici  il  ne  reste  plus  qu'à  faire  ressortir  comment  des  modifications 
analogiques  ont  altéré  dès  l'indo-européen  et  plus  tard  dans 
toutes  les  langues  de  la  famille  la  situation  qui  résultait  immé- 
diatement de  l'évolution  phonétique. 

On  trouvera  dans  la  morphologie  de  nombreux  exemples  de 
ce  genre,  et  nous  nous  bornons  ici  à  indiquer  les  principales  direc- 
tions de  cette  sorte  de  modifications. 

1)  L'analogie  se  produit  à  Tintérieur  d'un  système  morpho- 
logique: le  point  de  départ  se  trouve  dans  une  forme   ou   dans* 


1)  Empruntera  des  diminutifs  comme  uùpptxoç,  ôootxoç? 


156  PHONÉTIQUE 

des  formes  de  ce  système  (paradigme).  Fr.  mod.  trouve  pour  treuve 
d'après  trouvons;  pleurons  pour  pleurons  d'après  pleure,  Qr.  ctf^ev 
pour  €Î|i€v  d'après  sg.  €Ïr]v.  *bhrû-s  'sourcil'  (skr.  bhrûfj  gr.  Ô<pp00 
pour  ^bhréu-s  (cf.  v.  h.  a.  bràwa)  d'après  loc.  pi.  *bhrû-su  etc. 

2)  Si  deux  séries  d'alternances  ont  un  ou  plusieurs  membres 
homophones,  il  peut  y  avoir  passage  de  l'une  à  l'autre.  Skr.  tolaya-ti 
•il  soulève',  de  tul-  =  *<f^  ituld  §  198.  2,  b)  d'après  bodhâya-ti  (de 
budh')  etc.  Â  ^avf^vat,  fiaivo^ai,  de  la  rac.  men-  on  a  fait  un  parf. 
^éfiiiva  (gr.  comm.  à)  d'après  le  rapport  de  TéTviKa  à  TOKf^vai  etc. 

3)  Il  peut  se  produire  des  alternances  nouvelles  et  singulières 
par  la  confusion  de  certains  éléments  d'une  série  d'associations  avec 
certains  éléments  d'une  autre  série.  Skr.  arcif  arci'bhiç  (nom.  sg. 
instr.  pi.  de  arcin-  'rayonnant')  d'après  vkçà,  uk^d-bhiç  (uk^dn- 
'bœuf)  etc.  Dor.  (Telos)  nom.  Tî|uio-Kpr|Ov,  gén.  -KpcOvroç  d'après 
TTap-|uiévu)v,  -^^ovroç  etc.  Gr.  ô^vOiii  :  ôiivO^cv  d'après  bdiivâjuii  :  bà^- 
vâiiev  etc. 

Les  oeelasiyes. 

A.  Les  occIusiveB  d'après  leur  point  d'articulation. 

I.  Occlusives  labiales^). 

217.  Indo-européen.  1)  Sourde  p.  ^pdtér-  'père'  : 
skr.  pitdr-y  arm.  hair,  gr.  TraTrjp,  lat.  pater,  v.  irl.  athir,  got. 
fadar.  R.  s^^ep-  'dormir^  :  skr.  svdpi-ti  'il  dort',  gr.  uttvoç  *som- 
meiF,  lat.  sopor^  ags.  swefan  'dormir',  lit.  sâpnas  'rêve',  v.  si. 
sûpati  'dormir'.  2)  Sourde  aspirée  ph,  Skr,  pheUgvàs  ^trèhy 
insignifiant', gr.  qpeXinivci *  àauvexeî,  Xiipeî  (Héeych.).  3)  Sonore  6. 
Skr.  bâla-m  'force',  lat.  dèbilis,  v.  si.  bolijî' plus  grand',  peut-être 
aussi  gr.  péXTcpov  'mieux'.  Lat.  pi.  trahèSj  osq.  triibûm  'aedi- 
ficium',  V.  gall.  treb  'habitation',  got  paûrp  'campagne',  lit.  trobà 
'maison'.  4)  Sonore  aspirée  fcA.  *bhérO'tGrù*  :  skr.  bharamiy 
arm.  berenif  gr.  cpépuj,  alb.  bie,  lat.  fera,  v.  irl.  berim,  got.  baira^ 
V.  si.  berq.  Skr.  ndbhas-  'brouillard',  gr.  véq>oç  'nuage',  lat.  nebula^ 
V.  h.  a.  nebul  'brouillard',  v.  si.  nebo  'ciel'. 

218.  Sanskrit.  1)  L-e. ^.  updri  :  zd  upa^riy  v.  pers. 
upariy  'au-dessns',  gr.  ÙTrèp  'sur',  lat.  s-uper,  got.  ufar  'sur'. 
Jcrp'  :  zd  kdr^fëy  gén.  kdhrpO  'forme',  lat.  corpus.  2)  L-e.  ph. 
sphûrja-tVil  craque,  pétille',  gr.  (XqpàpaTOç  etc.  (§215, 2,  b,  p.  155). 
3)  l.-e.  b.   baUbalîti  'il  tourbillonne'  gr.  paXXiZu)  'je  danse',  upor 


1)  Phis  exactement  bilabîales;  v.  §  17,  4,  a. 


OCCLUSIVES  157 

bdâ'  'trépignement'  :  zd  upa-bda-  'pied',  gr.  èîri-pbai  'lendemain 
de  fête'  (Venant  à  la  suite')  à  rattacher  à  ped-  (§  213,  1,  f,  P). 
4)  L-  e.  bh.  bhrdta  'frère'  :  zd  brata  v.  père,  brata,  arm.  eibair^ 
gr.  qppdxujp  ('membre  d'une  phratrie'),  lALfrater,  v.  irl.  brathir,  got. 
bropavy  v.  si.  bratru.  bh  dans  les  suffixes  de  déclinaison  instr. 
pi.  dvi'bhis,  dat.  pi.  dvi-bhyas  de  dvi-  'mouton'  :  zd  snaf^é-bya 
dat.  duel  'aux  armes  offensives',  gr.  ôp€(T-(pi(v)  'avec  les  mon- 
tagnes', lat.  om-bu8j  v.  irl.  faHM-b  'avec  les  prophètes'. 

219.  Grec.  1)  I.-e.  p.  irpô  :  skr.  prdj  lat.  pro-y  prO-j 
got. /Va-,  lit.  ^ra-^rd,  v.  si.  pro-,  i.-e.  *pro  'devant'.  Kdnpoç 
'sanglier';  lat.  caper,  v.  isl.  hafr  'bouc'.  2)  I.-e. ph.  aq>f\v 'coin' : 
skr.  sphyd-s  v.  h.  a.  spdn  'éclat  de  bois'.  S)  I.-e.  fc.  pÙKTiiç 
'hurlant'  :  lat.  bûcina,  m.  h.  A.pfûchen  'félir'  v.  si.  buôati  'mugir'. 
Xeipu)  'je  verse  goutte  à  goutte'  :  lat.  llbare,  v.  h.  a.  slifan  'glisser'. 
4)  I.-e.  bh,  q)aT€Îv  'manger'  skr.  bhâja-ti  'il  distribue',  v.  si.  bo- 
gatû  'riche'. 

On  ignore  si  le  /* sorti  à  l'époque  historique  de  i.-e.  ph  (cp) 

est  resté  bilabial  dans  l'antiquité  ou  s'il  a  passé  à  la  prononciation 

labio-dentale. 

Pour  TT  provenant  de  irr  cf.  §  320,  3,  d,  p. 

220.  Latin.  1)  I.-e.  p.  pax  pango  :  ombr.  j?a«6 'pace', 
skr.  pdça-s  'lien',  gr.  îiriTvûjLii  'je  fixe',  got.  fagrs  'convenable'. 
opu8  :  osq.  âpsannam  'operandam',  skr.  àpcis-j  dpas  'œuvre, 
action  religieuse',  v.  h.  a.  uobo 'agriculteur'.  2)  I.-e.  ph.  folium  : 
skr.  phalya-m  'fleur',  phàla-ti  'il  porte  des  fruits',  gr.  qpuXXov 
'feuille'  (§  185,  Rem.  3).  3)  I.-e.  b.  baculu-m  :  gr.  pàKxpov 
'bâton',  bas-ail.  ^egreZ  'perche',  trabês  pi.  :  osq.  tri  i  bu  m  'aedifi- 
cium',  ombr.  trebeit  'versatur'  etc.  (§  217).  4)  I.-e.  bh.  far  : 
osq.  far,  ombr.  far  'far',  got.  barizeins  'd'orge',  v.  si.  braéîna 
'repas',  si-bi  :  osq.  sifei  'sibi',  ombr.  tefe  'tibi',  skr.  tu-bhyamj 
v.  si.  te-bè  'à  toi*. 

Ital.  /"provenant  de  \id\, ph  (=  i.-e.  |>A  bh)  était  bilabial; 
dans  la  période  historique  des  langues  italiques  il  apparaît  con- 
fondu avec  i.-e.  th,  dh  (§  228,  3),  gh  (devant  u  §  238,  2)  et  g^ft 
(§  257).  Tous  ces  f  sont  restés  bilabianx  jusqu'à  l'époque  impé- 
riale (cf.  im  fronte  et  analogues  sur  des  inscriptions  de  l'époque 
républicaine)  ;  alors  ils  sont  devenus  labio-dentaux. 


158  PHONÉTIQUE 

Ital.  comm.  ou  italo-celtique  *k7ieidktve  de  *per9k^e  §  332,  a.  ce  de 
pc,  gg,  de  bg,  tt  de  pt  §  320,  3,  d,  p. 

221.  Germaniqne.  1)  I.-e.  p,  Got.  speiwan  v.  b.  a. 
spîwan  V.  isl.  sp^ia  ^cracher'  :  gr.  tttuu),  lat.  spuo,  lit.  spidujuy 
V.  si.  pljujq  'je  craclie\  Got.  faihu  'fortune,  argent',  v.  h.  a.  fihiij 
V.  isl. /(^'bétail'  :  ^kr.pâçu  'bétail',  lat.jjecw.  Got.  bi-leibaj  v.  li.  a. 
hi'lîbu  'je  reste'  :  skr.  lip-  'coller',  gr.  Xinoç  'graisse',  lat.  lippus^ 
V.  si.  pri'lïpljq  'j'adhère'.  2)  I.-e.  ph.  v.  h.  a.  fallan  'tomber', 
/aZZa 'piège'  :  skr.  «rpAa^ 'faire  choquer  contre',  lat.  fàUOy  lit.  piilu 
*je  tombe'.  3)  l.-e.  6.  V.  h.  a.  pfuolj  ags.  pôl  'bourbier'  :  lit. 
halà  V.  si.  hlato  'marécage'.  Got.  siepan  v.  h.  a.  slafan  'dormir', 
V.  h.  a.  slaf  'mou'  :  v.  si.  àlahû  'mou,  faible'.  4)  I.-e.  6A.  Got. 
beitan  v.  h.  a.  bigaUf  v.  isl.  6ifa  'mordre'  :  skr.  bhidyâie  'il  est 
fendu',  gr.  qpeibo^ai  'j'épargne'  ('je  me  sépare  de  qqeh.'),  lat.  fîndo, 
Got.  JcalbOf  V.  h.  a.  kalba  'génisse'  :  skr.  gdrbha-s  'petit  d'un  ani- 
mal', gr.  beXqpaH  'pourceau'. 

Got.  f  était  vraisemblablement  bilabial.  V.  h.  a.  f  hérité 
du  germanique  commun  n'est  resté  universellement  bilabial  que 
jusqu'au  IX®  siècle.  Alors  (d'abord  en  francique)  le  phonème 
est  devenu  labio-dental,  comme  le  prouve  le  passage  de  mf  à  nf. 

222.  Slave.  l)I.-e. |>.  V.sl.^Zoîjq'je navigue', lit.i^Zdtytt 
*je  rince',  skr.  pldva-te  'il  nage,  il  navigue',  gr.  ttX^uj  'je  nage,  je 
navigue',  lat.^Ztti^,  v.  h.  &,floutoen  flewen  'rincer'.  ^(>piïi 'chauffer'  : 
skr.  tdpati  'il  échauffe',  lat.  tepeo.  2)  I.-e.  ph,  polica  :  skr. 
phâlaka-m  'planche'  gr.  aqpëXaç  'petit  banc'.  S)  I.-e.  6.  Pet.- 
russ.  bzdityy  tchèq.  bzditi  'pedere'  :  gr.  pbëuj  'pedo'  de  pzbcu)  ; 
bzd'  de  *p[e]zd-y  cf.  slov.  pezdêti,  lat.  pèdere  (§  291,  2).  V.  si. 
dobrû  'bon'  doblî  'fort,  capable'  :  lat.  pél.  faber,  v.  h.  a.  tapfar 
emportant'.  4)  I.-e.  bh,  bojati  sq  :  lit.  bijôti-s  'avoir  peur',  skr. 
bhâya-te  'il  a  peur',  bebrû  :  \\i.  bëbrus,  lat.  fiber,  corn.  6e/cr, 
V.  h.  a.  bibar  'castor',  skr.  babhrû-s  'brun  ;  sorte  d'ichneumon', 
i.-e.  '^bhe-bhru-,  *bhi'bhru-. 

SI.  comm.  f,  Sj  n,  de  pt^  ps,  pn,  et  d,  n  de  bd,  6n,  §  320,  3. 

II.  Occlusives  dentales^). 

223.  Indo-européen.  1)  Sourde  t.  *frey-6« 'trois' : 
skr.  trdyas,  gr.  Tpeîç,  alb.  tre,  lat.  très^  v.  irl.  trî,  got.  preis,  lit. 

1)  Plus  exactement  sans  doute:  alvéolaires.    Cf.  §  17,  4,  b. 


OCCLUSIVES  159 

r^«,  V.  si.  Mje  trije,  Skr.  strnô-miy  gr.  dTÔpvûjLii,  alb.  strint 
^'étends',  lat.  sterno,  v.  bret.  strouis  'stravf,  got.  strauja,  v.  si. 
stïrq  'j'étends',  -nti  -nt,  désinence  de  3®  p.  pi.,  par  ex.  *bheronti 
^ferunt'  :  skr.  hhdranti,  dor.  (pépovri,  lat.  ferunt,  v.  irl.  herit,  got. 
bairandf  v.  si.  (ru^.)  berqtî.  2)  Sourde  as  p.  ^A.  Skr,  granthi-s 
*nœud',  gr.  TPOvOoç  'poing  serré',  v.  h.  a.  kranz  'couronne',  -tha^ 
désinence  de  2®  p.  sg.  pf .  :  skr.  vétthuy  gr.  oT(T6a  'tu  sais',  ags.  eard 
ard  'tu  es'.  3)  Sonore  d.  Skr.  dàça,  arm.  tosn^  gr.  bëxa,  alb. 
^jetcy  lat.  decem,  v.  irl.  de*ch  n-,  got.  taihun,  lit.  dëszimtj  v.  si. 
des^tî  'dix'.  Skr.  véda,  arin.  gitenij  gr.  oTba  'je  sais',  lat.  e;i(2^, 
got.  loaity  V.  si.  ©^d^  'je  sais'.  4)  Sonore  asp.  dA.  R.  dhë-  : 
skr.  dhàman-  'loi',  arm.  dnem  'je  place',  gr.  àvd-6ima  'offrande', 
lat.  fèci,  got.  da-deps  'action',  lit.  dëti,  v.  si.  déti  'poser'.  Skr. 
rudhirà'Sf  gr.  èpuOpôç  lat.  rufcer,  v.  irl.  ruad,  got.  ratf^^  (gén. 
Taudis),  V,  si.  rttdrw  'rouge',  -dhi,  désinence  de  2®  p.  sg.  impér.  : 
skr.  viddhi  'fais  attention',  gr.  ïaOi  'sache',  v.  lit.  veizdi  veizd  'vois'. 

224.  Sanskrit.  1)  I.-e.  t,  td-d  :  zd  ta-t  gr.  tô  'cela', 
alb.  te  *que',  lat.  is-tud,  tum,  got.  pata,  v.  si.  fo  'cela',  dti  :  zd 
a'fi,  V.  pers.  atiy  'au-delà',  gr.  ijx  'encore',  lat.  et,  got.  ip  'et,  mais'. 
às'ti  :  zd  asti,  gr.  faTi,  lat.  e«^,  got.  ist,  v.  si.  Je^^ô  'il  est'. 

2)  L-e.  ^A.  dadâ'tha  :  gâth.  dada-^a  'dedisti',  cf.  véttha  §  223. 

3)  l.-e.  d.  Skr.  dlrghd-s  :  zd  dar^ya-,  v.  pers.  darga-,  gr.  boXi- 
xoç  (§  215,  p.  155)  'long',  lat.  in-dulgeo,  got.  tulgus  'constant', 
V.  si.  dlûgû  'long'),  sddas-  :  zd  hadié-,  v.  pers.  hadis-,  gr.  ëboç 
^siège',  lat.  sedeo,  v.  irl.  ^dé  'siège',  got.  «lïan  lit.  sédëti,  v.  si. 
«sede^i  'être  assis'.  4)  I.-e.  dA.  dhàrsa-ti  'il  est  hardi'  :  zd  daréi-s 
Violent',  gr.  Gàpaoç 'courage',  got.  ga-dars  'j'ose',  lit.  drf^fi'oser^. 
mddhu  :  zd  maôu  'douceur,  miel',  gr.  jnëOu,  v.  irl.  mid,  v.  h.  a. 
meto  'boisson  enivi-ante',  lit.  medùSy  v.  si.  medû  'miel'. 

225.  Déplacement  du  point  d'articulation.  1)  Les  alvéo- 
-laires  ou  postdentales  skr.  t,  th,  d,  dh  sont  devenues  interden- 
tales avec  le  temps;  c'est  la  prononciation  actuelle.  2)  Dialec- 
talement  elles  sont  devenues  au  contraire  cérébrales,  par  ex. 
^fi-8  =  ati-8  'canard',  çlî-  =  dt-  'voler'.  3)  Assimilations:  cch 
provenant  de  tç,  par  ex.  pacchds  'par  pada'  (pad-  +  suff .  -cas)  ; 
^t{h)  de  8t{h),  \£\d{h)  de  id(A)  §  321,  3;  ce  de  tcjj  de  dj  §  320, 
5,  d,  p;  Il  de  dl  §  320,  3,  c. 


160  PHONËTIQUB 

226.  Grec.  1)  L-e.  t.  tcivuj  'je  tends'  :  skr.  tanô-ti  'il 
étend',  lat.  tendOy  v.  irl.  tana  'mince*,  got.  panja  'j'étends',  lit. 
tenvasj  v.  si.  tînîkû  tïnûkû  'mince'.  kXutôç  :  skr.  çrutd-s,  lat. 
in-clutu8,  V.  irl.  cloth  'célèbre',  v.  h.  a.  Hlot-hari.  2)  I.-e.  th. 
irXàOavov  'plateau  à  pâtisserie'  :  skr. prthû-s  'large',  v.  h.  a.  flado 
'galette'.  3)  I.-e.  bi-5u)^i  :  skr.  dâ-damij  arm.  tam  'je  donne', 
lat.  dô,  lit.  diUij  v.  si.  dati  'donner'.  Trépberai  :  skr.  pârda-te  'il 
pète',  V.  h.  a.  ferzan  'péter',  lit.  pif  dis  'pet'.  4)  I.-e.  dh.  Oiioç 
'parfum'  :  skr.  dhûmd'S^  lat.  fûmus  lit.  pi.  dûmai,  v.  si.  dymû 
'fumée',  V.  h.  a.  toum  'vapeur'.  TrevOcpdç  'beau-père*  :  skr.  bdn- 
dhu'8  'parent',  lat.  of-fèndimen-tum,  got.  bindan  'lier',  lit.  befi- 
dras  'compagnon*. 

227.  Déplacement  du  point  d'articulation.  1)  La  spirante 
sourde  provenant  de  gr.  comm.  th  (9)  (§  265,  1)  était  d'abord 
postdentale,  puis  dès  l'antiquité  a  passé  à  Tinterdentale  ^,  sauf  en 
laconien,  où  elle  était  prononcée  s.  2)  La  spirante  sonore  pro- 
venant de  d  (b)  (§  266,  1)  était  de  même  d'abord  postdentale; 
elle  a  été  remplacée  par  l'interdentale  d  (gr.  mod.  b),  sans  qu'on 
sache  à  quel  moment.  3)  Assimilations:  tttt,  pp  provenant  de  nr 
bp;  KK,  TT  de  tk,  by  §  320,  3,  d,  p.    XX  de  bX  §  320,  3,  c. 

228.  Latin.  l)L-e.  ^  ^6rmo:o8q.teremnfss'terminibas', 
ombr.  temmom-'e  'ad  terminum',  skr.  ^drman- 'pointe  du  poteau  du 
sacrifice',  gr.  Tëpjiiujv  'limite',  ard-tru-m,  cds-tra  :  osq.  castrid 
'fundo',  ombr.  kastruvuf  'fundos',  skr.  ari-tra-m,  'gouvernail', 
gr.  fipo-Tpo-v  'charrue',  got.  hlei-pra-  'tente'.  2)  L  -  e.  d.  dtco  :  osq. 
delkum  'dicere',  ombr.  deitu  'dicito',  skr.  diçd-ti,  gr.  beÎKVOai  'il 
montre',  got.  ga-teihan  'annoncer',  edo  :  osq.  edum  'edere',  skr. 
ddmif  gr.  lb\D,  got.  ita  'je  mange*,  lit.  ëdu  'je  mange'  (en  parlant 
d'un  animal),  v.  shjadï  'mets*.  3)  L-  e.  f A  et  dk  se  sont  confondus 
en  th  en  italique  commun.  Ce  phonème,  abstraction  faite  du  groupe 
sthy  passe  ensuite  à  j^^),  d'où  en  latin  à  l'initiale  /*,  à  l'intérieur  b 
devant  et  après  r,  devant  l  et  après  u  (w)  *),  partout  ailleurs  d  ; 
en  osco-ombrien  partout  /*.    Ital.  sth  apparaît  en  latin  cpmme  st. 

1)  Gr.  XiTpâ  est  un  emprunt  préhistorique  à  ital.  *lîprâ  =  lat. 
lïbra,    T  est  le  substitut  du  p  inconnu  au  grec. 

2)  Je  considère  comme  erronée  l'opinion  de  MM.  Ceci  et 
Giles,  suivant  laquelle  up-  serait  devenu  ud-. 


OCCLUSIVES  161 

a)  f.  —  facto  :  osq.  f  akiiad,  ombr.  façia  'faciat',  skr.  dhâman- 
etc.  (§  223).  b)  fc.  —  ruhrum  :  pél.  Rufries  'Rubrius',  ombr. 
rufra  'rabros',  skr.  rudhird-s  etc.  (§  223).  verbum  :  ombr.  uer- 
fale  'templnm'  got.  tcaûrd  'mot^  lit.  vafdas  'nom',  stabulum 
stabilis,  de  *sta-fl(h  ^sta-fii-  (§  313,  2,  b)  :  osq.  staflatasset 
'statutae  sant'^  v.h.a.  stal  'éenrie',  gén.  stalles,  germ.  comm.  ^sta- 
dla-  (§  230,  4,  e),  tch.  std-dlo  'troupeau',  gr.  t^v€-8Xo-v  'des- 
cendance', jubeo  juba  :  skr.  yodhami,  lit.  jundû  'j'entre  en 
mouvement',  nûbës  :  gall.  nudd  'brouillard',  uber  :  skr.  ûdhar, 
gr.  oû0ap,  V.  h.  a.  ûtar  'pis',  u-bi  osq.  pu-f,  ombr.  pu-fe  skr. 
kû'Tia  de  *JcU'dha  (§  263,  Rem.  1),  v.  si.  Â[;t^-(26  'où';  ibi  est  formé 
d'après  ubL  c)  d.  —  médius  :  osq.  méfiai  'in  média',  skr. 
fnddhya-s,  got.  midjis  'médius',  v.  si.  meéda  'limite',  vidua  : 
skr.  vidhdvûy  got.  widutoo,  v.  si.  t7f (Jova  'veuve',  of-fendimentum  : 
skr.  bdndhu'8  etc.  (§  225).  Avec  i.-e.  ^ft  franc,  mandrin  = 
lat.  *mandannum  :  osc.-ombr.  mamphur  'une  pièce  du  tour' 
(probablement  à  corriger  en  manfar)  skr.  mântha-ti  etc.  (§  232). 
d)  st  —  vldis'tî  :  skr.  vét-tha  etc.  (§  223).  aestu-s  :  v.  germ. 
Aisto-môdiîiSy  de  i.-e.  ^aidzdh-  =  ^aidhst-,  cf.  skr.  édhas-  (§  261, 
4.  269,  2,  b). 

229.  Déplacement  du  point  d'articulation  pour  ital.  ^  et  cf. 
1)  Italique  commun  -kl-  de  -tl-  sauf  après  -«-  :  piaclum  piaculum, 
osq.  sakaraklûm  'sacrum',  ombr.  pibaklu  'piaculorum'  avec 
le  suffixe  -rto-;  sur  -cra-  pour  -clo-  dans  lucrum  et  analogues, 
§  334,  3,  d.  Par  contre  postuldre  de  ^postla-  osq.  pestlùm 
'templum'.  A  l'initiale  «fZ-  passe  postérieurement  à  scl-j  comme 
sdoppus  (ital.  schioppo)  de  stloppus,  sclîs  de  ^fZê^  (§  336, 4,  a,  p. 
359, 10).  Cf.  §320,  3,  c).  2)  t  dans  ti  +  voy.  (§  307)  est  souvent 
confondu  dans  la  prononciation  avec  A:  au  second  siècle  ap.  J.-C, 
comme  le  prouve  récriture  par  c  et  k,  par  ex.  nuncius  =  nun- 
tins,  'ApovKiavoç  =  Arruntianus»  Cf.  §  316.  3)  Dans  un  certain 
nombre  de  cas  l  provient  de  d,  comme  dans  lacruma  (v.  lat.  da- 
cruma)  :  gr.  bàxpu.  got.  tagr  'larme';  Uvir  :  devâr-  etc.  (§  137, 
Rem.)  ;  oleo  en  face  de  odor  :  gr.  àh\ir\  'odeur'.  On  voit  là  un 
phénomène  dialectal  (sabin?).  Cf.  Brugmanu,  6r.  Pp.  533 sq., 
Petr  BB.,  25,  127  sqq.,  Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  193.  Parfois 
aussi  r  provient  de  d  devant  labiale  en  latin,  comme  dans  ar- 

Brogmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  11 


162  PHONÉTIQUE 

fuerunt  (IF.  13,  88  sqq.).  4)  *  de  dtt  §  158,  3,  f.  ce,  gg  de  te, 
dg;  pp  de  tp,  §  320,  3,  d,  p.  ff  de  tf%  230,  3,  e,  p.  mm,  nn  de 
dm  dn  §  320,  3,  b.    Il  de  dl  §  320,  3,  c.    Il  de  Id  §  321,  3. 

230.  Germanique.  Les  phonèmes  jï  et  ^  produits  anx  ter- 
mes des  §  270^.  271  étaient  des  postdentales  et  se  sont  maintenus 
à  ce  point  d'articulation  dans  les  anciens  dialectes  germaniques. 
1)  Le.  t.  Got.  raûits,  v.  h.  a.  reht  'droit'  :  gr.  ôpcKTÔç  'tendu', 
lat.  rècttM,  Got  paûrnus,  v.  h.  a.  dorn,  v.  isl.^om  'épine*  :  skr. 
tfna-m  'brin  d'herbe',  v.  si.  trînû  'épine*.  Got.  hund,  v.  h.  a. 
huntf  V.  isl.  hund-rad  :  skr.  çatà-m,  gr.  éKaxôv,  lat.  centum,  lit. 
szifhtas  '100*.  Got.  fadar,  v.  h.  a.  fater,  v.  isl.  fader  :  skr.pitdT^ 
gr.  TiaTrip,  lat.  pater,  v.  irl.  athir  'père*.  2)  I.-e.  th.  Got.  skap- 
jan  V.  h.  a.  akadon  'nuire*  :  gr.  à-aKTiôiiç  'indemne*.  3)  I.-e.  d. 
Got.  tuZ'y  V.  h.  a.  zur-  :  skr.  dm- y  gr.  bua-,  v.  irl.  dw-,  do-,  i.-e. 
*dtt«-  'mé-,  mal*.  Got.  hairto,  v.  h.  a.  herza,  v.  isl.  hiurta  :  gr. 
Kttpbiû,  lat.  cord-,  v.  irl.  cWd«,  v.  si.  srîdîce  'cœur*.  Got.  itan, 
V.  h.  a.  e^sarij  v.  isl.  eta  'manger*  :  skr.  âdmij  etc.  (§  228).  — 
Pour  les  deux  z  du  vieux  haut  allemand,  cf.  §  33,  A,  1 0.  4)  I.  -  e.  dh. 
Got.  ga-deps,  v.  h.  a.  tat,  v.  isl.  dqd  'action*  :  skr.  dhdman-  etc. 
(§  223).  Got.  bindan,  v.  h.  a.  bintan,  v.  isl.  binda  'lier*  :  skr. 
bdndhurfy  etc.  (§  225).  Got.  ana-ftiudan  'ranger*,  y.  h.  a.  biotariy 
V.  isl.  ftidda  'offrir'  :  skr.  bôdhati  'il  remarque*,  gr.  TreùGoiiiai  'je 
m'informe',  v.  si.  bûdéti  'veiller*. 

231.  Déplacement  du  point  d'articulation.  1)  Germ. 
occid.,  nord,  fl-  de  germ.  comm.  got.  pi-.  V.  h.  a.  fliohany  v.  isl. 
fl0a  =  got.  pliuhan  'fuir*  et  v.  h.  a.  flôh  'puce*  en  face  de  gqt. 
plahsjan  'effrayer*,  v.  si.  tlûkq  tlésti  'pousser*,  rac.  tleq-  telq-  ; 
pliuhan  est  refait  sur  pluh  =  tfq-.  V.  h.  a.  floccho  'flocon*,  m.  irl. 
tlacht  'vêtement*.  2)  kw-  issu  de  germ.  comm.  tw-  à  l'époque  du 
vieux  haut  allemand  en  alémanique,  par  ex.  quîfalôn  'douter*,  got. 
tweifls  'doute*.  De  même  kw-  de  v.  h.  a.  ttc-  =  germ.  comm. ptc-  et 
diD  à  la  fin  de  l'époque  du  moyen  allemand  dans  les  dialectes  de  la 
basse  et  moyenne  Allemagne  par  ex.  quingen  de  tvnngen  'forcer', 
V.  suéd.  pioinga;  qucdm  de  ttocdm  'assourdissement,  fumée 
épaisse*,  got.  dwals  'fou*.   3)  Germ.  Il  de  dl,  §  230,  4,  c. 

232.  Slave.  1)  I.-e.  t.  V.  si.  tesati  :  lit.  tasz^i  'tailler*, 
skr.  tdksa-ti  'il  fabrique*,  gr.  rëKTujv  'charpentier*,  lat.  texo,  v.  h.  a. 


OCCLUSIVES 


163 


déhsala  ^hache\  pa-m^tî  'souvenir'  :  lit.  atmintis  'pensée',  skr. 
mtxti'S  'sens',  lat.  mentem,  got.  ga-munds  'pensée'.  2)  I.-e.  th. 
m^tq  'je  mélange  Je  trouble'  :  lit.  mentûrê  'moulinet',  skr.  mdntha-ti 
^1  tourne,  il  bat  avec  un  moulinet',  gr.  \xoQoq  'tumulte  de  la  bataille', 
franc,  mandrin  (§  228, 3,  c),  v.  isl.  mçnduU  'moulinet'.  3)  I.-e.  d. 
dva  :  lit.  du  (de  *dtm),  skr.  dvaûj  gr.  bvw,  lat.  duo,  v.  irl.  dau,  do^ 
got.  twai  'deux',  voda  :  lit.  vandû,  skr.  udân-,  gr.  iibwp,  lat.  unda, 
got.  loato  'eau'.  4)  I.-e.  dh.  dojq  'j'allaite'  :  lit.  délè  'sangsue', 
skr.  dhdya-ti  'il  tette',  gr.  Qx\aaTO  'il  a  tété',  lat.  fëlo,  v.  irl.  dinu 
^agneau',  got.  daddjan  'allaiter',  vedq  :  lit.  vedù  'je  mène,  je 
mène  à  la  maison',  skr.  vadhû-s  'fiancée',  v.  irl.  fedim  'j'apporte'. 

III.  Occlusives  palatales. 

233.  Les  palatales  indo-européennes  que  nous  écrivons  k  îch 
g  gh  apparaissent  en  grec,  italique,  celtique  et  germanique  comme 
occlusives,  en  indo-iranien,  arménien,  albanais,  baltique  et  slave 
comme  spirantes.  D'après  la  forme  que  prend  chez  elles  le  mot 
désignant  le  nombre  100  (i.-e.  *hiitôm)  on  appelle  les  premières, 
auxquelles  se  rattachent  le  macédonien  et  l 'illyrique  septen- 
trional (vénète)  (§  2,  Rem.  1),  les  langues  de  centum,  les  autres, 
avec  le  groupe  du  phiygien  et  du  thrace  (ibid.),  les  langues  de 
satdm^  le  latin  et  le  zend  représentant  ces  deux  groupes.  Tableau 
d'ensemble  : 

Groupe  de  centum  Groupe  de  sat9m 


i.-e. 

«rr. 

lat. 

v.  irl. 

germ. 

skr. 

zd 

arm. 

alb. 

lit. 

8l. 

k 

K 

c 

c 

h,  g  (Je) 

Ç{9) 

s(i) 

s 

t»,  8 

HZ 

S 

§ 

T 

g 

1 
I 

g 

1, 

k 

j  (*?) 

z{i,i) 

c 

ô,dfZ 

• 

z 

z 

§h 

X 

h,  g 

g 

g 

h 

2  («,  S) 

J,  « 

à,d,z 

z 

z 

Pour  la  représentation  des  occlusives  labio-vélaires  indo- 
européennes les  langues  de  la  famille  se  répartissent  dans  les 
deux  mêmes  groupes  (§  254  sqq.).  Il  est  évident  que  dans  les 
deux  cas  nous  nous  trouvons  en  présence  de  différences  dialectales 
datant  de  Tépoque  indo-européenne  (§  11,  p.  20  sq.). 

L'articulation  occlusive  des  palatales  dans  les  langues  de 


» 


164  PHONÉTIQUE 

centum-  est  celle  que  je  considère  comme  primitive  dans  cette 
série.  Cf.  6r.  1  ^  p.  Ô43  sq.,  Kretschmer,  Einl.  103  sqq.,  Osthoff 
BB.  24,  187  sq.,  Hirt  BB.  24,  221  sq.,  Pedersen  KZ.  36,  293. 

Rem.  1.  M.  Hirt  (BB.  24, 218  sqq.)  cherche  à  établir  que  les  trois 
'séries  ^tturales'  indo-européennes,  la  série  £,  la  série  q-  et  la  série 
gl^t  sont  sorties  de  deux  seulement,  les  deux  premières  n*en  ayant 
fait  qu'une  à  Torigine.  Je  ne  considère  pas  la  preuve  comme  faite. 
Quoique  les  phonèmes  k-  et  g-  ne  soient  en  somme  pas  restés  distincts 
dans  les  langues  de  centum,  cependant  ky>  et  qif^  le  sont  en  grec  et  en 
italique  (malgré  M.  Hirt,  p.  289  sq.)  :  irrrâ-  =  *fc\fâ-^  skr.  çvâ-  en  face  de 
Kanvà^  =  *qu9pno8  lit.  kvâpas  (§  157,  3,  e;  cf.  aussi  6/|p  Kpi\çi  sous  f.}, 
combrètum  de  *quembrêtom  =  ^k^endhro-,  lit.  szvendrai  en  face  de 
vapor  =  *qv9p-t  lit.  kvâpas  (§  158,  3,  b  et  5).  En  albanais  aussi  les 
trois  séries  sont  toujours  restées  distinctes,  comme  le  montre  Pedersen 
KZ.  36,  292  sqq.    Cf.  en  outre  Zupitza  RZ.  37,  398  sqq. 

Rem.  2.  Dans  le  groupe  de  sat9m'  on  trouve  assez  fréquemment 
à  côté  de  formes  représentant  1.  -  e.  k-  d'autres  formes  qu'on  ne  peut 
en  séparer  étymologiquement  et  qui  au  point  de  vue  de  ce  groupe 
semblent  représenter  des  vélaires  indo-européennes;  les  formes  se 
répartissent  en  deux  catégories.  1)  En  certains  cas  les  palatales  et 
les  vélaires  se  confondent  phonétiquement;  il  en  est  résulté  des 
formations  analogiques  sur  le  type  des  formes  à  vélaires  primitives, 
par  ex.  skr.  yâga-  pour  y^d-  'sacrifice'  en  regard  de  ydja-ti  (i.-e. 
ia§',  zd  yaz-)  d'après  le  rapport  de  tyâgâ-  'abandon'  à  tyaja-ti 
(i.-e.  tiegV^').  Cf.  skr.  jighfk^a-ti  en  regard  de  gfhnà'ti  'il  saisit* 
{=  gfhhnâti)  d'après  dudhuk^a-ti  en  regard  de  duhya-ti  (=  dhugh), 
aor.  a-ruk^a-t  en  regard  de  rôha-ti  {rôdhatï)  'il  monte'  diaprés 
a-lik^a-t  en  regard  de  liha-ti  {^ligh-)  etc.  2)  Dans  d'autres  cas  il 
s'agit  ou  de  mots  empruntés  au  groupe  de  centum  (de  tels  emprunts 
ont  pu  se  produire  en  partie  dès  l'époque  indo-européenne)  ou  de 
phonèmes  que  nous  devons  considérer  comme  des  éléments  étymologi- 
quement distincts  (cf.  par  ex.  skr.  skambh-  et  stamhh-  'étayer*,  où 
il  serait  erroné  de  supposer  une  évolution  phonétique  interne).  Le 
premier  cas  est  probablement  celui  de  v.  si.  gqsï  'oie'  en  regard  de 
lit.  zqsïs  et  de  gr.  xhv,  v.  h.  a.  gansi  emprunt  au  germanique;  le 
second,  probablement  celui  de  lit.  akmûy  v.  si.  kamy  'pierre'  en 
regard  de  skr.  àçman-  'foudre*.  V.  G  r.  1  ^  p.  544  sqq.,  Hirt  BB.  24^ 
284  sqq.,  Zupitza  KZ.,  37,  4(X)  sqq. 

Rem.  3.  Là  où  les  formes  historiques  ne  permettent  paa 
de  déterminer  à  laquelle  des  trois  séries  de  gutturales  (palatales, 
vélaires,  et  labio-vélaires)  a  appartenu  une  consonne,  nous  emplo- 
yons pour  poser  la  forme  indo-européenne  les  signes  neutres  fc, 
*^»  9^  gK  par  ex.  kneigUh'  §  258,  1,  b,  p. 


OCCLUSIVES  165 

284.  I.-e.  1)  Sourde  Jk.  *hfiit6-m  '100'  :  gr.  éKaxov, 
lat.  centum,  v.  irl.  cet,  gall.  cant^  got.  hund  +  skr.  çaîd-my  zd 
satam,  lit.  szithtas.  *oktd{u)  '8*  :  gr.  ôktui,  lat.  octo,  v.  irl.  ocht  n-^ 
got.  ahtau  +  skr.  astaû,  lit.  asztûni  y.  si.  o«mt.  2)  Sourde 
aspirée  ^&.  «^&Û2-  'fendre'  :  gr.  axi2!ui'je  fends',  lat.  scindo,  got. 
skaida  'je  sépare'  +  skr.  chindt-ti  'il  fend',  zd  opt.  hi-aidyût 
(représentant  *8i-8khidiê4).  3)  Sonore  §.  Gr.  ti-TvomJkuj  'je 
reconnais',  lat.  gnôsco,  v.  irl.  gnath  'connu',  v.  h.  a.  knden  'con- 
naître'+  skr.  jVï«4-^t  'il  reconnaît',  gâth.  2®  pi.  zana-ta^  arm. 
caneay  'je  connus',  lit.  iJnd^i  'savoir',  v.  si.  zTmti  'connaître'. 
*agù  'je  pousse,  je  mène'  :  gr.  dTuj,  lat.  ago,  v.  irl.  a^a^agant',  v.  isl. 
inf.  aka  -h  skr.  djamiy  zd  azami,  arm.  ocem.  4)  Sonore  as- 
pirée gh.  Gr.  x^i^uiv,  lat.  hUms,  v.  irl.  gem-red,  v.  gall.  ^fae^Ti  + 
skr.  himd-Sf  zd  ztma-  'hiver',  arm.  Jtun  'neige',  alb.  dimen,  lit. 
ièwMi,  V.  si.  zima  'hiver'.  tfie§h'  'vehere'  :  gr.  6xoç  'voiture',  lat. 
veho,  got.  ga-wigan  'mouvoir'  +  Bkr.  vdha-tij  zd  vazaHi  'il  mène, 
il  transporte',  lit.  veziiy  v.  si.  vezq  'veho'. 

a.  Langues  de  centum. 

235.  Grec.  l)I.-e.  £.  kXutôç  :  lat.  tn-clu^tf«,  v.  irl.  c/^of A 
'célèbre'  got.  hliuma  'onïe'  +  skr.  çrutd-s  'célèbre',  v.  si.  slovo 
'mot,  parole'.  &Kpoç  'pointe'  :  lat.  acu-s  acidus,  v.  h.  a.  ahil  'barbe 
d'épi'  +  skr.  dçri-f  'arête',  arm.  aseln  'aiguille',  alb.  dûete  'âpre', 
lit.  asztràSy  v.  si.  ostrû  'aigu'.  2)  I.-e.  kh,  axdw  'je  fends'  :  -f 
skr.  chatd'S  'coupé',  prés,  chyd-ti,  zd  subj.  sya-t-  3)  I.-e.  g. 
T€uo^ai  'je  goûte'  :  lat.'  gtistus,  v.  irl.  to-gu  'choix',  got.  kiusan 
'éprouver',  +  skr.  jôsa-a  'approbation',  zd  zaoéa-  'fait  de  plaire', 
alb.  desa  'j'aimai'.  ipTov  'œuvre'  :  v.  gall.  guerg  'efficax',  got. 
waûrkjan  'agir'  +  zd  v^r^zyeHi  'il  agit',  arm.  gorc  'tâche'. 
4)  I.-e.  gh.  x^uj  'caco',  irl.  mod.  gead  'croupion',  v.  sax.  gat 
'trou'  +  skr.  hada-ti  'cacat',  zd  zadah-  'podex',  arm.  jet  'queue', 
alb.  ôjes  'caco'  v.  si.  zadî  'ce  qui  est  derrière'.  fitX^  ^j^  serre'  : 
lat.  angOy  got.  aggwus  'étroit'  +  skr.  draha^-j  zd  qzah-  'détre  sse', 
arm.  anjuk  ancuk  'étroit',  v.  si.  cizûkû  'étroit'. 

236.  Déplacement  du  point  d'articulation  par  des  assimila- 
tions :  TT,  bb  de  KT,  fb  §  320, 3,  d,  p.  aa,  rr,  90  de  ki  (îrdaaaXoç),  xi 
(dcTcTov)  et  l  {ab)y  bb,  rr  (t)  de  tî  (fiZojiai)  v.  §  151, 3,  e.  g.    ttit  de 


166  PHONÉTIQUE 

%  (ÏTTTToç)  et  cp-,  e-  de  ^Aj«-  (cprip  e/jp),  §  157,  3,  e,  f.  (cf.  §  233, 
Rem.  1). 

387.  Latin.  1)  I.-e.  i.  clivos  inclina  lombr.  kl  tir  &m 
'lectieam',  gr.  kXIvuj  'j'appuie',  v.  irl.  cloen  'incliné',  got.  hlains 
'colline'  +  skr.  çrâya-ti  'il  appuie',  lit.  szlaîtas  'pente*,  decem  : 
osq.  dekmanniûis  'decamanis',  gr.  bëxa,  v.  irl.  d^ch  n-,  got. 
taihun-  +  skr.  ddça,  arm.  tasn,  lit.  dèszimtj  v.  si.  des^tî  '10'. 
equos  :  gr.  ïiriroç  (§  236),  v.  irl.  ech,  got.  ai&a-  (dans  athatundi 
'épine')  +  skr.  dçva-s  'cheval',  lit.  aszvà  'jument'.  2)  I.-e.  kh. 
scinda  cf.  §  234,  2.  3)  I.-e.  §.  genus  :  osq.  Genêt  ai  'Gène- 
trici',  gr.  t^voç  'race',  v.  irl.  ge^n  'naissance',  got.  kuni  'race'  + 
skr.  jânas'  'race',  zd  zi-zanai  subjonct.  'elle  doit  enfanter',  arm. 
cin  'naissance',  reg-em  :  osq.  Regaturei  'Rectori',  v.  irl.  rig 
'régis'  +  skr.  rdj-am  'regem'  (nom.  rdf)  en  face  de  rOstrd-m 
'domination'  (§  241).  4)  I.-e.  gh  =  ital.  Jch  puis  x>  d'où  lat.  h 
et  g  (§  269,  1).  humus  :  osq.  huntru,  ombr.  handra  'infra',  gr. 
XOL\xa\  'par  terre'  +  lit.  zèmè,  v.  si.  zemlja  'teiTc'.  mihi  :  ombr. 
méhe  +  skr.  mdhyam,  arm.  inj  'mibi'.  linga,  ligula  de  Higla  : 
gr.  Xeixu),  v.  irl.  ligirriy  got.  bi-laiga  'je  lèche'  +  skr.  Uha-Uy  ledhi  'il 
lèche'  (§  241 ,  b),  arm.  lizum,  lit.  lëzià  'je  lèche',  v.  si.  lizati  'lécher'. 

Rem.  cambrêtum  en  face  de  vapar  §  233  Rem.  1. 

238.  Déplacement  du  point  d'articulation  par  des  assimila- 
tions. 1)  Le  passage  de  X:  à  té,  s  et  ts,  s  devant  les  voyelles  pala- 
tales 6,  i  (cf.  ital.  centa,  fi*anç.  cent  =  centum)  a  eu  lieu  seulement 
vers  le  milieu  du  P''  siècle  après  J.-C,  mais  il  était  depuis  long- 
temps préparé  par  la  prononciation  palatale  de  l'occlusive  devant 
e,  i,  (cf.  franc.  qu{=k)  dans quij  quel  et  dans  quand,  qualité),  — 
2)  X  de  ital.  comm.  xU'  a  passé  à  ^par  anticipation  de  Tarticulation 
labiale  :  férus,  de  *gh^era'S  (§  158,  3,  e).  Peut-être  faut-il  expli- 
quer de  même  fu-  pour  hu-  dans  funda  :  gr.  x^[n^j  8^^-  gi^^ 
'je  verse'  +  skr.  juhôti  'il  verse  dans  le  feu',  zd  zaaêra  'libation', 
et  dans  furca  (ital.  corom.  u  §  185,  Rem.  3)  :  gr.  xapàcayx)  'j'en- 
taille', lit.  éirklés  'ciseau'  (cf.  fulvas  §  249)  ;  tout  cela  est  incer- 
tain à  cause  de  fel,  favea,  faux  (cf.  §  269,  Rem.  1).  —  8)  tty 
dd,  de  et,  gd  §  320,  3,  d,  p. 

239  Germanique.  1)  I.-e.  îc.  Got.  skeinan,  v.  h.  a. 
scînan  v.  isl.  skina  'paraître'  :  gr.  (TKid  'ombre'  +  skr.  chayd, 


OCCLUSIVES  167 

père,  sayaj  v.  si.  aénî  'ombre'.  6ot.  hunds,  v.  h.  a.  hunt^  v.  isl. 
hundr  'chien',  de  '^;^|iunda2  (§  159)  :  gr.  kùujv,  v.  irl.  cû,  gall.  ci  + 
skr.  çvân-j  zd  span-  'chien',  arm.  skund  'petit  chien'  de  *kjiontO' 
(k  provenant  de  j*).  Got.  ga-teihan  'annoncer',  v.  h.  a.  zîhan 
'accuser'  :  gr.  6€ÎkvO|lii  'je  montre',  lat.  dico  +  skr.  diçà-ti  'il  in- 
dique'. Got.  fagrs  'convenable'  v,  h.  a.  fagar  'beau'  :  gr.  nàaaakoç 
'cheville'  de  *TTaKiaXoç  (§151,  3,  e),  lat.  pdx  +  skr.  pdça-s  'lien'. 
2)  I.-e.  fch,  Got.  akaidan  v.  h.  a.  sceidan  v.  §  234,  2.  3)  I.-e.  §. 
Got.  kniu  v.  h.  a.  kniu  :  gr.  fôvx)  lat.  genu  +  skr.  jânu^  pers. 
zdnû,^  arm.  cunr  'genou'.  Got.  -rakjan,  v.  h.  a.  recchen  'étendre'  : 
gr.  àpéfw  'j'étends',  lat.  rego,  v.  irl.  ë-rig  'lève  toi'  +  skr.  rdjis- 
tha-s,  zd  razistô  'le  plus  droit'.  4)  I.-e.  gh,  Got.  gaggan,  v.  h.  a. 
gangan^  v.  isl.  ganga  'aller'  +  ekr.janghâ  'jambe'  (§  240,  1,  c), 
zd  zanga-  'cheville',  lit,  zengià  'je  marche',  i.  -  e.  *ghewgh-,  Got. 
sigis,  v.  h.  a.  sigu,  sigi,  v.  isl.  sigr  'victoire'  :  gr.  fx^  'j©  tiens, 
j'ai'  +  skr.  sdhas-,  zd  hazah-  'puissance,  victoire'. 

b.  Langues  de  satam, 

240.  Sanskrit.  1)  I.-e.  fe,  g,  gh  =  indo-ir.  é,  é,  ih 
(c.-à-d.  sons  palataux  du  type  s)  sauf  devant  occlusives  et  souf- 
flantes, éy  i,  ih  =  skr.  ç,  j,  h,  zd  «,  2,  2.  a)  I.-e.  î.  çdmsa-ti 
'il  récite,  il  loue'  :  zd  sarahaHe  'il  se  nomme',  alb.  ^om  'je  dis*, 
V.  si.  sq-tû  'inquit'  -|-  lat.  cênseo,  viç-am  :  zd  vis-dm  ace.  'village', 
alb.  vis  'endroit',  v.  si.  vîsî  'village'  +  gr.  oÎkoç  'maison',  lat.  vîcus, 
got.  weihs  (gén.  weihsis)  'localité',  b)  I.-e.  g.  jdrant-  'usé, 
vieux'  :  zd  za^rvan-  'vieillesse'  +  gr-  T^piwv.  yâja-te  :  zd  yazaHe 
'il  sacrifie'  -^-  gr.  ôtioç  'venerandus'.  c)  I.-e.  gh.  Indo-ir.  ih 
passe  à  jA,  puis  %.  Adrana-T^i  :  zd  zavanam  'invocation',  arm. 
jaunem  'je  consacre',  alb.  zè  'voix',  v.  si.  zovq  'j ^appelle'  +  lat. 
havëre  'être  salué',  peut-être  aussi  got.  gup  'dieu'  (primitivement: 
'invocation'),  deht  'levée  de  terre'  :  zd  uz-daèza-  'entassement', 
arm.  dëz  'tas',  v.  russ.  déza  'huche',  de  *dèzia  (§  154,  3,  d)  +  gr. 
T6ÎX0Ç  'mur',  lat.  fingoy  got.  deigan  'pétrir'.  Avant  le  passage  de 
jh  à  A,  le  jA  est  devenu  J  par  dissimilation  d'aspiration  (§263,  5. 
336,  6)  ijangha  (zd  zanga-)  de  indo-ir.  *éha7dgha  (§  239,  4);  jd- 
hati  'il  abandonne'  (zd  za-zaHi)  de  indo-ir.  *iha-ihati  :  +  gr. 
xnToç  'défaut'. 


168  PHONÉTIQUE 

Entre  i.-e.  sk,  sîch  et  skr.  cch  (à  l'initiale  ch)  zd  v.  pers.  s, 
il  semble  que  se  placent  des  formes  indo-ir.  ê^  éh  (cf.  rapçd'te 
§  324).  a)  sL  chaya  :  pers.  saya,  gr.  cncid  etc.,  v.  §  239,  1. 
Cf.  duœhûna  'malheur'  =  dm  +  çund-  'salut*,  donc  de  *da«- 
isuna.  b)  sîch.  chindt-ti  :  zd  hi-Hôyai,  gr.  axilw  etc.,  v.  §  234,  2. 
chyd'ti  :  zd  syatj  gr.  (Txàuj,  v.  §  235,  2.  —  On  ne  sait  si 
pour  Télément  de  formation  du  présent  skr.  -ccha-  (par  ex.  gdc- 
cha-ti  :  zdjasaHi  'il  vient*,  gr.  pà(TKw)  il  faut  poser  i.-e.  -sko- 
ou  'SÎchO'. 

241.  2)  I.-e.  ht,  gdy  gdh,  gbh  =  indo-ir.  st,  éd,  édh,  ébhy 
ind.  comm.  sf  éd  éçlk  zbh,  iran.  comm.  et  zd  éd  £b.  îc,  g  dans  ces 
groupes  se  confondent  en  indo-iranien  avec  i.-e.  «,  z,  cf.  §  278. 
a)  i.-e.  îct.  vdsti  :  zd  vasti  'il  veut',  cf.  1"  sg.  vdçmi  :  zd  vas^miy 
et  gr.  éKiuv  'consentant*,  b)  I.  -  e.  §d,  gdh,  z  dans  zd(h)  tombe, 
et  î,  u,  r  subissent  un  allongement  (§  311).  lidha-s  'léché*,  de 
Hiédha-s  et  3®  sg.  leçlhi,  de  Haiz^hi,  cf.  l*""®  sg.  lehmij  R.  leigh-. 
ûdhd-8  'vectus'  de  ^ut^ha-Sj  cf.  vdha-ti,  R.  ue§h-.  mf^ikâ-m, 
d'où,  depuis  la  fin  de  Tépoque  védique  mrdîkd-m  'clémence*  = 
zd  mdr^zdikd-m  (§  200,  1  p.  138),  de  7narj'  'essuyer*,  3«  sg. 
màrstL  sadhd-s  de  *sazdha'8  (avec  a  au  degré  long,  comme 
impér.  sàksva)  partie,  de  sah-  'dompter*  (§  239,  4).  aéçl{h) 
apparaît  sous  la  forme  ôd(h)  :  vôdhum  'aller  en  char'  =  *pai- 
çlkum,  cf.  û^hd-8  (cf.  zd  vazdH-i  'qui  accomplit');  et  aussi,  à  côté, 
sans  que  la  raison  du  changement  soit  claire,  e^(h)  :  trnedhi  'il 
réduit  en  miettes*,  cf.  3*  pi.  tpnhanti,  partie,  trdhd-s.  Il  faut  voir 
des  formations  analogiques  dans  des  formes  comme  riridçlhi  pour 
rirîhi  (de  *rirîdhi)  de  ligh-  'lécher'  (6 r.  1  *,  p.  560).  c)  I.-e.  §bk. 
ébh  passe  à  çlbh  (cf.  dbh  de  zbh  §  283,  2).  vidbhyds  =  gâth. 
vîz^byO  dat.  abl.  pi.  de  t?iç-  =  vis-  (§  240,  a),  cf.  loc.  pi.  vikaû 
(§  242).  upayddbhis  instr.  pi.  de  upa-ydj-  nom  d'une  formule 
sacrificielle  additionelle,  cf.  ydja-te  (§  240,  b). 

242.  3)  I.-e.  h,  kp,  gzh,  §dh  probablement  =  indo-ir. 
XS^  yzh.  yj  =  skr.  ksy  iran.  i'^  yéh  =  skr.  fcf ,  iran.  i.  a)  I.-e.  fc«. 
rrtA'sî  :  zd  vasi,  2*  sg.  de  vdsfi,  zd  rojîfi  (§  241,  a),  dksa-s 
'essieu*  :  zd  aSa-  'aisselle*,  lit.  aszis,  v.  si.  o$î  +  gr.  fiEujv,  lat. 
axisj  V.  h.  a.  ahsa  'essieu*,  b)  I.  -  e.  îcp.  ksiti-s  :  zd  éiti-^i  'de- 
meure*, gr.  KTiaiç  'établissement',    tâksafi-  :  zd  taian-  'celui  qui 


OCCLUSIVES 


169 


façonne^  gr.  t^ktujv  'charpentier*,  lat.  texo,  v.  h.  a.  deA^a/a 'hache*. 

c)  l.-e.  gzh.   a-vaJcfit  'vexit'  :  zd  uz-vaêat  'il  a  emporté*,  aoriste 

sigmatique  de  skr.  vâ7ia4i,  R.  uegh-.    d)  I.-e.  gdh.   Jcsâm-  :  gr. 

xBiwv,  cf.  zd  Z9^ni'y  v.  si.  zendja  'terre*. 

Rem.  Le  nom.  sg.  dik  'contrée*  de  ^dixé,  i.-e.  *difc-8  était 
phonétique,  de  même  le  loc.  pi.  dikçû.  Par  contre  vif,  viffu  en 
face  de  véd.  vik^û  {viç-)  sont  analogiques  de  vidhhyduf  vi^bhif 
(§  241,  c),  comme  inversement  digbhyâs  de  dik,  dik^û, 

243.  Slave,  l.-e.  îc,  g,  §h  =  balto-slave  ê,  L  Ces  pho- 
nèmes subsistent  en  lituanien  (sz,  ij,  mais  en  slave  comme  aussi 
en  lette  et  en  vieux  prussien  ils  sont  devenus  des  sifflantes  (si.  s, 
2\  lette  Sy  /;  V.  pruss.  s,  s  [le  second  à  prononcer  2]).  1)  I.-e.  £. 
V.  si.  8Ï  :  lit.  8zi8^  arm.  -s 'celui-ci'  +  gr.  kcîvoç  'celui-là*,  lat.  ce-dOy 
cis  osq.  ce-bnust  'il  s^ra  venu'  (cf.  lat.  cèdo  =  *ce-zd6,  §  213, 1,  f,  P), 
V.  irl.  ce  'en  deçà*,  got.  hi-mma  'à  celui-ci*,  srîsenî:  lit.  szirszûj 
lit.  sirsis,  v.  pruss.  sirsilis  +  lat.  crabro,  v.  h.  a.  hornag  'frelon*. 
pras^  :  lit.  parszas  +  lat.  porcus,  v.  irl.  orc,  v.  h.  a.  farh,  farah 
'porc,  pourceau*.  2)  I.-e.  §.  zrîno  'grain'  :  lat  zimis  lett.  /ïr- 
nis  'pois'  V.  pruss.  syrne  'grain*  ^kwjlrnd'S  'broyé*  +  lat.  granum, 
got.  kaûrn  'grain*,  bréza  :  lit.  bérzas,  skr.  bhûrja-s  +  v.  h.  a. 
bircha  'bouleau*.  8)  I.-e.  gh,  zima  :  lit.  zëmà,  lett.  /îma,  v.  pruss. 
semoy  skr.  himà-s  etc.  (§  234,  4).  vezq  :  lit.  vezù,  skr.  vâha-ti 
etc.  (§  234,  4). 

i  de  si,  2  de  zi  v.  §  154,  3,  d. 

IV.  Occlusives  vélaires  pures. 

244.  Dans  les  langues  de  centunif  les  phonèmes  du  type 
q,  abstraction  faite  de  la  position  devant  ^  (§  233,  Rem.  1),  se 
sont  confondus  avec  les  phonèmes  du  type  £-;  par  contre  dans  les 
langues  de  sat^m,  sauf  lalbanais  (Pedersen KZ. 36,  292 sqq.)  ils 
se  sont  confondus  avec  les  phonèmes  du  type  q^.  Tableau  d'en- 
semble : 

groupe  centum  groupe  saiBtn 


i.-e. 

gr- 

lat. 

V.  irl. 

germ. 

skr. 

arm. 

aib. 

lit. 

V.  si. 

Ç 

K 

c 

^ 

h,g{k) 

k,  c 

k 

k 

k 

\k,â,c 

8      1     T 

9 

9 

fc        1    9yJ 

k 

9 

9 

;  g,  z,  dz 

gà 

X 

K  g 

9 

9 

gh,  h 

9 

9 

9 

g,&,dz 

170  PHONÉTIQUE 

Rem.  On  voit  que  dans  les  cas  où  un  mot  qui  renferme  un 
phonème  de  la  série  k  n'apparaît  que  dans  les  langues  de  centum  il 
est  ordinairement  difficile  de  dire,  si  Ton  a  affaire  à  i.  -  e.  £r  ou  à  ^^ 
par  ex.  pour  le  gr.  xccpaXVt  'tête',  v.  h.  a.  gebal  "crâne,  tête*.  Et  si  un 
mot  présentant  un  k  n'apparaît  que  parmi  les  langues  de  8at9mj  on 
ne  sait  s'il  avait  i.-e.  q  ou  qU,  par  ex.  skr.  kf^nà^Sf  v.  pruss.  kirsna-f 
V.  si.  érînû  'noir*.  De  nouvelles  difficultés  viennent  de  ce  que  la 
labialisation  de  la  série  q^-  dans  les  langues  de  cetitum  disparaît  en 
certains  cas.  Ainsi  elle  se  perd  avant  et  après  u,  et  il  en  résulte 
par  ex.  qu'on  ignore  si  gr.  kOitii  'caverne*  (0?),  lat.  cûpa  skr.  kûpa-s 
reposent  sur  i.-e.  q^ûp-  ou  sur  qûp-^  si  gr.  JIuyôv,  lat.  jugum  skr. 
f/ugâ-m  reposent  sur  i.-e.  jugU-  ou  sur  jug-. 

245.  Indo-européen.  1)  Sourde  j.  6r.  Kpeaç 'viande^ 
lat.  cruor,  v.  irl.  crû,  gall.  mod.  crau  'sang',  v.  isl.  hrdr  'cru'  + 
skr.  kravis'  'viande  crue',  v.  si.  krûvî  'sang*.  6r.  àxKiwv  'articu- 
lation', lat.  ancuSy  v.  irl.  ècath  'hamus',  got.  hala-agga  'nuque'  + 
skr.  ankd'S  'courbure  entre  le  bras  et  la  hanche'.  2)  Sourde  as- 
pirée gA.  Got.  hoha  m.  'charrue'  +  skr.  qàkha,  pers.  ëax,  arm- 
paac 'branche',  alb.  êeke  'frange',  lit.  azàkà  'branche'.  3)  Sonore  g, 
Gr.  Y^povoç,  lat.  grU8,  gall.  mod.  garan,  v.  h.  a.  cranuh  +  arm. 
krunkj  lit.  gérvè,  v.  si.  éeravî  'grue'.  Gr.  Cié^Ki)  'je  couvre',  lat 
tegOy  V.  irl.  teg  'maison',  v.  bret.  hou-tig  'stabulum',  v.  isl.  pak 
'toit'  -\-  skr.  sthagaya-ti  'il  couvre',  v.  si.  o-stegû  'vestis'.  Lat. 
angulus  +  arm.  ankiun,  v.  si.  qgûlû  'angle',  de  i.-e.  ataq-  (1), 
d'après  §  261,  5.  4)  Sonore  aspirée  gh,  Gr.  xavbàvw  'je  con- 
tiens', lat.  pre-hendo,  got.  bi-gitan  'obtenir'  +  alb.  ^endem  'je  suia 
trouvé',  v.  si.  gadajq  'je  devine'.  Gr.  (TTeixw,  v.  irl.  tiagHm  'je 
marche',  got.  steigan  'monter'  +  skr.  ati-sfigham  'dépasser',  alb. 
stek  (steg-u)  'passage',  v.  si.  stignq  'je  viendrai'. 

a.  Langues  de  centum. 

246.  Grec.  1)  L-e.  g.  ktiXIç  'tache'  :  lat.  càlïgo  +  skr* 
kala-s  'bleu  sombre',  v.  si.  kalû  'saleté'.  xapKivoç  :  lat.  cancer 
-^-  skr.  karkafa-s  'écrevisse'.  peipaE  'jeune  fille'  :  skr.  maryakà-s 
'jeune  homme'.  2)  L-e.  qh.  KaxdZuu,  KaTXOÎuj  'je  ris'  :  v.  h.  a. 
huùh  'rire  dédaigneux'  +  skr. kakha-ti  'il  rit'.  3)  L-e,  g.  àTcipiu 
'je  rassemble',  TopTOpa  'foule  confuse'  :  lat.  grex,  v.  irl.  gra^g 
'troupeau  de  chevaux*  +  skr.  grâma-s  'troupe',  v.  si.  grû9tt 
'poignée',  cttitmii  'piqûre,  point'  :  lat.  in-stigarej  got.  stïks  'instant" 


OCCLUSIVES  171 

+  skr.  tigmâ-8  'pointu'.  4)  I.-e.  gh.  )i\^\)r\  :  ags.  jUow  'plai- 
santerie' +  lit.  glaudas  'amusement'.  ô^ixXri  'nuage'  :  holl.  mig- 
gelen'pleuYoir  fin'  +  skr.  77t6gfAd-« 'nuage',  arm.  mèg,  alb.  mjeguie^ 
V.  si.  mîgla  'brouillard'. 

247.  Déplacement  du  point  d'articulation,  comme  au  §236^ 
par  ex.  dans  Kiaaa  'pie',  de  *KiKia  cf.  skr.  Jciki-s  'pie';  (JtiCuj  'je 
piqne'  de  *(Jtitîu),  cf.  axiTMil  (§  246,  3).  Par  contre  q^,  à  la 
différence  de  îcii,  passe  à  k,  v.  §  157,  3,  g. 

248.  Latin,  l)  L-e.  q.  capio  :  ombr.  kapiïe  'capide', 
gr.  KiiïTRi  'poignée  (d'un  objet)',  v.  irl.  cacht  'servante',  gall. 
caeth  'esclave',  v.  h.  a.  haft  'pris'  +  lett.  Jcampju  'je  saisis'. 
scando  :  gr.  aKdvbaXov  'piège'  +  skr.  skânda-ti  'il  lance,  il  bon- 
dit', modicus  :  osq.  ^OMfico 'publica',  gr.  iTnriKÔç  'relatif  au  cheval'^ 
V.  h.  a.  wuotig  'furieux'.  2)  I.-e.  qh.  congius  :  gr.  kotxoç  +  skr. 
çanJchd-Sj  lett.  eenze  (de  *8enJcé)  'coquille'.  3)  I.-e.  g,  gelu  : 
osq.  T^Xav  'pruinam',  got.  kalds  'froid'  +  zd  grar'nM-i 'gelée',  v.  si. 
zlédica  'verglas',  augeo,  vegeo  de  *ay,eg'  (cf.  gr.  à[F]éEa))  :  got. 
aukan  'augmenter',  wokrs  'intérêt  usuraire'  +  skr.  ôjas-  zd 
aojàh-  'force',  lit.  dugu  'je  crois'.  4)  I.-e.  gh.  hoatia  :  got.  gaats 
-|-  V.  si.  goatî  'hôte',  in-gruo  :  gr.  ?xpciov  'j'assaillis'  +  li^-  g'nâuti 
'se  briser  en  tombant',  glaber  :  v.  h.  a.  glat  +  v.  si.  gladûkû 
'uni',  in-dulgeo  :  gr.  boXixôç  'long'  (§  215  p.  155),  got.  ttilgua 
'constant'  +  skr.  dîrghd-ay  v.  si.  dlûgû  long'. 

249.  Déplacement  du  point  d'articulation  comme  §  238. 
Avec  fundo  sous  2)  cf.  fulvoa  (ital.  w,  §  185  Rem.  3)  :  tch.  zluva 
'pic',  serbe  éuvance  'jaune  d'œuf  '  (de  si.  comm.  *ztlvû)j  lit.  geltaay 
V.  b.  a.  gelo  'jaune'. 

250.  Germanique.  1)  I.-e.  j.  Got.  wéf-*A;aw« 'prévoyant', 
V.  h.  a.  aeouwôn  'regarder'  :  gr.  Koéu)  'j'observe'  (6uo-(Jk6oç),  lat. 
caveo  (§  348,  II,  1)  +  skr.  kavi-s  'sensé,  sage'.  V.  h.  a.  houioan 
'frapper'  :  lat.  cudo  +  v.  si.  kovq  'je  forge'.  Got.  huggrjan  'avoir 
faim',  hûhrua,  v.  h.  a.  kungar  'faim'  :  gr.  KaKiOrjç  'affamé',  k^thci  • 
Tieivql  (Hés.)  +  lit.  kefikia  'cela  fait  mal'.  2)  I.-e.  qh.  Got.  hoJia  : 
skr.  çdkJiû  etc.  (§  245,  2).  3)  I.  -  e.  g.  V.  h.  a.  fcîoï,  v.  isl.  kiôll  'ba- 
teau' {*gëul<h)  :  gr.  yauXôç  'seau,  bateau'  +  skr.  gola-m  'vase  à  eau'» 
V.  h.  a.  dahy  ags.  dœcy  v.  isl.  pak  'toit'  :  gr.  aréfuj  etc.  (§  245, 3). 
4)  I.-e.  gk.    Got.  gripa  'pas'  :  lat.  gradior,  v.  irl.  in-grennim 


172  PHONÉTIQUE 

'je  poursuis*  +  skr.  gfdhya-ti  'il  marche  sur*,  v.  si.  gr^dq  'je 
viens*.  Got.  gaggan^  v.  h.  a.  gangauj  v.  isl.  ganga  'aller'  +  skr. 
jdûgha  'jambe*,  lit.  éengiù  'je  marche*,  B.  §het9gh'. 

b.  Langues  de  satam. 

2t51.  Sanskrit.  I.-e.  qqhg  gh  =^  indo-ir.  k  TcK  g  gh.  En 
indo-iranien  devant  les  voyelles  i.-e.  6  et  î  ces  phonèmes  devien- 
nent des  explosives  palatales  k'  kh,  g'  gh',  lesquelles  sont  repré- 
sentées par  skr.  c  ch  j  h,  zd  (5,  /  (§  22,  4.  23,  3).  Le  passage 
indo-iranien  deëkà  est  plus  récent  que  la  palatalisation  (§  92. 98). 

Cf.  §  259. 

Rem.  Peut-èti-e  le  passage  indo-iranien  de  9  à  i  est-il  aussi 
plus  récent  que  la  palatalisation  des  gutturales  du  type  k  :  skr. 
tigUd-8  'affilé',  zd  àskd^^vn  ace.  'partisan*.  Dans  ce  cas  skr.  dukitàr- 
serait,  selon  §  263,  Rem.  1,  sorti  de  ^dughitav'.  Cf.  Gr.  *,  p.  577, 
Bartholomae  ZDMG.  50,  698  sq. 

252.  1)  Indo-ir.  A:,  kh,  g^  gh,  a)  L-e.  q.  X:;ârt^-^ 'pané- 
gyriste*, carkar-ti  'il  célèbre*  :  gâth.  1*  pi.  éar^kdr^-mahi  +  gr. 
KyipûH  'héraut*,  lat.  camnen,  v.  isl.  herma  'informer*,  pika-s  'cou- 
cou* :  -^-  lat.  pîcus,  ombr.  peico  'picum*. .  dhakâ-s  :  +  gr.  OrJKii 
'dépôt*,    b)  L-e.  qh.  çàkha  :  pers.  éax  'branche*  etc.  (§  245,  2). 

c)  L-e.  gf.  jâgr-ati  'ils  veillent*  :  zd  fra-yrata-  'éveillé*  +  gr. 
éT€tpw  'j'éveille*,  lat.  expergîscor  de  *eX'per'gri8cor  (§  336, 3,  b), 
V.  isl.  karskr  'vif*,  bhdga-s  'distributeur'  :  v.  pers.  baga-  'dieu', 
gâth.  baga-  'partage*,  v.  si.  bogû  'dieu*  -|-  gr.  q)aT€îv  'manger*. 

d)  L-e.  gh.  jdngha  'jambe*  :  zd  zanga-  'cheville*  etc.  (§250, 4). 
dïrghd'8  :  gâth.  dar^ga-,  v.  pers.  darga-,  v.  si.  dlûgû  etc.  (§248, 4). 

2)  Indo-ir.  fc',  M',  g\  gh\  a)  L-e.  ç.  cartana-  'l'action 
de  coudre  ensemble*  en  face  de  krndtti  'il  tord  les  fils*  :  v.  pruss. 
korto  'clôture'  +  gr.  KdpTaXoç  'panier',  v.  irl.  certle  'pelote*, 
V.  h.  a.  hurt  'claie*,  a-tàncana-m  'présure*  en  face  de  tandk-ti 
'il  fait  cailler*  :  zd  tanciMa-  'très  fort',  lit.  tdnkus  'compact*  -f 
V.  irl.  co-tëcim  'coagulo*,  gall.  tynged  'bonheur*,  got.  peihan  'pro- 
spérer*, b)  L-e.  g.  téja-te  'il  est  aigu*  à  côté  de  tigrad-s  etc. 
(§  246,  3).  ôjas-  =  gâth.  aq/ah-  {*auge8')  à  côté  de  nom.  ace. 
gâth.  aogo  {*augo8)  'force',  cf.  lat.  augeo,  gr.  àéliv  etc.  (§  248,  3). 

e)  L-e.  gh.  wfA-flw  pi. 'brouillard,  pluie*,  forme  primitive  *wwgA-e«, 


OCCLUSIVBS  173 

à  côté  de  meghd'8  (§  264,  4).    Cf.  zd  drajiéta-  le  plus  long'  à 

côté  de  dar^gor  (1,  d). 

Rem.  Sous  Tinfluence  de  Tanalogie,  des  phonèmes  du  type  Jt 
ont  pris  la  place  de  ceux  du  type  k^  et  inversement.  Par  ex.  cftà-ti 
'il  coud  ensemble*  d'après  cart'-=^*qert'^  ôjas  {*augo8)  d'après  les 
cas  où  ôjaS'  =  *auges-  ;  dràghi^ha-s  d'après  drâgàmàn-  dirghà-s^  etc. 

253.  Slave.  I.-e.  q  gh  g  gh  =  balto-slav.  comm.  A:,  g. 
Ces  phonèmes  ont  été  altérés  en  slave  commun  de  plusieurs 
façons  selon  leur  point  d'articulation,  sous  Tinfluence  de  pho- 
nèmes palataux  suivants.    Cf.  §  260.  297. 

1)  Slave  comm.  k,  g.  a)  I.-e.  q.  V.  si.  Tcopati  'creuser'  : 
lit.  kapôti  'frapper'  +  gr«  kôtttuj  'je  frappe',  pro-kû  'de  reste'  : 
-|-  gr.  iTpÔKa  'subitement',  lat.  reci-procus.  b)  I.-e.  g.  glagolati 
'parler'  :  +  lat.  gallus,  m.  gall.  galtOj  v.  h.  a.  kallon  'appeler',  hogû  : 
skr.  bhdgors  etc.  (§  252,  1,  c).  c)  I.-e.  gh.  gostî  :  +  l^'^t.  hostis^ 
etc.  (§  248,  4).  mîgla  :  lit.  miglà  'brouillard',  skr.  meghd-s  etc. 
(§  246,  4). 

2)  Slave   comm.  t's,  d'z    =  v.  bulg.  c,  dT  i'  (c,  i) 

de  i,  g  devant  voyelles  palatales.    V.  si.  po-ëïnq  'je  commence* 

à  côté  de  po-konî  'commencement'  :  skr.  kdnîyas-  'plus  jeune'  + 

gr.  Kttivôç  'nouveau',  lat.  re-cëns,  v.  irl.  cê^'le  premier',  gaul.  Cintu- 

gnatos  Cprimigenitus'),  vraisemblablement  aussi  got.  hindumisU 

'extrême'.   Russ.  éeremM  :  lit.  kermùszè  'ail  sauvage'  +  gr.  Kpë- 

)iuov,  KpÔMuov  'oignon',  gall.  craf,  ags.  hramse  'ail'.   V.  si.  teéetû 

3®  p.  sg.  de  tekq  :  lit.  tekû  'je  cours',  skr.  tak-ti  'il  se  hâte'  + 

V.  irl.  techim  'je  fuis',  bret.  tec'hel  'fuir'  :  got.  pius  'serviteur' 

(=  *pej'Ua'Z  §  258,  Rem.  4).    zeravî  :  lit.  gérvè  etc.  (§  245,  3). 

boze  voc.  sg.,  hoéUkû  'divin',  de  hogû  (1,  b).  —  Pour  le  degré 

dr,  cf.  iédenq  §  336,  5,  b,  a. 

SI.  comm.  i'<T,  z'd'i'  =  v.  bulg.  s't\  i'd  (écrits  H,  zd)  de 
sk,  zg,  en  même  position,  cf.  §  298,  336,  5,  b,  a. 

3)  Slave  comm.  fs,  dS  —  v.  bulg.  c',  di  i  ié,z)  de 
fcj,  gi  d'après  §  154,  3,  e.  V.  si.  placq  'je  pleure',  inf.  plakati  : 
lit.  plakù  'je  châtie'  -f  gr.  irXf^KTpov  'instrument  pour  frapper', 
lat.  plandus.   o-steéa  'chlamys'  à  côté  de  o-stegûj  v.  §  245,  3. 

SI.  comm.  été',  z'd'z'  =  v.  bulg.  §'t\  z'd*  {et,  zd)  de  ski  m, 
V.  §  298.  336,  5,  b,  a. 

4)  Le  passage  de  oi  à  é  en  slave  commun  (§  139)  produisit 


174  PHONÉTIQUE 

après  kj  g  un  nouveau  phonème  palatal,  et  ces  Tcé^  gé  passèrent  à 
céy  dzé  zé.  Loc.  pi.  tocéchû,  bodzéchû  bozéchû,  de  tolcû  'course', 
bogû  'dieu'.  —  De  même  scé  {aisé),  zdzé,  d'où  y,  si.  stè,  zdè, 
par  ex.  dûsté  loc.  sg.  de  dûaka  'planche',  drqzdé  loc.  sg.  de  drqzga 
'forêt'  (§  336,  ô,  b,  a). 

5)  Slave  comm.  -^  de  -i^  (cf.  §  320,  3,  d)  :  v.  si.  Utati 
Voler'  :  lit.  leTciù,  lèkti  'voler'  +  gr.  XaKTiCu)  'je  chasse  en  frappant*. 
Devant  voyelle  palatale  kt  passant  par  k'f,  %(  à  t'x  (§  341,  1) 
est  venu  se  confondre  avec  i.-e.  ti  (§  154,  3,  f)  :  teëti  (slov.  teci) 
infinitif  de  tekq. 

6)  Dans  le  groupe  linguistique  du  Sud-Est,  cV,  dVr'  (v.  bulg. 
et?,  dzv  zv)  de  si.  comm.  fct?,  gv  devant  voyelle  palatale.  V.  si. 
coîtq  'je  fleuris',  inf.  cvistij  serb.  cvdstij  pet.  russ.  cvyaty  :  tch. 
kvistij  pol.  kwiéé.    V.  si.  dzvézda,  serb.  zvyezda,  russ.  zvézda  : 

pol.  gvoiazda  'étoile'. 

Rem.  1.  Sont  aussi  slaves  communs  c,  dz  z,  par  ex.  dans  le 
morphème  M.  'Xcï^  F.  -ïca^  N.  -îce^  ainsi  otïcï  'père*  (gén.  -ïca)  de 
*otïciit  ovîca  'brebis'  de  *ovîka  (skr.  avikà)j  dans  «tcï  'tel'  de  "^sïkû 
<cf.  ^aAct2  'tel*),  lice  'visage',  stXdza  stïza  'sentier',  dans  des  itératifs 
comme  •ticati  de  tékq  'je  cours',  dvidzati  dvizati  de  dmgnq  'je 
remuerai",  jrçc^zo^i  .vçso^i  de  sqgnq  'j'étendrai*.  Les  phonèmes  du 
type  c,  dont  le  caractère  palatal  est  aussi  exprimé  par  Taddition 
d'un  j  par  ex.  gén.  licja  à  côté  de  lica  (cf.  §  154  p.  98)  sont  dûs  à 
l'action  des  voyelles  {,  i,  ç  précédentes;  puis  une  assimilation  pro- 
gressive a  transformé  les  voyelles  suivantes  o,  y,  û  en  6,  i,  î  (ainsi 
lice  de  HVco,  lici  de  Hîky^  otîcî  de  *otXkû),  Comme  le  montrent  les 
vocatifs  otîée  issu  de  *otïke^  kûn^ze  issu  de  *kûnqge  d'après  2),  la 
transformation  de  /c  en  c  (comme  aussi  celle  qui  est  signalée  ci- 
dessus,  sous  4)  appartient  à  une  période  relativement  récente  du 
slave  commun.  A  sicîj  sicego,  etc.  répond  vîsï,  vïsego,  etc.  'tout' 
de  *vïchû  =  lit.  visas  (§  297).  Cf.  Baudouin  de  Courtenay,  IF.  IV, 
46  et  suiv.;  Meillet,  Mém.  XI,  8  et  suiv.;  Lorentz,  KZ.,  XXXVII, 
264  et  suiv. 

Rem.  2.    SI.  comm.  x  (ch)  de  ks^  v.  §  297. 

V.  Occlusives  labio-vélaires. 

254.  Les  phonèmes  indo-européens  du  type  ql^  (cf.  p.  54 
n.  1)  sont  restés  distincts  des  phonèmes  du  type  q  et  de  ceux  du  type 
î:  dans  les  langues  de  centum,  mais  dans  les  langues  de  satam  ils  se 
sont  confondus  avec  les  phonèmes  du  type  q  ;  en  albanais  cependant, 


OCCLUSIVES 


175 


«elon  Pedersen  KZ.  36,  277,  seuls  les  sons  du  type  g^,  et  non  ceux 
da  type  q,  apparaissent  sons  la  forme  s,  z  devant  voyelle  palatale 
primitive. 

Tableau  d'ensemble  du  traitement  ordinaire  des   labio- 
vélaires  dans  les  langues  de  centum: 


î.-e. 

1 
gr.      1      lat. 

1 

osc.-omb.l    irl.       brit. 

1 

germ. 

q^             1T,   T,   K 

qUf  c 

p,  c            c     \  p{k) 

XU  X,  Jl«  j  m  f^^ 

ff'-^         Pi  ^  T 

gu,  V,  g      b                b     ]  b         ku,  k\  p 

g^h  I   <p,  e,  X    f,9v,v,g\    f(g?)\     g       g        jw  j  w,  b 

255.  I.-e.  1)  Sourde  q^.  *q^o-  q^a-  q^i-  ^qui?"  gr. 
Tr606v  'd'où?',  hom.  tIo 'de  qui?',  dor.  irql 'dans  quelle  direction?', 
riç  'qui?'  lat.  quo  qua  quis,  v.  irl.  cia,  gall.  mod.pioy  'qui?  quoi?', 
got.  his  'de  qui?'  hô  'quelle?'  +  skr.  kds  'qui?'  adv.  dd,  alb.  ke 
'quem?'  de  *q^O'm,  si  'comment?'  de  ♦g^ei,  lit.  kàs,  v.  si.  kû-to 
'qui?';  V.  si.  cî-to  'quoi?'.  R.  seq^-  :  gr.  ëirofiai  'je  suis',  lat. 
sequoTy  V.  irl.  sechem  'action  de  suivre',  ags.  secj  'homme'  ('socius') 
+  skr.  sdcate  'il  conduit',  lit.  sekà  'je  suis'.  2)Sourdeasp.  q^h. 
Gr.  fpàkkt]  'baleine',  lat.  squàlus  (?),  v.  isl.  hualr,  v.  h.  a.  tcal 
b  aleine'  +  v.  pruss.  kalis  'silure'.  Gr.  cTcpaîpa  'sphère'  +  zd  skar^na- 
'rond'.  3)  Sonore  g^.  R.  g^em-  :  gr.  pdcnce  'va',  lat.  veniOy  ombr. 
benuêt  'venerit',  got.  qiman  'venir'  +  s^r.  gdccha-ti  'il  va',  arm. 
e-kn  'il  est  venu'.  *reg^08  nom.  :  gr,  fpepoç,  got.  riqis  'obscurité' 
+  skr.  rdjas  'demi-obscurité',  arm.  erek  'soir'.  4)  Sonore  as  p. 
g^h.  R.  g^Aer-  :  gr.  Oep^Jiôç  'chaud',  lat.  formu8y  v.  irl.  guhid  'il 
chauffe',  gall.  gor  'couvée'  +  skr.  gharmd-s  'chaleur',  arm. /erm 
*chaud',  V.  si.  goréti  'brûler'.  R.  sneig^-h-  :  gr.  vCcp-a  ace.  'neige', 
lat.  mv-em  ninguit,  got.  snaiwa  'neige'  +  zd  snaèéaHi  'il  neige' 
(i  de/),  lit.  snëgas,  v.  si.  snégû  'neige'. 

a.  Langues  de  centum. 

256.  Grec.  C'est  sur  le  caractère  labial  des  phonèmes 
indo-européens  que  reposent  à  la  fois  l'évolution  de  ces  phonèmes 
vers  iT,  p,  cp,  et  celle  qui  aboutit  à  t,  b,  0.  Ceci  ressort  d'une 
part  de  l'opposition  par  ex.  de  bëXXiBeç  :  lit.  gélti  (g^)  et  de 
T^pavoç  :  lit.  gérvê  (g),  d'autre  part  de  particularités  parai- 


176  PHONÉTIQUE 

lëles  à  Topposition  att.  Oi^p  :  lesb.  cprjp  =  i.-e.  ^^hyèr-  (§  236)^ 
comme  att.  xeîaai  :  lesb.  neicTibiKâ  (q^^ei). 
Les  labiO'Vélaires  donnent  en  grec  : 

1)  des  labiales,  dans  tons  les  dialectes,  devant  voyelle  non 
palatale  (sauf  u),  quand  elles  sont  à  l'initiale  on  après  d'autrea 
phonèmes  que  u,  enfin  à  l'initiale  et  à  Tintérieur  devant  consonne 
(autre  que i).  a)  I.-e.  g^.  ttoivtî  'punition'  (en  regard  de  riaiç,  2^ 
a,  a)  :  +  zd  kaëna-  'punition',  lit.  pus-Jcainiu  'à  moitié  prix',  v.  sL 
céna  'prix'.  Xeitrui  'je  laisse'  (en  regard  de  Xiaauj^ev,  3,  a)  :  lat. 
linquo,  got.  leiha  'je  prête'  +  skr-  rindJc-ti  'il  laisse  de  côté',  arm- 
e-likh  'il  abandonna',  lit.  lëkù  'je  laisse',  v.  si.  otû-lékû  'reste'* 
éirpià^Tiv  'j'achetai'  :  v.  irl.  crenim,  gall.  prynaf  +  skr.  Tcnnà- 
mi  'j'achète',  v.  russ.  krinutiy  krenuti  'acheter'.  viTtrpov  'eau  pour 
se  laver',  aor.  vîipaoBai  (en  face  de  viZw  3,  b)  :  +  skr.  niktà-s 
'lavé',  aor.  anaiksîtj  R.  neig^.  b)  I.-e.  q^h.  cJcpaîpa  :  zd  skar^na- 
(§  255,  2).  c)  I.-e.  g^.  popd  'nourriture',  pippiwcTKw  (à  côté  de 
bëpe0pov,  2,  a,  P)  :  lat.  vorare,  v.  h.  a.  querchela  'gorge'  +  skr* 
gird'ti  'il  dévore',  alb.  ngraru  'mangé',  lit.  geriù  'je  bois',  v.  sL 
éîrq  'j'avale',  cpépofiai  :  -|-  lit.  hëgu  'je  fuis'.  TÙfi-po-ç  'tumulus'  : 
-|-  skr.  tun-ga-a  'hauteur,  élévation'.  ppéq)oç  'fœtus'  :  v.  isl. 
kroppr  'tronc'  +  v.  si.  zrébq  'poulain',  d)  I.-e.  g^h,  qpôvoç 
'meurtre',  (paxôç,  uëcpaTai,  firecpvov  (en  face  de  Oeivuj  2,  a,  t)  : 
lat.  of'fendo,  v.  irl.  gonim  'je  blesse,  je  tue'  +  skr.  ghn-dnti  'ils 
frappent',  arm.  gan  'coup',  lit.  genù,  v.  si.  éenq  'je  chasse'.  àX- 
<pdvw  'je  gagne'  :  -|-  skr.  arghd-s  'valeur',  lit.  àlgà  'salaire'. 

2)  Des  dentales  devant  voyelles  palatales  dans  les  dialecte» 
non  éoliens,  mais  en  éolien  (sous  l'influence  de  conditions  phonéti- 
ques particulières?  v.  Rem.  1)  des  labiales.  Il  est  vraisemblable 
qu'en  grec  commun  se  sont  produits  des  phonèmes  de  type  t^\ 
qui  dans  le  premier  groupe  de  dialectes,  sauf  l'arcado-cypriote,  se 
sont  confondus  avec  les  dentales  indo-européennes,  et  dans  le 
dernier  sont  devenus  des  labiales  sous  l'influence  de  tf. 

a)  Dialectes  autres  que  l'éolien  et  que  l'arcado-cypriote. 
o)  I.-e.  q^.  Att.  xërrapeç,  ion.  Tëaaepeç  etc.  :  lat.  quattuor^ 
V.  irl.  cethiVy  v.  gall.  petguar  +  skr.  catvâr-as,  lit.  keturi^ 
V.  si.  cetyre  '4'.  Tnpeuj  'je  veille'  :  -j-  v.  si.  éajq  'j'attends',  de 
*kéjq  (§  253,  2.  308,  2,  e).    xiaiç  'expiation',  tivuu,  ^Tcicxa  :  + 


OCCLUSIVES  177 

skr.  dpa-citi'ê  'rémunératioD',  cdyate  'il  venge',  cf.  iroiv^  (1,  a). 
P)  I.-e.  g!^.  beXcpuç  'utérus'  bëXq>a£  'pourceau'  :  lat.  volbay  tndva 
(§  333),  got.  Jcalbo  'veau'  +  skr.  gârbha-s  'ventre  de  la  mère, 
incubation',  àbrjv,  -ëvoç 'glande'  :  lat.  inguen,  snéd.  ink  'furoncle'. 
bi€p6ç  'frais'  (en  parlant  de  plantes),  sans  doute  à  rapprocher 
de  lat.  vireo.  t)  I--e.  gvh.  Gëpoç  'été'  :  +  skr.  haras-  'chaleur*, 
cf.  Ocp^ôç  etc.  (§  255,  4).  GëaaaaGai  'implorer'  iroXù-GeaTOç  : 
V.  irl.  -gvfdfu  'je  demande'  +  zà^ja^àya-t  'il  priait',  cf.  irôGoç  de 
*q>oGoç  (1,  d),  R.  guhedh'. 

b)  Dialectes  éoliens.   a)  I.-e.  qu.    Lesb.  irëaaupcç,  hom. 

iTi(Tup€ç,  béot.  iréTTapeq  en  face  de  att.  Tërrapeç  (a,  a).    Lesb. 

TTeicri-biKâ,  tbess.  7r€îaai,  béot.  -Triadru)  en  face  de  att.  T€î<7ai  (a,  a). 

Lesb.  tbess.  Tié\me  en  face  de  att.  irévre  :  lat.  quïnque,  v.  irl.  cô% 

V.  gall.  pimp  +  skr.  pâûcoy  arm.  hing,  lit.  penki  '5',  cf.  neixnàç, 

îiefiTrujpoXov,  Tzé\xrtTOç  d'après  1,  a.    P)  L-e.  gt^.    Lesb.  pëXcplv-, 

béot.  peXcpiv-  en  face  de  att.  beXqpîv-  'dauphin',  probablement  à 

rapprocher  de  beXcpùç  (a,  P).   f)  L-^.  guh.  Béot.  Oeariâç  en  face 

de  G^aaaaGai  (a,  t)-  —  Cette  division  des  dialectes  répond  à 

celle  de  lesb.  cpnP  :  att.  G^jp  =  *ghffêr'  (§  157,  3,  f). 

Rem.  1.  En  éolien  on  trouve  aussi  des  dentales  devant  voyelles 
palatales,  sans  qu'aucune  explication  satisfaisante  ait  été  donnée  du 
fait.  Voy.  Gr.  Gr.'  p.  115.  Sur  les  mots  éoliens  à  labiales  dans  la 
littérature  non  éolienne,  par  ex.  iréXoMat  (en  face  de  rcXëOu)),  v. 
Solmseu  KZ.  34,  536  sqq. 

c)  £n  arcadien  et  en  cypriote  apparaissent  à  côté  de  formes 
à  dentales  (par  ex.  arc.  Ttç,  bëpcGpov)  des  formes  à  soufflantes 
l^cypr.  o\ç,  à  Mantinée  oiç,  arc.  2I^p€Gpov  etc.)  qui  semblent 
dénoncer  une  évolution  propre  à  ces  dialectes  des  phonèmes  du 
type  gr.  comm.  tu'-. 

Rem.  2.  L'explication  de  p,  q>  là  où  Ton  attendrait  5,  6  est 
contestée  pour  piô  'force*  (:  skr.  jyd  'violence'),  pitûvai  'vivre'  (à 
côté  de  Zft  =  *g^iê'y  3,  b),  3iô<;  'corde  d'arc*  (:  skr.  jyâ,  zd  Jyâ), 
6q>iç  'serpent'  (:  skr.  dhi-f,  zd  aéi-é).  V.  Gr.  Gr.^  p.  114,  Soimsen 
KZ.  34,  543. 

3)  Devant  %  les  labio-vélaires  indo-européennes  se  sont  con- 
fondues en  grec  commun  avec  les  vélaires  et  les  gutturales,  d'après 
§  151,  3,  e.  a)  I.-e.  qui,  guhi,  Tiéaauj  'je  cuis'  à  côté  de  ttctt- 
TÔç,  éireipa  :  lat.  coqui-t,  m.  gall.  popuryes  'pistrix'  +  Bkr.  pàca-ti 

Brogmann,  Abrégé  de  grramm.  comparée.  12 


178  PHONÉTIQUE 

'il  cuit*,  V.  si.  pékq  'je  cuis',  R.  peqV".  èXdaauiv  'plus  petit*,  de 
^XaxO-ç  (4,  a)  et  éXacppôç  'rapide*  =  v.  h.  a.  lungar  (§  258,  4,  d). 
b)  I.-e.  gui.  Ifji  'il  vit*  :  zd  -jaHi-  'vie*,  làei'  pivcî  Hés.,  de 
piâ  (Rem.  2). 

4)  Devant  et  après  Uy  la  labialisation  est  tombée,  et  il  en 
est  résulté  des  gutturales,  a)  Devant  u.  kûkXoç  'cercle'  :  ags. 
hicéol  {hweowoï)  'roue'  (§  258,  3,  b)  +  ski"-  caTcrà-^m  'cercle, 
roue',  lit.  kàklas  'cou'.  T^vri  'femme'  à  côté  de  béot.  pavd  et  ion. 
)Liv(4o|Liai  'je  demande  en  mariage*,  de  *pvâ-  (§  320,  3,  b)  :  v.  irl. 
ban-  (dans  les  composés),  v.  isl.  fcowa  'femme'  +  skr.  gnâ  'épouse 
"d'un  dieu*,  arm.  kanaikh  'femmes*,  cf.  v.  sL  £ena  etc.  (§  260,  2). 
'èXaxù-ç  'petit*  :  skr.  laghû-a  'léger,  rapide'  à  côté  de  èXacppoç 
<3,  a),  b)  Après  u.  Xùkoç  :  got.  loulfs  (§  258,  5)  +  skr.  vfka-s, 
lit.  vilkas,  v.  si.  vlûkû  'loup'  (cf.  §  155,  Rem.  3).  olvo-cpXug,  -joç 
"ivrogne*,  cpXuKTÎ^  'ampoule*  à  côté  de  (pXévp,  -p6ç  'vaisseau  san- 
guin*. V'f\^<i  'sain'  ('vivant  bien*)  à  côté  de  Pioç,  Ifji  (3,  b);  û-  = 
skr.  8Û'  'bien*,  euxoiiiai  'je  prie';  gâth.  aog^da  'il  a  dit',  cf.  lat. 
Toveo  de  *^og^eO  (§  257,  1,  c,  t),  base  e^eg^h-. 

Rem.  3.  L'analogie  a  souvent  troublé  les  rapports  des  quatre 
jîéries  précédentes  Ex.:  a)  Labiales  pour  dentales.  Dor.  ircî  'où?' 
d'après  no-,  ira-.  pëXoç  'trait*  diaprés  pdXXui,  poXri  etc.,  à  côté  de 
Arc.  -béXAui.  Xciirciç,  -€i,  -ctc  etc.  d'après  Xciiruj,  -ojucv,  -ouai  etc. 
^Tr€oç,  -€i  etc.  d'après  ^Troç.  b)  Dentales  pour  labiales,  ircvràç  (à  côté 
de  nejiirdç)  d'après  irévrc.  boA<pô<;  •  i\  ^iyrpa  (Hés.)  d'après  bcXqpOç. 
«)  Labiales  pour  gutturales.  Crét.  ôirui,  syrac.  nOç  (:  skr.  kû,  kû-tra, 
lat.  nè'Cubi)  d'après  no-,  d)  Gutturales  pour  dentales  et  labiales. 
Ion.  ÔKUJc;  'comment',  ô-kij,  kijùç,  k^,  thess.  kIç  'qui'  d'après  oO  kui^,  oO 
Kiç  (Gr.  Gr.8  p.  117). 

257.  Latin.  En  italique  commun  la  labialisation  s'est 
perdue  devant  consonne  (par  ex.  dans  qut)  et  devant  u.  Devant 
voyelle  (sauf  u)  lat.  qu^  osc.-ombr.^  =  i.-e.  qU\  lat.  gv  (après  ») 
«et  V,  osc.ombr.  b  =  i.-e.  gu;  k  Tinitiale,  lat.  osc-ombr.  /*,  à 
l'intérieur  lat.  gv  (après  t9)  et  «?,  osc-ombr.  f  =  i.-e.  gUh, 

1)  Ital.  comm.  fct*  gu  xU  devant  voyelle  (sauf  u). 

a)  L-e.  qU.  quô,  quam,  quis  :  osq.  paam  ace.  'quam*, 
pid  'quid*,  ombr.  paf-e  'in  quas',  pis  'quis',  gr.  ttôGcv,  tiç  etc. 
<§  255,  1).  Ital.  *kUeku6  de  *pekuo  (§  332,  a),  lat.  coquo  :  osq. 
Pùpidiis  'Cocidius',  lat.  popîna  'coqiiina'  emprunté  à  Tosco- 
ombrien,  gr.  tt€ttt<5$  etc.  (§  256,  3,  a). 


OOGDU82VBS  179 

b)  L-e.  0f.  a)  99g^.  —  unguo,  unguen;  ombr.  umen 
*ungaen'y  de  *omben,  v.  irL  imb,  v.  h.  a.  ancho  *beurre'  +  skr- 
^ndJc'ti  *il  oint',  v.  pruss.  anktan  'beniTC*.  P)  [g]if,  —  vïvos  :  osq. 
biras  pi.  'vivi',  gr.  l^,  piOùvai  (§  256,  3,  b  et  Rem.  2),  v.  irl.  beOy 
got  qiuê  +  skr.  jîvd-s  Vivant*,  arm.  keam  Vivo',  lit.  g^vas,  v.  si. 
itru  Vivant',  t/^rw  :  onibr.  berus  Verubiis',  v.  irl.  bir  'pointe, 
pique',  nûdus,  de  *no[g]^edos  (§  345,  I,  1)  :  v.  irl.  nochtj  got. 
naqàps  +  Bkr.  nagnd-Sy  lit.  nugas,  v.  si.  na^â  'nu',  torvos  :  gr. 
TàpPoç  'effroi'  +  skr.  tdrja-ti  'il  menace,  il  effraye'  '). 

c)  I.-e.  gUh.  a)  /*-.  —  faveo,  /bue,  faustus  (§348,  II,  1)  : 
ombr.  foner  'faventes',  probablement  à  rapprocher  de  lett.  dîioH 
-gausi  'que  Dieu  bénisse  cela'  v.  si.  govéti  'religiose  vereri',  h.  sorab. 
hovié  'être  favorable,  être  utile'  (Solmsen  KZ.  37,  9  sq.  expli- 
que autrement,  et  identifie /*areo  Kvtttfoveo  [t].  formtiSy  fomus  : 
gr.  Gcpiiôç  etc.  (§255,  4).  P)  Ital.  -nx^-.  ninguit  à  côté  de 
niv-em  (f)  :  gr.  vîqp-a  etc.  (§  255,  4).  anguis  :  m»  irl.  enc-ung 
^anguille'  {esc  'marais')  +  lit.  awgri» 'serpent',  t)  Ital.  -;fîf-  après 
voyelle,  niv-em  à  côté  de  ninguit  (P).  voveo  :  ombr.  vuf  êtes 
Votivis'  (?)  :  +  skr.  vaghât  'celui  qui  fait  un  vœu',  arm.  gogçes 
fut.  'dices',  cf.  gr.  €uxo^al  (§  256,  4,  b).  foveoy  fûmes  :  gr.  Geir- 
Tav6ç  •  dirro^cvoç  (Hés.)  +  skr.  ddha-ti  'il  brûle',  niddghd-s  'sai- 
son chaude',  lit.  degù  'je  brûle',  R.  dheguh'. 

d)  Il  y  a  eu  chute  du  ^  du  groupe  ^o  dans  les  cas  a)  b)  c)  ; 
ce  yo  était  en  partie  sorti  de  j^e.  colus  =  gr.  ttôXoç  'essieu,  terre 
retournée',  colo,  de  *quelô  (cf.  in-quillnus)  =  éol.  iréXo^ai  ÏTiXero 
Versari'  (§  256,  Rem.  1),  cf.  v.  isl.  huel  'roue'  +  skr.  cdra-ti  'ver- 
satur',  V.  si.  kolo  'roue',  condire  de  *q^ondhi'  :  gr.  lëvOriç  'gour- 
mand', béot.  ITevOeùç  (=  TevGeùç,  §  256,  2,  b,  a),  cottl-dië,  cf. 
quo  etc.  jecur  (§  348, 1,  2,  b)  :  gr.  TiTiap  +  skr.  yâkrtj  lit.  jelcnos 
pi.  'foie',  tergus,  -oris  :  gr.  arépcpoç,  Tcpcpoç  'cuir,  peau  dure  du 
dos'.  Dans  çt^odf,  quorn,  quot\  coquos,  coquont\  unguont,  ett*. 
qu  a  été  rétabli  d'après  les  formes  apparentées  (par  ex.  quô,  co- 
quin coquOj  unguo,  ninguit).  Cf.  §  158,  5,  b,  Gr.  1  ^  p.  598  sqq., 
Solmsen  KZ.  34,  26  et  547. 


1)  bôs  est  probablement  un  emprunt  à  rosco-ombrien  (ombr 
àue  'bove')  :  skr.  gaû-f  etc.  (§  258,  2,  c). 


180  PHONÉTIQUE 

2)  Ital.  comm.  A:!^,  ^,  ;^i^  deyant  consonne,  a)  kv^j  gtf  = 
lat.  Cf  g;  la  chute  du  ^  peut  dater  de  l'italique  commun,  quinr 
[c]tuSf  QuinctiuSf  cf.  qulnque  (§  256,  2,  h,  a)  :  osq.  Pûntiis. 
coctu9,  coxî,  cf.  coquo  (§  2ô6,  3;  a),  signum,  de  *8egl^0'fn,  cf. 
în-seque  (§  258, 1 ,  a),  gravis  :  skr.  gru-muffi'  'lourde  poignée', 
cf.  gr.  Papu-ç,  got.  kaûrusy  ekr.  gurû-s  'lourd',  migrare  :  gr. 
àM€ipu)  'je  change',  assecla,  assecula  (§  180, 3),  cf.  «éçuor  (§255, 1). 
gldns  :  gr.  pâXavoç,  lit.  gïlé^  v.  b1.  ééU^dî  'gland',  socius  de  *«o- 
qcjfo^  (§  152,  3),  cf.  sequor.  b)  ;^  =  lat.  /Sr-  -jrr-.  fra-grûre 
(redoublement)  :  gr.  ôa-<ppaivo|iai  'je  flaire'  (ôa-,  de  *ôt<t-,  cf- 
lat.  odor)  +  skr.  ghrOrti  'il  sent',  muger  'qui  talis  maie  ludit'  : 
mufrius  'charlatan'  (Pétrone),  emprunt  à  rosco-ombrien  +  akr. 
môgha-s  'vain,  sans  but'.  Cf.  aussi  prén.  nefrùnëSy  lanuv.  nébrun- 
dinës  :  gr.  ve9p6ç,  v.  h.  a.  nioro  'rein',  i.-e.  *neguhro;  —  Dan& 
n«c  =  neque  la  chute  de  {^  est  une  conséquence  de  la  syncope 
(§  345,  I,  2). 

3)  Ital.  comm.  JcU,  gu,  x'^y  deviennent  k,  g,  %  devant  «. 
quercurs  à  côté  de  querquétum^  de  *perqU'  (§  332,  a),  quincu-plex^ 
cf.  quinque,  d'après  qtutdru-plex.  në-cubi,  ne<uter,  cf.  ags.  hûy 
skr.  kû-ha,  i.-e.  qUii-.  gurgulio  à  côté  de  vorare  (§  256,  1,  c. 
257, 1  b,  P);  gurdus  à  côté  de  gr.  Ppabùç  'lent,  indolent',  y.  §  185^ 
Rem.  3. 

258.  Germanique.  I.-e.  qléy  gv,  guh  =  germ.  comm. 
Xtf,  Jt(  (&  27 1 , 1  et  7),  J:)^,  jjf.  En  germanique  commun  y  subsiste 
devant  i.-e.  èj  !,  â,  9  et  dans  les  groupes  voy.  +  J!^  +  ^^  h  n^ 
mais  tombe  devant  â,  vraisemblablement  aussi  devant  i.-e.  ô, 
enfin  dans  -jjiti-,  fcî«r-,  j|fr-,  -«?jj^r-,  fcjfZ-,  'XV^-'  Dans  certains 
cas  ;^j|(,  jif  semblent  représentés  par  /*,  &. 

1)  Germ.  comm.  ;^{j(  j|f,  k^^  j|f  devant  i.-e.  ^,  1,  d,  9.  En 
germanique  occidental  à  Tinitiale,  xV  {f^tf)j  3U  (gu)j  ^>  ont  perdu 
le  ^j  pour  autant  que  la  gutturale  elle-même  n'était  pas  tombée 
auparavant  (b,  P). 

a)  I.-e.  qUf  quh  =  germ.  comm.  xîf»  Got.  hns,  v.  h.  a. 
{h)u)e8y  V.  \s\.hues8 'de  qui?',  got.  adv.  (instr,)  fee,  fém.  ho  'quae?'  : 
gr.  xëo  etc.  (§  255,  1).  Got.  heïla,  v.  h.  a.  {h)tDtia  'loisir'  :  lat. 
quiês,  V.  irl.  cian  +  skr.  cirâ-s  'long',  v.  si.  po-kojî  'repos'. 
y.  h.  a.  walj  ags.  hwœl,  v.  isl.  htLalr  :  gr.  cpàXXii  etc.  (§  255,  2). 


OCCLUSIVES  181 

V.  b.  a.  h{îD)uosto  ^)  ags.  hwàsta  :  m.  irl.  casachtach,  gall.  mod.  pas 
*tonx'  +  skr.  kàse,  lit.  Jcôsiu  'je  tousse'.  Oot.  saiMp,  y.  b.  a. 
sihit  'il  voit*  :  gr.  èv-ému  'je  dis",  lat.  ïn-aeque,  v.  gall.  hepp  'inquit' 
+  T.  si.  8oku  'dénonciateur,  plaignant^  soéiti  'dénoncer',  R.  sequ- 
"remarquer*  (cf.  IF.  12,  28  sqq.). 

b)  I.  -  e.  qU,  gUh  ==  germ.  comm.  j^,  a)  En  germanique  com- 
mun jfi  subsiste  après  lo,  l.  V.  isl.  slqnguaj  v.  b.  a.  slinga  'fronde' 
+  ▼.  b1.  slc^  'tortu'.  6ot.  siggtcip,  v.  b.  a.  singit  'il  cbante'  :  gi*. 
ôficpii  'voix',  R.  senguh'.  Zjif  passe  à  germ.  comm.  Ib  dans 
*^uljm,  ▼.  b.  a.  tctdpa,  m.  b.  a.  toUlpe  'louve'  (4,  a.  5).  P)  Entre 
voyelles  jif  passe  à  germ.  comm.  jf.  Got.  tewa  'ordre',  m.  b.  a. 
zdwe  'ustensile',  de  R.  dè{i)qth  'préparer,  ranger'  (§  146,  Rem.) 
cf.  V.  b.  a.  gi'zéhùn  'ranger'  {e  pour  i,  Sievers  PBS.  Beitr.  22, 
194  sq.)  :  gr.  bcÎTrvov  'repas'.  V.  b.  a.  Utoi  opt.  prêt,  de  lihit^ 
got.  leihip  'il  prête'  :  gr.  XeiTrui  etc.  (§  256,  1,  a).  Got.  hneitmp 
Ml  se  pencbe'  :  lat.  cùnïveo  {cùnla^)^  R.  kneiguh-  (v.  b.  a.  hnigan, 
2,  b).    V.  b.  a.  snitoit  'il  neige'  :  gr.  vicpa  etc.  (§  255,  4). 

c)  I.-e.  ^  =  germ.  comm.  k^.  Got  qius,  v.  b.  a.  quec, 
y.  isl.  kuikr  'vivant'  :  gr.  piwvai  etc.  (§  257,  1,  b).  Got.  qiman, 
V.  b.  a.  queman  'venir'  :  gr.  paivui,  pd<TK6  etc.  (§  255,  3).  M.  b.  a. 
kwdt  'rebut'  b.  ail.  mod.  quad  'laid,  bostile'  :  gr.  bévvoç  'insulte' 
de  *b€Tavo-  (§  264,  4)  +  lit.  géda  'bonté',  pol.  écUlny  'répugnant' 
<§  308,  2,  e).    Got.  riqis  :  gr.  ^pcpoç  etc.  (§  255,  3). 

Rem.  Qot.  ni-h  'non'  de  *ni-h)i  :  lat.  ne-que,  sah)  'il  vit'  est 
analogique,  cf.  «oM,  Rem.  2. 

2)  GeruL  comm.  x[v]  j[lf]?  ^if\}  siu]  devant  û  et  probable- 
ment aussi  devant  6  indo-européen ').  Pour  i.- e.  gUTi-,  cf.  Rem.  3. 
—  a)  I.-e.  qU  =  xWï-  Ags.  hû  'comment'?  :  +  skr.  kû  'où?' 
etc.  (§  257,  3).  Got.  ains-hun  'un  quelconque'  :  +  skr.  cana^  cf. 
lat  quom-que.  Got.  v.  b.  a.  hais  :  lat.  coUum  et  colus,  R.  quel- 
'tourner'  (§  257,  1,  d).  b)  I.-e.  qu,  guh=j[if].  Got  fairguni 
^montagnes',  v.  b.  a.  Fïrgunna,  Fergunna  :  lat  quercus,  quer- 


1)  Cf.  avec  huosto  pour  huuosto  la  chute  germanique  com- 
mune de  u  80U8  2). 

2)  La  chute  de  v  devant  i.-e.  à  est  contestée,  à  tort,  ce  me 
semble,  par  Zupitza,  QerHL  Gutt  8  sqq.  Pour  la  bibliographie  de 
cette  question  controversée,  voy.  Osthoff  Et.  Par.  1,  328. 


182  PHONÉTIQUE 

quètum  (§  332^  a)  ^).  Ags.  séjon,  v.  b.  frane.  ge-sûgon  %Ile8  virent 
(on  de  -un),  cf.  got.  saihip  (1,  a).  Y.  h.  a.  gund-fano  'éten- 
dard de  guerre',  v.  îsl.  gunnr  *combat'  :  gr.  çaxôç  etc.  (§  256, 1,  d). 
V.  h.  a.  (A)nf^an,  ({h)nigun  gi-nigan)^  agR.  hni^an,  y.  iel.  hniga 
'pencher'  {-an  -a  de  *'Ono-m)y  cf.  got.  hneitoip  (1,  b,  P).  V.  h.  a» 
ver-snigan  'couvert  de  neige'  {-an  de  *-owo-*),  cf.  sniwit  (1,  b,  p). 
c)  I.  -e.  g?f  =  fc[îf].  V.  h.  a.  Jcumpft  *la  venue',  inf.  v.  sax.  kumafiy. 
V.  isl.  koma,  cf.  got.  qiman  (1,  c).  Got.  Xrauru^  :  gr.  papuç  etc. 
(§  267,  2,  a).  Got.  kalbOj  v.  h.  a.  chaïb  'veau'  (de  *gUolbh')  :  gr. 
beXqpuç  etc.  (§  2ô6,  2,  a,  P).  V.  h.  a.  chuo,  v.  sax.  ikd  'vache'  :  gr. 
PoOç  'bœuf,  ombr.  bue  'bove'  (p.  179  note  1),  v.  irl.  bô  +  skr^ 
gaû'Sy  V.  si.  gov^do  'bœuf. 

8)  Germ.  comm.  \J]^  =  i.-e.  gV,  gif  h  entre  voyelle  et  r^ 
h  w.  a)  \s\yT.  —  V.  h.  a.  woro  de  ♦wejjli^ren-  :  gr.  vecppôç  etc. 
(§  257,  2,  b).  b)  \s\yl.  —  Ags.  hwéol,  v.  isl.  Atrfî  'roue'  de  *x»^' 
[3]ylo-y  cf.  §  256,  4,  a.  Got.  jiuleis  'mois  de  Noël',  v.  isL  iôl  de 
'*'i^[j]lf^7  cf.  ags.  jeohhol  'Noël',  originairement  'assombrissement 
de  la  lumière'  :  +  lit.^'é&^f  'devenir  aveugle'  (prés.jenkù).  c)  [j]îf«* 
—  Got.  siuns,  V.  sax.  sinn,  v.  isl.  siôn  'visage'^  de  *8e[j]^ni'Z,  cf. 
got.  saihnp  (1,  a).  M.  h.  a.  z-ounen  'montrer',  de  *a[j]j^-«-,  cf. 
V.  h.  a.  awi'Zoraht  'en  un  clin  d'œil'  (1,  b,  P)  :  gr.  ÔTi-uiTra  'j'ai 
dans  l'œil'  +  skr-  prdtîka-m  'face'  (§  213,  Rem.  4,  p.  151),  v.  si. 
oko  'œil'»). 

4)  Germ.  comm.  -j[j|f]î-,  %]r-,  j[y]r-,  -»jbf]r-,  %]?-, 

a)  I.  -  e.  -q^i-,  -g^M-.  Ags.  secjy  v.  isl.  seggr  'compagnon,  homme'  : 
lat.  socitiSy  i.-e.  *soqUio-8y  cf.  «eguor  etc.  (§  255,  1.  257,  2,  a). 
Ags.  «ecjaw,  v.  isl.  seggia  'dire',  cf.  got.  saihip  (1,  a).  V.  isl.  gén. 
ylgiar  de  *î^t*Zj[jjf]iôz,  cf.  nom.  ylgr,  v.  h.  a.  loulpa  louve'  (1,  b,, 
a  et  5).  V.  h.  a.  wecki,  ags.  toecj  'coin'  :  lit.  vagis,  -io  'cheville';^ 
cf.  gr.  ôcpviç  •  fiwiç.  fipOTpov.  b)  I.  •  e.  gUr-.  V.  h.  a.  kropf 
'jabot',  V.  isl.  kroppr  'tronc'  :  gr.  ppëcpoç  etc.  (§  256, 1,  c).    c)  L-e. 

1)  V.  Grienberger,  Uni.  62,  rapproche  à  tort  gr.  irepicvô^  qui 
se  rattache  à  skr.  pfçni-s, 

2)  Ajouter  sans  doute  got.  augo  'œil',  cf.  Gr.  1^,  p.  613  sq.; 
Thurneysen  IF.  Anz.  6,  196.  Hirt  PBS.  Beitr.  22,  231  n'est  paa 
convaincant. 


OCCLUSIVES  183 

gvr-.  V.  h.  a.  grun  'misère',  ags.  jryw  'souci',  v.  isl.  grunr  'soup- 
çon' :  gr.  qppi^v  'diaphragme,  esprit',  d)  I.-e.  'idgUhr-.  V.  h.  a. 
lungar  'rapide',  ags.  lunjre  ad?,  'vite',  sans  donte  à  rapprocher 
de  gr.  èXacppôç  (§  256,  3,  a).  Got.  figgrs  'doigt'  sans  doute  à 
rapprocher  de  gr.  irëvie  etc.  (§  256, 2,  b,  a),  e)  I.-e.  gUl-,  V.  h.  a. 
klaga  'cris  de  douleur'  :  gr.  pXnxn  'bêlement'  +  skr.  gdrha-te  'il 
se  plaint',  f)  l.-e.  -qui'.  V.  h.  a.  siht  'vue,  visage',  cf.  got.  sai- 
hnp  (1,  a.  2,  b).  Got.  leihts,  v.  h.  a.  liht  'léger'  de  *lwx[u]tazj 
cf.  v.  h.  a.  lungar  (d),  lit.  lefigvas  'léger'. 

6)  Germ.  comm.  /*,  8  pour  xifyJU  semblent  se  présenter 
dans  certains  mots  sous  Tinfluence  analogique  d'une  consonne 
labiale  précédente  (§  333).  Got.  wulfs,  v.  h.  a.  wolf^  v.  isl.  ulfr 
'loup',  V.  h.  a.  vmlpa  à  côté  de  v.  isl.  ylgr  (gén.  ylgiar)  louve', 
germ.  comm.  *yulb%,  gén.  ''^uulj[tjf\iôz  (4,  a)  :  skr.  vfkaa  etc. 
(§  256,  4,  b).  Got.  V.  h.  a.  pmf  :  gr.  irëvTe  etc.  (§  256,  2,  b,  a  et 
§  258,  4,  d).  Cf.  Gr.  \\  p.  615 sqq.,  Hirt  IF.  Anz.  9,  56 sq., 
Bezzenberger  Gôtt.  g.  A.  1898  p.  548,  Solmsen  Journ.  of  Germ. 

Phil.  1,385  sqq. 

Rem.  2.  Le  traitement  phonétique  des  labio-vélaires  a  été 
troublé  de  plusieurs  façons  par  Tanalogie,  par  ex.  got.  ha-a  pour 
*hiis  i^qV'OS)  d'après  his  etc.,  saifva  pour  *8aiha  {*seq^ô)  d'après 
saOvis  etc.  ;  got.  hneiwa  pour  *hneiga  {-â  =  -ô)  d'après  hneiwis  etc.  ; 
mais  V.  b.  a.  {h)n\gi8  pour  *{h)nlxcis  d'après  {h)nigu  etc.;  got.  qam^ 
qumans,  v.  b.  a.  qtLam,  quoman  pour  kam  etc.  d'après  got.  qimay 
qemumj  v.  h.  a.  quimu,  quàmwin  ;  v.  h.  a.  chilburra  'agneau  femelle', 
pour  *quilb-  d'après  kalb;  v.  isl.  ylgr  (v.  h.  a.  wvXpa)  d'après  ylgiar 
etc.;  got.  safvt  pour  *8àht  (cf.  8<ûv^  Rem.  1). 

Rem.  3.  Une  question  très  discutée  et  obscure  est  celle  du 
traitement  de  i.-e.  ^V7i-  (initial)  devant  voyelle.  Cf.  des  étymologies 
comme  d'une  part  v.  isl.  gandr  'bâton',  cf.  gunnr  'bataille'  (2,  b)^ 
et  d'autre  part  v.  h.  a.  warm  'chaud'  (got.  warmjan\  cf.  gr.  Bcpiuôç 
etc.  (§  255,  4).  Voy.  Gr.  1«,  p.  XLVII,  p.  613,  Uhlenbeck  PBS. 
Beitr.  22,  543sqq.,  26,  311,  Zupitza  ibid.  23,  237  sqq.,  Hirt  ibid. 
23,  312  sqq. 

Rem.  4.  En  germanique  les  labio-vèlaires  se  sont  confondues 
avec  les  palatales  et  les  vèlaires  suivies  de  ^.  Cf.  par  ex.  got.  heits 
'blanc*  avec  k'if-  (§  159,  3,  b),  ga-aggwei  'rétrécissement'  avec  7i§h%^ 
(§  235,  4),  af'fvapjan  'étouffer'  avec  q^-  (§  157,  3,  g),  pius  'valef^ 
avec  q^  (§  253,  2).  Il  n'est  pas  rare  (par  ex.  pour  got.  a?va  'aqua") 
qu'on  ne  puisse  déterminer  à  laquelle  des  trois  séries  indo-euro- 
péennes remonte  une  forme  donnée. 


184  PHONÉTIQUE 

b)  Langues  de  satdm. 

259.  Sanskrit.  Les  lois  exposées  aux  §§251  sq.  se 
répètent  ici. 

1)  Indo-ir.  it:,  ^,  gh,  a)  I.-e.  qu,  kds  'qui?'  :  zd  Icas-éit 
V.  pers.  kas-ciy  'un  quelconque*,  gr.  irô-Oev  etc.  (§  255, 1).  Tcâya-s 
'corps*  en  regard  de  cinô-ti  'il  ajuste,  il  construit*  :  +  gi"*  Troi[F]éuj 
'je  fais*,  ksino-ti  'il  détruit'  :  zd  xsyO  'de  la  misère'  :  +  gr.  qpOivuj 
'je  détruis',  R.  qupei-,  ca-krd-m  :  zd  iaccrd-m  +  ags.  hwéol  etc. 
(§  256,  4,  a),  b)  L-e.  gV.  gaû-s  :  zd  gauS  v.  pers.  gau-  +  gr. 
PoOç  etc.  (§  258,  2,  c).  gurû-s  :  zd  go^ru  +  gr.  papù-ç  etc. 
(§  257,  2,  a),  ksdra-ti  'il  coule,  il  dépérit*,  i.-ir.  *gzhara-ti  :  zd 
vi-yéarayeHi  'il  fait  déborder*  +  gr.  cpGeipu)  'je  corromps'  (Oum- 
cpôeipu)  'je  fonds  ensemble'),  R.  gUdher-,  c)  L-e.  gUh.  gharmd-s 
'chaleur*  :  zd  gar^ma-,  v.  pers.  garma-  'chaud',  lat  formus  etc. 
(§255,4).  ghndnti 'ils frappent' :  +  gr.  firecpvov etc.  (§ 256, l,d). 

2)  Indo-ir.  k,  ^,  h\  a)  L-e.  gi*.  ca  :  zd  éa,  v.  pers.  ca  + 

gr.  T€,  lat.  -que  'et'  (got.  nt-A  §  258,  Rem.  1).  vdcas-as  :  zd  vcUUmho 

'de  la  parole',  v.  pruss.  wackitioei  'appeler'  +  gr.  f ttoç  'parole',  lat. 

©ôoî.  eid  :  zd  (fif,  v.  pers.  -éiy  'd'une  façon  quelconque',  gr.  Ti  etc. 

(§  255,  1).    b)  Le.  gU.  jina-ti  'il  vieillit',  djita-s  'non  flétri', 

jydni'8  'décrépitude'  :  zd  a-jyamna-  'impérissable'  +  lat.  vièsco, 

m.  h.  a.  ver-quînen  'dépérir*.  Parf .  ja-gâma  'il  est  allé'  :  zd  partie. 

fém.  ja-ymuël^  i,-e.  ^gUe-gUorn-y  cf.  gdcchati  etc.   (§  255,  3). 

c)  L-e.  gUh.  hdn-ti  :  zd  ja*nti  'il  frappe',  cf.  3*  pi.  ghndnti  (1,  c). 

ramhdya'ti  :  zdran/a^e'Wil  hâte',  de*lot9gUheie'tij  cf.laghû'sete. 

(§  256,  4,  a). 

Rem.  On  trouve,  sous  Taction  de  ranalogie,  des  palatales 
à  la  place  de  gfutturales  et  inversement.  Par  ex.  vôccls^  râjaft  (cf. 
éiToç,  £p€po<;)  d'après  vdcas-as,  rdjasas  (cf.  ^tieoç,  èpépccK)  etc.; 
hatà-s  pour  *ghatd'S  (cf.  (parôO.  d'après  hàn-ti  etc  ;  â-/:ar  'il  fit' 
d'après  kr-^  dkfta  etc.  (cf.  zd  éor^t  *il  fit"  =  i  -ir.  Rar-t^  cf.  galL  péri 
'faire'  etc.);  â-gan  'il  alla',  d'après  gdcchati  etc.  (cf.  gâth. /an-^û); 
rffcf  'louve'  d'après  vfka-s. 

260.  Slave.   Les  lois  énoncées  au  §  253  se  répètent  ici. 
1)  Slave  comm.  fc,  gf.   a)  L-e.  q,  V.  si.  kû-to  'qui?'  :  lit. 

kàs  +  gr.  TTo-eev  etc.  (§  255, 1).  po-fcoji 'repos'  en  regard  dcjpo- 
Hti  'se  reposer'  :  +  lat.  quiës  etc.  (§  258, 1,  a),  otu-lékû  :  lit.  àt-lëkas 
'reste'  +  gf«  Xcittiu  etc.  (§  256, 1,  a),  b)  L-e.  gu.  govqdo  'bœuF  : 


^3 


OCCLU81VBS  185 

lett.  gûw8  'vache'  +  gr.  poOç  etc.  (§  268,  2,  e).  Russ.  jaglyj 
'violent'  :  Wi.jègiU  'j'ai  le  pouvoir  de'  +  gr.  f^Pn  'âge  de  la  force, 
jeunesse',  c)  I.-e.  g^h.  V.  si.  iz-gonû  'expulsion'  :  lit.  genû  'je 
pousse'  +  gr.  cpôvoç  etc.  (§  256,  1,  d).  snégû  :  lit.  ^n^^a« 'neige' 
+  gr.  vîcpa  etc.  (§  255,  4). 

2)  Slavecomm.  t'^y  dli'  devant  voyelles  palatales.  V.  si. 
éetyre  'quatre'  :  lit.  Tceiuri  +  gr.  xérrapeç  etc.  (§  256, 2,  a),  éeao 
'de  quoi?',  ci-to  'quoi?'  en  regard  de  Tcû-to  (1,  a),  éena  :  v.  pruss. 
genna,  arm.  Mn  +  v.  irl.  ften,  got.  qino  'femme',  cf.  f^vri  etc. 
(§  256, 4,  a),  érîny  'moulin'  de  éîrny  :  lit.  girnos  'moulin',  skr. 
gràvan-  'meule  à  presser  le  soma'  +  v.  irl.  broo  brô,  got.  qairnuH 
'meule',  snééînû  'neigeux',  cf.  snégû  (1,  c).  ^ 

8)  Slave  comm.  fé',  d!S  provenant  de  îfei,  gfjf.  V.  si.  ta^ 
'pluie  d'orage'  :  +  got.  ^eïbo  'tonnerre',  germ.  comm.  ^^enèyuiLa'nr. 
fiuss.  pere-peéa  'omelette',  cf.  v.  si.  pekq  etc.  (§  256,  3,  a).  Slov. 
béza  'concursus',  cf.  v.  si  bégû  etc.  (§  256, 1,  c). 

Observation  commune  à  2)  et  3)  :  é't'é',  Sd'S  =  v.  bulg.  8*i\ 
Sd'  comme  §  253,  2  et  3. 

4)  Slave  comm.  ce,  dzè  (zé)  provenant  de  koi,  goL  Loc. 
pi.  vlûcéchû,  snédzéchû  anézéchû  de  vlûkû  'loup',  snégû  'neige'. 
Ici  se  rapportent  sté,  zdé  comme  §  253,  4. 

5)  Slave  comm.  -t-  provenant  de  -kt-,  V.  si.  p^tû  :  lit. 
peûktas,  gr.  né^nioç  etc.  (§  256,  2,  b,  a  et  257,  2,  a)  ;  pqtî  'cinq' 
d'après pç^â.  potû  'sueur',  cf.  pekq,  de  *poqUtO'8.  V.  si.  -st-  devant 

voyelle  palatale  :  inf.  pestij  cf.  pekq. 

Rem.  1.  Pour  les  formes  à  c  comme  sïcati  'uriner'  (:  v.  h.  a. 
^hit  'il  filtre',  opt  prés,  bisiwi  §  258,  1,  b,  p  +  skr.  séca-te  'il  verse'), 
voy.  §  253,  Rem.  1. 

Reui.  2.   SI.  comm.  x  provenant  de  ks^  cf.  §  297,  1;  320,  3,  e. 

B.  Les  occlusives  d'après  leur  mode  d'articulation. 

Epoque  indo-européenne. 

261.  L'indo- européen  avait  des  sourdes  simples,  p,  t,  îc,  q,  gV, 
des  sonores  simples,  6,  d,  §,  g,  gu,  des  sourdes  aspirées  ph,  thy 
Jchy  qhy  quhy  et  des  sonores  aspirées  bh,  dhy  §h^  gh,  gV^h.  L'avant- 
dernière  série  était  beaucoup  plus  rare  que  la  dernière.  Les 
modifications  indo-européennes  portant  sur  les  formes  que  fait 


186  PHONÉTIQUE 

atteodre  l'étymologie  et  les  autres  changements  phonétiques  à 
citer  ici  sont  les  suivants  : 

1)  Sourdes  provenant  de  sonores  devant  consonnes  sourdes: 
*juqt0'8  'attelé'  (en  regard  de  *jug6-m,  skr.  yugdm,  lat.  jugum): 
skr.  yuktd'8,  gr.  îeuKTÔç.  ^petsu  *in  pedibus*  (en  regard  de  *ped-, 
skr.  paddSf  lat.  pedis)  :  skr.  patsû.  Cf.  §  311,  Rem. 

2)  Sonores  provenant  de  sourdes  devant  consonnes  sonores. 
Skr.  upa-bdd  'trépignement^  gr.  èTii-pbai  pi.  'lendemain  de  fête' 
('venant  à  la  suite').  Gr.  pbëu)  'pedo'  de  *pzbeuj,  pet.  russ.  b2dittf 
'pedere';  bzd-  est  le  degré  zéro  de  pezd-f  slov.  pezdëti. 

3)  Dentales  affriquées  provenant  de  dentales  pures  devant 
dentales:  tH,  t'th,  d'dy  d^dh.  *8et'to-8  'assis',  R.  sed-  :  skr.  8attd'8j 
zd  ha8tôy  lat.  ob'8e88U8.  Skr.  véttha,  gàth.  vOi8ta,  gr.  oTaGa'tu  sais', 
i.-e.  *^oit^tha.  Skr.  dehi,  zd  dazdi  'donne',  i.-e.  ^ded'^dhi,  impér. 
de  skr.  ddda-ti  (cf.  4);  gr.  î<t6i  'sache',  de  oTba,  v.  lit.  réizdt 'vois'. 

4)  Occlusives  simples  provenant  d'aspirées  devant  con- 
sonnes. Skr.  instr.  pi.  yudbhis  =  *iud[h]'bhi8y  en  face  de 
yûdh'am  'pugnam'.  Gr.  impér.  izémOQx  =  *bhebhid[hydhif  de 
7Të7roi9a  'j*ai  confiance'. 

Si  la  consonne  suivante  n'était  pas  aspirée,  le  souffle  de 
Taspirée  passait  à  celle-ci  et  se  plaçait  à  la  fin  de  tout  le  groupe. 
Si  Taspirée  était  sonore,  le  groupe  entier  devenait  sonore.  Skr. 
drbdhd-8  'noué',  de  *drbdho'8  =  ^drbh'to-s^  cf.  prés,  drbhd-ti. 
Skr.  'gdhâ-8  'mangé',  de  *'gzdh0'8  =  *'g7i8-to-8,  cf.  parf .  jaghdsa. 
Gr.  toxoTOç  'extrême',  de  *e§zgho'  =  *egJi8'qO',  locr.  éx66ç  'à 
l'extérieur',  de  *e§zdho8  =  *e§h8't(h8  (cf.  la  forme  refaite  éktôç, 
Rem.  1)  de  iL  tt(4ctxu)  'je  souffre'  (TraGcîv,  Tr^novGa),  gr.  comm. 
*pat8Jchôy  de  *path'8kô]  il  faudrait  supposer  une  forme  indo- 
européenne *qunt8lchô  =  *qvnth-8k6,  si  lit.  kenczû  'je  souffre, 
j'endure'  est  à  rapprocher  de  ces  formes  (voy.  cependant  Solmsen 
KZ.  34,  544). 

d  +  dh,  dh  +  dhy  dh  +  t  passent  tous  en  indo-européen  à 

d'^dh  :  par  ex.  skr.  dehiy  zd  dazdi,  de  *ded^dhi  —  *de'd+dhi  (3); 

skr.  dhehi  'pose',  de  *dhed'dhi  =  *dhe-dh  +  dhi;  :  R.  dhë-^  zd 

rdr^zda-  'fort',  de  *urd^dh(h8  =  *urdh+tO',  cf.  skr.  vdrdha-tù 

Rem.  1.  Cette  loi  (la  'loi  des  aspirées  de  Bartholomae')  souffre 
des  exceptions  diverses  dues  à  l'analogie,  et  qui  remontent  peut- 


OCCLUSIVES  18T 

être  en  partie  à  Tindo-européeii.    a)  Formes  refaites  d'après   des 
éléments  semblables  d*autres  mots.    Skr.  dhcUié  'T{6€Tai'  pour  *dedher 
(gftth.  dazdè)  d'après  datte  'hihorax*  etc.;   gr.  cOkto   (de  cfixoMcii  'je 
prie")  pour  *c0x6o  d'après  fjaro  etc.;  cf.  zd  aoxta  pour  gfttb.  aog^dà 
'il  a  dit*.    dv-CKTÔç  'insupportable'   de  £xu),  d'après  ireirrôç  etc.;  got. 
mahts,  V.  h.  a.  maTU  'puissance',  de  magan-y   lit.  vèszHy   v.  si.  vesti 
'vehere',  de  rac.  ye^A-.    Att.  èxTÔç  pour  (locr.)  èx66ç  d'après  èvrôç. 
b)  Formes  refaites  d'après  d'autres  formes  du  même  mot.   Skr.  dad^ 
dhi  pour  dehi  d'après  dattd*^  ni-rud-dha-s  'fermé'  (cf.  rodha-ti),  cf.. 
zd  ni'^^ruzda-  'fermé*.    Cf.  Gr.  1*  p.  629,   Bartholomae  IF.  Anz.  8, 
16,  IF.  9,  279  sqq. 

5)  Alternance  de  sourde  et  sonore,  et  de  sourde  aspirée  et 
sonore  aspirée,  particulièrement  à  la  fin  de  la  'racine',  par  ex. 
*pak'  dans  skr.  pdça-s  *corde',  gr.  ndaaaXoç  'cheville',  lat.  pax, 
-CM,  got.  fahan  'prendre',  et  *pag-  dans  gr.  mfiTvû^i  *je  fixe',  lat.. 
pangoj  m.  irl.  âge  'membre',  v.  h.  a.  fah,  -hhes  'compartiment' 
russ.  paz  'jointure';  zd  zafar^  'gueule',  v.  sax.  Tcafl  'mâchoire' 
(i.-e.  'ph')  et  skr.  jdfnbha-s,  v.  si.  zqfiû  'dent'.  Dans  un  nombre 
considérable  de  cas,  il  semble  qu'une  nasale  voisine  ait  influencé 
larticulation  sonore.   Voy.  Gr.  1*  p.  629 sqq. 

6)  Alternance  de  sonore  aspirée  et  de  sonore,  encore  ici* 
surtout  à  la  fin  des  racines  et  dans  le  voisinage  de  nasales,, 
par  ex.  skr.  stambJia-te  'il  se  soutient,  il  devient  solide',  gr.. 
OT^^cpuXa  'marc  d'olives  ou  de  raisins'  et  (TTé^pu)  'je  foule  aux 
pieds',  V.  h.  a.  stampfon  'trépigner';  skr.  mahdn  'grand'  etmajmdn' 
'grandeur',  gr.  M^Taç,  lat.  magnus,  got.  mikUs  'grand'.  Cf.  p.  154* 
note,  Gr.  1  '  p.633sq.  Les  mêmes  conditions  déterminent  peut-être 
réchange  de  la  sourde  aspirée  et  de  la  sonore:  arm.  laphem  'je 
lèche',  gr.  XaqpOacruj  'j  avale',  et  lat.  lambo,  v.  h.  a.  laffan  lécher',. 
V.  Osthoff  dans  v.  Patrubâny  Spr.  Abh.  2,  50  sqq. 

Rem.  2.  On  rencontre  aussi  une  alternance  de  sourde  et  sourde- 
aspirée,  comme  dans  gr.  nXarOç  :  TrXdOavov,  skr.  pfthû'f\  gr.  àaiTa(pu)  : 
aq>up6v,  skr.  sphurd-ti.   En  particulier  souvent  en  sanskrit  s  +  sourde^ 
aspirée  correspond  à  «  +  sourde  des  autres  langues,  par  ex.  skr. 
«tJià'  :  gr.  OTô-  'se  tenir  debout'  :  cette  particularité  n'a  pas  été  mise 
au  clair.    Voy.  Gr.  1»,  p.  632 sq..  Sommer  IF.  11,  247 sq.,  Blatt  Eos- 
7,  1  sqq..  Heinsius  IF.  12,  178  sqq. 

Rem.  3.    Dans  une  partie  de  ces  échanges   indo-européens, 
entre  les  divers  modes  d'articulation  Zupitza  KZ.  37,  387  sqq.  voit 
des  restes  d'une  période  plus  ancienne,  où  la  zone  de  variabilité- 


188  PHONÉTIQUE 

des  articulations  aurait  été,  en  général,  plus  grande  qu*elle  ne  l*a 
été  plus  tard. 

Sanskrit. 

262.  Modifications  indo  iraniennes.  1)  zd,  zdh  provenant 
de  d^dy  d^dh  (§  261,  3)  et  dzdh.  dehi,  zd  dazdi  'donne',  i.-ir. 
dazdhi  (cf.  §  283).  La  chute  du  d  est  postérieure  au  changement 
de  8,  z,  en  s,  é  (§  278),  comme  le  montre  par  ex.  zd  ni-^ruzda- 
(§  261,  Rem.  1).  2)  Entre  nasale  et  consonne,  i.-ir.  p,  ^  k  et  6,  d,  g 
ont  subi  une  réduction  (cf.  §  268, 4),  par  ex.  panti-s  'Tr€^7ràç*, 
zd  ace.  paiBianhu-m  "la  5®  partie'  de  *pai9Jct-,  cf.  gr.  në^Trroç  etc. 
(§  256,  2,  b,  a);  yundhi  imp.  'attelle',  cf.  ind.  yunâk-ti.  Cf.  6r.  1  ^ 
p.  638  sq. 

263.  Les  quatre  séries  articulatoires  indo-européennes  et 
indo-iraniennes  apparaissant  généralement  intactes  en  sanskrit, 
par  ex.  pitdr-  'père'  =  i.-e.  *p9tér  (sourde),  véttha  'tu  sais'  = 
i.-e.  *^oit'tha  (sourde  asp.),  véda  11  sait'  =  i.-e.  *ifoide  (sonore), 
hhdra-ti  'il  porte'  =  i.-e.  ^bhere-ii  (sonore  asp.).    Particularités: 

1)  L-e.  et  i.-ir.  -tH-  passe  à  -tt-f  par  ex.  aattd-s  =  zd  hasto, 
V.  §261,3. 

2)  L  •  ir.  £,éh  =  i  -  e.  §,  §h  ont  abouti  à  j,  *JA,  puis  ce  dernier 
à  A,  par  ex.jdrant-j  hdvana-m,  v.  §  240.  Pour  *jh — A,  cf.  4. 

3)  L-ir.  bzhf  dzhy  yéh  (=  i.-e.  ffzh^  gdh),  géh  (  =  i.-e.  gzh, 
gUzhf  gUdh)  initiaux  et  finaux  deviennent  ps,  ts,  Jcs,  ks.  bàps-ati 
3®  pi.  de  bdbhas'ti  'il  dévore',  de  ^bhe'bzh-nti.  vetsya-ti  fut.  de 
vidhyatî  'il  transperce',  a-vûksi-t  'vexit'  aor.  de  vàha-ti,  de 
^e-^ëgzh-  :  zd  uz-vaéai,  ksam-  'terre',  de  *gdhem-  (§  301,  4). 
jdrksa-ti  'il  mange',  cf.  parf.  ja-ghdsa  partie,  -gàha-s  (261,  4). 
Ce  changement  est  postérieur  à  la  dissimilation  de  Taspiration 
(5),  ainsi  qu'il  ressort  par  ex.  de  ddksu-s  'brûlant'  (R.  dhegUh')^ 
de  i.-ir.  ^dhagéhu-s^  ou  de  partie,  dagdhâ-s  de  i.-ir.  *dh€igdha'8. 

4)  Indien  commun  *jh  =  iran.  commun  gh',  éh  devint  h 
postérieurement  à  l'action  de  la  loi  de  dissimilation  des  aspirées 
(5)  ;  par  ex.  hdTirti  =  zd  jafntij  hdvana-m  =  zd  zavan9'm  (240. 
251.  252.  259.  263,  2). 

Rem.  1.    Entre   voyelles  on  rencontre  aussi  parfois  dhy  dh, 
•bh  réduits  à  A;    c'est   un   phénomène   dialectal;   par  ex.  i-kà  Ici* 


OCCLUSIVES  189 

=  prAkr.  i'dha,  -mahe  à  la  !•  p.  pi.  moy.  =  zd  -ma^de,  gr.  -^cOa;  impér. 
rirîhi  de  *rindhi  (cf.  i-hi  =  gr.  Î-Oi)  =  HUigâhi,   de   rîA-  'lécher* 
(§  241,  b);  grâhit/a-s  'à  atteindre',  cf.  prés,  gfbhfià'ti  (et,  sous  Tin 
fluence  de  Tanalogie,  gxhnà-ti).    Peut-être  faut-il  expliquer  de  même 
dukitàr-^  de  ^dughitar-  (§  251  Rem.). 

Rem.  2.  -fi»;-  provenant  de  *'bjh',  i.-e.  -bffh-  :  hubjé-s  'bossu', 
i.-ir.  *kubiha'8,  i.-e.  *fcu5A+io-  (§  261,  4). 

5)  Les  sourdes  aspirées  et  les  sonores  aspirées  ont  perdu 
leur  h  eu  sanskrit,  quand  il  y  avait  à  la  fin  de  la  même  syllabe 
ou  au  début  de  la  syllabe  suivante  une  antre  aspirée,  kumbhd-s 
'pot',  de  *Jchumbhar8  :  zd  xumba-  'pot'  {x-  provenant  de  kh-). 
bôdha-ti  Ml  est  attentif^  de  *bhaudha-ti,  part.  buddhd-Sf  R. 
bheudh'.  budhnd-s  'soF  :  lat.  fundus.  iaghâna,  parf .  'il  a  frappé', 
de  *jha'ghana,  impér.  prés,  j^i,  de  *jha-dhi  (Rem.  1).  jd-hati 

'il  abandonne'  =  i.-ir.  ^iha-iha-ti  :  zd  za-zaHï. 

Rem.  3.  Comme  le  montrent  par  ex.  jaghàna  et  bàpsaH, 
cette  disBimllatiou  de  l'aspiration  est  antérieure  au  passage  de  jh 
k  h  {%  240.  251.  252,  2,  c.  259.  263,  4)  et  au  passage  de  bzh,  dzh, 
yéhj  gzh  à  pSf  ts,  Xr^,  k^  (3). 

Rem.  4.  L'influence  des  systèmes  morphologiques  et  les 
créations  analogiques  ont  amené  un  grand  nombre  d'exceptions. 
Par  ex.  prothdtha-a  'respiration  bruyante',  garbha-dhUç  'lieu  de 
l'accouplement'.  De  même  adhàk^t  dhdk^u-ç  en  regard  de  dàk^-ç 
(3),  d'après  adhàk^  loc.  pi.  -bhûtsu  d'après  nom.  sg.  -bh'ùt  (§  352,  8). 
(ntens.  baribharti  (véd.  bhdribhrati^  phonétique)  comme  bibhrâna»ft, 
babhàra  {bhar-  'porter')  etc. 

Grec. 

368  a.  Les  sourdes  indo-européennes  sont  restées  générale- 
ment intactes  jusqu'à  l'époque  historique  inclusivement,  par  ex. 
TTa-nip  =  skr.  pitâ\  de  même  pour  les  sourdes  aspirées,  par  ex. 
oTaOa  =  skr.  véttha^  et  les  sonores,  par  ex.  t^voç  =  lat.  genus. 
Par  contre  les  sonores  aspirées  de  l'indo-européen  sont  devenues 
en  grec  préhistorique  des  sourdes  aspirées  et  se  sont  confondues 
ainsi  avee  les  sourdes  aspirées  indo-européennes,  par  ex.  9û|i6ç 
=  skr.  dhamds. 

9C4.  Sourdes  du  grec  commun. 

1)  X}  9  provenant  de  ks,  ps  devant  nasale  ou  liquide  (cf. 
§  286):  par  ex.  Xùxvo-ç  'flambeau',  de  *Xuk<tvo-,  cf.  v.  pruss. 
lauxnos  'les  astres';  |iuxXô-ç  'âne  entier'  :  lat.  màlu-s,  de  *tnucS' 


190  PHONÉTIQUE 

4os  (§  290,  5);  Xéxpioç  'incliné*,  ef.  Xo56ç,  lat.  luxus;  |i6p(pvoç 
'sombre'  =  gr.  comm.  *mor1cU8nO',  cf.  v.  isl.  miçrkue  'ténèbres'. 
-Cf.  Gr.  Gr.3,  p.  97.  571,  Walde  KZ.  34,  477  sq.,  Hirt  IF.  12, 
221  sqq. 

2)  La  loi  indo-européenne  §  261, 2  a  continué  d'agir  en  grec  : 
par  ex.  hom.  ûppàXXw  =  *Ù7T-pàXXu)  'je  jette  sous  quelque  chose'. 

3)  En  pamphylien  (v)b  (cf.  §  166, 4)  provenant  de  vt,  par  ex. 
TTë(v)b€  =  att.  7TévT€  'cinq',  ÔTU)(v)bi  =-  dor.  fiT^vri  'agant*. 

4)  Gr.  comni.  tct  (en  partie  provenant  de  i.-e.  dz,  dzh) 
passe  à   a  devant  et   après  consonne,   et  en   fin   de  phrase. 

a)  KdcT|Liopoç  •  bûcTTiivoç  (Hés.),  de  *KaT-cT|Liopoç,  cf .  eÏMapiai  (§  286, 
3),  R.  smer-,  ôcTcppricTo^ai  'je  flairerai',  de  *odz-gUhrè-  (§  257, 
2,  b).  TTÙvvo-ç  'podex',  de  *Tru(Tvo-ç  (§  286,  Rem.  3,  §  320,  4,  b), 
*TruT(yvo-  :  skr.  putau  du.  'les  fesses';  de  même  bévvo-ç  'honte', 
de  *gUedzhno-,  c.-à  d.  *gVedhsno-  :  m.  h.  a.  kwat  (§  258,  1,  c). 

• 

b)  Crét.  pdXXovcTi,  att.  pdXXoucTi  de  *paXXovTai  loc.  pi.  de  pàX- 
Xwv  'jetant',  c)  veôiriç  'jeunesse',  de  *-TâT-ç,  gén.  veoxriT-oç.  — 
Par  contre  tct  intervocalique  donne  béot.  tt,  crét.  tt,  l  et  ailleurs 
ao  ou  cT.  Homér.  bàaaaaôai,  att.  bdcraaOai,  crét.  bdiraoBai, 
bàlaaQaXf  aor.  sigmatique  de  baiéoiiiai  'je  partage'.  Béot.  koiuit- 
Td|Li€voç,  aor.  sigmatique  de  KO^lb-  'prendre  soin'.  Pind.  9écT(ya(y9ai 
'pleurer',  aor.  sigmatique,  de  *guhedzh'  =  *guhedh-8',  cf.  it69o-ç 
(§  256,  2,  a,  T). 

Le  traitement  est  le  même  pour  tct  =  ti,    V.  §  151,  3,  f. 

5)  Gr.  comm.  cTi,  (T0,  ctG  =  i.-e.  t%  t'th,  dHh  (§  261,  3). 
fi-icTTOÇ  'inconnu'  :  skr.  vittd-s  'trouvé,  reconnu',  v.  h.  a.  gi-wisso 
adv.  'certes',  R.  \ieid',  oîaOa  :  skr.  véttha  'tu  sais'.  ïcrOi  'sache', 
de  *^id^dhi, 

6)  6r.  comm.  a  provenant  de  x  devant  i,  e  quand  ils  valent 
I,  ç,  par  ex.  ttXoûctioç  'riche',  v.  §  307.  Gr.  comm.  -su-  de  -^w-, 
V.  §81. 

7)  Souvent  la  sourde  aspirée  remplace  la  sourde,  par  dé- 
placement irrégulier  de  l'aspiration,  par  ex.  ion.  fix^vroç  pour 
fiKav9oç,  crét.  xauxéç  pour  x^Xkôç,  *Av6îXoxoç  pour  'AvriXoxo^, 
e^Giç  pour  eéTiç,  V.  §  342,  1 ,  b.  2,  b. 

8)  Sporadiquement  une  sourde  devient  sonore  par  assimi- 
lation à  distance:  crét.  'ATaTXÙTw  =  att.  'AtokXùtou  (§  333). 


OCCLUSIVES  191 

Rem.  1.  aOy  tt  de  t^  %  157,  3,  b.  aa,  tt,  (66)  de  kh  qh  Ç^h 
§151,  H,  e.    MM  de  ir^t  §  320,  3,  b.    ok  de  kok,  av  de  nan,  §  336,  4,  a. 

Rem.  2.  Le  a  intervocalique  produit  selon  4)  6)  et  §  151,  3,  f, 
par  ex.  le  a  d'aoristes  comme  éXxjaa  devint  h  eu  lacouien,  argolique, 
cypriote,  éléen,  et,  en  passant  par  2,  p  à  Érétrie  et  Oropos,  par  ex. 
lac.  A(vr)h(âç,  èiroiFrihc,  érét.  ôirôpoi  (Gr.  Gr.'*,  101.  670  sq.)- 

265.  Sonrdes  aspirées  du  grec  commun. 

1)  I.-e.  phy  th,  Jch  sont  restés  intacts  dans  la  plupart  des 
dialectes  jusqu'à  la  période  historique,  sauf  altérations  provenant 
des  phonèmes  voisins.  Mais  avec  le  temps  ils  sont  partout  deve* 
nus  des  spirantes,  f,  p  (lat.  «,  par  ex.  Ziip-iTrTroç),  x.  Suivre  dans 
le  détail  des  lieux  et  du  temps  cette  évolution  progressive  est 
chose  impossible.    Cf.  Gr,  Gr.*  105 sq. 

2)  Dans  Mi,  thi,  l'aspiration  a  disparu  dès  le  grec  pré- 
historique, en  sorte  que  ces  groupes  ont  postérieurement  subi  le 
même  traitement  que  J:i,  ti  primitifs,  par  ex.  ëXdaawv  en  regard 
de  èXaxùç,  xcTpaEôç  en  regard  de  xexpaxOà.    V.  §  151,  3,  e  et  f. 

3)  Les  sourdes  aspirées  ont  perdu  en  grec  commun  leur 
aspiration,  quand  la  syllabe  suivante,  ou  la  syllabe  qui  suivait  la 
suivante  commençait  par  une  aspirée,  par  ex.  TT€Ù6o^al  'je  m'in- 
forme', de  *q)£u9o-,  R.  bheudh-  :  xiOrmi  'je  place*,  aor,  pass.  èxé- 

env,  de  *ei-eTmi,  è-ee-env,  éK€-X€ipîâ  'trêve',  cf.  fxw.  Cf.  §  286, 1 ,  a. 

Rem.  1.    Cette  dissimilation  d'aspiration  est  postérieure  à  la 
perte  de  l'aspiration  dans  khi  (2),  de  là  par  ex.  Qaaaiuv  en  regard 
de  xdxiOToç,  et  auchangement  de  bzh,  gzh,  dzh  en  ps^  kSy  ts  (§  266,  2;, 
de  là  par  ex«  Optëi  'aux  cheveux'  en  regard  de  gén.  sg.  xpix-ôç  etc. 
e^aaaoOai  en  regard  de  ttô6oç  (§  264,  4). 

Rem.  2.  Trois  circonstances  ont  été  la  source  de  nombreuses 
exceptions.  1)  Métathèse  de  l'aspiration  avec  abandon  de  l'ancienne 
place,  par  ex.  à^(p(aKUl  pour  à\i'niax»i  (§  342,  1,  b,  a).  2)  Répétition  de 
l'aspiration  dans  le  même  mot,  par  ex.  6n6(q  pour  xii6(ç  (§  342,  2, 
b,  a).  3)  Actions  analogiques,  par  ex.  èxûBr^v  'je  fus  versé',  cf. 
^Xuxo,  x^uj  etc.,  dfiqpi-x^iu  'je  verse  autour',  et  inversement  par  ex. 
ireûooMai,  irOartç,  pour  *q>eOaoMCii}  *q>Oaxi^  (Rem.  1)  d'après  ir€06o|uai  etc. 

Rem.  3.    ^\i  provenant  de  q>Hj  §  320,  3,  b. 

266.  Sonores  du  grec  comman.  1)  Gr.  comm.  b,  d, 
g  sont  restés  intacts  jusqu'à  Tépoque  historique,  sauf  altérations 
provenant  des  phonèmes  voisins;  mais  dès  l'antiquité  ils  sont 
devenus  spirants  :  &,  cf ,  j.  Cette  altération  s'est  produite  à  des 
dates  différentes  suivant  les  dialectes,  et  à  l'intérieur  d'un  même 


192  PHONÉTIQUE 

dialecte,  à  des  dates  différentes  suivant  les  phonèmes  :  b  par  ex. 
était  déjà  d  en  Élide  au  V"  siècle  av.  J.-C.  (lé,  F^iléç  etc.),  et  aussi 
probablement  en  Crète  (gort.  (nroFbbdv,  §  314);  par  contre  en 
attique  il  est  resté  d  jusqu'à  l'époque  chrétienne.  Cf.  Gr.  6r.* 
109,  Eretschmer  Koivf)  15.  2)  La  loi  indo-européenne  §  261,  1 
a  continué  d'agir.  De  là  par  ex.  tt(T  provenant  de  bzh  (ipuiuj  'je 
broie',  de  '^bzhô-^  cf.  skr.  bd-bhos-ti  §  263, 3),  ts,  d'où  <t<t,  de  dzk 
{QéaaaaOai  §  264,  4),  kth  d'où  x©,  de  ffdh  (xBdiv  §  301,  4). 
3)  Dans  un  petit  nombre  de  dialectes  b  suivi  de  i  prononcé  i 
devient  affriqué  ou  spirant.  V.  §  307.  316.  4)  t  dans  plusieurs 
dialectes  devient  j  (j  spirant)  sous  l'influence  de  voyelle  palatale^ 
comme  le  font  voir  par  ex.  les  graphies  paroph.  Mh6tàXT)Tt,  Mca- 
Xcmbujv  =  MeraX-,  att.  ôXioç  =  ôXitoç.  V.  Gr.  Gr.»  108^ 
Meisterhans-Schwyzer  Gr.»  75,  Hatzidakis  'Ae.  11, 162.  6)  Par- 
fois dans  la  langue  vulgaire  une  sourde  remplace  une  sonore,  par 
assimilation  à  distance,  par  ex.  MexaKXf^ç  pour  McTOtxXfi^  (assi- 
milation régressive^  Tu(v)Tàpeujç  pour  Tuvbdpewç  (assimilation 
progressive).  De  même  on  trouve  la  sourde  aspirée  à  la  place 
d'une  sonore,  par  ex.  9u>p68€0ç  =  AujpàGeoç  (régression),  9uq>€i- 
9ibiiç  pour  *Tuq)€ibibiiç  (progression). 

Z,  bb  de  Tl.  b%,  §  151,  3,  g.  316.  XX  de  6X,  §  320,  3»  c  mn,  ^v 
lie  p^,  pv,  §  320,  3,  b.  îdn,  »m  de  yv,  y^,  §  320,  3,  b.  or  de  ^çcrç, 
§  336,  4,  a,  a. 

Latin. 

267.  Les  sourdes  de  l'indo-européen  sont  restées  en  géné- 
ral intactes  jusqu'à  l'époque  historique:  pater  =  gr.  naTrip;  de 
même  pour  les  sonores  :  genus  =  gr.  t^voç.  Par  contre  les  sonores 
aspirées  sont  devenues  en  italique  commun  des  sourdes  aspirées 
et  se  sont  confondues  ainsi  avec  les  sourdes  aspirées  indo-euro- 
péennes; de  plus,  toutes  ensemble  ont  fini  par  donner  des  spirantes^ 
par  ex.  ital.  comm.  /*  =  i.-e.  jpA,  bh. 

268.  Sourdes  de  l'italique  commun.  1)  La  loi  indo- 
européenne §  261,  2  a  continué  d'agir,  par  ex.  ab-dûco  =  *ap[oy 
douco,  2)  Ital.  ss  provenant  de  i.-e.  ts.  Ce  ss  semble  donner  eu 
latin  8  après  voyelle  longue  (depuis  l'époque  chrétienne  environ)^ 
avant  et  après  consonne  et  à  la  pause  (§  323  sqq.).  con-cusHy 
parf.  sigmatique  de  con-cutio.   viso,  de  *y,eit8ô  :  ombr.  revestu 


OCCLUSIVES  193 

'revisîto',  go  t.  gia-iumo» 'regarder',  skr.  vivitsa-ti'il  se  renseigne', 
R.  ffeid-,  arsîy  parf.  sigmatique  de  ardeo.  êsca^  de  *èt8'Jca, 
cf.  V.  h.  a.  08  'nourriture*,  y.sLjasU  'crèche',  lit.  ëdesis  'pâture* 
(§  271 , 3).  cêna,  v.  lat.  cesna  :  osq.  ke rs sn ai s'cenis',  de  *qertS' 
nuy  cf.  skr.  kart-  'découper',  pès,  de  *pèt8^  cf.  gén.  ped-is; 
con-cors,  cf.  gén.  -eordu.  Même  t8,  produit  à  une  époque  plus 
récente,  devient  88 ^  8,  par  ex.  po88um  de  *pot8om,  v.  lat.  poti8 
A»w,  mors  de  *morti-8  (§  345, 1,  2).  De  même  tf,  pf  donnent 
ffj  par  ex.  affero  de  ^at-ferù  =  ad-fero,  officîna  de  *op[i]- 
facînd.  3)  Ital.  9«  provenant  de  f«  =  i.-e.  ^V,  sauf  devant  r. 
Cet  ««  donne  en  latin  s  comme  2).  ob-8es8U8  :  skr.  8attà'8  (§  261 , 3). 
svasuffif  cf.  8vadeo.  vorsuSy  cf.  rer^o  :  ombr.  trah-uorfi  'trans- 
verse', skr.  vrttd'8  'versus'.  vîcë(n)8imti8y  de  *yikmt^to-  :  béot. 
FiKaotoç.  Ital.  8tr  provenant  de  i.-e.  tHr,  par  qh.  castra  :  osq. 
castrons  'fundi',  probablement  apparentés  à  lat.  cassi-s,  v.  irl. 
cathir  'ville',  v.  h.  a.  huot  'sollicitude',  R.  Jcat-  'cacher'  ;  asses- 
trjx  en  regard  de  assessor,  dèfènstrîx  en  regard  de  dèfènsor. 
4)  Te  dans  -idkt-  subit  en  italique  commun  une  réduction  (cf. 
§  262,  2).  quîntus  :  osq.  Pùntiis,  pél.  Ponties  'Qninctius',  cf. 
gr.  TréfuiîrTOç.  Le  c  de  quîncttiSy  vînctus  etc.  est  une  restitution. 
— fortis  représente  un  ancien  forcti8\  tortus,  torsî  de  ^torctos, 
*torc8i\  fultuSj  fulsî  pour  ^fulctos,  *fulc8î  etc. 

Rem.  1.  Sur  le  passage  de  sourde  à  sourde  Aspirée  dans  j?u2- 
cher,  sulphur  etc.,  v.  Gr.  1*,  p.  677,  Sommer  Lat.  L.  u.  Fi.  286 sqq. 

Reni.  2.  mm,  mn  de  pm,  pn,  nn  de  tn^  gn  (rm)  de  kn, 
§  320,  3,  b.  Chute  de  fc  et  p  devant  s  -f  cens.,  §  290,  5,  c.  s-  pour  A:^-, 
;w-,  §  359,  1. 

269.  Sourdes  aspirées  de  l'italique  commun. 

1)  ph,  th,  khj  kuh  donnent  ital.  /*,  Ji,  Xy  X^  ^^^f  après  s. 
X  passe  dès  la  même  période  à  A  à  l'initiale  du  mot  devant 
voyelle  et  entre  voyelles.  Cet  état  est  celui  auquel  s'est  tenu 
dans  l'ensemble  le  groupe  osco-ombrien,  tandis  qu'en  latin,  ces 
spirantes  {h  excepté)  sont  devenues  à  l'intérieur  du  mot  des 
spirantes  sonores,  puis  des  occlusives  sonores  (ainsi  b  pour /*  dans 
hibemus  §  168,  côn-sobrinus  §  290,  2).  a)  A  l'initiale,  fero  : 
ombr.  ferar  'feratur',  skr.  bhàra-ti  'fert'  (§  220),  facio  :  osq. 
f  aciiad  etc.  (§  228,  3).    fundo  :  gr.  xéijj  etc.  (§  238,  2).  formus  : 

Brngmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  23 


194  PHONÉTIQUE 

gr.  6ep|i6ç  etc.  (§  257,  1^  c,  a),  humus  :  ombr.  hondra  etc. 
(§  237,  4).  hostis  :  got.  gasts  etc.  (§  248,  4).  Une  exception  à 
cette  loi  se  trouve  dans  itai.  x^'j  XT'y  4^^  apparaissent  sons  la 
forme  gJrj  gr-  {glàber  :  v.  h.  a.  glat  §  248,  4;  gradior  :  got.  grips 
§  250,  4),  et  peut-être  aussi  sous  la  foime  Z-,  r-  sous  Tinfluence 
d'un  traitement  différent  ressortissant  de  la  phonétique  syntactique 
(Hoffmann  BB.  26,  140  sqq.)*  b)  A  l'intérieur,  sihi  :  osq. 
sffei  etc.  (§  220).  rubrum  :  pél.  Rufries  etc.  (§  228,  3,  b). 
médius  :  osq.  méfiai  etc.  (§  228,  3,  c).  *mandarînum  (f r.  man- 
drin) :  osc.-ombr.  mamphur  etc.  (ibid.).  lingo  :  gr.  Xeixu)  etc. 
(§  237,  4).  congius  :  skr.  çankhd-s  etc.  (§  248,  2).  in-dulgeo  : 
skr.  dirghd'S  etc.  (§  248,  4).  ninguit  :  gr.  vtq)a  etc.  (§  257,  1, 
c,  p).  Ital.  h  a  subsisté:  miAi  :  ombr.  mehe,  skr.  mdhyam  ^mibi'; 
veho  :  skr.  vàha-ti  etc.  (§  234,  4).  Il  me  paraît  très  douteux, 
abstraction  faite  des  cas  comme  tragula  de  *tragla  etc.,  qu'en 
latin  le  traitement  intervocalique  -g-  soit  phonétique  (Hoffmann 
BB.  26,  131  sqq.). 

2)  Les  sourdes  aspirées  italiques  deviennent  sourdes  en  itali 
que  après  consonne,  a)  Sourdes  aspirées  indo-européennes,  vîdis-ti: 
cf.  skr. vétthUy  gr.  oîa6a*tu  sais*,  scindo  :  skr.  chindtti  etc.  (§ 234, 2  i. 
sperno  comme  gr.  cTTraipu),  àcriTaipu)  ou  comme  aqpupôv  ?,  v.  §  261 , 
Rem.  2.  b)  st  pour  d'dA,  dzdA.  hasttty  de  *ghad'dha  :  ombr. 
hostatu  'hastatos',  v.  irl.  tris-gatHm  'je  transperce'  (-f-  de  celt. 
comm.  -zd-),  got.  gra^d*  'bâton',  cf.  skr.  â-gadhita-  'embrassé*  : 
aestuSj  aestas  :  v.  germ.  Aisto-môdius,  v.  h.  a.  gan-eista  'étin- 
celles', de  *aid2dh-,  c.-à-d.  *aidhs't',  cf.  skr.  édha-s  'bois  à  brûler*, 
gr.  aïGuj'je  brûle',  lat.  aedês.  c)  |>f,  c^  provenant  de  i.-e.  bdh, 
gdh  (§  261,  4)  :  nuptus,  R.  sneuhh-;  vectus,  R.  ue§h'. 

3)  Ital.  A  (1)  est  tombé  de  bonne  heure  dans  la  langue 
populaire.  De  là  dirïbeo  =■  *dis'habeô,  comme  dir-imo  (§  290, 1  ) 
et  les  abrègements  de  la  voyelle  de  prë-hendo,  dé-hortory  qui 
homo  (§  305.  358,  4).  La  chute  de  h  après  i  est  même  pré- 
historique: lien  :  skr.  pUhdn-  'rate';  meio  de  "^meihô  (en  regard 
de  mingo),  de  *meighô.  Cf.  aussi  bimus  =  *bi'himos,  en  regard 
de  hiems  (§  234,  4j,  nèmo  de  ^ne-hemô  (cf.  homo),  prehendo 

prèndOj  nïhil  nilj  cohors  cOrs,  prohibeo  prôbeo  etc.  (cf.  §  306). 
Rem.  1.    Au  lieu  de  h-   on  trouve  aussi  /"-,  par  ex.  fariolus 


OGCLUâlVBS  195 

=  Jiariolus  {ffh-),  folus  =  holus  {gh\  fostis  =  hostis  (gh')j  fircus  = 
hircus\  on  ne  trouve  que  /'dans  fel  (x<^XoO«  foveà  (X€ii^),  faux  (x<&oO- 
Inversement  aussi  on  trouve  h-  pour  /*-,  par  ex.  hordus  =  fordus 
(cf.  fero).    Ce  sont  là  des  particularités  dialectales. 

Rem.  2.    mn^  mm  de  ital.  phn,  phm,  §  320,  3,  b. 

270.  Sonores  de  Titalrque  commun. 

1)  La  loi  indo-européenne  §  261,  1  a  continué  d'agir.  Là 
où  i.-e.  dh  est  devenu  th  (puis  t  suivant  §  269,  2),  et  où  i.-e.  zh, 
dh  sont  devenus  s,  la  sonore  précédente  est  devenue  sourde,  nuptus 
=  *snubdho  (c.-k'd,'*8nubh-to-)f  vèxî  =  *^ègzh' (c.-à-d.  *^è§h'S-), 
De  même  attulïy  accipio,  appello  avec  ad,  iccircô  =  id-circôy 
fopper  =  Hod'peVj  cette  =  *ced[à\te  etc.  (§  320,  3,  d). 

2)  ii  provenant  de  d%j  gi<  a)  A  Tintérieur  devant  voyelle 
longue  peior  c.-à-d.  pèUor,  de  *ped'iô8,  cf.  pessimtLS,  R.  ^ed- 
'tomber*;  maior,  c.-à-d.  màHoVy  de  *mag-i08,  cf.  magis;  aio, 
c.-à-d.  ^iio,  de  *agiô,  cf.  ad-agium.  b)  Dans  Tunion  de  deux 
mots,  quand  j-  n'était  pas  (comme  dans  quid-iam  etc.  §  359,  12) 
passé  à  i-  :  aemulus  pour  *ad'jemolo8  (cf.  skr.  yamâ-  'qui  fait  la 
paire,  jumeau'),  aert^mna  sans  doute  pour  *ad'jerumna  (cf.  skr. 
â-yas'  'réduire,  épuiser,  tourmenter',  leit.  dè-jerarey  v.  IF.  12, 
401).  c)  A  Tinîtiale  î-  de  U-.  Jovis  :  osq.  luv-ei  'Jovi',  skr. 
dyaûs  'ciel'. 

3)  dr  est  probablement  devenu  tr  (cf.  §  319  Rem.),  taeter^ 
taetra  :  taedet,   uter,  utris  'outre'  :  gr.  ûbpiâ  'pot  à  eau',  trîstis  : 

•  bplfiùç  'aigre,  irrité',  v.  si.  drqsulcû  'tristis*.  Voy.  en  dernier  lieu 
sur  ce  changement  Osthoff,  Et.  Par.  1,  162  sqq. 

/  et  r  de  d  §  229,  3.  U  de  dl  §  320,  3,  c.  Il  de  Id  §  321,  3. 
mm,  nn  de  dm,  dn;  tdn  de  g?i  §  320,  3,  b. 

Germanique. 

270  a.  En  germanique  toutes  les  séries  d'articulations  ont 
subi  an  changement.  L  -  e.  |>,  ^,  %;  et  ph,  thy  kh  sont  devenus  /*,  py  Xy 
qui  à  leur  tour  sont,  en  même  temps  que  i*-e.  «,  devenus  sonores 
(by  dy  j),  quand  la  voyelle  immédiatement  précédente  ne  portait 
pas  le  ton.  L-e.  bh,  dh,  gh  sont  devenus  5,  d,  j.  L-e.  &,  d,  g 
sont  devenus  py  f ,  k.  Ces  changements  sont  de  beaucoup  anté- 
> rieurs  à  Tépoque  chrétienne.    La  chronologie  en  reste  obscure: 


196  PHONÉTIQUB 

nu  seul  point  est  BÛr,  c'est  que  quand  b  est  devenu  p,  Tancieft 
p  était  déjà  altéré  '). 

A  répoque  de  la  séparation  des  dialectes  ces  résultats  ont 
subi  de  nouvelles  modifications;  assez  diverses. 

271.  A)  Les  mutations  consonantiques  du  ger> 
manique  commun. 

1)  fypj  X  provenant  de  i.-e.  j>,  f,  h  et  ph,  thy  kh  sauf  aprèa 
spirante.  x  *  perdu  son  caractère  fricatif .  a)  L  -  e.  p,  f ,  k.  Got. 
faïhu  'fortune,  biens',  v.  b.  a.  fihu  :  skr.  pdçu  T)étair.  Got.  haf- 
jauy  V.  h.  a.  heffen,  v.  isl.  hefia  'soulever'  :  lat.  capio.  Got paûr- 
nti8,  V.  isl.  porn  'épine'  :  skr.  tfna-m  'brin  d'herbe'.  Got.  hisy. 
V.  h.  a.  {h)iDeSy  v.  isl.  huess  :  gr.  xëo  'de  qui?'.  V.  h.  a.  refsen 
'injurier'  :  skr.  râpas-  'dommage\  Got.  hliftus  :  gr.  KXé7nT|ç. 
'voleur'.  Got.  toahsjan,  v.  h.  a.  toàhsan  'croître'  :  gr.  àélu)  *je 
grandis'.  Got.  raihts,  v.  h.  a.  reht  'droit'  :  gr.  ôpeicrôç  'étendu'.  — 
Devant  -s  de  i.-e.  ks-  (§  361,  1)  fc-  avait-il  disparu  avant  la  muta- 
tion des  sourdes,  ou  y  a-t-il  pris  part  ?  la  question  n'est  pas  claire.. 
b)  I.-e.  ph,  th,  kh.  V.  h.  a.  fallan  'tomber'  :  skr.  sphàl-  etc. 
(§  221,  2).  Got.  skapjariy  v.  h.  a.  skadon  faire  du  tort'  :  gr. 
à-aKTi0riç  'intact'.  Got.  hoha  m.  'charrue',  skr.  çdkha  etc.  (§  245,  2). 
Ags.  hwœly  V.  isl.  hualr  :  gr.  cpâXXti  'baleine'  etc.  (§  258,  1,  a). 

2)  p,  ty  k  de  i.-e.  p,  ty  k  et  ph,  thy  kh  après  spirantes. 
a)  I.-e.  py  ty  k,  Got.  spelwan,  v.  h.  a.  spîwany  v.  isl.  apyia  :  lit. 
spiâuti  'cracher'.  Got.  v.  h.  a.  ist  :  skr.  ds-ti  'il  est'.  Got.  skeinan, 
V.  h.  a.  scînan  'paraître'  :  gr.  (TkicI  'ombre'.  Got.  nahtSy  v.  b.  a. 
nahty  V.  isl.  nqtt  :  skr.  nàkti-s  'nuit',  b)  I.-e.  phy  thy  kh.  V.  h. a. 
span  'éclat  de  bois'  :  skr.  sphyà-a  etc.  (§219,  2).  Got.  las-t  'tu 
as  lu'  :  skr.  vét-tha  etc.  (§  223,  2).  Got.  skaidan,  v.  h.  a.  sceidan 
'séparer'  :  gr.  axH^  etc.  (§  234,  2). 

3)  88  provenant  de  i.-e.  ts.  V.  suéd.  v€L88  'roseau'  :  skr. 
tltsa-  'fontaine',  cf.  got.  toato  n.  'eau'.  V.  h.  a.  hros  'cheval*,  germ. 
comm.  *xT^^^'}  c^-  probablement  skr.  kûrda^ti  'il  saute'. 

8  provenant  de  88  après  voyelle  longue  et  devant  et  après 
consonne  (§  323  sqq.).     Got.  un-weis,  gén.  -weisis  'ignorant'^ 

1)  Sur  le  mode,  la  date  et  la  localigation  des  mutations  subies 
par  les  occlusives  indo-européennes,  voy.  en  dernier  lieu  H.  Meyer^ 
Z.  f.  d.  A 1 1  45,  101  sqq. 


OCCLUfilVBS  197 

T.  h.  a.  wis  'sage',  germ.  oomin.  *^U80'9  cf.  skr.  védoë-  'connais- 
sance'; cf.  got.  g€hwei8on  §  268,  2.  V.  h.  a.  Os  'nourritare',  de 
*ëts-,  cf.  lat.  ësca  etc.  (§  268,  2).  V.  h.  a.  too^cai»,  v.  isl.  vaska 
^laver',  cf.  got.  tcato.  Got.  hunsl,  v.  isL  hûsl  'sacrifice'^  de  *xU' 
untsl(h,  forme  primitive  *kf^^8l0'y  cf.  v.  prasa.  stoints,  v.  si.  sv^iû 
^saint'.  Ags.  for-molsnian  'devenir  poussière'  :  skr.  infisna- 
'poussière'. 

4)  8s  provenant  de  ts  de  i.  •  e.  t^i  sauf  devant  r.  s  de  ss 
comme  3).  V.  h.  a.  giwisso  adv.  'certes'  :  gr.  àioxoç  etc.  (§  264, 5). 
V.  h.  a.  muosa  'j'ai  du',  prêt,  faible  de  tnuoganj  v.  sax.  môtan 
Mevoir'.  Germ.  comm.  stVy  de  i.-e.  t'tr:  par  ex.  got,  blostreis 
'sacrifiant',  v.  h.  a.  Muostar  'sacrifice',  cf.  got.  blotan  'sacrifier'. 

5)  81-  provenant  de  skl-y  par  ex.  v.  h.  a.  slio^an,  v.  fris. 
sluta  'fermer'  :  cf.  lat.  claudo.  Peut-être  aussi  sn-j  sff-  provenant 
de  skn-,  sk^-j  v.  Noreen  A  b  r  iss  1 75  sq.,  Brngniann  G  r.  1  ^,  p.  703, 
ZupitzaGerm.  Gutt.49sq.,  DieterLant-u.  Formenl.  186sqq. 

6)  py  ty  k  de  i.-e.  h,  d,  g.  Got.  diupsy  v.  sax.  diop,  v.  isl. 
diûpr  'profond'  :  lit.  dubûs  'profond,  creux'.  Got.  titûian,  v.  sax. 
tiohan  'tirer',  v.  isl.  tiôa  'suffire'  :  lat.  dûco.  Got.  aàts,  v.  b.  a. 
4i8t  'branche'  :  gr.  ÔZioç,  i.-e.  *ozdo8.  Got.  v.  h.  a.  kniu  'genou'  : 
lat.  genu.  Le  passage  à  la  sourde  s'est  fait  après  que  d^dh  était 
devenu  zdh:  cf.  got.  gazdSy  v.  isl.  gaddr  'pointe',  cf.  lat.  hasta 
etc.  (§  269,  2,  b). 

Rem.  1.  I.-e.  dzh^  dadh^  dzgh,  gzh^  gzdh,  bzh  ont  passé  par 
ishj  tsth,  tskhj  kêhy  Jcsth,  psh,  et  sont  devenus  se,  st,  sk  (3),  x'y  x^t^ 
fs  (1,  a).  Got.  'hû8y  Y,  h.  a.  hû9,  v.  isl.  hûs  'maison^,  de  *kudzhO', 
c-à-d.  *kûdh-8o-,  et  ags.  k^dan,  gr.  KCùOctv  'cacher*;  got.  anabitsns 
'ordre',  de  ^bhudzh-m-,  cf.  -biudan,  EL  bheudh-,  V.  h.  a.  gan-eista 
^étincelles'  :  lat.  aestus,  de  "^aidzdh-  (§  269,  2,  b).  Suèd.  rose  'rouille' 
de  ^rudzgho-y  c-à-d.  ^rudàs-ko-y  cf.  v.  h.  a.  rost,  de  ^mdzdho-  c.-à-d. 
^rud?i8'to-f  cf.  lat.  rtibor.  Ags.  miox,  meox  'engrais',  germ.  comm. 
*mî/«o-,  de  *fni§zho-^  c-à-d.  ^tnigksO';  got.  maihstus  'fumier',  de 
^miffzdhii-,  c-à-d.  *mi§h8-tvrt  cf.  ags.  mijan  'mingere',  R.  meigh-. 
V.  h.  a.  wafsa,  tœfsa^  ags.  wœfs  'guôpe',  R.  ^ebh-  'tisser',  cf.  zd 
vawiaka-  'araignée'. 

7)  ^}  ^9  J  provenant  de  i.-e.  &A,  dhy  gh  et  de  germ.  comm. 
fyp,  xW  àann  les  cas  où  la  voyelle  précédente  n'avait  pas  le 
ton,  et  où  ils  n'étaient  pas  suivis  immédiatement  de  t,  s  (loi  de 
Veroer,  voj.  KZ.  23,  97  sqq.).    b,  d,  j  apparaissent  dans  les 


198  PBOKÉTIQUB 

dialectes  germaniques,  sur  des  domaines  divers,  altérés  en  b,  dj  g^ 
mbf  nd,  f9g,  étaient  sans  doute  déjà  germaniques  communs,  peut- 
être  aussi  &•,  dr  (initiaux),  a)  I.*e.M^  dh,  gh.  Got.  bairay  v.  h. a. 
biru,  y.  isl.  ber  :  skr.  bMr ami 'iero\  Got.  k(dbo,  v.  h.  a.  Jcalba 
'génisse'  :  skr.  gdrbha-s  'petit  d'un  animal'.  V.  h.  a.  Jcambj  v.  isi. 
Tcambr  'peigne'  :  skr.  jdmbhora  'dent*.  Got.  daûr^  v.  sax.  dor- 
'porte',  V.  isl.  dyrr  pi.  'portes'  :  gr.  Gûpai  'porte'.  Got.  -biudan,. 
ags.  béodan  'demander*  :  skr.  bâdha-U  'il  remarque',  R.  bkeudh-. 
Got.  V.  sax.  bindanj  v.  isl.  binda  'lier'  :  skr.  bândhana-m  'action 
.de  lier',  R.  bhendh-,  Got.  gasts^  v.  h.  a.  gmt^  ags.  jiest,  jysty 
V.  irl,  gestr  'hôte'  :  lat.  hostis,  V.  h.  a.  margy  ags.  mearj,  v.  isl. 
mergr  :  y.  si.  mozgû  'moelle'.  Got.  aggwuSy  y.  h.  a.  engif  v.  isl. 
qngr  'étroit'  :  gr.  Stx^  *J6  serre',  b)  I.-e.  p,  ty  Je.  Got.  fadar, 
V.  sax.  fadeTy  y.  isl.  fadevy  germ.  comm.  *fàpéT'  :  %)Lr,pUdr  'père'. 
Got.  fra-vûardja  'j'altère'  :  skr.  vartdya-ti  'il  fait  tourner'.  Got.^ 
y.  sax.  hundy  y.  isl.  hund-rad  'cent'  :  skr.  çcUd-ni,  Got.  bairada  : 
skr.  bhdra-te  'fertur'.  V.  h.  a.  swigar  :  skr.  çvaçrûr  'belle-mère'. 
V.  h.  a.,  y.  sax.  liwi  'qu'il  prêtât'  (te  =  j^  §  258,  1,  b,  P),  cf.  got.. 
lei/tan  :  skr.  riricyâ-ty  R.  leiq}h  'laisser'.  Got.  juggSy  y.  h.  a.  tung^ 
y.  isl.  ungr  'jeune',  de  *iu[^]ui0x^'  •  s^^r.  ^uroçd-^.  c)  I.-e.  th, 
par  ex.  dans  y.  isl.  mçndtdl  'moulinet'  :  skr.  mântha-ti  elc». 
(§  232,  2).    Pour  pA,  X:A  on  n'a  que  des  exemples  douteux. 

Rem.  2.  Quand  dans  un  même  système  morphologique,  par- 
suite  de  la  différence  de  place  du  ton  indo-européen  les  formes 
phonétiques  1)  et  7)  coexistent,  on  appelle  cela  ^'alternance  gram- 
maticale*.  Par  ex.  got.  jûhiza  :  juggs,  fra-wairpan  :  fra-wardjan^ 
filhan  :  fiUgins,  v.  h.  a.  zïhUy  zèh  :  zigum,  gi-zigan.  Dans  la  conju- 
gaison verbale  vivante,  le  gotique  écarte  régulièrement  ralternance 
grammaticale,  par  ex.  gchteiha^  -taihy  -taihum^  -taihanê,  en  regard  de- 
V.  h.  a.  zîhu  etc. 

8)  bb,  dd,  gg,  représentent  deyant  voyelle  tonique  6w,  rfw, 
jw  =  i.-e.  bhn,  dUn,  ghn  (7,  a)  et  =  i.-e,  jp»,  tn^  kn  (7,  b)  et  aussi, 
i.-e.  bn,  d«,  gn.  66,  ddy  gg  deyiennent  pjp,  tt,  Jck  (cf.  6)  dès 
répoque  du  germanique  commun.  Après  consonne  et  voyelle 
longue  ces  groupes  se  simplifient  (§  324.  325).  V.  h.  a.  kropf 
'jabot',  y.  isl.  kroppr  'tronc',  de  ^gUrbUn-  :  gr.  Ppéqpoç  etc.. 
(§256,  1,  c).  V.  h»  a.  snizzûri  'sculpteur  en  bois',  de  ^anitn-y  cf. 
got.  sneipan  'couper'.  M.  h.  a.  stutzen  'pousser,  jeter'»  de  *8tudn'y. 


^OCCLUSIVES  199 

cf.  got.  st autan  'pousser-  Ags.  steortj  v.  h.  a.  sterz  'qaeae',  de 
*8terdTin-  (*8terthn'?)  :  gr.  aiôpOii  'corne*.  V.  h.  a.  zocchôn 
'tirailler',  zucchen  Vemuer  brusquement';  de  ^dukn-j  cf.  got.  tiuhan 
'tirer*.  V.  sax.  loJcôn  'regarder',  cf.  v.  h.  a.  luogèn  'regarder,  épier'. 
Cf.  §315. 

9)  Chute  de  la  dentale  entre  n  et  n,  m,  i*.  V.  h.  a.  sinnan 
'voyager*,  de  ^sentn-,  cf.  got.  sinps  'chemin*  (cf.  Zupitza  BB  25, 94). 
y.  h.  a.  hunno  'centurie*,  cf.  hunt  'centum'  ;  en  germanique  com- 
mun on  avait  sans  doute  nom.  *hundô,  gén.  etc.  *hun[t]-n'  (cf. 
Kôgel  PBS.  Beitr.  16,  514).  Got.  tigum  'decadibus*,  de 
*féjtt«m-,  ^deicrpt-m-,  cf.  skr.  instr.  pi.  daçàd-hkis.  Got.  sunjis 
'vrai',  de  *snt-iO'  :  skr.  salyd-s  ^réel*. 

.  10)  sk  de  i.-  e.  ksk^  par  ex.  v.  h.  a.  forsca  'recherche*  =  i.-e. 
*prk'8k(h)a'y  cf.  skr.  jjrccAd-rt,  lat.^o^co,  ^.prek-  cf.  got.  fraihnan 
etc.  (§215,2,  b,  p.  154). 

Il  issu  de  dlj  §  230,  4,  c. 

272.  B)  Modifications  propres  au  gotique. 

1)  Germ.  comm.  x»  dont  le  caractère  fricatif  s'est  déjà 
atténué  à  Tépoque  du  germanique  commun,  est  en  gotique  partout 
devenu  h,  réduit  à  un  souffle  à  l'initiale  devant  voyelle. 

2)  Germ.  comm.  5,  d,  5  sont  représentés  par  des  phonèmes 
notés  bf  dy  g.  Après  consonne  c'étaient  probablement  des  occlu- 
sives, b,  d,  g  (sauf  rb,  Ib)^  mais  après  voyelle  des  spirantes  b, 
d,  j.    La  prononciation  à  l'initiale  était  dans  doute  aussi  b,  d, 

mais  celle  de  g  initial  est  tout  à  fait  incertaine.    Cf.  §  271,  7. 

Rem.  1.  La  proDonciation  5,  d  après  voyelle  est  attestée  par 
le  passage  à  f,  />,  en  fin  de  mot  ou  devant  s  ;  par  ex.  gif  'donne 
en  regard  de  giban;  ace.  hlaif,  nom.  hlaifs  'pain'  en  regard  de  gén. 
hlaibis;  liuhap  'lumière^  en  regard  de  gén.  liuhadis\  cf.  par  contre 
lamb  'agneau',  hund  'cent',  gards  'cour*,  huzd  'trésor'.  En  regard 
du  gén.  wigis  on  a  ace.  wig^  nom.  wigsi  probablement  ou  pronon- 
çait wix*  tvixs,  mais  x  n'était  par  un  h,  puisque  h  n*avait  qu'un  son 
spirant  faible.  Cf.  Gr.  1^,  p.  708 sq.,  Streitberg  Got.  Elem.  26  sq., 
Kock  KZ.  36,  571  sqq. 

Rem.  2.  Pour  le  rapport  d  :p  etc.  dans  des  cas  tels  que  got. 
wratodtis  :  gabaûrjopus^  v.  §  334,  5. 

273.  C)  Modifications  propres  au  haut-allemand 
(respectivement  an  germanique  occidental). 

1)  Germ.  comm.,  germ.  occid.  comm.  p^  ty  k  deviennent 


200  PHONÉTIQUE 

en  haut  allemand,  a)  A  Tinitiale,  après  consonne  et  en  géminadon 
(§271,  8.  315)  pf  (écrit  pf,  ph),  tj  (écrit  le  pins  souvent  z\  Jcx 
(éerit  kh,  ch);  cependant  Jcx  est  restreint  an  haut-allemand  (ober- 
deutsch);  pf  ne  se  trouve  en  franconien  du  Rhin  qu'après  r,  2;  an 
IX®  siècle  rpff  Ipf  sont  devenus  r/*,  If,  V.  h.  a,  pflegany  plegan  : 
V.  ssx. plegan  'labourer*,  hélpfan,  helphan,  hélfan  :  v.  sax.  helpan 
'aider*.  Jcropf  'jabot*  :  v.  isl.  kroppr.  skeppheuy  skepherij  skeppen 
:  y.  sax.  akeppian,  got.  -skapjan  'créer*,  ziohan  :  y.  sax.  tiohan 
'tirer*,  herza  :  v.  sax.  herta  'cœur*,  sezzen  :  y.  sax.  settian^ 
got.  satjan  'placer*,  khom,  chorn,  kom  :  y.  sax.  korn  'grain*. 
toerch,  toerk  :  y.  sax.  toerk  'ouyrage*.  p^  t,  k  subsistent  partout 
après  spirante,  par  ex.  spîwan  :  y.  sax.  spltvan  'cracher*;  naht 
:  y.  sax.  naht  'nuit*;  de  même  pour  tr,  ainsi  triuwa  :  y.  sax. 
^rattu^a  'fidélité*,  tointre,  dat.  de  tvintar  :  y.  sax.  wintar^  got. 
tointrus  'hiver*.  —  b)  Après  yoyelle  ils  deviennent  /f,  ^^,  AA, 
d'où  sortent;  d'abord  en  fin  demot,  et  plus  tard  après  yoyelle  longue 
f,  5,  h  (cf.  §  33,  A,  9  et  10).  slaf,  gén.  slaffes  :  néerl.  slap 
'flasque*;  slaffan,  slaf  an  :  y.  sax.  slapan  'dormir*,  wi^^an,  voei^ 
v.  sax.  toitan  'savoir*,  toët  'je  sais*.  Zrtjjaw,  la^an  :  y.  sax.  lûian 
'laisser*,  dàh^  gén.  dahhes  :  ags.  dœc  'toit*.  Ici  encore  tr-  (-ttr- 
§  315)  fait  exception,  ainsi  bittres,  gén.  de  bittar  :  y.  sax.  bittar, 
y.  isl.  bitr  'amer'. 

2)  Germ.  comm.  fpt  %,  h.  a)  f  initial  devient  en  haut-alle- 
mand une  spirante  faible  sourde  (v),  ex.hof  gén.  hoves  'cour*,  b)^ 
{th)  devient  h.  a.  d  {thy  dh)  qui  devient  à  son  tour  d  (d'abord  en 
bavarois  au  VHP  siècle)  :  tha^,  dAaj,  da^  :  v.  sax.  that,  got  pata 
'cela*.  —  e)  'pi-  apparaît  comme  v.  h.  a.  et  v.  sax.  -AZ-  {-hal  §  350, 1), 
par  ex.  mahaly  gén.  mahles  'réunion,  tribunal*  :  ags.  mœdl,  got. 
mapl.  d)  X  reste  en  haut-allemand  spirant  devant  consonne  et  à 
la  finale,  par  ex.  naht,  nacht  :  got.  nahts  'nuit*,  noh,  noch  :  got. 
naûh  'encore*.  —  e)  x  tombe  en  haut-allemand  deyant  s  +  con- 
sonne, par  ex.  mist  :  got.  maihstus  'fumier*;  toasmo  'croissance*,  cf. 
wdhsan.  C'est  à  l'analogie  qu'il  faut  attribuer  wahamo  (d'après 
wahsan),  sehsto  (d'après  sehs)  etc.  f  )  h-  devant  n,  r,  Z,  w  tombe 
au  VIII®  siècle,  d'abord  en  haut  allemand,  par  ex.  (h)mgan  'se 
pencher',  {h)reini  'pur*,  {h)lo8ën  'écouter',  (A)M7aj  'quoi'. 

3)  Germ.  comm.  &,  d,  j  donnent  a)  en  germanique  occiden- 


OCCLUSIVBS  201 

tal  commaiiy  des  occlusives,  après  nasale,  par  ex.  v.  h.  a.  kambj 
bindan^  engiy  et  peut-être  aussi  pour  b  et  d,k  Tinitiale,  par  ex.  t.  h.  a. 
berany  d(Ater;  v.  §  271,  7.  —  b)  (f  en  même  temps  devient  d  dans 
tous  les  autres  groupes  :  v.  h.  a.,  v.  sax.  biodan,  ags.  béodan  :  got. 
'biudan  (d),  v.  isl.  biôda  'offrir'.  V.  h.  a.  d  subsiste  pour  la  plus 
grande  part  en  moyen  franconien  et  franconien  du  EhiU;  ailleurs  il 
passe  à  t^  ainsi  :  bintan,  tohtery  biotan,  piotan  =  m.  franc,  franc, 
du  Rhin  et  ags.  bindatij  dohter,  biodan.  —  e)  Les  autres  ft, 
j  du  germanique  occidental  commun  deviennent  pour  la  plupart 
en  toute  position  des  occlusives.  Ce  changement  est  sûr  partout 
où  on  écrit  k  p,  (c)  comme  en  haut  allemand  Tcepan,  selpo,  ouca. 
Dans  le  détail  il  reste  bien  des  obscurités,  parce  que  les  signes 
i,  g  représentent  peut-être  8,  j.  Cf.  Gr.  1  *  p.  713  sq..  Dicter  Lau  t- 
und  Formenl.  323  sqq.  —  d)  En  germanique  occidental  com- 
mun ft,  dj  j  géminés  deviennent  occlusifs  (§  315),  v.  h.  a.  sibba, 
sippuy  V.  sax.  sibbia  :  got.  «ift/a 'parenté';  v.  b.  a*  bitten,  v.  sax. 
biddian  :  got.  bidjan  'demander';  v.  h.  a.  huggen,  hukkany  v.  sax. 
huggian  :  got.  hugjan  'penser'. 

Slave. 

274.  Dans  Tensemble  les  sourdes  indo-européennes  sont 
restées  intactes  ;  ainsi  v.  si.  plûnû = lit.  pïlnas,  skr .  purnâ-s  'plein'; 
de  même  pour  les  sonores  :  ainsi  v.  si.  dva  =  lit.  dû,  véd.  dvâ 
'deux'.  Par  contre  les  sourdes  et  sonores  aspirées  indo- européennes 
ont  perdu  en  balto-slave  commun  leur  A,  et  se  sont  ainsi  confondues 
avec  les  deux  antres  séries,  ainsi  v.  si.  m^tq  je  brouille',  lit. 
mentûrè  'moulinet'  :  skr.  màntha-ti  'il  remue';  v.  si.  déti,  lit.  dëti  : 
skr.  dha-  'poser,  placer'. 

275.  Modifications  postérieures.  1)  Balto-slave  ^« 
devient  ss,  puis  s  ;  le  degré  s  a  été  sans  doute  atteint  plus  tôt 
après  consonne  et  à  la  panse  qu'entre  voyelles  (§  323  sqq.). 
a)  V.  si.  jaste  'vous  avez  mangé',  lit.  este  'vous  mangerez',  de 
*ëtS'tey  R.  ed'  (§  228,  2).  éism^f  éislo  'compte',  cf.  éïtq  'je 
compte',  mqsil,  aor.  sigmat.  de  rn^tq  'je  brouille'.  Part. 
vezy,  lit.  vezâ^  :  skr.  vdhan  Vebens',  de  *ueghont'8.  —  b)  jasû 
'je  mangeai,  lit.  ésime  'nous  mangerons'  de  *èt8-,  R.  ed-,  bru- 
selû  'tesson',  de  *bhrut8;  cf.  isl.  briota  'briser*.    2)  Balto-slave 


202  PHONÉTIQUE 

j8t  provenani  de  tH.  V.  si.  vrîstî  'situation,  état',  lit.  virsti  'fie 
transformer*  :  skr.  vrîti-s  'action  de  rouler,  activité*,  jeistû  *il 
mange',  lit.  ést{i)  'il  mange'  (en  parlant  d'nn  animal)  :  skr.  âtti,  fi. 
£d'.  3)  Les  lois  indo-européennes  exposées  §  261, 1  et  2  ont  con- 
tinué d'agir,  particulièrement  après  la  chute  del,  û.  Par  ex. 
V.  si.  lékTcyjl  pour  lîgûkyjî  'léger',  opéteno-éitîcî  'koivôPioç'  pour 
obîéteno',  slov.  gde  =  v.  si.  kûde  'où'.  4)  sn  pour  skn  :  v.  si.  pies- 

nqti  pour  *ples1cnqti  en  regard  de  pleskati  'claquer'. 

Assimilation  en  slave  commun  d'occlusives  à  une  consonne 
suivante,  par  ex.  t  de  pt^  n  de  bn,  v.  §  320,  3. 

Fricatives. 

Â.  Sifflantes. 
Epoque  indo-européenne. 

276.  L'indo-européen  avait  s  et  sh  (sourds),  z  et  zh  (sonores). 
shf  z^  zh,  qui  ne  se  présentaient  qu'unis  à  des  occlusives,  étaient 
d'origine  secondaire,  par  ex.  zd  pour  sdj  comme  bd  pour  pd 
(§261, 2),  tsh,  dzh  pour  thsy  dTiSy  comme  ^^A,  bdh  pour  pht,  bht 
(§261,4). 

1)  8.  —  *8eptrp  'sept'  :  skr.  saptâ,  gr.  éirrà,  lat.  septetHy 
V.  isl.  secht  n-,  got.  sibun,  lit.  septynïy  v.  si.  sedmï,  fi.  sta-  'se  tenir 
debout'  :  skr.  stUhi-Sj  gr.  ajàGiç  'l'action  de  se  tenir  debout,  posi- 
tion', arm.  stanam  'je  possède',  lat.  statio,  got.  staps  'lieu',  lit. 
sténos,  V.  si.  stanû  'état'.  R.  if^es-  'vêtir'  :  skr.  vds-te  *il  revêt*,  arm. 
z-gesty  gr.  ècrOrjç  'habit',  alb.ri^em'je  m'habille',  lat.  vestis,  got.ga- 
tvasjan 's' habiller',  fi.  dhers-  'oser'  :  skr.  dhdrsa  ti 'il  ose',  gr.Oàpaoç 
'courage',  got.ga-dars  'j'ose',  lit.  drq«à« 'courageux'. — Morphème 
nominal  -es-  :  gén.  sg.  skr.  jdnasasj  gr.  t^v€-oç,  lat.  gener-is  'de 
la  race',  v.  si.  nebes-e  'du  ciel',  got.  riqiza-  n.  'obscurité'.  Mor- 
phème de  nominatif  -s  :  skr.  vfka-Sj  gr.  Xukoç,  lat.  lupus,  got. 
wulfs,  lit.  vilkas  'loup',  gaul.  tarvos  'taureau'.  2)  2.  —  *ni'ZdO' 
'lieu  d'établissement'  (fi.  sed-  'sedere')  :  skr.  niçld-s  'lieu  de  repos', 
arm.  nist  'place',  lat.  nidus^  v.  h.  a.  nest  'nid'.  Skr.  hécUhs 
'colère*,  zd  zôlédista-  'le  plus  odieux',  v.  h.  a.  geist  'esprit', 
lit.  i-zaizdus  'nuisible',  élargissement  avec  d  de  R.  gheis-  cf. 
got.  us-gaisjan  'mettre  hors  de  soi',  mezg'  'plonger'  :  skr.  mdj- 
ja-ti  'il  plonge',  madgus  'sorte  d'oiseau  aquatique',  lat.  mergOf 


FRICATIVES  203- 

lit.  mazgôti  'laver'.  Cas  en  hh-  des  radicanx  en  a  :  skr.  uadd-bhis 
de  usas-  'aurore',  zd  sna^ôîibya  de  snaWê  'arme  offensive',  gr. 
épëp€<T-q)i  de  fpepoç  n.  'obscurité*.  *z-dhi  'sois'  de  es-  'esse'  :  gâth. 
zdî,  gr.  laOï.  3)  sh  ne  se  rétablit  que  pour  un  petit  nombre  de 
formes  primitives,  par  ex.  pour  Taoriste  sigmatique  v.  si.  m^sûf  de 
m^tqy  R.  menth'  (§  232,  2.  274).  Nous  faisons  abstraction  du^ 
développement  postérieur  de  sh  dans  les  langues  particulières.. 
4)  zh.  —  Skr.  psa-ti  'il  mâche',  gr.  ipujuj  'je  broie',  de  *bzhO;  cf. 
skr.  bd'bhas'ti  (3*  pi.  bâ-ps-ati).  Skr.  d-vûksl-t  'vexit',  zd 
uZ'vaéa-t  'il  emmena',  lat.  vèxî,  v.  si.  vésû  'vexi',  i.-e.  *^ë§zh',  de 
R.  ^egh'  'vehere'. 

Rem.  1.  «provenant  dex^devantcoDsonueetàlapause,  v.§323. 

Rem.  2.  sr  après  voyelle  longue  paraît  être  devenu  r:  lat. 
rér,  V.  isl.  vâr  'printemps',  de  ^^tès-r-,  cf.  gr.  ^ap  =  *F€aap.  V.  Gr.  1*, 
p.  728,  Hirt  Ablaut  134,  IF.  12,  210. 

Rem.  3.  Dans  les  mots  qui  commencent  par  «  +  consonne  il 
arrive  fréquemment,  et  le  plus  souvent  dans  plusieurs  groupes  de 
langues  à  la  fois,  que  cet  s  manque,  sans  qu'on  ait  le  droit  d'y  voir 
une  chute  de  Vs  propre  à  chaque  langue.  Ainsi  skr.  sthagana-m 
'action  de  cacher',  gr.  ot^toç,  lit.  stdgas  *toit',  v.  si.  o-stegû  *toga*  :: 
gr.  Tétoç  'toit',  lat.  tegOj  toga,  v.  \sL  Pak  'toit';  hom.  d-XXiiKToç  'inces- 
sant', V.  h.  a.  slah  'mou,  flasque'  :  skr.  langa-a  'paralytique*,  v.  irl. 
lace  'mou,  faible',  v.  h.  a.  lenka  la  main  gauche';  zd  xêvaêwayant' 
'brandissant'  (indo-ir.  *àuaib-\  v.  h.  a.  inceibôn  'planer'  :  skr.  vépa-te 
'il  tremble',  lat.  vibro^  v.  h.  a.  weibôn  'planer',  uHpf  'élan*.  Ce  chan- 
gement dépend  sans  doute  de  facteurs  très  divers.  Peut-être  la 
chute  de  s  ressortit-elle  en  partie  de  la  phonétique  syntactique,  tandis- 
qu'elle  viendrait  ailleurs  d'une  dissimilation  régressive  à  distance 
(ainsi  v.  isl.  prQstr  :  lit.  strâzdas  'grive',  cf.  §  336,  5,  a,  P);  enfin 
l'analogie  de  mots  de  sens  voisin  ou  de  son  semblable  a  pu  faire 
rétablir  ou  faire  tomber  cet  s.  Il  n'est  pas  impossible  non  plus  que 
8  représente  en  certains  cas  un  préfixe,  mais  qui  était  déjà  devenu 
presque  aussi  obscur  à  la  conscience  dès  l'indo-européen  que  main- 
tenant les  préfixes  dans  fr.  brouette^  coudre^  cueillir^  respect^  remuer. 
Un  certain  nombre  do  cas  nous  attestent  directement  l'origine 
récente  de  *,  par  ex.  skr.  skar-  =  kar-  'faire'.  Cf.  Gr.  1*,  p.  725  sqq.,, 
Johansson  PB8.  Beitr.  14,  291,  Ehrisman  ibid.  20,  46  sqq.,  Zubaty 
Ber.  d.  bôhm.  G.  d.  W.  1895  n.  XVI,  Blatt  Eos  7,  6  sqq.,  Siebs  KZ. 
37,  277  sqq. 

Rem.  4.    Peut  être  la  chute  due  à  la  dissimilation  de  8  dans, 
skr.  ta-sthaû  etc.  a-t-elle  commencé  à  se  produire  dès  l'époque  indo- 
européenne.  V.  §  336^  5»  a,  ^. 


204  PHONÉTIQUE 

Sanskrit. 

277.  8  est  dans  la  plupart  des  cas  resté  intact  en  sanskrit, 
ex.  :  as  H  :  zd  asti,  v.  pers,  asUy,  gr.  ?<tti  'est',  etc.  Par  contre 
2,  sh,  zh  ont  été  altérés  profondément  dès  Tépoqne  préhistorique. 

278.  Indo-ir.  ê,  £,  zh  proviennent  de  s,  z,  zh  après  les 
voyelles  i-  et  w-,  après  les  liquides  et  les  occlusives  palatales  et 
vélaires  indo-européennes.    En  skr.  éy  f,  éh  ont  continué  jnsqa'à 
s,  é,  éh  et  ainsi  zd(h)j  zbh  se  sont  confondus  avec  i.  -e.  §d{h)y  §hh 
(§  241).  l)  Après  i,  u.  ti-stha-ti  :  zd  hiëtaHi  'il  se  tient',  v.  pers. 
a-HStata  'il  se  tint',  gr.ïaTTiiuii,  \dX,sistOy  R.^ftf- 'se  tenir  (debout)*. 
pâtis  :  zd  paHië  'maître',  gr.  iréaiç,  lat.  hostis.    Véd.  divi  sfha 
'vous  êtes  au  ciel'  (§  355,  I).  justd-s  :  zd  -zuStô  'aimé';  jésa-s  : 
zd  zaosô  'agrément',  lat.  gtistus.  —  çlbh  provenant  de  ébh  (cf. 
dbh  de  zbh,  §  283,  2)  :  par  ex.  dvidbhisy  instr.  pi.  de  dvis-  *qni 
hait'  :  cf.  zd  sna'âiébya  (§  276,2);  sur  havirbhis  etc.,  §354,  II,  16. 
—  f  dans  é^{h)  est  tombé  en  même  temps  que  t,  u  s'allongeaient 
(§  311).  hédas  :  zd  zoiàdista-,  nîdds  :  v.  h.  a.  nest  'nid'(§  276, 2). 
pl^aya-ti  'il  presse,  il  écrase',  de  i.-e.  [e]pi  zd-  's'asseoir  sur* 
(§  213,  1,  f,  P).  du^dç'  'impie'  :  cf.  zd  dué-dd  'qui  a  de  mauvaises 
pensées'.  L'analogie  a  créé  des  formes  comme  dviçiçlhi  povLT*dmdhi 
imp.  de  dvis-  'haïr*  (Gr.  1  *,  p.  736).  —  2)  ^  après  liquide,  dhàrsa-ti 
'il  ose'  :  zd  darëi-ë  'violent',  v.  pers.  a-d(a)rënauë  'il  osait',  gr. 
Oàpaoç  etc.  (§  276, 1).    pitr-svasar-  'sœur  du  père*,  cf.  svdsar- 
'sœur'.  —  3)  Indo-ir.  probablement  x^t  7^^  =  skr.  ks,  les,  iran.  ë, 
i;  de  i.-e.  les,  gzh,  v.  §  242.  263, 3.  —  4)  Indoir.  M,  griA  =  skr. 
À:^,  ks,  iran.  xë,  yé,  de  i.-e.  qs,  qUs,  gzh,  gUzh.  bhaksa-ti  'il  jouit 
de'  :  zd  baxëaHi  'il  partage'  cf.  skr.  bhdga-s,  gr.  qpaTcîv  (§  252, 1,  c). 
vaksyàmi  :  zd  vaxëya  'je  dirai',  cf.  skr.  vâcas-y  gr.  Jttoç,  R.  f^eqU-, 
ddksu's  'brûlant',  de  *dhegUzhu'S,  R.  dhegUh-  (§  263,  3). 

Rem.  1.  L'analogie  a  étendu  s  dès  rindo-iranien  commun  en 
dehors  de  son  domaine  propre;  ainsi  skr.  3^  p.  pi.  pim^dnti  pour 
*piin8dnti,  3®  p.  sg.  pind^fi  pour  *pind8ti  d'après  pif-  ('broyer*)  dans 
pi^à'S  etc.;  prêt,  ny-à^adat  d'après  ni-^ad-  ('s'asseoir'),  ava-ffambh- 
('étayer')  d'après  vi-ffambh-.  Inversement  si-sicur  pour  si-ficur  3«  p. 
pi.  parf.  de  sincd-ti  'il  déverse',  fk-sama-  pour  fk-çama-  'semblable 
au  fc*  etc.    V.  Gr.  1«  p.  729  sq.,  Bartholomae  ZDMG.  50,  719  sq. 

Rem.  2.  A  indo-ir.  ék  répoud  é'k'  {ëk')  devant  voyelle  pala- 
tale (§  252,  2.  259,  2).    De  là  skr.  çc,  zd  ëâ,    vrçcdti  'il  déchire*  en 


FRICATIVES  205- 

regard  de  -vraska-,    duç-cyavand'S  'difficile  à  ébranler'  en  regard 
de  duf'kft'  :  zd  duH-èiêra-^    Cf.  §  280. 

Rem.  3.  Skr.  sr  de  çr  par  dissimilation,  v.  §  819  Rem.  Skr. 
^  de  «  par  assimilation  à  distance,  v.  §  332. 

279.  Indo'îr.  probablement  ééih)  =  skr.  cch  {ch\  iran.  «,  de 

i.-e.  siciji),  par  ex.  gâccha-ti  :  yAjasaHi,  V.  §  240. 
Skr.  ç  de  «  par  assimilation  à  distance,  §  332. 

280.  Indo-ir.  8Jc=BkT.  çc,  zd  se,  v.  pers.  se  d'un  indo-ir.  plas 
ancien  sJt;  et  indo-ir.  i^=skr.  *<ïg',  à  Tépoque  historique  j)',  de 
indo-ir.  zg'  (§  252,  2.  259,  2),  par  ex.  kàç-cid  :  zd  Jcas-éit,  v.  pers. 
kaà-éiy  'quelqu'un';  prés,  à  redoubl.  «4-çca-^i 'seqnitur'  en  regard 
de  si-sak'ti,  R.  se^h  ;  mdjja-ti  'il  plonge',  R.  wie^g-  (§  276,  2). 
Cf.  §  278,  Rem.  2. 

281.  A  la  même  époque  que  le  passage  sanskrit  de  yàh,  g£h 
à  ks,  kf  (§  278  c  et  d)  se  place  celui  de  bzh^  dzh  kpa,  ts.  Pour 
les  exemples,  v.  §  263,  3. 

282.  Les  sifflantes  et  chuintantes  sont  tombées  en  sanskrit 
entre  occlusives.  1)  s,  z.  —  alipta  pour  *a4ip8-ta  3*  sg.  en 
regard  de  a-lips-ata  3®  pi.  moy.  de  Taor.  sigm.  de  limpâ-ti  'il  oint'. 
achanta^  achanttay  de  ^-ts-ta  2®  pi.  en  regard  de  a-chants^r 
3*  pi.  de  Taor.  sigm.  de  chanda-ti  *il  paraît',  uttha-  'se  lever', 
de  ^ut-stMy  cf.  gr.  ùcJTdç  'pied  de  vigne*  (Osthoff  IF.  8,  6). 
babdhàm  pour  *hàbzdhâm  3®  du.  imp.  de  bd-bhos-ti  (§  261,  4). 
2)  s,  i.  —  dbhakta  3*  sg.  en  regard  de  d-bhaks-i  1"  sg.  moy.  de 
Taor.  sigm.  de  bhâja-ti  'il  partage'  :  gâth.  baxëta  'il  prit  part'. 
a-gdha-g  'non  mangé',  pour  *-gridAa-,  de  ghas-  'manger'  (§  261, 4). 
Cf.  skr.  sfy  {é)d{K)  de  indo.-îr.  xët,  yid{h)  :  aprasfa  moy.  de 
â'prûksî't  aor.  sigm.  de  praç-  'interroger';  sôçlaça  '16'  de  *8aé- 
daçoy  de  *8e§z-d'  (§  241,  6). 

Skr.  rt=iran.  ^,  de  i.-e.  tH,  par  ex.  8attd'8  (§  261,  3). 

288.  Indien  commun  z.  1)  I.-e.  zd{h)  se  confond  eu 
inde-iranien  avec  i.-e.  d*d(A),  v.  §  262,  1.  azd{h)  devient  en  skr. 
edijk),  azd{h)  devient  ad{h).  sedyâ-t  :  zd  hazdya-t,  opt.  parf. 
de  R.  sed-  's'asseoir*,  adhve  'vous  êtes  assis'  de  *az-dAvej  gL 
3"  sg.  ds'te.  —  2)  zg{h),  zb{h)  sont  devenus  dg(A),  db{h)  cf. 
dhh  de  £bh  §  278,  1).  madgû-s,  cf.  mdjjati  (§  276,  2.  280). 
usddbhis,  madbhù  instr.  pi.  de  U8â8'  'aurore',  mâs-  'mois'.  — 
Sur  mdno'bhis  pour  *mànadbhi8  etc.  §  354,  II,  12. 


206  PHONÉTIQUE 

Grec. 

284.  I.-e.  zh  (après  sonore)  est  devenu  s,  probablement  en 
passant  par  sh  (cf.  bh  devenant  |?A  etc.  §  263*),  par  ex.  ijiiouj  = 
i,-e.  *bzhô'  (§  276,  4).  Ainsi  il  n'est  parvenu  à  la  grécité  bîstori- 
qae  que  s  et  z,  par  ex.  dans  èart  et  irpéapuç,  c.-à.-d.  irpézpuç. 

285.  Gr.  comni.  s  a  été  conservé  dans  les  cas  suivants, 
soit  dans  tous  les  dialectes,  soit  dans  un  certain  nombre  d'entre  eux. 

1)  En  groupe  avec  des  occlusives  sourdes.    îia-Tai  :  skr. 

â8-te'ï\  est  assis',    ayixhxi  *je  fends*  :  lat.  scindo,  i.-e.  sîchid- 

(§  234,  2).    ëpipu)  fut.  de  ?p7TU)  'serpd*  :  skr.  srapsya-ti,  sarpsya-ti. 

ôEujv  :  skr.  dksa-s,  lat.  axis,  v.  si.  osî  'essieu*,   iroaaî  (îroai)  :  skr. 

patsû  'in  pedibus*. 

Crét.  TT,  Z,  béot.  tt  provenant  de  ra  §  264,  4.  Dial.  tt,  kk  de 
ax,  <jk;  tG  de  aQ  §  320,  4,  d.    Gr.  comm.  a  de  Ta  §  264,  4. 

2)  Grec  préhistorique  ss  après  voyelle  est  resté  aa  dans  la 
plupart  des  dialectes,  par  ex.  hom.  Kecraa,  aor.  sigm.  de  2€[cr]u)  'je 
bouillonne*,  R.jes-.  Att.  toujours  a  :  Keaa  (cf.  §  328).  Est  com- 
mun à  tous  les  dialectes  a  provenant  de  aa  après  consonne,  par  ex. 
TëpaacrOai  (èT^^^aioHésOaor.  sigm.dei^paoïuiai'je  sèche*  (R.fer«-). 

3)  ,pa.  Lesb.  Gëpcroç,  hom.  Odtpaoç  'courage',  R.  dhers-, 
Hom.  èKepaa,  aor.  sigm.  de  Keipuj  'je  rase*.  Hom.  èëpar],  crét. 
âepcra  'rosée'  :  skr.  varsd-s  'pluie'.  Ion.  ctét.  épid.  ?p<Tiiv,  hom. 
épar[}f  'mâle'  :  skr.  rsa-hUd-s  'mâle',  pp  de  aa  en  attique,  béotien 
etc.,  par  ex.  Gàppoç,  ôppiiv;,att.  loc.  pi.  ^rjxopai  etc.  avec  p<T  par 
analogie  morphologique  (cf.  r^KToai,  etc.)  ;  de  même  pour  âpmç, 
KàGapmç  etc.,  où  a  provient  de  x  (§  316).    Cf.  §  286.  Rem.  4. 

4)  Dans  certains  mots  (Tjui-,  a[F]  ont  un  s  indo-européen; 
ainsi  (jjuiepbaXëoç  'terrible'  :  v.  h.  a.  smerzo  'douleur';  (TjuilKpàç  : 
v.  h.  a.  smahi  'petit',  R.  «mê[i]fe-;  aé\aç  :  zd  x^ar^ndh-  (indo-ir. 
*€y,arna8')  'éclat';  a\Ti\  :  v.  h.  a,  stoîgén  'silence'.  Comme  i.-e. 
sm,  8^  sont  ailleurs  représentés  par  |ui)ui-,  |ui-,  FFh-,  Fh-  (§  286, 1  b), 
il  faut  ou  supposer  un  traitement  différent  du  même  groupe  en 
position  syntactique,  ou  admettre  pour  le  premier  cas  une  iAitiale 
originairement  différente  et  plus  complexe  (cf.  HuXov  :  aùXivoç  etc. 
§  357,  5)  de  façon  à  ramener  ce  cas  au  cas  1).  V.  Gr.  Gr.'*  120, 
Zupitza  BB.  25,  92  sqq.  96,  Solmsen  Un  t.  209. 

6)  En  fin  de  mot  ïtitto-ç  :  skr.  âçva-s.    Cf.  §  356,  13 — 15. 


FRICATIVES  207 

286.  Modifications  de  s  depuis  le  grec  commnn. 

1)  6r.  comm.  A  0  de  «  devant  voyelle  et  devant  î,  w,  r, 

a)  devant  voyelle.  éîiTd  :  skr.  saptd  ^sept'.  ô  :  skr.  sa 
*celui-ci'.  ïcynijLii  ^je  place'  :  lat.  sisto.  ûç  'porc'  :  lat.  hûs.  En 
Icsbien  etc.  l'esprit  doux  remplace  Tesprit  rude  (§  357, 7),  par  ex. 
à  de  ô. 

^  est  tombé  dès  le  grec  commun^  quand  dans  Tune  des  deux 

syllabes  suivantes  il  y  avait  une  aspirée  ou  un  \  par  ex.  ?x"J  T*î* 

de  *ëxuj  (cf.  Su),  (Tx^îv)  :  skr.  ëdha-te^il  vainc';  à-beXqpôç  'frère'  : 

skr.  sâ-garbhya-s  'couterinus';  aôoç  pour  *ai>hoç,  ancien  *hauhoç  : 

lit.  saûsas  'sec'.    Cf.  §  265,  3: 

Rem.  1.  Cet  état  phonétique  des  dialectes  k  h  a,  été  modifié 
sous  l'influence  de  deux  causes:  1)  transport  de  h  d'une  partie  du 
mot  à  l'autre,  par  ex.  att.  (inscriptions  des  VI©  et  V«  siècle  av.  J.-C.) 
^Xu)|  c.-à-d.  hekhôy  pour  l^^  (§  342,  2,  b,  a),  2)  créations  analogiques, 
par  ex.  éOf^vai  d*après  elvai,  àjuéSÊv  pour  à|LiôO£v  d'après  à^oO.  Sou- 
vent les  deux  facteurs  ont  pu  agir  concurremment.    Cf.  §  265,  Rem.  2. 

b)  devant  i,  je,  r,  ?,  m,  n.  a).  8%-.  —  ùjuriv  :  skr.  syûman- 
(§  151,  3,  i).  P)  Hjf'.  —  Béot.  FheKa-bdjbioe,  bom.  iraTépi  FFhtu,  ë, 
oî  etc.  :  skr.  svd-s  (§  157,  3,  i).  t)  De  sr-,  si-  proviennent  rr-y 
II'  sourds,  puis  r-  {{>-),  ?-.  Le  caractère  sourd  de  ces  phonèmes 
ressort  de  la  graphie  épigraphique  ph,  Xh  (v.  une  opinion  con- 
traire chez  Hatzidakis  'A9.  11,  472).  Hora.  irepl  bè  ppôoç,  corc. 
phoFatoi,  att.  ^ooç,  ^oi^  'courant',  Karappéu)  :  skr.  srdva-ti  'il  coule', 
lit.  sravéti  'dégoutter'.  Hom.  ôxe  XXrjEeiev,  fi-XXexTOç,  XriYU)  'je 
«esse'  :  v.  h.  a.  slàh  'mou,  lâche'.  Hom.  f-XXapov,  égin.  Xhapiiv, 
att.  Xapeîv  'prendre'  :  parf .  att.  eTXr|<pa  =  *(ye-(rXâ<pa.  b)  De  «m-, 
sn-  proviennent  mm-,  nn-y  puis  w-,  n-  sourds.  Hom.  Karà  ]Li]LioTpav, 
€-^JLlope,  jLieipoMai  'j'obtiens  une  part'  :  KdcTjLiopoç  •  bùcrnivoç,  de 
*KaT-a^opoç  (§  264,  4,  a),  parf.  eï^apiai  =  *(r6-(T)LiapTai.  Hom. 
ûjç  T€  vviqpdibeç,  àTa-vviqpoç,  vîqpa  ace.  'neige'  :  v.  si.  snégû  'neige'. 
Le  caractère  sourd  de  ces  phonèmes  est  exprimé  par  les  inscrip- 
tions, att.  MhexiiXou  'magni',  pamph.  MheiàXr|Ti  (en  regard  de 
hom.  bôpu  MiLiëTa).    Cf.  Gr.  Gr.«  124.  —  Cf.  §  357,  6. 

2)  Gr.  comm.  h  provenant  de  s  intervocalique.  Ce  h  est 
tombé  aussi  dès  Tépoque  préhistorique.     vëojLiai  'je  rentre  à  la 


208  PHONÉTIQUE 

maison'  :  v6<t-to-ç  Vetour',  got.  ganisan  'en  revenir,  être  guéri*. 
T^v€Oç,  T^vouç  'generifi'  :  skr.  jànas-as,  cpëpeai,  <p<pr|  :  gkr. 
bhâra-se  terris',  vuôç  :  skr.  snusd  'nurus'.  à-baiiç  'ignorant',  de 
*à-bnar\ç  :  cf.  brjvea  =  *bàv6ea  pour  *bev(yea,  skr.  da^rà-s  'mira- 
culeux', ddmsas-  'action  sage',  aûoç  'sec',  de  *hauhoç  (1,  a) 
montre  que  -h-  n'est  tombé  qu'après  que  la  loi  de  dissimilation 
des  aspirées  avait  agi. 

Cet  -A-  représentant  -s  passe  à  l'initiale  précédente,  par  ex. 
att.  \ep6ç  de  *ihepoç  :  skr.  isird-s  'fort,  frais,  florissant';  £uu> 
(àcpeùuj)  pour  *€Ùhuj  :  skr.  ôsdmi  'je  bi-ûle',  lat.  ûro\  €\7T6^T]v 
de  *è-h€7rojLiàv,  de  hzo\ia\  'sequor'.  De  même  cppoOboç  'en  avant 
sur  le  chemin'  de  *7rpo-boboç,  cf.  ôbôç  :  skr.  a-sad-  's'en  allei' 
etc.  (§291,  2). 

Rem.  2.  Cf.  à  ce  propos  ^x^J  de  lx\^}y  Rem.  1,  et  ion.  âx^vroç 
de  âKaveoç  §  342,  1,  b,  a.    Sur  att.  cOôpKoç  etc.,  §  357,  8. 

3)  'Sy,'y  'sr-,  -si-,  -sm-y  -an-  après  voyelles  sont  en  lesbo- 

thessalien  devenus  -FF-,  -pp-  (cette  géminée  n'est  pas  attestée 

directement  sans  doute  par  hasard),  -fijui-,  -vv-,  et  ailleurs  -F-,  -p-  etc. 

avec  allongement  compensatoire  de  la  voyelle  précédente.    Lesb» 

vaOoç  (vdiFFoç),  dor.  vâéç  etc..  de  *va(TFoç  (§  157,  3,  i,  P).   Hom. 

rpHPUiv  'peureux',  de  ♦xpdc-piwv  (pd  =  r),  cf.  xpéc-crai.     Lesb. 

XéXXioi,  ion.  att.  x^^^^oi,  lacon.  )ix\K\o\  :  skr.  sa-hdsra'  'mille'. 

GpauXôç  'fragile',  de  *0pau(y-Xo-,  cf.  0pau(T-T6-ç,  lat.  frus-tum. 

Lesb.  à^iie,  thess.  ÂM^è,  att.  fijnelç,  dor.  â)biëç  'nous'  :  skr.  asmà- 

'nous'.    Lesb.  qpàevvoç,  ion.  (paeivôç  'brillant',  dor.  Odrivoç,  arc. 

Oarivdt,  de  *q)aFe(r-vo-ç,  cf.  qpàoç.    Il  est  probable  que  le  passage 

s'est  effectué  par  l'intermédiaire  de  h.    V.  Hirt  IF.  12,  221  sqq., 

Solmsen   Berl.  phil.  Woch.  1902   Sp.   1141  sq.,  Danielsson 

IF.  14,  380.  —  Sur  -«f,  v.  §  151,  3,  i.  318,  2. 

Rem.  3.  A  Tépoque  historique  aF,  o^  postvocaliques  et  att. 
etc.  vv  =  av  proviennent  en  partie  de  raF,  tqm,  tcv;  d^autres  fois  a 
est  venu  secondairement  d'une  autre  façon  se  placer  devant  m,  v. 
Gort.  FiaFoç,  att.  ïooç,  de  *FiTa-Fo-(;  (§  157,  3,  i,  y);  Kdainopoç  de  ♦kct- 
a^opoç,  irOvvo<;  de  *'nvTavo<;  (§  264,  4).  llwayiax  est  une  forme  récente 
pour  Kuj)Liai,  îUiwOm  =  *Zu)a-vOjii  est  une  forme  récente  pour  ZdivO^t, 
d'après  ICnja-rax^  twa  efjvai  etc.,  TTcXottôvvtiooç  =  TTéXoiroç  vf^aoç.  Pour 
w,  V.  §  320,  4,  b.  Cf.  aussi  buo-^icvr^ç,  toùv  vômouç  (delph.)  et  bva- 
vooç,  bOaXuToç.  Ce  -a^-  devînt  eu  attique  -«m-,  comme  le  montre  la 
graphie  l\x  (\\^r\q>il\xa  etc.),  cf.  §  27  Rem. 


FRICATIVES  209 

4)  Gr.  comm.  x?  ^P;  ^^  k,  it  devant  s  +  liquide  ou  nasale; 
ici  anssi  s  a  passé  par  A.   V.  §  264^  1 . 

5)  -m«-,  -na-  devant  voyelle  sont  devenus  en  lesbien  thes- 

salien  -mut-,  -vv-,  et  ailleurs  -m-,  -v-,  avec  allongement  compensatoire 

de  la  voyelle  brève  précédente.  Lesb.  ^ve]Li|ia,  ion.  att.  fveijia,  dor. 

^vima,  de  H\^)kaa  aor.  sigmat.  de  vé^uJ  *je  partage'.    Ion.  att. 

£<piiva,  ûq)iiva,  de  "'ëcpavaa^  '^ûcpavcra  aor.  sigmat.  de  qpaivuj  'je 

fais  voir',  ûcpaivuj  *je  file'.  Gén.  lesb.  ^fivv-oç,  thess.  ^€lw-6ç,  ion. 

att.  dor.  ]iiiv-6ç  Mu  mois'  :  lat.  mënihis. 

Rem.  4.  Faut-il  reconnaître  aussi  un  processus  purement 
phonétique  dans  le  changement  analogue  de  -ra-,  -Is-  sous  certaines 
conditions  (cf.  par  ex.  oùpd  en  regard  de  ôppoO  ?  Ce  point  est  con- 
testé.  V.  Gr.  Gr.3  119  sq.,  126,  Solmsen  Un  t.  309. 

6)  Souvent  s  a  disparu  en  grec  commun  sans  laisser  de 
traces,  quand  il  était  entre  consonnes,  par  ex.  ianàp^ax  de 
*èa7rap(y9ai  inf.  parf.  moy.  de  (TTreipuj  "je  sème';  irr^pva  'talon', 
cf.  V.  b.  franc,  fersna  Halon';  èKxeivu)  'j'étends'  pour  *èK(y-T€ivuj 
(§  356,  15). 

287.  Gr.  comm.  z  n'a  été  conservé  que  devant  sonore. 
Devant  sonore  aspirée  indo-européenne,  devenue  sourde  en  grec 
(§  263^),  il  est  devenu  sourd  lui-même.  1)  z  devant  sonore 
indo-européenne  (sur  la  représentation  graphique  de  Zy  v.  §  27). 
Tipéa-Pu-ç,  crét.  Tipeicr-fu-ç  'vieillard'.  èTrecr-pôXoç  'qui  lance  des 
invectives'.  AiôcT-boroç  AiôiloTOç  'donné  par  Zeus'.  ô2[oç,  lesb. 
u(7bo^  'rameau'  :  got.  asts  'branche'.  2)  zd  est  traité  comme  zd 
provenant  de  gij  di,  v.  §  151,  3,  g,  par  ex.  gort.  èbbÎTiTai  de 
*é[T]z-biiiTai.  Cf.  aussi  gort.  Toîb  lé  de  toîz  bé.  —  Dial.  tt  de 
ZT  §  320,  4,  d.  3)  Thess.  érétr.  él.  p  de  2.'  Thess.  GeôpboTOç 
=  béot.  GeiôaboTOç  (forme  refaite  d'après  Aiéaboxoç,  1).  Eretr. 
MipYoç  en  regard  de  att.  Miax^wv.  El.  Tip  bé  de  *tiz  bé  §  356, 
14,  b.  4)  Chute  de  z  entre  consonnes,  par  ex.  Çhéuj  pour  *pzbeu) 
(§  261,  2),  èr  Aiôç  pour  *èTz  AiFoç  (§  356,  15).  6)  Gr.  comm. 
sphf  sthy  sJch  de  i.-e.  zbh,  zdh,  zgh.  ipé^ea-tpx  :  cf.  skr.  usdd- 
bhis  (§  276,  2.  283,  2).  icrBi  :  gâth.  zdl  'sois',  R.  es-.  è(T0X6ç 
'brave'  :  skr.  édha-te  'il  réussit'  (§  283,  1).  fcrxov,  aor.de  ëxu) 
'j'ai'  :  gâth.  zaè-ma  opt.  'nous  pourrions  maintenir',  de  zghoi-j 
R.  se^h'.   Cf.  aussi  locr.  èxOoç  =  i.  -e.  *egzdho8  (§  261 , 4). 

Bragmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  14 


210  PHONÉTIQUE 

Latin. 

288.  A  Tépoque  de  Titalique  commun  se  placent  le  passage 
de  8  intervocalique  à  ^  et  celai  de  sr  kpr.  De  plus  ital.  jp«;  ts 
(88),  Jc8  représentent  bzhy  dzh,  gzhj  par  ex.  lat.  vBxî,  de  R. 
Uegh'  (§  276,  4). 

289.  Ital.  8  a  subsisté  jusqu'à  Tépoque  historique  dans  les 
cas  suivants:  1)  A  l'initiale  devant  voyelle  ou  voyelle  en  fonction 
consonantique.  sunt  :  osq.  set,  ombr.  8ent,  skr.  8dnti  ^ils  sont", 
R.  68-.  svâvis  :  skr.  8vadû'8  Moux'.  2)  En  groupe  avec  des 
occlusives  sourdes,  specto  :  ombr.  speture  'spectori',  skr.  spâç- 
'qui  épie*.  e8tô  :  osq.  e8tudj  gr.  laiyx)  'qu'il  soit',  dexter  :  ombr. 
destram-e  'in  dextram',  ital.  ^deksitero-  :  gr.  beEi-xepô-ç  'à  droite'. 
visOy  de  *ueit8ô  :  ombr.  re-vestu(§  268,  2).  S)  I.-e.  ss,  confondu 
en  italique  avec  ts  (§  268,  2).  gessl,  cf.  ges-tus,  gero  (§  290, 1). 
quaeS'SOj  quaesOy  cf.  quaero  (§  290,  1).  4)  Dans  w«.  cêJiseo  : 
osq.  censaum  'censere',  skr.  çdni8a'ti  'il  récite',  pîn^o,  pînsio  : 
ikr. pimsdnti  'ils  broient'  (§  278,  rem.  1).  5)  A  la  finale,  hortu-s  : 
osq.  hùrz  'hortus',  gr.  xopxo-ç,  cf.  §  358,  12 — 15. 

290.  Modification  de  s  ^n  italique  et  en  latin. 

1)  Ital.  comm.  z  =  osq.  z,  lat.  ombr.  r  de  s  entre  voyelles. 

L'action  du  'rhotacisnie'  était  achevée  en  latin  vers  330  av.  J.-C. 

ero  :  osq.  ezurn,  ombr.  eroîn  'esse',  skr.  dsa-t  'sif,  R.  es-,  istdrum  : 

osq.  egmazum  'rerum',  ombr.  pracatarum  'munitarum',  skr.  tàsûm 

'h  arum'. 

Rem.  1.  Dans  miser,  caesariês  le  changement  de  2  en  r  a 
été  empC'ché  par  Tinfluence  dissimilatrice  du  r  ancien  qui  suivait 
(§  335),  Dans  po-suij  -situs  (prép.  jL>o-  =  i.-e.  *[a]po,  cf.  gr.  diro) 
comme  dans  prae-sideo  etc.,  le  s  a  été  introduit  d'après  le  simple 
en  partie  à  Tépoque  italique,  en  partie  plus  tard.  Sur  d'autres 
exceptions  apparentes,  v.  Gr.  1^,  762,  Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  211  sq. 

2)  Ital.  pr,  de  sr  =  lat.  /V-,  br-  (cf.  §  228,  3).  frïgus  :  gr. 
{ixfoç  'gelée'  (§  286,  1 ,  b).  an-fractus  :  skr.  sràkti-s  'dentelure, 
coin',  côn-s6brînu8j  de  ^-Huesr-îno'j  cf.  8oror,  skr.  dat.  stdsr-e. 
crabro  :  v.  si.  srîéeni  'frelon'  (§  205.  297,  2).  ffinebri-8y  cf.  fûnu8^ 
fûnes-tus» 

3)  Lat.  m-,  7î-,  /-  de  «m-,  sn-,  si-.  mîrti8  :  skr.  smdya-fe 
'il  sourit'.  Cf.  ombr.  smursim-e,  peut-être  'ad  murcim*.  —  no  : 
ombr.  snata  'umecta',  skr.  sndti  'il  baigne',    niibo,  cf.  cOnnbium 


FRICATIVES  211 

4e  *con'snûbiO'  (§  168,  4)  :  v,  bL  snubiti  'aimer,  demander  en 

mariage'.  —  lûbricus  :  got.  sHupàn'œ  glisser'.  Cf.  osq.  slaagid 

''fine,  confinio*. 

Rem.  2.    Sur  v.  lat.  slîs  en  regard  de  stlîSy  v.  336,  4,  a,  3. 

i)  Lat.  *rZy  *lz,  puis  rr,  II,  de  ital.  i.-e.  r«,  h  devant 
phonèmes  sonores,  a)  terreo  :  ombr.  iursitu  'terreto',  gr.  fxepcrev 
écpôpîicyev  (Hes.),  R.  teres-  (§  213, 1,  c,  P).  farreus  :  ombr.  farsio 
*f arrea',  v.  si.  braéîno  "nourriture*,  de  *borsïno  (§297, 2).  ferre,  velle^ 
cf.  esse,  pulcerrimtiSj  facUlimua,  de  *pulcr8em0',  *facl8em0'y 
anciens  *pulcrisemO'^  *faclûsemO'y  v.  §345,  II,  1.  collum  :  got. 
halsy  gén.  halsis  'cou',  terr  (Plante),  terr-uncius,  de  *tris  (§  312. 
358, 14).  b)  r,  l  en  fin  de  syllabe,  ter.  terni,  cernuos  de  *cer8n', 
cf.  cerebrum  (d'après  2)  et  skr.  çirsàn-  'tête',  perna  :  v.  b.  franc. 
fersna  'talon'.  aZnu«  de  ^als-no-  :  cf.  lit.  elksnis  (avec  inser- 
tion de  fc),  V.  b.  a.  élira  (r  pour  «,  §  293)  'aune'. 

5)  Dans  -«m-,  -«w-,  -«/-,  -s^-,  après  voyelle,  n  et  occlusive, 
s  a  subsisté  jusqu'au  début  de  la  période  historique  (le  vieux  latin  a 
encore  de  temps  à  autre  les  graphies  «m,  sn)  ;  n  et  les  occlusives  sont 
tombées  devant  ces  groupes.  Puis  s  a  passé  à  ^  et  est  tombé  avec 
allongement  compensatoire  des  voyelles  brèves.  A  l'époque  an- 
cienne, mais  seulement  après  une  voyelle  longue  primitive,  on  ren- 
contre aussi  mm,  Il  (cf.  §  325).  a)  prîmus  :  pél.  prismu  'prima',  cf. 
lat.^rî^CM-*.  ômen,  v.  lat.  ôsmen,  de  *ouiS'men  (§  158, 5,  a),  dûmus, 
dûmmêtum,  dûmêtum,  v.  lat.  dûsmus  :  m.  h.  a.  zûsach  'brous- 
sailles', cdnus  de  ^casno-  :  osq.  pél.  casnar  'senex',  cf.  cascu-s, 
ags.  hami  'gris-brun',  aènus  :  ombr.  ahesnes  'aënis',  de  ^aies-no-^ 
cf.  aes,  aeris.  palan  :  v.  h.  a.  fasôn  'chercher  de  côté  et  d'autre'. 
bêllua,  bèlua,  de  *bè8loy^,  cf.  bèstia.  pruina,  ancien  *prûvîna 
(cf.  §  305),  de  *prtisU'  :  skr.  prusvà  'goutte,  humidité',  dimo- 
veo,  dînumero,  dlluo,  dîvello,  de  ^dis-m-  etc.  b)  tèmo  de  Hens- 
mô,  prOtèlum,  de  *-ten8'l0',  cf.  got.  -pinsan  'tirer',  cônûbium 
de  *con'8nùbiom  (3).  tramûto,  trano,  tràloquor,  travehor,  de 
Hrans-m-  etc.  De  même  trajectu8  de  *tran8-j-.  —  c)  sûmo,  de 
*8U8mô,  *8up8'[e]mô,  sëmènstrpt,  de  *8ex-m',  sênï,  de  *8exnt. 
lûna,  prén.  lôsna,  ital.  comm.  *louJc8na  :  zd  raoxsna-  'brillant'. 
ala  de  *aJcsla,  cf.  axilla.  aulla,  aula  'pot',  de  *auxlà,  cf.  au- 
xïlla.    8êvirl  de  *seX'V'.    è-mitto,  è-numero,  è-lîdo,  è-veho,  de 


212  PHONÉTIQUB 

*eaj-7w-  etc.    man-tèlunit  de  ^-tercslo-y  cf.  tergo,    rèmus,  de 

*rêtsmo-j  inBcr,  triresmos  CIL.  I,  195,  cf.  IF.  13,  152.    gcdlay 

de  *sJcant8ld,  cf.  scaiido.    cëna,  v.  lat.  C6«na,  de  *kert9na  :  osq» 

kerssnais  'cenis'  (§  268,  2). 

-«r-  récent  provenant  de  la  liaison  de  deax  mots  est  traité 

de  même  (cf.  2)  :  diruo,  de  ♦dw-r-;  èruo,  de  ♦eoj-r-.   De  même 

dijudico,  de  ^dis-j-y  êjûrOy  de  *eaj-J-. 

Bem.  3.  Avant  de  tomber  »  a  passé  par  «,  comme  Tatteste 
V.  lat.  surèmit  de  *9uZ'êmit,  forme  refaite  diaprés  *8tusmô  (d'où 
aûmo). 

6)  Lat.  ^,  de  sf:  differo  de  *di8'ferô.  Cf.  ec/aro  de  *eks'ferO. 

7)  -wgw-,  de  *-n«5'M-.  in-quam,  in-quioy  cf.  în-seque,  gr. 
fvi-cTTre  (§  258,  1,  a). 

8)  î/?«e,  de  *i8-p8e,  cf.  eumpse.   vôpte  de  *vo»-pte. 

Rem.  4.  Sous  IMnfluence  de  la  dissimilation  s^e^i  =  *«^e-«to£^ 
etc.  §  336,  5,  b,  p. 

291.  L-e.z  devant  sonore  aspirée  est  devenu  sourd  en  itali- 
que en  même  temps  que  celle-ci  :  aestus  =  *aidzdhu'  (§  269, 2,  b). 
Ailleurs  z  subsiste  en  italique.  1)  Lat.  rg  de  zg.  mer  go,  R. 
mezg-  (§  276,  2).  2)  Dans  zd  après  voyelle,  n  et  occlusive,  z 
tombe  avec  allongement  compensatoire  comme  au  §  290,  5.. 
a)  nîdusy  de  *ni'zd0'8  (§  276,  2).  pèdo,  de  *pezdô  :  slov.  pez- 
dëti  (§  261,  2).  cèdOj  de  ^ce-zdô  'j'entre'  (cf.  ce-do  'donne  ici'),, 
cf.  R.  8ed',  gr.  ôbôç  'route',  skr.  rt-«fld-  's'en  aller'  etc.  îdem  = 
Hz-dem.  dldûco,  de  *diz-d',  trèdecim,  de  Hrêz-d.  b)  tradûcOy 
de  *tranz-d'.  c)  sèdecim,  de  *8egz-d-,  3)  rd  de  rzd.  hordeum  : 
V.  h.  a.  ger8ta  'orge'.    turdu8  :  v.  isl.^r^^fr,  lit.  8trâzda8  'grive'^ 

Germanique. 

292.  L-e.  8  est  conservé  régulièrement  (pour  la  pronon- 
ciation de  V.  h.  a.  8  §33,  A,  10):  1)  à  l'initiale  devant  voyelle,, 
nasale  ou  liquide.  Got.  8unu8,  v.  h.  a.  v.  sax.  ags.  8unUy  v.  isl. 
8unr  :  skr.  8ûnû'8y  v.  si.  eynû  'fils'.  Got.  8iujany  v.  h.  a.  8iuwen 
'coudre'  :  skr.  8yûtd-8  'cousu'.  Got.  8wi8tarj  v.  b.  a.  8we8ter  : 
skr.  8vd8ar'  'sœur'.  Got.  emairpTy  v.  h.  a.  8mero  'graisse'  :  v.  irL 
8mir  'moelle'.  Got.  8naiw8,  v.  h.  a.  8nèo  :  v.  si.  enégû  'neige'. 
V.  h.  a.  8troum,  strom,  v.  isl.  8traumr  'courant'  (§  322,  2)  :  skr» 


FRICATIVES  21S 

sràva-ti  'il  coule'.  Got.  slepan,  v.  h.  a.  slafan  'dormir'  :  v.  si. 
^l€ibu  'faible'.  2)  A  TiDitiale,  à  rintérieur,  et  à  la  finale,  en 
^oupe  avec  occlusive.  Got.  speiwan,  v.  h.  a.  spiwan  :  lat. 
spuere,  Got.  batists,  v.  h.  a.  be^^ist  'le  meilleur'  :  cf.  gr.  piifiaToç. 
Got.  aûhsa^  v.  h.  a.  oJiso  :  skr.  uJcsân-  'bœuf.  Got.  sathsy  v.  h.  a. 
^eks  :  lat.  sex. 

298.  I.-  e.  «  est  devenu  sonore  en  même  temps  que  /*,  p^  % 
d  après  la  loi  de  Verner,  v.  §  271,  1.  Dans  Tensemble  z  subsiste 
«n  gotique  et  devient  r  en  germanique  occidental  et  en  norrois; 
probablement  germ.  coram.  mm^  Il  =  zm,  zl,  germ.  occid.  comm. 
rry  H  =  rz,  lz\  en  norrois  ce  r  garde  plus  longtemps  un  carac- 
tère spécial  (runique  r  §  34).  a)  V.  h.  a.  chiusuy  chôs,  churum, 
'Choran,  v.  isl.  k^Sy  Jcaus,  kerom,  kerenn^  got.  kiusa,  kaus  :  skr. 
JÔ8ûmi,jujÔ8a,juju8imdy  jujusûnd-Sy  R.  keus-  *goûter,  éprouver'. 
Got.  bairaza  2«  sg.  :  skr.  bhâra-se  'ferris'.  V.  h.  a.  sriur^  v.  isl. 
sner  :  skr.  snusâ  'nurus'.  b)  Got.  amsa-  :  skr.  àmsa-s  'umerus'. 
Got.  mimza-  :  skr.  mamsdim  'viande'.  Got.  ga-pairsan  'se  des- 
sécher' :  skr.  tdrsana-m  'soif;  v.  h.  a.  deriTn  (=got.  *parzjan) 
*sécher*  :  skr.  tarsdya-ti  'il  donne  soif.  V.  h.  a.  hirni  'cervelle', 
pour  *hirznid'y  en  regard  de  néerl.  hersen  'cervelle',  de  *hér' 
^an-  :  cf.  lat.  cerebru-my  cemuos  (§  290,  4,  b).  V.  b.  a.  widar 
boUan  'contredit  avec  énergie',  germ.  comm.  *-bulzon6'  (d'où  inf 
bellan  pour  *belsan)  :  skr.  bhasa-te  'il  parle',  pour  *bhdr8a-te 
«)  Got.  asneisy  v.  b.  a.  esni  'journalier',  germ.  comm.  ^dsnio-y  cf 
got.  (Mans  'moisson',  v.  si.  jesenï  'automne'.  Got.  razn,  v.  isl 
rann  'maison';  germ.  comm.  *raznô'y  cf.  v.  h.  a.  rasta  'repos' 
Got.  inèy  V.  h.  a.  fc-iw,  v.  isl.  em  'je  suis',  de  *immi  =  i.-e.  ^es-mi 
en  position  atone  (§  42,  4).  V.  b.  a.  gisaly  v.  isl.  gisl  :  v.  irl.  giaU 
"otage*,  de  ^geislo-.  M.  b.  a.  krolj  gén.  krolles  'frisé',  germ. 
comm.  ^kruzlô-y  m.  angl.  crullen  'friser',  cf.  m.  b.  a.  krûs  'frisé'. 
4)  'Z  final  :  v.  isl.  ulfr  'loup',  de  *^ûlfoz  =  skr.  vfka-s  (cf. 

§  360,  9). 

Rem.  1.  L*analogie  a  souvent  contrarié  ce  développement 
phonétique,  par  ex.  dans  got.  kusum  kusans  en  regard  de  v.  h.  a. 
churum  'Choran,  causatif  nasjan  en  regard  de  v.  h.  a.  nerien. 

Rem.  2.  Le  manque  d'exemples  décisifs  empêche  de  dire 
sûrement  si  i.-e.  -sr-  est  aussi  jamais  devenu  -zr-  selon  la  loi  de 
Verner.    En  fait  on  ne  trouve  que  str*,  par  ex.  got.  swistr,  v.  isi. 


214  PHONÉTIQUE 

systr  loc.  sg.,  de  ^suesri  :  skr.  dat.  svàsr-e.    Peut-être  t  ne  s'est-il 
introduit  dans  ce  groupe  qu'après  l'action  de  la  loi. 

Rem.  3.  Pour  ralternance  z  :  s  dans  got.  hatizon  :  ualicison 
etc.,  V.  §  334,  5. 

I294.  I.-e.  z  et  zh.  1)  z  devant  sonore  aspirée  indo-euro- 
péenne subsiste  en  germanique  commun  et  en  gotique,  devient  r 
en  germanique  occidental  et  en  norrois.  zdh  et  d'dh  se  confon- 
dent (§271, 6).  Got.  azgo  'cendre',  cf.  skr,  âsa-s  'cendre'  (v.  b.  a* 
asca  de  ^az-g-,  2),  V.  b.  a.  margf  v.  isl.  mergr  :  zd  mazga- 
'moelle',  v.  si.  mozgû  'moelle,  cervelle'.  Got.  mizdo  :  zd  mizda-m 
'salaire',  skr.  mlçlhd-m  'prix  du  combat'  (§  278,  1),  gr.  MicrOôÇy 
V.  si.  mizda  'salaire'.  2)  Germ.  corom.  s  +  sourde,  de  i.-e.  z  + 
sonore  (§  270*).  Got.  asts^  v.  b.  a.  ast  'brancbe'  :  gr.  ôîoç 
(§  287,  1).  V.  b.  a.  mdsca,  v.  isl.  mqsTcue  'maille'  :  lit.  màzgas 
'nœud'.  3)  Germ.  comm.  st^  sk,  x^^y  ^^  i-"®-  dzdh,  dzgh,  gzdhy. 
V.  §  271,  Rem.  1.  4)  Germ.  comm.  ss,  x^j  f^j  ^®  '•"^'  ^^*>  9^K 
hzh,  V.  ibid. 

Slave. 

295.  I.-e.  s  est  resté  intact  presque  en  toute  position. 
l)  V.  fil.  sedmî  :  lit.  septynïy  skr.  saptd  'sept*,  svojl  :  skr.  svd- 
'son,  propre',  smykati  8^  'se  glisser'  :  lit.  smunkù  'je  glisse',, 
m.  b.  a.  smiegen  'ramper',  struja  'courant'  :  lit.  sravà  'coure'^ 
skr.  srdcati  'il  coule',  slqkû  'tordu'  :  lit.  slenktï  'je  me  glisse', 
V.  b.  a.  slango  'serpent'.  2)  rosa  :  lit.  rasa  'rosée',  skr.  rasa 
'liquide',  nebese  'du  ciel'  :  lit.  débesïs  'nuage',  skr.  ndbJias-as 
'du  nuage'.  ^)je8vé  :  lit.  esta,  skr.  svds  1*"«  du.  'nous  sommes'. 
jesmî  :  lit.  esmî,  skr.  ds-mi  'je  suis',  po-jasnî  :  gr.  lujvx]  'cein- 
ture', pour  ♦2u)(T-va,  R.  jô8'.  ceslû  'peigne',  cf.  cesati  'peigner*. 
Sur  sestra  'sœur',  v.  Gr.  1  *  p.  788.  i)  m^so  :  v.  pruss.  meTtsa^ 
skr.  mdmsd'm,  got.  mimza-  'viande*,  p^sû^  aor.  sigm.  de  pînq 
'je  tends,  je  suspends',  klasû,  de  *kolsû  (§  341,  2)  :  alb.  kal 
'épi',  de  *kol808,  5)  spéjq  'je  réussis'  :  lit.  spéju  'j'ai  du  loisir', 
lat.  spé8.  vysokû  'baut',  de  *vyp8okû  :  gr.  ûi|ii  'baut'.  8tignqti 
Venir  quelque  part'  :  lit.  8taigyti'8  'se  bâter',  gr.  cTTeixw  *je  marcbe'. 
jestû  :  lit.  è8t{i),  skr.  â8-ti  'est'.  ja8û  'je  mangeai',  de  *et8om 
(§  275,  1,  b).    8koblî  'radula'  :  lit.  skabéti  'couper',  lat.  scabo^ 

6)  nasû  loc.  de  my  'nous',  de  *nù8'8u  (§  328). 

Sur  la  chute  à  la  finale,  par  ex.  synû  =  lit.  sûnûa^  %  302,  8. 


FRICATIVES  215 

296.  I.-e.  sky  ks  sont  probablement  deveDus  sS  en  balto- 
slave  par  assimilation  de  «  à  i  =  &  (§  243).  ss  est  devenu  i  (§  328), 
slav.  s,  lit.  sz»  V.  si.  sujq  *je  lance'  :  lit.  azâujUy  v.  h.  a.  sciugu  'je 
tire',  pasq  'je  fais  paître'  :  lat.  pasco.  oftî  :  lit.  aszis,  skr.  dJcsa-s 
'axe',  zd  am-  'épaule'  (§  242,  a). 

297.  Slave  comm.  ch  représente  s  après  i,  u,  r,  k,  sauf 
dans  spj  st,  sk  (§  295,  5).  Peut-être  8  avait-il  déjà  commencé  à 
être  altéré  dès  Tépoque  du  balto-slave  commun  (Gr.  1*,  p.  781). 
Devant  voyelle  palatale  on  a  ^  {ë')  et  s  pour  cA,  comme  é  {é')  et 
c  pour  k  (§  253).  1)  SI.  comm.  ch.  V.  si.  trlcM  :  lit.  tri-su, 
trisèy  skr.  tri-sû  'in  tribus',  mûchû  'mousse'  :  lit.  mtisaï  pi.  'moisis- 
sure', V.  h.  a.  mo8  'mousse',  vrûchti,  si.  comm.  *vîrchû,  'caeumen'  : 
lit.  virszùs  'la  partie  supérieure',  skr.  vârsîyas-  'plus  haut',  téchûy 
pour  *tèkchû,  de  *tëqsO'm,  aor.  sigm.  de  tekq  'je  cours'  (§  320, 
3,  e).  2)  SI.  comm.  s  devant  voyelle  palatale,  vriée-tûj  3*  sg. 
de  vrîchq  'je  bats  le  blé',  pour  *vîrchq  :  lat.  vorro,  verro.  mysl  : 
skr.  mÛ8'  'souris',  vlûkûii  fém.  'qui  a  revêtu'  :  lit.  vilkusi  part, 
parf.  à  suffixe  -us-,  Voc.  vlûévBj  de  vlûchvû  'enchanteur',  cf. 
cvïtq  §  253,  6.  3)  SI.  comm.  é  de  e^^  dum  'âme',  cf.  duchû 
'souffle'.  Cf.  §  154,  3,  c.  4)  SI.  comm.  se  de  chéj  comme  ce 
de  ké  (§253, 4).  duséchû  loc.  pi.  de  duchû.  La  transformation 
de  ch  en  s  après  voyelle  palatale  dans  t?M  'tout'  de  *vîchû  =  lit. 
visas  répond  au  sicî  de  *8ïkû  §  253.  Rem.  1. 

Rem.  1.  Beaucoup  de  modifications  sont  dues  à  l'analogie, 
par  ex.  aor.  sigm.  dachû  {dati  'donner*),  déchu  {déti  'poser*)  pour 
^dasû,  *désii,  d'après  hychû  {hyti  'devenir')  etc.;  de  mOme  jachû 
pour  jasû  (§  295,  5);  loc.  pi.  rqkachii  {raka  'main')  d'après  vlûcéchû, 
nostîchû  etc. 

Rem.  2.  Sur  érïnû  (:  v.  pruss.  kirsnan  'noir*),  luna  'lune' 
(:  V.  pruss.  lauxnos  'ciel  étoile'),  zila  (:  lit.  g^sla,  gfyla  'veine*)  v. 
Gr.  12  p.  787,  Mikkola  BB.  22,  245  sq. 

298.  SI.  comm.  s,  è'n,  iT,  è'i'ë'  (v.  bulg.  ^^'0,  è't'x,  st's 
(  V.  bulg.  st')  de  «i,  snij  sliy  ski,  sti  (cf.  §  31 6).  V.  si.  ëiti  pour  *siyti  : 
lit.  *iw^i 'coudre'  (§  154,3,  c).  baénjq,  mysljq,  istq,  goéiq,  V  sg. 
prés,  de  basniti  'fabulari',  mysliti  'penser',  t^fca^i 'chercher',  gostiti 
'donner  Thospitalité'.  De  plus  si.  comm.  s'tT  (v.  bulg.  é't')  de  sk 
devant  voyelle  palatale  :  v.  si.  stapû  'bâton',  de  "^sképû  :  lett. 
schk'éps  'pique'. 


216  PHONÉTIQUE 

299.  I.-e.  z  et  zh,  1)  I.-e.  z  =  si.  z.  SIov.  pezdètiy  tch. 
bzditi  'vesser'  :  gr.  pbëuj,  lat.  pëdo  §  287,  4.  291,  2.  V.  bI.  rozga 
'verge'  :  lit.  rezgû  'je  tricote*,  skr.  rdjju-s  'corde'  (§  280).  mïzda 
'salaire'  :  got.  mizdo  etc.  (§  294,  1).  mézga  'sève'  :  m.  h.  a. 
meisch  'hydromel,  luulsum*,  de  moigzgh-,  c.-à-d.  *moi§hs-q'y  R. 
meigh-  (§  261,  4).  2)  SI.  i'd'i'  (v.  bulg.  zd'),  de  zgi  zdi  et  de 
zg  devant  voyelle  palatale,  répondant  à  é^t'i'  du  §  298.  V.  si. 
dûzdî  'pluie',  de  *dûzg%0'.  pri-gvoédq,  V^^  sg.  prés,  depri-gvoz- 
dîïi'nouer'.  niozdanû'dGmo'é\le%de*mozgénûyCt.mozgû{§294, 1). 

800.  BaltO'Sl.  ps,  ts  (««),  ks  =  i.-e.  bzh,  dzh,  gzh.  V.  si. 
osa  'guêpe'  (§  230,  3,  e)  :  lit.  vapsà  'taon',  v.  h.  a.  toafsa  (§271, 
Rem.  1).  vésû,  aor.  sigm.  de  vedq  'je  mène'  :  lit.  vèsiuy  fut.  de 
vedù  'je  mène',  R.  t^edh-,  vésû  'vexi',  de  ^^egzhonif  R.  u^gh- 
(§  276, 4).   éackûy  aor.  sigm.  de  zegq  'je  brûle',  cf.  téchû  §  297, 1 . 

B.  Phonèmes  du  tvpeji. 

301.  Les  spirantes  ainsi  désignées,  dont  on  ne  peut  déter- 
miner précisément  Taspect  en  indo-européen,  apparaissent  comme 
dentales  en  grec  et  sans  doute  aussi  en  celtique;  ailleurs  elles  se 
sont  confondues  avec  les  sifflantes.  Elles  se  présentent  après  les 
gutturales  (palat.,  vél.  et  labio-vél.).  ph,  dh  répondent  à  i.-e.  «A, 
zh  (§  276).  Cf.  Gr.  1«  p.  790  sqq.,  Pedersen  KZ.  36,  104  sqq., 
Meillet  Mém.  11,  315  sqq.,  Zupitza  KZ.  37,  393.  1)  kp,  qp.  R. 
îcpei'  :  skr.  ksiti-s,  zd  èiti-S,  gr.  ktictiç  'fondation',  v.  h.  a.  sedal 
'domicile',  lit.  szeimyna  'domestiques'.  Skr.  tdksan-,  zd  tasan- 
'sculpteur',  gr.  t^ktujv  'charpentier',  lat.  texo,  v.  h.  a.  dehsala 
'hache',  v.  si.  tesla  'cognée'.  Skr.  fksa-Sy  zd  ar^ëa-j  gr.  ôpKxoç, 
lat.  ursus  'ours';  il  faut  probablement  voir  dans  gaul.  artos,  m.  irl. 
art,  gall.  arth  des  formes  celtiques  authentiques.  —  R.  qpen-  : 
skr.  ksanô-ti  'il  endommage',  v.  pers.  a-xsata-  'intact',  gr.  ktcivui 
'je  tue'.  Skr,  ksdya-ti,  zd  xmyeHi  'il  domine*,  gr.  KTào|iai  'j'ac- 
quiers'. 2)  Icph,  qvph.  R.  rekph'  :  skr.  rdksas-,  zd  ra^o  'torture', 
gr.  épëxBu)  'j'ébranle'.  R.  qvphei-  :  skr.  ksiti-s  'destruction',  zd 
xsyo  'de  la  perte',  gr.  cpOicriç  'perte'  ;  peut-être  faut-il  rapprocher 
V.  irl.  tinHd  'il  disparaît'.  3)  d  ne  se  trouve  guère  qu'à  Torigine  de 
skr.  vi'ta^hi  =  *tè§d'dhi,  impér.  de  tdsfi  'il  tranche'  =  *tékp'ti  (1). 
4)  §dhy  gudh.   gdhem-  'terre'  :  skr.  ksam-,  gr.  x^^v,  x^aimaXôç 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  217 

*qui  est  à  terre',  cf.  lit.  éëméj  v.  si.  zemlja  'terre*.  —  R.  guâher-  : 
skr.  Jcsàra-ti  'il  s'écoule',  zd  vî-yzarayéti  'il  fait  déborder*,  arm. 
Jury  gén.  jroy  'eau',  gr.  (Tuji-cpeeîpu)  'je  mélange  des  couleurs', 
lat.  sérum. 

C.  La  spirante  j. 

302.  A  côté  de  i-  initial  il  y  avait  en  indo-européen  un  pho- 
nème qui  a  donné  en  grec  dj-  (jL-).  On  y  voit  ordinairement  la 
spirante  j-,  mais  il  est  possible  qu'il  s'agisse  ici  uniquement  d'une 
variante  de  %-  due  à  la  phonétique  syntactique.  La  distinction 
^t  nette  en  grec;  en  albanais,  celtique  et  germanique,  les  traces 
«n  sont  douteuses.  Cf.  Gr.  1*,  p.  793  sqq.,  Gr.  Gr.'  129.  — 
Skr.  yugâ-Tiij  gr.  Cu^ov,  béot.  bu^ôv,  lat.  jugum,  gall.  mw,  got. 
juTcj  lit.  jùngas,  v.  si.  igo  de  *iûgo  (§  308,  2,  d.  363,  3)  'joug*. 
Skr.  yâsya-ti  'il  bout',  gr.  îéo)  'je  bous',  lat.  dê-jero  (IF.  12, 
396  sqq.),  gali.  ias  'fervor',  v.  h.  a.  iesan  'fermenter'.  Skr.  yûsa-m 
'jus',  gr.  lù\xr[  'levain',  lat.  jûs^  v.  si.  jucha  'jus'.    Zd  yasta-y 

gr.  îuudTÔç,  lit.  jûstas  'ceint',  v.  si.  po-jasû  'ceinture'. 

Rem.  Peut-être  que  dans  des  cas  comme  skr.  çyend-s  'aigle, 
faucon*  :  gr.  Iktîvoç  'milan',  skr.  hyds  :  gr.  x^^Ç  'hier*  un  j  ou  une 
«pirante  voisine  a  été  prononcé  en  indo-européen.   V.  Gr.,  ibid. 

Des  ehangements  phonétiques  conditionnés. 

308.  Dans  les  §  66 — 302  nous  avons  exposé  l'histoire  des 
phonèmes  isolés  d'après  le  système  phonétique  qu'on  peut  resti- 
tuer pour  la  période  d'unité  indo-européenne.  Dans  cet  exposé, 
un  certain  nombre  de  phénomènes  qui  appartiennent  au  domaine 
•des  changements  phonétiques  conditionnés  n'ont  pas  pu  être  mis 
suffisamment  en  lumière.  Nous  allons  les  traiter  :  pour  une  par- 
tie, il  ne  s'agit  ici  que  de  considérer  sous  le  point  de  vue  phonéti- 
que d'ensemble  sous  lequel  ils  rentrent  des  changements  phonéti- 
ques qui  ont  été  traités  séparément  à  différents  endroits.    Nous 

élevons  donc  nous  borner  à  l'essentiel. 

Bem.  Le  plan  de  ce  qui  suit  dépend  nécessairement  de 
circonstances  assez  extérieures.  Tout  d'abord  une  classification 
systématique  stricte  de  ces  changements  phonétiques  est  par  elle- 
même  extraordinairement  difficile  (cf.  Sievers  Phon.  ^  249  sqq.). 
Mais  les  difficultés  augmentent  encore  quand  on  a  affaire  à  des  lan- 
ces anciennes  qui  ne  sont  accessibles  qu'à  travers  les  déformations 


218  PHONÉTIQUE 

de  récriture;  souvent  en  effet  dans  ce  cas,  on  ne  peut  pas  ou  presque 
pas  déterminer  les  facteurs  les  plus  importants  de  TarticulatioD. 
Enfin  nous  nous  sommes  imposé  une  forme  très  concise  alors  que 
la  matière  est  extraordinairement  riche. 

Effets  du  contact  des  voyelles.     » 

304.  A)  Effets  produits  sur  le  timbre  des  voyelles 

En  grec,  dans  les  dialectes  doriens  €  est  devenu  i  devant  le& 
voyelles  (excepté  devant  celles  du  type  e),  par  ex.  crétois  ïuiVTt 
=  ?uj(Ti  'sint'.  Le  fait  est  antérieur  à  la  chute  du  F,  d'où  par  ex. 
crét.  uiéoç  'filii'  (de  *u\éFoç).  De  même  en  béotien,  thessalien  et 
ionien-attique,  e  devant  les  voyelles  était  plus  fermé  qu'ailleurs,, 
d'où  des  graphies  comme  béot.  FëTia  'années',  thess.  K\i6-|Liaxoç,. 
att.  évveia  (ei  =  e).  —  En  grec  commun  peut-être  €0,  euj  de  âo, 
ôo),  d'où  le  gén.  xépcoç  de  K^paç  'corne'  et  sembl.  ( J.  Schmidt  P 1  u r. 
326  sqq). 

Phénomènes  de  dissimilation.  1)  ion.-att.  â  =  gr.  comm. 
â  devant  ti,  par  ex.  drip  *air'  à  côté  du  gén.  i^époç.  2)  â  attique 
de  ç  après  i,  €,  par  ex.  Kapbiâ  'cœur',  Y^ved  'descendance'  =  ion» 
Kpabiri,  Y€verj.  Ce  changement  s'est  produit  après  la  chute  du  F 
et  après  le  passage  de  ea  à  ti,  par  ex.  veâviâç  'jeune  homme'  = 
ion.-att.  comm.  NcFtivitiç,  èvbeâ  ace.  'manquant'  =  èv-beëa.  (uâ 
att.  dans  eùqpuâ  et  sembl.  n'était  pas  phonétique,  v.  Hatzidakis- 
KZ.  36,  589  sqq.).  Cf.  §  309  b  au  sujet  de  l'att.  pâ.  3)  n  ion.- 
att.  de  ë  (ei)  devant  e,  i,  par  ex.  hom.  x^PH^Ç,  X^P^ï  i  côté  de 
Xépeia  'inferior'  de  «xepeuF-  (§  157, 3,  i,  P),  'HpaKXnï  de  *-kX€[F]€[(T[u 

Latin:  i  de  e  devant  i,  par  ex.  iî,  mifs,  dii  à  côté  de  eum,. 
eô  etc.,  meus  etc.,  deus  etc.;  parf.  il  de  *el  =  *e[i]flf. 

Dans  certains  cas  un  changement  de  timbre  a  été  empêché 
par  une  tendance  à  la  dissimilation  (§  19  Rem.  3).  1)  -ie-  n'est 
pas  devenu  -ii-  (cf.  §  348,  I,  1,  b),  par  ex.  socie-tas  de  sodus  à 
côté  de  sûnitas  de  sanus  (cf.  -jecio  §  308,  2,  c).  2)  -uo-  jusqu'au 
commencement  de  l'époque  impériale  est  resté  sans  passer  à  -uu-y. 
par  ex.  mortuos,  arguant  à  côté  de  stinus,  agunt  (cf.  §  308,  2,  c). 
3)  'iè'  n'est  pas  devenu  -îë,  par  ex.  Imiièna  à  côté  de  pistrina 
(§  348, 1,  3). 

En  gotique  on  af  (ai)  de  ç,  ç  {au)  de  o  devant  les  voyelles^ 
par  ex.  saiay  staua.    V.  §  153,  2.  159,  2. 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  21^ 

En  vieux  slave,  dans  l'adjectif  composé  {dohrû-jî,  do- 
hryjî  'le  bon')  a[j]€,  é\j]e,  u[j]e  sont  devenus  aa,  éé,  uu  :  gén. 
dobraago,  loc.  dobrééml^  dat.  dobruumu  de  dobra-jegOy  dobré- 
jemly  dobru-jemu  (cf.  §  306,  p.  222). 

305.  B)  Changements  quantitatifs. 

Grec.  Abrègement  de  la  première  voyelle  surtout  en  dorien, 
par  ex.  ^acTiXéoç,  -éujv  (PacJiXeùç  Voi')  de  -fioç,  -rjujv,  et  aussi  en 
ionien-attique  quand  la  seconde  voyelle  est  longue  :  par  ex.  paai- 
Xéujv,  v€û»v  'navium' =  liom.  pamXiiujv,  vtiOliv;  fojGa  'j'ai  Thabî- 
tude'  =  hora.  eïuiGa  (*(T€-(TFuj9a)  ;  att.  0€â  'spectacle'  =  dor.  6dâ. 
Cf.  hom,  TrXaYxGiî  èirei  §  356, 3.  Souvent  en  ionien-attique,  niéta- 
thèse  quantitative^  c.-àd.  anticipation  partielle  de  la  seconde 
voyelle  avec  conservation  de  la  quantité  totale  des  deux  syllabes^ 
par  ex.  rëwç  'tant  que*  de  ifloç,  pamXéujç,  -éâ  de  -fioç,  -na.  En 
ionien  ces  changements  ont  été  souvent  effacés  par  Tanalogie 
grammaticale,  par  ex.  pacTiXëoç^  -ed;  veôç,  v€d  (att.  veiiç  'du 
vaisseau*)  d'après  noijuévoç,  -évâ,  qpXoTÔç  (pXofà  etc.  Cf.  G  r.  6  r.  * 
568qq.,  Solmsen  IF.  A nz.  11,  91. 

Latin.  En  latin,  avant  l'époque  historique,  abrègement 
de  la  première  voyelle  quand  elle  était  précédée  d'une  consonne. 
Par  ex.  pleo  de  "^plèo,  creare  de  *crè[i]are  {crësco)^  deus  de 
*d^08  (§  158,  5),  fldeî  de  *fidèî  (mais  -ièî).  Quand  la  première 
voyelle  était  i,  ft,  Tabrègement  ne  s'est  produit  qu'au  cours  de 
l'époque  historique,  par  ex.  ilhus,  illius]  fait,  fuit.  Les  formes 
telles  que  fidëî  (Ennius)  avaient  été  influencées  par  celles  en  -iéU 
V.  Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  138  sqq.  Cf.  dë-amo,  qui  amat  §  358, 4^ 

306.  C)  On  appelle  contraction  la  réunion  sous  un  seul 
accent  syllabique  de  deux  voyelles  qui  avaient  chacune  une  émis- 
sion distincte.  De  là  résultent  ou  bien  de  simples  voyelles  lon- 
gues, par  ex.  att.  ôpâ  de  ôpae^  ou  bien  des  diphtongues  descen- 
dantes, par  ex.  iraîç  de  irâïÇ;  skr.  uparsati  de  upa-rmti  (§  17, 
10,  a).  Dans  le  premier  cas  la  contraction  a  lieu,  soit  dans  le 
sens  régressif,  soit  dans  le  sens  progressif,  par  ex.  dor.  ôpn  et 
att.  ôpâ  de  ôpae. 

Indo-européen.  Outre  les  exemples  donnés  §  213  Rem.  4 
p.  151,  citons  encore  les  suivants.    *nësti  'non  est'  (skr.  nastiy 


'220  PHONÉTIQUE 

lit.  nèsti,  V.  si.  néstû  de  *ne  esH.  *Omëd'  'qui  mange  des  alimente 
-crus'  (skr.  dmâd-  gr.  db/iri^Triç)  d'un  th.  ùmo—^ed.  *80u  'celui-ci* 
<¥•  perse  hauv,  gr.  oû-toç)  de  *80  (=6)  +  la  particule  u.  Osq. 
mais  'plus',  got.  maiza  'plus  grand'  =  ^md-is-  (§  138). 

Dans  révolution  particulière  des  langues,  la  contraction  eut 
occasion  de  se  produire  soit  par  suite  d'innovations  analogiques, 
par  ex.  gr.  bu»o)i€v  'demus',  "IcnàôcTi  (IcnâcTi)  'sistunt',  soit  par 
fusion  intime  de  mots  d'un  groupe,  soit  enfin  par  suite  d'une  chute 
•de  consonne  entre  voyelles. 

Sanskrit,  ûcûr  parf.  'ils  ont  dit'  de  *uucury  cf.  3  sg. 
nvéca.  çrestha-s  :  zd  sraëétô,  de  indo-iran.  *çra{i)iit?ui'  (§  150). 
dw)va  de  divi  iva  (§  45,  2).  uparsati  'il  embroche'  de  upa- 
Tsa-tL    ârta-  'atteint,  malade'  de  d-rta-.    Cf.  §  354,  II,  1. 

Grec.  Ici  le  phénomène  est  très  fréquent  et  les  dialectes 
ont  souvent  suivi  des  voies  différentes  dans  la  manière  de  con- 
tracter. Une  grande  partie  des  phénomènes  qui  rentrent  sous  ce 
ohef  sont  la  conséquence  de  la  chute  grecque  commune  de  } 
<§  151,  2)  et  de  s  (§  286,  2)  ainsi  que  de  la  chute  plus  tardive  de  F 
<§  157, 2).  €Î  'tu  es',  par  ex.,  de  H[à]\  =  skr.  âsi  était  déjà  grec 
oommun. 

Exemples  de  contraction  dialectale.  Lesb.  etc.  At  de  Ai[F]i 
^ovi'.  Att.  uç  de  û[i]ùç  'fils'.  Att.  ipeîç  (ei  =  ^),  lesb.  Tpf]ç  de 
TP^[l]eç  (attesté  en  Crète)  'trois'.  Att.  pacTiXfiç  de  pamXfifFjeç 
*rois'.  Ion.  vfi  de  vë[FjTi  (att.  véâ)  'nova'.  Att.  alboûç  (ou  =  ô) 
lesb.  aTbu)ç  de  aib6[(r]oç  gén.  'de  la  pudeur'.  Att.  ^l(T6uJ^€v  de 
>ii(T9ô[i]uj)Liev  'louons'.  IcTiâcri  de  "lardâcTi  'sistunt'  (v.  sup.).  irr]  de 
'fT€[(r]a  'années';  gén.  sg.  Jtouç  de  ?Te[(T]oç.  ^l(T9oOT€  dor.  -ujtc 
de  -6[i]€T6  'vous  louez'.  Att.  inf .  imaGoOv  de  -6[i]€iv  (^)  ;  3  sg. 
|ii(T9oî  de  -ôfjei  (ei).  ^ixtù  de  -u)(T[i]€i  'il  a  froid',  subj.  pVfûi  de 
-ui((yi)r|.  ôpâ  dor.  ôpn  de  ôpa[i]€  'vois',  att.  inf.  ôpâv  de  -d[i]€iv  (?), 
3  sg.  ôp^  de  -d[i]€i  (et)  ;  fipai  dor.  fjpai  de  à[F]€îpai  (?)  'lever'.  Att. 
épOj)Li6v,  dor.  -df)ieç  de  -d[i]o)Li€v,  -à[!]o)Li€ç  'nous  voyons',  3  pi. 
att.  ôpiîicTi  de  -<i[î]ou(Ti.  Dor.  béot.  àç  de  5[F]oç  'quamdiu'  =  hom. 
fjoç,  att.  ïojç.  Att.  It€\  de  ?t€ï.  eO  de  *fi)  (eu),  probablement  de 
*€(yu  (à  côté  de  èaexôç  §  287,  5).    Cf.  aussi  §  356,  2. 

En  attique  €0,  €U),  €0u,  €a,  dans  les  positions  où  i  a  étaient 
tombés  en  grec  commun,  n'ont  pas  été  contractés  quand  les  formes 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  221 

étaient  dissyllabiques,  par  ex.  6€[(t]6ç  en  face  de  OoùcpiXoç,  bé[i]u> 
'je  lie'  en  face  de  boO)Li€v,  l[a]ap  'printemps'  en  face  de  fjpoç.  De 
même  dor.  vâôç  'temple'  en  face  de  vâxôpoç,  gortyn.  Tpéeç  en 
face  de  baTf\66at  'partager'.  Att.  lâci  de  *\éâa\  'ils  envoient'  ea 
face  de  xiOéacTi;  àXidiç,  -id  de  -lëœç,  -lëû  'pêcheur',  en  face  de 
PaaiXéuiç,  'éâ  et  sembl. 

Cf.  Gr.  Or.i>&8sqq.,  Hoffmann  Qr.  Dial.  III,  447  sqq.,  Fuochi 
Stud.  it  di  fil.  class.  6,  ISôsqq.,  Thumb  Heilenist  Spr.  926qq., 
Buck  A.  J.  of  Ph.  21,  321,  Solmsen  IF.  Anz.  11,  93 sq.  Unt.  103. 

Latin.  La  contraction  de  voyelles  de  même  timbre 
après  la  chute  de  i  en  italique  commun  (§  152,  2)  peut  être 
italique  commune,  par  ex.  très  osq.  tris  de  *tre[i]e8  (skr.. 
trâyas).  Là  où  apparaissent  Tune  à  côté  de  l'autre  la  forme 
contractée  et  la  forme  non  contractée,  la  dernière  reposait  soit 
sur  une  innovation  analogique,  soit  sur  le  contraste  des  formea 
de  prononciation  lente  et  de  prononciation  rapide  (tempo  lento 
et  tempo  allegro),  is,  di  de  ils,  diî  (§  304),  pi.  /iZf,  fîlîs  =  -if, 
'Us.  ml  de  nïhil,  nèmo  de  *nehemô  (§  269, 3),  copia  de  *co-opia 
(cf.  in-opia),  proies  de  *pro-olés  (cf.  sub-olês),  nOnus  de  *noonoSf. 
plus  ancien  *noveno8  (§  158,  5,  a),  dltior  =  dtvitiorj  latrîna  = 
lavûtrîna  (§  158,  2,  b).  dèsse  =  de-esse,  côgo  de  *cO'agô,  copula 
de  *cO'apuld,  cômo  de  ^co-emo,  sto,  sacro  de  staô  (onibr.  stahu 
'sto'),  *sacrao;  nës,  sacrés  de  *naês,  sacrdès,  soi  de  *saol  (§  158,. 
5,  a).  Aboutissement  à  une  diphtongue:  coetus  de  co-itus,  neuter 
(tardif)  de  nêàter,  rei  de  reïj  deinde  de  de-inde.  Ce  n'est  qu'en 
syllabe  finale  qu'on  a  î  de  ie  :  fîU  de  -ie.  Les  voyelles  de 
timbre  différent  n'ont  pas  été  contractées  quand  la  seconde  était 
longue  et  accentuée:  co-âctus  co-égi  à  côté  de  cogo,  aênus.  Cf. 
6r.  I*  p.  844  sqq.,  Stolz  La  t.  Gr.  ^  49  8qq.,  Sommer  La  t.  L.  u.. 
FI.  129  sqq. 

Germanique.  Contraction,  notamment  par  suite  de  la 
chute  de  i  et  i^  dans  -îï-  et  -i*m-,  par  ex.  got.  fra-wardeip  de 
*-^ardiii)idi  (§  350,  2,  a,  f),  got.  air,  v.  h.  a.  ér  de  *a{i]irif  got. 
pahaip  'il  se  tait'  de  *pahè{i)idi  (§  350,  2,  a,  b  j,  got.  juggs  v.  h.  a. 
iung  de  *iu[u)u79^arZ^  got.  niunda  v.  h.  a.  niunto  de  *ni[^]undôy 
V.  §  153,  p.  100,  §  159,  p.  no.  V.  h.  a.  friunt  'ami' =  got. 
frijonds]  tceik  'quod  ego'  de  *hwa  ih. 


222  PHONÉTIQUE 

Slave.  C'est  bous  ce  cbef  que  rentrent  des  cas  tels  qae 
V.  si.  priti  =  pri-iti  's'en  aller',  dobrago  dobrémî  =  dobraago 
dobréémï  (§  304). 

307.  D)  Production  de  diphtongues  issues  de 
l'union  de  deux  voyelles. 

Sanskrit,  i,  u  dn  védique  placés  devant  voyelle  appa- 
raissent (à  quelques  exceptions  près  telles  que  par  ex,dhiya  instru- 
mental de  dhîs  'pensée')  changés  dans  la  langue  classique  en  t/y  t?, 
par  ex.  pitrya-s  de  pitri(y)a-s  'patrius',  mitryàs  de  mUri(y)a-8y 
svàr  de  8Û{v)ar  (§  45,  2).  Le  contraire  se  trouve  dans  des  cas 
tels  que  prâkr.  haniya  =  skr.  hanyat  (§  313,  1). 

Grec,  i,  €,  u  (ti)  placés  devant  voyelles  étaient  souvent 
prononcés  comme  des  consonnes  depuis  Tépoque  grecque  com- 
mune, vraisemblablement  d'abord  dans  le  tempo  rapide  de  la 
prononciation,  par  ex.  ttôXioç  Geoi  (Homère),  àirëu)  (Pindare),  att. 
Çoppâç  de  Popëâç,  'HXeKTpyiwvriç  (Hésiode),  ètryâ  (oracle  de 
Delphes).  Cf.  §  50.  En  connexion  avec  ce  fait  étaient  le  change- 
ment de  T  en  (T  dans  TiXoiiaioç  et  scmbl.  (§  264, 6.  316)  et  de  b  en  Z 
dans  phocid.  Zi6ç  et  sembl.  (§  266, 3.  316)  \bb\àv  et  sembl.  (§  315), 
le  changement  lesbien  de  ^éipioç  en  ^eieppoç  et  sembl.  (§  312,  a) 
et  le  changement  de  *7TeXeKuàu)  en  TreXeKxàuj  et  sembl.  (§  321,  1). 

Latin.  Chez  les  poètes  dactyliques  de  toutes  les  époques 
on  trouve  des  scansions  comme  tnsidiantës,  avium,  aurf^a,  gen^Oy 
tenuia.  C'étaient  probablement  aussi  des  formes  du  tempo 
allegro;  Plante  et  Térence  ne  les  connaissent  pas  et  conséquem- 
ment  il  est  probable  qu'elles  n'appartenaient  pas  encore  à  la 
langue  de  tous  les  jours.  En  latin  vulgaire  cette  consonantifica- 
tion  de  i,  u  devint  plus  tard  une  règle  fixe,  d'où  par  ex.  italien 
faccia  piaccia  =  faciat,  jjlaceaf,  v.  fr.  tenve-^  elle  marchait  de 
pair  avec  le  changement  de  porculus,  vehiculum  en  porcins, 
vehiclum  (§  347).  En  latin  classique  v  n'était  résulté  de  u  que 
quand  celui-ci  était  inaccentué  et  placé  après  r  et  Z  précédé  de 
voyelle  comme  arvos,  larca^  salvos,  volvo,  plus  anciennement 
aruosy  lûrtia,  saluos,  voluo.  —  Le  contraire  se  montre  dans  le 
changement  plus  ancien  de  i  en  i  dans  médius  et  sembl.  (§  313,  1). 

Germanique.  Par  ex.  got.  fra-icardjam  de  ^^ardiiam- 
<§  350,  2,  a,  P). 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  223 

Action  des  coDBonnes  sur  les  voyelles  en  contact. 
808.  A)  Action  de  i,  ^  sur  la  qualité  de  la  voyelle 

1)  Fréquemment  dans  les  diphtongues  descendantes  :  assi. 
milation  partielle,  par  ex.  dans  crét.  ou  de  €u  §  142,  lat.  ou  de  eu 
-%  143,  V.  h.  a.  ei  de  ai  §  138,  ou  de  au  §  144;  assimilation  totale 
par  ex.  dans  ion.-att.  a  (ou)  de  ou  (ou)  §  142,  lat.  û  de  ou  §  143, 
germ.  comm.  z  de  ei  §  138,  v.  si.  i  de  ei  §  139,  u  de  ou  %  145. 

2)  Autres  cas. 

Sanskrit.  Indo-europ.  rr,  f  après  y,  deviennent  ur^  ûr, 
par  ex.  [v]urû-8,  [v]ûrna  (v.  §  156,"  p.  104.  §  200,  2,  201).  Cf. 
§  309. 

Latin,  a)  oy  de  eu  avec  ^  hétérosyllabique  (cf.  û  de  ou,  1), 
comme  aussi  en  osco-ombrien:  novos  :  osq.  Nu vellum  'Novellum', 
gr.  ve'Foç  'nouveau';  tovos  :  ombr.  touer  gén.  'tui',  gr.  t€[F]6ç  'tien'. 
Sur  un  cas  où  i.-e.  6j^  et  oy  sont  encore  distingués  en  latin  v. 
§  348,  II,  1).  b)  *syo-f  puis  so-,  de  ^sue-  devant  consonne,  soror 
de  *8ue8CHr  :  got.  swistar,  skr.  svdsar-  'sœur',  socrus  :  v.  h.  a. 
swigar  v.  si.  svekry  skr.  çvaçrû-a  'belle-mère'.  în-solèns  :  v.  h.  a. 
swellan  'se  gonfler',  sorbtis  :  a.  h.  a.  swert  'glaive'.  De  même 
c[tt]o-  de  *que'  devant  c,  qu,  m.  coxim^  cf.  con-quexî  où  que-  a 
subsisté  à  cause  de  -quinisco.  coquo  de  *quequO,  plus  ancienne- 
ment *pequO  (§  332,  a),  combrètum  de  *quemfr-  :  lit.  szvefldrai 
pi.  'espèce  de  roseau'.  Cf.  colo  de  *quelô  §  309,  b.  c)  Par  suite 
d'une  tendance  à  la  dissimilation,  le  changement  de  o  en  u  n'a  pas 
lieu  après  r  (§  19  Rem.  3),  du  moins  jusqu'au  commencement  de 
répoque  impériale,  par  ex.  volt^  volnus,  parvolus,  vîvos,  vlvont, 
sequontur,  unguont  à  côté  de  cultus,  ulna,  porculus,  lupus, 
agunt  etc.  (cf.  mortuos  §  304).  De  même  nature  sont  les  com- 
posés en  'jedo  (à  côté  de  ob-icio  et  semblables)  venant  de  -jacio 
à  côté  de  -ficio  de  -fado  (cf.  societas  (§  304).  d)  N'est  pas  clair 
au  point  de  vue  phonétique  vei-,  plus  tard  ri-,  de  voi-  (cf.  veiare 
et  sembl.,  §  309,  g),  vîcus  :  gr.  [FJoîkoç  'maison',  vlnum  :  gr. 
[FJoîvoç  'vin',    vis  'tu  veux'  :  v.  lat.  épigraph.  vois. 

Germanique,  a)  Germ.  comm.  ii  de  ei  avec  i  hétéro- 
syllabique (cf.  i  de  eij  1).  Got.  ija  'eam'  :  lat.  ea  de  *eia.  b)  En 
vieux  haut  allemand  avant  le  VHP  siècle  ie  de  ia  en  syllabe 
inaccentuée  (i  s'assimile  à  la  consonne  précédente),  par  ex. 


224  PHONÉTIQUE 

nerien,  heffen  =  got.  nasjan  'sauver',  hafjan  'lever',  sunte  fém, 
de  *8untia  'péché'. 

Slave,  a)  En  slave  commun  on  a  oi?  =  balt.  af^  de  ej^,  de 
même  que  slave  comm.  f^,  balt.  au  de  eu  diphtongue  (§  14ô).  Y.  si. 
novû  :  V.  pruss.  nawans  gr.  véFoç  'nouveau*,  plovq  'je  coule,  je 
navigue'  :  gr.  TrXë[F]u}.  synov-e  'les  fils'  :  cf.  gr.  7rf|X€[F]-€ç  (§  157). 
b)  Slav.  comm.  îi  (cf.  §  72)  de  i.-e.  ei  (cf.  i  de  ei  1);  en  v.  si.  îj 
et  de  là  ij  (c).  V.  si.  vïjq^  vijq  :  lit.  vejù  'je  tords,  j'enveloppe'* 
trïjCy  trije  'trois',  gostïjey  gostije  'hôtes'  :  cf.  gortyn.  Tpë[i]€ç 
(§  149,  2).  c)  V.  si.  î  (=  i.-e.  i  et  e)  devient  par  assimilation 
devant  j  la  voyelle  pleine  t.  Exemples  avec  i.-e.  i  :  trîjî,  trijï 
gén.  'trium'  =  lit.  trijû,  gr.  rpidiv;  braMja,  bratrija  'ensemble  des 
frères,  frères'  =  gr.  qppâTpiû.  Exemples  avec  e  sous  b.  A  tûétî-jiy 
tûètijï  'le  vain'  répond  novû-jî,  novyjl  le  nouveau'.  Ces  -y-,  -jr/-  tra- 
hissent en  même  temps  un  changement  quantitatif  provoqué  par  j^ 
d)  SI.  comm.  ie  de  io  (de  i.  -  e.  io  §  108  et  îa  §  120).  V.  A.  je  'cela'  : 
gr.  ô,  skr.  yd-d  'quod'.  Jconje-mûy  mq^e-mû  dat.  pi.  de  *koniO' 
'cheval'  *mqgiO'  'homme',  cf.  vlûko-mû.  jejq  instr.  sg.  de  ja  f . 
'elle',  cf.  tojq.  De  la  même  manière  ioi  devint  iei^  puis  (§  139, 1) 
il  :  konjUchû  loc.  pi.,  cf.  vlûcé-chû;  znaji-te  2  pi.  opt.  (impér.),, 
cf.  vezé'te]  zmiji  du.  f.  de  zmija  'serpent',  cf.  rc^.  De  plus,  iû 
devint  jft,  par  ex.  konjl  nom.  sg.,  cf.  vlûkû,  et  iy,  il,  par  ex.  konji 
instr.  pi.,  cf.  vlûky.  e)  Slave  comm.  ia  sort  par  dissimilation  de 
ié  (i.-e.  iè\  par  ex.  stojati  'se  tenir  debout'  de  *8tojétiy  zemlja 
'terre'  de  *zemjè=^\\t  zèmè  de  *zemié;  parallèlement,  kricati 
'crier',  slyiati  'entendre',  cajq  'j'attends'  :  (skr.  cdya-ti),  poL  zadny 
'laid'  (:  lit.  géda  'honte'),  cf.  §  253,  2.  260,  2.  297,  2.  363,  1.  — 
f)  La  palatalisation  slave  commune  de  k,  g^  ch  en  c,  dz  Zy  » 
provoquée  par  une  voyelle  palatale  précédente  a  entraîné  le  passage 
de  0,  y  y  û  suivants  à  6,  i,  f,  par  ex.  lice  de  HîkOy  sicî  de  sikuy 
vîsî  de  mcAw  V.  §  253,  Rem.  1;  297,  h. 

309.  B)  Action  d'une  autre  consonne  que  i,  ^  sur 
le  timbre  de  la  voyelle. 

Sanskrit.  I.-e.  rr,  f  sont  représentés  par  uVy  ûr  après 
les  explosives  labiales  et  m,  par  ex.  purû-s,  pûrnd-s  (v,  §200, 2- 
201).  Cf.  §  308,  2.  En  prâkrit,  a  est  devenu  u  après  les  labiales 
par  ex. pudUiama- = skr.pra^Aama-'le  premier' (Pischel  G  ramm.  88  ). 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  225 

Grec,  a)  Eléen  ap,  pa  de  €p,  pe,  locr.  ap  de  ep  sous  l'action 
da  p.  El.  FdpTOV  =  fpTov  'œuvre',  ÔTiÔTapoi  =  ÔTTÔrepoi  'utri', 
locr.  iraiàpa  =  Tiaiëpa  'patrem',  él.  Kaiiapaiu)  'je  sacrifie'  de  *KaT- 
topciui  (cf.  él.  qpuTabeiuj).  b)  De  même  att.  pâ  par  assimilation  de  ion. 
att.  comm.  pn  (rç)  =  gr.  comm.  pâ.  Trpdrru} 'j'agis'  =  ion.  TTprjaauj, 
dor.  iTpd(y0uj.  xwpct'pays'  =  ion.  x^?^}  dor.  x^pâ.  (Au  conti-aire  pr| 
du  grec  commun  a  subsisté  en  attique,  par  ex.  ^/jiujpy  cf.  §  99. 123). 
Ce  changement  s'était  produit  avant  la  chute  de  F  et  le  passage 
de  ea  à  T]  (cf.  KÔpr)  =  ion.  Koùpri,  arc.  KôpFâ  §  157,  3,  a.  ôpn  = 
âpea  'montagnes'  §  306),  il  est  donc  plus  ancien  que  le  changement 
(dissimilatoire)  de  it],  €ii  en  lâ,  eâ  (§  304).  c)  Eol.  o  de  a  dans  le 
voisinage  des  liquides.  Lesb.  béot.  irôpvoiii  =  îràpvoiii  'sauterelle'. 
Thess.  béot.  èpoiôç  =  ipaiôç  'aimé\  Lesb.  àôXXriç  (hom.  àoXXriç) 
=  àeXXrjç  'pressé,  serré',  d)  Dans  le  même  groupe  de  dialectes  pe 
de  pi,  par  ex.  lesb.  AâfiOKpëTU}  à  côté  de  Kpiiujv,  thess.  T^pécTtâç 
à  côté  de  T^piaxaioç  (cf.  Gr.  Gr.  ^  68).  e)  Arcad.-cypr.  crét.  iv 
de  ev,  par  ex.  îv  =  èv  'dans'  (cf.  Gr.  Gr.  *  67).  f )  Probablement 
gr.  comm.  t^û  de  tûj  d'oii  -0u-  après  voyelle  dans  f^^icJuç,  bou- 
Xôauvoç  entre  autres;  à  ce  fait  se  rattache  probablement  le  béot. 
lac-tsacon.  lou,  îu  après  t,  6,  b,  CT,  particulièrement  par  ex.  béot. 
TiouTX<ivuj,  V.  Brugmann  Ber.  d.  sâchs.  G.  d.  W.  1901  p.  89sqq. 

Latin  a)  Vraisemblablement  e  de  i  devant  r  =  ital.  comm. 
2,  i.-e.  8  (§  290,  1):  sera  'je  sème'  de  *8i'S0  (cf.  sê-vif  sa-tus); 
ciner-is,  de  ciww,  cinisculus,  cf.  gr.  kovict-  (§  151,  3,  i)  ^).  Vrai- 
semblablement aussi  0  de  u  iforem  de  *fu-8èm,  à  côté  de  futûrus 
osq.  f  usid  'foret';  lat.  vulg.  nora  =  skr.  snusâ  'belle-fille'  à  côté 
de  nurus  (oi!i  V  u  Vk  été  protégé  par  Y  u  de  la  syllabe  suivante). 
b)  0  de  e  devant  l  (§  180,  2).  hoïus  à  côté  de  helus  (phonéti- 
quement holus,  *heleri8  etc.,  mais  nivelé)  :  pet.  russ.  zelo  'herbe', 
R.  ghel'.  olor  :  m.  irl.  éla  'cygne',  oc-culo  de  *celo  (phonétique- 
ment 'Cu-lo,  *'Ci'li8  etc.,  mais  nivelé)  :  v.  irl.  celim  'je  cache'. 
colo  de  *quel6  (§  158,5,  6),  à  côté  de  inquUînus  de  Hnquéllnus 
(avec  V)  :  hom.  irëXoiiai  'versor'  (§  256,  Rem.  1),  skr.  câra-ti  'il  se 
meut,  il  circule',    olîva  emprunté  de  gr.  èXai[F]â  (§  348,  I,  3,  a). 

1)  Cf.  vir  avec  i. -e.  r.  —  i  est  demeuré  devant  rg  =  i.-e.  zg^ 
si  du  moins  le  lat.  virga  se  rattache  au  v.  h.  a.  wisc  (cf.  mergo 
§  291,  1). 

Bmgmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée  25 


226  PHONÉTIQUE 

0  devint  ensuite  u  (d'après  c)  :  pulmentum  :  ombr.  pelmner 
'pulmenti'  ;  cultus  de  *quolto8,  à  côté  de  colo  ;  mulsus  à  côté  de 
melj  méllis.  Un  e  en  syllabe  accentuée  a  gardé  sa  qualité  sous 
rinfluence  d'une  gutturale  antécédente  c,  g  qu'il  avait  palatalisée  : 
celôx  (cf.  celer\  célsus  (d'après  lequel  on  a  aussi  ex-celsus)  ^), 
8celu8  (cf.  sceleris),  gelu  (cf.  gelidus)  ;  au  contraire  pôrculus  par 
ex.  de  *pôrcelo8  (§  348,  I,  1,  b).  e)  ul  de  ol  (avec  i)  devant 
consonne  (a  l'exception  du  groupe  lly  par  ex.  collisy  ollus),  sulcus 
gr.  ôXkôç  'action  de  tirer',  multa  v.  lat.  molta  :  osq.  moltam 
'multam'.  Exemples  de  oly  ul  issus  de  el  sous  b).  d)  i  résulte 
de  e  devant  ta  +  consonne,  quînque  {t  d'après  quîntus)  :  gr.  ttcvtc 
*cînq'.  tinguo  :  gr.  TéffUJ  'je  mouille',  dmnus  (dignus)  se  ratta- 
chant à  decety  sitBnum  {signum)  de  la  R.  seqU-  tnseque,  got. 
saihan  Voir'  (§  320,  3,  b),  attingo  de  ^-tengOy  à  côté  de  fangro 
(§  348, 1, 1,  a),  sinciput  de  sefa-c-y  plus  ancien  *8êm[i]'C'  (§  310). 
e)  u  de  0  devant  7ak  (ne),  lagu  {ngu\  mb,  uncus  gr.  ôy^oç  'courbure, 
crochet',  homun-culus  à  côté  de  homo.  nuncupo  de  ^nota-c- 
plus  ancien  *w5m[i]-c-.  unguen  :  v.  h.  a.  ancAo  'beurre'.  umM- 
Zfcîtô  :  gr.  à^9aXôç  'nombril',  lumbus  ital.  comm.  Honp^o-  :  v. 
h.  a.  lentin  'rein',  f)  u  entre  Z  et  une  consonne  labiale  devint  un 
son  du  genre  il  (écrit  u  et  «).  Zu&ef  Zi&6^  :  skr.  luhh-  'désirer 
violemment*,  lïber  'liber'  et  dê-lubrum  'fustis  delibratus'  (Fest. 
Paul.)  :  V.  a.  h.  loft  russ.  lub  (liber)  {u  de  ou).  clupeuSy  clipeus. 
{lupus  ne  se  rencontre  qu'avec  u  à  cause  de  V  u  suivant.)  De 
même  probablement  liber  'libre'  v.  lat.  loebertatem  de  Houb-  :  osq. 
L  ù  V  f  r  e  i  s 'Liberi'  f  al.  loferta  'liberta',  gr.  èXeuGepoç.  g)  Au  IP'^^ 
siècle  avant  J.-C.  ve-  de  vo-  devant  f,  «,  r  par  anticipation  de  la 
position  de  la  langue  requise  pour  ces  consonnes  (r  était  un 
phonème  prononcé  avec  la  pointe  de  la  langue),  votare,  vetare^ 
voster,  vester,  cf.  noster,  vorro,  verro.  vorsus,  versus*^  dans 
deorsum,  y,  était  déjà  tombé  avant  l'action  de  cette  loi  (§  158, 5,  a). 
*vormi8y  verrais  :  béot.  Fàp)iixoç  NP.,  got.  waûrms,  i.-e.  *^rfni'. 

Germanique,  a)  En  germanique  commun  e  est  devenu  i 
devant  nasale  +  consonne.  Got.  firrifta,  v.h.si.fimfto,  v.isLfimte  : 
gr.  nëjuTTToç  'cinquième'.  Got.  bindan  v.  h.  a.  bintan  v.  isl.  binda 
'lier'  :  lat.  of-fendimentunij  R.  bhendh-,    Got.  peihan  v.  h.  a. 

1)  columen  a  i.-e.  o,  et  culmen  peut-être  ol  de  i.-e.  /. 


CHÂNGEMBNTS   CONDITIONNÉS  227 

'dîhan  'prospérer'  de  ^pm^an,  v.  §  170,  2.  Ce  changement  est 
postérieur  à  Tabrègeinent  de  é  en  e  devant  n  +  consonne  (cf. 
wind8%Z\0y  b).  Dans  les  emprunts  finnois  on  a  encore  6,  par  ex. 
rengcus  'anneau'  =  v.  isl.  hringr  v.  h.  a.  (h)ring.  h)  Devant  r  et  A,  i 
est  devenu  en  gotique  ai  (ç),  et  w,  aû(ç).  wair  'homme'  germ.  comm. 
*y,ira'Z  :  v.  h.  a.  wer  (§  330,  1,  a),  lat.  vir\  maihgtus  :  v.  h.  a.  mist 
'fumier',  R.  mei^A-'mingere';  airpeins  =  v.  h.  a.  irdfw'de  terre'  et 
raihtjan  =  v.  h.  a.  rihten  avec  germ.  comm.  i  de  i.  -  e.  e  (§  95. 
330,  2,  a),  daûr  n.  'porte'  germ.  comm.  ^dura-n  :  v.  h.  a.  tor 
(§  330, 1,  a),  gr.  7Tp6-6upov.  faûrhtjan  :  v.  h.  a.  furihten  'craindre'. 
mûhts  :  V.  h.  a.  suht  'maladie',  c)  Le  e  i.-  e.  de  er  subsistant  en  ger- 
manique commun  en  syllabe  inaccentuée  sous  la  forme  ç  est  repré- 
senté par  a  en  gotique  et  vieux  haut  allemand.  6ot.  hapar  v.  h.  a. 
hwedar  :  ags.  hwœdery  gr.  Trôiepoç  'lequel  de  deux'.  Got.  ufar  v.  h.  a. 
obar  :  ags.  ofer  'en  haut',  gr.  uTrep.  Ici  on  peut  citer  aussi  d)  le 
<îhangement  de  ai  (par  ae)  en  v.  h.  a.  ê  (f)  devant  r.  A,  w,  par  ex. 
mèro  =  got.  maiza  (§  138,  3)  et  celui  de  au  (en  ao)  puis  v.  h.  a.  ô 
(ç)  devant  A,  d,  ty  z,  «,  w,  r,  l,  par  ex.  kôs,  rôt  =  got.  katis,  raups 
<§  144,  2,  3). 

310.  C)  Diminution  de  la  quantité  des  voyelles. 
Presque  dans  tout  le  domaine  linguistique  indo-européen  on  con- 
state Tabrègement  des  voyelles  longues  devant  i,  ;^,  nasale,  liquide 
■+-  consonne. 

C'est  ainsi  qu'en  s  a  n  s  k  r  i  t  ai,  au  sont  devenus  ai,  au,  par  ex. 
dans  draïksam,  açrau8a7n%\Al  (cf.  Wackemagel  Ai.  Gr.  1, 408q.). 

Grec.  L'abrègement  a  eu  lieu  dans  gr.  comm.  Xukoiç  : 
skr.  vfkais  'lupis'.  Tvoîjnev,  bpaîjiev  de  *tvuji^6v,  bpâi)i€v,  à  côté 
de  rindic.  ftvujjiev  fbpâjiev.  Zeiiç  :  skr.  dyaû-s  'ciel',  poûç  : 
«kr.  gaûf  'bœuf.  aÔTT]  'haec'  de  ^sau-ta.  Cf.  §  147  et  Gr.  Gr.  » 
71  sq.  573.  b)  Part.  tv6vt6ç  de  *Tva)VTeç,  3  pi.  f|iiT€V  de 
*è-jniTTi-VT  (§  356,  11),  TTTëpva  :  skr.  pârsni-s  'talon'. 

Cet  abrègement  est  plus  récent  que  la  chute  de  a  dans 
*âva\x)ç  =  hom.  ^lùç  (§  147. 286, 2)  et  dans  ♦^Tiv(J-oç=lesb.  junvvoç, 
att.  \xr]vôç  gén.  'mensis'  (§  286,  5),  à  côté  duquel  on  a  le  nom.  ion. 
^€Îç  =  *^6vç  de  Vnvç. 

Latin,  a)  lupis  :  osq.  nesimois  ital.  comm.  -ois  :  skr.  vfkais, 
diûs  'jour'  (dans  nu-dius)  de  *diou8  :  skr.  dyaû-s.    Cf.  §  147. 


228  PHONÉTIQUE 

b)  venius  :  ekr.  vânt-  'soufflant',  i.-e.  *^ënt',    perna  :  skr. 
pdrmi'S  (v.  s.). 

L'abrègement  avait  eu  lieu  en  italique  commun,  mais  se 
produisit  aussi  plus  tard  :  cf.  par  ex.  ^aud^o  de  *gay[i]deô  (à  côté  de 
gavîsus),  sinciput  de  *sem[i}'  caput,  ardus  à  côté  de  aridu8(%  345^ 
1. 346).  Cf.  aussi  equae  de  -ai,  quam,  equam^  pater  §  358,  6,  16. 

Germanique.  L'abrègement  a  eu  lieu  en  germanique 
commun,  a)  y.  isl.  nau-st  'remise  pour  bateaux'  :  skr.  nûû-s 
'navis'.  6ot.  aiws  'temps,  éternité'  vraisemblablement  d'un  ancien. 
ai'  de  même  que  le  gr.  alFei  'toujours',  lat.  aevo^m  :  cf.  skr^  âyu- 
âyun-  'temps  de  la  vie'  cf.  §  147.  b)  Got.  toinds  v.  h.  a.  loint  'vent' 
(§  309,  a)  :  skr.  vànt-  (v.  s.).  Got.  fairzna  v.  h.  a.  fersana  :  skr. 
pârsni'S  (v.  s.).  Got.  juggs  v.  h.  a.  iung  de  *ift»jaz,  plus  ancien- 
nement *iu[^]u1^;^a'  (§  159). 

Slave.     Les  abrègements  paraissent   en   grande   partie 

remonter  au  balto-slave  commun,    a)  V.  si.  po-sluchû  {u  de  eu, 

§  145)  :  skr.  d-çrau-sam,  aoriste  en  s  de  fcle^-  'entendre'.    Cf. 

§  147.    b)  imqéta  de  *îmontja  (§  154,  3,  f),  gén.  sg.  partie,  à 

côté  de  ima-mû  'nous  avons'  :  cf.  lit  jmtant  gérondif  dejûsto-me 

'nous  ceignons'. 

Rem.  L^abrègement  traité  ici  a  été  sans  doute  au  début  plutôt 
un  déplacement  de  la  quautité.  Ce  que,  par  ex.,  dans  le  gr.  *hip- 
pôiSj  *gnôntes,  Vô  a  perdu  en  durée,  a  été  ajouté  à  la  consonne, 
de  sorte  qu'on  eut  *hippoiiSf  *gnonntes.  De  là  ensuite  hippois,, 
gnontes.  Ainsi,  dans  ces  cas,  à  le  bien  prendre,  l'intluence  a  été 
réciproque. 

311.  D)  Augmentation  de  la  quantité  des  voyelles. 

1)  L'augmentation  de  la  quantité  des  voyelles  marche  de 
pair  avec  la  réduction  de  la  consonne  suivante  (elle-même  anté- 
consonan tique),  réduction  qui  la  plupart  du  temps  va  jusqu'à  la 
chute  totale  de  cette  consonne.  Quand  il  s'agit  d'une  voyelle 
longue  de  nature,  cet  accroissement  de  la  quantité  n'est  pas  ex- 
primé, du  moins  par  la  graphie. 

Sanskrit.  î,  w,  f  de  té,  wi,  ri,  par  ex.  Udha-Sj  adha-s^ 
mr^t'Jcdm  (§  241,  b),  nldd-s  (§  278,  i). 

Grec,  a)  Chute  de  v  dans  v(T,  par  ex.  att.  tiâaa  de  ndvaa, 
V.  §  166,  5.  b)  de  a  dans  aF,  crp,  aX,  cr^,  crv,  par  ex.  ion.  vr\àÇy 
Tpir|pu)v,  x^î^ioi,  fmeîç,  qpaeivoç,  v.  §  286,  3.    c)  att.  postérieur 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  229 

-fîvojuai  de  TÎTvojuai  cf.  la  bibliographie  de  wv  =  tv  §  320,  3,  b. 
d)  lon.-att.  â  de  aiF,  aii  devant  les  voyelles  du  type  e.  i  et  a. 
bârip  'gendre'  de  ♦baiFiip  :  skr.  devdr-  'frère  du  mari',  oei  'tou- 
jours' de  aîFeî  (attesté  en  cypriote),  à  côté  de  aliwv.  Ion.  aîcrauj, 
att.  $TTui  'je  bondis'  de  *[F]ai-FÎKiuj  (§  336, 1).  xXdei  'il  pleure'  de 
*KXaiF€i,  plus  anciennement  ♦xXaF-iei  (§318,  2),  à  côté  de  xXaîu); 
par  suite  de  nivellements  à  l'intérieur  de  la  flexion  du  mot,  on  a  eu 
ensuite  xXdu),  -ojiev,  -oucji  d'une  part,  xXaîeiç,  -€i,  -exe  d'autre 
part.  'AOnvdâ  'A0r|vâ  de  -ai-iâ  à  côté  de  'A0r|vaîoç;  de  même 
enPâîç  à  côté  de  enPaîoç.    Cf.  (5  r.  G  r.  »  48  sq. 

Latin,  a)  Réduction  de  n  dans  consulj  infero  —  consul, 
i^ferô  et  sembL,  et  chute  complète  dans  equôs  de  ^equons,  prO- 
têlum  de  ^tens-lom  et  sembl.  V.  §  168,  4.  b)  Chute  de  7dk  (en 
passant  par  rd)  devant  w.  conîveo  de  ^con-cnîveô  :  got.  hneiwan 
*s'incliner'.  R.  kneig^-h-.  qulnï  de  *quincnoi.  Même  allonge- 
ment devant  tskt,  ^aJcs,  où  A;  et  ^  en  même  temps  subissent  la 
réduction,  par  ex.  quîn[c]tusy  santtus,  jûnctus  (à  côté  de  sàncio, 
jûngo)  :  qutnque  avec  i  d'après  quin[c\tu8.  Cf.  §  268, 4.  c)  Chute 
de  r  dans  ras,  par  ex.  scasum,  v.  §  180  Rem.  1.  Dans  certains 
milieux  :  fùrma^  ùrdoy  fîrmus  et  sembl.,  c.-à-d.  probablement, 
fô^ma  etc.  d)  Chute  de  z  (i.-e.  s  et  z)  devant  nasale,  liquide  et 
rf,  par  ex.  dîmoveo,  dîluo,  ntdus,  v.  §  290,  5.  291,  2. 

Rem.  L'allongement  dans  àctus  {ago\  câsua  {cado)  et  sembl. 
(règle  dite  de  Lachmann)  a  été  probablement  occasionné  par  le  fait 
qu'en  vertu  d'un  nivellement  analogique  interne,  au  lieu  de  la  sourde 
indo  européenne  devant  ^  (§  261,  1)  on  a  réintroduit  la  sonore  (de 
<igo  etc.)  et  que  celle-ci  a  été  le  facteur  déterminant  de  l'allonge- 
ment.   V.  Sommer  La  t.  L.  u.  FI.  136  sq. 

Germanique,  a)  Chute  de  ^  devant  Xj  P&r  e^*  got.  fahan 
de  *fafdxan,  v.  §  170,  2.  b)  En  vieux  haut  allemand  chute  de  h 
devant  Z,  n,  par  ex.  malôn  de  mahlon  'convoquer  en  justice'  (cf. 
§  273,  2,  c),  8înu  de  sïh-nu  'voici*. 

Slave.  En  slave  commun  n  disparaît  dans  les  finales  -insy 
-uns,  par  ex.  tri  =  got.  prins  (§  362,  9). 

2)  Augmentation  de  quantité  accompagnant  la  chute  de  la 
«econde  de  deux  consonnes  qui  se  suivent.  Grec,  a)  vi,  pi  : 
KT€ivu),  96€ipiu,  V.  §  151,  3.  b)  vF,  pF,  XF  :  ion.  E€îvoç,  Koùpn, 
oôXoç,  V.  §  157,  3.  a.    e)  Xv  :  eïXo/iai  v.  §  166,  6. 


230  PHONÉTIQUE 

Vocalisation  des  consonnes  et  développement  de 

voyelles. 

3>Vi.  A)  Vocalisation  sans  production  de  non- 
velles  syllabes.  Ici  se  produit  ou  bien  un  échange  de  rôle» 
entre  deux  phonèmes  voisins,  ou  bien  la  voyelle  d'une  syllabe  est 
complètement  absorbée  par  une  consonne  qui  devient  syllabique» 
Dans  les  deux  cas  une  voyelle  de  transition  peut,  devant  la  nasale 
ou  la  liquide  devenue  voyelle,  prendre  toute  la  valeur  d'une  voyelle 
proprement  dite^etaloi-sla  nasale  ou  la  liquide  cessent  d'être  vo3'el- 
les  (anaptyxe),  par  ex.ro — r — *r — er.  Cf.  §341,  2.  a)  Got.  siujan 
V.  h.  a.  siuwen  (avec  diphtongue  descendante)  de  "^siû-  et  sembl.^ 
V.  §  153,  3^)l  En  lesbien  TTëppa^oç,  jneTeppoç  de  TTpiaiioÇy 
jiëTpioç  'mesuré'  :  ri  est  devenu  fi,  eri^  err.  En  syllabe  inaccen- 
tuée :  got.  hoftuljos  'de  la  renommée'  sortant  de  *h)ôftlioz,  v.  h.  a. 
lant'Sidillo  'accola'  de  *8idliô  de  sedal  avec  suffixe  Ho-,  §301, 1). 
b)  Slave  i-  de  l'ï-,  v.  §  363,  3.  —  Des  faits  analogues  se  ren- 
contrent ailleurs  en  syllabe  inaccentuée,  par  ex.  lat.  con-icio  : 
jaciOf  con-cutio  :  quatio  (§  345,  1).  —  En  latin  n  est  devenu  er 
en  passant  par  r.  ter  {terr  Plante)  de  *tris  :  Tpiç  'trois  fois';  testi» 
'témoin',  plus  anciennement  Herstis  (§  180,  1),  de  Hri-sti-s  (cf. 
8tar€j  'celui  qui  assiste  en  tiers')  :  cf.  osq.  trfstaamentud  'testa- 
mento'.  certus,  cerno  :  gr,  KpiTÔç  'distingué',  ri  de  même  que 
ro,  no  et  sembl.  subissent  le  même  traitement  en  syllabe  inaccen- 
tuée. (§  344  sqq.)  Parallèlement  got.  akrs  (akrs),  ibns  {ibns} 
de  *akraz,  *ibnaz  et  sembl.  (§  350,  1).  Cf.  aussi  sur  des  vases- 
attiques  èTTOiriav,  'A9nvr|6v  qui  font  supposer  -n  provenant  de  -ev. 

313.  B)  Vocalisation  avec  production  de  nou- 
velles syllabes.  On  trouve  souvent  dans  les  documents  écrits- 
la  même  forme  avec  ou  sans  vocalisation. 

Rem.  Il  faut  tenir  compte  ici  (outre  l'inexactitude  de  la 
représentation)  soit  des  différences  du  tevipo  du  discours,  soit  du 
nivellement  grammatical  (par  ex.  lat.  vehiculôrnm  au  lieu  de  vehi- 
clôrum  (d'après  vehiculum), 

1)  Vocalisation  de  i,  ^  (en  i|,  uj^)  après  consonne. 
Moyen-indien,  par  ex.  prâkr.  haniya,  ciyatta-y  bahuvîj  Huva 

1)  Par  altération  de  phonèmes  analogique,  par  ex.  cafûr-bhi^ 
catur-thd'8  au  lieu  de  '*catvf-  (cf.  catûr-as),  gr.  oHupôç  à  côté  de 
skr.  jivri-ç  (§  155,  Rem.  1). 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  231 

=  skr.  hanyat  opt.  'puisse-t-il  frapper',  tyakta-  'abandonné*  bahvï 
fém.  'nombreuse',  çvas  'demain'.  —  Latin  médius  de  *medio8 
et  sembl.  v.  §  152,  3;  suadeo  de  svadeo  et  semb!.,  v.  §  158, 3.  — 
V.  h.  a.  ferio  ferigo  de  "^fariô  et  sembl.,  v.  §  158,  3.  2)  Vocali- 
sation de  nasales  et  de  liquides  avec  développement 
de  voyelle,  a)  Liquide  +  consonne.  Moyen-indien  fré- 
quemment, par  ex.  prâkr.  harisa-  =  skr.  harsa-  'joie'.  —  Grec 
rarement,  par  ex.  épigrapb.  'Epcfinç,  'Epi^nç  =  'Ep^fiç,  él.  ZaXa- 
^u)Vâ  =  laX^uivâ.  —  Latin  rarement,  par  ex.  épigrapb.  arimo- 
rum,  dulicia  =  armôrum,  dulcia.  V.  b.  a.  fréquemment,  par  ex. 
forahta,  faravou,  farowa,  félahan  =  forhta  'crainte',  farwa 
'couleur',  felhan  'cacber'.  b)  Consonne  +  nasale  ou  liquide. 
Moyen-indien  fréquemment,  par  ex.  prâkr.  Jcasina-  kasana-j 
sumaraï,  Jcilissaï^  saJcJeiriya-  =  skr.  krma-  'noir',  «rwara-^i  'il  se 
souvient',  Jcliçya-te  'il  se  tourmente',  sàkriya-  'actif.  —  Grec 
rarement,  par  ex.  ëpbojiioç  'septième'  béracl.  épbeinriKOVTa  =  *épb|i-, 
vases  att.  'Erribopoiioç = 'Eiribpoiioç,  tbess.  'AcTKaXaTriôboupoç  (aXâ  ?) 
= 'AcJKXâTriô-biupoç.  —  Latin.  Assez  régulièrement  ol,  ul  et  il 
de  l  et  V  après  la  plupart  des  consonnes,  par  ex.  pôcolom  pôcu- 
lum  =  pôclom,  stàbilis  de  *stabli8;  remarquez  l'opposition  de 
perfculum  et  de  periclitor,  dont  il  faut  rapprocber  §  346,  3. 
D'autres  faits  sont  plus  isolés,  par  ex.  épigrapb.  Terehonio  = 
Trebônio,  matirihua  =  matrihus.  V.  G  r.  P  p.  443  sq.  822  sq., 
Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  150  sqq.  —  V.  b.  a.  rarement,  par  ex. 
he»mo,  besamo  'balai',  sprahari,  sparûhari  'parleur'. 

Gémination  des  consonnes. 

314.  La  limite  de  la  pression  expiratoire  est  souvent  placée 
à  Tintérieur  d'une  consonne  simple,  ce  qui  est  exprimé  dans  l'écri- 
ture par  le  redoublement  grapbique  de  la  consonne.  Cf.  §  17,  11. 
La  limite  des  syllabes  varie  souvent  suivant  le  tempo  de  la 
prononciation  et  autres  circonstances. 

A)  Entre  voyelles.  En  sanskrit,  quand  il  s'agit  de 
-n,  -7t,  par  ex.  ddhvann  à  'sur  le  cbemin'.  En  moyen-indien,  dans 
les  syllabes  prétoniques,  par  ex.jitta  =  skr.  jitd-  'vaincu,  gagné'. 

En  grec,  quand  il  s  agit  de  v,  \Xj  p,  X,  a,  d  (b),  faits  que 
Ton  constate  surtout  par  des  graphies  épigraphiques.  Au  contact 


232  PHONÉTIQUE 

de  deax  mots  étroitement  uiris,  par  ex.  att.  Euvv-ôvti,  etoa-aTuitriv, 

samien  iivv  ëx^v.    Ailleurs,  par  ex.  att.  vaOXXov,  rhod.  eijLijieiVy 

béot  eàXXttTTav,  gortyn.  (JTroFbbdv  {h  =-•  d,  §266,  1).    Cf.  Gr. 

Gr.  *  131,  Solmsen  Unt.  165  sq. 

En  latin  avec  des  consonnes  qaelconqnes.    1)  Souvent 

après  voyelle  longue  accentuée,  auquel  cas  Tabrègement  de  cette 

voyelle  marchait  de  pair  avec  le  redoublement,   narro  de  gnarus- 

alium,  allium  cf.  halo.  cUpa^  cuppa  :  skr.  Jcûpa-s  'cavité*,  litera, 

littera.    De  même,  quand  la  voyelle  portait  un  accent  secondaire 

(§  58)  :  pari'Cîda,  parri-cîda  (:  gr.  tttiôç  'parent'  de  *iïâOoç), 

2)  En  latin  vulgaire  après  voyelle  brève,  par  ex.  habbebis  =  habê- 

bis,  sepellifa  =  sepelîta,  acqua  =  aqua,  annima  =  anima.   Cf- 

Gr.  V  p.  801,  Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  290  sqq. 

Rem  1.  Du  cas  de  *nâro  donnant  narro  il  faut  rapprocher 
l'abrègement  de  la  voyelle  finale  dans  le  cas  de  l'addition  d'un 
enclitique  avec  qu-  :  sî-quidem  tû-quidem  mè-quidem  quî-quidem 
quandô-quidem,  sï-quis  në-qui.s\  quÔ-què.  On  eut  d'abord  *.ncquidem 
de  si-quidem.  Mais  en  transportant  la  limite  des  syllabes  devant 
cqu  (§  328)  on  obtint  une  syllabe  brève.  C'est  sur  ce  principe  que 
reposent  aussi  hicquidem^  ecquis,  quicquid  avec  première  syllabe  brève. 
Cf-Ahlberg-De  proceleusmaticis  iamborum  trochaeorumque 
antiquae  scenicae  poesis  Latinae  6tudia(Lundl900)p.558qq. 

Germanique.  All.mod.  donner  =  m.b.  a.  doner  et  sembl. 

(cf.  Wilmanns  D.  Gr.  P,  187  sq.).    Sur  le  prétendu  changement 

germanique  commun  de  -i-,  -j^-  en  -H-,  -i^u-  v.  §  153,  159. 

Rein.  2.  La  géniination  employée  depuis  l'époque  indo-euro- 
péenne dans  les  onomatopées,  les  appellations  et  sembl.  ne  sera 
traitée  que  dans  la  théorie  de  la  formation  des  mots,  car  elle  n'était 
qu'un  procédé  de  formation. 

315.  B)  Avant  et  après  consonne. 

Sanskrit,  par  ex.  ^wff rcf-«,  aggni-Sy  sattyd-s  =  putrâ-s 
'fils',  agnis,  satyd-s.  D'autre  part  aussi  redoublement  après 
r.  A,  par  ex.  sarppâs,  sàrwa-s,  jihnmd-s  =  sarpâ-s  'serpent', 
sdrva-s  'tout',  jihmd'S  'de  biais'.    Cf.  §  323. 

Grec.  Dans  tous  les  dialectes  pour  s,  z  +  consonne,  par  ex. 
âpicraTOç,  AëcTcrpoç,  biKàaZiuj  =  Spicrioç  'le  meilleur',  Aëcrpoç  (c.-à-d. 
Aëzpoç),  biKttZiu}  (c.-à-d.  -azbuj,  §  27  Rem.)  'je  juge';  parallèlement 
Eubajioaç  K-,  etc.  De  plus,  en  thessalien,  géminàtion  devant  i, 
par  ex.  \bbiâv  'propriam',  ttôXXioç  'urbis*  (cf.  §  307). 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  2B3 

Latin.  Dans  les  mots  avec  s  +  consonne,  la  limite  des 
-syllabes  tombait  à  Tintérieur  du  groupe  consonantique;  le  redou- 
blement de  Ys  est  attesté  par  des  inscriptions:  disscente,  Faus- 
stinus  et  sembl.  De  plus  dans  les  inscriptions  aussi  aggro^  sup- 
premis,  frattre  et  sembl. 

En  germanique  occidental  une  consonne  simple  a  été 
redoublée  après  voyelle,  quand  cette  consonne  était  %,  f^,  liquide 
ou  nasale.  1)  Toute  consonne  (excepté  r,  v.  §  153,  3)  devant  i\ 
après  syllabe  longue,  ce  n'est  pas  i,  mais  i  qui  était  phonétique 
(van  Helten  PBS.  Beitr.  21,  437  sqq.).  Dans  germ.  comm. 
*ni  ^ia'  'nouveau'  (got.  niujis)  la  limite  des  syllabes  a  été  trans- 
portée à  l'intérieur  du  m,  d'où  *niif^ia',  v.  h.  a.  fém.  niutoiuy  cf. 
§  159,  4.  wenniu  'j'habitue'  :  got.  wanja.  wïllio  'volonté*  : 
got.  wïlja,  heffiu  'je  lève'  :  got.  hafja.  sippia  'les  familles'  : 
got.  sibjos.  Cf.  §  153,  3.  —  2)  k  devant  ji.  V.  h.  a.  nackut, 
nacTcot  'nu'  (u  était  ensuite  tombé)  :  got.  naqaps.  —  3)  Les  sourdes 
en  germanique  commun  devant  r,  Z.  V.  h.  a.  gén.  hittres,  hluttres^ 
acJcres,  d'après  quoi  par  analogie  bittar  'amer',  hlûttar  'pur', 
acJcar  pour  ahhar  'champ'  :  v.  isl.  bUVy  got.  hlûtrs,  àkrs.  epphli 
epfli  'pommes'  d'où  nom.  sg.  apphul,  apfol  pour  affol  :  v.  isl. 
eple  n.  —  4)  La  question  n'est  pas  tranchée  de  savoir  jusqu'à 
quel  point  les  consonnes  ont  été  géminées  devant  n,  car,  vu  l'assi- 
milation de  la  nasale  à  la  géminée,  la  distinction  d'avec  les  gémi- 
nées produites  d'après  le  §  271,  devient  difficile.  Par  ex.  on 
ramène  le  double  paradigme  du  thème  en  n  v.  h.  a.  chnappo  et 
chnabo  (eAl.  mod.  Jcnappe  et  knabé)  à  un  germ.  occid.  comm. 
*knahhno{n)  gén.  pi.  à  côté  de  *knabô  nom.  sg.  (cf.  got.  aûh87ie  : 
aûhsa). 

Palatalisation  (mouillure)  et  labialisation  (arrondisse- 
ment des  lèvres)  des  consonnes  et  épenthèse. 

316.  Nous  ne  traitons  d'abord  sous  Â)  et  B)  que  la  pala- 
talisation et  la  labialisation  (§  17,  8)  qui  intéressent  là  consonne 
seule.  Les  phénomènes  dans  lesquels  l'action  assimilatrice  s'étend 
en  outre  au  vocalisme  d'une  syllabe  voisine  seront  traités  partie 
dans  le  §  318,  partie  dans  le  §  329  sqq. 

A)  Palatalisation.  —  Sanskrit.  Indo-ir.  comm.  fe',  M', 
g'j  gh'  =  skr.  c,  chjjjjh  devant  les  voyelles,  par  ex.  ca,  i.-ir.  comm. 


234  PHONÉTIQUE 

*k'e  et  plus  récent  *k'a,  i.-e.  *que.    V.  §  251.  2ô2,  2.  259,  2. 
Grec.    Phonèmes  du  type  tu'  issus  de  phonèmes  indo-e 
péens  du  type  qu  devant  les  voyelles  palatales,  par  ex.  at 
î.e.  *qve,  et  parallèlement  att.  9r|p  i.-e.  *§huèr-  v.  §  236. 
—  Gr.   comni.   -ai-,   -ae-   de  -ti-,   -t€-   devant   voyelle   ( 
i,  €  étaient  prononcés  comme  consonnes  (§  307),  par  ex. 
01OÇ  'riche'  de  ttXoOtoç.    Gén.  ion.  qpàcTioç  att.  qxxcreoç  'de 
cation'  avec  suffixe  -fi-,  fut  Treaëoiiai  cf.  aor.  (dor.)  fTre- 
tombai*.  V.  Gr.  Gr.^  66.  Parallèlement,  dans  les  dialectes 
Ziôç  de  Aïoç  'Jovis',  ségest.  leTeotaïîri  et  sembl.  v.  loc. 
Att.  TT  ion.  ce  etc.  de  ki,  xi»  par  «x.  ndacraXoç,  v.  §  151, 
Gr.  comm.  t(T  hom.  acT  béot.  tt  etc.  de  ti,  9i,  par  ex.  t6 
§  151,  3,  f.  —  Att.  l  béot.  hh  etc.  de  bi,  ti>  par  ex.  àpi 
§  151,  3,  g.  341,  1.  —  Après  voyelle  palatale  j  (^')  de  k 
pamph.  Mh€iàXT)Ti,  v.  §  266,  4.  —  Latin  l  était  palat 
vant  voyelle  palatale  d'après  les  §  180,  2,  3.  309,  b,  pai 
élementum,  stabilis,  —  k*i  de  ti  devant  voyelle,  par  e> 
V.  §  229,  2.    Ce  changement  peut  n'avoir  pas  pénéti 
communauté  linguistique  entière.   Car  plus  tard  ti  dar 
position  a  passé  à  tsi,  si,  de  même  que  di  à  dzi,  zi, 
Lat.  L.  u.  FI.  223  sqq.  —  Cf.  encore  le  §  238  sur  ital.  a 
cent  et  le  §  309,  b  sur  celôx,  celsus,  gelu.  —  En  vieu 
mand  la  plupart  des  consonnes  étaient  palatalisées       -  . 
comme  le  prouve  la  métaphonie  de  a,  v.  §  330, 1 ,  b).  —      ^ 
slave  commun,  devant  voyelle  palatale,  on  a  t'é\  d'z\  ^ 
par  ex.  v.  si.  po-cînqy  ieravï,  vrîsetûy  v.  §  253,  2.  26 
308,  2,  e,  et  c,  dz,  s  des  mêmes  phonèmes  devant  le    -. 
de  oiy  par  ex.  tocéchû,  hodzéchûy  duséchû,  v.  §  2r 
297,  4;  t'x  de  Tct,  par  ex.  testi,  v.  §  253,  5;  dans  le  -  «^  "^ 
du  sud  et  de  Test  c'v\  d'zv  de  fct?,  gvj  par  ex.  v.  si.  a  *"  ' 

V.  §  253,  6.    De  plus,  en  slave  commun,  les  cor         '^  -'* 
groupes  de  consonnes  avaient  été  palatalisés  devant 
253,  3.  260,  3.  297,  3.  298.  299,  2.  —  De  l'ir . .    ''  - 
voyelle  palatale  antécédente  seule,  proviennent  v.  p    .    ^  * 
zati  et  sembl.  v.  §  253  Rem.  1.  '^  *'*  -  . 

817.  B)  Labialisation.  —  Grec.  L'arro      "  •  ny 
lèvres  dans  les  phonèmes  du  type  k  produisit  le  ]        ^'  *  . 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  235 

Àrj*  à  TTTT,  par  ex.  ïttttoç,  v.  §  236.  —  Latin.  La  prononciation 
de  l  comme  l  était  en  grande  partie  conditionnée  par  la  couleur 
sombre  de  la  voyelle  suivante,  par  ex.  coloy  stabulum,  v.  §  180, 
2,  3.  —  f-  de  ital.  comni.  xU'  par  anticipation  de  Tarrondissement 
des  lèvres,  dans  férus  et  peut-être  aussi  dans  fu-  de  ital.  comm. 
XU'  dans  fundo  et  autres,  v.  §  238,  2.  249. 

318.  C)  Epenthèse.  Il  s'agit  ici  de  deux  phénomènes 
qui  ont  ceci  de  commun  que  la  palatalisatiou  ou  la  labialisation 
d'une  consonne  produite  par  la  voyelle  suivante  a  eu  pour  consé- 
quence la  production  d'une  diphtongue  en  i  ou  en  u  dans  la  syl- 
labe antécédente.  La  modification  palatale  ou  labiale  de  la  con- 
sonne elle-même  fut  ensuite  en  partie  abandonnée.  1)  Quand  la 
voyelle  subséquente  était  i,  u  syllabiques,  la  diphtongue  s'est  pro- 
duite par  anticipation  de  l'élément  i  ou  u  inhérent  à  la  consonne. 
Grec.  Lesb.  q)aî^l  =  dor.  9â^i  'je  dis',  boKi^oi^i  de  *boKl^uJ^l 
'j'approuve*;  aiimcTëujv  'dimidiorum*  =  att.  f)^i(T€ujv  (en  même 
temps  è  initial  devenait  â).  Germanique.  Ags.  feolu  'beau- 
coup' de  *félu,  mioluc  'lait'  de  *miluk  et  sembl.  2)  Quand  la 
voyelle  subséquente  était  i,  ^,  ces  phonèmes  passaient  par  méta- 
thèse  dans  la  syllabe  antécédente  (cf.  §  341, 1).  Grec.  Communs 
à  tous  les  dialectes  :  aiv,  aip,  oiv,  oip,  aiF,  oiF  de  avi,  api  etc. 
par  ex.  9aîvu}  de  *9avîu};  au  sujet  de  KXdei  de  *KXaiF€i  §  311, 1,  d. 
C'est  ici  que  se  rapporte  vraisemblablement  aussi  eùpeîa  de 
*€ijpëFia.  V.  §  151,  3,  a.  —  Parallèlement  aai,  o(Ji,  ecTi,  uai  sem- 
blent n'être  devenus  ai[h],  oi[h],  €i[h],  ui[h]  qu'en  passant  par  ahi, 
oht,  ehi,  uhi,  par  ex.  vaiu)  de  *va(Jiu).  V.  §  151,  3,  i.  —  Cf.  encore 
§  151, 3,  d  au  sujet  du  cypr.  atXujv.  Le  roman  offre  des  exem- 
ples de  cette  espèce  pour  Tépenthèse  de  u:  ainsi  en  portugais^ 
par  ex.  euga  de  equa  (dans  cette  langue  aussi  raiva  de  *rabia 
et  sembl.). 

Assimilation  de  consonnes  en  contact. 

319.  Nous  traitons  ici  les  cas  où  la  consonne  inductrice 
est  restée  elle-même  intacte  à  Tépoque  historique,  toujours  ou  du 
moins  pendant  un  certain  temps.  L'action  est  tantôt  régressive 
et  tantôt  progressive  ^)  et  l'assimilation,  tantôt  partielle  et  tantôt 

1)  Les  assimilations  dites  réciproques,  comme  skr.  cch  de  ^i, 
gr.  1T1T  de  ku,  sont  ici  laissées  de  côté. 


•236  PHONÉTIQUE 

totale.  Les  phénomènes  da  §  316  se  rattachent  en  partie  à  cet 
ordre  de  faits.  Certains  phénomènes,  dont  on  ne  parle  pas  ici,  seront 
traités  avec  les  changements  de  phonétique  syntactique  §  351. 

Rem.  L'assimilation  est  de  beaucoup  le  changement  qui 
se  produit  le  plus  fréquemment  quand  il  s*agit  de  consonnes  modi- 
fiées au  contact  d'autres  consonnes.  Les  faits  de  dissimilation  sont 
peu  nombreux  (cf.  §  19  Rem.  3).  Ainsi  skr.  dhr  de  dhr  (r  était 
cérébral),  véd.  dfdhrà-s  'solide'  à  côté  de  dfdhà-s  'solide',  cf.  dfhya-ti 
<§  241,  b);  skr.  tvâ^fi  de  tvâ^rî,  nom  d'une  déesse  (§  176,  2),  par 
suite  il  est  probable  qu'il  y  avait  aussi  dissimilation  dans  le  chan- 
gement indien  commun  de  ^  en  s  devant  r,  f,  f,  par  ex.  tùtr-ds  fém. 
'trois'  (instr.  tisfbhi^,  gén.  tisfnàm)  =  av.  <i^rô,  usr-âs  gén.  'aurorae* 
A  côté  de  voc.  u^ar  (cf.  §  278).  De  plus,  lat.  tr  de  dr  §  270,  3  (r 
-était  sonore)  et  peut-être  fr  de  mr  §  168,  3  est-il  aussi  à  rapprocher. 
Dans  un  certain  nombre  de  changements  il  est  difficile  de  savoir 
<)uels  sont  les  facteurs  de  Tarticulation  qui  ont  déterminé  ces  chan- 
gements, de  sorte  que,  provisoirement,  on  ne  peut  les  faire  rentrer 
ni  dans  le  domaine  de  l'assimilation  ni  dans  celui  de  la  dissimila- 
tion, par  ex.  pour  ital.  comm.  pr  de  sr  §  290,  2,  germ.  comm.  bn 
4e  mn  §  170,  3. 

320.  A)  Assimilation  régressive. 

1)  Les  nasales  s'assimilent:  a)  aux  nasales  (identifi- 
cation de  la  place  d'articulation).  Grec  i^axv}x\xa\  parf.  de  aicT- 
Xôvojiai  *j'ai  honte',  i\x\xéy{x)  'je  reste  dans'  (èv);  lat.  (au  contact  de 
deux  mots  étroitement  unis)  im-minuo,  im-môttis'^  v.  h.  a.  hamma 
'cuisse'  :  gr.  Kvi\\xr\  'jambe',  v.  irl.  cna*m  'os',  v.  h.  a.  ummej  de  tîn- 
mes 'excès';  balto-sl.  comm.  mm  de  nm  dans  v.  si.  imç,  v.  prnss. 
emna  :  v.  irl.  a^nm  n-,  gi\  ôvojiia  'nom'.  —  b)  Aux  liquides.  Grec 
(dans  un  groupe  de  mots  étroitement  unis)  aup-priTVOjni,  <Tu\-XéTUJ 
((jùv),  cf.  §322,  l,a.  356,  8.  Leitm 8ulllu$ de *8uin[o]lo8y  mallu- 
viae  de  "^man-l'  (cf.  manus);  seulement  dans  Tunion  de  deux  mots 
rr  de  wr,  par  ex.  irrumpo,  —  c)  Aux  consonnes  (identi- 
fication du  point  d'articulation):  ^kr, pânca  gr.  Tiëvre,  goLfimf 
=  i.-e.  ^petaqUe;  skr.  gdntu  =  ^gUem-tUy  gort.  ëvç  (att.  €Îç)  de 
*é^ç,  lat,  princeps  de  ♦/?rim[o]-c-,  v.  h.  a.  imhl^  de  iw-6îj  'colla- 
tion'. V.  §  162,  1.  164,  1.  166,  1.  168,  1.  170,  1.  Grec  (dans 
l'union  de  deux  mots)  cruacriTiov  (cJùv),  cf.  §  356,  8. 

2)  Les  liquides  s'assimilent  rarement.  Grét.  vv  de  pv, 
par  ex.  ôvvtGa  de  ôpvïôa  'avem'.  —  Latin.  Il  de  rZ,  par  tJi.pûllus 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  237 

de  *pûr[o]lo8,  cLpûrus,  agellus  de  *agerlo8  §  345,  II,  1),  pelli- 
cere  de^^er-Kcere;  dans  Tunion  de  deux  mots,  on  a  aussi  H  de 
riy  S8  de  rSf  par  ex.  pejjûro  (peiuro),  possideo.  —  Dor.  vr  de 
Xt,  par  ex.  çivraxoç,  cf.  §  178,  2. 

3)  Les  occlusives  s'assimilent:  a)  A  i,  |f.  Il  faut  citer 
ici  les  palatalisations  du  §  316,  comme  gr.  irXoumoç.  De  plus 
lat.  a  de  dif  gi  :  pdor,  maior,  v.  §  270,  2,  et  u^  de  d^,  gu  : 
svavis  de  ^s^ad^is  (cf.  §  325)  mavolo  c-à-d.  fna^^olô  de  *mag- 
^olo.  —  b)  Aux  nasales.  Grec  \i\i  de  tt^,  cp^i,  p^  :  ô^^ia'œir 
cf.  ÔTTujTra,  \\fà^^oç  'sable'  cf.  ipaçapôç  'réduit  en  poussière^ 
xëxpi^^ai  de  xptpuj  'je  frotte';  \iv  de  pv  :  ^vào^iai  de  *pvâ-  (§  256,. 
4,  a);  dialectalement  \iy-  de  v|li-  (§341,  1),  celui-ci  venant  de 
b^'  :  att.  |i€CT6-|LivTi  =  ion.  |Li€a6-b^T)  (ce  qui  est  bâti  au  milieu),, 
épidaur.  Mvîa  =  A^iia  (Gr.  Gr. *  76,  Danielsson  Eranos  1^ 
76  sqq.).  Dialectalement  (par  ex.  att.)  »v,  td^x  de  tv,  t^.  par  ex. 
axuTvoç,  àjiiôç  Gr.  Gr.®  107,  Meisterhans-Schwyzer  Gr. '  76, 
Buck  A.  J.  of  Pli.  21,  321,  Hatzidakis  D.  Lit.-Zeit.  1901  Col. 
1109).  Dans  Tunion  de  deux  mots,  on  a  même  vv,  |Ll^  de  xv,  x)li  : 
Kavv€Ùaaç,  KajLi^eiEâç  (prép.  xdx).  —  En  latin,  toutes  les  con- 
sonnes ^)  semblent  être  devenues  à  une  époque  préhistorique  de& 
nasales  (devant  nasale)  après  que  les  sourdes  étaient  d'abord 
devenues  sonores.  Toutes  les  labiales  sont  représentées  par  m 
devant  wj,  n  :  summus  de  ^sup-mo-s  cf.  super j  glûma  de  *glûmma 
(§  325),  cf.  glûho  R.  gleuhh-,  summoveOy  somnus  de  *8uepno8  cf. 
8oporj  Samnium  cf.  Sabellî  de  *SafnolO'\  cf.  ombr.  tremnu  'ia 
tabernaculo'  à  côté  de  trebeit  'versatur'  (R.  treb-).  mm  de  dm  : 
mamma  'mamelle'  cf.  madeo  ;  nn  de  tn^  dn  :  annu8  de  *atnu8  : 
got.  apn  'année',  annuo  de  *ad'nuô.  nn  (écrit  gn)  de  &n,  gn  : 
dignus  de  *de&wo-,  cf.  decet,  signum  cf.  in-seque,  agna  'épi'  cf. 
acusy  lignum  cf.  légère  ou  gr.  Xitvùç  'fumée';  remarquez  t  de  e 
d'après  le  §  309,  d.  —  En  slave  toutes  les  occlusives  se  sont  assimi- 
lées aux  nasales  (ensuite  simplification  de  la  géminée  d'après  le 
§  328).  V.  si.  sûnû  'sommeil'  :  gr.  iîttvoç  ;  gûnq  'je  ploie,  je  plie'  cf. 
«w-gry6afi 'plier',  vrèm^  'temps' de *reH'mç  :  skr.rrfr^maw- 'chemin', 

1)  Excepté,  semble  t-il,  A:,  g  devant  m.  Sur  leur  traitement 
(segmentum  cf.  seco^  sagmen^  cf.  sacei\  agmen  cf.  ago  etc.)  v.  Gr.  1* 
p.  677,  680  sq.,  Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  237  sqq. 


238  PHOKÉTIQUB 

plemq  'race*  cf.  plodû  'fruit'  :  o-svînq  'je  m'éclaircirai'  cf.  svUèti 
*être  clair',  vûzbûnq  'je  m'éveillerai'  cf.  bûdéti  'être  éveillé',  lono 
'sinus'  de  Hokno,  R.  leq-  'ployer',  russ.  dvinut'  cf.  dvigaf  'mou- 
voir'^). —  c)  Aux  liquides.  Il  de  dl  :  skr.  bhoUd-s  'beau'  à 
côté  de  bhadrd'8'j  gr.  îréXXûTpov  'courroie  enroulée  autour  du  pied 
(iT€b-)'.  lac.  éXXà  à  côté  de  ëbpâ;  lat.  sella  cf.  sedeo  (got.  sitls 
'siège'),  lapillus  cf.  lapid-;  v.  si.  iiZo  :  pol.  szydlo  'alêne'.  /  de 
il  en  V.  si.  plelû  part.  pass.  act.  de  pletq  'je  tresse'  :  pol.  pleti. 
Grec,  dans  Tunion  de  deux  mots,  pp,  XX  de  rp,  tX  :  KappcZloucra, 
KdXXiTTOv  (prép.  Kàr).  Latin,  dans  Tunion  de  deux  mots,  rr  de 
dr  :  arripio  (ad).  —  Latin  M  de  tl  par  suite  de  Texplosion  latérale 
de  Tocclusive  occasionnée  par  Z,  par  ex.  piaclum,  v.  §  229, 1 ,  cf. 
lit.  séklà  'semence'  de  *8è'tldy  kachoube  èc^glo  =  pol.  é({dlo  'tran- 
chant, pointe'.  —  d)  Aux  autres  occlusives,  a)  Partout  on  ren- 
contre l'identification  du  degré  d'articulation  d'après  §  261, 
1,  2,  par  ex.  ûtprnûti  'il  remplit  tout  à  fait'  {ûd),  abjd-  'né  des 
eaux'  (op-),  bom.  ôm  'ce  que'  de  *crF6b  ti  (♦crFôb  =  zd  Jvat 
'comme'  got.  swa  'ainsi',  Gr.  Gr.'*  536),  fippaXev  Ml  jeta  loin  de 
lui'  (àîT-),  lat.  ntiptus  i.-e.  *snubdho'8  (R.  sneubh-),  abdûco  de 
*ap[o]-d-f  m.  h.  a.  hancte  prêter,  de  hengen  'suspendre',  v.  si. 
lékkyjî  =  leg[û]Jcyjî  'léger',  slov.  gde  =  v.  si.  kûde  'où'.  P)  P  o  i  n  t 
d'articulation.  Sanskrit  ce,  jj  de  te,  dj  :  uccd  'hautement'  {ûd}, 
ûjjiti'8  'victoire'  (tlrf),  mdjja-ti  indo-ir.  comm.  ^mazg'âti  (§  280). 
Crét.  thess.  tt  de  ttt,  par  ex.  crét.  èTid  =  énrà  'sept',  thess. 
Aerrivaioç  =  AeiTTivaioç  ;  crét.  tt  de  kt,  par  ex.  Aûttioi  =  Aùktioi. 
Ce  changement  est  plus  fréquent  dans  l'union  de  deux  mots  (sim- 
plification de  la  géminée  ainsi  produite),  par  ex.  hom.  KàTrirecre 
KàppaXe  (kAt),  ôttttujç  =  *cTF6b  ttujç  (cf.  ôtti  sous  a),  locr.  éT[Tjâç, 
èb[b]d|Liu)  (èx),  hom.  KàKK€i)Liai,  béot.  KaTTdv  (kot),  thess.  TTOiq-pa- 
ipa^évoiç  (ttôt).  En  latin  aussi  la  plupart  des  phénomènes  ont 
lieu  dans  l'union  de  deux  mots  (simplification  de  la  géminée  pro- 
duite diaprés  le  §  325),  par  ex.  quippe  =  quid+pe,  oppôno  — 
ad  -i-p-,  sèpôno  =  *8ëd  -+•  />-;  succurro,  suggero  {stib))  pecco  de 

1)  Là  où  l'on  rencontre  à  l'époque  historique  une  occlusive  4- 
nasale,  îi  s'agit  ou  bien  d'une  innovation  analogique  oa  bien  de  la 
chute  de  ft  entre  ces  phonèmes,  par  ex.  v.  si.  pri-Iipnq  =^ -lînq, 
dvignqti,  okno  (Mikkola  BB.  22.  246). 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  239 

^peicû"  (R.  ped'),  siccus  cf.  situ,  hocc,  hoc  =  *hod  +  ce,  acquiro 
=  ad  +  qu-,  sècèdo,  sëgrego  =  *8êd  +  c-,  g-,  agglûtino  =  ad  +  g-. 
Dans  le  latin  vulgaire  on  eut  de  bonne  heure  tt  dept,  par  ex.settem- 
bris,  scritus  et  aussi  de  et,  par  ex.  lattûca  (cf.  Hey  dans  Wolf  f  lin 
Arc  h.  11,  35  sq.),  et  aussi  dd  de  gd,  par  ex.  amiddula  de 
à^uTbàXr),  cf.  italien  sette,  otto,  freddo.  V.  slave  t  de  pt,  par  ex. 
teti  inf.  de  tepq  'je  frappe';  d  de  bd,  aedmû  'septimus'  cf.  gr. 
^pbo^oç;  i  de  kt,  par  ex.  p^tî,  v.  §  253,  5.  260,  5.  —  e)  Aux 
spirantes.  a)  Assimilation  du  degré  d'articulation  d'après 
le  §  261,  1,  par  ex.  skr.  psd-ti,  gr.  ij/iiuj  de  i.-e.  *bzhù',  lat.  vèxî 
-de  i.-e.  *y^gzh-y  got.  maihstus  de  i.-e.  *mi§zdhu',  §  263,  3. 
266,  2.  270,  1.  271,  Rem.  1.  276,  4.  278,  4.  V.  si.  opéteno-  de 
ohî'éteno-,  v.  §  275,  3.  P)  88  de  ^/?:  hom.  bdcraaaOai  §  264,  4, 
lat.  con-cti««f  ob'Sesstis  §  268,  2,  3,  v.  suéd.  v(i88,  v.  h.  a.  gi-wisso 
§  271,  3,  4;  V.  ^Ijasû  §  275,  1.  Lat.  ;f  de  pf,  tf,  par  ex.  offi- 
4^na  de  *op[i]'fac§na,  offero  de  *op'fero.  En  latin  vulgaire  «« 
de  jptf,  k8,  par  ex.  me  =  ip8ej  vissit  =  vixit.  En  slave  commun 
s{8)  de  ;?«,  par  ex.  osa  'guêpe'  =  lit.  vapsà  'bourdon',  ch{ch)  de 
*cA,  par  ex.  téehû  (§  297,  1). 

4)  Les  spirantes  s'assimilent:  a)  A  ^.  Lesb.  vaOoçc.-à-d. 
vàFFoç  V.  §  286,  3.  Cf.  à  l'initiale  Trax^pi  FFhû  §  157,  3,  i.  286, 
1,  b.  357,  6.  —  b)  Aux  nasales.  Identification  du  point  d'arti- 
culation :  slav.  comm.  «'«  de  8n\  v.  si.  basnja,  v.  §  298.  Lesb. 
MM)  vv  de  <J|Li,  av,  par  ex.  ô^jne,  çàevvoç,  v.  §  286,  3.  Att.  entre 
autres  faits  w  de  av  là  où  il  ne  s'agit  pas  d'un  primitif  8n  après 
voyelle,  par  ex.  ttùvvoç,  lujyvv\x\,  TTeXoirôvvTicToç  §  264,  4,  a.  286 
Rem.  3.  Cf.  à  l'initiale  hom.  xaià  |ui)Lioipav,  àxà-wiçoç  §  286, 
1,  b.  Latin  dûmmètum  de  *dû8mètom  §  290,  5.  Germ.  comm. 
mm  de  zm  (z  de  s  d'après  le  §  293)  :  got.  imma  'à  lui'  :  skr.  dat. 
asmaij  blindamma  'caeco',  im  'je  suis'  de  *immi  :  skr.  osmL  V.  h.  a. 
nn  de  bn,  par  ex.  nennen,  v.  §  170,  3.  —  c)  Aux  liquides. 
Identification  du  point  d'articulation  :  si.  comm.  ST  de  si,  v.  si. 
mysljq,  v.  §  298.  Lesb.  XX  de  crX,  par  ex.  x^XXioi,  v.  §  286,  3. 
Cf.  à  rinitiale  att.  Kaxa-pp^u),  hom.  â-XXr|KT0Ç  §  286,  1,  b;  puis 
crét.  TiX  Xq,  àfiçiXXéTUi  (cf.  diuçiç-piiTeîv),  JXXuaiç  de  ♦é[v]a-XucTiç 
§  356,  14,  c.  Latin  bêllua  de  *bë8loffa  §  290,  5.  Genn,  comm. 
Il  de  zl,  par  ex.  m.  h.  a.  krôl,  gén.  kroïles,  v.  §  293,  c.    Germ. 


240  PHONÉTIQUE 

comm.  Il  de  dl  =  i.-e.  tl,  dhl  (§  271,  7)  :  *mallO'  "lieu  de  ras- 
semblée de  justice',  germ.-lat,  mallus,  v.  h.  a.  Thiot-malli  'Det- 
mold',  cf.  got.  mapl  lieu  d'assemblée'  (i.-e.  tl);  y,  b.  a.  stal  gén, 
stallesy  Y.  isl.  stallr,  i.-e.  ^std-dhlo-  :  lat.  stabulum^).  Got.  dans 
l'union  de  deux  mots  rr  de  zr  :  ur-rinnan  "sortir*.  —  d)  Aux 
occlusives.  Identification  du  degré  d'articulation:  gr.  comm. 
sphf  sthy  skh  de  i.-e.  zhhj  zdh,  zghy  par  ex.  èp^pecrcpi,  §  287;  lat. 
aestus  de  *di[d]zdhu'y  §  269,  2,  b.  291-,  germ.  comm.  st,  sk  de 
zd,  zg,  par  ex.  got.  astSy  §  294,  2  ;  y.  si.  bespréstani  'sans  cesse' 
de  bez'P'.  Identification  du  point  d'articulation  :  indo-ir.  comm.  s'¥ 
de  sk',  skr.  vrçcd-tiy  v.  §  278,  Rem.  2;  et  de  même  sk'y  z'g'  de 
9k'y  zg'y  skr.  kdç-cidy  mdjjortiy  v.  §  280;  slav.  comm.  ë't'  de  8t\ 
y.  si.  goëtqy  ëtapûy  y.  §  298.  Grec,  dialectalement,  assimilation 
des  phonèmes  du  genre  8\  lac.  àKxôp  =  àaKiiq  'outre',  fi-TXâai  *  àvd- 
arriOi  (Hés.);  gortyn.  xP^Q^ot^  =  XP^^^ct^  'se  servir  de';  crétois 
èTTOvoç  =  béot.  I<jtovoç  de  ?[t]z-t-  (att.  ^kjcvoç),  .âbbiiixai  de 
èz-b-;  Toîb  bé  (§  287,  2).  —  e)  Aux  spirantes.  Spirante  sourde 
de  spirante  sonore  :  got.  fyp  de  S,  dy  par  ex.  hlaifs,  §  272  Rem.  1  ; 
y.  si.  vûs-ëidû  (à  côté  de  vûëîdû)  'monté'  {vûz).  Indo  iranien  vrai- 
semblablement ë'ëXh)  de  8é{h)y  par  ex.  skr.  gdcchatiy  §  240,  279; 
lat.  ff  de  sf,  par  ex.  differoy  §  290,  6;  v.  h.  a.  was  de  wag  devant 
8'\  balto-slave  commun  probablement  ëë (slav.  8)  de  8ëy  v.  si.  |>a«^, 
§  296;  V.  si.  vûëîdû  de  *vûz-ëîdû  (v.  s.). 

321.  B)  Assimilation  progressive. 

1)  i,  u  se  sont  assimilées  particulièrement  avec  nasales  et  aux 
liquides.  Lesb.  vv,  pp  de  vi,  pi,  par  ex.  Kxëvvuj,  çOëppuj,  v.  §  151  ^ 
3,  b.  lou.-att.  etc.  XX  de  \i,  par  ex.  âXXoç,  v.  §  151,  3,  d.  Ala- 
man,  franc,  rr  de  ri,  par  ex.  ferrOy  v.  §  153,  3.  Latin  peut- 
être  Il  de  lify  par  ex.  sollo-  'entier',  v.  §  158,  3,  d.  Germ.  comm. 
nn  de  nff,  par  ex.  got.  minnizay  v.  §  159,  3,  a;  v.  h.  a.  frammort 
=  framwort  'en  avant'.  Grec  kk  de  ky,y  qui  était  sorti  de  ku 
d'après  le  §  307,  par  ex.  TreXexKdu)  'je  travaille  à  la  hache'  cf. 
TTéXcKuç  'hache',  Xolkkoç  'fosse  à  eau'  cf.  laeus. 

2)  Les  nasales.  Skr.  cfiy  jn  de  C7iy  jn,  par  ex.  ydcnd 
'prière'  cf.  ydca-ti  'il  prie',  yajnd-s  'sacrifice'  :  gr.  oiYvéç  'saint'; 

1)  L'opinion  divergente  de  E.  Schroder  (Z.  f.  d.  Alt.  42,  ôSsqq.) 
ne  me  convainc  pas. 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  241 

cf.  gr.  dial.  jip  (xv),  tv  de  XM>  t|li  comme  par  ex.  bpaxvri  = 
bpaxMrj,  TTàTvoç  =  TTàTjLioç  (Gr.  Gr. '^  78  sq.),  h.  a.  dial.  mod. 
hackipj  blaibm  =  hacken,  bleiben,  Skr.  n  de  n  après  r  r,  Sy 
par  ex.  strnôti  Hl  étend',  tfsna  :  zd  tarsna-  ^soif  ;  même  assimi- 
lation se  produisant  à  distance  §  333.  —  Lesb.  XX  de  Xv  i.-e.  In 
par  ex.  dans  àir-éXXuj  =  hom.  €tXo^al  v.  §  166,  6;  Xv  apparu  à 
une  époque  plus  récente  est  représenté  dans  tous  les  dialectes  par 
XX,  par  ex.  ôXXûjiii  'je  perds'  cf.  crxôpvûjLii,  éXXôç  'faon'  :  lit.  élnis 
*cerF.  Lat.  ollus  'celui-là'  de  *olnos  :  v.  si.  lani  Tannée  dernière' 
de  ^olnî'^  collis  :  lit.  Jcdlnas  'montagne';  pello,  ex-cello,  Geim. 
comm.  Il  de  Zn,  par  ex.  got.  fulls  y.  b.  a.  fol,  gén.  folles  'plein'  : 
V.  si.  plûnû;  V.  h.  a.  wella  'vague'  :  cf.  v.  si.  vlûna  'vague';  v.  h. a. 
fallu,  quUlu,  —  Gort.  ècTTrpe^mxTev  =  att.  èK1Tp€^vi^[€lv  'déraciner'. 
Germanique  commun  probablement  mm  de  mn,  par  ex.  got.  stamms, 
V.  §  1 70,  Rem.  1 .  —  Germ.  comm.  pp,  tt,  Tek  de  8n,  dn,  ;^ny  par  ex. 
V.  isl.  kroppr  v.  h.  a.  kropf,  v.  §  271,  8. 

3)  Occlusives.  En  sanskrit,  phonèmes  du  type  f  issus  de 
phonèmes  du  type  t,  après  des  phonèmes  du  type  s  :  par  ex. 
vàsti,  lidha-s,  v.  §  241.  278.  Pamphyl.  vb  de  vi,  par  ex.  7Té[v]b€ 
=  att.  7TëvT€,  §  264,  3;  depuis  la  dernière  période  du  vieux  haut 
allemand  d  provenant  de  t  après  les  nasales  et  Z,  par  ex.  m.  h.  a. 
under  'sous',  rûmde  'il  fit  place',  halden  'tenir'.  Lat.  Il  de  Id, 
par  ex.  sallo  :  got.  salta  'je  sale',  per-cello  cf.  cladës  (§  205,  b). 

4)  Spirantes.  Lesb.  \i\i,  vv,  de  ^cr,  va,  par  ex.  ^vemna, 
^ifîvvoç,  V.  §  286,  5.  Lat.  et  germ.  occid.  rr.  Il  de  rz,  Iz,  par  ex. 
ferre,  veUe,  v.  §  290,  4,  v.  h.  a.  par  ex.  derren,  -bollan,  v.  §  293. 
Balto-slave  comm.  ss  de  as,  par  ex.  v.  si.  osï,  v.  §  296. 

Insertion  de  consonnes. 

322.  1)  Entre  une  nasale  et  une  consonne  il  peut  s'insérer 
une  occlusive  quand  la  fermeture  du  voile  du  palais  est  anticipée 
de  telle  sorte  que  la  cavité  nasale  soit  fermée  avant  l'ouverture  de 
l'occlusion  buccale,  a)  Nasale  +  nasale  ou  liquide.  Lat.  vulg. 
-mpn-  de  -mn-,  par  ex.  dampnum,  sollempnis.  De  même  v.  suéd. 
nampn  =  namn  'nom'  et  semblables.  —  En  sanskrit  à  une  époque 
tardive,  par  ex.  tambra-s  =  tamrd-s  'rouge  sombre',  ambla-s  = 
amlâ'8  'aigre'.    Gr.  comm.  inpp,  \x^k,  vbp,  à  l'initiale  Pp-,  pX-,  bp-, 

Bmgmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  \^ 


242  PHOKËTIQUB 

fi-jiPpOTOç  'immortel',  ppOTOç  'mortel',  cf.  inopTOÇ  'mortel,  homme' 
(Hés.),  lat.  moHor.  Lat.  peut-être  mpl  demZ  :  exemplum  cf.  exinio, 
ef.pl'  de  ml-  dsins plumbum  à  côté  de  gr.  ^ôXupboç;  parallèlement 
lumhricus  de  Homlîcos  (Ir  =  d-,  §  229,  3),  cf.  épidaur.  beMeXéaç 
et  be^ipXeîç  •  pWXXai  Hés.  (cf.  Gr.  1«  p.  369  sq.,  Pedersen  KZ.  36, 
109 sq.,  Kretschmer  ibid.  266 sq.,  Skutsch  Philol.  59, 496,  Sommer 
Lat.  L.  u.  FI.  234);  bas-latin  Cambrianus  de  Cam[e]riânus,  frç. 
nombre,  comble j  moindre,  Got.  timbrjan  =  ^mr/a» 'charpenter', 
m.  b.  a.  namblich  =  namelich  'nommément',  m.  h.  a.,  n.  h.  a. 
minder  (mindr)  =  m.  h.  a.  minner,  n.  h.  a.  quendel  {quendl)  = 
m.  h.  a.  quenel,  m.  h.  a.,  n.  h.  a.  eigentlich  de  eigen-lich.  h)  Nasale 
H-  consonne  proprement  dite.  Skr.  nts,  nchy  nks  dans  l'union  de 
deux  mots  de  la  forme  -n  s-,  -n  ç-  (cf.  §  225,  3),  -n  «-,  par  ex.  rd- 
jantsoma  =  rdjan  soma  ^ô  roi  Soma'.  Lat.  emptus,  empsim  cf. 
emô,  hiemps  =  hiems  et  sembl.,  cf.  §  168, 1.  V.  h.  a.  gi-tuamptin 
'ils  poii;aient  aux  nues',  m.  h.  a.,  v.  suéd.  sampt  'avec',  n.  h.  a.  dial. 
hampster  =  Tiamster,  m.  h.  a.  hembde  =  hemde,  v.  isl.  mannz 
{z  =  ts)  'de  l'homme'  et  sembl.  Cf.  encore  v.  h.  a.  cumft  en  face 
de  got.  ga-qumps,  v.  h.  a.  numft  Tacte  de  prendre'  et  sembL 
(§  170,  1). 

2)  C'est  un  déplacement  dans  Tespace  et  non  plus  dans  le 
temps  qui  a  produit  str,  ëtr,  zdr  de  sr  etc.  Germ.  comm.  str, 
par  ex.  got.  sicwtr,  v.  isl.  systr  loc.  'à  la  sœur'  de  *8^esr'i,  cf. 
skr.  dat.  svâsr-ê  (et  par  nivellement  analogique  nom.  got.  swistarj 
V.  h.  a.  sweater)^  v.  h.  a.  stroum,  strôm  v.  isl.  straumr  'fleuve'  cf. 
skr.  sràva-ti  'il  coule';  de  même  dans  la  vie  particulière  des  dia- 
lectes par  ex.  v.  isl.  Âstridr  de  runique  As-riâr,  n.  h.  a.  dial. 
étraube  =  schraube.  Slave  comm.  str  de  balto-slave  comm.  ér 
=  i.-  e.  îcr,  par  ex.  ostrû  :  lit.  aszrùs,  asztrûs  'tranchant'  (§235, 1). 
De  plus,  si.  comm.  str  et  zdr  (v.  une  conjecture  sur  la  cause  de 
cette  dualité  de  formes  chez  Zupitza  KZ.  XXXVII  396  sqq.)  de 
balto-slav.  comm.  et  i.-e.  sr,  par  ex.  v.  si.  struja  'courant'  :  lit. 
sravà  'le  fait  de  couler';  sestra  cf.  skr.  svâsr-  (v.  s.);  nozdri  pi. 
'narines'  =  lit.  nasraî  'gueule'.  Dans  Tunion  de  deux  mots,  v.  si. 
iz-d-reèti* e\oqm\  bez-d-rala  'sans  charrue'  et  sembl.  —  Cf.  encore 
thrace  Ztpujliujv  de  sre^-  'couler',  italien  sdruzzolare  de  *S'ruzZ'^ 
et  sembl. 


CUAN6EMBNT8   CONDITIONNÉS  248 

Simplification  de  consonnes  géminées. 

328.  A)  Elle  apparaît  partout  devant  consonne  depuis 
l'époque  indo-européenne,  et  il  est  souvent  difficile  ici  de  séparer 
de  Tindo-européen  ce  qui  est  propre  à  chaque  langue.  I.-e. 
communjide**:  *ai8k-  *i8Jc'  =  ^ais-àk-  *is'8lc-  dans  skr.  iccM-  H 
^il  désire',  v.  h.  a.  eisca  'exigence';  gi*.  ècTKe,  lat.  esco  de  la  R.  es- 
^être'  +  le  morphème  sJco;  skr.  dustuii-s  "mauvais  b}nnne  de 
louange'  =  *du«  +  stuti-y  gr.  bùoroç,  bùcTiiivoç  'miser'  =  *dtAs  + 
sta-  ;  lat.  disto^  discindo  avec  dis-,  got.  ttoistandan  'se  séparer' 
avec  twis'  (écrit  aussi  étymologiquement  ttoisstandan).  Cas  où 
^8  était  sorti  de  ts  isolément  dans  les  diverses  langues  :  gr.  xàa^opoç, 
irâaxuj  (§  204,  4),  lat.  cesna,  cêna,  ësca,  aspicio  (§  268,  2),  got. 
hunsl,  V.  h.  a.  vomcan  (§271,  3),  v.  A.jaste,  éismq  (§275,  1). — 
Autres  géminées.  En  sanskrit  la  graphie  hésite  entre  sa» 
trà-m  et  sattrâ-m  'une  solennité  du  soma'  {sad-),  datvâ  et  dattvâ 
gérondif  de  dad-  'donner',  majûà  et  majjûd  de  majjàn-  'moelle'; 
la  limite  des  syllabes  était  tantôt  devant  la  consonne,  tantôt  à 
l'intérieur  de  celle-ci.  Cf.  §  315.  Grec.  Hom.  KdKxave 'il  tua'  = 
*KaK-KTav€  (Kdr)  cf.  KàKK€i|iai  §  320,  3,  d,  p.  Pind.  à^vda€tv 
'devoir  se  souvenir'  =  *à^-^vda€iv  cf.  èjifi^vuj  §  320,  1,  a. 
Latin  agnosco  à  côté  de  aggero  {ad),  cognôaco  ignôtus  de 
*coianô8c0  mnôttts  (cf.  §  320,  3,  b),  cernuo8  de  *cerrn'y 
*cerzn'  à  côté  de  terreo  (§  290,  4),  pergo  de  ^per-rlejgô.  6e  r  m. 
Oot.  mins  'moins'  de  *minn[i]z,  kant  (écrit  aussi  kannt)  'tu  sais' 
ef .  3  sg.  kann,  -fulnan  (écrit  aussi  -fuUnan)  'se  remplir'.  V.  h.  a. 
hranta  maria  prêter,  de  brennen  'brûler'  merren  'empêcher', 
bouhnunga  'significatio'  cf.  bauhhan  n.  'signum'.  V.  si.  par  ex. 
vûstajati  de  *vû8'8tajati. 

324.  B)  Après  consonne.  Sansk ri trapçd-f6 'il éclate, 
il  crève'  avec  le  morphème  de  gdccha-tij  suppose  indo-iranien 
*rapçça'te  ou  ^rappççha-  d'après  le  §  240,  bhintM  'vous  fen- 
dez' de  *bhintthâf  cf.  3^  pi.  bhind-dnti,  indhé  'il  s'allume'  de 
*inddhéf  cf.  3  pi.  indh-dte;  les  graphies  bhintthdy  inddhé  sont 
analogues  au jpp  de 8arppd'8, et  sembl.  §  315.  —  Grec  Tép0aaOai 
— *T€pa<ya-<j8ai,  crét.  privai  att.  ^iiiai  'men8ibu8'=*^T)va-ai  d'après 
le  §  285,  2;  a<T  de  t0,  par  ex.  dans  le  crét.  pdXXovm  §  264,  4, 
de  Ti  par  ex.  crét.  irdvcra  §  151,  3,  f.   Crét.  Kdpruiv  de  *KapTTuiv, 


244  PHONÉTIQUB 

dor.  Kdppuiv  de  *KàpcTiJuv  =  *Kap<yau)v  en  face  de  ion.  xpëacriuv 
*plu8  fort'  (p.  98  note  1).  —  Latin  arsi  {ardeô),  versus  {verto), 
sënsus  (sentio),  en  face  de  con-cussi  etc.  §  168,  2, 3.  sarmentum 
de  *sarpm'  en  face  de  summus  de  ^supm-  §  320,  3,  b.  —  Ger- 
manique. En  germanique  commun  p,  tj  %r  provenant  des  j^p,  ttr 
kJc  produits  d'après  le  §  271,  8,  par  ex.  y.  h.  a.  sterz  en  face  de 
snizzdri.  En  v.  h.  a.  dans  les  prétérits  en  t  comme  toanta,  warta 
de  wenten  'tourner'  werten  'endommager'. 

325.  C)  Après  voyelle  longue  et  diphtongue  e» 
latin  et  en  germanique.  En  latin  les  occlusives  géminées  ont 
toujours  été  simplifiées,  par  ex,  sêpôno  {sëd-)  en  face  de  appôna, 
quôquam,  hôce,  hôc  (*quôdf  *hôd)  en  face  de  quicquam^  JiocCj 
estôte  =  *estôd'te.  s  de  ss  (§  268,  2,  3.  289,  3)  environ  depuis 
le  commencement  de  notre  ère,  par  ex.  quaesso,  quaesOy  cûssus 
cdsus,  dîvlssio  divîsio.  nn  =  dn  o.  subsisté  dans  mercènnarius. 
De  même  II  de  nZ,  ri  :  corôlla  suïllus  (ni),  pûllus  (ri).  Pour  mm 
=  sm  Qtll  =  si  on  rencontre  encore  anciennement  la  géminée 
après  une  voyelle  longue  primitive  :  dûmmètum  de  *dûsm'  (m.  h.  a. 
zusach  'broussailles'),  bèllua  (cf.  bëstia)^  aulla  'marmite'  (cf. 
auxiUa)y  paullum  (cf.  pauxillum),  en  face  de  sûmo  de  *sûsmôf 
ala  de  *àsla  et  sembl.  (§  290,  5);  cependant  il  y  a  eu  ensuite  sim- 
plification :  dumèturriy  bèlua,  aula,  paulum,  caelum  'ciseau'  de 
*caidlomy  mais  rallum  =  *radlom.  Cf.  Sommer  Lat.  L.  u.  FI. 
236.  239.  263.  296  sq.  —  En  germanique  les  géminées  du  ger-^ 
manique  commun  sont  simplifiées,  nn  (§  159,  3,  a);  v.  h.  a. 
spianun  'ils  tendirent',  infin.  spannan.  Il  (§  320,  4,  c.  §  321,  2)  : 
V.  h.  a.  lia  'studium'  cf.  v.  isl.  id  'studium',  fialun  'ils  tombèrent', 
infin.  fallan.  pp,  tt,  kk  (§271,  8);  v.  sax.  lùkon.  ss  (§  271,. 
3,  4)  :  got.  un-weis,  gén.  -weisisy  v.  h.  a.  muosa. 

326.  D)  A  la  pause  la  géminée  a  été  simplifiée  dès  Tépo- 
que  indo-européenne.  *mûs  'souris'  de  *mUS'8  (cf.  nom.  pi.  skr. 
mÛa-as)  :  gr.  |liOç,  lat.  mûs\  skr.  2  sg.  d-ghas  'tu  dévoras'  = 
^a-gluU'S  cf.  2  du.  d-gTias-tam,  -ss  de  -ts  :  gr.  veÔTriç  (§  264,  4), 
lat.  miles  (gén.  milit-is),  à  côté  duquel  on  a  mîless  à  Tintérienr 
de  la  phrase  (§  268,  2)  ;  dans  des  cas  tels  que  gr.  ttoIç  de  *TravT-ç, 
lat.  con-cors  de  *'Corts,  vehëns  de  *vehentSj  got.  hais  m.  'cou* 
(gén.  halsis),  v.  si.  vezy  'vehens',  plus  ancien  *vezys  de  ^^e§honts 


CHÂNOEMBNTS  CONDITIONNÉS  246 

<lit.  veèéls),  la  simplification  s'est  produite  en  même  temps  d'après 
le  §  324;  pour  le  got.  un-toeis,  d'après  le  §  325.  Lat.  ter  de 
terr  (terr-uncius)  =  ♦f«r«,  neutre  hoc  de  hocc  (hocc  erat)  = 
*hod'Ce,  En  gotique  on  peut  considérer  comme  étant  celles  de  la 
pause  des  formes  telles  que  drtis  'chute'  (gén.  dnm3)y  im  'je  suis' 
(^imm[ï\y  §  320,  4,  h),  tandis  que  des  graphies  comme  ga-qiss 
<dat.  ga-qissai),  toamm  'tache'  (gén.  toammis),  rann  'je  courus' 
<inf.  rinnan)  présentent  soit  la  conservation  de  la  forme  devant 
voyelle  à  l'intérieur  de  la  phrase,  soit,  et  c'est  le  cas  ordinaire, 
l'assimilation  réelle  ou  purement  graphique  aux  autres  formes  du 
«nême  système  morphologique.  Dans  les  monuments  vieux-haut- 
allemands  la  simplification  est  la  règle  constante,  par  ex.  gitois 
'certain'  gén.  giwisses,  ij  'mange'  infin.  e^^an,  grim  'colère,  adj.' 
gén.  grimmes,  bok  'bouc'  gén.  boJckes. 

327.  E)  A  l'initiale  de  même  la  géminée  a  générale- 
ment été  simplifiée.  Sanskrit  chayd  à  côté  de  gdccha-ti  (§  240. 
355,  5).  Grec  Fôç  (Fhôç)  :  hom.  TTarepi  FFha»,  ^eipojiai  :  è-^^ope, 
v{<pa  :  àxo-vviqpoç,  \^j\jj  :  ô-XXiiktoç,  ^èw  :  Kaia-ppéaj  (§  286, 
1,  b),  ^iiTvûfii  :  â-ppriKTOÇ,  (§  157,  1),  dor.  iTdcTaa0ai  :  béot.  Oeô- 
TTTTâaToç  (§  157,  3,  e),  béot.  Aeùç  :  boKi|Lidbbuj  (§  151,  3,  g),  hom. 
<T€0€  :  l-aaeve  (§  151,  3,  e),  adxoç  :  cpepe-cTCTaKfiç  (§  157,  3,  b). 
Cf.  §  357,  6.  Lat.  materiès  'bois  de  construction,  matière'  (:  dor. 
veô-b^âTOç  'nouvellement  construit')  à  côté  de  mamma  de  *mad' 
ma  (§  320,  3,  b). 

328.  F)  Entre  voyelles  indépendamment  de  la 
quantité  de  la  voyelle  antécédente  (cf.  §  325),  la  simpli- 
fication s'est  opérée  souvent  par  le  transport  de  la  limite  des  syl- 
labes devant  la  géminée:  arnma  est  devenu  àrnma  d'où  a' ma. 
En  indo-européen  peut-être  s  de  sa  (comme  en  ionien  attique,  v.  in- 
fra)  :  *esi  'tu  es'  =  skr.  dsij  gr.  eîà  côté  de  gr.  èa-crl  lat.  esa  es,  skr, 
loc.  plur.  (^asu  (zd  qzahu)  à  côté  de  (^has-su  de  (^has-  'angoisse'; 
les  formes  avec  ss  étaient  donc  des  innovations.  —  En  grec  ca 
=  i.-e.  ti,  dhij  tSf  ss  est  devenu  a  en  ionien  attique  et  arcadien, 
par  ex.  ion.  att.  M^aoç,  iroai,  léaax,  arc.  ô<Ta,  bàaaaôai  (§  151, 
S,  f.  285,  1,  2).  De  même  la  simplification  grecque  moderne  de 
toutes  les  géminées,  comme  dlos  (âXXoç),  parô  (Gappd)),  ylôsa 
{xXwacTa),  remonte  jusqu'à  une  époque  antérieure  à  notre  ère,  et 


246  PHONÉTIQUE 

elle  est  en  connexion  avec  la  transformation  de  TaccentuatioD 
(§  46),  V.  Sehwyzer  Pergam.  123  sq.,  N.  Jahrbb.  3,  250  sqq. 
—  En  latin,  dans  la  syllabe  qui  précède  la  syllabe  accentaée, 
quand  elle  avait  une  voyelle  brève,  par  ex.  omitto  de  *ommitt^ 
=^*ob'mittO\  mamilla  :  mamma;  canàlis  :  canna;  curûlis  :  cur- 
rus'y  sacéllus  :  saccus;  pusillus  de  *put8-  cf.putus  'petit  garçon% 
ofélla  :  offa  (cf.  6r.  I*  p.  815  sq.,  Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  294  sq., 
Osthoff  Et.  Par.  I,  40  sqq.);  la  simplification  en  roman  a  lien 
même  après  une  syllabe  accentuée,  par  ex.  esp.  gota  roum.  gutéi 
=  lat.  gutta.  —  En  vieux  haut  allemand  dans  les  syllabes  inaccen- 
tuées, par  ex.  dôufene  =  -enne,  lihhazen  =  azzen.  —  En  slave 
toutes  les  géminées  ont  été  simplifiées,  de  même  en  baltiqne,  par  ex. 
V.  si.  otîcî  :  gr.  ôtto,  lat.  got.  atta 'père';  jaM  'je mangeai'  de  *ètS' 
(§  275,  1  )  ;  izobati  =  iz-zobati  'dévorer  complètement'. 

Assimilation  de  voyelles  à  voyelles  à  distance. 
329.  Sous  ce  chef  nous  comprenons  les  modifications  par 
assimilation  de  la  qualité  d'une  voyelle  sous  Tinfluence  de  la 
voyelle  d'une  syllabe  voisine  quand  il  y  a  une  consonne  entre  les 
deux.  Cette  assimilation  est,  comme  dans  l'assimilation  con- 
sonantique  à  distance  (§  332),  ou  bien  partielle,  par  ex.  gr.  T<^p- 
Tupoi  de  T^pTupa,  v.  h.  a.  gesti  de  gasti,  ou  totale,  par  ex.  gr. 
XaKavr)  de  Xexdvii,  v.  h.  a.  meg^inti  de  me^^anti;  dans  le  premier 
cas  on  rappelle  aussi  métaphonie  (en  allemand  umlant),  dana 
le  second,  harmonie  vocalique.  Quand  une  voyelle  subit  de 
cette  façon  un  changement  de  timbre,  Tarticulation  spécifique  de 
la  voyelle  inductrice  passe  probablement  toujours  dans  Tarti- 
culation  de  la  consonne  qui  sépare  les  deux  voyelles.  Les  deux 
faits  peuvent  se  produire  en  un  seul  et  même  acte,  auquel  cas  le 
changement  phonétique  est  un  changement  subit.  Mais  il  peut 
arriver  aussi  que  la  consonne  seule  soit  affectée  d'abord  et  qu'en- 
suite seulement  la  voyelle  voisine  le  soit;  et  alors  dans  le  chan- 
gement de  timbre  de  cette  voyelle,  c.-à-d.  dans  le  second  acte  du 
mouvement  phonétique,  la  plupart  du  temps  ce  n'est  pas  seule- 
ment la  consonne  déjà  affectée,  mais  en  même  temps  la  voyelle 
voisine  d'où  est  partie  le  mouvement,  qui  agit,  de  sorte  que  danis 
ce  cas  nous  avons  à  la  fois  assimilation  en  contact  et  assimilation 
à  distance. 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  247 

Rem.  1.  Il  y  a  des  cas  où  la  voyelle  inductrice  tombe  après 
n'avoir  changé  que  la  consonne  et  où  ce  n'est  que  plus  tard  que 
le  timbre  de  la  consonne  influence  la  voyelle  voisine  (v.  Pedersen 
KZ.  36,  297);  mais  ces  faits  ne  se  rapportent  qu'au  chapitre  des 
actions  par  contact. 

Rem.  2.  C'est  seulement  par  exception  qu'on  peut  établir 
la  participation  de  la  consonne  intermédiaire  dans  les  périodes 
anciennes,  lorsque  le  timbre  spécifique  n'on  est  pas  exprimé  par  la 
graphie;  la  meilleure  indication  résulte  du  fait  que  certaines  con- 
sonnes s'opposaient  à  l'action  de  la  voyelle  voisine  et  que  par  lÀ 
le  changement  de  timbre  de  la  voyelle  n'avait  pas  lieu.  Ainsi 
par  ex.  e  de  a  dans  v.  h.  a.  krefti,  lembir,  etc.,  mais  mafuif  et  non 
mehti  §  330,  1,  b,  lat.  o  de  e  dans  homo,  modus  etc.,  mais  -erus  et 
non  pas  *artA8  §  330.  Cf.  les  cas  où  skr.  r  n'a  pas  changé  en  n  un 
n  subséquent  §  335. 

Rem.  3.  Dans  le  changement  de  e  en  i  devant  u  (v.  h.  a. 
sibun,  V.  irl.  as-6i»*r 'je  dis'  =  ^hiru,  et  dans  celui  de  o  en  u  devant  i 
(v.  irl.  gu^n  'blessure'  de  *guni8)  l'assimilation  consiste  dans  l'éta- 
blissement d'un  même  degré  d'élévation  pour  la  langue;  les  voyelles 
moyennes  c,  o  ont  été  amenées  au  degré  des  voyelles  'fermées* 
u  et  t. 

330.  A)  Mouvement  régressif. 

Sanskrit.  Assimilations  complètes  dans  les  dialectes  popu- 
laires, par  ex.  prâkr.  mini  =  maricî  'rayon  de  lumière*,  ucchu 
=  skr.  ikaû'  'canne  à  sucre',  dont  il  faut  peut-être  rapprocher 
yéà.pûtU'dru'j  -daru-  ==pitu-daru',  nom  d'arbre  (Pischel  6 r  am m. 
131,  Franke  BB.  23,  172). 

Grec.  La  plupart  des  exemples  sont  des  graphies  d'inscrip- 
tions qui  appartiennent  à  différents  dialectes  et  qui  en  partie  ne 
se  présentent  qu'isolément.  1)  Métaphonie  labiale  de  e  en  o, 
par  ex.  topT^pct  de  T^pTupa  'prison*.  —  2)  Assimilation  complète 
o  de  €:  Tpoq)u)vioç  =  Tpeçuivioç.  a  de  e:  XaKdvri  =  XeKdvTi 
'bassin*,  a  de  o:  àcTTaxôç  =  ôcTTaKÔç  'écrevisse  de  mer*,  e  de  a: 
èperri  =  àpeTrj  'valeur*,  o  de  a:  aopuivîç  =  aapiuvîç  'vieil  arbre 
creux*,  i  de  €  :  'QçiXi^n  =  'Qq)€Xî^Ti-  i  de  u  :  pipXlov  de  PuP- 
Xiov  'petit  livre*,    u  de  i  :  fl^iuauç  =  f^inicruç  'demi*. 

Latin,  t  de  6  ou  o  de  6  par  assimilation  complète,  quand 
une  consonne  sonore  ou  h,  s  suivaient,  milium  :  gr.  ^eXivri  'millet'  ; 
dnis,  en  alternance  vocalique  avec  gr.  kôviç  'poussière*;  similis 
cf.  V.  lat.  semol]  vigil  en  alternance  vocalique  avec  got.  tcaîcjan 


248  PHONÉTIQUE 

'éveiller';  ni-hil,  ni-si,  bonos,  bonus  cf.  bene;  homo  v.  lat.  hetno 
(originairement  homOy  ^hemen-es  etc.,  puis  nivellement);  modos, 
modu8\  ombr.  mefs  de  *medo8.  r  =  ital.  comm.  z  dans  le  pre- 
mier cas,  un  r  quelconque  dans  le  second  cas  empêchait  le  nivelle- 
ment; par  ex.  heri  cf.  hesternus  (cf.  sero  =  *8i'Zô  §  309,  a),  ertis 
de  *ezo8,  férus  avec  un  r  ancien  (cf.  versus  de  vorsus  §  309,  §•). 
Cf.  Sommer  IF.  11,  327  sqq.,  Lat.  L.  u.  FI.  126  sqq.  —  Appar- 
tenaient à  la  langue  vulgaire  des  assimilations  telles  que  lacûtio 
==  locûtio,  vianllum  =  vexillum,  rutundus  =  rotundus,  butûmen 
=  bitûmen. 

Kein.  Sons  certaines  conditions  particulières,  dans  des  formes 
peut-être  en  partie  dialectales,  e  parait  être  devenu  i  devant  u  (cf. 
§  329  Rem.  3):  inuleus  :  gr.  ^vcXoç  •  vc^pôc;  Hés.;  bitûmen  :  skr.  jatu 
'laque,  gomme';  vitulus  ;  skr.  t;atsâ-s  'veau*;  cicar  :  skr.  çakura-ê 
'apprivoisé';  silua^  silva  :  gr.  ^Xoç  'bas  fond  couvert  de  végétation*; 
simul  :  V.  lat.  seviol;  vigul,  d'après  quoi  aussi  prés,  vigeo  (à  côté  de 
vegeo)\  toniti^  à  côté  de  moletrina  et  autres.  Parallèlement  u  de 
o  devant  i  :  cullna  à  côté  de  columba  et  autres. 

Germ.  1)  Phénomènes  de  métapbonie.  a)  Germanique 
occidental  norrois  e  {e)  de  i,  o  de  u  devant  a,  ô,  è  excepté  quand 
il  y  avait  dans  l'intervalle  nasale  -|-  consonne  ou  j.  V.  h.  a.  v.  sax. 
ags.  wer  v.  isl.  verr  'homme'  :  lat.  vir,  i.-e.  *j^ir0'8;  v.  h.  a.  beta 
fém.  bet,  n.  ^prière',  cf.  bittu  'je  prie'  R.  bheidh-  (gr.  iriÔéaOai 
ireîQuj).  V.  h.  a.  joh  ags.  jeoc,  v.  isl.  ok  :  got.  juîc  skr.  yugd-m 
'joug';  V.  h.  a.  gi-botan  cf.  butum  'nous  offrions'  :  got.  -budans 
-budum  R.  bheudh-  (gr.  TruOéaOai,  TreùGo^iai).  Au  contraire  v.  h.  a. 
swintan  ags.  swindan  cf.  v.  h.  a.  swînan  'disparaître',  v.  sax. 
bîddian  v.  h.  a.  bitten  =  got.  bidjan  'prier';  v.  h.  a.  hunt  ags. 
hund  V.  isl.  hundr  =  got.  hunds  'chien'  de  *hiiun'da'Z;  v.  sax. 
huggian  v.  h.  a.  huggen  =  got.  hugjan  'penser',  à  côté  de  v.  h.  a. 
hogèn.  Beaucoup  d'exceptions  par  suite  de  nivellement  analogi- 
que, par  ex.  v.  h,  a.  gi-zigan  'accusé'  au  lieu  de  *-zegan  d'après 
zigurriy  zigi  etc.  A  o  venant  de  u  répond  v.  h.  a.  eo,  io  de  eu 
par  ex.  dans  beotan,  biotan  cf.  biutu  'j'offre'  (§  144,  1).  — 
b)  V.  h.,a.  e  (e)  depuis  le  VIII^*^"®  siècle,  issu  de  a  devant  ?,  |, 
excepté  quand  il  y  avait  dans  l'intervalle  ht,  hs  et  consonne  -|-  w  : 
lembir  plur.  de  lamb  'agneau',  krefti  pi.  de  kraft  'force';  lengi 
longueur'  cf.  lang\  nerrien  nerren  =  got.  wfl^an 'sauver' ;  redia, 


CHÂKGBMBNTS    CONDITIONNÉS  249 

reda  =  got.  rapjô  'compte'.  An  contraire  on  a  par  ex.  mahti  pi.  de 
maht  'puissance'.  Ce  v.  h.  a.  e  était  d'abord  ç  comme  Ve  de  wer 
(a)  et  celui  de  reht  (§  95),  mais  la  consonne  palatalisée  qui  le  sui- 
vait le  changea  en  e  et  c'est  ainsi  que  se  produisit  la  double  qualité 
de  V.  h.  a.  c  —  e)  V.  h.  a.  û  (écrit  iu,  ui)  sorti  de  û  devant  i,  à 
partir  du  X*™®  siècle,  par  ex.  chriuter,  plus  ancien  chrutir,  pi.  de 
chrût  'herbe'.  —  d)  V.  h.  a.  i  de  e  devant  w,  par  ex.  sibun  =  v.  sax. 
sehun  'sept',  widur  =  ags.  weder^  got.  tui^rw* 'bélier',  l^'^®  sg.  nimu 
de  neman  'prendre'.  Parallèlement  iu  de  eu  par  ex.  dans  1*"  sg. 
biutu  à  côté  de  l'infin.  beotan  (a).  —  2)  Assimilations  com- 
plètes, a)  Germ.  comm.  i  de  e  devant  ï,  |,  par  ex.  *i8ti  got.  v.  h.  a, 
ist  'il  est'  :  gr.  ^ctti  ;  v.  h,  a.  irdtn  'de  terre'  cf.  erda  'teiTc'  :  gr.  f paZic 
^à  terre';  got.  sigi^  'victoire'  v.  h.  a.  sigirOn  'vaincre'  de  ^sei^iz-, 
plus  ancien  *8ej€z-  (§  349, 1),  i.  -  e.  ^seghes-  (skr.  sâhas-  'violence')  ; 
got.  midji^  V.  h.  a.  mitti  v.  isl.  midr  :  lat.  médius;  v.  h.  a.  riht{i)u 
'je  juge'  cf.  reht  'droit'  :  gr.  ôpcKTÔç  'étendu'.  Au  v.  h.  a.  birit 
*il  porte'  de  *beridif  *beredi  répond  biutit  'il  offre'  de  beotan 
(1,  a)  et  de  même  diutisc  'vulgaris'  cf.  deota  'peuple'  (§  144,  1). 
—  b)  Eu  vieux  haut  allemand  fréquemment  après  Taccent,  comme 
me^^inti  =  me^^anti  'mesurant'  (§  349,  6). 

Slave.  Assez  souvent  assimilation  complète  comme  v.  si. 
iûnûkû  (russ.  tônJcyj)  de  tînûkû  'mince'  (§  196,  2,  b),  bîàdrî  de 
bûzdrl  'vigilant'. 

331.  B)  Mouvement  progressif.  Il  ne  s'agit  ici  (ab- 
straction faite  du  latin)  que  d'assimilations  complètes. 

Sanskrit.  Sporadiquement  dans  les  dialectes  populaires, 
par  ex.  prâkr.  puhutta-  de  puhatta-  =  skr.  prthàktva-  'le  fait 
d'être  à  part'  (Pischel  Gramm.  131,  Franke,  BB.  23,  172). 

Grec.  Exemples  isolés,  connus  pour  la  plupart  par  des 
inscriptions,  par  ex.  thess.  FeKébâjLioç  =  béot.  Phexabâfioç,  grec  (de 
la  KOivri)  ôXodpeuuj  de  ôXeOpoç  'perte',  att.  ZipiXXa  =  ZipuXXa, 
XupuX(X)a  =  ZupiXXa. 

En  latin  fréquemment,  en  particulier  dans  des  mots  de  trois 
syllabes  et  plus,  où  la  voyelle  de  la  syllabe  initiale  (le  plus  souvent 
accentuée)  était  la  voyelle  inductrice.  Par  là  les  effets  des  lois 
d'affaiblissement  des  voyelles  (§  348,  I,  1)  ont  été  en  partie  ou 
supprimés  ou  du  moins  modifiés,    anatem  à  côté  de  anitem,  fdr- 


250  PHONÉTIQUE 

faru^  à  côté  de  far  férus,  ad-aglum  à  côté  de  prôd-igiunif  alaeer\ 
genetîvus  à  côté  de  genitîvus,  neglego  (à  côté  de  colligo),  segetemy 
elementum\  fulguris,  8ulp{h)uri8  à  côté  de  temporis\  lat.  valg. 
oppoduiUf  tonotrUf  colopuSj  monomentum  =  oppidum,  tonitru,. 
colap{h)u8,monumentumf8imilacra  =  simuldcra.  De  plus  monu- 
mentum  à  côté  de  regimentum,  condumndre  à  côté  de  indem- 
natuSjpostumus,  optumus  à  côté  de  minimus,po88umus,  volumus^ 
à  côté  de  legimus  et  autres  (par  assimilatiou  analogique  d'après 
monimenturriy  optimus  et  autres). 

En  vieux  haut  allemand  c'est  la  voyelle  de  la  syllabe  accen- 
tuée qui  était  inductrice:  gi-corone  =  gi-corane  'élus'  (§349,  6)^ 

Kern.  Souvent  il  arrive  qu'une  voyelle  subséquente  et  une 
voyelle  antécédente  ont  agi  en  même  temps,  par  ex.  gr.  'AXunro- 
KovWi<Jioi  =  'AXu)TT€KOvvi^aioi,  arc.  'Epcinéva  =  att.  'Epainévn,  lat.  vîgintî 
de  *vîgentî. 

Assimilation  de  consonnes  à  consonnes  à  distance.^ 

332.  Ici  encore  (cf.  §  329),  lassimilation  est  ou  bien  par- 
tielle, par  ex.  gr.  fiouviàç  de  pouvidç,  ou  bien  complète,  par  ex^ 
OuipôOeoç  de  AujpoOeoç. 

A)  Mouvement  régressif. 

Skr.  a)  ç—ç  de  s — ç:  çvdçura-s  'socer'  indo-ir.  comm. 
"^svaçura-s  (zd  x^asurO)  :  lat.  socer  (§  308,  2,  b)  ;  çmdçru-  'mous- 
tache' :  V.  irl.  smech  'menton'.  —  h)  s—z  de  8—é  :  d-sOdha-s 
'invincible'  de  *d'8aédha-8  (§  241»  b);  dans  les  composés  -saçlbhû 
de  *8aéhh%8  instr.  plur.  cf.  sàh-  'surmontant'  (§241,  c),  d'après 
quoi  le  nom.  sg.  aussi  avec  s,  -sat  ace.  sg.  -saham  etc.  ^). 

Grec.  Dialectalement  dans  les  parlers populaires,  a) Sourde 
de  sonore  :  MeKaxXfiç  de  MeTctKXfjç,  et  sourde  aspirée  de  sonore  : 
0u)pô0€oç  de  Aujpô0€oç  (§  266,  5).  Cf.  aussi  Nlxàpx^v  de  NîKàp- 
XU)v,  GnOiç  de  tii9îç  §  342,  2,  b,  a.  —  b)  Att.  pôXupboç  rhod. 
pôXipoç  (TrepipoXipuicrai)  de  ^léXupboç,  ^lôXipoç  'plomb'.  —  Grec 
tardif  fiouvidç  de  pouviàç  'sorte  de  navet'. 

Latin,  a)  La  transformation  de  p  en  An^  devant  Tcu  est 
italique  commune  ou  même  italo-celtique.  ^TcUenhUe  de  *pe7dhue 


1)  Cf.  ail.  mod.  sunst  de  swnM  'autrement'»  servant  de  sersanty 
'sergent',  lit.  szeszuras  'socer',  de  ^seszuras,  etc. 


CHANGEMENTS  CONDITIONNÉS  25Î 

'cinq'  (skr.  pdûca)  :  quînque  v.  irl.  cC^c.  *JcUekW  de  *pekw  'je 
cnis'  (skr.  pdcûmi)  :  coquo  (§  257,  1,  a,  d).  *kuerTcUU'  de  *per- 
&Mtt-  'chêne'  (got.  fairguniy  §  258,  2,  b)  :  quercus  (§  257,  3).  — 
b)  Mbo  de  *pib6  :  skr.  piba-ti  Ml  boit'.  Cf.  Solmsen  KZ.  34,  21. 
—  c)  &ar6a  de  *farba  :  v.  h.  a.  bart  'barbe'. 

En  slave.  Faits  isolés,  comme  v.  si.  chuchota  =  suchota 
'sécheresse'. 

2133.  B)  Mouvement  progressif. 

Sanskrit,  w  de  n  après  r,  r,  s  excepté  quand  il  y  avait 
dans  l'intervalle  une  consonne  palatale,  cérébrale  ou  dentale 
(à  l'excl.  de  y,  A),  par  ex.  bhâramana'S  =  gr.  çepô^evoç.  C'est 
la  même  action  que  l'assimilation  en  contact  (§321,  2). 

Grec.  Dialectalement  dans  les  parlers populaires,  a)  Sonore 
issue  de  sourde  :  crét.  'Atcit^^tu)  de  'AtcikXùtuj.  Sourde  issue  de 
sonore:  Tu(v)Tàp€ujç  de  Tuvbdpewç,  et  sourde  aspirée  de  sonore: 
eu<p€iOîbT)ç  de  *Tu<p€ibibTiç  (§  266,  5).  Cf.  aussi  0ë0iç  de  Gériç 
§  342,  2,  b,  p.  —  b)  |Li  de  v:  att.  MtduôçiXoç  de  MrivôçiXoç. 

Latin,  forfex  de  forpex^  vulva  de  vulba  (§  256,  2,  a,  p), 
peut-être  aussi  bubîle  de  buvlle,  lîlium  de  Hîrium  (emprunté  du 
grec  Xeîpiov). 

6e r  m.  Il  faut  citer  ici  got.  wulfsj  fimf  d'après  le  §  258,  5. 

Changements  par  dissimilation  et  conservation  de 
consonnes  par  des  consonnes  à  distance^). 

834.  A)  Changements.  1)  ^.->  Grec  ^éi  de  tee^  devant 
consonne.  Fenr-  'parler'  dans  €Itt€îv  gort.  -FeiTrdxuj  de  ue-^qU-y 
skr.  aor.  â-voca-m,  R.  jfeqU-  (§  141, 1.  259,  2)  ;  la  dissimilation  est 
plus  ancienne  que  la  loi  du  §  256,  4.  àcibu)  'je  chante'  de  *à'?€r 
Fbu),  cf.  aùbrj  'voix',  ubeu)  'je  célèbre',  skr.  vdda-ti  'il  parle'.  Peut- 
être  de  même  eiprifiai  de  *Fé-FpTmai,  de  Fpri- 'parler'  (arg.  FeFprmeva 
par  innovation),  (F)€iXû^ai  de  F€-FXû|iai  de  FXû-  'envelopper'  et 
autres  (Solmsen  Unt.  237  sqq.). 

2)  Nasales,  a)  l — n  de  »— n.  —  Grec  XàpvaH  de  vdpvaE 
'coffre';  Xujivôç  'nu'  Hés.,  de  ♦vu^ivoç,  plus  ancien  *vupv6ç  :  skr. 
nagnd'8  'nu'.  Italien  veîeno  de  veneno.  V.  h.  a.  «Zûwîc 'rapide* 
cf.  V.  h.  a.  sniumo  'rapidement',  got,  sniwan  'se  hâter',  n — l  dana 

1)  Cf.  §  19  Rem.  3.   Changements  en  contact  v.  §  319  Rem. 


252  PHONÉTIQUE 

got.  niuklaJuf  'nouveau-né'  de  *niu'1cna'  =  gr.  veo-yvô-ç  'nouveau- 
né';  ici  c'est  le  premier  n  qui  a  subsisté  à  cause  de  niujis.  — 
h)  l — m  de  n — m.  V.  h.  a.  sliumo  de  sniutno  (a).  Cf.  gr.  mod. 
XrijLiôpia  de  vimopia  (jiiviijLiôpia),  italien  lomè  de  nomà  (non  magis). 
—  c)  Latin.  Le  groupe  phonétique  form  de  *morm  :  formîdo  : 
gr.  jLiopjLiiu  'épouvantail';  formica  :  gr.  \i\içi\kr\l  'fourmi'.  Il  y  a  eu 
ici  combinaison  avec  ime  action  de  r,  cf.  fr  de  mr  §  168,  3. 

3)  Liquides.  La  dissimilation  des  liquides  est  la  plus  fré- 
quente de  toutes,  et  elle  a  lieu  probablement  dès  Tépoque  indo- 
européenne (§  174, 1,  2).  C'est  en  grec,  en  italique  et  germanique 
qu'elle  se  rencontre  le  plus  souvent,  a)  Z— r  de  r — r.  Skr.  àlarti 
*il  se  meut'  de  ^ar-ar-ti.  Gr.  GnXriTrip  de  GripriTrip  'chasseur',  gr. 
mod.  àXKJTepd  de  àpiaiepà;  cf.  crét.  iiiaÎTup- (§  178, 3).  Latin 
celebrum  de  cerebrum,  italien  albero  de  arbero,  V.  h.  a.  fluobra 
*consolatio':  v.  sax.  frôfra;  filloran  'perdu'  à  côté  de  fir-liosan 
^perdre'  ;  fr.  pop.  kolidôr  de  corridor  'corridor'.  —  b)  r — Z  de  r — r. 
Skr.  irvdlu-  de  irvdru-  'concombre'.  Gr.  jliop)lioXùttiu  'j'effraie' de 
jui6p)Liopoç  'crainte'.  Latin  frûglo  de  frdgro,  italien  Mercoledï 
de  Mercoredi.  Got.  aûrali  de  lat.  ôrûirium,  v.  h.  a.  murmulôn 
de  murmurôn  'murmurer'.  Slave  commun  suffixe  -telr  de  -fer-, 
d'abord  dans  des  formes  telles  que  oratelî  'arator',  èrîtelî  'sacrifi- 
cateur' et  d'après  cela  datelï  'donneur'  et  autres;  rn^,  prôîub' 
de prorub'  'trou  dans  la  glace.  —  c)  r—l  de  l — l.  Gr.  àpTaXëoç 
'douloureux'  de  SXyoç  'douleur'.  Lat.  caeruleus  de  caelum  'ciel', 
italien  cortello  de  coltello.  M.  h.  a.  sprl^el  'éclat  de  bois'  de 
^2)Zîj6w 'fendre';  Si\Lmod,franellAeflanelL  Petit-russe rer6Z;ttd  = 
pol.  wielblqd  'chameau'.  —  d)  l — r  de  l — Z.  Gr.  xecpaXapTiâ  de 
Keq)aX-aXYiâ  'mal  de  tête'.  Lat.  alaris,  militaris  et  autres,  et  ombr. 
staflarem  'stabularem'  avec  suff .  -dli-  (lat.  aequalis,  ombr.  uerfale 
'verbale':  lucrum,  simul^crum,  lavacrumet  autres,  etsab.  Fala- 
crinum  avec  suff.  -clo-  (lat.  ^feicZttm,  ombr.  pi  ha  kl  u)  de  -tlo- 
(§  229, 1);  à  une  époque  plus  récente,  alors  qu'on  souffrait  Z — Z, 
fie  produisirent  lëtalis,pluvialis  et  autres.  —  e)  n — r,  n — Z  de  r — r, 
l — Z.  Ce  changement,  déjàindo-européenàcequ'il  semble (§174, 2), 
s'est  produit  aussi  dans  des  périodes  plus  récentes,  par  ex.  gr.  mod. 
<pivoKaXià  =  q)iXoKaXid,  àvvrjXouç  =  àXXi^Xouç,  lat.  vulg.  cun- 
tellus  de  cultellus,  esp.  puncella,  poncella  =  italien  pulceïla^ 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  25$ 

m.  h.  a.  enelende  de  v.  h.  a.  eli-lenti  'd'un  autre  pays'  Jcniuwel  = 
kliuwel  'peloton',  ags.  jnorn  =  jrorw  'tristesse',  russ.  antirélja 
=  artUérja  'artillerie*. 

4)  Consonnes  proprement  dites.  Ici  la  dissimilation  est  rare 
Exemples  :  pâli  skr.  kipilla-  =  pipîld-  'founni',  italien  stinco  de 
schinco  'tibia',  v.isl.  tyggua  de  *kyggua  (§  153, 3,  p.  1 01).  Cf.  aussi  5. 

5)  Cas  où  les  deux  consonnes  ont  en  commun  un  élément  d'ar- 
ticulation, mais  peuvent  appartenir  à  des  classes  différentes  de  ceK 
les  indiquées  plus  haut.  —  En  sanskrit  occlusives  dentales  d'occlu- 
sives cérébrales  après  des  phonèmes  cérébraux,  anadûdbhyas,  dat. 
abl.  plur.de  a»a(î-î;^A-'bœuF(R.  ^e§h'WeherG')de*anad-ud'bhya» 
(§  241,  c)  d'après  quoi  aussi  anadûtsu  d'après  le  §  241  Rem.;  *pra' 
yâdbhyas  (supposé  ^ar praydt8u)de*pra-yadbhya8  dat.  abl.  plur. 
de  *pra'yaj-  'oblation'  (cf.  upa-ydçlbhis  (§ 241,  c).  —  Latin  tene- 
brae  de  *temefra-  skr.  tâmisra  'obscurité'  (§  290,  2);  lat.  vulg.  ne- 
spula  =  mespila,  *nappa  (frç.  imppe  etc.)  de  mappa  —  En  go  ti- 
que (dans  les  formes  accentuées  à  l'initiale  de  l'époque  indo-europé- 
enne?) lesspirantes  sonores  produites  en  syllabe  intérieure  inaccen- 
tuée d'après  le  §  1 70, 3. 27 1 , 7,  à  savoir  S,  rf,  j  (?),  z,  se  sont  changées 
en  sourdes  lorsqu'à  l'initiale  de  la  syllabe  immédiatement  précé- 
dente il  y  avait  une  consonne  sonore,  par  ex.  wundufni  f.  'blessure* 
à  côté  de  fasiubni  n.  'jeûne'  (§  170,  3).  gabaûrjopus'jo\€*  à  côté 
de  toratodus  'voyage',  waltoison  'se  rouler'  à  côté  de  hatizon 
'haïr'.  Cf.  Thumeysen  IF.  8,  208  sqq.  Wrede  D.  Lit.-Zeit. 
1897  Col.  178,  Hirt  PBS.  Beitr.  23,  323  sqq. 

885.  B)  Conservation.  En  sanskrit  la  cérébralisation  de 
n  par  un  phonème  cérébral  antécédent  (§321,  2.  333),  n'a  pa& 
eu  lieu,  quand  il  y  avait  encore  une  cérébrale  à  la  suite,  cf.  par  ex. 
pdrinàkmti  'il  embrasse'  en  face  de  pàrt-naçe.  Dans  le  latin 
miser,  caesariès,  ital.  comm.  z  n'est  pas  devenu  r  à  cause  de  Vr 
qui  suivait  (§  290,  1  et  Rem.  1). 

Disparition  de  consonnes  par  dissimilation  sous 
l'influence  d'autres  consonnes  à  distance^). 

336. 1)  },  ^,  Skr.  sânav  avye=8dnavy-âvye  loc.  sg.  de  sdnu 
dvyamy  désignation  de  la  surface  supérieure  du  filtre  à  soma.  — 

1)  Cf.  §  19  Rem.  3. 


■254  PHONÉTIQUE 

<jrec.  *fpFoç,  hom.  eîpoç  *laine'  (§  157,  3,  a)  de  *F€pFoç,  cf.  lat. 
vervèXy  *alFi(y(yu),  hom.  dicraiw  'je  bondis'  de  *Fai-FiKiiu  (§  311,  d), 
V.  Solmseu  Dnt.  188  sq.  —  Lat.  vulg.  cinque  de  quinque  et 
chute  de  v  après 2?,  /*,  par  ex.palmentunij  fouilla  de  pavimentum, 
favilla.    Cf.  §348,  II,  4. 

3)  Nasales.  V.h.a.cum^  de  cuniny  et  autres  (F.  SchrOder 
Z.  f.  d.  Alt.  37,  124  sqq.).  Cf.  aussi  §  162,  4  au  sujet  du  skr. 
hhûnâ. 

3)  Liquides.  Ici  eucore  (cf.  334,  3)  c'est  cette  classe 
de  consonnes  qui  présente  la  plupart  des  exemples,  particulière- 
ment en  grec  et  en  italique,  a)  r,  mouvement  régressif.  Skr. 
vadhras  de  vârdhras  'courroie  de  cuir',  gr.  bérpov  de  beprpov 
'épiploon',  cpâTpiâ  de  cppârpiâ  'phratrie',  àq)6viTpov  de  àcppô-viTpov 
'salpêtre',  gr.  mod.  6€|K)Liapi  de  GpejLXjiiàpi,  lat.  mamor  de  niarmor, 
cîbrum  de  crîbrum,  frç.  pop.  abre  =  frç.  arbre,  v.  frç.  penre  de 
prenre,  m.  h.  a.  Jceder  de  kerder,  'appât',  suéd.  vœper  de  vo^per 
'il  devient'.  —  b)  r,  mouvement  progressif.  Gr.  ôpOoTÔn  de 
èpGpo-Tori  fém.  'qui  se  lamente  le  matin',  Opeirta  =  Opénrpa  'recon- 
naissance pour  avoir  été  élevé',  juaprucri  de  iiidpTupai,  gr.  mod. 
aùpaTàde  aùpapT^,  lat.  eœpergî8corde*eX'per-grîscor  (§252,  l,b) 
praestïgiae  de  praestrîgiae,  crîbum  (esp.  crlbo)  de  crîbrum  (cf. 
cîbrum  a),  v.  h.  a.  cHskimmôn  de  criscrimmôn  'grincer  des  dents 
de  fureur',  v.  si.  bratija  de  bratrija  f .  'frères'.  —  c)  Z,  mouvement 
régressif.  Gr.  cpaOXoç  'mauvais'  de  *q)XauXoç,  cf.  cpXaûpo^  et 
V.  h.  a.  blôdi  'faible',  fKiraYXoç  'effrayant'  de  *èK-'iTXaTXoç,  cf.  èK- 
TtXaTfivai,  m.  h.  a.  kugel  de  klugel  cf.  ail.  mod.  ki*ugeh  d)  Z,  mou- 
vement progressif.  Gr.  t€Xy19€ç  (à  côté  de  fix^lGeç),  probablement 
de  *t€XyXi9cç. 

4)  Occlusives,  a)  mouvement  régressif .  o)\,'^.(b)dbhi 
*ne(b)d'bh'y  skr.  nddbhyas  dat.  abl.  plur.  de  napt-  'nepos',  cf.  loc. 
pi.  gâth.  nafSa  de  i.-e.  *nept'8U'^  c'est  sur  une  chute  de  consonne 
par  dissimilation  que  repose  aussi  got.  nipjis  'parent'.  Gr.  (kjctk, 
(t)zt,  {n)aiï  (tandis  qu'ailleurs  ce  sont  «,  z  qui  tombent  entre  con- 
sonnes, V.  §  286, 6. 287, 4):  èicTKUi  'je  rends  semblable'  de  *Fe-FiK- 
Okuj,  cf.  êoïKa,  béo  t.  f  <Tto  voç  'descendant'  de  *èTz-TOvoç  (cf.  §  356, 1 5) . 
P)  Gr.  TTUKTiov  de  tttukiov  'tablettes  à  écrire';  att.  entre  autres 
apajôç  de  arpaTÔç  'armée',  grec  tardif  aaTr\ç)  de  (TraTrip  monnaie, 


CHANGBHBNTS   CONDITIONNÉS  255 

^.  mod.  (JaxTcipi  de  cTTaxTàpiv;  Zancpiu  de  VaTrq)ui;  formes  redou- 
blées comme  ^KTimat,  ^TpajuijLxai,  de  K^KTinmai  'j'ai  acquis^  Y^TPOim^<^i 
*j'ai  écrif.  Lat.«Zf^  {gén.slîtis  etc.)  de  stlU-  (§229, 1),  d'après  quoi 
on  a  aussi  le  nom.  slîs  au  lieu  de  stlîSy  lat.  vnig.  obsetrîx  de  ob- 
stetrîx,  segestrum  de  gr.  (JTéTaaTpov,  siliqua  'cosse':  v.  si.  akoUka 
*ostreum'.  Germ.  comm.  ^aepmtô-  'septième'  (v.  h.  a.  sïbunto  v.  isl. 
siunde)  de  sepim-tô-  cf.  franc  salien  septun  'septem',  et  de  même 
V.  h.  a.  àband  'soir'  à  côté  de  v.  isl.  aptann,  ags.  œften-tid.  V.  si. 
vûéqzdetû  =  vûzdqédetû  'il  prend  soif  de  £q£dq  cf.  iédenq  5,  b,  a. 
—  b)  Mouvement  progressif  rare,  par  ex.  gr.  pôXiioç  de  pôXpi- 
Toç  'fumier',  Kepuiuv  de  KepKuiuv. 

5)  Spirantes.  a)  Mouvement  régressif,  a)  Skr.  vrksi^ 
*vrsJc8i,  vi'Vràkaati  =  *vi'vrasJc8artiy  cf.  vrçcdti  'il  déchire*.  Cf. 
dans  Tnnion  de  deux  mots  âdha  de  ddhas  devant  Jcs.  De  même 
peut-être  aussi  gr.  ko  de  (JKcr,  v.  Gr.  Gr. *  §  121  Rem.  p.  132. 
P)  Chute  de  s  dans  les  syllabes  de  redoublement  en  sanskrit,  grec, 
italique,  par  ex.  skr.  ti-stha-tij  parf .  ta-sthaû  de  stha-  'être  debout', 
pa-spaçe  de  spaç-  'voir',  ca-skànday  cani-sJcadat  de  àkand-  'sau- 
ter', gr.  KO-<TKuXjLidTia  'rognures  de  cuir',  lat.  qui-squiliae  en  face 
de  formes  plus  archaïques,  quoique  non  primitives,  telles  que  got. 
stat'Stald  et  autres.  Cf.  gr.  mod.  iraaTpiKÔç  de  (nraaTpiKoç,  v.  isl. 
prqstr  'grive',  lat.  turdus  de  *turzdo-8  en  face  de  lit.  stràzdas,  lat. 
cissûra  de  sdssûray  suéd.  korsten  de  skor-sten  'cheminée'.  — 
b)  Mouvement  progressif:  a)  v.  si.  st,  zd,  ity  &d  de  sts^  zdz,  étS, 
£dé:  dûstédrqzdé{%25Sy  4),  utéliti  =  is-céliti  'guérir  tout  à  fait'; 
mestq,  iétqy  meèda,  dôidi(§154,  3,  f.  253,  5.  298.  299),  iéteznqii 
=  iê'éeznqti  'disparaître'  {*iz-C'),  iédenq  'je  chasse'  de  iz-dienq 
-de  éenq  (§  253,  2).  —  P)  Gr.  (TKuepôç  'en  colère'  de  ♦(JKuiyepôç, 
<it  (TKu2[o|Liai  'je  suis  en  colère',  gr.  mod.  HunàZIu)  de  ïvauaZ^Vy  lat 
spo-pondîy  stetly  sciscidi  cf.  spondeOy  stô,  scindo. 

6)  h.  Gr.  ékho  ix^  de  *hékhO  Hx^d  §  286,  1,  a.  Skr.  kum- 

bhd'S  de  *khumbha-Sy  bôdhati  de  *bhaudha'ti  §  263,  5;  gr. 

peûthomai  neùGoiiiai  de  *pheûthomai  *<p€\JÔ0)Liat  §  265,  3. 

Rem.  Quelquefois  la  disparition  par  dissimilation  peut  avoir  en 
même  temps  deux  causes  déterminantes  :  gr.  9pf|Tapxoç  =  q>pi^Tp-apxo(; 
'président  de  phratrie',  kuXioi3xiov  'armoire  à  mettre  les  coupes'  de 
*KuXiKoùxiov,  dx/ioxo  (béot.  àfeioxo)  =  àyiYfoxa  parf.  de  &f\u  'je  con- 
duis*.   Lat.  conquiniscô  de  ^con-quecniscô,  cf.  parf.  cofi'quea^. 


256  PHONÉTIQUE 

Disparition  de  syllabe  par  haplologie. 

337.  Lorsque  deux  syllabes  qui  ou  bien  se  suivent  immé- 
diatement,  ou  bien  sont  séparées  par  une  syllabe  d'une  autre  strue- 
ture,  ont  la  même  initiale  consonantique,  ou  commencent  oa 
finissent  par  une  même  consonne,  il  arrive  que  ces  deux  syllabes 
se  fondent  en  une  seule  par  association  simultanée.  Ce  phéno- 
mène s'appelle  aussi  dissimilation  syllabique,  superposition  sylla- 
bique.    Cf.  §  19  Rem.  3. 

388.  A)  Les  consonnes  appartiennent  à  des  syl- 
labes différentes.  Si  les  voyelles  des  deux  syllabes  ne  sont 
pas  semblables,  alors  c'est  ordinairement  la  première  qui  dis- 
paraît. 1)  Les  syllabes  se  suivent  immédiatement.  Nous  rangeons 
les  exemples  d'après  la  qualité  des  consonnes  :  a)  Skr.  çévràîia-s 
*cher,  précieux'  de  *çéva'vrdJia-Sf  jahi  irapér.  'abandonne'  =  jaht- 
hi,  jàhi'hL  Gr.  djucpopeûç  =  à|Li(piq)opeùç  'cruche  à  deux  anses', 
TTOTriç,  -flxoç  'le  fait  de  boire'  de  *TroTO-TTiT-,  Kaxàbe  =  Kaià  ràbe 
'd'après  cela',  ïrirpôç  'valet  de  bourreau'  de  *2!ii'niTp6ç.  Lat.  sèmo- 
dius  =  sëmimodius,  medidlis  de  *medt-didli8.  V.  h.  a.  stvibogo 
'voûte  en  forme  d'arc'  de  *8U)ïbïbogo,  unsero  =  unserero  (gén. 
pi.),  et  autres  semblables,  cf.  unserër  'noster'.  V.  si.  dohryj^ 
de  *dobry-jqjq  (gén.  sg.)  et  autres  semblables  de  dohra-ja  fém. 
'bona',  serb.  ikonos  =  ikono-nos  'porteur  de  saintes  images'.  — 
b)  Skr.  çaspinjara-s  'qui  a  Téclat  jaune  rougeâtre  du  gazon 
tendre'  de  *ça8papinjara-8y  gr.  ÔTriaOévap  'dos  de  la  main'  de 
*ÔTricr9o-6€vap,  Kupiarriç  'jongleur'  de  ♦KupiarriTriç,  lat.  fa8tidium 
de  *fa8ti'tîdium  {taedium),  Re8tûtus  =  Re8titUtu8,  Gr.  àpvaKiç 
'peau  de  mouton'  de  *àpvo-vaKiç,  Odpauvoç  'hardi'  de  *6ap<To- 
(Juvoç,  lat.  arcubiî  de  *arci'Cubiïy  v.  russ.  Tcornô8yj  'qui  a  le 
nez  épaté'  de  *korn0'no8yj,  Gr.  (TKijLnTOuç  'tabouret'  de  *(yKijLiTro- 
TTOuç.  Skr.  madhyâ  'au  milieu'  de  *madhyayd,  —  c)  Grec 
àXeTptpavoç  'pilon  de  mortier'  de  àXerpoipipavoç,  T^Tpaxinov  'qua- 
tre drachmes'  =  Terpd-bpaxiLiov,  lat.  de  basse  époque  8entia  = 
8ententiay  maiôriu8  =  maiôri(lriu8,  2)  Les  syllabes  ne  se  suivent 
pas  immédiatement  (cf.  l'ellipse  de  r  dans  àq)[p]6viTpov  (§  336, 
3,  a).  Gr.  ôXeKpâvov  luXéKpâvov  'pointe  du  coude'  de  *ôX€vo- 
Kpâvov,  'AîToXXui-cpdvTiç.     Lat.  latrôcinium  de  latrônicinio-  (cf. 


CHANOEMKNTS   CONDITIONNÉS  257 

histriôni'Cus  et  vati-cinium),  sembella  de  *8èmibella  (§  345, 1, 
1 .  346)  de  *8èmi'lîbeUaj  lapicida-  =  lapidi'Cîda,  lat.  de  basse 
"époque  sansUgia  =  sangui-aûgia. 

339.  B)  Les  consonnes  appartiennent  à  la  même 
syllabe.  Skr.  vanta  =  vananta  3®  pi.  moy.  de  van-  'gagner'. 
Gr,  MeXdvGioç  de  *M€Xav-dv6ioç.  Lat.  vendo  =  venundo  (pënum 
do),  M.  h.  a.  schelchj  sorte  d'animal,  de  *8chélrelch  {schele  v.  h.  a. 
sTcelo  'étalon'  +  elch). 

Transposition  de  phonèmes  (Métathëse). 

340.  Lorsqu'il  se  produit  un  changement  dans  Tordre  des 
articulations  d'un  mot  ou  d'un  groupe  phonétique,  la  transposition 
peut  affecter  deux  phonèmes  voisins,  par  ex.  ags.  toaxan  de 
toascan,  m.  h.  a.  bersten  de  bresten  (métathëse  en  contact), 
on  bien  deux  phonèmes  qui  sont  séparés  par  d'autres  (méta- 
thëse à  distance).  Dans  ce  dernier  cas,  ou  bien  l'un  des  pho- 
nèmes seulement  entre  en  mouvement,  et  à  savoir,  tantôt  en  quit- 
tant sa  place,  par  ex.  lat.  pristînum  de  pistrinum,  cocodriUus 
de  crocodUlus  {crocodilus)^  tantôt  avec  ce  résultat  qu'il  se  trouve 
^n  même  temps  à  l'ancienne  et  à  la  nouvelle  place,  par  ex.  pri- 
strinum,  crocodrillus  ^).  Ou  bien  deux  phonèmes  sont  transposés 
en  échangeant  mutuellement  leur  place,  par  ex.  lat.  leriquiae  de 
rdiquiae^).  Dans  la  métathëse  simple  le  cas  le  plus  ordinaire  est 
celui  de  l'anticipation  (type  pristînum,  pristnnum).  Dans  la 
métathëse  réciproque  à  distance  (type  leriquiae)  la  cause  de 
l'ensemble  du  phénomène  est  toujours  l'anticipation  ;  on  prononce 
d'avance  le  phonème  qui  ne  devait  venir  que  plus  tard,  et  la 
reprise  postérieure  du  premier  n'est  qu'une  conséquence  de  cette 
anticipation. 

H  e  m.  Pour  ce  qui  est  de  la  métathëse  à  distance,  Tentourage 
immédiat  du  phonème  en  question  joue  un  certain  rôle.  Car,  lors- 
que deux  syllabes  ont  un  ou  deux  éléments  en  commun,  la  méta- 
thëse est  favorisée  par  là.    Cf.  par  ex.  gr.  thèthis  (6ii6(0)  de  tithia 

1)  Ce  résultat  repose  probablement  en  partie  sur  le  mélange 
4es  deux  représentations  du  mot  :  soit  pristrinum  =  pistrinum  + 
pristînum. 

2)  Il  y  a  d'autres  formes  de  la  métathëse,  encore  plus  com- 
pliquées, dont  nous  faisons  abstraction  ici. 

Bragmann,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  17 


358  PHONÉTIQUB 

Tii6(ç,  italien  (reato  de  teatro.    Le  processus  se  rattache  ainsi  à  celui 
de  rassimilation  à  distance. 

Ce  qui  détermine  fréquemment  des  métathèses,  c'est  que 
la  suite  des  phonèmes  et  la  coupe  des  syllabes  fassent  difficulté.  Par 
le  changement  en  question  on  obtient  un  groupement  des  phonèmes 
qui  est  plus  habituel  au  sujet  parlant,  par  ex.  m.  h.  a.  dotmstac 
de  don[é[r8tac,  v.  isl.  galgs  de  gciglê  'de  Toiseau*  (nom.  gagD,  ags. 
/Venj  de  frcBjn  'j'interrogeais',  gr.  irvOH  nom.,  cf.  gén.  itukvôç  etc. 
Ceci  apparaît  particulièrement  dans  les  mots  empruntés. 

Des  métathèses  ont  aussi  lieu  souvent  lorsqu'une  forme  donnée 
est  associée  soit  au  point  de  vue  du  son  soit  à  celui  du  sens  avec 
d'autres  formes  et  qu'il  en  résulte  des  sortes  de  contaminations. 
Voici  des  cas  où  une  action  analogique  de  cette  nature  est  tout 
à  fait  évidente:  gr.  atb9r|Ti  pour  *au(iTr)9i  (§  265,  8)  d'après  èoidOiiv, 
awOiî»  etc.,  lat.  sacrofagus  pour  sarcofagus  d'après  sacrum,  trans- 
gtUâre  pour  strangulàre  d'après  trans  gulam^). 

Les  circonstances  qui  déterminent  une  métathèse  peuvent  être 
multiples,  et  il  n'y  a  pas  de  domaine  où  il  soit  aussi  difficile  qu'ici 
de  distinguer  les  changements  purement  phonétiques  des  change- 
ments analogiques. 

341.  A)  Métathèse  en  contact. 

1)  Consonne -f  consonne.  In  do -euro  p.  Déplacement 
en  arrière  de  Taspiration,  par  ex.  dans  bdh  de  bTit,  v.  §  261,  4.  — 
Grec.  Gr.  comm. l'n,  |>,  i^  de  ni,  ri,  ^j,  par  ex.  cpaivw  de  *q>avm 
V.  §  318,  2;  cf.  pâli  acchera  {^aechayra-)  de  skr.  açcarya-  ^ira- 
cnleux'.  Dial.  jliv  de  vjn:  jnecrôjLivTi,  Mvia,  v.  §  320,  3,  b.  Gr. 
comm.  zd  dans  àpnâlw  et  autres,  probablement  d'abord  dzj  v. 
§  151,  3,  g.  Dans  la  langue  vulgaire  attique  ax,  Otp  de  x<T,  <P<y. 
par  ex.  cvaxà^evoç  de  eùxcràinevoç  €ÙEà)Li€voç  'ayant  voué',  (Tcpuxn 
de  (ç>Ovxr]j  U'vjxn;  éol.  dor.  (yKiq)0ç  =  Eiq)Oç  'épée',  éol.  (JTTeXXiov 
=  ipeXXiov  T)racelet'.  kt  de  tk  :  tiktiu  'j'engendre'  de  *ti-tkuj  cf. 
T€K€Îv;  bàKTuXoç  'doigt,  doigt  de  pied'  de  *dnt'ku-lO',  cf.  m.  h.  a. 
zint  'dent,  arête',  v.  h.  a.  zinko  (même  sens)  =  germ.  comm. 
*tint'kô.  —  Latin  vespa  de  *iiep8a  :  v.  h.  a.  wafsa,  bas-lat.  ispe 


1)  L'action  exercée  du  dehors  sur  les  phonèmes  d'un  mot  ne 
se  limite  souvent  pas  à  la  métathèse.  Cf.  par  ex.  lat.  accerso  avec 
co  pour  arcesso  (§  345,  I,  1)  d'après  accio^  accèdo,  italien  stranutare 
avec  a  pour  sternutare  d'après  le  préfixe  stra-,  lit.  smâgenés  pi.  'cer- 
veau* avec  3'  pour  ^mazgen-  (v.  si.  mozgû  'cerveau')  d'après  smagùs 
•flexible*. 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  259 

de  ipse,  spallere  depsallere;  ascia  :  gr.  àilvri  got.  agisi 'bâche'. — 
Germanique.  Âll.mod.  (a\ém.)  geserig got  de  gesegn[e\  gott,  bav. 
sang  de  sag[é\n,  ags.  frenj  de  frœjn  'il  interrogeait',  de  même 
V.  Bax.  franÇf  dan.  vand  de  v.  norr.  vatn  'eau'.  M.  h.  a.  dornstac 
*jeudi',  ingesUg  de  ingesig[e]l  'sceau',  ags.  bold  de  botl  'bâtiment', 
Cyne-jUs  de  -jfeZ,  le  morphème  v.  isl.  -Ida-  de  -rfZa-,  par  ex. 
sJcàld  'poète',  por-gih  de  -gisl,  galga  de  gagls  gén.  de  gagl  'oiseau'; 
ags.  innelfe  v.  isl.  innylfi  de  innefle,  innyfli  'entrailles',  m.  h.  a. 
respen  de  refsen  'blâmer',  we»pe  de  toefse  (loepse)  'guêpe',  v.  isl. 
gceispa  'baîller'  de  *gœip8a\  ags.  waxan  de  toeiscan  'laver',  œps 
de  œsp  'tremble'.  V.  h.  a.  zJc  de  îcz,  par  ex.  metzgen  'égorger'  de 
*mect[e\zzen  (suisse  meksé)  de  lat.  mactare.  —  Slave.  SI.  comm. 
t'x  de  xt'f  par  ex.  slov.  teéi  v.  si.  ^es^i,  v.  §  253,  5.  Slov.  plan- 
dovati  'faire  la  sieste'  af, pladne'midV-^  "poh pchla  =  v.  si.  blûcha 
'puce',  v.  sorab.  zrany  =  rzany  'de  seigle',  v.  sorab.  ksit  de  èkit 
T)ouclier',  tch.  ktvu  =  kveiu  v.  si.  cvïtq  'je  fleuris',  v.  croat.  spo- 
t^ati  =  V.  si.  pïsovaii  'injurier',  serb.  svega  de  *v8ega  =  v.  si. 
vïsego  gén.  de  t?a«  (à  côté  de  quoi  on  a  sav  par  analogie)  =  v.  si. 
VÎ8Î  'omnis',  tch.  hmla  et  mlha  de  mAZa  =  v.  si.  migla  'brouillard', 
serb.  tko  =  v.  si.  kûto  'qui?' 

2)  Voyelle  syllabique  +  liquide,  et  inversement, 
devant  consonne.  Cette  métathèse  est  en  connexion  étroite 
avec  une  particularité  des  liquides,  à  savoir  que,  d'une  part,  elles 
prennent  facilement  le  timbre  de  la  voyelle  voisine  et  que,  d'autre 
part,  la  voyelle  de  transition  qui  se  développe  entre  celles-ci  et  la 
consonne  voisine  prend  souvent  la  valeur  d'une  voyelle  pleine  (for- 
mant syllabe)  (§312.  313).  Cette  métathèse  se  produit  facilement 
surtout  dans  les  syllabes  inaccentuées  d'où  par  ex.  baut-vaudois 
parfarédr  'pertractare',  msiiH  partrdéa  'pertractat',  m.  h.  a.  wol 
rekdnde  de  erkdnde,  mais  seulement  ent-érben.  —  Grec  rare- 
ment, par  ex.  crét.  'Acpopbîxâ  =  'Aq)poî)ÎTTi,  nopii  =  irpoii,  pamph. 
TT€pT-ëbujK€  =  *TTpeTi  (cf.  éol.  TTp€ç),  att  KdpTaq)oç  de  Kp6Taq)oç 
'tempe',  <t)ùpvixoç  de  <t)pt3vixoç,  crét.  'AaKâXTrioç  de  ^AaKXôtTTiôç 
(cf.  Hirt  IF.  12,  232  sqq.);  (Tipëcpoç  de  ajéçxpoç  'cuir',  rpoiiidv  = 
TopjLiâv,  ToXjLidv  'oser'.  —  Latin  rarement,  par  ex.  tarpessita  = 
trapezîta,  eorcôtarius  de  crocùtariusj  intrepella  de  interpella.  — 
Germanique.  Fréquemment  en  moyen  haut  allemand,  bas-aile- 


260  PHONÉTIQITB 

mand  depais  Tépoque  dn  moyen  haat  allemand,  par  ex.  m.  h.  a.  bimen 
=  brinnen  'brûler',  vruhten  =  vUrhten  'craindre'.  Fréquemment 
aussi  en  ags.,  par  ex.  beoman,  frohtian,  —  Slave.  SI.  comm. 
OTy  ol,  er,  el  (excepté  devant  %)  sont  représentés  régulièrement 
par  V.  si.  ray  la,  ré,  léy  par  ex.  jpro^ç  :  lit.  pafszas  'cochon  de  lait', 
vlékq  :  lit.  velJcù  'je  tire',  -ra-  est  bulgare,  serbe,  Slovène,  tchèque- 
slovaque,  -oro-  russe,  -ro-  polonais  sorabe,  -or-  polabe  kaschoube. 
Cf.  6r,  1*  p.  450,  Leskien  Handbuch^  28  sq.,  Jagié  Areh.  f. 
si.  Phil.  20,  48sqq.,  TorbiOrnsson  Die  gemeinsl.  Liquida- 
metathese.  Upsala  1902.  Solmsen,  Arch.  f.  si.  Ph.  24, 568  sqq. 

Rem.  1.  En  sanskrit  on  trouve  de  bonne  heure  rà  pour  dr 
devant  les  groupes  de  consonnes,  par  ex.  sra^fum,  skra^ati,  asrà- 
kfit  de  sarj'  'lâcher'  {scisarja,  sasarktha),  srapsyati  et  sarpsyati  de 
sarp-  'ramper'.  Il  s'agit  sans  doute  ici,  en  partie  du  moins,  d'inno- 
vations analogiques,  et  même  on  se  demande  (malgré  0.  Franke 
BB.  23,  176)  si  toutes  ces  métathèses  ne  reposent  pas  sur  Timi- 
tation  de  formes  telles  que  pràft^m  prak^ati,  âpràhfit  qui  appar- 
tiennent à  la  racine  i.-e.  prek-  et  sembl.,  pf^td-s  à  côté  de  prà^utn^ 
d'où  sra^um  à  côté  de  sf^tâ-s  etc.  Cf.  krafiyas-  kraçiman-  de  R. 
karç-  d'&prés  prathlyaS'  prathiman-  de  R.  prath-  (Wackernagel  Ai. 
Gr.  1,  71).   V.  Gr.  I«  p.  439  sq. 

Rem.  2.  Le  changement  indo-européen  de  uf  en  ruy  §  155, 
Rem.  3,  est  à  part,  mais  pourtant  comparable. 

842.  B)  Métathèse  à  distance. 

1)  Métathèse  d'un  phonème  avec  abandon  de  son 
ancienne  place,  a)  Liquides.  —  a)  Mouvement  régressif. 
Grec  att.  Kàiponrov  de  KaT-OTrrpov  *miroir',  héracl.  Tpàq)oç  (ion. 
Tpdq)Ti)  de  Tàcppoç  'fossé',  Gupo-KXiTKibeç  de  -KiTKXibeç  'eancelli', 
gr.  mod.  irpiKÔç  de  TiiKpôç.  Lat.  pristînum  de  pistrlnum,  italien 
treato  de  teatro,  fiaba  (lorr,  flabe)  de  fab[u]la.  V.  isl.  fifrildi 
de  *fifildri  (v.  h.  a.  fifaltra)  ^papillon'.  —  P)  Mouvement  pro- 
gressif. Grec  èTKOTpacpoç  de  Kp6Taq)oç  'tempe'.  Lat.  vulg.  tadro 
de  tradoy  cocodrUlus  de  crocodilus,  coacla  de  dooca,  portug. 
pes^bre  de  praesaepes.  h)  h,  —  a)  Mouvement  régressif.  Skr. 
(du  moyen-indien)  ghaf-  de  grath-  'nouer',  prâkr.  ihara  {*itkarata) 
de  skr.  itaratha  'autrement'.  Gr.  att.  \epôç  de  *lh€p6ç  (§  286,  2)  ; 
ion.  fixctvTOÇ  =  att.  dKavGoç  'acanthe'  (R.  àK-)  et  à|Liq)î<TKUJ  de 
djLimaxuj  'j'embrasse'  (cf.  àjucpi,  dijLiq)ëiuj),  impér.  adyBryti  'sauve-toi' 
de  *(yujTTi9i  (cf.  (JwOfivai),  cf.  §  265  Rem.  2.  —  P)  Mouvement 


CHANQBMBNTS   CONDITIONNÉS  261 

progressif.  Indo-europ.  gzdh  =  ghst  et  semblables^  par  ex.  skr. 
-gdha'S  de  -*gzdh0'8  =  ^-ghs-to-s  (§  261,  4).  Prâkr.  hàhinl 
{*hagh%nï)  de  skr.  bJiagini  Wur'.  Gr.  KapiGaîoç  de  Xapixaîoç, 
crét.  KQuxoç  de  xa^KÔç  'airain'. 

2)  Répétition  du  phonème  dans  le  mot.  —  a)  Mou- 
vement  régressif,  a)  6r.  att.  Bupo-KXiTxXtbeç  de  -KiTKXîbeç  (cf. 
1,  a,  a),  OTpa-nip  de  atax^ip-,  gr.  mod.  TpacJTpa  de  T^i^^Tpa.  Lat. 
pristrînum  de  pistrînunif  struprum  de  stuprum,  conturbernium 
de  contubernium,  portug.  mentrastro  de  mentaslro.  V.  h.  a. 
fjoirdar  de  widar  'contre',  ail.  mod.  dial.  gerstern,  quarderstein. 
p)  Mouvement  progressif.  Lat.  crocodrillus  =  crocodïlusy  Arter- 
misius  de  Artemiiius.  b)  A.  —  Grec,  a)  Mouvement  régressif. 
*la8)Li6ç  de  'Ia6)ui6ç,  àpi9|Li6ç  de  àpi6|Li6ç  'nombre'  et  l%\xi  de  fx^>  gT- 
comm.  *ëxw)  (§  286  Rem.  1);  'AvOiXoxoç  de  'AvtîXoxoç,  Nlxdp- 
Xujv  de  NiKCipxujv  (§  264,  7)  et  Giieiç  de  TTiGiç,  gr.  comm.  *eTiôiç 
cf.  V.  si.  dédû  'avus'  (§  265  Rem.  2).  —  P)  Mouvement  progressif. 
Gëeiç  de  GëTiç,  orop.  x^^piÇ  de  x^Tpiç  'vase  à  boire'  (§  264,  7). 
e)  Nasale.  Latin  vulgaire,  mouvement  régressif  semptem  de 
septemy  vingintl  de  vlgintî,  v.  esp.  palanciano,  frç.  concombre, 

3)  Métathèse  réciproque,  a)  Voyelles.  Skr.  pin- 
jûld-  et  punjllâ'  'touffe',  pâli  pucimanday  =  skr,  picumandor 
*AzadiracIita  Indica'.  Gr.  MiTuXrjvii  de  MuTiXrivri,  ilhotôXii  de 
^uaTÎXî]  'morceau  de  pain  creusé',  cuid.  MaKuv6o-Tpôqpoç  de 
'YttKivOo-,  dor.  PiTTTàïiu  de  ^ainxtMi  'je  plonge  dans',  att.  tcitti- 
vov  =  xriTavov  'poêle  à  frire'  (Gr.  Gr.*  137,  Solmsen  Un  t. 
44  sq.).  Lat.  vulg.  stupila  de  stipula,  jugala  (jucala)  dejacula. 
b)  Les  consonnes  ont  été  beaucoup  plus  souvent  transposées 
que  les  voyelles.  Skr.  kaneru-s  de  karenus  'éléphant',  prâkr. 
dràha-  =  hrada-  'lac',  pâli  alara-  =  skr.  arala-,  'éléphant  en  rut'. 
Ion.  àjuiOpeiv  de  àpiOjLxeîv  'compter',  épid.  p6Xi|Lioç  de  jnéXi^oç 
'plomb',  cf.  PoXipoç  (§  332,  b),  att.  'AqppoTÎbii  de  'Acppobîiii,  gr. 
mod.  cpeXovTiç  de  cpaivôXnç,  ba^pi  de  ^a^bi,  6i(Y)uiç  de  bixu)ç. 
Latin  colurnus  de  *corulnu8  cf.  corultts,  leriquiae  de  reliquiae, 
girûlus  de  sïlûruSy  latrônicium  de  latrôcinium  (è-nicare),  displi- 
cina  de  disciplina  (displicëre),  italien  grolioso  de  glorioso,  esp. 
milagro  de  lat.  miraculuniy  gritar  de  cridar,  V.  h.  a.  erila  de 
élira  'aune',  nagabër  de  nabagèr  'celui  qui  fore',  ags.  toeleras  = 


262  PHONÉTIQUE 

got.  toairilos  lèvres'^  y.  isl.  adcU  de  alad  'nourriture'.  V.  b1. 
nepUyrîy  nopotyrï  de  netopyri  'chaaye-soaris',  serbe  gomila  = 
V.  si.  mogyl-a  'levée  de  terre',  b.  sorbe  laber  de  rjàbel  'échelle'. 

Effets  de  la  place  de  raccent. 

343.  Dans  un  très  grand  nombre  de  cas  de  changements 
conditionnés  c'est  Taccentuation  qui  est  le  facteur  déterminant; 
le  contraste  entre  l'intensité  de  certaines  syllabes  et  la  faiblesse 
de  certaines  autres  provoque  les  changements  phonétiques  on  y 
contribue.  Ainsi  nous  avons  vu  qu'en  latin  le  redoublement  des 
consonnes  était  lié,  dans  narro  de  *nar6  par  ex.,  à  la  position  de 
la  consonne  immédiatement  après  l'accent  principal  (§314)  et 
que  la  simplification  d'une  consonne  dans  omitto  de  *ommitto  et 
semblables,  a  lieu  devant  l'accent  principal  (§  328);  qu'en  ger- 
manique commun  le  changement  de  o  en  a  (v.  h.  a.  tagum\  en 
vieux  haut  allemand  le  changement  de  <9  en  uo  tient  à  l'accen- 
tuation de  cette  voyelle  (§  107.  113),  en  germanique  commun  le 
changement  de  /*,  p^  Xf  *  ^^  ^>  ^7  J»  ^»  ^  ^^  Q^®  '*  voyelle  immé- 
diatement précédente  n'était  pas  tonique  (§  270*.  271,  7.  293), 
et  le  changement  de  bn  en  bb  (v.  isl.  kroppr)  et  autres,  au  fait 
que  ces  phonèmes  étaient  immédiatement  devant  l'accent  princi- 
pal (§271,  8);  enfin,  en  vieux  haut  allemand  la  simplification 
d'une  consonne  géminée  après  une  voyelle  brève  dans  doufene 
de  -enne  et  semblables  est  liée  au  fait  que  la  syllabe  n'est  pas 
accentuée  (§  328);  cf.  encore  la  loi  de  l'abrègement  des  mots 
ïambiques  eu  latin  §  358,  16. 

Nous  énumérerons  ici  les  changements  les  plus  importante,  on 
ceux  qui  n'ont  encore  pas  été  réunis,  parmi  ceux  que  les  voyelles^ 
et  en  partie  aussi  les  consonnes  qui  les  accompagnent,  ont  éprou- 
vés en  italique  et  en  germanique  en  syllabe  inaccentuée  après 
les  révolutions  qui  ont  eu  lieu  par  rapport  à  l'accent  à  l'époque 
préhistorique  (§  57,  58,  60,  61)  i). 

Latin. 

344.  Nous  classons  les  phénomènes  d'après  la  nature  des 
effets  produits  par  l'accent.    L'affaiblissement  consistait  soit  en 

1)  Des  effets  analogues  se  manifestent  en  irlandais,  langue 
qui  était  arrivée  à  avoir  une  accentuation  analogue  à  l'accentuation 
italique  et  germanique  (§  57  Rem.).    V.  G  r.  I  '  p.  233  sqq. 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  263 

une  disparition  de  voyelles  (seules  les  voyelles  brèves  étaient 
sujettes  à  disparaître)  —  c'est  le  cas  où  une  syllabe  est  tombée 
(Syncope)  —  soit  en  ce  que  i,  tf,  nasale  ou  liquide  accom* 
pagnant  une  voyelle  ont  enlevé  à  celle-ci  sa  fonction  vocalique 
(Samprasftrana),  soit  encore  dans  le  simple  changement  quali- 
tatif d'une  voyelle  ou  d'une  diphtongue. 

345.  A)  Disparition  de  voyelle.  Ce  phénomène  a 
très  vraisemblablement  commencé  dès  la  période  de  l'italique 
commun.  Mais  il  est  difficile  de  faire  le  départ  des  résultats  des 
diverses  périodes^  pendant  lesquelles  a  eu  lieu  cette  chute  de  voyel- 
les. La  difficulté  est  d'autant  plus  grande  qu'il  y  a  à  considérer 
à  côté  de  la  place  de  Taccent  toute  une  série  de  facteure:  la 
qualité  du  consonantisme  avoisinant,  la  quantité  de  la  syllabe 
voisine,  le  nombre  des  syllabes  du  mot,  le  tempo  du  discours 
et  le  nivellement  grammatical  provenant  de  l'analogie.  Nous 
donnons  d'abord  quelques  exemples. 

I)  Syncope.  1)  Dans  les  syllabes  intérieures,  efeo;- 
ter  =  *dék8[ï]tero8  :  ombr.  destre  'in  dextro',  gr.  bcHiTCpôç  'droit'. 
ampuio  =  *dmf[î\-puta\}\o  :  ombr.  an-ferener  'circumferendi', 
gr,  <î)Li(pî;  anculus  =  gr.  àjucpi-iroXoç  'serviteur,  servante',  quin- 
decim  ==  *quinqu[e]'decem.  audio  =  *d^[i]zdiô  :  cf.  gr.  alcxGd- 
vo^ai  'j'aperçois'  de  *àFicr-9-.  arcesso  =  *arf[à\ces80  'j'amène', 
cf.  fctce880\  sur  accerso  v.  p.  258  note  1.  cûria  =  *cd-u[ï]ria  : 
volsq.  couehriu  'curia'.  ôrnus  —  *dz[i]no8j  cf.  lit.  Û8i8  'frêne'. 
ulna  =  *ôl[e]na  :  v.  h.  a.  elina  'aune'  gr.  uiXévri  'coude'.  2)  Dans 
les  syllabes  finales,  mors  =  *môrt[i]8f  mens  =  *mént[i]8f 
dô8  =  *dôt[i]8,  nostriU  à  côté  de  nostratis,  quotiens  =  ^quôtien- 
t[i]8.  intercu8  =  *inter'Cut[i]8,  cf.  cutis,  liber  =  *Uber[o\s,  gr. 
4X€Û8epoç  'libre',  famul  =  *fdmel[o\8j  dèbil  =  dêbUis.  —  neCy 
aCf  seuy  em  de  nequey  atque,  *sêy,e  {sive  §  137,  p.  88,  §  158,  2,  a), 
em  ('prends')  devant  consonne. 

II)  Samprasârana.  Devant  r,  /,  w  il  s'est  toujours  déve- 
loppé une  voyelle,  et  alors  r,  /,  %i  sont  redevenus  eux-mêmes  con- 
sonnes. 1)  Dans  les  syllabes  intérieures,  conicio  ==  ^côn- 
iadô  (class.  conjicio  avec  restitution  du  j)  ;  offici-perda  =  *d/- 
ficio'p-,  concutio  =  ^côn-quatiù.  hîbernus  =  *heifrinos  *heifr^ 
no8  (§  168,  3);  sacerdôs  =  *8âcr0'd08  ou  *sdcri-d08]   agelr 


264  PHONÉTIQUE 

lus  de  *(igrolo8  *ager1'08  (§  320,  2);  cf.  osq.  Aderl.  'Atella'  de 
^dtrola-  *ddrla'.  facultas  =  *fdclitas  *f deltas  *faceltas  (§  309^ 
b.  e);  pôdllum  de  *p6clolomj  pdcllom.  scabellum,  scabillum  = 
*scdbnolofn  *scabi}lom  {Il  de  ni  §  320,  1,  b)  cf.  scamTmm  (§  320^ 
3,  b)  ;  sigillum  =  *signolom.  Pour  le  doublet  eïl,  ill  v.  Sommer 
Lat.  L.  u.  FI.  56  sq.  —  Parallèlement  on  a  dënuo  =  *dé•no^ôr 
vidua  =  *vidot^d  :  skr.  vidhdva  'veuve';  impluo  cf.  plovèbat',. 
trîduom  =  Hridit^om,  cf.  skr.  divd-m  'jour'.  Dans  oboedio  = 
^6b-ay,izdiù  (cf.  audio  I,  1)  se  produisit  la  diphtongue  oi  {ui  était 
étranger  au  latin).  Après  r,  Z  un  u  ainsi  produit  devint  plii& 
tard  V.  Minerua  Minerva,  *caluo8  calvos  (osq.  Kalùvieis),  cf. 
§307.  2)  Dans  les  syllabes  finales.  Dans  les  noms  propres 
d'avant  notre  ère  -is  (la  terminaison  est-elle  purement  latine?)  de 
'ios,  par  ex.  Caecilis  (cf.  Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  365  sqq.).  drcu» 
peut-être  =  *drquos,  cf.  gén.  v.  lat.  arquh  ager  =  *dgro8  *agrs^ 
*ag€r8  :  ombr.  ager  'ager',  gr.  àfç>6ç',  dcer  =  *dcris]  alacer  = 
*dlacHs  (§  346,  6).  facul  'facile'  =  *fdcli  *facl  *facel  (§  309^ 
b.  c).  Sur  Tinscription  du  forum  en  vieux-latin  on  a  encore  sàkros 
=  sacer. 

346.  Éclaircissements  au  §  345  (cf.  Gr.  P  p.  214  sqq., 
Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  146  sqq.  165  sqq.,  Ciardi-Dupré  BB.  26^ 
188  sqq.).  1)  Dans  les  formes  trisyllabiques  ou  polysyllabiques  c*était 
en  général  la  syllabe  qui  snivait  l'accent  principal  qui  était  la  plus 
faible  et  la  plus  exposée  à  la  perte  de  sa  voyelle,  cf.  par  ex.  audia 
=  *âuizdiô  (I,  1)  et  oboedio  =  *6b  auizdiô  (II,  1).  Lorsque  la  seconde 
syllabe  (étant  longue;  subsistait,  alors  la  chute  de  la  voyelle  attei- 
gnait la  troisième,  lorsque  celle-ci  avait  une  voyelle  brève:  corôlla 
=  "^côrônlollà,  venëficus  =  *vénèn[o]'facos,  sinistrum  =  ^sinisterum 
(à  côté  de  *dexit[e]rufn,  2)  La  syncope  se  rencontre  le  plus  souvent 
après  liquide,  nasale  et  y>.  En  syllabe  intérieure  par  ex.  hortor  = 
*horitor  à  côté  de  habito  ;  fordus  =  *foriduSy  ardus  àridus  à  côté 
de  tepidus,  candidus\  pur  go  pûrigoy  jûrgo,  jûrigo  à  côté  de  lUigo^ 
ômits  =  *ôzino8  à  côté  de  fâginus;  volnus  =  *volino8  à  côté  de  fact- 
nus]  prînceps  =  ^prîmocaps,  auceps  =  *avicap8  à  côté  de  particeps\ 
aetâs,  aevitàs  à  côté  de  siccitàs;  rattcus  =  *ravicos  (ravis)  à  côté  de 
hosticus.  En  syllabe  finale  par  ex.  vir,  prosper,  famûL  à  côté  de 
lupus  etc.  Ces  syncopes  sont  en  rapport  étroit  avec  les  phéno- 
mènes correspondants  de  samprasârana.  Les  phonèmes  sonores 
susnommés  avaient,  à  cause  de  leur  plénitude  de  son,  et  à  un  plus 
haut    degré   que   d'autres   consonnes    la   faculté   de   masquer   une 


CUAN6BMBNTS   CONDITIONNÉS  265 

voyelle  brève  inaccentuée  qui  les  suivait,  de  même  que  par  exemple, 
la  plus  faible  des  voyelles  latines  ï  a  succombé,  même  en  syllabe 
accentuée,  à  Taction  d'un  r  antécédent  (ter  de  *tris  §  812).  Ce  n'est 
donc  pas  un  hasard  si  les  phénomènes  de  syncope  les  plus  récents, 
ceux  qui  appartiennent  à  l'époque  de  la  nouvelle  accentuation,  présen- 
tent précisément  des  chutes  de  voyelles  après  liquide:  arfacere, 
clfacere  =^  are-facere  etc.  8)  Devant  une  syllabe  lourde  la  syncope 
se  produisait  plus  facilement  que  devant  une  syllabe  légère:  cf. 
suprà  superunif  attprèdo  asperum,  postrldië  posterum,  extrînsecus 
exterum.  Il  faut  noter  aussi  les  cas  tels  que  aapritûdôj  dont  on. 
peut  rapprocher  l'absence  de  la  vocalisation  du  l  dans  periclitàrî 
à  côté  de  periculum  §  313,  2,  b.  4)  Le  nombre  des  syllabes  jouait 
un  certain  rôle  :  par  ex.  inter-cus  :  cutis.  5)  On  peut  voir  des  formes 
du  tempo  rapide,  par  ex.  dans  cette  =  ^cé-date^  domnus  =  doininus, 
6)  A  côté  des  formes  dues  à  l'action  phonétique  se  plaçaient  d'in- 
nombrables autres  formes  reposant  sur  des  faits  d'analogie  et  de 
reformation.  Pour  les  syllabes  intérieures  cf.  novitâs^  feritâs,  volito\ 
conjecio  {conicio\  medietâs,  âcritâs,  facilitas  (facultâs\  sègnitàs, 
difficiliter  (difficulter),  sacrifex^  mâtricîday  sïgnifer.  Pour  les  syl- 
labes finales:  aliuSf  férus,  dolus,  socerus  {socer\  prosperus  {prosper)^ 
famulus  (famul)j  exterus,  tumulus  (parmi  les  masculins  en  ?*  devenus 
monosyllabiques  vir  se  maintint,  grâce  à  la  protection  des  noms  de 
parenté  en  -r);  âcins,  acre  {âcer,  cf.  IF.  4,  218  sqq.),  facilis,  facile, 
èluâcrus,  caprus  (caper)^), 

347.  Un  phénomène  analogue  aux  syncopes  susdites,  mais 
qui  ne  s'est  introduit  qu'à  une  époque  récente  dans  la  langue  vul- 
gaire c'est  le  passage  par  ex.  de  facio^  tenuis,  porculus  {de  *por^ 
colos),  vehiculum  (de  *vehiclom)  à  facjOy  tenvis,  porcins  ^  vehiclum. 
Cf.  §  307  p.  222. 

348.  B)  Changement  du  timbre  des  voyelles. 
I)  £n  syllabe  postonique. 

1)  Voyelles  brèves  dans  les  syllabes  intérieures. 
Ici  le  changement  des  voyelles^  en  tant  qu'il  est  conditionné  par 
la  non-accentuation  de  la  syllabe^  appartient  à  l'époque  où  domine 
l'accentuation  italique  commune. 

a)  a,  en  syllabe  fermée  devient  e  :  parco  pepercîy  fallo 
feféllî,  factus  cônfectus ^  stator  ohstetrtx,  tagamintegrum{ombv. 
antakres  'integris'),  TdXavrov  talentum. 

1)  Le  lat.  vulg.  figel  =  figulus  et  sembl.  (Arc h.  de  Wôlfflin 
11,  306  sq.)  est  une  innovation  tardive  pour  figlus,  née  à  côté  du 
gén.  figll  etc.  sur  le  modèle  de  caper  à  côté  de  caprus  etc. 


266  PHONÉTIQUE 

h)  a,  Oy  en  syllabe  ouverte  sont  devenus  e,  puis  i  de  même  que 
e  italique  commun  :  cano  cecinl  accino,facioartificemfdatusred- 
ditus,  duplicem  cf.  ombr.  tuplak  n.  'duplex';  locus  llkô,  centi- 
pë8  de  *cento-pë8,  potis  hospitem  de  *ho8tipotem  ;  lego  coUigOy 
dedi  reddidi,  agite  =  gr.  Stctc,  porcilia  de  *porcelo-  lit.  par^ 
szêlis  'cochon  de  lait'.  —  Le  degré  e  subsiste  :  a)  devant  r;  par  ex. 
dans  peperî  (pariô),  reddere  (daré),  generis  (gr.  t^v€-oç)  ^),  vive- 
radix  (de  *vîvo-)j  cf.  sero  =  *8i'Zù  (§  309,  a)  ;  P)  après  i/ïJ,  par  ex. 
dans  variegare  (se  rattachant  à  agere  cf.  pûrigdre),  lienis 
(cf.  pectini8)y  societas  (de  ^socio-tat-)  \  t)  devant  voyelle  {«  ex- 
cepté), par  ex.  aureti8y  maneo,  ad-eo  fabiegnieU  inscript,  comme 
miîs  §  304).  —  Au  contraire  le  degré  e  devant  l  devint  d'abord 
o  comme  en  syllabe  accentuée  (cf.  holu8  §  399,  b)  et  ensuite 
tt,  par  ex.  spatula  (de  gr.  (TTiaTàXTi),  porculus  (ital.  comm.  *jpor- 
€elo8  cf.  ci-dessus  porcilia),  8copulu8  (de  gr.  (TKÔTreXoç),  sêdulô 
(dolus),  epi8tula  (de  gr.  èirKTToXrj)  ;  cependant  le  changement  de 
o  en  tt  ne  s'est  pas  produit  après  c,  i,  par  ex.  alveolus,  fdio- 

lu8y  non  plus  qu'après  v  par  ex.  parvolu8  (§  308,  2,  c). 

Rem.  1.  Ue  qui  s'était  produit  d'après  a)  et  Ve  italique  com- 
mun ont  subi  en  syllabe  fermée  les  changements  suivants  indépen- 
dants de  l'accentuation.  1)  el  est  devenu  ol,  uî  d'après  le  §  309, 
b.  c)  :  exsultâre  {saltàré),  catapulta  (de  gr.  KaTairàXTiiç),  impulstis 
{im-pdlo  peUo).  2)  ei9  est  devenu  ifè  d'après  le  §  309,  d  :  attingo 
{tango),  intinguo  Uinguo,  gr.  xérr^).  8)  anèlo  de  *-en»iô,  cf.  halo 
de  *{h)anslôy  de  an-  'exhaler  un  souffle'  anima  (§  168,  4.  290,  6). 

c)  0  en  syllabe  fermée  est  devenu  u  :  onujstus  (cf.  onu8  de 
*ono8)j  euntem  (cf  gr.  lovra),  amurca  (de  gr.  àjaôpTn)-  Ce  n'est 
qu'après  u,  v  que  o  a  subsisté  jusqu'au  commencement  de  l'époque 
impériale,  par  ex.  fruontur,  sequontur  (cf.  §305.  3U8,  2,  c). 

d)  Devant^?,  6,  /*en  syllabe  ouverte,  e  (=ital.  comm.  a,  c,  o) 
est  devenu  un  phonème  analogue  à  un  u  ou  à  un  ô  (frç.  u  et  eu)^ 
qu'on  écrivoit  u  ou  i  (cf.  luhetj  libet  §  309  sq.,  par  ex.  récupéra, 
recipero  (capio),  contubernalis  (taberna),  Crassupès  Cra88ipè8 
(cra88o-)y  magnuficus  magnificu8  (magna-).  Devant  i  appartenant 
à  la  syllabe  suivante  ce  phonème  a  passé  à  i  :  accipio,  abripio, 
etc.    Devant  m  aussi  on  trouve  la  double  graphie  u  :  i,  par  ex. 

1)  Dans  temporis  Vo  est  venu  du  nom.  ace.  Hempos^  Ce  fait 
s'est  produit  plus  tard  que  le  changement  cité  plus  haut  de  o  en  e. 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  267 

"Umus  -imus  an  superlatif;  ici  tontefois,  la  coloration  particulière 
de  la  voyelle  vient  de  Tépoque  italique  commune,  et  la  multipli- 
cité des  facteurs  intercurrents  empêche  de  formuler  brièvement 
une  loi  phonétique  (cf.  §  331  et  la  tentative  de  Sommer  La  t.  L. 
u.  FI.  117  sqq.). 

Rem.  2.  I.-e.  i  ne  paraît  pas  avoir  été  transformé  sous  Tin- 
flaence  de  la  non-accentuation  {magister,  ad-itus^  com-item  etc.)  ;  au 
sujet  de  e  issu  de  i  dans  ciner-is,  cinis-culus  v.  §  309,  a.  Ital.  comra. 
u  paraît  être  devenu  le  phonème  intermédiaire  entre  u  et  i  (il), 
par  ex.  dèfrutum  dëfritum  (v.  irl.  hruHh  'le  fait  de  cuire*). 

Rem.  3.  Les  effets  des  lois  d'affaiblissement  vocalique  citées 
plus  haut  ont  été  troublés  par  Tassimilation  vocalique  progressive, 
par  ex.  anatern  à  côté  de  anitem,  v.  §  331. 

2)  Voyelles  brèves  dans  les  syllabes  finales,  a)  Ital. 
comm.  e  a  subsisté  devant  nasale,  r,  groupe  de  consonnes  et  à  la 
finale  sihsolne  iseptem  (septimus),  nùmen,  vesper,  atispex,  quîn- 
que,  âge.  Devant  -s,  -t,  un  e  est  devenu  i  au  IIP™*  siècle  av.  J.  C.  : 
Veneris  (v.  lat.  Vénères),  agis  (cf.  gr.  i^Tcç),  agit  (cf.  v.  si.  peéetû 

'coquit'.  b)  Ital.  comm.  o  devant  consonne  est  devenu  u  au 
IIP™®  siècle  av.  J.-C.  :  prîmus  opus  navibus  dônum  sentiunt 
=  V.  lat.  épigraphique  prîmos  opos  navebos  donom  consentiont, 
hominus\  ce  n'est  qu'après  u,  v,  que  o  a  subsisté  plus  longtemps 
d'après  les  §  304.  308,  2,  c  :  mortuos  vîvos,  arguant  vîvont.  A 
la  finale  absolue  on  a  probablement  6  de  o  :  sequere  =  ëireo. 
e)  Ital.  comm.  i  devant  consonne  a  subsisté,  par  ex.  ovis  (gr.  ôiç). 
A  la  finale  absolue  on  a  e  de  -i  :  mare  cf.  pi.  maria,  v.  h.  a. 
meri  'mer';  ante  cf.  anti-stes,  gr.  àvxi. 

Rem.  4.  hospes  (*ho8t[i]-pot\i]8  cf.  pélign.  hoapus),  eques 
(^equoUt  cf.  gr.  lirTrÔTa)  etjûdex  (-c/ec-),  cornes  (-itâre)  sont  des  formes 
refaites  pour  *hospu8,  ^equos,  *jûdiXj  ^comis  d'après  auspex  et 
semblables  (on  avait  phonétiquement  hospitem^  jûdicem  comme 
auspicem). 

Rem.  5.  Ital.  comm.  u  a  subsisté:  adituSj  pecu.  —  a  est  pro- 
bablement devenu  e  (rêm-6X);  mais  on  manque  d'exemples  décisifs. 

3)  Les  diphtongues  dans  les  syllabes  intérieures 
et  finales,  a)  Ital.  comm.  ei,  oi,  ai  sont  devenus  préhistorique- 
ment  #  d'où  es/  sorti  ensuite  î  (cf.  §  137,  147).  ê-dlco  :  dîco  = 
deico]  ab'zs,  îs  de  *ei'S,  loc.  bellî  cf.  osq.  terei,  'in  terra',  incîlis 
de  gr.  ItkoiXoç  ;  lupîs  cf.  osq.  nesimois  'proximis'.    PL  lupt  cf. 


268  PHONÉTIQUE 

gr.  XuKoi.  concîdo  :  caedoy  Achlvi  de  (cypr.)  AxaiFoi;  tutudi  =  skr^ 
tutudé  (i.-e.  Hutud-ai,  forme  moyenne) ,  patri  =  skr.  ptïr^  (cf .  gr. 
tb)i6v-ai  §  136,  3).  Toutefois  la  monophtoDgaison  ne  se  prodni 
sait  pas  devant  i  (parallèlement  à  eius  §  137)  :  Mareius  c.-à-d. 
Mareiius  cf.  osq.  M  ar  ai  i  e  1  s 'Marei',  cf.  §  152  Rem.,  et  le  degré  ?  » 
subsisté  a)  devant  r  (cf.  pepëri  1,  b,  p.  266)  pomërium  de  *post- 
moiriom  cf.  mûrus  de  *moiro8  ^),  p)  vraisemblablement  après  i  t 
lanièna  de  Hanieina  à  côté  de  pistrina  de  *pistreina  (§  304). 
b)  Ital.  comm.  eu,  ou,  au  (§  143;  147)  sont  devenus  û,  ad-dûcoi 
duco  de  *deucô,  6én.  domûs  cf.  osq.  castrous  'f undi'.  inclûdo  : 
claudo. 

II)  En  syllabe  prétonique  il  ne  s'est  produit  d'affaib- 
lissements qu'après  la  naissance  de  l'accentuation  connue  à  date 
bistorique.  1)  av  de  ov  (=  i.-e.  oj/)  mais  non  pas  de  ov  =  i.-e.  ew 
faviana  :  f6vea\  v.  lat.  fôve  :  ombr.  foner  'faventes',  h.  sorabe 
hovié  'être  favorable,  serviable';  cavëre  :  gr.  xoëuj  'je  remar- 
que'; lavare  gr.  Xoeu).  Par  analogie  on  trouve  des  formes- 
telles  que  fàveo,  câveo  d'une  part,  foveàrum  d'autre  part. 
2)  je'  de  jû'  :  par  ex.  jëjûnus  de  jajunuSf  Jènudrios  de  Jûnud-- 
rius,  3)  9  (écrit  o,  m)  de  ou  :  ôpilio  ûpilio  de  *ou(i)'p-j  Pôsilla 
PusUla,    4)  a  par  dissimilation  de  au  devant  u,  depuis  l'époque 

impériale  :  par  ex.  Agûstus,  ascûlto,  agûrium  (cf.  §336,  1). 

Hem.  6.  Dans  la  même  position  que  dans  1)  on  a  aussi  u,  a 
(donc  probablement  ç)y  par  ex.  cluâcOy  cloâca,  CluàtiuSf  CloâJtiuSy 
puella  cf.  puer  de  pover.  Peut-être  cet  affaiblissement  s'est-il  pro- 
duit quand  ov  était  venu  secondairement  à  se  trouver  avant 
Taccent  principal  (Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  12:3  sq.). 

Germanique. 

349.  A)  Changement  du  timbre  des  voyelles  dans  le» 
syllabes  intérieures  et  finales. 

I)  A  l'époque  du  germanique  commun  (I*"" siècle  de  notre  ère)^ 
e  a  passé  à  i  en  syllabe  intérieure  non  accentuée,  par  ex.  *aji^ 
'effroi*  got.  agis  n.,  v.  h.  a.  egisa  m.,  egisOn  'effrayer'  (cf.  *a(i)i2- 
'airain'  §  153),  got.  hauMpa,  v.  h.  a.  hôhida  'hauteur*  (i.-e.  ^-eta); 
e  devant  r  était  excepté  §  309,  c. 

Hem.  1.    L'e  maintenu  dans  la  désinence  'es[o]  dans  v.  h.  a» 

1)  con-quîro  au  lieu  de  ^-quèro  d'après  -qulsivl  etc. 


CHÂNOBHEMT8   CONDITIONNÉS  2G9 

4ages  (ags.  dcejes)  'du  jour',  hirtes  'du  pâtre',  peut  s^expliquer  par 
Vo  qui  le  suivait  en  germanique  commun  et  par  Tanalogie  de  des, 
Jitoes  où  Ve  était  accentué.  —  La  majorité  des  i  germaniques  communs 
provenant  de  e  en  syllabe  intérieure  peut  du  reste  provenir  d'une 
4k88imilation  à  distance  d'après  le  §  330,  2,  a. 

2)  I.-e.  0  dans  les  syllabes  inaccentuées  a  d'abord  subsisté 
«D  germanique  commun,  par  ex.  Langobardi  §  107.  Ensuite  il  est 
devenn  a,  et  cela  encore  en  germanique  commun,  par  ex.  inf. 
*6cranaw 'porter' (v.  h.  a.  heran)  de  *ft^rowow, exceptera)  devant 
f»,  d'où  par  ex.  v.  h.  a.  tagum  y.  isl.  dçgom  'aux  jours';  v.  h.  a. 
fdUumès  (Kero),  v.  isl.  fçllom  'nous  tombons',  b)  devant  n  +  u, 
d'où  Tacc.  sg.  v.  h.  a.  gomun,  -on,  v.  sao?.  gumun,  -on  'homi- 
nem'  de  *jutnonun,  ace.  plur.  v.  sax.  gumuny  -on  v.  sax.  gumun- 
<m  (v.  b.  a.  oJisun),  de  *gumonunZy  cf.  gr.  xéKTOv-a  -aç  (v.  h.  a. 
oJisun  se  trouve  secondairement  aussi  comme  nom.  plur.)  3)  En 
germanique  commun  ô  devant  n  devint  d,  d'où  v.  b.  a.  gén.  etc. 
jsungun  ('langue')  =  got.  tuggons  etc.,  nom.  ace.  plur.  herzûn  {-un 
^n)  =  got.  hairtona.  V.  h.  a.  inf.  Jcostôn  et  non  pas  *kostûn 
«'explique  par  l'influence  de  kostôt,  kostôta  etc.  4)  En  gotique 
les  différences  nommées  sous  2)  et  3)  pour  ce  qui  est  de  ta  qualité 
•des  voyelles  ont  été  effacées  à  nouveau,  par  ex.  dat.  plur.  dagam, 
V^^  pi.  bairam,  ace.  sg.  guman  comme  par  ex.  inf.  bairan,  et  tug- 
^ona,  hairtona  comme  par  ex.  salbop.  5)  En  vieux  haut  allemand 
-on  trouve  iedeia  dès  avant  le  VIII*™®  siècle  par  ex.  heffen  nerien 
=  got.  Jiafjan,  na^jan  cf.  §  308, 2,  b).  6)  En  vieux  haut  allemand 
il  y  a  souvent  des  assimilations  de  voyelles  à  distance,  a)  régres- 
sives, par  ex.  me^^inti  de  me^^anti  'mesurant',  selbomo  de  sel- 
hemo  dat.  'ipsi',  rîchcsOn  de  rîMmdn 'régner',  segonôn  de  sega- 
non  'bénir',  ruarto  mo  de  ruarta  mo  'il  le  toucha'  (cf.  §  330), 
b)  progressives,  par  ex.  gircorone  de  corane  'élus',  hohona  de 
JiOhana  'd'en  haut',  sclnintaj  de  scfnanta^  'q)oiv6>i€vov'  (cf.  §  331  ). 
7)  En  vieux  haut  allemand  au  IX*"®  siècle  on  trouve  -e  de  -i, 
par  ex.  tcine  de  toini  'ami',  germ.  comm.  *winiz,  et  -o  de  -u,  par  ex. 
■suno  de  sunu  'fils'  =  got.  sunus.  8)  Tandis  qu'en  gotique  les 
diphtongues  du  germanique  commun  sont  probablement  toutes 
restées  de  véritables  diphtongues,  at,  au  sont  devenus  ëj  0  en 
germanique  occidental  commun.  De  là  sont  venus  éf,  ô  en  syl- 
iabe  finale   dès   la   même    époque    quand    la    longue   n'était 


270  PHONÉTIQUE 

pas  protégée  par  une  consonne  snbséqaentei  v.  b.  a.  opt^ 
2®  sg.  berês  l""®  pi.  berëm  =  got.  bairais,  bairaima;  nom.  pl- 
blinte;  instr.  pi.  blintèm  =  got.  blindai^  blindaim;  gén.  sg.  sunO- 
(cf.  la  graphie  fridoo  *de  la  paix')  de  *8unôz  =  got.  sunaus. 
Le  dat.  wulfe  'an  loup'  et  ahto  'huit'  (got.  ahtau)  avaient 
primitivementdes  diphtongues  longues  (§147;  A,  2.  B,  2). 

Rero.  2.    Au  sujet  des  syllabes  finales  cf.  aussi  le  §360. 

350.  B)  Changements  avec  chute  de  syllabes  et 
samprasftrana  dans  les  syllabes  intérieures  et  finales. 

1)  Dans  les  syllabes  finales  les  voyelles  brèves  étaient  en- 
core prononcées  en  grande  partie  à  Tépoque  du  germanique  com- 
mun cf.  par  ex.  v.  h.  a.  tcinif  sunu  §  349,  7,  got.  faihu  v.  h.  a.  fihu 
'troupeau',  de  plus  norr.  run.  stainoR  'pierre',  -jastiB  'hôte*(  =  got. 
dags  stains  gasts),  wakraR  'brave',  loi  salique  chunna  'chien*^ 
focla  'oiseau'  (=  got.  hunds,  fugU).  D*un  autre  côté  i.-e.  -e,  -a,  -t, 
à  la  finale  absolue  étaient  déjà  tombés  en  germanique  commun  {-e 
sans  être  devenu  -/),  par  ex.  P®  3*  sg.  wait  'je  sais,  il  sait'  =  oîba, 
olb€,  V.  h.  a.  noh  de  *nuqUe,  v.  h.  a.  tômy  ags.  dont  de  ^dhô-mij  cf. 
à  ce  sujet  en  dernier  lieu  Walde  Ausl.  110  sqq.  De  plus  il  se 
pourrait  que  ii  +  o,  e,  en  syllabe  finale  fût  devenu  eu  germanique 
commun,  par  chute  de  o,  6,  un  ï(c.-à-d.un  ï  à  deux  mores,  v.§ 360, 3): 
*hirdt2  'pâtre'  got.  hatrdeis  v.  h.  a.  hirti  v.  isl.  hirder  de  */lîr- 
di(i)oZj  *frîz  'libre'  got.  frets  v.  h.  a. /Vf  de  *frii(o)Zf  ace.  *hirdîn 
got.  hafrdi  v.  h.  a.  hirti  v.  isl.  hirde  de  *hirdii{n)y  nom.  plur. 
*jastlz  'hôtes'  got.  gasteis  v.  h.  a.  gesti  v.  isl.  gester  de  *jastiife)z, 
*prlz  'trois*  got.  preis  v.  h.  a.  drl  v.  isl.  prtr  de  *prii(ejz,  2®  sg. 
impér.  *nazï  'sauve'  ags.  nere  v.  h.  a.  yieri  de  *nazii(e),  tandis 
que  \e  got.  nasei  eomme  sokei  avait  été  influencé  par  l'analogie 
(Walde  Ausl.  147  sqq.). 

En  gotique,  dans  les  syllabes  originairement  finales,  qui 
n'avaient  pas  derrière  elles  n  +  consonne  (par  ex.  ace.  pi.  wul- 
fans,  harjans)y  toutes  les  voyelles  brèves  ont  disparu  sauf  u.  Outre 
les  exemples  cités  plus  haut  cf.  qums  'arrivée'  (v.  h.  a.  chmni) 
haûrn  n.  'corne'  (norr.  run.  horna),  sunjus  'filii'  de  *suniu(i)z 
(§  159'  2).  Avec  samprasârana  :  harjis  'armée'  avec  intrusion 
du^'  d'après  le  gén.  *harjis  (de  *haries[o])  etc.  pour  *haris  de 
*haria'Zf  ace.  hari  de  *haria'n  ;  skadus  'ombre'  de  ^sTcad^a-z 


CHANGEMENTS   CONDITIONNÉS  271 

(cf.  V.  b.  a.  scato  gén.  scattoes);  nom.  ahrs  ace.  akr  c.-à-d.  -rs,  -r 
•champ'  de  ^-rorz,  *-ra-«;  et  de  même  fugls  fugl  c.-à-d.  -/«,  -/ 
'oiseau'.    Avec  u  conservé  :  sunus  faihu. 

En  germaniqne  occidental,  o  a  dispara  dans  les  mêmes 
conditions  qn'en  gotique^  par  ex.  v.  h.  a.  nom.  ace.  loolf^  tag  = 
got.  iculfs  toulfy  dags  dag,  inf .  beran  =  got.  bairan,  germ.  comm. 
^beronon.  An  contraire^  t,  u  ont  subsisté  après  syllabe  brève  accen- 
tuée; par  ailleurs  ils  ont  disparu,  d'où  :  v.  b.  a.  toini  *ami'  de 
*tDini'2,  nuiri  n.  'mer'  (lat.  mare),  fridu  'paix*  de  ^fridu-z,  filu 
'beaucoup'  (got.  filu),  mais  gast  (norr.  run.  -jastià),  Liob-win^ 
fluot  (got.  flod'us),  Sigi'frid.  Avec  samprasftrana  :  v.  h.  a.  hrucJci 
V.  sax.  hruggi  'dos'  pour  *hruji2  {ck,  gg  venus  des  autres  cas 
par  analogie,  cf.  §  315)  de  *hrujia'Z;  v.  h.  a.  Jcunni  v.  sax.  Jcuni 
kunni  n.  'race'  {nn  venant  des  autres  cas)  de  *kunia-n'^  sceUo 
de  *8kadwa'Z\  eban  'égal'  de *ebn  ^ebna-z,  aAAar 'champ'  At*akr 
*akra'Z  {ackar  comme  hrucki,  cf.  §  315). 

2)  £n  syllabe  intérieure  il  semble  qu'il  n'y  ait  encore 
aucune  chute  de  voyelle  en  germanique  commun. 

a)  Gotique,  a)  a,  i,  devant  consonne,  sont  tantôt  conservés 
comme  dans  toiga-deino  'chardon  des  chemins',  uoeina-triu  'pied 
de  vigne',  gasti-gops  'hospitalier',  saitoala  'âme',  hausida  'j'en- 
tendis', tantôt  tombés,  comme  dans  j^mma^t^^  'serviteur'  =  *piwa 
-niagus,  weindrugkja  'buveur  de  vin',  brûpfaps,  'fiancé'  = 
brûpi'faps,  mikildups  'grandeur'  =  mikila-dups^  et  de  même  avec 
samprasârana  andilaus  'sans  fin'  =  *andjalau8  à  côté  de  lubja 
•leis'qm  connaît  les  poisons'.  Cette  différence  n'est  pas  encore  suff  i- 
sament  expliquée,  v.  Gr.  1*  p.  251.  —  p)  ij  devant  voyelle  devint  L 
frawazdja  'j'anéantis',  satja  'j'asseois',  de  *wardiiô,  *8atiiô,  et 
de  même  1*"  pi.  wardjam,  satjam.  hairdjos  'pâtres'  de  *hirdiiôz. 
—  t)  En  syllabe  intérieure  n  qui  était  résulté  de  i%i  en  germani- 
que commun  d'après  le  §  153,  est  devenu  jfi  après  une  syllabe  ra- 
dicale brève,  et  i  après  une  syllabe  radicale  longue  et  après  les 
syllabes  qui  les  suivaient  :  3®  sg.  satjip  de  *8atiidi  i.-e.  *8odeie'ti, 
mais  fra-wardeip,  mikileip  ('il  magnifie');  us-fulleins  'réplétion* 
(cf.  U8'funjan  'emplir')  de  *fulliini'Z  i.-e.  *plneieni8,  d'après 
quoi  on  a  -eins  au  lieu  de  -jins  dans  naseiru  'action  de  sauver' 
et  autres;  fulleips  'plénitude'  de  *fulliidis.   Cependant  on  a  ji 


272  PHONÉTIQUE 

quand  ô  précédait  immédiatement  :  stojip  de  *8tô[^]iidi,  cf. 
l*""®  8g.  atoja  de  *stô[y]iiô  (§  159,  2).  ~  b)  è[i]i  est  devenu  la 
diphtongue  ai,  par  ex.  armaip  'il  a  pitié'  de  '^armè[i]idiy  à  côté 
de  gaijip  'il  sème'  de  *8è\^idiypahain8  'le  silence'  de  ^pahè\^iniz 
cf.  3®  sg.pahaipf  aglaiti  n.  'inconvenance'  de  *ajZê[|]ti|on.  Au 
contraire,  on  a  armaiô  'pitié'  de  *armèiôn.  Cf.  §  153, 2. 

b)  Germanique  occidental,  a)  Les  voyelles  brèves 
sont  tombées  après  syllabe  radicale  longue  et  après  les  syllabes 
qui  suivaient  celle-ci  :  v.  h.  a.  hôrta  ('j'entendais')  =  got.  Jiausida 
en  face  de  nerita  'je  sauvais'  =  got.  nasida,  v.  b.  a.  v.  sax.  iun- 
gro  'plus  jeune'  =  got.  juhiza  en  face  de  be^^iro  'meilleur'  = 
got.  batiza;  cf.  trânc  er  nan  §|361, 4.  Avec  sampras&rana  :  v.  h. a. 
zimbarta,  'je  charpentais'  de  *zimbrta  *zimbrita  =  got.  timrida, 
ébanlîh  de  *e6«-,  *eftna-  =  got.  ibnaleiks.  —  P)  ii  devant  voy- 
elle devint  %.  tjDert[i]u  wertemës,  8ezz[i]u  sezzemës  =  got.  -wardja 
-wardjam,  satja  satjaniy  v.  a.  p.  Dans  le  trisyllabe  neriu,  ri 
avait  d'abord  passé  par  ri  comme  dans  ferio,  (§  153,  3).  — 
y)  jî  =  f|j  apparaît  (en  opposition  avec  le  gotique,  a,  t)  toujours 
fioUB  la  forme  ii  dans  le  verbe  :  non  seulement  on  a  sezzit  'il 
asseoit',  zelit  l*""®  sg.  zéU(i)u  'je  compte'),  Ugit  l*""®  sg.  legg[i]u 
'je  mets'),  comme  got.  satjip,  mais  aussi  tcertity  en  face  du  got. 
'wardeip.  —  h)  Au  got.  ai  de  è[(\i  (a  :  h)  répond  dans  le  verbe  è  : 
V.  b.  a.  dagët  =  got.  pàhaip. 

Rem.  An  contraire,  on  a  v.  h.  a.  toufln,  -{  'baptême*  comme 
got.  daupeins,  usfulleins;  et  au  got.  arbaips  'peine*  =  *arbèli\idi'Z 
(cf.  de  pers.  8g.  *arbaip)  répond  v.  h.  a.  arbeit.  Cette  opposition  8*est 
probablement  produite  par  suite  d'une  différence  de  la  place  de 
Taccent  entre  le  nom  et  le  verbe.  Cf.  amei^a  'fourmi',  arawei^ 
'pois'  avec  ei  et  le  traitement  de  la  finale  nominale  -ôti,  -ôt  dès 
Tépoque  du  vieux  haut  allemand  en  opposition  avec  celui  des  finales 
verbales  analogues. 

Phonétique  syntactique. 

851»  1)  Comme  dans  le  discours  normal  on  s'exprime  non 
par  des  mots,  mais  par  des  phrases  —  les  mots  sont  abstraits  secon- 
-dairement  de  la  phrase  —,  de  tout  temps  les  changements  phonéti- 
ques se  sont  accomplis  seulement  dans  la  phrase.  Régulièrement  il 
faut  donc  considérer  la  phrase  comme  une  unité  phonétique  complète 
en  elle-même.  Plus  haut  déjà,  en  étudiant  des  changements  phonéti- 
•ques,  nous  avons  dû  souvent  considérer  la  place  de  la  syllabe  examinée, 


PHONÉTIQUE   STNTAGTIQUB  27S 

OU  celle  des  syllabes  des  mots  dans  un  contexte.  Si  dans  la  plu- 
part des  cas  nous  ne  nous  sommes  pas  placés  à  ce  point  de  vue, 
-c'est  que  souvent  les  mots  ont  subi  la  même  modification,  dans 
tous  les  groupes  où  iU  figuraient  plus  particulièrement  dans  la 
langue  examinée,  et  que  par  là  même  cette  modification  ne  résultait 
pas  de  conditions  spéciales  de  'phonétique  syntactique';  par  consé- 
quent la  citation  de  mots  isolés  comme  exemples  suffisait;  cf.  par  ex. 
8kr.  và^  de  *v€ifH  §  321,  3.  11  faut  néanmoins  remarquer  que,  pour 
beaucoup  de  changements  phonétiques  'conditionnels*  cités  en  exem- 
ples, on  peut,  aussi  bien  que  des  mots  isolés,  produire  des  groupes 
de  mots,  dans  lesquels  un  mot  renferme  la  cause  de  la  modification, 
et  un  autre,  le  phonème  dû  à  cette  cause,  ex.  véd.  çûcif  f^âm 
*splendidus  tu'  comme  vd^  gr.  Sk  irobOt^v  'sex  pedum'  de  SE  irobdbv 
comme  hom.  A^kto  de  *X€Ka-To  (§  286,  6),  gr.  comm.  èç  toOto  de  èvç 
toOto  comme  q>€p6a6u)(v)  de  *(p€pova9uj(v)  (§  166,  2),  att.  xâirt  de 
Ka[l]  éirl  comme  ôpô  de  6pa€  (§  306  p.  220),  v.  h.  a.  drenk  ih  de 
drank  ih  comme  lembir  de  ^lambir  (§  330,  1,  b),  véd.  prâ  hafjkyate 
de  prâ  hanyate  comme  bhàramùJjta'S  de  *bhdràmafia-s  (§  333),  lat. 
4U}ssim  cacâre  de  coxim  cacare  comme  canquinisco  de  ^con-quecnisco 
<§  336,  Rem.),  quid  igitur  f  de  *quLd  agitur  comme  inimlcus  de 
*énamxco8  (§  348,  1,  1,  b). 

2)  D'après  cela,  seuls  peuvent  être  distingués  comme  formant 
des  catégories  spéciales  et  particulières  de  changements  phonétiques, 
les  changements  qui  se  produisent  en  commencement  de  phrase 
(commencement  absolu),  ou  en  finale  de  phrase  (finale  absolue, 
pause),  et  qui  sont  provoqués  par  cette  position  spéciale  du  pho- 
nème, par  ex.  lat.  U  de  tU  dans  lâtus  (cf.  gr.  tAi^tô^)  à  côté  de  postu- 
lâre  (de  *po8tlâre\  pôdum  (§  229, 1),  gr.  -v  de  -^  dans  ïirirov  =  lat. 
eqttom  (§  166,  3).  Quand,  à  Tintérieur  de  la  phrase,  en  sandhi  ^),  et 
souvent  aux  places  où  les  mots  sont  en  contact  l'un  avec  l'autre, 
apparaissent  des  modifications  phonétiques,  qui  n'apparaissent  pas 
en  même  temps  à  l'intérieur  du  mot,  le  fait  résulte  de  ce  que  ces 
modifications  phonétiques,  produites  au  point  de  contact,  étaient 
étrangères  à  l'intérieur  du  mot,  au  moment  où  se  produisit  la  modi- 
fication; par  ex.  gr.  ép  'Pôbqi  de  èv  Tôbqi. 

8)  La  régularité  de  variation  entre  plusieurs  formes  d'un 
même  mot,  qui  résulte  des  alternances  de  place  et  d'accentuation 
dans  la  phrase,  est  ordinairement  troublée  par  la  généralisation  de 
telle  ou  telle  forme  du  mot  en  phonétique  syntactique.  Les  formes 
d'un  mot  à  l'intérieur  de  la  phrase  peuvent  gagner  du  terrain  l'une 
sur  l'autre,  et  aussi  sur  la  forme  en  commencement  de  phrase, 
comme  sur  la  forme  en  finale  de  phrase  (forme  à  la  pause);  ces 
dernières  formes  peuvent  être  transportées  à  l'intérieur  de  la  phrase; 

1)  sandhi  est  un  mot  sanskrit  qui  signifie  proprement  'union*. 
Bragmsuin,  Abrégé  de  gramm.  comparée.  18 


274  PHONÉTIQUE 

un  aspect  phonétique  résultant  de  la  position  atone  d*un  mot  peut^ 
passer  en  position  tonique,  et  réciproquement.  Ainsi,  en  g^ec  commun, 
l'accusatif  pluriel  était  t6vç  (=  got.  Pans),  ïirirovç  etc.  devant  voyelle» 
et  à  la  pause,  mais  tôç,  tinroç  etc.  devant  consonnes  (d'après  §  166,  2)  t 
cet  état  apparaît  encore  dans  les  dialectes  crétois,  mais  déjà  les 
deux  formes  empiètent  Tune  sur  l'autre;  en  attique  au  contraire,  la 
forme  -vç  (toOç,  timouç  §  166,  5)  apparaît  généralisée;  en  thessalien, 
en  arcadien  etc.  c'est  la  forme  s  (tô^  etc.).    Le  -v  qui  provenait  en 
grec  commun  de  -m  à  la  panse,  par  ex.  ace.  sg.  t6v  (=skr.  tdm)^ 
tinrov  etc.,  a  passé  à  l'intérieur  de  la  phrase,  par  ex.  Tév  aÛTÔv,  t6v 
X{6ov,  d'où  plus  tard  on  eut  réX  XiOov;  de  même  en  latin  la  forme 
du  commencement  de  phrase  liUua  a  passé  à  l'intérieur  de  la  phrase. 
Les  formes  lat.  igitur  (de  agitur,  v.  1)  et  m.  h.  a.  denne  (v.  h.  a.  danne 
'dann'  'car*)  résultant  d'une  position  atone  passèrent  dans  la  phrase 
même  à  des  places  toniques.   En  particulier,  par  suite  de  l'introduc* 
tion  de  formes  finales  à  l'intérieur  de  la  phrase,  il  est  souvent  survenu 
des  groupes  de  phonèmes  qui  n'étaient  pas  usuels  &  l'intérieur  des 
mots,  au  moment  où  cette  introduction  eut  lieu,  par  ex.  tôv  XiOov. 

4)  Dans  des  changements  de  phonétique  syntactique  sur- 
venus dans  les  périodes  préhistoriques,  il  est  souvent  impossible- 
de  savoir  ce  qui  s'est  fait  phonétiquement  en  commencement, 
en  finale,  ou  à  l'intérieur  de  la  phrase.  Cette  ignorance  rend 
difficile  à  élucider  le  développement  de  l'état  historique.  Et 
souvent  même  nous  sommes  mal  placés  pour  juger  de  celui-ci,  car 
la  représentation  graphique  ne  reproduit  pas  l'état  des  formes  au 
commencement  et  à  la  tin  de  la  phrase.  L'habitude  de  décomposer 
la  phrase  parlée  en  ses  membres  isolés  (les  mots)  —  et  cette  habi- 
tude résulte  de  ce  que  ces  membres,  en  tant  que  phonations  déter- 
minées à  sens  plein,  reviennent  dans  des  combinaisons  très  variées 
sans  cesser  d'être  au  fond  les  mêmes  éléments  —  a,  dans  la  plupart 
des  communautés  linguistiques,  conduit  à  ériger  en  règle  une  des 
différentes  formes  de  phonétique  syntactique,  et  à  l'écrire  régu- 
lièrement en  toutes  les  positions,  fût-elle  même  en  contradiction 
avec  la  langue.  Il  en  est  ainsi  en  grec  et  en  latin,  et  nous  y  sommes, 
sous  ce  rapport,  mieux  renseignés  par  la  tradition  épigraphique- 
que  par  les  manuscrits;  en  effet  la  langue  épigraphique  est  moins 
disciplinée  grammaticalement  que  celle  des  manuscrits.  Dans  ces 
langues,  ce  sont  les  combinaisons  syntactiques  de  mots  parvenues 
&  former  une  unité  qui  permettent  le  mieux  de  reconnaître  les  faits 
de  phonétique  syntactique;  car  les  écrivains  ne  distinguaient  plus 
les  éléments  du  composé  qu'ils  considéraient  comme  un  seul  mot; 
par  ex.  att.  TTcXoirôwriooç  (=  TTéXoiroç  vf)aoç),  comme  delph.  touv^ 
vo^ou<;  (§  286,  Rem.  3),  lat.  animadverto  =  animum  adverto. 

5)  La  décomposition  de  l'ensemble  d'une  phrase  en  ses  élé- 


PHOKÉTIQUB  SYNTACTIQUB  275 

iiieiit8  isolés  ne  réussit  jamais  qu^in complètement,  et  se  trouve  réa- 
lisée par  un  sujet  parlant  naïf  d'une  tout  autre  façon  que  par  un 
grammairien.  Celui-là  place  le  'joint'  &  un  tout  autre  endroit  que 
celui-ci.  Ceci  se  trahit  par  ex.  dans  des  formations  comme:  att.  drra 
*quaedam*  (Térrapa  èv  oûtoIç  Atto  Platon)  qui  doit  son  orij^ne  à 
éiTOtd  rra,  OMixpd  ttq  que  Ton  se  représentait  comme  étant  ôirol'  drra, 
o^ixp*  drra;  ion.  fJYavov  pour  rfiTOvov  'poêle  &  frire",  dans  lequel  on 
voyait  t*  fitavov  =  tô  fitavov,  ital.  avello  pour  lavello  {labellum),  que 
Ton  prenait  pour  Vavello\  fr.  mie  pour  amie  d*après  m'amie  pris  pour 
ma  mie,  gr.  mod.  vû)}io<^  'épaule'  pour  (bno^  d'après  tôv  \b\xov,  à  Sylt  dinj 
pour  ii\i  'soir*  d'après  ffud  inj  'bon  soir';  v.  si.  russ.  nédro  'sein' 
d'après  vûn-édré  'dans  le  sein'.  (Gr.  1^  p.  882;  Siebs  KZ.  37,  291  sq., 
Solmsen  Un  t.  46)  i).  Par  suite  à  rintérieur  de  formations,  qui  dans  leur 
état  indo-européen  apparaissent  au  grammairien  comme  des  mots  uni- 
ques, il  pénètre,  au  cours  de  la  vie  particulière  des  langues  indo- 
européennes, des  prononciations  dues  à  divers  contextes,  surtout  quand 
le  mot  se  présente  au  sujet  parlant  comme  identique  à  un  groupe  de 
deux  mots.  Ce  mode  de  formation  d'après  l'état  du  mot  en  finale 
ou  à  l'initiale  se  trouve  le  plus  souvent,  comme  il  est  naturel,  dans 
les  composés:  skr.  vaco-vid-  'savant  en  discours'  au  lieu  de  ^vacas* 
vid-  d'après  vdco  =  vâca8  (§  354,  II,  13);  v.  h.  a.  toine-scaft  au  lieu 
de  wini-scaft  'amitié'  d'après  vnne  (§  349,  7);  gr.  àir-atuiT^I  'trans- 
port' iirir-atuJTéç  'conduisant  des  chevaux',  lat.  àb-àdus^  m^gn-animus 
got  hals-agga  'torticolis',  au  lieu  des  formes  du  type  attesté  par  le 
dorien  OTpaTâTÔç;  toutes  ces  formes  reposent  sur  l'habitude  d'élider 
les  voyelles  brèves  en  fin  de  mot,  par  ex.  gr.  àtr'  àyw  (§  356,  1.  358, 
1.  360,  1);  de  même  skr.  go-sàni-  au  lieu  de  go-çàni-  'donnant  des 
bœufs'  (§  278  Rem.  1),  gr.  pa60-ppoo(;  'au  cours  profond*  au  lieu  de 
♦Paeu-pooç  (§  286,  1,  b),  d-ppoTO<;  au  lieu  de  d-juppoTOç  (§  322,  1,  a), 
V.  h.  a.  me^i-sàhs  au  lieu  de  me^-rahs  'couteau  de  table'  (S  293) 
d'après  sahs.  Devant  suffixes:  skr.  tdpobhi^  au  lieu  de  Hâpadbhi^y 
instr.  pi.  de  tapas-  'mortification*,  duvoyûr  au  lieu  de  duvasyû- 
'vénérant'  de  dûvas-  'vénération*  (§  354,  II,  12.  13);  gr.  Upw-oOvT) 
'sacerdoce',  ootpub-Tcpoq  avec  w  pour  o  (§  213,  Rem.  4).  Dans  des 
formes  à  redoublement:  skr.  nânnami-ti  pour  nàm-narnï-ti  intensif 
de nam-  'courber' comme tân nidam  'hanc  contumeliam',  et namnam-r 
tam-tan-  {tan-  'étendre')  pour  nam^nam-,  tan-tan-  comme  sdm  tanoti 
'il  s'unit*  (qî.  sàm-tàti-  pour  «dn-^â^t- 'salut');  de  même  si-sicur  pour 
si'Çicur  d'après  sinca-ti  (§  278  Rem.  1). 

Rem.  De  ce  qui  a  été  dit  au  paragraphe  4),  il  résulte  qu'une 
exposition  des  faits  de  phonétique  syntactique  des  langues  isolées,, 
reposant  sur  l'état  phonétique  indo-européen,  et  qui  fonde  ses  divi- 

1)  L'  '8  mobile',  dont  il  a  été  question  au  §  276  Rem.  3,  doit 
peut-être  l'existence  en  partie  à  des  phénomènes  de  cet  ordre. 


276  PHONÉTIQUE 

sions  principales  sur  le  contraste  entre  les  formes  au  commence- 
ment, celles  à  Tintërieury  et  celles  à  la  fin  de  la  phrase,  se  heurte 
aux  plus  grandes  difficultés.  Aussi  examinons-nous  le  commence- 
ment de  la  phrase  en  même  temps  que  le  commencement  de  mot 
dans  la  phrase,  et  la  fin  de  la  phrase  en  même  temps  que  la  finale 
de  mot  dans  la  phrase. 

Epoque  indo-européenne. 

35^.  A)  Finale  de  mot  dans  la  phrase  et  à  la  pause. 

1)  En  finale  devant  consoune;  des  voyelles  brèves  présen- 
taieut  une  alternance  quantitative,  fondée  sur  un  principe  ryth- 
mique, par  ex.  *mè  et  *mè  'moi';  v.  § 213  Rem.  4. 

-èj  '0  de  -«i,  -ù^  devant  consonnes,  par  ex.  ♦rfyd  'deux'  (gr. 
buibcKa  etc.)  à  côté  de  dy^ly,  è-,  V.  §  146  Rem.,  §  147.  La  chute 
de  'i,  Hf,  se  produisait  aussi  à  la  panse.  En  védique  au  dael,  -a 
(dvd)  devant  consonnes  et  à  la  pause,  -au  {dvaû)  devant  voyelles. 

3)  Une  nasale  et  r  tombaient  aussi,  à  ce  qu'il  semble,  après 
voyelle  longue,  sous  certaines  conditions,  quand  Tintonation  nide 
passait  à  l'intonation  douce,  par  ex.  dans  le  nom.  sg.  -ô  de  -on  (lit. 
aJcmû  :  Xei^uiv),  -è  issu  de  -ér  (lit.  motè  :  gr.  TtaTrip).  V.  §  40  Rem. 

4)  -t,  'U  devant  voyelles  pouvaient  devenir  consonnes,  ex.  skr. 
prdty  adadhat  *il  appliquait'  gr.  npocT-eTiGei,  skr.  ànv-ihi  'va  vers'. 

5)  Sur  le  contraste  -nim  (devant  voyelles)  et  -m  (devant 
consonnes  et  à  la  pause)  repose  la  différence  du  skr.  pâdam  et 
du  gr.  TTÔb-o.   (Cf.  p.  131  note  1.) 

6)  Le  §  261,  1,  2  était  aussi  valable  en  phonétique  syn- 
tactique,  par  ex.  skr.  ddad  bhràtre  =  i.-e  *edod  bh- *il  donna  au 
frère' de  *edôt  6A-,  tâtpdçu  =  i.-e.  tôt  p-  'cette  vache'  de Hodp-, 
Également  -z  de  -«  (§  276)  :  skr.  pdtir  dadati'le  seigneur  donne' 
i.-e.  *poti2  d'  {-r  de  i,  §  354,  II,  16),  gr.  'AenvoTe,  c.-à-d.  'Aerivaz 
î>€  (gort.  Toîb  bé  de  toîz  bé  (§  287, 1.  2). 

7)  A  la  pause  les  occlusives  sonores  étaient  peut-être  pro- 
noncées sourdes.  Cf.  §  354, 1,  2. 

8)  A  la  pause  l'aspiration  n'était  pas  prononcée;  de  là 
par  ex.  susfûp  nom.  ace.  sg.  n.  de  su-stûbh  ^pulchre  sonans'. 
Cf.  skr.  a-dhruk  ^n'endommageant  pas'  (zd  druxs  'démon  des 
mensonges')  de  la  rac.  dhreugh-  avec  le  dh  conservé  en  face  de 
l'aor.  adruksa-t  (§  263,  3). 


PHONÉTIQUE  SYNTACTIQUB  277 

9)  'S  de  'S8  devant  coDSonneB,  et  à  la  panse^  comme  -st-  de 
-sst  etc.  V.  §  323.  326. 

353.  B)  Commencement  de  mot  dans  la  phrase  et 
au  débat  de  la  phrase. 

1)  Certains  gronpes  de  consonnes  sont  allégés  par  la  chute 
de  la  consonne  initiale,  par  ex.  *îcmtô-m  '100'  de  *f&^M-w  (de 
*d-éhp  *10')  :  skr.  çatd-m  etc.  turtya-y  av.  tttfrya  'quartus'  à  côté 
de  zd  a-xteh^m  *quaternus'),  gr.  xpu-Tpa-  'quatre'  (xpucpdXeia, 
Tpd-TreZo,  de  q^^tur-  etc.  (cf.  skr.  catvâr-as).  L'alternance  de 
C7éfoç  :  Téyoç  paraît  rentrer  en  partie  dans  ce  cas  ;  v.  §  276  Rem.  3. 
Cf.  aussi  les  conjectures  de  Eretschmer  EZ.  31 ,  415  sqq.,  Hirt 
PBS  Beitr.  22,  228  sqq.,  Zupitza  BB.  25,  92  sqq.,  Osthoff  Et. 
Par.  1,  224  sqq. 

Rem.  Il  est  encore  pour  moi  très  douteux  (en  dépit  de  Solmsen 
Unt  197  sqq.)  que  |,  u  après  consonne  initiale  soient  tombés  phonéti- 
quement dans  certaines  conditions;  on  invoque  par  ex.  skr.  sâtra-m 
à  côté  de  syûtd-Sy  te  à  côté  de  tvé.  Pour  les  thèmes  pronominaux 
tue-  :  te-,  siie-  :  se-,  pour  dui-  :  di-  'deux'  etc.,  il  peut  s'agir  d*une 
différence  morphologique  très  ancienne. 

2)  Une  différence  relevant  de  la  phonétique  syntactique 
est  celle  de  ^sië-m  et  de  *8iiëm  etc.  (§  148). 

Sanskrit. 

354.  A)  Fin  de  mot  dans  la  phrase  et  à  la  pause. 
I)  Indo-iranien  commun. 

1)  Les  spirantes  sourdes,  et  probablement  aussi  les  occlusives 
sourdes,  devenaient  sonores  devant  sonores;  par  ex.  skr.  dur-itâ-^m 
'infortune'  =  zd  dué-itaniy  çririydm  'ce  bonheur'  (-r  de  -f,  II,  16), 
éddd  dnnam  'il  a  donné  de  la  nourriture'  i.-e.  *e-dO-t,  Peut- 
être  y  a-t-il  ici  une  généralisation  des  consonnes  sonores  qui  se 
sont  produites  d'après  §  352,  6. 

2)  En  indo-iranien,  sinon  déjà  en  indo-européen  (§  352, 7),  on 
a  à  la  pause  des  occlusives  sourdes  provenant  de  sonores,  par  ex. 
abl.  sg.  skr.  -at  =  zd  -at^  v.  perse  -û*,  i.  -  e.  -ôd  -èd  (lat.  od,  zd  âb-a). 

3)  -w  de  -nt  à  la  pause  :  3®  p.  pi.  skr.  hhdran,  zd  hardn  = 
i.-e.  *bherO'nt. 

4)  -«'  k'-  (skr.  -ç  c-)  de  -s  Je'-  ;  par  ex.  skr.  tdtaç  ca  'et  de  là', 
et  -S'  k'-  (skr.-ç  c-)  de  -«  fc';  par  ex.  skr.  agniç  ca  'ignisque';  v.  §278 
Kem.  2.  279. 


278  PHONâTIQUB 

5)  A  la  pause,  -^9  après  a^  a  devenait  un  phonème  semblable 
an  visarga  sanskrit  (h)  \  de  là  skr.  hy  -ah,  -ah  ont  pénétré  même 
en  indo-iranien  à  l'intérieur  de  la  phrase,  et  sont  devenus  -ô  -a 
devant  consonne  sonore. 

Rem.  (au  no  5).  On  prononçait  alors:  à  la  panse  -a/^  -àh^ 
devant  consonne  sourde  -as  -Os  {-aé  -dé,  v.  4)  et  -o^,  -âj^,  devant 
sonore  -az  -àz  et  -ô  -ây  et  aussi  -z  (après  i  etc.,  §  278),  devant  voyelles 
-os  'dz  (cf.  1)  et  -o^  'àtty  et  aussi  -£, 

II)  Sanskrit. 

1)  Contraction  de  voyelle  finale  avec  voyelle  initiale  ;  par  ex. 
ihdsti  =  ihd  astVil  est  ici';  diphtongues  issues  de  â  +  {,  û-,  -ûr  de 
-a  +  f-.  Cf.  §  306.  En  védique,  où,  suivant  Tnsage  de  la  langue 
populaire,  la  contraction  est  souvent  omise,  -a  apparaît  abrégé 
en  -a,  par  ex.  md  dpés  *ne  cognati*;  avec  ceci  concorde  -e-,  -o-, 
-ar-y  de  -a-  -I-,  -d  â-,  -a  r-. 

2)  -ai,  -a^  de  Tindo-iranien  commun  apparaissent  souvent 
devant  voyelles  sous  la  forme  -a,  par  ex.  td  â=^  tdy  d,  dûrchOdiç- 
'ayant  son  but  dans  le  lointain  {dûré)\  Vraisemblablement  -i,  -ff 
devant  {-,  û-  sont  d'abord  tombés  d'après  §  150,  lô6  ;  par  ex.  vdgta 
usrds  de  *vdstav  u-  ^à  l'éclat  de  Taurore',  et  de  là  -a  a  été  géné- 
ralisé. Dès  l'époque  védique  on  a  employé  devant  a-  les  formes 
usuelles  devant  consonnes  -e  -o,  qui  se  sont  contractées  avec 
a-,  par  ex.  vanesmin  (vane'smin)  Mans  cette  forêt'. 

3)  Dans  les  groupes  de  consonnes  (excepté  r  +  occlusive, 
par  ex.  vdrk  2®  et  3®  p.  sg.  aor.  de  varj-  'tourner')  la  première 
consonne  est  seule  demeurée,  par  ex.  as  'il  était'  de  *as'ty  dp 
'eau*  de  *ap'8  (zd  afS),  -bhft  'portant'  de  *'bhrt-8  (zd  -fedr**),  dbhar 
'il  a  apporté*  de  ^a-hkarèt  (cf.  zd  dar^èt  'il  tint'),  bfhdn  'haut* 
de  *brhant'S  (zd  bdr^zois).  La  chute  se  produisait  tantôt  à 
la  pause,  tantôt  à  l'intérieur  de  la  phrase. 

4)  -m  s'unissait  avec  la  voyelle  précédente  pour  former 
une  voyelle  nasale  devant  sifflante  et  devant  A-,  par  ex.  tdm 
simhdm  'ce  lion'  (cf.  §  164,  3).  Cette  prononciation  s'est  étendue 
dès  l'époque  védique,  devant  -r,  et  plus  tard  devant  Ir,  y-,  tv, 
devant  les  occlusives  et  les  nasales. 

5)  Gémination  de  -n,  -n,  par  ex.  ddhvann  d  (§  314). 

6)  -r  à  la  pause  devenait  -h  :  antdh  'à  l'intérieur'  =  lat. 


PHONÉTIQUE  SYNTAGTIQUB  279 

inter\  d-Jcah  Hn  as  fait'  de  *a'Jcar[S]  (3).  Ceci  s'est  étendn  en- 
«nite  devant  consonnes  sourdes,  par  ex.  pratdh  krnoti  'mane  f acit'. 
-r  tombait  devant  r-,  avec  allongement  compensatoire  de  la 
Toyelle  brève  :  puna  ramate  'rursus  delectatur'  de  *punar  r- 
(cf.  16). 

7)  "Cc-f  -jj'  de  't  c-,  -d  j-  :  tacca  'et  ceci',  tajjalam  'cette  eau* 
(cf.  §  320,  3,  d,  P).  'cch-  de  -t  ç-  :  tacchàkyam  'c'est  possible' 
(cf.  §  225,  3).  -ll-de-d  l-  taUabdham  'c'est  pris'  (cf.  §  320,  3  c). 

8)  'fty  -n,  n,  -m  de  -g,  -d,  -(2,  -b,  devant  nasale,  par  ex.  tdn 
ndma  'ce  nom.' 

9)  A  la  pause  -h  de  -s  (§  354,  I,  5),  de  -ç,  par  ex.  dvih 
'ovis',  et  de  -r  (6).  -A  se  produisait  aussi  devant  fc-,  p-  et  sif- 
flante, voir  10.  11. 

10)  Le  véd.  -st-  de  s  t-  d'après  §  321,  3  {çûds  tvâm  'splen- 
didus  tu')  fut  dès  l'époque  védique  remplacé  par  -st-  (d'après 
-as  ^),  qui  plus  tard  fut  seul  usité  {çucis  tvam).  Au  lieu  de 
-(Z8  'is  devant  A:-,  p-,  le  védique  introduisit  la  forme  de  finale  (-A). 

11)  Devant  sifflante  initiale  +  voyelle,  apparaît  tantôt  la 
même  sifflante  (en  partie  par  assimilation),  par  ex.  -s  s-,  -ç  ç-  (de 
'8  ç),  tantôt  la  forme  de  finale  avec  -h.  -h  passa  aussi  à  l'intérieur 
4es  mots,  par  ex.  loc.  pi.  tapahsu  à  côté  de  tapassu  {tapas-  'mor- 
tification'), yajuhsu  à  côté  de  yajuççu  {yajus-  'formule  de 
sacrifice'). 

12)  Devant  occlusive  sonore  initiale  et  devant  h-  (§  22,  2) 
dès  répoque  de  l'indien  commun,  on  avait  -ô  -a  pour-az  -dz,  par  ex. 
yô  dame  'qui  domi',  mçva  drûhas  'tous  les  esprits  mauvais'  (I,  5 
avec  Rem.).  Cette  forme  syntactique  a  passé  aussi  à  l'iutérieur 
des  mots,  par  ex.  mdno-java-s  'prompt  comme  la  pensée',  instr. 
pi.  mdno-bhif. 

13)  -o  pour  'Oz  également  devant  les  sonantes,  par  ex.  ràtho 
yati  'le  chariot  s'avance'  nalo  ndma  'du  nom  de  Nala';  aussi  à 
l'intérieur  du  mot,  par  ex.  mdno-vata-s  'agréable  à  l'esprit',  duvO' 
yû'8  à  côté  de  duvas-yiirs  'honorant',  tapo-vant-  à  côté  de  tapds- 
vant'  'ascétique'. 

14)  -a  de  -az  devant  les  voyelles  (a-  excepté),  par  ex.  aditya 
iva  'comme  A.',  açna  rjras  'cheval  roux'.  Aussi  à  l'intérieur  du 
mot,  par  ex.  ndma-ukti-s  'l'expression  du  respect'.    Un  o  qui  se 


280  PHONÉTIQUE 

produisait  devant  or  se  contractait  avec  a-  :  açvo  'pi]  à  Tintérienr 
du  mot  par  ex.  ayo  'gra-m  'pilon*;  pourtant  pour  le  védique  la 
métrique  indique  encore  -a  a-. 

15)  -a  pour  -az  devant  toutes  les  voyelles,  par  ex.  açva 
ami  'ces  chevaux-là'. 

16)  -i  indo-iranien  (I.  1)  devenait  dans  une  certaine  me- 
sure, et  en  tous  cas  devant  voyelles,  -r  phonétiquement;  ensuite 
tous  les  autres  -z  (-i)  furent  remplacés  par  -r,  par  ex.  çrfr  iyàm 
'ce  bonheur',  vayur  vati  'le  vent  souffle',  patir  dadati  'le  seigneur 
donne',  çiçur  hasati  Tenfant  rit',  -r  tombait  devant  r-,  avec 
allongement  compensatoire,  par  ex.  vidhû  rajati  'la  lune  brille' 
(cf.  6).  —  De  même  à  l'intérieur  du  mot,  par  ex.  dur-  df^ika-s 
'regardant  méchamment'  (cf.  dûdâç'  (§  278,  1),  instr.  pi.  havir- 
bhis  de  havis-  'libation  du  sacrifice'. 

17)  Indo  iranien  -ns  -nz  à  la  pause  devenait  n-  en  indien 
commun  avant  Tinfluence  de  §  164,  3,  par  ex.  â-han  'tu  frap- 
pais' de  ♦a-Aaw-«,  tdn  'hos'  de  *tan8.  A  l'intérieur  de  la  phrase 
s'exerçait  §  164, 3,  par  ex.  tdms  t-,  tdç  c-  (1, 4),  tdm  a-  (15).  A  ceci 
correspond  le  traitement  de  Tindo-ir.  -né,  -nia  Tacc.  pi.  (§  164,  3)  : 
âviny  nrn  à  la  pause;  avimr  a-,  ntmr  a-. 

18)  Indo-iranien  -n^s  (§  262, 2)  devenait  en  indien  commun 
-n5,  par  ex.  *vddans  'parlant',  *mahdns  'grand'  (thème  vâdant-, 
mahdnt).  D'après  17)  vâdan,  mahdn  et  vddams  t-,  mahdm  a-, 

19)  't  de  l'indo-iran.  -et  =  i.-e.  -kt,  -kst  (§  241),  par  ex. 
nat  'il  atteignit'  de  waç-,  dprdf  'il  demanda'  de^raç-, 

20)  -ntS'  de  -n  s-  etc.  v.  §  322,  1,  b. 

355.  B)  Commencement  de  mot  dans  la  phrase, 
et  au  début  de  la  phrase. 

I)  Indo-iranien,  s-  après  -i  etc.  (§278),  par  ex.  divi 
sfha  'vous  êtes  dans  le  ciel'.    Cf.  §  278  Rem.  1. 

II)  Sanskrit. 

1)  vane  'smin,  açvo  'pij  v.  §  354,  II,  2,  14. 

2)  n-  après  r  (§  321,  2),  par  ex.  pdri  nas  'autour  de  nous'. 
Cf.  prd  hanyate  §  351,  1. 

3)  t-  après  s  en  védique,  par  ex.  çûcis  tvdm\  plus  tard  on 
eut  seulement  -s  ^,  v.  §  354,  II,  10. 

4)  'cch-^  de  -t  «-,  v.  §  354,  II,  7. 


PHONÉTIQUE  SYNTACTIQUB  281 

5)  cch'  de  8k'  sîch-  (§  240)  devenait  ch-  en  commencement 
de  phrase.  A  Tintérienr  de  la  phrase  (d'après  Pftnini)  cch  était 
obligatoire  après  voyelle  brève  on  après  à^  ma,  et  facultatif  après 
voyelle  longue. 

6)  En  commencement  de  phrase  &r-  de  mr-^  v.  §  164,  2. 

Grec. 

356.  A)  Fin  de  mot  dans  la  phrase  et  à  la  pause. 

1)  Dès  l'époque  du  grec  commun,  -o,  -a,  -€,  et  aussi  -i  étaient 
élidés  devant  voyelle  formant  syllabe,  par  ex.  h'  àvifip  (dvrip)  (ô), 
Ta  V  fiXXa  (bé),  en'  oùtoO  (Itti),  oùk  ètiw  (ou-kî).  Ceci  a  passé  à 
l'intérieur  des  mots:  àir-oTUJTilj  linr-oTUiTéç  (p.  275),  èTi-apuiTéç 
'qui  assiste'.  L'élision  se  faisait  aussi:  pour  ^[i],  o[3]  (cf.  ô), 
par  ex.  hom.  poùXo^i'  ètu*  =  •yio[\\  è-,  )x'  f GeXev  =  \io[)\  è-  (cf.  att. 
inscr.  ko  èv  =  Ka[i]  év);  après  la  chute  de  F,  par  ex.  an'  Ipyou  == 
àîTÔ  [F]ëpTou,  fiTOiKOç  'colon'  =  *è7Ti-[F]oiKOç,  'A^cpàvoH  =  'A^icpi- 
[F]dva£;  pour  A-,  par  ex,  oùb'  €Îç  (cf.  12,  d),  ù<p'  éKctcTTOu,  'aùB- 
éKoaTOç  (cf.  12,  c). 

2)  A  côté  de  l'élision  il  y  avait  la  contraction  de  voyelles 
(crase),  par  ex.  TâXXa  de  tq  âXXa,  att.  âvrip,  dor.  djvrjp  de  ô  àvrîp, 
comme  à  l'intérieur  du  mot  npoûnToç  de  npô-onToç  (cf.  la  con- 
traction indo-européenne  dansdb^ricTTiiç,  dor.  cTTpaTâYÔç  etc.  §306). 
Au  cas  de  ^oOXo^'  t\ù  (1)  correspondent  des  cas  comme  oûjioi 
de  ô[i]  ëfioi,  Kam  dor.  kiittI  de  Ka[i]  èrri,  att.  éâuTiu,  ion.  éujuTtjp  de 
éo[t]  (éoî)  aÙTUj.  La  crase  se  produisit  partout  d'abord  suivant 
les  lois  de  la  contraction  valables  en  grec  aussi  pour  l'intérieur 
des  mots  (§  306).  En  outre  c'est  d'après  le  timbre  de  la  voyelle 
initiale  que  se  fixa  celui  du  produit  de  la  contraction  :  par  ex. 
en  ionien  d'après  xdXXujç  ==  Ka[i]  âXXuiç  on  a  aussi  KT^Tr\  (au  lieu  de 
Kairi),  KUTTobiifiaTa  =  Ka[i]  ÙTrobrijiaTO.    Cf.  6r.  Gr.  '  141  sq. 

3)  Abrègement  d'une  voyelle  longue  finale  devant  voyelle 
initiale,  par  ex.  hom.  TtXaTXÔn  ènei,  att.  oÛTti-t,  toutoù-I,  crét. 
Mè  JvbiKOv  =  >if|  h  1)  cf.  §  305. 

4)  Sur  TTpôç  (=  skr.  prdty),  qui  primitivement  ne  se  pro- 

1)  Cette  explication  de  juié  est  maintenant  combattue  par  Heikel, 
Ein  angeblicheH  Lantgesetz  im  Griechischen,  Ofversigt 
af  Finska  Vetenskaps-Soc.  Forhandl.  1903—1904,  no  7. 


282  PHONÉTIQUE 

nonçait  que  devant  voyelles,  v.  §  352,  4.  En  grec  commun  de 
nouveau  -|  provint  de  -i^  puis  -m  de  -ti  dans  3®  p.  sg.  TiôniTi,  3®  p. 
pi.  (pëpoucTi,  att.  eiKom  etc.  comme  irXoùmoç,  v.  §  307.  316. 

5)  Dans  -ai,  -oi  +  voyelle,  en  gr.  comm.  -i  passait  à  la  syl- 
labe suivante  et  tombait  d'après  §  151,  2,  par  ex.  Kà  èm  de 
*ka\iepi.  Ensuite  il  y  eut  tantôt  élision,  comme  poùXojLi'  étui, 
tantôt  crase,  comme  xarrl  (2).  Mais  de  nouveau  pénétrèrent  -ai, 
-01,  d'après  la  forme  devant  consonne  ou  à  la  pause,  xai  ém 
c.-à-d.  kajlepi,  et  ensuite  i  passa  de  nouveau  à  la  syllabe  suivante, 
d'oii  par  ex.  hom.  jioi  èvvcTre  c-à-d.  mô\iennepe  (cf.  xo^ai-cOvai 
^^-  w),  comme  hom.  oîoç  c.-à-d.  hôjos.  D'une  façon  analogoe 
hom.  |i€u  àpTupOToE'  =  meuarg-.  —  L'ancienne  séparation 
(élision  et  crase)  avait  lieu  surtout  dans  la  langue  populaire. 

6)  -V  de  -m  à  la  pause  et  devant  dentales  (§  166,  1.  3).  Ce 
-V  était  déjà  généralisé  en  grec  commun  (par  ex.  tôv  aùiôv),  si 
bien  que,  dès  cette  époque,  les  i.-e.  -m  et  -n  (par  ex.  èv)  étaient 
confondus.  Il  est  possible  que  dans  rfm  ttôXiv  etc.  (7),  ou  ait 
affaire  à  -m  ancien  partiellement  conservé  (cf.  é^  ttôXci). 

7)  '79  et  -m  du  gr.  comm.  -v  (6)  devant  occlusives  non  den- 
tales :  ff\f  Kal;  èT-KaXuj,  -rfm  ttoXiv,  éji-pdXXuj.  Réduction  de  la 
nasale  en  cette  position  d'après  §  166,  4. 

8)  -V  est  souvent  assimilé  à  nasale,  liquide,  à  (T-,  par  ex. 
^jLijLi^vuj,  avppr\fv\)\ix,  (TùXXoTOç,  (Tu(T(Tîtiov,  épigraphique  è^  ibiàxq, 
ip  'Pôbvjj  TÔX  XlOov,  èç  Zàimijj  etc.  (§  320,  1).  D'une  manière  ana- 
logue, hom.  aùepiiiu  =  àF-Fepùiu  de  àv-F  (cf.  Kauàëaiç  1 2,  b). 

Rem.  1.  Le  'v  ècpeXKuariKÔv*,  par  ex.  irooiv  à  côté  de  iroot, 
provenait  de  formes  daus  lesquelles  figurait  un  ancien  élément  de 
la  finale  de  la  flexion,  par  ex.  -q)tv  à  côté  de  -qn,  lesb.  âfi^iv  à  côté 
de  dfi|ii.   Gr.  Gr.^  144. 

Rem.  2.     Sur  -ç  de  -vç  v.  §  166,  2.  351,  1. 

9)  -p  b-  devenait  gort.  -bb-,  par  ex.  àvf|b  bijj. 

10)  I.-e.  -r  =  -ap  régulièrement  à  la  pause,  v.  §  202,  1. 

11)  Les  occlusives  à  la  pause  tombent  en  grec  commun 
avant  l'action  de  la  loi  §  310.  écpepe  =  skr.  d-hkara-t.  ^cpcpov 
d'un  i.-e.  ^e-hUero-nt.  Dor.  fjç  'erat'  d'un  i.-e.  Hs-t.  Ti  =  lat. 
quid,  ?(Ttuj  =  v.  lat.  estod.  Kfip  de  *KTipb,  cf.  Kapbiâ.  -^iCka  : 
TàXaKT-oç.  Voc.  pivai  :  KiJvaiK-ôç.  Ces  formes  de  fin  de  phrase 
passèrent  aussi  à  Tintérieur  de  la  phrase.    Un  -b  à  l'intérieur  de 


PHONÉTIQUE  8YNTACTIQUB  283 

la  phrase  apparaît  encore  comme  agissant  dans  homér.  dm, 
Smï\DÇ  =  *aF6b  ti,  ttwç  (§  320,  3,  d,  a.  p);  cf.  aussi  3«  p.  pi. 
^MiT€v  de  *è|iiTii-VT  §  310,  à  côté  duquel  la  3*  p.  pi.  hom.  juitoiv- 
^Tiv  présente  peut-être  la  forme  de  fin  de  phrase  pure. 

12)  En  grec  se  sont  produites  des  occlusives  en  finale  de 
mot:  a)  èK,  èr  de  il,  ifz,  (§  286,  6.  287,  4):  locr.  èT(T)fiç  ib{by 
A}iw  (§  320,  3,  d,  P).  —  b)  Les  formes  de  prépositions  àir',  èir', 
Kar'  etc.  (1)  venaient  également  à  se  trouver  devant  consonnes 
(cf.  6r.  6r.  *  140  sq.)  et  subirent  des  assimilations  variées,  comme 
xà(T|iopoç  (§  264, 4.  323),  Kavveùaâç  Kappëîouaa  KâirirecTe  âppaXev 
(§  320,  3,  b.  c.  d).  De  même  xaudEaiç  (Hésiode)  =  xaF-FàHaiç  (cf. 
«aùepùu),  8).  —  c)  Dans  dcp'  ou  =  an'  oi3,  KaQél\D  =  KaT4l\)j  etc. 
'(1),  la  limite  de  la  syllabe  vint  se  placer  devant  q>,  Xy  ^  comme 
dans  vé|(poç,  ^|0oç,  l|xu).  Gomme  le  passage  de  l'esprit  rude  à 
Tesprit  doux  à  Tinitiale  se  fit  plus  récemment  en  lesbien  etc. 
(§  357,  7),  et  que  ces  dialectes  ne  changeaient  pas  les  sourdes 
aspirées  intërvocaliques  en  sourdes,  il  y  apparaît  par  ex.  jieOeXiIjv 
à  côté  de  éXu)v.  Lesb.  KaT-ecJTâKOVTUJV  (att.  KaOecTiTiKÔTUiv),  ion.-as 
à1T•lKvéo^al  etc.  ne  furent  créés  que  lorsque  les  simples  avaient 
déjà  perdu  '.  —  d)  -b  '-  devenait  -6-  :  att.  béot.  néo-att.  oùOëv  = 
oùb'  ëv  à  côté  de  oùbe-Mia  (cf.  Gr.  Gr.  »  146). 

18)  De  l'époque  indo-européenne  datait  ralternance  -s  (tx\ç 
TuxnÇ?  biKTTuxnç)  et  'Z {'Mr\vaLe  =  'AOrjvaz  be,  Aioa-boToç § 287, 1); 
-ç  par  ex.  dans  ttiç  devant  p-,  b-,  t-  peut  être  devenu  -z,  comme 
dans  irpëapuç  etc.  (§  27).  En  même  temps  -s  était  de  règle  à  la 
panse.  Dès  l'époque  du  grec  commun,  ce  -s  s'introduisit  à  son 
tour  à  l'intérieur  de  la  phrase  ou  du  mot  devant  voyelles  et 
sonantes  (à  rencontre  de  §  286,  2.  3),  par  ex.  Aiôç  fixTeXoç,  bùcx- 
^ajioç,  TTëXoTTOç  vflaoç,  bùa-vooç,  bùa-XuToç.  Sur  les  formes  épi- 
graphiques  €l(Ta-àTU)Tfiv,  El}ba^oaç  K-  etc.  v.  §  314.  315. 

14)  Changement  de  -«,  -z  après  voyelle,  a)  Lac.  cypr. 
'h  de  '8  devant  voyelle,  comme  à  l'intérieur  du  mot  (§  264  Rem.  2), 
par  ex.  lac.  Ai^biKëra  =  Aiôç  k-.  —  b)  El.  -p  de  -z  dès  les  plus 
anciennes  inscriptions  par  ex.  Tip  bë,  cf.  §  287,  3.  Ce  -p  fut  géné- 
ralisé ;  de  là  par  ex.  Tip  Ta  pour  tiç  tcx.  En  laconien  également  -p  de 
-^  dès  le  IP  siècle  av.  J.-C.  —  c)  Assimilation  à  des  consonnes 
initiales.    Crét.  xàO  OuYOTëpaç  de  làç  9-  (cf.  irpôGOa  =  TipôcrOa), 


284  PHONÉTIQUE 

T0Î5  bé  de  T0Î7.  bé,  frrovoç  de  ^[tJz-tovoç  (§  320,  4,  d).  DelpL 
Toùv  v6|iouç,  att.  rieXoTrôvvTicToç  §  286  Rem.  3.  320,  4,  b;  crét 
TiX  XiJ,  à|i<piXXëTUJ,  fXXomç  de  *€[K](T-Xu(yiç  §  320,  4,  c;  de  et  v-, 
et  X-  (15)  il  résulte  que  -ç  devant  v-,  X-  était  d'abord  derenu  sonore. 
15)  Grec  commnn  -ksy  -gz;  -gz,  d'abord  devant  P-,  b-,  y-, 
se  produisit  aussi  devant  v-,  jii-,  X-  (14).  De  là,  d'une  part  d'après 
§  286,  6.  287,  4  att.  U  Trobujv,  gy  baKTiiXujv  (cf.  Il  dvbpcç),  èK 
ToO,  èK-T€ivuj,  èT  pouXfiç,  èy  vnOUJV,  èT  Xim^voç  (cf.  èE  airroû); 
d'autre  part  d'après  §  336, 4,  a,  a,  thess.  è(T-Kixpé)i€v,  béot.  é0-icTî- 
béKQToç,  èa-TOvoç.  Innovations  analogiques  :  d'une  part  par  ex. 
att.  éK  KQKOÛ  au  lieu  de  èç  k-,  èK-xai-beKa,  èy  fapYn'rTiujv,  d'autre 
part  par  ex.  thess.  èç  toOv,  béot.  éç  toiv  au  lieu  de  éx  t-,  thess. 
éa•b6^6V,  arc.  è(T-bo(Tiç.  L'ancien  -Tes  réapparaît  secondairement 
devant  consonne,  par  ex.  att.  ÏE-ttouç,  éE-bàKTuXoç,  cypr.  il,  xqi. 

857.  B)  Commencement  de  mot  dans  la  phrase^ 
et  au  début  de  la  phrase. 

1)  TfiXXa  de  tq  dXXa  etc.  §  356,  2. 

2)  a-  de  e-  dans  lesb.  aijiiKTeujv,  v.  §  318,  1. 

8)  dp-,  ôp-  de  l'i.-e.  r-,  f-  au  début  de  la  phrase,  v.  §  202, 
1.  203. 

4)  A  peu  près  régulièrement  devant  i.-e.  r-,  plus  rarement 
devant  Z-,  m-,  w-,  y>-  +  voyelle,  apparaissent  des  voyelles  'prothé- 
tiques':  par  ex.  épuOpôç  =  lat.  rubety  èpécpuj  dpoq>oç  :  v.  h.  a.  himi- 
reba  'crâne',  éXeOOepoç  :  lat.  liber,  àXiviu  :  lat.  lino,  à\xlxkr\  :  v.  si. 
mîgla  'nuage',  àveipiôç  :  lat.  neptis,  bom.  éépon,  crét.  âepaa  à 
côté  de  èpan  :  skr.  varsd-  'pluie'.  Vraisemblablement,  il  n'y  a 
qu'une  partie  des  cas  considérés,  où  il  s'agisse  d'une  voyelle 
introduite  par  un  changement  phonétique  interne  (cf.  l'anaptyxis, 
§  313,  2).  Cf.  Gr.  Gr.  »  147  sq.,  Solmsen  U  nt.  220  sqq.  —  l-  était 
aussi  anaptyctique  dans  laOi  'sois'  =  gâth.  z-di  (§  287,  5). 

5)  Paraissent  être  des  doublets  phonétiques  Ivv  aOv,  ëùXi- 
voç  (TùXivoç,  vpeXXiCuj  aeXXttw  etc.  V.  Gr.  Gr.'  148,  Zupitza  BB» 
25,  92  sqq.,  Fick  BB.  26,  114  sqq.    Cf.  ici  §  285,  4. 

6)  Les  géminées  résultant  de  groupes  de  consonnes  assi- 
milées par  contact,  FFh-,  jn^-,  vv-,  pp-,  XX-,  tttt-,  bb-,  aa-,  qui  se 
simplifiaient  à  Tinitiale  (§  327),  ont  passé  en  grande  partie  à 


PHONÉTigUB   SYNTACTIQUB  285 

rintérienr  des  mots,  par  ex.  ^-Ml^opc  (cf.  bom.  Karà  mioipav)  à 
-côté  de  €Î^apTal  de  *(T€*a|iapTai,  R.  smer-,  â-ppriKTOç  è-ppn^a 
(cf.  hom.  T6  pprjEeiv)  à  côté  du  lesb.  aupriKToç,  R.  FpriY--  De 
bonne  henre^  on  se  mit  à  généraliser  la  simplification  des  gémi* 
nées,  à  l'intérieur  du  mot  comme  à  Tinitiale^  sur  le  modèle  des 
verbes  qui  de  tout  temps  commençaient  par  une  consonne  simple; 
par  ex.  dans  Homère  éiri-ficibriaâç  à  côté  de  (plXo-|i^el5r|ç;  âye 
XfiT€,  d-XTiKTOç,  i-Xryxe  à  côté  de  ôie  XXrjEeiev,  ô-XXtiktoç;  èiri- 
<y€Ùâç  -éavQr]  à  côté  de  èTTi-aaeùr],  f-aauxo.  Si  le  fait  s'est  produit 
rarement  pour  pp-^  par  ex.  bom.  KÛ^a  ^ôoio^  KaXXi-poov  à  côté  de 
xaXXi-ppoov,  et  si  en  attique  se  sont  maintenues,  de  même  que 
par  ex.  rà  Qpf\\xaTa  (d'après  le  témoignage  de  la  métrique),  des 
formes  comme  àirô-ppiiTOç,  è-ppei  etc.,  c'est  qu'il  n'y  avait  pas  de 
verbes  avec  p-  =  i.-e.  r-,  qui  pussent  servir  de  modèles,  comme 
ont  servi  par  ex.  \xevvj,  Xeiiruj  (cf.  4). 

7)  '  de  '  à  l'initiale  en  lesbien,  éléen,  dans  une  partie  du 
Cretois,  et  en  ionien  asiatique  (c'est  ce  qu'on  appelle  'psilosis');  v. 
§  151,  1.  157,  3,  i.  286,  1,  a. 

8)  Sur  KaOeîw  =  KaT-Kuj  etc.  v.  §  356,  12,  c.  Après  -cr, 
-V,  -p  '  se  perdait,  par  ex.  èa-,  èv-,  ÙTtep-dXXo^ai  à  côté  de  fiXXo^al. 
Pourtant  en  attique,  héracléen,  arcadien,  '  fut  de  nouveau  trans- 
porté à  l'initiale  du  second  membre  d'un  composé,  par  ex.  att. 
toôboç  irdpébpoi,  héracl.  àvéX6^€voç  d'après  ôboç  etc.  De  même 
att.  euôpKOç,  béracl.  irevraéTTipiba  etc. 

Latin. 

358.  A)  Fin  de  mot  dans  la  phrase  et  à  la  pause. 

1)  Dès  l'époque  de  l'italique  commun,  dans  une  certaine 
mesure,  élision  de  -o,  -a,  -e  devant  voyelles,  par  ex.  ab-eô,  ah 
ipso,  ombr.  ap-ehtre  'ab  extra',  cf.  gr.  àirô,  skr.  àpa\  anëlo 
(an-hèlo),  ombr.  an-ouihimu  'induimino',  cf.  gr.  àvà,  zd  ana. 
De  là  aussi  à  l'intérieur  du  mot:  par  ex.  ab-itio  et  rèm-ex,  somn- 
ambulus  (cf.  IF.  9,  354  sq.),  ombr.  sev-akne  'solemneV  (seuom 
'totum').  'i  fut  de  même  élidé:  ob-eo,  ob  oculos,  osq.  op  eizois 
^apnd  eos'  ombr.  up-etu  'obito*,  cf.  gr.  éirl,  skr.  àpij  ambigo  cf. 
gr.  àjLiq>i;  de  là  également  ob^tusj  amb-dgèSy  cf.  gr.  èrr'  aùroO 
^  356,  1.   -e  était  élidé  par  ex.  dans  n-oenunif  n-unquam  (né), 


286  PHONÂTIQUB 

nec'opfnans  {ne-que).  —  Devenait  aussi  sasceptible  d'élision  la 
voyelle  brève  qui  se  trouvait  secondairement  à  la  finale,  par  ex.. 
circ-îbo  à  côté  de  circu[in]'ibo  (8),  intr-ibo  à  côté  de  intrô'ïbo  (4). 
Cf.  Lindsay  Journ.  of  Phil.  26,  208  sqq. 

2)  Dès  l'époque  de  l'italique  commun,  une  voyelle  brève 
finale  était  syncopée  dans  certains  cas:  par  ex.  ab-dïcoy  suh- 
tendOy  am-puto  et  neCy  ac  etc.    V.  §  345, 1,  1.  2. 

3)  Mais  il  y  aussi  des  cas  où  elle  se  maintient,  -u  :  pecu» 
-e  :  âge,  agite,  -e  de  -i  :  mare  (§  348, 1,  2,  c).  -6  de  -o  :  sequere 
(§  348, 1,  2,  b).  neque,  atque  montrent  que  cette  conservation 
n'avait  pas  seulement  lieu  à  la  pause  (d'oti  de  pareilles  formes- 
auraient  pu  ensuite  passer  à  l'intérieur  de  la  phrase). 

Rem.  1.  Nous  ignorons  à  quelle  date  et  dans  quelles  con- 
ditions 8*est  faite  la  chute  de  la  voyelle  daus  est  (osq.  est,  gr.  laTi)^ 
agit  (osq.  faamat  'habitat',  skr.  bhâra-ti\  sunt  (ombr.  sent,  dor. 
èvTi),  et  (ombr.  et,  gr.  £ti),  aut  (osq.  auti  aut\  tôt  (à  côté  de  toH^ 
dem),  quîn  viden  (-ne)  etc. 

Rem.  2.  Des  crases  (cf.  §  356,  2)  se  sont  également  produites- 
forènsis  probablement  de  *fore[i]'en'dti'S  'qui  se  trouve  sur  le  marché*. 
{'dti'  de  la  rac.  dô-  'dare'),  comme  osq.  h ùr tin  "in  horto'  de  *horte[i]-en. 
deinde  dissyllabique,  de  de-inde',  neuter  dissyllabique  de  -ne-uter. 

4)  Une  voyelle  longue  finale  (et  aussi  après  la  chute  de  -d, 
V.  10)  s'abrégeait  devant  voyelle  d'après  §  305,  par  ex.  chez  les 
poètes  quô  eam,  qui  amant,  de  hardeo  (cf.  §  269,  3),  îliô  alto, 
intrô'ire,  dë-amo.  Les  brèves  ainsi  obtenues  pouvaient  s'élider 
{intr-ire,  1). 

5)  Sur  siquidem  de  si  quidem  etc.,  v.  §  314,  Rem.  1. 

6)  D'après  §  310,  -ôi,  -ai  paraissent  être  devenus  -ôi,  -ai 
en  italique  commun,  mais  s'être  maintenus  à  la  panse.  D'après- 
le  premier  traitement  s'était  formé  le  dat.  loc.  equae,  tandis  que 
le  dat.  equô  et  (v.  lat.  dial.)  Fortûna  étaient  une  continuation 
des  formes  de  finale  (cf.  §  147).  Dans  le  dat.  v.  lat.  NumaMoi 
etc.  la  quantité  de  o  est  inconnue. 

7)  Sur  la  chute  de  voyelles  brèves  en  syllabe  finale  atone, 
terminée  par  une  consonne,  par  ex.  more  de  *morti8,  ager  de 
*agro8  v.  §  345, 1,  2.  II,  2.  346.  Sur  le  changement  de  timbre 
de  la  même  voyelle,  par  ex.  Vénerie  de  Vénères,  v.  §  348,  2. 


PHONÉTIQUB  SYNTACTIQUB  287 

8)  -m  à  la  panse  était  fortement  rédnit  en  latin  commun 
(il  n'était  représenté  que  par  une  occlusion  incomplète  des 
lèvres);  et  il  a  passé  avec  cette  prononciation  à  Tintérienr  de  la 
phrase  :  aussi  dans  les  plus  anciennes  inscriptions  -m  est-il  sou- 
vent omis  devant  consonne  comme  devant  voyelle.  Devant  voyelle 
**"  disparaissait  tout  à  fait  dans  la  langue  populaire;  de  là  da- 
tuiri  de  datum  irl^  circuitus  de  circum-itus,  animadverto  de 
animum  advertOj  et  le  traitement  connu  chez  les  poètes,  par  ex. 
férru[fn]  acuant  ssjy^j..  Devant  consonne  au  contraire  ■«»  sub- 
sistait et  formait  position  avec  le  phonème  suivant.  La  langue 
littéraire  rétablit  partout  -m  en  dépit  de  ces  réductions,  tandis  que 
plus  tard  la  langue  populaire  présentait  également  un  -m  anté- 
consonantique. 

9)  Ital.  comm.  -d  de  -t,  par  ex.  v.  lat.  sied  (:  skr.  syâ't)^ 
fècedy  osq.  deded  'dédit';  siet  fècit  avec -t  =  i.- e.  -H  (cf.  Rem.  1). 

10)  I.-e  -(2  subsistait  après  voyelle  brève:  idy  quod,  sedy 
ad.  Après  voyelle  longue,  seulement  en  vieux  latin  :  estôd,  sun- 
tôd,  eôd,  sententiad,  tëd;  au  commencement  du  IP  siècle  av. 
J.-C,  'd  est  tombé  devant  consonne  (et  ce  phonétiquement  comme 
le  montre  par  ex.  sëpôno  à  côté  de  sèdritio),  et  à  la  pause. 

11)  Les  occlusives  (et  aussi  -t  de  -ti,  Rem.  1)  après  r, 

Cf  8  sont  tombées  à  la  pause  et  en  partie  devant  consonnes,  jecur 

=  skr.  yàJcrt.    lac  de  *lact,  gén.  lact-is,    cor  de  *cordj  gén, 

cord-is  (cor  scandé  long  dans  Plante  =  corr'^).  pos  à  côté  de 

post  (doublet  de  phonétique  syntactique)  de  *po»tù 

Rem.  3.  fert  était  une  reformation  comme  fern.  Pour  le 
traitement  de  Ti.-e.  -nt^  nous  manquons  d'exemples  probants:  hit. 
-nt  k  la  3®  p.  pi.  est  partout  Ti.-e.  -n/i;  là-dessus  6r.  1'  p.  912  sq.^ 
Ehrlich  IF.  Il,  299  sqq. 

12)  De  répoque  indo  européenne  datait  l'opposition  de  Sj 
par  ex.  très  turrès,  dis-tineOy  et  de  -z,  par  ex.  trè-decim,  dï-duco, 
a  dlvo  de  *abz  d-j  ë-do  de  *egz-dô,  tradûco  avec  chute  du  ^ 
d'après  §  291,  2.  dir-imo  comme  ombr.  fondlir-e  'in  *fontulis* 
(§  290,  1),  cf.  dîruo  §  290,  ô.  Sur  la  chute  de  l'indo-européen 
-8  en  passant  par  -z  dans  a-mitto  de  ^aps-m-,  sëvirî  de  sex-v,  etc. 
§  290,  5. 

13)  'S  après  voyelle  dans  les  inscriptions  latines  archaYquea 


288  PHONÉTIQUE 

est  souvent  omis  devant  consoDne  eomme  devant  voyelle.  Souvent 
V.  lat.  -8  devant  consonne  ne  fait  pas  position,  par  ex.  omnibus 
princeps  (dans  un  hexamètre).  Vraisemblablement  -s  à  la  panse 
était  réduit,  à  peu  près  comme  -m  (8),  à  un  phonème  se  rap- 
prochant du  skr.  'h  (§  354,  II,  19);  ce  phonème  pénétra  à  son 
tour  à  Tintérieur  de  la  phrase,  et  s'y  trouva  en  concurrence  avec 
'8  non  affaibli  (et  -z).  Mais  dans  le  beau  langage,  -s  reprit  le 
dessus,  et  empiéta  même  sur  le  domaine  de  Tancien  -z,  par  ex. 
dUdo  (dîdo)y  très  dticës  (cf.  trëdecim). 

Rem.  4.  -r  dans  hanor  (k  côte  de  honds)  etc.  a  été  amené 
par  les  autres  cas  {honôr-is  etc.). 

14)  Si,  par  suite  d'assimilation,  une  géminée  venait  à  se 
produire  en  finale  de  mot,  elle  était,  dès  l'époque  italique  commune, 
simplifiée  à  la  pause  et  devant  consonne  (§  323,  326),  et  cette 
forme  s'étendit  également  devant  voyelle  initiale.  £n  latin  archaï- 
que, la  géminée  était  parfois  encore  conservée  devant  voyelles. 
ess  es  de  *e8si.  mïless  -es  de  *'efs,  os  et  gén.  ossis  (vraisem- 
blablement thème  *08t8').  terr  ter  (cf.  terr-uncius)  de  *^er«,  ager 
de  *agers.  mel  avec  gén.  mellis,  hocc  hoc  de  *hocce  (cf.  hocci- 
ne)  =  *hod  +  ce. 

15)  Assimilation  de  consonnes  finales  avec  consonnes  ini- 
tiales, imminuo  de  *en-m-,  irrumpo  de  *e»-r-,  illigo  de  *enlr, 
hd-quiro  de  ^enqu-,  quotaque  de  *quom-que,  quoniam  de  *quom' 
iam  (§  168,  1,  2.  320,  1);  pellicio  de  *per-l-,  pejjûro  de  *per'i 
(dans  spurius  etc.  ri  d'après  §  152,  3),  possideo  de  *por  s- 
(§  320,  2);  annuo,  arripio,  allicio,  attero  avec  ad-,  surripio 
avec  sub'y  abduco  de  *ap[o]-d-,  suggero  de  *wp[o]-^-,  off^ero  de 
*op[i]-f-j  assero,  affero  avec  ad  (§  320,  3)  ;  differo  de  ^dis-f- 
(§  320,  4,  e).  Par  reformation,  la  consonne  en  question  fut  sou- 
vent réintroduite,  par  ex.  inrumpo,  perjuro. 

16)  L'histoire  de  l'abrègement  des  voyelles  en  syllabe  finale 
est  difficile  à  établir  (exception  faite  du  cas  de  4).  En  premier 
lieu,  la  voyelle  en  syllabe  finale  fut  partout  abrégée  en  latin 
commun  devant  -m  :  ace.  quam,  equam  (osq.  paam),  rem,  fidem 
(nom.  res,  fidës),  sim,  velim  (2^™®  p.  sg.  -î«),  gén.  pi.  Rômdnom 
-um,  duom-vir,  istarum,  (gr.  Ocujv  masc,  skr.  tasûm).  Ailleurs 
agit  alors  la  loi  de  'l'abrègement  iambique'  suivant  laquelle  les 


PHONÉTIQUE   SYNTACTIQUE  289 

suites  de  syllabes  vL  -  et  v^-si  devenaient  ^  ^  et  ww2^;  à  Tinté- 
rieur  des  mots  et  dans  les  groupes  de  mots^  cette  scansion  v^  ^  vS  se 
manifeste  par  des  prosodies  archaïques  comme  vërèbâmini  (à 
côté  de  verëbar),  Clutaeméstra^  juvèntûtis,  ût  hàec  invenianturj 
compëdës  cdgam.  C'est  ainsi  qu'on  a  eu  àmà  câvë  à  côté  de  àma 
càvë  et  déplanta  splendë,  nom.  sg.  bônà  à  côté  de  *bonâ  et  de  *purdy 
pi.  bond  à  côté  de  *bôna  et  de  trlgintaj  dûô  à  côté  de  *dùô  et  octô, 
câlë- facto  à  côté  de  frîgë-facio,  hômô  à  côté  de  hômo  et  orîgô,  lëgô 
à  côté  de  lègô  et  scribOf  sibï  à  côté  de  sibîj  bënë  à  côté  de  *benë  et 
pûrë  (rëd)y  malô  à  côté  de  màlô  et  magnO  (-<5d),  dàtôr  à  côté  de 
dator  et  auctOrj  amôr  -ër  à  côté  de  -Or  -èr  et  de  plantor  planter ^ 
dmàt  'et  à  côté  de  -at  -et  et  de  plantât plantët^  foras  bonds  à  côté 
de  -as  et  de  purasy  forts  bonis  à  côté  de  -îs  et  de  pûriSj  àmds  -es 
à  côté  de  -as  -es  et  de  plantas  plantes^  ëgô  à  côté  de  ëgo,  cë-dô 
à  côté  de  cë-dô,  vîdën  à  côté  de  vîdën  {*vidês-n[e]).  Mais  de 
nombreux  compromis  ont  été  faits^  les  uns  anciens,  les  autres 
plus  récents.  La  brève  est  devenue  régulière  dans  toute  une  série 
de  formes,  par  ex.  au  nom.  sg.  en  -a  (sous  Tinfluence  de  -dm),  au 
pi.  n.  en  -a  (sauf  dans  les  noms  de  nombre  dont  la  forme  se  trou- 
vait alors  figée,  trîginta  etc.),  nom.  sg.  en  -o,  -or,  -er  ^),  -ar,  -al, 
1*'*  p.  sg.  en  -0,  'Or,  -er,  -ar,  3®  p.  sg.  en  -at,  -et,  -it.  La  longue 
au  contraire  Test  devenue  par  ex.  à  Tablatif  en  'ô,  -d  etc., 
2*  p.  sg.  en  -as  etc.,  ace.  pi.  en  -as  etc.  (forme  figée  fords) 
instr.  pi.  en  -îs  (forme  figée  forïs).  Il  est  à  supposer  pourtant 
que,  dans  la  période  archaïque  (un  peu  après  l'époque  de  Plante), 
Tabrègement  devant  -t,  -r,  -Z,  dans  les  formes  polysyllabiques  s'est 
fait  indépendamment  de  l'abrègement  iambique;  en  faveur  de 
cett-e  hypothèse  témoignent  entre  autres  les  neutres  en  -ar,  -al, 
honor  à  côté  de  honôs  etc.,  et  les  quantités  fixes  2®  p.  sg.  -ds  : 
3«  p.  sg.  'dtj  etc. 

Les  brèves  ainsi  obtenues  en  finale  de  mot  pouvaient  subir 
encore  une  autre  réduction,  par  ex.  ut  de  uti  =  utî  (utei),  cauneds 
de  caivë  ne  cas  (1)^  calfado  de  calëf-  (2). 


1)  Dans  les  noms  de  parenté  comme  pater  qui  dès  la  date  la 
plus  ancienne  présentent  seulement  -èr,  la  forme  du  vocatif  (pater  = 
gr.  -néfKp,  (^.  Jùpéter)  peut  avoir  ejLercé  une  influence. 
Bminnami,  Abrégé  de  grunm.  comparée.  19 


290  PHONÉTIQUE 

859.  B)  Commencement  de  mot  dans  la  phrase 
et  an  début  de  la  phrase. 

1)  Ital.  comm.  s-  de  ks-y  ps-,  sub^  ombr.  subray  ital.  comm. 
*[e]Jcs-upo,  cf.  gr.  èE-ûîrepGc.  sentis  :  gr.  Eaîvuj  *je  gratte',  sabu- 
lum  ital.  comm.  ^psaflo-m  :  gr.  ^'â^^oç  'sable'  (§  320,  3,  b). 

2)  Ital.  comm.  %•■  de  dj-.  JoviSj  osq.  luvel  'Jo?i'  :  skr. 
dyaû'S,    V.  §  152,  3. 

3)  r-,  l'  de  j^r-,  î«Z-,  v.  §  158,  1. 

4)  t?-  de  i.-e.  gj«-,  v.  §  233  Rem.  1. 

5)  l  de  ^Z-.  Zâfu«  de  *tlatO'S,  cf.  ^uZf.  Latium  probable- 
ment apparenté  à  Tombr.  T  latte  (gén.). 

6)  m-  de  dm-  :  materiës.    V.  §  327. 

7)  m-,  n-,  Z-,  de  sm-,  «n-,  rf-.    V.  §  290,  3. 

8)  ^  de  pt'.   tUia  :  gr.  irrcXéâ  'orme*,   tisana  emprunté  de 

TTTKJdvri. 

9)  DV-  et  6-  de  i.-e.  dj*-,  par  ex.  dww,  fcw.  V.  §  158, 3,  f. 

10)  stir  se  maintenait  régulièrement  en  commencement  de 
phrase:  stlîs^  stlocus^  stlatta;  de  là  sclr  et  par  dissimilation  slît-, 
V.  §  229,  1 .  336,  4,  a,  p.  A  l'intérieur  de  la  phrase,  stl  devenait 
dans  certaines  conditions  si-,  d'où  (d'après  7)  l-  :  lis,  locus. 
De  même  splendeo  :  lien  de  ^splïhen,  cf.  gr.  (XirXifîv,  skr.  plikân- 
'rate'. 

11)  La  différence  ital.  comm.  Tcn-  :  gn-  apparaît  encore 
dans  cônîveo,  R.  kneiguh-'^  cognôsco  R.  gno  (§  311,  1,  b.  320, 
3,  b.  323).  En  commencement  de  phrase  kn-  est  devenu  gn-  :  y.  lat. 
gnixus.  Au  II*  siècle  av.  J.-C.  gn-  (=  ital.  comm.  kn-  et  (jrw-)  est 
devenu  n-  :  niœus,  nitor,  narro.  Pourtant  gn-  s'est  maintenu  en 
partie  plus  longtemps  sous  l'influence  des  composés  :  gnôsco  nosco 
(cognosco),  gnarus  narus  (ignarus),  gnatus  natus  {cognOtus). 

12)  quid'iam  de  quidjaniy  quoniam  de  *quon'iain  (§  168, 2) 
comme  médius  de*medios  (§  152, 3.  313,  1).  De  même  nunc-iam 
de  nuncjam  (et  non  de  ^nunce-jam  par  suite  du  changement  de 
e  en  t),  tandis  que  etiam  peut  être  *eti+jam.  En  outre  jaml-jam, 
nec\jam.  Cf.  LeoNachr.  d.  gôtt.  6es.  d.  Wiss.  1895, 424 sqq., 
Skutsch  Roman.  Jahresber.  de  Vollmôller  4,  90. 

13)  [e]8t  après  voyelle,  par  ex.  sitast  =  sita  est,  molestust 


PHONÉTIQUE  SYNTACTIQUB  291 

=  molestu[m]  est  (§  358,  8).    V.  Sommer  La  t.  L.  u.  FI.  321  sq. 
Cf.  361,  3. 

Rem.    Sur  i.-e.  ^>  en  lat.  v.  §  158,  3,  g. 

Germanique. 
H60.  A)  Fin  de  mot  dans  la  phrase  et  à  la  pause. 

1)  Dès  l'époque  du  germanique  commun,  dans  une  certaine 
mesure,  élision  de  voyelles  brèves  devant  voyelles,  par  ex.  got. 
fr-et  V.  h.  a.  fr-az  'je  mangeai'  inf .  got.  fra-ïtan  ;  got.  hals-agga 
'nuque',  v.  h.  a.  ein-ougiy  v.  isl.  ein-eygr  'borgne',  got.  nist  'n'est 
pas'  =  ni'ist,  v.  h.  a.  nein  *non'  =  ni  ein^  got.  karist  'cela  cha- 
grine' =  kara  ist^  v.  h.  a.  quimih  'je  viens'  =  quimu  ih.  D'ori- 
gine plus  récente  étaient  des  formes  comme  got.  ga-arman 
^avoir  pitié',  v.  h.  a.  ka-augant  'osteudunt',  got.  gaHuga-apaû- 
Maûlus  faux  apôtre',  v.  h.  a.  sigo-ëra  'honneur  rendu  pour  une 
victoire'. 

2)  Chute  de  voyelles  brèves  en  syllabes  finales  par  suite  de 
«yncope  ou  de  samprasftrana  v.  §  350,  1. 

3)  Dans  les  voyelles  longues  finales  s'est  maintenue  Toppo- 
«ition  indo-européenne  entre  Tintonation  rude  {dj  deux  mores) 
et  rintonation  douce  (dj  trois  mores).  Indépendamment  de  cette 
diversité,  une  voyelle  longue  subsiste  devant  -s,  par  ex.  got.  gibos, 
V.  h.  a.  geba  'dons'  i.-e.  -as,  got.  uoileis  2®  p.  sg.  Velis'  i.-e.  -ts, 
et  dans  les  mots  accentués  monosyllabiques,  par  ex.  goL  so  'celle-ci' 
à  côté  de  giba  i.-e.  -d.  Par  ailleurs  l'abrègement  d'une  more 
s'est  étendu  à  tout  le  domaine  germanique.  De  là  en  gotique  des 
longues  valant  deux  mores  provenant  de  '  par  ex.  dans  hapro  'où' 
i.-e.  ôdj  des  brèves  (valant  une  more)  provenant  de  ^  par  ex.  dans 
gïba  (v.  plus  haut).  En  germanique  occidental  et  septentrional  il  se 
produisit  d'abord  la  même  réduction  qu'en  gotique,  puis  une  se- 
conde. En  germanique  occidental  les  nouvelles  longues  de  deux 
mores  devenaient  brèves  et  subsistaient  comme  telles,  mais,  dans  le 
cas  oti  la  forme  du  germanique  commun  ne  se  terminait  pas  par  -n, 
les  nouvelles  brèves  tombaient,  de  même  que  les  voyelles  brèves  pri- 
mitives, après  syllabe  longue  accentuée,  ou  après  syllabe  inaccen- 
tuée, a)  Longues  d'intonation  douce.  Goi.  hapro,  galeïkOy  y.  \i,2L. 
gilihho  adv.  'également'  :  lit.  tô  'de  celui-ci'  (skr.  tdd).  Got.  rapjo 
'compte'  V.  h. a.  gomo  'homme'  :  lit.  akmû  'pierre',  i.-e.  -^.  Got. 


292  PHONÉTIQUE 

tuggon-o  y.  h.  a.  zungôno  'des  langues^  :  Ht.  dëvH  gr.  6€uiv  ^deomni"^ 
i.  - e.  '&m^  got.  dage  'des  jours'  i.  - e.  -ëm,  b)  Longues  d'intonatioD 
rude.  ^om.  sg.  fém.  got.  gïba  y.  h.  a.  thisu  'cette',  ags.  jie/u  'don', 
mais  y.  h.  a.  &tcoj  'amélioration'  samanunc  'réunion'  :  lit.  gerà  gr. 
eed,  i.-e.  -d.  Nom.  pi  got. jiwfca 'jougs'  (à  côté  Atpo  'ces  choses'), 
y.  h.  a.  thisUj  y.  sax.  fatu  'tonneaux',  mais  y.  h.  a.  wort  (d'après  le- 
quel/iij  etc.)  :  lit.  keturiô-UJca  'quatorze',  i.-e.  -à.  Got.  baira 
y.  h.  a.  biru  'fero'  (d'après  lequel  hilfu  etc.)  :  lit.  sukà  'je  tourne' 
i.-e.  6.  Got.  nasida  'il  sauva',  i.-e.  -é-t.  Got,  frijondi  'amie'  : 
lit.  plati  'large',  i.  -  e.  -t.  Got.  hana^  v.  isl.  hane  coq'  :  gr.  Troifirjv 
'berger',  i.-e.  -en, 

4)  Les  diphtongues  longues  finales  indo-européennes  deye- 
naient,à  lapause et  deyantconsonnes, diphtongues  brèves  (cf.§310),. 
et  se  confondaient  avec  les  diphtongues  brèves  primitives.  Puis -a/. 
-au  sont  devenus  en  germanique  occididental  commun  é,  -o,  valant 
deux  mores,  d'où  plus  tard  -é  -ô  (d'après  3).  Got.  blindai^  v.  h.  a. 
blinte  nom.  pi.  'aveugles',  i.-e.  -oi  (gr.  kqXoi).  Got.  gibai  dat. 'au 
don'i.-e. -éli(gr.  Oeqi).  V.  h.  a.  !<?oZ/e 'au  loup',  i.-e. -ôi(gr.O€tu).  Got. 
ahtaUf  V.  h.  a.  ahto  'huit'  i.-e.  -ou  (gr.  ôktu),  §  146  Rem.).  De 
même,  got.  bairai  v.  h.  a.  bere  3®  p.  sg.  opt.,  i.-e.  -oî-t  (gr.  XeiTToiu 
Cf.  §  349,  8.  Sur  got.  bairada  :  gr.  (péperax  v.  Walde  Ausl. 
55  sq.  —  La  voyelle  de  i.-e.  -èr  a  été  également  abrégée  :  gol. 
fadaVf  V.  h.  a.  fater  =  gr.  TraTrjp. 

6)  Germ.  couim.  -n  de  -m.  -n  =  i.-e.  -«  -m  se  main- 
tenait après  voyelle  brève  accentuée  :  v.  h.  a.  in  (got.  in-a)  'eum'  : 
skr.  im-àmy  i.-e.  Hm.  Ailleurs  -n  est  tombé,  et  ce  probablement 
en  passant  par  le  stade  voyelle  nasalisée,  par  ex.  -an  -a^  -q  -a. 
Got.  haûm,  v.  h.  a.  koruy  nor.  run.  horna  nom.  'corne'  de  *hor- 
na-n  :  cf.  lat.  jugu-m,  v.  §  350, 1.  Got.  tuggon-o  v.  h.  a.  zun- 
gôno gén.  pi.  :  cf.  gr.  Bewv  :  got.  hana  nom.  sg.  :  cf.  gr.  Troiiurjv,  v.  3. 

6)  Vers  l'an  800,  v.  h.  a.  -m  est  devenu  -n,  par  ex.  tagun 
de  to^m:got.  dagam  'aux  jours'. 

7)  I.-e.  -r  (cf.  got.  fcuiar,  4)  tombait  en  vieux kantalkmand 
i^^rès  voyelle  longue  à  la  panse,  par  ex.  da  ^  dur  là'  (dâr-tn). 

8)  Les  occlusives  dentales  indo-européenads  sont  tomJbées^le 
bamie  heure  en  germanique «oombub,  par  ex.  ^ot.  boirai  v.  Ji.a.i«re 
3®  p.  «g.,  de  *bherm4  (4),  goX.  galeiko  v.  h.  a.  gUihho  'également" 


PHONÉTIQUE   SYNTACTIQUB  299 

4e  *'ôd  (3),  got.  berun  v.  h.  a.  barun  'ils  portaicDf,  de  *-i}t. 
Elles  ont  subsisté  en  partie  seulement  dans  les  monosyllabes^  à 
Tintérieur  de  la  phrase,  y.  h.  a.  htoag,  ags.  htoat  ^quoi'  =  lat.  quod 
à  côté  de  got.  ha,  v.  h.  a.  uoeih  'ce  que  je';  v.  h.  a.  da^  ags.  that 
*ce'  (neutre)  =  tdd  à  côté  de  got.  pei  'ôti  (ail.  dass)*  =  ^pa-ei, 
V.  h.  a.  theih  'que  je';  v.  h.  a.  aj,  ags.  œt  'auprès'  =  lat.  ad. 

9)  L'histoire  de  i. -e.  -«,  -z  reste  obscure  sur  des  points 
essentiels,  -z  issu  de  -s  s'est  ajouté  à  i.-e.  -z  d'après  la  loi  de 
Vemer  (§  293),  et  déjà  en  germanique  commun,  -z  doit  s'être  éten- 
du hors  de  ses  limites  anciennes.  En  gotique  -z  apparaît  dans  des 
groupes  comme  haz-uh  {Thas  'qui'),  uoetz-uh  {iceis  'nous'),  wileiz-u 
(wUeis'yeW),  tandis  que  d'autre  part  -z  devenait -«  d'après  10. 
En  norrois  -z  est  devenu  -r  -r,  par  ex.  nor.  run.  pewaR  'serviteur, 
homme'  (gotpius),  v.  isl.  ulfr  'loup'  ulfar  'loups'  (got.  wulfs, 
toulfos).  En  germanique  occidental  des  formes  avec  -r  repré- 
sentent également, un  -z  (cf.  §  293)  :  ir  er  (got.  iz-ei),  toir  (got. 
weiz-uh).  Pourtant  à  côté  de  ces  formes  par  ex.  v.  h.  a.  1"  p. 
pi.  en  -mes  2®  p.  sg.  v.  h.  a.  neritôs,  ags.  neredea,  nom.  pi.  v.  sax. 
dagosj  ags.  dajas.  La  spirante  (probablement  en  tant  que  -z) 
est  tombée  par  ex.  dans  v.  h.  a.  dri  gesti  =  got.  preis  gaMeis, 
V.  h.  a.  8unô  =  got.  sunaus^  v.  h.  a.  sunu  tag  =  got.  sunus  dags. 

Cf.  Walde  Ausl  14.  126  sqq. rz  (et  non  -rz,  v.  §350,  1)  est 

devenu  régulièrement  -r  en  gotique,  par  ex.  wair  'homme'  anpar 
'deuxième'.  Dans  les  adjectifs  monosyllabiques  non  pronominaux 
comme  skeirs  'clair',  hors  'adultère',  -s  a  été  introduit  par  analo- 
gie d'après  blinda  etc.  Une  autre  thèse,  fausse  à  mon  avis,  a 
été  soutenue  par  Grienberger  Un  t.  27,  Kock  KZ  36,  579  sqq.  (oti 
se  trouvent  encore  d'autres  essais  d'explication). 

10)  En  gotique  -/*,  -p,  -«,  de  -8,  -rf,  -z,  par  ex.  gif  y  v.  §  272 
Rem.  1,  et  ri^« 'obscurité'  (gén.  riqizis),  Semblablement  v.  sax. 
^rra/* 'tombe'  (gén.  grabes)  et  m.  h.  a.  hof  (gén.  hoves),  aach  (inf. 
sehen)y  puis  grap,  tac,  pfat  (gén.  grabes ,  toges,  p fades). 

11)  Une  géminée  produite  en  finale  a  été  simplifiée,  v.  §  326. 

12)  En  vieux  haut  allemand  on  a,  par  assimilation  vocali- 
que,  ruarto  mo  de  ruarta  mo  etc.  v.  §  349,  6. 

S61.  B)  Commencement  de  mot  dans  la  phrase  et 
AU  début  de  la  phrase. 


994  PHONÉTIQUE 

1)  Germ.  comm.  s-  de  ks-  (cf.  §271, 1).  6ot.  sauU,  v.  h.  a* 
sûl  'colonne'  :  gr.  ëuXov  'bois,  poutre'.  V.  h.  a.  ^ecIaZ  'habitation': 
skr.  kfiti-s  (§  301,  1).  M.  h.  a.  be'Snoten'mBigre*  y.  isl.  snodenn 
'aux  cheveux  rares'  :  skr.  Jcanu-td-s  'aiguisé'.  —  Germ.  comm» 
si'  de  sklry  V.  §  271,  5. 

2)  Germ.  comm.  6r-,  8Ï-  de  mr-,  mlr,  v.  §  170,  4. 

3)  V.  h.  a.  hUuh  =  hUu  ih  'je  cache',  imos  ==  imo  es  'à  lui 
de  ceci',  santanan  =  santa  inan  '(je)  Tenvoyai'  etc.  cf.  §359, 13. 

y.  h.  a.  tranc  er  nan  ==  inan  etc.  par  suite  de  syncope 
(§  350, 2,  b,  a). 

5)  En  vieux  haut  allemand  chez  Notker,  f-,  k-,  p-  alter- 
nent avec  d-,  g-,  b-  suivant  la  qualité  des  finales  qui  précèdent^ 
par  ex.  ih  tih  en  face  de  in  dih.  V.  Gr.  1'  p.  935  sq.  Jellinek 
Z.  f.  est.  G.  1898,  p.  516. 

6)  Vieux  haut  allemand  tardif  tw-  de  dw'<,  par  ex.  ttoerh 
'oblique'  =  gotpwairhs. 

Slave. 

362.  A)  Fin  de  mot  dans  la  phrase  et  à  la  pause. 

1)  Balto-slavc  commun  -n  de  -m,  v.  §  172,  1. 

2)  Après  la  chute  de  -d  en  slave  commun  (to  de  *tod  etc.) 
*'08j  *-om  se  sont  changés  en  *'Us,  '*um,  sans  égard  pour  la  place 
de  Taccent,  d'où  v.  si.  -w.  V.  Fortunatov  BB.  22,  164,  Bemeker 
KZ.  37,  370  sqq.,  Pedersen  KZ.  38,  321. 

3)  I.-e.  è  en  syllabe  finale  apparaît  tantôt  comme  é^ 
tantôt  comme  i  (la  raison  en  est  obscure),  par  ex.  v.  si.  jesvé 
V^  p.  duel  'tous  deux  nous  sommes',  zemlja  'terre'  de  *zemljé 
(§  308,  2,  e),  mati  'mère'  =  lit.  motë  'femme'.  Sur  balto-slav. 
comm.  'On  v.  5,  6,  b,  a.  p. 

4)  SI.  comm.  oi  en  syllabe  finale  apparaît  tantôt  comme  é^ 
tantôt  comme  %  (la  raison  est  obscure).  V.  si.  loc.  sg.  vlûcéi 
gr.  oTkoi;  nom.  ace.  du.  n.  izè  (de  igo  'iugum')  :  skr.  yugé  i.-e. 
'Oi\  tebé  'à  toi'  de  *tebhoi  (atone  ti  =  gr.  toi);  nom.  ace.  du.  fém. 
rqcé  (de  rqka  'main')  :  skr.  dçve,  i.-e.  -ai;  védé  'je  sais'  :  skr.  tu- 
tudé  i.-e. -ai  (cf.  §  348, 1,  3,  a).  Nom.  pi.  vlûci  :  gr.  Xukoi;  2^ 
3®  p.  sg.  imp.  (opt.)  beri  (de  berq  'coUigo')  :  gr.  q>ëpoiç  -oi  ;  dat. 
sg.  synov'i  (de  synû  'fils')  :  skr.  «ûndtve,  i.-e.  -ai. 


PHONËTIQUB  8YNTACTIQUB  295 

5)  En  8laye  commun  abrègement  de  la  voyelle  longue 
devant  -j,  -n,  quand  il  s'agit  d'une  intonation  douce  primitive. 
Dat.  8g.  rc^cé  de  -ai  :  gr.  6€$.  6én.  pi.  vlûkû  de  -on  (2)  ancien- 
nement 'un  (6,  b;  a)  :  gr.  ôediv.  Semblablement  loc.  sg.  synu 
(-ti  de  -ou  §  145)  =  skr.  sûnaû.  Cf.  6. 

6)  -n  (1)  ne  s'est  maintenu  que  dans  des  groupes  étroite- 
ment unis  comme  vân  emZ/q  'je  prends",  su  njimî  (§  172,  1). 
Ailleurs,  tantôt  il  s'est  conservé  dans  la  nasalisation  de  la  voyelle 
précédente,  par  ex.  ace.  :  rqkq,  tantôt  il  est  tout  à  fait  tombé, 
par  ex.  ace.  gostï,  a)  Après  voyelle  brève  primitive  -n  est 
tombé  (à  la  pause)  :  ace.  gosti  'hôte'  :  skr.  âm-m  ;  ace.  aynû  : 
skr.  8ûnû'm\  Jcamen-î  'pierre'  :  gr  dK|Liov-a,  i.-e.  -ip  (§  196,  1); 
-o  et  'û  de  -on,  v.  2.  —  b)  Après  voyelle  longue  a)  quand  il  s'agissait 
d'une  intonation  douce  primitive,  il  y  a  eu  abrègement  de  la  voy- 
elle et  chute  de  -n  (comme  dans  a)  :  gén.  pi.  vlûJcû  de  -on^  i.-e. 
'ùi^  :  gr.  6€(î»v.  p)  Quand  il  s'agissait  d'une  intonation  rude  pri- 
mitive, '6n  est  devenu  -y  en  passant  par  -An,  -tf  :  kamy  'pierre': 
cf.  gr.fiT^MiOv;  -an  est  devenu  -q  en  passant  par  -on  :  ace.  rqfi:q: 
cf.  gr.  ôedv  ;  -en  est  devenu  -ç  :  sém^  'semen'. 

7)  'ty  'd  tombaient.  3®  p.  sg.  beri  :  lit.  te-veàë,  gr.  (pëpoi,  skr. 
bhdre-t  (4);  3®  p.  sg.  teée,  3*  p.  pi.  tekq  :  cf.  skr.  dbkara-t 
â-bhoran,  i.-e.  -e-t  -o-nt  Gén.  vlûka  :  lit.  vûko,  skr.  vfkad\  to 
'ceci'  :  skr.  tdd.  La  chute  du  -t  n'était  pas  balto-slave  commune, 
comme  le  montre  la  3*  p.  pi.  en  -q  =  -ont  et  -ç  =  -nt  (cf.  6.  a). 

8)  '8  tombait,  régulièrement  d'abord  à  la  pause,  vlûkûj 
synû  :  lit.  vilkas,  mnùs^  aynov-e  '(les)  fils'  :  skr.  sûndv-as.  nébo 
nom.  'ciel'  :  gr.  vëcpoç.  2®  p;  sg.  teée  :  gr.  Icpepcç.  2«  3«  p.  sg. 
de  l'aoriste  en  s  de  ëd-  'manger'  iz-é  de  ^-ëts-Sf  ^-èts-t  (l**"® 
pers.  sg.jasû  =  *ët8om). 

9)  En  slave  commun,  des  voyelles  brèves  devant  -ns  se  sont 
allongées.  A  l'accusatif  pluriel  -ons  -iens  (§  308, 2,  d)  ont  passé  à 
-ç«,  $«,  puis  à  -y y  -;ç  :  vlûky,  konj^'^  de  même  vy  'vos'  =  v.  pruss. 
wans,  rqky  de  rqka,  gosti  tri  syny  =  got.  gastinsprins  sununs, 
et  kamen-i  =  lit.  âkmen-is  gr.  -aç.  bery  'colligens'  znaj^  'noscens' 
(gén.  berqSta  znajqita)  de  -on[^]-«.  Sur  la  disparition  totale  de 
la  nasale  dans  -t,  -y  cf.  §  172,  2. 


296  PHONÉTIQUE 

363«  B)  Commencement  de  mot  dans  la  phrase 
et  au  début  de  la  phrase. 

1)  En  commencement  de  phrase  je-,  "^jé-ja-  (§  308,  2,  e), 
jç-,  *ji'  i'  (3)  de  e-,  é-,  ç-,  ï-;  ce  qui  a  été  transporté  en  partie  à 
rintérieur  de  la  phrase,  jestû  'est'  :  lit.  ëati,  cf.  néêtû  §  306 
p.  219  \jeinljq  'je  prends',  mais  vîn-emljq.  jastû  'il  mange',  mais 
iz-éstû  :  lit.  ësti.  jqti  'prendre*  :  lit.  irhti  ;  j^tro  'foie'  :  gr.  èvrepa. 
imq  indicatif  de  j^tiy  mais  iz-îmq  :  lit.  imù, 

2)  De  même  tn*-,  vy-  de  m-,  y-,   vâpêfi  'appeler',  mais  vûz- 

ûpiti\  î?tt-^orô 'deuxième' :  skr.  u-bhaû  'les  deux';  vïn-  tnE'dans' 

=  on-  §  362  Rem.    vyknqti  'apprendre',  cf.  uéiti  'enseigner'  ; 

vydra  'loutre'  :  lit.  ûdra. 

Rem.  1.  Sur  d'autres  cas,  qui  en  partie  ne  sont  qu'apparents, 
de  J-  V'  prothétiques,  v.  Gr.  1*  p.  943,  Leskien  Handb.*  27,  Von- 
dràk  A  ksi.  G  r.  100  sq.,  Uhlenbeck  PBS.  Beitr.  23,  239  sq.,  Berneker 
IF.  10,  156  sq.,  Meillet  Mém.  11,  185. 

8)  i-  de  jï-,   lie  'qui'  (-f «  particule),  cf.  dobrû-jî  'le  bon'. 

igo  'joug'  de  *jîgo,  anciennement  *jûgo  (§  308,  2,  d)  :  lat.  jugum 

(§  302). 

Rem.  2.  Le  traitement  de  oi-  est  controversé,  inû  *unus'  = 
lit.  vënas  et  iskati  'chercher'  =  lit.  jëszkôti  sont  suspects  d*être  em- 
pruntés au  germanique.  V.  Gr.  1*  p.  943  sq.,  Wiedemann  Lit. 
Centr.-Bl.  1898  Col.  810,  Meillet  Mém.  11,  185. 


REMARQUES   PRÉLIMINAIRES  297 


Étude  des  formes  et  de  leur  emploi. 


Remarques  prélimlnaireH. 

864.  Phrase  et  mot.  On  ne  réussit  jamais  que  d'une 
manière  très  imparfaite  à  décomposer  une  phrase  en  ces  groupes 
phonétiques  significatifs,  susceptibles  de  se  rencontrer,  non  seule- 
ment dans  cette  phrase,  mais  dans  d'autres,  et  d'entrer  en  des  combi- 
naisons indéfiniment  variables,  qu'on  appelle 'mots'.  Les  hommes 
n'ont  pas  commencé  à  parler  par  mots,  mais  par  phrases;  ou  du 
moins  on  n'a  parlé  par  mots  que  dans  la  mesure  où  les  formations 
linguistiques  de  l'époque  historique,  que  nous  appelons  mots,  ont 
en  partie  fait  originairement  fonction  de  phrases;  et  aujourd'hui 
encore  il  n'y  a  régulièrement  dans  le  langage  normal  de  vraie 
coupure,  de  vraie  séparation  qu'à  la  fin  d'une  phrase.  La  sépara- 
tion des  mots,  telle  que  nous  l'établissons  dans  l'écriture,  et  par 
laquelle  nous  décomposons  une  phrase  en  un  certain  nombre  de 
groupes  sonores,  est  dans  la  plupart  des  cas  arbitraire  et  pure- 
ment conventionnelle.  Ainsi  la  phrase  frç.  je  mets  le  pot-au-feu 
se  décompose  à  volonté  soit  en  six  mots  {Je  meta  le  pot  au  feu) 
soit  en  quatre  (je  mets  le  pot-au-feu).  Les  sujets  parlants  sont 
souvent  en  désaccord  avec  les  grammairiens  sur  la  façon  de 
décomposer  les  phrases.  D'une  part  il  y  a  tel  élément  auquel  le 
grammairien  n'attribue  que  la  valeur  d'un  fragment  de  mot,  et 
que  le  sujet  parlant  traite  cependant  comme  ce  qui  pour  le  gram- 
mairien est  un  mot:  ainsi  ital.  quanto  siete  acciol  d'après  vec- 
chiaccio,  grandaccio  etc.,  ang.  the  teens  ('les  années  entre  12 
et  20')  d'après  thirteen  etc.,  skr.  samgacchanti  tardm  'ils  se  rap- 
prochent davantage'  pom  samtaram  gacchanti  (cf.  aussi  §351, 5). 
D'autre  part  malgré  la  discontinuité  dans  l'émission  phonétique,  frç. 
ne  pas  àasïB  jenedonnepas,  ail.  wenn  gleich  dans  wennichgleich- 


298  MORPHOLOQIB 

schreie  ne  sont  essentiellement  que  ce  qne  les  grammairiens 
appellent  dans  d'antres  cas  des  composés,  et  dès  lors  chacun  un 
mot  unique  (§  366,  2).  De  là  vient  que  ce  qu'on  appelle  Tétude 
de  la  formation  des  mots  (morphologie)  ne  peut  se  séparer  absolu- 
ment de  l'étude  des  la  liaison  des  mots  et  de  la  phrase,  quelle  que 
soit  la  définition  que  Ton  donne  de  Tune  et  de  Tautre. 

Si  malgré  cela  nous  maintenons  dans  Texposé  qui  suit  Toppo- 
sition  du  'mot',  d'une  part,  et  du  'groupement  de  mots'  et  de  la 
phrase,  d'autre  part,  cela  vient  du  grand  avantage  que  présente 
cette  opposition  au  point  de  vue  de  l'intelligibilité  et  de  la  clarté. 
Seul  un  livre,  qui  disposerait  de  plus  de  place  qne  celui-ci  pour 
rendre  compte  des  particularités  pourrait  dès  aigourd'hui  rompre 
avec  une  tradition  que  les  faits  acquis  par  la  psychologie  du  lan- 
gage ne  légitiment  plus  suffisamment. 

865.  La  structure  des  formes  indo-européennes 
est  très  variée.  Beaucoup  constituent  un  élément  de  la  phrase 
qui  apparaît  comme  décomposable  à  son  tour  en  deux  on  plusieurs 
mots,  parce  que  les  parties  en  question  se  présentent,  elles  aussi, 
dans  la  phrase,  comme  des  touts,  en  des  groupements  divers, 
par  ex.  portefaix^  hôtel-dieu^  surmontery  orfèvre.  De  tels  mots 
s'appellent  composés.  Parfois  c'est  le  même  mot,  qui,  répété, 
forme  un  mot  unique,  par  ex.  v.  h.  a.  selbselbo,  gr.  aCrauroç  'ip- 
sissimus'  :  ces  cas  relèvent  des  réduplications. 

Tout  ce  qui  n'est  pas  décomposable  suivant  Tun  de  ces 
deux  procédés  s'appelle  mot  simple.  Certains  de  ces  mots  sont 
des  éléments  absolument  simples,  et  ne  se  laissent  décomposer 
que  dans  la  mesure  où  il  est  possible  d'y  distinguer  divers  mouve- 
ments articulatoires  qui  se  succèdent,  par  ex.  frç.  qui,  moi,  sur.  Mais 
dans  la  plupart  des  cas,  en  raison  de  leur  identité  partielle  avec 
d'autres  formes,  identité  portant  autant  sur  les  sons  que  sur  la  signi- 
fication, il  est  possible  d'y  distinguer  deux  sortes  d'éléments:  d'une 
part  certains  groupes  articulatoires  dont  la  partie  essentielle  est 
caractéristique  du  concept  qui  se  retrouve  constamment  dans 
toute  une  catégorie  de  mots;  d'autre  part  certains  groupes  arti- 
culatoires qui  sont  accessoires  et  servent  seulement  à  modifier  de 
telle  ou  telle  manière  le  concept  essentiel  dans  ces  mots  comme 
ils  le  font  aussi  dans  d'autres  formes. 


RBMARQUB8   PRÉLIMINAIRBS  299 

Le  premier  élément  s'appelle  racine  (R.)>  P^r  ex.  ten- 
dans  (tu)  tensy  tenir,  tenue.  En  règle  générale  on  pose  les  racines 
des  mots  sons  leur  aspect  indo-enropéen,  et  Ton  parle  ainsi  dan& 
le  cas  qui  nous  occupe  de  R.  ten-,  La  racine  ne  représente  rien 
de  plus  que  Tidée  que  nous  nous  formons  sur  la  partie  d'un  mot 
indo-européen  où  les  sujets  parlants  voyaient  Télémeut  central 
de  la  signification^).  Quant  à  la  manière  dont  la  forme  indo- 
européenne en  question  s'est  créée  et  à  sa  préhistoire^  la  sépara- 
tion de  la  racine  ne  nous  en  apprend  rien.  Souvent  ce  qui;  à  l'épo- 
que historique,  apparaît  comme  une  forme  simple,  repose  sur  un 
groupement  de  mots  tel  que  celui  que  révèlent  par  ex.  licouy 
hôtéirdieuj  or,  il  est  possible  que  beaucoup  de  formes  simples  de 
l'indo-européen  soient  de  la  même  manière  sorties  de  'composés*; 
et  ainsi  les  racines  sous  la  forme  restituable  d'après  leurs  aspect» 
à  l'époque  historique  on  sous  une  forme  ancienne  semblable  peu- 
vent avoir  été  en  partie  autrefois  des  'mots',  puisqu'aussi  bien  on 
a  créé  de  tout  temps  des  'mots'  et  non  des  racines.  Cependant 
cette  supposition  ne  vaut  qu'en  principe  ;  dans  un  cas  donné  isolé- 
ment, on  n'a  jamais  le  droit  d'interpréter  une  racine  comme  étant 
primitivement  un  mot.  L'expression  que  l'on  s'est  mis  récemment 
à  employer  pour  ou  à  côté  de  celle  de  racine,  celle  de  base,, 
pourra  être  appliquée  de  préférence  aux  parties  de  mots  qui 
constituent,. par  rapport  aux  alternances,  une  unité  donnée  ou 
restituée  par  hypothèse;  parmi  ces  bases  d'ailleurs  il  faut  poser 
des  bases  suffixales  aussi  bien  que  des  bases  radicales  (§211). 

D'autre  part  les  groupes  articulatoires  qu'une  forme  contient 
à  côté  de  la  partie  qui  constitue  la  racine  et  qui  porte  le  sen» 
fondamental  existent  dans  d'autres  mots  encore,  et  même  géné- 

1)  Cette  façon  de  donner  aux  racines  Taspect  indo-européen 
entraîne  une  représentation  en  partie  inexacte  des  faits,  en  ce  sens 
qu'il  nous  faut  souvent,  pour  des  mots  qui  ne  sont  attestés  que 
sur  une  petite  partie  du  domaine  indo-européen,  rester  indécis  sur 
le  point  de  savoir  s'ils  existaient  déjà  à  l'époque  indo-européenne 
sous  l'aspect  que  présente  leur  élément  essentiel.  Que  la  'création 
de  racines'  n'ait  jamais  complètement  cessé,  c'est  ce  qu'attestent 
par  ex.  un  grand  nombre  de  représentations  interjectives,  qui  ne  se 
sont  introduites  dans  la  morphologie  qu'après  la  séparation  de» 
langues. 


•300  MORPHOLOGIE 

ralement  dans  un  très  grand  nombre  de  mots  à  la  fois  où  ils  ser- 
vent a  modifier  d'une  manière  identique  on  analogue  ou  parfois 
même  très  différente  le  sens  de  la  racine,  par  ex.  frç.part'éf 
pos'é  etc.;  com-porter^  com-poser  etc.;  gr.  ?-<p€pov,   ?-X€ittov 
etc.    La  grammaire  les  désigne  sous  le  nom  d'af fixes  et  en 
outre,  d'après  leur  position  relativement  à  la  racine,  par  les  termes 
de  suffixes  ou  de  préfixes.    Parmi  les  suffixes,  on  distingue 
les  suffixes  de  thèmes  (suffixes  proprement  dits)  et  les  suf- 
fixes flexionnels  ou  désinences  (désinences  casnelles  et 
personnelles)  :  par  ex.  dans  *p9'ter'es  'pères',  skr.  pi-tàr-asy  gr. 
Tra-Tëp-€ç,  'ter-  est  un  suffixe  de  thème  nominal,  -es  une  désinence 
<;asuelle;  dans  ♦gfl^-«Â;e-^«  'allez!',  skr.  gd-ccha-ta,  gr.  P(4-(Tk€-t€, 
'sice-  est  le  suffixe  de  thème  de  présent,  -te  une  désinence  per- 
sonnelle.   En  outre  on  appelle  infixe  l'élément  i.-e.  -ne-,  -n-,  de 
skr.  yundJc'ti  *jungit',  3®  pi.  yuûj-dnti  l&t.jungunt  (cf.  skr.  yu- 
gà-TUy  Idit,  jugu-m)  etc.,  parce  qu'il  s'insère  à  Tintérieur  de  la 
partie  du  mot  qui  présente  l'élément  essentiel.    Ces  désignations 
impliquent  toutes  l'hypothèse  que  les  parties  de  mot  dont  il  s'agit 
auraient  eu  jadis  une  certaine  indépendance  du  même  genre  que 
celle  des  éléments  de  composés  comme  par  ex.  hôtel-dieu.    Cette 
hypothèse  se  trouve  vérifiée  en  général  pour  les  préfixes.    Mais 
il  n'y  a  qu'un  petit  nombre  de  suffixes,  et  encore  à  vrai  dire 
presque  uniquement  de  suffixes  attestés  dans  certaines  langues 
isolément  et  non  de  suffixes  indo-européens  communs,  pour  les- 
quels on  puisse  vraiment  prouver  que  la  forme  sons  laquelle 
nous  les  isolons  des  mots  où  ils  se  trouvent  ait  jamais  été  un 
mot;  par  ex.  pour  -ment  dans  bonne-ment,  originairement  'dans 
nue  bonne  pensée,   d'une  bonne  façon'  (lat.  mente  d'où  sort 
frç.  -ment  est  un  mot  isolé);  de  même  pour  ail.  -heit  dans  schôn- 
heity   primitivement  'belle  façon'   (v.  h.  a.  et  m.  h.  a.  heit  est 
encore  un  mot  indépendant).    Pour  presque  aucun  des  suffixes 
indo-européens  nous  n'avons  le  droit  de  considérer  les  séparations 
<iue  l'analyse  établit  à  l'intérieur  du  mot  comme  des  points  de 
soudure  et  par  conséquent  comme  des  limites  de  mots  primi- 
tifs:  en  effet  l'étymologie  ne  parvient  pas  à  en  déterminer  l'ori- 
gine, et  il  serait  inadmissible,  pour  bien  des  raisons,  d'étendre  à 
tous  les  cas  les  remarques  faites  sur  des  cas  comme  schôn-heit, 


REMARQUES   PRÉLIMINAIRES  301 

bonne-ment.  Il  n'y  a  que  peu  de  suffixes  iDdo-européens  qur 
ne  présentent  pas  au  point  de  vue  étymologique  une  obscurité 
désespérante;  par  ex.  il  se  peut  que  le  -i  du  loc.  sg.  (skr.  nav-i, 
gr.  vn-i  'in  nave*)  ait  été  identique  à  la  pai*ticule  démonstrative 
de  osq.  tz-i-c  'is',  gr.  oÙTOcrf  'hic'  (§  822).  Nous  nous  trouvons^ 
le  plus  souvent  dans  la  même  position  à  Tégard  des  suffixes 
qu'à  regard  des  parties  de  mot  appelées  racines.  Le  suffixe  n'est 
pour  le  linguiste  rien  de  plus  qu'un  élément  de  la  représentation 
du  mot,  notamment  la  partie  du  mot  qui  modifie  en  quelque 
manière  la  signification  de  la  racine,  et  dont  le  sens  ne  peut  être 
pour  la  conscience  une  représentation  réelle  qu'autant  qu'il  est 
uni  aux  autreÀ  éléments  essentiels  du  mot.  Un  grand  nombre  de 
suffixes  indo  européens  ont  pu  être  des  mots  jadis  isolés,  il  n  y  a 
pas  à  cela  d'invraisemblance  de  principe,  mais  nous  ne  saurions 
aller  plus  loin  que  cette  constatation.  Si  on  affirmait  le  fait  d'un 
cas  particulier,  on  pourrait  facilement  à  chaque  fois  tomber  dans 
Terreur.  Comme  pour  presque  tous  les  suffixes  indo-européens, 
l'origine  de  ce  qu'on  appelle  l'infixé  nasal  est  complètement 
obscure  (cf.  §  366  Rem.,  §  665  Rem.).  Dans  ces  conditions,  il 
est  à  propos,  pour  écarter  toute  conception  fausse  ^),  d'éviter  ab- 
solument l'expression  de  suffixe,  ou  au  moins  de  la  restreindre 
aux  cas  clairs  comme  ceux  de  bonne-mentf  schôn-heit  Un  nom 
qui,  sans  méprise  possible,  convient  à  tous  les  cas  où  l'on  parlait 
jusqu'ici  de  suffixes,  et  qui  peut  s'appliquer  aussi  à  tous  les 
affixes,  aux  infixes,  comme  aussi  aux  déterminatifs  de  racines 
(§  367)  est  celui  de  morphème.  Je  m'en  servirai  dans  la  suite 
(cf.  IF.  14,  1  sqq.). 

Une  valeur  significative  pareille  à  celle  des  morphèmes 
appartient  aussi  assez  souvent  à  des  éléments  phonétiques  qui 
font  partie  de  la  racine  elle-même;  ainsi  gr.  XeiTTuj^ev  :  Xi7ru)|i€v 


1)  C'est  ainsi  eucore  que  l'on  a  jusque  dans  les  dernières 
années  prêté  à  des  savants,  qui  parlent  par  ex.  des  'suffis  es*  -o-. 
ou  'é-,  'à-,  l'opinion  que  ces  éléments  auraient  été  jadis  des  mots 
indépendants  du  genre  de  -heit  dans  schôn-heity  quoique  ces 
savants  eussent  depuis  longtemps  et  à  plusieurs  reprises  insisté  sur 
oe  point  q««  le  >mode  âe  âév«l0ppemeiit  de  ces  élémente  de  for- 
BBtiaii  était  tent-à-fait  cd>8evr. 


302  MORPHOLOGIE 

{différence  dans  Taspect  verbal),  frç.  je  fais  :  je  fis  (différence 
temporelle).  Il  ressort  de  là  que  les  éléments  phonétiques  de  la 
racine  variaient  de  bonne  heure  phonétiquement  à  l'intérieur  d'un 
groupe  de  formes  étymologiquement  parentes,  en  particulier  sons 
Taction  des  lois  qui  ont  créé  les  alternances  indo-européennes 
<§  210  sqq.).  Ces  différences  devaient  servir  à  la  différenciation 
des  significations  des  formes  apparentées.    Cf.  §  366,  8. 

Comme  le  mot  doit  toujours  être  tenu  pour  un  fragment  de 
la  phrase,  il  faut  faire  encore  une  dernière  observation.  S'il  y  a 
des  mots  qui  consistent  uniquement  en  une  racine,  non  accom- 
pagnée de  morphèmes  (p.  298),  il  y  a  aussi  des  mots  qui  dans 
une  certaine  mesure  ne  sont  que  des  morphèmes.  Ce  sont  les 
particules  abstraites,  comme  par  ex.  gr.  ôv,  eïGe.  Elles  n'expri- 
ment pas  un  concept  qui  puisse  se  représenter  isolément,  mais 
uniquement  une  relation  indéfinie,  que  l'on  ne  peut  se  représenter 
que  dans  la  phrase.  Isolées  de  la  phrase,  tout  comme  les  mor- 
phèmes enlevés  aux  mots,  elles  n'éveillent,  outre  la  représentation 
phonétique,  que  certaines  représentations  abstraites  qui  résultent 
des  sons  constamment  unis  à  elles  d^ns  le  langage,  âv  par  ex. 
n'éveillait  dans  la  grécité  historique  que  des  représentations 
semblables  à  celles  des  éléments  caractéristiques  des  formes 
optatives  ou  subjonctives,  et  se  trouvait,  dans  des  groupes  tels 
que  ftwKa  ôv  'j'aurais  donné',  porter  seul  la  représentation 
*optative'  (§  766).  ftujKa  fiv  a  été  formé  sur  un  plus  ancien 
ho\r\v  fiv,  comme,  par  exemple,  de  TéOvriKa  'je  suis  mort'  on  a 
iîréé  le  futur  T€9vr|Euj. 

366.  Principaux  motifs  et  principaux  modes  de 
la  formation  des  mots  dans  les  langues  indo-euro- 
péennes. Les  plus  anciennes  périodes  de  l'indo-européen 
pendant  lesquelles  nos  langues  ont  pris  essentiellement  l'aspect 
qu'elles  présentent  encore  aujourd'hui  restent  pour  nous  obscures^. 
Par  suite  on  ne  peut  considérer  ici  que  certains  procédés  qui 
président  à  la  production  des  formes  et  que  nous  pouvons  con^ 
«tater  dans  le  domaine  de  l'évolution  linguistique  pour  nous  obser- 
vable. On  peut  cependant  supposer  en  toute  assurance  que  ces 
procédés  jouaient  dès  les  époques  primitives  un  rôle  assez  im- 
portant.   Cette  supposition  trouve  un  appui  dans  ce  fait  que 


REMARQUES   PRÉLIMINAIRES  303 

tons  ces  procédés  se  retrouvent,  on  absolument  pareils,  ou  au 
moins  sous  une  forme  analogue,  en  dehors  de  l'indo-européen. 

1)  Redoublement.  Trois  motifs  ressortent  particulière- 
ment. D'abord  donnent  lieu  à  la  répétition  des  phonèmes  les  im- 
pressions sonores  qui  ont  coutume  de  se  répéter  d'après  la  réalité 
de  leur  objet,  par  ex.  gr.  irniTriZu)  'je  piaule',  lat.  pip{i)arey  pipi- 
larey  skr.  pippïJca-s,  nom  d'oiseau,  gr.  ÔXoXuZuj  'je  me  lamente', 
lat.  ululare,  skr.  ululi-s  'ulnlatus*.  En  second  lieu  on  répète 
quand  il  s'agit  d'exprimer  dans  un  cas  déterminé  Texistence 
multiple  d'un  objet,  une  continuation,  une  progression  constante, 
etc.,  par  ex.  skr.  dàme-dame  'dans  chaque  maison,  maison  par 
maison',  lat.  quis-quis  'chaque  fois  celui  qui',  skr.  prd-pra,  gr. 
irpo-irpô  (TrpoirpoKuXivbàfxevoç)  'en  avançant  toujours,  continuelle- 
ment', skr.  uttarottara-m  'toujours  plus  haut'.  Un  troisième  cas 
est  celui  où  un  sentiment  vif  du  sujet  parlant  attribue  à  un  concept 
une  signification  particulièrement  importante,  par  ex.  skr.  priyàs- 
priyas  'très  cher',  lat.  më  më  'moi  précisément*,  y.  h.  a.  selbsélho 
'idem  ipse',  f rç.  pauvre^  pauvre  enfanty  viens,  viens.  Les  limites 
entre  ces  groupes  sont  naturellement  fuyantes,  comme  on  le  voit 
dans  les  verbes  qui  composent  la  classe  dite  des  intensifs  (par  ex. 
gr.  -xap-faipii),  v.  §  624,  III),  à  laquelle  participe  chacune  des  trois 
catégories. 

Dès  l'indo-européen  existait  à  côté  de  la  réduplication  com- 
plète une  simple  indication  de  redoublement,  par  ex.  *de'dorke 
'il  jette  des  regards  sur  quelque  chose'  (skr.  dadârça,  gr.  bëbopKe). 
C'est  surtout  dans  ce  mode  de  redoublement  que  Tun  des  deux  grou- 
pes sonores  redoublés,  ordinairement  le  premier,  est  souvent  devenu 
un  simple  morphème.  Il  servait  dans  le  verbe  d'abord  à  exprimer 
un  certain  mode  d'action  (répétition,  etc.),  et  devint  postérieure- 
ment aussi  un  moyen  de  différenciation  des  temps  (§  622  sqq.). 

2)  Composition:  union  de  mots  et  combinaison  de 
mots  en  un  mot.  —  Le  principe  de  l'existence  de  la  composition 
consiste  en  ce  que  la  signification  de  mots  qui  dans  la  phrase  for- 
ment un  groupe  syntaxique  spécialement  étroit  sont  modifiés  de 
telle  sorte  que  ce  groupe  devient  l'expression  conventionelle  d'une 
représentation  d'ensemble  relativement  simple.  Cette  repré- 
sentation ne  recouvre  plus  exactement  le  sens  qui  résulte  du 


304  MORPHOLOGIE 

rapport  des  représentations  coiTespondant  à  chacun  des  mots,  il 
s'est  produit  un  enrichissement  du  sens,  qui  répond  à  un  rétrécis- 
sement de  Textension  de  la  signification,  on  bien  l'emploi  est  de- 
venu métaphorique.  C'est  ainsi  qu'en  français  par  ex.,  betteravey 
eau'de-mej  Cheval  blanc  sont  devenus  des 'composés'  parce  qu'ils 
sont  les  noms  d'un  certain  végétal,  d'un  certain  liquide,  de  certaines 
auberges.  Diverses  circonstances  peuvent  renforcer  l'union,  par  ex. 
le  fait  que  les  parties  composantes  reçoivent  un  accent  principal 
commun,  comme  f rç.  betterave  eau-de-vie,  gr.  Trâai-qpiXoç  =  irctai 
(piXoç  'cher  à  tous*;  ou  le  fait  qu'un  des  éléments  change  son 
sens  ailleurs  que  dans  ce  composé,  comme  frç.  couvre-chef  ^u  re- 
gard de  chef,  gr.  èK-Xe'TUJ  'eligo"  à  côté  de  Xétu)  'dico'.  Deux 
mots  qui  s'unissent  dans  la  phrase  au  point  de  vue  du  sens  n'ont 
pas  besoin  pour  cela  d'être  en  contact  immédiat  :  ainsi  les  com- 
posés verbaux  comme  hom.  ouç  ttot'  àir'  Alveiav  éXofir]  v  'que  j'ai 
jadis  enlevés  à  Enée'  (0  108),  v.  lat.  ob  vos  sacro  =  obsecro 
vos,  skr.  vi  no  dhehi  'octroie-nous',  ail.  'er  kauft  mir  etwas  ab^ 
'il  m'achète  quelque  chose';  lat.  jusque  jurandum,  frç.  je  ne 
donne  pas '^  allemand  (Luther)  wenn  ich  gleich  schreie.  On  peut 
d'après  cela  distinguer  les  composés  à  contact  et  les  com- 
posés à  distance.  Souvent  cette  dernière  position  des  éléments  de 
la  phrase  exprimant  un  sens  unique  a  été  abandonnée  avec  le 
temps,  ainsi  latin  classique  uniquement  obsecro  vos,  en  ancien 
latin  aussi  ob  vos  sacro.  Ce  fait  même  que  le  contact  immédiat 
devient  la  règle  contribue  à  renforcer  l'unité  du  composé.  —  De 
la  combinaison  de  mots  il  faut  distinguer  un  procédé  que  j  ap- 
pelle groupement  de  mots.  Souvent  deux  mots  se  trouvent  dans  la 
phrase  en  contact  habituel,  sans  qu'au  rapport  syntactique  se  soit 
ajoutée  une  union  sémantique  spéciale.  Dans  ce  cas  un  mot 
est  toujours  enclitique,  ou  proclitique  par  rapport  à  l'autre.  Par 
ex.  *que  'et'  (skr.  ca,  gr.  t€,  etc.)  dans  skr.  dçoaç  ca  'equos-que' 
etc.  *de  'vers'  (gr.  be,  zd  da)  dans  hom.  oTkôv  be  etc.,  zd  va£s- 
m9n'da  'à  la  maison'  (avec  mouvement),  *é  ('alors,  jadis'  uu,  avec 
un  sens  analogue,  augment)  dans  skr.  d-bhoram,  gr.  è-q>€pov 
'je  portais'.  La  fusion  devient  plus  étroite  quand  il  s'ajoute 
des  changements  phonétiques  qui  tendent  encore  à  isoler  le 
groupe,  oomme  4ans  att.  'AOif^vôIe  de  *Aôavav7/*b€  (§  166,  2), 


lŒ  M  ARQUES    PKÉLIMINAIRER  305 

vilebrequin  pour  vire-,  ail.  dran  pour  dardn.  A  ce  contact 
et  à  cette  fnsion  peut  encore  se  joindre  l'unification  du  sens. 
Elle  se  voit  par  ex.  dans  le  cas  où  Tun  des  mots  est  remplacé 
hors  de  ce  groupe  par  un  autre  de  même  signification  on  qu'il 
s'établit  une  autre  manière  d'exprimer  la  même  chose.  Ainsi 
il  arrive  souvent  que  certains  de  ces  groupes,  par  suite  de  cette 
unité  sémantique,  restent  épargnés  par  ces  innovations;  par  ex. 
lat.  nescio  a  subsisté,  tandis  que  ne-  accompagnant  le  verbe  a  été 
ailleurs  éliminé  au  profit  de  non  (§  819,  1  ). 

Ainsi  ce  qu'on  a  coutume  d'appeler  composition  comprend 
deux  choses.  La  plus  essentielle  est  toujours  la  combinaison 
de  mots*). 

Si  Tun  des  deux  termes  d'un  composé  a  une  signification 
générale  et  abstraite,  lui  permettant  de  s'unir  dans  les  mêmes 
conditions  et  en  même  temps  à  un  grand  nombre  de  mots  qui  con- 
servent leur  valeur  étymologique  d'une  façon  claire,  ce  terme  à 
sens  général  devient  ordinairement  un  morphème  plus  ou  moins 

1)  Dans  les  Ber.  d.  sRchs.  Ges.  der  Wissensch.  1900. 
p.  359  sqq.,  j*Ai  considéré  la  'composition*  et  'la  combinaison  de  mots' 
comme  identiques  dans  l'ensemble,  ce  qui  ne  répond  pas  à  Tusage 
traditionnel  du  mot  de  composition.  Cf.  maintenant  sur  ce  point 
Paul  IF.,  14,  251  sqq.  Il  faut  encore  attirer  Fattention  sur  un 
point  important.  En  védique,  des  composés  comme  deva-rathâ- 
■  'char  des  dieux*),  mahû-virà-  ('grand  héros')  étaient  absolument 
différents  pour  le  sens  des  groupes  syntactiques  non  composés  corres- 
pondants, et  outre  le  rapport  syn tactique  entre  les  p&rties  il  existait 
aussi  une  unité  sémantique  (v.  Delbrùck,  Gr.,  5,  204  sqq.  217  sqq.). 
Eu  sanskrit  classique,  par  contre,  apparaissent  des  composés  qui 
n*ont  pas  simplement  le  même  sens  qu'en  védique,  mais  s'appliquent 
aussi  À  des  cas  concrets  et  individuels;  en  sorte  que  par  ex.  deva- 
ratha-  ne  signifie  pas  simplement  'char  apartenant  à  un  dieu' 
mais  aussi  'char  du  dieu  (dont  il  est  question)*.  En  beaucoup  de 
cas  il  est  indifférent  que  l'on  dise  par  ex.  en  allemand  die  ivnrzel 
des  baumes  ist  favl  ou  die  baumwurzel  ist  fauL,  et  en  sanskrit^ 
par  suite  de  la  coïncidence  des  deux  types,  le  sens  de  l'ex- 
pression à  forme  casuelle  dépendante  a  été  transporté  aux  com- 
posés à  thèmes  non  fléchis.  Il  serait  dès  lors  permis,  malgré  PauK 
I.  c,  p.  257,  d'affirmer  que  tous  les  composés  à  thèmes  non  fléchis 
des  langues  historiquement  attestées  n'y  sont  entrés  que  sous  formi'- 
de  combinaisons  de  mots  réels. 

Brogmann,  Abrégé  de  gramm.  compivrér.  20 


306  IfORPHOLOOIB 

productif.    Ainsi  -ment,  cité  ci-desBUS  p.  300  dans  bonne-tnentj 
claire-ment]  mes- y  mé-  primitivement  'moins,  maP  més-allier,  mes- 
-alliance  mé-fait,  mé-dire  etc.;  ail.  -bar  sens  primitif  'portant'  dans 
frucht'bar  etc.;  lat.  -igare  de  ^-a^ûre  de  *'ag-  'agens'  dans  ndvi- 
gare  lîtigare  etc.;  gr,  -lubriç  priui.  'qui  a  l'odeur  de'  (cf.  àhn)  dans 
àv6€^u)biiç  'fleuri'  fxaviiubriç,  etc.;  àya-  'très'  dans  àTa-KXeiTÔç 
'très  célèbre'  etc.  ;  skr.  -maya'  prim.  'étoffe,  matière',  dans  mrfy 
maya-  'fait  de  terre'  (cf.  gr.  àvbpô-fi€oç  'humain'),  etc.;  -rûpa-, 
prim.  'forme,  aspect',  dans  dirgha-rûpa-  'long',  etc.    De  cette 
façon  ont  pris  naissance  un  grand  nombre  de  morphèmes  dans 
toutes  les  langues  indo-européennes  et  déjà  en  indo-européen 
commun,  cf.  par  ex.  *oqV"  'ayant  Tair  de'  dans  skr.  çvitict  fém. 
'brillante'  ghrtdcly  fém.  'grasse',  gr.  alGoip  MnXoni,  lat.  ferôx  atrôx 
etc.,  *du8-  'mal'  dans  skr.  dur-manas-  'mauvaise  volonté',  gr.  bud- 
jicvriç  'malveillant',  v.  isl.  do-chruth  'difforme'  etc.  Par  leur  sens 
ils  répondent  à  beaucoup  d'égards  aux  plus  anciens  morphèmes 
d'étymologie  obscure,  par  ex.  ail.  -heit  à  -ta  de  Is^t-juven-ta,  skr. 
devd'ta  'divinité',  cf.  ail.  Gottheit,  ou  skr.  -Os-  dans  datdsmi 
'dabo'  de  ddtà  asmi  'dator  sum')  à  -sio-  de  da-syâmi  'dabo'  ou 
encore  aux  désinences  casuelles,  comme  par  ex.  ail.  -toàrts  ou  gr. 
be  dans  oTKa-b€  'à  la  maison'  (de  ace.  pi.  neutr.  ^oka),  etc.    £t 
il  n'est  pas  douteux  qu'une  partie  au  moins  de  ces  plus  anciens 
morphèmes  sont  devenus  des  morphèmes  de  la  même  façon  que 
ceux-là. 

3)  Transfiguration  grammaticale,  hypostase.  Un 
élément  de  la  phrase  peut  changer  de  caractère  grammatical 
(  c.-à-d.  de  partie  du  discours  au  sens  le  plus  large)  et,  en  se  confor- 
mant au  mode  d'emploi  de  mots  d'un  autre  caractère  grammatical, 
entrer  dans  de  nouvelles  combinaisons.  Ainsi  par  ex.  en  gotique  on  est 
passé  depata  fadrein  'les  pères,  les  parents'  (collectif)  kpaifadrei 
'les  parents'  d'après  Jïat  sunjus  etc.,  en  grec  de  àiroôaveîv  ÙTrèp  Tflç 
TTarpiboç  kqXôv  èari  'mourir  pour  la  patrie  est  beau'  etc.  à  tô  àito- 
Ôav€îv  'le  mourir'  d'après  ô  OàvaToç  ùirèp  t.  tt.  xaXôç  ècTxi,  etc. 
<§  810),  ou  de  Tipiv  i&pâ  'avant  que  ce  soit  le  temps'  (cf.  o  394) 
à  TTpiv  ujpûç  'avant  le  temps'  d'après  Tipô  tSjpâç.  Ce  procès  s'étend 
aussi  très  souvent  à  la  morphologie. 

Les  innovations  de  ce  type  peuvent  être  classées  de  diverses 


REMARQUES   PRÉLIMINAIRES  307 

manières.  Par  ex.  a)  saivant  qu'un  élément  de  la  phrase  d'un 
aspect  morphologique  déterminé  prend  du  fait  de  la  composition  un 
nouvel  aspect  et,  le  cas  échéant,  entre  dans  un  nouveau  paradigme, 
par  ex.  pourboire,  plur.  pourboires  de  pour  boire j  alL  zufrieden 
*content',  ein zufriedener  'un  homme  content'  de  zu  frieden 'en  paix' 
angl.  gallows  'la  potence',  plur.  gaïlowees,  de  plur.  gallowsx  skr. 
instr.  pi.  9iidno-&Aff  de  nom.  ace.  sg.  mdno  (§351,  5.493,5,  b),  skr. 
çravâyya-s  'celebrandus'  de  Tinfinitif  en  ai  (§  387,  7),  lit.  dan: 
gujejis  'céleste*  de  loc.  dangujê  'au  ciel',  gr.  iraXaiTepoç  comp.  de 
iràXai  'jadis',  skr.  uccaisiardm  comp.  de  uccais  'en  haut',  gr.  mod. 
bàç^ouT€  2®  pi.  de  bàçfxou  'donne-moi',  ou  qu'il  n'existe  dans  la  for- 
mation nouvelle  qu'avec  ses  éléments  essentiels,  son  'thème';  ainsi 
hom.  fut.  btbu)(TU)  du  prés,  bibujfxi  'je  donne',  skr.  açriuvisya-te,  du 
prés,  açnô-ti  'il  obtient',  gr.  àcTcTOTëpu),  comp.,  de  ScTcrov  'plus  près', 
skr.  garlyastara-s,  comp.  de  gdrîyan  'plus  lourd',  b)  Suivant 
que  c'est  un  mot  simple  qui  est  à  la  base  de  la  nouvelle  forme, 
comme  dans  skr.  mdnO'bhis,  çravdyya-s,  ou  bien  un  groupe 
syntactique  comme  dans  frç.  pourboire,  enchaîner,  gr.  èTXCipiZui 
'je  mets  en  main'  (de  èv  xcipi).    Cf.  §  378. 

4)  Dérivation  rétrograde.  —  Quand  un  groupe  est 
constitué  de  deux  éléments  dont  l'un  apparaît  comme  primaire 
«t  l'autre  comme  secondaire  (élément  de  dérivation)  il  sert  souvent 
de  type,  de  façon  qu'à  côté  d'une  forme  primaire  du  même  genre  se 
crée  la  forme  secondaire  correspondante  :  ainsi  gr.  postcl.àTaOu)- 
T€poç  à  côté  de  à-xaQôç  d'après  (To<pa)T€poç  à  côté  de  aoq>ôç  etc.  Il 
n'est  pas  rare  non  plus,  lorsque  d'un  côté  n'existait  d'abord 
qu'une  formation  d'aspect  secondaire,  que  la  forme  primaire  cor- 
respondante se  crée  à  côté  d'elle.  Ces  innovations  sont  des  noms 
dans  la  plupart  des  cas,  ainsi  frç.  charge  de  charger,  couche  de 
coucher,  d'après  forme  de  former;  frç.  ligue,  ital.  liga  de  lat. 
ligare\  lat.  pugna  depugnare  (dérivé  de  pugnus),  adulter  de 
adulterdre  {ad  àlteram  se  convertere),  accommodus  de  accom- 
modare,  skr.  putrt-s  'désireux  d'un  fils'  (gramm.)  deputrîyd-ti 
'il  désire  un  fils'  (§  695)  ^)  ;  gr.  firra  'défaite'  de  fiTTao^ai,  gr.  mod. 
•iJTàXa  'goutte'  de  (TTaXàZui;  ail.  der  siebenschlàfer  litt.  'le  sept- 
<lormant8'de  die  sieben  schlàfer^les  sept  dormants',  lat.  nôngentus 

1)  Cf.  Zubaty,  Ber.  d.  bôhm.  G.  d.  W.,  1897,  XUX,  p.  8. 


308  MORPHOLOGIE 

de  nôngentiy  skr.  viçvedeta-s  'un  des  viçve'devds"*  {viçve  devâs 
'tous  les  dieux'),  v.  si.  bratuéqdû  sg.  de  bratu-c^da  'enfants  de 
deux  frères*;  ail.  frauenkranke  pi.  'atteints  d'une  maladie  des 
femmes'  de  frauenkrankheit  'maladie  des  femmes'.  Ce  sont  plas 
rarement  des  verbes,  comme  lat.  triperUre,  quadripartire  de 
tri-pertîtu8,  quadri-partîtus  vitilUigûre  de  vUi-Utigdtory  frç. 
horripiler  de  horripUation,  en  gr.  les  verbes  en  -6u)  des  adjectifs 
verbaux  en  -wtôç  (§  694,  2);  skr.  çrnû  'écoute'  de  2®  pi.  çrnu-td 
(d'après  bhdra-ta  :  hhâra)  *). 

5)  Suppresion  d'articulations  (ellipse).  —  Souvent 
certains  éléments  d'une  expression  usuelle  qui  sont  plus  on  moins 
superflus,  quand  il  s'agit  de  communiquer  le  contenu  d'une  repré- 
sentation à  un  moment  donné,  sont  pour  telle  ou  telle  raison 
laissés  inexprimés  par  le  sujet  parlant.  Quand  une  circonstance 
déterminée  permettait  de  restituer  immédiatement  l'élément  inex- 
primé, beaucoup  de  ces  ellipses  se  sont  répandues  dans  la  langue 
commune,  d'abord  dans  le  cas  donné,  et  ensuite  dans  des  cas  analo- 
gues. C'est  sur  ce  fait  que  repose  l'omission  de  mots  entiers,  comme 
par  ex.  frç.  à  droite  —  à  main  droite  (l'ellipse  correspondante 
existe  dans  toutes  les  langues  indo-européennes).  Mais  d'un 
autre  côté  ce  phénomène  pénètre  jusque  dans  la  morphologie. 
De  là  proviennent  d'abord  les  multiples  omissions  d'articulations 
qu'ont  subies  les  composés  par  l'ellipse  d'un  de  leurs  éléments  : 
ainsi  frç.  timbre  =  timbre  ponte,  frç.  voie  =  voie  ferrée,  bock  = 
bockbier  'bière  de  Bock',  gr.  ttituç  'pin'  pour  un  composé  répondant 
à  skv,pïtu-daru-  'arbre  à  résine,  pin',  skr.^flçw 'sacrifice  d'animal' 
pour  paçukarman-  ou  paçv'ijyû  ;  un  procédé  particulièrement 
fréquent  est  l'abrègement  des  noms  propres  à  deux  éléments,  qui 
date  de  l'indo-européen;  ail.  Frida  et  Rïke  pour  Friderike,  gi\ 
TfiXuç  pour  T^Xu-xpàiriç,  At|Liu)v  pour  Eù-aijitujv  (§  380).  D'autres 
cas,  où  il  s'agit  encore,  à  vrai  dire,  pour  la  plus  grande  part  de 
composés,  mais  où  le  sentiment  de  la  composition  ne  peut  avoir 
joué  aucun  rôle  est  celui  de  frç.  vélo  pour  vélocipède,  ail.  studio 

1)  On  trouvera  encore  d'autres  exemples  et  la  biblio^aphic 
dans  Brugmann  Gr.  Gr.^  302;  G.  Leué  Les  substantifs  post- 
verbaux dans  la  !g.  française,  Upsal  1899;  Skutsch  BB.  21. 
$58  sqq.,  0.  Rieliter  IF.  9,  54. 


REMARQUES   PRÉLIMINAIRES  309 

pour  8tudio8U8y  angl.  (Londres)  pops  i^onr  popular  concerts^  gr. 
TTâp^iç  pour  TTapMévujv  ;  frç.  msieur  pour  monsieur  y  Polite  pour 
Hippolyte,  bus  pour  omnibus,  ail.  ntaÇy  ntag  pour  guten  tag 
'bonjour',  gr.  mod.  bëv  'non' pour  oùbëv,  gr.  Fiùvittitoç  pour'ATiw- 
viTTiTOç.  Plus  rare  est  la  chute,  des  sons  intérieurs  comme  dans 
ail.  Lore  de  Leonore,  ital.  Dante  pour  Durante,  gr.  mod.  biâXe 
=  biàpoXe. 

La  gêne  qui  a  amené  la  dissimilation  a  été  le  point  de 
départ  de  la  chute  des  phonèmes,  par  ex.  dans  skr.  abhïkhyâ  pour 
ahhïkhyàya  gér.  'ayant  regardé',  gr.  mod.  bâaxaXoç  pour  btbàcTKa- 
Koç,  àfX(pop€i3ç  pour  à^q>iq>op€uç,  AîroXXwcpàvTiç  pour  'AttttXXujvo- 
<pàvnç  (§  19,  Rem.  3,  §337  sqq.). 

6)  Les  articulations  exprimant  dQ.s  sentiments 
dans  la  langue  ne  sont  pas  seulement  des  interjections  primaires, 
comme  ah,  oh,  ou  les  interjections  secondaires,  qui  équivalent  à 
de  pures  interjections  comme  Dieu,  tonnerre.  Des  mots  ou  des 
groupes  quelconques  du  langage  proprement  dit  peuvent  toujours 
dans  le  cours  même  du  discours  recevoir,  quand  se  produit  une 
représentation  qui  éveille  plus  vivement  le  sentiment,  une  pronon- 
ciation particulière,  un  'accent  émotionnel'.  On  observe  souvent 
cette  prononciation,  qui  les  rapproche  des  interjections  dans  cer- 
taines particules  (par  ex.  frç.  oui,  sûr\  3L\\.80,ja),  dans  des  pronoms 
(par  ex.  vous!),  et  dans  les  vocatifs  et  les  impératifs  quand  ils 
représentent  des  idées  accompagnées  de  sentiments  vifs. 

Dans  les  langues  anciennes  qui  ne  nous  sont  plus  connues 
que  par  des  témoignages  écrits,  on  ne  peut  naturellement  constater 
qu'un  petit  nombre  des  variations  phonétiques  reposant  sur  les 
principes  exposés  plus  haut.  La  plupart  portent  sur  la  durée 
des  phonèmes.  De  là  provient  en  partie  par  ex.  la  variation 
indo-européenne  du  pronom  sg.  2®  pers.  *tû  :  *tû  (Osthoff,  MU.  4, 
268  sqq.).  Il  en  est  de  même  pour  le  redoublement  consonantique 
qui  apparaît  comme  un  moyen  de  fonnation  dans  les  noms 
propres,  en  particulier  sous  leurs  formes  abrégées,  et  qui  a  pris 
d'abord  naissance  au  vocatif,  par  ex.  béot.  voc.  M^vvei,  <t>iXX€i, 
BouKdxTci  (employé  aussi  comme  nom.),  att.  etc.  ct>iXXioç,  'ATaGGiu, 
lat.  Varro  (cf.  vdrus),  Gracchus  (cf.  gracilis  ou  graculus),  Mum- 
mius,  V.  h.  a.  Sicco,  Aggo,  Itta,  skr.  Càkka-s  etc.  ;  à  ce  groupe 


310  MORPHOLOGIE 

se  rattachent  les  formes  de  noms  analogues  aux  noms  propres^ 
comme  gr.  TiTGii  'nourrice'  (cf.  xiGrivri,)  t^wiç  'personne  efféminée* 
(cf.  Twvri),  lat.  cuppes  'gourmand'  (cf.  cupio)  (cf.  Gr.  1  *,  p.  818, 
Gr.  Gr.»  131,  Holmsen  Rh.  Mus.  56,501  sqq.,  IF.  Anz.  11,  77, 
Sommer  Lat.  L.  u.  FI.  290  sq.).  Enfin  la  'pluti*  des  voyelles  en 
sanskrit, par  ex.DevadattaS^  âgnàSi  'ô  feu'(Wackernagel.  Ai. G  r. 
1,  297  sqq.),  qui  apparaît  aussi  dans  des  langues  européennes,, 
quand  on  appelle  quelqu'un  à  haute  voix,  par  ex.  René  avec  un 
é  très  allongé,  etc.  etc. 

7)  L'accentuation  est  très  souvent  devenue  la  véritable 
caractéristique  d'un  mot  on  d'une  forme.  Dans  des  doublets 
indo-européens  tels  que  ^îcléuto-m  'l'audition'  (zd  araotd-m,  got. 
hliup)  :  ^îclutô-m  neut.  'entendu'  (skr.  çrutd'm\  cette  différence 
dans  la  place  du  ton  est  devenue  dès  l'indo-européen  un  signe 
distinctif  du  substantif  et  de  l'adjectif;  en  sorte  que  l'on  a  créé 
par  ex.  *mftO'm  'la  mort'  (v.  h.  a.  mord,  skr.  dans  a-mfta-» 
'immortel')  à  côté  de*wWd-w'mortuom'  (skr.  mrtd'm)\  de  même 
skr.  tdras'  nom.  ^action  d'avancer'  :  tards-  'qui  avance'  etc. 
Voy.  §  422.  Cette  circonstance  qu'en  indo-enropéen  le  ton  était 
sur  la  finale  dans  certains  adverbes,  provenant  de  thèmes  en 
-0-,  dont  la  désinence  était  -èd  (abl.,  §  463),  ei  (loc,  §  467),  -^ 
(inst.,  §  470),  par  ex.  skr.  sanàd  'depuis  l'antiquité'  (cf.  sâna), 
upilké  'tout  près'  (cf.  ûpaJca-),  dàksinâ  'à  droite'  (cf.  ddhaina^ 
a  fait  que  cette  accentuation  est  devenue  en  partie  une  carac- 
téristique morphologique  de  cette  classe  de  mots  en  sanskrit,  en 
grec,  en  balto-slave  (Delbrttck,  Gr.  3,  541  sqq.,  J.  Schmidt,  Fest- 
gruss  an  Bôthl.,  100  sqq.  Zubaty,  IF.  7, 182  sqq.,  Hirt,  Der 
idg.  Ace.  259  sq.,