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Full text of "Histoire de la croisade contre les hérétiques albigeois écrite en vers provençaux par un poëte contemporain;"

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UNIVERSITEITSBIBLIOTHEEK  GENJ 


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COLLECTION 

DR 

DOCUMENTS  INÉDITS 

SUR  L'HISTOIRE  DE  FRANCE 

rraun 

PAR  ORDRJE  DU  ROI 

tf  Pi»  U»  9ÙtW% 

DU  MlNISTHt  DE  L'iNSTRliCTiON  PUBLIQUE 


PR£MiÈa£  SÉRIE 

HlòlOiUt:  POLITIQUE 


Uigmzeci  by  Google 


HISTOIRE 

DE  LA  CROISADE 


CONTRE 

LES  HÉKÉTigLES  ALBIGEOIS 

fiChJTE  EN  VtJlS  PROVENÇAUX  PAR  UN  POETE  U)NTEMP()RAIN 

mAOOITK  Kl  fKÊLlkt 

PAR  M.  G.  FAURIEL 

■BiiBiui  M  L'imrrrvT  m  vmmce 

PROmaSOB  A  LA  rACDLTé  DIS  LBITBnc  Wt 


PARIS 

IMPRIMERIE  ROÏALE 


M  DGCG  XXXVII 


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INTRODUCTION. 


Le  iriGoument  historique  publié  dans  ce  volume  est  un 
récit  en  vers  provençaux  de  la  Croisadp  rontro  les  héré- 
tiques albigeois,  par  un  auteiu  contemporain,  témoin  ocu- 
laire dp  la  plupart  des  choses  qu'il  raconte,  et  bien  iniormé 
île  celles  qu'il  n'a  pu  voir  lui-même.  Le  manuscrit  unique 
de  ret  ouvrage  appartient  à  la  Bibliothèque  du  roi  (fonds 
La  Valliére,  n"  91,  autrefois  ÍÍ708).  C'est  un  petit  in-folio, 
sur  pai chemin,  de  239  pages  ou  de  120  feuillets,  con- 
tenant 9678  vers.  L'écriture  en  est  assez  belle  et  paraît  être 
de  la  seconde  moitié  du  x[ii'  siècle.  C  est  là  du  reste  un 
point  dont  les  connaisseur  pourront  juger  par  eux-mêmes, 
d'après  le  Jac-smile  très-exact  qu'ils  trouveront  ci-joint. 


Il  INTRODUCTION. 

Le  maoïucrit  présente  çà  et  là  de  courtes  annotations 
marginales  de  difi&rmites mains,  de  divers  temps,  et  toutes 
en  dialecte  roman  du  Midi.  Mais  ces  notes  ne  sont  d'aucune 
inipoi tance;  elles  ne  nous  appi-ennent  rien  d'intéressant 
pour  l'histoire  ,  ni  pour  la  description  du  manuscrit.  Une 
seule  est  assez  curieuse  pour  être  citée;  cest  la  dernière  de 
toutes ,  qui  se  trouve  sur  la  moitié  restée  en  blanc  de  la 
page  339.  Elle  était  depuis  longtemps  effiicée,  mais  on  en 
a  fait  revivre  fécriture  de  manière  à  la  rendre  lisible. 
Cette  note  est  ainsi  conçue  :  Jarâa  CapeUa  dêu  tus  wiwst 
romoRS  XV.  tarnet  dargentz  bas  if  ne  li  pres^  (ou  pretteri)  a 
lier  M.  CCC,  XXXVL  Cela  semble  indiqua  qu  un 
nommé  Jordan  Capelia,  ou  pcut<étre  Jordan  le  chapelain , 
propriétaire  de  notre  manuscrit  en  i356,  avait  emprunté 
alors  de  Vauteur  de  la  note  xv  livres  tournois,  pour  les- 
quelles il  avait  engagé  ledit  manuscrit.  Il  résulte  de  cette 
note,  1*  que  le  manuscrit  est  certainement  antérieur  à 
i336,  a**  que  Ion  y  attachait  encore  à  cette  époque  une 
grande  valeur  mercantile. 

Ce  manuscrit,  bien  consené  d'un  bout  à  l'autre  et, 
comme  je  l  ai  dit,  d'une  belle  écriture,  ne  manque  néan- 
moins pas  d'ineiactitudes  ni  de  lantes  à  signaler  ailleurs.. 
Entre  divers  passages  obscurs  qui  s'y  rencontrent,  il  y  en 
a  plus  d'un  où  je  crois  voir  des  omissions  du  copiste;  mais 
nulle  de  ces  lacunes  ne  fornie  d'interruption  apparente 
dans  le  texte.  La  page  80  est  ia  seule  qui  ne  soit  pleine 
qu'à  moitié,  et  présente  un  espace  en  blanc  de  dix-neuf 
ou  vingt  lignes;  mais  ce  vide  n'est  point  l'indice  d'une 
lacune  :  la  page  81  reprend  le  texte  juste  où  il  faut  pour 
le  continuer. 

Des  a 39  pages  dont  se  compose  le  manuscrit,  treize 


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INTRODUCTION.  iit 
sont  ornées  de  dessins,  dontchacan  occupe  à  peu  près  un 
tiers  de  page.  Ces  dessins,  évidennueiit  destinés  à  être  co- 
loriés en  miniatures,  sont  restés  de  simples  traits  à  la 
plume  ;  mais  ces  traits  ne  laissent  pas  d'être  remarquables. 
Ils  représentent,  ponr  la  plupart,  des  assauts,  des  prises 
de  villes  et  des  mtìées  de  guerre,  où  les  figures  sont  je- 
tées ou  groupées  avec  beaucoup  plus  de  variété,  de  mou- 
vement et^d'eflfet  que  Ion  n'en  trouve  dans  les  minia* 
tnres  du  même  genre  et  de  la  même  époque  en  d*autres 
pays. 

Ayant  cherché  de  toutes  parts  des  renseignements  sur 
la  provenance  et  lliistoire  de  ce  précieux  manuscrit,  je 
n  eu  ai  rien  appris  au  ddà  de  ce  que  tout  le  monde  peut 
en  savoir  aujourdliui;  c est-à-dire  qu'en  17$$  il  passa, 
avec  beaucoup  d*autres,  de  la  bibliothèque  du  duc  de  La 
Vallière  k  celle  du  Roi.  Mais  de  qui  et  quand  le  duc  lavait* 
il  acquis,  cest  ce  que  personne  n*a  pu  me  dire.  On  est 
seulement  autorisé  par  certains  indices  á  présumer  qu'il 
avait  déjà  fait  auparavant  partie  de  quelqu'une  des  riches 
collections  particulières  de  la  capitale. 

II. 

Peut-être  semblera-t-il  un  peu  étrange  qu'un  manuscrit 
tel  que  coîni  que  je  viens  de  décrire,  si  intéressant  à  tant 
d'égards,  relatif  à  un  point  (riiistoire  dos  plus  importants 
ef  pnrorr  fort  mal  óclaircl ,  fju'un  manuscrit  qui  a  fi<;nn' 
plus  d'un  sit'rlc  dans  les  hibliothèques  do  Paris  les  plus 
renomniocs  et  los  [)lus  fio(|uentées,  ait  si  longtemps 
échappé  à  la  cnriosite  ot  à  l'attontion  des  erudits.  On  s<' 
demander^  peut-être  avec  quelque  surprise  pourquoi  il 


IV  INTRODUCTION, 
na  été  publié,  ni  séparément,  ni  dans  aucun  des  recueils 
historiques  qui  le  réclamaient  à  tant  de  titres.  Mab  les 
livres,  c'est  chose  convenue,  les  livres  aussi  ont  leur  des- 
tinée, et  celle  de  notre  manuscrit  était  de  rester  plus  de 
sept  cents  ans  inconnu,  et  en  péril  de  se  perdre,  sans 
laisser  le  moindre  vestige  de  son  eiistenoe. 

Les  auteurs  de  rhistoire  de  Languedoc,  qui  ont  fait  de 
si  vastes  et  de  si  importantes  recherches  pour  découvrir  ce 
qui  restait  de  leur  temps  des  matériaux  de  cette  histoire, 
n  ontpas  eu  la  moindre  connaissance  de  notre  manuscrit;  ils 
u  ont  pas  eu  lieu  den  soupçonna  l'existence;  et  Ion  cher- 
cherait en  vain  dans  leur  immense  travail  un  indice  qui  s*y 
rapportât 

Cet  ouvrage  ne  se  trouve  pas  non  plus  dans  le  XIX'  vo- 
lumedu  Recueil  des  historiens  de  France,  lequel  comprend, 
avec  la  (ierniére  partie  des  documents  relatifs  au  règne  de 
Philippe-Auguste,  tous  ceux  jusqu'ici  connus  de  la  Croisade 
des  Albigeois,  Si  dom  Brial,  qui  avait  recueilli  la  plupart 
de  ces  documents  et  devait  les  puLller,  avait  vu  notre 
manuscrit,  et  se  proposait  ou  non  de  l'insérer  à  sa  place, 
parmi  ces  mômes  documents,  c'est  ce  que  j'ignore.  Mais 
quant  aux  dctix  nouveaux  éditeurs  (MM.  Natidet  et  Daunou), 
charriés  par  racadémic  dos  inscriptions  tle  continuer  fi  do 
tcrunner  le  travail  inleironipu  par  le  décès  de  dom  Brial, 
il  est  certain  qu  ils  ont  connu  le  manuscrit  de  notre  poënie  : 
une  note  insérée  dans  ce  XiX'  volume  des  historiens  de 
France,  publié  par  eux.  pi  ouve  qu'ils  ont  eu  ce  manuscrit 
sous  les  yeux.  Mallicureusement  la  note  dont  il  s'agit 
semble  n'avoir  d'autre  objet  qur  de  justifier  en  j>eu  de  mots 
le  parti  pris  d'exclure  notre  liiNione  versifiée  de  la  Croi- 
sade albigeoise  du  volume  auquel  elle  appartenait  uatu- 


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INTRODUCTION.  v 
rellement,  et  dont  elle  D*eát  certes  pss  été  le  monament 
le  moiiift  ori(^nal  et  ie  moins  curieux. 

Je  o*ai  pu  considérer  cette  courte  note  comme  le  résultat 
d*un  examen  définitif.  La  haute  opinion  que  jai  de  la 
science,  du  goût  et  des  lumières  des  éditeurs  ne  me  l'a  pas 
permis;  ot  je  ne  fais  que  leur  rendre  justice  en  regrettant 
qu'ils  aient  trop  faciionent  rejeté  une  tâche  digne  de  leur 
xèie  et  de  leur  talent.  Donné  au  public  par  des  hommes  de 
leur  mérite  et  de  leur  réputation,  le  monument  historique 
dont  la  publication  m*est  échue  aurait  obtenu  plus  sûre- 
ment et  plus  tôt  l'attention  dont  il  me  semble  digne  à 
tous  égards. 

Du  reste,  si  le  monument  en  question  na  pas  étéju^ 

qu*ici  connu  immédiatement  et  sous  sa  forme  propre,  les 
précieuses  notices  historiques  dont  il  abonde  n  ont  cepen- 
dant pas  été  tout  à  fait  perdues,  ni  pour  les  hommes  qui 
écrivent  rhisloiro ,  ni  pour  la  portion  du  public  qui  l'étudié. 
Le  fait  a  besoin  d'être  e.\])liqué  ,  ot  il  on  vaut  la  peine. 

On  a  delà  guerre  des  All)igeois  une  vieille  histoire  en 
prost^  dansTidiome  du  bas  Lanp;uedoc,  et  dont  on  connaît 
deux  Hiauuscrits.  L'uu  se  trouve  à  ia  Biiîliollièque  du  roi, 
sous  le  n"  9646,  et  l'autre  à  Carpentras,  dans  coll.  de  Pci- 
rcsc.  Des  deux  manuscrits,  ce  dernier  est  le  plus  ancien,  oti, 
pourmicuxilii  r,ieuiouismodcrne;  etilaservi  fietexto  àcclui 
delà  Bihlidtlièquo  du  roi.  La  chose  est  constatée  dr  diverses 
manières,  mais  surtout  jiar  une  lacune  couimune  aux  deux 
manuMirils,  et  de  tout  point  la  même  dans  l'uu  et  dans 
l'autre.  Cette  lacune  est  doublement  iâclieuse;  d'abord  par 
son  étendue,  n'étant  pas  de  moins  de  cinquante-cinq  pages 
du  manuscrit  Peiresc,  et  plus  encore,  parce  qu'elle  porte 
sur  fun  des  moments  les  plus  intéressants  de  la  Croisade. 


VI  INTRODUCTION. 

L  auteur  rnoonmi  de  cette  histoire  en  prose  cite  habi- 
tuellemeot,  comme  source  et  garant  de  ce  qaû  raconte, 
un  autre  livre  qu'il  ne  désigne  point  d'une  manière  précise  « 
mais  qu'il  est  censé  avoir  constamment  sous  les  yeux.  Or  ces 
allégations  ne  sont  pas,  comme  on  peut  être  d'abord  tenté 
de  le  soupçonner,  de  ces  vaines  allégations  si  familières  aux 
romanciers  du  moyen  âge  qui  cherehent  à  se  donner  pour 
historiens.  Elles  sont  sérieuses  et  motivées  :  ce  récit  en 
prose  de  la  Croisade  albigeoise  dont  û  s'agit  ici  a  réelle- 
ment pour  base  une  autre  histoire  plus  andenoe  du  même 
événement;  et  cette  autre  histoire,  c'est  notre  poème  lui- 
même. 

Il  est  on  ne  peut  plus  iacile  de  s'assurer  du  fait  :  il  ne 
faut,  pour  cela,  que  jeter  un  coup  d'œil  sur  les  deux  ré- 
cits :  ils  différent  sans  doute  et  différent  même  beaucoup 
l'un  de  l'autre  par  le  ton  général,  le  style  et  lesdéteils.  Mais 
quant  au  fond,  quant  à  la  substance  et  à  l'ordre  des  feits, 
quant  à  la  manière  de  les  sentir  et  de  les  apprécier,  les  deux 
ouvrages  ne  diffèrent  en  rien  d'essentiel.  Le  plus  moderne, 
celui  en  prose,  n'est  L  vitlrmment  qu'une  version  libre,  qu'une 
seconde  rédaction  de  celui  eu  vers,  rédaction  parfois  un 
peu  paraphrasée,  plus  souvent  abrégt'o .  et  habituellement 
plus  claire,  plus  simple  et  d'un  ton  plus  familier  que  la  ré* 
daction  primitive.  Chacun  se  convaincra  aisément  de  l'exac* 
titude  de  ces  asseitioiis  par  le  rapprochonoat  désormais 
huûle  des  deux  ouvrages;  et  je  me  tiens  pour  cette  raison 
dispensé  d'en  donner  des  preuves  de  détail,  qui  exigeraient 
beaucoup  d'espace. 

De  ces  deux  rédactions  de  la  même  histoire,  les  Insto- 
liens  de  Languedoc  ont  connu  celle  en  prose.  Mais  n'ayant 
aucune  notion  de  celle  en  vers,  ils  ne  pouvaient  soup- 


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INTRODUCTION.  vu 
çoaner  le  rapport  inliiiie  des  deux  oiirragei  entre  eux  ;  ils 
devaient  de.  toute  nécessilé  «ona&dérer  comme  original  * 
comme  iodépendant  de  tout  autie,  ud  docament  qui  n'é- 
tait au  fond  qu'une  tEanafiormation ,  que  la  copie  d'un  autre. 
Ils  ont  Sait  daillours  sur  cette  copie  des  observatiooa  judi- 
cieuses et  utiles.  Entre  les  petits  détails  que  le  copiste  a  pn 
ajouter  çà  et  là  au  teste  de  son  original,  il  y  en  a  dont  ces 
historiens  ont  profité  pour  essayer  de  poser  une  limite 
chronologique  en  deçà  de  laquelle  doit  être  placée  l'é- 
poque où  vivait  ce  copiste.  Ainsi ,  par  exnojde,  il  connaît 
et  emploie  la  dénomination  do  Langœdoe,  inconnue  ou 
inusitée  avant  le  xiv*  siècle.  H  lait  mention  du  grand-maître 
de  Rhodes;  or  oette  ile  ne  fut  occt^pée  par  les  chevaliers 
cpii  en  prirent  le  <iom,  qu'à  dater  de  iSog.  Enfin  il  semble 
faire  allusion  à  l'évêchc  de  Castres,  qui  ne  fut  pas  institué 
avant  i3o7.  D'a|)rès  ces  divers  rapprochements,  dora  Vais- 
sette  pcnso  que  la  rédaction  en  prose  de  notre  histoire  dps 
\ll)i^LM)ls  doit  (^trc  ini.so  au  plus  tôt  vers  le  milieu  du 
xiV  .siècle,  et  p'^ut  être  encore  ]dus  récente.  O  premier 
point  étaWi ,  le  docte  l)en("(1ictin ,  remarquant  qu'il  v  a  beau- 
coup rapport  entre  l'idionie  de  ce  document  et  celui 
de  lOuionso  et  des  environs,  en  conclut  que  son  auteur 
devait  être  de  cette  ville  on  du  voisinage.  A  ces  conjpctui'es 
très-plausibles,  dom  \  aisseite  aurait  pu,  je  crois,  en 
joindre  nnc  autre  qui  ne  Test  guère  moins,  à  mon  avis, 
l^autenr  de  la  rédaction  en  prose  de  notre  bistoire  a  oiné 
.son  (iMivre  d'une  espèce  de  pitilof^ui^  pbiloso[iliupii'  tant  soit 
|)eu  pédantesque,  et  de  qu(M(piçs  citations  latiiK  s  de  dmit, 
qui  autorisent  à  le  supposer  pirisconsulte  de  prolosiion. 

Quoi  qu  i!  en  soit  de  toutes  ces  conjectures  relativement 
à  la  version  en  prose  de  notre  histoire  albigeoise,  dom 


VIII  INTRODUCTION. 
Vaisaette  a  donpé  cette  venioD  panni  les  preuves  de  son 
in*  volume,  presque  en  entier  consacré  à  cette  Ingubre 
portion  de  son  sujet,  et  dans  lequd  elle  occupe  cent 
deux  colonnes.  Elle  a  été  depuis  réimprimée  dans  le 
XIX*  volume  du  Recueil  des  historiens  de  France.  Enfin 
elle  a  paru,  une  trcnsîème  fois,  dans  un  choix  des  monu- 
ments originaux  de  Thistoire  de  France,  traduits  en  fran- 
çais  et  puhliés  en  1 8a  S ,  sous  la  direction  de  M.  Guizot. 

On  voit  par  là  <{ne  si  notre  poème  est  resté  jusqu*à  ce 
jour  non-seulement  inédit,  mais  à  peu  près  inconnu,  on 
est  cependant  en  possession  d*un  ouvrage  qui  le  représente 
jiisqu*á  un  certain  point,  -n*en  étant  que  la  reproduction 
^rtìelle  sous  une  autre  forme.  Quelqu'un  omclurait-il  de 
U  que  cette  dernière  œuvre,  d*un  bout  à  Tautre  œuvre 
de  seconde  main,  peut  remplacer  l'ouvrage  primitif  et  en 
rendre  la  publicaftion  moins  inlére^nte?  On  a  déjà  pu 
voir  par  ce  qui  préeède  oomhîen  cette  opinion  serait  iauase; 
on  le  vérra,  jé  ïespèM^  encore  mieux  par  la  suite. 

III. 

Je  viens  de  dire  quelles  ont  été  les  destinées  de  notre 
poème  dans  le  nord  de  la  France  ;  elles  n'ont  guère  été  plus 
heureuses  dans  le  midi,  où  un  tei  monument  semblait 
néanmoins  avoir  de  meilleures  chances  de  renom  et  de 
popularité.  Là,  comme  ici,  cette  œuvre  a  été  en  quelque 
lacon  supplantée  par  l'espèce  de  traduction  abrégée  qui  en 
a  été  faite  après  coup.  La  plupart  d^s  t-crivains  du  Midi, 
qui  ont  eu  î'occasioii  de  parler  des  Albigeois  et  fU'  la  Croi- 
sade dirigée  contre  eux.  ont  connu  la  vieille  histoire  en 
prose  de  cette  Croisade,  et  en  ont  fait  plus  ou  moins  d'u- 


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INTRODUCTION.  n 
sage,  selon  le  aeiitiiiifint  et  les  vues  dans  lesquels  ils  écri- 

Cfaassagnon ,  écrivain  prolMinnt  tués-passionné ,  a  donné 
en  1695  une  histoire  de  ia  guerre .  des  Âllngeois,  où 
presque  toot,  de  son  anreu  et  comme  on  le  voit  assez,  est 
tiré  d*un  manuscrit  qa*il  possédait  de  notre  iiernon  en 
prose  de  la  Croisade  albigeoise.  Catel  connaissait  deux 
autres  manuscrits  de  cette  même  version,  et  en  raj^rte 
des  passages  dans  ses  esaceftentea  ncbcrclies  sur  les  comtes 
de  Toulouse.  Marca  en  a  pareillement  lait  usage  dans  son 
histcnre  du  Béam.  Enfin  Antoine  Dominici ,  qui  a  laissé 
sur  les  anciens  comtes  de  Qnercy  des  mémoires  encore  iné< 
dits,  a  en  de  niéme,  dans  ces  mémoires,  rooeasion  den 
citer  quelques  traits.  Or,  de  tonsures  écrivains,  qui  tous 
connaissaient  la  rédaction  en  prose  de  notre  histoire  alhi^ 
geolse,  qui  tous  en  avaient  des  manuscrits,  il  ny  en  a  pas 
un  qui  £asse  la  plus  fugitive  allusion  à  la  rédaction  poé- 
tique ,  qui  ait  dit  un  seul  mot  d'où  l'on  puisse ,  je  ne  dis  pas 
conclure,  mais  soupçonner  qu'il  eût  la  moindre  notion 
de  rexistence  de  notre  poème. 

Néanmoins  toute  connaissance,  toute  réminiscence  de 
ce  poème  n'étaient  pas  perdues-,  et  si  vagues  ou  si  obscurs 
que  puissent  être  les  indices  qui  s'y  rapportent,  on  sentira, 
jelespère,  que  ce  nest  point  à  moi  à  les  négliger,  et  Ton 
me  pardonnera  de  m'y  arrêter  quelques  moments. 

Bcrtrandi,  jurisconsulte  toulotisain,  qui  vivait  à  la  fin 
du  XV'  siècle  et  au  commencement  du  x.vi%  publia  en»i  5i  5, 
sur  l'histoire  de  sa  ville  natale,  un  ouvrage  dont  la  pre- 
mière moitié  n'est  qu'un  recueil  de  vieillos  fablos  tradition- 
nelles sur  les  ori^nes  et  les  antiquités  de  celte  ville  célèbre , 
mais  dont  la  seconde  moitié  présente  un  caractère  plus 


« 


X  INTRODUCTION, 
historique.  C'est  dans  celle-ci  qu'il  parie  à  diverses  reprises 
et  avec  une  certaine  étendue  de  Raymond  VI,  oelni  des 
comtes  de  Toulouse  sur  k  téte  dnqnid  édata  la  tempête  de 
rbéróaie  albigeoise.  Il  itioarat  eKComknnnié  en  laaa,  et 
son  tomhoau  fut  confiné  dans  un  obscur  et  profane  recoin 
de  riiôpital  de  Saint^can-dc- Jérusalem,  au -milieu  d'un 
des  iaubourgs  de  Toulouse.  Bertrandi  assure  que  l'on 
avait  gravé  pour  éfiîsfhe  sur  oè  tsmbean  eoBstntit  en 
madbre  les  deux  verj  snhranls  en  ancien  provençal  : 

Non  y  a  liome  m»  tem  per  gran  lenlrar  qa«  foi 
Osem  pU»  de  ma  tcria.  si  li  gliesa  non  Ibs. 

Il  alliiini  avoir  vu  le  luiabiau  ù  aïoitic  ruine,  et  en  avoir 
lu  lV'])itaplu'  à  flomi  effacée.  L<\s  auteurs  de  l'Histoire  de 
Laii^ucdoïC  oui  traité  de  fable  et;  iccil  do  Bertraudi,  et 
ds  n  licsitoul  pas  à  déclarer  forgés  par  lui  les  dciix  vers 
qu  il  prétend  avoir  lus  sur  la  tombe  de  Raymond  VI. 

Ce.s  doutes,  je  l'avoue,  xuc  semblent  avoir  été  hasardée  à 
la  légère.  Et  d*ahord ,  quant  aux  deux  vers  cités ,  Bertrandi 
ne  le  a  certainement  pas  forgés  :  ils  appartiennent  à  notre 
poème  de  la  guerre  des  Albigeois.  On  les  retrouvera  tous 
les  deux,  bien  quavec  certaines  variantes,  à  Ja  page  a 68 
de  ce  volume,  v.  38o6  et  3807.  Maintenant  ces  deux  vers 
prouvent-ils  que  Bertrandi  oonnàt  le  poème  dont  ils  aoat 
tirés?  Non  sans  doule;  ils  prouveraient  plutôt  le  contraire,' 
puisque  le  même  Bertmndi  a  Tair  de  les  supposer  laits 
exprè.<^pour  être  inscrits  sur  le  tombeau  de  Raymond  VI, 
suppQSÌtìáNi  qui  ne  permet  guère  d*admettre  celle  qu*il  con- 
naissait le  poëme  où  setrouvaientles  vers  en  question  et  pour 
lequel  ils  avaient  été  réellement  composés.  Cependant,  d*nne 
manière  ou  de  lautne,  Bertrandi  connaissait  les  deux  vers, 


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INTRODUCTION.  u 
poîa^'il  k»  nppaite  tèKt»stt«aaicDt  $  el  nniii»  il  ert  vni- 

cron«  qaîl  le»  avik  effBctîvQnijeli*  vm  sur  le  tcnbeau. 

QaftDl  à  <ieuz  .qû  ka  y  avai»t  gravés,  qui  les  avaient 
choisis  pour  servir  d*épiiapfae  à  on  {rnooe  peraéeulé  et 
rainé  par  Féglise,  il  £ujEfc  bien  croire  q«*ils  connaissaient, 
sinon  le  poème  entier  dont  ils  ^nt  partie,  da  moins 
quelque  fragment  éè  cepoêmc.  Mais  ici  s'élève  une  diffi» 
cnlté  :  à  quelle  époque  les  vers  cités  dirent -ils  gravés  sur  la 
toaabe  où  fiertrandi  les  avait  lus  avant  i5iô?  Voilà  ce  qui 
est  igMMré  et  coqv  il  fendrait  savoir  pour  attacher  une  date 
è  la  connaissance  de  notre  pofme  que  suppose  rinscr^- 
ti«m  citée. 

Quoi  qu'il  en  soit,  les  vers  donnés  par  Bcrlrandi  pour 
iépitaphe  de  Raymond  VI  ont  obtenu  à  ce  titre  une  sorte 
de  célébiité  :  i^  ont  été  cités  par  divers  historiens.  César 
^kistr^iame  les  rapporte  dans  son  Histoire  de  Provence, 

les  croyant  de  m^mc  composés  exprès  pour  servir  d'épi- 
lapho  à  Raymond  VI.  Déjà  auparavant  ils  avaient  Hé  cités 
par  le  même  motii  et  avec  la  même  persuasion  par  (iuion 
(le  Malleviile;  nî.ns,  cliez  ce  denùei',  cette  citation  se  coni- 
piiquo  avec  ihk  anin^  à  tous  égards  beaucoup  plus  impor- 
tante pour  \  histoire  de  notre  poème. 

Gtiion  de  Malleviile,  seigneur  du  lieu  de  ce  nom ,  j)rcs 
de  Cazals,  dans  Tancien  Qucrcy,  composa,  vers  le  ctjni- 
mencemeiit  du  xyii*  siècle,  une  chronique  f^énérale  (!<>  sa 
province,  en  remontant  de  son  époque  à  l'antiijuité  la  plus 
reculée.  C'est  dans  cette  chronique  restée  inédite,  et  à  pro- 
pos des  événements  de  la  guerre  contre  les  Albigeois,  que 
Malleviile  a  cité  les  deux  vers,  (ju'il  prend,  comme  Bci- 
irandi,  pour  Tépitaphe  de  Raymond  VI.  Il  ne  s'explique 


»1  INTRODUCTION, 
point  8iir  la  source  d*o&  il  a  tiré  ces  vers  i  il  est  très-pro- 
bable que  eeait  de  k  dironique  toaloiuaiBe  de  Bertrandi. 
Mais  c  est  îndubitablemeBt  d'une  autre  source  qa  il  a  tiré  la 
seconde  citation  que  je  viens  d'annoncer,  et  qui  mérite 
beaucoup  plus  d'attention  que  la  première. 

Arrivé,  dans  sa  dironique»  à  Tannée  1 328 ,  il  parle  de  la 
paix  qui  (ut,  dit^l,  alBrs  proposée  au  comte  de  Toulouse 
par  le  légat  du  pape  au  concile  de  Saint-Gilles,  et  rap- 
porte les  conditions  de  cette  paix.  Il  y  a  dans  ce  qu'il  dît 
là-dessus  des  méprises  de  date  et  de  fidt  qu'il  ne  s'agit 
point  ici  de  relever  :  je  n'ai  besoin  que  de  noter  les  termes 
dans  lesquels  il  s'espiique;  les  voici  :  «Les  conditiotis.de 
•  la  susdite  paix  du  comte  de  Toulouse  à  lui  présentées 
(sont)  contenues  esnwj  un  nombre  de  diansons  qui  fu- 
rent faites  sur  les  plus  importantes  occurrences  et  fré- 
tions de  la  guerre  albigote.  Celle  qui  porte  ladite  propo- 
sition qui  avait  été  envoyée  finâchemeni  audit  comte  par 
le  légat  apostolique  dit  ainsi: 

Lo  comte  de  Toloza  «en  tonM  «n  ToUeo . 
B  intra  a  Tokm  e  pois  a  Montalban.  «  ■ 

Ayant  ainsi  comnioncé  à  citer,  il  continue,  et  rapporte 
38  autres  vers  qui  contiennent  un  résumé  e%Aci  des  con- 
ditions de  paix  imposées  (en  1210)  à  Uavniond  VI,  par 
les  agents  de  l'église  rninaine.  Or  ces  quarante  vers  font 
partie  de  notre  poëme  ;  on  les  y  trouvera,  avec  quelques 
variantes,  aux  pages  98  et  100  (ut*  couplet)  de  ce  vo- 
lume. 

Maintenant  la  citation  de  ce  fragment,  jointe  à  la  ma- 
nière dont  il  est  annoncé  et  amené  par  Malleville,  donne 
naturellement  lieu  à  plus  d*unc  question.  En  eilct,  le  ckro- 


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INTRODUCTION.  xm 
niquenr  du  Qucrcy  parle  «fus  grand  noDoJkre  de  diaiifloos 
historiques  composées  sur  les  socnmnoes  les  plus  graves  de 
la  guerre  des  Alb^ois,  et  il  a  Tair  de  r^prder  le  morceau 
de  notre  poème  cité  par  loi,  comme  f  une  de  ces  chanscms. 
Que  les  éTénements  de  la  Croisade  albigeoise  aû&i  été  en 
leur  temps,  et  dans  les  oontrées  qui  en  forent  le  théâtre , 
célébrés  par  des  chants  populaires  dont  il  pouvait  rester 
encore  desfiragments  au  jkvii*  siècle,  c est  une  supposition 
qui  n  a  rien  que  de  tiis-vrdsimifiable.  Dans  un  endroit  de 
sa  chronique,  autre  que  cdui  dont  il  s  agit  ici,  BlalleVille 
aflirme  connaître  plusieurs  chants  de  ce  genre  sur  divers 
traits  de  l*histoire  do  pays;  il  <Àte  même  le  début  gracieux 
-et  pittoresque  de  run  de  ces  chants,  dont  le  sujet  remon- 
tait à  des  temps  trè»-voisins  de  la  Croisade  albigeoise. 

Que,  d'un autrecôté,  des fragmmls saillants denotxepoême  ^ 
circulassent  encore  oralement  vers  1600  ou  1610  comme 
chants  populaires  de  Tespèee  de  ceux  signalés  par  Malle- 
ville,  et  que  ce  chroniqueur  en  connût  quelques-uns^  eesl  - 
encore  une  chose  très-possible.  Mais  que  le  long  iraient 
rapporté  par  lui  soit  précisément  Vun  de  ces  chants  albi> 
geois  qui  pouvaient  lui  être  parvenus,  la  chose  est  très  peu 
probable.  Le  fragment  dont  il  s'agit  n'a  rien  de  populaire, 
pour  le  fond  ni  pour  la  forme.  Si  important  qu'il  fût  à 
tons  rnjards,  le  fait  auquel  il  se  rapporte  n'était  pas  dv 
ceux  qui  frappent  vivement  l'imagination  des  peuples,  et 
dont  le  souvenir  ne  s'éteint  jamais  complètement  dans  les 
traditions  poétiques. 

Une  autre  raison  m  rmyiêche  de  supposer  que  Maîleviile 
ait  donné  le  fragment  qu  il  cite  de  notn  j»  K'me  d'après  la 
récitation  populaire.  Il  y  a,  il  est  vrai ,  entre  sa  copie  de  ce 
fragment  et  le  texte  du  manuscrit  de  La  Vailière  beaucoup 


JM7  INTRODUCTION, 
de  varûuites;  nuô» ces  yamotes  Mi,  en  général,  peu ini'» 
portantes,  et  n  égalent  pas  à  beaucoup  pièa  oriiea  qtfaurait 
infiiiHiHement  prodattes  une  circnlation  parement  orale 
de  cinq  siècles.  Il  semUe,  daprès  font  cela ,  que  MalievUle 
a  dû  copier  snr  on  manoacrit  le  fn^ent  de  notre  poème 
rapporté  par  lui.  On  peut  sealement,  de  la  natore  et  da 
aombre  des  tarîantes  qoi  cxislent  entre  notre  mannacrit  et 
sa  copie,  cendaie  qae  cdle-ci  t  été  £gite  sor  un  aatiema- 
oascrit  aajourd'liai  tout  à  fait  incoonu. 

Mais  il  y  a ,  d'un  anitcecôté,  nm  difficuhé  réelle  à  sap- 
poaorqae  Malleville  connaissait  et  atait  ea  à  sa  dispositioo 
on  manuscrit  complet  de  notre  poème.  Il  sedaUe  qu'il  an- 
rait  dû,  en  ce  cas,  connaître  le  vrai  sens,  le  vrai  motif  et 
la  place  primitive  des  deux  vers  cités  par  Bertrandi  ;  il  ne 
les  aurait  pas  donnés  purement  et  simplement  pour  Tépi- 
tapfae  do  Raymond  VI. 

Je  ne  vois  guère  qu*oae  manière  de  concilier  cescoutra- 
dictûms,  c'est  de  supposer  que  BiaUeville  ne  connut  point 
de  manuscrit  entier  de  notre  poëme,  et  n'en  eut  sous  les  yem 
que  des  fragments  cpars,  plus  ou  moins  considóraV)los. 

Il  pst  temps  de  tirer  de  ces  laits  divers  1  uiii({ue  corisé- 
queiicp  certaine  qui  en  résulte  pour  l'histoire  de  notre 
poëme.  Kutre  divers  écrivains  du  Midi,  tous  hommes  ins- 
truits pour  leur  temps,  tous  curieux  de  l'histoire  et  des 
antiquités  de  leur  pays,  tous  plus  ou  moiu.s  à  portée  de 
rechercher  1-  Incuracnts  [Kirtius  ou  négliges  de  cette  his- 
toire ,  ayaràt  tous  eu  à  parler  des  désastres  de  la  Croisade 
albigeoise,  et  dès  lors  tous  intéressés  à  découvrir  les  divers 
manuscrits  de  notre  poëme,  il  ne  s'en  trouve  qu'un,  uii 
seul,  Guiou ,  seigneur  de  Mallevilli  ,  (jui  htiuMe  avoir  eu 
de  ce  poëme  une  connaissance  impariaite  et  partielle.  11  est 


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INTRODUCTION.  w 
évident  par  là  que  les  manufiorits  de  cet  ouvrage  étaient, 
dés  le  XVI*  siècle,  devenus  fort  rares  dans  le  Midi. 

Mais  de  ce  fait  tardif  il  n*y  a  rï&n  à  coaelune  rdatU 
vement  à  notre  poème  à  des  époquM  plu»  anciemies. 
Tout  aolarifie  á  penser  que,  dans  sa  nouveauté ,  ce  poênie 
intéressa  vivemeotles  populations  du  Midi,  et  qu'il  s'en  lit 
dès  1ers  un  assez  grand  nombre  de  copies.  Il  est  même 
asses  probable  qu'il  as  fut  pas  Tunique  ouvrage  hiMorique 
composé ,  dans  le  pays,  sur  les  événements  de  la  Croisade: 
îi  semble  naturel  de  supposer  que  des  événements  si  grands 
et  si  nouveaux  durent  inspijgr  à  piu^^dTjm  troubgdour  le 
désir  d'en  perpétuer  la  mémoire.  Il  est  du  moins  certain 
que  tout  (  0  qui  flori«^s:îit  «nrorr  tlors  de  portos  provençaux, 
soulevés  d'indignation  contre  les  excès  et  les  rigueurs  de  la 
guerre  albigeoise,  en  firent,  dans  leurs  compositions  du 
genre  lyrique,  touto  la  justice  qui  dépendait  d'eux.  Plu- 
sieuns  de  ces  < oinpositions,  insérées  dans  h-s  ancicris  re- 
cueils des  poésies  provençales  dé  ce  genr-  ,  nous  sont  pai- 
venufis  avec  ces  recueils.  Les  chances  de  u*nserv  ation  et  de 
durée  n  étaient  pas  à  beaucoup  près  aussi  favorables  aux 
productions  de  longue  haleine,  comme  i  étaient  générale- 
ment celles  de  forme  narrative. 

Si  les  troubadours  dirent francbcmenl  et  e/juragcuscment 
son  fait  il  ia  t.roisade,  celle-ci  en  prit  bien  sa  revanche.  Ses 
suites  furent  mortelles  pour  la  poésie  provençale,  i^s  pro- 
cédures de  l'inquisition  contre  les  personnages  .suspects 
d'^bérésie,  l'institution  d'une  université  i  Toulouse,  vers  le 
milieu  du  un*  siède  «  k  guerre  déclarée  aux  livres  écrits 
an  langue  romane,,  et  partiAulièpemeQt  à  «eux  où  Ton 
voyait  quelque  efaoïit^  d'bMif ne  an  de  £i¥onJ>ie  k  ïh^ 
résie,  ftceâérèrent  la  slmle  da  la  tittératore provençale: 


XVI  INTRODUCTION, 
elles  la  tuèrent  en  fleur,  sans  lui  laisser  le  temps  de  porter 
des  fruits.  Dès  les  premières  années  dn  mr*  siède»  on 
n  écrivait  presque  plus  en  provençal,  et,  dans  le  peu  qui 
s*écrivait,  on  ne  reccmnaîssait  plus  fídiome  des  trouba- 
dours. Quelques  années  plus  tard  cet  idiome  cessa  d*étre 
entendu. 

Les  manuscrits  provençaux  de  tout  genre  qui  avaient 
jusque-là  survteu  à  la  guerre  qnon  leur  fusait,  et  qui 
pouvaient  être  encore  úon  assez  nombreor,  devinrent  de 
{dus  en  plus  rares,  de  moins  en  moins  compris,  et,  dans 
le  courant  même  du  ziv*  siècle,  le  moment  arriva  où,  se 
trouvant  tout  à  &it  inutiles  et  hors  d*usage,  ils  redevinrent 
innocents. 

Ce  frit  sans  doute  vers  les  premiers  temps  de  cette  nou- 
vdle  période ,  que  quelqu'un  des  rares  manuscrits  de  notre 
poëme  échappés  àla  destruction,  tomba  entre  les  mains  d  un 
jurisconsulte  toulousain.  Ce  jurisconsulte,  se  trouvant  être 
un  homme  d'érudition  et  de  sens,  fut,  comme  il  était  na- 
turel ,  frappé  de  tout  ce  qu  il  trouva  de  neuf  et  d'intéressant 
pour  le  pays  dans  Vœuvre  du  vieux  troubadour  anonyme, 
*  et  se  mit  à  la  traduire  dans  l'idiome  actuel  de  Toulouse, 
lui  donnant  un  autre  ton ,  une  autre  allure ,  une  autre 
forme  plus  simple ,  que  la  forme  originale.  Cette  espèce  de 
transformation ,  achevant  de  rendre  l'ancien  texte  proven- 
çal inutile,  dut  en  accroître  encore  la  rareté,  et  augmenter 
pour  lui  les  chances  de  destruction  et  de  perdition.  En  un 
mol,  la  notivellc  liistoire  en  prose  naïve,  facile,  et  dès  lors 
accessible  aux  lecteurs  vulgaires,  dut  prendre  assez  promp- 
lenient  la  place  de  la  vieille  histoire  envers  que  personne  ne 
pouvait  plus  comprendre  sans  beaucoup  d'étude ,  ni  même 
avec  beaucoup  d'étude  comprendre  toujours  à  coup  sûr. 


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INTRODUCTION. 


XTII 


IV. 

Maintenant  quel  eet  Fautenr  de  notre  poème?  —  Je  l'ai 
déjà  pins  d'une  fois  qualifié  d'anonyme.  C'est  une  asser- 
tion à  justifier  contre  ceux  qui  ont  cm  trouver  dans  récrit 
même  le  nom  de  Técrivain.  B  est  vrai  que,  dès  lie  début  du 
livre,  un  certain  Guillaume  deTudela»  en  Navarre,  pariant 
de  lui-même  i  la  troisième  personne,  semble  se  proclamer 
l'auteur  de  ce  livre;  il  est  vrai  que  dans  un  autre  passage 
il  est  dit  de  ce  même  Guillaume  qu'il  commença  son 
œuvre  au  printemps  de  Tannée  laio.  Or  ces  notices  ont 
été  prises  à  la  lettre  par  tous  ceux  qui  ont  eu  jusqu'ici 
quelque  motif  d'y  faire  attention. 

Le  rédacteur  du  catalogue  de  la  bibliotbèque  de  M.  de 
La  Vallière,  dans  la  description  qu'il  a  donnée  de  notre 
manuscrit,  sous  le  n*  2708  de  ce  catalogue,  attribue  sans 
bésitation  notre  poème  à  Guillaume  de  Tudèk.  Les  autres 
écrivains  auxquels  il  appartenait  d'examiner  et  de  rectifier 
cette  assertion  se  sont  bornés  à  la  répéter;  et  M.  Rftynouard 
lui-mênio  semble  n'avoir  fait  mention  du  poëme  que  pour 
avoir  l'occaMon  d'en  signaler  Guillaume  de  Tudèle  comme 
l'auteur. 

Les  raisons  de  suspecter  l'exactitude  de  ces  notices  étaient 
cependant  bien  saillantes  et  bien  directes.  Et  d'abord  ce 
Guillaume  de  Tudèle,  qui  au  début  du  poëme  en  est  pré- 
senté comme  l'auteur,  n'est  pas  mentionné  tout  simple- 
ment comme  un  personnage  ordinaire,  comme  un  brave 
clerc  plus  ou  moins  babile,  qui,  ayant  vu  de  ses  yeux  les 
événements  de  k^errealbigeoise,  se  trouve  naturellement 
par  là  autorisé  à  les  raconter;  Guillaume  est  donné  pour 


xm  INTRODUCTION, 
un  savant  nécromancien,  qui  n'avait  pas  eu  besoin  devoir 
les  événements  qu'il  voulait  décrire  :  il  les  avait  prévus  par 
la  puissance  surnaturelle  de  son  art,  et  les  avait  non  ra- 
contés, mais  prédits.  Or  Fou  ne  trouTera  pas,  je  pense, 
trop  de  scepticisme  à  douter  que  notre  poëme  ait  eu  véri- 
tablement pour  auteur  un  nécromancien ,  un  enchanteur. 

En  second  lieu,  le  poème  dont  il  s'agit  est  dans  un 
idiome  assez  incorrect  et  asses  grossier,  mais  au  fond  pro- 
vençal, il  fiillait  donc  se  demander  s'il  n*y  avait  pas  beau- 
coup d'invraisemblance  à  le  faire  composer  par  un  clerc 
navarrais,  dans  une  ville  de  la  Navarre.  Xignore  quelle 
langue  on  parlait  à  Tudéle  vers  laio;  c'était  peut-être 
encore  le  basque,  mais,  à  coup  sûr,  ce  n'était  point  le  pro- 
vençal. 

Ce  n'est  pas  tout  :  il  y  a  des  raisons  plus  expresses  encore 
de  tenir  pour  de  pures  fictions  les  notices  concernant  Guil- 
laume de  Tudéle  :  c'est  que  ces  notices  sont  toutes  en  con* 
tradiction  formelle  avec  d'autres  ^arses  çi  et  là  dans  le 
poème,  et  qui,  se,  rapportant  indubitablement  à  son  auteur, 
nous  en  apprennent  tout  ce  qu'il  est  aujourd'hui  possible 
d'en  savoir.  Ces  dernières  notices,  auxquelles  personne  n'a 
pris  garde,  étaient  néanmoins  les  seules  qu»  méritaient  un 
peu  d'attention,  et  je  les  ai  recueillies  avec  soin.  Nous  n'y 
rencontrerons  pas  le  nom  de  notre  poêle,  mais  nous  y  trou- 
verons, ce  qui  vaut  mieux,  des  indices  sur  sa  condition  et 
sur  quelques-unes  des  particularités  de  sa  vie. 

El  d'abord,  quant  à  la  patrie  do  notre  poète,  il  n'y  a  pas 
lieu  de  douter  qu'il  ne  fût  du  midi  de  la  France,  et  de 
cette  portion  du  midi  comprise  entre  le  Rhône  et  les  Pyré- 
nées, qui  fut  depuis  le  liaT]p;iiodoc.  Mais  une  notice  si  vague 
aurait  besoin  d'être  un  peu  précisée,  et  ne  peut  l'être  que 


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INTRODUCTION.  xix 
parcoojectiire.  Plusiettfs  traits  des  i^its  de  ce  poéèe  sens- 
bleDt  indiquer  que ,  s'il  n  était  point  né  à  Toulouse  ou  dans 
les  environs,  il  y  avait  du  moins  longuanent  séjourné*  et  y 
avait  contracté  des  liaisons  et  des  habitudes  qui  lui  étaient 
chères.  On  ne  peut  guère  expliquer  autrement  que  par 
L*une  ou  l'autre  de  ces  deux  suppositions  l'espèce  d'inté- 
rêt passionné  avec  lequel  il  parie  de  Toulouse,  quand  il 
en  parie  librement  et  dans  toute  la  franchise  de  sa  pensée. 
11  est  rare,  en  effet,  quil  prtmonce  le  nom  de  cette  ville 
sans  l'accompagner  de  quelque  épithète  admirative  et  louan- 
geuse; cest  Toulouse  la  gnnde  ou  la  riche,  cest  la  ville 
des  palais,  cest  la  reine  et  la  fleur  des  villes. 

En  confirmatÌMi  de  ce  premier  indice  général,. s'en  pré- 
sente un  autre  plus  particulier.  C'était  le  trop  fameux  Fol- 
quri.  de  Marseille,  qui,  de  galant  troubadour,  devenu 
d'abord  moine,  occupait  ,  à  l'époque  dont  il  s'agit,  le  siégo 
épisoopal  de  Toulouse.  Or  notre  poète,  pariant  de  lui,  le 
iiotnine  plus  d'une  fois  notre évéque ;  et  comme  cest  le  seul 
évéque  qu'il  désigne  ainsi,  une  telle  désignation  de  sa  part 
a  l'air  d'être  réfléchie  et  significative. 

11  est  aussi  à  noter  que  de  tous  les  événements  racontés 
par  notre  poète,  ce  sont  ceux  qui  se  passent  à  Toulouse 
qu'il  raconte  non-seulement  avec  le  plus  d  intérêt  et  d'amour, 
mais  avec  le  plus  de  précision  et  de  détail ,  et  qu'il  peut  le 
nioiusse  passer  d'avoir  vus,  pour  en  parler  comme  il  le  liait. 
Enfin  la  position  géographiqtie  de  Tonloiisr  n'-pond  assez 
hieii  à  colle  d'où  notre  auleur  indlfiiif  ou  décrit  divers 
iteux  éloignés  où  se  passent  des  événements  qui  l'inté- 
ressenL 

Mais  c'en  t  sl  asse/,  sur  et  point  :  j'aime  mieux,  parmi  les 
traits  de  notre  poëme  rclatiiis  à  la  vie  de  l'auteur,  choisir. 


é 

INTRODUCTION, 
pour  m'y  arrêter,  cetu  qui ,  se  rapportant  plus  directement 
á  la  conditîoa,  aux  babitudes  et  aux  rdations  de  oelui-ci, 
doivent  par  cela  même  nous  fournir  des  données  plus  po- 
sitives pour  apprécier  certaines  particularités  caractéris- 
tiques  de  son  ouvrage. 

Notre  poète  parle  avec  un  certain  détail  de  la  tragique 
destinée  du  vicomte  de  Béziers,  de  ce  jeune  prince.  Tune 
des  premières  et  des  plus  intéressantes  victimes  des  vio- 
lences de  la  Croisade  albigeoise;  et  il  en  parle  avec  une 
émotion,  avec  un  intérêt  dont  il  semble  avoir  besoin  de 
s  excuser.  G*est  dans  cette  vue  qn  il  affirme  n'avoir  jamais 
eu  aucune  liaison  personnelle  avec  le  malheureux  vicomte. 
Il  ne  le  connaissait,  ditril,  que  de  vue,  et  né  Tavait,  ajoate- 
t-tl  ausàtôt,  vu  qu'une  seule  fois  en  sa  vie,  mais  dans  une 
circonstance  solennelle,  dont  il  avait  gardé  un  vif  souvenir, 
il  sétait  rencontré  avec  lui  aux  fêtes  du  mariage  de  Ray- 
mond VI,  comte  de 'Toulouse,  avec  Eléonore,  sœur  de 
Pierre  II,  roi  d'Aragon. 

Il  y  a  quelque  incertitude  sur  la  date  précise  de  ce  ma- 
riage et  de  ces  fêtes.  D'après  certains  documents  il  faudrait 
lesmettreen  ii 98; d*aprés  d'autres  en  lao^  ou  i3o3.  Mais 
peu  importe  cette  discordance  de  dates;  tout  ce  que  j'ai 
besoin  de  noter  ici  relativement  aux  n^jouîssances  du  ma- 
riage de  Raymond  VI  et  d'Kléonore  d'Aragon,  c'est  que 
notre  autt>ur  y  avait  assisté.  Or,  à  quel  titre,  en  quelle  qua- 
lité V  avait-il  a.ssisté  La  {{ucstion  ri"»\st  point  gratuite  et  il 
n'est  pas  diflicile  d  y  répon(lr(\  Notre  anunyiiic  n'était  pas 
àcoupsûi  un  personnage  de  rang  royal  ;  ce  u  était  ))as  nn 
puissant  seigneur  s<'  rencontrant  avec  ses  pairs  dans  une 
circonstance  niéuïorable  :  ce  devait  cire  tout  simplement 
un  de  ces  hommes  qui,  sous  ic  nom  encore  glorieux  alors 


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INTRODUCTION.  xu 
de  troubadbon ,  ou  sous  celui  pliu  modeste  et  plus  vague  de 
jongleurs,  cultivaient  le  genre  de  poésie  tAon  florissant 
-  dans  le  midi  de  la  France. 

Non-seulement  ces  hommes  étaient  admis  a  toutes  les 
fêtes;  ils  y  étaient  nécessaires,  ik  en  Élisaient  une  des  plus 
hautes  joies,  Us  y  récitaient,  ils  y  chantaient  leurs  vers  ou 
eeux  de  leurs  devanciers;  ils  s  y  disputaient  le  prix  de  leurs 
arts  respectif,  et  ne  se  retiraient  ^e  plus  ou  mmns  com- 
blés d'honneurs,  de  louanges  et  de  pr^nts,  selon  leur  plus 
ou  moins  de  tal^t,  de  renommée  on  de  bonne  fortune. 

Que  Fauteur  de  notre  poème  neAt  point  composé  ce 
poSme  dans  le  transport  momentané  d*une  ^ntaisie  étran- 
gère à  ses  habitudes,  qjàìì  ne  fût  point  un  sim^e  amateur 
de  poésie,  mais  bien  un  poète  de  profession,  fun  de  ces 
troubadours  ou  jong^urs  qui  vivaient  de  ce  qu'ils  gagnaient 
à  cbanter  leurs  vers  de  cour  en  cour,  c  est  un  fÌEiit  qui  ne 
fût-il  constaté  que  par  le  passage  cité  de  notre  pocme,  le 
serait  déjà  saflisammcnt;  mais  il  l'est  encore  par  d'autres 
passages  plus  explicites  et  plus  dédsiis  que  le  premier. 

Ainsi,  par  exemple,  on  verra  que,  presque  dès  le  début 
de  sa  narration  (v.  1 19  etsuiv.) ,  notre  poêle  fait  très-<)X|>res- 
sément  allusion  à  la  fameuse  bataille  deàlMaves  deTolozo, 
gagnée  en  la  12  parles  rois  chrétiens  de  l'Espagne,  !ij;ut  s 
contre  les  musulmans  de  l'Afrique  et  de  la  Péninsule.  La 
lutte  avait  été  des  plus  sanglantes,  la  victoire  fut  des  plus 
glorieuses.  11  y  avait,  dans  les  exploits  dont  elle  fut  le  prix, 

quoi  émouvoir  toutes  les  imaginations  poétiques  de  l'é- 
poque, tant  en  deçà  qu  au  delà  des  Pyrénées.  On  trouve 
encore  aujourd'lini,  dans  les  aju-iens  rp(!uriis  de  pnôsirs 
provençales,  des  chants  inspirés  par  cette  victoire  décisive  ; 
et  notre  poète  inconnu  fut  peut-être  l'un  de  ceux  qui  la  cé- 


xin  INTRODUCTION, 
lébfèreot.  Il  manifeste  ftu  moins  trtfr^vement,  dans  le 
passage  indiqué,  le  projet  qu'il  a  de  faire  de  k  bataille 
des  Naves  le  thème  d'un  oonvean  poème  «  ou,  pour  parler  * 
comme  son  teiflps  et  oomm^  lui,  ■  d'une  bonne  chanson 
nouvelle,  toute  sur  beau  parchemin.  > 

Mais  l'endroit  de  tout  son  poëme  que  notre  auteur  a  le 
plus  fortement  empreint  de  son  cachet  de  troubadour  ou 
rie  jongleur  de  profession  est  un  passage  auquel  j'ai  déjà 
lait  rapidement  allusion,  et  sur  lequel  je  dois  ro venir  ici. 
C'est  celui  où,  parlant  à  la  troisième  personne  deaou  pré- 
tendu Guillaume  de  Tudèle,  il  dit  que  ce  Guillaume  com- 
mença son  otivrage  en  i  q  i  o  ,  à  Mont^itiban.  Dans  le  pas* 
sage  qui  suit  immédiatement  cette  indication  mensong^, 
notre  auteur,  abandonnant  tout  à  coup  son  nécromancien 
navarrais,  prend  cliaudement  la  parole  à  la  première  per- 
sonne, pour  entamer  unr  lamentation  où  l'on  ne  saurait 
douter  qu'il  ne  parle  pour  son  rompte,  dans  \p  srntinient 
et  dans  l'intérêt  de  sa  prolessioii.  C.  osl  une  ianifMitation 
moitié  larmoyante  t"t  moitié  iiiì  ihoiulí^  sur  1  iii^ratltudc  et 
l'avarice  <ies  grands  seigneurs  i  t  des  (ours  qui,  au  lieu 
d'accueillir  et  d'encourager  les  joni^N  urs  et  les  troubadours 
distinf/iK's  au  lieu  de  les  p^ralifici,  selon  l'antique  usage, 
de  riclio  manteaux,  do  lu-aux  vêtemeiil.s  rie  soie,  de  bons 
(•hr\  ;ui\  ou  palt'Imis  broton.s,  se  passiMif  d  t-nx  un  ne  leur 
doiinenl  rien,  f^ardant  leurs  faveuis  df  liasard  pour  d  ab- 
jecls  (M  i<i;norants  jon«ileui>,  upj)n)|)rc  de  l'art.  «Le  temps, 
dil-ii,  est  devenu  si  dur,  et  si  snrdides  sont  maintenant 
les  homnuvs  de  grande  seigneurie,  ceux  qui  devraient 
offrir  l'exemple  de  la  courtoisie,  (jiiils  ne  savent  plus 
donner  la  valeur  d  un  bouton.  Aussi  iie  Imir  deniandé-je 
pas  cbose  qui  vaille  un  charbon  de  la  plus  vile  cendre  de 


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INTRODUCTION.  lun 
leur  foyer.  Que  Dieu  les  coofoode,  le  Seigneur  qui  fìt  le 
del  et  le  toiuierre  I  ■ 

Justes  ou  fausses ,  ces  plaintes  étaient  devenues  si  fré- 
quentes parmi  les  troubadours  et  les  jougleurs,  quelles 
avaient  fini  par  être  un  des  lieux  communs  de  leur  poésie* 
Peut-être  y  avait^-il  parmi  eux  quelques  esprits  trop  sensés 
on  trop  fiers  pour  se  laisser  aller  à  ces  oiseuses  décla- 
mations; mais  on  peut  comprendre  à  coup  sûr  dans  la 
foide  des  jon{;leurs  et  des  troubadonn  de  profession  qui- 
conque parlait  comme  nous  venons  d'entendre  parler  notre 
poêle. 

Au  surplus,  œs  déclamations  satiriques  auxquelles  noire 
auteur  se  livre  en  sa  qualité,  et  comme  en  preuve  de  sa 
qualité  de  jongleur,  il  les  dément  comme  historien.  Ces 
mêmes  seigneurs  qu*il  hlAme  et  condamne  en  masse,  il  les 
loue  et  les  célèbre  un  à  un,  à  mesure  qu'ils  interviennent 
comme  acteurs  dans  ses  récits.  Je  me  bornerai  â-  noter  ici  les 
éloges  dont  il  comble  Roger  Bernard,  fib  du  comte  de  Foix, 
parce  qo*il  y  a  dans  ces  éloges  des  traits  qui  impliquent 
une  particularité  de  quelque  intérêt  dans  la  vie  de  notre 
troubadour  albigeois.  Ce  troubadour,  qui  a  fréquemment 
roccasiodide  parler  du  jeune  seigneur,  ne  manque  guère  de 
joindre  i  son  nom  quelque  qualification  brillante,  quelque 
loviange  poétique.  Ayant,  une  fois  entre  autres,  nommé 
Roger  Bernard,  il  ajoute  aussitôt,  comme  pour  préciser  une 
désignation  trop  vulgaire  et  trop  simple  pour  lui,  Roger 
Bernard ,  celai  qui  me  don  et  me  met  en  ^lendeur^.  L'expression 
est  hardie,  elle  est  bizarre ,  elle  est  ce  que  Ion  voudra ,  mais 
die  est  dans  le  génie  de  la  poésie  provençale,  et  il  ny  a 
point  d  mcertitude  sur  la  manière  dont  elle  doit  être  en> 

'  C11CU.T.713S. 


im  INTRODUCTION. 

tendue  ici  :  elle  siguiile  positivement  que  noir  c  poëte  avait 
vécu  dans  riatimité  da  comte  de  Foix ,  et  qu  d  avait  été 
par  lui  comblé  de  dons  et  de  bienfaits. 

Encore  un  passage  de  ce  poète,  dont  il  y  a  aussi ,  ce 
me  semble,  qadque  chose  k  déduire  pour  sa  biographie. 
Au  couplet  xxxTii,  vers  85 3  et  suivants,  il  est  parlé  de  Si^ 
mon  de  Montfort  et  de  Guillaume  d'Encontre,  fun  des 
principaux  et  des  plus  vaillants  chefe  de  la  Croisade.  Après 
le»  avoir  hautement  loués  tous  les  deux,  l'auteur  ajoute, 
pour  combler  l'éloge,  que  si  les  royaumes  de  Portugal  et 
de  Lé<m  avai^it  des  che&  pareils  à  ceux-là,  ils  seraient 
incomparablement  mieux  gouvernés  quHls  ne  le  sont  par 
ces  huemis  coquins  9111  y  sont  rots,  et  qu  B  ne  prise,  lui 
jon^eur,  pas  an  bouton.  On  ne  sait  trop  comment  expliquer 
une  boutade  qui  éclate  si  vivemrat  et  si  hors  de  propos. 
Hais  le  fait  est  que,  vers  les  temps  où  écrivait  notre  poète, 
le  Portugal  et  le  royaume  de  Léon  étaient  agités  de  dis- 
cordes civiles  fort  scandaleuses;  et  il  y  a  tout  lieu  de  croire 
que  notre  troubadour  avait,  comme  tant  d'autres,  passé 
les  Pyrénées,  visité  les  royaumes  chrétiens  de  la  Péninsule, 
et  y  avait  contracté  des  relations  et  des  aflectîoas  à  raison 
desquelles  il  continuait  à  prendre  intérêt  à  tout  ce  qui  ad- 
venait dans  ces  royaumes  de  prospère  ou  de  fâcheux.  Al'ap^ 
pui  de  cette  conjecture  vient  directement  rallusion  que 
j'ai  dit  t(nit  à  Theure  que  notre  poëte  a  faite  à  la  bataille 
des  Naves  de  Toloze,  allusion  de  laquelle  l'éloge  du  roi  de 
Navarre  ressort  d'une  manière  qui  autorise  à  y  soupçonner 
des  motifs  personnels. 

Je  n'ai  plus  qu'un  mot  à  dire  sur  la  binf;raphir  dr  notre 
pfn'tp ,  mais  un  mot  qui  n'est  pas  sans  quelque  importance 
pour  l'appréciation  du  poëme.  Une  des  particularités  dont 


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INTRODUCTION.  iiv 
OB  s'assure  leplvs  «ìsáment  i  la  lecture  atlentÎYC  de  celui- 
ci,  cest  que  Faiiteiir  avait,  dans  toutes  les  parties  du 
Midi  envahies  par  la  Croisade,  une  foule  de  connaissances 
oud'amis,  qui  purent  lui  raconter  dans  le  plus  grand  dé- 
tail ceux  des  incidents  de  la  guerre  albigeoise  qu'il  n  avait 
pu  voir  lui-m^mo.  Il  se  borne  d  ordinaire  à  indiquer  d'une 
manière  tout  à  £ait  vague  les  personnages  de  la  bouche  des- 
«pads  il  avait  pu  apprendre  quelque  chose.  Ce  n'est  que  ra* 
renient  et  comme  par  hasard  qu'il  en  désigne  positivement 
quelquesmns  par  leurs  noms;  mais  ces  désignations  sont 
pairfois  asses  curieuses.  C'est  ainû,  par  exemple,  que  dans  le 
couplet  Lxxxiv^v.  1^83  etsuiv.,  ayant  conté  comment  une 
centaine  d'Albigeois  furent  pris  dans  une  lour  où  les  avaient 
cachés  leurs  parents  ou  amis  catholiques,  il  déclare  aus- 
sitôt que  le  fait  lui  a  été  conté  par  don  hsam.  Or  le  don 
Izarn  que  notre  auteur  signale  ici  comme  une  de  ses  au- 
torités parait  être  le  même  qu'un  moine  Izarn  dont  j'aurai 
l'occasion  de  parler  ailleurs,  à  propos  d'une  longur  pière 
en  vers  provençaux  de  sa  composition,  dans  laquelle  il 
donne  les  détails  les  plus  curieux  sur  les' mœurs,  les  pra- 
tiques et  les  opinions  des  hérétiques  albigeois.  Avant  été, 
à  ce  qu'il  jiarut,  tnute  sa  vie  engagé  dans  les  poursuites 
de  tout  genre  dirigées  contre  les  hérétiques,  ce  moine  sa- 
vait et  avait  indubitablement  à  dire  beaucoup  de  choses 
d'eux,  de  sorte  que  ses  relations  avec  notre  poëte  sont  une 
circonstance  k  noter  dans  la  vie  de  celui-ci. 

Telles  sont  les  conjc(  tiin'^  les  |)liis  |)l;uïsil)ies  que  je 
puisse  faire,  les  notices  les  plus  positives  que  je  puisse  don- 
ner sur  l'auteur  de  notre  poëme.  Si  incomplètes  et  si  in- 
cohérentes que  l'on  puisse  les  trouver,  ces  notices  doivent 
néanmoins  sufhrc  pour  démontrer  que  cet  auteur,  sil  se 

d 


uvi  INTRODUCTION, 
nommait  Guillaume,  ce  qui  se  peut,  maift  ce  que  rien  ne 
constate,  n'était  du  moins  pas  de  Tudéle  en  Navarre  ;  qu'il 
n*étatt  ni  nécromancien,  ni  enchanteur,  ni  mèms  derc. 
Je  crois  avoir  prouvé  qu'il  était,  sinon  de  Toulouse,  au 
moins  dn  voisinage,  et  qu  il  appartenait  à  ces  ordres  poé* 
tiques  qui ,  sous  la  dénominalioD  de.  troubadours  et  de 
jougleois,  constituaient  alors  f  une  des  profiesaîons.  Tune 
des  classes  de  la  société  du  midi  de  la  France.  S*îl  a  caché 
son  nom  et  sa  condition  véritaldes  sous  des  fictions,  qui 
n  ont  pas  même  le  spécieux  de  la  vraisemblance,  ce  n  a 
pas  été  par  un  caprice  individuel  :  il  Ta  £iit  à  dessein;  et 
pour  se  G(Hifi>rmev  à  Tusage  constant  des  troubadours  dans 
leurs  compositions  du  genre  épique.  Aspirant  tous  à  fiiire 
passer  ces  oompontions  pour  de  respectables  légendes,  , 
ponr  de  vieiUes  bistoires  que  les  clercs  auraient  bien  voulu 
cacher  au  publie,  ils  les  divulguaient aous:  des  noms  sup- 
posés et  avec  raccoropagnement  peu  varié  de  mensonges 
imaginés  pour  donner  du  crédit  à  leurs  assertions. 

Peut-être  notre  auteur  écrivit-il  d'autres  poëmes  ;  c'est 
un  projet  qu'il  aùnonce  en  maint  endroit  de  odlui-ci.  Peut- 
être  aussi  composait-il  des  pièces  lyriques,  auxqueUes  il 
dut,  à  l'exemple  général  des  poètes  provençaux,  attacher 
son  nom  et  sa  renommée.  Dans  ce  cas,  notre  troubadour 
pourrait  être  l'un  de  ceux  dont  le  nom  est  venu  jusqu'à 
nous,  sans  que  nous  puissions  dire  lequel  ;  car,  dans  tout 
ce  que  nous  avims  ou  savons  aujourd'hui  des  troubadours, 
il  n*y  a  pas  un  mot  qui  puisse  être  rapporté  avec  une  cer- 
taine vraîsemblanoe  ni  à  notre  poète  albigeois  ui  à  son 
ouvrage. 

Une  chose  me  porterait  néanmoins  à  doulor  que  ce  poète 
iuconnu  ail  jamais  liguré  parmi  les  troubadours  célèbres; 


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INTRODUCTION.  xvm 
c  était  de  leur  talent  dans  les  genres  lyriques  que  oeuiL-cÌ 
tiraient  la  part  la  plus  brillante  et  la  plus  oertaine  de  leur 
renommée  poétique  ;  c'était  là  qu^ik  aimaient  à  fiiire  pa*- 
rade  de  tons  les  raffinements  de  style,  de  tout  l'artifioe  de 
langage  dont  ils  se  piquaient,  à  un  degré  que  nous  sommes 
aujourd'hui  bien  loin  de  soupçonner.  Or,  même  en  suppo- 
sant à  notre  poète  beaucoup  plus  d*étudeet  de  connaissance 
du  provençal  qu-il  n  ^  montre  dans  son  poème,  je  ne  puis 
me  le  figurer  capable  de  Félégance,  des  finesses  et  de  la 
correction  exigées  dans  les  genres  lyriques.  Sa  langue  est 
d'une  rudesse,  d'une  ineorreetion,  d'une  monotonie  qui 
ont  plus  Tair  de  proYenir  d'un  manque  radical  de  savoir  et 
de  goèt  que  d'une  nég^gtnoe  ou  d^une  rapidité  acciden- 
telle. 

0  y  «  donc  apparence  que  notre  poète  ne  fat  point  du 
nombre  des  troubadoun  éminents,  de  ceux  qui  se  firent  au 
XII*  et  au  ini'  siècle  une  renommée  dont  l'éebo  remplit 
encore  le  monde  poétique.  Il  me  semble  plus  naturel  de 
supposer  que  s'il  obtint  quelque  célébrité,  oe  dut  être 
plut6t  parmi  les  basses  classes  de  la  société  que  dans  les 
cours  et  les  châteaux.  Mais  nous  allons  voir,  dans  ce  qui 
me  reste  À  dire  de  lui,  qu'il  manqua  plus  de  culture  que  de 
gémc*  et  qu  entre  les  vieux  poêles  provençaux  oubliés  ou 
méconnus  il  en  est  peu  qui  eussent  autant  de  droits  que 
lui  à  un  retour  de  renommée,  á  ce  retour  était  possible. 

V. 

Plus  les  noticos  précédentes  sur  le  pays,  la  vie  et  la  con- 
dition de  notre  poète  albigeois  paraîtront  vraies  ou  vrais«^m- 
biables,  et  plus  elles  dmvent  provoquer  de  questions.  On 

i. 


xxviiî  INTRODUCTION, 
doit  demander  bui  Loul  jusqu'à  quel  point  et  en  cpiel  sens 
peuveul  être  donnés  et  pris  pour  historiques  les  récits 
d'un  troubadour  inconnu ,  écrivant  pour  un  public  igno- 
rant et  insatiable  de  fictions  >  d'un  troubabour  n'ayant  eu 
pour  maîtres,  dam  Tart  de  narrer,  que  des  poètes  roman- 
ciers accoutumés  à  doniwr  pour  vraies  des  fiibles  inveotées 
dans  Imtention  formelle  de  renchérir  sur  d'antres  fables  P 
Toute  la  suite  de  ce  discours  ne  sera ,  pour  ainsi  dire,  qu'une 
réponse  à  ces  questions. Mais  je  dois  y  faire  dès  à  présent  une 
réponse  directe  sommaire. 

En  tout  ce  qui  en  constitue  la  substance  et  le  fend,  le 
motif  et  le  but,  le  poème  sur  la  Croisade  albigeoise  est  vé- 
ritablement et  de  tout  point  une  histoire,  je  veux  dire  le 
récit  fidèle  d^événements  que  le  narrateur  a  vus  de  ses  pro- 
pres yeux,  ou  quil  a  entmdus  de  la  bouche  de  témoins  de 
sa  connaissance,  dont  il  pouvait  apprécier  la  véracité. 

Je  suis  loin  d'affirmer  quil  n'y  ait,  dans  ce  récit,  ni 
erreur  ni  méprise.  Quelle  est  l'histoire  de  &îts  humains, 
écrite  par  un  homme ,  dont  on  oserait  dire  pareille  chose  ? 
Ce  que  je  déclare  sans  hésiter,  et  avec  une  conviction  qui 
sera  partagée  par  tout  lecteur  attentif,  c'est  qu'il  n'y  a  point, 
dans  notre  poëme,  d'erreur  ni  de  méprise  volontaire  de  la 
par  t  de  Fauteur;  c'est  que,  de  tout  ce  qu'il  raconte,  celui-ci 
n'a  rien  inventé,  pas  plus  dans  la  vue  de  plaire  à  son  pu- 
blic que  dans  celle  de  le  tromper.  H  a  bien  ou  mal  vu , 
bién  ou  mal  senti  les  choses  d<»t  il  parle  ;  mais  il  les  dit 
franchement  comme  il  les  a  vues  et  senties ,  comme  il  sait 
les  dire  :  il  a  voulu  être  historien ,  et  l'a  été  de  tout  son 
pouvoir. 

Pris  en  masse  et  sur  les  points  capitaux,  s'  s  récits  s'ac- 
cordent avec  les  autres  récits  accrédités  du  même  événe- 


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INTRODUCTION.  uix 
niQDt;  et,  sur  les  pointi  fleotmdiûresoù  ils  les  eontiedisent, 
ils  ont  leur  vraiseinUanoe  et  leur  part  dsniorité.  Maïs  œ 
qui  distingue  esBentidlement  et  avec  un  immense  aran- 
notre  histoire  de  la  Croisade  albigeoise  de  toutes  les 
autres  jusquUci  connues,  c*est  une  midtitude  de  faits  im- 
portants ou  de  détails  curieux  qae  Ton  chercherait  vaine-^ 
ment  dans  ces  dernières;  c'est  une  foule  de  particularités 
toutes  plus  ou  moins  caractéristiques,  soit  de  révénement 
att<juel  elles  se  rapportent,  soit  du  pays  et  de  Tépoque  où 
cet  événonent  se  passa.  C'est  à  raison  de  tout  cela  que  les 
récits  de  notre  troubadour  fonnent  une  histoire  non-seu- 
lement plus  intéressante,  non-seulement  plus  curieuse,  mais 
plus  complète  et  plus  vraie  que  toutes  odies  dont  elle  peut 
être  rapprochée. 

Si  maintenant,  laissant  de  côté  tout  ce  qui  concerne  ie 
fond,  la  substance  même  de  ces  récits,  l'on  vient  à  en 
examiner  la  forme,  le  style  et  le  ton,  ce  n'est  point  la  forme, 
ce  ne  sont  point  le  style  et  le  ton  convenus  de  l'histoire 
que  l'on  y  trouve.  Sous  ces  divers  rapports  notre  histoire 
est  une  œuvre  toute  poétique;  elle  appartient  de  tout  point 
à  un  système  détcrniiuó  de  poésie,  dont  elle  oflre  tous  les 
caractères,  dont  elle  a  subi  toutes  les  influences. 

C'est  celte  combinaison  intime  d'un  fond  purement  et 
strictement  historique  avec  des  formes  et  des  accessoires 
poétiques,  qui  caractérise  particulièi  rmmt  1  œuvre  de 
notre  auteur  albigeois,  qui  en  fait  un  monuuient  précieux, 
et  l'on  peut  dire  unique  dans  la  littérature  du  moyeu  âge. 
Faire  connaître  celle  œuvre,  ce  n'est  au  iond  que  démêler 
le  principe  et  les  effets  de  celle  combinaison  dont  elle 
est  le  résultat  indivisible  ;  et  c  est  ce  que  je  vais  essaver  de 
faire.  Mais  pour  cela  il  est  indispensable  de  donner  aU' 


XXX  INTRODUCTION, 
paravani  qaelqoe  idée  du  système  de  poésie  auquel  appar- 
tient par  toutes  s(.s  luîmes,  par  tous  ses  accessoires,  notre 
histoire  de  la  Croisade  albigeoise. 

VI. 

Dès  le  u*  siècle  k  latin  éiait  oublié  dans  le  midi  de  k 
France,  non-aeulement  comme  idkMDe  vivant,  mais  comme 
idiome  savant.  Toute  tradittoti,  toute  véminisçenoe  de  k 
littératme  ktine  étaient  éteintes  même  pami  les  .eccksias- 
tiqoes.Gette  littérature  avaitéfté  rempkcée  peu  à  peu  par  une 
littérature  spontanée  et  toute  poét^ue,  ayant  pour  organe 
le  provençal,  idiome  devenu  rajndement  par  die  un  idiome  . 
fixe ,  poli  t  et,  entre  ceux  dérivés  du  ktin,  k  {dus  riehe  en 
formes  dâicates,  ingénieuaes  ou  hardies.  Stfietement  limitée 
à  Teipression  des  besoins»  des  lentimMils  et  des  idées  de  k 
société  qui  lavait  laite,  et  pour  laquelle  elk  était  iaîte, 
'  cette  littérature  ne  pouvait  être  ni  léfléchk,  m  savante,  ni 
bien  variée.  Uart  ne  pouvait  y  avoir  kit  de  grands  progrès. 

Les  geanBnarratikde  cette  littérature,  les  romans  épi- 
qutt,  les  épopées  r<Mnanesqui^,  peu  importe  cmnmcnt  oo 
voudra  les  appeler,  en  étaient  ks  genres*  sinon  ks  plus 
raffinés  et  les  plus  estimés  des  connaisseurs  contemporains, 
du  moÎDS  le»  plus  curieux  et  les  plus  intéressants  en  eux- 
mêmes.  Et  parmi  ces  romans  épiques  de  toute  espèce ,  cexw 
qui  roulaient  sur  les  guerres  des  chrétiens  contre  les  mu- 
sulmans d'outre-mer,  ou  contre  coux  d'Espagne,  en  étaient 
ks  plus  populaires  :  c'est  particulièrement  de  ceux-ci  que 
j'ai  besoin  et  que  je  me  propose  de  parler. 

Ces  romans,  désignés  collerfivenu'iit  p <n  l(  litre  <ie  Car- 
kvingkos,  sont,  selon  toute  apparence,  les  plus  anciens  de 


■V 


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INTRODUCTION.  xxxi 
tous  dans  la  littérature  provençale,  lis  ne  forent,  dans  ïo- 
rigine,  que  des  poëmes  très-courts  et  di'un  plan  très-sim- 
ple, que  des  obants  populaire»  aascatielleaient  d^tinés  à 
être  récités  avec  «ne  OMltiIène  plus  ou  vatàms  mmicide,  et 
snMeplibles,  à  raiaoa  de  leur  peii  dVteiidiie,  de  se  ooiuer* 
ver  aenfl  le  seecniTS  de  récriture,  et  par  la  simple  traditkiii 
orale  enJtre  les  jongleurs  qui  disaient  proiÎMaioii  de  le» 
dMiKter. 

Pea  k  peu  ces  chaiiil»8*iétaieiit  dévtloppés  et  compliqué» 
ib  étaient  devenus  des  poèmes  'd'âne  oertaine  étendne, 
dent  la  composition-  avait,  exigé  pins  d*in?ention:  et  plus 
d  art  D*mi  antre  aHé,  ib  eiétaknt  accrus  «n  nombre  à  me* 
sûre  <fa  ils  étaient  devenu»  plus  eomplane»  et  plus  long^ 
et  la  chose  dut  nalaieUement  en  venir  au  point  où  il  est 
difficile  de  concevoir  que  ets  renans  fussent  chantés  de 
mémoue  d*nn>bont  à  rentre,  et  punent  se  conserver  sans 
le.  secours  de  récritare.  On  pouvait  les  chanter  encore  par 
firagnmstsr  détachés  (  main  il  tt*y  a  piète  de  doute  qu'ils 
n'eaasent  oommenoé  dé»  lois  A  être  lus,  et  qu  il  ne  fallût 
les  lire  pour  en  saisir  et  en  apprécier  lensemble.  Cest 
à  peu  psés  à  œ  point  que  Von  peut  se  figurer  qu'ils  en 
élaiait  vers  le»  oommenoemoits  du  nof  nè<de,  à  l'époque 
où  j'ai  besoin  de  les  psendre  pour  en  donner  une  idée  trèe* 
scanmaire,  pour  eft  eaqoisser  rapidement  la  fionnule  abe- 
traite^ 

Pour- ce  qui  en  oonoenie  la  forme,  ces  poémee  étaient 
composés  de  coisjpkii  ou  de  tncadee  d'une  ûm^enr  arbi- 
traife  et  fort  inégaiey  en  vers  de  dix  syllabes,  ou  en  vers 
qui  fiuent  depuis  nommés  alexandrins.  Dans  le  mèniecovh 
pletytouaees  vers  étaient  sur  la  même  rime  ou  sur  la  même 
assonance. 


XXXII  INTRODUCTION. 

D  un  couplet  à  l'autre  la  Irausltion  n'était  parfois  anuùn- 
cée  que  par  le  simple  changement  de  la  rime  ou  d(>  l'as- 
sonance; mais  elle  avait  souvent  lieu  au  moyen  d'un  artifice 
plus  marqué.  Chaque  tirade  se  termioait  par  un  vers  plus 
court  que  les  autres,  et  rimant  ou  assonant,  non  plus  avec 
ceux  àn  coiq^let  dont  il  faisait  partie ,  mais  avec  ceux  du 
couplet  qui  suivait  immédiatemeDt 

Méme^répoqueoàles  romans  épiques  du  cyde  eaiio- 
vingien  avaient  indubitablement  commencé  à  être  lus,  les 
formules  de  f  épo<|ue  o&  ils  n  étaient  que  cbantés  ou  récités 
y  persistaient.  C'était  toujours  i  des  auditeurs  que  le  poëte 
était  censé  s'adresser;  et  une  partie  notable  de  sa  tâche  con- 
sistait à  faciliter  autant  que  possible  à  ces  auditeurs  rintel- 
iigeoce  de  ses  récits,  à  les  aider  à  en  saisir  et  i  en  suivre  le 
fil.  Il  usait  pour  cela  d'un  procédé  fort  simple  :  il  résumait, 
rappelait,  répétait,  pins  ou  moins  rapidiement,  fàm  ou 
moins  expressém^t,  sdon  le  cas  et  le  besoin,  au  ccnnmen-> 
cément  de  chaque  tirade  le  contenu  delà  tirade  précédente. 

Le  style  des  productions  d'une  littérature  épique  qui 
en  était  encore  à  ses  époques  primitives  devait  naturelle- 
ment correspondre  aux  formes  et  à  la  destination  encore 
tontes  populaires  de  cette  littérature.  U  était  rude,  monor 
tone,  grossier,  mais  simple,  énergique  et  pittoresque,  plein 
de  répétitions  et  de  formules  qui,  devenant  ais&uent  iami- 
lîéres  aux  auditeurs,  et  concourant  á  leur  aOéger  la  £itigue 
de  suivie  les  récits  du  poète,  leur  laissaient  d'autant  plus 
de  liboté  pour  en  sentir  rîntérêt  ou  le  charme  intrinsèque. 
Ce  n'était  point,  comme  on  s'en  doute  bien ,  par  ses  varié- 
tés individuelles,  par  ses  nuances  accidentelles,  que  les 
auteurs  de  ces  poèmes  peignaient  rhumanité,  c'était  par  ses 
traits  les  plus  généraux  et  les  plus  frappants,  par  ceux  qui 


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INTRODUCTION.  xixiu 
OB  étaient  Tcxpression  la  plus  idéale»  qui  ia  mettaient  en 
relief  par  des  côtés  pittoimques et  convenus,  auxqueb  pùt 
aisément  se  prendre  et  s'attadier  rimagiuation  populaire.  . 

L'a  r  t  historique,  Tart  de  narrer  un  fait  complexe ,  je  veux 
dire,  d'en  rapprocher  et  d'en  lier  tellement  les  diverses  par- 
ties, qu  il  jaillisse  de  chacune  de  l'intérêt  et  de  la  clarté 
sur  toutes  les  autres,  cet  art  est  assurément  pour  Tcsprit 
fan  des  plus  difficiles  où  il  puisse  s'exercer  :  ccst  un  de 
ceux  qui  se  dévdoppent  avec  le  plus  de  lenteur  dans  les 
littératures  primitives.  A  Tépoque  et  dans  la  littératore  que 
j*ai  en  vue,  cet  art  n'existait  point  dans  riilstoiro  propre- 
ment dite,  ou  n*y  existait  qu'au  degré  le  plus  bas  où  Ton 
puisse  le  concevoir.  Il  n'y  en  avait  d'autres  monuments  <^uc 
quelques  chroniques  monacales ,  où  les  événements,  réduits 
à  leur  expression  la  plus  abstraite,  avaient  l'air  d'être  isolés 
plutôt  que  rapprochés  par  leurs  dates  respectives.  Cet  art 
de  la  narration  historique  n'avait  ét  •  cultivé  que  dans  l'épo- 
pée romanesque,  et  ce  n'était  que  là  quil  avait  fait  cer- 
tains progi-cs.  11  en  avait  fait  surtout  dans  sa  partie  drama- 
tique, dans  celle  qui  consiste  à  combiner  avec  le  récit  des 
faits  les  délibérations  et  les  discours  dont  oen  faits  sont 
censés  le  résultat. 

A  tout  prendre  néanmoins,  l'art  dont  je  veux  parler,  cet 
ari  difficile  de  narrer  est  encore  très-imparfait  dans  les 
ronjans  épiques  du  rvcle  carloving^ien;  les  traditions,  les 
faits  ef  les  fíctions  y  sont  jetfs  par  niasses  conluses,  sans 
pr(i[i(irli(iii ,  sans  connexion,  et  comme  tlansle  vide,  comme 
h  ors  du  temps  et  de  l'espace,  sans  indications,  même  iausses, 
de  chronologie  ou  de  géo<»rapliie.  Les  nomsdes  villes  et  des 
contrées  réelles  y  sont  plus  rares  encore  ([uc  ceux  des  per- 
sonnages historiques,  et  c'est  beaucoup  dire. 

e 


xKxiv  INTRODUCTION. 

Dans  leur  état  primitif ,  cest-à-^ire  &  leur  état  de  chants 
populaires,  ces  poèmes  avaient  en  quelque  chose  «Thislo- 
riquo;  iis  avaient  en  pour  base  les  traditions  popolaires 
relatives  aux  événements  qni  en  faisaient  la  matîèfe.  Mais 
à  mesure  qu^ils  s'étaient  raffinés  et  dévelojqpés,  les  fictions 
y  avaient  de  plus  en  pluséiouCG^  les  traditions,  le  merveil- 
leux et  le  faux  y  avaient  pris  plus  de  place;  et  à  la  fin  il 
ne  s  y  était  plus  guère  trouvé  d'historique  que  quelques 
noms  propres,  ou  des  allusions  aussi  values  que  possible 
à  des  événements  presque  oubliés. 

Cependant  la  fiction  pure ,  la  fiction  comme  fiction,  ré- 
pugne à  Tesprit  humain.  Toute  &ble  n  intéresse  qu'à  une 
condition ,  celle  d'être  crue  vraie  de  quelque  manière,  d'être 
prise,  sinon  pour  une  réalité,  du  moins  pour  le  ^fmhole 
d'une  réalité  quelconque,  morale  ou  physique.  Les  auteurs 
des  épopées  cailovingiennes  avaient,  à  ce  qu'il  semble,  le 
sentiment,  l'instinct,  si  l'on  veut,  de  cette  v^té(  et  de  là, 
sans  doute,  venait  leur  prétention  à  passer  pour  historiens, 
leur  habitude  de  se  donner  pour  de  simples  copistes  de 
vieUles  légendes.  Ils  y  réussissaient  juscpi  à  un  certain  point: 
les  fiiMes  qu'ib  donnaient  pour  choses  vraies,  leur  public 
les  prenait  ordinairement  pour  tdles;  ou  s'il  cimeevsit  par- 
fois des  doutes  sur  la  vérité  de  récits  qui  le  charmaient,  il 
n'avait  guère  plus  les  moyens  que  le  dénr  d'éclaircir  ces 
doutes;  il  s'en  défendait  de  son  .mieux  et  laissait  volontiers 
à  son  imagination  les  honneurs  du  tri(Mnphe. 

n  est  peutp^tre  singulier  que  de  tant  et  tant  d'épopées 
romanesques,  tontes  inqtiiées  par  de  grands  événements, 
toutes  populaires,  toutes  appartenant  à  ces  périodes  hé- 
roïques qui  sont  la  matière  propre  de  la  poésie  épique,  et 
nont  guère  d'autres  historiens  que  les  poètes,  il  est,  dis-je, 


4 


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INTRODUCTION.  xxxv 
peut'ètre  nv^poUer  qu'entre  tontes  08s  épopées  il  n'y  en 
ait  pas  eu  une  «eule  qui  soit  restée  comme  un  grand  mo- 
Dument  ia  littérature  à  laqueUc'^Uiis  ont  toutes  appar- 
tenu, qui  figure  dans  celle  littérature  comme  figurent  dans 
celle  de  la  Grèce  Y  Iliade  et  YVdyssée,  dans  celle  de  ITndc, 
le  Bamaymam  et  le  Mahibkarat. 

Cela  ne  tient  pas  uniquement  à  ce  que,  parmi  ks  é  po- 
pées  carioviogiennes,  il  n'y  m  «  pas  eu  de  comparabics  à 
ces  derniers  poèmes  pour  l'importance  ni  pour  les  beautés  ; 
cela  tient  aussi  h  des  choses  indépendantes  du  plus  ou  moins 
de  génie  des  auteurs  de  ces  diverses  productions.  V Iliade 
et  le  Ramayanam.  ne  sont  pas  seulement  des  poëmes  popu- 
laires, ce  sont,  ou  du  moins  ce  furent,  de  grands  monu- 
ments nationaux,  strictement  historiques  en  ce  sons  qu'il 
n'y  ^1  point  d'histoire  à  mettre  à  leur  place ,  et  dans  la  des- 
tinée desquels  intervint  dircctenieiil  1  autorité  |)olitique  et 
relifiicusc.  Ces  monuments  lurent  non-seulement  rcconi- 
maudes,  mais  conime  imposés  à  l'admiration  et  au  culte 
des  peuples,  et  non  Uvrés  aux  exigpuûes  et  aux  caprices  de 
leur  imagination. 

11  en  a  été  tout  autrement  des  épopées  romanesques  du 
moyen  âge.  Si  populaires  qu'elles  ajeni  pu  être  en  cerlaius 
temps  et  on  certains  lieux,  •  lies  u  ont  jamais  été  nulle  part 
proprement  nationales  ;  elles  n'ont  jamais  eu  la  sanction 
ni  de  la  relÌL'îou,  ni  de  la  science,  ni  de  l'art.  Ensemui- 
lipliaut  outre  mesure ,  elles  sont,  pour  ainsi  dire,  tombées 
les  unes  sur  les  autres,  sans  qu'aucune  ait  pu  s'éle\er  au.\ 
con(litu)u.s  d  une  uuuvrf^  laite  pour  survivre  indéfiniment  à 
son  époque '...Mais  peut-être  aussi  y  a~t-il  eu  un  peu  de  iata- 

'  Toul  ce  que  je  dis  ici  ilc  {'t'popóe  cailoviufiieuue  dan»  r«urit!iirn'  lifiérature  pro- 
vençale e6t  de  loul  poinl  applicable  à  la  branche  aamt{iooduite  de  l'ancieane  Ktlé- 


XXXVI  INTRODUCTION, 
litó  dans  linii  sort.  Peut-être  y  en  a-t-ii  quelques-unes  dans 
lesquelles  on  signalerail  aisément  un  intérêt  et  des  beautés 
que  nous  avons  généralement  perdu  la  faculté  de  sentir. 

VIL 

Que  iiotie  auteur,  quel  (]u  il  soit,  ait  eu  devant  les  veux,  • 
pour  uiodèles  de  son  œuvre,  des  romans  épiques  du  genre 
de  ceux  dont  je  viens  de  parler,  c'est  ce  que  constatent 
les  ressemblances  nombreuses  de  ces  romans  et  de  cette 
œuvre,  et  ce  (jue  conllnnciil  uuuntes  allusions  éj)arses  dans 
celle-ci,  et  toutes  plus  ou  moins  précieuses  pour  l'histoire 
générale  de  la  poésie  provençale.  S'il  n'était  déjà  bien 
prouvé  d'ailleurs  que  nous  ne  connaissons  pas  tous  les  ou- 
vrages, ni  même  tous  les  noms  des  troubadours ,  nous  l'ap- 
prendrions par  quelques-unes  des  allusions  dont  je  veux 
psfler.  Ainsi,  par  exemple,  il  en  est  une  (page  378,  v.  5456) 
où  il  $*agit  d*iin  apologue  dn  Serpent  et  da  Paysan,  qui 
paraît  être  de  rinirentioii  de  quelque  troubadottr  incoima. 
Dans  une  antre  figurent  des  sentences  em|ffuntèes  de  quel- 
que pièce  morale  «Ton  troubadour  désigné  par  le  nom  de 
Bernard  d'Esgal,  nom  jusqu'ici  pleinement  ignoré,  et  que 
Ton  cherdierait  en  vain  dans  toutes  les  listes  de  poètes 
proiFençaux. 

ratura  firao^aite.  Les  romans  caiiovingiens  se  ressemblent  doiis  les  deux  ulioiues  par 
iMUt  caiMièMt  ipéoàwiix,  et  se  ressemblent  tellement  qu'Us  ne  peuvent  pas  avoir 
<lMX«rigiiM»:il  faut  de  toute  nécessité  que  ktiiiH  âieiit  Mrvi  de  tfp»  et  de  raod^ 
aux  autres.  Maii^  à  InqueUe  des  deux  littératures  ap|)artieal  l'invention?  quelle  est 
celle  qui  u'a  ou  qu'à  imiter  ?  C'est  une  question  dont  j'ai  déjà  dit  que^ue  citose  ail- 
lenn,  «l  mn  taqmlle  j'espère  revenir  proclidiiement  avec  pin»  de  médiode  et  d'élen- 
due.  Elle  est ,  j'en  conviens,  Sort  difficile;  mais  elle  est  tmpoftanie;  elle  lient  à  plu- 
sieurs autres  plus  graves  qu'elle ,  cl  persiste  à  ne  point  la  croire  insoluble.  Toutefois, 
j'en  fiùs  ici  totalement  abstraction ,  pour  ne  pas  compliquer  gratuitement  de  discus- 
•HMiacfiÌMiMee  dea  oemidémlîoM  IbrI  lÌBiplêi. 


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INTRODUCTION.  xmii 
i/Ltàa,  sans  m^arréter  davantage  à  ces  allusions  vagues, 
j arrive  à  celles  plus  ^ciales  qne  j*4ii  besoin  de  noter  ici, 
à  celles  qui  font  voir  que  notre  poète  eut  sous  les  yeux  des 
épopées  romanesques  de  divers  genres,  et  particulièrement 
dea  éptqpéea  carlovingiennes,  dont  il  put  imiter  la  forme, 
le  ton  et  le  style.  Je  citerai  d'abord  les  indications  relatives 
aux  nombreux  romans  qui  furent  de  bonne  heure  composés, 
dans  le  Midi ,  sur  les  exploits  du  fameux  duc  Guillaume 
contre  les  Sarrasins,  et  dans  Tun  desquels  le  héros,  assiégé 
et  a£ùimédans  Orange,  triompha,  à  force  debravoare,  de 
la  famine  et  des  païens. 

Il  y  a  dtns  notre  poème  albigeois  nxk  passage  extrême- 
ment remarquable,  sur  lequel  j'aurai  probablement  Toc- 
casîon  de  revenir  :  c  est  l'endroit  où  les  chevaliers  français 
qui  défendent  pour  Simon  de  Montfort  le  château  de  Beau- 
caire  assiégé  par  le  jeune  comte  de  Toulouse,  réduits  à  la 
dernière  détresse,  délibèrent  sur  ce  qu  ils  ont  à  laire,  s  i!s 
floîvent  se  rendre  ou  résister  encore.  «Amis,  dit  alors  aux 
autres  l'un  d'entre  eux  qui  les  exhorte  à  ce  dernier  parti, 
amis,  souveneï-vous  de  Guillaume  au  court  nez  et  des 
tourments  qu'il  endura  au  siéj.,'e  d'Orange.  »  Une  toile 
allusion  suppose  évidemment  que  notre  auteur  connaissait 
un  roman  épique  sur  le  siège  d'Orange  par  les  Sarrasins, 
et  que  ce  roman  était  plus  ou  moins  populaire  dans  le  pays. 

Mais  les  romans  épiques  du  cycle  carlovingien,  auxipiels  « 
notre  poète  fait  allusion  le  plus  souvent  et  le  plus  volon- 
tiers, sont  ceux  qui  ont  trait  aux  expéditions  de  Charle- 
magne  et  de  ses  paladins  contre  les  Sarrasins  d'Espapie. 
Je  ne  citerai  pas  les  passages  où  ce  poète  rappelle  va<i,ue- 
raent  la  gloire  de  Roland  et  d'Olivier,  et  leur  compare 
les  bravœ  qu'il  veut  célébrer  ;  cela  serait  trop  long  :  je 


XXXVIII  INTRODUCTION, 
me  ijorneiai  aux  alltuions  plu»  »igtufieative0  qui  indiquent 
et  résument  en  quelque  sorte  le  sujet  deBpoáiMS«uxq«cds 
elles  se  rapportent  Tdle  est  la  suivante,  évidemment  fda- 
tive  à  quelque  chant  sur  la  déroute  de  Roncevauji  :  «  Ce 
fut  pour  l'orgueil  de  France  et  pour  ses  cbétifs  déporte^* 
ments,  que  périrent  en  Espagne  RoUod  et  Olivier.  >  £t  ce 
n'est  pas  U  Tunique  indiee  qu'offre  notre  poème  de 
quelque  anden  roman  sur  cette  lameuse  m^ventiv^  des 
paladins  français  en  Espagne.  Un  des  chefe  croisés,  par- 
lant d  une  rencontre  où  los  Frsnçais  viennent  d'être  dé&its 
par  les  Toulousains  «  dit  à  cettg  occasion  que  la  France  ne 
reçut  jamais  afiroolt  si  {^rand  depuis  que  Roland  mourut, 
ce  qui  est  encore  une  réminiscence  poétique  du  désastre 
de  Roneevaux  (page  4 1  S,  v.  6069 ).  On  pourrait  en  dire  au- 
tant de  la  mention ,  faite  daîlleursaaiis  beaucoup  d*à-propo6, 
du  roi  Ifaxsile  et  4e  sa  gent  «arrasine. 

D  autres  pusages,  où  il  est  fait  de  même  allusion  à  des 
romans  carloviagiens  eonsus  de  l'auteur  de  notre  poème, 
méritent  d'autant  |dQS  d'être  notés*  que  les  traditioiM  sur 
lesquelles  Os  se  fondaient  semblent  avoir  été  particulières 
au  Midi.  Telle  eat,  par  exemple,  la  tradition  du  double 
siège  de  Garcassonne  par  Charlemagnc.  Le  premier  siège  iiit 
levé  ;  mais  à  peine  Gharlemagne  fut-ii  parti  que  les  tours 
de  la  ville  s  iuclinéient  comme  pour  rendre  hommage  au 
monarque,  et  lui  annoncer  que  l'heure  était  venue  pour  lui 
de  dominer  à  Carcassmuae.  Aussi .  à  ces  annonces ,  revint-il 
hien  vite  assiéger  de  nouveau  la  ville ,  et  oetAe  &is  il  la  prit. 
Ce  sont  ces  fables ,  ces  traditions  poétiques  que  siotre  au- 
teur rappelle  et  résume  assez  à  propos,  au  moinent  de  dé- 
crire l'arrivée  de  la  Croisade  sous  les  murs  de  Garcassonne. 

Encore  une  autre  allusion  de  notre  poète  à  une  autre 


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INTRODUCTION.  x%xa 
épopée  carlovingienue  :  e  la  plus  fabuleuse  et  la  plus 
curieuse  de  tout^.  Au  moment  de  décrire  une  grande  ba- 
taille, l'auteur  engage,  comme  il  le  fait  souvent,  son  audi- 
toire à  lui  prêter  attention ,  en  Tavertiasant  de  la  manière 
la  plus  solennelle  qu'il  s'agit  d'une  bataille  mémorable. 
>  Vous  n  en  ontendites,  lui  dit-il,  jamais  de  si  terrible  de- 
puis  le  temp  de  Roland  et  de  Gbarlemagne  qui  vainquit 
Âi^cdan,  et  conquit  Galiane,  la  fille  du  roi  Braman,  sur 
Galafre,  le  courttns  émir  de  la  terre  d*£spagne.  »  Ces  sin- 
gulières traditioBS  se  trouvent  avec  quelques  développe- 
ments dans  la  cbronique  générale  d'Espagne  et  y  figu- 
rent parmi  1^  nombreuses  fictions  romanesques  que  les 
compilateurs  de  cette  cbroniqu(<  prirent,  à  leur  insu, 
des  traditions  poétiques  de  leur  époque.  Nul  doute  que 
la  source  de  ces  fictions  ne  fût  quelqu'un  des  romans 
méridionaux,  aujourd'hui  perdus,  qui,  existant  encore  lors 
de  la  Croisade  albig^ise,  durent  être  connus  de  notre 
auteur. 

Mais  ce  que  ce  dernier  cite  de  plus  remarquable  parmi 
les  documents  poétiques  qu'il  put  étudier  et  imiter,  c'est 
ce  qu'il  nomme,  lui-m^e  la  cbanson  dTAntiocbe.  Cette 
chanson,  sdon  toute  apparence,  l'un  des  plus  anciens  mo- 
numents de  l'épopée  romanesque,  existait  encore  vers  la  fin 
du  xui'  siède,  époque  où  un  mauvais  troubadour,  nom- 
mé Giraud  de  Cabreira,en  disait  mention.  Elle  roulait  sur 
divers  incidents  de  la  première  croisade,  et  principalement, 
sans  doute,  sur  le  siège  et  la  prise  d'Antiocbe,  qui  en  fiit 
le  plut  &meux.  Dès  le  début  de  son  ouvrage,  le  poète  al- 
bigeois rappelé  cette  chanson  d'Antiocbe,  et  la  présente 
comme  le  modèle  qu'il  a  eu  principalement  sous  les  yeux 
et  qu'il  a  suivi  :  il  va  jusqu'à  déclarer  qu'il  a  adopté,  pour 


XL  INTRODUCTION. 

formule  de  la  caniUène  de  soo  poème,  l'air  on  la  cantilène 
da  modèle. 

VÍI1. 

Ce  né  furent  pas.  comme  on  voit,  les  modèles  romane»- 
ques  qui  manquèrent  à  notre  historien  albigeois.  Il  ne  sV 
git  plus  que  de  voir  ta.  en  effet  et  josqu  à  quel  point  il  imita 
ces  modèles  :or  la  chose  n*estpas  dillidlle;  il  suffit  du  rappro> 
chementle  plus  rapide  entre  rhistoire  et  les  romans,  pour 
reconnaître  en  quoi  ceux-ci  ont  influé  sur  la  première.  £i 
d*abord  rhistoire  n  est  pas  sevdement  en  versoomme  les  ro- 
mans épiques;  elle  est  aussi,  comme  eux,  en  tirades  ou 
couplets  monorimes  de  longueur  fort  inégale.  Chacun  de 
ces  couplets  est  séparé  de  celui  qui  le  suit  par  un  petit 
vers,  qui  marque  la  pause  du  premier,  et  donne  la  rime 
du  second. 

A  l'époque  de  l'auteur,  les  chants  épiques  avaient  déjà, 
comme  je  l'ai  dit,  pris  trop  de  développement  pour  ^re 
chantés  de  suite  et  d'un  hout  à  l'autre  ;  ils  ne  pouvaient 
l'être  que  par  fragments  et  à  plusieurs  reprises  successives  : 
récriture  était  dès  lors  devenue  nécessaire,  tant  pour  les 
conserver  que  pour  les  composer  \  et  ce  n'était  plus  guère 
qu'à  la  lecture  que  Ton  pouvait  en  saisir  l'ensemble,  et 
en  apprécier  la  composition  plus  ou  moins  ingénieuse,  plus 
ou  moins  originale. 

Tout  cela  explique  les  allusions  contradictoires  que 
notre  auteur  fait  à  chaque  instant  à  une  poésie  écrite,  faite 
pour  être  lue,  cl  à  une  poésie  tradition ik  lie,  faite  pour  être 
chantée  et  écoutée.  Ainsi,  par  exemple,  parlant  de  son  his- 
toire, il  la  désigne  presque  indifléremroent  par  le  titre  de 
ifvfv  ou  de  chcMton. 


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INTRODUCTION.  xli 
Il  puie  de  g«te  ou  de  chanson  de  geite  ÎM/ée,  mise  en 
iettres,  cest-i-dire  écrite.  — *  Il  annonce  une  bonne  chamm 
nouvelle  qu'il  veut  faire  toute  sur  beau  parchemin.  —  Il  pro- 
met d'^cm  k  raite  da  récit  de  la  Croisade,  qu'il  a  déjà 
commencé  f  et  donne  une  multitude  d'autres  indices  du 
besoin  et  de  l'usage  de  récriture  dans  la  poésie  épicpie  de 
son  temps. 

D'un  autre  côté,  il  continue  à  ae servir  de  toutes  ies 
formules  particulières  à  l'épopée  romanesque  populaire , 
aux  époques  où  cette  épopée  ne  circulait  qu  à  l'aide  de  la 
tradition  orale  et  du  chant.  C'est  presque  toujours  à  des 

auditoiirs  qu'il  a  l'air  de  s'adresser  en  écrivant.  Seigneurs, 
écontez;  seujneurs,  rnairz-vous  entendre;  seigneurs,  vous  avez 
entendu,  (iit-il  à  cbaqiu  instant.  Il  se  donne  parfois  l'ap- 
parence d'être  pressé  par  1  étendue  de  ce  qui  lui  reste  à 
dire  pour  s'excuser  envers  son  auditoire  de  ne  pas  tout 
lui  dire. 

A  ces  indices  d'une  narratidi;  aiiressée  a  des  auditeurs  il 
en  faut  joindre  d'autres  plus  marqués  encore  et  tenant  de 
plus  près  ui  iond  même  du  récit.  Ainsi,  par  exemple,  il 
arrive  ires-iréquemmeut,  on  pourrait  dire  babituellenient , 
à  notre  poëtc,  de  revenir,  dans  chaque  couplet,  à  ce  qu  il 
a  dit  dans  le  couplet  antécédent,  et  le  but  de  cette  répéti- 
tion n'est  pas  douteux  :  c'est  de  graver  plus  profondément 
dans  la  mémoire  des  auditeurs  les  choses  qu'il  veut  leur 
apprendre,  en  les  résumaut,  eu  les  retournant,  eu  les 
modifiant  de  quelque  manière  qui  en  assure  l'intelligence 
et  la  perception.  Or  tout  cela  est  bien  d'un  homme  qui 
racoDte  en  présence  d'un  auditoire,  plutôt  que  d'un  homme 
écnvant  .pour  Mre  lu. 

Quant  au  style,  quant  au  ton  ^'éuéial  de  la  diction,  si 

/ 


XLî!  INTRODl  CTION, 

notre  histoiro  des  Albigeois  diffère  en  quelque  chose  des 
romans  carloviiigiens,  c'est  parce  qu'elle  est  généralement 
plos  poétique  oncore,  plus  hardie  que  ceUo  de  ces  derniers, 
phis  diverse  (l('s  chrouiques  ou  des  hii>tnirps  écrites  par  des 
hommes  ayant  encore  quelque  teinture  de  littérature  latine, 
quelque  tradition  du  vrai  style  historique.  Il  ne  faut  que 
jeter  un  coup  d'œil  sur  l'œuvre  île  notre  auteur  pour  s'assu- 
rer que  son  langage  tient  incomparablement  plus  de  celui 
du  poète  que  de  celui  de  f  historien.  11  est  plein  de  péri- 
phrases, de  figu  ivs ,  d'épi  thètes  on  de  formules  pittoresques, 
du  genre  de  celles  où  se  complaît  la  poésie  populaire.  Les 
lieux  communs  poétiques  y  abondent, et  cela,  parfois,  aux 
dépens  des  convenances  et  delà  précision  historique.  Les  des- 
criptions de  bataille,  par  exemple,  y  sont,  comme  dans  les 
romans  épiques  du  cycle  cariovingien,  jetées  dans  le  même 
moule  :  toot  y  est.  peint  vivonent,  rapidement,  à  grands 
traits*  mais  en  traits  généraux,  vagues,  qui,  convenant  à 
toutes  les  batailles,  n  en  décrivent  proprement  aucune.  Et 
puisque  j  ai  touché  i  cette  partie  malheureusement  trop 
abondante  des  récits  de  notre  poète,  jen  dirai  encore  un 
mot,  pour  me  dispenser  d  y  revenir.  Je  dirai  que  cette  par- 
tie de  son  œuvre  est  peut-être  de  toutes  cdle  où  il  a  été  le 
plus  malheureusement  inspiré  par  ses  modèles  poétiques, 
et  sur  laquelle  je  conseille  le  plus  au  lecteur  de  glisser  ra- 
jndement  II  y  perdra  des  traits  originaux  et  hardis,  mais 
il  s'épargnera  l'éoumératíon  monotone,  et  détaillée  j  usqu  au 
d^;oAt,  d'armes  de  toute  espèce ,  de  coups,  de  blessures, 
de  membres  tranchés,  et  de  toutes  les  horreun  d'un  champ 
de  bataille  encore  fumant  de  carnage. 

Je  ne  m'arrêterai  pas  davantage  à  ce  qu'il  peut  y  avoir, 
«oit  de  poésie  réelle,  soit  de  prétention  poétique  dans  le 


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INTRODUCTION.  luii 
jityle  et  les  aocessotres  de  notre,  histoire  :  je  ne  cherche 
point  à  en  dcninor  des  exemj^es,  cda  me  parait  supeiflu  ; 

ce  serait  mettre  gratuitement  d'avance  80w  les  jeus  du 
iectear  des  détails,  des  traits,  des  accessoires  qui  ne 
pcnvent  manquer  de  le  frapper  à  la  lecture.  Mais  lapoéâe 
de  notre  troubadour  albigeois  ne  se  borne  pas  aux  fiDMrmeB 

et  au  caractère  de  la  diction  ;  elle  ne  tient  pas  uniquement 
à  sa  manière  dp  dócrirr  les  objets  matériels  ou  les  côtés 
plivsitfnes  des  action.s  humaines.  Il  y  a  souvent  dans  ses 
n'cits  une  pf><  sie  plus  originale,  plus  relevée,  qui  tient  nu 
sentiment  même  des  faits,  qui  n  est  que  I  expression  idéale 
de  re  qu  ils  ont  fie  plus  sérieux  et  de  plus  vrai.  Quelques 
observations  sur  le  iond  même  de  notre  histoire  amène- 
roni  (  I  que  je  voudrais  dire  là-dessus,  et  m'aideront  à  le 
faire  .sentir. 

IX. 

L'oeuvre  historique  de  notre  troubadour  inconnu  u  em- 
brasse point  la  durée  entière  des  bouleversements  causés 
par  la  Croisade  albigeoise;  elle  n'en  comprend  guère  plus 
de  la 'moitié.  £Ue  débute  par  quelqi^  géuéralités  assez 
okecuies  et  asses  confuses  sur  Thérésie  des  Albigeois.  L'au- 
teur ne  commence  proprement  sa  narration  qu  à  la  mort 
de  Piem  de  Gliâteauneuf,  légat  du  pape  Innocent  III, 
assassiné  á  Saint-GiUes,  en  i  a  08.  U  la  termine  au  siège 
et  à  la  prise  de  NUurmande  par  Louis  VIII,  en  1319.  Ses 
véeita  n  embrassent  donc  que  les  dix  premières  années  de 
la  gnene  des  Albigeois;  mais  c  est  à  ces  dix  années  qu'ap- 
partiennent les  scandaks  prodigieux  de  cette  guerre. 

Duos  un  passage  que  j'ai  déjà  cité,  notre  auteur  affirme 

/• 


xm  INTRODUCTION, 
avoir  cominenGé  son  ouvrage  au  printemps  de  f  année  la  l  o. 
Si  positive  et  ai  vraisemblable  qtieUe  aoît  en  die- même, 
cette  assertion  ne  peut  cependant  pas  dire  admise  sans 
ea^lication.  En  e£fet,  dans  nn  autre  passage  qui  précède  ce 
dernier,  et  dont  j  ai  eu  aussi  Toccasion  de  parler,  notre 
auteur  fiiit  une  allunon  très-expresse  à  la  iMtaiUe  du  Mu- 
radai,  ou  des  Naves  de  Tòloce«  Or  cette  bataille  ne  fut  livrée 
qnau  mois  de  juillet  laia,  deux  ans  après  F^ioque  où 
notre  troubadour  affirme  avoir  commencé  son  poème.  Âinn 
donc,  de  deux  cboses  f  une,  ou  il  ne  mit  réellement  la 
main  à  fœuvre  que  postérieurement  au  mois  de  juillet  1213, 
ou  il  intercala  après  coup,  dans  une  portion  déjà  faite  de 
son  histoire ,  le  passage  où  il  fait  idlusion  à  la  bataille  du 
Muradal. 

Mais,  quoi  qu'il  en  soit  sur  ce  point  de  peu  d'importance, 
il  est  certain  que  notre  poète  commença  son  histoire  bien- 
tôt après  la  mort  de  Pierre  de  Cháteauneuf,  et  la  pour- 
suivit à  mesure  que  se  développèrent  les  événements  dont 
cette  mort  fut  le  sip^nal,  le  récit  du  poetp  suivant  toujours 
sans  interruption  et  de  très-près  les  faits  qu'il  devait  em- 
brasser. Il  y  a  néanmoins  dans  l'ouvrage  un  etidroit  asst^z 
remarquable  où  l'auteur,  arrivé  au  bout  de  sa  niatiert- , 
semble  faire  une  pause  formelle,  comme  j>our  attendre  que 
les  faits  reprennent  leur  cours,  et  lui  sa  narration  :  c'est  le 
nu)meut  où  il  rapporte  la  résolïition  qui  vient  d'être  prise 
par  le  roi  d'Aragon  d'intervenir  dans  la  guerre  albigeoise, 
contre  les  Croisés  et  en  faveur  dv  son  beau-frcrc  liay- 
mond  VI.  Voici  en  quels  termes  l'autour  s'exprime  dans  le 
passage  en  question  :  «  Si  le  roi  se  renconirc  avec  les  Croi- 
sés, il  combattra  contre  eux;  et  nous,  si  nous  vivons  asseï 
(pour  cela),  nous  verrons  qui  vaincra;  uous  mettrons  eu 


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INTRODUCTIOÍ^.  xvs 
histoire  ce  qiii  noue  viendra  à  1«  pensée ,  et  açus  continue- 
rons à  écrire  tout  ce  dont  il  nous  souviendra,  tant  que  la 
matière  s'étendra  devant  noua,  jusqu'à  ce  que  la  guerre 
soit  finie.  • 

Après  cette  espèce  de  pause,  le  poète  reprend  son  uu- 
vrage  par  un  récit  très-4étaillé  de  la  £imeuse  bataille  de 
Mun  t .  récit  qu'il  poursuit,  sans  nulle  autre  apparence 
d'interruption,  jusqu'au  moment  où -Toulouse,  menacée 
par  Louis  VIII ,  se  met  de  nouveau  en  défense.  Là ,  il 
s'arrête,  faisant  des  vœux  passionnés  pour  que  les  Tou- 
lousains triomphent  dans  la  nouvelle  lutte  qui  s'apprête, 
mais  sans  dire  un  mot  qui  puisse  étœ  pris  pour  l'indice 
du  projet  de  pousser  plus  loin  son  travail.  Cette  dernière 
partie  de  son  histoire  paraît  n'avoir  été  ce  rite' que  fort  peu 
de  temps  avant  le  siège  de  Toulouse  par  Louis  VIII.  Ainsi 
donc,  c'est  dans  rintervaile  de  1^12  à  1219  que  notre 
poi-'nie  lut  commencé,  continué  <^t  fr*rniiné. 

Cet  intervalle  n'est  pas  long;  1  ouvrage  lui-niènie  (^sì 
asseî  court,  et  les  événements  qui  y  sont  racontes  ne  siu- 
raient  avoir  plus  d'unité  qu'ils  n'en  ont  :  ib  se  touchont  de 
si  près,  qu  il  11  y  a  guère  moyen  de  saisir  entre  eux  un 
intervalle  pour  y  intercaler  quoi  que  ci  5Uil  d'étranger. 

Ce  bOiil  ia  autant  de  circonstances  qui  ne  font  que 
rendi-e  plus  saillante  et  plus  singulière  la  révolution  totale 
survenue  dans  l'esprit  et  les  sentiments  de  l'auteur  tandis 
qu'il  écrivait.  En  effet,  ce  que  notre  troubadour  albigeois 
a  Gommenoé  sous  l'empire  d'une  impression  et  d'une  idée, 
il  f  achève  sous  l'empire  de  rimpression  et  de  Vidée  con- 
traires. Son  ouvrage  est  pour  ainsi  dire  douUe;  il  est  com- 
posé de  deux  moitiés,  dans  chacune  desquelles  domine  un 
selitiméiit  contraire  à  celui  qui  règne  dans  Tautre  moitié  : 


XLvi  INTRODUCTION, 
il  a  l'air  d'vpfianeirir  i  devx  homme»  acMeulenieiit  diffé- 
rents» mais  ennemis,  mais  ayant  des  Bats  opposés.  Le  fidt 
demande  à  être  exposé  avec  quelque  détaiL 

Í  En  commençant  son  histoire,  notre  troufaadonr  inconnu 
se  montre  le  partisan  décidé,  le  prtoeur  enthousiaste  de  la 
Croisade.  11  a  pris  parti  contre  les  hérétiques;  Albigeois  ou 
Vaudois,  il  les  déteste  et  les  maudit  tous  :  il  célèbre  la  guerre 
entreprise  contre  eux,  comme  une  guerre  sainte  inspirée 
par  le  ciel;  il  sUdentifie,  autant  qu'il  peut,  avec  les  Croisés; 

^  il  les  désigne  de  vingt  manières  différentes,  dont  chacune 
est  une  manifestation  de  sa  sympadiie  pour  eux.  Notb^ront 
jmnçfÔMt  nos  Françoi»,  wtngmt  de  Frmce,  not/t  ^nt  étnm^ 
ŷèn,  notre  Croisade,  les  nôtres,  tels  sont  les  noms  qu'il  aime 
k  leur  donner.  C'est  bien  avec  mécontentement  et  regret 
qu'il  vdit  leurs  cruautôs ,  quand  elles  lui  semblcn  t  gratuites, 
quand  elles  vont  au  delà  du  châtiment  des  hérétiques. 
Mais  quant  aux  supplices  qui  atteignent  direcloinent  ces 
derniers,  il  en  absout,  il  en  loue  les  Croisés;  il  les  décrit 
avec  une  sorte  de  franchise  et  d'énei^ic  triviales,  par  les- 
quelles il  se  rend,  autant  quil  est  en  lui,  ie  complice  de 
leurs  bourreaux.  Pcinl-il  les  dan)os  de  Minerve  livrées  aux 
llammes,  après  la  prise  du  château  de  ce  nom,  il  parle  de 
mainte  fnilc  héréli<fue  qni  hugh  dans  le  feu.  Son  enthousiasme 
pour  la  Croisade  se  réfléchit  sur  tous  les  chefs  qui  la 
dirigent  :  il  s'épuise  à  chercher  des  termes  pour  louer 
dignement  Simon  de  Montfort.  Il  ne  Irouvr  porsonno  à  com- 
paror,  pour  l'éxcnllcncc  et  la  bonté,  ;iu  trop  fameux  Fol- 
quet,  de  Marseille,  aloi-s  évêque  de  Toulousi>.  et  le  Monlforl 
spirituel  (k'  la  Croisade.  La  |x>rtioii  du  ]  >i mi»  composée 
sous  i  inspiration  de  ce  7-èle  í m  iii  pie  ii  en  est  ,  il  est  vrai, 
que  la  moindre;  mais  elle  ne  iai^^c  pas  d  éti'C  considérable; 


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INTRODUCTION.  xlvu 
elle  embrasse  les  événements  des  trois  pramiôres  années  de 

la  Croisade,  et  comprend  près  de  3,ooo  vers. 
^     Dans  la  partie  subséquente  de  ses  récits,  Tauteur  décrit 
la  guerre  des  Albigeois  comme  une  entreprise  de  violence 
et  d'iniquité.  Simon  de  Montfort ,  Folquet  de  Marseille  et 

les  autres  chefs  de  la  Croisade,  que  notre  poëte  a  jusqu'ici 
peints  comme  des  héros  combattant  |)ieusenienl  pour  la 
foi,  ne  sont  phih  à  ses  yeux  que  fies  hommes  féroces  do- 
minés par  l'ambition,  et  déshonorant  à  la  Ibis  la  religion 
\  et  l'humanité. 

^  On  cherche  avec  curiosité,  dans  notre  histoire,  l'eiuiroit 
où  se  lait  et  s'annonce  une  révolution  si  complète  dans 
le  s<'ntimenf  moral  de  l'historien.  Mais  cet  f;ndroit  n Cst 
"  pas  facile  à  discerner  nettement;  il  .se  perd  et  se  cache, 
poui  ainsi  dire,  dans  le  contenu  de  plusieurs  couplets 
(du  (;xx\'  au  (axxvi"),  où  l'auteur  semlde  n'être  déjà  plus 
lardent  et  Intn'pidc  ]Kirtisan  de  la  Croisade,  et  ne  s'en  est 
pas  encore  déclare  l'adversaire.  Le  passage  de  ces  couplets 
le  moins  douteux,  comme  indice  de  ce  chanj^euient  de 
disposition,  est  un  passa^'e  (]ue  j'ai  déjà  cité  par  un  autre 
motii  :  c  esl  celui  où  le  poète,  ajjrés  avoir  annoncé  le  parti 
arrêté  par  le  roi  d'Aragon  de  venir  an  secours  de  Tou- 
louse, ajoute,  en  parlant  de  lui-même,  qu'il  verra  alors 
pour  qoi  se  déclaren  la  victoire,  et  poursuivra  l'histoire 
^'il  a  commeneée.  L'espèce  de  pâme  marquée  par  ces 
paroleB,  que  l'on  poumit  dire  des  paroles  dmdifiérenee 
et  de  Bentralité,  me  semble  indiquer,  dans  fesprit  de  Tan- 
teur,  le  moment  d*indécision  et  de  délil^^wkioa  où  il  passe 
de  MU  premier  sentiment  an  nouveau. 

Du  reste,  la  tranaition  est  décidée,  et  se  manifeste  dans 
le  récit  de  la  bataille  de  Moiet  et  de  la  mort  du  roi 


xLviii  INTRODUCTION. 
H* Aragon ,  qui  y  fat  tué.  En  annootant  leB  suites  funestes 
de  cette  mort  et  de  U  déroute,  Tautenr  ne  laûse  [dos  d*in> 
oertitnde  sur  sa  nouvelle  manière  d*enviaager  les  événe^ 
menis  anxiqaels  elles  se  rattachent.  Voici  en  qnds  termes 
il  caMctérise  ces  &its  :  «Tout  le  monde  en  valut  moins, 
dit-il;  toute  la  chrétienté  en  fut  abaissée  et  honnie.  >  Ces 
mots  peuvent  être  signalés  comme  le  manifeste  de  notre 
troubadour  historien  contre  les  Croisés;  cest  á  partir  de 
ce  mcnnent  que  les  persécutés  deviennent  ses  héros,  et 
les  persécuteurs  Tobjet  de  sa  haine.  Une  fois  exprimée, 
cette  disposition  ne  change  plus;  elle  ne  fait  que  so  renT 
forcer;  elle  s^exalte  par  les  efforts  mêmes  qu'elle  fait  pour 
se  satisfaire. 

I^ne  circonstance  particulière  à  noter,  à  propos  de  ce  ' 
changement  de  disposition,  et  qui  doit  le  rendre  plus 
frappant,  c'est  le  moment  historique  où  il  se  décide  et 
s'annonce;  j'ai  dit  que  c'est  à  propos  de  la  bataille  de 
Muret.  Or  tout  le  niotide  sait  comment  cette  bataille  fut 
g;agnée  et  perdue.  La  victoire  de  Simon  de  Montfort,  rem-- 
portée  contre  toute  attente,  contre  toute  vraisemblance, 
eut  autant  que  possible  les  apparences  d'un  miracle  opéré 
par  le  ciel  en  faveur  des  Croisés;  de  sorte  qu'abjurer  la 
cause  de  ceux-ci,  en  un  tel  moment,  c'était  presque  se 
révolter  contre  le  ciel.  Du  reste,  je  me  hâte  de  le  recon- 
naître, en  cessant  d'être  le  chantre  de  la  Croisade,  notre 
poète  ne  devient  ni  héréticjue,  ni  partisan  de  l'hérésie. 
On  chercherait  en  vain,  dans  ce  qu  il  dit  de  plus  amer 
contre  les  Croisés,  un  mot  que  l'on  puisse  interpréter  ^^n 
faveur  des  Albigeois  ou  des  V  audois;  toutes  les  répugnances 
qu'il  a  d'abord  manifestées  contre  eux  tous ,  il  les  a  fidè- 
lement gardées  en  lui.  Mais  il  n'a  plus  de  motifs  de  les 


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INTRODLìCTION.  xu% 
produire  au  dehors.  La  Croisade  n'est  plus  pour  lui  une 
allaire  do  foi  ou  d'hérésie:  ce  n'est  plus  qu'une  grande  ini- 
quité politique ,  une  guerre  odieuse  où  l'église  trompée 
cherche  à  triompher,  par  la  violence  et  la  fraude ,  de  l  in- 
nocenoe  et  dv  droit.  Ed  cbaDgeant  ainsi  d'opinion  sur  les 
hommes  et  les  choses,  notre  historien  n*a  certsinement  fait 
que  oéder  &  un  sentiment  dliumanilé  et  de  patriotisme  mé- 
ridional; et  s'il  y  avait  quelque  chose  d'extraordinaire  k 
ce  changement,  ce  serait  quHl  se  fàï  fait  un  peu  tard, 
qu'il  n'eût  pas  ëdaté  dès  les  premiers  excès  et  les  premiers 
massacres  des  Croisés.  Du  reste,  il  ne  &ut  pas  se  repré- 
senter d'avance  notre  historien  comme  un  homme  tou- 
jours prêt  à  saisir  grossièranent  toute  occasion  de  &ire 
parade  de  ses  haines  et  de  sm  colères  penonndles.  On 
verra  que  G*est  presque  toujours  avec  plus  de  calme  et  d'im- 
partialité, avec  plusd*art  et  d'effet,  qu'il  s'y  prend,  pour 
faire  ressortir  directement  des  faits  erat^mêmes  les  fureurs 
et  les  iniquités  de  la  Croisade. 

n  y  aurait  une  autre  manière  d'expliquer  l'espèce  de  dis- 
parate et  de  contradiction  que  je  viens  de  signaler  entre  la 
première  et  la  seconde  partie  de  notre  poème ,  et  une  ma- 
nière si  simple  et  si  naturelle,  qu'elle  se  présente  comme 
d'elle-même.  Ce  serait  d'attribuer  l'ouvrage  à  deux  auteurs 
différents  :  à  l'un,  partisan  dévoué  de  la  Croisade,  appartien- 
drait le  premier  tirrs  de  l'œuvre,  celui  où  les  exploits  de 
Simon  de  Montiurt  sont  célébrés  comme  le  triomphe  de  la 
foi  chrétienne;  i  autre,  ardent  ami  du  cotnte  de  Toulouse 
et  des  pays  dévastés  par  rexpediti  ^n,  aurait  composé*  la 
partir  subséquente  du  poème.  Ce  poème  serait  de  la  sorte 
la  coiiil  niaison  fortuite  de  deux  autres  poèmes,  ou,  pour 
mieux  dire,  de  deux  fragments  de  poème,  dont  l'un  se 

9 


ju  INTRODUCTION. 

aetait  trouvé  finir  juste  «u  <|Miiiit  où  l'autre  couMiençait. 

GeUe  hypothèse  s'est  présentée  à  moi  dès  le  premier 
instant  où  je  me  suis  aperçu  du  Tait  qui  la  provoque,  et 
je  l'ai  examinée  avec  attention.  Mais  plus  je  i'ai  examinée,  et 
plus  je  l 'ai  trouvée  inadmissible.  Si  diverses  que  soient  les 
deux  parties  de  notre  histoire,  quant  au  sentiment  moral 
qui  les  a  inspirées,  elles  s'ajustent  avec  tant  de  précision 
Tune  à  l'autre;  le  style,  le  ton,  la  manière,  le  caractère  de 
l'une  sont  tellement  ceux  de  l'autre»  qu'il  n'y  aurait  pas  la 
iiioinrlrn  vraisnmblaiicc  h  li's  supposer  de  deux  auteurs  dif- 
lérent.s.  Ce  serait  expliquer  ])ar  un  hasard  merveilleux  un 
fait  en  lui-même  très-naturel.  Quoi  de  plus  naturel ,  en 
filet ,  que  d'attribuer  un  changement  de  seulimeuls  et 
il  ulees.  Ici  que  celui  dont  il  s'agit  ici,  à  l'inévitable  impres- 
sion (fue  devait  produire,  à  la  longue ,  siir  une  âme  ^éne- 
reusi',  le  spectacle  des  violeneei>  de  la  Croisade?  l'our  ne 
pas  se  lasser  de  pareilles  violences,  il  ne  fallait  rien  de 
moins  peut-être  que  la  funeste  énergie  ou  le  triste  besoin 
de  les  faire.  Il  ÎaiiaiL  être  Montiorl  ou  l'olquet. 

X. 

D*aprës  ce  que  j'ai  dit  précédemment  des  ^  modèles  que 
noire  auteur  eut  dans  l'art  difficile  de  la  narration  histo- 
riqaey  on  présumera  aisément  qu'il  ne  doit  pse^s'y  montrer 
fort  liabilej  Ce  qu'il  est  relativement  à  ces  modèles,  s'il  les  a 
surpassés  ou  leur  est  testé  inférieur,  nul  ne  peut  le  dire,  les 
modèles  dont  il  s'agit,  oeuxdummns  qu'il  nous  alui-m^e 
signalés,  étant  aujourd'hui  perdus.  Maist  à'  la  oinsidérer 
en  dle*méme,  sa  narration  est  encore  fort  inculte  :  les  faits 
y>sOBt  généralement  présentés  dans  leur  ordi^e  chrondo- 


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INTRODUCTION.  ii 
gique;  Buis  Ì68>dates  n'en'aoDt  point  exprimées,  «fils  òtit 
plus  souvent  l'air  d*être  simplement  juxtaposés  que  d'être 
liés  d'une  manière  qui  en  marque  la  filiation  el  les  rap- 
ports. Il  ne  faut  pas  s'attendra  non  pius  à  trouver,  entre 
les  diverses  parties  de  notre  histoire,  une  eer  lai  ne  propor- 
tion, une  certaine  harmonie  :  quelques-mu  s  ««ont  dévelop- 
pées avec  une  abondance  qui  n'a  pas  toujoui  s  le  niriîte 
de  la  clarté;  d'autres  sont  brusquenjent  esquisst  es  eu  traits 
rudes  et  obscurs,  sous  lesquels  on  a  bien  de  la  peine  à  en 
saisir  la  substance. 

Ces  défauts  sont  graves  :  qui  s'aviserait  «le  le  nier?  Mais 
il  y  aurait  de  la  sotte  pédanterie  à  .s'y  arrêter  sérieiisement. 
De  tels  défauts  sont  beaucoup  moins  de  l  auteui  que  de 
son  temps.  Ce  que  l'on  est  ea  droit  d'exiger  du  poète  po» 
polaire  d'une  époque  idUpiagiuation  et  d'ignorance  qui 
essaye  deiie  ÎMnihîfltoiieafi  caioest  oertainemeiit  pas  une 
narration  artiste,  précisent  lucide  ;<ce  sontiles  détaila,  des 
U«its  qui  peignent  à  Ìa  '  fois  les  évéDeiaeuts  et  le»  temps. 
Or«  les  détails  et  les  teaits  de  ce;  genre  abondent  dans 
notre  histoire. et iuidoiinent  m  bien  «utre  prix  que  celai 
<pii  résulterait  uniquement  ,de  la  liaison  artiste,  -de  f  har- 
monie et  de  ia.darté  de  ses.  diverses  parties  <  * 

Une  des  premièi«a  ^choeestqai  fisappcnt  dans- cette  his- 
toire, c*est  fempressemoit  de.lWteur  à  dter  par  leurs 
noms  tous  lesipersonnages  qn-il  eonnatt  pour  avoir  figuré 
de  quelquA  mamAie,iméme  fort  en  -8ous*ordre,  dans  les 
événements  qu'il  racontei<et  il  en  cite  une  ranltttnde  éton-> 
nante  ;  il  en  cherche  et  en  trouve  dans  tous  les  rangp  de  la 
£&odalitáv  ide  la  chevalerie,  de  la  bourgeoisie ,  et  même 
au-desBOQS.  U  nîy  a  pas  si  petit  seigneur  de  ehâteau  qu*R' 
ne  nomme  et  ne  soit  disposé  à  c^ébrer,  pour  peu  que 


La  introduction: 

roocanon  s*y  prête.  S^il  décrit  les  machines  de  guerre  des 
Toulousains  ou  des  danseurs  de  Beaucaire,  il  sait  et  dit 

les  noms  des  ingénieurs  qui  les  ont  construites;  s'il  raconte 
l'incendie  de  la  cathédrale  de  Béaiers  par  les  Croisés,  il 
saisit  cette  occasion  de  nommer  Varcliitecte  àont  dile  est 
Toeuvre.  Cest  surtout  dans  le  récit  des  faits  de  guerre  qu'il 

se  complaît  à  étaler  sa  curiosité  et  son  érudition  en  ce 
genre.  11  y  a  des  eas  où  l'énumcration  qu'il  fait  des  hommes 
du  pays  armés  contre  les  Croisés  est  à  la  fois  si  longue  et 
si  sèche,  qu'elle  ressemble  plus  à  nn  simple  appel  dr» 
soldais  par  leur  chei  qak  une  revue  poétitjoe  de  barons 
et  de  chevaliers. 

Notre  auteur  aurait  certainement  pu  se  dispenser  d  un 
genre  d  exactitude  aussi  minutieux;  mais  il  y  a  cependant 
quelque  chose  à  dire  pour  expliquer,  et  même  pour  excuser 
cette  habitude  oii  il  est  d'accumuler  les  noms  propres  au- 
tour des  faits  même  les  plus  secondaires. 

Accoutumé,  en  sa  qualit*;  de  troubadour  ou  de  jongleur, 
à  visiter  les  cours  et  les  châteaux  du  j^ays,  il  devait  con- 
naître les  seigneurs  de  tout  ordre  qui  les  habitaient,  et,  les 
counai&sanl,  il  était  naturel  (ju  il  rendît  hommage  à  leur 
bravoure  en  les  célébrant,  ou  tout  au  moins  en  les  nom- 
mant dans  ses  chants  historiques,  et  ces  chants  ont  encore 
à  ce  titre  une  sorte  d'intérêt  vivant.  Parmi  ce  qui  reste 
aujourd'hui  des  anciennes  familles  du  ifidi,  il  n'y  en  a 
probablement  que  fort  peu  qui ,  entre  tant  de  personnages 
chevaleresques  mentionnés  par  notre  historien,  ne  recon- 
naîtront ps  quelques-uns  de  leurs  ancêtres. 

Quant  aux  traits  de  notre  histoire  qui  caractérisent  plus 
particulièrement  l'événement  qui  en  est  le  sujet,  il  fau- 
drait, même  pour  n'indiquer  que  les  principaux,  entrer 


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INTRODUCTION.  lui 
dans  des  rapprochements  détailles  que  tout  lecteur  attentii 
et  curieux  lora  de  lui-même,  et  que  je  ne  puis  ni  ne  veux 
lui  épargner.  Je  me  bornerai  à  signaler  (ju«dques-uns  de 
ces  traits,  choisis  à  dessein,  non  parmi  les  plus  frappants 
ou  les  plus  pittoresques,  mais  parmi  ceux  qui  jettent  le 
plus  de  jour  sur  le  fait  même  de  la  Croisade  et  sur  la  na- 
ture des  guerres  qui  se  fii'cnt  sous  ce  nom.  Il  y  a  pour 
nous,  dans  ces  guerres,  à  les  prendre  telles  que  les  dé- 
crivent les  anciens  historiens,  quelque  chose  d obscur,  une 
sorte  d*émgme  politique.  Ceux  qui  y  jouaient  le  rôle  d  a- 
gresseurs,  cétaioit  des  Croisés  du  nord  de  la  France  et  de 
toutes  les  autres  parties  de  l'Europe,  lEspagne  exceptée. 
Biais  ces  Croisés  n  étaient  tenus  par  leur  engagement  qu'à 
un  service  de  quarante  jours,  au  bout  desquels  Us  étaient 
ordinairement  fort  pressés  de  s*en  retourner,  avec  Tinno» 
cence  baptisniale  qu'ils  venaient  de  conquérir  par  le  fer  et 
le  feu. 

Une  pareille  masse,  se  dissipant  et  se  renouvelant  sans 
cesse,  composée  de  ptierins,  d'hommes  assemblés  au  ha- 
sard, lâches  et  braves,  jeunes  et  vieux,  vigoureux  et  dé- 
biles, n  était  pas  une  force  avec  laquelle  il  fût  possible 
de  faire,  ni  même  de  tenter  des  conquêtes  durables.  Ce 
n'était  pas  \k  l'armée  qu'il  £dlait  à  Montfort  II  lui  fallait 
une  armée  régulière,  permanente  et  vraiment  à  lui.  Mais 
une  telle  armc'^e,  il  n*y  avait  pour  lui  qu'un  moyen  de 
l'avoir,  c'était  de  la  faire,  de  la  prendre  et  de  la  tenir  à  sa 
solde;  or  l'expédient  était  fort  au-dessus  de  ses  moyens 
personnels.  C'était  là  le  problème  à  résoudre  pour  Simon , 
et  pour  q\ii  veut  bien  comprendre  l'étrange  situation  de  ce 
chef  audacieux  dans  la  Croisade,  il  est  indispensable  de 
savoir  comment  il  le  résolut 


Li?  INTRODUCTION. 

C'est  notre  hisloneB  «Un^eois-  qui  mous. le  dit'i  il  nom 
le  dit  dan»  sMin  réoit-du  qiégcet  de  b  prias  de  l^aváur  par 
les  Croisés^  Il  nous  tpprend  que,  Lavaur  emporté  et  ka  hé- 
rctiques  brûlés  ou  pendus,  Montfbrt  fit  butin  de  tout  dans 
la  ville,  et  de  ce  butin  forma  un  énarme  monceau,  qu  il 
livra  à  up  opulent  usurier  de  Gahocs,  nommé  Bamond  de 
Salvaguac,  en  remboursement  des.avances  que  celui-ci  lui 
avail  faites  On  voit  dairemeut  par  là  comment  Simon 
de  Montforl  s'y  prenait  pour  faire  la  guerre  à  ses  frais. 

Et  ce  n'est  pas  uniquement  des  afifaires  propres,  des 
gostps  des  Croisés  que  notre  historien  donne  une  idée  plus 
vive  vi  |)lus  complète  que  tout  autre.  Il  révèle  et  caracté- 
rise de  même,  bien  que  d'une  manière  plus  indirecte  et 
plus  vague,  les  rirconstances  générales  avec  lesquelles 
coïncide  cette  i'roitkitie,  au  uiilii-u  (lei.(pielle.s  elle  marche 
et  se  déveluj>[x',  et  qui  en  niodifuMil  à  eliatpie  instant  les 
accidents  et  les  détails.  Ainsi,  par  exemple,  d  un  cote,  la 
tendance  énergique  des  villes  à  la  démocratie,  et  de  l'autre 
l'esprit  chevaleresque  des  classci»  iéodale^,  sont,  à  1  époque 
dont  il  s'agit,  deux  des  grands  traits,  Ott^peut  même  dire 
les  deux  plus  grands  traits,  de  Ia  société  du  Midi/ .CerBont 
les  deux  faits  généraux  qui  se  mèleut  à.tous  les. autres,  et 
comme  le  fond  sur  lequel  9e  dessbent.  les.  mouvements, 
les  actes,  les  idées  et  toute  la  vie  du  pays.  Or  le  sentiment, 
b  conscience  intime  de  ces  deux  faits  ressort  à.  chaque  ins- 
tant des  récits  de  notre  historien  ;  ils  sont,  cbacun^pour  sa 
part  et  de  son  c6té,  comme,  fâme  de  .tout  ce  qui  se.fait 
dans  Hniérét  du  pays  coutre  la  Croisade  et  les. Croisés. 
De  courtes  explications  préciserofil;  un  peu  ces  Assertions.  Ja 

*  i.nii,v.  i63A  Mttttv. 


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INTRODUCTION.  i.v 
flirai  d'abord  qTîHqn*  s  mots  des  viiles  et  de  Tespht  dont 
elles  étaient  aiurs  animées. 

Les  plus  puissantes  de  ces  villes,  celles  qui,  à  force  d'ac- 
tivité et  d'industrie,  avaient  fini  par  conquérir  de  la  ri- 
chesse ou  de  l'aisance,  avaient  loulos  à  peu  près  le  niénie 
régime  intérieur,  le  même  fond  d'institutions  municipales; 
et  ces  inslitulious,  obtenues  partout  de  la  même  manière, 
avaient  eu  partout  des  résultats  sinon  parfaitement  égaux, 
du  nMHDS  tout  k  fait  semblables.  Il  oe  s'agit  point  ici,  pour 
moi,  de  décrire  m- de  cactctériser  evuiâtitutions;  cest  une 
tftche  que  je  réserve  pour  un-  autre  moment  et  pour  un 
autre  ouvrage;  quelques  mots  très-génératut  sont  tout  oe 
qu  il  convient  que  j'en  dise  ici. 

An  commencement  du  ziii*  siècle  les  principales  villes  du 
midi  de  la  France  étaient  toutes  gouvernées  par  des  ma- 
gistrats  de  leur  dioiz,  en  nombre  variable,  et  temporaires» 
qui  prenaient  généndement  le  titre  de  consuls,  et  dont  la 
réunion  se  nommait  le  couuka.  Partout  où  il  existait,  ce 
consulat  municipal  était  la  conséqn^oe  et  le  résultat  d'une 
lutte  très-vive  de  l'esprit  et  de  Tintérèt  populaires  des 
villes  contre  la  doraination  féodale  établie  dans  ces  villes.' 
L'intérêt  et  V  prit  démocratiques  avaient  partout  triom- 
phé; la  domination  féodale  avait  été  partout  vaincue,  mais 
plus  ou  moins  complètement,  selon  des  circonstances  très- 
diverses  qu'il  ne  s*agit  pas  ici  de  déterminer.  Certaines 
villes,  comme  Avignon,  Arles;  Nice,  Tarasoon,  fdeineroent 
affranchies  des  seigneurs  féodaux ,  s'étaient  érigées  en  répu- 
bliques, et  avaient  formé  autant  de  petits  états  dans  les 
limites  de  l'ancienne  juridiction  munieipale.  Mais  dans  la 
plupart  de  crsvi!!f\t;,  la  démocratie  et  la  féodalité  avaient 
traité  ensemble  et  s  étaient  partagé  le  gouvernement  muni- 


Lvi  INTRODUCTION, 
cipal,  ou,  pour  mieux  dire,  elles  contmuaient  i  se  le  dispu- 
ter avec  des  ehanoes  très-variables.  Voici,  abstraction  faite 
des  difTéreaces  et  des  inégalités  locales,  ce  quil  y  avait  gé- 
néralement de  convenu  et  d'établi  dans  les  communautés 
réj^ies  par  un  consulat. 

1"  Gbacpie  communauté  avait  le  droit  de  alarmer  et  de 
faire  la  guerre  pour  le  maintien  de  sa  sûreté  et  de  son 
honneur,  soit  contre  les  autres  communautés  de  son  voisi- 
nage, soit  contre  les  seigneurs  particuliers  qui  avaient  des 
cbftteaux  dans  les  limites  de  son  territoire. 

2*  Elles  concluaient  des  traités  de  commerce  et  dTamitié 
avec  d'autres  villes  soit  du  pays,  soit  étrangères,  avec  celles 
d'Italie,  par  œmple. 

3*  Là  même  où  les  comtes  ou  les  autres  cbe6  féodaux 
s'étaient  maintenus  en  autorité,  le  consulat  exerçait  une 
part  considérable  des  pouvoirs  judiciaires. 

4*  n  veillait  au  maintien  de  l'ordre,  de  la  salubrité  et 
de  la  sûreté  publiques,  et  faisait  pour  tout  cela  les  règle- 
ments nécessaires. 

5*  11  intervenait  dans  les  transactions  libres  et  volon- 
taires entre  particuliers,  pour  en  ré^er  la  forme  et  en 
garantir  l'autbenticité  et  Texécution. 

6*  Les  consuls  éteient  assistés  dans  toutes  leurs  délibé- 
rations par  divers  conseils  plus  ou  moins  nombreux,  com- 
posés d'individus  pris  dans  toutes  les  classes  de  la  popu- 
lation. 

7*  Il  y  avait  partout,  au-dessous  des  consuls,  des  offi- 
ciers ou  des  magistrats  élus  par  eux,  et  qui  exerçaient  les 
divers  emplois  de  radministration  municipale,  qui  en  for- 
maient, en  qu^pie  soile,  la  partié  exécutive,  comme  les 


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INTRODUCTION.  lvu 

cousais,  pris  ooUectívement,  en  fonnaiént  la  partie  légis- 
lative. 

La  Itttte  dont  cette  institatioii  fut  le  résultat  général 
avait  été  vive,  laborieuse  et  longae;  elle  avait  duré  tout  un 
sièck.  £lle  est  indubitabÎement,  dans  le  Midi ,  le  fait  le 
l^ns  grave  et  le  plus  intéressant  du  Xii*"  siècle;  malheureu- 
sement ce  £ût  est  à  peu  de  chose  près  inconnu;  à  peine 
Thistoire  en  a-t-elle  maisqué  quelques  incidents  isolés,  suffis 
sauts  néanmoins  pour  en  constater  la  nature,  la  tendance 
et  les  effets. 

Ânconmienceraent  du  zni*  siècle,  à  Tépoque  où  éclata  la  , 
ÇBfirre  albigeoise,  l'éner^  politique  qui  s'était  déployée • 
dans  toutes  les  villes  à  la  conquête  du  consulat  munidpal ,  ^ 
cette  énergie  était  entière  et  plutôt  même  encore  croissante  i 
que  déjà  près  de  décliner;  il  ne  manquait  à  cette  force  | 
jusque-là  toute  locale,  jusque-là  restreinte  dans  les  limites 
d'intér/^ls  municipaux,   qu'une  direction  et  un  l)ut  eoin-' 
nnuis  pour  devenir  une  grande  iorce  morale  et  sociale 
dans  l'intérêt  général  du  Midi.  Or  cette  direction,  ce  but 
commun  dout  les  villes  avaient  besoin  pour  appliquer  de 
concert  leur  énergie  politique  à  quelque  chose  (ir  national, 
la  Croisade  alhÌLíeoise  les  ieurdonna  momcntaiH  un  ut.  PUi- 
sievH's  dos  plus  puissantes  de  rcs  villes,  tant  de,  celles  de  la 
Provence  que  de  celles  à  la  dioile  du  Rhône,  se  soulevèrent 
généreusement  en  laveur  des  seigneurs  dépouillés,  et  1  hé- 
roïque résistance  que  Simon  de  Montlort  é|irouva  dans  le 
Midi  uc  fut  récllemenl ,  dans  son  principe,  que  réuergique  . 
et  rapide  usage  de  1  indépendance  ou  de  la  liberté  munici- 
pale que  les  villes  de  ces  contrées  avaient  enfin  conquise. 

C'est  là  un  fait  cpii  n  a  été  formellement  énoncé  par  au-  ' 
«  un  des  hLStorieas  contemporains  de  la  Croisade  albigeoise, 

h 


r 


0 


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Lvm  INTRODCCTION. 
pas  plus  par  le  nôtre  que  par  ceux  connas  avant  lui.  Mais 
du  moins  ce  dernier,  s*il  n'a  pas  remonté  jusqu'au  principe 
de  cette  vigoureuse  résistance  que  les  villes  du  Midi  êé- 
ployèrent  contre  Montfort,  en  a-t-il  énergiqucmcnt  peint 
î'exîdtation,  les  développements  et  les  effets  immédiats. 
Uentliousiasme  avec  lequel  ces  villes  mbrassent  la  cause 
des  sdgneurs  de  Toulouse,  dès  la  première  occasion  qui 
s'en  présente,  Vardeur  et  le  dévou^ent  avec  lesquds  elles 
combattent  pour  leur  restauration,  laversion  qu'cbes  mon- 
trent pour  la  Croisade  et  pour  ses  chefs  ecclésiastiques 
on  militaires,  tout  cela  est  senti,  exprimé,  raconté  par 
notre  liistorien  ;  tout  cela  est  décrit  au  long,  avec  un  in- 
térêt passionné,  d'un  ton  vraiment  poétique  et  avec  des 
couleurs  assez  souvent  plus  brillantes  et  plus  hardies  que 
justes,  mais  qui,  même  en  ce  cas,  attestent  de  la  part  de 
Técrivain  un  eiTort  sérieux  pour  trouver  des  expressions 
qui  répondent  à  la  vivacité  de  ses  émotions. 

Parmi  ces  villes  liguées  de  fait  contre  les  mêmes  ennemis 
et  pour  la  même  cause,  Toulouse  se  trouve  naturdlement 
cdle  qui  joue  le  premier  rôle,  celle  qui  se  présente  comme 
le  principal  foyer  des  forces  opposées  à  la  Croisade.  Aussi 
est-elle,  entre  toutes,  celle  dont  notre  historien  parle  le 
plus  souvent,  avec  le  plus  de  suite  et  dadmiration.  Jamais 
peut-être  ville  ne  l'ut  célébrée  avec  plus  d'enthousiasme, 
plus  d'amour,  j'a  joute,  ni  plus  de  justice  que  Toulouse  ne 
l'a  été  par^notre  historien  albigeois.  Il  n'a  point,  il  est  vrai, 
décrit  expressément  le  régime  politique  de  cette  ville,  il 
n'en  a  point  exposé  les  institutions  ninnicipales.  (Vost  de 
quoi  il  n'avait  nul  besoin  et  no  pouvait  avoir  I  idée,  lui 
poëte  ,  lui  historien  po]mlaire,  n  ecrniiiit  ou  ne  ciiaiitaiit 
que  pour  exprimer  des  émotions,  les  émotions  nouvelles 


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INTRODUCTION.  ux 
pioduites  par  des  événements  inouïs.  Tout  ce  (|uil  avait  à 
faire  était  de  mettre  ce  régime,  ces  institutions  en  action. 
Or  c'est  là  ce  qu'il  a  fait  de  manière  à  donner  iniplicite- 
meot  la  plus  haute  idée  de  leur  énergie. 

Toute  occasion  de  parler  de  Toulouse  n'est  en  eilet,  pour 
not»  auteur,  qu'une  occasion  de  faire  ^ntir  tout  ce  qu'il  y 
avait,  dans  le  régime  de  cette  ville,  de  vigueur  et  de  li- 
berté. Biais  c'est  surtout  du  récit  du  grand  siège  soutenu 
par  elle  qn'ii  Êiit  vivement  ressortir  l'action  de  ce  régime. 

Lenége  dont  il  s'agit,  celui  où  Simon  de  Montfort  fut 
tué,  peut  être  regardé  comme  révénement  principal, 
comme  la  crise  de  la  Croisade  dI>igeoÌBe,  en  tant  que  cette 
crise  dépendait  d'une  guerre  formelle  y  d'une  guerre  ou- 
verte. Ce  siège  fut  long;  il  fut  périlleux  pour  les  Toulou- 
sains; et  le  comte  de  Toulouse  s'y  trouva  en  personne, 
du  commencement  à  la  fin ,  avec  plusieurs  des  plus  hauts 
seigneurs  du  Midi.  Eh  bien,  durant  tout  ce  siège,  c'est  le 
pouvoir  municipal,  c'est  le  consulat  qui  dirige  tout,  qui 
préside  et  pourvoit  à  tout,  autour  duquel  viennent  se  ral- 
lier toutes  les  forces  levées  pour  la  défense  commune ,  à  1«  / 
solde  duquel  combattent  toutes  ces  forces.  Le  comte  àe-i 
Tonkinse,  le  légitime  seigneur  de  la  ville,  est  là,  et  il  n'y 
est  pas  oisif;  mais  tout  ce  qu'il  y  fait,  il  a  l'air  de  le 
faire  sous  les  auspices  des  consuls;  il  ne  leur  commande 
pas,  et  Ton  ne  voit  pas  ce  qu'il  pourrait  avoir  à  leur  com- 
mander. Enfin  le  pouvoir  consulaire  est  l'unique  pouvoir 
qui  se  montre  formellement  comme  pouvoir  politique 
dans  la  ville  assiégée. 

C'est  en  repr^ntant  ainsi,  soit  à  Toulouse,  soit  ail- 
leurs, le  consulat  municipal  en  lutte  contre  la  Croisade 
albigeoise,  que  notre  historien  nous  révèle,  sinon  l'exis^ 

h. 


IX  INTRODUCTION. 

tence  et  les  formes  de  cette  institution  [cLoscs  que  nous 
savons  d'ailleurs  ) ,  du  moins  son  intervention  et  son  in- 
fluence dans  les  grands  événements  du  pays.  C'est  ainsi 
qu'il  confirme»  bien  qu'implicitement  et  d'une  manière 
indirecte,  ce  «pie  «nous  connaissons  par  d'autres  témoi- 
gnages du  hantf  degré  de  p^smice  el  de  liborté  auquel  les 
inlle»  du  Ifidi  s*étaient  élevées  duvantle  xn*  siècle. 

XI. 

D'autres  déMUs-  de  notre  histoire  non  moins  intéressants 
qiie  ceuiL  buxqucls  je  viens  de  toucher  sont  ceux  où  l'his^ 
torien  essaye  de  caractériser  1^  moeùrs  générales  du  Midi , 
au  commencement  du  xiii*  siècle,  ceux  où  il  s'efibroe  de 
rendre  de  qudqne  manière  le  sentiment  et  Vidée  qu'il  a 
dé  ces  moeurs,  ceux  enfin  qui  marquent  le  point  de  vue  le 
plus  élevé  d'où  il  a  conndéré  les  événements. 

A  l'époque  dont  il  s'agit,  le  trait  dominant  des  mceun,  ' 
dans  le  Midi,  c'était,  comme  je  l'ai  avancé  déjà,  f esprit' 
chevaler^gne,  cest-à*dire  la  prétention*plus  ou  moins  sé-  / 
nense  aux  vertus,  aux  qualités,  aux  habitudes,  dans  les-  • 
quelles  on  .Cgôsait  consister  la  cliovaleric; 'c'était  l'emploi 
généreux  de  la  bravoure  et  de  la  puissance ,  une  bizarre 
combinaison  de  raffinement  et  d'exaltation  dans  les  idées  et 
les  relations  de  l'amour,  un  certain  mélange  d'élégance ,  de 
politesse  et  de  bienveillance  auquel  on  donnait  lejiom  de 
courtoisie,  parce  que  la  chose  ainsi  nommée  avait  pris 
naissance  dans  les  cours.  C'était  enfin  une  certaine  culture 
d'esprit,  encore  toute  poétique,  toute  au  profit  de  l'ima- 
gination. 

Ces  mœurs,  il  est  esseotiei  de  Tobserver,  n'étaient  pas 


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INTRODUCTION.  lu 
exdusIveiiieiitoeUes  des  hautes  daases  féodaks.  Les  idées 
et  les  habitudes  de  la  cbevalerie  étaieut  deacebdues  assea 
bas  dans  la  société  généiale  :  les  stm^as  bourgeois  aqn- 
raient  hâbitiieUeiiieiitau  titre  de  cheTaliers;  ils  Tcditenaient 
aisément,  et  il  s'était  formé  dans  les  vâks'iiiie  classe  nom- 
breuse qui  se  piquait  d*imiter  les  mœurs  dégantes  dont 
.  les  -cbâteaox  avsient  donné  Texemple.  La  ohevderie  était  t 
de  la  sorte  devenue  une  eqpèce  de  lien  entre  les  villes  et  les 
cours,  entre  la  démocratie  et  la  féodalité.  Ce  sont  les  mœurs 
de  toutes  ces  prises  coiledivement  et  alistiaction/ 

foite  des  distinctions  politiques,  qu'a  déorites  noire  liisto- 
rîen,  et  dont  on  sent  à  chaque  instant  le  re6et  dans  ses 
tahleaui  et  dans  ses  récits. 

Halheuieusement  ce  reflet,  même  en  le  tenant  pour 
fidtíe,  est  knn  d'être  ausn  net,  aussi  détaillé  qu'il  le  fondrait 
pour  nous  donner  une  idée  juste  et  précise  de  l'état  de 
choses  qu'il  eiprime.  Les  traits  par  lesquds  il  nous  rend 
œtétat  de  choees  sont  on  ne  peut  pas  plus  vagues,  plus 
généraux,  plus  monotones.  Toutefois  cps  traits  sont  carac- 
téristiques; ils* ont  un  sens  moral,  ils  se  tiennent  -&  un 
dessein  historique;  et  ce  dessein,  ce  sens,  je  dois  essayer 
de  les  saisir,  de  leur  donner  un  relief  à  l'aide  duquai  ils 
puissent  être  facilement  sentis,  appréciés.  . 

Notre  historien  albigeois  avait  une  haute  opinion  de  la 
cnltoie  sociide  des  pays  envahis  par  la  Croisade ,  et  il 
ne  perd  pas  une  occasion  de  manifester  sa  conviction  à 
cet  égard;  mais  c'est  toigouf»,  je  le  répète,  en  des  termes 
généraux,  aussi  obscurs  pour  nous  qu'ils  étaient  sans 
doute  clairs  et  positif  pour  lui,  qu'il  essaye  de  caractériser 
cette  culture  toute  chevaleresque,  et  désigne  les  vertus, 
les  avantages,  les  manières  d'être  qui  en  étaient  à  la  fois 


Lsii  INTRODUCTION, 
la  conséquence  et  le  signe.  Parle  nom  de  parage  {pamiije), 
il  exprime  la  noblesse,  non  pas  uniquement  et  simplement 
celle  de  race,  mais  celle  qui  consiste  dans  la  culture  de 
l'âiue  et  de  Fesprit,  celle  qui  se  manifiwte  par  la  cour- 
toisie et  la  générosité.  La  droiture  (drnOini)*  cesl-à-<lire 
Tamour  désiatéreasé,  l'amour  absolu  de  ce  qui  est  réputé  ■ 
juste,  est  pour  lui  une  autre  Gondition  et  une  autre  . 
marque  de  la  civilisation  qu'il  veut  peindre,  et  quil  a, 
sinon  sons  les  yeux,  du  moins  dans  la  pensée.  Les  mots 
à  peu  près  synonymes  de  prix,  de  valeur,  de  merci  [pntt, 
vainaa,  mmes  )  sont  ceux  qn  il  emploie  à  chaque  instant 
pour  désigner  d'une  manière  générale  Tbabitude  des  qua- 
lités  morales  par  lesquelles  un  bomme  se  distingue  bono- 
rableroent  d'un  autre.  Un  trait  plus  caractéristique  et  plus 
spécial  de  la  cbevalerie  du  Midi  est  indiqué ,  dans  notre 
historien,  par  le  mot  de  galaubier,  appellatif  intradui- 
sible, dérivé  du  avhíiBcaúS  gahubia,  qui  signifie  l'empres- 
sement, l'eflbrt  continu  de  quelqu'un  qui  prétend  à  l'bé- 
raSsme  chevaleteaque,  qui  se  pique  d'égaler  ou  de  sui^ 
passer  les  plus  hauts  laits  en  ce  g^re.  • 

N'ayant  point  su  on  voulu  décrire  d'une  manière  plus 
claire  ou  plus  précise  cet  état  de  mœurs  et  de  civilisation 
auquel  il  veut  nous  intéresser,  notre  historien  a  du  moins 
essayé  de  nous  &ire  comprendre  la  haute  idée,  le  senti- 
ment enthousiaste  qu'il  en  a.  Il  se  figure  cet  état  comme 
un  état  idéal  de  joie  et  d'allégresse,  comme  un  monde 
où  tout  est  vie,  splendeur  et  lumière,  comme  un  vrai 
paiadi&Ŷ  c'est  le  mot  qu'il  emploie ,  et  ce  n'est  pas  une 
fois,  ce  n'est  pas  par  hasard  qu'il  reixiploie,  c'est  plusieurs 
fois,  c'est  sérieusement,  c'est  pour  ne  pas  rester  trop  au- 
dessous  du  sentiment  dont  il  est  plein. 


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INTRODUCTION.  twii 
MaÎDtenant,  et  tout  cria  posé,  il  est  facile  dt'  dire  ce 
quest  pour  notre  historien  U  Croisade  albigeoise.  C'est  une 
guerre  à  mort  apportée  par  une  force  inique  et  liput^lt*  à 
des  contrées  oà  avaient  JiuK]ue-là  régné  la  politesse,  la 
justice  et  la  paix.  C'est  comme  une  lutte  <>iitrc  orgueil 
^orgoUi  )  et  parage  (  nous  dirions  entre  la  barbarie  et  la 
civilisation  ) ,  qu'il  se  représente  cette  guerre.  C'est  de  ce 
point  de  vue  que  sa  pensée,  dominant  tous  les  événcuient.s, 
tous  les  accidents  de  la  Croisade,  les  amène  à  Tunité.  Dans 
cette  lutte ,  la  plus  grande ,  à  ce  qu'il  paraît ,  que  puisse 
concevoir  le  génie  de  notre  historien  ,  le  comte  de  Tou- 
lonso  figure  comme  le  génie  de  la  civilisation  et  de  la  jus- 
tice, niarcliant  sous  une  bannière  dont  la  croix  et  la  brebis 
sont  les  pieux  symboles  ;  Montfort  y  est  le  génie  de  la  vio- 
lence et  de  la  brirbnrie,  portrtnt  sur  son  drapeau  l'image 
trop  significative  d  uu  lion  dévorant. 

C'est  comme  soldats  de  Moutiort ,  comme  Croisés,  rt  non 
précisément  comme  peuple,  que  les  i'rançais  sont  peinti» 
par  notre  historien  ;  et  ce  n'est  pas,  on  ie  présume  aisément, 
sous  de  belles  couleurs  qu'ils  paraissent  dans  ses  tableaux. 
Il  les  qualilie  assez,  habituellement  de  taverniers  (  lavemers), 
de  tuenr,s  d'hommes  (homicidìers]^  de  gens  de  glaive  (^rjìnTiers); 
ils  sont  a  ses  yt  ux  une  race  étrangère  devant  qui  seteint 
toute  lumière.  Dans  un  passage  plus  détaillé,  pins  positif, 
et  par  là  même  plus  significatif  (  v.  6927  elsuiv.  ),  il  les 
représente  comme  prompts  et  irrésistibles  quand  il  sagit 
de  conquérir,  mais  au^i  comme  perdant  aisément  toute 
modestie  et  toute  prudence  dans  le  succès,  et  sujets  à  re- 
tomber de  la  plus  haute  prospérité  dans  rabaissement.  11 
les  accuse,  dans  l'idiome  politique  de  l  épocpie,  d'être  mau- 
.vVais  terriers,  cesl-à-dire  de  ne  point  savoir  gouverner,  ni 


ixiv  INTRODUCTION. 

par  conséquent  conserver  1rs  j^ays  conquis.  Il  rend  du  reste 

la  plus  éclatanUi  juslia'  à  leur  bravoure  à  la  prnerre. 

Notre  historirn  se  tient  constamment,  Lieu  qu'avec  une 
certaine  liln  i  lo  on  un  certain  désordre,  à  cette  vue  générale 
de  la  (  'i oisadc  albigeoise  :  c  <>st  par  la  manière  dont  ils  affcc- 
If'iit  la  condition,  les  idées,  les  esjîérances  flu  parti  civilisé, 
qu  il  apprécie  les  incidents  varies  de  la  lutte  qu'il  décrit. 

Ainsi,  connue  j  ai  eu  déjà  l'occasion  de  le  noter,  c'est 
par  des  paroles  de  douleur  et  de  deuil  sur  le  pays,  civi- 
lisé qu'il  indique  les  réstdtats  de  la  bataille  de  Muret,  de 
cette  bataille  où,  comnie  il  dit  :  c  Lw  Toulouttins  perdi- 
rent tant  dd  bonnes  aimores  et  tant  d^bommes  courtots.  * 
«  Le  monde  entier,  ponrsuit-il,  en  valut  moins;  le  paradis 
(sur  terre)  en  fiit  détrait  et  dispersé;  la  chréâenté  abaissée 
et  bonnie.  * 

La  suite  immédiate  des  événements  ne  fait  que  confir- 
mer et  redoubler,  dans  notre  bîstonen,  les  mélancoliques 
impressions  que  lui  a  causées  le  triomphe  de  la  barbarie. 
MontTort  est  devenu,  comme  par  enchantement,  le  sei- 
gneur absolu  de  Toulouse;  et  le  premier  usage  qu'il  y  fait 
de  sa  domination,  cest  d'abattre  les  murs,  les  palais,  les 
anciens  monuments  de  la  ville  ;  c  est  d'eu  rançonner , 
den  piller  les  habitants  ;  cest  d'en  chasser  violemment, 
après  toutes  sortes  de  rigueurs  et  d  outrages,  les  hommes 
les  plus  puissants  et  les  plus  courtois.  <0h  i  Toulouse, 
noble  cité,  brisée  jusqu aux  os,  s'écrie  alors  Thistorien; 
comme  Dieu  vous  a  livrée  aux  mains  d'une  médiante  race  I  • 
C'est  pour  le  coup  qu'il  voit  parage  persécuté,  exterminé, 
anéanti. 

Toutefois  ses  espérances  sont  beaucoup  plus  près  de  se 
reléVer  qu'il  ne  pouvait  l'imaginer.  Le  comte  de  Toulouse* 


/ 


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INTRODUCTION.  lxv 
Raymond  VI,  depuis  le  désastre,  rie  iMurct  réfugié  en  Es- 
pai^no,  arrive  à  l'improviste  dans  un  château  du  comle  de 
Coiiinviiiges,  où  se  rcndcul,  de  leur  côté,  les  plus  puissants 
seigneurs  de  la  frontière.  Là,  dans  un  noble  parlement,  est 
concerté  le  plan  de  la  restauration  de  Raymond  VI.  Le 
comte  rentrera  en  secret  à  Toulouse;  il  en  soulèvera  la 
population  contre  Montfort  el  les  Français;  et  la  guerre, 
qui  sanHait  tarminée ,  pourra  recommencer  sous  de? 
auspices  meilleurs  que  ceux  de  Muret  La.  manière  dont 
notre  auteur  formule  les  moti&  et  1  objet  de  ce  plan  revient 
littéralement  à  son  idée  première,  à.  l'idée  d*une  grande 
lutte  entre  la  civilisatìón  et  la  IiariMiie.  Voici  en.  quels 
termes  le  comte  de  G)mininges  résume  un  discours  par  le- 
quel il  encourage  Raymond  VI  à  sa  noble  toitatîve  :  «  Si 
vous  recouvres  Toulouse,  lui  dit>il,  parage  est  pldnement 
restauré;  il  reprend  couleur;  et  vous  nous  remettez,  vous 
et  nous,  en  splendeur,  i 

La  tentative  est  faite;  elle  réussit,  et  c est  avec  les  trans- 
ports d*une  joie  qui  va  jusqu  à  Tivresse  que  les  habitants 
de  Toulouse  apprennent  le  retour  de  leur  comte  parmi 
eui.  Les  eidamations,  les  discours  où  éclate  leur  ravisse- 
mont  sont  empreints  de  ce  m^ie  enthousiasme  d*imagi- 
nation,  de  civiÛsation  et  de  liberté,  qui  fait  un  des  traits 
de  leur  caractère,  et.qua  exalté  encore  f épreuve  qu'ils 
viennent  de  faire  de  la  domination  barbare.  ■Maintenant, 
se  disent-ils  les  uns.auxautras,  nous,  avons  notre  étoile 
du  matin,  nous  avons  un  astre  qui  nons. brille,  un  vrai 
seigneur  eipert  (à  gouverner).  Prix  et  pange,  qui  étaient 
ensevdis,  sont  revenus  à  la  vie;  .ils  sont  restaurés  et 
sauvés.» 

Avec  ces. discours  éclate  une  insurrection,  dans  laquelle 


ixvî  INTRODUCTION 
les  Français  durcm(*nt  menés,  sont  contraint<i  à  sVnlonner. 
dans  le  château  Narbonnais;  et  c'est  encore  la  joie  de  reve- 
nir a  leurs  liabitudes  d'hommes  ]>olis,  courtois,  civilisés, 
qui  |>ercc  le  plus  vivemenl  d  uis  l(  s  acclamaliuns  du  triom- 
phe :  «  Dans  la  ville  ou  crie  :  \  ivc  Toulouse  qui  a  donné 
à  songer  aux  fous!  La  précieuse  croix  a  abreuvé  le  lion  d'un 
frais  mélange  de  sang  et  de  cervelles  :  les  rayons  de  l'é- 
loile  ont  éclairé  ce  qui  était  sombre;  prix  et  parage  ont 
recouvré  leur  dignité.  » 

À  dater  de  ce  momeili  décisif,  notre  «ntenr  conçoit 
FespériiDoe  de  la  victoire  pour  le  parti  de  la  Jnstioe  et  de 
la  cîvitisation,  dans  la  latte  de  la  Croisade;  et  cette  espé- 
rance» il  kie  la  perd  plus.  A  travers  diverses  épreuves  et 
diverses  surprises  passagères,  elle  ^aecioH  et  se'fortîfiè'de  ■ 
plus  eo  plus  en  lui;  et  11  né  Se  lasse  pas  de  la  manifester, 
tantôt  rafiidèment  et  comme  en  passant,  tantôt  avec  plus 
d*instanGe  et  d*exaltation,  mais  mrilieureasement  toujours 
avec  une  uniformité,  qui  rend  les  citations  textuelles  diffi- 
eiles.  Je  ne  rapporterai  plus  quun  seul  trait,  dans  lequel 
perce  on  peu  plus  nèttônent  (pie' dans  beaucoup  d  autres, 
ridée  générale  'à  laq[uelle  notre  historien  ramène  tous  les 
détails  de  la-  gaetrè  albigeoise. 

Entre  divers  discours 'qVil  prête  aux  Toulousains  as^ 
siégés,  pour  exprimer  dune  manière  plus  ikumatlque 
et  avec  'fduff  d'cïfet  4es  'noUes  sentinients  qui  les  'SOu> 
tiennent  dfins- leurs  périls,  il  y  en  a  un  trè^remerquable: 
c'est  un  discouis  vlaiû^  lequel  ces  mêmes  Toulousains  com- 
mencent par  protestér  avec  une  ardeur  piéuse  de  la- pureté 
de  leur  foi,  de  leui'  catholicisme ,  et' finissent  par  ae  la- 
menter et  se  plaindre  de  U  conduite  du  pape,  et  des  pré- 
lais  de  d'église  edvers  eux.  «Ce  pape,  diaeiit-ils,  et 'ces 


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.  maoDucmoif.  m 

prélatoi»  :dQoii8nti  jugtr  et- àditifmfe  à  tel  (peii- 
son&ago)  dont  noos)  «ejelmu:  k:  fleigDeuEÎfl  ,  et  à  des 
honoMî  de  leoe  élcangèiev  qui  éteignent  toute  lumière,  et 
quài  si  Dieu  etToukfuae>reuaeBt  pennîft,  auraient  ense- 
Vfii  prix         et  noUsaae  (  jumaigti) .  » 

En  veiÛt  aases,  je  i'espèn»)  ponr  naïquar  lepoint  de  vue 
général  d^oài  notre  historien  a  eonflidéré  et  apprécié  kaévé- 
nemenlft  de  la  Croisade  albigemse,  dès  le  moment,  aases 
lar^t  oè  ii  les  a  envisagés^  et  jugés  aviso  indépoidanee. 
llainAenaiit,  s'â«&llast  discuter  ce  |wint  de  vue,  s'il  fiiUait 
traduire,  en  aperçus  historiques,  positife  et  précis,  des 
aperçus  vagues,  passionnés  et  poétiques,  la  tâche  ofinrait 
pîna  dune!  difficulté.  Je  nai  point  à  m*en  occuper  ici;  et  je 
o'ajoate.  plus  qtt*une  observatioo  à  tout  ce  que  je  viens  de 
dire  du  sentiniait  qui  domine  dans  les  récits  de  notre  au- 
teur, et  qui  en  détermine  à  la  £»is  le  caractère  moral  et 
l'opté  :  cest  que.- si  obscure  ou  si  étrange  quen  soit  fex- 
pression^  ce  sentiment  n'en  est  pas  moins  en  lui-même  un 
lait  iinportant  qui  a  certainaamt  son  ào^ré  de  vérité. 

En  cecherchant,  en  indiquant  ainsi  les  traits  généraux 
par  lesquels  iM>tre  historien  alhigeois  a  voulu  peindre  la  cul- 
ture sociale  du  Midi,  j'ai  tâché  de  montrer  que  c  est  pris* 
Gipalement  par  ses  côtés  ohevaleresques  qu'il  a  vu  cette  cul- 
lafle>  et  Ta  célébrée  à  sa  majiicre  et  de  son  mieux.  Mais  je 
dois  ajouter  qu'il  ne  s'en  est  pas  toujours  tenu,  sur  ce 
point,  h  des  vues  et  à  des  indications  f^éuérales  :  il  fait  plus 
d'une  fois  expressément  allusion  à  des  institutions,  à  des 
usages  chevaleresques,  (pu  caractérisent  d'une  manière 
toute  spéciale  les  mœurs  du  Midi  aux  i'])o(]ues  donnée». 
Parmi  ces  allusions,  il  y  en  a  une  parti' n  lit  r  emeiit  curieuse 
et  à  laquelle  je  m'arrêterai  un  montent,  d'autant  plus  vo- 


LXfOi  INTRODUCTION. 

lontiers,  qu'elle  a  besoin  d'être  expliquée,  et  qtieceqoej*e& 

dirai  ici  pourra  tenir  lieu  d'une  note  omise  eh  sa  plaoe. 

Le  jeune  comte  de  Toulouse  vient  d'entrer  dans  cette  ca- 
pitale assiégée ,  où  sa  présence  excite  ime  joie  et  des  accla- 
mations qui  retentissent  jusqu'au  camp  des  assiégeants,  daus 
lequel  se  répand  bien  vite  la  nouvelle  qui  a  causé  ces 
bruyants  tran^pœis.  Montfort  seul,  ignorant  encore  ou  lei- 
gnantd'ignorercette nouvelle, demande  lacausede  la  rumeur 
qu*il  entend  dans  la  ville.*  Seigneur,  lui  répond  don  Joris,un 
de  s(\s  chefs,  il  vous  arrive  nn  compagnon  de  seigneurie 
qui  apporte  î^laivr  et  sang,  lîaninio  cl  lompf'to,  ot  contre 
lequel  il  va  falloir  nous  défendre  par  le  fer  et  l'acier.— 
Joris,  réplique  Montfort,  ne  cherchez  point  à  m'épouvan- 
ter.  Que  celui  qui  ne  sait  point  prendre  son  parti  à  1  heure 
où  il  le  faut  ne  pîenne  janiais  l'épervier  à  la  cour  du 
PtïV.  »  Ces  |>>irnli  ^  (Il  Monllurt  sont  une  espèce  de  pro- 
verbe, une  allusion  directe  ;'i  une  liksliluiion  chevaleresque 
des  plus  singulières,  mais  que  l'auteur  n'a  point  songé  à 
rl(H'.rii'i'  en  détail  à  des  lecteurs  ou  à  des  anditeur's  qui  la 
connaissaient  aussi  bien  cpie  lui.  Quant  à  nous,  ce  n'est 
guère  que  d'après  un  passage  des  Cento  novelle  antiche  que 
nous  pouvons  aujourd'hui  nous  en  faire  une  idée. 

Ces  Cento  novelle  sont  un  des  monuments  l(\s  plus  an- 
ciens et  les  plus  curieux  de  la  langue  et  de  la  littérature 
italiennes  :  c'est  un  recueil  de  notices,  d'historiettes,  de 
fables ,  de  traditions  de  toute  espèce,  toutes  pliis  ou  moins 
populaires  en  Italie  aux  xni"  et  xiv*  aiècies,  et  toutes  plus 
ou  moins  intéressantes  pom*  la  cMinaissaoce  et  fappié- 
ciation  des  hommes,  des  moeurs  et  des  idées  de  ces  ^po^ 
ques.  Gomme  ces  traditions  et  ces  notices  remontent  à  ua 
temps  où  la  littérature  provençale  était  encore  très^îul- 


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INTRODUCTION.  wix 
tivéc  «n  Italie,  il  s  y  est  glissé  une  nmltitude  de  fiuts  flin- 
gulie»  dirat  chacun  est  on  trait  de  lumière  jeté  sur  Vhis- 
toiredcranciennecniturc  duMidi,et,  àcetitre»  piécieux, 
bien  qu'ils  ne  puissent  compenser  pour  nous  la  perte  d'un 
si  grand  nondvre  des  documents  originaux  de  cette  his- 
toire. La  nouvelle  LXiv  roule  eu  entier  sur  quelques  in- 
cidents des  fôtes  cfaevaleieKpies  célébrées  au  Puy,  dans 
les  grandes  cours  qui  se  tenaient,  à  certaines  époques, 
dans,  cette  ville.  Les  premières  lignes  de  cette  nouvelle  en 
sont  Tunique  partie  sur  laquelle  j'aie  besoin  de  m'arrèler 
ici;  les  voici  traduites  aussi  littéralement  que  possible  : 

f  A  la  courdu  Puy-Notie-Dame,  en  Provence ,  fut  tenue 
une  noble  cour,  lorsque  le  fils  du  comte  Raymond  fut 
ordonné  chevalier.  Le  (comte)  y  avait  invité  toutes  les 
DoUes  gens,  et  il  en  vint  tant»  pour  Famour  de  lui ,  que 
Targent  et  les  vêtements  (à  donner  en  prissent)  manquè- 
rent» de  sorte  qu'il  lui  fallut  dévêtir  les  chevaliers  de  sa 
terre  pour  avoir  (  des  vêtements)  à  donner  aux  jongleurs; 
et  de  ses  chevaliers,  les  uns  consentirent,  les  autres  re- 
fusèrent. Le  jour  même  où  commençaient  1  s  j(  i  s  on 
plaçait  un  épervier  de  mue  sur  une  perche.  Alors  se  pre- 
I  sentait  quiconque  se  senUit ,  pour  cela ,  assez  riche  de  cœur 
et  d*avoil^  et  prenait  Vépervier  sur  le  poing  :  c  (Hait  à 
ce  personnage  à  faire,  pour  cette  année,  les  dépenses  de  la 
cour.  »  Or  ces  dépenses  étaient  grandes;  il  fallait  y  pour- 
voir largement ,  et  l'on  conçoit  aisément  que  cette  expres- 
sion «prendre  l' épervier  à  la  cour  du  Puy,»  fut  deve- 
nue une  sorte  de  proverbe .  l'expression  abrégée  de  tout  o' 
qti'll  pouvait  y  avoir  dans  les  mœurs  chevaleresques  de 
plus  noble  et  de  plus  généreux,  ou,  si  l'on  veut,  de  plus 
extravagant.  Simon  de  Monttori  ne  connaissait  probable- 


ixx  wTOomjGinoît. 

ment  guère  les  usages  de  la  cour  du  Fuyi,  et  n'y  avait  sans 
doiitc  jamais  pris  le  ruineux  épervier.  A  -voir  les  choses 
de-  ce  côté,  notre  historten  peut  avoir  eu  tort  de  placer 
daiks  'liiboueliftida  <^6F  de  k'GioÎMds'  le  praveil>e  que  J  ai 
cité;  naàsi  bien  ou  mal  appliqué,  toujoui»oe  pronrerbe 
ett-îl  un  témoignage  du  penchent  de  notre  historien  i 
transportbr  du»  eesi  taWeani  les  traiis  «et  ie  ooiorie  des 
auMae»  ehevakcesques. 

Xil'. 

J  Mtdéjà  [)arlé!  dé  fta  namtkm  de  notie  histoffieB;  mais 
'je  n*0ii  ai  parlé  q«e d'une  roanièi^  très-générale  :  j  eu  ai  à 
peine  dit  quelques  mots,  dan»  la  seule  vue  d'en  noter  les 
imperfectioni»  (fidaélanli,  je'D*eii<  ai  «point' assee  parié,  et 

doîff'y  nvenir  on  ÎDstent;  car  il  y  a  aulne  ohoBe  à  y 
voir  >  que  desimptriedim  et  des  radeaseq.  Je  f  ti  déjà  £iîi 
obeerrer  :  fart  dv  rtctt  Ustariqoe  -n  arrive  à»  sa>  maturité 
^«aYCtt  bea«ooupde  teinps,..et  par  .de  lenteprogiéfl  dans 
des  bvauckes  desavoiv&vt  diwrseft  Cet  art  est  donc  néeee* 
aaiiemeat  trÒMmparfittt.  dons  an  premiers  titanneuientSb 
Mútt'  même  9it  oet«  état  d'imperisotioa,  il  peut  offiîr  des 
beaofeée  originales  et  naturelles ,  en  peésence  desquelles  on 
regrette:  peu  cdles  qui  dépendent  de  laiscienoe  d  de  k  ré- 
lleuon.  Cette  obsenratÌQn  est  certaineiaent  applicable  à 
nelfe  histoire  de  ia  Croisade  albigeoise.  Si,  prise  dans  son 
ensemble^  GetlehÌ8toir(>  présente  defrobscurités ,  de!»  redon- 
dawes,  des  lacvuiea  et  bien  dautn»  défauts  trop  saillants 
pour  qu'il  soit  néoessuira  d'en  foire  cjtpressément  l'énu- 
mération ,  elle  oflre  aussi,  dans  ses  diverses  parties,  des 
beaulée  qui  sont  une  oompeneation  plus  que  suffisante  de 


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INTRODUCTION.  mi 

■ 

ces  défautt*  iLa  navratifm  y  ptend  fwrfins  une  aiiure  n  .^e, 
nfimnchc,  si  pittoresque,  relevée  de  traits  si  énergiques 
OUisi-iHlifrv^vdle  perdrail  infinimeut  à  être  plus  conforme 
aux  idées  et  aux  règles val^irët  de i!ai!t:  Les  endroits,  pLos 
<itt<inoin$  étendus,  où  se  renconteeiït'ceis (beautés  originale^ 
et  priniitiree,  à  W  plase:desqnellés  nul  n'oseiak  en  désinv 
d'autres  d^on  áatre  genre,* ocs endroits,  dis-je,  ne  8ont|MS 
rares  dans  notre  histoire ,  et  s'y  trouvent  en  pins  pmé 
noMlve  :daiis  la  seconde  iBoidé  que^dansia  première.  Je  ne 
les  indiquerai  point;  j  aime mieiKii laûaer  au  lecteur. atleo- 
tif  le  plaisir  de  les  diéoouvrir,  et  d*exercer  ainsi  sa  capacité 
de  discerner  et  de  sentir  le  Iteau  et  le  vrai  sois  IcB  fonuéfl 
un  pen  rudes  d'un  art  qui  en  est  encore  à  des  essaie. 

Ce  qui  caractérise  généralement  tous  ces  morceaux,  ce 
qui  leur  donne  plus  ou  moins  à  lovis  je  ne  sais  quelle  teinte 
originale  d'élévation,  de  vérité  et  de  franrjilsc,  cest  la 
naïveté,  c'est  l'espèce  d'équité  liistoriqur  dont  l'auteur  s'y 
montre  pénétré.  Plus  ses  récits  sont  sei  u  iu,  plus  le  sujet 
en  est  mléressant,  etplus  il  a  l'air  d'v  mettre  de svirijMthie; 
plus  il  s'y  montre  dejjouiiie  d  uidi\ idualité.et  daiiections 
personnelles;  plus,  en  un  mot,  il  s  y  oublie,  pour  être  tout 
entier,  ou,  pour  ini«  u\  dire,  parce  qu'il  est  tout  entier  dans 
chacxui  de  ses  pei^onnageSt  parce  <|u'en  parlant  d  eux  il  ne 
lait  qu'un  avec  eux. 

Ce  n'est  pas,  bien  s'en  faut,  qu'il  s  ut  iîidifférent  entre 
tous  ces  personnages ,  qu'il  ne  fa.ssc  p  is  fit  s  vœux  pour  le 
Inouiphe  des  uns  et  ])r>iii  la  ruine  dcà  autres.  Ce  que  j'ai 
dit,  cr>  marquant  le  jjoìiìL  de  vue  général  auquel  il  lamène 
les  incidents  variés  de  la  lutte  qu'il  voit  dans  la  Croisade 
albigeoise,  atteste  suilisamment  que  sa  raison  et  sa  oons- 
cience  ont  pris,  dans  cette  lutte,  un  parti  trèandécidé^  eiqu'il 


uout  INTRODUCTION, 
est  loin  dTavoir  pour  toóa  les  ehampioiis  quil  met  am 
prises  le  même  degré  d*admiration  ou  de  tendresse;  mais  ce 
n'est  d'ordinaire  qne  par  quelque  trait  &gitif,  que  d*une 
manière  indirecte  et  dans  des  moments  de  calme  et  de  ié> 
fleixion,  qu'il  manifeste  sa  répugnance' ou  sa  hainé  pour 
ceux  de  ses  acteiirs  qu'il  a  condamnés  dans  son  âme.  La 
manière  dont  il  raconte  la  mort  de  Simon  de  Mtmtfort  me 
parait  très-propre  à  &ire  sentir  ce  que  je  veux  dire. 

Simon  de  Montlort  est,  à  coup  sûr,  de  tous  les  grands 
acteurs  de  k  Croisade  albigeoise,  celui  auquel,  à  partir  de 
la  bataille  de  Muret,  notre  historien  porte  le  plus  de  haine. 
Mais  cette  haine  se  cache,  pour  ainsi  dire,  dans  le  nié- 
lange  d'admiration  et  d'équité  avec  lequel  cet  historien 
parle  habituellement  de  la  bravoure  du  comte,  de  son 
grand  caractère  et  de  ses  immenses  projets..  Au  moment 
où  le  comte  est  tué  d'un  coup  de  pierre  sous  les  murs  de 
Toulouse.,  l'auteur,  décrivant  le  jet  et  le  coup  dé  la  pierre 
fatale,  laisse  échapper,  comme  malgré  lui,  comme  à  son 
insu,  un  trait  de  son  aversion  pour  Montfort  :  •  La  pierre 
vint  où  il  fallait,  ■  dit-il.  Le  trait  est  admirable  d'énergie  et 
de  simplicité,  ou,  si  l'on  veut,  dWi gin  alité  et  de  profon- 
deur ;  car  il  y  a  des  cas  où  toutes  ces  choses  sont  malaisées 
à  distinguer;  Ce  trait  est  un  cri  de  triomphe,  mais  un  cri 
si  contenu,  si  rapidement  étouffé,  qui!  arrive  à  peine  à  l'i- 
magination du  lecteur.  Dans  tout  ce  qui  suit,  l'historien 
ne  voit  plus,  n'entend  plus,  ne  décrit  plus,  autour  du 
cadavre  de  Montfoi  t ,  que  la  consternation, que  les  regrets, 
que  les  sanglots  de  toute  une  armée,  qui,  perdant  un  tel 
chef,  a  perdu  Tespoîr  et  presque  le  désir  de  vaincre.'  Et 
toute  cette  scène,  il  la  peint  avec  un  sérieux,  avec  une  plé- 
nitude d'émotion  et  de  sympathie  qui  ne  laisserait  rien  á 


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INTRODUCTION.  uxm 
désirer  «a  plus  ému  de  tant  de  braves  qui  sont  là  autour 
du  cadavre,  jurant,  ^et  jdns  d^un  jsans  doute  pour  la 
première  fois  de  sa  vie. 

Mais^  la  scène  change  rapidement  :  la  nouvelle  de  b 
mort  de  Bfontfort  a  p^iétré  dans  Toulouse.  A  cette  nou- 
velle, une  ivresse  de  joie  s*est  répandue  en  un  din  d'oeil 
dans  tonte  la  ville;  et  cette  joie,  notre  historien  en  décrit 
les  trsnsporis  avec  autant  de  vérité  et  de  franchise  qu  il  vient 
dfen  mettre  à  peindre  la  consternation  des  Croisés.  11  est 
bien  permis  d'ima^er  qu*il  sympathise,  en  ce  moment, 
avec  tout  ce  peufde  dont  la  cause  lui  pandi  éminem- 
ment juste  et  ^orieuse.  Mais  cettej^fmpathie,  il  semUe  la 
contenir  on  la  cacher;  il  ne  dit  pas  un  mot  pour  la  ma- 
nifester. C'est  encore  de  sa  part  un  hommage  indirect  à  la 
bravoure  et  à  la  renommée  de  Montfort.  Enfin  c*est  avec 
le  même  sérieux  et  le  même  respect  que  notre  historien 
parie  déshonneurs  funèbres  rendus  au  corps  du  vainqueur 
de  Muret  par  les  prélats  de  la  Grtnsade. 

Tout  cela  fait,  quelques  jours  se  passent  durant  lesquels 
les  Croisés  livrent  encore  un  assaut  aux  Toulousains,  qui 
les  repoussent  encore  une  fois.  Les  assié^^nts  prennent 
alors  le  parti  de  seretirer  sur  Carcassonne,  et  parten  t  aussitôt, 
emportant  avec  eux  tout  leur  bagage  et  la  bière  de  Simon 
de  Montfbrt,  qui  en  est  devenue  la  pièce  la  plus  précieuse 
et  la  plus  triste.  C'est  alors,  seulement  alors,  que  se  pré- 
sente pour  notre  historien  Toccasion  de  parler  à  son  aise 
de  MoQtfort  et  d'en  dire  sa  pensée.  11  n  y  a  plus  d  exploits, 
plus  de  ^ojels,  plus  rien  i  raconter  du  terrible  chef  :  sa 
bravoure,  sa  ^^loiio,  son  ambition,  tout  a  passé  comme 
une  ombre;  tout  i  fini  par  un  coup  de  pierre;  il  ne  reste 
plus  que  des  épitaphes  à  lui  &ire,  et  notre  historien  lui 

k 


uiítiv  INTRODUCTION, 
en  fak  une.  Je  ne  la  rapporte  point  ici  ;  Ifislocteur  la 
ti^vera  à  m  place ,  et  «entini  Éneu  là  feBpèae  de  con- 
traste qu  elle  forme  avec  les  récits  qui  la  précèdent  et  ra- 
mènent. 

Que  dans  ces  dîvei»  maroeaux,'oA  ia  narration  de  notre 
auteur  présente  le  plue  d^art  on  dintirêt*  il  «e  rnioontre 
des  traits  détachés  henreox  et  frappants,  de  vrais  tnite 
de  génie,  cest  de  quoi  peuvent^  ee  me  «emUe,  fiúre  loi 
qttelques'^es  des  observations  qui  précèdent  sur  le  fécit 
de  la  mort- de  Simon  de  Montlbvt^  mais  c*eat«e  que  je  vou« 
dtais'confinnerpardes  exemples  plus  exprès.  Je  1m  choisi- 
rái  de pf^rence  parmi  eèti^  qui  font  voir  avec  qosi  hon» 
lienr>tiotre  historien  réussit  souvent  par  un  «ufde  «mt^ 
par  nn  trait  inattendu ,  à  mettre  en  striJliet  dans  ses  récitât 
te  caractère  et  ia  situatioR  de  «es  •personnages^ 

Ainsi,  par  exemple,  après  la  bataille  de  ||Iuret,  les'chefii 
eccléstafitiqUes  de  ia  «Croisade  en^gent  le  fils  de  Philippe- 
Auguste,  k  prince  Louis,  à  se  rendre  dans  le  Midi,  pour 
délibérer  avec  eux  sur  la  ocikiduite  à  ■tenir  ^vér»  la  pap 
et  les  habitants.  Le  prince  arrive  en  tonte  hAte,  et  il  arrive 
à  temps  pour  approuver  toutes  les  rigueurs,  -toutes  4es  ini- 
quités projetées  contre  Toulouse*  et  pour  se  doniier  4e 
spectacle  du  désasUre  et  de  la  mine  dé  cette  viUe.  Cela  fût 
et  cda  vu,  11  retounie  en  France  enehamté  et  pressé  de 
rendre  compte  de  tout  au  roi  son  père.  ■  Il  lui  mconle 
[ainsi  s'eiprime  notre  historien),  il  lui»  raconte  «ommeot 
Simon  de  Montfort  vient  de  s'élever  el  de  conquérir'grande 
puissance. Et  le  roi  ne  répond  rien;  il  ne  dit  ps  une  pande.  » 

Pliiiippe*Axigu8te  avait  ses  vues  sur  les  états  du  cMnte 
de  Toulouse;  son  projet  était  de  les  rattacher  politique^ 
.\nient,  comme  les  autres  grands>fiefs,  k  la  monarchie  l'ran^ 


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I1NTBOD«GTION. 
faise  «fâite  ]»r  lui.  Ma»  il  ne  lui  plaisait  poiul  que  ces 
riches  et  vastes^ptys  fussent  <Uabord  ravagéti,  puis  donnés 
par4*á||ÌÌ8eili  oc  poitvaibvoir  clnns  Sinott  deMootforl  qu'un 
aiMBtimer  dfi  haut  Qta^e,  .«hsmUenMDt  suspect  à  raison  de 
s»  haute  capacité  et  de  aoit  amfaitkiD  effrénée.  Or,  .entée 
toutes  IflB.OMUiièieB  de  £mj«' pressentir,  de  signaler  sur  oe 
p^intsi  grave  les  secrètes  inquiétudes  de  ifiùlippe^Auguate , 
y  en  <Tv'ait-iI  une  plus  profonde,  plus  expressive  que  oetíe 
fliBployétt;par  notre  histsiiooi?  Y  avait-<il  mieux  à  faire  ici , 
pour  «fMelqiW'histoiisii  qne^ce  fût,  que  de  représenter  le 
sage  et  raapTianimr  roi  ropoiMWuit  par  son  silence  de»pn><' 
jets  impolitiques  et  cruels,  mais  conçus  et  soutenus  par  nue 
puîssancr  démesurée  comme  l'était  alors  l'église? 

Je  citerai  un  second  trait  d  un  autri'  genre,  mais  qui 
vient  assez  liien  à  la  suite  du  [irécédent,  puisqu'il  s'a])pliqiip 
à  ce  prince  Louis  dont  je  viens  de  parler,  et  qui  iut  depuis 
l.ouis  VHl ,  ce  roi  aussi  lai!>1o  fl  ibne  et  d  esprit  que  de 
corps.  Après  la  mort  de  Simon  ilc  Montiort,  Louis  tevÌTìi 
dans  le  Midi,  à  fa  tête  d'une  noiubu  use  croisade.  Il  aìíiiíjgea 
H  prit  Mormande.  !Jn  jeune  seifi^neui' gascon ,  ie  cornle  de 
(lentnle,  q^n  avait  délendii  la  vdle,  y  fut  fait  prisonnier. 
A  ppiTie  décidée,  ia  victoire  donna  litMt  h  une  grave  délîhé- 
ration  entre  les  chefs  tant  ecclésiastiques  (jiu-  nuliidires  do 
li»  r,roÌ55ade  :  il  fallait  décider  si  les  haiiitants  de  lu  ville 
prise,  hérétitpies  ou  non,  seraient  ou  ne  seraient  pas  égor- 
gés jusipi'au  dernier,  et  si  le  jeune  comte  prisonnier  serait 
livré  à  Ainaurv  de.  Montlort,  poui  cire,  au  choix  de  celui-ci , 
hrùle  ou  peiiiiii.  La  délibération  fut  longue  et  animée: 
i-entule  futépai  ^ue  par  desinotil.s  at  cidentelsdi!  j>oliliqiie; 
quant  à  la  population  de  Marmandc,  elle  fut  égorgée  tout 
entière.  Maintenant,  je  remonte  du  fait  à  ia  délibération 

k. 


Hcwi  INTRODOCTtON. 

dont  il  fut  la  conséquence;  c'est  à  cette  partie  de  Tacte  que 

s'applique  le  trait  que  je  veux  faire  connaître. 

Cette  délibération  se  tint  dans  la  tente  royale,  en  pré- 
sence du  prince  Louis,  et  sous  sa  présidence.  Or  voici 
comment  notre  historien  pônt  jenlie  prinoe  dans  cette 
effrayante  sHnatioD,  dans  oe  mobimt  où  d'un  mot,  d*nii 
clin  d'œil,  il  pouvait  sauver  tant  de  vies.  «Les  prélats  de 
Téglise,  dit-il,  se  sont  rendus  auprès  du  roi,  et  devant  lui 
sont  assis  les  barons  de  France';  et  le  roi  s'appuie  sur  un 
coussin  dé  soie,  ployant  (et  reployant)  son  gant  droit  tout 
cousu  d*or;  il  est  (là)  comme  muét;  les  autres  (s  entre- 
parlent) et  8*écoutent  l'un  Fautre.  •  Un  prince  qui  ne  dit 
mot,  qui  joue  avec  son  gant  dor  dans  la  circonstanœ  indi* 
<{uéel  Quels  termes,  quelles  phrases  visant  i  caractériser 
directement  la  mollesse  etTindolcnce  poussées  jusqu'à  la 
stupidité , en  donneraient  une  idée  aussi  pro&mde  qnele  trait 
cité,  si  indirect,  si  fogitif? 

Ce  trait  et  beaucoup  d'antres  semblables  sont-ils  de  l'in- 
vention de  Tauteur,  ou  ne  sont-ils  que  fespression  naïve  et 
simple  de  particularités  recueillies  comme  historiques  et 
réputées  telles  par  lui?  Je  ne  sais;  mais  je  serais  plus  tenté 
d'admettre  cette  dernière  suppoaitiaii  que  la  première;  et 
c'est  surtout  comme  hbtoriqoes,  non  nmplement  comme 
ingénieux  et  bien  trouvés  que  j'aime  á  signaler  de  pareils 
détails. 

XIH. 

C'est  dans  l'application  des  formes  dramatiques  à  son 
sujet  que  notre  historien  paraît  avoir  mis  le  plus  d'étude 
et  de  prétention.  On  pourrait  être  embarrassé  à  décider 
comment  il  aime  le  mieui  caractériser  ses  personnages; 


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INTRODUCTION.  uavii 
si  cW  en  les  fiiisaiit  agir  on  en  les  faisant  parler.  Mais 
toojoafs  est41  évident  que  ce  dernier  moyen  lui  ]^ait  outre 
mesure,  il  fiint  seulement  observer  qu*en  cela  son^goût  et 
son  usage  ne  sont  pas  purement  arbitraires;  il  y  avait  pour 
lui  un  motif  trè»-p08Ìtif  d'entremêler  ses  récits  de  beau- 
coup de  discours.  Tous  les  pouvoirs  dont  la  Croisade  sup- 
pose le  concours  ou  roppoâtiou,  celui  de  Tég^ise,  celui 
de  la  démocratie  municipale,  cdni  de  la  haute  féodalité, 
étdent  des  .pouvoirs  collectif  qui  n  agissaient  guère  qu  en 
vertu  dune  disòussbn,  d!une  délibératbn  préliminaires  : 
tout  était  censé  se  dédder  dans  des  ^MirbiMiifi,  dans  des 
conseils  o&  s'agitaient  toujours,  avec  plús  ou  moins  de 
franchise  et  d'^ergie,  les  passions,  les  idées,  les  intérêts 
du  choc  dé^pids  naissaient  les  événements.  Ce  sont  ces 
conseils,  cest  le  jeu  de  ces  passions  et  de  ces  idées  que 
notre  auteur  a  eus  fréqnemm^t  k  décrire,  et  qu'il  a  près» 
que  toujours  décrits  avec  une  vivacité  èt  une  vérité  sin- 
gulièies.  Cette  partie  de  son  ouvrage  me  paratt  cdle  où 
il  a  mis  le  plus  de  talent,  le  plus  d'imagination  et  d'indivi- 
dualité, sans  sortir  néanmoins  des  limites  convenues  de 
rhistoiré,  si  ce  nest  peut-être  dans  quelques  cas  particu* 
liées  à  noter  séparément 

Peut-être  arriva-t-il  quelquefois,  et  comme  par  hasard, 
à  notre  historien  d'avoir  eu  connaissance,  sinon  des  temms 
propres,  au  moins  de  la  substance  des  discours  qu'il  fait 
tenir  à  ses  personnages.  Mais ,  en  général ,  et  abstraction 
•£iite  de  ces  cas  accidentels,  qui  ne  sont  d aucune  impor- 
.tance,  on  doit  tenir  pour  inventés  les  discours  qu'il  entre- 
mêle aux  £aits  de  la  Croisade.  Toutefois  ils  noot  point  été, 
il  s  en  £sut  de  beaucoup,  inventés  arbitrairement;  ils 
sont  tous,  an  ccmtraire,  l'expression  rigoureuse  et  fidèle 


lAxvm  IKTRODtfGTIOK. 

du  caractère  dm  penoniiages  qui  le»  tienaftiit;  iU  sont 

omune  k  vaisai  dtt  «M  Mlribnés  i  ces  personitagei. 

Gbs  difooiu». soBt  toujonn  animée,  toujofiirs  dnnali- 
qiu» ,  AD  ce  sens  qu  iU  visent  toajoms  à  im-  but  oonlesté , 
«t  qu'ils  seot  toajounm  oppo8Ìti»iiravMd*aatrasdÌM0iirs 
impiiés  par  dWtns  ÌBtérêlB  et  (Fantoes  pMmiia.  Je  viens 
de  demander,  si  o*était  par  ce»  dîaeoon  mêmes  t  ou  par  las 
faits  dont  il»iont  le  principe,  que  notre  hiltolien  se  com- 
plaisait le  plus  à  peindre  ses  penonnages  :  oe  q«i  n  eat  pas 
dooimax»  c  est  qu  il  les  peint  gén^lement  avec  plus  d^as^ 
sorance  et  d^énergie ,  par  leur  propre  parole ,  que  de  tonte 
autre  manière.  11  j  a,  dtaos  ráme  de  ces  personnages,  des 
côtés  que  l'action  ne  met  quimparCeiitement  à  découvert, 
et  qui  reasortent  mieux,  du  ohoe  des  opinions  et  des  idées, 
dans  une  «fiscuiaionr  lilne  et  solenneilo. 

Cette  observation:  s*Éppii^ie  particulièivmenl:  am  plus 
distingiiéft  des  seigneurs,  ou.  des  ebemlieffs  finnçaiis>  atta^ 
obés  au  service  de  Blontfbft,  et  décidés  comme  lui  elravec 
kù  à  pousser  reotiuprise  de  la  Croisade  à  bout.  A  ne  voir 
ces  peraonoages  qae  dans  les .  combtt»,  qne  dans  les  aasauts 
ou  les  prises  de  villes,  qnau  miliea  des  ravages  babiteels 
dp  la  guerre,  on  les  prendrait  pour  des  complices  avcugies 
de  Moatfbrt,  pour  des  guemers  transportés  d'enthousiasme 
pour  la  canas  qu'ils  ont  embrassée,  et-  pour  laquelle  ils 
font  (les  prodiges  de  bravoure^  C'est  que,  sur  le  efaamp 
do  bataille,  ils  noofc  pas  autre  ádiose  à  £aire;  mais  quand 
notre  historien  tranqwrte  ces  mêmes  hommes  dans  les  eour 
!«eiU  (le  leur  chef,  ({uand  il  les. représente  délibérant  avec 
lui  oi.  les  Icgi^  du  pape,  sur  la  conduite  à  tenir  envers 
les  Toulousains  et  les  seigneurs  du  pays,  ces  hoonnes 
nous,  apparaisienb  sous  un  tout  autre  aspect.  Ce  sont  de 


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INTRODUCTION.  Laaa 
brftves  chevaiien  qui  lont  toujours  pour  le  parti  le  jdus 
jmle  et  ile'plns  généreiu,  qui  conseillent  toujours  à  Moiitr 
fort  mieiK ^que  iloBtfert  ne  vent  faire,  et  iui  diaent  non*' 
seulemeot  ce^quab  pensent,  oe^qu'îU  estiment  vr»i,  mais 
ie  luì  dÌMiit  avec  une  fierté,  avee  une  feanchiie  qui  vont 
aouveiit  jusqu^à  la  rudesse,  en  hommes  qui  ne  craignent 
pas  de  blesser  «par  leur  parole  le  chef  avec  lequel  ils  sont 
prêts  à  se  faise  tuer  sur  le  cbamp  de  baftaille. 

Kt  ce  nest  pas  seulement  à  MontfMt  que  plusieurs  des 
prÎDGÎpaux  Crais«<s  français  opposent  cette  résistance  gêné* 
renae,  c'est  aux  chefs  ecclésiastiques  de  la  Croisade  eux- 
mêmes.  On  sent  à  chaque  Instant,  dans  leurs  paroles,  une 
déianœ,  des  dout^  toujours  croissants  sur  la  sainteté.d*«ae 
guerre  où  il  y  a  tant  de  choses  à  faire  contre  Thonneur  et 
contre  l'humanité;  aussi  les  choses  en  viennent-elles  bien- 
tôt au  point  que  ce  sont  des  chevaliers  qui  (lôfrndent , 
contre  les  prélats,  les  croyances  et  les  doctrines  ecclé- 
siastiques. Les  exem])les  en  sont  trop  nombreux  pour  que 
je  puisse  les  indiquer  tous  :  j'en  rapporterai  un  seni  qui 
mettra  le  lectt  ur  sur  la  voie  des  autres.  Il  s'agit  d'une  scène 
du  siège  de  beaucairc  :  une  attaque  des  (Iroiscs  a  été  vi- 
«riMiroMsenif'iit  rrpousst'e  par  les  assiégés;  et  Montlort,  re- 
tiir  (1  ms  sa  tente,  y  tient  un  conseil  où  assistent  les  légats 
du  pape  et  les  principaux  chefs  de  l'armée.  Il  se  plaint  a><'c 
amertume  des  échecs  désormais  journaliei-s  qu'il  éprouve, 
et  demande,  fort  décourajj^é,  ce  qu'il  doit  faire.  L'évêquc 
de  Nîmes  prend  aussitôt  la  parole  pour  relever  son  cou- 
ra^j^e,  et,  entre  les  divers  ar<;unienLs  qu  il  emploie  dans 
celte  vue,  il  rappelle  que  tous  les  Croisés  tués  ou  blessés 
dans  celle  guerre  sont  par  là  même  absous  de  toutes  leurs 
fautes  et  de  tous  leurs  crimes.  «  Par  Dieu!  s'écrie  à  ce  dis- 


Axxx  INTRODUCTION, 
cours  Foucault  de  Breû,  seigneur  éxêque,  c'est  grande  mer- 
veille comment  vous  autres  letteis,  vous  abtolveifc  et  par- 
donnes sans  pénitence.  Mais  je  ne  croirai  jamais ,  si  vons 
ne  ie  prouves  mieux ,  qu'un  homme  soit  digoe  (du  paradis) 
s*il  ne  meurt  confessé.  — Foucault,  répond  l'évéque,  Il 
m'est  pénible  que  vous  douties  que  tout  homme,  eût^il  été 
damné  jusque-là,  a  fait  pénitence  par  cda  seul  qiiHl  a 
combattu  (contre  les  hérétiques).— Non,  par  Dieu,  sei» 
gneur  évêque ,  pour  chose  que  vons  me  disiez ,  je  ne  croirai 
jamais  que,  si  Dieu  est  courroucé  et  fiiché  contre  nous,  ce 
ne  soit  à  raison  de  vos  sermons  et  de  nos  péchés.  •  Xabrége 
la  scène  et  nen  rapporte  que  les  traits  les  plus  vifs  (voir 
cou{d.  CLUi,  pag.  3o3  );  ib  suffiront  pour  donner  une 
idée  de  Tespèce  d'opposition  qui  s'était  élevée,  dans  les 
conseils  de  la  Croisade,  entre  les  meneurs  spirituels  et  les 
guerriers  de  1  entreprise,  et  confirmeront  ainsi  ce  que  j'ai 
déjà  dit  de  Theureux  emploi  que  notre  historien  fait  des 
formes  dramatiques,  pour  mettre  à  découvert  certaines 
parties  du  caractère  de  ses  personnages,  que  sa  narration, 
généralement  trop  bmsqne  et  trop  occupée  du  côté  pit- 
toresque des  actions  et  des  choses,  n'aurait  point  fiiit  suf- 
fisamment ressortir. 

Mais  de  tous  les  caractères  que  notre  auteur  a,  pour 
ainsi  dire,  complétés  par  ces  développements  dramatiques 
qu  il  leur  donne  à  tous,  ie  caractère  de  Simon  de  Monàbrt 
est  incontestablement  celui  à  la  peinture  duquel  ces  déve- 
loppements conviennent  le  mieux.  De  tous  les  personnages 
de  la  Croisade,  Montfort  est  en  effet  celui  que  Ton  connaî- 
trait le  plus  mal,  à  ne  le  voir  que  sous  les  armes;  pour  l'en- 
trevoir ou  le  soupçonner  tout  entier,  il  faut  le  considérer 
dans  ces  parkments,  dans  ces  conseils,  où  notre  auteur  met 


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INTRODUCTION.  ixxxi 
souvent  ses  passions  et  ses  intérêts  aux  prises  ou  simple- 
ment en  contact  avec  d'autres  passions  et  d'autres  intérêts. 
On  ne  saurait  point  josquoù  va  TiiiOflodOble  éaergie  de  sa 
volonté,  si  Ton  ne  voyait  à  chaque  instant  les  remontranoès 
les  plus  fières  et  les  avis  les  {dos  sages  se  briser  contre  oette 
volonté.  On  entraverrait  à  peine  les  cAtés  superstitieux  ou 
équivoques  de  son  caract^,  n  Ton  n  entendait  avec  quelle 
naiv^  il  manifeste  devant  les  siens  sa  surprise  d'être  par^ 
fois  vaincu,  de  ne  pas  être  invarialdenient  heureux  dans  « 
ses  projets,  lui  Simon,  lui  le  champîondéYéglise  et  de  la 
foi,  lui  le  fléau  de  Théréme;  n  fon  ne  voyait  ce  guerrier, 
partout  «illeurs  si  intraitable  et  n  fier,  toujours  prêt  à 
s*humilier  devant  les  puissances  eodésiastíqties ,  et  à  leur 
demander  pardon  des  doutes  et  des  impatienGes  par  lesquels 
il  les  ofienso  dans  ses  revers.  Enfin ,  on  pense  bien  que  ei , 
parmi  ses  compagnons  de  guerre  et  de  Croisade,  Simon 
avait  des  amis  et  des  partisans  généreux  qui,  dominés  par 
sou  ascendant,  le  servaient  sans  l'approuver,  et  tout  en  re- 
grettant de  ne  pas  le  trouver  aussi  humain  et  aussi  modéré 
qu'ils  l'auraient  voulu ,  il  avait  aussi  ses  partisans,  ses  anus 
dévoués  sans  condition,  sans  restriction  et  sans  scrupule, 
toujours  empressés  de  le  conseiller  dans  le  sens  de  sa  passion 
et  de  ses  idées.  Il  est  bien  évident  qu'il  ne  pouvait  se  passer 
d'auxiliaires  de  cette  espèce ,  et  il  n'y  avait  pas  de  risque 
qu'il  en  manquât,  filais  ce  n'est  que  dans  la  partie  drama- 
tique de  son  histoire  que  notre  auteur  a  pu  introduire  ces 
sortes  de  personnages;  ce  n'est  que  par  leurs  discours  et 
leurs  avis  qu'il  a  pu  les  peindre ,  et  donner  une  idée  du 
contentcrnenl  aveugle  avec  lequel  Monlfort  entendait  de 
leur  ÌDouche  toufi  les  conseils  qu'il  avait  déjà  pris  de  lui- 
même. 

Í 


Luxn  INTRODUCTION. 

iîtl>ái*«i^ii>iir<ìitBir>ni^  Elfe 
Miy  <oi»^^-.«tî4ftiMlte  tè  iin  i.pôiBtf oùfvpMf ffij  jjftrmie'aeai" 

pirfBÌ»ijá(ÌB9i6uflia«4ifir:le»  ettxliMlorien* 
Û  fteflbtjuiM»».  no<s-  toQM  inm  ,j  lenbcmMéiA  louer  1m 
HèdyuflMttBi  il)  lestoáiàbéí  hatitewifeM^atf,  en  MmjpoppB 
Bupf^ièe  i  tU^  mpnièi»  lai  plus-  :dÎMolB .  el  ^làr  jdiu  ifráiM^  i 
nuôs  iL'ifft^«ytíirici«imTd7iMe>iBaiHàfei|^liis  détOBimée  et 
plMÉ>po6tiqMp^W^  aima  Atmettfe  learsiloiaBBniiH»nn.Ulioni- 
chciÂB<|çiins  jàdvwfsaim.^  lloiitfofftv)^lc8«MK»niev  <|iii  les 
tiettb^Bfrjáfvperfidearévdlt^flfBàoMQ  iiiivolapitánraiiiaatpar . 
(«y^ression  afieite4éi«l  ^Iumm^  s»:  lamente  làintuMpe 
ÛMfein^dlAliw  «amoaipar  dfiai^|kÌBiïii8,(]^d«i.hommes  sans 
anBM|iekiatt»iMBW|»6,  par  unt  ipopulMeMim  ne  savait  rien 
dedfti!guerre  avant  d'avoir  à  guerroyer  contre  lui.  D'autres 
a^igueurs  inM^ai&>'  eroiaés .  aiusi ,  maû»  moins  intéress«^ 
que  iloitfioiiaux  chances  et  au  dénoûment  de  la  GrcHsade, 
célèbrent  de  même  l'héreiaBie  des  T0«lq|M|aîa$«  ni«Ì9,  avec 
d^itout  autres  sentiments  que  celui-ci,  aveei&«iidiiae,àvec 
le  noble  plaisir  de  voir  ia  force  et  le  courage  ne  point 
manquer  à  la  justice.  Ces  éloges  désintéressés  sont  adressés 
parfois  à  Simon  luirméme,  ou  donnés  en  face  de  lui,  et 
Bien  sont^que  j^hua^dramatiques  et  pius-  piquants.!  : 


-  ■■■■  ■■■       ■ .    ■■     '  XIV.-  • 

Il  n  y  a  sans  doute  pas  beaucoup  fie  variété  dans  toutes 
ces  scènes  que  notre  historien  entremêle  aux  récits  de  la 
Croisade  :  ce  sont  o;,'npralemeut  les  mêmes  ix-rsonuages  qui 
y  ligureut,  les  mentes  pabsions  qui  s  y  agitent,  elles  mêmes 


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INTRODUCTION.  mxni 
intérèls qui  «y  débattent  avec  des  résvltâts  pen  <difiéTents. 

D'un  autre  côté,  et  je  l'ai  déjà  dit,  ces  mêmes  scèae»  ne 
sortent  nnUeinent  des  limites  classiques  de  rkistoire  pro- 
pivnient  dite,  qui  admet  jusqu'à  un  cortain  ác^ré  l'usage 
(1rs  formes  dramatiques.  Toute  l'invontiou,  toute  la  poésie 
<|u'il  v  a  dans  cette  poî  tion  de  notre  liistoire  comme  de 
beaucoup  d  autres,  se  réduit  à  prêter  aux  personnages  his- 
toriques des  discours  que  ces  prrsonnagçs  ne  tin  rent  jamais, 
mais  qu'ils  eussent  pu  ou  niême  dû  leuir,  dans  le  cas  où  ïh 
auraient  voulu  rendre  compte  de  leurs  idées,  et  par  là  de* 
motifs  de  leurs  actions. 

Toutefois,  entre  les  nombreux  morceaux  de  notre  his- 
toîie  dont  l«fiet  tient  plus  à  l'emploi,  des  formes  drama- 
tiques qu'à  oelni  de  la  nanraticm  pure,  il  en  est  quelques» 
uns  qu'il  est  difficile  de  ne  pas  distiiiguer  des  autm,  -où 
fou  m  peut  se  défendre  de  soupçonner  qtie  la  poé> 
sie  est  mtenrenue  plus  largement  et  jdns  librement  que 
ne  le  comportaient  Texactitude  et  la  sévérité  de  f  bistcnre. 
Td  est,  pareaemple,  le  mweeau  où  notre  historien  déont 
le  fameux  concile  de  Latran,  et  rend  compte  des  résolu- 
tions qui  y  furent  prises»  Ce  long-  morceau,  le  plus  i>emar^ 
quable  peut-être  de  tout  f  ouvrage,  celui  dans  lequel  on 
trouve  le  plus  de  beaux  traits,  le  plus  d'originalité^  de 
force  et  d'élévation  continues,  nest  au  fond  qu'un  petit 
drame  dont  les  scènes  diverses  sont  à  ])i-ine  séparées  par 
quelques  vers  de  pure  narration,  et  à  quiconque  y  re- 
garde de  près,  ce  drame  offre  tout^  les  apparences  d'iuie 
création  poétique  où  l'histoire  a  été  peu  ménagée.  Saurais 
T>esoin  d'indiquer  ce  qu'il  v  a  de  réel  dans  ces  apparrnres, 
et  dans  tpiel  sens  on  peut  dire  que  notre  historien  s'est, 
CD  cet  endroit,  écarté  de  l'histoire. 

L 


uoxiv  INTRODUCTION. 

Le  concâe  de  Latran,  tenu  en  iai5,  sous  la  présidnice 
dlnnocent  III,  est  célèbre  dans  rhistoire  de  TÉ^ise  :  il  y 
assista,  dit-on,  douce  cenb.  prélats  de  tout  rang  et  de 
tonte  la  chrétienté,  outre  un  grand  nombre  de  seigneurs 
séculiers  ({ni  s  y  rendirent  en  personne  ou  y  envoyèrent 
des  députés.  Entre  une  multitude  de  décisions  qui  y  furent 
rendues,  celles  conoemant  les  affiiires  des  Albigeois  et  de 
la  Croisade  contre  eux  furent  de  beaucoup  les  plus  im- 
portantes. Ces  dernières  furent  de  deux  sortes,  les  unes  de 
pure  discipline  ecdésiastique,  rdatives  à  Thérésie  et  aux 
moyens  de  la  comprimer;  les  autres,  uniquement  politi- 
ques, concernant  les  intérêts  temporels  de  divers  seigneurs 
des  pays  entre  le  Rhône  et  les  Pyrénées,  dont  les  états 
avaient  été  envahis  et  occupés  par  les  Croisés.  A  la  téte  de 
ces  seigneurs  se  trotivaient  les  comtes  de  Toulouse  et  de 
Foix,  réclamant  chacun  la  restitution  de  ses  domaines. 

Je  laisse  de  côté  les  mesures  de  discipline  ecclésiastique 
prises,  dans  ce  concile,  contre  les  hérétiques.  Notre  his- 
torien n'en  ayant  rien  voulu  dire,  je  n'ai  aucun  motif  ici 
de  m'y  arrêter.  C'étaient  les  actes  de  politique  temporelle 
du  concile  de  Latran  qui  intéressaient  vivement  cet  histo- 
rien; et  ce  sont  en  eflét  ceux-là  qu'il  a  rapportés  carac- 
térisés à  sa  manière.  Je  vais  rapprocher  ce  qu'il  en  dit  des 
données  fournies  par  l'histoire  officielle  du  concile  :  il  sera 
iacilc  pai  là  de  voir  jusqu'à  quel  point  il  s'est  écarté  de 
ces  données,  sur  un  des  points  capitaux  de  son  sujet,  et 
d'apprécirr  le  genre  et  le  degré  de  liberté  qu'il  y  a  pris. 

Les  actes  du  concile  de  Latran  cii  oilrent  la  date  pré- 
cise :  ils  donnent  de  même  les  noms  des  prélats  qui  y 
assistèrent;  ils  en  marquent  le  nombre,  les  dignités  et  les 
sièges,  ils  rapportent  textuellement  les  mesures  prises,  àoil 


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INTRODUCTION.  ixxxv 
directement  contre  l'hérésie  albigeoise,  soit  à  l'égard  des 
sein;neurs  du  Midi  <lont  les  intérêts  temporels  avaient  été 
lese^  p3r  les  suites  de  la  Croisade.  Tout  ce  qu'il  y  avait 
d' impur  tant  et  de  caractéristique  dans  ces  dernières  me- 
sures concernait  le  comte  de  Toulouse;  cétail  à  lui  qu'en 
voulait  principalement  la  Croisade,  pour  des  raisons  si 
claires,  qu'il  est  à  peine  besoin  de  les  dire,  et  queu  tout 
cas  je  n'ai  point  à  mentionner  ici. 

Il  fut  solennellement  décidé  par  le  concile  que  ce  prince, 
étant  reconnu  incapable  de  gouverner  ses  états  selon  1a  foi 
catholique ,  ne  devait  plus  les  gouverner.  Il  fat,  en  coneé^ 
qnence,  déclaré  déchu,  condamné  à  passer  le  reste  de  ses 
jours  dans  T^dllf  le  plus  loin  possible  des  pays  qui  avaient 
été  siens,  avec  une  pension  viagère  de  4oo  marcs  d'argent. 

Toulouse,  Montauban,  et  toute  Tétendue  de  terres  jus- 
que-li  conquise»  par  les  armes  de  la  Crnsade»  furent  adjugés 
au  G4Hute  de  Montfort. 

La  Provence ,  et  quelques  autres  cantons  voisins  des  Py- 
rénées, furent  mis  en  réserve  pour  le  fils  unique  du  comte 
de  Toulouse ,  qui  devait  en  prendre  jjos^ession  à  l'époque 
de  sa  majorité,  â  une  condition  toutefois  :  à  .la  condition 
de  se  comporter  comme  l'église  l'entendait  et  l'exigeait. 

Quant  aux  comtes  de  Foix  et  de  Comminges ,  il  ne  fut 
pour  lors  rien  prononcé  de  définitif  sur  eux;  maison  leur 
donna,  à  ce  qu'il  paraît,  de  bonnes  espérances. 

Tels  sont  en  somme  les  actes  du  concile  de  Lalran,  les 
actes  qui  en  sont  l'expression  la  plus  abstiaite,  la  plus  ab- 
solue, la  plus  simple  possible.  On  chercherait  en  vain  , 
dans  tout  cela,  le  moindre  indice  d'une  délibération  pré- 
liminaire, et  moins  encore  d'une  délibération  dans  laqtielle 
se  seraient  mauilestés  des  scrupides,  des  hésitations,  des 


umi  INTaODUCTiON. 
dÎKoninice»  oitre  les  vembnt  du  -coiMile.  Lsilût  de  oe 
coneUe  se  présente  U  comme  dégagé  de  toat  Mcident^  de 
toa*  obstaeie,  de  toute  intervention,  de  timt  intéiêt  «nbEe 
que  f  intérèlecclésiastMiQe.  H  n'y  est  pas  ie  moins 'dn  miMidie 
question  de  k  présenee  ni  des  rédiunations  des  seignenn 
lécvdien»  :  tont  oe  qui  les  concerne- dans  une  csreonakaaee 
si  grave -advient  et  se  passe  comme  s'ils' neodstaient  plus, 
ou  comme  sHk  avaient  pris  le  parti  déseqiáié  d*alier  vivre 
parmi  lea  Savrasim  et  les  Bfaures,  au  ddà  des<  Pyrénées  et 
du  détroit  .des  Gdonnes.  Enfin,  rien  dans-oet  r&ntltats  of> 
ficids  du  concile  ne  laisse  soupçonner,  entre  le  pape  et 
les  prélats iréunis  aous  sa  préflidance,  la  plus  légère  diver> 
sité  desentiments  ou  d*opinions.  Innooent  m  n  est  là  que  le 
suprême  et  inflexible  organe  d'une  multftade  de  folonlés 
mdivisiUemeirt  'CoirfondueB  avec  la-sienne  et  dansia  sienne. 
Telles  sont,  en  somme,  ce  que  Ton  pourrait  nommer  les 
données  ecclésiastiques  de  l'histoire  du  concile  de  Latran. 

Le  récit  de  notre  historien  esl  eOBstnHt  svr  de  tout  au- 
tres données.  Le  concile  de  Latran  n*est>  pour  loi  qu'un 
grand  «Mrage  de  passions  et  d'intérêts  opposés  qui  vient 
éclater  avec  fracas  et  à  jour  fioce  aux  pieds  du  chef  de  l'é- 
glise. Deux  partis  se  sont  mis  en  présence  devant  celui-ci  , 
les  seigneurs  séculiers  dépoullli  s  par  Simon  de  Montfort, 
qui  sont  venus  réclamer  la  restitution  de  leurs  états,  et  les 
prélats  du  concile,  dont  quelques-uns,  ayant  pris  part  aux 
événements  de  la  Croisade"^  se  tronvf ni  par  là  personnelle- 
ment  intéressés  à  la  rlécision  qui  va  étro  rendue. 

loutre  ces  prélats,  les  plus  marquants  sont  Arnaud,  ar- 
chevêque (le  iNarbonne;  Thédise,  évêque  d'Agde  ;  Folquet, 
le  iameux  évêque  de  Toulouse;  l'abbé  de  Saint-Thibery. 
l'archidiacre  de  Lyon,  etc<  Ces  prélats  sont  divisés  entre 


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INTRODUCTION.  txxxvii 
eux  :  qudlqiiesr^ins  sont  favorables  aux  seigneurs  spoliés  et 
pr^lsá  les  soutenir  contre  Montfort;  le  plus  grand  nombre, 
dévoué  à  cfliii-f  j.  veut  à  tout  prix  faire  trioiuphoî  cause 
et  ie  laire  déclarer  possesseur  lé<^itln>«  des  pays  qu  il  a 
conquis.  C'est  l'intrépide  et  fnii^iK  u\  l  olquet  qui  est  à 
leur  tète  y  et  qui  s'est  liait,  dans  cette  grande  occaiioa,  k 
champion  de  Mont6ort. 

Quant  aux  sci}^neurs  dépossédés,  notre  historien  en 
lUiiniiu:  iiuit  ou  dix,  entre  lesquels  il  faut  distiuguer  le 
comte  de  Toulouse  et  son  fils,  âgé  d'environ  quinze  ans; 
Raymond  de  Roquefeuille,  ancien  vua.sái  de  ce  jeune  vi- 
comte de  Béziers  mort  entre  les  mains  de  Montfort;  Arnaud 
de  Villemiu  et  le  comte  de  Poix^  auquel  notre  auteur  £iit 
jouer»  diiis  toyla  cette  affiÙM,  le  rôle  principal ,  et  «n. rôle 
(deîii  de  ikfil»kiM  et  d'éclat 

G'eft  |»ac  une  décUttlipn  du  aowvenm  pontife  que 
aotre  hiàtonen  £ut  onvrir  le  débat;  mais  il  faut,  pour  ap> 
précier  celle  décianitiim»  Bavoir  qud  otiactète  cet  hiato- 
rien  attribue  A  Innocent  III  :  il  le  re^parde  comne  nii  saint 
penonnage,  plein  de  douceur  et  d*éqnité,  voyant  claire- 
ment  le  bien  et  décidé  à  :1e  faire,  mais  circonvenu  par  ses 
prélats,  le»  craignant,  et  toujours  m  péril  ^étre  entraîné 
par  .  eux  à  des  résolutione  qnîl  désapprauve.  Maintenant 
donclianocent  III ,  ouvrant  le  concile  et  prenant  la  parde 
en  présence  des  seigneurs  eccléstastiqnes  ou  séculiers  qui 
attendent  tons  sa  décision,  déclare  leconnaitre  le  comte  de 
Toulouse  pour  vrai  ostholique,  et  se  montre  décidé  à  lui 
restituer  ses  états^ 

Là-dessus  s'engage,  entre  le  c(»nte  de  Foix  et  Févécpie 
Folquet,  un  long  débat  entrecoupé  d'incidents  qui  en 
sortent  de  k  manière  la  plus  dramatique  et  la  plus  éner* 


unxvui  INTRODUCTION, 
gique.  Tout  cela  perdrait  trop  à  être  sèchement  résumé»  et 
j'eiine  mieux  le  livrer  intact  it  Fimagiiiatioa  do  lecteur.  Je 
me  boroerai  à  dire  qak  la  suite  de  ce  débat,  Innocent  III 
ae  retire  fatigué  de  la  scène  qu*ii  vient  de  subir,  attristé  áes 
haines  et  des  fureurs  ifaà  viennent  d'édater  devant  lui , 
mais  du  reste  plus  convaincu  que  jamais  de  rinnocenoedu 
comte  de  Toulouse,  et  plus  que  jamais  décidé  à  lui  foire 
restituer  ses  états.  Il  va,  en  attendant,  se  récréer  un  instant 
dans  un  des  jardins  de  son  palais  ;  et  le  comte  de  Toulouse 
et  ses  amis  se  retirent  de  leur  o6té,  satiafiiite  des -bonnes 
dispositions  et  des  promesses  du  pontife. 

Mais  ils  se  sont  trop  pressés  de  crier  victoire  ;  Folquet  et 
les  prélats,  amis  de  Montfort,  alarmés  des  paroles  et  des 
sentiments  du  pape,  le  suivent  dans  le  jardin  où  il  est  en- 
tré pour  se  délasser,  et  là  s*ouvre  alors  entre  eux  un  nou- 
veau débat  aussi  animé  que  le  premier,  et  dans  lequel  les 
pères  du  concile  laissent  mieux  voir  encore  jusqu'où  va 
]pxir  dévouement  à  Montfort,  et  leur  haine  pour  le  oomte 
de  Toidouse.  Innocent  111  leur  résiste  longtemps;  il  leur 
reproche  avec  dignité  les  passions  peu  chrétiemies  aux- 
quelles il  les  voit  en  proie  ;  mais  à  la  fin  il  cède  aux  impor- 
tunités  et  adjuge  définitivement  à  Montfort  les  domaines 
du  comte  Raymond  VI,  s  excusant  ensuite  de  son  mieux 
envers  ce  dernier,  par  des  discours  compatissants,  ei  par  le 
tendre  intérêt  qu'il  montre  pour  le  jeune  Raymond. 

Si  peu  que  cette  faibles»s  d'Innocent  III  pût  lui  agréer, 
notre  historien  n'en  témoigne  aucun  dépit  :  bien  loin  de- 
là, il  semble  avoir  cherché  à  la  couvrir  d'un  voile  poét  ique, 
à  travers  lequel  elle  se  montre  imposante  et  vénérable.  Le 
pape  accorde  bien  à  Montfort  la  laveur  sollicitée  pour  lui, 
mais  il  accompagne  sa  concession  de  pressentiments  sinia- 


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INTRODUCTION.  ,  xxxrx 

très,  de  menaces  mystérieuses;  il  voit  déjà  voler  dans  i  air 
k  pierre  Atde  qui  tombera  ià  o  il  faut 

Tel  est,  réduità  ses  princ^es  circonstances,  Ip  compte 
que  notre  bistorien  a  rendu  du  concile  de  Lau  ui ,  ou  de 
k  partie  de  ce  concile  qu'U  avait  partieulièiement  en  vue. 
On  ne  pourrait  pas  dire  convenablement  qu'un  tel  aperçu 
soit  contraire  aux  données  que  les  aetes  de  ce  concile  pré- 
sentent pour  son  bistoire  :  Ú  est  tout  entier  bore  de  ces  don- 
nées. Maintenantla  vraie  question  relativement  à  cet  aperçu, 
cert  de  savoir  si  c'est  une  pure  fiction ,  on  s*il  s'y  trouve 
quelque  chose  qui  puisse  être  sérieusement  qualifié  d'his- 
torique. Gril  ne  me  semble  ni  superflu,  ni  impossible  de 
répondre  à  cette  question. 

Le»  invraisemblanees  de  détaU  et  le  manque  continu  de 
ce  que,  &uie  d*un  autre  torme  convenu,  je  nommerais 
volontietó  «oflÉm»  hittoriqw,  sont  trop  évidents  dans  ce 
tableau  tracé  par  notre  historien  du  concile  de  Latran, 
ou  du  moins  de  la  partie  politique  ^  de .  ce  oondie,  pour 
qu'il  soit  nécessaire  de  les  si^aler  expressément.  Il  est 
manifeste  que  cet  historien  n'avait  aucune  idée  de  Tétí- 
qnette,  ni  du  cérémonial  de  la  cour  romaine  ;  qu'il  ne  soup- 
çonnait rien  des  voies  ni  des  menées  par  lesquelles  la  pdU- 
tique  d(  cette  cour  marchait  à  ses  fins.  Ayant  k  peindre 
un  concile,  il  lui  fallaît,  en  quelque  sorte,  se  le  figurer 
de  toute  pièce,  et  if  se  l'est  figuré  par  analogie  avec  ce  qu'il 
savait ,  avec  ce  qu'il  avait  VU  de  la  tenue  des  petites  cours 
féodales  qu'il  avait  fréquentées. 

Mais  CCS  inexacritudes  de  détail,  ces  défauts  de  costume 
qui  frappent  dans  le  tableau  dont  il  s'agit,  n'impliquent 
nuilemeut  la  fausseté  des  traits  principaux  ni  du  fond. 
C  est  en  tout  ce  qu  il  a  de  plus  important  et  de  plus  carac- 


.%c  INTRODUCTION. 
térbtk{ue  qnt  oe  tftblmu  óffire  le  plus  de  vérité  hisloriqae. 
Et  d  abord  il  est  certàtn  qiM  ke  fleigneon  aéeuHen  inté» 
rataés  à  k  déciaion  dn  concile  B*y  rendirent  en  pM»nne 
et  plaidèrent  êuxpmêines  leurceiue^  «non  devânt  le  con«- 
eilc  même,  au  moins  derant  le  pape,  et  «n  face  delennad^ 
vmairel.  Il  est  égdement  certain,  et  il  est  attesté  par  des 
témoignage  irrébuaaUes ,  que  ces  mêmes  seigneurs  trou** 
vèrént  des  défenseurs  sélés  parmi  diveis  prélats ,  dont  tfínú^ 
quesHins,  étant  interr^nus  directement  dans  lasévénements 
de  la  Croisade ,  se  trouvaient  par  là  même  les  plue  cOmpé** 
tenlB  pour  prondnoer  dans  cette  grande  cause.  H  est  certain , 
enfin,  que  cette  cause  fut  débattue,  et  <piil  y  eut  dans  le 
concile  de  hauts  personnages  ecdéstaetiques  auxqtiéb  la 
sentence  rendue  par  k  majorité  parut  une  grande  iniquité. 

Un  point  plus  d^icat  et  plus  douteux,  cest  ce  qui 
touche  les  sentiments  et  la  conduite  que  notre  historien  • 
piéte  i  Innocent  10.  Je  ne  veux  pas  discuter  ce  point;  je 
n'en  ai  pas  ie  lomps,  et  ce  n'en  serait  point  ici  le  Heu; 
mais  je  ne  dissimtderai  point  la  conviction  où  je  suis  que , 
même  sur  ce  point,  notre  historien  a  dit  la  vérité.  Il  a  pu 
eiagérer,  il  a  oertainemeut  exagéré  quoique  chose  i  cet 
égard  :  il  est  on  ne  peut  plus  invraisemblable  qu  Inno- 
oent  m  ait  exprimé  en  plein  concile  les  idées  ot  les  pro» 
jets  qui  lui  sont  attribués  dans  notre  histoire,  précisé* 
tnent  comme  ils  le  sont  dans  cette  histoire,  d'une  manière 
si  explicite  et  si  franche.  Mais  qu'il  ait  réellement  senti  et 
pensé  comme  le  fait  penser  et  sentir  notre  auteur;  qu'en 
dépouillant  le  comte  de  Toulouse  en  faveur  de  Simon  de 
Montfort,  il  ait  été  mû  et  déterminé  par  des  considéra- 
tions en  dehors  de  ses  convictions  personnelles,  c'est  de 
quoi  je  ne  saurais  douter  et  ce  que  savait  indubitable- 


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INTRODUCTION.  la 
ment  note  hîslorien.  Il  avùt  pu  Vappnendrede  quelqu'un 
êm  comtes  du  pays  qui  s'étaient  Irpuvéi  à  Rome,  dnivnt 
la  tenue  du  eondile,  et  qui,  ne  pouvant  gnèie  ignorer  les 
vérítahifls  sentiniMits  du  ppe  à  leur  ^;ard.  devaient  en 
rendre  laclkment  témoignage,  et  lui  en  savoir  qudque  gré. 

Si  done  il  y  a  de  Vinventiim  et  de  la  poésie,  oomme  il 
y  en  a  oertainonent  et  beaucoup,  dans  tout  ce  tableau  du 
eoneilede  Latran  par  notre  poêle,  eest  bien  nuûiisdans  le 
fond  et  sur  ks  points  essontiids  que  dans  la  ferme,  les 
acceasoirea  et  les  détails,  que  dans  le  ton  général  de  Ten* 
ssmUe*  Tout  oe  que  notre  bislorien  savait  du  eojaeUe  dont 
il  e*agit,  il, fa  nonçu,  cpndnná,  dévdoppé  dune  manière 
tonte  dramatique,  fondant  dan»  les  diseoun  de  ees  person- 
nages une  muliiinde  de  pertieubrités  bisUiriques,  qui  loor 
donnent  un  séricuxi  une  vérité,  une  plénitude  de  vie  dont 
^  on  ne  trouverait,  je  crois,  guère  d*exemples,  même  .en  les 
ehevehant  bien  Haut  et  bien  loin. 

il  y  a,  dans  notre  histoire,  quelques  autraa  endroits  aui^ 
quels  s'appliqueraient  plus  ou  moÌDsdireeleaieot  les  obser- 
vations que  je  viens  de  faire  sur  le  passage  où  il  s  agit  du 
cencile  de  Latran;  mab  il  est  tempe  d'en  finir  et  d'aban^ 
donner  an  lecteur  tout  ce  que  j'ai  dit  et  tout  ce  qui  reste 
à  dire  sur  ce  curieux  monument  de  littérature  et  d'histoire. 
Je  n'ajoute  plus  que  quelques  considérations  très-sommai- 
res, dans  riniention  de  ramener  à  un  même  point  de  vue 
général  les  obeervations  et  les  détails  qui  précédent. 

XV. 

A  I  origine  des  littératures  et  duraut  toute  la  période  de 
leurs  premiers  développements,  U  sçience  let  la  poésie  ne 


xen  INTRODUCTION, 
font  qu  une  seule  et  même  chose ,  ou,  pour  mieux  dire, 
tout  idora  est  poésie  :  la  science  n  existe  pa»  enodre.  Mais 
dans  les  littératures  qui  ae,  développent  d*une  manière  na- 
tureUe  et  régulière,  il  arrive  toujours  une  époque  où  la 
science,  jusque4à  enVeloppée  et  comme  cadiée  dans  la 
poésie,  8*en  détache  peu  à  peu  pour  se  développer  séparé* 
ment,  et  se  diviser  de  plus  en  plus. 

Cette  transition  générale  de  la  poésie  à  la^scîence  com- 
mence ordinairement  par  la  transition  particulière  de  Té- 
popée  i  rhbtoire.  Gelle^,  longtemps  indivisible  de  la 
première  -,  finit  nécessairêment  par  &*en  séparer,  et  par  8ou> 
mettre  à  des  épreuves  de  plus  en  plus  sévères,  à  des  res- 
trictions de  plus  en  plus  rigoureuses,  les  faits  et  les  tradi- 
tions qui  sont  la  matière  commune  de  Tune  et  de  lautre. 
Mais  cette  transition  ne  se  fait  jamais  d'une  manière  si 
brusque  et  à  absolue ,  que  la  première  histcnre  se  distingue 
nettement  de  la  dernière  épopée;  elle  est  toujours  {dus  ou 
moins  lente,  toujours  graduelle,  et  il  se  passe  un  temps 
assez  long  durant  lequel  les  deux  genres  conservent  des 
traces  manifestes  de  leur  union ,  de  leur  fuMon  primitives.  ' 
L*hi$toire  garde  longtemps  dans  a»  formes,  dans  son  ton, 
et  parfois  même  dans  ses  matériaux  et  sa  substance,  quelque 
chose  de  poétique,  quelque  chose  de  gracieux  et  de  naïf, 
qu*d[le  ne  doit  perdre  qu  à  Tépoqne  de  sa  maturité. 

Les  monuments  historiques  par  lesqueb  s*est  opén  r 
dans  une  littérature  donnée,  cette  transition  naturelle  de 
Tépopée  à  r]]lstoire  ont  plus  ou  moins  dHmportance  intrin- 
sèque, à  raison  du  plus  ou  moins  qu'ils  nous  apprennent 
de  la  marche  et  des  destinées  générales  de  l'humanité;  mais 
toujours  sont-ils  des  plus  intéressants  et  des  plus  curieux 
entre  ceux  de  la  littérature  à  laquelle  ils  appartiennent.  Ils 


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,  INTRODUCTION.  xcni 
.soDt  rares  dâMitouteftikslîHératun»;  bmîb  U  n  y  en  a  peut* 
Hn  maeiúue,  ftmr  peu  qu'elle  soit  ancienne  et  développée , 
qui  es  manque  toUdenent;  il  ne  s  agit  que  d'élever  la  cri- 
.tique  an  peint  de  vue  d^où  dle;peut  les.  reconnaître  et  les 
caractériaer.  Ce  neai  pàs>ici  que  je  pourrais  tenter  rien  de 
semHaHft  :  je  jne  bornerai,  pour,  ajouter  quelque  chose 
de  poaitif  à>ces  considérations  alistrailes,  à  signaler  en  peu 
de.  mots  qndques-uns  de  ces. monuments  historiques,  te^ 
nant  encore  pu*  plusieurs  de  leurs  caractères  À  la  poésie 
épiquot  qui  en  a  renfermé  le  germe. 

Dans  la  littérature  grecque,  ce  lut  par  les  compositions 
des  logographes  que  Tépopée  passa,  à  rhistoire.  On  na 
plus  de  ces.compositions  que.de  courts  fragments;  mais  ^es 
nous  sont,  en  qudque  manière,  représentées  par  Thistoire 
d*IIérodote,  qui  n  en  est  que  le  plus  haut  degré  de  déve- 
loppement et  de  perfedian,  etidans  je  plan,  Tobjet,  le 
style  et  certains  détails  de  laquelle  <»i  reconnaît  encore  ai> 
sèment  les  influences  de  la  poésie,  et  plus  particulièrement 
celles.de  la  vieille  épopée. 

il  y  a  dans  la  littératnre  espagnole  un  monument  de  ce 
genre ,  important  et  curieux  au  delà  de  toute  ezpressian  : 
c'est  la  Chronique  générale  d'Espagne,  compilée  vers  le  mi- 
lieu du  xni*  siècle,  par  les  ordres.  d'Álpbonse  X.  Bien  quen 
prose,  et  d*un  Ion  généralement  grave  et- simple,  cette 
Chronique  n  en  est  pas  moins  évidemment  la  transition  des 
traditions  épiques  du  pays  à  un  corps  d'histuirc  nationale 
proprement  dite.  Mais,  tout  en  se  défiant  (ies  fables  poé- 
tiques, mêlées  aux  traditions  dont  il  s'agit,  les  compila- 
teurs de  la  Chronique  y  ont  admis  une  multitude  de  ces 
fables,  et  en  ont  fait  de  la  sorte  une  œuvre  encore  toute 
poétique  dans  plusieurs  de  ses  parties. 


t 


iciT  INTRODUCTION. 

Les  Grecs  modernes  oot,  dans  leur  litlérttare  vulgaire , 
desouvrages  que  je  cr(»spOttV<Mr  indiquer  ici,  lipeueoa^ 
nos  qu'ils  soient.  Ce  sont  des  porfioDS  de  leor  hîstoin, 
dens  le  fond  et  ia  sulistanoe  desqueiles  tout  est  Ténwité, 
ûmplicîté»  naiveté;  mais  qui  ne  laissent  pas  d*ètre  k  beau* 
eoup  d*é|^rds  éminemment  poétiques.  Nen^eiilement  elles 
sont  en  veis,  et  dans  les  máiesTers  que  leurs  cliants  po- 
pulaires, mais  elles  oflfirant  à  tout  propos  les  mêmes  har* 
diesses ,  le  même  goût  de  poésie  que  oes  derniers,  dont 
elles  se  distinguent  plus  par  leur  étendue  que  de  toute 
autre  ùuçoa,  « 

Notre  pofime  sur  la  Croisade  albigeoise  est  un  ouvrage 
du  genre  de  oeux  que  je  viens  d'indiquer;  il  est  ocmune 
eux,  ou  encore  ]^us  mauiÎBStement  qu'eux,  une  transition 
de  ia  poésie ,  et  particulièrement  de  1  épopée  à  l'Iûsloire. 
Ici  seulement  la  transition  a  quelque  chose  de  bni$qu&  et 
d'accidentel,  qui  la  caractérise  et  la  distingue  de  toute 
aiitro  à  laqupHo  on  pourrait  la  comparer.  A  IVpoque  des 
AUn<^eoi.s,  la  ciilluro  intellcctucllo  (i<»s  populations  du  Midi 
netait  ])oint  assez  avancée  pour  développer  en  di- 
vers sens  :  leur  poésie  ieur  suffisait  encore;  on  se  passait 
d'histoire,  ou,  pour  mieux  fine,  ou  se  conteTilait  dr  celle 
que  l'on  croyail  avoir.  Les  imagioations,  chaiiueci.  des  fic- 
tions exaltées  de  la  chevaiene ,  de»  idées  rafliiu'es  qu'elles 
s'étaient  faites  de  l'amour,  n'aspiraient  encoit»  à  rien  de  plus 
sérieux,  ui  de  plus  vrai.  Mais  tout  d'un  coup  éclate  la 
guerre  de  la  Croisade  ;  et  les  imaginations  sont  violemment 
arrachées  à  leurs  gracieuses  rêveries  par  d'épouvantabiss 
réalités,  elles  prenaent  de  rudes  le^ns  d'histoire  et 
d'idées  «érieuses.  Dans  une  Coule  de  poStes  dont  le  pays 
abonde  *  il  s'en  rencontre  qudiques^uns,  il  s'en  lunuontre 


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INTRODUCTION.  wr 
au  moinf  un,  et  cW  le nAtre,  qoiy  vivement  ému  de  on 
tngi^Ma Mnemenli,  ert  saisi  dn  désiir  de  le* écrire,  et 
en  fafMB  le  |nro|et* 

Or  ce  projet,  comment  devait-il  «  comment  pouvaiWi 
TeiécnÌBrí  Prtwaémenl  «odame  ii  Ta  hxt.  Si  iortes,  si  non*' 
▼eUes  ^116  inaflent  ses  impratsions,  il  pouvait  les  rendre 
seulement  par  les  moyens  par  losquels  ii  avait  jusque^ 
là  rendu  ses  improsnons  habituelles,  ii  ne  pouvait  avoir 
fidée  d'écrire  en  prose  :  TuM^e  de  la  pMMe  était  chose  in- 
connue dans  k  littérature  de  son  pays  et  de  son  époque. 
Voulant  à  tout  prix  faire  de  i*hisioif«,  il  ne  pouvait  en  Àiire 
que  dans  les  forme»  déjà  connues,  déjà  consacrées  de  ce 
qui  aviit  jusque-là  tenu  lieu  d'histoire,  de  l'épopée  car» 
kwingienne.  Les  événements  qu'il  avait  à  raconter,  ter* 
ribles,  inouïs,  menaçants  comme  ils  l'étaient,  excluaient 
tout  mélange  de  fiction.  En  un  mot,  plus  on  considère  les 
circonstances  au  milieu  desquell^  il  entreprit  son  ouvrage, 
et  mieux  l'on  conçoit  que  la  transition  de  l'épopée  À  l'hia- 
toire,  dont  cet  ouvrage  est  un  monument,  ait  été  vive, 
compînlo,  trancliée;  que  tout  soit  devenu  historique  dans 
le  fond,  et  soit  roslé  poétique  pour  la  fdrme.  On  sera  pml- 
Hvo  embarrassé  de  décider  sons  lequel  des  deux  points  de 
vue  il  offre  le  plus  d'intérêt,  mais  on  s'accordera,  je  pense, 
a  n'iiiirdrrcfitiiiiK' un  ouvrage  précieux,  et  à  certains  égards 
niaque,  un  ouvrage  au  sujet  duquel  on  peut  éprouver  un 

XVI. 

J'ai  trop  paHf  Ao  notre  po»"me  aîhig^eois  pour  n'en  pas 
dire  encore  quelques  nootà,  pour  ne  pas  rendre  un  compte 


XGVi  INTRODUCTION. 

sommaire  des  règles  que  j'ai  suivies  dans  la  publication 
du  leKte,  et  daiu  k  trado^on  française  qui  àaceompagne.' 

Ainsi  que  je  l'ai  annoncé  dès  le  d^butde.oette  introduo- 
tion ,  le  mannscrit  publié  dans  oe  wlume  est  ùa  manuscrit 
unupue;  circonstance  qui  devait  néoessairénlent  beaucoup 
restreindre  la  tâche  duu  éditeur,  et  surtout  d*un  premier 
éditeur.  Dès  Tinstant  où  les  moyens  ordinaires  de  eonfran- 
tation  et  de  collation  manquaient  pour  la  critique  du  textc^ 
à  publier,  il  ne  resitait  plus  qu  à  le  rqvroduire  avec  la  plus 
stricte  eiaditude,  qu-à  en  donner  une  espèce  de fao^miks^ 
Heureusement  ce  texte  s'est  trouvé  asses  correct  pour  qu  a- 
vec  un  peu  d'attention  et  qudque  £uniliarité  avec  Taiicieii 
provençal  on  pût  aisément  en  saisir  et  en  apprécier  la 
suite  et  Tensemble.  Mais  il  nelaiaae  pas  de  présenter  des  in^ 
corrections  qui  en  itèrent  ou  en  obscurcissent  beaucoup 
de  détails*  ... 

De  ces  incorrections,  les  unes,  provenant  de  légères  dis» 
tractions  du  copiste ,  et  se  réduisant  presque  toujours  à 
des  variante»  d'ortbograpbe,  peuvent  être  négligées  sana 
inconvénient  ou  corriges  sans  difíìculté.  J'en  ai  faitdispa- 
raîtrcle  plus  grand  nombre,  m  attachant  à  choisir,  entre  les 
dififérenles formes  d'un  même  mot  également  aduiisps  dans 
notre  manuscrit,  les  plus  correctes  et  les  plus  accréditées. 

Il  se  rencontre  aussi  dans  ce  manuscrit  des  incorrections 
d'un  autre  genre  el  plus  formelles  que  les  prrjiiières  : 
elles  consistent  à  substitue)-,  dans  certains  mots,  aux  dési- 
nences propres  du  provençal  des  désinences  insolites.  Ainsi, 
par  exemple,  j>our  aindar  on  trouve  axnder,  pour  matatz  on 
trouve  matetz.  C'est  une  licence,  on  pourrait  dire  une  bar- 
barie, autorisée  par  les  exigences  de  la  rime,  et  qui,  mal- 
gré son  mauvais  effet,  doit  être  respectée. 


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INTRODUCTION.  im 
Quant  am  incorrectiofis  plu»  grares  qui  aftetent  des 
passages  entiers,  des  Y<ers,  des  hémistiches  dont  eiles  ohs- 
cureÎMent  ou  embarrassent  le  sens,  je  me  suis  soigneuse- 
ment ahstenu  de  «hercher  à  y  remédier,  U  même  où  il  me 
semblait  qaej  aurais  pn  le  faire  san^  témérité.  Tont  oe  (|ue 
je  me  suis  permis  k  cet  égard,  ça  été  êttspnmw  quelque- 
fois dans  la  tradnetion  le  sens  que  je  n*ai  point  osé  intro- 
duire dans  le  texte.  Jai  aussi  jmnt  à  cette  traduction  q«d- 
ques  notes  où  j'ai  proposé  mes  doutes  et  mes  conjectures 
sur  les  endroits  les  plus  altérés  ou  les  plus  difficiles.  C'est 
là,  fÌBtute  de  manuscrits  à  consulter,  tout  ce  que  j'ai  pu  faire 
pour  éclairdr  un  texte  souvent  difficile  et  parfois  inintel- 
ligible. 

l^algré  les  soins  extrêmes  app<Mtés  à  Timpression  de  ce 
texte,  il  s'y  est  glissé  qudques  fautes,  mais  si  légères,  qu'au- 
cune ne  peut  caosnr  le  moindre  embarras.  On  en  jugera 
par  celles  que  je  crois  devoir  signaler  et  corriger  ici;  ce 
sont  les  pins  graves  de  toutes,  pour  ne  pas  dire  que  ce 
sont  les  seules  ^ 

En  publiant  un  texte  écrit  dans  un  idiome  mort  que 
personne  n'étudie,  il  était  indispensable  d'y  joindre  une  tra- 
duction; et  cette  traduction  je  l'ai  faite,  en  m'appliquant  à 
la  rendre,  je  ne  dis  pas  seulement  exacte  et  fidèle,  ce  n'eût 
point  été  assez,  à  mon  avis,  mais  anssi  littérale  que  pos- 
sible, et  telle  que  l'on  pût,  au  besoin,  y  retrouver,  sauf 
le  mètre,  le  texte  provençal.  Je  n  essayerai  pas  d'expliquer 
loutrs  Îp?  dURcultés  que  j'ai  rcncoutrées  dans  cette  tâche; 
li  laudrait,  pour  me  croire,  perdre  beaucoup  de  temps  et 

*  Vcn  ii6i.  «Il  liMi  de  (n.  liiet  ior«  —  V.  1879.  fa  «arf.  liMx  Imvrt.  — 
V  3098.  rrmnaen,  Ina  iwmmh.  —  V.  3S&A.  LmOm.  UimIm  nha.—\.  893«, 
itimb.  iua  éM$, 


xcviii  INTRODUCTION, 
de  patiencè  á  des  recherchea  mÌDatìease»  que  je  me  gar- 
derai bien  de  conseiller  à  qui  que  ce  soit  Lee  seuls  cas 
où  j  aie  un  peu  mifigé*  dans  fapplicafttmi ,  ce  principe  de 
fidélité  littérale  qui  doit  être,  s^on  moi,  la  Im  snprême 
de  tout  traducteur,  ce  sont  les  cas  où  notra  poê^e,  lequel 
ne  se  pique  guère  {dus  de  clarté  que  de  correction,  s*ex> 
prime  d'une  manière  si  vague,  qu'en  le  rendant  rigoureii- 
sement  en  français,  j  aorais  eu  f  air  de  ne  rien  dire.  Or, 
jai  toujours  voulu  avoir  Tair  de  dire  quelque  diose,  et 
j  ai  tâché  d*étre  clair  et  précis,  là  même  où  il  y  avait  à 
Tétre,  une  ombre  de  licence  ou  de  liberté. 

Par  suite  des  mêmes  principes  de  fidélité,  je  n'ai  pu 
traduire  un  ouvrage  composé  il  y  a  sept  cents  ans  comme 
j*aunii$  traduit  un  ouvrage  des  temps  académiques.  Il  élait 
pour  moi  de  toute  convenance  de  nipandre  de  mon  mieux 
quelques  teintes  d*arclialsme  sur  ma  version ,  mais  j'ai  tâ- 
ché de  ne  pas  trop  dépasser,  sur  ce  point,  les  limites  de 
l'usage  et  de  la  clarté.  J'ai  employé  quelques  vieux  mots, 
mais  je  ne  les  ai  point  forgés  dans  l'iiitention  de  faire  du 
style  naïf;  je  les  ai  trouvés  tout  &its  dans  rancienne  langue 
française,  et  ce  n'est  pas  uniquement  comme  vieux  que  je 
lésai  préférés,  c'est  comme  rendant  mieux  les  sentiments 
ou  les  idées  de  l'original  que  leurs  équivalents  modernes. 
Le  mot  d'armée,  par  exemple,  ne  dit  pas  précisément  la 
même  chose  que  celui  de  host. 

H  s'est  glissé  çà  et  là  dans  la  traduction  quelques  mé- 
prises sur  les  noms  d'hommes  ou  de  lieux.  Je  demande  Tin'- 
dulgence  du  lecteur  pour  celles  que  je  n'aurais  point  aper-, 
çues,  et  le  prie  de  vouloir  bien  tenir  pour  corrigées  les 
suivantes  dont  je  me  suis  aperçu  trop  tard.  Au  vers  loSa, 
au  lieu  de  Saint-Baadile,  lisea  Sainte-BazeUle;  vers  âg3.3. 


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INTHODUCTÍON.  \ax 

an  tien  de  FmeiUm,  liaukBazIétje.  Il  faut  peut->ètTe,  daos  le 
vers  i3i»i  fin  Jìh^  ,ttvi  lieu  à'Àiiy,  Quant  aux  nome 
d*hommes,  il  y  a  une  correction inaportante  à  Ikire  dans  le 
ver»  i44o  :  il  faut.y  lire:  Pierre,  comte  d'Auserre,  Robert 
êe  ùmiBnxtf  (lonjijf).  Penl^-étrc  faut-il,  au  lieu  àaîkmée 
Bara»c,  dans  le  vers  9^ ''7  ,  iiro  Dieudonné  de  Barasc, 

On  regardera  sans  doute  la  publication  de  cet  nnvrapre 
comme  une  addition  importante  au  recueil  des  documents 
deTliiatoire  de  la  Croisade  albigeoise.  Mais  ce  recueil  nest 
pas  complété  par  là;  il  y  manque  encore  diverses  pièces 
manuscrites,  qui  toutes  méritent  d'y  figurer,  qui  toutes 
fournissent  quelques  notions  et  quelques  données  pour 
rhistoirc  encore  si  mal  connue  de  ce  grand  événement. 
De  ce  nombre  sont  les  poésies  des  troubadours  auxquelles 
j'ai  déjà  lait  rapidement  allusion,  et  cette  longue  [yièce  pro- 
vençale,  dont  j'ai  aussi  parlé,  la  signalant  comme  remplie 
de  notices  précieuses  sur  les  niceuns  et  les  doctrines  des 
All)igeois.  Il  faut  y  comprendre  encore  quelques  courtes 
ri^roniques  en  roman  qui  donnent  la  date  précise  de  divere 

(Tinnents  <ie  la  Croisade,  et  un  poriue  lalin  sur 

la  bataille  de  Muret,  composé  par  quelque  moine  contem- 
porain. 

Indépendamment  de  ces  documents  tous  d  un  intérêt  dif- 
férent,  mais  tous  intéressants,  il  reste,  dan>  divers  recueils 
manuscrits,  une  foule  d  actes,  de  cbartes,  de  transactions 
de  toute  espèce  ,  relatifs  à  la  Croisade,  dont  ils  démon Irent 
les  effets  variés  dans  l'ordre  civil  et  politique  11  reste  en- 
fin, dans  l'immense  collt  cllon  de  Doal,  des  copies  des 
procès-vtM'baux  de  Tinijuisilion  de  Toulouse,  en  nombre 
suffisant  pour  former  plusieurs  in-folio.  Ces  pièces  sont  in- 
contestablement ce  qui  nous  reste  de  plus  sûr  et  de  plus 


c  INTRODUCTION, 
curieux  pour  l'histoire  des  doctrines,  de  lorguiisatioii  re- 
ligieuse, des  mœurs  des  Albigeois,  et  de  leurs  rcbtioBS 
avec  leurs  frères  dltslie  ou  d'ailleurs. 

M.  Guizot,  qui  comme  écrivain  a  tant  fait,  et  comme 
ministre  tant  iait  &ire  pour  Favancement  de  notre  histdre 
nationale,  informé  de  Texistence  des  documents  dont  je 
viens  de  parier,  en  a  ordonné  la  publication  :  il  résultera 
de  là,  selon  toute  apparence,  deux  volumes  in-4*,  qui  se- 
ront la  suite  et  le  complément  natureb  de  notre  histoire 
albigeoise.  11  a  bien  voulu  me  confier  la  direction  de  ce 
nouveau  travail,  heureusement  ausn  Cscile  quil  est  inté- 
ressant, et  où  il  ne  faudra  qu  un  peu  de  lèlepour  mériter 
une  confiance  dont  je  m'honore. 

Je  ne  dois  point  terminer  cette  préface  sans  reconnaître 
les  services  que  m'a  rendus,  dans  tout  le  cours  et  dans 
toutes  les  parties  de  mon  travail,  M.  Teulet,  élève  de  l'é- 
cole des  Chartes,  employé  aux  Archives  du  royaume.  Je 
ne  saurais  de  quoi  me  louer  davantage  ni  de  que»  j'ai  pro- 
fité le  plus,  de  son  intelligence  exercée  en  tout  ce  qui  con- 
cerne la  paléographie,  de  soa  exactitude  dans  les  recher- 
ches historiques,  ou  de  son  zèle  infatigable.  C'est  avec  un 
vrai  plaisir  que  je  lui  rends  ce  faible  témoignage  de  ma 
gratitude. 

Flfi  m  LiNTRODLGTION. 


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SOlIMAIRES  DES  COUPLETS. 


I. 

iu.  tioï.  L  auteur  du  poëme  est  un  clerc  nommé  Guillaume,  natif  de  Tudèle 
en  Navarre  ;  son  éloge. 

H. 

#  Progrès  de  l'hérésie  ;  le  pape  envoie  les  moines  de  Citeaux  pour 

la  combattre.  —  Conférenee  tenue  à  GarcaMoiuie  en  présence  du  roi 

Le.pape  choirit  pour  légat  Aznand,  aUié  de  Qteam,  et  kii  «kmne 
plein  pouvoir  contre  le»  hárétiique*.  (ag  mai) 

IV. 

tn.  laoS.  Vains  efforts  d'Arnaud. —  Un  autre  U'gat,  Pipne  tir  Casleinau,  vient 
à  Saint-Gilles,  où  il  excommunie  le  comte  de  Toulouse.  —  Il  est  assassiné 
par  on  écoyer  du  comte.  (  1 5  janvier.  ) 

V. 

Indignation  du  pape.  —  Il  tient  conseil  avec  l'abbé  Arnaud,  maître 
iViilon  et  les  douie  cardinaux.  —  L'extermination  de«  hérétiques  est 
décidée. 

VI. 

L*dbbé  de  Citeaux  propose  la  Croisade ,  et  oflre  de  la  prêcher  dans 
toute  la  fWee. 

vn. 

La  propoiltion  d'Arnaud  e«t  agréée;  il  part  accompagné  de  l'arche^ 
vtqne  de  Tarragone  et  dé  pliuîean  antres  prélats. 

vm. 

Les  moines  de  Gteaux  prêchent  la  Croisade  -,  les  seigneurs  se  croisent 
en  fouie;  à  lenr  téie  sont  le  due  de  Bomgogne  et  le  comte  de  Never». 


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cil  SOMMAÍRES  DES  COUPLETS. 

ÎX, 

*im.  i»uK.     Douleur  du  comte  de  Toulouse  et  du  vicomte  de  Béxîen.— Le 

romte  se  rend  à  Aubenas  auprès  du  légat,  qui  le  renvoie  au  pape, 
|)oai  en  obtenir  l'absolution.  —  Mésintelligence  entre  ie  virnnitf 
Bóziers  et  le  comte  de  Toulouse.  — Date  de  la  composition  du  porine. 

X.   

Ambeinde  envoyée  à  Rome  par  le  comte  de  ToulotMe.' 

■    Xi.  • 

ANS.  «ao9  Le  pape  eidgc  du  comte  de  Toulouse  sept  de  ses  plus  forts  Hiâteaiix 
çn  ^change  du  pardon  qu'il  lui  accorde,  (i  b  juin.)  —  Efforts  du  vicomte 
de  OlUeide  poiiy  ohiiiBf-le  ytíi.  Oii/lHÌlinppee  de  tdlee lodiidîiMiii  ipi'il 
se  décide  à  U  guerre.  —  n«e  retin  t  iGArcaÉsoiliie.  ■ 

XII. 

L»  guerre  «ommence.     Kons  de»  priadptm  diefs  de  la  Croisade. 

^Ç^ÍIht.;  Í.  J         •>ÎITIf'>  .  ':     1.  :,cl  '1  ■' 

Dénombrement  dé  le  principale  armée  des  Groûés.  —  On  autre 
corps,  venu  par  rAgënois,  s'emperé  de  Puy-la-Roque,  de  Gontaud,  de 
TonneiiM ,  «t  assîéjge  Chassenenil.  (  Jutlbf .  ) 

XIV. 

Ce  château,  vaillamment  tli'Tpndii  par  Seguin  de  ikiienr  ,  ruiit  par 
capituler.  —  Une  troisième  bande,  conduite  pai-  l'évèque  du  Pu^  ,  après 
avoir  rançomié  Caussade  et  le  boufg  Saint-Antoniii,  se  réunit  à  celle 
4iui  assi^eeit  CbaMeneuil.  (  \oyeg  leurs  routes  tracées  sur  la  carte 
géographique.  )  —  Panique  de  la  gamisoD  de  Villemur.  —  La  grande 
armée  des  Croisés,  guidée  par  le  comte  de  Toulouse,  s'avance  contre 
Béziers. 

XV 

Éloge  du  viroTnte  de  BéEÌen.-^Ii  se  rend  à  Bésiers  et  s'apprête  â  une 
vigoureuse  résistance. 


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SOMMAIRES  DES  COUPLETS.  cm 
XVI. 


«09.      Dépmi  du  vicomte  pour  CarcMMikM. — VéfAqfMi  d»  Wiiem  ex- 
horte ks  habitants  de  cette  viUe  i  fe  aoumeMie. 

XVII. 

Relittdes  hahitant».  —  L'évèque  quitt»-  la  ville. 

XVJII. 

Lwmée  des  Gnûés  iovettit  Bénen.  ( 3 1  jaitíet.  ) 

XIX. 

MeurUe  d'un  Croise  français.  —  Engng.  fn.  rit  .  nfre  le»  ribauds  de 
Farmée  et  lea  babHants,  qui  abandonnciu  les  murailles. 

XX,  XXI,  XXIL 
Sec  et  incendie  de  Bëiier».  (aa  juillet.) 

xxm. 

J.f5  Croisés  marchent  cfontre  GarcMaonne. —  A  leur  ap|M«elie  le  w- 
comte  appelle  en  oomeii  ace  princiiMaii  dievalien.  {i*«áíll.J 

XXIV. 

p.  Rogera  de  Cabaret  propose  d'attendre  au  lendemain  pour  atia- 
ifuer  lea  Omné^ 


XXV. 

Le  combat  s'engage  au  point  du  jour.  Les  assiégeauU  pai  vienncnt  à 
inoendier  le  bubouig,  et  ^empâtent  de  la  rivière. 

XXVI. 

AnÏTée  du  roi  d'Aragon  au  camp  de»  Croisés. 

* 

XXVII. 

Jl  se  rend  sans  armes  auprès  du  vicomte. 


SOMMAIRES  0E6  CODPLBTS.  ' 


xxvin. 

«91».  1109.      Il  lui  «lire  M  médhtîoD,  que  le-vieoiiil»  iMepte. 

XXIX. 

Vaines  démarches  du  roi  d'Aragon. —  Les  Croisas  ne  vciileni  laisser 
inortir  que  )e  vicomte,  lui  dousièiM.  U  déclare  qu'il  se  défeadra  jusqu'à 
la  dernière  extrémité. 

f  < 

XXX:  '  :  -•  • 

Départ  du  roi  d'Aragon. — Le  siège  est  poussé  avec  viigaeur;  détCMie 
d«a  tMÌ^.  Entrée  .4«  vicomte  avec  l'un  des  dieft  de  ia  CSroiaade. 

XXXI,  xxxn. 

Le  vicomte  se  Luase  conduire  au  camp  dca  Croiaès. 

XXXIU. 

Los  habitants  et  la  garnison  s'échappent  de  la  ville  et  se  dispersent 
— Les  Croisés  sont  maîtres  de  Carcastonne.  (1 5  «ftùi)  —  L'abbé  de  Ci- 
teaux  défend  le  pillage  sous  peine  d'excommunication,  et  propose  d'é> 
lire  un  chef  auquel  on  remettrait  tout  ie  butin. 

XXXIV. 

Les  châteaux  de  Montréal  et  Fanjeaux  se  soumettent  aux  Croisés.  — 
Le  otttute  de  Neven  et  le  comte  de  Saint-Poi  reluaent  succetaivement 
le  commandement  qui  leur  e*t  ofibrt. 

xxxv. 

n  est  accepté  par  Simon,  seigneur  de  Mootfort,  comte  de  Leiccster. 

xxxvi. 

f.es  seigneurs  crot&és  se  retirent,  à  lexception  de  huit  ou  dix  des 
plus  braves. 


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SOHMAIBBS  DES  COUPLETS.  et 


xxxvu. 

m.  iiot).      Simon  envoie  GuHIaume  d'Encontre  à  Béii«»,  Lambert  de  Grécy  i 
Limon,  et  se  réserve  la  garde  de  Garcasaonne. 

xxxvm. 

Le  comte  de  Touloiue  ptéseote  son  jeune  6k  aux  chds  des  Croisés, 
qui.  après  l'avoir  gradeusement  aocueíUi»  s'en  reloumeni  ehea  eus. 

« 

XXXDC. 

Avant  de  se  retirer,  les  Croisés  font  sommer  les  liahîtants  de  Tou- 
louse de  se  soumettre.  Ceux-ci  déclarent  qu'ils  obéiront  au  pape.  — 
Le  comte  de  Toulouse  se  dispose  à  partir  pour  Rome.  Il  envoie  vers 
le  pepe  Raymond  de  Rabealens  et  Fabbé  de  Saint-Audaid  pour  an- 
nonoer  son  arrivée.  (SqKsmirs.) 

XL. 

L'abbé  de  Citcaux  s'cirorcc  vainement  de  dissuader  le  comte  de  ce 
voyage.  —  Mort  du  vicomte  de  I3czicrs.  (  i o  novembre.) 

.  xu. 

Accord  entre  le  comte  de  Foix  et  le  comte  de  Montfort.  —  Révolte 

àr  riirnuft  de  Pepion  contre  Simon  dr  Montfort.  —  Bouchard,  gou- 
verneur de  Saissac,  est  battu  et  prii  par  ceux  de  Cabaret. 

XLn. 

Pèndant  tout  l'hiver  les  afiaires  de  Simon  vont  en  dédînant.  Le 
r<>tour  des  Croisés  les  rétablit  au  printemps. — Voyage  àa  comte  de 
Toulouse. 

XLin. 

laio.       Le  pape  )f>  reçoit  avec  bienveillance  et  lui  donne  l'absolution. 

(  Fin  de janvier.) 

'  Retour  du  eomtc  &  Toulouse.  _Dens  une  entrevue  avec  le  oomic 
<l«  Montfort  et -Fabbé  de  Qteaux  il  concbt  la  paix.  — Uabbé  Arnaud 

0 


evi  SOMUAIAES  DES  COUPLETS. 

Avh  isie.  et  févéque  de  Todoiue  eairaat  dam  cette  ville  et  sont  mii  en  pos- 
sewion  du  château.  NarbonnaJa. 

XLV. 

Entrevue  de  l'abbé  de  Citeaiu  el  du  roi  d'Aragon  à  Portel  (  près 
Muret  )  ;  elle  est  sam  résultat. 

XLVI. 

Vains  efforts  de  Tévèque  de  Toulooae  et  de  Tabbé  de  Ciieaux  pour 
canTertir  les  hérétiques. 

XLvn. 

Dîaaeoaîous  daitt  Toulouse  ,  combats  fréquents  entre  les  habitants 
du  booi^g  et  les  membres  de  la  oonficéiie  instituée  par  févique. 

XLvm. 

xMontfort  assiège  le  cbàteau  de  Minerve.  (  Mcd.) 

xux. 

Ce  château  est  pris  malgré  la  défense  de  Guillaume  de  Minerve  ;  les 
hérétiques  qui  s'y  étaient  renfermés  sont  Uvrés  au  feu.  (  a  a  juUItí,) 

■ 

L. 

• 

Montiort  met  ensuite  le  siège  devant  Penantier,  où  la  comtesse  sa 
femme  vient  le  rejoindre.  — 11  tient  conseil  avec  ses  barons ,  et  prend 
la  résolution  d'assiéger  Termes,  dans  le  comté  de  Nar]>onne. 

U. 

Gnîliaame  d^Eneonlre  est  diaifé  de  (pffder  Garcassonne, 

UI. 

Les  Croisés  se  séparent  dans  la  prairie  de  IVnauiicr.  —  ( iuillaiimc 
cJ  F.nrontre.  Crépin  de  Roquefort,  Simon  le  Saxon  et  don  Gujot  se 
rendent  à  Carcassonne;  llonitfiirt;  avee  le.reste  de  ratméo.  se  dirige 
vers  Tenues. 


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SOMMAIRES  DES  COUPLETS. 


un. 

Un  eùmciéi'tmdbkÈtÊ  de  gttaiM  «nvoyéc*  palr.doii  GuillmHne  part 
de  GwrctMonne  pour  le  Biége  de  Tenuei. 

LI\. 

Les  geas  de  Cabaret,  avertis  par  un  espion,  alU(|uent  le  convoi, 
«OU*  k  comlaile  de  Pierre  Roger.  —  GuiUaame  ùài  prendre  les  eme» 
k  «es  cbeveliefs. 

LV. 

Pienv  Rog^r  et  ses  gens  sont  oomplétenient  battus  par  GuflUiune 
d'Encootre .  et  le  convoi  contipne  sa  route  vers  Tenues. 

LVl. 

Joie  du  comte  de  Montfort  on  apprenant  la  victoire  de  don  Guil- 
laume. —  L'archevAipif  de  Bordeaux  et  une  foule  de  seigneurs  français. 
alleniaiHÌ»  et  provençaux  se  réunissent  au  comte  de  Montfuii  devant 
Tennes.— Le  iiég!e  s*  prolonge  pendent  neuf  mois.' — La  dyssenterie 
se  met  panni  les  assiégés. 

Lvn. 

Les  habitants,  tourmentés  par  cette  maladie,  profiteni  d  une  nuil 
obecure  pour  abandonner  le  dbtteau.  —  Roger  de  Termes  est  fait  pri- 
sonnier. («3  nonemtre.) 

Lvm. 

Les  {dus  forts  châteaux  de  la  contrée ,  notamment  celui  d'Albas , 
sont  abandonné.  ~  Le  comte  de  Toulouse  se  tend  A  Saint-Gilles, 
où  Tabbé  de  Gteaux  tenait  eoncile.  Il  se  retire  sans  avoir  po  s'accorder 
avec  le  l^gal. 

LÎX. 

ï,e  comte  ise  rend  au  concile  de  Nru  boinie,  où  le  roi  d'Aragon  vient 
if  rejoindre  [janvier]  ;  puis  à  un  troisième  concile  dans  la  ville  d'Arles. 
Oiï  veut  lui  imposer  des  conditions  d'une  rigueur  excessive.  —  Indi- 
gnation du  comte  et  du  roi  d'Aragon. 


cviii  SOMMAIRES  DES  COUPLETS. 

iX. 

AM.  i>ti.        eomte  pifeoiurt  le  pi^s  montnint partout  U  Motenoe  prononcée 
contre  liû.  —  Teneur  de  cette  lentenoe. 

LXÏ. 

Tous  les  habita  II  Ls  (UWlarerit  qu'ils  préfèrent  la  nioii  à  île  telles  con- 
ditions. Le  comte  appelle  à  sou  aide  ses  amis  de  l'Albigeois,  du  Béarn 
et  du  Carcassais.  {Février.) 

un. 

Au  oommeneement  dhi  carême,  lei  Groiféi  te  mettent  en  mouve- 
ment, w  VévèqfiB  de  Toolouae  v«  en  France  prêcher  ]a  Croinde. 

LXUI. 

Une  armée  nombreuse  conduite  par  Pierre  de  Courtenay,  comte 
d'Auxerre,  Hohcrt  son  fils,  et  le  chantre  de  Paris,  rntrp  à  Carcassonnr 
et  orcupe  les  onvii  ons.  (  lo  mars.)  —  A  celte  notiveile,  Pierre  Hoger 
de  Cabâi  el  délivre  don  Bouchard  ;  qu'il  retenait  pruonnier,  et  se  i-eaiet , 
lui  et  son  château ,  sous  sa  garde. 

LXIV. 

Don  Boudiard  reçoit  fhommage  de  PSenre  Roger  et  quitM  Cabevet 
avec  de  riches  présent». 

.  LXV. 

Étonnement  et  joie  du  comte  de  Montfort  i  l'arrivée  de  don  Bou^ 
chard. 

LXVl. 

Le  gros  de  l'armée  retourne  4  Gtrcaisonne.  Le  reste  va  prendre 
possession  de  Cabaret. 

LXVII. 

Si^  de  Lavanr. 


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SOMMAIRES  DES  COUPLETS. 


Lxvm. 

Lavaur  est  pris  au  mois  de  mai,  le  jour  de  Saînte-Croni.  (S  mai.) 
Supplice  de  don  Amerigalz,  de  dame  Giraude,  sa  sœur,  et  de 
quatre-vingt*  dieyalien.  PIim  de  quatre  cents  babhaiits  sont  livré»  au 
feu. 

LXIX. 

Débite  de  cinq  mille  Croiaés  alleniands  pKt  le  oonile  de  Fois,  «oui 
les  mars  de  MontJoyre.  {Cet  évéïumeni  nt  «nMisiir  à  ia  prise  ie 

^*"*  LXX. 

Les  Croisés  envoient  contre  Ifi  comte  quatone  niili(>  cavaliers. 
Mais  il  se  retire  á  MiHit-Gaiftcart,  et  les  barons  croisés  reviennent  à 
Lanta. 

LXXL 

Qf  fetoument  ensuite  k  Laivanr. 

Tout  le  bntÎD  ftit  dans  cette  ville  est  donné  en  payement  i  Ray- 
mond de  Salvagnac,  marchand  de  Cahors,  qui  fournissait  l'argent  né 
cessairc  k  la  Croisade. — Pendant  Tannée  les  Croisés  se  rendent  maîtres 
de  tout  le  pys;  Us  assirent  le  château  de  MontÎerraud  que  tenait  le 
comte.  Baudouin ,  frère  du  comte  de  Toijonae. 

LXXOL 


Non»  dea  princîpaïax  dierdien  qui  étaieiit  avee  le  eomie  Bau- 
dooin. 

LXXIV. 

Lies  Croisés  donnent  l'assaut  au  cliàle.iu  de  Montferrand. —  Capitu 
lation  de  Baudouin.  Il  promet  avec  ses  barons  de  ne  plus  porter  les 
ttmea  comm  1«  Gvoânde. 

LXXV. 

Rahastcns,  Gaillac,  Montagut,  la  Garde,  Puy-Celsi,  la  Guépie,  Saint- 
Aotonin  se  soumettent  aux  Croisés,  qui  restent  uiaitres  de  toutl'Albi- 


ex  SOMMAIRES  DES  COUPLETS.* 

«M.  isn.  geois.  {Cmmeneenunt  irr  Jniit.)—- Les  habilants  de  Bniniqiiel  veulent 
brûler  leur  ville;  le  comte  Beudouin  les  en  empèdie. 

LXXVl. 

I.t  >  habitnnts  de  Bniniqiiel.  dctiés  de  leur  serment  de  fidélité  par  le 
roiiitc  (l<  Toiilou.'so,  se  donnent  au  romte  Baudouin.  —  Alliance  de 
rp|iii-ri  avec  le  comte  de  Muntfoil. 

LXXVll. 

Entrevue  du  comte  fionidouin  et  du  comte  de  Toulouie.  Le  oomte 
Raymond  lui  donne  de  nouveau  rautorisation  de  traiter  avec  les  Croi- 
sés- —  An  ivée  dti  comte  de  Bar.  Les  Croisés  marchent  sur  Tpulouie. 

La  riltc  se  prt>|)are  à  une  vigpureuse  réfi}stance.  (  Jtun.) 

LXXVIII. 

Combat  près  du  pont  de  Montaudxan-,  Bertrand,  fds  du  comte  de 
Montfert.  est  bit  priaonnier. 

il//  i 
LXXIX. 

Après  avoir  iorcé  le  pa&sage  du  Ler»„  l'armée,  dei  Croisés  s'a\ance 
vers  Toulouse. 

LXXX. 

Sipgf  de  Toulouíii'  [Juin.) — Li's  comtes  de  Rar  et  de  Chàlons  dojuienl 
uu  premier  as:iaut.  Mort  de  Hayinund  de  (iastelbon. 

LXXXI. 

Hugues  d'Alfiff* sénéchal d*Agen,  et  don  Arces,  son  frère,  s'apprêtent 
k  &ire  une  sortie  malgré  le  comte  de  Toulouse. 

LXXXII. 

Los  i'oulousains  trouvent  les  Croisés  sur  leurs  gardes.  Mort  de  don 
Eu5laclie  de  Caux. 

Lxxxni, 

Vils  rc^ts  causée  par  la  mort  de  don  Eustacbe.  — Après  avoir  p«n- 


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SOMMAIRES  DES  COUPLETS.  cti 

.  dant  quime  joun  ravagé lei  v%iies,  les  Croiaés,  manquant  de  vivre», 
a'appirélent  à  «e  retirer  et  à  muàna  mmin  le  eomte  de  Foii. 

LXXXIV 

Départ  de  MoiUfort  avec  la  plm  grande  partie  des  Croiiîf^.  f-j  g  Juin.) — 
f.p  comte  d'Alen  quitte  la  Croisade.  —  Qualrp-vingt-quatorzc  hrr/'tiqties 
sont  pri»  à  Casser  et  livrés  au  feu.  —  Après  avoir  ravagé  le  pays  de 
Poix,  Montfort  te  rend  A  Rocemedoor,'  et  l'abbé  de  Gteaux  le  ratire  k 
Gabon. 

LXXXV. 

L'abbé  de  Gteau  ei:^;a§ele9  barons  do  pays  et  ceux  de  Provence  à 
ne  point  abandonner  le  comte  de  Montfort. — Hs  parcourent  enaemble 
la  province. 

LXXXVI. 

Lp  comte  se  rend  h  Carcassonnc;  l'abbé  part  pour  Alby. — Le  coiute  ' 
de  'I  uulouse  lève  des  troupes  dans  toute  l'étendue  de  ses  domaines. 

—  Anivée  de  don  Savari  de  Rboléon. 

LXXXVll. 

Tous  les  vassaux  du  comte  de  Toulouse  répondent  à  son  appel.  Une 
armée  formidable  se  rassemble. 

LmVHL 

Cette  année  s'élève  à  plus  de  deux  cent  mille  hoiiunes.  —  Invectives 
et  menaces  detTonlotiSBÌD*  contre  le  eomie  de  Mònifiirt. 

LXXXIX. 

L'armée  toulousaine  se  met  en  marche  vei's  le  Lauraguais.  [SepUmbre.) 

—  Le  comte  de  MoutÎort  fait  de  son  côté  appel  à  tous  les  barons  fran- 
çais, qui  se  hitent  de  lui  obéir. 

\C. 

Entouré  h  Garfassoniie  tle  plus  de  trois  cents  baroni,  le  comte  de 
Montfort  leur  annonce  les  projets  des  Toulousains  et  demande  leur 
avii. 


SOMMAIRES  DES  COUPLETS. 


XCl. 

«im,  1911.     Conseii  donné  par  Hugnet  de  ÏMiey  {  ion  vn»  e»t  adopté. 

XGU. 

Moiitf'oi-t  quitte  Carcassonne  et  va  à  Castdnaudaiy  attendre  le  reste 
de  l'artnòc.  —  Le  comte  de  Toulouse  vient  camper  h  une  demi-lieue 
de  cette  ville  et  en  commence  le  tiége.  {Fin.  de  septembre.  ) 

\C111. 

I.r»  romfc  clf  Moiilfcjrl  riitre  dau5  Castelnaudar}  .  —  Don  Bourhard 
part  dti  Litvam  el  se  rend  à  Castres  et  à  Cai-cassonne,  d'où  il  amène 
au  comte  de  Montfort  un  convoi  ,  considérabie.  Le  comte  de  Foîx  se 
()ri'-pareii  l'attaquer. 

XCIV. 

A  l'apjjroclic  de  i  emicmi  don  Bouchard  exhorte  les  siens. 

xcv. 

Discours  de  Martin  Algai.  —  Réponse  de  don  Boucliard. 

XCVL 

Le  combat  s'engage  près  de  Saint-Martin  les  Rordos.— >Pnmcases 
de  Girand  de  Pepion ,  l'un  des  die^alien  du  comte  de  Foii. 

XCVH. 

Les  Croisés,  don  Bouchard  i  lenr  tète,  'reviennent  à  la  charge.  Ils 
tuent  une  eentaine  de  routiers ,  et  parmi  eux  un  des  fils  du  châtelain  de 
Lavaur. 

xcm 

Malj^ré  les  cflbrts  de  don  Bouchard,  Martin  Algai,  l'évêque  de 
Cahor."»  et  les  hommes  d'armes  s'enfuient  jusqu'il  Fanjenux.  Le  convoi 
tombe  au  pouvoir  des  routiers  qui  ne  songent  plus  qu'à  piller. 


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SOMMAIRES  DES  COUPLETS.  cun 
XCIX. 

Les  bavon»  fiwiçaiR  «e  retirent  iantemept  et  mri  ceiaw  de  com- 
battre. 

C. 

Le  comte  de  Montfort  6ort  de  Castelnaudai'y  p»itr  Moourir  don 

Bouchard. 

CI. 

■  • 

yUa  Tve  de  M  baniuère  la  troupe  du  comte  de  Foix  e&i  frappée 

^  en. 

Lei  iqwtien  fuientéperdiii;  mil*  le  comte  de  Foix  et  quelipiefl  che- 
valÎRe  joirtiennMit  le  choc  de»  «MftOlanu. 

cm. 

La  méiée  continue  avec  grande  etiusion  de  sang.  Les  trois  (ils  du 
difttdain  de  Laveur  loiit  tuée.  —  L*ami^  du  comte  4)e  Toulouse .  qui 
était  restée  coos  le  château ,  soi^e  à  se  retirer.  Don  Savmri  coiqure 
les  Todlouiains  de  ne  pas  lKni({er. 

CIV. 

La  détftitf  ciu  comte  de  Foi\  répand  la  terreur  dam  l'aimée  toulou* 
saine.  —  Fuite  de  ila^moad  de  Hicaut. 

cv"""-': 

Le  rumte  de  MontfÌMrt  et  Joni  «uchard  sapprêient  à  attaquer  le  . 
camp  des  Toulottsaipe,  mais  ils  sont  arrêtés  per  les  fossés  et  les  tranchées. 

CVl. 

Lt:  comte  de  MoiUlort  rentre  d^ns  le  château.  Le  lendemain ,  dès 
la  pointe  dn  jour,  les  Toulousains  se  retirent,  ebendonnant  leurs  ma- 
chines de  guerre* 

GVU. 

Les  Croisés,  bl^ués  du  combat  de  Ut  Teille,  les  Uiasent  partir  sans 

les  inquiéter. 


cm  SOMMAIRES  DES  COUPLETS. 

cvra. 

ua.  1111.     Le  comte  de  Tonlouse  ftit  publier  que  lesCioiaés  ont  été  vuneuc. 

—  Sur  cette  fausse  nouvelle,  Rabastenset  Gaillac  se doRnentilui. — 
Les  habitants  de  Gaillac,  après  s'èlro  fuipari's  du  château  h  nvoir  mas- 
sacré le  baile  du  comte ,  marcbeot  sur  la  Grave.  Dn  mecsager  en  pré- 
vient le  comte  Baudouin. 

CI\. 

Gaillac  est  repris  par  les  Croisés. 

ex. 

A  l'aide  de  la  finuae  nouvdle  qu'il  a  6jt  répandre,  le  comte  Ray- 

>  mond  reprend  Rabastens,  Gaillac,  la  Garde,  Puy-Cclsi,  Saint-Mar- 
rr] .  la  Guépie,  If  rhâtPau  de  Paris,  Saint  Anlonin  et  Montngut.  — 
Ass.  1313.  Mais  en  moins  de  sii  mois  tout  change  do  face  :  le  comte  de  Montlort 
ramène  son  arméci  on  lui  livre  les  Toellcs,  dont  il  exietinine  les  ha- 
bitant»; il  paMe  le  Tarn  à  Alby  et  s'empare  de  Caïuac.  Le  comte 
Baudouin  vient  le  joindre  avec  sa  canralexie. 

CXI. 

Après  être  resté  huit  jotirs  à  Cauzac,  les  Croisés  viennent  assiéger 
Saint-Marcel.  Ils  sont  forces  de  lever  le  siège  la  veille  de  Pâques, 
(a 4  mars.)  Le  comte  Raymond,  qui  étut  à  Montaoben,  ne  profite  paa 
de  cette  occaaioo  ponr  les  attaquer.  ~-  De  nondimix  Croisés  viennent 
augmenter  l'armée  du  comte  de  Montforl. 

CXJl. 

Montferrand,  Casser,  Gaillac,  Rabastens  sont  abandonnes.  Les  ha- 
bitants de  Sainl-Antonin  veulent  d'abord  opposer  quelque  résistance, 
mats  ils  cMent  à  l'approche  des  Croisés,  qui  s'emparent  également, 
«ans  coup  férir,  de  la  Garde  et  de  Puy^d. 

■ 

CXIII. 

Après  avoir  détruit  S.tint-Marcei ,  l'host  des  Croisés  s'empare  en  une 
iiuii  de  Saint-Anloniu  et  saccage  cette  ville. 


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son VAiajSS  DES  COUPLETS. 


CXIV. 

La  garde  de  Saint-Antonio  est  confiée  au  oonie  Bmdoum.  —  Soii- 
musion  de  Montcae.  —  Sià^B  du  chftteau  de  Penne  dTAgeo.  (S  /am.) 

CXV. 

PiMe  du  cbiteau  de  Penne,  (a  5  jaiUet.)  —  Siège  du  château  de 
fiînyi. 

CXVI. 

Prise  du  château  de  Biron.  Supplice  de  Martin  Algai.  Ce  château  et 
tout  le  jyays  sont  remis  5  la  garde  d'Arnaut  de  Moiitagut.  —  Les  Croi- 
sés se  dirigent  vers  Moissac.  —  Arrivée  de  la  comtesse  de  Montfort 
avec  quinze  miUe  hommes.  [Joiit.) 

CWIl. 

EÉfroi  des  haltitanfs  do  Moissar.  Us  se  (lisposent  à  traiter  avec  Mont- 
fort.  Giraud  de  Fepion  et  ses  cavaliers  abandonnent  la  ville. 

Gxvin. 

Conseil  tenu  par  les  Croisés.  La  comteMe  de  MontJbrt  y  assiaie.  Le 
aiëge  de  Moiasac  est  réscrfa. 

CXIX. 

Le  siège  de  Moissac  commence  au  mois  de  septembre.  [Hist.  gén. 
de  Lanŷttitdioe  :  t  h  août.) 

cxx 

Les  assiZ-gcants  et  ies  c«ssÌ('r(''S  se  livrent  de  frf^quenfs  rt  nidos  com- 
bats. Un  des  damoiseaux  du  comte  Baudouin  est  perce  d'une  flèche. 

Le  comte  de  Montfort  &it  prendre  les  armes  à  ses  barons  pour 
prot^r  la  construetioii  de*  madiines  de  guerre. 

CXXT. 

line  gâte  et  un  bossou  tirent  sans  relâche  contre  la  ville.  Les  lin 
bïtants  font  une  sortie.  Le  comte  de  Montfort  est  blessé  et  court  le 
pliu  grud  Jangsr.  Hait  4n  BSTCii  oe  i'archeviêque. 


CKVI 


SOMMAIRES  DES  COUPLETS. 


GXXO. 

Axx.  isi».  Le*  «ttié^  sont  repoosiés  d«M  la  vîHe.  —  Engagenittit  entre  une 
iMDde  de  Grouét  et  le*  halntants  de  Montanban.  A  l'approche  du 
comte  BaodottÎii,  le*  gen*  de  Montauban  prennent  la  fuite. 

Gxxm. 

La  chut»  d'un  énorme  pan  de  mur  force  les  habitanl*  de  Moîimc  A 
•e  rendre.  (8  i^tmin.) 

CXXIV.  • 

Plus  de  troii  ooit*  «mtiem  sont  mû  è  mort.  Les  boui^geois  de 
Moûaac  ce  rachètent  moyennant  cent  marcs  d'or  fin.  —  Soumission  de 
tout  le  pays.  Castcl-Sarrasin  est  donné  à  GuâUume  d'Eucontre, 
Montant  au  comte  Pktudouin,  Verdun -sur  Garonne  i  don  Peirin  de 
Sais^.  —  Les  Croisés  se  dir^ent  vers  Moutaufian. 

cxxv. 

Les  Croûé*  renoncent  ft  faire  le  si^e  de  cette  ville  et  marchent 
sur  Saverdun. 

CXXVI. 

Les  habitant*  de  Saverdun  s'enfuient  à  leur  approche.  —  Toute  la 
(iascogne  leur  est  ouverte.  Sniiit-Cntidens.  Muret,  Samatan.  i'Tslc. 
tout  ht  pays  jusque  vers  Oleron  tombe  en  leur  pouvoir.  Le  château 
de  Foix  .seul  leur  résiste. 

CXXVII. 

;\ssembléc  de  Ramiers.  (Fin  de  naven^re.) — Avantage  remporté  par 
Guillaume  d'Ëncontre  sur  nne  bande  de  miUe  loutiers. 

cxxvin. 

Autre  victoire  remportée  par  le  même  chevalier  sur  les  routiers  qui 
ravageaient  les  environs  d'Âgen. 

CXXIX. 

Dan*  une  autre  rencontre  près  de  Castd-Sattasin  don  Gufflaome 


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i>OMMAlA£â  DES>  COUPLETS.  cwii 

perd  swi  cheval  et  court  1«  plu*  f^nmA  danger.  Les  routicn  «ont  de  nou- 
veau mis  en  fiitte. 

cx\x. 

Éloge  de  Guillaume  d'Encontrc.  —  L  auteut-  rappclliî  le  double  m;»- 
riage  des  deux  comtes  de  Toulouse  avec  les  deux  sœurs  du  roi  d  Ara- 
gon. Ce  prince  te  déd«re  contre  îob  Groiiis. 

CXXXI. 

Le  roi  d'Aragon  convoque  ses  barons  et  lear  annonce  qttfi  a  ré* 
solu  de  secourir  le  comte  son  beau-frère. 

Gxxxn. 

Adhésion  des  hérons  aragonnais. —  Le  comte  de  Toulouse  propose 
aiu  Capitouls  le  siège  de  Pujols.  Les  Toulousains,  assemblés  dans  les 
psé»  de  MontaudraUt  adoptent  cette  proposition. 

cxxxm. 

Puiols  est  investi.  Un  des  Capitouls  propose  de  donner  l'assaut  sur- 
lo.<jiamp. 

CXXXIV. 

Pujols  est  pris  d'assaid  et  la  gamwm  massacrée.  Mais  A  f  approche 
de  Guy  de  Montibrt-r  le  comte  de  Toulouse  se  retire  en  toute  hflie. 

cxxxy. 

Dûuloiir  de  tìuj  de  Montfort.  —  Arrivée  du  roi  d'Aragon  fin 
temhre.  )  il  invite  le  comte  de  Toulouse  à  venir  te  joindre  devant 
Muret. 

CXXXVl. 

Le  comte  de  Tondouse  prévient  les  Capitouls  de  f  arrivée  du  roi  d'A< 
rsigon.  L*armée  toulousaine  se  met  en  marche. 

CXXXVIf. 

Siège  de  Muret.  —  Les  Toulousains  forcent  les  Croisés  à  se  relii'er 
dans  le  dhfttean.  Leur  attaque  précipitée  contrarie  les  projets  du  roi 
d'Ângon. 


SOMIIAIRES  DES  COUPLETS. 


CXXXVJU. 

MU.  iii3.  Sur  l'ordir  des  Capitoull,  les  milices  communales  abandonnent  ta 
ville  et  se  retirent  dans  le  camp.  —  Arrivée  du  lomte  do  Montfort. — 
Couseil  tenu  par  le  roi  d'Âra^oo  et  le*  che&  de  l'armée  touioiuaine. 

CXXXIX. 

Le  ooiucil  e»t  interromini  par  une  eittque  ém  Cnaaè».  Les  Touloo- 
sains,  afNPÒs  les  «voir  repoussés,  se  mettent  à  dloer.  Le  eomle  de 
Montfoit  convoque  tous  ses  bavons  à  la  porte  de  Salas,  afin  de  sur- 
prendre les  Toulousains.  Le  comte  Raudouin  applaudit  à  ce  prcŷet. 
Levê({iie  FoiilqiM-:;  })(  nit  l'armée,  et  Guiflaume  de  la  Barre  la  dispose  en 
UtMS  cqrps  de  batailie.   ,  , 

CXL. 

Bataille  de  Muret.  Mort  du  roi  d'Aragon,  (  i  a  sqOenUfre.  ) 

CXLI. 

Les  débris  de  l'armée  toulousaine  rentrent  à  Toulouse.  —  Simon 
de  Montfort  distribue  i  ses  soldats  k  ridie  bulin  fiiit  sur  l'ennemi.  — 
«ss.  tiiS.  Le  comte  de  Toulouse  et  son  fUs  quittent  cette  viUe.  {Avril,)  —  Accord 
entre  les  habitants  et  Simon  de  Montfort. — Arri\  éc  du  prince  Louis  de 
France. —  La  n^solution  est  prise  de  démanteler  Toulouse  et  de  désar- 
mer tes  habitants. 

CXLIl. 

Retour  du  prince  Louis  k  ta  corn'  de  France.  {Juin.)  Philippe-Au- 
guste appi-pnd  avoc  Froideur  les  succ»s  du  comte  de  Mnnlfort.  — 
Arrivf'(>  a  Koinc  du  roriitp  dp  Tottloii>e  cl  de  son  (ils.  Ils  y  trouvent 
le  comte  de  Foix,  Arnaud  de  V  iUemur,  Herre-Hoger  de  Kabastens  et 
d'autm  barons  cpii  s'apprêtent  &  se  défendre  devant  le  conotte. 

CXUll. 

Concile  de  Latran.  { Commencement  de  novembre.)  —  Dispositions 
bienveillantes  du  jiape  k  Tégard  du  comte  de  Toulouse  et  de  son  jeune 
fils.  ' —  Le  comte  de  Foix  se  lève  pour  parler. 


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son  MAIRES  DES  GODPLETS. 


GXUV. 

Oiicoun  du  oomte  de  Foix.  Le  «wdnHi  légat  témoigne  en  sa 
faveur. 

CXLV. 

Kepoii»e  de  i'évéque  de  Toulouse.  —  Paroles  liaixiies  do  Arnnnd  de 
Villemur.  —  Le  comte  de  Foix  parle  de  nouveau  pour  se  justilier,  et 
attaque  i  son  tour  Févèque  de  Toulovue. 

CXLVI. 

f.(>  comte  de  Foix  continue  de  parler.  —  Diccoura  du  pape.  — 
Kamon  de  Rnrpiefpiiille  le  somme  de  rendre  justice  au  jeune  fiîs  du 
vicomte  df:  iiéíieis.  —  Le  pape  »e  retire  avec  ses  conseillers  intime» 
pour  délili^r. 

cxLvn. 

Les  préfets  piaident  avec  clideur  b  cause  de  l^nioii  de  'Moatfòit. 
—  Résistanoe  du  pape.  —  Héoontentemeiit  général. 

CX1.VIII. 

RemontJ*ances  de  I'évéque  de  Toulouse  îiu  papo.  ~  L  archevOque 
d'Aueh  et  trois  cents  prélats  parlent  dans  le  même  sens.  —  L'archi- 
diacre de  Lyon  prend  la  dtfense  du  comte  de  Toulouse.  —  Décret 
rendu  en  faveur  de  Sinum  de  Mçntfort. 

CXLÎX. 

Regrets  du  pape.  —  Maître  Thédise  parle  en  faveur  de  Simon  de 
Montfort.  • —  Les  prélats  insistent  sm  les  exploits  du  comte.  —  Inno- 
cent parle  longuement  en  laveur  du  jeune  Raymond. 

CL. 

Simon  de  Montfort  csl  dt'rlaré  seigneur  des  pays  conquis.  —  Dis- 
cours de  l'ai-chevèque  Obicin  en  faveur  du  jeune  comte  - — R'  ponse  du 
pape.  —  Discours  de  l'abbé  de  i^auiieu.  —  Innocent  i>  excuse  sur  ies 
exigences-de  M»prâaA».  PrédietioB  relative  à  la  mort  tragique  du  comte 
de  Montfiwt. 


cxx  SOMMAIRES  DES  COUPLETS. 

eu. 

AKt.  iiiy  pj„  ooiMJile.  —  Le  comte  de  Toulouse  et  le  comte  de  Poix 
prennent  congé  du  pape.  —  Discours  du  comte  de  Toulouse.  —  Ré- 
ponse d'Innocent  III.  —  Départ  du  comte.  —  Le  comte  de  Foi»  le 
rejoint  A  Viterbe.  lis  vont  attendre  i  Gênes  ie  jeune  Raymond. 

CUI. 

Séjour  à  Rome  du  jeune  comte.  Paroles  bienveilliintes  du  pape. 
Noble  rc^'ponse  du  Jeune  comle.  Le  pape  le  bénit.  —  Départ  du  jeune 
Raymond.  Il  va  rejoindre  son  père  i  Gènes.  Tous  deux  se  rendent  à 
Maraeille. 

CLIll. 


AJi!l.  I»|(>. 


Anivéo  des  deux  comtes  à  Mai'seille.  On  1  ur  annonce  que  le»  habi- 
tants d' Avignon  les  attendent  avec  impatienrc.  Ils  se  dirigent  vers  cette 
ville.  —  Discours  d'Arnaud  d'Audigiers  au  nom  des  Avignonnais.  Le 
comte  accepte  leurs  oflres  et  retourne  A  Marseflle. 

CLIV. 

Les  deux  comtes  repartent  pour  Avignon.  - —  Conversation  entre  le 
jeune  comte  rt  Guy  de  CavaiUon.  —  Ejithousiasinc  des  habitants  i 
leur  entrée  dans  ia  ville.  —  Trai'f  <  ntre  Raymond  VI  et  le  prince 
d'Orange.  —  Le  jetme  Raymond  parrourt  le  Vciiaissin  et  met  en  dé- 
lense  Pemes ,  .Vlalaucènes,  Baumes  et  plusieurs  autres  châteaux.  — 
Noms  des  ennemis  et  des  partisans  des  deux  comtes. 

CLV. 

Conseil  tenu  entre  les  deux  comtes  et  qudques-uns  de  leurs  che- 
valiers. —  Départ  du  comte  de  Toidouse  pour  TEspagne. 

CL  VI 

Les  habitants  «ie  Heaucaii)-  livroni  leur  ville  au  jetinp  luoiid  — 
LesCroisés,  sous  les  ordres  do  Lambert  de  Limou.  se  retirent  dans  ie 
chAteau.  Us  fimt  une  sortie;  un  combat  acharné  s'engage  dans  les  rues. 


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SOMMAIRES  D£S  COUPLETS. 


CLVII. 

\jps  Croisés  soDt  repouMés  dans  le  château  i  plusîeiin  parient  de 

se  rendre. 

GLVm. 

Les  habitants  de  Beaucaire  élèvent  des  fortifications  autour  du 
cfaftteau.  -~  Douleur  du  comte  de  Monlfort  à  la  uoQTdfo  de  ces  événe- 
mento.  H  mardie  en  tonle  faite  mr  Beeacaire. 

CLIX. 

Le  château  est  investi  de  toutes  parts.  —  Conseil  tenu  par  1  rimbi^  t 
de  Limou.  —  Arrivée  de  Simon  de  Montfort.  [Juillet)  —  Beaucaire 
est  aasi^  tendis      ses  faabilants  assiègent  le  château. 

CLX. 

■Le  comte  de  Montfort  rassemble  on  conseil  trente  de  ses  barons. 
— Proposition  de  don  Akutd.  Reftu  du  comte  de  Montfort. 

CLXI. 

L'armée  des  Croisés  saf^rète  au  combat  —  Discours  du  comte  de 
MontfiirL'^-  Pïépantift  dn  jeune  comte. — Roetans  de  GiariHumières , 

Bertrand  d'Avignon,  Guimud  Adhémar  parlent  tour  à  tour  pour 
exhorter  les  Provenranx.  —  Exploits  du  comte  Simon,  de  don  Aiard, 
de  don  Foncault .  de  Pierre  Mies.  —  Mort  de  Guillaume  de  Beriit.  — 
Retraite  des  Croisés. 

CLxn. 

Conseil  tenu  par  Simon  de  Montfort.  —  Le  double  siège  continue. 
L'abondanee  rl^ne  dans  la  ^le.  Détresse  de  la  garnison  du  ebâteau. — 
Conseil  donné  au  jeune  comte  par  RmuI  Dogua.  —  Le  comte  de 
Montfort  élève  des  machines  de  guerre  qui  drent  sans  rdâdie  sur  la 
ville.  — Noms  de  ^usieurs  chevaliers  qui  arrivent  au  secours  de  Beau»» 
caire. 

CLXni. 

Conseil  tenu  par  le  jeune  comte.  —  Proposition  de  don  Dragouet. 


Gxsii  SOHMAIBBS  DES  COUPLETS. 

«Mi.  111«.  Me  est  mise  4  o^cutioii. — Discours  de  Richard  de  Geron  et  de 
Raymond  de  Rabastens.  Signaui  de  détresse  du  diâteam. — Arrivée 
des  Maweiliaîs  ag  sacoma  de  Beaucaire. 

CLXIV. 

Les  Croisés  prennent  les  annes.  —  Attaque  da  château  par  les  habi- 
tants de  Beaucaire.  Expédients  des  assiégés  pour  détruire  le  bélier  et 
repousser  les  mineurs;  fnais ,  écrasés  par  les  pienien  des  assiégeants. 
3s  fiNH  de  nouveaux  signaux  de  détresse.  —  Le  comte  de  Monifort  or- 
donne une  attaque  générale.  Ceux  du  château  font  une  sortie  pour 
le  aecoader. 

CIAV. 

Après  un  coiobat  achanié.  le  diamp  de  bataiUe  6nit  par  rester  aux 
habitants  de  Beaucaire. 

CLXVI 

Douleur  du  comte  Simon.  Don  Alard  de  Roussi  essaye  de  le  dis- 
traire. —  Les  habitants  de  Beaucaire  élèvent  de  nouvelles  fortifica- 
tioas.  —  Lambert  de  Limou .  réduit  à  la  dernière  extrémité ,  tient  con- 
seil avec  ses  compagnons.  Proposition  desespérée  de  GuiUaiune  de  la 
Motte.  Offire  de  B.  de  Bochemaure.  Raynier  de  Ghauderon  propose  de 
tenter  une  dernière  sortie.  Cet  avis  est  adopté. 

CLXVII.  ■  • 

Sortie  de  la  garimon  du  diáteau.  Mort  de  don  Philippou  — -  Les 
Gvoiséa  attaquent  la  v3k.—  Le  jeune  comte  de  Tovlouae  mnrn  pour 
les  combattre.  ~  Discours  et  faits  d'armes  des  prineipaux  dieb.  —  La 
nuit  sépare  les  combattants. 

CLXVIII. 

Conseil  tenu  par  Simon  de  Monlfoit  —  Proposition  de  don  Fou- 
catilt;  elle  est  adoptée. —  Projot-s  du  romie  de  Montfort  contre  Tou- 
louse, s'il  est  forcé  de  lever  le  siège  de  Bcaucairv. 

CLXIX. 

Réponse  ironique  de  Hugues  de  Lasey,  — Paroles  de  don  Alard,  de 
don  (iuy  de  Lerm.  —  Tentative  inutile  des  Croisés  pour  surprendre 
Beaucaire. 


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SOllMAiKES  DES  COUPLETS. 


GL3DL 

Aini.  1  >  k6.     Nonvemi  eomefl  tenn  par  Simon  de  Moatfert.  Un  homme  échappé 
du  efalteau  vient  lui  exposer  la  détreaae  de  aes  gens.  —  Capitulation 

condue  entre  le  comte  de  Montfort  et  le  jeune  comte  de  Toulouse , 
^ar  fVntroniisp  dp  don  Dngonet.  Le  «Mge  de  Beeucaife  est  levé. 

^Commencement  d^a<Mt.) 

CLXXI. 

Le  comte  de  Mnntfort  dirige  toutes  ses  forces  sur  Toulouse.  (Sep- 
tembre. )  —  l'nc  deputa'iion  des  principaux  habitants  vient  à  sa  ren- 
contre. —  n  les  accable  de  reproches  et  les  fait  emprisonner. 

CLxm 

Cenieib  de  démenée  donnéa  par  Guy  de  BkntfiHrt  et  M*  Robert. 

L'évêque  de  ToideoM  et  l'abbé  de  Saint-Semin  engagent  ]ea  habi- 
tants à  la  soumission.  —  Us  vont  au-devant  du  comte,  mais,  avertis 
du  sort  qui  les  attend ,  ils  se  hâtent  de  rentrer  dans  la  ville.  —  Le 
pillage  commence  et  eiLcile  un  soulèvement  général.  —  Retraite  du 
comte  .Gv^  et  de  «es  troupes.  Montfint  ordonne  de  mettre  le  feu 
à  fai  vflle.  Le$  Grot^  ae  fortifient  dans  f^lise,  la  tour  de  Maacaron 
et  révèehé.  —  Le»  ToidouMins  m  reiranehent  dans  leurs  quartiers. 

CLXxin. 

Malgré  1  mcendie  ,  les  Toulousains  assiègent  les  Croisés  dans  le 
palais  du  comte  de  Comminges.  —  Simon  de  Mouiiurt  tente ,  de  son 
eôié,  phaieurs  attaques.  —  La  nuit  sépare  les  oomhattants.  —  Mont- 
fint se  relire  dans  le  château  Narbonnaii,  et  déclare  i  ses  prisonnien 
qu'ib  vont  être  mis  à  mort.  — Eflbrts  de  l'évt^quc  de  Toulouse  pour 
«  persuader  aux  habitants  de  se  ioometire.  Il  les  engage  à  se  rendre  le 
lendemain  á  Villeneuve. 

CLXm 

Assemblée  des  'l'oulousains  dans  le  palais  communal.  —  Discours 
de  1  abbé  de  Saint-Sernin  et  de  M*  Robert.  Don  Aimeric  est  seid  exehx 
du  paadon  généiri.— Lee  Tenbasaiw  se  rendent  à  Vâleneave. 


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SGÌIMAIRES  DES  COUPLETS. 


GLXXV. 

Mm.  111«,     Dîflcours  de  l'évique  de  ÝûuUNne.  B  conduit  1m  fiabifantt  ven  le 
comte  de  Montfort 

CLXXVI. 

Le  comte  rcroif  !r»s  Toulousains  avec  dureté.  Conditions  qxi'il  leur 
impose.  —  Conseil  tenu  pour  décider  du  soit  de  Toulouse.  —  Opinion 
des  principaux  chefs.  —  Simon  déclare  qu'il  se  conduira  d'après  l'avis 
de  don  Lucas  et  de  l'évêque.  U  se  relire  avec  eux  pour  en  délibérer. 
— DiscouFB  de  don  Lttca«  et  de  l'évêque. 

CLXXVII. 

Le  comte  déclare  qu'il  est  détcrnaiiiè  à  détruire  Toulouse.  —  Dis- 
cours de  Thibaut,  de  Guy  de  Montfort,  de  Féris  et  de  don  Foucault. 
—  Aimerie  et  un  grand  nombre  de  barons  quittent  Toulouse.  —  Mont- 
fort fiât  prendre  dans  la  vflle  deux  mille  otages.  -^Let  barons  et  les  príìi- 
dpaux  bourgeois  sont  réunis  par  ses  ordres  à  Saint^Piene  de  Cuixines 
pour  entendre  leur  sentence. 

GLXXVm. 

Désarmement  des  habitants  de  Toulouse. — Guy  de  Lévis dffliande 
la  destruction  de  la  ville.  —  Montfort  préfère  exiger  le  payement  im- 
médiat d'une  somme  considérable.  —  Les  otages,  traînés  hors  de  la 
ville,  périssent  de  misère.  —  La  ville  est  démantelée. 

GLXm. 

Destmction  de  toutes  les  fortifications. — On  accable  les  otages  de 

mauvais  tiailetncnts.  —  Conseil  secret  tenu  par  le  comte  de  Montfort 
dans  le  i  liàtcau  Narl)oiinaÌ5."Notiv<'aiix  projçt"î  de  pillage  et  d'inrcndie. 
Discours  de  Thibaut ,  de  don  Alard,  de  don  Guy  et  de  i'cvèque.  —  Le» 
sergents  du  comte  de  Montfort  se  mettent  à  lever  les  taxes  en  com- 
mettant toute  sorte  de  violences.  —  Départ  du  comte  pour  la  Gas- 
cogne, [i*  novembn,) 

GUiXX 

Le  comte  de  Montfort  marie  Guy,  son  lils  puiné,  avec  PétroniHe  de 
Comnúnges,  héritière  du  comté  de  fiigori»  (  6  novembre  ).  —  De  re- 


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SOMMAIHES  DES  COUPLETS.  ,.xxv 
tour  à  Toulouse,  il  continue  ses  exactions.  —  Siógc  et  prise  de  Motit 
grenier.  {6  fémùr —  a  A  mari.) —  Mort  de  Bazet  de  Montpezat.  — 
Dtttmetkm  de  Bernls.  —  Frite  de'  k  BMdde.  —  Ac«onI  oondu  entre 
le  comte  de  Ifoatfert  et  don  DragoneL  —  H  se  Immille  avec  don  Adhé- 
mar  et  paue  le  Rhône.  entre  à  Monteil.  —  Priie  de  Crest  en 
Daupliiné.  —  L'évêque  de  Die  lui  livre  le  château  de  cette  ville.  —  Le 
jeune  comte  de  Touiousf  s'apprôtc  à  le  combatti-e.  —  Le  comte  Ray- 
mond se  rend  auprès  du  comte  de  Coniminges. 

GUCXXI.' 

4  fient  conien  avec  ses  amis  et  leur  expose  ses  projets.  On  l  enuaue 
rteparer  de  T<fidonie.  [p  mrVM  nir  cette  vi&e. — Rencontre  de 
à^garRejm 

H  u  'iMt^u  cjjyjjm^    ....  .:,>  .. , 

i!  Jilteti  viennent  aux  mains.  —  Prouesses  de  Roger  de  Montant  et' de 
Roger  d*/Vspel.  —  Mort  d'Aiinar  de  la  Besse  et  de  Richard  Comardon. 
—  Don  .loris  et  les  siens  prennent  la  fuite.  Le  roiDtr'  (].•  T.mlonN'-  ar- 
rive sur  le  lieu  de  l'aclion.  —  Prévenus  de  son  approclic,  les  roulou- 
iMHlTi]|iî<)enff!Nent  ilugae»  fjopUfet^  limf»  Beriiier.  — -  Entrée jdu 
e«liM^;di|t  Toidùú$e  {iZ  400mhni)^,r~  Lee;babi«wil». attaquent  btf 

.      ./.1  .  ■.  CLXxxm. 

Massacre  des  Croisés.  — CSeux  qiû  échappent  se  réfugient  dans  le 

château  Narbonnais.  —  La  comtesse  de  Montfort  envoie  en  toute  hflte 

un  messager  au  comte  do  Montfort.  —  Pn-parafifs  des  hahitants.  Con- 
seil tenu  par  le  comte  Ka^mund.  —  Arrivée  de  Guj  de  Monfort. 

Gtmiv. 

Guy  de  Montfort,  don  Guyot,  don  Foucault,  don  Alard  avec  une 
treize  nomluense  p^itrent  dans  k  ville  et  y  mettent  le  feu.  —  Les 
Tonbusains  parviennent  à  ae  rendre  mahres  de  f  incendie.  —  Exploits 
de  Roger  Bernard.  —  Les  Croiaés  sont  rejetés  hon  de  k  vflk.  — 
Plaintes  de  don  Alaid. 


SOMÌIAIBBS  MS  Goopurrs. 


CLXXXV. 

lan,  1117.  Les  barons  français  tiennent  conseil.  ^  Discours  de  don  Foucault 
et  du  comte  Guy.  —  Un  messager  est  envoyé  pour  demander  des  ren- 
forts à  l'apçhçvèque  d  Auch.  — Dt|  sou  côte,  ie  comte  de  Toulouse 

au  comte  SnnoiL 

CLXXXVI 

Conversation  entre  le  comte  Simon  et  le  messager.  Le  comte  lui 
défend  sous  |>eine  de  mort  de  publier  les  nouvelles  qu'il  vient  d'ap- 
porter. -  DÎMimilklioa 

avec  Adhémar  de  Poitiàn'cAovdoane  ^injimètement  le  départ— 1« 

bruit  de  l'cntrcc  du  comte  Raymond  dans  Toulouse  commence  à  se 

répandre.  Allégresse  dans  tout  le  pay.s.  —  Le  comte  de  Monlfort  se 
dirige  sur  Toulouse,  enseignes  déployées.  Le  cardinal  légal  i'exoite 
contre  le  comte  Rajmond  et  ses  partisans.  [Fin  de  septembre.  ) 

EntreTue  de  Guy  et  de  Simon  de  Montfort  —  Reproches  de  Simon. 
Don  Guy  el  A»  Aiwdhu  répondent.  Arrivée  de  l'évAqiie ,  de  l'arche- 
vêque et  des  principaux  barons.  —  Le  cardinal  légat  evliorte  les  Ooisés 
à  tout  massacrer  dans  I  oulouse.  —  Préparatifs  du  combat.  Les  Croisés 
s'avanoent  pçgc  donner  rasoawt..  , 

■  CLXXXvin. 

L'abbé  de  Saint-Semin.  le  prévôt,  l'évêque  de  Toulouse  et  les 
autres  ficrrs  invo(|uent  le  ciel  en  laveur  de  Simon  de  Montfort.  —  Le 
combat  s'engage  sur  tous  les  point».  Biort  dlmbertdu  Goupil.  Le  comte 
de  Comminges  blesse  «f un  coup  d'ariulète  Guy  de  Bfontfiwt.  —  Re- 
toute  des  Groiiés.  Dooleùr  du  ôointe  Smon.  — Joie  de»  barons  de 
GàKogpe  qui  n'amient  maidié  qu*!  regret  ooiilre  Todoine. 

CLXXXIX. 

Sinu»  ordonne  aux  médedos  de  secourir  les  Meisée.  Le  cardinil 


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SOMMAIRES  D£S  COUPLETS,  cxxm 

âiH.  1117.  et  les  dercs  font  ensevelir  les  morts.  — ConseU  tenu  dans  le  châleta 
Narbonnais  en  présence  de  Guy  do  Montfort.  —  Plaintes  du  comte 
Simon.  —  Reproches  de  don  Alard.  Avis  de  don  Gervnis  -—Don 
Foucault  propose  de  bâtir  mie  nouvelle  Toulouse  et  de  reduife  les 
Uêii§i*  par  1«  lamine.  Gooseil  donné  par  révéque.  —  Mont&rt  se 
ékiâ»  A  éHPàw  1»  âáf»  inr  Ict  àtmx  mea  4e  h  CSantnm. 

GXa 

Le  cardinid,  l'abbé,  féréqne,  le  prieur  et  le  Ugai,  se  prépares!  A 
aHer  de  nouveau  prêrher  )a  Croisade.  —  I/arcJievèque  d'Auch  promet 
de  prompts  secours.  —  Le  comte  de  Montfort  déplore  sa  mnti'  sise 
fortune.  —  Nouveaux  reproches  do  don  Alard.  Réponse  du  comte. 
Fardes  è»  févêquA  de  TouloiiM.  —  Montfort  appelle  tous  ses  feuda- 
tijref  A  «on  aide. — Il  s'occupe  d'augmenter  les  fortifications  du  ehi- 
leau  Narboimaia  et  de  h  ville  âerée  par  les  assiégeants.  —  D  plaie 
ia  Garonne  avec  la  moitié  de  ses  troupes.  —  Le  comte  de  Toulouse 
rentre  dans  la  ville  par  Saint-Siihran.  —  Les  archers  toulou.sains  ne 
laissent  aucun  repos  aux  Croisés.  —  Allé|,'resse  causée  par  l'ar^  ivi  c  rlu 
comte  de  Foix  et  de  don  Dalmace.  —  Les  assiégeants  prennent  les 
armes. — Robert  de  Beaumont  annonce  sa  eomte  de  Montlbrt  f  ar- 
rivée dn  comte  de  FoÈt.  —  Mmtlwt  est  résolu  à  livrer  batuife.  Les 
Croisés  s'y  refusent.  Doléances  du  comte  de  Montfort.  —  Sortie  des 
Toulousains. — Les  Croisés  lèvent  à  la  hâte  le  siège  placé  de  fatitre 
côté  de  la  Garonne.  —  Montfort  protège  la  retraite.  Confu.sîon  an  pas- 
sage de  la  ^ivi^^p.  —  Vain?  efforts  dn  comte  de  Montfort.  il  perd  son 
cheval  et  manque  de  se  noyer.  H  se  retire  à  Mui'et,  d'où  il  se  rend 
au  diâteau  Naibonnais.. —  Le  comte  de  Toulouse  réunit  en  eonsefl 
ses  barons  et  ses  amis. 

CXQ. . 

Le  eonaeil  se  tisat  «u  petit  Seinl-Semin.  -^Nonv  des  priacÎ|Mnit 

sngneurs  qai  y  awisicwt.—  Discours  du  comte  de  Toulouse,  du  conte 

de  Comminges  ,  dn  comte  de  Foix  ,  de  Dalmace  di-  Crcisseil ,  de  Roger 
Bernard,  du  docteur  M*  Bernard.  —  Amaïul  He  Montaignl  s'offre  p»ur 
sHer  chcreber  les  cavaliers  que  les  Capitouls  ont  pris  à  leur  solde.  — 
Le  eonscii  ae  sépare. 


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cxxm  .SOMMAIRES  DES  COUPLETS. 


GXGU. 

m.  Lef  Touloiuttn»  s'occupent  avec  ardevr  i  fortifier  leur  ville,  et'i 

roiistniire  des  machines  de  guerre  contre  le  château  Narbonnats.  — 
[jO  champ  de  Montolicn  est  \a  Vice  oh  \cs  deux  partis  îti  viennent 
aux  mains  tous  les  jours.  —  Le  comtf  de  Toulouse  sort  au-devant  du 
comte  de  Foix.  —  Don  Bcrangcr  et  Ârsiii  de  Montesquieu  viennent  au 
secours  de  la  viUe. — GonseB  tenu  par  le  comte  de  Hontfert.  —  Dis- 
du  comte,  de  l'érCque  deTonlouie,  de  Robert  de  Piqaemy,  de 
Qwf  de  Lévis.  CduMi  pnpoee  de-aurpendre  la  vffle  an  milieu  de:)a 
nuit.  Gel  avis  est  adopté. 

CXQIL 

Le  comte  deMontfbrl  donne  les  ordres  nécessaires.  —  LesToulou- 

saias  surpris  prennent  les  armes  à  la  hâte  sous  les  ordres  de  Bernard  de 
Conmiinges.  —  Noms  des  chefs  qui  eonduiseul  les  Croisés.  —  Leur  at- 
taque est  re|»oussée.  —  Les  Toulousains  ies  poursuivent  hors  de  la  ville. 
Conseil  tenu  par  Fèvèque,  le  cardind  et  le  comte  de  Montfort. 

GXGIV. 

Il  est  décidé  que  le  comte  envem  demander  des  seooins  au  roî  d^e 
France. — Départ  de  la  comtene  de  Monifort  acwmpagnée  de  révêque 

et  dé  pluucurs  i^oigueurs.  —  Dou  Bernard  de  Conuninges  quitte  Tou- 
louse pour  aller  en  (iasco^e  raviver  la  guerre  contre  Jorb.  —  Les 
combats  continuent  dans  le  champ  de  Montolicu.  —  Arrivée  de  don 
Pelfort  au  secours  de  Toulouse  —  Les  deux  partis  épuisés  prennent 
quelque  repos. 

CXGV. 

Conseil  tenu  par  ie  comte  de  Montfort.  Discours  du  comte.  Le  car- 
dind  lui  fiiit  «epérer  de  prompu  accours.  •^R^ioQfle  de  Robert  de 
Beanmont  ^  Les  Toulonaains  attaquent  le  cunp  des  Groiaéa.  Mort 

d'Armand  Chahreuil.  —  Les  Toulousains  sont  repoussés  et  poursuivis 
jusque  dans  la  ville.  —  Hugues  de  la  Motte  arrête  les  fuyards.  Le  combat 

recommence  avec  acharnement.  Exploits  dc$  principaux  chefs  dans  les 
deux  partis.  —  Mort  de  GuiUaume-Pierre  de  Mouron. — Loup  de  Foi^ 


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SOUMAIRfiS  D£$  COUPLETS.  ' 

M*,  iifj.  et  m  geánÁ  nmnfara  da  baron*  Mmt  UeMéi.  —  L'aTUilag»  v«te  am 
Toiiloamiw.  —  Dinikur  et  jlnutai  du  oomla  Swum* 

CXCVI. 

AM.  lai-s.  Actions  de  grâces  et  protcssioa  de  foi  des  habitants  de  Toulotise.  — 
Le  comte  et  le  cardinal  font  ooiutniire  des  machines  de  guerre.— •Re- 
tour da  la  comtesse  de  Montfoft  et  de  l'évêque  avee  un  r«foirt  di»  cent 
laiUe  Ii99o*iea^( Jfaî.)  ^L«  TaékNHanis  s'amwat  à  la  faite.^fiîs' 
cours  du  comte  de  MoiHlfort^B;ireiit  ^gt/t  sor-l^ohanpioii  iavastÌMe  la 
liitkt/ifttoiu  l^oôlé*.^Miniiiira»ileUpi^  . 

•  t-i.t        i-.    ■        -.  ■     ■        '-.<  ,u    fi    .   -'.    .  •        •    ■■  ■  . 

cxcVii. 

_  .Les  Ciruúés  &'i^tal>lÌ5sent  dans  la  ville  nouvelle.  —  Conseil  tenu  par 
lAtilwMDi  de  Toidaïue.  «~  Discoui*  de  Roger  Bernard,  de  Dalmace 
de  GroMeil,  de  don  Pelftrt.  —  La  jr^olutioii^eitpciaeid'aiignaeiilarles 
lortificatioiu.  —  Arrivée  d'Arnaud  de  Villemur.  —  Montfort  propose  de 
mettre  un  second  siège  de  l'autre  côté  de  la  rivière.  —  Une  partie  des 
Croisés  passe  la  Garonne  vers  Muret.  —  Les  Toulousains  leur  opposent 
un<'  partie  de  leurs  forces  sous  les  ordres  de  Roger  Bemai'd.  —  At- 
taque uiiructueuse  dirigée  par  les  Croisés  du  côté  de  Saint-Suhran. 
•~.Le  comte  de  Montfoirt  dëfdore  aa  mauvaiaa  lurtnne.  B^Mmae  de 
Gautí^  de  la  Betone. — Les  Gvoiaéa  reeutent  knr  camp  d'una  demi- 
lieue. 

CXCVID. 

Les  Toulousains  font  jouer  leurs  machines  de  guerre  contre  le 
riiAtnsu  Narbonnais  et  la  tour  Ferrandc.  ■ — ■  Débordement  de  la  Ga- 
ronne. —  Deux  tours  se  trouvent  sépai  ées  de  la  \  ilic  —  Le  comte 
de  Montfort  en  coiumence  le  siège.  — Les  Toulousains  tiennent  cou- 
*eil.-~  P'roueeae  de  P^ron.  Domingo,  écuyer  espagnol.— Leâ  tours 
sont  ravitaillées.  —  Teutalhre  infructueuse  de  Hnijuea  de  la  Motte. 
Le  comte  de  MootftMrt  s'empara  de  Pone  des  bnin. 

C.\Q\. 

.  Combats  continuels  entre  les  archers  et  les  bateliers  des  deux  par- 
tis. —  Bernard  de  Gasnac ,  Raymond  de  Vaux  et  Voisin  de  la  Motte 


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ctts  SOMMAIRES  DfiS  COUPLBTa 

Ma.  itiS.  anivent  au  «eeonn  de  ToalouM.*>— Allégreoie  dans  la  vflle.  —^^ Con- 
seil secret  lenu  psr  le  oomte  de  Montfbrt, — Les  Croisés  se  prépwent 
ik  rav^jer  les  T%nes.  — -  Gooilwt  duis  1«  grande  pièce  devint  Seinl- 
Souveur. 

ce. 

Nocns  des  principaui  chevaliers  croisés.  —  Les  Toulousains  les 
reçoivent  de  pied  ferme.  — ~  Noms  de  cenx  de  leurs  barons  qui  com- 
battent an  fvemier  nng.  —  Lutte  sengteme  autour  du  oovps  de  GuS- 
laume  Cauderon ,  tué  dans  les  vignes  par  les  Toulousains.  —  Eii^oils 

de  Sicard  de  Montant.  —  l'nctronpf»  de  Bretons  et  Brabantins  fait  xmc 
tentative  infructueuse  pour  incendier  l,i  ville.  —  I^e  c  infi^  Raviiiond 
rentre  dans  Toulouse.  —  Conseil  tenu  par  Simon  de  MuutiorL  11  pro- 
pose de  coustroire  une  gâte  d'une  dimension  et  d'une  force  extraordi- 
naites.  — Exhortation*  du  cardinal.     Arâvée  du  comte  de  Soissons. 

ca. 

Entrevue  du  comte  de  Montfort  et  du  comte  de  Soissons.  —  Kntrée 
du  jeune  Raymond  dans  Toulouse.  —  L  onseigne  du  oomfo  de  Mont- 
fort,  plantée  sur  la  tour  dont  il  s  était  emparé,  tombe  dans  la  rivière. 
-~  Joie  des  Toulousains.  Cinq  mille  d'entre  eux  font  une  sortie. — Don 
Joris  apprend  au  comte  de  Montiiart  ce  qui  se  passe.  — Dtsconrs  de 
Simon  de  Montfort 

Gcn. 

La  seconde  tour  tombe  au  pouvoir  du  comte  de  Montfort,  qui  est 
bientôt  obligé  de  l'abandonner.  —  Les  Toulousains ,  maîtres  de  la 
rivière,  ravitrull«  ni  lourville.  — Un  parti  de  Thiois  et  de  Brahinrons 
à  la  solde  de  1  Oulouse  fait  une  sortie.  Les  Croisés  repoussés  sont  cul- 
butés dans  la  rivière.  —  Reproches  de  Simon  de  Montfort.  —  Conseil 
tenu  dans  le  «diáteau  ^íaibonnaîs.  Dísoours  du  oomte  de  Montfiwt. 
Réponse  du  comte  de  Soissons.  Montfort  rejelte-ses  avis. 

GGDI. 

Disenssion  entre  don  Amaurj  et  le  cardinal  légat.  — Le  conseil  se 
sépare  au  point  dv  jour.  --Le  oomte  de  MontiÎMrt  £iit  mettre  la  gale 


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4 


SOliM AIBES  DES  COUPLETS.  cxx» 

Mp.  itiS.  en  mottvtneiit  L»  •táégfi»  parvienneni  è  h  htker  «n  initie.  —  Lm 
GroWs  prennent  la  fuite  et  sont  ramenés  par  le  conrta  de  Momtlbit. 

—  Conseil  tenu  au  Capiiole  par  le  comte  de  Toulouse  et  ses  barons. 
Discours  du  comte  de  Comminges,  de  Roger  Bernard,  de  Bernard 
de  Casnac,  d'Ëstoul  de  Linar,  de  Didmace  de  CreÎMeil.— Les  «saiégés 
redoublent  d'ardeur. 

CCIV. 

Le  comte  de  Monlfbrt  bit  avancer  ia  geta  «pill  a  garnie  de  ses 
meilleara  aoldats.  —  Les  assiégés  lancent  contre  «He  d'énomea  blocs 

de  pierre  qui  la  font  voler  en  éclats.  —  Douleur  et  plaintes  du  oomtp. 

—  P'oulques  Fetigage  à  abandonner  la  gâte.  —  Serment  du  cointe  de 
MouUurt.  —  Un  conseil  général  des  magistrats .  des  chevaliers  ot  des 
prioc^WK  botti|geoiÎ8  de  Toolouae  eat  conmiqué. — Diaronn'de  maître 
Bernard.  — Ut.  réaolutîon  eat  priae  de  brAicr  la  gâte. 

ccv. 

Arnaud  de  ViUemur  fait  une  sortie.  —  Discours  de  Bernard  de  Cas- 
nac.  Armand  de  Lomagne  exhorte  les  Toulousains.  —  Noms  de  leurs 
prindpBux  dievaliera.  «->Let  Croisé»  «ont  repouiaéa.  —  Le  comlnt 
oontiaue  aur  la  rivière  et  dans  le  champ  de  Montoliett. — Un  messager 

vient  annoncer  au  comte  de  Montfort  la  défaite  des  Croisés  et  ia  mort 
de  plusieurs  rhevaliers.  —  Douleur  du  comte.  Prière  q^u'il  adresse  à 
Dieu.  —  Il  concentre  toutes  ses  forces  à  Montolieu.  Soixante  mille 
hommes  s  y  réunissent.  —  A  la  vue  de  celte  multitude ,  les  Toulousains 
s'époonnaitent  et  prennent  la  fiiite;  mais  bientôt  ila  ae  laflaiirent  et  te 
combat  recommence. Le  eomte  Guy  eat  grièvement  blessé.  —  Le 
comte  de  Montfort  se  rend  près  de  bsi.— B  est  frappé  à  la  tête  d'un 
coup  de  pierre  qui  le  renverse  mort.  (  î  5  jain.  )  —  On  essaye  en  vain 
de  cacher  cet  ('•vi^nementl —  Douleur  et  murmures  des  Croisés.  Allé- 
gresse des  Tuuloubâiiis.  —  Les  Français  lèvent  à  la  hâte  le  siège  place 
de  l'autre  côté  de  la  Garonne.  Les  Toulousains  font  plusieurs  prison- 
niers.    Mort  de  don  Aimerie. 

CCVI. 

Les  Toulousains  vont  mettre  le  feu  à  la  gale.  —  Les  réjouissances  du' 
rent  dans  la  ville  pendant  tonte  la  nuit  ci  tout  le  jour.— Conieft  tenu  par 

r. 


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cxxzii  SOMMAIRES  DES  COUPLETS. 


.  Je  cardiual,  l'évèque,  labbé  et  les  principaux  chefs  des  Croises.  — 
Diacoun  dn  cardinal. — L'évèque  d«  Toidouse  propòM  de  demander  le 
oanonÎBation  de  Simon  de  Monifint.  Le  comté  de  Soïmous    oppoee. — 

Don  Amaury  ,  fils  aîné  de  Simon  de  Montfort ,  reçoit  le  titre  de  rorate 
et  est  proclamé  chef  d(i  la  Croisatlf .  —  Le  jeune  comte  RftjniiOnd  »à 
prendre  possession  de  l'Jsle,  que  lui  remet.fieniard  Jordan. 

ccvn. 

Vaine  tentative  de*  Gnnsie  . pour  surprendre  Toulonte.  Ba  aout  re-  ■ 
pouaaée  et  pomiamvîi  joaqu'aïut  porlea  de  leur  camp.— -1«  nuit  sépare 

lea  combattants.  —  Ds  restent  (pielque  temps  sans  en  venir  aux  mains. 

—  Conseil  secret  tenu  par  les  Croisf'^s.  —  Guy  de  Montibrl  propose  de 
lever  le  siège.  Reiîis  du  comte  Auiaury.  Discours  de  don  Alard.  Pa- 
roles de  l'évoque  et  du  cardinal.  Les  Croisés  lèvent  le  si^e  (aS  jaittel], 
et  mettent  le  feu  en  ae  retirant  à  leora  eonstraeliona  et  au  diâteau 
Narboniiaia. — Les  TouUrasaina  parviennent  &  étdndre  l'incendie. 

ccvin. 

Le  corps  du  comtr  dr  Montftirt  pst  transporté  ^  Carcassonne  et 
enseveli  dans  l'é>ilise  de  .Siiinl-Nazaire;  son  épitxiplic.  —  Assemblée  gé- 
nérale des  barons  croisés.  —  Amaury  de  Montfort  réc  lame  leur  aide. 
Diacom»  du  cardinal,  de  l'évèque  de  Toidouae  et  du  comte  de  Soû- 
aona.  Réponse  du  cardinal.  —  Au  ]Hnntemps  la  guerre 'recommence. 

—  Le  jeune  Raymond  occupe  Condom ,  Marmande  et  Clairac  ;  il  s'em- 
pare d'Aiguiflon.  —  Guerre  entre  Remard  de  Gomminfes  et  Sarìa, 

CCIX. 

Joris  pnfrr  i'i  Saint  («aiulrns. —  Bernard  envoie  diniandcr  des  se- 
cours au  comte  de  Toulouse.  Ketraite  de  don  Joris.  —  Bernard  ie  pour- 
suit, sana  l'atteindre ,  jusqu'à  Saint-Félix,  ob  H  tioit  conseil.  —  Avia 
de  Hinart  de  Puntîs  et  de  don  Marestang.  —  Nouveau  conseil  tenu  á . 

Palnior  par  don  Remard.  — Discours  d'Othon  de  Saînt-Réat,  deRamo< 

net  d' As|)el .  de  don  Espancl,  de  Bernaixl  de  Comminges.  —  Les  arm(^ps 
i>ont  en  présence  sous  les  miir<s  âc  la  >îilha.  —  Lfi  Crois»^s  sont  attaqués 
(i  forcés  dans  leurs  retrancbenirnts.  —  l>on  Joris  est  fait  prisonnier.  " 


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SOMMAIKES  ms  COUPLETS.  cuun 
GCX. 

Tous  le»  Groûës ,  à  l'exception  d'Anselme  et  de  Joris,  saat^OfgSi. 
Supplice  de  Guillaume  de  Toge.  —  Joie  du  comte  de  Comminges  en  ap- 
prenant la  victoire  de  don  Beruai*d.  —  Rentrée  dans  Toulouse  du  jeune 
Raymond.  — Le  comte  Amaury  se  rend  en  Agénois.  Siège  de  jMar- 
mande,  détendue  parCeutulcd'Ëstarac. — Expédition  du  comte  de  Foix 
en  Lanraguaîs.  B  lencontre  k  fiaziége  les  Croisés  commandés  par  Fon- 
canlt  de  Breii.  B  est  rcgoint  par  le  jeune  comte  de  Toidouse.  Pré- 
pamiift  du  combat 

CCXI. 

Arnaud  de  Villemur  dissuade  le  jeune  Raymond  de  livrer  bataille  .— 
Réponse  du  comte  il  charge  le  comte  de  Foix  et  Ropfr  Bernard  d'en- 
gager le  (  oiT)bat.  —  Paroles  de  Pierre  de  Navarre  et  de  Loup  de  Foix. 

—  Arnaud  de  Villemur  et  les  autres  barons  s'élancent  en  avant. —  Fou- 
cault de  Breii  exhorte  les  Fnm^. — Le  vicomte  de  Lautrec  voudrait 
que  Ton  se  retirât.  Réponse  de  don  FoucaulL  On  en  vient  aux  mains. 

—  Détails  du  combat.  —  Les  Croisés ,  repoussés  et  attaqués  dans  leur 
camp,  sont  taillés  en  pit'-rt  s  i>on  Foucault,  don  Juan  et  don  Thibaut 
sont  fidts  prisonnîm.  Supplice  de  Pierre-Guillaume  Séguret. 

€GXn. 

Le  ctmite  Amaury  apprend  au  ti^  de  Marmande  la  victoue  du 
comte  de  Foix.B  redoobled'eflbrts  pour  s'emparer  de  la  vflle.— L'évéque 
de  Saintes  amène  une  nouv<dle  bande  de  Croisés. — Arrivée  du  prince 
Louis  avec  une  armée  nombreuse.  —  La  ville  capitule.  —  Conseil 4enu 
diuis  la  tente  royale.  L'évAtpîf»  de  Saintes  demande  cpje  le  comte  Cenfide 
vi  los  lial)i(aiit.s  .soinii  <'xtci*minés  comme  hérétiques.  Le  comte  de  Saint- 
Pol  et  le  cuuitc  de  Bretagne  s'y  opposent.  Réponse  de  l'évêquc  de 
Béliers.  Le  prince  abandonne  les  accusés  à  la  vengeance  de  Téglise. 
L'ardwvdque  d'Aucb  parie  en  laveur  du  comte  Centule.  Paroles  de 
Guilhume  des  Roches.  —  Le  comte  et  quatre  chevaliers  sont  réservés 
pouréireéohangés  contre  don  Foucault. — Incendie  et  sac  de  Marmande. 

ccxm. 

Le  prince  Louis  marche  sur  Toulouse. — Son  année  rouvre  le  pays; 


SOMMAIRES  DES  COUPLETS. 


4X1».  1119.  cinq  niilip  errlfsiastiques  l'iicrompagncnt. — Effroi  des  Toulousains.  Les 
consuls  expédient  des  messagers  pour  convoquer  tous  leurs  adhérente. 
Mâle  chenUen  et  dnq  centa  ailMlátrien  nrrinent  an  lecoim  de  tè  ville. 
On  tient  m  cexatíì  général.  Proposition  de  don  Pdbrt  rejetée  per  le 
jeone  comte.  — On  ae  dispose  au  combat.  —  D'abondantes  provitiont 
sont  distribuées.  — Les  Capitouls  mettent  la  ville  sous  la  protection  des 
reliques  de  saint  Exupère.  —  Prépanti&  de  défense. 

CGXIV. 

Non»  des  bsrons  toidonsaint.  —  Indication  des  dilRrent»  postes 
qni  leur  sont  confiés.  —  Arrivée  du  prince  Louis  uvee  trente-quatre 
comtes  et  une  armée  îimombnble.  (16  jm.)  —  Le  eerdtnaL  vent  que 
tout  soit  exterminé  daM  Toukmse;  mais  Dieu  fera  triompher  le  bon 

droit. 


»11  naa  somiiaiass. 


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9» 


HISTOIRE  EN  VERS 

DB  LA 

,  CROISADE 

CONTRE  LES  HÉRÉTIQUES  ALBIGEOIS. 


AISO  ES  LA  CANSOS 


DE  LA 

CROZADA 

GONTR  ELS  EliEGES  DALBEGES. 


1. 

El  moh  dbl  payms  s  dbl  filh  b  dbl  saut  BsnaiT 
Gomensa  la  eansos  que  maestre  W.  fit 
Us  elftrc  qui  «n  Navanu  fo  a  Tudela  noixit 
Mot  es  «avis  e  pros  si  cum  Icstoria  dit 

i  Per  cleifues  e  per  laycs  fo  el  fonnent  grasit 
Per  comtes  per  vesconiles  amatz  e  ohesit 
Per  la  destructio  que  el  conosc  e  vie 
Eû  la  gcomencia  quel  ac  ionc  temps  legit 
E  conoc  quel  pais  er  ars  e  destruzit 

10  Per  la  fola  crezensa  quavian  conseotit 
E  que  ii  rie  borzes  serian  enpaubmit 
De  lor  grans  manentias  dou  eran  eriquit 
E  que  U  cavalier  sen  iiian  &iait 
Gaitiu  eu  autoas  tenras  comîtm  e  maint 

is  Albires  e  sou  cor  car  exa  icfaemit 
E  de  so  q[ue  volia  aperl  et  amarvît 
Que  el  fezes  un  libre  que  fos  pel  mon  ausît 
Quen  Í0S  sa  saviesa  e  son  aeu  eqwndit 


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HISTOIRE  EN  VERS 

DE  LA 

* 

CROISADE 

GOIVTRE  LES  HÉRÉTIQUES  ALBIGEOIS. 


1. 

Au  Hom  DD  PiBs,  DO  FiLB  KT  DO  Saint-Esput,  commence 
k  chanson  composa  maître  GuîUaum«,  —ce  clerc,  qni  fut 
en  Kataire,  à  Tudèle,  élevé,  ~-  homme  de  bien  et  aavani, 
conune  dh  rhistoÎTe.  «—  H  lut  des  clercs  et  des  laies  fort  agróé, 
—des  comtes  et  lacomtes  désiré  et  chè»,— à  cause  de  l>xtemiî- 
nation  qa*il  fHrévit  et  connut—  par  la  géomancie  «pi^il  afait  long- 
temps  étudiée.  -D  savait  que  (certain)  pays  serait brdlé  et  détruit, 
—  pour  la  folle  croyance  qu'il  avait  reçue}  — que  les  riches 
houi^is  Seraient  appauvris  —  des  grands  Uens  dont  Us  étaient 
fiers*— et  que  les  chevaliers  s*en  iraient  bannis,  — pauvrets I  en 
d'autres  terres,  soudeux  et  dolents. — Il  résolut,  dans  son  otsor, 
hahile  comme  il  était,  —  et  à  tout,  ce  qu'il  voulait  expert  et 
dispos,  —  de  laire  un  livre  qui  fát  par  le  monde  entendu,  — 
et  par  lequel  s*^pandîasent  son  savinr  etson  (grand)  sens. — (Or), 
ce  lut  ce  présent  livre  qn*U  fit;  et  il  récrivit  lui-même  —  depuis 
le  commenconent  jusqu'à  la  fin.  —  R  y  mit  tout  son  souci,  et 


CROISADB  CONTRE  kE8  ALrBIGEOIS. 

Adoncs  fe  aquest  libre  ez  el  nieteish  lescrit 
ao  Pos  que  fo  comeusatz  ealro  que  lo  lenit 
No  mes  en  aU  sa  entensa  neîsh  apenas  dormit 
Lo  libres  fo  be  £|iu  .e  de  bos  mota  cofnplit 
E  ail  volets,  eotendae  ligrtD  e  Is  petit 
PodoD  i  mot  apendre  de  sen  e  de  bel  dit 
>5  Car  aisel  qui  le  fe  nal  ventre  tôt  Ìànit 
Ë  sel  qne  aol  conoisb  ni  ntol  a  resenfit'  ^ 
Ja  no  so  cujaria. 

II. 

Senhors  esta  »  anso  es  faita  daital  guia 
Coni  i>ela  ilAiiliucha  e  a^hsis  versiiia 
E  sa  tcri;  aital  so  qui  diiie  lo  sabia 
.  Ben  avets  tag  aivut  conent  la  eret^l 
Era  tant  fort  monteia  cuî  domiii  Pietu  jpia}dia 
Que  trastot  Aibeges  avia  en  sa  baïlia     ■  . 
Garcassfiïl  Lauragnos  tôt  la  niaior  partis 

35  De  Bezers  tro  a  Bordel  si  col  oami  ténia 
A  motz  de  lor  crczens  e  de  lor  companbia' 
Si  (le  plus  o  (liclios  jî<  non  nnpntn.i  mia' 
Can  lo  ries  Apostoii»  e  la  autra  ciercia.  • 
^  iroii  mulli[)Licar  aicela  grau  lolia 

4o   l'ius  loi  t  que  no  soloit  e  que  ci oich  en  tOt,  di* 
Tramezon  prezicar  cascus  de  sa  i>ailia  ^> 
£  lordes  de  Cistcl  que  nac  la  senboria 
I  trames  de  sos  bornes  tropa  mota  vegia 
Si  que  lavesqae  dOsma  île  tenc  dort  aramia  ' 

4$  E  li  atrtre  le^t  ab  cdb  de  Bolgasih       *    '  ' 
Lai  dins    Gavcassona  on  mota  geot  «rria,  '  ■ 
Quet  reis  dArago  y  era  ab,  sa  gn»  bsrdnia 
£  q^ei)  icbit  adqncs  can  ac  la  causa  avfiôaiki  • 


CROISADE  CONTRE  LES  ALMGEOI8.  5 

à  peine  en  donnil  il.-— (Auasi),  bien  fut  fait  U  livre,  et  en  beaux 
termes  parachevé. — Si  (donc)  vous  voulez  J'cntendre,  («««'her 
que  totis),  grands  et  petits, — peuvent  j  apprendre  forer  beaux 
dires  et  bon  sens.  - —  car  relui  qui  Ta  compose  en  a  le  sein  tout 
rempli;  — et  ([ui(  onque  ne  le  coi)uaii«  ni  n'en  a  ouï  parler, — 
ne  rimagincrait  jamai». 


II. 

Seigneurs,  cette  cliansoa  est  faite  de  U  même  manière  — 
que  celle  d'Antioche ,  de  même  versifiiç     et  se  dit  sur  U  même  ao 
air,  (pour)  qui  sait  ie  dire.  — VoiiSt  «v«s  tous  entendu  opmment 
rhérésie,  —  que  le  Sdgneur  Dieu  midissel  t'était  li  fort  pro- 
pagée, —  <pi*eUe  amil  en  son  pouvoir  tbst  TAUfigMÎs,  —  le 
Carcassaîs,  le  Lauragais;  et  dans  ia.  plus  grande  partie  {êa  pays), 
— de  Béliers  à  Bordeaux,  tant  que  fa  le  cberoin,  —  il  y  avait  35 
une  multitude  d'hommes  de  cette  croyance  et  de  cette  secte  ;  — 
et  qui  dirait  plus  ne  mentirait  pas. — Lorsque  le  saint  Pape  (de 
Rome  )  et  le  reste  du  cle^ — virait  cette  grande  folie  se  répandre 
— plus  fort  que  de  coutume  et  croître  de  jour,  en  jour     cliaque  ào 
ordre  y  envoya  prêcher  quelqu'un  des  siens;  >—  et  l'ordre  de 
Citeaux  qui  eut  la  seigneurie  (de  cette  mianon  ) ,  —  y  manda  à 
diverses  fois  de  ses  hommes. — L'évéque  d*Osma  en  tint  concile; 
—  et  les  autres  légats  (conférèrent)  avec  ceux  de  Bulgarie,  —  a 
Ift-bas,  à  Carcassonne,  o&  il  y  eut  grande  assemblée.  —  Aver 
tous  ses  barons,  s'y  trouva  le  roi  d'Aragon  ,  —  lequel  on  sortit 
aussitôt  qu'il  eut  entendu  —  et  lecouuu  ie  luit  de  1  hérésie ,  —  et 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


Qiierctf^ps  pstavan  c  aporceubut  o  avia 
&o  £1  trames  sos  sagelâ  a  Koma  en  Lombardia 
No  «ai  <pip  men  diches  si  Diens  me  benazia 
No  prezan  lo  prezic  una  poma  porria 
T.  ans  o  no  sai  cant  o  tengon  daital  goM 
N<M  volon  convertit  cela  gent  eabaya 
5S  Quen  son  mant  home  mort  e  manta  gent  perîa 
£  o  scran  oican  tro  ia  gueira  er  fenia 
Car  als  estre  non  pot. 

ni. 

En  lorcîo  (le  Cistcl  una  abaya  ot 
Que  fo  prcs  (lo  Loire  qiwm  Poblct  apelot 

60  E  si  i  ac  un  bo  homo  qui  abas  en  estot 
Per  so  car  era  savis  de  gra  en  gra  pujot 
Que  duna  autra  abadia  Gran  Selva  que  nom  sot 
Qno  ai  flstava  lai  et  hom  ien  amenot 
Ad  abat  lel^ro  e  pueisch  al  autre  mot 

66  Fo  abas  de  Gislels  per  so  car  Dieus  lamot 
Aicest  santimes  hom  ab  los  autres  alot 
Per  terra  delà  here^es  e  el  les  predicot 
Qucs  volcen  convertir  c  can  plus  les  preîot 
Eli  plus  iescarnian  el  tcnian  per  sot 

70  Ppr  so  si  era  if'g'atz  que  lApostolis  i  ot 
Donat  tant  de  poder  quels  decaia  per  tôt 
La  mescrezuda  jant. 

IV. 


75 


E  labas  de  Gslels  cui  Dieus  amava  tant 
Que  ac  nom  fraire  A»  primier  el  cap  denant 
A  pe  et  a  caval  anavan  disputan 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  7 
il  en  envoya  ses  lettres  à  Rome,  en  Lombardie. — (Mais) ,  Dieu  âo 
me  bénisse!  je  ne  puis  autrement  dire  (sinon  que  les  hêiétiques) 
— A6  font  pas  plus  de  cas  des  sermons  que  d'une  pomme  gâtée. — 
Cm<i  ans,  ou  je  ne  sais  combien ,  cette  gent  égarée — se  conduisit 
de  même,  ne  voulant  pu  se  convertir,  —  de  quoi  sont  niorts 
maints  (grands)  personnages  et  ont  péri  des  foules  de  peuple.  — 
et  bien  d'autrea  encore  en  périront,  avant  que  la  guerre  finisse; 
—il  nen  peut  être  autrement 

m. 

11  y  avait,  dans  l'ordre  de  Cîteaux,  une  abbaye, — voisine  do 
Lerida,  et  que  l'on  iiuiiimail  le  Poblct,  —  et  dans  cette  al tli  i  w  nn  60 
digne  liouuue  qui  en  était  ablié,  —  lequel,  pour  son  savou',  uuîh- 
tant  de  ^ade  en  grade,  —  d'une  autre  alihave  nommée  Grand- 
selve  —  où  il  avait  été  d'abord,  amené  (au  i'oblel),  —  en  fut 
(du  ahhé  ,  et  puis,  en  troisième  lieu,  — fut  fait  abhé  de  Citcaux,  65 
tant  Dieu  l'aima!  — Ce  saint  homme  s'en  alla  avec  les  autres, — 
par  la.  terre  des  hérétiques,  leur  prêchant  —  de  se  convertir  : 
mab  plus  il  les  priait, — plus  ils  se  raillaient  de  lui  et  le  tenaient 
pour  sot.  —  Ce  fut  là  le  légat  auquel  le  Pape  —  donna  tout  70 
pouvoir  d'abattre  partout  — la  gent  mécréante. 


lY. 

Cet  abbé  de  GIteaux  que  Dieu  aimait  tant— et  qui  avait  nom 
frère  Arnaud,  le  premier  en  tête  (des  autres),  —  tantât  à  pied, 
tantôt  à  cheval,  s*en  va  disputant— contre  les  félons  mécréants  1^ 


8  CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOI». 

Contrak  felo»  «retges  qui  eran  HMMcvMtni 
Els  van  de  lors  puêanias  mot  Ibiment  enonuant 

Mas  cli  non  an  cura  ni  DOb  prezo  niant 
Pcyrc  del  Gastelnott  es  venguts  ab  aitant 

So  Ves  Rozer  en  Proensa  ab  se  mulet  ambiant 
Lo  comte  (lo  Tolosa  anot  esnniienjant 
Car  mante  los  roters  quel  paya  van  raubant 
Ali  tant  ns  csctidiers  qui  fo  de  mai  talant 
Per      (jncl  agues  grat  de)  comte  en  avant 

S5  Laucis  en  íraicio  Jereiie  en  trespassaul 
£1  finit  per  la  «iqnina  am  so  cspcut  trancant 
E  pueish  si  sen  fugit  am  so  caval  cofant 
A  Belcaite  dcm  era  on  foron  sei  parant 
Pero  ans  que  lenis  sas  mas  al  cal  levant 

90  El  preguel  domnî  Deu  vexent  tota  la  jant 
Quels  perdo  sos  pecatz  a  col  felo  sarjant 
Gant  el  £0  cumenjatz  en  la  ves  lo  gai  cant 
El  fenic  en  après  al  alba  parelchant 
Larma  spn  es  alria  al  Paire  oninipolant 

95  A  Sanl  Ciilil  sosterran  ab  mot  ciri  ardant 
Am  mol  kyrieleison  que  li  clerc  van  cantant. 

V. 

Cant  lApostolis  aanb  cuî  hom  dits  la  novela 
Que  SOS  legatx  fo  morts  sapchalz  que  nolh  fo  bela 
De  mal  talent  que  ac  se  tenc  a  la  maïdiela 

100  E  reclamet  sant  Jacme  aisel  de  Coroposlela 
E  sant  Peyre  de  Roma  qui  jnir  en  la  eapela 
Cant  ac  sa  orazo  faita  escantit  la  candela 
Aqiii  fo  fraire  A.  li  abas  de  Cistela 
E  inaeslre  Milos  qui  en  lati  Tavela 

loâ  £ls  xu.  cardenals  totz  en  una  rodela 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  0 
d'hérétiques.  — U  s'eD  vft  les  preMUHt  viveneikt  de  ses  paroles; 
— maisceux-d  ne  prcnoent  aucun  soud  (des  prêcheurs ),  et  n'en 
font  pas  le  moindre  cas.  —  Cependant  Pierre  de  ChAteauneuf 

est  (aussi)  venu — Vers  Saint-Gilles  en  Provence ,  sur  son  mulet  9o 

;)nil)lant  ;  — il  excommunie  le  comte  de  Toulouse,  —  parce 
qu'il  soutient  les  routiers  (jui  vont  pillant  le  pa^j».  —  Et  voilà 
qu'un  des  écuyers  (du  comte  )  (jiu  i  ii  avait  grande  rancune, — 
et  voulait  se  rendre  désormais  agréable  à  son  seigiu*ur, —  lue  85 
le  légat  en  trahison;  derrière  (lui)  passant ,  —  il  le  frappe  au  dos 
de  son  tranrhant  épicu,  — et  s'enfuit,  sur  son  ciieval  courant, 

—  vers  Beaucaire  d'où  il  était,  et  où  il  avait  ses  parents.  —  Mais 
avant  de  rendre  l'âme ,  levant  les  mains  au  ciel ,  —  (Pierre)  pria  go 
Dieu,  en  présence  de  tous» —  de  pardonner  à  ce  félon  écuyer 
son  péché. — 11  rendit  l'âme  après  cela,  au  poindre  de  l'auhe. 

—  et  l'âme  s'en  alla  au  Père  tout-puissant;  —  on  ensevelit  (le  »5 
corps)  à  Saint-GiUes,  avec  maints  cierges  allumés--^  et  maints 
Lyrié  éléison  que  les  «Jercs  chantèrent. 

V. 

Quand  le  Pape  sut,  quand  lui  fut  dite  la  nouvelle,  — que 
son  l^t  avait  été  tué,  sachez  qu*elle  lui  fut  dure; — de  la  co- 
lère qu*il  en  eut,  il  se  tint  la  michoire ,  —  et  se  mit  A  ]MÎer  saint  •  <><> 
Jacques,  celui  de  Compostelle , — et  saint  Pierre,  qui  est  enseveli 
dans  la  chapelle  de  Rome.  — Quand  il  eut  fait  son  oraison,  il 
éteignit  le  cierge. — Et  là  (devant  lai)  viennent  (alors)  frère 
Arnaud ,  f  ahbé  de  Citeaux ,  maître  Milon ,  parlant  latin ,  et  >  «s 
les  douxe  cardinaux,  tous  en  un  cercle.  -—LA  fut  prise  la  résolu- 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Lai  ib  lo  coMeihs  près  per  ques  moc  la  fiela 
Dont  mots  homes  so  morts  feoduU  per  la  buela 
E  manta  rica  dona  mola  bela  pîusela 

Que  auc  no  lor  reinas  ni  mantcls  ni  gonela 
De  lai  de  Monpeslier  entro  fis  a  Bordela 
O  manda  toi  destruirc  si  vas  lui  se  rcvcla 
Aisi  rom  o  rotrais  niacslre  Pons  de  Mêla 
Que  lavia  trames  lo  reis  qui  le  Tudela 
Senher  de  Pampalona  del  castel  de  la  Estela 
Lo  uiielher  cavalci-s  que  anc  montes  en  cela 
£  sap  o  Miramamelifl  que  ios  Fronces  captela 
Lo  reb  dArago  i  fo  e  lo  reis  de  CasteU 
Tuit  eaaems  i  feriro  de  lor  trencani  lamek 
Que  eu  ne  cug  encar  fkt  bona  canso  noveU 
Tôt  en  bel  pargamin. 

VL 

Ma  labas  de  Cislel  qui  tenc  io  cap  enclin 
Ses  levât/  en  eslans  latz  un  piiar  marhrin 
E  dit/,  a  lApostoli  Senher  per  sant  Martin 
Trop  Jani  longa  parauia  duiso  e  lonc  train 
ia5  Car  faitz  Îar  vostras  cartas  e  escriure  en  latin 
Aitak  euro  vos  plaira  quieu  me  met  en  camin 
E  trametre  en  Franaa  e  per  tôt  Lemoii 
Per  Peitau  per  Alvemba  tro  en  Peiragonîn 
E  vos  ùàtz  lo  perdo  de  sa  tota  termin 
i3«  Fer  trastota  la  tem  et  per  tôt  Costantin 
E  qui  nos  crosara  ja  non  beva  de  vin 
Ni  mange  en  toalha  de  ser  ni  de  matin 
Ni  ja  no  viesta  dtap  de  caibe  ni  de  lin 
Ni  no  sia  rebost  si  inor  plus  cun  masliu 


10 


ito 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  11 

tion  qui  excita  cette  bourrasque  —  fiont  tant  d'hommes  devaient 
périr,  fendus  par  les  entrailles,  — dont  mainte  belle  demoiselle 
et  mainte  noble  dame  — devau  iit  rester  sans  robe  ni  manteau. 
—  De  par  delà  Montpellier jusipi  à  Bordeaux, — -le  (concile)  or- 
donne de  détruire  tout  re  qui  lui  désobéira.  —  Ainsi  le  rarnnte 
maître  Pons  de  Mêla, — qu'avait  envoyé  j^là)  le  roi  à  qui  appartient 
Tudèle ,  —  seigneur  dio  PampeiuiM!  et  du  château  d'Estella ,  — le 
meilleur  chevalier  qui  monta  jamabeil  telle.  —  Bien  le  sait  l'émir 
qui  commanda  les  Français  (an  Munidnl),-—(i  cette  bataille]  où 
furent  le  roi  d*Angon  et  celui  de  Castille, — qui  tous  y  frappèrent 
de  leur  tranchante  ipée,  et  dont  j*eq»ère  &ire  encore  bonne 
chanson  nouvelle,  —  toute  sur  beau  ptrchemin. 


VL 

Cependant  Tabbé  de  Giieaitx ,  qui  tenait  la  t6te  penchée*'— s'est 
levé  sur  ses  pieds  contre  un  pilier  de  nurbre,  — et  dit  au  Pape  : 

■  Seigneur ,  par  saint  Martin  !  —  nous  frisons  de  (  tout  )  cela  trop 

•  de  paroles  et  trop  grand  bruit;-— &ites  fiîre  et  écrire  vos  lettres 

•  en  latin,  — comme  bon  vous  semblera,  et  je  me  mets  aussitôt 

•  en  route  — pour  les  porter  en  France  et  par  tout  le  Limousin , 

•  — en  Poitou,  en  Auvergne  et  jusqu'en  Périgord.  —  Proclamez 

•  les  indulgences  ici,  dans  les  confins  fde  ce  pays) — jusqu'à 
«  Constantinople  et  dans  tont  paYs((  lirétien)  :  —  qu'à  celui  qui  ne 

•  se  croisera  pas  il  soit  interdit  de  boire  du  vin  ,  —  de  manger 
«  sur  nappe,  matin  ni  soir,  —  et  de  vêtir  tissu  de  chanvre  ou  de 
«  lin  ; — et  qne,  s*il meurt,  il  ne  soit  pas  enseveli  autrement  qu'un 


IS         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


En  aquest  mot  sacordo  tuit  «an  voie  t  )t  fia 
i33  Al  cosselh  que  lor  dona. 

Vil. 

Cant  labas  de  Cistel  la  ondrada  persona 
Qui  poili  fo  cleish  arsevcsqiios  de  Narbona 
Lo  mirlher  el  plus  pros  quano  i  portes  corona 
Lor  ac  (lat  lo  coselh  nogus  mot  !in  i  «ona 

li"   Mas  caiil  del  Apostoii  que  mot  It-tz  cara  lioua 
Traire  so  diu  lo  Papa  lu  vai  vos  Carcassona 
E  a  Tolosa  la  grau  que  w  sobre  Guaroiia 
E  conduiras  las  ostz  sobre  la  gent  felona 
De  part  de  Jeahu  Crist  lor  pecata  lor  perdona 

i4S  E  de  las  mîas  parti  lor  prega  eb  sermoua 

Qui-ncausan  lo5  crctges  demest  lautra  gent  bona 
Ab  tant  el  sen  départ  cant  venc  a  la  hora  nona 
E  ichit  lie  la  vila  c  forruent  esperona 
Al)  lui  va  larscvcsqiHjs  i|ui  es  de  Terragona 

li.»   K  aisrl  (le  I.i  iida  f  cri  de  Barsalona 
V.  devas  Muutpeslicr  aiccl  dc  Magaloua 

E  dotral  Ports  dEspanha  akel  de  Pampaiona 
E  levesques  de  Bures  e  cel  de  Terrasona 
Gest  'van  tuH  am  labat. 

VIII. 

1&3       Li  abas  niontn  tost  cant  an  près  lo  comjad 
E  venc  scn  a  Cistel  on  cran  ajostalz 
Trastuit  li  monge  blanc  qui  erau  coronatz 
A  Testa  Santa  Crotz  qui  es  lai  en  eslatï 
Al  gênerai  Capitol  si  co  es  costumât 

tiw  Vesen  tôt  lor  coveut  lor  a  measa  cantat 


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CROISADE  CONTEE  LES  ALBIGEOIS.  15 
«cbien.  »  —  Tous  finÌMént|«r  s'aocorder  à  ces  paroles —  et  au 

conseil  qui  leur  est  donné. 

va 

Quand  l'abbi  de  Gtleaux,  rhonorabiepenaniiage,  —qui  lut  en- 
suite élu  archevêque  de  Narbonne,»  le  meilleur  et  le  plus  hon- 
nête (clerc)  qui  porta  jamais  tonsure, —a  donné  ce  conseil,  nul 
ne  profère  un  mot,  «—si  ce  n*est  le  Pape,  qui,  faisant  marri  visage, 
•~dit  (à  l'ahhé)  :  ■  Frère ,  va-4*en  à  Carcassonne  —  et  à  Toulouse 
«  la  Grande,  qui  est  assise  sur  (U  rive  de)  Garonne  ; —tu  mèneras 
«rho6t( des  Croisés)  contre  la  fébnne  gent  (mécréante). — Par- 
«  donne  (aux  fidèles)  lents 'pécbésvnv  nom  de  Jésu^Cbrîst,  — 
«et prie-les,  exhorte4es  de  ma'part— A  chasser  les  hérétiques 
«  d'entre  ceux  (dont  la  foi  est}  saine.  >  — £t  voilà  que  Tabbé  s*ap- 
préte  à  partir  sur  Vheure  de  none;  r— il  sort  de  la  vill(*  (  chevau- 
chant), cperonnant.  Avec  lui  partent  Tarchevéquo  de  Tarra- 
gone, —  révêque  de  Lerida  et  celui  de  Barcelone  ,^  —  celui  de 
Maguelone,  devers  Montpellier,  —  et  d'auti'os  (encore)  d'outre 
les  Ports  d'Espagne  ;  celui  de  Pampclune ,  —  ceux  de  Burgos 
et  de  Tcnasoue;  —  tous  ceux-là  s'en  vont  avec  l'ahbé. 

vni. 

Uabhé  est  monté  (A  cheval)  ausntôt  qu'ils  ont  pris«congé. — 
H  s'en  va  àClteaux,  on,  selon  la  coutume,  — •  tous  tes  moine» 
blancs,  portant  tonsure,  —  étaient  réunis  en  chapitre  général, 
-~  A  la  Saîate^ïroix ,  qui  se  fète  là  en  élé.  — -  Oyant  tout  le  mo^ 
nastère,  il  chante  la  messe;  —  et  la  messe  finie .  il  «.e  met  à  prè- 


Ift         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  can  fe  defenida  el  ior  ag  presiett 
E  lor  ag  la  paraula  e  dig  e  devisât 
Poicbas  a  «o  sagel  a  cadhiu  moatrat 
Co  an  per  tôt  lo  mon  aaî  a  lai  denionstfat 

i65  Aitan  co  te  de  lonc  aanta  chrestiandat 

Donc  se  crozan  en  Fransa  c  pcr  tôt  lo  régnât 
Can  sabo  que  scran  dels  pccat  pai  donat 
Anes  mais  tan  gran  ajust  no  vis  pos  (jue  fus  nat 
Co  fan  sobrels  eretges  e  sobrcls  sabatatz 

170  Car  lo  ducs  de  Bergonha  scn  es  la  doncs  crozat 
E  lo  coma  de  Nîvera  e  manta  poeatatx 
So  qae  las  crota  costero  dorfres  ni  de  oendats 
Que  ailh  meiien  el  peihs  deves  lo  destre  lats 
E  no  ni  mete  en  plah  oonent  foro  armais 

»75  Ni  com  foren  gamîtz  ni  co  cncavalgatz 
iii  lor  cavals  veatitx  de  far  ni  entrcsenhatz 
Quanc  Biens  no  k\t  gramazi  ni  clergue  tant  letrat 
Que  vos  j)ogiie»  rt'lrairc  le  t<^i.s  ni  la  meitat 
Ni  ja  saubes  escriurc  los  prostrés  nils  abatz 

160  Qua  la  ost  de  Bezers  lai  foro  ainassatz 
De  foras  el  aaUo. 

IX. 

Quant  lo  coma  de  Tolosa  e  li  autre  baro 
El  vescoms  de  Bezera  an  aiiiit  lo  scrmo 
Que  loft  Frances  se  crozan  no  cug  lor  sapcha  bo 

i8S   Ans  ne  son  mot  irat  si  rnm  ditz  la  canso 
A  un  parlainon  (pio  feiro  ii  clerc  scia  sazo 
^X^t  sus  a  Albenas  venc  lo  comte  Ramon 
Aqui  sagcnolbcc  e  fes  sa  fliction 
Denant  mo  «enher  hàtê»  elh  prega  quclh  perdon 

i«o  EX  ditz  que  no  &ra  <|ue  non  avia  don 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  1& 
cher.~0  dit,  ii  rapporte  les  paroles  (du  concile), — et  montre  4 
chacun  aa  bulle  scellée, -"•comme  lui  et  les  (antres)  l'ont  ^ 
et  là  partout  montrée. — (Cependant)  aussi  loin  que  s'étend  la 
sainte  chrétienté,  —  en  Fiance,  et  dans  tous  les  (autres) 
royaumes,  — les  peuples  se  croisent ,  dès  qu'ils  apprennent  le  par- 
don de  leurspécbés,— ;et  juinais,  je  pense,  ne  fut  fait  si  grand 
host — i|ue  celui  fait  alors  contre  les  hérétiques  et  les  ensabbatés. 
—  Alors  se  croisèrent  le  duc  de  Bourgogne,  —  le  tomtc  de  Ne-  «70 
vers  et  maints  autres  seigneurs. — Je  ne  p;n  U  rai  point  de  ce  que 
cotltèrcnt  d'orfroi  et  de  soie  les  croix  —  qu'ils  se  mirent  du 
côte  diuil  ,  sur  la  poitrine;  —  jc  ne  tiens  point  compte  de  leurs  175 
armures, — de  leurs  montures,  de  leurs  enseignes,  —  ni  de  leurs 
chevaux  vêtus  de  fer  :  —  Dieu  ne  fit  jamais  latiniste  ou  rierc  si 
lettré,  — qui  (de  tout  cela)  pût  raconter  la  nuiitié  ni  le  tiers, — 
ou  écrire  (les  noms)  des  (seuls)  prêtres  et  abbés — assemblés  dans  iS© 
riiost  (qui  va  camper)  ftousBéziers,  —  hors  (des murs),  dans  la 
campagne. 


IX. 

Quand  le  comte  de  Toulouse,  les  autres  barons  (du  pays)— 
et  le  vicomte  de  Béliers  ont  appris  que  la  croisade  se  prêche  — 
et  que  les  Français  se  croisent,  ne  penses  pas  qu'ils  s'en  ré- 
jouissent.—Ils  en  sont  fort  dolents,  comme  dit  la  chanson. — A  isó 
une  assemblée  que  tinrent  alors  les  clercs, — llnhaut  AAubenas, 
s'en  irint  le  comte  Raymond. — Là  il  s'agenouilla  et  fit  son  acte 
de  contrition  —  devant  monseigneur  l'abbé,  le  priant  de  l'ab- 
soudre.—  (L'abbé)  répond  qu'il  ne  peut  le  faire,  qu'il  n'en  a  190 


Digiti 


15         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Si  lo  Papa  de  Roma  da  carditoala  que  i  son 
Nol  fasian  primier  calque  aolucioa 
No  aat  que  von  diches  nin  fea  longa  mon 
Lo  conu  sen  retornet  a  coita  desperon  • 

1*5  Lo  vescomte  son  bot  merccia  e  aoinon 
Que  110  guerrci  ab  lui  ni  noih  niova  tenaon 
E  que  sian  amdui  a  la  dffonsion 
Qiiilh  nil  pais  no  caian  en  mala  destruction 
Kl  no  11  tlig  aiH  doc  enan  11  dig  de  no 

luu  E  son  se  mol  partit  ei  coms  i>en  vai  iîelo 
E  vai  aen  en  Proenn  aa  Aile  e  as  Avmhon 
- — •  Scnhora  oimais  aesfoizan  li  vers  de  U  chanso 
Que  fon  bea  comenceSa  lan  de  la  encamalio 
Del  Senhor  Jhesu  Crist  ses  root  de  meotûo 

100  ('.;ivia  M.  ce.  e  X.  ans  que  vcnc  en  est  mon 
—       E  si  fo  lan  c  mai  fan  floiicliol  boicho 
Maestro  VV.  la  fist  a  Mont  All>a  on  fo 
Certas  si  i  l  ai^ues  aventura  o  do 
{'.o  an  mot  loi  jotn;lar  c  mot  avoi  gaiso 

»io  Ja  noih  degra  faillir  negus  corles  prusoin 
Que  uolh  dones  cavd  o  palafre  breton 
Quel  portes  auavet  amblaa  per  lo  sablon 
G  vestimen  de  seda  paît  o  sisdato 
Mas  tant  vexem  quel  setgles  toma  en  cruxitio 

■  aih  Quelb-ric  bonic  malvatz  ({ue  dcvrian  eatre  pro 
Que  no  volon  donar  lo  valent  d'un  boto 
Meu  no  lo  quier  pas  lo  valen  dnn  rarbo 
T)v  la  plus  avol  cendre  que  sia  cl  logairo 
Donini  Dieu  los  eofonda  que  ielz  lo  ccl  ei  tro 
£  sauta  Maria  maire. 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  17 

m 

point  ie  pouvoir,»— à  moins  que  le  Pape  et  les  cardinaux  de 
Rome^ne  lui  accordent  auparavant  quelque  indulgence. — Je 
ne  saaraû  que  vous  dire  (  de  plus)  :  bref  fut  Tentretien ,  —  et  le  i«& 
comte  s'en  retourne  à  hâte  (IVperon.  —  W  s*en  va  au  vicomte  (de 
Béxiers)»  son  neveu,  qui  le  prie  et  le  requiert — de  ne  point  guer> 
royer  contre  lui ,  de  ne  point  lui  mouvoir  quereUe,-— et  de  se 
mettre  avec  lui  à  la  défense, — afin  de  ne  pas  tomber,  eux  et  le 
pays,  dans  (le  feu  de)  la  destruction.— (Atout  cela  le  comte) 
répond ,  non  par  oui ,  mais  par  non.  —Us  se  quittent  mécontents ,  i«o 
et  le  comte  s*en  va  courroucé  il  s*en  va  en  Pkwence,  vers 
AHes  et  vers  Avignon. — Seigneurs,  désormais  sèment  les 
vers  de  la  cbanson,  —  qui,  sans  mot  de  mensonge,  a  été  com- 
mencée Tan  de  Vincamation — où  il  y  a  eu  i  a  lo  ans  que  Notre  *o5 
Seigneur  J.  C.  est  venu  au  monde.  ^Ce  fut  au  mois  de  mai ,  an 
temps  où  les  buissons  fleurissent, — que  maître  Guillaume  la 
composa  àMontauban,  où  il  était;— et  certes,  s'il  avait  eu  même 
bonheur  et  même  aventure — que  maint  extravagant  jongleur, 
et  maint  cbétif  vagabond,  —  il  n'y  aurait  point  d'homme  preux  sio 
ou  courtois  qui  faillit — à  lui  donner  vêtement  on  manteau  de 
«oie, — et  (bon)  cheval,  (bon)  palefroi  breton,  —  pour  le  porter, 
doucement  ambiant  par  la  campagne.  —  Mais  en  voyant  comme 
le  temps  tourne  i  mA,  —  rt  (pie  Ic's  hommt  s  puissants,  qui  df-  "5 
vraicnt  être  généreux,  —  ne  »av4;nt  plus  <lonn«'i  la  valeur  tl  un 
bouton,  jenclcin-  demanderais  pas  le  plus  vil  (  liarbon  —  de  la 
cendro  aniassép  à  l  icur  '  loyer.  —  Que  le  Seigneur  Dieu  les  con- 
fonde, celui  qui  lit  le  ciel  et  fair ,  — et  sa  sainte  mère  Marie  !  g,» 


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IS         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

X. 

Cant  le  coins  de  Tolosa  de  cui  en  Bdcaire 
Vit  quel  vescoms  k»  boU  li  en  a  contraire 
E  tvg  aei  enesmicg  ti  volon  gaerra  faire 
Be  Mp  que  ii  Crosat  ja  no  tanaran  gaire 

i»5  Que  non  intron  per  lui  en  son  prion  repaire 

Per  larspvcsqiip  dAttx  qui  fra  sos  compaire 
Trames  lai  en  Gascoiilia  car  li  era  ncííaue 

Cl 

Quel  ira  al  mesatge  iio  sen  voltlra  cstrairn 
l'I  labas  de  Condom  us  clcrgues  (iebuiiaii-e 
a3o  R.  de  RaLastencs  qui  era  bos  douaire 
Lo  priera  de  lOapttal  m  bos  feziciaire 
Aîccsta  iran  a  Roma  e  pois  a  lEmperaire 
Parlaran  am  lo  Papa  car  cilh  son  bon  gramaire 
Be  caisque  acordamens. 

XL 

a35       Li  message  sen  van  tost  c  isnelanuMil 

Al  plus  tof^t  (pie  ilh  pogron  a  Roma  balhalen 
No  sai  ((ue  vos  ancs  rccomtan  longamcu 
Tant  (il/.oii  de  paraidas  e  tant  fan  de  prczeat 
Quam  lo  rie  Apostoli  an  fait  acordamcnt 

tko  Del  comte  de  Tolosa  e  diirai  vos  cornent 
VII.  eaatels  del  plus  forts  quen  sa  honor  apent 
Li  metra  en  ostagcs  per  £ir  son  mandament 
Lo  Papa  i  trames  un  clergue  mot  valent 
Que  avia  nom  Milos  cui  fos  obeaient 

lis  Cel  roori  a  sant  Geli  abans  dun  an  vertent 

H  cant  lo  vescoms  saub  que  hom  dits  verament 
Quel  coros  a  faite  pats  on  plus  pot  se  repent 


CROISADE  CONTBE  LES  ALBIGEOIS.  10 


X. 

Lorsque  le  comte  de  Tonloiise,  à  qui  appartient  Beaucaire,'— 
voit  que  le  vicomte  son  neveu  lui  est  contraire,  —  et  que  tous 
ses  ennemis  lui  cherchent  guerre, — il  comprend  bien  .que  les 
Croisés  ne  tarderont  pas — k  s'avancer  contre  lui,  jusqu'en  son  >*s 
(plus)  profond  refuge. — ^A  Tarchevêque  d'Aucb,  sonami,*^il&it 
dire  li-bas,  en  Gascogne ,  qu'on  lui  a  refusé  l'absolution , — et  lui 
mande  de  partir  (aussitôt)  et  sans  s'excuser»  en  (tête  d'un)  mes- 
sage ,  —  (où  seront)  l'abbé  de  Condom,  ce  noble  clerc, — Ray-  s3o 
mond  de  Rabastencs,  ce  seigneur  libéral, —  et  le  prieur 
(l'ordre  de)  rilûpital,  le  bon  légiste. — Ces  (messagers)  s'en  iront 
à  rEmp<'i  Liir  l't  auparavant  à  llouie, —  et ,  savants  romme  ils 
sont,  ils  traiteront  avec  le  Pape — de  quelque  accommodement. 

XL 

Les  messagers  s'en  vont  à  Rome  tôt  et  vite, — le  plus  vite  qu'ils  23s 
peuvent.  Battant  et  rebattant (  le  chemin); — et,  pour  ne  point 
vous  conter  longuement  la  chose,     ils  disent  ú  bonnes  paroles 
et  font  tant  de  présents,  —  qu'avec  le  vénérable  Pape  ils  ont  fait 
la  paix — du  comte  de  Toulouse,  et  je  vous  dirai  (  oiniiu  nl  :  —  T,(>  lio 
(comte)  doit  livrer  sept  de  ses  plus  forts cbiUeaux, — en  garantie 
(de  sa  parole)  de  faire  la  volonté  de  l'Eglise.  —  Et  le  Pape  dé- 
pêche (aussitôt)  un  vaillant  clerc  —  nommé  Milon,  pour  com- 
mander (dans  ces  diiiteaux).  — Mais  ce  (clerc)  mourut  à  Saint-  »\ò 
Gilles  avant  l  an  révolu.  — Quand  le  vicomte  (  de  Béliers  j  apprend 
ce  que  l'on  dit  pour  vrai, — que  le  comte  a  iàit  sa  paix,  il  lui 
vient  grand  repentir     il  voudrait  bien,  lui  aussi,  faire  la  sienne. 


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20         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Bes  volgra  acordar  si  pogucs  ichamcnt 
Mas  el  non  o  vole  pendre  lan  lagro  e  nient 

>5o  E  a  Jâît  per  sa  terra  tost  somonir  sa  gent 
A  pe  e  a  eavd  cels  que  foron  valent 
De  «Uns  a  Carcassona  aqui  las  osts  atenl 
Cds  que  a  Besers  remazu  ne  foron  tug  dolent 
Ane  no  cug  nescampeso  ni  cincanta  ni  cent 

«S5  Com  nols  meta  a  lespasa. 

XIL 

Senliur  ujcosita  u^ts  ib  aisi  couiensada 
Si  co  avcU  auzit  en  la  gesta  letrada 
Li  abas  de  Cistel  fo  en  la  cavalgada 
Ab  lu  li  araevesque  e  manta  gens  letrada 

>6o  Que  mais  dura  la  rota  que  fan  en  lalbergada 
Cant  van  a  parlament  o  a  cale  asemUada 
Que  la  ost  de  Mila  cant  es  tota  ajustada 
De  lautra  pari  cavalga  ab  tota  sa  mainada 
Lo  pros  dux  de  Narbona  sa  senha  desplegada 

*S5  E  lo  coms  de  Nivcrs  sa  senhera  a  auzada 
V.  lo  coms  dn  sant  Pol  a  m  hoh  grnt  arniada 
Kl  loms  P.  <IAiH!»orre  ab  tota  sa  mainada 
Ki  coms  VV.  de  (ieiioa  dima  terra  asazada 
\Azemars  de  Pcitieuí»  ta  sa  ttna  luesclada 

»70  Al  comte  de  Fores  (jues  so  al  guerreiada 
Ab  la  gent  de  sa  terra  que  el  a  amenada 
P.  Bermons  de  Nouaa  e  ges  tro  a  la  vesprada 
Nous  auiia  retrait  ni  tro  a  la  maitinada 
Aisek  que  de  Proensa  veugro  a  la  crozada 

aîS  Estiers  la  autra  gent  que  i  era  amasada 

Que  per  borne  del  mon  no  pot  estre  aesmada 


CROISADE  CONTUE  LES  ALBIGEOIS.  21 
s'il  pouvaii . —  mais  il  n'accepte  point  celle  iju  on  liii  (propose), 
si  dure  on  la  lui  rend!  — H  fait  alors,  par  toute  sa  tem' .  se-  «^o 
mondrc  ses  hommes,  —  tous  ceux  capables  (de  guerroyer)  á  pied 
ou  à  cheval; — et  il  s'en  va  ià  (haut),  à  Carcassoiine ,  attendre 
rhost  (  des  Croisés). — Ceux  qiû  restent  4  Bésîen  en  sont  grande- 
ment dolents,  —  (et  non  sans  raison),  car  d'eui  tous  il  n'en 
échappera  pas  cinquante  on  cent,  ~> qui  ne  soient  mis  i  fil  «ss 
d'épée. 

XII. 

Seigneurs,  cette  guerre  fut  ainsi  commencée, — comme  vous 
venex  d*ouir  dans  la  geste  écrite.  — De  la  chevaui^e  fut  l'abbé 
de  Gîteaui,—- et  avec  lui  (y  furent)  les  archevêques  et  maints 
(personnages)  litres,  -i— (si  nombreux)  que  plus  longue  est  la 
file  qu'ils  forment  à  l'héberger,— quand  ils  vqnt  en  parlement 
ou  en  assemblée,— "que  ne  l'est  Thost  de  Milan  tout  entier. — 
De  son  côté  chevauche,  avec  toute  sa  troupe, ~ enseigne  dé- 
ployée ,  le  preux  duc  de  Narbonne.  — Le  comte  de  Nevers  lève  t«& 
aussi  sa  bannit.  —(Viennent  ensuite)  le  comte  de  Saint-Paul , 
en  tète  de  sa  gciit  bien  armée;  — le  comte  P. d'Auxerre,  avec 
toute  la  sienne  ;  —Guillaume ,  comte  de  Genevois ,  de  cette 
bonne  terre;  —  don  Adhéniar  de  Poitiers,  qui  vient  de  ravager 
le  pays  —  du  comte  de  Forez.,  guerroyant  contre  lui  —  avec  les  i^»» 
lioninies  tle  son  comte  ,  (|u  il  amène  (maintenant  contre  les  héré- 
tiques) ,  —  et  P.  iici  inont  de  Nouza.  De  la  soirée  —  au  malin  ,  je 
ne  vous  conterais  pas  —  tous  ceux  qui  vinrent  de  Provence  à  la 
croisade,  —  sans  parler  de  la  multitude  qui  s'y  rendit  (d'ailleuis)  J75 
—  et  qui  ne  saurait  être  estimée  par  homme  du  monde, — sans 


32 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Se*  la  tavdaria  que  ja  no  i  cr  oomtada 
QiM  amanon  li  Fronces. 


XIIL 

La  ost  fo  mcravilhosa  c  grans  si  majttt  fes 

lio'xx.  inclin  cavaliers  ainiaf/,  (!e  (otns  res 
K  plus  de  ce.  inelia  quo  vil.is  quf  píìgcs 
Ko  cels  no  comti  pas  ni  clcrgiu  s  ni  hoi^zes- 
1  ota  la  gens  (lAlvcrnhc  c  de  lonh  e  iic  près 
De  Bergonlia  e  de  Fransa  e  de  Lemozines 

iSs  De  tôt  le  mon  ni  ac  Alainans  e  Ties 
Peitavis  e  Gascos  Roer^  Cenionges 
Ane  Qieua  no  fe  nulh  clerc  per  ptinha  que  i  meieB 
Los  p^ues  totx  escriure  en  dos  mes  o  en  tre» 
Lai  es  tota  Procnsa  e  truslotz  Viniu  .s 

390  Dels  Portz  de  Lonibardia  tro  aval  a  Uodes 
1  vpiTgro  tug  pssems  pel  perdo  qne  pran»  es 
Lor  scnlieiras  Icvadas  sen  antron  cspes 
Mo  cujoii  Uuijai  oiUL'  uu  traHtot  Carcassei» 
Tholoza  cujaii  pendre  uias  acoi'dada  ses 

195  Garcassona  pendnn  so  dizon  e  Aihiges 
Per  laiga  ab  navili  fan  portar  lor  ames 
£  tota  la  vitalha  e  los  autres  ames 
El  comte  de  Toloza  lor  va  encontre  ades 
Qtte  ira  ab  lor  on  la  ost  ben  lor  o  a  promes 

3«»  AtttM  ost  de  Gnwals  veoc  deves  Agença 

Mas  non  e»  pas  tan  j^rans  cr»  sela  dels  Franses 
E  mn"rnn  do  lor  lerra  al);iiis  dcnant  i.  mes 
A([ui  es  lo  ronis  Guis  us  Aiveiidias  cortes 
Kl  vescoins  de  'i'orena  ijues  nés  fort  entrcnielz 
Livesques  de  Limotges  e  cel  de  Baïades 
E  lo  hos  arseveaques  qui  es  de  Bordales 


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CROISADE  GONTRS  LIS  AL&IGEOJS.  25 
(y  comprendre]  la  eaifdcfie  impowibla  à  nbHibra»*-«-qa  amèneni 
letFraDçai». 

XIH. 

L'host  (dea  CroUié»)  fut  merveUleueement  grand,  par  ma  foi. 
— 11  (8*y  trouvait)  vingt  mille  cavaliers  arméa  de  loutetipiicea, — 
et  plua  de  deux  cent  inUle  twat  vilains  que.  paysans; — et  je  ne 
compte  ni  les  bouigeois ,  ni  les  dercs.  — De  près ,  de  loin ,  toute 
l'Auvergne  (y  esl venue]  ;  —  (il  y  a  là  de  la  gcnl)  de  Bourgogne, 
de  France  et  de  Umousin  ; —il  y  en  a  du  monde  entier.  (Il  y  a 
dos)  Allemands,  des  Thiois, — des  Poitevins,  des  Gascons^  des 
Koiicigals,  (les  Sainlongeois. — Dieu  ne  lit  jamais  clerc  qui, 
quelque  peine  qu'il  s'y  doun;U,  — les  pùt  tous  iiietlrr  par  écrit 
en  deux  mois,  ni  m  trois.  —  I-à  (se  trouve  loiilc  la  l'iovt  iin-  et 
tout  le  Viennois  :  —  «les  l'orts  tle  Loinijardu-  jusqu'au- ilessous  '9" 
de  Khodn?  ,  — tous  y  sont  venus  on  fonlo  ,  h  i  anse  du  >;rand  par- 
don (à  >  -.u'ir).- —  Leurs  LaauR'H'S  liantes,  ils  inan  lient  serres, 
—  se  liguiaiit  qu'ils  ne  trouveront  pas  dans  tout  le  Carcassais  un 
homme  (qui  leiir  résiste).  —  Ils  s'imaginaient  piendre  Toulouse  , 
mais  (Toulouse)  a  íaiisapaix; — et  se  vaptent  daprandre  Carcas-  ''9^ 
sonne  et  tout  l'Albigeois.  —  ils  font  par  eau,  aur  nainre,  porter 
leur  iMgage,— leurs  vivres  et  tout  leur  équipement. —  Au-de- 
vant d'eux  s'en  vient  en  hâte  le  comte  de  Toulouse;  —  car  il  a 
prontia  de  marcher  dans  Thost  avec  eux. — De  l'A^énois  arrive  ^ 
une  autre  armée  de  Croiaéa,  —  mais  non  pas  ai  nombreuse  que 
oeliedeaFrançaia:-— ily  a  unmoisqu'ila  se  sont  mis  en  mouvez 
ment  de  leur  pays.  Avec  eux  viennent  le  comte  Ciiiy ,  un 
Auvergnat  courtoia;~le  vicomte  deTurenne,  fortement  engagé 


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24         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Levesqurn  de  Caorti  e  oel  de  Agtttdet 
Bertran  de  Cardelhac  e  cel  de  Gordones 
B.  de  Castelnou  ab  tôt  Gaersines 
i»«  Cest  prezon  Pegua  Rocha  que  noi  trpban  defea 

E  foní^  I  n  Gontnu  e  Tonenct  an  mal  mes 
Mas  Gaisanolhs  es  forta  penpie  no  iagron  ges 

E  per  la  garnizo  que  la  liiot  bcn  Actes 
Qncî  mes  á\m  Ho  Gascos  forment  leugiera  de  pes 
3iS  Que  son  bon  dardasier. 


XIV. 

Cassanhol  asetja  losts  ca  dins  mot  aquier 
Ab  Seguî  de  Balencs  e  mot  bon  cavalier 
Ab  tôt  so  lo  prexeran  si  no  fos  l  desturbier 
Que  for  fe  lo  eoras  Guis  car  el  nac  gran  aver 
'   3fe  E  si  cab  larsevesque  son  près  a  tcnsoncr 
No  sai  co  scn  partiro  ni  cab  fo  lacordier 
E  cela  ost  jutgero  îiiot  crflgo  arcinr 
E  mota  bela  orrlj^a  ins  en  lo  Un  (^'i\<t 
Car  convertir  nos  voioii  lau  unis  podon  prier 

3»5  F.  livpsfpies  «loi  Poi  vonc  lai  dv  vcs  Chacor 

Cest  ac  de  la  (iausada  et  dcl  bore  niant  denier 
Del  bore  Sant  Antoni  on  el  venc  tôt  primer 
A  lost  de  Gassanolb  aen  volia  el  aler 
Car  ilb  li  paron  paucs  e  vok  am  lor  mescler 

Ho  A  icek  de  Vilamur  venc  i,  mal  destorber 
Que  un  gsrso  lor  dJg  que  ket  vol  caminer 
E  que  de  Gassanolb  an  fait  ja  destraper 
E  cent  ilh  o  auziron  fan  lo  foc  alumner 
E  arson  lo  castel  lo  dilus  a  lo  srr 

335  E  pois  si  sen  fogiroa  can  la  luna  lutz  der 


CROISADE  GONTKE  LES  ALBIGEOIS.  25 

dans  Tentreprise: — l'évêque  de  Limoges  et  celui  de  Baxas,  — le  3oî> 
bon  archevêque  de  Bordeaux,  —  l'éverpie  do  Cahors  nt  celui 
d'A^e;  —  Bertrand  de  Cardalhac  et  Borlrand  de  Gordon,  — 
B.  de  Caslelnou,  a-*cc  taui  le  Quercv. —  Cet  liost  prit  Fuy-ia-  Zto 
Roque,  n'y  trouvant  pas  de  rcsistam  e  :  —  il  détruisit  Gontaud  et 
ravagea  Tonneins; — mais  il  n'a  pu  prendre  Cliasscneuil,  la  bonne 
forteresse ,  —  qui  a  été  vaillamment  défendue  par  la  garnison,  — 
que  (  le  comte  de  Toulouse)  y  a  mise  de  Gmcous  aux  pieds  l^ers 
-^eibonsarbalÂtríer».  '  ìjS 

XIV. 

Vhoti  assiège  Chaaseneuil;  nttb  il  y  a  «fedans  maints  archer» 

—  et  maints  bons  chevaliers,  avec  Seguin  de  Balenc.  —  Cepm- 
dant«  malgré  cela,  les  (Croisés)  ranraient  pris,  si  ce  n*eút  été 
fempèdiement—  qu.*y  mît  le  comte  Guy,  lequel  en  tira  grand 
avoir,— et  8*en  prit  de  querelle  avec  Tarchevèque. — Je  ne  sais  3,, 
comment  (les  assiégeants)  se  retirèrent,  ni  quel  fut  leur  accord 
(avec  les  assiégés  )  ; — nuûs  ils  condamnèrent  (auparavant)  maints 
hérétiques  à  être  bnllés,  — et  (firent)  jeter  au  feu  mainte  belle 
hérétique,  — qui  ne  voulurent  pas  se  convertir,  si  fort  que  l'on 
pût  les  en  prier.  —  Là,  du  côté  de  Casser,  arriva  l'évêque  du  j,^ 
Puv  :  —  aprtjs  avoir  levé  force  argent  a  la  l>aussade  et  au  boiwg, 

—  au  bourg  de  Saint-Autonin ,  où  il  était  onliétout  d'abord, 

—  il  s'en  vint  à  1  liost  de  Cliasseneud, — qui  était  peu  nombreux 
etauquci  il  voulait  se  réunir.  —  (Gej>endantj  une  grande  calamité 
arrive  à  ceux  de  Villemur  ;  —  un  homme  vient  leur  dire  que  Thost  33, 
est  sur  le  point  de  se  mettre  en  marche  contre  eux,  —  et  qu'il  a 
déjà  levé  son  camp  de  devant  Chassencuil.— — Eux,  entendant 
cette  nouvelle,  firent  allumer  un  grand  feu,—- et  brûlèrent  le 

t.  é 


36         CROISADE  CONTEE  LES  ALBIGEOIS. 


DiicetU  otts  de  ni  nous  vdk  oîmais  parler 
Tornv  vos  ai  a  lautra  que  fo.a  Mon^MsIier 
Lo  «oms  Bamon  le»  guidfi  qui  !<»>  a  be  m^tilier 
Que  vai  primers  tôt  jorQ  e  les  Ai  aib^rger 
iio  Per  la  terra  son  bot  qui  lo  sol  ^erreger 
Lo  filh  de  sa  seror. 


XV. 

Lo  vescoms  de  Beseta  no  fina  uoit  ni  jom 
De  sa  terra  establir  car  mot  avia  gran  cor 
En  tant  cant  lo  mens  dura  na  cavalier  milbor 

3iS  NI  plus  pros  ni  plus  laig  plus  cortes  ni  gensor 
Nebs  fo  (Ici  coiBs  R.  e  filbs  de  sa  «eror 
Scst  fo  catbolicab  de  so  trag  az  auctor 
Mot  clore  e  mot  canon^o  questan  en  rofiecbor 
Mas  car  era  trop  jovcs  avia  ab  totz  anior 

3à»>   E  srls  (\r  son  pais  tic  cui  cra  senhor 
No  avian  tle  lui  ni  rcgail  ni  leinor 
Euam  jogan  am  lui  co  si  fos  companhor 
E  tttit  sei  cavalier  c  lautre  valvassor 
Teoian  loa  eretges  qui  en  castel  qui  en  ior 

35$  Per  que  foron  deatruit  e  mort  a  desonor 
£1  meteis  ne  mori^  a  mot  granda  dolor 
Dont  l'o  pcccatz  e  dams  per  cela  fort  error 
Poro  nol  vigui  anc  mas  una  vetz  laor 
Quant  lo  roms  de  Tlioloza  prcs  dona  £iîonor 

36o  La  pins  Ixnia  rrina  tnta  îa  holazor 
Que  sia  en  crestias  ni  en  la  paianor 
Ni  tant  can  io  mons  dîn  a  tix>  t'ii  Ici  ra  uiaior 
Tant  de  bc  oon  diiria  ni  tanta  de  Uuzoï 


GftOlSADB  GONtRE  LES  ALflIGEOlS.  S7 
château,  le  Ituidi  sur  le  toir;  après  ([uoi  ils  s^enfiiîrent,  la  335 
lune  dairluisant. ~  (  Mais  )  je  ne  veux  jAus  vous  pailer  de»  Croi- 
aée  de  ce  cdté  ;  — >  il  finit  que  je  vous  ramène  k  ceux  devera  Mont» 
pellîer. — Le  comte  Raymond  les  guide,  et  leur  rend  de  grands 
services: — îl  marche  toute  la  journée  eu  avant,  et  les  met 
héberger — par  ia  terre  du  vicomte,  qui  iui  a  cherché  guerre, —  340 
et  qui  est  le  ùis  de  sa  sccur. 

XV, 

Le  vicomte  de  Bpziers  ne  cesse,  nuit  ni  jour,  —  de  foililier  sa 
terre,  il  était  homme  de  grand  cœur; — aussi  loin  que  s'étende 
le  monde ,  il  n'y  avait  point  de  meilleur  chevalier, — plus  preux,  *45 
plus  libérai,  plus  oouitoia,  ni  plus  avenant.  —  U  était,  (eonune 
j'ai  dit)  le  neveu  dn  comte  Raymond,  le  fils  de  sa  sœiu',  —  et 
bon  catholique  ;  je  vous  en  donne  pour  garants— maint  derc  et 
maint  chanoine  (mangeant)  en  réfectoire,     et  beaucoup 
(d'autres).  Il  était  tout  jeUne,  bien  voulu  de  tous, ~ et  les  3S» 
hommes  de  sa  terre,  ceux  dont  il  était  le  seigneur  ,—n  avaient  de 
lui  défiance  ni  crainte;  —  ils  jouaient  avec  lui,  comme  s'il  eût 
été  leur  égal  ;^maÌ8  ses  chevaliers  et  ses  autres  vassaux^  «jui  en 
tour,  qui  en  château,  maintenaient  les  hérétiques. -—Ik  furent  3SS 
pour  cela  exteiminés  et  occis  avec  déshonneur,  — ^et  le  vicomte; 
luiméme  en  mourut  en  grief  tourment, — -et  par  cruelle  méprise, 
dont  ce  fiit  grand  dommage.  —  Je  ne  le  vis  jamais  qu'une  sente 
fois,— alors  que  le  comte  de  Toulouse  épousa  dame  Éléonore, 
la  meilleure  et  la  plu*  belle  reine  —  qu'il  y  ait  en  terre  chrétienne  *«o 
ou  païi'uiio. — et  dans  le  monde  entier,  si  loin  t|u"il  s'étende  ,  jus- 
qu  à  ia  grande  mer. — Je  n  en  dirais  jamais  tant  de  bien ,  m  tant 

II. 


S8         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Qa«  niMs  en  Uei«  no  wn.  de  preli  e  de  valor 
iK  A  ma  mo  men  lomî  cant  mal  la  nimor 
Lo  veacoms  de  Bezers  e  U  ostejador 
Son  de  sai  Montperiier  poîa  el  milsoldor 
E  intrec  a  Besert  i.  maiti  à  lalbor 
E  eii<|uen  jom  non  lu. 

XVL 

4yo  Ll  boires  do  la  vila  li  jovo  (1  t  a  mit 

Li  petit  c  li  gran  sabon  (|ucl  es  vengutz 
Tost  c  isnelamen  evas  lui  son  venu 
El  lor  ditz  ques  defeadan  a  foraa  e  a  vertu 
Quen  breu  de  termim  seian  ben  locomi 

S7S  — Jeu  men  irai  so  dite  par  lo  cami  batu 
Lai  eves  Garcastona  car  trop  man  atendu 
Ab  aquestas  parauias  sen  es  vials  icbu 
Li  Jusien  de  ia  vila  le  an  après  aega 
E  li  autre  remazo  dolent  e  irascu 

iéo  Lavesqncs  de  la  vila  qui  mot  prudome  fu 
.  Intri't  (If'diiis  Bezers  c  caiit  fo  dichendu 
Al  uioslier  gênerai  on  a  iiiunla  vertu 
Les  fetz  totz  asemblar  c  caii  so  aseu 
Comta  lor  deb  Crozatz  comen  son  esmou 

38&  Quabans  que  sien  prisi  ni  morti  ni  veoeu 
Ni  aian  lors  avers  ni  lor  ames  perdu 
Daco  queli  perdran  cades  lor  seit  rendu 
Si  non  o  volon  bire  areniandiant  tôt  nu 
Ilb  seran  detrencbet  am  bran  daoer  molu 

3«o  Ses  autra  demorea. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  29 

de  louauge  ,—  f|n  il  n'v  ait  en  elle  encore  plus  de  mérite  et  de 
valeur; —  et  je  reviens  à  mon  sujet.  Lorsque  lu bniitarrivc — au  36& 
vicomte  de  Bér.iers,  que  l'iiost  (des  Croisés) — est  en  deçà  de 
Montpellier,  il  monte  sur  son  cheval  de  guerre, — -et  il  entre  à 
Bétien,  un  matio,  á  l'aube, — quand  ii  n'était  pas  encore  jour. 

Le*  boufgeois  de  la  viUe,  les  jirames  et  les  vieia,-»les  petits  Sfo 
et  les  grands,  apinenant  ért  arrivé, — Uà  et  vite  s*6n  vien- 
nent à  lui. —Il  leur  reoonunandé  de  se  défendre  avec  force  et  bra- 
voure,— et  leur  promet  qu^ik  .seront  bientôt  secourus. — ■  Je  37s 
<  m'en  irai  (en  attendmt)^,  4*^*^*  P*^  fOute  battue, — lâchant  à 
«  Carcassonne,  où  je  suis,  attendu.  • —  Sur  ces  paroles,  il  est  sorti 
en  grande  hUe  les  Juift  de  la  ville  font  suivi  de  pris;  — les 
autres  demeurent  marris  et  ddents. — (lirdessxis)  I  evêcjue  da  38» 
Béliers,  ce  graud  prud*homrae , — entra  dans  la  ville ,  etaussitdt 
qu'il  fut  descendu^à  l'église  cathédrale,  où  sont  maintes  re- 
liques, -—il  fit  assembler  tous  les  babîtants  ;  et  quand  ils  sont  assis, 
—  il  leur  conte  que  l'host  des  Croisés  est  en  marche,  — (et  les 
exhorte  à  se  soumettre  )  avam  iju  ils  ne  soient  vaincus ,  pis  nu  inés, 
-—et  qu'ils  n'aient  perdu  leur  bien  et  leur  nv(  r  — >  h  ils  se  sou- 
mettent), tout  ce  qu'ils  ont  pu  perdre  leur  sera  sur-le-champ 
rendu: — s'ils  ne  veulent  le  faire,  ils  resteront  (dépouillés)  à 
nu, — et  de  glaive  d'acier  émoulu  taillés— sans  autre  demeure.  390 


30         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


XVIL 

Quant  ac  lavcsques  sa  mo  afinea 
E  lor  ac  la  paraula  ^ta  o  devîcea 
Prega  loa  ques  acordo  ab  deigues  e  ab  crosea 
Eti  a])ans  que  ilh  passon  al  tranchant  de  lespea 

S9S  Mas  al  mais  del  poblc  sapcbalz  que  no  a^eia 
Ans  dizon  qiies  lairian  ncgar  v  iiiar  salea 
Que  ja  scia  paraula  lus  per  lor  autref^ea 
Ni  no  aurai!  tiel  lor  que  valha  uua  dumea 
Per  que  lor  scnhoria  fos  en  autra  canigea 

400  Nos  cugcn  ges  per  re  ^e  lost  agucs  diirea 
Quabans  de  xv.  jors  fos  tota  desebrea 
Car  ben  tenon  de  lonc  una  granda  legueia 
A  penas  cabon  en  cami  ni  en  estrcia 
Els  de  la  etptat  cujan  que  fos  tant  fort  fennea 
.  M  K  de  murs  tôt  cntoi  n  encîaiira  e  serrea 

Que  du  nips  tôt  entier  no  lagucssan  i'orsea 
Per  so  iW'r  Salaiiios  afi  Aiisti  ia  la  seiieia 
Oiie  daisr)  que  ÎoU  pessa  ialh  Irop  a  la  vegea 
Gant  conosc  li  evesques  la  croiada  es  mesdea 

iio  Ni  presan  son  prezîc  una  poma  peleia 
En  la  mnla  es  montatt  qtie  ei  ag  amenea 
£  vai  sen  vas  la  osl  que  ses  acaniinea 
Cela  qui  ab  loi  sen  idûco  an  la  vida  salveia 
E  çilh  qui  dins  lenuxo  la  an  mot  car  con^iiea 

Ui  Si  co  el  oncns  pog  ses  autra  dcmorea 
A  iabat  de  Cistel  a  sa  razo  romtca 
E  als  autres  baros  que  lan  beii  escoutca 
Quels  tenon  totz  |)ei  nescis  c  per  gent  forsenea 
Bc  sa  bon  que  la  mortz  lor  es  aparelhea 
El  trebalbs  e  la  pena. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  51 


KVII. 

Quand  l'évèque  a  expliqué  sa  raison, —  (quand  ii)  leur  a  dit 
et  annoncé  sa  mission,  —  il  les  prie  de  (nouveau)  de  s'accor- 
der avec  le  deijgé  et  les  Croisés,— avant  f  être  passés  au  fil  de 
Fépée.  '—Mais  ce  parti,  saches,,  n'agrée  point  à  la  majorité  du 
peuple.— Bs  se  laiss«ont,  disent-ib,  noyer  dans  la  mer  salée, 
— avant  d'accepter  celte  proposition;  — ei  personne  n'aura  du  3s5 
leur  un  deûer  v«inBnl,«-tpQw  qu'ils  chaiigeni  leur  (bonne) 
seigneurie  pour  une  antn.— Es  ne  s'imaginent  pas  que  l'host  too 
(des  Croisés)  puisse  durer  (au  ri^e) , — et  qu'avant  qutose  jours 
il  ne  soit  pas  tout  parti; — car  il  occupe  bien  une  grande  lieue  de 
long,'— et  tient  à  peine  dans  les  grands  chemins  et  les  sentiers. 
— Et  (quanti)  leur  ville,  ils  se  la  figurei^  si  forte,  —  si  bien,  4os 
tout  à  l'entour,  Ibnaée  ejt  cbse, — qu'en  un  mois  entier  (les  as- 
si^cants)  ne  l'annient point  fiwcée.'^Maia,  oomme  dit  Salomon 
i  la  sage  reine  d'Orient,      de  ce  qu'a  projeté  un  l»u,  ii  se 
fiùt  trop  en  une  fois. —  Quand  levctpe  voit  que  la  croisade  est  m 
mouvement, — et  que  ceux  de  (Bésiers)  ne  prisent  pas  plus  son  4,,. 
sermon  qu'une  pomme  pelée, —  il  est  remonté  sur  la  muli>  (pi  11 
avait  amenée,  —  et  s'en  va  à  la  n  tn outre  de  l'Itost  qui  est  en 
marche.  —  Ceux  qui  sortirent  avcr  lui  sauvèrent  leur  vie,  —  et 
tcux  qui  restèrent  dans  la  ville  le  payèictji  cIkt.  —  Aussi  (vite)  ^,5 
qu'il  peut,  sans  dcn>eurc  attctme , — i'évêquc  rend  conipte  tle  sa 
mission  à  l'abbé  de  Cîteaux  —  et  aux  antres  baron<i  de  l'armée, 
qui  l'écoutcnt  attentivement. — Ils  tiennent  ceux  de  Béziers  pour 
gcnt  lollc  et  lorcenée, — et  voient  bien  que,  pour  eux,  s'apprêtent 
ica  douleurs,  — les  toiurments  et  la  mort. 


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52         CROISADE  CONTRE  LES  ALRIGEOIS. 

XVIII. 

3o  fo  a  una  festa  con  dit»  k  MagdilenA 
Que  lahas  de  Cistel  sa  grand»  ost  amena 
Tmtota  entorn  Bezcrs  albcrga  sus  larcna 
Er  euh  que  a  quels  dodins  crrsca  trcbalhs  e  pena 

4»5   Cane  la  ost  Mcnalau  cul  Paris  lolc  Elena 

No  iiquoron  tant  trap  eU  portz  desotz  Miscena 
Ni  tan  rie  paualho  de  nuits  a  la  serena 
Com  cela  dels  Frances  ques  fors  del  coms  de  Brena 
'    Non  ae  bavo  en  fVanM  noi  fes  aa  caranlnu 

iSo  Al»  baro»  de  la  vila  fo  donc  malvada  estrena  * 
Qui  lor  dec  par  coselh  caioela  dioneia 
E  floen  paloteîar  en  Iota  k  semana 
Ar  aujalx  que  fazian  aqucsta  gens  vilana 
Que  son  plus  fol  c  nescî  que  no  es  la  balena 

43S  Ab  lors  penoncels  blancs  que  agro  de  vil  tek 
Van  corren  per  la  ost  crîdan  en  auta  alena 
C.ujols  ospaventar  com  fai  auzels  davena 
Can  los  crida  eU  uca  v  sos  drapels  démena 
Maiti  can  fai  jorn  clar. 

XI5C 

44o      Gan  io  rei  dek  arlots  los  vit  palotekr 
Contra  loat  dda  Fftnces  e  braire  e  cridar 

Ezun  crozat  Frances  audre  e  peneiar 
Cent  kgroo  kit  dun  pont  per  forsa  trabucar 
Totz  SOS  truans  apela  c  fais  esems  justar 
4(5  En  auta  votz  rscridan  anem  los  esarrar 
Tantosl  com  o  ag  dit  sen  vau  apareibar 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIÛEOISl  55 


XVIII. 

Cétait  la  fête  que  Ton  nomme  la  Madclaïae,  —  quand  l'abbô 
de  Cîteaux  amène  lo  grand  host  (de»  Croisés),  —  qui  tout  entier 
rampe  à  l'entour  de  béliers,  sur  le  snhiiv  — Cfsl  alors  que  rtv 
doublent  pour  conx  de  dedans  le  mal  et  lo  péril  : — car  jamais  4i5 
rhost  de  MéiK  las,  à  qui  Pâris  enleva  Hélène, — ne  dressa  tentes  si 
nombreuses  à  Mycènos,  devant  le  port,  —  ni  si  riches  pavillons, 
de  nuit ,  par  le  serein,  — que  celui  des  Français  cl  du  comte  de 
Brauip,  là  (sous  lif/iors}.  —  11  n'y  eut  baron  en  Fiance  qui  n'y 
lit  sa  quarantaine.  —  O  la  mauvaise  ctrenne  qu'il  lit  aux  liabi-  4)0 
tant»  de  la  ville, — celui  qui  leur  donna  le  conseil  (de  sortir)  en 
plein  jour,— et  d'escarmoucher  fréquemment  toute  la  semaine  I 
—  Car  sachez  ce  que  Oitsait  cette  geni  diétive , — cette  gent  plu» 
que  baleine  ignare  et  folle  : — avec  les  bannières  de  grosse  toiie  Hh 
blanche  qu'ils  portaient,  —  ils  allaient  courant  devant  les  (Groi- 
a^)f  criant  à  toute  haleine  ;  —  ils  pensaient  leur  faire  épouvan- 
tail,  comme  on  &tt  à  de»  oiseaux  (en  dump)  d'avoine,—  en 
huant,  en  braillant,  en  agitant  leurs  enseignes,-^ le  matin ,  dés 
qu'il  fait  clair. 

XIX. 

Quand  le  roi  des  ribauds  les  vit  (ainsi)  escarmouclicr, — 
braire  et  (  ru^r  contre  rimst  de  France  ,  —  et  mettre  en  pièces  et  à 
mort  un  Croise  IVaii^is, —  après  l  avoir  de  force  précipité  d'un 
pont ,  —  il  appelle  tous  ses  truands ,  il  les  rassemble  —  en  criant  à  tv* 
haute  voix  :  •  Allons  les  assailUrt*  — Aussitôt  qu'il  a  parlé,  les 
ribauds  courent  s  armer— chacun  d*une  masse,  sans  autre  ar^ 
I.  S 


y 


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CROISADE  CONTRB  LES  ALfifQEOIS. 

Casciis  duna  masseta  calres  no  ao  som  par 
Plus  son  de  xv.  melia  qiie.'QO  an  que  eauaar 
En  camiias  e  en  bragas  comensan  a  anar 

iio  '  Trastot  entora  la  tlla  per  los-mura  derocar 
• .  '  -  iw  eU  valau  saiiatan-.  e  pitecoa  -ptear  ' 
.E|s  «utfea  4  las  portas-franher  e  peciar 
Lî  borzes  canl  o  viro  prepos  a  cspaventar 
E  cols  (Je  la  ost  cridan  anom  nos  tuit  antiar 

i&d  La  donrs  virât?,  tal  proisha  a  la  vila  iiitrar 
Per  loisa  laii  los  iiuiis  ;il  diiis  (lr/.;iin[mrar 
ÌL  lemtKis  r  clans  se  preiulo  a  |ioitar 
£  van  seu  a  la  gleiza  c  fan  lus  senlis  sonar 
No  an- plus  on  giandir. 

XX. 

,4«9      Là  borzea  de  la  vila  virols  Grosatz  venir 
E  lo  rei  dcls  arlotz  que  los  vai  envazir 
Els  Inians  eb  fossati  de  totas  partz  salhir 
E  los  murs  pessiar  e  las  portas  ubrir 
E  los  Frances  de  lost  a  «rran  preissa  garnir 
Be  sahou  e  lor  coi*  tjiit;  nos  poiian  tenir 
Al  mostcr  gênerai  van  illi  plus  lost  iiigir 
Li  prestre  e  li  clerc  sanero  revcslir 
Ë  fan  sonar  los  senhs  cum  si  volguesaan  dir 
Messa  de  mortuorum  per  cors  mort  sebelhir 

470  Cant  venc  a  la  perfi  no  los  pogron  sofrir 

Quel  tnians  no  i  intressou  quels  estais  van  sazir 
Aitals  CD  élis  volon  que  be  î  pogron  causir 
Cadaus  si  so  vol  x  ùl  ve  a  |dasir  ■ 
Li  ribaut  foTOn  caut  no  an  paor  de  morir 

475  Tôt  cant  pogron  trobar  van  luar  e  aiicir 

•     £  las  grans  manentias  e  pente  e  sasir 


CaOISAOS  €0)ITRB  LB».AIiSICSBOf8.>  K 
inuM.-xxIls  80Bt.|riw  dft  4|uìbm  initt«,  towsaas  duduslire;— 
(tous)  en  chepniae  el  «n  bAîe»;  ili  m  in«flt6nf  6«  tnWiiâie,  — 
tout  autour  dé  k  vi&e ,  pour  abattre  les  murs  ;-^il8  se  jettent  ^ 
dans  les  fossés  y  et  se  |H«nnent  (les  ans  )  à  tràvsiller  du  pic ,  —  les 
autres  à  briser,  i  fracasser  les  portes. — Voyant  cda,  les  bour^ 
geois  commencent  à  s'effiayer  /«^  et,  de  leur  côté,  ceiu  de  f  host 
crient:  «  Aux  armes,  tousl  (aux  prfnml  )  • — Voiu  les  ifariex  vus  4&s 
•lors  s'avancer  en  fovde  contre  la  villes  — ^ef  de  forte  repousser 
des  remparts  les  habitants, — qui ,  emportant  leun  enfants  et 
leurs  femmes, — se  retirent  à  l'ég^isé  et  ibnS  sonner  les  doches , 
—n'ayant  plus  d'autre  refuge. 


XX. 

Les  bourgeois  de  Béziers  voient  contre  eux  venu — <>t  en  .fio 
^ande  bâte  s'amier  les  Français  dp  Vhnsi ,  —  tandis  que  le  rf>i  Hes 
ribauds  les  assaille, — et  que  ses  tniaucis  de  toutes  parts  rem- 
plissent les  fossés ,  —  brisent  les  murs  et  forcent  les  portes  ;  — 
ils  sentent  bien  en  pii\-nit'ines  <ju'ils  ne  peuvent  insister,  —  et  *** 
se  réfugient  au  plu»  vite  dans  la  cathédrale.  —  Les  prèfres  et  les 
clercs  vont  se  vêtir  (de  leurs  ornements),  —  fiant  sónner  les 
cloches  comme  s'ils  allaient  chanter — la  messe  des  morts ,  pour 
ensevelir  corp^  de  trépassés;  —  mais  ils  ne  pourront  empêcher  ^i" 
qu'avant  la  messe  dite  —  les  truands  n'entrent  (dansTéglise)  :  ils 
sont  déjà  entrés  dans  les  maisons; — ils  forcent  celles  cpi'ils  veu- 
lent; ils  en  ont  large  choix, — et  chactm  d'eux  s'emparis  libre- 
ment de  ce  qui  lui  plaît. — Lesiibauds  sont  ardents  (au  pillage); 
ils  n'ont  point  peur  de  la  mort  ;  —  ils  tnent ,  ils  égoigeat  tout  ce  47S 

qu'ik  rencontrent.  —  Ils  amassent  et  font  (dé  tous  cdtés)  grand 

5. 


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.56         CROISADE  COffTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Tost  temps  ne  seran  rie  so  pudon  retenir 
Mm  en  htm.  éb  temtm  lor  o  er  obs  a  gurpir 
Quel  barna^es  de  Franaa  aea  Toldra  revestir 
Sitôt  80  an  ilh  pris. 

XXL 

Lf  l).'ii  niit"L'S  tlo  Fransa  e  sels  drvas  Pari» 
E  il  clerc  t»  li  iaïc  ii  prinrops  »'ls  ntan.liis 
F!  li  un  e  li  autre  an  entre  loi  eaipns 
Que  a  cai(|ue  castel  eu  que  U  oui  vcnguis 

MS  Que  nos  volgue»san  redre  entro  que  lest  les  prezis 
Quancson  a  la  espaxa  e  quom  le»  auceiîs 
E  pois  no  trobanan  qui  vas  lor  se  teoguis 
Fer  paor  que  aurian  e  per  so  cauran  vist 
Que  sen  près  Monreials  e  Fanjaus  el  pais 

4go  E  si  aiso  no  fos  ma  fc  vos  en  pievis 

Ja  nn  foran  eneara  pcr  lor  iorza  comquis 
Perso  son  a  Bezers  destruit  e  a  mal  mis 
Que  trastotî!  \os  aucisdron  no  lor  podo  tar  pis 
E  loU  &c)s  auci^lau  quel  mostier  se  son  mis 

49»  Que  nols  pot  gandir  crots  autar  ni  crusifis 
E  lo»  clercs  auciàan  li  fols  nLautz  mendies 
£  femnas  e  e&ns  cane  no  cug  us  nichis 
Dieu»  recepia  las  armas  sii  plats  en  paradis 
Cane  mais  tan  fera  mort  del  temps  Sarrazinis 

Soo  No  euge  que  fos  l'aita  ni  corn  la  cossentis 
Li  ^arìT  per  los  osdals  can  puis  se  son  assis 
Que  trobon  tott  daver  e  maucns  e  farsis 
Mas  Frances  cant  o  viron  per  pauc  no  rabgen  vis 
Fors  los  gictan  ab  pals  com  si  foasan  mastis 

SoS  E  melon  els  albers  les  «avals  ds  roc» 
Que  la  fors  paishol  prat 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  57 

butin:  —  iis  en  seraient  riches  àjamais,  s'ils  pouvaient  le  giinler; 
—  mais  il  leur  faut  bientôt  l'abandonner;  —  les  barons  de 
France  s'en  emparent —  sur  eux  ^ui  l'ont  fait. 


XXI. 

Les  baron»  de  France ,  ceux  devers  Paris ,  —  clercs  et  laïcs, 
marquis  et  princes ,  —  entre  eux  sont  convenus  —■  qn^en  tout 
cbftteau  devant  lequel  f  host  se  présenterait  *  — '  et  qui  ne  voudrait  m 
point  se  rendre  avant  d*ètre  pris,  —  (les  habitants)  fussent  livres 
i  répée  et  tués ,  —  (se  figurant)  qu'après  cela  ils  ne  trouveraient 
plus  personne  quitínt  contre  eux,  à  cause  de  la  peur  que  Ton 
aurait  pour  avoir  vu-» ce  qui  en  avint  à  Montréal,  à  Fanjeaux  et 
aux  environs.  ^  Et  si  ce  n*êút  ^é cette  (peur) ,  jamais ,  je  vous  en  49» 
donne  ma  parole,  ««—(les  hérétiques)  n'auraient  été  soiimis  par 
la  force  (  des  Croisés).  —  C'est  pour  cela  que  ceux  de  Bésiers  fu- 
rent (si)  crueliement  trûtés.  —  On  ne  pouvait  leur  &ire  pis  :  on 
les  égorgea  tous;  ~on  égorgea  jusqu'à  ceux  qiù  s'étaient  réfugiés 
dans  la  cathédrale; —  rien  ne  peut  les  sauver,  ni  croix,  ni  cru-> 
cifix ,  ni  autel.  —  Les  ribauds,  ces  fous ,  ces  uiisérabies  !  tu('renl 
les  clercs,  —  lesieuaues,  leseulauts;  il  n'en  échappa,  jt- «;i ois, 
pai»  un  seul.^ — Que  Dieu  reçoive  leuis  âmes,  s'il  lui  plaît,  on 
paradis  !  —  car  jamais ,  depuis  le  temps  des  Sarrasins  ,  si  fier  c  ar- 
nage — ne  lut,  je  pense,  résolu  ni  exéciité.  —  Après  «ela,  les 
goujats  se  répandent  par  les  maisons,  —  qu'ils  trouvent  pleines  et 
regorgeant  de  richesses.  —  Mais  peu  s'en  faut  (|ue,  voyant  cela, 
les  Français  n'étouffent  de  rage  :  —  ils  chassent  les  ribauds  à  coups 
de  bAton,  comme  mAtins,  —  et  chargent  le  butin  sur  les  chevaux  m 
et  les  rottssina  -~  qui  sont  là  »  dehors,  à  paître  l'herbe. 


38         CROISADE  GONTaB  LBS  ALBIGEOIS. 


XXII. 

Le  Teîs  e  li  ailot  cuj««ii  estrc  gais 
Dels  avers  que  an  pires  e  rie  per  tots  temps  mais 
Quant  sels  lor  o  an  toit  tag  escrian  a  i .  &is 

Sio  A  foc  a  foc  escrian  li  gartz  tafur  pudnais 

Doncs  aporton  las  falhas  tam  grandas  quoro  va  rais 
La  clutatz  son  espron  c  Irva  se  losglais 
La  vila  ars  trastota  de  loue  e  de  biais 
Aisi  ars  e  rumcl  Uaolf  ccl  del  Camhrais 

.'n5  l-na  rica  ciutat  que  es  de  près  Doais 

Poichas  len  blasmet  fort  sa  maire  nAkiais 
Pcro  et  lan  cujet  ferir  sus  en  son  cais 
Gant  cet  sentirol  foc  cascus  areires  trais 
Donc  arson  las  maizos  e  tnstots  los  palais 

Sao  Mot  gonios  i  ars  mot  elme  e  mot  gambais 
Que  foron  laits  a  Chartres  a  Blaia  o  a  Koais 
E  mota  bona  roba  com  cove  qnr  la  l;us 
E  ars  lot?  lo  mosticrs  quo  fetr  m;u'strf  Gcrvais 
Pel  mieg  Inc  se  fendec  \wi  la  caior  e  frais 

ii5  Un  cazeron  dos  pans. 

XXIII. 

Senhon  mot  fo  lavars  meravilhos  e  grans 
Que  a^en  de  Besers  los  Francea  els  Normans 

Que  a  tola  lor  vida  ne  fore  mais  manans 
Si  no  fossols  arlot/.  am  los  r;iilious  Inians 
&3o   Que  arseron  la  vila  las  inollicrs  ois  efaus 

!•:  los  vclhs  e  los  jovcs  cls  clercs  messa  cantans 
Que  eraa  revestit  ins  cl  niostier  laîans 
Très  joras  an  sojoinsit  en  ip-^  piatz  verdeians 


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GftOlSADE  GONTRK  LES  ALBIGEOIS.  59 


XXII. 

Le  roi  desribauds  etlessieiu,  (qui)  se  tenaient  pour  fortunés, 
—  et  riches  à  jamais  de  Tavoir  qu'ils  avaient  pillé,  —  se  mettent  à 
vociférer  quand  les  Français  les  en  déponillent.»*  A  feu!  à  feu!  * 
s'écrienl^iis,  les  sales  bandits.  —  Et  voilà  qu'ils  apportent  de 
grandes  torches  allumées  :  — ils  mettent  le  feu  k  la  ville,  et  le 
0éau  se  répand.  La  vitte  Iwûle  tout  entière  en  long  et  en  tra- 
vers. — Ainû  Baoul,  celui  de  Cambray,  embrasa  et  brAla — cette 
puissante  cité ,  voisine  de  Donay  de  quoi  le  bléma  (si  ]  Ibrt  sa 
mère,  dame  Adélaïde ,  ~  qu'il  voulut  la  frapper  sur  la  face.  — 
Sitôt  que  Ton  s'aperçoit  du  feu,  chacun  fuit  à  Fécart: — tout 
brûle  (alors),  les  maisons  et  les  palais;  —  et  (dans  les  palais,  les 
aitnures),  mainte  cotte,  maint  heaume  et  maint  jambard,  —  (pii 

I 

avaient  été  faits  à  Chartres,  à  Blave.  àEdesse.  — H  v  périt  force 
riche  bagage  qu'il  i'al lut  uLaïuloiinoi-. — lirùlci-  uu.ssi  iut  la  cttlir^ 
drale,  bâtie  par  maître  Gervais; — de  l'ardeur  (de  la  flamme  ; 
elle  éclata,  et  se  fendit  par  le  milieu,  —  et  il  en  tomba  deux 
pans. 

XXiU. 

Gnnd,  seigneurs,  et  merveilleux  eût  été'- le  butin  qu'auraient 
en  de  Béliers  les  Françab  et  les  Normands,  —  et  ils  en  auraient 
été  pour  toute  leurvie  enrichi»,'^  si  ce  n'eût  été  le  roi  des  ribauds 
etieschétifs  va^bonds— qui  brûlèrent  la  ville  et  y  massacrèrent 
les  femmes,  les  eniants,  —  les  vieun,  les  jeunes  et  les  prêtres, 
messe  chantants ,  —  vêtus  (  de  leurs  ornements  ) ,  là-haut ,  dans  la 
cathédrale.-— LesCroiaétsont-i:eBtés  trois  jours  dans  lesprés  ver- 


40         CaOISADE  CONTRE  LES.  ALBIGEOIS. 

Al  quart  jura  soD  moguts  GttvaÌier  e  liijaii» 
5SS  Per  la  tenra  «pies  plana  que  noi  a  dcatvuliaiis 
Lora  estandarU  dvestata  contrai  vent  banoians 
A  un  dimarU  al  aer  a  lu  vespras  sonana 
VcngTO  a  Carcassona  on  eran  dina  dolans 
Pt  I  la  mort  de  Bezers  quieu  vos  ai  dit  davans 
sio  K  lo  vescoms  estoc  pels  murs  e  pels  anibana 
K  esgarda  la  est  don  es  maravilhans 
A  cossclli  apelec  cavaliers  o  sirjans 
Sels  qui  so  bo  per  armas  ni  iiiiiiiori>  combatans 
Anatz  baro  dit»-el  montatz  eb  alferans 
S4S  Iscam  noa  en  lài  focs  e  aîam  quatre  aans 
De  tots  aioeb  que  an  milhora  cavab  corrana 
Ans  que  aîa  noit  escnra  ni  lo  aolela  oolcana 
Podem  ceb  desconfir  que  aon  per  ceb  pendana. 

XXIV. 

Senhors  ditz  lo  vescoms  totz  vos  aparelhati 
òbo  Anatz  pendre  las  armas  en  los  cavals  montats 
Tuit  ensemble  en  lost  cuminalmcnt  liratz 
Per  fe  ditz  P.  Hotgicrs  aifw»!  de  Cabaratz 
Per  cosspîh  ([Uteu  vos  do  la  fors  non  issnatz 
Si  gardait  vostra  vila  eu  cug  que  assatz  iaratz 
S5$  Quels  France»  al  mati  cao  se  seran  dinnatx 
Sapropiaran  vas  vos  josta  vostres  foasaiz 
Laiga  vos  voldran  toire  don  vos  iuit  abeoratz 
Donc  i  aia  tans  oolps  e  feríts  e  donats 
A  sest  ooaselh  aacordan  trastots  les  plus  senatz 
La  gaîta  fiin  fors  faire  dels  cavaliers  annatz 
Trastot  entorn  la  vila  que  es  mot  fort  asati 
Que  Karles  lemperaire  le  forts  reis  coronatz 
Les  tenc  plus  de  vu.  mes  so  diaon  asetjati 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  41 
doyanl»,— elle  quatriimeik  partent  (tous),  sergents  et  chevalière, 
—  par  la  plame  campagne  où  rien  ne  les  arrête,  —  et  les  ensei-  &35 

gnes  levées  qui  flottent  au  vent.  —  Un  mardi  soir,  aux  vêpres  son- 
nantes ,  —  ils  arrivent  à  Carcassonno  .  où  tons  claicnl  dolents  — 
du  massât  re  de  Béziers,  que  je  vons  ai  tout  à  l'heure  raconté.  — 
isur  les  mnrs  et  dans  1rs  galeries  allait  le  vicomte,  —  considérant  à4o 
l'bost  des  Croisés,  dont  il  s'éuiervcilic  ifort); —  il  appelle  en  con- 
seil ses  chevaliers  et  ses  sergents,  —  ceux  (jui  southons  (hommes) 
d'armes  et  les  meilleurs  en  guerre. —  «  Aiiez ,  barons,  leur  dit-il, 
•  montons  sur  nos  cheva  ux ,  — sortons  par  là-bas,  hors  (de  la  ville), 
«  et  soyons  quatre  cents — de  ceux  qui  ont  les  chevaux  les  mieux  S4S 

■  courants. — Avant  que  le  soleil  soit  coucltc  et  la  nuit  noire,  ~ 

■  nous  pouvons  déconiire  ceux  qui  sont  (épars)  sur  ces  collines.^ 


XXIV. 

*  Seigneurs,  dit  le  vicomte ,  apprètex-vous  tous ,     ailes  pren- 

■  dre  vos  armes,  montes  sur  vos  chevaux,  —  et  frappes  tous  en- 
m  semble  et  à  la  fois  sur  Thost  (des  Croisés).  •  —  «  Par  ma  foi,  dit 
€  P.  Rogers,  celui  de  Cabaret,  au  conseil  que  j'ai  à  vous  don- 
«  ner,  vous  ne  sortirex  point  par  là-bas;  —  si  vous  gardes  votre 

■  ville,  asses  feres-vons ,  je  pense.  —  Les  Fran<,<ais,  sur  le  matin, 

•  quand  ils  auront  dîné ,  —  s'approcheront  de  vous,  le  long  de 
«  vos  fossés, —  et  chercheront  à  vous  couper  l'eau  dont  vous  vous 

•  ahreiivez.  —  ( Sortez  alors),  et  qu'il  Y  ail  lí»  force  coups  donnés 
«  et  irappéii.  »  —  Les  plus  prudents  se  rendent  tous  a  ce  conseil: 

—  et  l'on  établit  un  guet  do  chevaliers  iumes, —  dehors,  et  d6o 
tout  à  l'entourde  la  ville  qui  est  des  plus  fortes:  —  car  (Charles, 

l'empereur,  le  puissant  roi  couroané,  —  la  tint,  dit-ou,  plus  de 
I.  6 


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42         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


Quanc  uoli»  pce  conqueire  les  iuvhers  mia  estatz 
Lis  tors  H  sopleino  ean  il  ten  Ib  aiwu 
56S  Per  que  pois  la  comquis  can  lai  fo  retonaU 
Si  la  ^sta  no  men  aiso  fb  veriuts 
Questiers  no  la  pendreiu. 

XXV. 

Lo  vescoms  de  Bezers  ses  la  noit  ben  gaitets 
A  lalba  parcichant  ses  al  mati  levetz 

570  E  li  baro  de  Fransn  can  se  foron  disnetz 
Se  son  per  tota  lost  cominalment  aniiclz 
K  cels  de  Carcassona  m*  son  apan'lliclz 
Lo  jorn  i  ac  mans  colps  e  Îeriu  c  douelz 
E  duna  part  e  dautra  mortz  e  cssanglentctz 

57&  Mots  Crosats  i  ac  mortz  e  motz  csglazietz 

E  dedins  a  icham«nt  trop  morts  e  trop  na&etz 
Mas  li  baron  de  lost  se  son  tant  eforsets 
Que  lor  bore  lor  an  ars  trastot  tro  la  ciplets 
Es  an  los  aîsi  fort  entorn  revironctz 

&s«  Que  laiga  lor  an  touta  ques  Audes  apeletz 
Peircrras  e  calabres  an  contrai  mur  drossct 
Onel  fpron  nnit  i*  jorn  e  de  lonc  e  de  letz 
Aujal/.  quinha  vtMtul  i  fp  donr  domni  Dieus 
Que  li  archalcstii  rs  fjuerati  ol  lors  luonletz 

à«D  CaJi  cujan  en  lost  traiiL'  1101  vait  luii  a  aiaitetz 
Li  cairel  de  lor  aie  loi  cason  cls  fossetz 
Gertas  eu  aosi  diire  e  sai  ques  veritetz 
Que  anc  corbs  ni  votors  ni  auzels  cane  nasquets 
No  volet  en  la  ost  en  tôt  aisd  estetz 

S90  £  poichas  de  vitalha  i  ac  si  a  plantets 

Donec  om  xxx.  pas  per  .1.  denier  monedetz 
La  sal  del  sali  prendo  e  aqai  el  an  caigets 


CK01Ì>AI)E  CONTRE  LKS  ALBKiKOlS.  43 
sept  ans  assiégée ,  — sans  pouvoir  la  prendre  d'hiver  ni  d'été. — 
Mais  le.s  tours  s'inclinèrent  devant  lui  quand  il  fut  parti ,  —  de 
Jàcon  qu'il  la  prit  ensuite  quand  il  revint,  — si  la  geste  ne  ment 
pas;  c'est  vérité*  —  qu'il  ne  l'eût  pas  prise  autrement. 

XXV. 

Le  vicomte  de  Bésiezs  a  &it  fiûre  bon  guet  toute  la  nuit,  —  et 
s'est  levé  le  matin  au  point  de  f  aube.  —  Les  barons  de  France,  S70 
quand  ib  ont  dîné» — se  sont  par  tout  Tfaost  armés  tous  à  la  fois. 

—  Et,  de  leur  côté ,  ceux  de  Carcaasonne  se  sont  apprêtés.  — 
Aussi  y  eut-il»  dans  la  journée,  force  coups  donnés  et  frappés, 

—  et  de  part  et  d'autre  des  blessés  et  des  morts.  —  Maints 
Croisés  y  furent  tués,  msints  en  péril  [de  l'être  ) ,  —  et  il  y  eut 
de  même  (dans  la  ville)  beaucoup  de  morts  et  de  navrés. — Mais 
les  barons  croisés  ont  fait  de  si  grands  efforts  (de  bravoure),  — 
qu'ils  ont  lirúlú  lout  le  faubourg  jusqu'à  la  rite,  — rt  dt  toutes 
parts  serre  '  les  assiéf^és  1  tie  .si  près,  —  qu'ils  leur  ont  enlevé  l'eau 
(courautc^  que  l  un  noniine  Au(l(>.  —  lis  ont,  contre  les  murs, 
dressé  calabrps et  [)ierrieri,,  —  qui  Ici»  battent  nuit  et  jour,  tout 
du  long  tl  tout  (In  baut.  - —  (Or),  écoutez  quel  mirarlr  fit  \h 
Dieu  Noire  Seigneur  : — les  arbalétriers  qui  sont  montés  sur  les 
tours  (de  la  ville) ,  —  pensent  tirer  sur  les  Croisés,  et  nul  ne  tire 
à  mi-ehemin.  —  Les  flèches  de  leurs  arbalètes  tombent  dans  les 
fossés. — J'ai  ouï  dire  (aussi),  et  je  sais  que  c'est  vérité, — que 
corbeau  ni  vautour,  ni  nulle  autre  espèce  d'oiseau  —  ne  vola 
sur  rboat  des  Croisés,  de  tout  cet  été; — et  il  y  eut  de  la  victuaille 
en  telle  abondance,  —-que  Ton  donna  trente  pains  pour  un  de- 
nier monnayé;  —  ils  enlevèrent  le  sel  des  salines,  le  chaigérent 

6. 


44  CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  aqui  rt'stauieion  so  fion  son  mescabetz 
Sel  pa  au  perdul  eu  aquo  an  gazanheU 
&95  Mas  nuUis  non  al  cabal  so  sapcbftts  recobreU 
Ans  cug  que  plus  lor  coet. 


XXVI. 

So  fo  en  aqnel  mes  com  apek  aobt 
Que  fo  a  Carcassona  traatot  enlom  la  ost 

Lo  reis  P.  dArago  i  es  vengutz  mot  tost 
600  Ah  lui  c.  cavaliers  quamcna  a  son  cost 

Ccis  de  la  ost  se  dinnan  e  mangen  carn  enrost 
Can  los  viro  venir  no  so  mia  cscost 
Aus  auerou  vas  lui  li  priuceps  ell»  prebost 
Il  les  saludet  gent  il  li  an  gent  re»po9t 
toi  Be  sîaU  vos  vengutz. 


XXVII. 

En  un  prat  desoU  iaiga  c  latz  .1.  boi  folbut 
Ac  lo  coms  de  Toloza  son  riche  trap  tendut 
Lai  PS  nio  spnbel  reis  c.  li  seu  decliendiit 
Que  son  de  Catalonha  e  dAra^on  vciigiit 

610  Cau  se  Îoron  dinnat  e  que  agron  hegut 
Monta  el  palafre  que  era  bais  ci  t  au  t 
Ë  intra  en  la  vila  ses  arma  e  ses  escut 
Très  comptnhos  menet  lhautre  son  remasut 
Lo  vescoms  cant  lo  vi  contra  lui  es  conrut 

61&  E  tuit  sei  cavalier  qui  nan  gran  gaug  agut 
Que  cnjan  per  lui  estre  la  doncas  niantengut 
Quilh  cran  sei  omes  sei  amîc  e  sei  drut 
E  si  se  foran  ilh  mas  non  es  pas  vengut 
Que  dl  non  a  poder  ni  (bna  ni  vertu 


CROISADE  GONTRB  LC8  ALBIGEOIS.  kB 

sur  des  bêtes  de  somme,  —  et  se  rciiicni  ;iinsi  do  l  e  doni  ils 
avaient  été  privés  (à  Béziors);  —  s'iU  perdu  t^nt  ià,  ici  ils  gagnè- 
rent ;  —  nul  cependant,  sachez-le  bien,  uo  recouvra  ce  qu'il  avait 
dépensé  :  —  la  croisade  leur  coûte  encore  davantage. 

XXVI. 

Ce  fut  en  ce  mois  que  Ton  nomiiie  août—  que  Tennée  des 
Croisés  se  trouva  léunie  devant  Carcaasonne.— Le  roi  P.  d'Ara^n 
y  est  veikii  bÌMitdt,  — avec  cent  chevaliers  à  sa  solde*  qu*il 
amène.  — Les  Croisés  sont  k  dîner,  mangent  eliair  xAtie, — 
qui,  les  voyant  venir,  ne  se  sont  point  cachés  :  —  loin  de  là,  les 
nobles  barons  et  les  che&  sont  allés  au-devant  du  roi  ;  le  roi 
les  salue  courtoisement,  et  courtoisement  ils  lui  répondent: — 
«  Soyes  le  Bien  venu,  » 

XXVII. 

Dans  un  pré,  la  long  de  f  eau,  à  c6té  d'un  bois  bien  feuitté,^ 
le  comte  de  ïoulouae  avait  dressé  son  ricbe  pavillon.  —  Là  est 
descendu  mon  seigneur  le  roi ,  avec  les  siens ,  —  qui  arrivent  de 
Catalogne  et  d*Aragon.  —  Quand  Us  ont  mangé  et  bu,  —  le 
(roi)  monte  sur  son  palefroi  bai,  à  beaux  crins, — et  entre  dans 
la  ville  sans  annes  et  sans  écu  ;  —  il  amène  avec  lui  trois  cheva- 
liers; les  autres  sont  restés.  —  Le  vicomte,  dès  qu'il  Ta  vu,  est 
accouru  aurdevaitt  de  lui,—  avec  tousses  chevaliers,  qui  en  ont 
eu  grande  joie.  — Ik  sfimag^nent  quils  vont  être  par  lui  secourus, 

—  car  ils  prétendent  être  ses  hommes,  ses  amis  et  ses  proches, 

—  et  vraiment,  ils  l'étaient!  Mais  il  n'est  (là)  venu,  — sans  pou- 
voir, sans  autorité,  sansioixe  (comme  il  est),  —  que  pour  inier- 


A«         CaOfSADC  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

•   bao  Mas  cant  so  de  preguieira  si  cl  ne  fos  creiut 
Ld  vesoúm*  î  ha  o^mtat  co  li  es  avengia 
De  1«  mort  de  Beien  e  com  ilh  hfi.  perdut 
£  com  lhan.  son  pais  gastat  c  cofondut 
Cant  be  lot  eicoutat  lo  reîs  1«  reapondut 
6sS  Baro  ao  dltz  lo  rcis  pcr  lo  scnhor  Jeshus 

No  mon  devets  blasmar  quieu  vo»  ai  defeodut 
Que  ca&sesatz  orel^es  e  vos  ai  somonutz 
Si  que  en  esta  vila  en      mans  plaitz  teoilU 
Daisesta  fola  erransa. 


XXVIIL 

*^       Vescomte  dilz  lo  rcis  do  vos  ai  gran  pcsansa 
Car  ctz  en  tal  Irrballi  ni  en  ailal  balansa 
Per  unas  folas  gens  e  per  lor  fola  en-ansa 
Aras  no  sai  icu  als  mas  cant  de  la  acordansa 
Si  o  podcm  trobar  ab  lo»  baro»  de  Fianaa 

635  Que  aeçon  Dieu  e  segon  ma  aemblaasa 
Ja  per  autre  batalba  ni  deacut  ni  de  lansa 
Non  poiriatK  e  penas  aver.milha  eaperanaa 
Tant  es  grande  lor  oat  per  que  men  pren  doptans 
Que  nous  puscatz  tenir  can  venga  a  la  fiansa 

6io   Vos  avet/.  en  la  vila  qurs  fortz  giaiida  dansa 
Si  nni  ^gtics  tal  gcnl  ni  tanta  daniasansa 
De  li  MMias  i'  (Irlaiis  (jiK-  M'gon  nia  seinblansa 
Ikn  puii  ial2  encaia  aver  cale  alegransa 
Tant  soi  par  vos  iratz  e  men  pren  gran  pitansa 

<4S  Per  lamor  quieu  yob  pmt  ni  per  la  conoisansa 
Non  ea  rea  quieu  voa  fea  aene»  gran  malestanaa 
Lo  veaooma  qui  mot  val  la  sua  acordansa 
E  delà  baros  quel  an. 


CROISADE  GONTBB  LfiS  ALBIGEOIS.  kl 

céder  (pour  eiu) ,  si  Ton  veut  Técouter.  —  Le  vÎGomte  rînforme 
de  ce  qui  lui  eat  arrivé;  (il  lut  conte)—  le  masMcre  de  Bétien, 
comment  tt  *  perdu  (h  ville),  —  et  comment  toute  sa  terre  a 
été  dévastée  et  ravagée.  —  Après  Favoir  bien  écouté,  le  roi  lui 

répond:  — «Baron,  lui  dil-il,  par  Jésus  Notre  Seigneur,  —  *** 

•  vous  lie  devez  point  me  blâmer,  car  je  vous  ai  défendu;  —  je 

•  vous  ai  (aussi)  exhorté  à  chasser  les  hérétiques,  —  et  cette  folle 
«  croyanco  au  sujet  de  laquelle  ont  eu  lieu  —  maiots  parle- 
«  naents  dans  cette  ville. 

XXVIll. 

•  Vicomte,  fait  le  roi .  |'ai  }j;ran(l  eliagriit  de  vous  ,  —  de  ee  que; 

•  vous  êtes  en  telle  tourmente  et  en  tel  péril,  — pour  une  folie 

•  race  et  pour  une  folle  erreur. — Je  n'y  vois  désormais  d'autre 
«remède  qu'un  accomrooderoePt»  — «si  nous  pouvons  l'obtenir. 

•  avec  les  barons  de  France,  —  qui  marchât  avec  Dieu:  car,  à 
>  ce  qu'il  m'en  semble, —c'est  à  (grand*)  peine  st,  en  bataille 

•  d'écu  ni  de  lance,  —  vous   pouvez  mettre  aiicun  espoir.— 

•  Uannée  (des  Croisés)  est  si  nombreuse,  qu'il  m'en  prend  grande 

•  crainte— que  vous  ne  puissies  vous  maintenir  jusqu'à  la  fin.— 
•t  Vous  avez  grande  confiance  en  votre  ville  qui  es(  si  forte;  — et 
«  s*il  ne  s'y  trouvait  tant  de  monde,  une  si  grande  foule  —  de 
m  femmes  et  d*enfairts  (peut-être  bien),  ce  m*est  avis,— pourriez- 

•  vous  avoir  encore  quelque  sécurité;  —  mais  je  suis  pour  vous  si 

•  triste,  et  telle  compasnon  mVn  apris,  —  que  pour  Tamour  que 
•je  vous  porte,  et  par  bumanité,  —  il  n*est  chose  convenante 
«  que  je  ne  fasse  pour  vous.  •  —  Le  vicomte  qui  tant  vaut,  donne 
«on  consentement  —  et  celui  de  ses  barons,  à  ce  que  le  (roi) 
mille  (parler  pour  eux). 


48 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


XXIX. 

Seoher  diu  lo  vescoms  aid  oo  vos  plûn 
«5«  PodeU  fiur  de  la  vib  e  de  tôt  cant  i  a 

Car  nos  em  tmtuit  vostre  e  seram  estât  ja 
E  del  reî  vostre  paire  que  fortment  nos  ama 
Ab  aquestaa  pajraulas  cl  palafre  monta 
F  r>  torne  en  lost  am  los  Franoes  paria 
*55  1".  ab  laLat  île  Cistt'l  qtic  hom  i  apela 

Que  senes  son  cosî>elh  ja  ne  fait  uo  i  aura 

reis  lor  a  retrait  aîso  cjxxc  parlât  a 
Lai  (lins  ab  lo  vesLOinlf  c  lor  los  ne  preia 
De  lui  allant  co  |)ot  e  Ucl  barus  (|U(>  i  a 

66a  Ane  tant  nos  nentremes  ni  anet  «a  e  la 
Cant  venc  a  la  perfi  je  th  ooî  acaba 
Mas  per  amor  de  loi  la  ost  aitant  hn 

que  îi  voldra 
Ne  laîdianm  ichir  ab  iarnes  qui  aura 

•6S  E  tôt  le  sobre  plus  a  lor  voler  sera 
Lo  reis  dits  entre  dens  aiso  sacabara 
Aisi  tost  co  us  axes  sus  el  cel  volara 
Folos  e  corrossos  on  la  ritilat  toma 
Al  vesconilf  <■  al  sens  la  causa  devisa 

*7o  E  el  cant  o  auzi  dilz  caiis  les  laïc  liara 
Trastoti  vius  escoi^ar  o  el  eis  i>aucira 
Ja  al  jorn  de  sa  vida  aicel  plait  no  pendra 
Nil  pcjor  bom  que  aia  no  desamparara 
P^t^an  le  que  sen  tome  ques  el  se  défendra 

67S  Lai  dins  a  Carcassona  aitant  co  el  porra 
Lo  reis  monta  el  caval  ab  gran  dolor  que  na 
Car  aisi  ses  camiati. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  4» 

XXIX. 

■  Sire»  dit  le  viooiMe,  foiies  tout  ce  qu'il  vous  plaîi»  —  de  la  eso 

■  ville  et  de  tout  ce  qui  s'y  trouve;— nous  soounes  tous  vos 

■  hommes,  comme  déjà  nous  l'avons  été  —  du  roi  votre  père, 
«  qui  nous  aima  fort.  > — A  ces  paroles,  le  (roi)  monte  sur  son  pale- 
froi,— et  retourne  à  Thostdes  Croisé  :  il  parie  avec  les  Français, 

—  et  avec  labbé  de  Ctteaux  que  Ton  fait  appeler  —  et  sans  la-  65s 
vis  duquel  rien  ne  peut  se  faire.  — Le  roi  leur  rapporte  rv 
a  dit  —  là-liaul  (dans  la  ville)  avec  le  vicomte,  mteitcdant  vive- 
ment —  et  de  tout  sou  pouvoir  pour  lui  et  pour  ses  barons;  — 
mais  lia  beau  s'entreuietUe  et  courir  eà  et  là,  —  il  ne  ])eiit,  en  tiôo 
définitive,  rien  obtenir,  sinon  —  que  pour  Taniour  de  lui,  les 
Croisés  feront  telle  chose  : —  ils  laisseront  sortir  le  vicomte,  lui 
douzième,  —  de  ceux  (des  siens)  qu'il  choisira,  avec  leur  bagage, 
— -  tout  le  surplus  restera  à  la  discrétion  (des  Croisés).  —  •  Cela,  ««5 
«  dit  (alors)  le  roi  entre  ses  dents,  se  fera,  — ^  tout  aussitât  qu'un 
•  Ane  volera  dans  le  ciel.  >  —  Dépité  et  courroucé,  il  retourne 
dana  la  ville,  —  et  rapporte  la  chose  au  vicomte  et  aux  siens,  — - 
Le  vicomte,  quand  il  Fentend ,  dit  qu'il  laissera  —  tout  vivants  67e 
écoreher  ta  nena,  et  se  tuera  lui-même,  — plutôt  que  d'aceep> 
ter  jamais  ce  traité,— et  d'abandonnerle  moindre  de  ses  hommes. 
— n  prie  le  roi  de  s'en  retourner,  (déclarant}  qu'il  se  défendra — 
U-haut,  dans  Garcaasonne,  de  tout  son  pouvoir. — Le  roi  monte  «75 
à  chevd  en  grande  douleur  —de  voir  que  la  chose  ait  ainsi 
tourné. 


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50         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

XXX. 

lo  reb.P,  dAngo  fiilos  Mn  es  tocnati 
E  pesd  en  son  cor  car  hqIs  «  delivnti 

680  En  Aragon  sen  tonna  ç(HTps09  c  iratz 

Ccl  (le  la  osl  sacesman  pcr  umplir  les  valatr. 
K  fan  lianlifT  las  brancas  c  far  gâtas  e  gatz 
Li  |)riiKCj)s  (le  la  ost  van  toi  (lia  armatz 
E  gardan  per  cal  ioc  poirau  cslre  enganatz 

MB  Levesqucs  elh  prior  li  monge  e  labatz 
Gridaa  vial  perdo  pcr  que  vos  i  tr^ts 
Lp  vesçonu  e  li  mu  aon  sus  el  mur  puiata 
Tmon  ab  arcs  balestas  los  carrels  empepaU 
E  duna  part  e  dautra  en  moriron  asatz 

690  Si  no  fos  grans  le  pobics  qui  era  aniaiaata 
Que  de  tota  la  terra  era  lains  intratz 
No  foran  ja  per  lor  dun  an  jjres  ni  forsatz 
Que  las  tor  eran  autas  e  ios  murs  dentelliatz 
Mas  laiga  lur  an  touta  c  ios  potz  son  secatz 
Pcr  la  graada  calor  e.per.lo  fortz  estatz 
Per  la  pudc^  dels  homes  que  son  malaus  toroaU 
£  del  grau  bestiari  ques  lains  esoorgatz 
Que  de  tôt  lo  pais  i  era  enserratt 
Per  loe  grans  critz  que  cridan  devas  Irastots  los  kts 

700  Femnas  e  eftns  paucs  don  tuif 'son  enoontbnitz 
Las  moscas  per  lo  caut  les  an  totz  enniatz 
No  foron  tan  dfrstrcit  de  y>ois  que  loro  T»;ti7 
Atic  no  li  ignct  viii.  joras  quel  reis  -sen  Ion  toi  nal/. 
Quel  mandée  parlameo  .1.  ries  hom  dels  (-irozatz 

7u5  El  vcacoms  i  isit  can  fo  aseguratz 
Ab  pauca  de  sa  gent. 


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CROISADE  COViTRE  LES  ALBIGEOIS. 


51 


XXX. 

I.p  roi  P.  d'Aragon  s'en  est.  rr  f  urné  inérontent; — il  s'en  ic-  68« 
t'  I1IIIÍ  en  Aia{»0!i  triste  et  toui  i  on  '•:  — -il  est  fâché  dans  son 
cœur  (le  n'avoir  point  délivré  ;les  assièges;.  — dépendant  cenx 
de  riiost  s'apprêtent  à  combler  les  fossés; — iisfont  casser  (force) 
branches  (d'arbres)  et  Dure  eng;iiis  de  guerre.  —  Les  chefs  des 
Croisés  courent  tout  le  jour  eu  armest— cherchant  par  quel  en- 
droit les  (assiégés)  pourront  être  surpria.  — Les  évêques,  les  ms 
prieurs,  les  moines  et  les  abbés —  s'en  vont  criant  :  «  Vite  I  au 
•  pardon  (Croisés)»  quetardez-vous?  » — (De  leurcdté)*  le  vicomte 
et  les  siens  sont  montés  sur  les  murs;  —  ik  lancent  de  leurs  ar- 
balètes des  flèches  empennées,  —  et  de  part  et  d'autre  il  périt 
beaucoup  (dlioiyunes).  •~Si  ce.nedt  été  la  grande  foule  de  gens  $90 
entassés  (dan»  la  ville),-!- où  elle  était  venue  de  toutes  les  parties 
du  pays,  — Carcassonne  n*eút point  été  d*un  an  prise  ou  forcée; — 
les  tours  (en)  étaient  liautes  et  les  murs  ^bicn)  crénelés.  —  Mais 
on  lettr  a  coupé  Teau ,  et  les  puits  sonti  sec, —de  la  grande  cha-  695 
leur  et  du  fort  été  (qu'il  fait);  — la  puanteur  des  hommes  qui 
sont  tombés  malades,  —  et  du  nombreux  hélaii  ccorché  qu'il  y 
avait  là, — et  qui  v  avait  été  recueilli  .de  tout  le  pays, — les  grands 
cris  que  poussent  de  toutes  parts  —  les  femmes  et  les  petits  en-  ^on 
fants  dont  tout  est  encombré,  — les  mouches  qui  les  tourmentent 
par  la  chaleur,  —  le»  mettent  en  telle  détresse  qu'ils  n'en  éprou- 
vèrent jamais  de  pareille  depuis  qa'ils  sont  nés.  —  Huit  joiu«  n'é- 
taient point  passés  depuis  que  le  roi  d'Aragon  était  parti, — lors- 
que pour  messager  fut  envoyé  im  noble  croisé  —  au  vicomte,  qui,  70S 
quand  il  eut  ses  sûreté^,  sortit  —  ayec  peu  de  ses  hommes. 


52         CROISADE  CONTRE  LES  ALBICBOIS. 


XXXI. 

Lo  vescoms  de  Beurs  issig  a  parlament 
E  ac  envîro  lui  cavdîera  maU  de  cent 
E  lo  ries  bon»  de  lost  «  ixi..  aolament 
710  Sire  M>  lî  dtU  d     soi  vo«tre  parent 

Ai  si  majud  em  val  ha  lo  Paire  omnipotieiit 
Com  ieu  voldna  mot  lo  vostre  acordamant 
E  lo  vostre  gren  pro  e  de  la  vostra  gent 
Si  vos  sabetz  socors  aver  propHanament 

7»5  Si  vos  lauzi  eu  doncas  ben  lo  (lefendt'ment 
\fas  vos  podet?.  conoîsseï  que  so  es  de  ment 
Failfs  ab  lapostoli  cabpi  acoi  dament 
E  aL  itì&  Larus  de  iust  quitm  vos  die  vcranient 
Si  vos  prendon  per  forsa  tôt  aital  jutjament 

7**  Aureta  col  de  Bezen  traatotz  cuminalment 
Sol  les  cor»  «Morceti  de  mon  e  de  turment 
Casata  aureta  dinen  «i  vivets  loopmeiit 
Lo  veacoma  re^Mindet  ffoe  la  paraula  entent 
Sire  so  li  ditz  ePal  vostre  mandament 

7*s  E  al  del  rei  Felip  a  cui  Kranaa  apent 
Faria  dreit  dei  tôt  a  lui  viaasamettt 
Si  ieu  podia  anar  en  lost  scguramcnt 
E  glus  i  menarai  al  vostf»^  «,Tlv,Tnit'nt 
E  von  retoraarai  so  vos  dic  ieiaument 

jto         '      Sai  dins  en  vostra  gent. 


XXXIL 


Lo  vesGoma  de  Beiera  ichit  a  parlament 
E  ac  entom  de  lui  cavaliera  entom  cent 
E  lo  ries  homa  de  lost  si  xxx.  aolament 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  55 


XXXL 

Le  vicomte  de  Bézicra  vint  parlementer  (avec  le  messager  — 
ayant  autour  de  lui  plus  de  cent  chevaliers,  —  et  le  noble  croisé 
trente  seulement. —  •  (Beau)  seigneur,  lui  dit  cclui-ci.je  suis  votre  7*0 

■  parent,  —  et  ainsi  me  soit  en  aide  et  me  protège  le  Père  tout- 
«  puissant, — tout  comme  je  voudrais  votre  paix, — votre  (plus) 

•  grand  bien  et  celui  4«  yo8  hommes.— Si  vous  espères  être 

•  prochainement  secouru,  —  j'approuve  que  vous  fassiet  bonne  7'^ 
«  défense;"— > mus  vous  pouves  bien  voir  qu'il  n'y  a  pas  se- 

■  cours  pour  vous.-— 'Faites  donc  «{oelque  aocwd  avec  le  Pape— 
«  et  avec  les  barons  croisés;  car,  je  vous  le  dis  de  vrai,  — s'ils 

•  vous  pronnent  de  force,  vous  sobires  tous— même  traitement  7*0 
«  que  ceux  de  Béliers. — Sauves  seulement  vos  personnes  de  dour 

«  leur  et  de  mort,— et  vous  serez  encore  riches  d'avoir,  si  lon- 

•  goemeut  que  vous  vivies.  »  —  Le  vicomte,  ayant  entendu  la  pe- 
role,  répond  :  — «  Sire,  dît-<il,  à  votre  commandement ,— et  à 

■  celui  du  roi  Philippe,  à  qui  la  fVance  appartient,  — je  ferais 
«aussitôt  droit  de  toute  chose,  —  si  je  pouvais  me  rendre  eu 

•  »úret«^  à  l'host  des  Croisés.  • — <•  Je  vous  v  mènerai  saiu  et  sauf 

•  (dit  ic  messager), —  et  vo  is  rncoiuiuirai,  je  vous  l'assure,  loya- 

•  lement— ici,  parmi  vos  hommes.  »  > 

■ 

XXXIL 

Le  vicomte  de  Bésiers  sortit  pour  parlementer;— il  avait  au> 
tour  de  lui  envirtm  cent  chevalim, — et  le  noble  croisé  trente 
seulement.  —  '(Beau)  seigneur,  lui  dit  (celuÎHà),  je  suis  votre 


54         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Sir  so  li  diu  el  gi  soi  vostre  parent 
73s  Aïsi  majut  em  vaUu  lo  Pairt  omnipotent 
Co  eu  voldm  mot  le  vottre  eeordameiit 
E  le  vostra-fimi  pco  e  ée  h  vntn  geiit 
Eû.  «qoestaB  paraulto.  el  pevalho  ertant 
Del  comté  de  Nivers  on  son  li  parlamant 
De  tioUs  parts  lesptrdao  cavalier  e  sirjant 
Aisi  com  o  rrtrais  pestre  mesAa  caniant 
Quel  se  mes  en  ostatgcs  de  grat  e  de  talant 
£  fe  i  mot  que  fois  pcr  lo  mcn  essiant 
Cani  se  mis  en  preizo. 

XXXIIl. 

745  Lo  de  Beaers  estec  el  pabalhon 

Del  comte  de  Nivers  el  e  sei  companho 
EntroD  a  nou  nî  ac  del  mîelhs  de  sa  mauo 

I<ai  Icsgardcron  bcn  Frances  c  Bei|^nho' 
IJ  Borzes  (le  îa  viala  ois  cavaliers  que  i  *0n 
•         K  douas  V  (loTi7('h'î  (  ;i<^rHs  j)ér  contenson 
Cani-  nui  renias  laïus  m  isnjuiit  ni  garson 
Ni  ora  pctiU.  ni  grans  feniua  lu  dumeluu 
Trastotz  nutz  sen  isiron  a  cocha  deaperon 
En  queiaas  e  en  Inagas  ses  autra  vestison 
7SS  NÓ  lor  laicheren  als  lo  valent  dun  boton 
Li  un  van  a  Tholoza  li  autre  en  Aragon 
£1  autre  en  Espanha  qui  aval  qui  amon 
Ë  la  ciutat  sen  intran  ii  Crozad  abandon 
E  garnison  la  sala  las  tors  e  lo  dromon 
760  Tota  la  l)ela  rauba  meïo  en  .1.  inontou. 

1^0»  cliivaus  e  los  muls  île  c|Ui'  i  a  f^ran  foison 
Aiscls  an  devezitz  en  lai  on  lor  sauL  bon 

Las  ucas  imu  pev  imt  cridan  ^iìal'  perdon 


CROISADE  GOBlTltB  U^d.AbBÌGftOIâ^  6S 
m  (MveiKt,  —et  «ÌMÌ.«M  aoit  en-aide  et;  me!  jpvolége:  ìà  Pèie  tout-  fH 
m  puìaHuit,  >ooiM(i6  jis  voudaníis  vMM  |M(îi*^t»t  votre  plus  grtnd 
«lueii»  et  celui  dé  vMihbitaines.....'»  —  Sor -tes- paroles,  ils  se 
rendeot  dans  le  paviUon— rdu  comiç  de  Neven,  où  «e  tient  le 
psrlemenit  t — duevaliefs  et  sergents  (tous)  de  tontes  parts  re-  740 
gardaient  (le  Vicomte) — qui, coBune,  le  raconte  iin  prêtre  messe 
chantant,  — s'^t  rois  étk  ota|e.iKdçiiiairepiant  1^  de  gré. — 
Et  chose  grandement  Aile  fii^l,  4  wpm  avis,  — »  de  ae  rendre 
priflonmer. 

* 

XXXIII. 

Dans  le  pavillou  du  couitf  fie  Nevers — était,  avec  ses  com-  745 
pagnons,  avec  neuf — des  plus  nobles  de  sa  suite,  le  vicomte  de 
Uèzior.s  —  que  regardent  avidement  les  Boui^ignons  et  les 
Français. — (Cependant)  ceux  tic  Carcassoune ,  chevaliers  et  bour- 
geois,—  dames  cl  demoiselles,  tous  à  qui  plus  vite,  —  et  sans  75© 
qu'il  restât  jtersoiinc,  n!  sergent,  ni  valet,  —  ni  petit,  ni  grand, 
ni  femme,  ni  damoiseau,  —  tous  en  giande  iifite  sortirent 
(presque)  nus,  —  en  chemises  ou  en  braies,  sans  autre  vête- 
ment;—  on  ne  leur  avait  pas  laissé  en  sus  (chose)  qui  valût  un  ,55 
bouton.  —  Les  uns  s'en  vont  à  Toulouse,  ic»  autres  en  Aragon, 

d'autres  en  Espagne,  qui  à  mont,  qui  à  val.-— Les  Croises  en- 
trentalors  précipitamment  dans  la  ville  ;  —  ils  occupent  le  palais, 
les  tottia,  le  donjon,  —  et  mettent  tout  le  riche  butin  en  un  7*» 
monceau. — (Mais)  les  chevaux  et  les  mulets,  dont  il  y  a 
grande  qfwnlît^t — ^  ils  .  les  ont  distribués  là  où  bon  leur  a 
semblé.  (Nbis  rmik)  las  béxwits.qai  parrhoat  «'an  vont  criant  : 
«  Vitet  «n  pardon  :*«-liabbé  de  Giteanx^va  senuonner.  • -^Tous 


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se         GROISADB  CONTRE  L£S  ALBIGEOIS. 

Que  labas  de  Gtftel  vos  vckl  &^  .i.  MrnMa 
7S5  Dont  oorron  ea  lai  toil  e  metos  environ 
£1  abw  9S  monteU  en  .1.  mariai  peîron 
Senhor  so  lor  «  dit  mtendete  ma  mon 
Ar  vezetz  car  nûraclM  noa  fà  io  rei  del  tron 
Que  Imiha  res  no  a  vas  vos  defension 
770  Eu  vos  conwn  a  toU  en  Dieu  deveaion 

Que  vos  non  retengalz  que  valha  un  carbon 
De  iavcr  de  la  vila  quen  escumonjazon 
Vos  metnam  ados  e  en  malédiction 
Nos  o  darem  ades  a  i  riche  baron 
775  O"*'  mantcndral  pajs  a  Dieu  benaicion 
Que  noi  recobro  mais  lî  eretge  félon 
En  aiio  ttoordnon  tuît  a  la  feniion 
Que  li  alns  lor  dit. 

XXXIV, 

Garcassonà  fo  preia  si  co  aveta  auait 

7S0  De  trastota  la  torra  son  son  pcr  tôt  (ugit 
Monreiai  e  Fanjau»  an  de  iost  establit 
Noi  remas  del  pais  hom  ni  gran  ni  petit 
Peire  Aragnnes  .1.  mainadcr  ardit 
Aisel  nac  niant  diner  a  sa  part  si  com  dit 

785  Li  abas  de  Gistcl  no  cujetz  que  somblit 
Mcssa  lor  a  canlada  del  Santé  Esperit 
L  si  lor  preziquet  cum  Jeshu  Crist  uasquil 
Pois  ditz  que  el  pais  can  Crozatz  comquerit 
Vol  que  aia  manlenent .  1 .  bon  senhor  eslit 

790  Lo  comte  de  Nivers  en  a  el  somonit 

llfas  anc  noi  vole  remandre  ni  ester  ab  nulh  guit 
Ni  lo  coma  de  Saut  Pol  que  an  après  cauiit 
Diion  ^te  pro  an  terra  si  cadaus  tan  vit 


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CROISADE  COM  UE  LES  ALBIGEOIS.  57 
y  courent  alors,  et  se  pressent  à  i'cutoui-  —  d'un  balcon  de  765 
marbre  où  i'abbé  est  monté. —  «Barons,  dit-il,  écoulez  mon 
«  discouia:  —  Votu  le  voyez  maintenant,  le  Roi  du  ciel  fait 
«  miracles  pour  nous;  — car  il  n'y  a  plus  chose  qui  nous  lé- 

■  siste. — Je  vous  défends  à  tous,  de  ia  part  de  Dieu, — de  770 
•  iielenir  (chose)  qui  vaille  un  charbon  —  du  butin  de  la  ville; 

«  car  autrement  ezcommuniés-^et  maudits  series-vousparnous. 
«—Nous  allons  remettre  le  tout  à  un  puissant  baron,— qui  77S 

■  maintiendra  le  pays  dans  la  grftce  de  Dieu, — afin  que  ces 
«f<Uons  dliérëtiques  ne  le  reprennent  jamais.  « — Tous  4  la  fm 
s'accordent  à  tout— ce  que  propose  Tabbé. 


XX^IV. 

(^arcassouuc  a  été  prise  romnio  vous  l'avez  entendu;  —  et  780 
do  la  terre  (du  vicomte  les  lialiitants]  se  sont  enfuis  de  tous 
côtés.— Montréal  et  Fanjeaux  ont  reçu  garnison  de  Croisés;  — 
mais  il  ny  reste  du  pys  pas  un  seul  homme,  grand  ni  petit. 
—Un  chef  hardi  d'aventuriers,  Pierre  TÂragonais,  —  en  eul 
dit-on,  pour  sa  part,  force  (beaux)  deniers. — (Mais)  labbé 
de  Gteaux  n*oublÌe  point,  sachez  (ce  qu*il  doit  faire);— il  leur 
a  chanté  la  messe  du  Saint-Esprit,  et  prêché  comment  Jésus- 
Christ  vînt  au  monde;— puis  il  leur  dit  que  dans  la  contrée 
par  1m  Croisés  conquise,  —  il  veut  qu'il  y  ait  tout  de  suite 
(pour  gouverneur)  un  seigneur  d'élite. — H  propose  au  comte  79« 
de  Nevera  de  Titre ;— mais  (celui-ci)  n'y  veut  à  aucun  prix 
consentir;— le  comte  de  Saint-Fol  non  plus,  qui  fut  élu  en> 
1.  8 


S8         CR0I3ADB  CONtllB  LES  ALBrCEOIS. 

£1  regisme  de  Fransa  on  lor  paire  na»quit 
795  Per  M  no  an  ilh  euiA  de  lautrui  dezerit 
No  i  «  lel  que  no  cug  del  tôt  estre  tnân 
Si  flda  honor  prent 


XXXV. 

I^î  en  consili  v.  en  aicel  pcirlameat 

A  uu  riclio  baron  que  fo  pros  t  valent 

9ou  Ardit  c  combataut  savi  e  couoisent 
Bos  camden  e  Uns  e  pro»  e  avinent 
Dons  e  franc  e  Buau  ab  bo  entendement 
Outra  mar  esta  mot  iai  en  establiment 
Axa  era  contrais  e  per  toi  essament 

«o5  Sonher  fo  de  Monfoit  d«  Ja  bonor  que  i  apent 
E  fo  coms  de  Guînsestrc  si  la  gcsta  no  ment 
Aisci  voldran  pregar  trastotz  cominalmcnt 
Qxic  prcncial  vesconitat  trastol  fiitpirainent 
K  tota  laulra  tci  ra  de  la  gcii  iiiesn  ('/.t'nt 

810  Seiiher  m  ditz  labas  per  Dieu  loainipotcnt 

Becebeti  la  honor  doque  vos  lan  présent 
Que  Dieua  e.  iapostolis  von  seran  ben  purent 
E  nos  aeguentre  lor  e  tota  lautra  gent 
E  vos  ig«tai«m  a  toi  vostre  vivent 

«i5  Si  farai  $0  dits  looms  amb  «lai  covinent 

Quels  prince»  que  aîai  son  me  fassan  sagrameni 
Que  si  coitam  venia  ca  mon  défend»  moni 
Me  vengan  tuîl  socorre  al  meu  somoniment 
Nos  vos  o  aiitiLiain  di/.nn  luit  leialint-nt 

Siu  Arotant  reccuL  la  hoiioi  vias  ardidamcnt 
La  terra  el  pais. 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  69 
suite.— >0b  disent  que,  si  longtemps  quils  puissent  vivre,  ils 
ont  assci  de  terre  —  dans  le  royaume  de  France,  où  naquirent 
leurs  pères,  —  et  n'ont  aucune  envie  de  la  terre  d' autrui. —  79^ 

Et  ^l'on  croirait  que)  dans  tout  l'iiost,  il  n'y  a  pas  uii  (  ];}aron  ) 
qui  ne  se  tienne  pour  trahi  —  s'il  accepte  cette  terre. 

XXXV. 

Mais  lA,  dans  ce  conseil,  dans  ce  parlement,  il  y  avait  un 
puifliaiit  seigneur,  vaillant  et  preux, —hardi, bon  guerrier,  sage  ^ 
et  bien  appris, — bon  chevalier,-  libétid,  brave  et  avenant,  — 
doux,  franc,  afiaUe  et  de  hcmam  inteBtîoii.'"H  restait  longtemps 
là'bas,  ontre-mer,  dans  im  fort  château,  —  (renommé  et)  dis- 
tingué là,  coninie  pnrtout.-~Il  était  seigneur  de  Montfort  et  de 
la  terre  qui  en  dépend,  —  et  comte  de  Leicester,  si  la  geste  ne 
ment  pas.  —  C'est  lui  que  tous  d'une  voix  se  mettent  à  prier 
— de  prendre  le  vicomté  tout  entier,  —  et  tout  le  surplus  du 
pays  de  la  gent  mécréante. — «Seigneur,  lui  dit  raLl>c,  pour  »io 
"  Dieu  le  tout-puii.i.aiit , — acceptez  la  seigneurie  qui  vous  est  oi- 
«  ferte;  —  bons  garants  vous  en  seront  Dieu  et  le  Pajte,  —  et  après 
«  eux,  nous  et  tout  le  monde.  —  Nous  vous  serons  en  aide  toute 
«votre  vie.» — ^  «  iVinsi  ferai-jp,  dit  le  comte,  à  cette  condition  8i5 

«  que  les  barons  qui  sont  ici  me  jureront,  —  qu'en  besoin  ur- 

«  gcnt  de  défense,  —  ils  viembont  tous,  à  mon  appel   me  secou- 
•  rir.  »  —  •  Nous  vous  le  promettons  loyalement,  •  disent  tous 
( les  autres) ; — et  là-dessus,  (le  comte)  vite etrésoloment accepte  8*0 
le  vicomté, — la  teire  et  le  pays. 

8. 


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60         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

XXXVL 

Gant  lo  coma  de  Monfort  fo  en  kmor  «aiis 
Que  Ihan  dat  Caroasona  e  trastot  lo  paia 
El  fo  mot  echairats  e  fo  forment  pensis 

«*s  Car  paucs  volo  reauuidre  ab  lui  de  ses  amis 
Tuit  li  pliisor  aen  yoIo  retomar  vas  Pana 
Laa  monlanhas  so  feras  els  passatgea  esqaia 
E  DO  volon  pas  estre  ina  el  pais  auds 
Pcro  sî  ni  remazô  no  sai  o  viiii.  o  dis 

83o   De  \os  pins  antz  baros  f>  dois  poestadis 
Ali  lui  renias  Sinios  sobrenom  de  Saissis 

P»ol)erts  (le  Pequi  Normans  so  mes  avis 
Ïaï  Wles  ilEiieonlre  qui  seii  jn-na  totz  dis 
De  sou  preU  eisâussai  le  que  dei  i>aut  Danis 

835  En  Gub  lo  roanescals  ques  pros  e  afortis 
Roberts  de  Forsovila  e  Lambert  de  Creiaais 
Rainers  del  Caudaro  e  Raolf  cel  dAgis 
En  Pons  cel  de  Beumont  en  Joans  sos  coais 
E  granda  massa  dAutres  quels  noms  non  ai  apris 

S4o  El  veacoms  Centongea  e  en  Rotgiers  dAndeles 
En  Rogers  de  Lissart  en  Uges  de  Lasis 
Sieu  foasa  ab  lor  nils  conogues  nils  vis 
Ni  anessa  ab  lor  pel  pais  can  comquis 
Plus  ries  ne  forai  libres  nia  fc  vos  en  plevis 

845  Ë  inielher  la  cansos. 

XXXVIL 

Cau  lo  coms  de  Monfoii.  com  apela  Simon 
Romaa  a  Carcassona  sos  companhos  aomo 
Wles  dei  Encontre  eut  domni  Diens  ben  don 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  01 


XXX  Vi. 

Quand  le  comte  de  Montbrt  est  investi  du  vioomtéi  —quand 
on  lui  a  donné  Garcassonne  et  toute  h  terre,  —  il  est  en  grande 
ai^iase  et  tout  aoudeuxt — de  ce  que  peu  de  ses  amis  veulent  m 
rester  avec  lui. — Ils  désirent,  la  plupart,  s'en  retourner  devers 
Paris. — Sauvages  sont  les  montagnes,  âpres  les  défilés — du 
pays,  et  ils  ne  veulent  pas  s  y  &ire  égorger.— 11  en  demeura 
néanmoins  je  ne  sais 'combien,  huit  ou     — des  plus  hardis,  83« 
dps  plus  preux  barons.  —  Avec  lui  resta  Simon,  surnommé  de 
Sai&sy,  —  comme  aussi  le  Normand  Robert  de  Pegue, — -Guil- 
laume d'Encontrc ,  qui  chaque  jour ,  —  par  la  foi  que  je  dois 
à  saint  Denis,  s'ellòrce  de  croître  en  renonti; — don  Guy  le  M5 
maréchal,  le  brave,  l'intrépide;  —  Robert  de  Forceviile,  Lam- 
bert de  Crecy,  — Hainier  de  Chauderon  et  Raoul  celui  d'Agin, 
^don  Pons  de  Beaumont,  et  don  Jean  son  cousin, —  le  vi-  S4« 
comte  de  Saintes,  Roger  des  Andelys, — Roger  de  Lessart,  Hu- 
gues de  Lascy,— et  d'autres  dont  je  n'ai  point  appris  les  noms. 
— £t  plût  à  Dieu  que  j'eusse  été  avec  êuxl  que  je  les  eusse  vus  ou 
connus,— que  je  les  eusse  suivis  à  travers  les  pa^  conquis  par 
euxl^mon  livre  en  serait,  je  vous  Tassuiet  {dus  instructif,*» 
et  meilleure  la  chanson.  sis 

XXXVIL 

Lorsque  le  comte  de  Montfort,  celui  que  Ton  nomme  Simon, 
—a  pris  possession  de  Garcassonne ,  il  fait  appel  à  son  coropa- 
gnon,— i  Guillaume  d'Encontrc,  à  qui  Dieu  bien  fasse I — et 


62         GBOISADB  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

i  rujiicâ  en  Bcdcn  es  car  uui  avet  prodom 

iSo  Qui  nûelhs  saubes  g^ar  ni  caatel  ni  domnon 
Ni  iina  rica  ciutat  ni  plus  en  aviron 
Certas  ai  Poite|^  nil  ruines  da  Léon 
Foasan  en  aa  comanda  ni  en  aa  aubjection 
Sin  aereit  capdelato  si  Jeshu  Crist  hem  don 

sa  Melha  que  non  es  en  cels  que  son  fol  e  bricon 
Qui  son  reis  del  pais  e  nol  prita  .1.  boton 
Lambert  cel  de  Creissi  el  trames  a  Limon 
Ë  dds  autres  baros  qui  aval  qtii  amon 
Per  la  terra  garriar  en  lai  on  li  saub  bon 

860  E  le  coms  de  Monlfort  qui  a  cor  de  leon 
Renias  a  (]arcassona  0  garda  sa  prizon 
E  lo  vcscoms  mori  après  de  menazon 
£  li  malvatz  tafur  e  li  autre  garson 
Que  no  sabon  la&ire  co  ai  va  ni  00  non 

ses  So  diso  quom  laucis  de  noitx  a  traicion 

El  coma  no  0  cosentira  pcr  Jesbu  Crist  del  tron 
Per  nolha  re  oom  sapdia  ni  aia  en  est  mon 
Que  bom  lagnea  aucis. 

XXXVIII. 

Lo  comte  de  Montfort  si  com  dabans  vos  dis 
870  Prfo;eron  tuit  li  comte  li  princep  el  marquis 
Que  recebes  la  terra  la  honor  el  pais 
Ezel  per  tal  covent  si  es  mes  so  mes  vis 
Queli  li  aidessen  si  nieslier  li  aguis 
E  so  vole  que  juresseu  cascuâ  e  lo  plevis 
875  E  lo  coms  de  Tbolosa  a  per  so  filh  tramb 
Que  li  baro  de  lost  aicda  de  vaa  Paris 
Le  volian  veier  cds  qui  so  sei  amis 
A.  cel  de  Aecaut  lamenec  .1.  jousdis 


CROISADE  GONTEB  LES  ALBIGEOIS.  65 
l'envoie  dans  le  Eednrrcs;  eu  il     avtit  btron-^ipti  mieux  que 

loi  s^entendtt  à  gatd^r  cfiâteau,  donjon, — on  bité  forie,  et  à 
telles  choses  (de  guerre).  —  Certes,  si  le  Portugal  ou  lo  royaume 
de  Léon  —  étaient  à  son  commandement  et  en  sa  soumission , 
—  ils  seraient.  Dieu  bien  me  fasse!  gouvernés — mieux  que  par 
ces  fous  de  bandits,  —  qui  y  font  les  rois  et  que  je  ne  jtnse  pas 
un  bouton.  —  Le  (comte)  envoya  Lambert  de  Crecy  à  Limon  , — 
d'autres  (ailleurs),  à  mont  et  à  val,  —-où  bon  lui  parut,  pour 
ffuder  le  paya. — £t  lui  (ce  comte),  qui  a  cœur  de  lion, — de-  tta 
meure  à  Carcasaonne,  à  la  garde  de  sa  capture. — (Bientôt)  après 
le  vicomte  mourut  de  dyssenterie;— et  de  méchants  vauriens, 
avec  toute  la  canaille, — qui  ne  savent  de  la  choae  ce  qui  est 
ni  ce  qui  n'est  pas*— vont  diaani  qu'il  fut  tué  de  nuit,  en  tra-  b«s 
hiaon.— Ilhis,  par  le  Dieu  du  ciel,  le  comte  n*auiait  pas  aouf- 
fertf-^pour  chose  connue  et  qui  soit  au  monde,— qu'il  fût 
(ainsi)  assassiné» 


XXXVIIL 

Le  comte  tie  Montibrt,  comme  je  vous  lai  dit  tout  à  l'heure, 
—  fut  par  tous  les  (autres)  comtes,  princes  et  marquis,  jwié—  *7'' 
d'accepter  la  terre,  le  pays  et  le  commandement;  —  et  lui  ac- 
oepta  à  la  condition,  je  crois,— qu'il»  Taideraicnt,  en  cas  qu'il 
en  eût  besoin,  — et  il  «ùgea  que  chacun  (lui)  en  Ht  serment 
et  s'y  enga|neftt. —(Ce  fut  alm«  que  )  le  comte  de  Toidouse  envoya  a?^ 
chercher  son  fils;— car  les  barons  de  Thost,  ceux  de  ven  Paris, 
—qui  étaient  ses  amis,  désiraient  le  voir.— Un  jeudi  (donc), 
Baimon  de  Bicaut  amena— l'enlant,  qui  était  de  grande  beauté 


6k         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

• 

Li  eians  fo  mot  bels  e  fo  mot  gent  apri& 
Wo  Car  Jauires  de  Pcitcus  scn  es  ben  entremes 
No  pot  lo  dttx  mudar  «yae  ei  nol  oongauzis 
£  lo  ooms  de  saut  Fol  qui  en  »os  coib 
la  Crcnat  an  r^rt  que  livems  los  prexis 
E'son  aen  retornata  a  Trias  e  a  Paris 
8S5  De  lai  per  Mon^edier 

XXXIX. 

La  grans  ost  se  départ  que  no  pot  plus  durer 
Mas  ans  que  l'os  partida  sen  vnn  li  mesatgier 
A  Tholosa  la  gran  sis  volilran  «corder 
En  sel  mesatge  anero  mot  de  bon  cavalier 

890  E  dizo  que  farau  tant  com  voldra  jutger 
L'apostoiis  de  Roma  e  que  i  voldran  aier 
Ane  d^ittHâ  autra  ren  noi  pogron  acaber 
Mas  que  sen  sMk  torotts  per  lo  cami  fdanier 
E  van  sen  am  lor  ost  tôt  dreit  a  M onpeler 

69«  E  lo  coma  de  Tholosa  ses  anats  adober 
Car  per  mon  esientre  a  Roma  vol  aler 
Paiiar  ab  lapostoli  no  vol  plus  demorer 
E  cre  que  i  sia  enans  de  lo  mes  de  genier 
Mas  el  i  a  trames  sos  mesagcs  primer 

S«o  R.  (le  Rabastenrs  quen  revenc  lautrc  ser 
Labat  de  Sent  Auxart  que  nac  avol  loger 
Car  el  esteg  be  près  a  prop  de  .  1 .  an  entier 
Plus  pro  abad  no  vi  niilbs  boni  de  son  poder 
Aquest  iran  enaus  lo  I^apa  uuncier 

90S  Que  lo  coms  R.  ve  e  que  o  sapcha  de  ver 
Que  non  o  vol  laîchar. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  66 
«I  bien  apprit,  —  (car)  Jaufre  de  Poitier»  8*^tait  soigneusement 
entremis  (de  Bon  éducation).— Le  duc  de  Bourgogne  ne  put  se 
défendre  de  lui  faire  fête, — ni  le  comte  de  SaintrPol,  qui  était 

son  cousin.  —  Mais  les  Croisés ,  songeant  que  l'hiver  pourrait  lea 
surprendre, — s'en  retournent  vers  Troyes  et  vers  Paris,  —  par  865 
delà  Montpellier. 

XXXIX. 

I 

Le  grauti  liust  (  des  Croisés)  se  retire  (donc ; ,  u  y  pouvant  plus 
tenir;  —  niais  avant  quils  ne  partent ,  des  messageis  sont  envoyés 

—  à  Toulonso  la  grande,  potir  savoir  si  fies  ha))itant8)  veulent  se 
soumettre,  —  et  de  ce  message  lurent  maints  bons  chevaliers. 
—Ceux  de  Toulouse  répondent  ([u'ils  feront  tout  ce  que  déci>  «90 
dcra — le  Pape  de  Rome,  vers  lequel  ils  se  proposent  d'aller  : — 

ce  lut  là  tout  ce  cpi'obtinrent  les  messagers,  rien  autre  chose; 
— foroe  leur  fut  de  a*en  retourner  par  le  plain  chemin;— et 
tout  droit,  aTec  leur  boat,  ilà  a'en  Tont  à  Montpellier.— (Mats) 
voilà  ^e  (de  aon  cdté)  le  comte  de  Toulouse  t^apprète.— Il  a 
résolu  de  8*en  aller  à  Rome,  —  sans  plus  tarder,  pour  s'en- 
tretenir avec  le  Pape,  —  et  il  pense  s'y  trouver  avant  le  mois 
de  janvier;— mais  il  y  envoie  auparavant  ses  messagers, — 
Raymond  de  Rahastencs,  qui  en  est  revenu  le  soir  précédent,  goo 

—  l'abbé  de  Saint- Andart ,  qui  en  eut  triste  récompense, — car 
il  resta  prisonnier  près  d'un  an  : — ^ personne  ne  vit  jamais  plus 
preux  abbé,  ni  de  telle  antontc.  —  i'.v  sont  là  ceux  qui  en 
avant  iront  aimonccr  au  l*ape  —  que  le  comte  Raymond  ar-  905 
rive ,  afin  que  Ton  sadie  de  vrai  —  qu'il  n'y  manquera  point. 


6d        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


XL. 

Lu  pros  coins  de  Thoioia  aisina  aoa  a&r 

Pcr  la  gran  via  longa  que  cug  que  voldra  ftr 
Primicr  ira  ca  Fnnn  ab  son  cozi  parlar 

910  E  pois  a  lEmpi^rairp  si  cl  lo  [lOt  trobar 
Apres  ab  lapostoli  totz  los  vol  asaiar 
Li  abas  de  Cistel  ditz  que  no  li  cal  anar 
Que  si  ci  len  vol  creirc  nul  cal  tant  trebalbar 
Ni  per  aqncsta  via  tan  fort  cmbaratar 

91S  Que  lot  atertan  pot  sai  ab  loi  acabar 
Co  et  fiura  en  lai  mas  el  no  vol  estar 
Al  oonite  <Ie  Montfort  volb  ma  raso  toraar 
Lo  yesocMnta  tenc  pra»  e  vole  lo  ben  ^rdar 
£  tôt  cant  i  era  obs  mot  largamen  donar 

9M  Mas  so  qucs  avenir  no  pot  boms  trcspassar 
I.o  mais  de  menazo  lo  près  adonciv  soni  par 

'  '  Per  quel  covenc  iiuvrir  111ns  nns  voir  lumenjar 
l^avesques  de  Carcassoiia  lo  ie  ^'ent  aordenar 
E  morit  en  après  la  noil  a  la  vesprar 

9>s  E  lo  coms  de  Montfort  fe  que  oortes  e  bar 
A  la  gent  de  la  terra  lo  fe  d  pla  mostrar 
Que  laneno  pUnher  trastait  e  bonorar 
La  doncs  virats  lo  poble  en  anta  vota  cridar 
A  gran  professio  fets  lo  cors  aosterrar 

930  Dieus  pease  de  la  anna  si  el  sen  vol  pagar 
Car  mot  fo  graas  pecali. 


I 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  07 
XL. 

Le  preux  comte  de  Toulouse  fait  ses  préparatiik— pour  le 
grand  et  lointain  vopgc  qu'il  veut  fidre.  —  En  France,  il  îr« 
d'abord  conférer  avec  (le  roi)  son  counn puis  à  rcmpereur,  910 
a'îl  peut  le  rencontrer;  —  au  Pape  ensuite,  il  vptit  savoir  leiu* 
peiu^  à  tous.  ~ L'abbé  de  Cileauxlui  dit,  ^'il  ne  doit  point 
aller  à  Rome^  — s'il  vent  l'en  croire,  il  n*a  pas  besoin 
de  se  donner  tant  de  peine, ~ ni  de  s'aventurer  par  si  longue 
voie; — qu*il  peut  id,  sur  les  lieux,  terminer  avec  lui  toutes  9>s 
choses  •-'aussi  bien  que  lft<-bas  (si  loin),  libis  (le  comte)  ne 
veut  pas  rester. — (Maintenant)  mon  £soours  rewent  au  comte 
de  Montfort.  — n  tenait  prisonnier  le  vicomte,  et  le  gardait 
soigneusement, — lui  faisant  largement  donner  tout  ce  dont  il 
avait  besoin;  — mais  ce  qui  doit  arriver,  nul  homme  ne  peut  s» 
réviter.  — Le  mal  de  dyasenterie  prit  alors  le  vicomte, — 4ont 
il  lui  ^ut  mourir;  nuds  il  voulut  avant  communier,— et 
févèque  de  Carcasaonne  lui  fit  gracieusement  administrer  les 
sacrements.  — 11  mourut  ensuite  vers  le  soir  ou  la  nuit,  —  et  9»5 
le  comte  de  Montforl  fit  alors  chose  noble  et  courtoise;  — 
il  le  fit  aux  gens  du  pays  montrer  tout  à  lU-couvcrt,  —  afin 
que  tous  pussent  aller  le  pleurer  et  lui  rendre  les  honaciu's. 
— Et  aloi'.s  ain  ic7.-\ous  entendu  \c  peuple  se  laniontr-r  h  haute 
voix.  —  il  lit  ensuite  enlever  le  corps  avec  prande  cérémonie; 
— pour  l'.lmp.  que  Dieii  \  pense,  s'il  veut  bien  l'agréer,'—  s^o 
car  ce  fut  grand  dommage  de  cette  mort. 


9- 


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6S         CROISADE  CONTRE  LES  ALRIGEOlSw 


XLI. 

Ckdl  li  Croxftt  sen  Ibroa  «a  lor  pais  tomet» 
£  lo  coma  de  Monfort  remas  trop  echarreU 
Not  gaire  oompanhos  cant  ilh  sen  ao  aleU 
Ab  lo  comte  de  Fois  si  es  el  afinets 
E  il  mes  en  ostatges  son  mendre  filh  de  grets 
Aisesta  acordansa  no  a  gaire  durntz 
Car  irastotz  les  covens  san  els  pois  trespasets 
E  so  despois  cnsa  durament  guerregetz 

j>4o  (iirnuds  (]<•  Prpios  sps  vas  Ini  malmeneta 
(>avia  ab  lui  p.itz  faila  c  svva  acordctz 
l'cr  la  mala  mluuzoïi  se  bon  pois  desrbreli 
.Sun  oncle  11  aucis  us  Fiances  dv  \erlfz 
Mas  lo  conis  de  Montfort  ne  fo  forment  iretz 

giS  Que  viu  le  fetz  rebondre  en  .  i .  cros  langitet 
AAc  hom  per  tal  forfait  no  fo  si  jnstizeti 
Pero  si  era  de  Fransa  de  mot  sut  parentets 
■Perquen  dcgra  «a  Gniraut  la  doues  ealre  venjeli 
Per  sela  ochaiso  ses  ab  lo  comte  mescletz 

95o  Que  mot  fort  lonorava  en  era  sos  privets 
Si  cane  nol  defizec  ni  pretz  de  lui  comieta 
Un  rie  castel  li  ars  mas  sil  i  fos  trobets 
S*  i;on  mon  esîcntre  el  lagra  car  comprct 
Bocbart  tenet  Saieliac  que  ora  li  oit  donet 

9&5  Ab.  r..  Franres  son  es  un  jorn  armetz 

Ah  sols  de  (labarctz  ses  lo  jorn  cnrontreli 
E  forou  i.ww.  (jiie  a  raval  i[uv  a  petz 
E  xni!.  arijuKTS  (jucls  au  revironctz 
L  lo.s  au  durament  fcritz  e  cssarclz 

960  Ma.s  li  nostrc  Eranccs  van  serratz  e  rcngetx 
Per  critz  ni  per  menassas  nos  son  espaventets 


G&OISADE  COI^TRË  LES  ALBIGEOIS.  69 
XLI. 

Lorsque  les  Croisés  s*eii  furent  retournés  dans  leur  pays, — 
le  comte  de  Montfort  resta  (par)  trop  soucieux,— n*a^t  que 
peu  de  compagnons;  vU  étaient  (presque  tous)  prtis.— -U  fit  sss 
alors  sa  paix  avec  le  comte  de  Foix, — qui  lui  livra,  de  son 
plein  gré,  son  plus  jeune  fils  en  otage; — mais  cet  accord  ne 
dura  guère,  — car  ils  en  violèrent  l'un  et  Tautre  toutes  les 
conditions ,  —  et  se  firent  à  la  fin  dure  guerre. — Contre  (  Mont-  ^« 
fort)  se  révolta  aussi  Giraud  de  Pcpion,  —  qui  avait  lait  la 
paix  et  s'était  accordé  avec  lui,  —  Mais  ils  se  brouillèrent  en- 
suite, pour  un  grave  motif.  —  Un  Français  tua,  c'est  vérité,  lOn- 
cle  de  Giraud.  —  Mais  le  comte  de  Montrortcnfut(si)forti"àché, 
— qu'il  fit  jeter  vif  et  enterrer  le  (meurtrier)  dans  une  fosse;  —  ^ 
jamais  de  tel  méfait  n'avait  telle  justice  été  faite;  —  et  pourtant 
le  coupable  était  Français  et  de  haute  parenté  1  —Don  Giraut 
aurait  donc  dû  se  tenir  (pour)  vengé;  —  pour  celte  raison 
néanmoins  il  se  brouilla  avec  le  comte,  — qui  Thonorait  fort  et  ^so 
en  avait  fait  son  intime  ami.  —  (Il  le  quitta)  sans  favoir  défié, 
sans  avoir  pris  congé  d^  lui.  — >U  lui  brûla  un  fort  chiteau,  où, 
s*il  eût  été  pris,  —  il  aurait,  je  pènse,  payé  cher  (son  méfait). 

—  Bouchard  occupait  Saissac  qu*on  lui  avait  donné.  —  Un'jour,  ^55 
s*étant  armé,  a^ec  cinquante  Français,  —  il  se  rencontra  avec 
ceux  de  Cabaret,  —  qui  étaient  quatre-vingt-dix,  tant  à  pied 
qu'à  cheval,  —  avec  quatorze  arbalétriers,  qui  les  ont  entourés 

—  et  les  ont  rudement  assaillis  de  toutes  parts.  —  Mais  nos 
Français  se  sont  rangés  serré.  —  sans  s'épouvanter  de  menaces 
ni  de  cris.  —  Il  y  eut  (bientôt)  de  pari  et  d'autre  des  morts  et 


r 

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70  CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Que  duna  part  e  dautra  ni  a  motz  de  taets 
(^anc  venc  a  la  perfin  foron  desbaratpti 
Sols  que  son  am  Bochart  don  fo  dois  c  pecheU 
965  Ll  metcis  i  fou  près  e  si  leii  an  menet 
De  cels  qui  moxtz  i  foron  fo  la&n  oUideti 
Devu  recopia  las  armas  cao  lo  mous  er  fineta 
El  sett  CÚ  glorioa. 

Lo  coms  8ei  de  Montfort  fo  fertment  ooMÎroa 
97«  De  la  prison  Bochart  e  de  60S  oompanhos 
Trastot  aiccl  ivem  anec  de  sus  en  jos 
Tro  iai  entai  carcsme  que  venc  lo  temps  fidhos 
Que  tornec  la  Crozada  co  fai  manias  sazos 
Lo  coms  anec  a  Uoma  si  com  dits  la  canzos 
97S  El  cossol  de  Tolosa  que  i  feiren  grans  messios 
Primer  sen  vai  en  Fransa  e  troberon  joios 
Lo  riche  rei  Felip  mas  pob  fo  cossiros 
Fer  lemperador  Otes  lor  fo  après  fdos 
La  eomtessa  de  Gampanha  qui  es  oorleia  e  pros 
980  Sda  los  receub  ben  e  mots  dauties  baros 

lU  pros  àvx  de  Be^nha  «pidh  présenta  mans  dos 
E  lo  coms  de  Nivers  li  fo  mot  amoros 
El  fe  mant  bo  estai. 


XLIII. 

Lapnstolis  (le  Ronia  e  tiiil  li  cardcual 
985   Lo  rcccubro  mot  bc  rnm  bnro  natural 
Lo  Paj)a  li  donc  .1.  niuntei  principal 
Ë  un  anel  dor  fi  que  sol  la  peira  val 


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CROISADE  CONTRE  LEí>  ALBK.EOJS.  71 
des  blessés; — mais  à  la  Un  furent  découlits,  dont  ce  lut  dom- 
mage et  pitié,  —  ceox  qui  allaient  avec  Bouchard,  —  lequel  lui-  f6& 
même  y  fut  pris  et  emmené.  —  De  ceux  qui  y  périreot  le  oorpe 
fat  oublié,  —  que  Dieu  reçoive  leuis  âmes,  quand  le  monde 
sera  fini*  —  dans  son  ciel  ^oríeux! 

XL». 

Le  comte  de  Montiortlitt  en  grande  peine  —  de  la  prise  de  970 
Bouchard  et  de  ses  compagnons.  -—Et  tout  cet  hiver  ses  affaires 
(continuèrent  à)'  dédinar jnique  ven  carême,  que  vint  le 
temps  des  feuilles,— et  que  revinrent  les  Croisés,  comme  ils  fi*- 
rent  pfaisieura  printemps. — (Cependant)  le  comte  est  parti  pour 
Rmue,  comme  dît  la  chanson,  — >  avec  lès  consuls  dé  Toulouse  975 
qui  firent  (alors)  grandes  dépenses.  -^Ils  allèrent  d^aberd  en 
France,  où  ils  trouvèrent  —  le  puissant  roi  Philippe  joyeux 
(de  les  voir)  ;  — mais  ensuite  mécontent,  à  cause  de  l'empereur 
OthoD.  —  La  comtesse  de  Champagne,  (dame)  de  haut  mé- 
rite et  courtoise,  —  les  accueillit  bien,  ainsi  que  plusieurs  980 
autres  barons,  —  (tels  que)  le  preux  duc  de  Bourgogne,  qui  lit 
maints  présents  (au  comte  de  Toulouse),  — et  le  comte  de  Ne- 
vers,  qui  lui  fut  très-amical  —  et  lui  lit  large  hospitahté. 

XLIIL 

I-e  Pape  de  Home  et  tous  les  cardinaux  —  Taccueillircnt  985 
aussi  très-bien,  comme  légitime  baron.  —  Le  Pape  lui  donna 
un  manteau  de  prince  —  et  un  anneau  d'or  fin,  dont  la  pierre 
seule  valait  —  cinquante  marcs  d'aigent,  et  de  plus  un  cheval. 


72        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

L.  marcs  dai^en  c  pochas  un  caval 
La  donc  devengro  els  mot  bo  amie  coral 
990  Mostreih  la  veronica  del  Pair«  espiritsi 
Gan  en  toque  la  &flM  que  sembla  om  carod 
Tots  aoa  pecals  li  sols  que  a  faits  terminal 
Car  tais  foron  da  .Le  comunlial 
Amdm  cela  vegeia. 


XLIV. 

99S      Cant  lo  coms  de  Toloaa  ac  fait  so  que  volia 
Près  coiniat  de  lo  Papa  c  tenc  mot  tost  sa  via 
A  mot  grandas  jornadas  ichit  de  l.ombardia 
Que  grani  paor  avet  que  i  prezes  malautia 
E  Fransa  a  Paris  alLei^cron  lui  (lia 

»000  Lai  trobcron  io  Rci  que  ion  davoi  paria 
Lo  coms  sen  es  tomatz  c  ab  sa  companhia 
£1  intra  a  Tolosa  aisi  go  far  solia 
li  bones  de  la  vila  nagro  gran  gauh  sel  dia 
Pois  près  un  parlamen  a  aieela  vegeia 

loos  Ab  lo  coms  de  Montfort  lai  pies  dima  abadia 
Foi  labas  de  Cistel  e  la  atttra  clercia 
£  eu  cuge  i  aguessan  faite  pats  e  establia 
Que  mab  no  guerregesan  a  trastota  lor  via 
Tant  agron  gran  amor  que  lus  en  lautres  fia 

1010  Ccrtas  daquctz  M.  ans  eu  no  mo  cujaiia 
Que  labas  a  Tbolosa  intrcs  rpii  mo  plevia 
Del  caste!  narbones  li  doneron  hniiia 
El  ci  vesques  Folquetz  nation  la  seniioha 
E  sin  foron  capdel. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  75 
— Ib  devinrent  alors  (run  pour  Tautre)  de  bons  amis  de  cœur. 

—  Le  Pape  montra  au  comte  ia  Véronique  de  Jésus^biût. 

Il  lui  permit  d*<Hi  toucher  la  (sainte)  face  qui  ressmble  à  cdle 
d*homme  vivant,  ~  et  lui  donna  rabsolution  de  tous  les  péchés 
qu*il  avait  faits  <-  tant  Ih  furent  d*accord  —  tous  les  deux 
cette  fois! 

XLIV. 

« 

Quand  le  comte  de  Toidouse  eut  fait  ce  qu'il  voulait,  —  il  ^ 
prit  congé  du  Pape,  se  mit  aussitôt  en  chemin,  —  et  sortit  à 
{jrandes  journées  dltalîe,  —  ayant  peur  dy  tomber  malade.  ^ 
lis  séjournèrent  un  jour  à  I^s,  en  France,  —  où  ils  trouvèrent  *9oo 
le  roi  qui  fut  (pour  eux)  d'humeur  discourtoise. — Le  comte  est 
reparti  avec  ses  compagnons,  —  et  a  fait  son  entrée  á  Toulouse, 
comme  il  avait  coutume»  —  ce  dout  curent  ce  jour  grande  joie 
les  bourgeois  de  la  ville.  —  Il  eut  bientôt  après,  avec  le  comte  de  >o<>5 
Montfort,  —  là-bas  près  d'une  abbaye,  un  parlement  —  où  se 
trouvèrent  l'abbé  do  Cîteaux  et  les  autres  clercs.  —  Moi.  je  crus 
(alors)  qu'ils  avaient  fait  et  arrêté  la  paix,  de  manière  à  ne  ])k!s 
guerroyer  de  leur  vie;  —  ils  se  firent  amitié,  jusqu'à  se  fier  les 
uns  aux  autres.  \faÌ8  certes,  de  mille  ans  je  n  aurais  unaginn,—  "o«o 
me  l'eût-on  garanti,  que  i  aJjbé  entrerait  jamais  ;i  Toulouse;  — 
mais  il  y  entra ,  et  on  le  mit  en  possession  du  château  narhonnais. 

—  Ils  en  eurent,  l'évèque  Folquet  et  lui,  ia  seigneurie,— -et  y 
furent  les  maîtres. 


74  CROISADE  LONTHË  LES  ALBIGEOIS. 


XLV. 

loiS      A  Tholosa  iûtre  li  abas  de  Cistel 

Mol  Mm  menrvilheion  li  vielh  el  jovenc^ 
E  li  un  e  li  autre  neb  le  petit  toiel 
Vexentre  tôt  lo  poble  lor  livret  lo  caatei 
Cane  hom  en  terra  plana  no  vit  80  cug  tan  bel 

i«m  M ota  caria  nan  fiita  mot  breu  e  mot  sage! 
Que  el  trames  pcl  mon  en  ot  a  mont  Gibei 
Lo  reis  dArago  i  venc  a  lui  donc  Murcl 
E  parle  ab  dons  alias  en  .i.  prat  a  Portel 
£  anc  noi  deliiivrcro  que  valha  .1.  aael 

f*i  De  uulba  avol  ûuela. 

XLVL 

Leveaqae  de  Tholon  Folquets  cel  de  Maaelha 

Que  degus  de  hontat  al>  el  no  saparelha 
E  labas  de  CÎBlei  lu»  ab  iautresooMelba 
Tôt  jom  van  prczican  la  gent  co  nos  revelha 

io3o  Del  prest  e  del  renou  lun  i-  lautres  querclha 
Per  trastol  Agenes  lor  tenc  aital  roelha 
Si  quen  cavalj^'uet  liibas  tro  a  Santa  bazeliia 
Anc  re  que  pi  cziquesson  no  mezon  dins  laurelha 
Ans  diion  per  esquem  ara  Roda  la  belha 

loU  Pefqnieu  ai  majud  fes  no  men  &a  memvelÌMi 
Si  oqi  be  loB  conibn  ni  ioa  lanba  nila  pelba 
Ni  per  fotaab  castia. 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  75 


XLV. 

A  Toulouse  entra  Tabbé  de  Citetus;  —  tous  s'en  émerveillé^ 
reut  fort,  jeunes  et  vieux, oeaB.-ci,  ceux4à,  et  jusqu'aiu  petits 
garçons.  —  A  la  vue. dé  tout  le  peuple,  te  oomte  lui  livra  le 
cbAtean,  —  le  plus  fort- (château),  je  pMiae,  ^e-Ì*on  vit  jamais 
en  plaine.  —  Mainfe  charte  en  fut  dressée,'  maint  Jbref  (avec)  i«s» 
maint  sceau  —  que  r(abbé)  envoya  par  le  monde  jusque  par  delà 
mont  Gibel.  —  Devera  Murel  s*ea  idut  le  roi  d*Aragon,  —  qui 
8*entretint,avec  don  (Arnaud)  dans  un  pré  à  Fortel;  —  mais  ils 
ne  conclurent  rien  qui  vaille  un  anneau  —  de  la  plus  má^ 
chante  boucle.  ««is 

XLVI. 

•  L'évùque  de  Toulouse,  Folquet,  celui  de  Marseille,  — qui  n'a 
point  son  pareil  eiifcmérite,  —  et  l'abbé  de  Cîteaux,  délibèrent 
d'abord  entre  eux,  —  et  vont  tous  les  jours  préchant  le  peuple 
pour  le  soulever;  —  du  prêt  et  de  l'usure  ils  se  plaignent  fort  l'un  lojo 
et  l'autre;  —  ils  prêchent  par  tout  l'Âgénois  contre  cette  peste, 
—  et  l'abbé  en  chevaucha  jusqu'à  Sainte  -  Baudile.  —  Mais  de 
tout  ce  qu'ils  prêchèrent  lien  n'entra  dans  l'oreille  (des  héréti- 
ques), —  qui,  par  moquorie,  s'en  vont  disant  :  *  Encore  Aude 
•  la  belle!  • —  Aussi,  par  ma  foi,  n*est'ce  point  pour  moi  chose  kss 
merveilleuse  —  qu'on  les  extermine ,  qu'on  les  vole,  qu'on  les 
dépouille  —  et  qu'on  les  corrige  par  force. 


Á 


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76  CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


XLVII. 

U  hone»  di  HioloM  cek  de  la  ooníhìria 
E  li  boraes  dû  bore  oontcndion  tôt  dia 

io4o  E  anc  noi  ddhivreio  can  venc  a  la  fenia 
Que  valha  l  gbn  m  una  poma  poria 
Lî  cresen  dels  eretgea  que  an  ab  lor  paria 
Van  disen  que  lavesques  labas  e  U  clerda 
Les  fan  mcsclar  ves  lor  e  per  aital  fidîa 

i«4S  Que  lus  destrua  lautrc  car  qui  essems  se  ténia 
Tuit  li  Crozat  fld  mon  dan  toncr  nols  poirian 
Al  comte  fan  eutendie  e  a  sa  cotnpanbia 
fola  gent  malvaza  caii  (  iczut  la  cretgia 
Encar  vcirau  clli  bo  si  Dieus  me  bcnaïa 

io5o  Gai  cosselh  lor  an  dat  aicels  cui  Dicus  maidia 

Per  50  cr  trastot  mort  e  la  terra  peria 

E  per  la  gcnt  estianha  îtsiiheia  e  ga^tea 

Que  fi  Fiances  de  Fnmaa  e  èeb  de  tíbmberdia 
t 

E  toU  lo  mous  lor  cor  ek  porta  feionia 
leK  Hua  que  a  gent  aarniîua. 

XLVIII. 

âenbor  so  fo  en  estiu  cant  liverns  se  déclina 
Que  revcnc  to  dous  temps  e  torna  la  câlina 

E  io  coms  de  Montfort  de  lostcjar  saizina 
Ai  castei  de  Menorl^a  qnvs  lai  ves  la  marina 
io6o  Mes  io  selge  nntorn  caitals  es  sa  covina 
E  dressa  sos  calabres  e  fai  niala  vezina 
E  sas  autras  peireiras  e  dona  e  reina 
Pessia  los  autz  murs  e  la  sala  pciriua 
Que  fo  fidiz  de  mortior  darena  e  de  caucina 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  77 


Les  bourgeois  de  Toulouse,  ceux  de  la  confrérie  —  et  les 
bourgeois  du  bourg  se  battaient  tous  les  jours,  —  sans  y  avoir  »oio 
gagné*  quand  ce  vint  à  la  fìn,  —  la  valeur  d'un  gland  ou  d'une 
pomme  gâtée.  —  (Mais)  les  hcrctiqucs,  qui  font  cause  coramime 
avec  eux,— a*en  vont  disant  (et  se  plaignant)  que  l'évéqne,  fabbé 
et  le  deigé  —  dierchent  à  les  brouiller  entre  eux,  afin  que  par 
telle  folie  —  ils  se  détruisent  les  uns  les  autres  :  tanifis  que  s'ils  lo&s 
étaient  unis,  -i—  tons  les  Croisés  du  monde  ne  pourraient  leur 
&ire  mal.  —  (Cëst  là  ce  qu')eUe  bit  entendre  au  comte  et  aux 
riensi—  cette  foUe  gent  perverse  qui  a  cru  Thérésie.  —  Afois  (le 
comte  et  les  autres)  verront  biontAt,  si  Dieu  m'est  en  aide,  — 
quel  (triste  )  conseil  leur  a  donné  cette  race  que  Dieu  maudisse!  *oSo 

—  Us  en  périront  tous;  et  tout  le  pays  en  sera — par  gent  étran- 
gère ravagé  et  dépeuplé.  —  (  ai  ici»  i  rautais  de  France,  et  ceux 
d'Italie,  —  et  le  monde  entier  leur  court  sus  et  leur  porte  haine 

—  plus  qu'à  Sarrasins.  ioòs 

XLVIIL 

Seigneurs,  ce  fut  Tété,  au  dédin  de  Thiver,  — quand  revient 
le  temps  doux  et  renaît  la  chaleur,  —  que  le  comte  de  Montfort 
s'apprêta  à  guerroyer.  —  Devant  le  cbflteau  de  Minerve,  situé  là- 
bas  devers  la  mer,  —  il  mit  le  siège  comme  il  avait  projeté,  —  1060 
dressa  ses  calabres  (et  ses  machines  de  guerre),  la  méchante  voi- 
sine. —  la  dame  et  la  reine,  avec  ses  autres  pierriers  :  — -  ii  brise 
les  hautes  murailles  et  la  salle  de  pierre,  —  faite  de  ciment,  de 
sable  et  de  chaux,  —  qui  coûtèrent  mainte  maamudiue  et  ibrce 


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(Sooglc 


78 


CR0I8ADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS 


io65  Mot  bon  denier  cosrteron  e  moia  rnasmudina 
Si  lo  reis  de  Marccs  at»  sa  j»ent  sarraziiia 
E  estes  eu  tôt  cutorn  pcr  santa  Katerina 
No  lor  tendra  nidh  dan  Talent  un  angevina 
Maa  oontra  Ìoet  de  Crist  que  i0U  geaa  afina 

1070  No  pot  gai«atÌT  rodia  que  aeil^ant  ni  rabina 
Ni  caatela  en  nMNitanha. 


XLIX. 

Lo  rastel  de  Mcnfrha  non  es  n>«<sTs  en  planha 
An  si  nn]ndc  fes  es  en  auta  montanha 
Non  a  pus  Îort  caslel  en  tro  als  portz  dEspanha 

Ì07S  Fors  Cabaietx  e  Terme  ques  el  eab  de  Serdcnha 
W.  sel  de  Menerba  aojorna  e  sebaalui 
Laina  aoa  el  mea  ab  tota  aa  oompanha 
Maa  H  nostri  Francea  e  eela  devaa  Gani|»aiiha 
Mancel  e  Angevi  e  Breton  de  Bretanba 

•oao  Loarenc  e  Friso  e  celb  dte  Alainaaha 

Los  ne  traiso  pcr  forsa  ans  qtie  vengues  la  granba 
V.  i  arson  mant  erctgo  ïcio  de  piita  canha 
E  mol  iola  erelga  (jup  ins  cl  foc  reganlia 
Aiic  no  lor  laicba  boni  que  valha  .1.  castanha 

lo^s  Pois  gitet  bom  los  cors  cls  mes  enici  la  fanha 
Que  ^o  fesson  pudor  a  nostra  gent  estranba 

•  ..'.I.  'tiifv-JtMtAm^mtkBim. 


Can  Menerba  fo  preia  lo  coms  forts  mogiitc  es 
E  venc  al  Pog^Nautier  aa  ans  en  Carcaawa 
109a  E  manda  a  la  comtessa  ca  \m  aqui  venguea 
Ela  vient  mot  tost  cant  ei  i  ac  trames 


CR01SÂD£  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  79 

beaux  deniers.  —  Si  le  roi  de  Murcie,  avec  la  gent  satrasine, 

—  y  campait  tout  à  l'cntour  (si  longtemps  que  re  fdl),  par  sainte 
Catherine,  —  il  ne  ferait  pas  (aux  assiégés)  du  mal  pour  un  an- 
gevin. —  Mais  contre  Thost  de  Christ,  qui  vient  à  bout  de  toute 
gent,  —  rien  n'est  une  défende,  ni  roche  haute  et  escarpée,  —  >«7o 
ni  château  en  montagne. 

■ 

XLIX. 

1-e  château  de  Minerve  n'est  point  assis  en  plaine;  — il  est  au 
(  oiuiairo  sur  une  grande  hauteur, —  et  «!(  la  ;iux  Ports  d'Espagne 
il  n'y  a  point  plus  fort  château,  —  à  i'exi  t  jíiiun  de  (labaret  et  de 
Termes  où  coiuuRnce  la  Ccrda5;ne.  —  Là  dedans  s'élait  jeté, 
s'ébattait  et  se  divertissait  —  (judlaume  de  Minerve,  avec  tous 
ses  hommes.  —  Mais  nos  1' ran<,;ais  et  ceux  devers  la  Champagne, 

—  les  Manseaux  ,  les  Angevins,  les  Bretons,  — les  Lorrains,  les  •«*«» 
Frisons  et  ceux  d'Allemagne ,  —  les  en  tirèrent  de  Ibrce  avant 
que  ne  vînt  (lu  saison  de)  la  grêle.  —  Et  ils  brûlèrent  maint 
félon  d'hérétique  (fils)  de  pute  chienne,  —  et  mainte  folie  mé- 
créante qui  brait  dans. le  feu.  —  On  ne  laissa  à  aucun  choae  qui 

vaille  une  châtaigne;  et  (quant  atix)  cadavres,  on  \és  entetra  loss 

dans  la  fange,  —  afin  que  ces  mauvais  objets  ne  fissent  pas  de 
planteur  —  à  notre  gent  étrangèro. 

Quand  Minerve  eut  été  pris,  le  comte  décampa  promptement. 

—  Il  \int  h  Pennautier,  là-haut  en  Carcassais,  —  et  il  ordonna  1090 
aussi  de  venir  à  la  comtesse  (de  MonllortJ,  — -  qm  vmt  tout  aus- 
sitôt qu'il  l'eut  commandé.— Femme  mieux  appiise  (quelle),  si 


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80 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


îes  plus  savia  femma  si  nia^ud  Dieus  ni  fes 
Mo  sap  om  en  est  mou  taiil  uiu  te  Ion  h  ni  près 
Tresjonis  a  sojomat  lai  en  lost  qui  grans  es 

>«95'  Un  dijotts  bo  mati  en  i.  palai  ses  mes 
Ab  princeps  ab  haros  e  fo  lo  oosselhs  près 
Co  assetges  om  Tenne  la  sus  en  Termenes 
Un  cBStd  meravillios  mas  ans  que  soit  comques' 
Istn  de  COIS  manta  anna  4|tt6n  moira  descoles^ 

iioe  E  despendia  el  aeti  mot  marc  e  mant  tomes 
E  i  aura  gaxanhat  cavals  e  palalres 
E  mota  autra  riqueza  c  trop  mot  bel  ames 
Que  duna  part  qiie  dautrn  cel  a  cui  er  promes' 
^ier  eu  destinatz.. 

Ll 

iio5      Lo  coms  sel  de  MoiiLlui  t  es  cl  palais  intratz 
E  ab  loi  la  comtessa  ab  tôt  iautie  barnad 
Sns  .1.  tapit  de  céda  se  son  asetiata 
Roberts  de  Malveai  oom  i  a  apelats 
En  Guis  io  manescalcs  cest  foron  lata  e  iats 

iiio  £  en  Wles  dEncontre  quen  tôt  lo  vesoomtat 
No  ia  .1.  plus  itc  orne  ni  de  maior  bamat 
E  fo  nats  de  Bergonha  segon  quem  fo  oomtat 
A  .n.  l^as  de  Nivers  cest  an  lo  cosselh  dat 
Gom  lo  caste!  de  Terme  sia  tost  aseiiatz 

iiiS  E  mot  dautres  pros  omes  qucklo  an  autrejat 
Lo  cosselb  se  départ  qui  no  a  trop  durât 
Cant  an  i.  pane  estât  e  que  ioro  dinnat 
Trastotz  cuminaimcnt  sou  al  cosselb  tomat 
E  lo  coms  de  Moutfort  es  forment  if^sarratz 

iiïo   De  gardar  Carcasstma  eui  coiuan  ia  ciutat 
Mas  cant  vcnc  a  ia  li  si  lan  acosselbat 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  81 
Dievi  et  foi  me  sont  en  aide,  —  personne  ne  la  connaît,  en  ce 
monde,  ni  près,  ni  loin  :  —  elle  passa  tiOl^  jours  dum  Tliost  qui 
était  nombreux;  — (p^iis)  un  jeudi  malin,  elk  lut  niiroduite  en  lOfS 
palais ,  —  avec  les  princes  et  les  barons,  et  la  résolution  l'ut  prise 
(alors)  d'assiéger  Termes ,  là-haut  dans  le  Termenois,  —  ce  châ- 
teau (fort)  par  merveille.  Mais  aivant  qu'il  ne  aoit  {hû.t-  mainte 
âme  sortigade  aon  corpa,  taat  confeiMÌon,-~el  il  sera  «jApenaé  au  noo 

force  tovniais  et  ferce  mares  (d*aigeat)  ;  —  il  y  sera  ff^é 
(force)  dievauz  el  palefrois,  —  beaucoup  d!autres  richesses  et 
*  grand  butin,  —  tant  d*une  part  <]ue  de  l'autre  par  quiconque  en 
aura  la  chance  —  et  dont  ce  sera  la  destinée. 

4 

LI. 

Le  comte  de  Montfort  est  entré  dans  le  pdais,      avec  lui  la  i  i«s 

comtesse  et  tous  les  autres  barons,  —  qui  se  sontassis  sur  des  ta- 
pis de  soie. — Il  y  avait  là  Ilobcrt  de  Mauvoisin ,  qui  v  a  été 
appelé,  —  et  lion  Cius,  le  maréchal,  qui  s  assirent  tous  les  deuk 
côte  à  côte.  —  (Il  y  avait)  Gniliaunic  d  Encontre:  et  dans  tout  le  mo 
vicomté  — il  n'est  homme  plus  preux  que  lui,  ni  de  plus  haute 
noblesse.  — Il  était  né  en  Bourgogne ,  selon  ce  qui  me  fut  conté, 
à  deux  lieues  de  Nevers.  Ce  sont  là  ceux  qui  ont  été  d'avis  — 
que  le  château  de  Tames  soit  au  plus  vite  assiégé  :  — i-et  beaucoup  1 1  is 
d'autres  nobles  barons  ont  approuvé  (cet  avis).  —  Le  conseil  se 
sépare ,  sans  avoir  longuement  duré  ;  —  mais  après  s'être  un  peu 
reposés  et  «voir  dfné,  —  ils  sont  tous  ensemble  retournés  au 
.  conaefl.-*>Le  comte  de  Montfort  est  en  grand  soucia  de  la  garde  nao 
de  Garcassonne  et  (de  s^oir)  à  qui  confier  la  ville;  —~  mais 
quand  ce  vient  la  fin,  on  lui  ccwseille  —  (  de  la  confier)  â  Lam- 
t.  Il 


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•1         CROISADE  GONTaS  LBS  ALBJGCOIS. 
Qmh  Lambert  da  OrMii  ques  mot  xie  •  aadrat 
0  VI  Bamiffr  d«  .C^udaro  jeu  ets  dos  «zi  tmd 
Mw  ilh  noî  remtndrian  c«8c\i«  per  i.  T^;iiti 

lus  Tan  vezon  quel  pAÌs  M  ples  de  malvestat 
Mas  Wles  dËncontre  nan  pois  tmtuh  pregat 
Que  dis       remandrîa  can  se  fo  cossiratz 
Mas  lo  coms  de  Montfort  ne  fo  ibrtmènt  irtta 
Sêi  i  agues  cui  metrc  no  li  laisat 

ii3»  Que  en  tota  la  terra  non  a  i.  plus  senti 
^ii  miihor  cavalier  ni  plus  assegurut 
Plus  cortes  ni  plus  pros  ni  ab  uiuior  leialtat 
Si  Dieus  me  bcnaziga. 

LU. 

« 

Gaîlheumes  dEneontre  dis  aiseU  vegia 

I  iM  Gant  sa  ib  pcnpeaaata  e  la  pavaula  aiuîa 
El  lukm  de  Jetkn  Grist  e  de  sante  Iluia 
£u  remandnu  sai  dîns  pois  que  cascus  men  jma 
Mas  lo  coms  de  MoatJbrt  nol  volgra  laisar  roîa 
Sil  ne  pogues  ai  faire  mas  pois  a  la  fenia 

itie  Car  non  a  qui  remanha  a  penaso  autreîa 
Lî  baro  (le  la  osl  c  la  cavalaria 
Atresi  h  '  onitessa  qvie  volon  raisi  sia 
E  lo  coms  <le  Montfort  alh  dâl  per  cumpanhia 
Crespi  tic  Rocaiort  qui  a  gran  coi  tciia 

ti4ó  E  don  Siuio  lo  Saine  cui  Jesliub  beaaia 
En  Guios  ques  sos  Îrairc  ab  la  cara  ardia 
E  mots  dautres  baros  quen  la  ost  avia 
De  Beigonba  e  de  Fransa  e  deves  Normandia 
Am  tan  si  se  soparton  e  lo  coms  tenc  sa  via 

iiSe  E  vaî  asetiar  T^rme  ab  sa  gransbaronia 
En  Wles  dEneontre  sen  pwti  aioei  dis 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  89 
bert  de  Cressi ,  qui  honoré  et  puissant ,  —  ou  à  Rainier  de 
Cauderoa  :  ce  sont  là  les  deta  qu'on  lui  propose;  mais  ni  Tun 
ni  l'autre  n'y  resteraient  pour  tout  un  royaume,  — tant  ils  voient  ms 
lie  pays  plein  de  méchanceté. — A  la  fin  tous  ont  prié  Guillaume 
d'Enoontre  (  de  garder  Garcassonne  ) ,  —  et  celui-ci ,  après  y  avoir 
bien  pensé,  dit  tpi*il  la  garderait  Ifaia  le  comte  de  Moutfort 
en  fitt grandement  fiU^,«—  et  ne  faorait  point  mia  là,  s'il  eAt 
trouvé  un  autre  à  y  mettre  ;  —  car  il  n'y  avah  pas,  dans  tout  le  «i^v 
p^,  (Imtou)  plus  sensé,  -—ni  meilleur  chevalier,  ni  plus  intré- 
pide,—plus  courtois, ni  plus  preux,  ni  de  jdus  grande  loyauté, 

—  ai  Dieu  me  bénit. 

■     .....       ■    .         •  -  .       ;  .  : 

Guillaume  dTE^contre  (fit  alors ,  —  quand'  il'  èUt  '  âtftfiindu  la  •  i3S 
proposition  et  (y  )  eut  réfléchi  :  —  «Au  nom  de  Jésus-Christ  et 
«  de  sainte  Marie,  —  je  resterai  ici  (à  la  garde  de  la  ville),  puis- 
•  que  chacun  m'en  prie.  »  —  Mais  le  comte  de  Montfort  ne  vou- 
drait point  ïy  lusser,  s'il  pouvait  autrement  faire.  A  la  fui 
cependant,  —  n'ayant  personne  autre  qui  (veo^)  rester,  il  y  nio 
consent  avec  peine.  —  Lei  basons  <le  llunil^  les  ehevi^rs,  — 
de  même  que  la  oomtsasè ,  qu^  ont  proposé  ce  paHH^—  et  le 
comte  (lui-même  qui  y  a  consenti),  ont  donné  pour  compagnon  . 

—  (à Guillaume)  Crépin  de  Roquefort,  (baron)  de  pande  cour- 
toisie, —  et  don  Simon  le  Saxonj  cpie  Jéaus- Christ  lyénisse,  .as 

—  avec  don  Guyot,  son  firàre,  à  la  fine  hardie,  —  et  avec  {du^ 
sieurs  autres  barons  qu'il  y  avait  dans  Fhost,  —  Bouigu^nons, 
Français,  et  devers  la  Normandie.  —  Os  se  séparent  ensuite  : 

le  comte  poursuit  son  dtemin;  —  il  s*en  va  avec  tous  ses  uS* 

11. 


r 

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84         CROISADE  CONTRE  LES  ALBI610IS. 

De  lui  a  Poh-Naatier  mas  en  la  pradana 
E  veoc  a  Carcassona  ans  la  luna  esclania 
Entas  que  fos  grans  «en. 


LUI. 

tiii       La  doncs  VV.  dEncontre  se  part  de  Pog-Nautier 
E  vcnc  a  Carcassona  lua  com  poc  cavaiguer 
£  si  intret  UÌDS  can  icvo  de  soper 
li  oiiie  de  la  vik  que»  vofian  ooîdier 
El  sujan  del  castel  lo  coron  deiarmer 

liCo  LuQB  en  k  gnn  sala  an  fiât  foc  el  fogier 
Carn  de  bon  e  de  porc      asata  asesmer 
E  delà  autras  viandaa  quel  devîan  manjer 
Pois  feiren  les  leits  &r  on  ek  le  van  cokpiier 
Car  ai  mati  ai  aiba  les  sera  ope  lever 

»■•5  Trastots  pds  numganek  qnilli  devion  guider 

E  las  autra»  peîreîras  que  fan  en  cars  porter 
Lai  el  sel»  de  Tonne  f <  1  -astel  dcroqnri 
Qu^  \o  coins  o  coiiisnil  1  -  sios  vol  pins  preier 
Ocl:»  pcireiras  Iranictie  e  la  ciutat  f^rtk'i 

it-jo   Que  no  fat  tlautra  cauxa  que  el  aia  inestici 
E  que  dédias  très  jorns  Los  faira  fort  gaiter 
Que  can  ilh  aeran  lai  el  los  fàra  dresser 
E  en  Wles  dEnoontre  ses  plus  de  demorer 
Les  bi  fora  de  U  viala  traire  ins  el  gravier 

117S  E  mètre  en  las  catretas  que  tiron  li  sauner 
Tost  e  isnelanient. 


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GlieiftADK  CONTUfi  tB9  ALBIGEOIS.  8S 

hommes  assiéger  Termes.  —  Guillaume  d'Encontre  le  i|uiiia  ce 
même  jour,  —  là-bas,  clans  la  prairie  de  Pennautier,  —  et 
s'en  vint  à  Carcassonne,  avant  que  la  lune  ne  briilài  claire  —  et 
qu'il  ne  fàt  nuit  dose. 

LUI. 

Guillaume  d'Encontrc  est  parti  de  Pennautier,  —  il  s'en  vient  i>35 
i  Carcassonne,  aussi  vite  qu'il  peut  clieviuii  her.  —  U  y  rentre  á 
l'heure  où  les  habitants  —  se  lèvent  de  souper  pour  aller  <lormir. 

—  Les  sergents  du  château  accourent  le  désarmer,  —  et  al-  m6o 
lument  du        là-haut,  au  foyer  de  la  grande  salle;  —  ils  font 
apprêter  en  abondance  de  la  chair  de  bœuf  ou  de  porc,  —  et 
d'autres  mets,  de  ceux  qvfîk  a^raieiKt  à  manger. —  Ils  font  en- 
•uite  faire  les  lits  et  vont  se  coudier;  —  car  il  faudra  qu'ils  ae  lè- 
vent toua  le  leDdaourâi  à  faobe,^poiir  (accompagner}  le»  man-  ucs 
gonneaux  qu*Us  ont  à  eacofler,  —  et  les^autre»  pieirieES  qu'ils 
doivent  finie  porter  aur  des  diacs, — Mas,  au  si^  de  Termes, 
pour  battre  le  château.  —  Ainsi  Ta  commandé  le  oomie  (à  Gnil- 
kame  d^contre),  le  priant,  —  par-dessns  toute  antre  chose  tt^a 
dont  il  ait  bea<mi,  — >  de  bien  défendre  Carcassonne,  et  de  lui 
envoyer  les  pierriers.  —  (Il  a  recommandé)  de  les  faire  garder 
durant  trois  jours,  —  devant  le»  faire  dresser  lui-même,  quand 

ils  seront  là-bas  arrivés.  —  Don  (juillaumc,  sans  autre  duiai, 

—  fait  transporter  (les  machines)  hors  do  la  ville,  sur  le  gravjcr, 

—  (puia)  il  les  fait  mettre  sur  des  charrettes,  que  tirent  des  som-  IÌ7S 
uiiers  —  tôt  et  vite. 


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60 


CROISADE  CONTIIfi  LBS  ALB1680IS. 


LIV. 

A  Cabarets  sen  vai  tost  «  ianelanieiit 
Uaa  esina  de  lost  a  lor  didi  mantenent 
Que  k»  eoms  a  trames  vilas  e  avols  gens 
1 180  Que  portoD  las  peireiraa  e  no  aon  plus  de  œnt 

Ccis  qnols  devon  gnizar  que  pczos  qiip  sirvent 
F,  raiit  illi  o  aiiziro  mol  fort  en  so  );ui7.c'nt 
De  ('abareU  sen  eisso  a  la  luna  liueul 
Eu  P.  Uotgiers  los  capdela  si  la  gcsta  no  ment 

y  M  W:  Catt  R.  Mira  e  trastitH  lor  parens 

Ph»  ftMTO  de  Goc.  eenft  cas  m  par  mm  «tenfc 
ÀMk  ¥aii    Gavcassona  qui  plus  pot  plu»  cocrettt 
En  Wles  d£ncontre  qui  «  tanidardiment 
Fetz  gaitar  Us  peireiraa  e  los  cars  issament 

■  ig»  £  cant  vire  venir  los  cavalien  ponbent 

Lai  es  qui!  gaitas  cridon  as  armas  antamcnt 
Aonitz  soit  (lit*  casons  que  hv  no  se  défont 
Cant  Wles  tlEncontrn  i  l  sien  la  vote  entent 
A  8»  cavalaria  a  du  l>a.v>*'tamcnt 

tt9S  Quelii  se  corrau  armar  e  so  ddttùvrament 
Que  aï  leshua  de  |^oxia  lo  Paire  omnipotent 
E  aanta  Maria  maire  o  vol  ni  o  coaaent 
El  le  combain  ab  lor  e  ao  probcbanament 
No  aai  que  von  fczessa  pluaor  alongament 

•aoo  En  p.  Rotgicrs  ni  los  sieus  nos  dan  nulb  eipavent 
De  ton  destriers  davalon  trastotz  cominatraettl 
ííOS  manganels  pessian  tôt?,  a  lors  oilhs  veíens 
F  !  iiieto  foc  am  palha  e  io  fox  sesconiprcut 
lie  viat*  foran  ars  si  frs  r.  pauc  de  vent 

i«o5  Mas  Dieus  non  o  volia. 


CBQiaàDB  GONTBB  LES  ALBIGBOIS.  S7 
LIV. 

Tât  et  vite  (anMÌ)  s'en  retounw  à  GiJbaei-^ttii  aipion  (veau 
de  là)  à  l'host  des  Groicés» kqMlMiioiKe«^q«e  le  œmtefitit,  par 
de»  vikiiis  et  des  taléts* — ti«nspotter  les  pierriers,  et  qtie  cent  uSo  , 
tout  an  pltia  sont  »  ceux  qui  doivent  les  escoiier,  tant  servants 
que  piétons.  —  (Ceux  de  Gabazet),.  quand  ils  Tentendent»  s*en 
r^ouisamt  fort.  —  Bs  sortent  à  la  daire  lune,  et,  ai  la  ^aste  ne 
ment  pas,  Pierre  Boger  les  conduit,  —  avec  Guillaume  Cat,  i>«6 
R.  Miis  et  tous  leurs  iMclietf.  — >  Us  sont  plni  de  troit  cents, 
dont  aucun  n*«tlend  Teutn,  et  qiri  tmis  s'en  vont  vers  Car» 
ttssonne,  eowraxit  à  qoi  plus  vile.  — '  Don  GuHIanine  d^n- 
contre,  qui  e  tant  de  bravoure,  —  laisait  gard»  les  pieniers  et 
les  chars;  —  et  quand  (les  gardiens)  voient  venir  à  Tassant  les  1190 
cavaliers  (ennemis),  ~  c*est  pour  lors  qu'ils  crient  :  <  Aux  «r- 
<  mes!  »  (dient-ils  hautement).  —  «  Honni  soit,  dit  dbaeiin,  quî- 
«  conque  ne  se  délendn  pas  vaillansmeat!  »— Guillaume  d'&i<- 
contre,  ayant  de  la  vitte  entendu  le  cri  (d'alarme),  ordonne  tout 
bas  (et  tranquillement)  à  ses  chevaliers  —  de  conrîr  s'armer,  de  <  195 
s'amier  en  toute  h;Ue,  —  et  que  si  Jésus  le  glorieux,  le  Père  tout- 
puissanl  —  et  saiute  Marie  mère  le  veulent  et  le  permettent, 
—  il  ira  suF-le-champ  allronler  (les  assaillants).  —  l'ourquoi 
vous  fcrai»-jc  piujs  long  récit?  —  Don  Pierre  Roger  ni  les  siens  nao 
ne  s  épouvantent  pas;  —  ils  descendent  tous  à  la  fois  de  leurs 
destriers.  —  fout  un  tas  de  pièrps  den  maii^ninicaux ,  sous  les 
yeux  des  (gardiens),  — ils  y  melteni  le  leu  avec  de  la  paille;  le 
feu  y  prend,  —  et  s'il  eût  lait  un  peu  de  vent,  (les  machines) 
étaient  brûlées  :  —  mais  Dieu  ne  le  voulait  pas.  itoi 


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8»        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


LV. 

Cant  Wle»-  dEncontre  «c  seU  vols  ansk 
As  «»1»»  chtvalér  manteneiit  lor  cscria 
Ben  vin.  u.  sirjans  ot  en  sa  companhia 

En  scJs  no  comti  pas  lautra  cavalaria 

isio  Las  portas  fan  iibrir  ci  nom  santa  Maria 
F,  van  ferir  mcst  lor  fiiioi  la  pradarta 
K  laulri  ran  los  viro  iio  lus  soanon  mia 
Ans  lor  van  ben  cncoutra  coni  bona  gens  ardia 
Dieu»  lanta  bona  asta  i  ac  lo  jorn  cniida 

isiS  E  tant  bon  colp  feiit  sus  elin«a  de  Palm 

En  W!es  dEncontre  punh  lo  destrier  dOngria 
Lai  en  la  naîor         si  Dieu»  me  benala 
Ses       fona  embatutz  iiata  pies  de  felnia 
En  laiga  ca  nom  Audcs  ses  mes  scia  vcgea 

iiio  Dedins  emei  de  laiga  a  la  prrirha  partia 
La  1.  deb  Mironencs  trfbfi  cnici  l:i  via 
Tant  ^ant  colp  li  donet  eu  la  Ur^n  ilurui 
Que  iaubert  no  li  valc  una  poma  poma 
£1  aiga  lu  dérocha  vexent  la  baronia 

i»5  Pois  ferit  en  après  i.  glot  «{ui  sen  fugîa 
De  coata  en  trespasaan  ab  la  e^ia  forbia 
E  poichas  ferit  naulre  en  aiseb  envaia 
Crespis  de  RocafoH  nin  Simosnot  oml^tia 
Cui  ek  podon  atenb«r  no  a  mcstier  de  via 

i»4o  Firen  los  an  nicnclz  gran  pessa  dailal  guia 
Aisi  quen  P.  Rotgicrs  ne  fetx  cara  marna 
E  tuit  sei  companho  cant  venc  a  la  fenia 
Car  aisi  lor  es  près  noi  a  cel  nol  maidia 
Descoíìt  sen  retornan  ah  perda  aicd  dia 

n3»  En  Wies  dEncontre  a  sa  gi m  aculbia 


GEOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  80 
LV. 

Lorsque  Guillaume  d'Encontre  de  la  \nilc  entendit  le  cri,  — 
«  Aux  aimes i  cbevaiieis,  >  cria-t<41  (luHnéme).  —  Il  avait  avec  lui 
bien  cent  soixante  seigeiita,-~aans  compter  les  chevaliers.  —  Au  t*to 
nom  de  sainte  Marie,  ik  font  cumir  les  portes,  —  et  s'en  vont, 
au  milieu  du  pré,  frapper  les  ennemis.  —  CSeux-câ,  quand  ils  les 
voient  (venir),  ne  les  évitent  point  :  —  ils  vont  à  leur  rencontre , 
oomme  hommes  braves  et  hardis.  —  Dieu  !  que  de  bonnes  lames 
bfiséee  il  y  eut  ce  jour4àî  «^qoe  de  beaux  coups  frappés  sur 
les  heaumes  de  Pavie!  —  Don  Guillaume  d'Eneontre  pique  son 
destrier  de  Hongrie,  —  et  (le  lance).  Dieu  me  bénisse!  dans  la 
^us  ibite  mêlée.  —  Indigné,  plein  de  fureur,  il  se  précipite  de 
force,  —  et  se  jette  dans  Teau  (courante)  que  Ton  nomme  Aude;  i  »0 
—  il  fend  la  presse  au  beau  milieu  de  Teau,  —  et  rencontrant 
sur  Savoie  un  dessei^ents  de  R.  Mirs,  — il  le  frappe  sur  sa  tai^e 
a  Ucnroiis,  d'un  si  grand  coup  que  son  haubert  ne  lui  ^aui  pas 
une  pomme  gâtée.  — H  le  renverse  dans  Teau,  en  présence  de 
toiis;  — après  quoi  il  frappe  un  glouton  qui  s'enfuyait,  —  (il  le  mj 
frappe)  de  côté,  en  passant,  de  son  épée  bien  fourbie,  —  et  du 
même  élan  il  en  blesse  encore  un  autre.  —  Crépin  de  Roche- 
fort  et  don  Simon  ne  s'oublient  pas.  —  Celai  qu'ils  peuvent  at- 
teindre n'a  plus  souci  de  cheminer,  ni  de  fuir.  —  Ib  mènent 
ainsi  battant  (ceux  de  Cabaret),  longuement  et  de  telle  sorte,  —  i»3o 
que  Piene  Roger  en  fit  marrie  figure, —  aînn  que  tous  ses  com- 
pagnons, quand  ce  vint  á  la  fin. —II  n*y  en  a  pas  un  d*eui  qui 
ne  le  maudisse  de  ce  qui  leur  est  arrivé.  —  Os  s*en  retournent 
déconfits  avec  grande  perte.  —  (De  son  côté)  Guillaume  d'En-  m3& 
1.  la 


r 

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90         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

A  la  ciiitat  WD  mtr«  cui  el  a  establia 
Deb  peûreB  cant  escoses  «n  mot  gran  dcgria 
E  tota  b  mainada  qui  san  es  eabaiidia 
Daioela  veosesOD. 

LVL 

i*io      QuA  lo  coins  de  Montfort  com  apela  Simon 
Ac  mes  s<»ti  a  Terme  dontorn  e  denviron 
E  auzit  la  novelas  sapcliatz  que  belh  saub  bon 
Den  Wles  dEncontre  <  t  do  son  companho 
Car  c]  a  los  engens  estnrt/.  de  trom aj,»)!! 

i«l5  ii  iiiiihor  car  avian  vcncut  aisel  baron 

Qui  a  nom  P.  Rotgicrs  que  ja  Dicus  bc  noih  don 
Qmea  eug  qui  li  donessa  trastot  16r  de  Maacon 
Noa  den  tan  de  joia  com  fe  de  la  raion 
'  Quom  li  a  oomteia  la  ^nda  venoeson 

iiso  Quen  Wles  dEncmitre  fe  aicela  saion 

Dieiis  e  cant  be  lalh  comta  i.  gentil  donselon 
Quen  Wles  dEncontre  i  trames  abandon 
Per  guidar  las  peîieiras  els  engens  que  î  son 
E  so  fp  el  mol  bon  ses  mol  de  menlîzon 

u55  Tro  al  scii  tic  Tonne  on  avia  mot  baron 
E  mol  rie  drap  do  soda  e  iiiul  ne  pavaihuit 
Mota  nipa  de  «eda  o  mot  ne  sisclaton 
Et  mot  aiisboro  traslis  e  mol  bon  f^unlaijon 
E  moia  asia  de  liaiche  enseuUa  c  peuon 

i>6o  E  mot  bo  cavaer  c  mot  bon  doozelon 
Alaman  e  Bavier  e  Saine  e  Prison 
Mancel  e  Angevi  e  Norman  e  Breton 
Logombart  e  Lombart  Proensal  e  Gascon 
Lo  senher  arsevesques  ques  de  Bordel  i  fon 

i9«B  Namaneus  de  Lebret  e  cels  devas  Lengon 


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'X:aOI»ADK  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  01 

contre  rallie  ses  iiomuies,  —  cL  rentre  dans  la  ville  rjn'il  doit 
garder.  —  Des  pierriers  f|ii  ils  ont  sanveit  grandi'  e.sl  leur  allé- 
gresse ,  —  et  toute  leur  suite  s'est  aussi  réjouie  —  de  cette  vic- 
toire. 

■ 

LVI. 

Lozatpiele  comte  de  Ikloiitfort,  celui  que  Top  nomme  Simon,  isîo 
—  ayant  mis  le  aiége  tout  à  l'enAour  de  Tenues,     apprit  ces 
nouvelles,  saciies  qu'il  fut  grandement  satisfait  ~  de  ce  que 
don  Guillaume  d'Enoontre  et  ses  comfngnons  —  avaient  sauvé 
les  machines  (de  guerre)  de  destruction ,  —  et  plus  encore  de  ce  t»i5 
qu'ils  avaient  déconfit  ce  baron,  —  nommé  Pierre  Boger,  à  qui 
puisse  Dieu  ne  jamais  faire  bien.  —  Je  crois  que  si  on  lui  eût 
donné  tout  Torde  MAcoa,  ^il  n'en  aurait  pas  eu  tant  de  joie 
que  de  la  nouvelle     qu*on  lui  a  contée  de  cette  grande  vic- 
toire ,     alors  remportée  par  Guillaume  d*Encontre.  —  O  Dieu  !  i  iSo 
et  que  bellement  l'a  contée  un  gentil  damoiseau  —  ijiie  don 
(iUillaunie  lui  envoya  en  toute  liiUe,  —  pour  escorter  les  pier- 
riers  et  les  engins  de  .guerre !  —  Et  bien  aussi.  s;ins  lueaLir,  les 
«  v  oi  ta  le  damoisei,  — jusqu'au  siège  de  Tcrnieb.  —  Il  vil  là  ubà 
maints  (nobles) barons,  —  mainte  riche  soierie,  maint  superbe 
pavillon,  —  mainte  tunique  de  soie  et  maint  beau  ìugiaton. — 
(Là  se  voyaient  ainni}  force  hauberts  (bien)  maillés,  force  belles 
enseignes,  —  force  lances  de  frône  (avec)  pennonccaux  et  bande- 
roles.—  (U  y  avait  là)  une  foule  de  chevaliers  et  de  bons  da-  uto 
raoiseaux, — aflemands,  bavarois,  saxons.  Irisons, ^maoseanx, 
angevins,  bretons,  normands,  — longobards  et  italiens,  gascons 
et  provençaux.  —  Le  seigneur  archevêque  de  Bordeaux  s*y  trou- 
vait, — -  Amanieu  de  Lebrit,  de  même  que  cslui  de  Langon. —  1,65 

19. 


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92 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  ' 


Lai  fan  ia  carantcua  tuit  aiccl  que  i  sou 
Que  cant  ti  imi  venon  e  U  autre  sen  vaont 
Mu  N.  R.  cd  de  Terme  nob  presa  un  Ixrton 
Que  anc  plus  fort  castel  no  cug  que  vb  niiihs  hom 

1170  Lai  tengon  Fentecosta  Pascha  e  Afloension 
E  la  meitai  diveni  ú       dits  la  cansoD 
Oncaa  no  vi  nulhs  hom  tan  rica  garnison 
Co  ac  en  sel  castel  lai  devas  Aragon 
E  devas  Catalonha  que  son  de  Rosilhon 

1*75  Mota  juncta  i  ant  faita  e  brizat  mant  arson 
E  mot  cavaer  mort  e  mot  foii  Braimanso 
Perduda  manta  ensenha  e  niant  rie  gonfano 
Quen  pujeron  per  forsa  la  sus  en  sel  dotupuhuu 
Malgrat  daiceb  de  lost  o  volgucs&au  o  uou 

iiSo  Manguaneb  ni  peireira  nols  ten  dan  dun  boton 
Vianda  an  aaaati  cam  fresca  e  bacon 
Vi  e  aiga  per  heure  e  pa  a  gran  finson 
Si  demi  IMeua  noie  dona  calque  percucion 
Si  com  &  en        qa&  lor  àeg  menason 

»95  Ja  no  foran  oomqaes. 


LVII. 

Scnhors  volets  amîr  cosi  Termes  foti  près 
E  co  sa  gran  vertut  Jeshu  Crist  i  trames 
La  est  estet  entorn  enlro  lorou  vmi.  uea 
Que  laiga  lor  failli  que  resecada  es 

IÍ90  Vi  avian  asaU  a  dos  mes  o  a  très 

Mas  nuls  hom  scucs  aiga  uo  cug  vivre  pogues 
P<ns  plog  uua  gran  ploia  ai  majud  IMeus  ni  fea 
E  venc  i.  grans  diluvis  de  que  lor  es  mal  près 
En  tonas  e  en  vaisels  en  an  îlh  asati  mes 

»9»  De  cela  aiga  prestiron  e  meiran  els  conres 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  95  , 

Tous  ceux  qiû  sont  là  y  Sont  l«ar  quarantaine;  —  et  quand  les 
uns  viennent,  les  autres  s*en  vont. •alliais  R.  de  Termes  ne  les 
prise  pas  un  bouton;  —  car  je  ne  pense  pas  que  jamais  homme  ait 
vu  plus  fort  diâteau  (que  le  sien). — Les  (assiégeants)  passèrent  »7« 
là  la  Paitooòte,  Piques,  rAsceneion,  —  et  la  moitié  de  f  hiver, 
comme  dit  la  chanson.  —  On  ne  vit  jamais  lieu  si  hi«i  muni  — 
que  ce  chlitetn  du  Roussillon,  -  là4»as  deven  FAragon  et  la 
Gatalog;ne.  ^  Là  se  fit  mainte  joute,  et  fiirent  hrisés  maints  ar-  tai» 
çons,  — tués  maints  chevdiers,  maints  intrépides  ftrehanfons, 

—  perdus  mainte  enseigne  et  maints  drapeaux,  —  qui  de  force 
forent  emportée  lâchant,  dans  le  donjon,  —  en  dépit  de  ceux  de 
rhost,  et  qu'ils  le  voulussent  ou  non.  —  Les  mai^nneaux  ni  les  ■ 
pierriers  ne  font  pas  (au  dilteau)  dommage  d'un  bcvuton;  » 
les  vivres  y  abondent,  la  viande  fodche  et  le  lard ,  —le  vin,  Teau 

à  boire  et  le  pain  à  foison;  ~  et  si  Dieu  n'y  eût  envoyé  quelque 
fléau, comme  il  fit  après,  quand  il  y  envoya  la  dysenterie , 
•     il  n'unait  jamais  été  pris.  • 

LVII. 

Seigneurs,  voulez-vous  entendre  comment  Termes  fut  pris, 

—  et  comment  Jcsus-Llirijl  y  iil  voir  graiule  [iuissance?  — 
Lliu&t  (des  Croisés)  campa  neuf  mois  à  rculour,  —  jusqu'à  ce 
que  l'eau  manqua  (aux  assiégés)  à  cause  de  la  sécheresse.  — 
Ils  avaieal  encore  beaucoup  de  %Tn,  pour  deux  mois  ou  pour 
trois.  — Mais  sans  eau,  jp  pense,  aucun  homme  ne  peut  vivre. 

—  Il  tomba  ensuite  uju  ioi'i'  pluie,  si  Diou  et  la  loi  m'aident. 

—  il  vint  un  grand  déluge  d  eau;  (et  ce  iut  là)  de  cpioi  mal  leur 
prit.  —  Ils  firent  provision,  dan»  des  tonneaux,  dans  des  vase», 


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)  94  CROISADE  CONTRE  LES  ALBÎGBOIS. 

Tais  menuzos  los  prcs  acgus  no  sali  ou  ses 
Coseelh  au  prcs  mest  lor  i|uc  cascu»  sen  fuisse» 
En  alNins  que  morUm  en  aiii  descofes . 
Las  domnas  del  castel  an  sus  el  dompho  mes 

i3no  Cani  venc  la  Qoit  escim  que  anc  om  non  saub  res 
Ichîron  dei  castel  senes  autre  arnes 
Que  sino  ábn  dîners  no  eug  nulhs  ne  fraîches 
■La  dones  R.  de  Termes  dis  que  hom  latendes 
Quel  tornara  lains  c  com  lo  atendes 

t3oS  Ën  akela  tornada  lenoontreron  Frances 

El  ne  meneron  prps  lai  on  lo  coms  Forts  es 
Li  iuitic  (^íitala  et  li  Aiu<;ones 
Sen  fugiron  per  tal  que  lioni  iiols  aucizes 
Mas  lo  coms  do  Montlor  t  i  ïv  mot  que  rortes 

i3io  Que  no  lolc  a  las  donas  <juf  vallta  i.  poges 
Ni  un  diner  mouedat. 


LVIII. 

Gant  saubo  per  la  terra  que  Terme  an  forsat 
Tuit  li  melhor  castel  fiiron  décampant 
Donc  fo  près  Albejes  que  non  fo  asotlad 
Las  garnizos  del  comte  quel  caste)  an  laichat 

No  cuja  en  lor  vida  mais  i  vi'ngo  Cro/alr 
Dieus  i  fe  grans  miracles  ques  pies  de  pietat 
Pus  bel  Ivern  fu^ia  que  no  vitz  nuili  rsial 
A  ma  razo  mmiorni  cas  trop  ai  demorat 
iita  Cant  lo  coms  de  riiolosa  sab  que  hom  lo  a  couilat 
Que  Termes  era  près  vas  &aul  Gili  es  anatz 
A  .1.  grau  parlamen  quel  clerc  li  an  mandat 
li  abâs  de  Cîatel  e  li  autre  Crosat 
Que  Milos  en  morts  reboete  sosterrati 


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GilOISADB  GOMTBE  LES  ALBIGEOIS.  95 
— de  cette-eau,  ihm  pétriieni(l«ttr  fMÌn)  et  en  apprèlèrent  leurs  ■  »^ 
mets;  — et  telle  dyiieiiteríe  les  en  prit ,  que  md  ne  n  eonnaiasait 
|du8.  —  Ils  ont  fonné  Mitre  eux  la  réflolatífm  de  s'enfuir,  — 
plutôt  que  de  mourir  ainsi  déconfits  (de  malade).  —  Ds  ont 
réuni  les  femmes  en  L.iul,  dans  le  donjon;  —  et  quand  est  venue  iSoo 
la  nuit  noire,  sans  que  personne  (au  dehors)  en  sache  rieu,  — 
ils  sortent  du  château,  sans  aui.uu  hagagc, —   ai  mil  d'entre 
eux  u'cmporta  rien,  je  pense,  si  ce  n'est  son  argent.  —  Hoger  de 
Termes  dit  alors  (aux  siens)  de  l'attendre,  —  et  qu'il  vent  (un 
moment)  retourner  au  château.  —  Comme  il  y  retournait,  les  ijo^ 
Français  le  rencontrèrent ,  —  et  |nisonnier  remmenèrent  au 
comte  Montfort.  —  Les  autres,  AiUgonnais  et  Catalans,  —  s*en- 
Fu iront  pour  qu'on  ne  les  tuât  pas.  —  Le  comte  de  Montfort  fit 
alors  chose  courtoise  :  ~  (ce  ÔA)  qu*ii  n*enieva  point  aux  dames 
chose  qui  valût  un  poyet-— ni  un  denier  monnayé. 

LVIIL 

Quand  on  sut  par  le  pays  que  les  Croisés  avaient  pris  Termes, 

—  les  plus  forts  châteaux  furent  abandonnés.  —  Alors  fut  pris  ' 

Aihy,  sans  être  assiégé.  —  La  garnison  du  comte,  que  I  on  a  i^ii  • 
mise  dans  le  château  (de  Termes),  —  n'avait  pas  imaginé  (|ue  ja- 
mais les  Crnisés  y  entrassent  de  leur  vie.  —  Dieu,  i(ui  est  plein 
de  naseijcorcie ,  fit  alors  un  grand  miracle  :  —  il  ht  un  liiver 
plus  doux  que  vous  ne  viles  uui  été. — Mais  je  me  »uis  trop  arrêté, 
et  je  reviens  à  mon  sujet. 

Lorsque  le  comte  de  Toulouse  apprit,  lorsqu'on  lui  eut  conté  i3io 

—  que  Termes  était  pris,  il  s'en  alla  Saint-GtUes,  — -  à  un 
grand  concile,  les  clercs ,  Tabhé  de  Citeaux>^ el  les  autres  Croi- 


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9«         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Motenben  Gui  Cap  de  porc  i  a  lo  conu  menât 
Tôt  lo  mîlhor  légiste  de  la  cresliandat 
E  si  ea  cairaers  e  attfz  om  de  bernais 

Tuit  li  autre  no  sabo  encontra  lui  un  dat 
Aisel  mante  lo  comte  e  e»  ben  eflaenhat 

iS3o  Cans  se  traiclieran  lolli  (piei  agucs  mot  SOOat 
Li  tIi-is  de  Cistcl  sf  n  çs  en  pes  leval2 
Senliors  so  lor  dilz  el  sapchatz  ques  veritatz 
Que  lo  coms  de  Tholosa  ma  mot  fort  honural 
Sa  terra  abandonada  don  ieu  ihen  sai  bon  grat 

i33S  E  pregue  vos  de  lui  ^en  «iats  fort  pregat 
Donc  foron  li  sagel  de  Roma  de^l^t 
Que  el  comte  de  Tboloea  om  avis  aportal 
Que  vos  faria  lonc  comte  que  tant  an  demandât 
Que  lo  coms  R,  dis  can  so  cr  acabat 

lâto  Non  O  poiria  pagar  ab  trastot  son  comtat 
Lo  pe  met  en  lestriub  corrossos  e  irat 
£  es  sen  a  Tolosa  en  son  pais  tornat 
On  plus  pot  bat  baten. 

LIX. 

m 

Poïs«fo  lo  coms  R.:  a  autre  parlement 
j34S  Que  fo  faitz  a  Narbona  {«res  de  la  S.  Vincent  • 
Lo,reis,d'i4Figo  i  fo  e  mpta  lica  gent 

Oncas  nol  acabero  qiie  valha  un  aie;\nlent . 
Pois  ne  foro  a  autre  az  Arlc  mon  ecient 
Lai  escriusen  en  carta  trastot  lo  jutgauienl 
i35o  Que  baiiarau  al  comte  cjue  de  lors  los  atent 

Ab  lo  reî  dAngo  d>  fort  freK  e  eb  vent  ' 
Lsbes'laih'  imarvie  vesent  tota  la  gent 
E  maestre  Teiis  ques  ab  lui  issament 


GKOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  VJ 

ses  luj  ayanl  mandé  —  que  Milon,  le  légat,  était  mort,  enseveli 
et  entorrc.  —  Le  comte  mena  là  avot-  lui  Musseu  (iiii  (iap  de  porc,  iS*5 
—  ie  meilleur  Irgistr  do  toute  la  clirélieiité, —  <jui  de  plus  est  che- 
valier, et  hoinnie  de  iu)l)le  race.  —  ('e  (|ue  le^  autres  savent  en 
comparaison  de  lui  ne  vaut  pas  un  de.  —  (  /est  lui  (jui  détend  ie 
comte  (en  homme)  si  bien  enseigné, —  que  les  autres  s'arrache-  ,33« 
raient  les  yeux  avant  d  y  trouver  mot  à  reprendre.  —  L*abbé  de 
Citeaitt  s'est  dressé  sur  ses  |MedB:-~  •  Seigneurs,  dit-il  aux  asaïa- 

•  tants,  sachet  pour  chose  vraie  —  que  le  comte  de  Toulouse 
«  m*a  grandement  honoré;  —  il  m'a  abandonné  sa  terre,  dont  je 

«  lui  sais  bon  gré,     et  je  vous  prie  (tous)  d'être  (aussi)  con*  tii& 

•  tenta  de  lui.  •  —  Alors  forent  déployés  les  sceaux  de  Rome — 
qui  avaient  été  apportés  au  comte  de  Toulouse.  —  Pourquoi 
vous  en  feraisje  long  récité  On  a  tant  demandé,—  (tant  exigé), 
que  le  comte  Raymond  finit  par  dire  —  que  son  comté  tout  ,340 
entier  n*y  suffirait  pas, —  (Là-Dessus)  triste  et  courroucé,  il  met 

le  pied  à  fétrier, — et  s*en  retourne  à  Toulouse ,  dans  son  pays , 
<^  vite,  vite,  autant  qu*il  peut. 


LIX. 

Le  comte  se  rcnd^^nsuite  au  concile  —  qui  Sut  tenu  à  Nsi^  tHi 
bonne,  vers  la  Saint-Vincent  — Le  roi  d'Aragon  y  vint  avec  un 
grand  nombre  de  nobles  gens;  mais  on  n'y  décida  pas  la 
moindre  chose.  —  Us  se  rendent  après  cela  à  un  troisième 
(concile)  à  Arles,  je  pense.  —  Lit ,  on  écrit  en  charte  toute  la 
sentence  —  qui  doit  être  prononcée  sur  le  comte,  qui  Tattend  >3$0 
dehors,  — avec  le  roi  d'Aragon,  par  un  grand  froid  et  au  vent. 
—  Uabbc  la  lui  mit  dans  la  main  à  la  vue  de  tous,  —  (assisté) 
1.  iS 


M         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Lo  niielh«r  clercs  del  mon  e  lo  plus  oonokhent 

i3ss  £  lifesq«<»  dUiès  ab  dautres  cl«rg;ues  cent 
.  Gan  lo  coms  tenc  la  carta  trastot  cdadament 
Apelet  lescriva  e  eant  el  la  entent 
Quel  la  Ibac  l^ida  trastot  padblament 
Lo  reî  dArago  apela  irats  per  mal  talent 

i36o  SaYÌncU  sire  reîs  so  li  dits  en  rient 

£  aujats  esta  carta  c  Icstranh  mandament 
Quem  mandan  li  Icgat  que  i  sia  obedicnt 
Lo  reis  la  fai  Icglr  antra  vptz  mant(^nenf 
E  ranl  la  ac  airzida  ditz  cm  patic  siinplament 

»36.'>   Be  (rtl  nmil lierai'  pcl  ])aire  omnipotent 

Lo  coms  toi?,  cossiios  si  f|ue  comjat  no  prent 
La  carta  e  son  punli  (|Utí  noi  respon  nient 
Scn  vai  cnvcs  Tolosa  ou  plus  pot  tost  corrent 
E  pois  a  Montalha  a  Moisac  e  Agent 

1370  Per  tôt  a  una  ma. 

LX. 

Lo  pros  coms  de  Tolosa  scn  torna  en  Tolzan 
E  intra  a  Tbolosa  e  pois  a  Montalban 
A  Moichac  c  Agm  sa  carta  en  sa  man 
Per  lot  la  fai  legir  tjue  o  sapchan  de  plan 

*i^:>  Cavacr.s  o  liorzes  e  pois  mcssa  cai^|^ 
La  cai  ta  ditz  aisi  en  lo  mot  priniairan 
Que  lo  coms  tfiiga  ])atz  c  tels  ([uab  lui  seran 
E  laisse  les  rotcis  o  anoit  o  dciiiau 
Reda  los  dreitá  ah  clercs  (pie  sian  sobiran 

i38o  De  trastot  aiselo  que  li  demanderan 
E  giet  de  sa  bailia  tots  los  jnsieiu  tralan 
Els  creiens  delà  erotges  aiceb  quilh  diiian 
Que  el  los  reda  toti  e  so  tro  a  on  an 


CROISADE  CONTRE  LE,^  ALliKrl.OIS.  90 
de  maître  Tedis  qui  est  avec  lui,  — le  mÊÌUcur  clerc  du  monde 
et  le  plus  savant,  —  de  l'évêque  dT?Kès  et  de  cent  autres  clercs,  '^^â 

—  Quand  le  comte  tint  la  charte,  tout  secrètement  —  il  appela 
l'écrivaiii,  (qui  la  lui  lut  volontiers)  ;  —  et  quand  il  l'eut  enten- 
due,— trute  et  avec  indignation,  il  appela  le  roi  d*Arag^..~^ 

<  Veaei  çà,  sîre  roi ,  lui  dit-il  en  riant;  entende*  cette  charte ,  et  >Mo 
•  leftoidb«ftétnmgea->-'awsquel»  1m  légats  veolentqaefobéiaae.  • 

—  Le  roi  fait  à  i'twtaot  lire  la  diirte  une  aecoode  ioiê,  —  et 
quand  il  Ta  entendue ,  il  dît  avec  calme  et  nullement  : — •  Voilà  • 
■  qui  doit  être  corrigé,  par  !e  Père  tout-puisoantl  »  —  Le  comte 
tout  soucieux,  la  charte  au  poing,  «ans  prendre  congé  et 
sans  rien  répondre,  —  s'en  va,  courant  le  plus  qu'il  peut,  de- 
vers Toulouse,  —  et  puis  à  Montaubftu,  à  Uoissac,  à  Agcn,  — 
tout  d'un  trait.  »370 


*  LX. 

Le  proiix  comte  Raymond  retourne  en  Toulousain  ;  - —  il  entre 
d*abord  à  Toxilouse,  puis  à  Montauban,  —  à  Jlioissac,  à  Âgcn, 
sa  charte  à  la  main.  — >  Partout  Ú  k  fiiit  lira,  pour  quelle  soit 
manifeste  à  tous,  —  aux  chevaliers ,  aux  bourgeois  et  aux  (clercs)  137S 
me8S&<chantants.  —  Voici  ce  que  la  charte  dit  aux  premiers  mots  : 

•  Que  le  comte  demeure  en  paix,  lui  et  les  siens, — et  congédie 

•  les  routiers,  aujourd'hui  même  ou  demain;  —  qu'il  rende 

«  aux  clercs  leurs  droits  (et  l'assurance)  —  d'obtenir  (de  lui)  toute  i38o 

•  chose  qu  ib  lui  demanderont;  —  qu'il  chasse  de  ses  états  tous 

•  les  perfides  Jui&;  et  (quant)  aux  partisaj»  de  Thérésie 
«  qu'ils  lui  désignerani,  —  qu'il  ks  leur  rende  tous ,  avant  l'an- 

i3. 


100         CIIOISADK  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Per  far  tôt  lor  plazcr  e  so  qucli  voldran 

i3Ȉ  E  mas  de  doas  carns  eli  nu  manjaran 

Ni  ja  draps  de  paratgc  poichas  no  vestiran 
Mas  capas  grossas  brunas  ijue  mais  lor  duraran 
Los  castels  e  las  forsas  trastot  derochaian 
Ni  jamais  cavale»  non  estara  en  |dan 

iSyi  Mas  de  fora  els  camps  ce  li  autre  vilan 
E  d^u  mal  peatge  el  camîs  no  prendran 
Mas  can  los  vellis  vsatges  que  foron  andan 
Caire  deniers  toisas  a  cascun  an  daran 
Als  paziers  de  la  terra  qiieli  establiran 

1S95  E  tuit  li  renóicr  lo  renou  laicharan 

Quo  si  gazanh  an  près  tôt  primer  io  rendran 
E  sil  (  oms  de  Montforl  nil  Croralî  que  xindran 
Cavalgan  sobre  lor  corn  a  trop  onic  fan 
E  si  prendi  an  dei  lor  ja  uou  o  dcfendraa 

1 400  Pcl  lau  del  rei  de  Fransa  de  trastot  paaáaian 
El  coms  que  pas  la  mar  lai  vas  flum  Jordan 
E  que  ^a  lai  tant  co  li  monge  voldran 
01  cardenai  de  Roma  o  cel  queli  meiran 
£  p<tts  qnes  meta  en  orde  el  Tem]de  o  a  S.  loan 

i4o5  E  cant  o  aura  fait  sos  castels  li  rendran 
£  si  aiso  no  &i  de  tôt  lo  cassaran 
Que  nolh  remandra  res. 


LXI. 

ii  cavaler  de  la  terra  dnaler  e  bones 
Cant  ausiron  k  carta  que  legida  lor  es 


CROISADE  CONTRE  LUS  ALBKÎEOIS.  101 
née  révolue,  —  pour  en  faire  à  leur  voiont/'  1 1  à  leur  plaisir. 

—  Qu'ils  ne  mangeront  pas  de  plus  de  deux  viandes  (à  leurs  rc-  i-itiS 
|M»),  —  et  ne  M  vêtiront  désonnais  plus  de  riches  draps,  — 
mais  de  grossières  capes  bnines  qvà  leur  dureront  davantage; 

— qu'ils  abattront  tous  les  châteaux  et  tontes  les  forteresses  ;  — 
les  dievaliers  ne  sèjonmeront  pln&en  maison  (dans  les  villes), 

—  mais  dehors,  dans  les  canqiagnes ,  comme  jMiysans;  —  qu'ils  ■  390 
ne  lèveront  aucim  mauvais  péage  sur  les  chemins,  —  mais  seu- 
lement les  redevances  ordinaires  des.. temps  anciens;  —  qu'ils 
payeront  quatre  deniers  toulousains  par  an,  —  aux  paciers  qui 
seront  établis  (par  l'Église)  dans  le  pays;  —  que  tous  les  usu-  »39& 
ríers  renonceront  à  Tusure , — et  restitueront  snr^le-champ  tout 

ce  qu'ils  auraient  pu  )  gagner  ;  —  que  si  le  comte  de  Montfort 
et  les  Croisés  qui  viendront — chevauchant  contre  (Hix.coninu' 
contre  tant  d  autres,  — leur  enlèvent  quelque  chose  du  leur,  ils 
ne  s'y  opposent  pas;  —  qu'ils  s'en  remettent  sur  tout  à  la  lioo 
décision  du  roi  de  France;  — que  le  comte  Ilaymond  s'en  aille 
outremer,  là-bas  au  fleuve  du  Jourdain  ,  —  et  qu'il  y  reste  aussi 
longtemps  que  le  voudront  les  moines,  —  les  cardinaux  de 
Rome,  ou  ceux  qu'ils  désigneront;  —  qu'après  cela,  le  comte 
entre  dans  un  ordre,  dans  celui  du  Tem|de  ou  de  SaîntpJean. 

—  Quand  il  aura  (ait  tout  cela ,  ses  châteaux  lui  seront  rendus;  i4oS 

—  et  s'il  ne  le  lait  pas,  il  sera  privé  de  tout  pouvoir,  telle- 
ment quil  ne  lui  restera  rien.  » 


LXl. 

Les  hommes  du  pays,  chevaliers  et  bourgeois,  —  quand  ils 
entendirent  la  charte  qui  leur  fut  lue,  —  dirent  qu'ik  aimaient  Uio 


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103        CROISADE  CONTHE  LES  ALBIGEOIS. 

i*io  Diion  que  mais  voidriaB  estre  tuit  mort  o  prêt 
Quelî  «uo  »tifirÌB»n  ni  o  fetnii  per  res 
Donc»  >eri«n  ttiit  se»  q  vìIa  o  pages 
Li  bones  de  Moidbac  e  seb  de  Agenes 
Dizon  cans  fiigirian  per  lai^  en  Bordales 

i4a&  Que  siaa  lor  senhor  ni  iMrrau  ni  Franses 
O  sen  iran  eslar  si  \o  roms  o  volrrue» 
Al)  lui  en  autra  terra  oiKjuc  a  lui  plagues 
E  lo  coms  cant  o  au  lor  ne-  ici  ^nuìs  nicrces 
Donc  a  iaiu  sos  sagcU  c  ak  per  loi  trantea 

i4a9  A  txastotz  SOS  amies  la  sus  en  ALbigcs 
E  de  wî  en  Beam  e  a|  comte  Cumeoges 
E  al  comte  de  Fois  e  lai  en  Gaicaafles 
E  an  Savaric  pregiia  que  daiso  li  valgues 
Aicel  de  Malleo  e  el  Iho  a  prontes 

i4t$  Que  li  en  ajudara  cui  que  plaira  o  pea 
De  talent  e  de  cor. 


LXIL 

A  lintrar  de  caresina  caiit  baicha  la  freidor 
E  comensa  a  venir  lo  doua  tenips  de  Fucor 
Si  movon  li  Grozat  e  li  osteiador 

i43o  Que  somonita  loa  an  nostre  prezicador 

Lavesque»  de  Thoiom  eui  dami  Dieu»  bonor 
Enans  dedin»  la  vila  reoeulrat  per  senhor 
A  grau  profecio  com  tin  eiQperadûT 
Del  devet  los  absols  si  qxiicu  cugei  laor 

i4S&  Quagucssan  patz  finta  p<t  totz  tpmps  dv  1)ûi)  (or 
M;is  pois  vi  (pies  nicscleron  per  mot  graiida  iror 
Lavcsijuc'S  anec  eu  Frausa  preiicar  cascun  joni 
£  crozan  se  li  princep  li  baro  elh  comdor 
El  cavaler  de  lai. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  105 
mieux  être  tous  lues  ou  pris  —  que  de  sotiHi  ir  ou  tl<-  faire  pour 
rien  au  monde  (une  chose)  —  fjni  ferait  d't mi\  tous  tics  serfs,  des 
vilainB  ou  des  paysans.  —  Les  bourgeois  de  Moissac  et  ceux  d'A- 
gen  —  déclarent  qu'ils  s  enfuironl  par  la  rivière  à  Bordeaux,  — 
plutótque  d'avoir  pour  aeigneurs  ies  (clercs),  ou  les  FraTirais; —  uis 
ou  que,  si  le  comte  le  yeut ,  ils  iront  demeurer  avec  lui — dans  un 
autre  pays ,  partout  où  il  lui  plaira.  —  Le  comte*  quand  il  les  en- 
tend, leur  en  rend  grand  merci.  D  fait  alors  sceller  (ses  let* 
très)  et  les  envoie  de  toutes  parts  — •  à  tous  se»  amis»  là>liaut  en  14» 
Albigeois,  et  deçi  en  Béam ,  an  comte  de  Commtfiges,  — -  au 
comte  de  Foîx,  et  en  Carcassais.  —  H  prie  (en  outre)  le  seigneur 
Savane,  celui  deMauléon, — de  Taideren  cette  affaire;  et  Sava> 
rie  lui  a  promis  qu*il  raidera,  n'importe  à  qxû  la  chose  plaira 
ou  déplaîia,  —  de  bon  vouloir  et  de  bon  cœur. 

LXII. 

A  rentrée  de  carême,  quand  le  froid  baisse,     et  que  le  doux 
temps  de  Pâques  a|^roche,      les  Croisés  et  les  hommes  de 
fhost  se  mettent  en  mouvement,  —  (excités)  et  semoncés  par  i4S« 
nos  prédicateurs.  —  Uévèque  de  Toulouse ,  à  (jui  Dieu  veuille 

faire  honneur!  —  qui  a  été  auparavant  établi  pour  seigneur  dans 
la  ville. — avec  grande  solennité,  comme  un  empereur,  —  absout 
les  '  habitants)  de  rcxcommunicutioa  :  tuilenicnt  rpic  je  cnis  alors 
-  [uc  la  paix  était  faite  entre  eux  pour  toujours  ut  du  bon  i43à 
cd'ur;  —  niais,  coniniL'  je  l'ai  vu,  ils  se  broniUérrnt  bientôt  après 
par  grands  ressentiments.  —  L'évêquc  s'en  alla  en  France  prêcher 
tous  les  jours  (la  croisade);  —  et  partout  là-haut  se  croisaient 
les  princes,  les  barons,  les  comtes  —  et  les  chevaliers. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


LXllI. 

ii4o      Lo  coins  P.  dAusurra  RotberU  de  Corlenai 
El  chantres  de  Paiis  si  col  libres  retiai 
Vcngron  ab  mot  gran  ost  devas  Paris  en  sat 
A  Carcassona  intrcro  en  lo  pais  tic  sai 
K  auiatz      .loshn  quinhas  vcrtutz  i  fai 

1Ì45   Aisi  coma  lo  lil)rcs  vos  ditz  e  vos  retrai 
Aiceis  de  CaLaretz  sen  deron  grau  csglai 
Lo  senher  P.  Rogicrs  gran  matiiHit  sen  vai 
An  Bochard  que  es  prcs  en  la  cambra  on  jai 
Bochart  so  li  a  dit  vos  estes  ben  o  sai 

tlbo  De  mot  granda  natura  e  proz  om  e  vevaî 
Vos  no  &reta  ja  causa  que  a  faire  no  sai 
E  ai  ieu  vos  solvia  no  sai  si  i  trobarai 
Merre  ni  cauzimcnt  m.ts  tôt  o  assaiarai 
Ane  no  (Ì  traicio  ni  no  la  perchasai 

i4W  Doncas  dit/.  P.  Uogiers  vos  no  siretz  pre»  mai 
E  mi  e  mo  castci  vos  Ihivrc  atrazai 

Apelet  I.  nuesir»  del»  fers  traire  lo  fai 
Tondxel  îû.  e  banhar  tôt  suavet  e  mai 
Una  mot  bdà  lauba  e  un  palafre  bai 
i46o  Ld  a  fait  amarvir  cane  nol  mes  en  assai 

Cant'aiáo  vie  Bochart z  sapcbatz  mot  en  fo  jai 
'  Mais  non  ac  tant  gnm  joia  des  aicei  temps  en  sai 
Que  de  maire  nasquet. 


LXIV. 

Senbors  tôt  en  aisi  com  devant,  vos  ait  dit 
i4«s  Lo  senhor  de  Cabarets  nos  mes  pas  en  obUt 
On  maestro  apeU  dels  fers  ^tar  lo  fist 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  105 


LXIII. 

Le  comte  d'Auxerre,  Pierre- Robert  de  Gourtenay,  — ^  et  le 
chantre  de  Paris,  à  ce  que  rapporte  le  livre,  —  vinrent  avec  un 
grand  host  de  devers  Paris,  de  ce  côté.  —  Ils  entrèrent  àCarcas» 
sonne  et  dans  tout  le  pays  en  deçà.  Or,  écoutez  quels  miracles 
j  fit  al<na  JéeuA-Christ,  —  ainsi  que  le  livre  le  dit  et  raconte.  i445 
— Ceux  de  Cabaret  en  foirent  grande  épouvante  et  don  P.  Ro- 
ger a*en  va  (un  jour)  de  gjrand  matin  —  à  don  Bouchard»  qui 
est  prisonnier,  dans  la  chambre  oà  il  couche.  —  «  Bouchard,  lui 
«  a-4-il  dit,  vous  êtes,  je  le  sais  bien, — un  Iranc  preux  homme,  liSo 
»  de  haute  nature, — et  ne  feres  jamais  chose  qui  ne  soit  à  fiure. 

•  •2-Je  ne  sais  si,  en  vous  délivrant,  j*y  trouverai  ^gratitude  et 

•  merci;  mais  jeVessayerai.  > — •  Je  n*aijamaÌ8&it trahison,  ni  tenté 

•  de  la  &ire,  •  (répond  Bouchard).  —  «Eh  bim  donc,  reprend  liss 
■  P.  Roger,  vous  n*étes  plus  prisonni«r;-~  et  je  vous  livre  mon  clift- 

•  teau  et  moirméme.  >  —  Urdessus,  il  &it  vemr  un  forgeron  et 
tirer  (lì^  prisonnier)  des  fers«  —  le  &it  tondre  et  baigner  déli- 
catement, et  de  plus — lui  fait  donner  une  belle  robe  —  et  un  aso 
palefiroî  bai  qui  n^avait  point  encore  été  monté.  —  Quand  Bou- 
chard vit  cela,  sachez  tpi'il  en  fut  tout  joyeux;  —  il  ne  Tavait  ja- 
mais été  autant,  depuis  l'iu&Uul  —  où  il  naquit  de  mère. 

LXIV. 

Seigneurs,  tout  comme  je  viens  de  vous  dire,  —  le  seigneur  >MS 
de  Cabaret  ne  s'oublie  pas  (là  où  il  &ut  agir);  —  il  fait  appeler 
un  forgeron ,  tirer  (Bouchard)  des  fers ,     noblement  le  revêt  de 
I.  tà 


r 

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I 


106         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 
E  tic  mot  riclia  raul»a  nohlaiin'iit  lu  veslit 
Un  |)alaire  amblan  cane  oui  gcnsor  non  vit 
Li  clonet  a  cliivager  e  can  fo  Le  vestit 

tlfo  Trcs  donzcls  pcr  solatz  a  chivau  li  aniarvig 
E  el  «oet  ab  lui  Iro  A  defom  pcr  guit 
Mas  ans  qa»  sen  anessoa  nis  fosaan  ^départit 
De  Ihui  e  del  castel  la  del  tôt  revestit 
E  Iheo  fist  omenalge  senes  tôt  contradit 

1475  En  Bocbartt  li  promîst  elh  juret  etti  plent 
Que  de  Us  soas  partz  no  sera  ja  trait 
Ni  can  vnra  a  la  fin  ipiel  plaita  er  devesitz 
Nol  tin  d  fia  om  per  Soi  ras  sera  escarnitz 
£  el  ooi  ùdiùt  (loncns  quo  ben  lo  atendit 

i4te  So  que  pronies  lavia. 

LXV. 

Canl  lo  coius  de  Montfort  c  lautra  barouia 
B  li  an  e  li  autre  an  b  noeU  auzia 
Que  mesini  Bocbarta  es  souts  e  que  venîa 
No  vos  cal  demander  ailh  agron  alegria  4 

titi  Tuit  van  enoontca  lui  a  aicela  vegia 

Can  «0  entrebaizat  pregan  lo       lor  dia 
Si  el  ses  ostatgets  e  el  ditz  que  no  nûa 
Ans  avcm  lo  castel  c  la  nostra  bailla 
Ë  soi  tots  souts  e  «pûtes  eo  auzirctz  daital  guta 

1490  Mo  sctilif^r  P.  Rotj^iers  ma  dat  la  senboria 
De  trastot  son  castel  que  contra  nos  ténia 
E  a  prpza  amistat  am  mi  c  gian  pana 
El  t'u  il  ai  prnrnes  si  Difnis  n\\  bcnazia 
Quilh  I  II  sera  trop  niicllis  a  trasiota  sa  y\a 

U99   E  11  (loiimi  dos  tans  quil  not  de  inaïunitia 

Doucui»  diut  lu  coms  Fortx  bcn  gran  tort  en  auria 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  107 
richo  robe,  — ctim  donne á chevaucher  un  paiehroi  ambiant  — 
tel  que  nul  n'en  vit  de  plus  beau.  Quand  Bouchard  est  vêtu,  —  il  »i7» 
lut  présente,  pour  lui  faire  féte^  trois  damoiseaux  á  cheval,  —  et 
le  suit  hors  du  château ,  lui  .servant  de  guide.  —  Mais  avant  de 
s*en  retourner  et  de  le  quitter,  —  il  i'investít  pleinement  de  sa 
personne  et  de  son  chAt^,  —  et  lui  en  bâi  hommage  sans  res- 
triction aucune.  — Don  Bouchard  (de  son  câté)  lui  jure  et  lui  %  Ì75 
rantit~4pi  il  ne  sera  jamais  trahi  par  lui  et  que  quand  viendra 
li  fin  (de  la  guerre),  quand  laquerdle  se  décidera,  il  ne  sera 
point  tenu  pour  insensé,  ni  bafoué  comme  tel.  —  (Et  cette  pa- 
role), Bouchard  n'y  manqua  pas;  il  tint  fidèlement— ce  qu'il  avait 
promis.  liSn 


LXV. 

Ouaiid  le  (  omtc  de  Montfort  et  les  aiilrcs  barons,  —  ceux-ci 
et  ceux-là,  ont  entendu  la  nouvelle,  —  (juejipj^ire  Bouchard  est 
délivré,  et  qu'il  arrive,  —  s'ils  en  furent  joyeux,  ce  n'est  pas 
chose  à  demander.  —  Tous  veulent  aller  à  sa  rencontre,  cette  liSS 
fois;-— et  tous,  quand  ils  se  sont  entre-baisés,  le  prient  de  leur 
conter  — -  s'il  a  donné  oli^.  «  Nullement,  £ût-il;  —  hien  loin  de 

•  là,  le  chitean  est  nAtra  :  nous  en  avons  la  aeignentie.  -~  Je  suis 
«  entièrement  libre  et  délivré,  de  la  manière  que  vous  entendrez. 

«  —  Don  P.  Roger  m'a  donné  le  commandement  —  de  tout  son  iìsq 
«chAteau  qui  se  défendait  contre  nous,  —  et  il  &it  avec  moi 

•  amitié  et  oompérage.  —  Moi,  je  lui  ai  promis,  et  me  bénisse 

•  Dieu  t  qu'il  s'en  trouvera  bien  toute  sa  vie ,  — >  et  que  je  lui  ferai  li^s 

•  avoir  deux  fois  autant  de  biens  qu  il  en  avait.  *  «—  ■  Certes!  dit 

•  alors  le  comte ,  ce  serait  grand  tort  à  nous ,  —  s'il  se  trouvait  mal  de 

là. 


108       CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Si  nolh  eoi  en  meUi«r  la  nostra  companhia 
hmÚB  iMiUu  om  de  voa  alunhar  aol  devria 
Ci  Dieus  diion  Imtutt  dama  $aiila  Maria 
iSoo  Go  a  lait  gran  proeta  e  granda  cortezia 
No  a  baro  en  Fransa  ni  ciig  que  mais  î  sia 
Quel  agues  comeiisea 

LXVL 

Tota  aisela  noit  tro  en  la  matincia 
A  mesira  Bochart  gran  joia  dcmcneia 

iâo5  £  landeqp^at^^  iç&i  co  ialba  es  crebeia 
Ext  fi»  ^  Carcayopa  lo  plus  de  loet  aleîa 
Lu  ion  lor  «cordansa  dieha  e  deviieia 
Bocharta  la  tôt  primer  veient  de  tots  pulda 
Que  ala  us  e  ala  autres  de  totas  parts  agreia 

iSi«  La  senha  al  comte  Fort  an  sus  U  ter  montes 
\jo  castel  establironla  doncs  nosbra  Croseia 
Aisî  £o  Ca|flM|a  comquis  esta  vcgcia 
Ar  veiatz  cn^ertutz  i  fo  doncs  dcmonstreia 
Que  si  tota  la  <;ent  qncn  est  mon  fo  neia 

làià  Esteso  toi  iMitorn  o  enviro  aselgcia 
Nol  pi  e/.et  an  ja  ilh  una  poma  pclcia 
Mas  coutra  la  ost  de  Crist  no  a  castcl  (tun'io 
Ni  ciutatz  que  iUi  trol)on  tan  no  es  enserrcia 
E  prçso  fa  que  fols  qui  am  Crozatz  guerreia 

■5*0  Ganç  om  no  sen  gauzi  can  venc  a  la  fineia 
Que  non  fos  cofiMMlutz. 

Lxvn. 


Tant  toat  com  Cabarets  lo  castel  fe  readuts 
Lo  coms  cel  de  Montfort  d  Crosat  so  mogutz 


CROISADE  CUM  IIK  ì  ES  ALBIGEOIS.  109 
«  notre  société  :  — nii!  homme  (rentre  ûoofi  ne  doit  plus  lui  être 

•  contraire.  ■  —  «Non,  discnt-iis  tous;  et  dame  sainte  Marie  —  a  >áou 
«  fait  pour  nous  une  grande  courtoisie  et  belle  prouesse,  —  telle 

*  qu'il  n  y  a  et  n*y  aura  jamais,  en  France,  —  baron  <{ui  Yeût 
m  entreprise.  ■ 


LXVl. 

Toute  cette  nuit  jusqu'au  matin,  —  lIiOBt  a  mené  gnnde  joie 
pour  sire  Bouchard;  —  et  le  lendemain,  aussitôt  que  Taube  iSv<> 
veut  poindre,  -~  le  gros  de  Fhost  est  retourné  à  Carcassonne. 

—  Mais  une  autre  résolution  (ut  alors  délibérée  et  prise.  — 
C'est  Bouchard  qui  la  propose  le  premier,  en  présence  de  tous, 

—  et  tous  Tout  de  toutes  parts  agréée.  —  Les  Croisés  vont  à 
Cabaret;  ils  plantent  la  bannière  du  comte  sui  la  ^ grande  )  tour,  —  ,3,0 
et  s'élablissent  dès  lors  dans  le  château.  —  Ainsi  fut  alors  con- 
quis Cabaret;  —  et  voyez  si  ce  ne  fut  pas  par  grand  miracle!  — - 

Car  si  tous  les  hommes  qni  naquirent  jamais  en  ce  monde  — 
l'avaient  tenu  de  tous  côtés  et  tout  à  i'entour  assi^,  —  les  a»>  aSiS 
fti^és  n'auraient  pas  tenu  d'eux  plus  de  compte  que  d  une 
ponmie  pelée.  —  Mais  contre  Thost  de  Christ,  il  n'y  a  chiteau 
qui  tienne,  —  ni  ville  si  forte  qui  lui  reste  fermée,  s'il  l'atta- 
que. • —  Bien  fou  donc  quiconque  guerroie  contre  les  Croisés! 

—  il  n'est  personne  qui  n'en  ait  été  à  la  fin  marri  —  et  oon>  iSio 
fondu. 

Lxvn. 

Aussitôt  (jue  le  château  de  Cabaret  s'est  rendu,  —  le  comte 
de  Montfort  et.  les  Croisés  se  mettent  en  marche; — ils  marchent 


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110        CnOfSADB  COfÌTRC  LES  ALBIGEOIS. 

E  van  «nves  Lavâur  cjue  lâi  cD  ToUa  fu 

i&a&  L  mese  v.  MtaiaBMÌ  m  Mrï  teiMit 

Ab  genlis  €  ab  «abbreft  lan  fbrlmeat  oonbatut 
La  vik  fb  mot  forte  iîs  fosnn  defendut 
NI  pel  comte  Ramon  fossan  be  Acomit 
No  lagran  si  tost  preza  fc  quo  deg  a  Jesha 

i53o  r.ai  vit  allia  era  cara  la  venda  «1  traa 

£ill  bur/i's  lie  Tolosa  qui  sen  son  irascu 
Qxie  vcdan  del  portrait  que  no  lor  seit.  rendu 
Nin  !nÌ5<ian  traire  armas  ni  lansa  ni  oscu 
Mas  <  OUI  dit/  lo  proverbis  tari  se  sou  perscu 

t^ij  Quùls  an  cku»  lor  estaJblc  el  cavals  son  perdu 
Li  CrozaU  lot  i»>mb«ton  a  fena  e  a  vertu 
Quelh  flo  asetiat. 

LXVIIL 

Laraon  fon  tan  fiorts  vila  que  anc  e  nulh  régnât 

Plus  fort  en  terra  plana  non  vi  om  que  fos  nal/ 
i5to   Ni  ab  niilhor  «Jaiisura  ni  al)  plus  prions  lossati 
Dins  a  mol  ravac^r  (juc  son  mol  gtnt  amiatz 
Lo  liime  ua  birauda  i  fo  uAimerigaU 
Ques  dona  de  la  vfla  lains  aen  es  intrats 
Del  comte  de  Montfort  parti  se  nés  oomjat  - 
'iSi&  Montreial  e  Laurac  li  an  tout  ii  Crosat 
E  tota  Ittttta  tem  per  qa»  ei  nés  iftta 
De  GC.  ccvalers  fi  in  son  feu  incrmat 
Not  plus  rie  cavaler  en  Toka  ni  el  comtat 
Ni  plus  lare  dcspcsaire  ni  de  maîor  hamat 
iSSo   Mala  vie  los  eretges  e  los  ensabalaU 

Cane  mais  tant  gran  baro  en  la  crestiandat 
No  eTJff  que  fo»  penduU  ab  tant  cavaer  de  latz 
Que  sol  de  cavaliers  ni  a  ia  donct  codklM  , 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  111 

sur  Lavaui,  là-bas  dans  le  Toulousain  — et  le  tiemicnt  un  mois  ^htb 
ou  cinq  semaines  assiégé, —  In  ballant  fortcmfnt  avec  en<];ins 
et  calabres.  —  Forte  était  la  ville  ;  et  si  elle  s'était  bien  défendue, 

—  si  elle  avait  été  par  le  comte  Raymond  secourue  à  propos,  — 
les  Croisés  ne  rauraicnt  pas  prise  de  sitôt,  par  la  foi  que  je  dois 

au  Cbràtl  —  Mais  les  vivres  é (aient  ehen  aloxs  dacbtt  de  >53o 
transport,  ~  et  ks  boiugeoi»  de  Touiouse  qui  en  sont  mécoo^ 
tenta,  —  arrileaA  tout  tnuaaport  (devim»  à  Lavaur),  —  et  ne 
laissent  sortir  non  plus  aucune  anne,  ni  lance,  ni  écu.  ^  Mais, 
comme  dit  le  proverbe ,  îk  se  sont  ravisés  tard ,  —  et  les  chevaux  >SS5 
'  perdus,  ils  ont  fermé  leur  écurie.  —  Et  en  attendant,  les  Croisés 
combattent  avec  bravoure  et  v^eur  »  ceux  qu'ils  tiennent  as> 
siégés. 

LXVIIl. 

Lavaui  était  une  si  forte  ville,  que  jamais  en  nu!  autre  royaume 

—  iioninie  né  n'en  vit  de  plus  forte  en  pleine  terre,  —  avec  plus  «SW 
hauts  remparts,  ni  fossés  pins  profonds.  —  En  dedans  étaient 
maints  chevaliers  richement  armés;  —  et  don  Aimerîgatz,  le 
Irère  de  dame  Giraude, —  la  dame  de  la  ville,  y  était  aussi  entré. 

—  11  avait  quitté ,  sans  congé ,  le  comte  de  Moolfort  —  Les  Groì^  tS4» 
sés  llii  avaient  enlevé  Montréal ,  Laurac  —  et  d'autres  parties  dë 

sa  terre,  et  amoindri  son  fief  »  de  deux  cents  clieváiien,  ce  qui 
lui  avait  fort  déplu.  «—  Il  n*y  avait  point,  dans  le  Toulousain,  ni 
dans  tout  le  comté ,  chevalier  plus  preux ,  —  ni  plus  lai^e  dépen- 
sier, ni  de  plus  haute  race.  —  Mal  lui  prit  d*avoir  connu  Jes  bé-  iSSo 
reliques  et  les  ensabbatés! — Car  jamais»  dans. la  chrétienté,  si 
haut  baron  — ne  fut,  je  crob,  pendu  avec  tant  d antres  chevs- 
liets  à  ses  côtés.  ~ Car,  de  chevaliers  seulement,  il  en  lut  là 


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IIS 


CROISADE  CONTRI-:  LES  ALBIGEOIS. 


Trop  mais  dv  quatre  vins  sn  me  dig  r.  clei^at 

IJÒ5  E  de  sels  de  la  vila  uc  mes  oni  rn  un  pral 
Eutro  a  cccc.  que  son  ai^  u  creiiiat 
Estiers  dama  Girauda  quan  en  i.  potz  gitat 
De  peiras  la  cubriron  don  fo  dok  e  peeatt 
Que  ja  nulhs  hom  del  seg^e  so  sapcliatz  de  verlats 

i&Vo  No  partira  de  lais  entro  agues  manjat 
So  fo  la  sauta  Crots  de  mai  ques  en  estât 
Que  fo  Lavaun  destruita  ai  co  vos  ai  oomtat 
La  gâta  aprokicron  ins  cL  fous  del  valat 
E  getan  lo  portrait  e  an  aitant  cavat 

•MS  Que  dedtns  se  redaron  car  son  près  e  forsat 
Lai  doncas  fo  laor  faita  aitant  grans  mortaldftt 
Quontro  la  fin  dol  mon  rug  quen  sia  parlai 
«Senhor  be  sen  devrian  ilh  cstre  castiat 
Que  so  vi  e  auzi  e  son  trop  malaurat 

1070   (]ar  no  fan  so  quels  mando  li  cIoit  c  ii  Crozad 
E  a  la  G  0  faran  can  siran  desrâuLal 
Aisi  co  aisels  feiro  e  ja  non  aiuran  grad 
De  Dieu  ni  daquest  mon. 

LXIX. 

Cant  Lavaur  fou  conquesa  en  aquela  saxon 
'  1&7S  Se  moc  lo  coms  de  Fois  el  e  sei  companhon 
E  son  en  sa  companha  cels  del  comte  Bamon 
Que  sapdhats  lor  iŷudan  escudiers  e  gaison 
Alamans  que  venian  a  coita  desperon 
Qucran  !>p  v.  mclia  si  rom  ditz  la  ranson 
i5»o   Can  foro  a  Mont  Joi  arineros  li  l)aro 
E  van  irasinil  reiigat  com  a  proÎéssion 
Mas  lo  conis  sel  de  Fois  qui  a  ror  do  baron 
E  cels  quab  lui  foron  nols  an  ints  a  razon 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.^  115 
compté  —  plus  de  quatre-vingts,  à  co  rpie  me  dit  nn  clore.  — 
Quant  à  ceux  de  la  ville,  on  en  rasseinlila  flans  mi  pn;  —  jus- 
qu'à  fpiatre  cents,  (fiii  furent  brûlés  ot  f^rillcs,  —  sans  v  com- 
prendre daiiK"  ÎTiraiide,  que  les  (Croisés  i  jetèrent  dans  un  puits 

—  et  couvrirent  de  pierres,  dont  ce  fut  dommage  et  pitié;  — car 
sachez  pour  vrai  que  jamais  homme  d^  ce  monde  —  ne  la  ipiitta  i&eo 
sans  avoir  été  repu. —  Ce  fut  à  la  SAÎnte-^oix  de  mai ,  .en  été ,  — 

que  Lavaur  fut  détruit,  comme  je  vous  conte.  —  Les  assiégeants 
poussèrent  leur  gâte  au  milieu  du  fossé ,  —  qu'ils  comblèrent;  et 
tant  creusèrent-ils  (  au  pied  des  murs),  — ^  que  ceux  de  dedans  se  isss 
rendirent,  pris  et  forcés  qu'ils  furent.  —  Là  se  fit  alors  un  si 
grand  carnage,  qu'il  en  sera,  je  crois,  parlé  jusqu'à  la  fin  du 
monde.  —  Seif^eurs,  ces  (hérétiques)  devraient  bien  être  corri- 
gés;— car  je  Tai  vu  et  je  i'ai  oui  dire,  ils  ont  trop  mauvaise  étoile 
— de  ne  point  ftiût«  ce  que  leur  eonamaiident  les  défoidt  les  Croi-  i  S70 
sés;  —  ou  s'ils  le  font  quand  ils  seront  dépouillés  (de  tout), 

—  comme  firent  ceux  dis  Lavaur, 'persondis  ne  leur  en  saura 
— ni  Dieu  ni  le  monde. 

LXIX. 

Quand  Lawu* lut  pris,  encenièmetempe,^leoomtedeFoix  «^t^ 
partit  (de  Toulouse)  avec  ses  compagnons,  —  menant  aussi  avec 
lui  ceux  du  comte  RajTnond,  —  écuvcrs  et  valet*,  pour  l'aider. 

—  Eperonnant,  éperonnant  arrivaient  des  (Croisés)  allemands, 

—  qui  étaient  bien  cinq  mille,  dit  la  chanson.  —  Ils  s'arment  lâfto 
(et  se  mettent  sur  leurs  gardes)  en  arrivant  à  MontJoy.  —  et 
marchent  ranges  comme  procession.  —  Mais  le  comte  de  Foix, 

qui  porte  cœur  de  baron ,  —  ni  ceux  qui  sont  avec  lui ,  ne  les 
comptent  pas;  — ils  les  entourent  et  les  assaillent  de  tous  eûtes. 
I.  i5 


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114 


CROfS^ADB  GONTBB  iB»  ALBIGEOIS. 


Maa  quB  lo«  envaiirou  deutorn  e  dtsnviroû 
>isâ  Pçro  b^s  dcfcudurou  lAUlQ^W  ^\  I^ïUqo 
Unt  mot  grand»  pesm  4«  jfOfta  4,  ^Ì9M>q 
fifu  caA  venc  a  la  fin  flajpchMB  ns  mentûtQa 
Se  laicheron  tuH  vencer  per  malvada  odiakoit 
Lai  monron  li  fdus  senes  confesnoD 
1I90  Lî  vîia  de  la  terre  e  lî  tafiir  ganon 

Loa-ausieian  ab  pciras  ab  pala  o  ab  baaUHi 
Per  que  Mont  Jois  ne  fo  raût  an  deitmetioa 
SijPqpwi  PÌ0US  de  gloria  mM.pac«ta  mi  pwrdQn 
Qui  agucs  ccls  vilas  penduz  comft  la^yron 
>5<|à  Que  loa  Crozats  aucizon  a  nii  sabria  boa 
Nils  tolgon  lor  aver. 

Li  viU»  de  la  ttna  coue  ai  dit  de  parimer 
Omit  viroi  «ona  4»  Foî>  tuift  b  iŷuder 
Qil«  li  im  qqe  fi  ««tre.  nagrQ  npot  bon  dw«r 

1600  Maa  ans  que  lost  se  parla  o  oomprtnm  inot  dier 
Us  donseû  nescapet  co  vaî  a  lost  comter  - 
Gant  li  Frances  o  auso  nqa  cujoii  enrabger 
Plus  de  xuii.  milia  en  aneron  monter 
Tant  cas  lo  jwns  lor  dura  no  &n  mas  chivaucher 

i9fit&  Mv  io  pros  com»  4^  Foi»  iio  &i  voi  plus  Mxdor 

Cascus  al  niellis  que  pot  pessa  del  etpleitiet 
Lalns  a  Mon  Guiscart  scii  aneron  jazer 
Del  aver  que  nn  près  podo  heu  sojorner 
Très  mes  e  xv  (lias  e  tôt  .i.  au  plenier 
iiiio  I.i  baro  Hel  ost  cant  nols  pogion  trober 
Dolent  e  corrosaos  meioii  al  ropairer 
£  toma»  a  Laattar  ca»  om  se  vole  coieber 


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GRUÍSAOE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  IIS 
—  Les  Allemands  et  les  l:''risOiis  se  délendircnt  bien,  —  pendant  i585 
longtempa,  le  long  d'un  bow.  —  Mais  <]iMadce  vint  la  fin ,  sachez 
pour  vrai  — qu'ils  se  iaiBsèrent  tous  vaincre  inisérablement. — Le 
plus  grand  nombre  y  mourut  sans  confession.  —  Les  vilains  du  1S90 
pays  et  les  bandits  de  videts — les  tuèrent  à  coups  de  pierres,  de 
pieu  ou  de  bâton,  —  et  pour  cela  fiit  (ensuite)  détruit  Ment*Joy. 
'—Aussi  vrai  ipie  je  aoubaiteque  le  Seigneur  Dlm  de  gleitre  me 
pardonne  mes  péchés,  — >«i  ^elquW,  comme  larrons,  pendait 
ces  vilains  —  qui  tueat  les  €toiiés  et  lew  enlèvent  leur  avoir,  159$ 
j*en  aurais  du  fdainr. 


LXX. 

(.uiiinicje  vous  ai  d'aborti  dit,  k's  vilains  du  pays,— dàs  (ju'ils 
virent  le  comte  de  Foix  (en  armes),  allèrent  tuus  à  son  aide ,  —  cl 
tous  y  gagnèrent  force  beaux  deniers  :  —  mais  avant  que  les  1600 
Croisés  ne  partent,  ils  l'auront  chèrement  payé. — Ln  damoiseau 
s'échappe  qui  s'en  va  à  Thost  conter  l'événement.  —  Quand  les 
Français  l'entendent,  ils  en  étouffent  de  rage  tout  vivants.  —  Il 
en  monte  à  cheval  plus  de  quatorze  mille ,  "-^et  tant  que  le  jour 
dure,  ils  ne  cessent  de  chevaucher.       Mais  le  preux  comte  'fios 
de  Foix  n*a  point  perdu  le  temps  en  délai»;-— chacun  (des  siens) 
pense  A  se  retirer  au  plus  vite ,  —  et  ib  s'en  vont  passer  la  nuit 
à  Moni-Guiscard. — Du  butin  qu'ik  ont  fait,  ils  peuvent  bien  se 
divertir — pendant  trois  mois  et  quinze  jours,  ou  toute  une  an- 
née. —  Les  barons  des  Croisés ,  ne  pouvant  les  joindre , — cour-  itio 
roooéa  et  mams  battent  m  retraite;  — >  ils  ravienoeat  à  Lantsr  à 

i5. 


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115        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Gan  ia$  novelas  savibun  li  awtrc  cavaier 

Tuil  uagro  grau  esglai.  .<  ■  i 


LXXl. 

i6i5      Lo  coms  P.  dAusuira  e  cel  de  Gortenai 
E  lo  coms  de  Monfort  can  no  pogron  far  mai 
■6  virol  coms  de  Foias  qui  aen  ftiit  et  sen  ^ 
A  Lavanr  son  tornat  on  la  lor  ost  estai 
La  vîla  agron  prera  si  col  libres  retsai 

iSm  Ben  cccc.  erctgcs  dcl  linage  putnai  , 
I  arsrron  rn  .i.  foc  e  si  feron  gran  rai 
NAnirri<;.Tts  ion  pendutz  e  niant  ravaler  iai 
Quatit  vins  lii  penderon  com  oni  ios  lairos  fai 
Els  niesoii  L'ii  las  lofcas  lu  sai  e  lautre  lai 

i6»5  Na  Giiuuila  lu  prcza  que  crida  e  plora  e  brai 
En  un  potz  la  giteron  a  travers  ben  o  sai 
De  peins  lacanferon  trops  om  jnac  gran  esawii- 
E  de  las  aiitras  donas  us  Fiances  oortes  gai 
Las  fe  estorcer  trastotas  com  om  pros  e  verai 

ifiSo  En  la  vils  an  près  mant  destrier  saur  e  bai 
E  mot  lie  gamiment  de  fer  qui  lor  escbai 
Et  mot  blat  e  mot  irîn  mot  drap  don  el  son  gai 
£  mot  rie  vestiment 

LXXIL 

Kamon  de  Salvaiihac  .i.  riclu-  lutirrliaaiit 
i63â   Que  lo  nal/.  de  (>aorlH  ne  borzcs  e  manant 
Lo  coms  (k'  MoDliort  ii  dcni  lavei  Ît;r  e  gran 
Cri  niante  la  Crozada  que  li  prësta  largiaul 
E  pois  près  ue  eu  paga  draps  e  vi  e  fromant 
Tôt  laver  de  Lavar  li  mes  om  de  denant 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGROIS.  117 
l'heure  de  la  couchée;  et  Im  entrai  cmlien,  quand  ib  ep- 
prirent  b  nouvelle-,  — ^en  eurent  ton»  (jrendè  frayeur. 

LXXI. 

Le  cnnitr  P.  d'Auxerre,  celui  de  Gourtenay, et  lë  comte  i6t5 
de  Montfort,  n'ayant  pu  faire  plus,  —  et  ayant  vu  le  comte 
de  Poix  s'enfuir  et  se  retirer,'— sont  revenus  à  Laveur  où  est  leur 
host,  —  et  ont  pris  la  ville,  Qomme  rapporte  le  livre. — H  y  eut  le^o 
bien  quatre  cents  hérétiques  de  la  race  impure  —  de  hHUés  en 
un  bûcher,  qui  jeta  gprande  flanune.  — Don  Amerigatafiitpenda 
avec  maints  autres  chevaliers; —on  en  pendit  quatre-vingts  oomme 
on  fait  les  larrons,— et  on  les  exposa  sur  des  fourchei,  l'un  d'un 
cAté,  l'autre  de  l'autre.  — Dame  Giiaude  fiit  prise  criant,  pieu-  i(«s 
rant,  brayant, — et  jetée  par  travers,  comme  bien  sais-je,  dans 
un  puils,  —  où  elle  fut  couvcrle  de  pierres,  (chose)  dont  on 
eut  gi  audc  horreur.  —  Mais  les  autres  dames ,  un  Français  cour- 
tois et  gai  —  los  lit  délivrer  tontes  on  véritable  preux  (qu'il  fut). 
— Dans  la  ville  Îul  capturé  maint  dcsti  icr  noir  et  bai ,  —  mainte  i^o 
riche  armure  de  fer  qui  éclioit  aux  ((.roisés) ,  —  grande  quan- 
tité de  blé,  de  vin,  de  drap,  de  beaux  vêtements,  dont  ils  sont 
joyeux. 

LXXII. 

A  Raymond  du  Saivagnac,  un  riche  marchand, — natif  de  Ca- 
hors,  puissant  et  opulent  bourgeois,  —  le  comte  de  Montfort 
doit  l'immense  butin.  —  C'était  lui  qui  maintenait  la  croisade  et 
lui  avait  prêté  l'argent  (nécessaire) ,  —  recevant  ensuite  en  paye- 
ment du  drap,  du  vin  et  du  blé.  —  Tout  le  butin  de  Lavaur  lui 


r 

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118 


caOIBADB  COMTBB  LES  ALBIGEOIS. 


i6io  Gant  ia  viU  fb  praui  poicbas  tôt  eo  .i.  an 
Gomiinjwil  ip  fm  amtro  t  Monlfemn 
Lo  cou»  Battdob  i  en  qiiera  pros  e  valhint 
So»  cor»  val  bea  per  «nm»  Olivier  o  Roilan 
E  sil  aguw  |no  texn  co  mota  dAutre»  prínc^ 

fé4S  £1  oonquçmi  fnqueira  asMte  0  «on  vhrtnt 
Lo  coms  R.  506  (rsire  U  mes  en  garniimiit 
Si  fos  lo  castel  forts  aisi  col  noms  tyrans 
Noi  presan  a  lor  vida  Francis  ni  Alatuau 
XIIII.  cavacrs  e  dautres  no  sai  cant 

iGSo  Son  ab  io  comte  Baudoi  que  lo  selgu  atant 
De  IVaaoee  ocgulhoi. 


LXXIII. 

Lo  comte  Baudois  es  v\  caste  1  enclous 
Ab  lui  us  cavalers  Peii  es  qui  es  mot  pros 
El  vesconu  de  Montclar  Pons  de  Tolozal  Eos 

i6Si  El  e«rts  m  nUe  <lel  flÊnSk  qui  ce  mot  eontjos 
£1  quins  e»  Senc  Eipasa  .1.  cavaera  mol  1k» 
R.  de  Peirigorc  qui  ea  mot  temovos 
Car  era  delà  roten  cuja  morir  a  estroa 
La  fora  ins  ol  setge  era  lo  ooma  dAloa 

i66o  Si  Jeshu  Christ  non  pMisa  ques  de  tôt  poden» 
Tiiit  seran  mort  o  près  ans  de!  sololh  rescos 
Que  io  caste)  os  Prévois  e  desgamiti  c  blos 
A  tôt  defendemen. 


LXXIV. 


Li  b«ro  de  la  ost  fan  cndar  parlamant 
i«6»  Que  ave  al  pertrait  traatmt  comioalment 


GftOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  U9 
fut  mis  devant  et  donné.  La  ville  prise ,  les  (Croisés)  en  un  an  »64o 
—  oonqaireM  le  reste  du  pays  jusqu'à  MiMitferruid*— «Là  était 
l6  preux  et  vaillant  comte  Baudouin,  qui,  de  sa  penonne, 
valait  en  armes  Roland  et  Olivier;  —  et  s'il  avait  eu  de  grandes 
terre»,  comme  d'autres  pnilcea»  ^  il  en  aurait  de  son  vivant 
conquis  encore  bien  d^autre8.-^Le  comte  R&ymond,  son  frète, 
Tavatt  là  mi»à  Udé&nae;  et  ai  le  château  eût  été  fort,  comme 
il  était  grand  de  nom^^ki  nnnfaìfl  ni  les  AUemansb  ne  IW 
raient  pris  de  lenr  vie.  — Qnutofsechevtlieini  et  je  ne  aaii  c^mifaien 
d*autre8  —  se  trouvent  (dedans)  tmt  le  comte  Bandonin,  qui  *«So 
attend  le  siège  — »  de»  aupedbes  Français. 

Le  comte  Baudouin  est  enfermé  dans  le  dbftteau,  — et  avec 
lui  (sont)  un  {veux  chevaUer  nommé  Pierre  »  —  le  vicomte 
de  Montdar,  Pons  te  Roux  de  Toulouse}  —  le  quatiiéme  est  ifi$s 
don  Hugues  Dubreuil,  iMsnn  de  oosuv,  — >  efl  le  cinquiéane 

Sanche  Espade,  bon  chevdiier,  —  avec  RaynKmd  àe  rcrij^ucux , 
tout  craintif,  —  qui  s'attendait  i  une  mort  sinistre,  parce  qu  il 
était  routier.  —  En  dehors,  au  siège,  était  le  comte  d'Alos.  —  Si  lôCo 
Jésus-Christ  n'y  pourvoit,  lui  qxii  a  tout  pouvoir, —  tous  les 
(a&sicgcs)  seront  morts  ou  pris  avant  le  soleil  couché,  —  car  le 
château  est  &ihle,  sans  gsnuaon.,  eipivé de  toute  défense. 

LXXiV. 

Les  barons  de  Ihost  font  crier  et  proclamer^-  que  tous  aillent 
ensemble  combler  les  fossés.  — Et  la  criée  £ùte ,  ce  n'est  pas  cent 


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120        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

R  cant  o  agron  fait  non  viras       sols  r. 
One  plus  son  de  x.  melia  cascus       t  ifnent 
l.as  peireiras  Hiesseron  la  fors  el  derrubent 
La  batailla  lor  donen  cavaor  c  sirvent 

1670  Mas  lo  coms  Baudois  <|ue  es  pros  c  valent 
Ab  sa  cavalam  on  pus  pot  se  defent 
Lo  pertraît  lor  araeron  dedins  ab  foc  ardent 
Mas  ellis  ne  gictan  autre  a<jaî  eiss  mantenent 
Gran  niixacle  lor  fiât  Jesbus  lomnipotent 

1675  Car  no  feron  tuit  près  a  sel  envasiment 
Lo  (  oms  sel  de  MoDtfort  era  son  be  volent 
Dol  comte  Baudoi  e  mot  de  lautra  gent 
Pcl  be  quen  auzon  diire  grans  jMÌtctz  lor  en  prent 
Pels  antres  no  doneren  dnna  notz  lo  valent 

1680  Mas  lo  conis  do  Chalo  tist  gran  essenhannent 
Quun  Crozat  i  trames  que  rridet  atitamcnt  . 
Senlier  conis  Baudois  venet  scguranu:iit 
Que  mo  seuher  lo  coim  sai  defors  vos  aient 
A  tots  ios  baros  plats  lo  vostre  acordament 

i6S5  No  sai  plus  que  vos  dia  pluxor  alongament 
Lo  coms  i  es  iehits  can  la  mon  entent 
Be  Mp  que  noi  a  gaiie  pus  de  defendement 
Lo  castel  lor  rende  cant  venc  al  feniment 
La  vitalha  que  i  era  pan  e  vi  c  froment 

1S90  E  el  tuit  sen  icbiron  ab  lor  lors  gamiroent 
Sobr  els  sans  evangelis  lor  feiro  sagramcnt 
Que  niais  no  tinertogessen  Crozads  a  lor  vivent 
iNi  que  no  mantcuguesscn  lavol  gon  mcscreient 
Ë  ab  aitant  gurpiron  lo  caste!  e  van  sen 

169S  Ves  lai  don  son  vengutz. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  121 
hoimnea  seulement  que  vous  verriez,  —  il  y  en  eut  plus  de  dix 
mille  qui  viennent  l'un  derrière  l'autre.  —  Ils  dressent  les  pier- 
riersen  dehors  sur  rescarpement  ; — et  tous,  chevaliers  et  sergents» 
livrent  bataille  (aux  assiégés) . — Mais  le  comte  Baudouin  est  vail-  1*7« 
tant  et  preux,  "  il  se  défend  de  tout  son  pouvoir,  avec  ses  che- 
valiers.—Les  assiégés  embrasent  d*un  feu  ardent  les  matières 
jetées  (dans  le  foMé);  —  mais  les  assiégeants  en  jettent  d'autres 
tout  auMÌtôt.  ~  Et  grand  miracle  fit  Jésus  le  tout-puissant,  — 
qui  sauva  (Baudouin  et  les  nens)  d'être  pris  tous  à  cet  assaut.  —  167$ 
Le  comte  de  Montfort,  ainsi  que  beaucoup  d'autres,  portaient 
bienveiUance  au  comte  Baudouin  —  pour  tout  le  bien  qu'ils  en 
entendaient  dire;  et  grand'pitié  les  prenait  de  lui  (seul),— car  des 
autres  ils  n'en  donneraient  pas  la  valeur  d'une  noix. — Le  comte  iMa 
de  Châlons  fit  alors  chose  fort  courtoise  :  —  il  envoya  vers  le 
château  un  Croisé  qui  se  met  à  crier  à  haute  voix  :  —  «  Seigneur 
•  romte  Baudûuît» ,  venez  en  toute  sûreté  ;  —  ici  dehors  vous  al- 
"  tend  mon  stMgueur  le  comte;  —  et  un  accord  avec  vous  plaîi  à 
"  tous  nos  barons.  •  —  Qu"ai-je  besoin  de  vous  faire  plus  long  168S 
discours?  —  Le  comte  entendant  la  proposition ,  est  sorti  ;  —  il 
sait  bien  qu'il  ne  peut  plusguère  se  défendre; — et  finitpar  rendre 
le  château  (aux  Croisés) ,  —avec  les  vivres,  le  pain ,  le  vin  et  le 
blé  qui  s'y  trouvent.  —  Tous  les  siens  sortirent  avec  leurs  armes,  tSgo 
~-  après  avoir  juré  sur  les  saints  évangiles  —  qu'ils  ne  feraient 
plus  de  leur  vivant  la  guerre  aiix  Croisés,  —  et  ne  soutiendraient 
plus  la  cbétive  gent  mécréante.  —  Là-dessus  ils  déguerpissent 
du  cbiteau ,  et  s'en  retournent  —  là  d'où  ils  sont  venus.  169S 


m        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


LXXV. 

La  ost  lotue  atras  de  lai  don  so  vengut 
£  prczon  Rabastcacs  Galhac  e  Monlagut 
E  traatot  pcr  paor  lor  o  «  om  rendut 
Lagarda  e  Poi  Gelsi  e  puis  si  sùù  vernit 

1700  Eb  de  Sench  Antoni  ses  arma  e  ses  escat 
E  ab  lor  sacorderon  00  ome  aperoeubnC 
Li^;uttpia  e  Ptii  CflJsi  son  de  sots  lor  teoitt 
Tant  com  Une  Albiges  an  elh  be  coaic[uerît 
E  levcsques  ques  pros  c  bos  si  Dîeus  Oiajut 

t^oi  Ses  de  trastotas  res  ab  lor  ben  avengut 

E  lo  coms  Baudois  quieu  vo»  ai  nicntaiigut 
Amparct  Bruncqiiel  cl  lor  a  dciendut 
Quardn>  le  voHan  per  paor  quan  a^t 
Dels  CrotaU  que  Ycnian  coirtra  ior  irascat 

171«  Que  lo  coms  de  Tolo»a  u  agra  ben  volgtU 
Sil  ome  de  Ja  viia  len  i^^uessan  creiud 
Queran  trîst  e  d<4ens. 

LXXYL 

Lo  prOB  coms  de  Toiosa  es  a  Bruneqnel  dins 
Del  caaHel  «en  v<iiian  fugir  tou»  las  gens 
17  iS  £  lo  coms  Eaudois  lor  a  dit  bfamens 

Qur.l  5oIvan  lo  castei  quel  lor  sera  gnirens 

Mas  nO  vol  a  so  fraire  cstrc  obcdiens 
Az  aqiiel  mot/  escridan  cavalr-is  e  sirveos 
Siiuber  voleta  o  vos  quel  uos  sla  guirens 
17*0  Eu  ne  fnrei  ditz  cl  les  vostrcs  mandamens 
Vezeu  totz  loi  a  50I5  aqui  los  sagramens 
Am  lo  comte  Baudoi  CÎn  lor  einpraidemens 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  123 


LXXV. 

L'hcist  des  (hoisés  revient  aussi  en  arrière,  là  d'on  eile  est  par- 
tie,— et  prend  (chemin  faisant)  Rabastencs,  Gaiiiac  et  Monlagtit. 

—  Tous  CCS  lieux  leur  sont  rendus  par  frayeur,  —  (ainsi  que) 
Lagarde  et  Puy-Celse.  Alors  viennent  —  ceux  de  S.  Antonin  a»m  noo 
arme,  sans  écu»— «piiea  hommes  avisés  font  accord  avec  eux. — 
(Les  Croisés)  occupent  immédiatement  Laguépie  et  Puy-Celse  ; — 

et  aussi  loin  que  s*étend  TAIbigeois,  ils  Tout  tout  conquis.  — 
L'évêque  (d*Albi)  qui  est  preux  et  bon,  si  Dieu  m*aide,  —  s'est  *7»^ 
avec  eux  bien  entendu  sur  toutes  choses.  —  Et  le  comte  Bau- 
douin, dont  je  vous  ai  parié ,  —  défent^  Bmniqael,  èt  le  pré- 
serva de  ceux  —  qui  voulaient  le  brâler,  dans  la  frayeur  où  ils 
étaient — des  Croisés  qui  venaient  contre  eux  courroucés.  —  Et  i7>o 
le  comte  de  Toulotisc  l'aurait  bien  désiré  (que  le  château  fAt 
brûlé  ) ,  —  si  les  hommes  de  la  ville  eussent  voulu  l'en  croire,  — 
triâtes  et  dolents  (comme  ib)  étaient. 

LXXVL 

Le  preux  comte  de  Toulouse  est  dans  Bntniquel  :— tout  le 
monde  voulait  s*enfnir  du  chftteau;  —  mais  le  comte  Baudouin  i^is 

leur  fait  dire  en  secret  —  que  s'ils  veulent  rendre  le  château,  il 
se  rendra  li  ui  i^aïaiil,  — á  rondition  qu'il  ne  rclèvcTa  plus  de  son 
frère.  —  A  toltL'  pinpusilum,  tous,  chevaliers  et  servants,  s'ó- 
crient  :  —  «  Seigneur,  le  vonloz-vous ,  que  le  comte  soit  notre 
«garant?»  —  «J'en  Ikirai  à  votre  volonté,  »  dit  alors  le  (comte).  17*0 

—  Là-dessus ,  en  présence  de  tous ,  il  les  absout  de  leur  serment, 

—  et  eux  font  avec  le  comte  Baudouin  leur  acicord;  tous, 

16. 


r 

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124         CIUJISADE  CONTHR  LES  ALBIGEOIS. 

K  jurolli  del  castels  e  paobros  e  nianens 
Donc  son  val  als  Crozatz  (jui  son  sei  be  voleus 

»7*3   E  pregiia  ios  qiielh  dono  los  asseguramens 
Els  duo  (juc  o  faran  pero  ab  tais  coveus 
Quel  se  tcnga  ab  lor  c  dcls  comquerimens 
Quel  fora  ab  ior  a ian  neu  bonamana 
Tôt  aiso  li  autreian  easeu»  oominalmeoa 

1730  Ab  que  lor  vulha  aîdar. 

LXXVIL 

Lo  boa  coma  Baudoia  sen  comenaa  a  toniar 
Cent  am  lo  comte  Fort  ac  emprea  aon  afiur 
£  veoc  aon  a  Toloaa  ab  aon  firaire  parla  r 

Que  anc  no  lame  gaire  ni  ano  re  nol  vole  dar 
1735  Coni  om  fa  a  so  Irairi'  m  en  sa  cotl  ondrar 
Ans  le  fe  sobresaiis  a.  vetz  o  m.  iiiaudar 
Ques  tf  ngups  a  m  Crozatz  es  ni  non  poc  als  far 
Comjat  a  près  de  lui  que  plus  uui  vole  cstar 
£  torna  sen  en  lost  pel  sagramen  salvar 
•7i»  Ja  ab  ao  nol  voigra  durament  garreiar 

Si!  castel  de  Bninequei  ta  mal  noîlh  fea  raubar 
£n  cela  saso  veac  lo  coma  aicel  de  Bar 
£  lo  coma  de  Monforl  prea  vaa  lui  aa  anar 
A  Mon  Guiscait  on  era  an  prea  lor  albei^ar 
17*^  £  pois  tome  a  loat  e  soa  prea  a  aopar 
A  Tolosa  la  gran  volon  tuit  cavalgar 
Quel  coma  de  Bar  o  vol  que  lan  om  aaetjar 
A  un  dijous  mati  preson  a  deatrapar 

Ceîs  que  saul)nn  !a  via  comenson  a  gnidar 
»7ào  Ai  ga  que  sohic  Krtz  conirrisan  a  passar 
Us  nicsalgTs  o  vai  a  Tolosa  cointar  » 
Kl  conis  IV.  el  sieu  se  corregou  armar 


f 


CKOlSADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  125 
pauvres  et  riches ,  lui  jurent  fidélité  pour  le  chftteau.  —  U  s'en 
vient  alors  aux  Croisés  qui  sont  ses  amis ,  —  et  les  prie  de  donner  >7*^ 
sûreté  à  ceux  de  BruniqueL  —  Les  Croisés  y  consentent,  mais 
à  cette  condition  —  <]u*il  se  joindra  à  eux;  et  les  conquêtes — 
quil  fera  avec  eux  seront  i  lui  sans  contredit.— Ils  lui  octroient 
cela  tous  d'une  commune  voix,— pourvu  qu*il  les  veuille  aid».  17^ 

LXXVIÏ. 

Le  comte  Baudouin  s'en  retoiu-ne  —  aussitôt  après  avoir  con- 
clu son  accord  avec  le  comte  do  Montfort; — il  s'en  va  à  Toulouse 
parler  avec  (le  comte  llavnnondl  1  soo  irère,  —  lequel  peu  ranudit, 
et  ne  voulut  jamais  lui  donner  nen  —  de  ce  que  ì  on  donne  à  un  1^35 
irère,  ni  l'honorer  en  sa  «our.  —  Il  lui  permit,  an  contraire,  deux 
fois  ou  trois,  par  serment,  —  de  s'arranger  avec  les  Croisés.  Lui 
n,e  pouvant  rien  de  plus,  —  prit  congé  de  son  £r{i«^,,  sfj|^  vou- 
loir rester  davantage  avec  lui  ;  —  il  revint  á  Thost  !p<^iif<)garder 
sa  parole. — Malgré  tout  cela ,  il  n'Mirait  pas  si  duremèrit  guer-  17»« 
royé  (contre  son  frère),  «-si  eeâukei  ne  lui -eût  si  injustement  fait 
enlever  Bruniquel. 

En  ce  même  temps  arriva  le  comte  de  Bar  ;  —  lé  comte 
de  Montfort  alla  au-devant  de  lui. —Il  fit  son  albeigade  à  Mont- 
Guiscard,  où  (rautre comte)  était  (déjà),  —  et  revint  (ensuite  t7i& 
avec  lui)  souper  à  l'hosL  —  Tous  s'apprêtent  à  chevaucher  vers 
Toulouse  la  grande ,  —  car  le  oorate  de  Bar  veut  que  Ton  ûlle 
Fassiéger.  —  Un  jeudi  matin,  ils  se  prennent  à  plier  leurs  tentes, 
—  ceux  qui  savent  les  chemins  se  mettent  à  guider,  —  et  les  \^in^ 
Ooisés  conimcnccnt  à  passer  le  gué  du  Lers.  —  Ln  messager  s'en 


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120         CROISADE  CONTRE  LES  A  l.niKK^OIS. 

E  \o  coms  de  Cumonge  quelh  es  \rii<^\]].i  mcUt 
IÌ  io  coms  Sei  de  Foiss  e  li  rolicr  Navai 

1755  DC.  cavacr  foron  ques  van  trasUiit  armar 
Las  autras  gens  de  pes  nos  podoa  azesniar 
Si  foasaU  dins  la  vîlft  e  kn  vîsati  estar 
Vestir  Ion  gonios  ni  lors  elmes  lassar 
Ni  Ion  cavais  cubrir  de  fer  e  entresenbar 

i?6o  Dicheratz  que  iiti.  osU  degran  desbaratar 

Certa»  ai  cor  agueasan  nils  volgues  Dieu»  aidar 
Eu  no  cre  que  Grozats  lor  pf^ueaaan  dnrar 
Ni  anfrir  en  tornei. 


LXXVIU. 

Al  pont  de  Montaudraa  can  an  passai  lu  guei 
■765  Quen  van  enves  la  vila  ag  .j.  estranb  tornei 

Una  batalha  valc  per  la  h  quieu  vos  dei  * 
Que  dima  pan  e  dautra  ni  viratz  mort  so  crei 

Plus  de  c.  et  Lxxx.  fer  oitan»  o  autrei 
f  els  ortx  fora  de  Tlic^sa  non  a  comte  ni  rei 
17?«  Que  no  cavalg  per  £ona  e  ùku  aital  cbapiei 

Quîn  volia  ver  diire  cujcralz  fos  gabei 
Dels  vilas  (Ici  pais  moriron  xxx.  e  trei 
Prcs  (le  la  haibacana  a  la  isscda  dun  pro 
Bf  idans  Io  del  ronite  i  fon  jmcs  donc  50  crci 

»775   Que  lor  (louée  M.  sous  i-  lot  lautro  arnri 
Son  caval  e  sas  armas  nagiou  e  son  conrei 
£  tota  aautra  chouza. 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOÎS.  127 
va  à  Toulouse,  conter  (la  nouvelle).  —  Aiissitôl  <  (»ait  îU  s'armer 
le  comte  Raymond  elles  siens, —  le  comte  de  (^omniinf^es.  cjui 
est  veau  le  secourir,  —  le  comte  de  Foix  et  les  routiers  de  Na- 
varre.— lis  sont  plus  de  six  cents  cavaliers  qui  tous  se  vont  aimer.  >7S& 
— Quant  aux  piétons,  ils  ne  peuvent  se  ccmipter. — Si  vous  «vies 
été  dans  la  ville,  eties  avies  vus  faire,— vêtir  leurs  oettes  de 
^[ueire ,  lacer  lenn  heaunes,—  «oimir  ko» ehemtix  de  fer  et 
y  mettre  leurs  enae^es ,  vous  auriei  dit  qu'ils  allaient  décon-  >7^ 
fire  quatre  années;— -et  cerlesl  ifîls  avaient  du  cœnr,  et  m  Dieu 
voulait  les  aider,  —  je  ne  crois  pas  que  les  Croisés  pussent  tenir 
contre  eux , — ni  soutenir  leur  attaque. 

LXXVUL 

Au  pont  de  Montaudran ,  lorsqu'ils  eurent  passé  le  gué ,  — >  se  170$ 
dirigeant  sur  la  ville,  un  fi»  combat  fut  lâwé; — il  valut  une  ba- 
taille, par  la  foi  que  je  vous  dois  s-^  car  de  part  et  d'autre  vous 
en  vecríes,  je  crois,  de  morlS'^pIttt  deoent  4pialr»«ngts,  ou 
tout  autant,  je  vova-asswe.  ^  11  n'y  «  ai  «oi  ni  comte  qui  de 
force  ne  chevauche — à  travws  les  janKns  (et  les  chan  1  ps  )  de  Ton*  1^70 
louse  ;  et  il  se  fait  un  tel  carnage ,     qu'à  vouloir  en  dire  le  vrai , 
vous  croiriez  que  c'est  moquerie.  —  Des  vilains  du  pays  trente- 
trois  furent  tués,  —  près  de  labarbacanc,  à  Tissuc  d'un  pré.  —  fj-ji 
Bertrand,  le  fils  du  comte  (de  Monlfort)  y  fut  pris,  —  q^ii  leur 
donna  millesons.  it\  r  tout  son  éij  m  pa^e  ;  — ils  eurent  de  miine 
soo  cheval,  ms  anaes,  ses  provisimas,       «t  tout  sou  autre 
bagage. 


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1S8       CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

LXXIX. 

SenboT  mot  fo  la  ost  fera  e  menvUhon 
Aisela  dek  Crozatz  e  mala  e  uigulhosa 

1760  Laiga  pasian  per  forsa  e  van  enves  Tholoia 
No  remas  per  paor  ne  per  negima  coia 
Que  no  la  asefgessan  de  la  on  es  plus  dousa 
Mus  de  gent  ac  lains  si  fos  tant  podciosB 
Que  de  totas  ciutatz  es  cela  flon  e  roia 

17W  Mas  non  ps  tant  ardida  cola  <;ens  e  tant  osa 
Que  cela  dels  Crozat?:  so  nos  rotrais  la  gloxa 
£  fan  o  ben  parvent. 

LXXX, 

Can  lo  pros  coms  de  Bar  ag  près  lenvaimcnt 
E  lo  cons  de  Chalo  e  tuit  cominalment 

1790  Las  gnuis  targas  bulhidas  de  cuir  primieraïuens 
Portan  ves  lo  valat  per  forsa  mantenent 
Per  so  que  dels  cairels  lor  fes  defendement 
Pois  portan  lo  périrait  que  ^etan  dins  corren 
Can  cels  de  dins  o  viro  forment  en  son  dolens 

•7»s  A  lencootre  lor  van  e  ferols  durament 

Que  duna  part  que  daulra  ni  a  morts  mais  de  c. 

Ë  be  D.  plagatz  que  tuit  eran  sagnent 

E  lo  coms  (le  Cnmpniro  sp^on  mon  ecient 

J  pcrdec  al  esloin   i   cavacr  valent 

iSoo   R.  at  de  CastcKni  |il.iiiits  lo  pv.r  tnanta  ^ent 
Tant  se  son  »  oniliatut  danibas  pai  t/.  aspremenl 
Cels  de  lost  sen  lornerou  luas  non  portan  nient 
Las  grans  targas  del  cor  vos  dig  ses  falbiment 
Que  Ihi  bon  afioienc  nagron  iit>  veiamwt 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  12« 


LXXIX. 

Seigneun,  menroilleiue  et  fière  était  Tsmiée,  — •  oelle  des 
Croisés  (veuz-je  dite,  elle  était)  saperbe  et  terrible.  —  Elle  a  171^0 
pané  de  force  la  rivière,  et  s'Avance  vera  Toulouse  ;  —  et  rien  ne 
lempèche,  ni  frayettr«  ni  autre  dilBciilté,  — de  Tassiéger  du  cdté 
par  où  elle  est  le  mieux  dose. — Il  y  a  (bien)  plus  de  gens  dans  la 
ville  (qu*á  Tost),  si  c^étaient  gens  courageux;— car  Toulouse  est 
de  toutes  les  villes  la  reine  et  la  fleur.  —  Mais  ses  habitants  ne  n^î 
sent  pas  race  si  hardie  et  si  iìòre  —  que  celle  des.  Croisés  :  l'his- 
toire nous  le  dit,  —  et  ils  nous  le  font  bien  voir. 

LXXX. 

Quand  le  preux  cojpte  de  Bar,  oeAut  de  tihAlons et  tous  d*un 
commun  accord  ont  résolu  ftttaque ,  —  ils  portent  dVbord  vers  le  1790 
fessé  de  grandes  targes  de  cuir  bouilli,  —  pour  leur  servir  de 

défonse  contre  les  flèches,  —  puis  ils  purlont  les  iascmes  qu'ils 
jettent  (iaus  (le  iohsé]  en  courant. — Voyant  cela,  ceux  delà  \  illc 
en  sont  en  «rrand  óiuoi;  —  ils  s'avancent  contre  eux  ,  i:t  les  Irappenl  179.S 
si  durenieal,  —  qu  ii  y  en  a  de  paît  et  d'autre  plus  de  cent  de 
tués, — et  bien  ciaq  cents  de  blessés,  elqui  restent  tout  sanglants. 

—  Le  comte  de  Commingcs,  à  ce  que  j'en  sais,  —  jjcrdit  à  cet  as- 
saut un  vaillant  chevalier,  Raymond ,  celui  de  Castelbon,  qui 
fut  r^retté  de  tous.     On  combattit  des  deux  côtés  si  àprement , 

I 

—que  ceux  de  Fost  s*en  retoiirnèrent,  mais  sans  rien  emporter; 

—  et  des  grandes  taises  de  cuir,  je  vous  dis  sans  méprise,  — 
que  les  bons  travailleots  «a  eurent  vraiment  (ehacian)  trois.  — 
Les  cavaliers  et  les  servants  (de  Tost)  s*en  retournent  à  leurs 

.7" 


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150        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

i8«s  A  l«s  allMigas  toman  cavalier  e  sirvrat 
E  aiceb  de  Tholosa  Tepuren  ïwament 
La  noit  ses  quil  gaitero  Iro  a  lalba  pareklient 
Las  vinhas  e  loe  blatz  gastan  espesament 
Los  albres  e  lot  so  quen  la  onor  apent 

>«io  Meten  o  en  .1.  mon  de  iati  un  dérobent 
Los  fossatz  en  cujeron  emplir  aegurament 
Cailais  an  los  coratges. 


LXXXL 


!  '      Li  haro  de  la  ost  que  sou  pros  om€  c  sages 
Agron  paor  drtls  dins  que  l«r  lassan  dampnittges 

lôiâ    Toi  lo  jorii  vaii  garnit  li  oines  de  paratgos 

Case  us  als  meiks  que  pot  garda  ses  albergat^us 
Car  tak  es  lor  costuma  de  tots  e  lor  uxuigcs 
NUc  dAUàr  es  dedins  ques  arditi  sos  coratges 
Senescabc  dAgenes  de  mot  grans  vassalatges 

18a»  En  P.  Arces  SOS  fraire  el  melha  de  lor  linatges 
E  mots  bos  cavalers  que  son  fers  e  salvatges 
Cascus  celadament  sarma  e  sos  estais 
Mas  lo  coms  de  Tolosa  a  m  pauc  totz  vius  no  rapjes 
Car  volon  issir  foras  ni  far  aitals  otratges 

iSù  Cuja  se  que  li  volhan  toldre  sos  «retatges 
E  nols  laicha  ichir. 


LXXXll. 

Li  baiou  de  TLolosa  non  o  voigruii  sullrir 
Que  a  nialgrat  del  comte  van  las  portas  obrir 
E  van  a  ceîs  de  lest  de  doas  parts  salhir 
•93(1  Un  dimercres  mati  si  eum  eu  auzi  dir 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  151 
«Ibergues , — et  ceux  de  Tonlmise  se  retirent  ^alemeiiL  »  Penr- 
dant  la  nuit,  (des  aasiégeants)  les  uns  guettent  jusqu'à  Teube,  — 
(les  autres)  font  le  d^t  par  le  menu  dans  les  vignes  et  les  bl^; 

—  les  arbres  et  tout  ce  qu'ils  trouvent  dans  le  pays,  <—  Us  le  >Bio 
mettent  en  un  tas ,  à  côté  d'une  éminence,  —  comptant  bien  en 
combler  les  fossés  ;  —  et  tel  est  leur  projet 

LXXXl. 

Les  barons  de  Tbost,  qui  sont  hommes  sages  et  preux,  • 
craignent  que  ceux  de  la  ville  ne  leur  ftssent  quelque  dommage; 
— les  (che&) ,  les  hommes  de  parage,  restent  tout  le  jour  sous  les  s 
armes.  —  Et  chacun  le  mieux  qu'il  peut  garde  son  quartier ,  — 
car  tel  est  de  tous  la  coutume  et  l'usage.  ^  [  Ce  prndant  )  dans  la 
ville  se  trouvent  Hugues  d*Alfar,  le  sénéchal  d*Âgcn ,  (homme)  de 
grand  vasselagc  et  au  cœur  hardi ,  —  don  Pierre  Arces ,  sou  frère ,  iSao 
la  ili  ur  df  son  lignage,  —  el  boaucouj)  li  autres ,  hers  t-l  rcilou- 
tahli  s  <  hi-Naiicrs  ;  — chacun  d'eux  s'arme  secrètement  dans  sa  df- 
ini  iirc;  —  mais  peu  s'en  faut  que  le  comte  de  Touloiihi'  ii  cii- 
l  agc  tout  \  ivant,  —  voyant  qu'ils  s'apprêtent  à  chose  fo1!e ,  à  sortir 
hors  des  njurs  ;  —  il  s'imagine  qu'ils  vont  lui  faire  perdre  ses  iS.jS 
états, —  et  ne  les  laisse  point  aller. 

LXXXIL 

Mais  Ivb  hommes  ToiihiusL-  iiu  le  souffrent  pas;  —  ils  vont 
nial^é  le  comte  ouvra  les  portes,  —  et  assaillir  cexix  de  l'iiost 
de  deux  cotes. —  Ce  fut  un  mercredi  matin ,  à  ce  que  j  ai  ouï  dire,  >83o 

—  et  bien  près  de  I  heure  de  tierce  qu'ils  sortirent.  —  Ceux  de 

'7- 


152        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Ben  era  près  de  tercia  queu  volian  ichîr 
An  dinnat  cels  de  lost  can  los  vcngro  ♦■nvair 
Mas  lo  coœs  de  Moafort  auc  nos  vole  desgaiiiir 
Nils  pliiKHn  de  h.  ost  Iot$  aubères  desvestir 

j<35  Tost  eisneUiDens  van  els  destriers  salhir 
Aqui  viratt  tans  colps  de  doas  parts  ferir 
Dels  espieuts  sus  los  eimes  que  los  fan  retendir 
Tant  escut  peciar  e  fendre  e  croichir 
De  toi  lo  mon  diclkerats  que  cujava  périr 

liio  En  Estaci  de  Caus  senes  trastot  moatir 
Auciso  ii  de  Tolosa  don  fe  om  mant  sospir 
Si  he  sera  arditz  can  sen  vole  revenir 
£  ab  sens  retornar. 

LXXXIII. 

Mot  fo  grans  lo  torneis  si  Jeshu  Crist  mampar 
i»ii>  Can  ici  iro  en  lost  li  Tolza  el  Navar 
Adonc  virats  en  eut  k»  Aiamans  cridar 
Tuit  li  plttsor  cridavan  a  Bar  a  Bar  a  Bar 
En  Estaci  de  Gaus  a  .1.  pontet  passer 
ti  deron  tan  gran  coip  cane  no  sen  poc  levar 
i«j>o  Dana  esta  de  fraîche  ab  .1.  gon&no  vair 
,      Que  noi  poc  estre  ab*  ora  lo  prestre  a  lordenar 
Quel  dones  penedensa  nil  fessa  cofessar 
Anquer  no  a  11.  jorns  qucs  iV  p<  ncdcnsar 
Per  quieu  cre  Jeshu  Crist  len  voidra  perdonar 
libà  Cant  \\  Franccs  o  viron  tuit  li  vnn  njiidar 
Mas  li  mainadfîr  fclo  comenson  a  tornar 
Cant  viro  «  ris  de  lost  venir  e  mpreissar 
Be  sabuii  v.  lor  cor  no  lor  [loiran  dmar 
Que  so  que  an  comquist  podou  asats  poilar 
iMo  Si  no  fos  cels  quaucizon  don  motz  ne  fan  plorar 


CROISADK  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  155 
l'host  venaient  de  dîner  quand  ils  furent  assaillis;  —  mais  le 
comte  de  Montfort  ne  s'était  point  (î»'sarmc, — et  les  Croisés,  pour 
ia  plupart»  avaient  aussi  gardé  leurs  hauberts.  -^Ib  montent  tôt  isss 
et  vitement  mu  letin  destrim*  —  et  là  vous  auriez  vu  alors  des 
deux  parts  frapper  force  ooups  —  d'épieu  sur  les  heaumes  «pii  en 
retenlitsent;  —  vous  auriei  vu  briser,  fendre  et  choquer  tant 
d'écms»— >que  vous  auriei  cru  le  monde  entier  prêt  à  s'abîmer. 
— Don  Eustache  de  Gaux ,  sans  mensonge  aucun ,  •<— &t  tné  par  iSi» 
ceux  de  Toulouse,  lors<|ue  hardi  comme  il  était,  il  voulut  s'en 
revenir  et  rejoindre  les  siens;  et  il  en  fut  poussé  maints  gé- 
missements. 

LXXXlil. 

Grand  fut  le  combat,  si  Jésus-Christ  mi;  protège,  —  lorsque 
les  Toulousains  et  les  Navarrais  assaillirent  l'host.  —  Vous  auriez 
entendu  les  Allemands  crier  tout  haut ,  — crier  tous  à  la  fois  :  •  A 
•  Bar!  àBar!  à  Barl  • — Au  passage  d'un  petit  pont,  donf  ustache 
de  Gaux — reçut  un  coup  dont  il  ne  put  se  relever,  —  (un  coup) 
d'une  laoce  de  frêne  àpennon  de  diverses  couleurs,  —  et  il  ne  se  iASo 
trouvait  point  là  de  prêtre  pour  l'asiister,  —  pour  le  confesser, 
ni  lui  donner  de  pénitence  ; — mais  il  y  avait  à  peine  deux  jours 
<ju*il  s'était  confessé ,  —et  je  pense  que  Jésus^hrist  voudra  hien 
lui  pardonner.  —  Quand  les  Français  font  vu  (frappé),  ik  s'en  i9S5 
vont  tons  l'aider.  —  Mais  ces  félons  de  routiers  commencent  k  se 
retirer,^dës  qu'ils  ont  vu  en  hâte  venir  ceux  de  Thost  :  —ils  savent 
en  enx-mémes  qu'ils  ne  pourraient  tenir  contre  eux. — Ds  peuvent 
bien  emporter  le  butin  qu'ils  ont  conquis  : —  ce  que  pletmint  ceux  iSCq 
de  l'host,  c'est  celui  qu'ont  lue  les  (routiers),  —  car  c'était  un 


154        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Car  mot  era  el  richeiî  t*  de  mot  grau  afar 
Sei  omti  ïiiii  lu  (  OIS  i;n  sa  terra  portar 
Quels  lo  voldian  lui  a  onor  soslerrar 
Al  oiatinei  a  lalba  cant  lo  jorn  parcik  clar 

i8ii5  Gant  agron  xv.  joms  las  vinhas  (ait  talar 
Prezon  los  pabalhos  eU  tatps  a  de»trapar 
Que  pel  meu  edent  els  se  voldran  mudar 
la  'vitaiha  es  trop  can  no  lor  pot  abasiar 
l}n  pan  vai  be  ii.  aol  a  un  petit  dïsnar 

1870  Si  no  fossan  las  favas  no  agran  que  manjar 
E  las  fruitas  dels  albres  can  las  podon  trobar 
Sobrcl  romtc  de  Foiss  coraensan  ad  anar 
Lasus  ail  Aulariba  van  tuit  lo  pon  paasar 
Tiaâtot  aircl  i'stiit  i  voldran  oslciar 

tS?^  Quel  plus  o  an  en  cor. 

LXXXIV. 

Sobrel  comte  de  Frais  can  lalba  par  el  jor 
Vai  lo  coms  de  Monfort  el  CrozaU  ii  pluzor 
Quel  coms  dAlo  sen  toma  car  fiut  a  gran  sojor 
El  voleit  mot  la  cort  de  Toloia  laor 

>8«o  Si  no  fosaol  France»  li  princep  dh  comtor 
Lavcsques  e  la  gleixa  e  li  prczicardor 
Que  parlan  dels  en  t^es  de  lot  foia  error 
Gab  Gassers  ne  trobero  rcscotz  en  .1.  tor 
6cn  LXXTLX.  e  iiii.  de  ccls  fols  traidors 
Oite  ccls  cIp  Rocnvila  ravien  lor  anior 
J  teniaii  rcscotz  malgrat  de  lor  scnlior 
So  nie  comtec  nl/.ains  quera  ndom  .s  prior 
De  trastcl  vidli  Mores  c  daiccla  onor 
C/Aii  agiitui  trop  oslat  vas  Foi.s  loslciador 

i&^u  Can  fait  mal  cci  que  pogro  en  ccl  pais  laor 


CROISADE  CONTRE  LES  ALEIGEOIS.  155 
puissant  et  éminsnt  personnage. ««Ses  lioaiiDeB  font  transporter 
son  corps  dans  son  pays ,  — où  il  sera  enterré  avec  honnenr. — Le 
matin  (suivant)  à  Taube,  quand  le  jour  devient  clair, —  après  avoir  ,8^5 
durant  quinze  jours  rasí'  les  vignes,  —  ils  commciK  eut  à  plier 
tentes  et  paviHons,  — comme  gens  fjui  s'apprêtent  h  décamper. 
" — Les  vivrt's  boiii  trop  chers  :  ils  11  eu  ont  pas  à  suilisaiice.  —  Ln 
pain  pour  un  petit  dîner  valait  bien  deux  sous;  —  et  ils  n'au-  iSjo 
raient  pas  de  quoi  manger,  ai  n'étaient  les  fèves  —  et  les  fruits 
des  arbres,  quand  ils  en  peuvent  trouver.  —  Us  marchent  contre 
le  comte  de  Foix ,  —  et  s'en  vont  tous  là-haut^  à  Hauterive ,  passer 
le  pont.  —  C'est  Ut  qu'ils  vont  faire  ost  tout  cet  été;  —  c'est  Je  .87$ 
projet  du  plus  grand  nombre. 

LXXXIV. 

Contre  le  comte  de  Foix,  quand  paraissent  l'aube  et  le  jour, 
marche  le  comte  de  Montfort  avec  la  plupart  des  Croisés.  — 
Mats  le  comte  d'Alen  s'en  retourne,  car  il  a  demeuré  longti-mps. 

—  Il  avait  fort  souhaité  i^ct  aurait  conclu  )  la  p.ux  avec  Toulouse, 

—  si  ce  n'eussent  été  les  Français,  les  princes,  les  comtes,  i  cvèi^up,  .a^^, 
1  église  et  les  prédicateurs,  —  qui  parlaionl  'sans  relâche)  contre 

les  hérétiques  et  leur  lolle  croyance. ^ —  Un  on  trouva  à  Casser,  re- 
tires dans  une  tour,  —  bien  quatre-vingt-quatorze  de  ce»  traîtres  in- 
sensés,—que  ceux  dclÎoqueviUcquî  leur  étaient  amis.— v  tenaient  ,«S5 
cachés,  malgré  leur  seigneur.— Cela  me  fut  raconté  par  don  Isam, 
qui  était  pour  lors  prieur —  du  vieux  Muret  et  de  tout  ce  iief.— 
Après  être  longtemps  restés  dans  le  pays  de  Foix,     et  y  avoir  is^o 
lait  tout  le  mal  qu'ils  purent;     (après  avoir)  détruit  les  vivres, 
le  blé  et  les  cultures,  —  ceux  de  l'ost  s'en  retournèrent,  vers  le 


156        CaOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

GittacU  la  vtulba  io  bkt  e  k  labor 
$9  dtpaiti  la  Oft  c«n  dablh  U  calor 
£  lo  conu  de  Moutfort  vai  vcft  Rocamador 
Li  abas  de  Gislel  astec  et  refirtehor 
En  la  caïutra  a  CaorU  que  no  eis  per  paor 
Ni  no  euh  que  nicbw  ans  «indieît  lo  Paacor 
Si  el  no  len  traiches. 

LXXXV. 

Li  Crozat  sen  partirou  si  coin  dcvan  vos  dl&!> 
E  lo  coms  de  Moniforl  ses  en  la  via  mis 

1900  Va»  a  Rocamador  car  el  o  a  pu  ims 
Li  abas  de  Cistel  estec  o  niesl  avis 
Lai  dedins  a  CaorU  ab  baros  dei  pais 
E  prega  e  amonesta  que  cadaus  plevis 
Al  comte  de  Montfert  e  quel  tengal  pais 

i»o$  E  &î  faire  sas  cartas  e  eecriure  en  pargamis 
Que  Unoiet  en  Proensa  a  trastots  soe  amis 
Cant  lo  com  sen  anct  el  ab  lui  ne»  ichis 
E  vai  en  sa  ( onipaiiha  lo  pros  coms  Baudoiií 
A  sant  Antoni  jagon  que  poisas  an  malmia 

i9t«>  G  van  sen  a  Galhac. 

LXXXVL 

Lo  coms  de  Moniluit  loiiia  c  a  sent  Antoni  jac 
E  vai  sen  ves  Lavaur  c  passée  per  Galhac 
E  pois  a  Carcassoua  ques  iai  part  Laurac 
Laïu»  sen  va  as  AU>i  «  poîa  a  Saicbag 
leis  Del  comte  de  Tolosa  ae  donan  gran  esmag 
IMh&da  loal  per  Toloia  per  Agen  per  Moysag 
E  per  tota  «a  terra  en  tota  csnta  nag 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  157 
dédin  du  temps  duud. — La  comte  de  Montlbit  «*en  va  à  Roct- 
ntidor,      et  Tabbé  de  Gteanx  reste  en  réfectoire,  ^  dans  le  iSgS 
cloître  à  Gahors,  d'où  il  ne  sort  point  par  fra3[^ur;  —  et  il  tCen 

serait  pas  sorti,  je  pense,  avant  Pá({ues,  —  si  l'on  ne  l'en  eût 
tiré. 

LXXXV. 

Les  Croisés  pai tirent,  corume  je  vous  ai  dit,  —  et  le  comte 
de  Montfoil.  s'est  mis  en  cliemin  —  pour  Hocamador,  comme  il  1900 
i'a  promis.  —  Quant  à  i'abbé  fîe  Cîteaux,  il  resta»  ce  me  semble, 

là-bas  à  Cahors,  avec  les  barons  du  pays.  — Il  les  prie  et  les 
admoneste  idc  tenir)  chacun  ce  à  quoi  il  s'est  engagé  —  envers 
le  comte  de  Montfort  et  de  lui  garder  le  pays.  ^  Il  lait  iaire  ses  190s 
chaites,  les  fait  écrire  sur  parchemin,»- et  les  envoie  en  Provence 
A  tous  ses  amis;— > puis,  quand  le  comte  de  Montfort  s'en  alla, 
il  sortit  avjsc  lui,  —  et  le  preux  comte  Randouin  alla  en  leur 
compagnie;  —  ils  coudiérentà  Saînt-Antonin  «pi'il*^  dévastèrent 
ensuite , — et  s*en  dlérent  à  GaiRac. 


LXXXVL 

Le  comte  de  Montfort  coucha  à  SaÌnt-Antonin,  -—(dp  ih)  se  ren- 
dit à  Lavaur,  et  passa  par  GaïUac,  —  et  puis  à  Carcassonne  qui 
est  par  delà  Liurac.  —  L'abbé  se  rend  à  Aiby,  et  monte  jusqu'à 
Saissac.  —  lis  sont  m  grand  émoi  du  comte  de  Toulouse,-—  qui 
lève  un  host  À  Toulouse,  à  Agen,  à  Moissac,  —  et  par  toute 
sa  tene,  dans  ebaipie  canton.  H  mande  à  don  Savari  cent 
«•  1« 


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15«        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

An  Savaric  trames  c.  m.  salutz  prr  pg 
Que  deu  venir  ves  lui  e  jac  a  i>ragaurag 
19*0  Ah  sa  cavalaria. 

LXXXVIL 

Cant  lo  ooms  de  ToIom  ac  la  noela  amia 
Que  lo  coma  de  Montfivt  a  aa  coit  departîa 
£1  aomonic  sa  terra  tanta  co  cl  navia 
B  manda  m»  amies  cela  cab  lui  an  pana 

i9ii  Que  sascsmo  traatuit  a  aîcela  vcgia 

Lo  comte  de  Cumenge  que  Sent  Gauzens  ténia 
E  lo  comte  de  Fois  ab  mot  grau  baronia 
E  mots  dautrps  haros  î  vcnîron  a  .1.  (lia 
Lo  scncscaix  diVgcit  que  u  Peau  en  baiiia 

1930  E  trastuit  U  roter  se  mistrenl  en  la  via 
E  cda  de  Montdba  qmeu  no  ombfit  mia 
Ni  Gastei  Sanan  ai  Dieus  mi  benaaia 
Un  dûnenge  mati  can'bdba  esciania 
Auxiro  la  novela  quen  Savarics  veaia 

1935  Mot  nagron  tuit  gian  joia  e  gnnda  alegria 
Mas  els  no  saubon  pas  cala  er  la  dcfenia 
Oi  Dieus  giorios  paire  daima  santa  Maria 
Que  vi  anc  si  fort  gcnt  ni  si  bc  fort  garnis 
Co  aiccls  de  Toloza  ni  tal  cavalaria 

iftio  Tuit  aicel  de  Miia  de  Konia  e  de  Lombardia 
Diseratx  ben  que  i  cran  c  aicels  de  Pabia 
Cant  so  ioras  ei  plan 

LXXXVllL 

Senhors  mot  fo  la  ost  meravilliosa  e  gran 
Del  comte  de  Toloza  c  daicels  de  Toban 


I 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGJEOIS.  150 
mille  ialuts,  par  grttitiide  de  ce  qu'il  arme  k  «on  •eeouni  il 
avait  couché  à  Bei^rac , — «vee  m  cavalerie. 

LXXXVll. 

Quand  le  comte  de  Toulovise  a  entendu  la  nouvelle —  que 
le  comte  de  Montfort  donne  congé  à  sa  cour,  —  il  semonce 
toute  sa  terre,  autant  qti'il  en  avait,  — et  mande  à  ses  amis,  à 
tous  ceux  qui  se  sont  engagés  avec  lui,  —  de  se  j)réparer  tous  à  '9'* 
cette  fois.  — Le  comte  de  Gomminges  qui  tenait  Saint-Gaudens, 
—  le  comte  de  Foix  avec  une  nombreuse  suite,  —  et  beaucoup 
dautres  barons,  lui  arrivèrent  le  même  jour,  —  ainsi  qne  le 
sénéchal  d'Agen ,  qui  tient  Penne  en  fief. — ^I^es  routiers  se  mirent  >93o 
aussi  tous  en  chemin,  *^  avec  ceux  de  Montauban  que  je  n'ou- 
blie point,  —  non  plus  qne  Castel-Sanann ,  si  Dieu  me  bénit. 
— Un  dimanche  matin ,  k  l'aube  i:laire ,  —  les  (  Toulousains)  ap- 
prirent la  nouvelle  qne  don  Savaric  arrivait,— et  tous  en  eurent  igss 
grande  aUégr^se  ;  —  rna^  ils  ne  savaient  pas  qudle  devait  être 
la  fin  (de  cette  guerre).-^  ODieu  père  ^orieuil  Damesainte 
Marie  !  —  qui  vit  jamais  gent  Á  nombreuse,  ni  si  bien  armée— 
que  celle  de  Toulouse ,  ni  pareiHe  cavderie  Ì  —  Tous  ceux  de  1940 
Milan,  dê  Rome  et  d'Italie —  y  étaient,  auriez-vous  dit,  avec 

ceux  de  Pavic ,  —  lorsqu'ils  fuirent  hors  des  murs  dans  la  plaine. 

"iiJi;:;  II.-  ;  * 

»      ■  -  ■ 

LXXXVIU. 

.Seigneurs,  merveilleuM  iiiuiii  grande  fut  l'bost  — du  comte  de 
Toulouse  et  des  toulousains.— Ceux  de  Toulouse  y  sont,  (ceux)  de  '  9  *^ 


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140        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

>«i5  Tfaoloia  e  MioyMc  i  «on  e  MoDtdbtn 
E  Castel  Sarmi  e  la  isla  an  Jordan 

E  trastotz  Agcncs  que  di^us  noi  rcman 
Tuit  aiccis  de  Curaenge  e  cela  de  Fois  i  van 
Savarir  de  Mallco  de  que  gran  joia  fan 
19S0  II  Cias(  os  lie  Gaâcoiiha  e  (levas  Pog  Serdaii 
,.     Plus  so  de  ce.  melia  can  sou  rengatz  el.canip:: 
.  .  I^as  cai  i  iigas  cargadas  p  dcl  vi  e  dol  pan    r   ,  . 
£  dautres  garnimens  tocan  Ìort  ii  vilan 
Li  trabuquet  porteroa  ii  inufiii  el  bou  gran 
1955  Lo  eòmie.  Fort  mmasaan  é  eeb      M  'áeriúá 
'    '  Li  plus  de  l(^iápduirtr^àr  ;fiÌÌ)  de  putaii' 
Lai  dedins  Cavéassonâ  jwr  fort  iase^artn     '  ' 
Si  eb  lo  podoD  penre  tôt  vin  leáoorl|^n   ■  • 
Monceial  e  Fanjaus  dizon  ith  que  pendran 
Entro  a  Monipealier  per  fort  cavalgaran 
Póia  ofwiqueran  Lavaur  cent  eb  aen  tornaran 
'.  E  trasiot  Allnges, 

LXXXIX. 

Grans  fo  lost  de  Tii  >losa  si  majud  Dieus  ni  fea 
Li  cavaler  frauces  eisson  de  (Carcasses 

«965  E  ac  i  de  roters  de  N  avais  c  dAspes 
Plus  de  H.  a  caval  c  de  l.  e  très 
Gmgm  e  Can^s  i  a  e  Agenes 
Las  lenbeira»  levadas  aen  van  vas  Lanragnea 
No  cujan  trobar  orne  entro  en  Bederrea 

197«  E  lo  coms  de  Moutfort  somonit  tôt  ades 
Tôt  aitana  co  el  pog  de  trastots  loa  Franoea 
Per  lo  veacomte  dOoie  a  el  la  donc  tramea 
Per  mo  aenhen  Bochart  que  dedins  Lavaur  es 
E  per  trastoti  les  autres  e  de  lunb  e  de  près 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  141 

Moissac,  de Montauban,— de  Castel-Sarrasin,  de  l'Ue-Jourdain ; 
— de  ceiix  de  l'Agénois  nul  u'cst  resté  eu  arrière.  —  Tous  ceux 
de  Coniminges  et  de  Foix  s'y  rendent  aussi,  —  et  Savari  de  Man- 
léon  ,  dont  ils  mènent  grande  joie,  —  les  Gascons  de  Gascogne,  jgSo 
et  devers  Puyccrda.  — Us  sont  plus  do  deux  cent  mille  rangés 
dans  la  campagne;  — les  charrettes  chargées  de  pain,  de  vin 
— -  et  d'autres  fournitures ,  (roulent)  menée^pfUTi  le4  paysans. 
— l^giandalMBufii  et  les  bullles  portaal  les  engin»  (4oigaerre). 
— Da  menacent  le  comte  de  M<Nil£Dft  ét  ctúx  qui  soot  avec  lui  «  ig&s 

—et  la  plupart  d'entre  eúxle  nommént  tridtre ,  £Isde  p  —Ils 

veident  raaai^r  dans  Garcassonne,  —  ^  Fécorclier  vivant  a*ila 
peuvent  le  prendre  ;  —  ib  parlent  de  prendre  MojDtréal  «t  Fan- 
jeaux ;  —  ils  di^ucbciioiit  de  fctrce  jusqu'à  l^o^tp^jUùpr , — et  i$6o 
revendront,  h  leur  retour i  I^Avaur  —  et  tout  l'AIJbigeois. 


Grande  était,  par  Dieu  et  par  ma  loi  !  rarnicc  de  Toulouse.  — 
(Cependant)  la  cavaleru;  do  l'raiicc  sorl  de  Carcassonne,—— ayant 
avec  elle  des  routiers  d'Aspo  et  do  Navane,  ~  h  cbcval  ,  au 
nombre  de  plus  de  mille  cinquante-trois.  —  il  s'y  trouvait  aussi 
des  Gascons ,  des  Cahorsins,  des  Agénois.  —  Elle  marche ,  ban- 
nières levées,  vers  le  Lauraguais ,  —  et  s'attend  à  ne  pas  reiH 
contrer  un  homme  jusqu'au  Bedarres.  —  Le  comte  de  Montfort  a  ■  970 

.  iàit  tout  présentement  appel-~&  tous  les  Français,  à  autant  «pi'il 
a  pu  ^e  £ûre).  —Par  le  vicomte  d'Oine  (son  messager)  il  a  mandé— 
monseigneur  Bouchard  qui  est  dans  Lavaur,  ->-et  tous  les  autres , 

'  loin  ou  près  (qu'ils  soient);  —  (il  a  mandé)  Martin  Algai,  et  i<i73 


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14S        GROISADB  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

'97^  £  per  Marti  Algai  e  lai  en  ^ìaiLoncs 

Tftmes  par  nAûneríc  e  que  cascos  vengues 
Eli  vengon  toit  uo  aman  nradar  ^ 
Pus  lor  o  ac  mandat. 


XC. 

Lo  coma  ttà  éè  Hàtttfort  somottk  lioè  baMà'  ^ 
iftv  Uirjorn  fo  a  Carcassona  n>òt>m  dib  la  caméoá 

E  tôt  enviro  lui  heú  CGC.  companhoff 

Que  foron  hos  per  armas  ardîtz  coma  ieos 
Senhors  so  lor  ditz  el  escotat  mas  razos 
Lo  roms  roî  (le  Toloza  a  5os  ornes  somos 

19SS  De  trasiolas  sas  terras  e  de  sos  conipanlios 
Plus  son  (le  ce.  m.  com  ditz  us  donzelos 
Quem  trames  per  mcsatge  lo  bailes  de  Lim(» 
A  Mootferran  sajustan  e  lai  vas  Aviphos 
E  volon  me  asetjar  aitant  aon  ooratjos 

•»9«  Lai  on  que  ilh  me  trobon  aval  o  »ua  o  jos 
En  vnlh  vostre  oosselh  cjtiinh  len  donareti  vos 
O  que  men  cindhaU. 

r.   .  '  r. 

I  •  'GaaH  te  00ms  de  Montfert  loa-a^^  amoneil«|s' 

•!  ;   NUgues  cel  de  Laisi  scn  es  en  pcs  levatz  , 

ig^S  Senher  so  îi  dih  el  pos  cosselh  dcmandatz  .  , 
,  Digan  cels  (jue  voldran  tota;»  lor  volontatz  ^ 
Que  si  nicii  Yolelz  creire  ja  alUres  non  faratz 
Si  vos  en  Carcassona  dcdins  vos  enserratz 
Sel  vos  segon  en  sai  vos  seretz  asctlatz 
Sius  metetz  a  Fanjaus  e  la  los  trobarats 
Tm  vos  sigran  per  tôt  n  -lor  es  eepiata 


GROISiUDE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  1A5 

ià-bas  dans  le  Narbonaais ,  —  don  Aiincric  :  il  leur  commande  à 
tous  de  venir,  —  et  tous  viennent;  ils  n'osent  (aire  autrement 
qu'il  n'a  commandé. 

xc. 

Le  comte  de  MontHort  a  semcmeé  ses  barons.— Un  jour,  il  se  ''«So 
trouva,  dit  la  chanson,  àCaicassonne,-— (ayant)  autour  de  lui  bien 
trois  omts compagnons, —-bons  en  armes  et bardis comme  lions. 
— »-  «Seigneurs,  leur  dit-il,  écoutez  mes  paroles  :  —  le  comte 

«  de  Toulouse  a  fait  appel  à  tous  ses  liommcs,  —  de  toutes  ses  196s 

•  terres,  et  à  (tous  ceux)  de  ses  vas^Liux. — lis  sont  plus  de  deux 

•  cent  mille,  m'a  dit  un  damoiseau  —  (jue  ie  gouvemeiu"  de  Li- 
«  moux  m'a  envoyé  pour  messager. —  Ils  se  rassemblent  à  M ontfer- 

•  raud,  et  là-bas  vers  Avignon;  —  et  sont  si  courageux  qu'ils  pré- 

■  tendent  m'aasiégcr  —  partout  où  ils  me  trouveront,  amont  ou  1)90 
«  aval.  —  Je  vous  demande  votre  avis;  lequel  me  donnerefrfyous? 

«  — Oue  me  conseillea-vous?  • 

XCL 

Quand  le  comte  de  MonAfort  a  consulté  ses  barons,  -^Hugues 
de  Lascy  s'est  levé  sur  ses  pieds.  — t Seigneur,  dit-il,  puisque  19»$ 

■  vous  demandes  conseil ,  —  que  tous  ceux  qui  voudront  (parier) 
«  disent  ce  qu*ils  pensent.  —  (Pour  moi)  ú  vous  m'en  aoyes, 
«  void  ce  que  vous  ferez  (  et  rien  autre  ).  —  Si  vous  vous  enfietmez 
«  dans  Garcassonne, — ^^et  si  (l^ennemi)  vient  de  ce  cMé ,  v<ras  serez 

«  assiégé. — Si  vous  entres  à  Fanjeaux ,  là  aussi  vous  1  e  trouverez  ;  ,000 

•  — «ii  vous  suivra  partout,  tant  l'op  espionne  bien  pour  lui!  — 


14&        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Tro  a  la  fin  dcl  mon  s«reU  deaoáonb 
El  plu»  freyoi  castel  m  creire  men  voliatz 
Que  8ÌA  en  vostra  tem  aqui  los  atendratz 

ïoo5  E  si  vos  ve  sooors  al)  lor  vos  combatratz 

Quel  Lors  nie  ditz  a  rorlas  que  vos  los  vencenitz 
Per  fo  so  ditz  lo  coins  Fort  ho  niacossoliiaU 
Cornent  que  lo  plag  prondu  non  serol/.  trastornatz 
Qut!  a  nn  es  veiaire  que  Lon  cos&elii  donat 

aoio  Non  i  a  I.  ni  autre  perque  fos  trespaflsati 
Ans  an  ben  luit  «fleems  en  auta  vou  cridat 
Senber  bon  cosaelh  dona  pregam  vos  len  creau 
Am  tant  se  sopaitiran  e  nés  cascus  anats 
Els  osUis  e  els  albergas  e  son  eb  leits  cdcatx 
Trosca  a  la  iDatíàeîa. 

XGIL 

A  iendema  mati  can  laiba  fon  crebeia 
Lo  coms  de  Montfort  leva  c  lola  sa  maineia 
Vcs  lo  Castelnoudarri  sen  van  asta  leveia 
Aqui  atendran  lost  tro  sia  albergeia 

10Í0  Prcs  dfi  Kl  en  i.  camp  prob  de  uieia  legueia 
A  un  dimarlz  mali  cant  la  gens  fo  dinneia 
Vengo  al  Castelnou  albergar  per  la  prcia 
Aqui  viratz  lo  jorn  denant  man|a  crideÎA 
De  la  cstranha  gent  que  i  era  amasseia 
Disserats  cela  e  terra  si  era  ajusteia 
Mi  Dîeus  e  tanU  tenda  i  fo  lo  jorn  fiqueia 
Que  avian  pom  daur  e  ai|^  tragîteia 
Lo  trabuquet  dresseron  en  uoa  caminea 
Mas  d  no  trobtra  peiia  en  cami  ni  en  estreia 

»•$•  A  ta  bruîor  que  &  no  seit  tota  bmeift 
Si  que  m.  naporteron  dnna  granda  legueia 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  145 

•  et  déshonneur  vous  en  viendra  jusquà  la  fin  du  monde.— ~  Si 

«  vous  voulci  m'en  croire,  c'est  dans  le  plus  faible  cbátemi — qui 

«  soit  en  toute  votre  terre  que  vous  les  attendrez,  —  et  s'il  vous  j<>a5 

•  arrive  du  secours,  livrez-leur  bataille; — le  cœur  me  dii  puui  er- 

•  tain  fjuc  vous  les  vaincrez.  ■ — «Par  ma  foil  dit  le  comte,  \(>ii'- 

•  me  conseillez  à  merveille,  —  et  (juoi  qu'il  en  arrive,  votre  parole 
«  ne  sera  point  rejetée,  —  car  voua  m'avez,  ce  me  semble,  donné 

•  un  bon  conseil.  >  ^  Et  personne  n*en  donne  d'autre  qui  le  lo** 
fosse  mettre  de  côté; — tous,  auooDinûre,  s'écrient  ensemble  à 
haute  voix  :  —  «  Seigneur,  ii  donne  bon  conseil,  et  nous  vous 

«  prions  de  Ten  croire.      Là^essus,  ik  se  séparent,  et  chacun 
s'en  va— dans  son  quartier,  dans  son  dbetgue,  et  se  met  au  lit 
.  —jusqu'au  matin. 

.  XCH. 

Le  lendemain  matin,  quand  l'aube  «ut  paru,  —  le  comte 
de  Montfiort  se  lève  wee  ses  barons,  —  et  tons  s'en  vont,  lance 

levée,  à  Castelnaudaiy.  —  Ils  attendront  là  que  le  reste  de  l'host 
soit  arrivé.  —  Un  mardi  niatm,  ayant  tliné  —  dajis  un  champ,  aoio 
k  la  distance  d'une  demi-lieue ,  —  (  l'armée  du  comte  I\aymond) 
vient  à  Casteînau  camper  dans  la  prairie.  — Si  vous  aviez  alors 
entendu  tous  les  cris — de  la  gent  étrangère  qui  se  trouva  là  réu- 
nie,—  vous  auriez  dit  que  le  ciel  et  la  terre  s'étaient  confondus  ««sS 
là.  —  0  Dieu  !  que  de  tentes  y  furent  plantées  1  —  (de  tentes) 
à  pommeaux  d'or  ou  surmontées  d'aigles.  —  Us  dressèrent  leur 
pinriersur  un  chemin; — mais  ni  par  chemin  ni  par  sentier  Ìk 
ne  trouvent  de  pierre , — qui  du  dioc  (de  l'engin)  ne  soit  aussir  mSo 
tdt  toute  brisée. — flen  fallut  apporter  trois  d'une  grande  lieue  : 
—du  premier  coup  tiré,  ils  ont  brisé  une  tour;  — du  second, 
I.  19 


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140        CROISADE  CONTRE  LES  ALBI(;E0IS. 

Ad  I.  rolp  quilL  feroii  a  i""  tor  poceia 
Ad.  autre  l""  sala  vezcnt  toi/,  deroqueia 
£  a  la  tersa  veU  la  peira  es  lieiiqueia 
sois  Que  si  aiso  ao  in  mot  fon  car  eompreia 
Aisels  que  diiu  estau. 

XCIII. 

Lo  coms  sel  de  Montfort  si  com  vos  dîg  dauan 
Ses  mes  al  Castclnou  vesoAt  de  juanta  jant 
En  Bochartz  fo  a  LAvaur  e  dautre  no  sai  cant 

»o\o  Lo  fdhs  (Ici  rastpla  que  fon  pros  e  valhant 
Be  son  c.  cavaers  arditz  c  coinLatans 
Martis  Allais  i  fo  se  vintos  solamant 
Tôt  drcit  al  Castclnou  al  comte  Fort  scn  vaut 
Livesques  de  Caoïlz  i  era  icliamuut 

«oiS  Deves  Castras  anero  trastotz  cominalinant 
E  devaa  Carcassona  don  veneit  p^trait  grant 
Al  comte  de  MoDtfort  de  vi  e  de  froment 
De  pan  coit  e  davena  aicek  que  dins  estant 
Mes  lo  c<nn$  sel  de  Fois  sen  ichit  ab  aitant 

«oSo  Ab  tota  sa  mainada  de  lats  i.  deniLant 
Tint  li  rotier  i  son  que  us  non  i  remant 
Ans  van  en  sa  companha  qui  plus  pot  ab  aitant 
Noi  rcmas  mvalier  en  lost  mon  essiant 
Que  tuit  non  î  ancsso  ni  ho  ardil  serjaul 

iobâ  Mas  can  <ie  Savaric  o  sei  baio  normant 

Oiiç  romas  ab  lo  lomte  que  se  van  desduiant 
liocliai  lz  M'ueil  lengatz  lot  a  lors  olhs  veaul 
Si  co  viro  lo  comte  que  si  va  desduiant 
Lo  coms  de  Foiss  sarenga  e  son  ben  cccc. 
E  diso  o  de  mais  si  la  gesia  do  mant 
E  cel  cab  Bocbart  foro  no  foro  pas  terlaiit 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  U7 
ils  ont,  à  la  vue  de  tous,  renversé  utie  salle.  —  Mais  au  troisième 
jett  U  pierre  s'est  brisée;  —  et  sans  cela«  elle  aurait  coûté  cher  >"3â 
à  ceux  de  la  ville. 


XCiH. 

Le  comte  de  Montfoit,  comme  je' vous  ai  dit  auparavant, — 
est  entré  à  Gaslelnau ,  A  la  vue  de  tous.  —  Don  Bouchard  est 
à  Lavaur,  avec  je  ne  sais  oombien  d'autres,     et  avec  le  fils  du  «oi» 
châtelain  qui  est  vaillant  et  preux.  —  Ils  sont  bien  cent  A  chevd, 

(tous)  hardis  combattants. —  Martin  Algai  y  est,  lui  vingtième 
seulement;  —  ils  s'acheminent  tout  droit  vers  (-a.sLcliiau;  ils 
vont  rejoindi'c  ic  comte  de  MonlÎoit.  —  Avec  eni  venait  aussi 
l'évêque  de  Cahors.  —  lis  vont  d'abord  à  Castras  tous  ensemble,  '"»^ 
—  puis  à  Carcassonnc .  d'où  venait  un  grand  convoi  —  au  comte 
de  Montforl,  de  vin,  de  blé,  — de  pain  cuit  et  d'avoine  pour  les 
assi^;és.-~ (Lorsque)  le  comte  de  Foix  (l'apprend),  il  sort  aussi- 
tdt,  —avec  toute  sa  troupe,  le  long  d'une  colline;  ~— les  rou- 
tiers sont  (avec  lui),  sans  qu'il  en  nuuiqtte  un, ^  tous  Faocom- 

.  pagnent  à  qui  plus  vite;  —  et  dan»  tout  le  camp,  il  n*y  eut  ni 
chevalier— >  ni  bon  sergent  qui  n*aHAt  avec  lui  ;  —  à  Texception  de  a«ss 
Savaric,  avec  ses  barons  normands,  —  qui  resta  avec  le  comte  de 
Toulouse  A  se  récréer.  —  (Cependant)  venant  avec  sa  troupe 
toute  rangée,  parut  Bouchard  aux  yeux  (du  comte  de  Foix). — 
Dès  que  celui-ci  le  voit  qui  vient  sans  nul'souâi,  '—il  range  aus- 

,  sitAt  les  siens;  ils  sont  bien  quatre  cents,  —  et  davantage ,  dit-  *«So 
on,  n  la  geste  ne  ment  pas.  —  De  ceux  qm  venaient  avec  Bou- 
chard, il  n  y  eu  avait  pas  un  si  grand  nombre  —  qui  fussent, 

'9- 


148       CROISAPE  CONTRE  LÉS  ALBIGEOIS. 

GarnitB  datubercs  e  detm«fl  per  lo  meit  enant 
Gdb  son  Ben  doa  meik  qtt«  a  ctcnà  comnt 
o  bo  elm  que  reliant 
so65  0  bo  capel  de  fer  o  bon  esp&at  trencbant 

0  bona  asta  de  fraisne  o  mnsa  perlant 
Ara  auiatz  balhalas  mesclar  daital  semblant 
CTnc  non  au'itz  tan  fora  clrs  lo  temps  do  Rotlanl 
.Ni  del  temps  Kaileinanu'  (jue  vonquet  Ai^^olant 
ao7o   Que  comques  Galiana  la  lillia  al  rei  l  .r  uiuant 
En  Espanlia  de  Galafre  lo  cortex  almiraiil 
De  la  terra  dEspanlia. 

XGIV. 

Li  Frances  de  Paris,  e  cela  devas  Gimpanbe 
Vengon  a  Gestelnou  rengat  per  mei  la  pluiba 
Blas  la  coms  sel  de  Foias  ab  tota  sa  companha 
Lor  es  emei  la  via  e  It  roter  dËspanha 
Que  no  los  prezan  pas  per  forsa  una  castataha 
Ans  dîzon  entre  lor  baros  us  non  rcmanba 
Que  no  sian  avers  aicela  gens  estrnnim 
Si  que  naian  paor  en  Fransa  e  en  Alanianha 
En  Peitau  e  eu  Anjau  c  per  tota  Bretanlia 
£  lasus  en  Proensa  tro  als  ports  en  Alamauka 
Caisis  ca&liaraii. 

xcv. 

Gan  Aoieober  Bocherts  e  cel  que  ab  hii  van 
soS3  Yenon  al  GaMelnou  don  te  moc  un  alban 
Que  venc  devas  senestre  sii  a  la  désira  man 
E  anec  tant  can  poc  encontre  itia  volan 
Donc  dits  Martis  Algais  sira^per  sant  Joan 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  U9 
que  je  sache ,  aimés  de  heaumes  et  de  hauberts  :     et  les  autres 

étaient  bien  ( en  tout)  deux  mille,  avec  (bon)  cheval  courant^  ^ 

avec  haubert  et  cotte,  avccbon  heaume  reluisant, — *avecboncba-  «65 
peau  de  fer,  bonne  épéc  tranchante,  —  bonne  lance  de  IVt^ne,  ou 
massue  écrasante. — licoutez  maintenant  des  [récits)  de  batailics 
telles  —  que  jamais  vous  n'en  entendîtes  de  si  iièrcs  lU  jMiis 
les  temps  de  Holand,  —  et  depuis  le  temps  de  Charleniagnc, 
quand  il  vainquit  Aigolant,  —  et  conquit  Galiane,  la  fille  du  «070 
roi  Bramant, — sur  Galafre ,  le  courtois  émir — de  la  terre  d'Es»  ^ 
pegne. 

XCIV. 

Les  Français  de  Paris  et  ceux  devers  la  Champagne  - —  s'en 
venaient  à  (lastebiau,  l)ien  rangés,  à  travers  la  plaine.  —  Mais  »075 
voilÀ  le  comte  de  Foix  avec  toute  sa  troupe,  — et  les  routiers 
d'E^agne,  <|ui  leur  barrent  le  chemin,-— et  ne  les  prisent  pas 
une  cbfttaigne  pour  la  bravoure.     •  Barons,  se  disent-ib  entre 

•  eux,  qu*il  n*en  reste  pas  un     ^vant,  de  cette  race  étraigère  ; 

•  ~et  ^e  (leur  sort)  Skm»  peur  en  Allemagne  et  en  France toito 
«dansTAnjou,  en  Poitou,  par  toute  la  Bretagne;  -—et  là-haut 

«  en  Provence,  jusqu'aui  ports  d'Allemagne  i  —  ainsi  seronuib 
«  corrigés.  • 

xcv. 

Devers  Castelnau,  où  vont  monseigneur  Bouchard  et  les  siens, 
est  parti  un  aigle  — -  qui  voaait  de  la  gauche  en  (à,  vers  la 
main  droite,  —  planant  et  volant  aussi  vite  qu'il  peut  contre  { le 
courant  de  l'air).—  ■  Site ,  dit  alors  ilartin  Algai ,  par  saint  Jean ' 


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1.^0         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Cornent  qiie  lo  plaiu  prenga  nos  sircm  sobiraii 
♦«90  E  retend retz  lo  camp  e  cels  cab  vos  seran 
Mot  i  pcrdrctz  avan  c  ì  receabretz  gran  dan 
A  bon  aur  dig  cl  lot  no  o  pretz  i.  gan 
Sol  quel  camp  lèvera  nos  e  aicels  que  mornm 
.  Nos  seram  bonorat  aitant  co  mort  seran 
log^  E  siran  trastuit  sais  aicels  caisi  morran 
E  si  nos  i  pordcm  atcrsi  i  pcrdran 
Del  meibs  de  lor  baros. 


XCVI. 

Lo  coms  de  Foiss  cavalga  ab  de  sos  companlins 
A  sant  Marti  a  las  Bordas  caitals  era  sos  noms 

iioo  Las  aslas  an  dressadas  cls  primairas  arsos 

Van  cscridan  Toloza  pel  plan  ques  bels  e  longs 
Li  arcbaleslers  trazon  sagctas  c  bossos 
Tais  lo  cridaditz  que  feron  cls  resos 
Disseratz  quer  caira  c  lo  cels  c  lo  Iros 

«inj  Al  baicban  de  las  astas  es  granda  la  tensos 
Tolzan  cri<lan  Toloza  e  Cumengel  Gascos 
K  Foiss  cridan  li  autre  e  Montfort  c  Saissos 
Us  cavalcrs  de  lai  Girauds  de  Pepios 
Ques  ab  lo  comte  de  Foiss  cl  melbs  de  sos  barns 

>iM>  Vai  broclian  lo  destrier  dels  trencbans  csperos 
Un  companbs  dcn  Bocharl  que  em  dels  Bretos 
Trobct  emci  la  via  a  lissent  dus  boissos 
Fer  lescut  lo  fcri  tranquet  li  los  brazos 
El  perpuncli  c  lausbcrc  que  darcir  pels  arso» 

ai  13  Li  mes  I.  trotz  de  lasta  sancncns  fo  lo  pcnos 
Gel  cazec  mortz  a  terra  senes  confessio» 
(>an  li  Frances  o  >iron  fortment  en  so  felos 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  151 

•  —de  quelque  manièic  que  le  oomlml  oammeDce»  nous  y  ae- 

•  ronft  vainqueurs  ;  —  le  champ  de  bataille  voua  resteiu  et  aux 
«  vâtrea,  —  mats  vous  y  perdrei  beaucoup,  et  y  recevrei  grand 

•  dommage.  • — •  Le  meilleur  augure ,  je  ne  Festime  pas  un  gant« 
■  r&pond  Bouchard.  —  Ils  mourront  avec  honneur  tous  ceux  qui 

•  mourront  ici ,  —  et  tous  ceux-là  seront  sauvés  qui  feront  cette  «195 
«  fin  ;  —  et  si  nous  y  perdons ,  l'ennemi  y  perdi  a  aussi  —  la  fleur 

•<  (ie  ses  barons.  • 

XCVI. 

Le  comte  Je  1*  oix  chevauche  avec  une  partie  des  siens  —  à 
Saint-Martin  des  Bordes,  car  tel  est  le  nom  du  lieu.  —  Ils 
dressent  leurs  lances  (appuyées)  à  l'arçon  de  devant,— s'en  vont 
criant  Toulouse,  à  travers  la  plaine  longue  et  belle,  —  et  de 
leurs  arbalètes  lancent  flèches  et  bossons.  —  Tels  sont  les  cris 
qu'ils  poussent,  et  tel  en  est  le  retentissement,  —  que  vous  dî- 
nes que  le  ciel  et  le  firmament  vont  en  tomber.  Grande,  au  «los 
baisser  des  laiH»s^  devient  la  bataille  :  —  les  Toulousains  crient 
Toulouse,  et  les  Gascons  C(Mnmîoges;— d^autres  crient  Foix, 
ou  Montfort,  ou  Soissons.  — Un  chevalier  du  pys,  Giraud  de 
Pepion , — qui  est  avec  le  comte  de  Foix ,  et  de  ses  barons  le  meil- 
leur, — pique  son  destrier  de  ses  tranchants  éperons  ;  au  mi-  ai  •«> 
lieu  du  chemin,  à  l'issue  d'une  broussaîlle,  il  rencontre— un 
compagnon  (lu  ilon  Lîodchard,  c'était  l'un  des  Rrolons;  —  il  le 
frappe  sur  l'écu  ,  lui  perce  les  brassards ,  —  le  poui  jHjiiit  et  le  hau- 
bert, tellenicnt  que  par  le  dos  il  lui  pousse, — jusf[u"à  larçon,  uu  jui» 
Ironçon  de  lanrc,  tlout  le  pennon  est  tout  san<^lant.  —  Il  tomba 
mort  à  terre  sans  confession.  —  Quand  les  Français  ont  vu  le 


152         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

A  la  rescossa  corron  iralz  coma  leos 
E  coma  ho  vassalh. 

XCVH. 


iitn       Li  Kranccs  csperonan  com  baro  natural 
Al  enàn  que  ilh  podon  al  pendent  duna  vai 
Mos  senhcr  Bocliartz  tenc  i.  pcno  de  sendal 
On  apent  i.  leo  e  sist  sobrcl  chival 
Que  qui  ver  en  vol  dire  plus  de  cent  libras  val 

«■"j  Lai  en  aicela  vila  coin  va  a  Montreial 

Fcron  sobrcls  rotiers  luit  essenis  cominal 
Dcls  cspcias  trcnclians  si  que  lor  fan  gran  mal 
Tais  c.  ni  laissan  mortz  ja  no  veiran  Nadal 
Ni  lor  fara  contraria  caresma  ni  carnal 

n3o  Lo  fdlis  dcl  castela  que  ténia  Lavaur 

doncs  fo  ab  sagcta  feritz  per  lo  nazal 
K  per  lulbal  del  elnie  que  lo  colps  fo  mortal 
A  la  terra  cbai  mortz  dcnan  lo  scnescal 
Ad  aicela  eavaxia. 

XCVIII. 

>i3:i       Mo  senber  Bocbartz  broca  cous  ai  dit  per  la  via 
V.  li  Frances  ab  lui  que  prezon  la  cnvazia 
Per  tôt  la  maior  preicha  que  dels  de  lost  venia 
Kn  auta  voir  Montfort  cascus  dcls  scus  escria 
E  cl  desobre  totz  Dama  Santa  Maria 

ii  io,  El  coms  de  Foiss  de  saÎ  ab  sa  gran  baronia 
Aqui  viratz  la  doncs  tanta  targa  brizia 
F.  tanta  asta  fronia  emeig  la  pradaria 
Lai  anar  entre  pes  la  terra  nés  junquia 
'.r  E  tant  bon  caval  sout  que  aulhs  om  nol  ténia 


CROISADE  CONTRK  LES  ALniGEOlS.  155 
coup,  ils  en  sont  fort  courrouces;  —  ib  volent  à  larecoussc,  lu- 
heux  comme  lioas ,  —  et  comme  bous  guerriers. 

XCVII. 

Les  Français  ^roiuiMit.  oomme  vraû  baiOiw,— poiusent 
en  avant  tant  ^lls  peuvoit  nr  le  pandiant  dTiine  vaUie.  — 
MonMÌgmur  Bouchard  (vient)  tenant  uo  pecnon  do  soie — sar 
lequel  est  peint  un  lion ,  et  monté  sur  un  cheval  —  qui ,  à  ne  point 
mentir ,  vaut  plus  de  cent  livres.  —  Là  -  bas ,  dans  cette  ville ,  par  »i  s5 
où  Ton  va  4  Montréal,  —  (lui  et  les  siens)  tou<;  cn<:cmbie  ils 
frappent  sur  les  routiers —  de  leurs  tranchantes  épées,  n  fort 
qu'ils  leur  font  grand  mal. —  Ils  en  laissent  pour  morts  une  cen- 
taine de  tels  qtii  ne  verront  pas  la  Noël ,  —  ot  qui  ni  Ao  carôme 
ni  de  carnaval  no  seront  plus  (joyrux  ni  )  nianis. —  iJi ,  lo  fils  du  ttio 
tliâtclain  de  Lavaur —  fut,  par  le  nasal  ot  par  la  visière  du 
>  lieaume  atteint  d'une  flirhc  dont  le  coup  fut  mortel. — Devant 
le  sénéchal ,  ii  tombe  à  terre  mort,  —  dans  cette  attaque. 


xcvin. 

Monaeigneur  Bouchard  éperonne,  comme  je  vous  ai  dit,  par  le 

chemin ,  —  et  avec  lui  les  Français  qui  livrent  cette  attaque.  — 
Dans  la  foule  la  plus  ^isse  de  Thost,  chacun  des  siens  à  haute 
voix  crie  Montfort!  —  et  lui  par-desSttS  tOQS  va  criant  :  Dune 
sainte  Marie  1 — De  Tautre  côté  (s'avance)  le  comte  de  Foîx,  avec  nio 
SCS  preux  barons  :  — c'est  là  que  vous  auriez  vu  alors  force  targcs 
brifif-cs,  —  force  lances  rompues,  au  milieu  de  la  prairie;  —  (des 
cavaUers)  marcher  sur  les  débri»  dont  la  terre  est  jonchée ,  —  et 


154        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

itiò   Celz  de  Marti  Alitai  qiieque  nni  vos  en  dis 
Scn  fugiio  ab  iui  a  aicela  envazia 
Tro  fo  vencatz  le&torns  e  dig  que  el  venia 
A  eb  rotiers  encansar  caaciis  aids  oobria 
De  lois  graas  mahestate  e  de  lor  vilama 

mSo  l^vesquefrdi  Caortse^lageii»4eiganua 
$ai  figKon^ym  Fanjmia  iP*  geuidA  legjMîa 
ìíaa  daîcels  aoa  companhs  no  men  meravilh  mia 
Tôt  io  portrait  lor  tolgucn  aicels  ciii  Dieus  maliUa 
Mas  daiso  fciron  els  a  lors  obs  gran  foiia 

Il 55  Car  raobavan  lo  camp  cirlro  a  la  fenia 

Cascus  ab      r^iip  prps  scn  fuig  en  primaria 
Li  bo  mTiki  aiiilil  iM  qm^n  Nichoia\is  avia 
.   Ne  mencroili  roter  ai»  son  garso  cel  dia 
Mas  el  sen  escapet  a  m  la  autra  clercia 

1160  De  lui  me  saub  fort  bo  si  Dieiis  me  benaîa 
Car  i^ot  es  mos  amies  e  a  db  mi  paria 
Maeslre  Nîcbolas. 


XCIX. 

Li  Fiances  esperoDan  toi  siiau  e  daps 
U  elme  e  tuit  embronc  contra  la  teira  bas 
»<5  Nous  evjeis'píi  que  fbiîtà  ài  ^jfàè'lcii^  á«Má 
Dé  gtMtt  ëol|M  Be  fem  Étf  sota^  ]paa  escM 
La  |iiam  ea  befe  e  longua  e  1»  «amp  son  luil  ras 

'  Damba»  pwls  ne  morioo  de  magre  e  de  gpas 

Aissi  com  o  retrais  maeslre  Mcbolas 
•170  Cel»  de  lost  los  esgardan  que  nan  pois  gran  esglas 
Car  el  forou  vencu. 


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rnoióADi:  contre  les  albigeois.  isâ 

maint  bon  ciicval  (errer)  libre,  n'étant  plus  tenu  par  personne. 
—  Les  hommes  de  Martin  /Vigai,  c^oi  que  l'on  voiis  en  dise,  — 
•*aifiiirent  avec  lui  de  cette  mêlée,  — jusqu'à  ce  que  bataille 
fátgagiiée.  (Ureparut  aion]  disant  qu'il  venait—  de  la  pourniite 
des  routiers  ;  chacun  d'eux  s'excusa  de  la  sorte  —  de  sa  grande 
llcbeté  et  de  M  (conduite)  vilaine.  —  L'évêque  de  Gabor»  et  les  >iSo 
hommes  sans  «nmee  t'enfiiiseat  à  Fanjeaia.  à  une  grande 
lieue;— et  de  la  paît  dettia  oo«|Migiioiit,  idie  condnîte  D*est 
point  pour  (moi)  merveille.— Tout  le  convoi  leur  fut,  par  ceux 
que  Dieu  maudisse,  eidevé:— mais  ceux-ci  firent  alors  grande 
folie  pour  ce  butin.— Ik  piUèrent  le  camp  jusqu'à  la  fin,  —  et 
chacun  voulut  être  le  premier  à  fîiir  avec  ce  qu'il  avait  pris.  — 
Les  bons  mulets  ambiants  que  Nicolas  conduisait,  «-«-les  rou- 
tiers les  emmenèrent  avec  son  valet  ce  jour-là:  — mais  il  fut, 
lui,  de  ceux  qui  s'écliappèrcut  avec  les  clercs.  —  De  quoi  fus-je  siSo 
bien  content,  si  Dieu  me  bénit;  —  car  il  est  mou  grand  aiuj  el 
mon  compagnon,  —  maître  Nicolas. 

XCIX. 

Les  Français  cpcronnenttout  doux,  au  pas, — tout  chagrins, 
lesheaimies  baissés,  (et  la  tête  penchée)  vers  la  terre;  — mais 
ne  croyet  pas  qu'ils  fuient  ou  reculent  :  —  à  bien  frapper  force 
grands  coups  ils  ne  se  nieiiagérenl  pas.  —  L;i  plaine  est  iungue 
et  belle,  et  rase  la  campagne,  —  el  des  deux  côtes  il  en  meurt  de 
iail)les  et  de  (orií^,  —  ainsi  que  me  le  raconta  ensuite  maître  Ni- 
colas ;  ^ —  ceux  (le  l'iiost  i  du  comte  de  Toulouse)  les  regardent  ^'7<* 
(combattre)  et  prennent  grande  Irayeur  —  quand  (les  leurs)  sont 
vaincus. 


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ìSò        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

C. 

Lo  comte  de  Monfort  que  a  Castdnou  lu 
Mentre  quels  se  coDabston  a  forsa  e  a  vertu 
Fai  tost  garnir  les  seus  que  ab  lui  son  venu 

>i7S  Dfb  lor  que  companlio  que  defois  son  iebu 
E  mo  senher  Bochsiti  an  perdu  lor  tiau 
Ben  aap  entre  se  ósh  que  si  el  ao  vemcu 
£  la  tota  terra  c  lo  caste!  perdu 
£  que  sera  dedins  e  près  c  retenu 

aiSo  E  jamais  non  istra  tro  que  sci  cofondii 
Al  enans  que  ol  poc  sen  os  foris  issu 
Garnltz  do  tolas  armas  de  iaiis>t  e  descu 
Gel  que  son  dins  a  pe  au  lo  castel  défendu 
Entre  quilh  tomeren. 

CL 

9i85      Lo  coms  cel  de  Montfort  e  ceb  quel  castel  erenf 
Lor  SNiiias  deplegadas  a  la  batalha  anerent 
E  cela  que  sont  dedUns  las  portas  be  fermèrent 
£  si  mcstiers  lor  fos  mol  be  se  dei^«^4^ent 
Can  cela  de  losl  los  viron  fortmen  sen  esmalcrent 
V190  Bc  sabon  tuit  lo  plu?  que  h  donc  vendit  crcnt 

'      So  an  fait  ii  rotier  que  io  camp  desrauLereni 
^    Nostri  baro  frances  tuit  Monfort  escrierent 
<■■'■  I'   -Santa  Maria  ajuda.  •  • 

CIL 

Lo  coms  sel  de  Monfort  de  ben  ferir  sagna 
2195  E  venc  esperonan  el  ponb  sa  espeia  nua 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  157 


C. 

Tandis  que  Ton  combat  ainn  avec  forcé  et  bravoure,  le 

comte  de  Montfort,  qui  était  à  Casteinau,  —  fait  vite  armer  les 
siens,  ceux  i|ui  sont  venus  avec  lui  :  — il  leur  annonce  que  leurs  1175 
compagnons,  ccua  qui  sonl  ili  lirr-s,  —  avec  monseigneur  Bou- 
chard, ont  perdu  leur  convoi;  —  et  il  sait  bien  en  lui-même 
que  s'ils  sont  vaincus,  —  toute  la  terre  et  le  château  sont  perdus 
(pour  lui), —  qu'il  sera,  dans  Casteinau,  assiégé  et  tenu  (pri- 
sonnier), — sant  pouvoir  sortir  jusqu'à  ce  qu'il  aoit  confondu.—  >  160 
Il  sort  (et  pousse)  aussi  en  avant  qu'il  peut,  —  armé  de  lance, 
d'écu  et  de  tontes  pièces,  —  laissant  les  kommes  de  pied  dans 
le  château,  pour  le  défendre — jusqu'à  sou  retour. 

CI. 

Le  comte  de  Moulfort  et  ceux  qui  étaient  dans  le  chftteau  —  nss 
s*eii  vont,  les  bannières  déployées,  à  la  bataille;— et  ceux  qui  y 
restent  ferment  les  portes,-- résolus  à  bien  se  défendre ,  n  besoin 
est  — Lorsque  ceux  de  l'host  les  virent  (venir),  ils  setrotiblèrent 
fort;  —  ils  savent  bien ,  pour  la  plupart,  qu'ils  vont  être  vaincus,  ,,90 
—  et  que  la  faute  en  est  aux  routiers,  (qui  ont  pris  la  fuite)  après 
avoii  pillu  le  camp.  —  Nos  barons  français  s'écrient  :  «  Montfort! 
'  —  Sainte  Marie,  à  notre  aide  !  > 

CIL 

Le  comte  de  Montfort  se  dispose  à  Uen  finqvpet  ;  —il  vient  119$ 
^eronnant,  son  épée  nue  à  la  main,  —  et  entre  par  la  voie 


158        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  intra  en  la  batalha  per  la  via  batua 
Seguentre  lui  sa  gent  qui  fortmcnt  lo  segua 
Trasto  cant  pot  trobar  auci  c  pren  e  tua 
U  Totier  maJutrac  •  la  gcnt  nmeneiua 

««>»  Gant  1m  inro  veair  «s  «in  esperdaa 

Que  ilhs  nos  sanbo  pas  douar  miUia  igaa 
Mas  cant  lo  oomle  de  Foin  ont  la  ta^  fandiu 
De  mot  colps  ca  donatx  es  lespea  croaauA 
Rot^eis  Bernarti  aos  fillis  na  la  preÎMa  Toœpoa 

>»cs  El  cavaer  nPorada  que  porta  gran  massua 
Nîsarts  de  Pui  Laurens  ccst  en  la  forsa  agua 
Elh  e  lautre  faidit  rpie  i  son  pelan  la  grua 
Tarn  colps  i  au  donat  que  moiz  om  i  trabua 
Si  lautri  fusson  tais  no  fora  pas  vcncua 

2  1IO  La  batalha  ú  tost  ui  la  gcus  coiondua 
Co  sels  foron  so  crd. 


au. 

SenfaoM  mot  a  dont  la  batalha  el  «omei 
Dambaa  doaa  laa  part»  per  la    qtûeti  vos  dei 

Ni  a  mortz  dus  e  dantres  do  ver  vos  o  autre! 
Lo  caaieiaa  de  Lavaur  i  perdel  deb  fiUw  tiet 
Que  no  naveit  plus  bels  so  cug  ni  coms  ni  rei 
E  la  ost  de  Tolosa  es  sos  lo  castelnou  el  prei 
Sen  volian  anai  tnnt  so  en  grau  efrei 
Savarins  cxida  naul  senhors  estât  tuit  quei 
»uo  No  si  inova  nulhs  om  ni  pavalho  noi  plei 
Que  tuit  seriatz  mort  o  vencut  or  endrei 
Ci  nie  Dieu»  de  gloria  per  ta  santinM  lei 
Gardan»  de  deioiior  so  dite  caseiu  per  sei 
Que  no  siam  anni. 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  159 
battue,  dans  la  bataille;  — après  lui  viennent  les  siens,  qui  bra- 
vement le  secondent.  — De  tous  ceux  qu'il  rencontre,  il  prend 
les  uns  et  tue  les  autres.  —  Les  misérables  routiers  et  le  reste 
des  mécrcani?  —  ie  voyant  venii-,  en  sont  si  éperdus —  qu'ils  »»«» 
ne  savent  plus  à  quelle  aide  recourir.  —  Mais  le  comte  de  Foix 
qui  a  son  écu  fendu,  — -  et  a  son  épée  bacisée  à  force  de  coupe 
donsèa,—Bogcr  Bernard,  son  fils,  ont  rompu  la  foule  (devant 
eitt);*~et  dom  Porada,  le  chevaliar,  <(oi  porte  lourde  mutne,  «ms 
—  doD  Isard  de  Pv^-lAureiui,  et  le»  antres  fiiydits  qui  âont  là 
j^uinant  la  grue,  ont  eu  la  ISwce  de  les  sdwe,— ety  ont  si  bien 
frappé  que  maint  bomme  y  tombe  (mort);  —  si  les  antres  leur 
euiaent  ressemblé,  h  bttaiUe  n'aurait  pas  été  tkôt  gagnée,  ni  1910 
je  croîs  si  maltraitée  la  gent  de  Hiost. 

cm. 

Seigneurs ,  longïicment  ont  dure  la  bataille  et  la  m^lée  ;  — 
des  deux  côtés,  des  uns  et  des  autres,  il  y  a  des  morts,  je 
vous  l'affirme,  par  la  foi  que  je  vous  dois.  —  Le  cbâtclain  de  itti 
LAvaur  y  perdit  trois  de  ses  ÛU,     plus  beaux ,  je  crois,  que  fils 
de  roi  ou  de  comte. 

Cependant  l'armée  de  Toulouse  (qui)  est  restée  sous  le  chA- 
tean,  dans  la  prairie voulait  se  retirer,  tant  elle  était  en  grand 
effipoi.  — Mais Savaiic crietoutbaut :  1  Seigneurs, tenes^us tous  >i*o 
«  tranquilles;  —  que  nul  bomme  ne  bouge,  qu'aucune  tente  ne 
>  nit  repliée  :  —  autrement,  vous  êtes  tous  à  Tinstant  morts  et 
■  vaincus.  »  —  cO  aire  Dieu  de  gloirel  par  ta  très^ainte  loi,  — - 

•  gardenous  de  déshonneur ,  dit  chacun  à  part  sm,  — >  et  &is  que 

•  nous  ne  soyons  pas  honnis.  • 


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1 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


civ. 


iits     Gant  lo  conu  de  Toloca  la  noela  auzi 
Que  lo  coms  cel  de  Foiss  el  lor  son  decofi 
La  donc  cujan  a  certas  trastuit  estre  trai 
Els  detoraon  lor  pònh»  caflcns  a  lautre  di 
Suita  Ifaiia  doua  tal  matavilha  qui  vi 

hSk  Que  mais  de  x.  tans  enn  li  noctre  ao  vos  di 
R.  ccl  de  Recaut  es  tant  espaorri 
Quentro  a  Monfcrran  vezen  totz  senfugi 
Poichas  a  cap  de  pcssa  cant  el  ot  resenti 
Que  lo  coms  de  Montfort  no  los  a  euvai 

9i3$  El  letomet  atras  mas  ane  nos  deijganii 
Ni  anc  aîcela  nott  no  jac  nis  desvesti 
Ni  anc  son  olh  no  claus  per  fe  ni  no  dormi 
Ni  de  tôt  lautre  dia. 


CV. 


H! 


.if 


Senhors  aras  aujats  si  Dievs  vos  benaia 
s>i»  Que  fel  coms  de  Montfort  ad  aisela  envaâa 
Cant  lestoms  fo  fenita  la  batalha  vencpia 
¥i  en  BocharU  cascus  en  auta  votz  escria 
Baros  firetz  avant  que  lost  es  descofia 
Donc  prison  tuit  essems  una  grant  cnvasia 
sat5  Als  traps  e  d  pavalliot  an  la  oat  estomia 
Si  no  fossolb  valat  cant  fait  e  la  trenchia 
No  lot  sgra  «Mstiecs  per  tôt  laur  de  Pabia 

Can  pasiMir  no  poc  otra  rela  ravalaria 
Se  tenc  per  coforulua  per  morta  c  per  trata 
ïi&o  Entre  lors  eisscs  dizon  so  séria  foiia 

Si  no'sen  retomavan  que  pro  an  iàit  cel  dia 


y 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  161 


CIV. 

Qttmd  le  etnnite  d«  Toulome  «ntend  la  nou'vdle  —  que  le  >t*& 
codttte  de  Fois  et  le»  veM  aontmis  en  diroute»  »il  croit  pour 
cerUîn  qu*ile  sont  tous  trahis.  —  Ds  se  tordent  les  poings,  et 
«bacon  dit  à  Tantre  :     •  Dame  sainte  Maiie ,  qiû  vît  jamais  tdle 
«  merveillef  —  les  nôtres  éudent  dix  fois  ^ns  nomlweiix  qu'eux,  m3o 
«je  vous  assure.  •  —  Raymond  de  Recaut  est  n  épouvanté, -~- 
qtt'4  b  vue  de  tous  il  8*enfint  jusqu'à  Monlferrand.  —Mais  puis , 
au  iMUt  de  quelque  temps,  quand  il  ifprit  —  que  le  comte  de 
•  HontfbriDe  ie«  snrait  point  attaqués,'~â  revint  en  airiàre;  mais  a*3s 
il  ne  quitta  point  son  annure ,  —  et  de  toute*  la  nuit  ne  se  dévê- 
tit ni  ne  se  coucha ,  —  ni  ne  ferma  r<BÌi,  pour  essayer  de  donmr, 
-—ni  de  tout  le  jour  suivant. 

CV. 

Seigneurs,  écoutes  maintenant,  si  Dieu  vous  bémt, — ce  que  att» 
fit  le  comité  de  Montf(»t  en  cette  occasion. — Quand  la  bataille 
fut  finie  et  la  victoire  remportée,  —  don  Bouchard  se  met  i 
crier  à  haute  voix: — ■  Barons,  en  avant!  frappa  sur  rhost,  et  ils 
•  sont  déconfits!  >— Tousalors  prennent  ensemble  un  grand  élan  nts 
— pour  assaillir  l'host,  panni  les  paviUons  et  les  tentes. — Et 
ai  oe  n'étaient  les  fossés  et  les  tranchée  qu'ont  creusés  (ceux  de 
L'host), — tout  l'or  de  Pavie  ne  leur  aurait  de  rien  servi.— Mais 
la  cavalerie  (des  Français)  voyant  qu'elle  ne  peut  passer  outre , 
—  se  tient  pour  confondue,  trahie  et  morte.  —  Ce  serait  folie, 
disent-ils  en  eux-mêmes,  —  s'îb  ne  se  rètiraient  pas,  car  ils 


102       CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Lo  camp  tornan  raubar  a  la  luna  séria 
1a  aostra  gens  de  Fraas»  am  ^le  fos  desgamia 
Ntihs  hom  no  pot  retraire  k  granda  manentia 
sass  Que  gaianhero  lai  que  totâ  jorna  a  lor  via 
Ne  seran  eis  maneaa. 

CVI. 

Lo  coms  de  Montfort  torna  jus  el  caatel  dedena 
De  In  batailla  es  alegros  e  janzons 
E  aicels  de  la  ost  can  so  vengiit  dedens 

ȕ6o  Al  mati  pla  al  alha  fan  i^amir  las  lors  ^ens 
K  pîcgan  loti  lors  tiaps  e  toli  lors  vestiinens 
li  cargaii  las  carrelas  Irasiuit  celadamens 
Lo  tra})uquet  laisseron  a  la  pioia  e  al  vens 
No  cug  (|ue  len  toraeasan  per  c.  m.  marcs  dai^ens 

»65  Port  sea  son  esmaiet  aicels  de  Pag  Laurens 
Car  se  son  renégat  ni  an  £iits  aagramens 
Tôt  primi»  aacorderon  lai  aïs  comenaamens 
Ain  lo  )  otnte  Simo  a  Lavaur  be  v.  cens 
Ë  faihirolh  primers  tan  80  obediens 

117e  Ëvaa  la  fola  eiransa. 

CVIL 

Lo  coms  cel  de  Tolosa  io  lilhs  dama  Cui^tansa 
Sen  toraec  aL  sa  ost  e  li  baro  de  Fransa 
Nols  sigran  ja  doi  mais  so  sapchaU  se^  doptansa 
'Car  trop  i  an  Îerit  de^[iaàa  e  de  iansa  . 
»7^  Aicels  de  Rabastenics  que  an  gran  esperansa 
En  los  felos  eretges  e  en  lor  fola  enansa 
Se  son  donc  renégat  car  cujaii  ses  doptania 
Que  nais  Grocats  noi  venga  ans  aegon  lor  esmaitta 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALEI6E0IS.  m 

ont  fait  assez  en  ce  jour.  —  Mais  avant  de  se  désarmer,  notre 
gcnt  de  France  —  rctourno  piller  le  camp  à  la  lune  sereine.  — 
Nul  homme  nt'  saurait  redire  le  grand  butin — qu'elle  ût  là  ;  pour  3*55 
le  reste  de  leur  vie — ih  eo  seront  riches. 

CVL 

Le  comte  de  Montfort  rentre  dans  le  chfttean,  — joyeux  el  sa- 
tisfait (le  la  bataille;  —  et  dès  qu'il  est  rentré  .  rcnx  du  sii-f^c,  —  î»*»» 
le  matin  suivant,  à  la  première  lueur  de  l'aube,  loni  sarmei  les 
leurs,  —  et  replient  toutes  leurs  tentes,  tout  leur  bagage,  —  et 
en  cliargcnt  secrètement  leurs  charrettes. — Us  laissent  leur  pier- 
ricr  À  1a  pluie  et  au  vent,  —et  je  ne  pense  pas  que  pour  cent 
mille  marcs  d'argent  ils  eussent  voulu  le  reconduire.  —  Les 
hommes  de  Puy-Laurens  se  sont  fort  ébahis  de  cette  (retiaite)  ; 
^  car  ik  sont  renégats;  et  les  serments  qu'ik  avaient  &its  — 
d'abord,  vers  le  commencement,  —  à  Lsnraar,  au  comte  Simon , 
au  nombre  de  bien  cinq  cents ,  ^-ilsy  ont  &ÌI1Ì  les  premiers ,  tant 
ils  sont  enclins  —  à  la  IbUe  mécréance. 

CVIL 

Le  comte  de  Toulouse,  le  iils  de  dame  (.onstance, — se  retire 
dans  son  host;  et  les  barons  de  France —  lU"  les  pourstiivent  pas 
cette  fois,  sacbez-le  bien,  — car  ils  ont  trop  frappé  de  lance  et  »»7^ 
d'épée.— Ceux  de  Rabastcns,  qui  mettent  grand  espoir— -dans 
les  hérétiques  félons  et  dans  leur  folie  hérésie,  —  ont  (aussi) 
renié;  car  ils  pensent  sans  aucun  doute  —  que  jamais  les  Croi- 
sés nuiront  à  eux;  bien  Uûa.  de  là,  dans  leur  pensée, —  ils  les 

ai. 


i 

I 

I 

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164       CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Ctijan  sîan  vpncut  o  pn  aital  balansa 
»>8o  Son  aicels  del  pais  eau  ab  lor  osperausa 
Co  aisels  quieus  ai  dig. 

m 

GVIII. 

li  baro  de  Tholoia  co  vot  aveu  aiuid 
Sen  tonieroD  iiats  cossîxos  e  mairit 
Per  tôt  £ui  entenden  Fiances  eon  descofit 
E  qael  coma  de  Montfort  sen  es  de  noit  (ugtt 
Rabutencs  ses  rendutz  e  Gelhac  tuA  an  dH 
E  lo  coms  Baudois  cul  Jeshus  gart  e  guît 
£ra  a  Montagut  ab  Martinet  lardit 
Mesatges  lor  venc  tost  (juel  baitle  an  trait 

1*90  De  Galhac  a  la  Grava  e  lan  de  mort  ferit 
E  que  au  ai  castel  ans  que  si  »  «  stablit 
Els  borzes  de  fialluK-  que  o  an  cosentit 
Doue  Îeiol  issiiui  ses  nogun  contradit 
En  van  seu  vas  la  Grava  eaut  jorus  fo  esclarzit 

»9i  Tost  e  isnelament. 


GIX. 

Li  ome  de  Galbac  en  Doat  Alamant 
Gant  viro  las  baneiras  deeplegadas  al  vaut 
Fortment  en  son  joios  trastolz  cuminalniant 

Cuidan  quel  coms  R.  venga  ci  cap  davant 
i3oo  Per  la  rrnt/.  Ramondenca  ({ue  contrai  vont  resplaut 
E  cari  conogo  lautra  ioron  trist  e  dolant 
Ta  don  Marti  Doiitz  viron  ilb  ab  aitant 
Per  lo  Ta  m  conlrAgot  ve  la  vila  uadant 
Li  nostri  cant  o  viron  agron  joia  mot  grant 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  16S 
tíeimenl  pour  -vaincns,  et  dans  U  même  dtiasce  se  mettent  »  9>*o 
tous  ceux  du  pays  qui  partagent  leur  eip&nnce, — cMDine  ceoi 
de  (Puy-Laurens)  que  je  vous  ai  dits. 

cvin. 

Ainsi  que  vous  isves  oui,  ies  barons  de  Toulouse  —  se  re- 
tirent tristes,  manis  etsoudieux,  •^répandant  partout  le  bruit 
que  ies  Fnui(ais  sont  déconfits,  —  et  que  b  comte  de  Montfort 
s'est  enfiii  de  nuit.  — Ils  ont  tant  dit  que  Rabastens  et  GaiUac 
se  M»nt  rendus  à  eux.— (Cependant)  le  comte  Baudouin,  que 
IMeu  garde  et  conduise ,  —  était  (pour  lors)  à  Montagut,  avec 
Martinet  le  Hardi;  —  et  deGaillac  à  la  Grave  leur  est  venu,  en  »90 
hflte,  un  messager  (annonçant)  que  lebaiie  (du comte)  a  été  trahi 
et  firappé  k  mort,  —  et  que  ies  boui^eois  de  Gaillac,  qui  ont 
consenti  à  la  trahison,  —  se  sont  emparés  du  chAteau  avant 
qu'il  n'ait  été  mis  en  défense  ;  — —  qu'ils  ont  Sût  bannir  (  le  comte 
Baudouin)  sans  aucune  opposition,  —  et  que,  dès  le  point  tiu 
jour  (suivant) ,  ib  ont  marché  sur  la  Grave  —  tôt  et  vile.  **** 

CIX. 

Les  hommes  de  Gaillac,  et  don  Doat  Aiaman,  —  lorsqu'ils 
virent  déployées  au  vent  les  bannières  (des  Croisc^s),  —  on  lurent 
tous  en  grande  joie; — ils  pensent  que  ce  soit  le  comte  liaymond 
qui  est  à  la  tête  des  autres,  —  à  cause  de  ia  croix  de  Toulouse  *3oo 
qui  resplendit  au  vent.  — -  Mais  quand  ils  reconnurent  enfin 
l'autre  croix,  ils  en  furent  dolents  et  tristes.  —  Ils  aperçurent  en 
même  tompsles  (bannières)  de  don  Martin  Délits,  —  qui  s'en 
viott  par  le  Tarn,  contre  Agout  devers  la  ville  voguant.  —  Les 


1 65       CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

3.ÌO..  Ixi  <;astcl  estaMiro  rynen»  iria  comtant 

Pons  de  iiuiiuout  lo  Laileii  mon  cuulral  gai  cant 
A  Montagttt  torneron  i.  jorn  «1  sol  cokant 
Puis  venc  a  Bruni^el  lo  comte  mantenant 
Salvanhac  a  perdut  on  a  de  Bel  firomant 

tSio  De  quel  es  mot  irets. 

ex. 

Li  baro  de  Tolosa  scn  son  tost  rolorneU 
E  lo  pro  coms  R.  am  trastot  son  hai  not 
I  Venc  a  RaLastencs  e  pois  sen  son  montct 
La  sus  eves  Galliac  loi  o  a  recoinbret 

i3i&  La  Garda  c  Pog  Cclsi  que  teuia  en  Antistet 
Sent  Marcel  e  la  Guipia  per  tôt  a  el  alet 
La  donc  fo  près  Paris  «juel'conia  a  asetget 
Cels  de  sant  Antoni  sen  son  a  lui  tomet 
M ontagut  se  rede  ans  quel  mes  fos  passetz 

iSio  Mas  cant  de  Brunequel  totz  les  desaniparet 
Om  lor  fazia  creire  fe  que  dei  damidet 
Que  lo  coms  de  Montfort  cra  dcl  camp  raïuet 
E  fjucs  nera  fugitz  en  la  terra  on  fo  nets  ^ 
E  que  jamais  Crozat  en  fra^tnt  aod 

aiï5  No  vindran  e  la  lerra  (|uei  pins  eran  liu  t 
Mas  ahans-dc  micg  an  er  trastot  canibift 
Que  lo  coms  de  Montfort  a  Frances  anienel 
Apres  en  las  Toellas  que  bom  li  a  livret 
Tots  los  vilas  auds  que  el  ot  lai  trobet 

iUù  Puis  passet  Tarn  sa  otra  a  pont  e  senes  gued 
A  I.  poD  que  avia  a  Albi  la  dutet 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  1«7 

nôtres  l'appiçurcnt  aussi,  et  en  eurent  joie  grande.  —  Hs  s'éta-  a3o5 
l)lirent  (de  nouveau)  dans  le  cliûtcnn  (de  Gaillac).  Que  vous  eonte- 
rais-je  de  plus,  —  sinon  cpie  Pousde  Bcuumont,  le  l)ade,  motirut 
au  coqchantantP — Ils  s'en  rrtoirrncnt Mnntagut,  ;m  rmtelier  du 
soleil  ^ et  le  comte  (Baudouin)  se  rend  tout  de  suite  à  Bruni- 
quel  ;  —  mais  il  a  perdu  Salvagnac,  où  croît  du  beau  firoment, — 
et  il  en  est  fort  cba^n.  s3io 


ex. 

Les  barons  de  Toulotue  s'en  sont  retournés ,  —  et.  le  preux 
comte  Raymonti ,  avec  tout  son  vasselage,-— est  venu  i  Rabastens; 
puis  il  est  monté  —  là-haut  vers  Gailiac,  qu'il  a  repris,  —  de 
nu'ine  que  la  (iarde,  Puy-Celsi ,  que  tenait  don  Amis,  —  Saint- 
Marcel  et  la  Guépie  ;  il  s'est  poilc  partout. — -Il  a  assic^t'  <  t  rej)ri> 
le  (château  de)  Paris;  — à  sa  seigneurie  sont  revenus  h-s  lioiunies 
de  Saint-Antonin , —  et  Montagnt  se  rend  à  lui  avant  un  mois 
révolu.  —  A  Tcxception  de  Bruniquel,  il  reprend  tous  ces  (châ>  1330 
téanx),'"en  leur  faisant  croire, par  la  foi  <{ueje  dois  à  Dieu,— 
que  le  comte  de  Montfort  a  été  mU  en  déroute,  —  qu'il  s'est  en- 
foi  dans  la  terre  où  il  est  né,' —  et  que  jamais  Croisés,  si  long* 
temps  qu*ib  vivent,  ne  reviendront  dans  le  pays,  la  pluprt  iSis 
ayant  été  tués. — Mais,  avant  six  mois,  tout  cela  est  changé;  — 
le  comte  de  Montfort  est  arrivé,  amenant  des  Français;  —  il  a 
d*a]>ord  repris  les  Toelles,  qu'on  lui  a  livrées, — et  occis  tous  les 
piiysam  qa*tl  y  a  trouvés.  —  Puis ,  il  passa  de  ce  côté  du  Tarn ,  tMo 
non  à  gué,  mais  sur  pont,— sur  un  pont  qu*il  y  avaità  Alby  la 
cité,  —  et  prit  CauMc,  après  favoir  assiégé  deux  jours.  — Il 


168        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

La  donc  près  Cauzac  cant  ac  ii.  jorns  estet 
Pel  comte  Baudoi  a  la  doncs  enviet 
A  Bruuequel  on  era  e  el  i  venc  de  gret 
*33&  Ab  sa  cavalaria. 

CXL 

A  Cauzac  esleron  viii.  jorns  sela  vegia 
Que  be  era  de  vitalba  la  \ila  replcnia 

50  fo  a  una  fcsta  que  a  nom  Epifania 
Que  lo  maior  ivem  de  trastot  lan  fazia 

i3io  Sent  Marcel  asetgero  e  feiro  gran  folia 
Oncas  iioi  acabero  i."  poma  porria 
Mas  cant  de  messio  si  Dieus  me  bcnazia 

51  lo  coms  o  volgucs  que  Montalba  ténia 
Meravilhas  si  no  fos  cela  ost  dcscofia 

i3i5  Mas  nAlas  de  Roci  tal  paor  lo  fazia 
Que  anc  noi  asagero  neguna  envazia 
En  P.  de  Lbivro  oui  Jbesus  benazia 
A  la  vespra  de  Paschas  se  mogron  ans  dcl  dia 
E  van  scn  cnves  Albi  la  grans  cavalaria 

»35o  Que  vitalba  lor  falh  non  pogron  aver  mia 
Puis  du  mes  e  dcmei  estcron  daital  guia 
E  poicbas  venc  la  rota  c  la  grans  companbia 
Dels  Crozatz  dAlamanba  e  dois  de  Lombardia 
E  dels  baros  dAlvcmbc  c  dels  dEclarvonia 

«353  Qui  avans  qui  après  se  mezon  en  la  via 
Nols  alenderan  pas  de  légua  e  dcmia 
Cant  los  viro  venir. 


CaOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  169 
envoya  alors chordior  le  comte  Baudouin,  —  à  Bnmiqael  où  il 
était,  et  celui-ci  y  vint  de  gré     avec  ea  cavalerie.  *33$ 


CXI. 

Les  (Croisés)  restèrent  alors  huit  jours  à  Cauzac,  —  la  ville 
étant  bien  fournie  de  vivres.  —  Ce  fut  par  une  (ètc  que  l'on 
nomme  Epiphanie,  —  et  an  moment  de  l'année  où  l'iiiver  est 
ie  plus  dur,  —  qu'ils  assiégèrent  Sai nt- Marcel ,  ce  qui  fui  à  eux  >34o 
grande  foiic,  —  car  ils  i»  y  firent  chose  qui  vaille  une  pomme  gâ- 
tée, —  sinon  de  la  dépense,  si  Dieu  me  bénit.  —  El  si  le  comte 
Raymond,  qui  était  A  Montaubau,  l'eût  voulu,  ->c*eút  été  met^ 
veille  que  cet  boet  (de  Graiséa)  n'eût  pas  été  délMt.  —  liais  don  1345 
jUard  de  Roisy  et  don  Pierre  de  livron,  que  0ieu  béniaie,  firent 
au  comte  telle  frayeur,  qu'il  n*o«a  jamais  hasarder  une  sortie.—' 
—  Les  assiégeants  décampèrentia  v^e  de  Pâques,  avant  le  jour, 
— et  leur  grande  cavalerie  s'en  va  devers  AOiy.— Les  vivres  leur  s35o 
manquent*  «t  ib  ne  peuvent  point  s'en  procurer.  — -  Bs  restèrent 
un  mois  et  demi  en  cet  état;     et  au  bout  de  ce  temps  vient  la 
foule,  la  grande  multitude  —  des  Croisés  d'Allemagne  et  de 
ceux  de  Lombardie,  —  de  ceux  d'Esdavonie,  et  des  barons  d'Au- 
vergne. —  Us  s'étaient  tons,  qui  phis  tôt,  qui  plus  tard,  mis  en  i»»5 
chemin;  — (et  les  hommes  du  pays)  ne  les  attendaient  pss jus- 
qu'à la  distance  d'une  lieue  et  demie,  —  quand  ils  les  voyaient 
venir. 


I 


170         CROISADE  CONTUt  LES  ALBIGEOIS. 


CXIL 

LoBt  &  mînnnUMMa  aisi  co  amhz  dir 
Per  traatota  U  terra  oomenMUi  a  fîigîr 
iMo  Montferran  e  Cassen  lor  oovenc  a  gurpir 
A  Tbolosa  la  gran  sen  van  tuit  som  albir 
N«mat«l 

AI  poot  dAlbi  la  su»  comennii  a,  vtnir 
fiydbaatenGS.ni  Galhac*  «on  o  pogron  sufiir 

s36s  Qoe  els  no  &adobcs$an  tra^totr  a  lor  plazir 
E  ppr  so  sen  fiigian  car  om  flevcit  gandîr 
Cel  de  sant  Antoni  se  prezon  a  cnardir 
Per  nAzemar  Jorda  mas  cant  vcnc  al  partir 
Ane  non  i  ac  negii  ques  ne  pogucs  juuzir 

»370  Si  Deu8  me  beuaïia  anc  mens  de  descofir 
No  vit  maif  ta»  eastsl  pamdra  •  degurpir 
La  Garda  0  Pog  Celai. fw  opiifa  eataÛir 
Noi  trabcrsU  niiUi  orne  qui  wm»  dormir 
An*  sen  fiiiastm  de  noita. 


GXIIL 

tifjh      Fn  ia  osl  ciels  Crozatz  a  gran  noiza  c  grant  bnig 
Seut  Marciil  dcroqucron  e  fonderon  so  eut 
E  a  sent  Antoni  saibergueron  ti  astuit 
E  no  cug  que  aguessatz  a  lezcr  1.  ou  coit 
Que  ilh  lagron  conquis  mcisma  sela  noit 

■36o  De  morts  e  de  negata  ni  ac  be  vmu. 
Delà  borses  de  la  viU  ex.  qui  sen  ao  lîiît 
Ai  moetîer  sen  aneron  femoas  e  ome  tuit 
Ma»  toti  If»  mnbet.om  e  «i  remaso  nut 


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CROISADË  GOMTM  LES  ALBIGEOIS.  171 


GXIL 

Le  (nouvel)  hoat  de  (Ooûét)  était  memillensemeiit  nom- 
hmxi,  Gomme  tous  venei  d'enteiidbre;  —  p«r  tout  le  pays  tout 
le  monde  commeiice  i  ftnr  ;     MontfmTand  et  Casser  sont  aban-  ti«o 
donnés;  — <  tons  se  réfutent  à  Toulouse  la  grande*  —  et  il  ne 
reste  pas  dans  le  pays  un  seul  homme  capable  de  fuir.  -~  Les 
Croisés  arrivent  d'abord  an  pont  d'AU»y;-<^  les  hommes  de  Gail- 
lae  et  de  Rabaslens  ne  pouvant  éviter  —  de  s'afloommoder  en  iM» 
toute  chose  à  leur  plaiaîr«  —  8*enfi^fûent«  dans  cette  extrémité, 
et  fuir  valait  mieux.  «"Ceux  de  Saint-Antonîn  (seuls)  voulurent 
i*enhardir, — >  encouragés  par  don  Adhcmar  Jourdan  ;  mais  quand 
il  &Uut  agir,  —  il  n'y  en  eut  pas  un  dont  il  lut  possible  de  dis- 
poser. ^Jamais,  si  Dieu  me  bénit,  je  ne  vis  avec  moins  de  dé-  t37« 
Ûuites,  —  perdre  et  déguerpir  tant  de  châteaux.  —  Les  Croisés 
s'emparent,  en  passant,  do  la  Garde  et  de  Puy-Ceiso;  —  mais 
vous  ne  trouveriez  j)as  (après)  un  homme  qui  ose  y  dormir, 
tous  s'enfuient  la  nuit. 

CXIII. 

Avec  grand  fracas  et  grand  bruit,  l'host  des  Croisés  —  abattit  *'7S 
et  détruisit  Saint*llburoel,  —  et  s'en  vint  tout  entier  héberger  à 
Saint- Antonin;  —  et  en  moins  de  temps,  je  croîs,  que  vous 
n'eussiez  fait  cuire  un  œuf,  —  ils  le  prirent  cette  nuit  même. 

— Des  bourgeois  de  la  -ville,  noyés  ou  morts,  il  y  en  eut  bien  »3>o 
vingt-huit,  et  cent  dix  qui  ccliapjjèrcnt,  —  qui  se  réfugièrent  à 
ia  cathédrale,  tous  Ijìmijihos  et  femmes;  —  mais  on  les  dé- 
pouilla de  tout,  et  ils  restèrent  nus.  —  Les  clercs  (cux-raêiucs) 


172         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

£is  ciercs  ioron  raubatz  c  lor  fan  gran  enut 
i38ó  Li  ribaut  ois  garson. 

GXIV. 

Sench  Antoni  fo  près  à  nom  dits  la  chanson 
£o  Aiemtr  Jorda  ne  menon  en  preson 
E  en  Pou»  lo  vesoomte  e  no  sai  cans  se  son 
Ja  domî  Dicus  de  gloria  mos  pccatz  non  perdon 

>39o  Si  mentrel  combatian  li  clerc  cela  sason 

No  cantavan  Sancti  Spiritus  a  gran  profession 
Que  bpn  de  mega  leg-a  en  aiizîratr.  lo  son 
i\o  sai  que  von  diclifs  nin  l'essa  ionc  sermon 
Vn  joi  n  se  mog  la  osls  a  coita  dcsperon 

339j  Lo  ioms  ccl  de  MoutXort  e  ii  autre  baron 
El  •comte  Bandoî  lai«aet  en  ganiizon 
Lai  a  sent  Antoni  ab  lui  sei  companhon 
Mas  ans  anec  recebre  Moncnc  e  lo  dromnhon 
La  osts  es  caminea  e  a  passât  Avinhon 

ijoo  En  Agenes  sen  irai  a  Dieu  benaicion 
Arnaut  de  Montagut  e  lî  autre  Gascon 
Los  sabon  ben  guidar  per  sela  région 
Moncuc  dcsamparero  que  ert  del  comte  Ramon 
Tro  a  Pona  dA^enes  no  an  fait  arrcstazon 

iioi  Oncas  en  degun  ioc  no  troban  contcnson 

Mas  solanitMit  a  Pena  que  del  rei  Kithart  fon 
Ln  diiuartz  laset^eron  dcntorn  e  denviron 
Aqui  ac  mot  Frauces  e  Norman  e  Breton 
E  i  ac  mot  Alaman  Loarenc  e  Frison 

siio  E  mot  baro  dAlvcrnhe  e  mot  rie  Bei^nbon 
Mas  lo  castds  es  forts  que  nols  presa  i.  boton 
Manganeia  e  peireiras  i  trason  e  bosson 
NUgs  dAlfiv  es  dedins  ques  devas  Angon 


CBOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  175 
lurent  pillés,  et  grand  tourment  leur  cwsent  —  les  valets  et  les 
ribauds. 

CXIV. 

Saint-Antonin  fut  pris,  comme  dit  la  chanson  ;  —  on  conduit 
en  prison  Adhcniar  Jordan,  —  don  Pons  le  vicomte  et  (d'autres)  je 
ne  sais  cooibien.  —  Que  le  seigneur  Dieu  le  glorieux  ne  me  par- 
donne pas  mes  péchés,  —  si  dans  le  même  temps  où  les  [  hunimes  a^jo 
de  guerre)  se  combattaient,  les  clercs  —  ne  rliantaieni  pas  Sancte 
^iritus,  en  grande  solennité, — tellement  que  de  Lieu  demi-lieue 
vous  en  auriez  entendu  Tair.  — -  io  ne  sais  pourquoi  je  vous  en 
ferais  plus  long  discouis;  —  i'host  (des  Croisés)  partit  un  jour,  4 
(^jrande)  hAte  d*éperon.-~  Le  comte  de  Montfort  et  les  autres  bs-  iSgs 
nms— laissent  à  la  garde  de  Saint-Anionin,  avec  ses  compagnons, 
le  comte  Baudouin,  —  i|ai  alla  auparavant  recevoir  Montcuc  (le 
château)  et  le  donjon.  —  Cependant  fhost  s'est  acheminé;  il  a 
passé  Avignon,     et  avec  la  bénédiction  de  Dieu  s'avance  dans  iioo 
f  Ag^ois.  —  Amaut  de  Montagutet  les  autres  Gascons  —  savent 
bien  les  guider  à  travers  cette  contrée. — Montcuc  qui  appartenait 
au  comte  Raymond  fut  abandonné.  —  Jusqu'à  Penne  d'Ag^ 
rhost  ne  s*est  point  arrêté,  —  et  n'a  trouvé  de  résistance  en  au-  saoS 
cun  lieu,      si  ce  n'est  i  Penne  qui  appartenait  au  roi  Richard. 

—  Il  y  a  mis  le  siège  tout  à  l'entour  un  jour  de  mardi.  — 11  y  avait 
là  grand  nombre  de  Français,  de  iSormand.s,  <lc  Bretons,  — — 
et  grand  nombre  aussi  d'Allemands,  de  Lorrains,  de  Frisons,  — 
plusieurs  barons  d'Auvergne ,  et  maints  piussants  Bourguignons.  lUo 

—  Mais  le  château  est  si  fort  (ju'ii  ne  les  eraint  pai.  le  moins  du 
monde. — On  y  fait  jouer  mangonncaux,  picrricrs,  et  (l'on  tire 
force  )  bossons. — li  y  a  dedans  doA  Hugues  d'Aliar  qui  est  devers 


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174        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Bausas  lo  mainailcrs  e  en  B.  Bovon 
i4i&  GiiaucU  de  MoatTavens  que  a  Moncuc  en  ballon 
£  dels  autres  gran  massa  quieu  no  sai  gcs  qui  son 
Lo  setis  i  fo  mes  de  U  lAsoencicw 
£  durée  tro  a  setembre  n  com  dits  la  canson 
Com  vol  vendeimar. 

CXV. 

■ite      Lo  setis  fo  mot  grans  si  Jeshu  Cri»t  ouimpar 

E  lo  casteb  fo  fortz  qxie  nol  pog  cm  forsar 
Tantas  pciras  i  gieten  aicels  Crozat  de  Bar 
Am  ios  grans  manganels  can  pauc  nol  fan  crebar 
Mot  cavaer  a  dins  mot  rotier  mot  Navar 

Jiî5  Per  lo  comte  Ranjon  lo  ténia  nUgs  dAli'ar 

Certas  si  ilh  aguessan  que  heure  e  que  manjar 
Ndi  a^pwi  anquer  prêt  ni  noi  pogran  intnr 
Maa  lo  caiita  ea  mot  grau  e  nxA  podon  durer 
La  sets  loa  deatrenh  tant  <pidâ  M  malaudeiar 

s43o  £  li  potx  aon  aecati  quel»  &n  eapavnatar 
E  loat  veion  tôt  jora  creicher  e  no  memar 
Que  lo  coiiile  Guio  i  vigon  els  anar 
En  Folcaut  de  Merli  sus  un  caval  liar 
E  son  fraire  en  Joan  aL  mantcl  gris  c  vair 

lUS  El  cantre  de  Paris  que  sab  gent  preiticai 

E  mot  dautrcs  baros  quieu  no  vos  sai  coutar 
E  de  sai  nuUi  socors  els  no  salinn  trobar 
Lo  castel  lor  covc  rendre  mai  lor  pe/ar 
Que  io  coms  de  Montfort  fct*  l>e  poig  refermer 

•44o  Ab  cairta  e  ab  mortier  de  totas  parts  aenrar 
Eu  no  volh  deua  tomeis  que  lai  foron  parlar 
Que  la  cansos  M  grande  e  nom  volh  deatrigar 
Ma  razo  ai  tiencada  e  volh  mi  relomar 


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CROISADE  CONTRE  LES  AMUGEOIS  175 
Aragon, — Bausan  le  routier  ,  ol  dor»  iV-iiiard  Bovon.-^Curaud 
de  Moalidvent  qui  avait  la  baillie  de  Moiitcuc,  — et  grande  mul- 
titude d'auti  cs,  dont  je  ne  puis  dire  qui  ils  sont.  — Le  siège  y  fut 
mis  yen  l'Ascension ,  — et  dura ,  dit  la  chanson ,  jusqu'à  sep 
tembrtt^où  Ton  s  apprête  à  vendanger. 

CXV. 

Le         fut  difficile,  ai  JéMi»43irist  me  protéget*^et  le  *iae 
chtteaii  «  s4r,  que  l*oii  ne  pouvait  le  prendre  de  force.  ^Le» 
Croiaés  de  Bar  y  lancent  tant  de  pierres — que  peu  aTen  but  que 
leurs  grands  mai^nneaux  n'en  «oient  'brisé*.  —  H  y  a  dans  le 
château  grand  nombre  de  chevaliers,  de  routiers,  de  Navarrais  : 
— don  Hugues  d'Alfiv  le  tcuit  pour  U  oomtdllayinond.— Et  >4<s 
certes,  si  l'on  y  avait  eu  de  quoi  boire  et  de  quoi  mangor,  —  les 
(Croisés)  ne  l'auraient  pas  pris  de  sitôt,  n'y  seraient  de  sitôt 
entrés. — Mais  la  chnl^^iTr  rst  des  plus  grandes,  et  les  assiégés  ne 
peiivent  l'endurer,  — la  soif  les  tourmente  si  fort  qu'elle  les  rend 
malades, — et  ils  séporivantentdevoir  les  puits  á  sec,  —  tandis  itSe 
qu'ils  voient  l'hosl  (  des  Croisés)  s'accroître  au  lieu  de  diminuer. 
- — Ils  V  voient  arriver  le  comte  Guion, — don  Foucaud  de  Merlin 
sur  un  cheval  Icard ,  —  don  Juan  son  frère  en  manteau  gris  vair , 
— le  chantre  de  Paris  qui  sait  prêcher  k  merveille, — et  beau-  U3& 
coup  d'autres  barons  que  je  ne  puis  vous  conter.  —  Eux,  au  con- 
traire, ne  trouvent  de  ces  côtés  aucun  secours,  —cl  quoi  qu'il  leui- 
en  coûte ,  il  leur  faut  rendre  le  cliâleau.  — Le  comte  de  Montfort 
le  fit  ensuite  bien  réparer,  —  et  en  tous  lieux  gaitiir  de  chatu  et  tUo 
de  mortier.  —  Je  ne  veux  point  parler  des  combats  qui  lurent  livrés 
IA-Jms,— car  longue  est  la  chanson,  et  je  neveux  pas  (trop)  m*ar- 


176        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

'  Gant  lo  castel  fo  près  noi  volgran  sojornar 
»ui  Mas  al  mens  quiih  pogron  e  ai  &ii  destrapar 
Los  traps  ds  pabaihos  e  sobrels  cars  caigar 
£  van  sen  «  Btron  ipi«s  lai  près  de  la  mar 
Que  tenc  Martîs  Al^^  don  aoleit  gsrreiar 
Poigorc  e  Sentonge  se  son  vengut  daniar 
i4$o  Sai  anran  Groseia. 


CXVL 

Li  coms  c  ]i  Crozatz  scn  van  pei'  iiiei  la  cstrcia 
Al  castel  de  Biron  lauriflania  Icvcia 
Mot  lagron  viatz  près  sens  auti-a  Ueuiorea 
Marti  Algai  aucison  a  mort  deaonorea 

9&SS  A  cbival  len  fan  traire  so  es  veritats  proea 
E  puis  si  £00  pendiiU  veient  totx  en  la  prea 
Lo  castel  comanderoii  â  aieek  vegea 
An  A.  de  Montagut  e  tOta  Icncontrca 
Ves  Moissac  aen  tomeron  puis  en  la  matinea 

>46o  Be  ni.  l^as  &n  cis  caacun  jom  lor  jomea 
Alsi  co  plus  pol  losl  sen  vai  tota  arotca 
Ma  doua  la  conilessa  a  adoncs  lo  coms  mandea 
E  venc  lai  per  Catus  mot  os  pros  c  senea 
Al)  XV.  mclia  ornes  do  bona  gent  ai  niea 

3»6j  Cascus  &cra  rcndulz  on  cr  lor  aiberguea 
Al  comte  Baudoi  e  a  nostro  Croaea. 
A  Pena  dAgenes  ses  k  osta  ijustea 
A  Moncug  repaireroD  matî  a  la  dinnea 
A  lant^  a  Mdssac  can  terda  fo  sonea 

ai7*  li  roters  son  dédias  ab  mot  grands  mainea 
Qae  i  esteron  lo  aer. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  177 

rêtcr. — ^i'abrégc  (donc)  mon  discours,  pour  en  venir  (â  autre 
chose  ).-^  Quand  le  chftte*u  fut  pris  (Croisés)  n'y  voulurent 
séjourner — que  le  moins  possible  :  ils  font  lever  les  tente»,  «tu 

—  les  tentes  et  les  pavillons,  le»  font  charger  sur  des  chars, — 
pt  s'en  vont  à  Biron  ,  lii-has  pr^s  tle  la  mer. — Martin  Algai  tenait 
(cechâtf-au  )  d'oii  il  avait  coutume  de  guerroyer — le  Périgord  et 
la  SaÌQtongc ,  qui  sont  venus  s'en  plaindre , — et  la  Croisade  y  va. 

CXVl. 

Le  comte  et  le*  Croisés  •*eD  vont  par  la  grande  route, — rori- 
flamme  levée,  au  château  de  Biron;— ils  l'eurent  vite  pris,  et 
sans  retard.  —  Ils  firent  de  mort  inftme  mourir  Martin  Algai; 
—ils  le  firent ,  c'est  chose  vraie ,  tirer  par  des  chevaux ,  — puisle  >45S 
pendirent  à  la  vue  de  tous,  dans  le  pié  — jUe  château  fut  alors 
remis  à  la  garde — d'Arnaud  de  Montagut,  afnsi  que  tout  le  pays. 
— Cela  fait,  les  Croisés  prirent,  dans  la  matinée,  la  r(Uite  de 
Moissar.  —  lis  font  bien,  chaque  )nur,  tiois  licucs  par  marche.  »46o 

—  Ainsi  s'en  va  aussi  vile  qu'il  peut  I  host  réuni.  —  Le  comte  fait 
alors  venir  .sa  dame,  la  comtesse,  —  h  bonne  et  la  sensée;  elle 
V  est  arrivée  par  Catim,  — '-  avec  quinze  mille  hommes  de  bonne 
gcnl  armée, — qui  seront  expédiés  là  où  sont  leurs  alhergues,  aitìá 

—  les  uns  au  comte  Baudouin,  le!»  autre»  á  uoi>  Croises.  —  A 
Penne  d'Agénois  l'host  s'est  réuni  :  —  il  arrive  le  matin  à  Montcuc , 
A  la  dtnée,,^.et  le  matin  «ttivant,  tierce  sonnée,  à  Moissac. — 

Les  routiers  sont  dedans,  anrec  une  troupe  nmnbreuse; — ils  y  i«7« 
sont  arrivés  la  veille. 


I 


178       GBOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


CXVIl. 

lÀ  borzcs  de  Moisac  viron  lest  albei^cr 
En  la  riÌML  de  Tarn  cntom  lor  pel  gravier 
Certas  no  es  meravilha  sis  pre/o  a  «  smaier 

ai7&  Volontiers  sacordrran  si  no  fossolli  rott-r 

Ho  salion  que  a  la  lorij^a  noi  priiran  pas  durer 
Fer  las  vinhas  dcfors  pograu  l>e«  escapcr 
De  so  que  val  lor  \  is  ques  a  vendemier 
E  fcran  o  dois  Ircs  be  sapchatz  quieu  dig  ver 

liSo  Que  ja  plus  noi  perderan  que  valha  i.  denier 
Mas  60  qaes  a  veoir  no  poc  om  pas  muder 
Gels  de  Castel  Sarrui  se  saubon  delhivrer 
Corn  pros  orne  que  son  leial  e  dreiturer 
Que  anc  opi  l  mal  inot  non  poc  oncas  conter 

«iSS  Be  sabon  que  si!  coms  pot  sa  terra  cobrer 
Ni  pot  am  lapostoli  fidre  Dulh  acorder 
0  sil  reis  dArago  lor  es  tant  sobrancer 
Que  los  puesca  en  camp  vcncer  ni  numor 
Quels  cobrara  adonrs  sons  autre  demorer 

«490  En  aqucst  mot  nos  volo  lar  aiicir  ni  luer 

Dels  borgnezcs  d;\|^cn  qucs  reudero  primer 
Prezou  aici;!  c.ssi'mplc  que  vos  mau/«'li  coiiiter 
Dels  dos  mais  le  mens  mal  deu  om  tots  temps  trier 
So  dhz  B.  dEsgal  ai  vas  p»  un  semder 

>i95  £  ves  ton  campanbo  en  la  langa  tuihl^er 
E  si  passas  agua  not  deus  mètre  primer 
Mas  en  mieg  loc  que  sin  ves  nulh  neîer 
Que  ten  puscas  areire  mautcnent  retomer 
Pero  si  Dicus  majut  els  non  fan  a  blasmer 

iSoo  Car  lor  establimens  en  ques  dcgran  iier 
Guiraui  de  Fepios  e  tuit  sei  cavaler 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  179 
CXVII. 

Les  bourgeois  de  .\înissac  vireut  l'iiost  prendre  ses  albei^ucs 
—Autour  d'eux,  le  long  de  la  rive  de  Tam,  sur  le  gravier; — et 
certes,  ce  ne  fut  point  merveille  s'ils  en  tombèrent  eu  émoi. — 
Ib  feraient  volontiers  la  paix,  si  ce  n'était  les  routiers; — car  ils  '^7^ 
savent  bien  cpi'ils  ne  pourront  pas  tenir  jusqu'à  la  fin. — Us  pour- 
raient bien  s'échapper  par  dehors,  à  travers  les  v^eSt—^^ii  ce 
n'était  qu'ils  ne  veulent  pas  perdre)  le  prix  de  leur  vin,  qui  est 
encore  à  récolter. — Et  sachez  de  vrai  que  trois  d'entre  eux 
s'échappèrent, — qui  ù'y  perdirent  pas  la  valeur  d'un  denier.  ^i9o 
— Mais  ce  qui  doit  arriver,  nul  homme  ne  peut  le  changer.—  '  ^ 
Ceux  de  Castel^^Sartasin  surent  se  tírer  d'embam»,— comme 
hommes  loyaux  et  de  droiture,  —  desquels  pefsotme  ne  pour- 
rait (justement)  dire  un  mot  de  mal.  —  lis  savent  Inen  que  si  atu 
jamais  le  comte  (Raymond)  peut  recouvrer  sa  terre  —  ou  faire 
tle  quelque  manière  sa  paix  avec  le  Pape, — ou  que  si  le  roi 
d.Viagon  a   le  dessus  avec  les  ((Croisés), — de  ni  um n'  h  les 
vaincre  et  battre  en  campagne,  —  ils  reviendront  il  is  uissitnt 
à  la  seigiunirio  |(lii  toiiile). — Et  ils  ne  veulent  pas  (ea  allendiiiit  l  îi^o 
str  iaire  exterminer  ni  occire.  —  Des  bourgeois  d  Agen,  qui  ont 
été  les  premiers  à  se  rendre  ,  —  ils  ont  pris  cet  exemple  que  vous 
m'entendez  raconter. — De  deux  maux,  on  doit  toujours  choisir 
le  moindre. — «  Si  tu  vas  par  un  sentier ,  dit  Bernard  d'Esgal, — et  119^ 

•  situ  vois  ton  compagnon  tomber  dans  la  fange  ,—ousi tu  passes 
■  une  rivière ,  tu  ne  dois  point  t'avancer  le  premier, — mais  te  te- 

•  nir  au  nûlieu;  de  sorte  que  si  tu  vois  se  noyer  quelqu'un tu 

•  puisses  aussitôt  retourner  en  arrive.  ■  —  Ainsi  .donc,  ai  Dieu 

»3. 


f 


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180         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Sen  eisson  dcl  castcl  e  foras  pel  graver 
Dilz  que  noi  rcmandria  pcr  aur  ni  per  diner 
E  vai  aicels  de  Mois»ac  aucirc  c  malmener 
iSoS  E  lor  vila  fon  prcza. 


CXVIII. 

No  sai  sis  fo  pecatz  o  rcraas  pcr  justiza 
Cane  no  volgro  far  patz  adonc  en  nulha  guiza 
Li  borzes  de  Moissac  lai  can  Pena  fon  prcza 
Nos  cujan  ca  lor  vida  fos  la  vila  comquiza 

aSio  E  la  gens  de  Tholoza  que  lains  sera  miza 
E  lor  cridan  tôt  jorn  cascus  e  quels  atiza 
Lai-sevesques  de  Rems  vestic  i."*  pel  griza 
E  sec  ins  en  son  trab  sus  i.°*  coisna  biza 
E  lo  coms  de  Montfort  el  cliantrcs  S.  Daniza 
E  la  conitessa  i  es  qucs  dcnant  lor  asiza 
E  manta  baronia  que  de  latz  lor  ses  niiza 
En  VVlcs  dEnconlre  que  Dieus  aima  e  priza 
En  P.  de  LhÌATO  que  fort  ora  en  glieiza 
En  Lambertz  de  Limos  que  viast  i."  camiza 

îiîo  Per  la  calor  que  fai  que  fo  faita  a  Friza 
Cest  dero  per  cosselli  que  fos  la  Wla  asiza 
E  i  feiro  veoii-  lost. 


.  CXIX. 

A  lintrat  de  setembrc  rant  fo  passatz  aost 
Asetzcron  Moissac  de  totas  partz  mot  tost 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  ISl 

lu'est  en  aide,  ceux  de  Moissac  ne  sont  pointà  hiàmir  ; —  (  d'au- 
tatil  moins)  qu'une  partie  de  la  force  sur  lafjuollc  ils  devraient 
compter,  —  Guiraul  de  Popion  avec  ses  cavaliers,  —  sort  du 
château,  disant  qu'il  n'y  veut  rester  potir  or  ni  pour  denier; 
— s*en  va  camper  au  dehors  sur  le  gravier  (du  Tarn), —  et  se 
dispose  à  malmener  «t  à  extennîner  ceux  de  Moùsae ,  —  dont  *âo5 
la  ville  iaX  prise. 

CXVIIL 

Je  ne  sais  si  ce  fut  de  leur  part  erreur  ou  justice,  —  que 
les  bourgeois  de  Moissac ,  alors  que  Penne  fut  pris,  ne  vou- 
lurent jamais  en  aucune  façon  faire  la  paix. — Ils  ne  pensaient 
pas  que,  de  leur  vie,  leur  ville  pût  être  prise; — et  la  gent  de 
Toulouse ,  qui  y  était  entrée  pour  la  défendre,  — les  va  tous  les 
jours  encourageant  et  attisant. 

Cependant  rerchevécpie  de  Reims,  vètn  d'une  fourrure  grise, 
—était  dans  tk  tente  mm  sur  une  peau  noire,  -^avec  le  comte 
de  Montfort  et  le  cbsntre  de  Saint^Denist— la  comtesse  y  est 
aussi,  assise  en  fitce  d'eux,— ainsi  que  force  noble  gent  qui  8*est 
Fsi^^ée  à  côté  dTeux. — Don  Guillaume  d*Enconlre,  que  Dieu 
honore  et  chérit;-— -don  Pierre  de  Lîvron«  qui  prie  (souvent]  à 
régUse;  —  don  Lambert  de  Limoux,  qui ,  par  la  chaleur  qu*il  »hv> 
&it,  porte  une  chemise  qui  a  été  tissue  en  Frise;  —  ce  sont 
tous  ceux-là  qui  donnèrent  le  conseil  d*assiéyer  la  ville,  —  et  y 
envoyèrent  Thost. 

CXIX. 

A  rentrée  de  septemlnre,  quand  aoAt  lut  passé,— Moissac  fiit 
de  toutes  parts  et  promptement  assi^é.— Le  comte  Baudouin 


182         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

aàiâ  Lo  comte  Baudois  i  iazia  grao  cost 

Mota  auca  i  manjet  e  mot  capo  cd  rost 
Aisi  com  o  contct  sos  bailes  cl  prcbosl 
Las  gâtas  cis  engens  atenipran  per  mei  lost 
Gran  mcrcal  i  avia  de  vi  en  cela  ost 

jr>3"  E  de  lautra  vitalha. 

cxx. 

Al  scti  de  Moisac  a  socn  gran  batallia 
Li  rotier  de  lains  fan  en  lost  gran  trebalha 
Mot  socn  nniirizon  daicela  vilanalba 
.\i  comte  Baudui  si  Jcshu  Crist  uic  vallia 

iSSri  Aucizon  i.  donzcl  cane  ausberg  ni  vcntaiba 

Nol  pog  gandir  <le  mort  que  dins  per  la  coralba 
No  li  messol  rairel  co  per  i.  sac  de  palha 
K  lo  coms  de  Montfort  comanda  com  i  allia 
A  la  fusta  portar  que  motz  carpentiers  talha 

i5)u  Kl  vai  ab  lor  garnitz  que  tcm  com  los  asalba 
E  tuit  sel  companboD. 

CXXI. 

Lo  comte  de  Montfort  com  apela  Simon 
Kai  dressar  las  pcireiras  e  li  autre  baron 
E  fan  far  i.™  gâta  c  bastir  i.  bosson 

i5là  Que  noit  e  jom  tabusta  sus  el  mur  denviron 
Aiccis  dedins  Moicbag  so  marrit  e  félon 
Un  jorn  sarmeron  tuit  quidament  a  lairon 
E  van  fcrir  en  lost  a  coita  desperon 
Ardre  ciijan  la  gala  o  i  portan  mant  tizon 

i55o  A  las  armas  escridan  Krances  e  Bcrgonhon 
De  las  albcrgas  salbon  Pcilavin  e  Guascoii 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  185 
faùwit  là  grande  dâptBM  nMogea  munte  oie  et  maint  chte 
pon  r6ti, — tout  en  dressant  penni  rhost  les  ^tes  et  les  eng;ins 
de  guerret^ainn  «pie  me  le  conta  son  baile,  le  prévM;— etil 
y  avait  là  grande  abondance  de  -vin  —et  d'autre  victuaiile.  «sso 


CXX. 

Ace  siège  de  Moisaac,  grandes  et  fr^aenies  sont  les  batailles; 
— les  routiers  du  dedans  font  de  grands  dommages  parmi  les  sor 
siégeants,— et  y  tuent  firéquemment  de  ces  cbélils  vilains.'^  Au 
comte  Baudouin,  à  Dieu  m^aide,  —  ils  tuent  un  damoiseau  :  ^^y^ 

rien ,  ni  heaume  ni  haubert,  —  ne  put  le  garantir  de  mort  ni  enn- 
pécher  que  dans  le  ventre,  —  coniniecn  un  sac  du  paillf,  lu-  lui 
fût  la  flèche  plongée. — Le  comte  de  Montloit  coiiiniaiiíir  (|U( 
(t  ciix  dp  l'host)  aillent — chercher  le  boi.s  que  taillent  de  uuiii- 
t)r(  ii\  ( liai pnitiers; — et  craignant  que  Ton  ne  les  attaque,  il  ibio 
les  accompagne  arme,  — lui  et  ses  compagnons. 

CXXl. 

Le  comte  de  Monifort,  (celui)  que  fon  nomme  Simon, — et 
les  autres  barons ,  font  dresser  les  pierrien ,  — fitire  une  gâte ,  et 
élever  un  Itoason, — qui  nuit  et  jour  battent  les  murailles  tout  à  j  -^y^, 

l'entour. — Ceux  de  Moissac  en  sont  marris  et  courroucés  : — un 

jour,  ils  s'ainionl  tous  sorriîtement,  à  la  (U  iol)i'c' ,  —  et  vont  à 
grande  hâte  d'épc-ion  attai|uer  Thost, —  portant  des  torclj("s  ial- 
lumêes),  dans  l'espoir  de  brûler  la  gâte. — «  Aux  armes  I  »  ci  ieut  ,550 
alors  lesBonrgTiignons  et  les  Français;  (et  à  ce  cri)  —  les  Poitevins 
elles  Gascons  sortent  de  leurs  albergues,— (ainsi  que)  les  Fla- 


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184        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Flanicnc  e  Loarenc  e  Norman  e  Breton 
Mots  anibercs  an  vastite  «  mot  bon  gonion 
E  desiis  mot  perpung  e  suout  d«  sisckton 

*sii5  E  lo  ooms  de  Montfort  venc  punhen  pel  sablon 
E  portée  entr^enhs  e  escud  ab  leon 
Lo  destrier  li  aucir.on  a  lissit  dun  boicbon 
Retengutz  fora  e  près  en  aicela  sazon 
No  fi»  W.  dEncontre  cuî  domni  Dieu»  ben  don 

>Ma  E  mesin  Moreu  questett  son  oompanhon 
So  es  I.  cavale»  de  mot  beU  lîtison 
Que  es  piM  e  rortcs  ará'ú/.  c  beis  e  bon 
A  la  rescossa  punli  P.  cols  de  Lhivron 
E  en  Folcaus  de  Merlin  ani  lo  comte  Guion 

sSfiS  A  batalha  rengada  vengron  daital  randon 
Quel  comte  eseodiran  o  volguetsan  o  non 
Que  fo  1.  pauc  blessets  dereire  en  lo  tendon 
Lo  nebot  larsevesque  preson  nu.  ganon 
E  ausizol  mantenent, 

CXXH. 

*S7o     Senhors  mot  fe  lestons  meravîlhos  e  grant 
Cant  yengro  li  Frances  li  Brcto  el  Normant 
Lî  roter  sen  fugiron  e  sen  intro  ah  tant 
El  arsevesqties  fo  de  son  nebot  dolant 
A  lendema  mati  avans  tercia  »onant 
Venian  deves  Caorts  de  Croiatt  no  sai  cant 
fi  dis  de  Montalba  quels  camis  van  pitdant 
Lor  salbo  a  lenoontre  dereire  e  denant 
Las  noelas  en  vengon  al  seti  mantenant 
f.o  roms  Paiidois  vesl  mot  lost  son  «^arnimant 
H  tuit  sei  rompanhon  sarman  isnelamant 
Arraans  de  Monlanart  qua  bon  caval  corrant 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIG£OJS.  188 
inands,  les  Lorrains,  les  Noonauds  et  ies  BretoM.  Chacun  se 
vèld«Mm  iuHibext,  de  sa  bonne  cotte  d'armes ,  —  avec  maint  pour- 
point ou  sisclaton  par-doawi*.  Le  comte  de  Montfort  s'en  vient 
éperonnant  par  le  gravier, — portant  son  écu  et  sa  bannière  au 
lion. — Mais  voilà  qu'à  l'issue  d'tm  hallier,  on  lui  tue  son  cheval; 
—  et  il  était  à  cette  fois  retenu  prisonnier, — si  ce  n'eût  été 
Guillaume  d'Encontre,  à  qui  Dieu  bien  fasse.  —  et  son  corn-  tSCo 
pag'non  (d'armes)  mossite  Morel , —chevalier  de  haute  appa- 
rence.—  preux,  courtois,  hardi,  bon  et  beau; — qui  piquent 
(tous  ies  deux)  á  la  recousse ,  (et  avec  eux)  Pierre  de  Livron ,  — 
don  Foucaux  de  Merlin  et  le  comte  Guion. — En  rang  de  ha-  >^SS 
taille,  ils  viennent  tuus  d  un  tel  clan  —  qu'ils  délivrent  le  conitc, 
que  (les  ennemis)  le  voulussent  ou  non. — Mais  il  y  fut  un  peu 
Uesaé  par  derriire  au  talon. — Quatre  valets  (des  assiégés)  pri- 
rent (alors)  le  nwon  4o  farehevêque ,  — «t  le  tuèrent  rar  la 
place. 

€xxn. 

Seigneurs  t  b  bataille  fat  grande  et  merveilleuse, — quand  a»]» 
vinrent  les  Français ,  les  Normands  et  les  ft«lons  ; — les  routiers 
prirent  la  fuite  et  rentrèrent  dans  la  (ville] ,     (laiiaant)  rarche^ 
vique  tout  dolent  pour  son  neveu.— ~Le  lendemain  matin,  avant 
tierce  sonnante, ^devers  Gabors  venaient  je  ne  sais  combien  s»7S 
de  Croisés.— Et  cens  de  Ifontauban  qui  gardaient  le  chemin, 
—-vont  les  assaillir  en  fiioe  et  par  denière. — La  nouvelle  en 
arrive  promptement  aux  assiégeants; — le  comte  Baudouin  vèt 
alors  i  la  faite  son  armure, — et  les  siens  s'annent  de  même  en  t9S« 
diligence,— Armand  de  Montlanard  au  bon  cheval  courant, 
t.  ai 


186         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

El  ÎHIi  flfn  f  jT  ciel  Brolli  que  son  pww  e  valliaat 
EntOlU  e  en^iro  los  casscrou  uilant 
Que  bûs  VIII.  cavals  iiagro  e  ag  ni  i.  lerraii 
a&85  Que  ac  uâ  balestiers. 

CXXIII. 

Lo  pros  conis  Uandois  u  luit  sci  cavalcr 
Son  tornan  als  allicrj^'as  mcisme  aicel  cer 
A  Moisag  van  ti  azen  lot  lo  jorn  li  peiner 
Que  csfondran  los  murs  e  lo»  fan  peMÌer 

*69o  Nos  «S  pa»  meMvilha  sis  dan  espaventer 
Car  no  sabon  secon  de  nulha  pan  «var 
Del  comte  de  Tolosa  a  be  i.  mes  entier 
Canec'a  Savane  a  Bordel  lai  parler 
E  ano  noi  acabec  lo  valent  dun  £ner 

>59S  Mas  que  cobret  so  filb  e  i  donet  gran  aver 
A  ma  razo  mcn  tomi  e  no  la  vulh  laiser 
E  vulh  vos  dun  miracle  un  pctilet  parler 
Que  fe  a  ceh  de  lost  JcsVius  lo  droiturer 
Car  us  grans  pans  del  mur  se  laisct  doues  cazcr 

aftoo  l^a  dpJins  los  valatz  don  om  poira  passer 
Cau  o  viiolh  boii'cs  nous  o  oal  demander 
Sin  son  cspaveiitat  ni  ilh  lul  mamadcr 
Al  comte  de  Montfort  se  voldran  acordcr 
Mas  cl  lor  a  jurât  pcr  lo8  sants  doutra  mer 
Non  laisara  a  vida  i.  solet  escaper 
Sib  rofters  no  li  tendon  <pie  Un  fait  trebalher 
No  sai  que  von  pc^essa  tôt  lo  jorn  a  conter 
Mais  aman  lor  meteises  que  firaire  ni  molber 
Ni  parent  ni  cosi. 


CR0I8ADB  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  187 
— et  l«sfib  deHugoes  du  Breuil,  qui  aont  vaillanti  etpniu.  H» 
pourdhasseDt  de  tous  côtés  et  si  bien — (cem  de  Honuiiban), 
qullft  leur  prennent  hait  bons  chevaux  »  dont  un  aufierand , 
qu'eut  un  aibalétrier.  *MS 

CXXIll. 

Le  preux  comte  Baudouin  et  tous  ses  cavaliers — s'en  retour^ 
nentè  leurs  albcrgucs  le  même  soir.'— > (Cependant)  les  pieniers 
vont  jouant  tout  le  jour  contre  Moissac, — enfonçant  les  mors  et 
les  mettant  en  ]nèces. — Ce  n*est  pas  merveiUe  que  ceux  de  de>  *»»o 
dans  en  soient  ^uvantés,  — car  il  ne  peut  de  nulle  part  leur 
vmiir  du  secours, — du  comte  de  Toulouse;  il  y  a  bioi  tout  un 
mois— que  le  comte  est  allé  là-basà  Bcmleaux,  conférer  avec  Sa- 
vane —  Khis  il  n'y  fit  œuvre  qui  vaille  un  denier,  —  si  ce  n'est  •Hi 
qu'il  recouvra  son  fils,  pour  lequel  il  donna  de  grandes  richesses. 
■^Mals  je  reviens  à  mon  sujet  (juc  je  ne  veux  point  abandonner, 
^et  je  vais  vous  parler  un  instant  d'un  miracle— —que  fit,  pour 
les  Croisés,  Jésus,  le  père  de  justice. — Un  énorme  pan  dcsmui-s 
de  Moissac  vint  à  tomber — dans  les  fossés,  de  manière  que  l'on  iSo» 
pouvait  les  francliir. — Quand  le»  boui^eois  s'en  aperçurent, 
pas  n'est  besoin  de  demander  —  s'ils  en  furent  effrayés ,  eux  et 
les  routiers.  —  Ils  voudraient  bien  alors  s'accorder  avec  le  t  omte 
de  Monlforl; — mais  le  comte  a  juré  pai  les  saints  (roulrc-mer 
— qu'il  ne  laissera  pas  échapper  vivant  un  seul  d  enlrc  ou\. —  h 
moins  (ju  ils  ne  lui  livrent  les  routiers  qui  lui  ont  donné  tant  do 
tourment.  —  Je  ne  saurais,  en  tout  le  jour,  quoi  vous  eonter  do 
plus, — sinon  que  les  bourgeois  de  Moissac  s'aiment  mieux  eux- 
niémes'qu'ils  n'aiment  frères,  ni  femmes,  —  ni  parents,  ni  cousins. 

ai. 


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188        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


GXXIV. 

Ht9     Ah  Crozats  fo  rendnts  llbÍM||!i  t.  bo  micti 
Ek  roters  foron  près  e  menatz  en  train 

Pus  de  CGC.  naucizon  so  cug  pcr  sent  Martin 

£  si  nagroQ  arnes  e  cavals  e  rocins 

li  bones  se  rexesmon  plus  de  e.  marcs  dor  fin 

»1»  Tttit  son  eqMventats  entom  lor  lor  vesin 
Messire  W.  dEnctMitre  ot  Castel  Samun 
E  Montog  an  donat  al  comte  Baldoin 
E  Verdu  sus  Garona  a  labat  an  Pcrin 
Sobre  nom  de  Saissin  puis  niezos  ei  camin 

s6»a  £  van  vas  Montalban. 


cxxv. 

Lo  filhs  de!  coms  de  Foiss  de  lai  vas  Poi  Cerdan 
Am  be  c.  cavalers  inlret  a  Montalban 
La  vila  es  be  fortz  que  anc  e  nulh  loc  plan 
Non  vi  om  si  gamida  d  valais  que  son  grant 

iSaS  là  rie  om  de  lost  cd  qui  son  sobirsu 
Veson  que  livems  ve  e  que  lestíus  reman 
E  que  nols  temeran  que  valha  i.  glan 
El  a  bas  do  Pamias  ab  un  sou  capelan 
Quels  prezicaa  tôt  jorn  que  ia  vila  perdran 

•63o  E  que  aicek  de  Pamias  trastuit  que  sen  inm 
Si  nob  soooRon  tost  e  que  ds  se  rendzan 
Caioeis  de  Savaxdn  lor  tolol  vin  el  pan 
E  no  vendemieren  so  cug  mais  a  dun  an 
E  per  sela  ocaiso  trastuit  en  lai  sen  van 

i63&  A  las  grandas  jornadas  se  movou  lendeman 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALSIGEOIS.  189 


Gxxnr. 

MoisMc  se  rendit  donc  (un  jour)  de  bon  luatiu  aux  Croisés.  »••• 
—  Les  routiers  furent  faits  prisonniers,  et  emmenés  dolents. 
—Il  y  en  eut,  par  saint  Martin  1  je  crois ,  plus  de  trob  cent»  de 
t,QÌB,.dont  les  Croisés  eurrat  le  bagage,  les  roussixiA  et  let 
chevaux  (de  guerre).— Et  let  bourgeois  m  nchetèveDt  plus  île 
«eut  mins  d*w  fin.— Leur»  voiniis  tont  époimatéi  tont  alenr  tfiiS 
tour  (et  se  MMunettent).— Menire  Goilleiiiiie  d*Eiuoatn  eut 
Catld-Sainum;  —  tu  oomte  Beudtmiii  fut  donné  Montat,— et 
VerduMiirGaroiuie  h  Tabbé  don  Penin, — somoimné  de  Stû^ 
(Cela  fiât,  lee  Croisée)  se  mettent  en  marche,— et  vont  vers  ««•• 
Montauben. 

GXXV. 

A  Montauben  étût  Mktré ,  avec  Uen  cent  chevalkn,— le  tís 
du  comte  de  Foîk,  de  là-bas  devei»  Puy^Cerda.  —1^  ville  est 
si  ibrte,  que  jamais  en  lieu  plein- on  vîtde  ttbmtmunie, 
avec  si  larges  fossés.  —  Lee  grands  berons  de  fhoet,  ceux  qui  »s«» 
ont  commandement  souverain,— voient  que  Vhi  finit,  que 
l'hiver  anive.— et  que  ceux  de  dedans  n'auront  pas  la  moindre 
crainte  d'eux.— (D*un  autre  cété)  f  abbé  de  Pamiers,  et  un  sien 
chapdain,— leur  vont  toujours  prêdiant  qu'ils  ne  peuvent 
prendre  libntauban,— et  que  ceux  (des  Croisés)  qui  occupent  tSSe 
Pamiers  finiront  par  s'en  aller  tous,— ou  se  rendront,  si  Ton 
ne  leur  envoie  bîailAt  du  secours; — car  ceux  de  Saverdun  leur 
enlèvent  le  psin  et  le  -vin, — et  il  y  a  plus  d'un  an  qu'ils  n'ont 
vendangé. — Pour  ces  moti6,  tout  Thoet  (des  Croisés)  veut 


190        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Pason  a  Aulariba  veii^un  li  iUaiuan 
Lai  deve&  Carcasses  ou  a  mot  auriban 
£  trop  mot  rie  penon. 


CXXVI. 

Can  cels  do  Savardu  viron  tan  gooianon 

26io  Dossc'iidon  del  castel  luion  a  esperon 

El  couis  de  l*oiss  ab  lor  cjui  vcuc  sela  sazoa 
Ques  cuidava.  d«dins  métro  en  garnizon 
No  sai  que  von  didteaa  nm  fessa  lonc  sennon 
Per  trastota  Gasconba  intreron  abandon 

<6iS  Sent  Gauzena  e  Miirei  lo  castel  el  dromnhon 
Samata  e  la  lala  tro  lai  en  Olaro 
Trastot  o  an  comquÎst  e  la  terra  Gaston 
Que  nnlh  loc  no  trobcron  nulba  defension 
Mas  sol  lo  cap  de  Foiss  e  puis  am  ior  saub  bon 

s6So  Si  aen  son  retornat  lai  en  ior  ref»ion 

Tant  an  lor  carantcna  iaita  e  lor  perdon 
Gel  ivern  sojomeron  puis  lo  nnuir  Sinion 
E  gardée  bon  sa  l(;rra  ab  so  ^Iranenj  (jUiou 
Puis  (c  I.  pailuinon  en  que  ac  mol  Laron 

a6S5  Aqui  ac  raant  ivcsquc  c  molt  autre  prodom 
Tirastuit  li  castela  de  son  pais  i  son 
Que  el  i  a  mandets. 


CXXVIL 


Al  parlanicnt  de  Paroias  a  mots  clercs  ajustetz 
E  i  ae  mant  rie  ivescfues  e  mani  btro  de  prêts 
Utalge  e  costuma  co  «nn  fai  so  sabeti 


CROISADE  CONTRE  LES  ALRIGEOIS.  191 

nanher  sur  Savcrdiin, — Dès  le  lendemain,  ils  s'acheminent  i  >63s 
grandes  journót-s; — ils  passent  à  Haute-Rive  ,  où  (de  leur  côté) 
viennent  des  Ailemands,  —  de  là-bas  dcvors  le  Carcassais,  avec 
mainte  oriflamme  — et  maint  riclie  peuuou. 

cxxvt 

Lorsque  ceux  de  SaverduD  ont  vu  tant  de  gonfiinôns,— il» 
descendent  du  château  et  i^enfuient  à  (tout)  éperon, — et  anrec 
eux  le  comte  de  Foix  qui  venait  d'arriver, — et  s'était  mis  dans 
la  place  pour  la  défendre. — Je  n«i  ò.uirais  vous  eu  faire  plus  lonj^ 
discours,  ni  vous  cu  dire  autre  chose,  —  (sinon  qvie)  par  toute 
la  Gascosne  les  Croisés  entrèrent  bride  abattue. — Sainl-Gau- 
dens,  Muret  rbâteau  et  donjon,  —  Samatan ,  Lislc  jusque  là- 
bas  vers  Oléron, — et  la  terre  de  Gaston,  ils  ont  conquis  tout 
cela, — sans  trouver  nulle  part  de  résistance,-— si  ce  n'est  au 
chef-lieu  de  Foix.  Puis  quand  il  leur  a  plu,  —  ils  s'en  sont  *6io 
retournés  là-bas  dans  leur  pays,— leur  quarantaine  faite,  et  leur 
pardon  (gagné).— ^Durant  cet  hiver,  (aiwée  leur  départ)  le 
comte  Simon— déiendit  bravement  sa  teire  avec  son  frère  Guy. 
— Puis  il  convoqua  un  parlement  où  il  y  eut  grand  nombre  de 
barons.  —  D  s'y  trouva  aussi  maint  évèque  et  d'autres  nobles  sS&s 
personni^es  :  — tous  les  cb&telains  de  ses  domaines  y  furent; 
—il  les  y  appela. 

CXXVII. 

Au  parlement  de  Pamiers,  beaucoup  de  clercs  se  réunirent; 
—il  y  eut  plusieurs  puissants  évéques  et  maint  baron  de  haut 
mérite.— A  tout  le  pays,  qui  est  vaste  et  grand,  ils  ont  donné 


192        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Meseron  els  pais  que  son  e  grans  e  letz 
Daiso  fan  faire  cartas  e  breus  eusagcietz 
£  jniûsas  si  sen  ton  en  lor  pais  torncU 
En  Wi«0  dEnooiitire  que  es  pros  e  Mtete 

aMS  A  fefiR  Saut  DtnU  fo  a  Murei.eb  prête 
Del  oonUe  ee  parti  joioe  e  beud»  e  lete 
Ab  Perrin  de  Seiû  quab  lor  ace  ajiutet 
E  al»  B.  lorda  qua  la  Uha  fo  nete 
El  remaa  en  sa  vila  c  ccst  sen  son  alete 

9670  E  mougoa  de  la  Isia  on  foron  albergete 
E  van  sen  vas  Verdu  on  ilh  se  son  dinnete 
Lendenia  li  roter  se  son  acaminet 
A  Castel  Sarrazi  corrcgoa  tro  als  fossetz 
Mota  berbitz  an  prcza  daulres  avers  asctc 

■*75  Plus  de  M.  a  caval  los  a  om  aesmctz 

i  anl  tost  non  fo  lo  cùlï  per  lo  pais  alctz 
Quen  Wles  dEncootre  ses  mantenent  armetz 
E  mos  senher  Mauretis  qudh  cavalga  de  letz 
En  Perrin  de  Saisi  que  ses  toet  asesmete 

t«8o  No  son  plus  de  u.  can  foron  conreete 
Si  petit  co  els  foron  los  an  dediaratets 
£k  an  tro  a  Montalba  vencute  e  encausets 
Si  quen  laiga  de  Tam  na  assetz  de  negeta 
La  noîts  los  lor  toli  queb  a  contralietz 

>€8&  E  los  cavala  queren  fort  de  corrc  lassctz 
Los  preaes  dolbivreron  e  s'ih  an  deslietz 
£  rescozon  la  preza. 

CXXVIII. 

La  donc  W.  dEnctnitre  ad  akela  v^îa 
Se  combatec  ab  lor  els  tolgtota  la  prea 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  195 
des  usages  et  coutumes,  comme  vous  savei  que  cela  le  pn- 
tîque. — Ils  en  font  faire  des  ebartes  et  des  brefs  avec  sceaux, 

— après  quoi  Ils  s'en  sont  retournes  dans  leur  pays. — Don  Guil- 
laume crEacontre,  le  pnident  et  ie  preux, ^ — se  trouve  à  Muret,  j66.i 
dans  le  pré,  à  la  lète  de  Saint-Denis. — ÌÁ  ,  il  quitte  le  comte  (Si- 
mon), content  et  joyeux,  —  avec  l'emn  de  Saissy  qui  s'était 
joint  à  lui, — et  avec  Bernard  Jordan,  celui  qui  est  né  à  Lisle. 
— (Arrivé)  dan»  sa  ville,  il  y  resta,  et  les  deux  autres  poursui- 
virent leur  chemin. — Ils  partirent  de  Lisic,  où  ils  avaient  été  »«70 
hébergés,— et  s'en  allèrent  jusqu'à  Verdun,  où  ils  dînèrent* — 
Le  lendemain,  les  routiers  se  sont  avancés  ; — ils  s'avancent  vers 
Castel-Sarrasin  jusqu'aux  fossés, —  et  enlèvent  beaucoup  de 
brebis  et  d'autre  butin.— 'On  a  estimé  leur  nombre  à  plus  de  >«7& 
mille  hommes  à  chevaL-»  La  nouvelle  n'est  pas  plutôt  répandue 
dans  le  pays*  —que  don  Guillaume  d'Encontre  s'est  armé  promp> 
temeitt,'>-av6c  monseigneurMorel,  qui  chevauche  &  son  côté,— et 
Perrin  de  Saissy,  qui  s*est  aussi  bien  vite  préparé  (à  combattre  ). 
—Ils  ne  sont  pas  plus  de  soixante,  quand  ils  sont  tous  prêts;—  jMo 
mab  si  peu  qu*ils  soient,  ils  ont  battu  les  routíers — et  les  ont 
repoussés  jusqu'à  Montauban»- (si  vivement)  qu'il  y  en  a  plu* 
siairs  de  noyés  dans  Teau  du  Tarn. — La  nuit  les  leur  enlève  »  à 
leur  grande  contrariété  ; — (  et  il  est  vrai  aussi  )  que  las  sont  leurs  tòèb 
chevaux,  qui  ont  tant  couru.  —  (Toutefois)  ils  ont  délivré  les 
prisonniers,  les  ont  dciics ,  — et  ils  ont  repris  le  butin. 

CXXVIII. 

Ainsi  donc  Guillaume  d'Encontre,  à  cette  fois, — combattit 
contre  les  routiers ,  leur  enleva  toute  leur  {uise — et  leur  butin  ;  aSgo 


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194        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

■690  El  gasaiiliet  de  lor  e  i  «c  granda  mesleia 
£  pais  «i  MU  toni«t  ab  tota  sa  mainea 
De  laver  ^e  an  pri»  es  sa  oompanha  lea 
A  Castel  Samai  vengon  esta  leveia 
Gan  foron  albergat  mieia  noits  es  passée 

s(i95  E  cent  agro  manjat  près  de  la  matines 

Eu  cwg  qiiHh  dormiron  tro  tercia  fo  soileia 
Autri  vptz  li  rotrr  'ip  mezon  e  la  preia 
E  corregon  Agen  v.  tota  la  onconlreia 
A  penas  pot  anar  lor  osls  tau  es  carguea 

Ï7041  En  VVies  dliucoiitre  cui  so  pas  non  agreia 
Lor  es  salhite  davant  ab  tota  sa  mainea 
Lai  ae  ferit  mant  colp  de  lansa  e  despeia 
Si  que  la  terra  nera  tota  easanglanteia 
E  de  trenaos  de  lansas  envîro  lor  junqueia 

9705  Mot  ^oto  virati  mort  sad^ent  gola  badeia 
Ane  nois  laichet  daver  que  vtUia  1."*  denrea 
Tra^totz  los  desconfi  ab  sa  gent  aturea 
Quel  ot  de  Bc-rgonha  0  de  Fransa  amenea 
Sai  en  aquest  pais. 


CXXIX. 

^710     Guilelmu     dffineoitoe  si  com  denant  vos 
Venquet  lots  ks  rotecs  e  lor  tole  ao  quan  prie 
E  gazanbet  de  lor  e  cavab  e  rods 
A  Castel  Sairaiin  corregon  lo  pais 
Une  entra  v^da  mas  ma  fe  vos  plevb 

171  s  Cane  del  sieu  non  porteron  valent  ij.  peitavis 
Ans  fbron  descofit  e  se  son  en  Tarn  mis 

♦  *  Son  caval  li  nafrero  de  v.  dariz  o  de  vi. 
En  Wles  dEncontre  vezen  totz  ses  ami» 
Si  es  casutz  en  terra  e  co  cm  afortis 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  195 
et  forte  fat  i>  mêlée.  s'en  retourne  ensuite  »vec  toute  m 
troupe  --^et  «es  compagnons ,  joyeux  du  gain  qu'ils  ont  bit.  — 
Ils  arrivèrent,  lance  levée,  à  Castel-Sarrasin ; — quand  ils  ren- 
trent dans  leurs  albergucs ,  la  minuit  est  passée  ;  —  et  après  »<>9'' 
avoir  mangé  aux  approches  du  luatin ,  — -ils  dormirent,  je  crois , 
jusfjii  à  tierc  e  sonnée. 

Les  routiers  se  nùrent  unu  autre  loia  à  butiner,  —  et  couru- 
rent tout  le  pays  aux  environs  d'Agen.  —  A  peine  leur  hande 
marchait-elic ,  tant  elle  était  chaînée  (de  capture). — Don  Guii-  '7»«» 
iaume  d'£ncontre,  á  qui  la  chose  ne  plaît  pas,  —  est  sorti  à  leur 
rwoontre,  avec  toute  sa  troupe.  —  Là  fut  frappé  maint  coup  de 
lance  et  d'épée» — dont  la  terre  fut  bientôt  toute  sanglante ,  — et 
toute  de  tronçons  de  lance  jonchée.  --^  Vous  verriez  ià  maint  >7«5 
bandit  mort ,  bouche  béante  et  sanglant. — ^Don  Guillaume  ne 
leur  laissa  pas,  de  leur  butin  «  chose  qui  mille  un  denier. — U  les 
déconfit  tous  avec  rintré|ttde  troupe— qu*il  avait  de  France  et 
de  Bourgogne  amenée— ici ,  dans  ce  pays. 

CXXIX. 

Don  Guillaume  d'Encontre,  comme  je  viens  de  vous  dire, —  »7'" 
vainquit  les  routiers,  leur  reprit  tout  leur  butin,  —  et  pagna  sur 
eux  des  chevaux  et  des  roussins.  —  Une  autre  fois  encore,  au- 
tour (le  Castel-Sarrasin.  ils  coururent  le  pays;  niais  je  vous  en 
donne  ma  loi, — ils  n  emportèrent  pas  du  leur  chose  qui  valût 
deux  (deniers)  poitevins, —  et  s'en  retournèrent,  déronfits,  par  le 
Taru.  —  Don  Guillaume  eut  alors  son  cheval  blessé  de  cinq  ou 
six  flèches,  tellement  qu'à  la  vue  de  tous  ses  amis  —  il  tomba 
k  terre  ;  mais ,  en  homme  de  bravoure , —il  met  la  main  à  Tépée ,  >7*o 


t 


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196        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

■7*«  Mes  la  man  a  la  espea  e  sauta  avan  en  pis 
En  aut  crida  sa  ensenba  aicela  de  Paris 
Mesira  Moreus  broca  son  bon  destrier  de  ]iris 
E  tint  li  autri  essems  ì  vengro  so  mes  vis 
A  batalha  mescleia  no  cajan  estrc  fis 

*7*s  Que  lo  puescan  escodre  e  quom  !o  lor  tolis 
En  auta  votz  cacridan  Dieus  aida  e  S.  Dani« 
Aquî  viratz  la  donc  maiit  psrn(1ipr  atici?? 
E  aireis.  do  la  maînea  el  })ailc  an  nialinis 
E  inontaa  en  W'ics  sus  .l.  cavai  hraidis 

37^0  E  fer  &ol>i'€l&  rolers  si  (j:ue  ios  dcscoiis 
Tro  en  laiga  de  Tara  e  pub  après  si  ris 
Car  aisi  caiec  la. 

CXXX. 

Senhors  motas.vertulc  e  miradas  Dieus  fa 
An  Wles  dEncontre  que  tant  se  trebalha 

973s  Que  totz  om  li  vol  be  cuna  vetz  ven  la 

Ane  cerlas  de  Bei^onha  plus  pros  om  no  venc  sa 
Que  sia  en  la  Tinzada  m  ja  no  sai  vendra 
Si  no  a  mais  de  nijin-ia  o  de  poder  quel  a 
A  ma  razo  lucu  lomi  <jue  nos  iaise  de  la 

Lo  teis  P.  dAngo  1    seror  doua 
Al  comte  de  Tolosa  e  puis  sen  manda 
Un  autra  a  so  filh  malgrat  daquels  de  sa 
Er  ses  mes  en  la  guora  e  si  dits  que  vindra 
Al)  be  m.  cavaliers  que  tots  pagats  los  a 
fjM  E  si  los  Groiats  troba  ab  lors  combat» 
E  nos  si  lanl  yivem  veirem  cals  vencera 
£  metrein  en  estons  so  que  nos  inenibrara 
£  escriurem  encaia  so  que  nos  sovindra 


CROISADE  GOITRE  LES  ALBIGEOIS.  197 
el  fl*àl«iioe  en  avant,— ^criant  banteineAl  son  enseigne,  son  en- 
seigne de  I^nmGe.-~HesMre  Moral  pique  (dws)  son  bon  des- 
trier de  (grand)  prix,~  et  les  autre»  courut  tous  ensemble  avec 
lui , — à  bataille  mèlie;  ils  craignent  de  n'être  pas  à  temps— de 
le  recouvrer,  de  Tenlever  à  f ennemi. — iDieu  aide  et  Saint- 
«  Denis!  »  s'ccricnt-ils  à  haute  voix. — ^Vous  verries  alors  là  tuer 
maint  écuyer. — Parmi  ceux  de  la  troupe  (croisse)  le  baile  est  mal- 
trailó;  —  mais  ils  parviennent  à  placer  mu  un  i  iu  v;il  hennissant 
don  riuiUanme, — f[ui  frappe  de  nouveau  sur  les  routiers,  les  '7-1" 
déconlit  (et  les  pousse) — jusqu'à  la  rivière  de  Tarn,  et  plaisante 
ensuite — de  la  chute  qu'il  a  faite. 

GXXX. 

Seigneurs,  Dieu  fait  maintes  grâces  et  maints  miracles— pour 
don  Guillaume  d'Enoontra »  qui  se  donne  tant  de  &tigue,— que  a?'» 
de  tous  les  (Croisés)  qui  sont  une  fois  venus  Ji  lui ,  dhacun  Taime. 
—Et  certes,  jaman  homme  plus  preux  ne  vint  de  Bourgogne 
—à  la  Croisade,  en  oe  pays,  et  jamais  n*y  viendra, — à  moins 
d'être  de  plus  haut  rang  et  |du8  puissant  qoll  ne  Test.  —  Mais 
je  retourne  à  mon  discours  que  je  poursuis.— Le  roi  Pierre  d'Ara-  9^^o 
gon  a  donné  une  de  ses  sœurs— pour  femme  au  comte  de  Tou- 
louse ;  puis  il  en  marie— une  autra  au  fik  de  celui^i,  en  dépit 
des  (Croisés). — Il  veut  prendre  part  à  la  guerre,  et  dît  qu'il 
viendra — avec  bien  mille  chevaliers  qu'il  tient  à  sa  solde, — et  »7** 
que  s'il  rencontre  les  Croisés,  il  conil)attra  contre  eux. — Et  moi, 
si  je  vis  assez  longtemps,  je  venai  ijui  vaincra; — je  mettrai  en 
histoire  tout  ce  dont  je  serai  informe,  —  et  j'écrirai  de  nouveau 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Aitant  cant  la  mtteiia  «d  enant  durart 
TVo  la  guem  er  finea. 


CXXXI.  . 

Ans  4|tte  la  gueira  parla  ni  aia  afinea 
I  aura  mot  eolp  fait  e  mota  asta  briiea 
£  mot  gomfano  frcsc  nestara  per  la  pr«a 
E  mota  arma  <]r  cors  ne  sera  fors  ^tea 

»7â.s  E  mota  daiina  vcuza  ne  sera  essilhea 

Lo  reis  I\  dArago  sfîn  vait  ara  sa  mainea 
E  a  tota  sa  gent  de  sa  terra  mandea 
Si  quen  a  gran  companha  e  heia  ajusteu 
A  tota  a  la  paraula  diita  e  deviiea 

s7«o  Quel  vol  ir  a  Toloia  contrastar  la  Croaea 
Que  gastan  e  destruzo  tota  la  eneontrea 
£  lo  com»  de  Tolosa  a  lor  meree  damoa 
Que^BO  aia  aa  teira  ma  ni  audmenea 
Que  no  a  tort  ni  colpa  a  negimft  gent  nea 
E  car  ea  mos  cunhatz  ca  ma  seror  espoiaa 

'       É  eu  ai  a  so  íìlh  lauti  a  sor  maridca 
Irai  lor  ajuilar  desta  gent  malaurea 
Quel  vol  dezeretar. 

GXXXIL 

Li  clergue  ela  Ffincea  volon  deseretar 
»770  Lo  comte  mon  canhat  e  de  torra  gitar 

Béa  tort  e  «eues  colpa  que  om  nola  pot  eomtar 
Maa  aol  car  a  lor  plats  lo  volon  decèsar 
E  preg;iie  mos  amies  sels  qucns  vdlean  ottdrar 
Que  pesson  dé  garnir  e  de  lor  cors  armar 
<77»  Que  daisi  a  .1.  mea  voldrei  loe  porta  pasaar 


CROISADE  CONTHE  LES  ALBIGEOIS.  199 
tout  ce  dont  il  me  souviendra ,  —  autant  «jue  le  «ujet  ira  ea  avant, 
— jusqu'à  ce  que  la  guerre  soit  ûnie.  =>7^" 

CXXXI. 

Ibis,  avant  que  la  guerre  cesse  et  ne  soit  ûnie, —  il  y  aura 
Swst  coups  frappés,  force  lances  Prisées; — bien  des  drapcaiu 
(neniset)  frais  seront  (foulés)  dans  le  préau; — plus  d'une  âme 
wrmamchée  de  son  corps, — et  plus  d'une  dame  en  sera  veuve  et  >7»î» 
ruinée.  —  Le  roi  PieiTc  d'Aragon  est  avec  ses  barons.  —  Ilamandé 
toute  iagent  de  sa  terre, — tellement  qu'il  en  a  belle  compagnie 
et  Jurande  multitude. — A  tous  il  a  parl^  :  il  a  dit  à  tous — qu'il  »7^0 
vi  ui  aller  à  Toulouse  faire  la  guerre  à  la  Croisade,  —  qui  ravage 
et  dclruil  toute  ia  contrée  ; — que  le  comte  de  Toulouse  implore 
son  secours, — pour  que  toute  sa  terre  ne  soit  pas  brûlée  et 
dévastée,  —  puisqu'il  n'a  ni  faiUi ,  ni  fait  tort  à  personne  née. — 
■  Il  est  mon  beav-frëre ,  dit-il,  il  a  épousé  «ne  de  ne»  sœurs; — 

•  «I  Tnitre ,  je  Fai  doonèo  pour  fàmiDo  k  son  fils.  —  Jinî  donc 

•  les  tBoourir  ooutre  oetle  mÌGhaiite  nce,«— qui  veut  leur  enlever 

•  leurbiMtage. 

GXXXII. 

•  Les  clerf  ?  fX  l<^s  Français  veulent  désht^riter—- et  de  sa  terre 
"  chasser  le  comte  mon  ber>n  fn  re , — qui  n'a  (commis)  ni  tort,  ni 
"fautequel'on  puisse  lu  inij  utcr, —  et  qu'ils  veulent  dètnure 

•  uniquement  parce  que  c  est  leur  plaisir.  —  Je  pne  donc  mes 

•  amis  ,  ceux  à  qui  mon  honneur  tst  cher,  — de  penser  à  s'équi- 
'  per  et  à  armer  leurs  personnes; — car  je  veux  d'ici  à  un  mois 


J770 


300       CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Ab  totas  mas  oonqpunha»  cpe  ab  mi  voldraa  anar 
E  li  responderon  aenlier  lies  tanh  a  tu 
Ja  de  re  que  vulhaU  nous  volem  contraatar 
AL  aitant  se  partíran  •  van  aen  adobar 

■T**  Cascua  al  mellis  que  poc  se  près  a  enanaar 
Baratan  e  malevan  per  ion  cors  airesar 
El  reis  manda  a  totz  que  pesson  de  cargar 
Los  saumicrs  e  los  carrs  car  prop  es  Hostivar 
E  trobaraii  las  ici  ras  cls  prals  i  ovcideiar 

t^h:>  Els  albres  e  las  vinlias  nirnudanient  fulliar 
MtMitrel  reîs  dArago  pessa  lien  darreznr 
Lo  coms  cel  de  Toioza  se  près  a  cossirar 
Quel  pot  ir  dis  Ftajois  la  vik  reeohrar 
E  a  dit  al  Capitol  e  retrait  son  a&r 

37*0  E  el  li  an  respost  pessem  del  aaJbar 
E  &h  viasamen  per  la  vila  cridar 
Que  tuit  ni  escan  ades  per  la  via  Moivar 
EU  prats  de  Montaldran  los  an  bit  ajustar 
Senhors  so  dits  io  coms  per  sous  ei  fiûts  mander 

>7»5  Mos  encmîcs  ei  faîtz  aisi  prop  espiar 

Que  nos  ciijan  dostriure  ens  volo  dcstrigar 
Que  no  puscam  ongan  desta  part  cstivar 
E  vels  vos  aisi  prol>  fjuc  son  do  sa  Laiitai' 
Senhors  so  diU  lo  pobles  aneni  los  enserrar 

iSoo  Que  pro  avetz  companhs  si  Dieus  vos  vol  aidât 
Que  nos  em  tuit  garnit  quek  aabrem  pedar 
E  io  pros  coms  de  Foiss  que  Dieus  salve  e  gar 
E  aicel  de  Cnmenge  vos  podo  afolcar 
E  ab  los  Catalas  queus  son  vengut  aidar 

sSoS  E  pos  em  tuit  garnit  pessem  del  espleîtar 
Ans  que  naien  saubuda  ni  sen  puscan  tomar 
Li  vilan  tavemer. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  201 

«  passer  les  ports, — avec  tous  mes  hommes  de  guerre  qui  vou- 
"  drout  me  suivre.  »  —  (I,es  barons)  lui  répondirent  :  «  Sei^^neur, 

•  liant  rc  qiie  vous  dites';  il  comirnl  de  le  faire;  —  et  nous  ne 

•  nous  opposons  à  rien  de  ce  que  vous  vmdrz.  » — iJi-dessus,  ils 

se  séparent  et  voDt  s  apprêter.  —  Chacun  cherche  de  son  mieux  »:'*o 
k  se  £ûre  bonneur;— chacun  tnifi4}ue  et  met  en  gage  pour  avoir 
de  ipioî  s'orner  et  s'armer.  —  Le  roi  leur  ooinmande  à  tous  de 

• 

songer  à  charger~-les  chars  et  les  sommiers;  ear  l'été  s'approche, 
— et  ik  trouveront  les  terres  et  les  près  upsA  déjà  oommencé  à 
rev»^ ,  —les  arbres  et  les  vignes  à  feuiller  menu. 

Tandis  que  le  roi  d'Aragon  s'apprête  de  la  sorte ,  —le  comte 
de  Toulouse  s'est  pris  4  réfléchir — qu'il  peut  aller  à  Pnjob,  re- 
prendre cette  ville.— Il  a  dit  et  dédaré  son  projet  aux  Capi- 
touls.  —  «Vite,  pensons  à  agir,*  lui  ont  répondu  ceux-ci;—  *^v> 
et  les  voîU  qui  font  aussitAt  par  la  ville  crier  :  —  Que  tout  le 
monde  sorte  sur-le-champ  par  la  rue  Molvar, —  on  rassemble 
tout  le  monde  dans  les  prés  de  Montaudran.- «  Seigneurs ,  dit  le 

•  comte,  voici  pourquoi  je  vous  ai  fait  mander: — j'ai  fait  épier 

•  de  près  nif  s  ennemis,- — qui  pt:uM;ul  nous  détruire,  et  veulent 
»  nous  enipèdier — de  tenir,  dans  l'été  de  cette  année,  celte  por- 

•  lion  du  pavs.  —  Les  voici  ici  tout  (iroclie;  ils  sont  en  deçà  de 

•  Lantar.  • — «  Seigneur,  dit  alors  le  peuple,  allons  les  assiéger,— 

•  Si  Dieu  veut  vous  aider,  vous  avez  assez  de  compagnons:—  '^«^ 

•  nous  voici  tout  armés  pour  les  tailler  en  pièces;- et  voici  le 
•preux  comte  de  Foîx,  que  Dieu  sauve  et  garde»- et  celui 
>de  Gomminges,  qui  peuvent  vous  seconder,— avec  tous  les 
«Catalans  qui  sont  venus   votre  secours. — Puisque  nous  voilà 

•  prêts,  pensons  à  agir— avant  qu'ils  n'aient  vent  de  nous  et  ne 

•  puissent  s'en  retourner ,— les  vilains  tavemiers.  > 

1.  i6 


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302 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


CXXXUI. 

Lî  Frances  soldAdier  son  ab  Pujob  intntx 

El  ries  coms  de  Toloza  a  loi  revironatz 

>8io  E  al)  lui  (lo)  coms  de  Foiss  cl  pros  Rntf^ici'  licrnatl 
E  io  coms  de  Cunionge  qui  venc  g<'nt  asesmatz 
Ab  lor  li  Catala  quel  reis  lor  ac  iaissatz 
EX  pobies  de  Tholoaa  qui  vcdc  tort  e  viate 
Li  «valier  el  bonea  e  la  cuminaltati 

s8iS  Primeiramcnt  parlât  iu  l^ûta  aenats 
Onrra  de  Capitol  e  es  genl  eniparlatz. 
Sriilirr  lies  coms  marquis  si  vos  pl;ifz  cscoutatz 
Vos  c  trastuil  li  autre  caisi  ctz  ajuâlatz 
Noa  avem  las  pdreiraa  e  los  ei^na  calfata 

99*9  Per  tal  qada  enemica  dimnMHt  oombatats 
Qtien  Diea  ai  c^eransa  que  tost  sian  aobnta 
Que  nos  avem  gran  dreit  ed  els  an  les  pecata 
Car  nos  vezem  dcslRure  las  nostras  crctata 
Per  tal  o  die  scnhors  que  de  ver  sapjatz 

»M  No»  avem  vistaa  letras  e  aageb  sagelata 
De  vostres  cara  amÎcs  que  vos  an  eviata 
Que  si  deman  al  aer  no  los  avem  fiirsats 
Lor  vindra  ajutorís  e  granda  poestals 
De  cavaliers  garnîlr  c  de  saijans  annaAs 

i93o  E  laran  nos  gran  unta  es  cr  lo  dans  doblata 
Si  nos  partem  daisi  trois  aiani  pcciatz 
Nos  avem  piro  lialestas  e  cairel  empenats 
E  anem  al  pertraH  e  siam  ben  coitats 
Si  que  lo  ditz  el  fiiits  sîa  essems  mesclatz 

iSSS  E  anem  tuit  essems  per  rama  c  per  blats 
E  aportem  ne  tant  tio  iimplam  los  valatï 
Car  imiib  es  la  llur  de  trastotz  los  Crozatz 


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CROISÂDË  CONTRE  L£S  ÂLBIGËOIS.  203 

* 

CXXXIIL 

1«  milice  de  Fnnee  eit  entrée  à  Pujd», — et  le  puiasant 
comte  de  Touioiue  les  a  entourés,— •(ayant)  avec  lui  le  comte  iSio 
de  Fotx,  le  preux  Roger  Bernard, — et  le  comte  de  Gomminges, 
qui  est  vonu  là  tout  dispos  (à  bien  guerroyer).— Avec  eux  sont 
les  Catalans,  que  le  roi  (d'Âragon)  lenr  aenvoyés»  ^etle  peuple 
de  Toulouse,  qui  tôt  et  vite  est  arrivé,— •chevaliers,  bourgeois  et 
communauté. — Là  parla  le  premier  un  savant  légiste, — qui 
était  du  Capitole,  etsachont  discourir.  —  «Seigneurs,  dit-il,  et 

•  vous  autres  puissants  comtes,  marquis,  écoutez-Juoi,  s  il  \ous 

•  plaît, — vous  et  tous  ceux  qui  sont  ici  rassemblés. — Nous  avons 

•  amené  ici  des  pierriers  et  des  engins  ■ — pour  combattre  dure-  ìí>ïo 

•  ment  nos  ennemis, — qui,  j'en  mets  en  Dieu  mon  e5pérancc  , 

•  seront  bientôt  vaincus: — car  à  nous  est  le  bon  droit;  le 

•  tort  et  la  violence  à  eux, — par  qui  nous  voyons  ravager  tous 

•  nos  héritages.— Or,  seigneurs,  je  vous  le  dis  afin  que  vous  le 
'  sachiez  :  —  vous  avez  vu  des  lettres  munies  de  leurs  sceaux ,  — 

•  des  lettres  de  vos.cbers  amis,  qui  vous  mandent  —  que  si  de* 

•  main  soir  nous  n'avons  point  forcé  les  Croisés,— il  leur  vien- 

•  dra  du  secours  et  grand  nombre— de  chevaliers  en  belle  ar- 

•  mure  et,  de  sergents  armés. — Or,  grande  sera  pour  nous  la 

•  honte,  et  le  mal  doublé,— si  nous  partons  d*ici  sans  les  avoir 

•  mis  en  pièces.— Nous  avons  force  arbalètes,  force  flèdies  era- 
■  pennéeS}— allons  combler  les  fossés,  et  soyons  prompts  à 

•  r«euwe, — de  manière  que  le  dire  et  le  fûre  soient  l'un  à  Tautre 

«  entremêlés  ; — allons  tous  ensemble  chercher  de  la  ramée  et  du  »S3S 
«blé  (vert), —  et  apportons^n  de  quoi  remplir  le  fossé. — C  est 


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204        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  si  los  podem  pendre  er  lor  orgolhs  baisatz 
Dcn  Simo  de  Monlfort  qiies  conlra  nos  juraU 
iSio  E  fassam  aparvcnt  perrpic  cm  ajustais 
£  ancm  al  portrait. 


CXXXIV. 

La  osts  va  al  périrait  tost  c  Niassaracn» 
Que  noi  a  cavaler  ni  borzcs  ni  sirvens 
Que  non  a  port  .i.  fais  sus  al  col  aprizcns 

i8i5  E  gictol  cl  valatz  e  umplols  bclamens 
Quai  pc  de  la  parct  es  lors  cnantinicns 
Qucs  prcndon  a  picar  ah  los  grans  fcrramcns 
Els  Frances  se  defonden  e  gieton  focs  ardens 
E  grans  cairos  e  pciras  c  aqiio  espessamens 

ï«5o  Apres  aiga  bulhida  de  sobrels  garniniens 
Els  de  jos  can  la  scnto  scn  partcn  sccodens 
E  di  la  us  a  lautrc  trop  es  plus  douls  pruzens 
Que  no  son  estas  aigas  que  nos  gitan  buihens 
E  li  ai-quicr  lor  trazon  carels  espessamens 

i855  Que  negus  dels  Frances  noi  auza  cstre  aparens 
Que  no  sia  fcritz  o  per  cais  o  pcr  dcns 
E  li  poirier  qui  trazon  que  lor  so  mal  mirons 
Que  negus  en  corscira  no  pot  estrc  atcndens 
Que  nn  caia  o  no  tumbe  o  no  son  an  sagnens 

1860  0  cr  de  mort  fcritz  que  non  cr  mais  guirens 
Que  no  lor  i  tcn  pro  ambans  ni  bastimcns 
Quel  cavaer  de  Toloza  an  cridat  autamens 
Doncm  ab  lor  borzes  que  vels  vos  recrezcus 
•  Ab  tant  prendon  la  vila  e  totz  lor  pazimens 

»865  E  noi  remas  Frances  ni  frcvols  ni  manens 
Que  luit  no  sian  près  scnes  tots  cauzinieas 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  205 

•  J«  fleur  de  twu  1m  Gralaés  qui  estlà-dedans  enfeimée     «t  si 

•  Mm  powvQiiu  les  pendn,  àbatUi  seva  rofgae3'-de  Simon 
â  de  Montfert ,  qui  «  juré  notre  perte.  • —  Faisons  donc  vonr  pour- 
«  quoi  nous  sommet  ici$ — ailons  combler  le  fbsaé.  • 

CXXXIV. 

Lliost  do  Toulouse  s'en  va  tôt  et  vite  remplir  le  fossé  ;~et  il 
n^  a  ni  cavalier*  ni  bourgeois,  ut  servant, — qui  n'y  vienne  sa 
fascine  au  col, — qu'il  jette  dans  le  fossé;  et  le  fossé  s'emplit 
de  façon ^ — qne  !<■«  assiégeants  s'avancent  jtisqu'au  pied  du  mur, 
— qu  ils  comnicruM-nt  à  piquer  (iv.  leurs  longs  ferrements. — Les 
Français  se  défendent;  ils  jettent  des  matières  enûamniées, — 
de  lourdes  briques,  des  pierres  serrées  comme  pluie: — ils  ver-  is&o 
sent  de  l'eau  bouillante  sur  les  vêtements  et  les  armures: — et 
ceux  d'en  bas,  quand  ils  la  sentent,  reculent  en  se  setouant, — 
et  se  disant  l'un  à  l'autre  :  «  Plus  douce  chose  serait  la  gale — que 

•  ne  sont  ces  eaux  que  1  on  nous  sert  ainsi  bouillantes.  « —  Mais  les 
archers  de  l'host  tirent  leurs  flèches  si  dru,  —  que  nul  des  Fnn-  i^ss 
çais  n*0Be  paraître  au  haut  (  des  mm) ,  — qu'il  ne  «oit  blessé  à  la 
gorge  ou  à  la  face;— et  les  pierriera  tirent  aussi,  et  irisent  si 
bien, — que  personne  ne  peut  rester  sur  les  terrasses,'— qui  ne 
tombe,  ne  se  précipite,  ne  se  retire  sanglant, — ou  ne  soit  iSS» 
Îrappé  morteUement  et  pour  ne  plus  guérir.— H  n'y  a  ni  cré- 
neau, ni  tourelle  qui  les  prot^.— (Alors]  les  chevalier»  de 
Toulouse  se  sont  hautement  écriés  : — «  Bourgeois,  à  fassaut! 

•  voili  l'ennemi  qui  cide.  > — Et  déjà  prise  est  la  villes  avec 
toutes  ses  attenances  : — il  n'y  reste  pas  un  seul  Français,  pauvre  >S6â 
ou  riche  ;  —  tous  sont  pris  sans  aucune  pitié ,  —  et  meurent  les 


20fi        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  lïioriron  ab  glazis  o  ni  ag  de  pcndens 

LX.  (  nvfifrs  i  ac  de  las  iore  gens 

DeJs  plus  ries  (Icls  plus  pros  e  dois  pins  a%'ineilS 

»870  Esliers  los  escudiers  «  Is  sarjans  combalens 

Al)  t   u  v(  ng  .1.  mesalges  que  non  es  aprendcns 
£  a  dig  al  Capitol  a  part  bassetamens 
Quen  Guis  de  Montfert  ve  que  es  mak  e  punhens 
£  ques  a  Âvinho  e  que  ve  tost  conens 

9«7$  Es  eugs'ab  lor  oombatre  sOs  iroba  ttaiideiis 
Ab  tant  aonan  las  trompas  arare  bonamens 
Car  be  nos  em  vcngats  de  oestres  mal  yoleos 
Tnh  intran  a  Tolosa  alegres  e  jauseiis 
Car  tant  be  lor  es  près. 

cxxxv. 

3880      Car  tant  bc  lor  es  près  uau  al  cor  grau  sabor 
Tuit  aiccls  de  Tolosa  e  ii  lor  valedor 
Eu  Guios  de  Montfort  cant  auzi  la  runior 
Que  Ii  Fiances  so  mort  nag  li  cor  gian  tristor 
Que  ges  non  pot  estar  que  ab  los  olbs  non  plor 

>U5  E  plora  e  fai  gran  dol  e  mena  gran  dolor 
De  la  enta  que  a  près  e  de  la  dezonor 
Erals  laîchem  estar  quiens  vulh  parlar  dalhor 
Qudl  bos  reis  dArago  desus  son  mial  soldor 
Es  vengutz  a  Murdl  c  pauzai  lauiiflor 

s89<i  E  al  asetiat  ab  mot  rie  valvassor 

Quels  î  a  amcnatz  e  traits  de  lor  honor 
De  cels  de  Catalonlia  i  amenet  la  flor 
E  de  lai  Arago  trop  rie  combatedor 
Ben  aijan  ja  no  trobon  en  loc  contraslador 

id^b  Ni  aus  al)  lor  combattre  nuliis  om  garreiador 
E  tramet  a  Tholoza  »1  roarit  sa  aeror 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  207 
uns  du  i^lnive,  lés  autres  peodus.  —  Ils  ùlaieBt  bien  soixante  che- 
valiers ,  —  (les  plus  puissant»,  des  plus  preux  et  des  plus  avenants; 
— sans  compter  les  écuyers  et  les  sergents  de  guerre. — Mais 
voici  venir  un  messager  qui  sait  bien  ce  qu'il  doit  dire,  —  qui  dit 
tout  bas  et  à  part  au  Capitoul , — que  don  Guy  d<  Mooitlbrt  ainve 
tout  coumracé  et  pressé  ;  —  qu*il  tient  à  la  courte  ;  4|u*U.  est  déjà 
áATÎgnoii  ,-~et qu'il  a  le  projctd«  lesc«inb»tti«,  s'ifarattendent  '*f* 
— Mâi»  ib  fimt  MBDer  U  Tetnûte  par  ks  trompeltet. — •  Nous 
•  somme»*  diientpile,  roffiwmment  vengés  de  nos  ennemi». 
Là-deMos,  ils  rentrant  tons  à  Toidouse«  »lègreB  et  joyeux — 
d'avoir  si  Inen  réussi. 

cxxxv. 

D'avoir  si  bien  réossi  ils  ont  au  coeur  ^nde  joie,  — tous  m» 
ceux  de  Toulouse  et  leurs  partisan».— liai»  quand  don  Guy 
de  Montfort  entendit  dire  —que  les  Franfais  étaient  morts,  il 
en  eut  au  ca»nr  g;rande  tristesse,      et  ne  put  se  retenir  de 
l^eurer  des  yeux;— il  pleure,  et  mène  pande  douleur  et  *ms 
grands  regrets  — de  la  honte  et  du  dbhonnciu-  qui  retombe  sur 
lui.  —  Mais  laissons-le  là  :  j'ai  à  vous  parler  d'autre  chose;— 
car  le  bon  roi  d'Aragon,  sur  son  l)oa  cheval  de  guerre, — est 
venu  sous  Muret,  y  a  j^nté  son  oriflamme ,— et  y  a  mis  le  siège  s«9o 
avpc  maints  puissants  vavasspiirs ,  —  qu'il  a  amenés  et  tirés  de 
leurs  fit'fs. — Il  y  a  amené  la  fleur  ^des  braves)  de  Catalogne, — 
et  uiuî  foule  (le  puissants  gTirrroyciirs  de  Ih-bas,  devers  Aragon, 
— qui  pensent  bien  ne  trouver  nulle  part  de  résistance,  —  ni 
aucun  houmie  de  f^uerre  qui  ose  s'attaquer  à  eux. — 11  envoie  à 
Toulouse  dire  au  mari  de  sa  eceur — de  venir  le  joindre  avec 


208        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Cados  vpnj^a  a  lui  ab  lui  sci  valrrlor 
E  que  vcnga  la  ost  p  li  romhatcclor 
Quel  es  apareiliatz  quclh  rcnda  sa  honor 
>«oo  Al  comte  de  Cumcngc  c  al  scu  parentor 
Pals  in  a  Beiera  per  fona  e  per  vigor 
No  laîftsara  Crozat  en  caatel  ni  en  tor 
De  lui  (le  Montpesler  ontro  a  Rocamador 
Que  nols  iassa  rnonr  a  (loi  e  a  tristor 
EU  pros  cunis  can  o  saub  non  o  mes  eu  tardor 
Ans  venc  dieit  il  CapitoL 

GXXXVl. 

Al  Capitol  scn  vai  lo  conis  dux  c  marques 
A  lor  dig  e  retrait  del  rei  que  vengutz  es 
E  que  amena  gens  e  ques  a  seti  mes 

*9io  De  fom  a  Moxel  son  las  tendas  espes 
Que  sel  a  ab  sa  ost  aseliatx  los  Frances 
E  que  portcni  poireiras  e  tôtz  lors  arcs  tUTI|Ues 
K  ran  la  vila  cr  j)roza  ircm  en  Carcasses 
E  cobrarcm  las  terras  si  Dieus  o  a  promes 

•91S  E  li  re^ndero  senher  coms  so  es  bes 
Saisis  pot  acabsr  00  ilh  o  an  «mpres 
nias  li  Frances  so  mal  e  dur  en  toitas  res 
E  an  durs  los  coratges  e  an  cor  leones 
E  so  forment  iratz  car  ta  mal  lor  es  près 

»910  Daicels  que  als  Pujols  avcm  raortz  c  malmcs 
E  fassam  o  de  guiza  que  no  uam  mespres 
Ab  tant  eoman  la  ost  li  comador  cortes 
Cades  nesquen  trastuit  ab  trastotz  lors  araes 
Tôt  dreit  ont  a  Mural  quel  rsia  dArago  t  es 

•9t$  £  eisim  per  los  pons  cavaer  et  bones 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  209 
tous  ses  barons,  —  avec  son  ost  et  ses  hommes  de  guerre.  — 
Il  annonce  qn'3  est  prêt  4  rendre  au  comte  de  Comminges  ou  à  1900 
ses  parents  tous  leurs  fiefs;  —  après  quoi,  11  marchera  rapide- 
ment et  de  force  sur  Béziers;  —  et.  de  Montpellier  à  liiKunia- 
i^O^i  —  il  ne  laissera  pas,  eu  château  ou  eu  luur,  un  seul  Croisé 
—  qu  il  ne  fusse  mourir  de  triste  et  malemort.  —  Le  preux  »905 
comte,  quand  ii  apprend  cela,  ne  diffère  point:  —  il  va  droit 
au  Capitole. 


CXXXVL 

Au  Capitole  s*en  va  le  comte,  duc  et  niarc|uis.  —  U  dit  et 
annonce  que  le  roi  (d*Aragon)  est  arrivé;  —  qu'il  a  amené  ses 
forces,  et  (déjà)  entrepris  un  si^e;  —  que  (là-lïas)  devant  Muret 
ses  tentes  sont  pressées,  —  et  qu*il  a,  avec  son  ost,  resserré  les 
Français  dans  la  ville.  —  c Portons-y  nos  pierriers  (dit-il),  et 
«tous  nos  arcs turquois)  — quand  Muret  sera  pris,  nous  mar- 
«  cberons  en  Carcassais,  —  et  si  Dieu  le  pernicl,  nous  retnen- 

•  drons  le  pays.  ■ — •  Seigneur  comte,  lui  répondent  (les  Capiiouls) . 
«tout  est  bien  — si  (nos  amis)  peuvent  terminer  (l'entreprise) 

•  comme  ils  l'ont  cuniiiu  ncéc.  —  Mais  les  Français  sont,  en  toutes 

•  choses,  durs  et  lerrihh's; — ils  ont  de  llcis  roiua<:es,  des ctrurs 

•  de  hon,  — etsont  rorleincnl  courroucés  de  ce  qu'il  soit  si  mal 

venu  —  de  ceux  de  Pujols,  que  nous  leur  avons  maltraites  et 

•  tués.  —  Conduisons-nous  donc  de  manière  à  n'être  point 
■  trompés.  •  —  Là-dessus  les  coiulois  comeurs  (de  la  ville)  s'en 
vont  cornait  Tost;  —  ib  crient  :  *  Que  tous  aient  à  sortir  en 

•  armes  et  munis  de  tout, — pour  aller  tout  droit  à  Muret,  où  se 


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210 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


El  pobles  de  la  viia  viate  e  endemes 
Son'vengud  a  Mttrel  od  iaiieron  lames 
E  trop  1)05  garaimens  e  trop  orne  cortet 
De       fon  grans  pecatt  si  roajut  Dîeus  ni  fes 
S93e  En  valg  mens  toti  lo  moos. 


CXXXVIL 

'l  ots  lo  mous  ne  valg  mens  de  ver  o  sapjatx 
Car  paradis  ne  lo  dcstruitz  c  dccassatz 
E  tots  erestianeames  aonits  e  abassats 
Aras  aujaU  senhors  co  fo  e  escoutats 
Lo  bos  rets  dAxttgo  !b  a  Mure!  aseamats 
E  lo  coms  de  sant  Gili  e  trastots  sos  bamats 
Els  borzes  de  Toiosa  e  la  oominaltats 
Bastiren  loa  pcircrs  e  an  ios  redreisatx 
E  combaton  Murel  tôt  entom  per  totz  laiz 

19*0  Qtir  din»  la  vila  nova  son  tuit  eîwems  iotratz 
Els  Kraïues  que  !ai  cran  nn  df  j^piiza  coitat/. 
Que  cl  f"ip  fiel  (.aslt.'l  scn  son  liastotz  pujatz 
AI)  tant  es  us  riusatges  eucoatral  rei  anatz 
Seiilu  r  reis  dArago  de  vortat  sapjatz 

1945  Quel  orne  de  Toloza  son  daitant  avantaiz 
Que  an  prexa  la  vîla  si  vos  o  antrdatx 
£  trencati  los  solers  els  albercs  barretati 
E  an  si  los  Fronces  de  maneiia  encausats 
Que  el  cap  del  castel  se  son  tuit  amagats 

a^So  Gant  lo  ms  o  ausi  no  sen  te  per  pagatz 
Als  cossols  de  Toloza  es  el  vîats  anatx 
E  de  la  sua  part  ios  a  amoneslatz 
Quels  ornes  de  Mure^  iataso  ester  em  pats 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  2M 

•  trouve  le  roi  d'Aragon.  »  —  Et  voili  sortir,  par  les  ponts ,  loul  19»» 
le  peuple  de  la  ville,  chevaliers  et  bourgeois.  Rapidcnuiit  et 
d'un  trait,  —  ils  sont  arrlv*^»  devant  Muret,  où  ils  devaient 
.perdre  leur  bagage,  —  tant  de  belles  armures  et  tant  (l'hoinme» 
courtois,  —  dont  ce  fut  grand  dommage ,  si  Dieu  et  ma  loi  me 
•ont  en  aide;  —  et  le  monde  entier  en  valut  moina.  i^so 

GXXXVII. 

Le  monde  entier  en  valut  moine,  saches-le  de  vrai  :  —  exilé  et 
détruit  en  lut  le  paradis, — honnie  et  déchue  toute  la  chrétienté. 
— 'Mais  écoutes,  seigneurs^ et  entendes  comment  la  chosese  passa. 
^  A  Muret,  en  bon  point,  «ont  le  rot  d*Aragoa le  comte  de  ««^s 
Saint-^jilles  avec  tous  ses  barons,  —  avec  les  boui^geois  et  laoom- 
rounauté  deToulotise. — Ceux-ci  ajustent  et  dressent  lespîerriers, 

—  et  battent  Muret  tout  à  Fentour  et  de  tous  côtés,  —  (si  fort) 

que  dans  la  ville  neuve  ils  sont  entrés  tous  ensemble,  —  et  ont  1940 
ptessé  de  telle  sorte  les  Français  qui  **y  trouvaient,  —  qu'ils 
sont  tous  entrés  dans  ic  ch&teau.  —  Et  voilà  un  messager  qui 
arrive,  qui  s'avance  vers  le  roi  : —  -  Seigneur  roi  d'Aragon,  sa- 
<  chex  pour  vrai  —  que  les  hommes  de  Toulouse  ont  si  bien  fait,  t^\i 
• —  qu'ils  ont,  si  vous  le  permettez ,  pris  la  ville  ;  —  ils  ont  assailli 
«  les  maisons,  abattu  les  étages,  —  et  de  telle  sorte  pourchassé  les 

•  Français ,  —  qu'ils  se  sont  tous  réfugiés  dans  le  château.  •  — 
Quand  le  roi  entend  la  nouvelle,  il  n'en  est  pas  content. —  Vite 
il  serend  aupès  des  consuls  de  Toulouse, —et  leur  recommande 
en  personne  — -  de  laisser  en  paist  les  hommes  de  Muret.  — 

—  «  Nous&rions,  dit-il,  à  les  prendre,  grande  Iblir;      car  il 

•  m*est  venu  des  lettres,  lettres  scellées  (m'annonçant)— ><ine  don 

«7« 


212         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Car  8Ì  nos  los  prcndiam  nos  fariain  foudatz 
1955  Qucu  ai  agudas  Ictras  c  sagcls  sagelatz 

Qucn  Simos  de  Montfort  vindra  dema  ariiiatz 
E  can  sera  lains  vengutz  ni  enserratz 
E  Nunos  mns  cozis  sera  sai  arihatz 
E  asctiarcm  la  vila  per  totz  latz 
«960  E  pendrcm  los  Franccs  c  trastotz  los  Croz;ilz 
Que  jamais  lor  dampnagcs  no  sira  rcstauratz 
E  puis  sera  paradis  per  toi  alugoratz 
Car  si  nos  er  prendiam  cels  qui  son  cnsarrat/. 
Si  Slnjos  sen  fugiria  per  los  autres  conitatz 
«965  E  si  nos  lo  segueni  er  lo  laguis  dohlatz 
Per  que  valdra  bc  mais  siam  tuit  acordutz 
Quels  laissem  totz  intrar  c  puih  tindreiu  los  datz 
E  ja  nols  laissarem  trol  jogs  sia  jogatz 
E  vulh  quels  o  digatz. 


CXXXVIII. 

«970  Li  donzel  van  tost  diire  al  cosscUi  principal 
Quels  fassan  de  Miirel  issir  lost  conumal 
E  que  noi  trenquon  plus  ni  barcira  ni  pal 
Mas  quels  laisso  lains  cstar  totz  de  cabal 
E  que  sen  tom  cascus  als  traps  per  son  cabal 

1975  Quel  bos  reis  lor  o  manda  ab  cor  empcrial 
Quen  Simos  i  vindra  avan  de  lavcsprar 
E  vol  lo  lains  pendre  mais  qucn  autre  logal 
Els  baros  cant  o  auzo  eisson  tuit  comimal 
E  van  sen  per  las  tendas  cascus  vas  son  fogal 

*9So  E  mancnjon  c  bcvon  li  pauc  el  majorai 
E  cant  agron  manjat  viron  por  un  costal 
Lo  comte  de  Monlfort  venir  al)  so  senhal 
E  motz  dautrcs  Frances  que  tuit  son  a  caval 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  313 
Simoii  fis  Montfort  doit  entrer  daniiB  en  amiet  (daiM  Muret  j  ; 
—  et  quand  il  ysen  entré  et  enfermé /->-et  que  mon  cousin  Nn- 
gnex  «en  wrivé  id ,  nous  assicgcron»  «Ion  la  ville  de  tous- 
cdtés,  —  et  prendrons  les  Français  et  tous  les  Croisés,  — i  leur  «sOo 
grand  dommage,  qui  ne  sera  j^us  réparé, —  et  le  paradis  alors 
sera  partout  remb  'en  splendeur.  —  Mais  ai  nous  prenions 
maintenant  ceux  qui  sont  dans  Muret, — Simon  s'enfuirait  par 
les  autres  comtés, —  et  les  d^is  setaient  doublés  à  le  pour- 
I  suivre.  —  Ainsi  d<mc,  le  mieux  est  de  nous  accorder  tous,  — 
I  et  de  les  laisser  entrer;  après  cela,  les  dés  sont  4  nous,  —  et 
>  nous  ne  les  lâcherons  point  que  la  partie  ne  soit  gagnée. — Faites 
'  dire  cela  auxvdtres.  • 


GXXXVIII. 

El  (là-dcssns)  les  damoiftcaux  ((IfsCapilouls  ;  vont  dire  au  con-  tn*t 
seil  principal  (de  la  niHicp)  - —  do  f^iro  à  1  inslanl  de  Muret 
sortir  riinst  communal,  —  de  no  plus  y  trancher  palissade  ni 
barrière,  —  mais  dy  laisser  toute  chose  entière  ri  debout;  — 
d'enjoindre  è  chacun,  par  (tout  )  ce  qu  il  a  de  clier,  de  letouiuer 
aux  tentes, —  parce  qu'ainsi  l'ordonne  le  bon  roi  (d'Aragon)  397:. 
au  cœur  impérial.  —  >  Don  Simon,  disent-ils,  doitanriver  à  Mu- 
*  ret  avant  le  soir,— et  il  aime  mieux  le  prendre  là  qu'ailleurs.  > 
— Les  bommm  (de Toulouse) .  quand  ils enlendenicet  (ordre), 
sortent  tous  ensemble  —  et  s'en  vontà  travers  les  tentes,  chacun 
à  son  poste  : — làils  se  mettent  tous  4  manger  «t4  boire,  les  petits  >gSo 
et  les  grands; — et  4  peine  avaient-ils  mangé ,  quHb  virent  le  long 


814        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

La  ribeîra  resplan  co  si  losso  cristalh 

Dds  elmes  e  dds  brancB  quieu  dig  pcr  tant  Manal 

Ane  en  tan  paaea  gent  no  vis  tan  boa  vaaial 

lE  intran  a  Murd  per  mei  lo  meicadal 

F  van  a  las  all)crgas  coni  baron  natuni 
K  an  pro  atrohat  pa  «■  vi  c  carnal 

«990  E  puis  a  Icndema  eau  viro  io  jomal 
Lo  boa  iw  dArago  e  tait  fi  sou  capdal 
Eiaon  a  pariament  de  tan  en  .1.  pradal 
E  lo  coms  de  Tholou  cl  de  Foik  alertai 
F  lo  conis  (le  Cnmenge  ab  bon  cor  e  leial 

>9a6  E  mot  dautri  baro  en  Ugs  lo  sencscal 
£ls  horzes  de  Toloza  c  tuit  li  menestral 
El  rds  pariet  priraers. 


CXXXIX. 

Lo  reîs  pariet  pnmers  car  el  aap  gent  pariar 
Senhora  so  lor  a  dit  aujata  quooa  vulh  monatrar 
3ooo  Simos  ce  lai  vengutz  e  no  pot  eacapar 

Mas  pcro  en  vos  vulh  daitant  asalmitar 
Quv  la  balalha  er  ahans  de  lavesprar 
E  vos  autres  siats  adreit  per  capdeiar 
Sapjatz  I0&  grans  colp»  e  ferir  e  donar 

3qo&  Que  ai  eran  x.  tani  ails  farem  traaton^ar 
E  lo  coms  de  Toloza  se  prea  a  monar 
Seuber  reis  dArago  abn  voleta  escoutar 
Eu  von  diireî  mo  sen  ni  que  nrr  bo  per  far 
Faasam  entorn  las  tendas  las  barrciras  dressiu 

foio  Que  nulbs  om  a  caval  dins  non  puesca  lutrar 
E  ai  veaoilb  Fiances  «jnena  vulhan  aaautar 


V 


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CUOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  215 
d'un  coteau «—  le  comte  de  Montfort  venir  avec  sa  bannière,  — 
(lui  )  cl  beaucoup  d'autres  Françaw  tous  à  cheval.  —  La  rivière  «9»5 
resplendit  des  épées  et  de  s  hrnunies,  comme  s^ils  étaient  de  cris- 
tal, et  je  vous  dis,  par  saint  Marceau)  —  que  jamais,  en  si  petite . 
troupe,  Ton  ne  vit  tant  de  braves. — Ils  entrent  à  Muret  à  travers 
le  marché,^  et s*en  vont,  comme  vrais  barons,  à  leurs  alber- 
gues,  —  où  ils  trouvait  du  pain,  du  vin  et  de  la  viande.  —  Le  '990 
lendemain,  dès  qu'ik  aperçurent  le  jour,«  le  bon  roi  d'Aragon 
et  tous  les  autres  cbe&  —  se  rassemblent  en  paiement,  hors 
des  tentes,  dans  un  pré.  —  (Là  se  trouvent]  le  comte  de  Tou- 
louse et  celui  de  Foix,— le  comte  de  Gomminges  au  cœur  bon 
et  loyal ,  —  Hugues  le  sénédial ,  avec  beaucoup  d'autres  barons,  199$ 

—  les  boui^eois  de  Toulouse  et  tous  leurs  officiers.  —  Le  roi 
parle  le  preuiier. 

CXXXIX. 

Le  premier  le  roi  parlo,  car  bien  sait-il  parler.  —  «  Seigneurs, 
«  leur  a-t-il  dit ,  écoule/.  <  c  (\nv  je  voiix  vous  apprendre.  — Simon  Aoao 

•  vient  d'entrer  là  (à  Muret) ,  et  ne  peut  échapper.  — Je  n'ai  besoin 

•  de  vous  informer  d'autre  chose,  —  sinon  qu'il  y  aura  bataille 
«  avant  le  soir;  "—ainsi  donc,  songea  tous  à  bien  commander,  — 

■  etsacbea  donner  et  frapper  les  grands  coups;  —  et  quand  les  3««S 

•  Françaisseraient  dix  fois  |dus nombreux,  nous  lesferons  reculer.  » 

—  Le  comte  de  Toulouse  se  prit  ensuite  à  discourir  :  —  ■  Sei- 
«  gneur  roi  d'Aragon,  si  vous  voulez  m'écouter,  —je  vous  dirai  mon 
«  sentiment  de  ce  qu'il  faut  faire. — Faisons  autour  des  tentes  dre»- 

«  ser  des  barrières,— de  sorte  que  nul  homme  à  cheval  ny  puisse  3i>io 
«  entrer.  —  Et  si  les  Français  viennent  pour  nous  assaillir, — nous 


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21fi        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  nos  ab  lat  balestas  los  làrein  toit  mfrar 
Cant  auran  los  cab*  vouti  podem  los  encauaar 

E  poirem  los  trastotz  aisi  dcsharatar  ^ 
SotS  So  ditz  Miqucl  de  Luzia  jcs  aiso  bo  nom  par 
Que  jal  rois  ilArago  lassa  ccst  mal  cstar 
E  os  mot  gi  aiis  pocatz  car  avctz  oii  estar 
Per  vostra  volpilha  us  laichatz  deacretar 
Senbors  so  dtta  lo  ooms  als  non  pose  acabar 
3oio  Ers  sia  cous  vulhaU  cabans  de  lanoitar 
Vcircm  hc  cals  sira  darrieis  al  camp  It  vnr 
Ab  lanl  cridan  ad  armas  e  van  se  luit  arnaar 
Entre  sus  a  las  portas  seii  van  cspcronar 
Si  que  an  los  Frances  trastotz  faits  ensarrar 
SoiS  E  per  meia  la  porta  van  las  lansas  gitar 

Si  quel  dins  el  de  fora  oontendon  ml  lumdar 

F.s  girton  dartz  c  lansas  es  van  grattS  COl^  donar 
D<'iitraiiil)as  las  jiarlidas  no  fan  lo  sanc  raiar 
Que  trastota  la  porta  viratz  vcrmeihciar 

3o3o  Gan  aiccls  de  la  Îora  no  pogron  dias  intrar 
Dreitament  a  las  tendas  sen  prendo  a  tomar 
Yel  vos  asetiata  totx  essems  al  dinnar 
Mas  Simos  de  Moiitfort  fai  per  Mmel  cridar 
Per  trastotz  los  osdals  (|ue  fassan  ciiselar 

3oJ5   E  fassan  las  rul)«'rlas  sohrcis  eavals  l'itar 

n 

Que  vciran  dcls  dciora  sils  poiran  cnganar 
A  la  porta  de  Salas  los  ne  &n  toti  anar 
E  cant  foron  de  fora  près  se  a  sermonar 
Senbors  baro  de  Fransa  nous  sei  nulh  cosselb  dar 
3«4o  Mas  quem  vengutx  trastuit  per  nos  lots  perilbar 
Ane  de  tota  esta  noit  no  fi  mas  perpessar 
Ni  mei  olh  no  dorniiron  ni  pogron  rcpauzar 
E  ai  aisi  trobat  e  mon  estnaiar 
Que  per  aquest  semdier  nos  covindra  passer 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  «7 
« —  les  ferons  aavrer  par  nos  arbalèti-s;  —  cl  quand  ils  tourne- 
«  lont  la  face,  nous  poturons  les  poursuivre,  —  et  de  la  sorte  le» 
«  déconfire  tous.  »  — ■  «  Cela  ne  me  paraît  déjà  point  bien,  ifii  Mî^  toiS 

•  chel  de  Luzian,  —  <{ue  le  roi  d'Aragon  ait  ouvert  cette  tri*!»  dó- 
«  lìbinrtìon  :  —  mkb  tmu  fiâtes  pis  (  seigneur  CMnIe) >  voue 

•  ayant  (de  vaAt^)  terres.— 'votttltÌMez  par  couardise  déshériter. 

■  Seipieuis  t  dit  dor*  1«  comte ,  je  ne  propose  plus  xien.  —  Faites  3gsa 

•  ce  que  vous  voides;  et  «vant  qa*E  ne  fasse  nuit,  — nous  verrons 

•  bien  qui  sera  le  dernier  à  lever  le  camp.  >  — <  Lè-dessus,  on  crie 
aux  armes,  et  tous  se  vont  armer;  —  ils  s'en  vont  éperonnant 
jusqu'aux  portes  de  la  inlle,  — *  contraignent  tous  les  Fraatais  à 
s'y  enfeimw,  —  et  lancent  leurs  ^^neux  à  tiavers  la  porte.  —  De 

■s 

sorte  que  ceux  de  dedans  et  ceux  de  ddiors  bataillait  sur  le 
seuil,  —  se  jettent  lances  et  dards,  et  s'entre-fiuppent  à  grands 
coupe,  —qui  des  deux  câtés  font  couler  le  sang  (tellement}  — 
que  vous  en  vmies  la  porte  devenue  toute  vermeille.  —  Ceux  Mo 
de  dehors  ne  pouvant  entrer  dans  la  ville ,  —  s'en  retournent 
tout  droit  à  leurs  tentes  ;  —  et  les  voilà  tous  ensemble  assis  à 
dîner.  —  Mais  Simon  de  Montfort  fait  alors,  dans  Muret,  crier 
—  par  toutes  les  albcrgties  de  seller  les  chevaux  —  et  de  leur  do3& 
mettre  leuis  bardes  sur  le  dos.  —  alui  de  voir  s'ils  pourront 
prendre  nu  picgc  ceux  de  dehors.  —  Il  ordonne  que  tout  le 
monde  se  réunisse  à  la  porte  de  Salas;  —  et  quaud  ils  sont  tous 
dehors,  il  se  prend  à  discourir  :  —  •  Seigneurs  barons  de 

•  France,  je  ne  sais  vous  dire  autre  chose,  —  sinon  que  nous  iuio 

•  sommes  tous  venus  ici  nous  mettre  en  péril,  —  Je  n'ai  fait, 

•  toute  cette  nuit,  que  réilcchir;  —  et  mes  yeux  n'out  pu  ni  doi^ 

■  mir,  ni  reposer.  —  Or  voici  ce  qu  en  réfléchissant  j'ai  trouvé  : 

■  —  B  nous  &ut  suivre  ce  cbemin ,     et  marcher  droitaux  tentes,  3««s 

k  18 


218        CROISADE  CONTEE  LES  ALBIGEOIS. 

3o45  E  aneni  clreit  a  las  tcndas  com  per  l>atalha  dar 
E  si  eisoQ  de  foras  (juens  vulliau  ai>aitar 
E  si  nos  de  las  tendas  cois  podem  alunhar 
Noi  a  mas  que  fugam  lot  dreit  ad  Autvilar 
Dits  lo  coms  Baudois  anem  o  esaiar 

3o5o  E  si  eissott  de  fon  pessem  del  be  diaplar 

Que  mais  val  morts  ondrada  que  vins  mendîgueiar 
^\Ltant  Foiquets  lavcsqucs  los  a  près  a  senhar 
(iuilheuraes  de  la  Barra  los  près  a  capdelar 
E  fels  en  très  partidas  totz  esse  ma  escalar 
E  totas  las  senlieirns  cl  primer  cap  anar 
£  van  dreit  a  las  tendas. 

CXL. 

Tuit  sen  van  a  las  tendas  per  meias  las  palutz 
Senheiras  desplcgadas  els  penos  destendats 
Dels  escuts  e  dels  elmes  on  es  U  ors  batuts 

3o6o  E  daiiabercs  e  délias  tota  la  preasan  luts 
El  bqs  reis  dArago  cant  los  ag  perceubnts 
Ab  petits  companhos  es  vas  lor  atenduts 
El  ome  de  Tolosa  i  son  tuit  corregutz 
Que  anc  ni  coms  ni  reis  non  fon  de  rcn  creuta 

Jo6â  E  anc  non  saidjon  mot  trois  Frances  son  vengutz 
E  van  trastnit  lai  ou  foi  reis  conogutz 
El  escrida  eu  sol  reis  mas  noi  es  entendulz 
E  fo  si  malament  e  nafralz  e  ferutz 
Que  per  meia  la  terra  ses  lo  sauts  espandutz 

3070  E  loras  cazec  mortz  aqui  totz  estendutz 
E  lautri  cant  o  viro  tenos  per  deoeubutz 
Qui  iug  sa  qui  fug  la  us  no  ses  defendutz 
£  li  Frances  lor  coiro  e  an  iots  lor  destmti 
£  an  los  malament  de  guisa  oombatutz 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  219 

•  comme  pour  livrerbataille.  —  S'ils  sortent,  résolu»  inous tenir 

•  tôtc.  —  et  si  nous  ne  pouvons  les  chasser  de  leurs  tentes,  —  il 

•  ne  nou.s  rcsto  qu'à  nous  enfuir  tout  droit  à  Maulvillar.  »  — 

•  Faisons  i-n  l'essai,  dit  le  comte  Baudouin;  —  et  si  l'ennemi  3..5o 

•  sort,  pensons  h  bien  tailler  :  —  mieux  vaut  mourir  glorieuse- 

•  ment,  <|ue  vivre  en  mendiant.  «  — Là-dcsstjs,  rêv«'-(|vu'  l'olquct 
se  prcttd  k  leur  donner  la  bcncdictiou,  —  et  Guillaume  de  la 
Barre  se  met  à  leur  tête.  —  11  en  fait  trois  corps  de  bataille,  l'un 

à  l'autre  échelonnés;  —  il  &Ìt  avec  le  jHremier  corps  marcher  ^»^^. 
toutes  les  bannières , — et  ils  vont  droit  aux  tentes. 

CXL. 

Ils  8*en  vont  droit  aux  tentes,  k  travers  le  marais  «•^bannières 
déployées  et  pensons  flottants  -d'écos ,  de  heaumes  dorés  à  or 
battu, — de  hauberts  et  d'épées  reluit  toute  la  prairie.— ~-Quand 
le  bon  roi  d'Aragon  les  aperçoit, — il  les  attend  avec  un  petit 
nombre  de  compagnons; — mûstous  accourent  aussi  les  hommes 
de  Toulouse,  — •  sans  écouter  nullement  le  roi  ni  le  comte, 
sans  savoir  de  quoi  il  s'agit,  jusqu'au  moment  où  les  Français 
sont  là,  — qui  s'élancent  tous  là  ou  le  nu  t  lait  inconnu.  —  «Je 
«  .suis  le  roi!  «  s'ccrie-t-il;  mais  un  aie  l'ent»  nd  pas;  —  et  il  est  .si 
cruellement  lia[)pé  et  blessé. — que  .sou  .sang  a  coulé  juscpià 
terre — et  qu'il  tomhe  là  étendu  mort. — f-es  autres,  qui  le  3070 
voient,  se  tiennent  pour  perdus.  —  Qui  luit  çà,  qui  luit  là  :  per- 
sonne ne  se  défend  ;  — les  Français  les  poursuivent,  les  exter- 
minent,—et  leur  font  si  dure  guerre, —  que  celui cpii  leur  3075 
iH  happe  vivant  se  croit  sauvé  (  par  miracle).  — Le  carnage 
dura  jusqu'au  Bivet.— Ceux  de  Thost  de  Toulouse  restés  aux 

À 

r 


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220        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

3«75  Car  cel  qui  vius  nescapa  se  te  per  ereubuU 
Entro  sus  al  Rivel  es  lo  rhaples  tm^tiU 
El  ome  de  Toloza  cals  Iraps  son  romazuU 
Estero  tuit  essemps  maiameiil  desperduU 
Èn  DalmAtx  dEnteisehl  es  per  laîga  einl)itaU 

3o8»  E  crida  Dieus  ajuda  grans  nids  nos  ca  cregnts 
Quel  bos  reis  dÂngo  es  morts  e  recresuts 
E  tent  baro  dels  autres  que  so  morts  e  vencuts 
Jamais  tan  grans  dampna^s  non  sera  receubvls 
AJ)  tant  es  de  Garona  fors  de  laiga  issnts 

Mb  £1  pobles  de  Toloza  e  lo  grans  cd  moauts 
Sen  son  trastuit  csscms  vcs  laiga  correguts 
E  passon  cels  qrue  poojon  mas  mots  nia  remasutx 
Laiga  qups  rabineira  na  nogat/.  e  pcriitz 
E  remas  ins  ol  camp  traslot/.  io  loi-  trautz 

3090  Don  fo  lo  grans  dampnatges  j)or  lo  mon  reteudutz 
Car  maas  om  i  rcmas  totz  morts  e  estendutz 
Don  es  grans  lo  dampnatges. 


GXLI. 


Mot  fo  grans  lo  dampna^es  ol  dois  ei  perdementz 
Gant  lo  reis  dÂrsgo  remas  mort  e  sagnens 
3Ó9S  E  mot  dautrcs  baros  don  fo  grans  launimens 

A  tôt  crestiancsme  e  a  trastotas  gens 
Eis  omes  de  Tlioiosa  totz  iratz  e  dolens 
Aicels  qui  son  estorlï  que  no  son  rcmnaens 
Sen  intran  a  Tolosa  dcdins  los  l)astimcns 
îioo  En  S^iuos  de  Montiort  aiegres  e  jauzcns 
A  rctengut  lo  camp  don  ac  mans  garnimens 
E  moftva  e  retra  frastots  sos  partîmens 
E  lo  coma  de  Tolosa  es  irati  e  doleos 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  221 
tentes  —  étaient  là  tous  ensemble ,  comme  hommes  éperdus , 
— lorsque  don  Dalmacc  d'Entoisel  s'est  lancé  dans  l'eau,  —  en  3o»o 
criant  :  «  Au  secours!  grand  mal  nous  est  anivé, — le  bon  roi  d'A* 
■  ragon  est  abattu  et  mort  !  — et  avec  lui  sont  morts  tant  d'autres 
•  barons ,  —  que  jamais  perte  si  grande  ne  sera  réparée,  a— Par- 
lant ainsi ,  il  est  sorti  de  l'eau  de  Garonne;— et  aussitAt  tous  les 
hommes  de  Toulouse,  les  principaux,  les  moindres,  — ont 
couru  tous  ensemble  vers  la  ririireî— ceux-là  la  pessent  qui 
peuvent;  mais  beaucoup  restent  en  deçà,  —  et  Teau,  qui  • 
roule  comme  toirent,  en  a  «a^uti  plusieurs.  —  Dans  le 
camp  est  resté  tout  le  bagage, — et  grande  en  retentit  la  perte  ^ 
par  le  monde;  —  et  ce  fut  aussi  de  maint  homme  qui  resta  là 
moft  étendu  —  grand  dommage. 


CXLL 

Grands  furent  le  dommage,  la  douleur  et  la  perte,— lorsque 
le  roi  d'Aragon  resta  (sous  Muret)  mort  et  sanglant,— avec  3095 
grand  nombre  d'autres  barons;  et  grande  fut  la  honle  (qui  en 
revint)— à  toute  la  chrétienté  et  à  tout  le  monde.  — Les  hommes 
de  Toubuse,  ceux  qui  se  sont  sauvés  de  là  où  sont  restés  tant 
d'autres,  tristes  et  dolenu,— rentrent  à  Toulouse  dans  leurs 
maisons.— Kihis  Simon  de  Mqntfort,  allègre  et  joyeux, — s'est  3i«9 
emparé  du  camp,  o&  il  a  trouvé  force  dépouilles,  —  dont 
il  ve  dictant  et  assignant  les  diverses  parts.  —  (  Quant  au  ) 
oomte  de  Toulouse,  triste  et  soucieux,  —  il  dit,  et  dit  se- 


222         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Ei£  a  dig  al  Capitol  cz  aqiio  bassamens 

itoi  Quai  mielhs  qucs  fis  pucstan  fassan  acordamens 
Que  cl  ira  ai  Papa  iai  sos  cjucrflliaiucns 
Quen  Sîmos  de  Montfort  ah  sos  niais  cauziuiens 
La  gitat  de  sa  terra  ab  ^azios  turmcns 
Pueili  issic  de  sa  tena  e  sos  filhs  ichamens 

iiio  El$  bornes  de  Tolosa  cum  caitieus  e  dolens 
Sacordan  ab  en  Simo  e  ii  fiin  sagramens 
E  redos  a  la  g^eûa  a  tots  bos  caosimens 
Ki  cardenals  triuncs  a  Paris  ichamens 
Al  fìili  del  rei  de  Fi  ansa  (  ades  yeogà  correns 

3iȉ  Ez  cl  i  es  vcngiilz  liautz  e  alegratncns 
Ez  inIran  a  Toloza  trastol  roininalmcns 
E  ])orprcndo  la  viia  o  Ins  ;»ll><  i nncns 
Ez  albergon  ab  joia  dcdms  lus  paznuens 

•       Eis  ornes  de  la  vila  dizou  siani  suffrens 

3itQ  Suffrara  so  que  Dicus  vol  traslot  pazihlainens 
Que  Dieus  nos  pot  aidar  que  es  nostre  guirens 
El  filbs  del  rei  de  Fransa  ques  de  mal  cossentens 
En  Simos  el  cardenals  en  Foies  mescUdamens 
An  dig  en  lor  secret  can  lo  barreiamens 

St»&  Per  trastota  la  vila  e  pois  lo  focs  ardens 
En  Simos  se  perpessa  que  es  mais  e  oosens 
Que  si  destroi  la  vila  non  er  sos  salvamens 
Que  mais  val  sia  sens  totz  latirs  r  totz  largwis 
E  puesh  io  entre  lor  aitais  empreudrrivms 

iiio  Oncs  itmplan  los  valalz  e  rmlhs  oni  ikÎ- ndcns 
No  st  pucsra  doii  uilit  al)  nogiis  ^'ai'ninu  u.s 
E  trastotas  las  lors  els  murs  els  hastimcas 
Que  sian  derrocatz  e  mes  en  fondeniens 
Aisi  fo  autreiats  e  dig  lo  jutjamens 

Siss  En  Simos  de  Montfort  remas  terra  tenens 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  ?55 
crètement  h  (  (nix  du  Capitole — de  faire  la  paix  aussi  bion  qu  ils  3ioâ 
pourront, — et  qu'il  s'en  ira,  lui,  se  plaindre  au  Pape  —  que 
Simon  (le  Monlfort ,  par  ses  menées  (lis<  ourtolses,  —  l'a  chassé 
île  sa  Icrre  (cl  accablé)  de  douleurs  poignantes  comme  glaive. 
— Et  ià-dessus,  il  sort  de  sa  terre  avec  son  fds.  —  Les  hommes  juo 
de  Toulouse,  chétiis  et  contraints, — s  accordent  avec  don  Simon, 
lai  jurent  (fidélité). — et  m  soumettent  toyalment  4  l'église. — 
Le  cardinal  envoya  (  alors)  k  Paris  (dire  ]  — au  fik  du  roi  de  France 
de  venir  en  toute  hftte. — Et  le  ({ninoe)  est  venu  allègrement  SuS 
et  empressé: — ib  entrent  (le*  Croisés  et  lui)  ensemble  à 
Toulouse,— occupent  la  ville  et  les  albergues. — et  s'établis- 
sent joyeusement  dans  les  cours. — «  Suivrions  cd««  disent  les 
«bommes  de  la  ville, — supportons  en  paix  tout  ce  i|ue  Dieu  Sim 

•  veut; — car  Dieu,  qui  est  notre  sauveur,  pourra  nous  se- 

*  courir.  • — (Cependant)  le  fils  du  roi  de  France,  qui  consent  à 
mal,  — don  Simon,  le  cardinal,  et  Folquet  tous  ensemble,— 
proposent  en  secret  de  saccager  (d'aliord) — toute  la  villeî  P«i*  3»*S 
d'y  mettre  le  feu  ardent  (pour  la  brûler).  —  Mais  don  Simon 
refléchit  que  K'  parti  est  dur  et  terrible;  —  que  s'il  détruit  la 
ville,  ct  sora  à  soq  dommage;  —  qu'il  vaut  mieux,  pour  lui,  en 
avoir  tout  l'or  et  tout  l'argent. — Ils  s'arrêtent  enfin  à  ce  parti, 

— que  les  fossés  de  la  ville  soient  comblés,  et  que  tout  homme  3,4, 
pouvant  la  défendre — n'ait,  pour  cela,  ni  arme  ni  armure; 
—  quf  toutes  les  tours,  les  fortifications  et  les  murs  — 
soient  abattus  et  rases  jusiju'aux  fondements.  —  Cela  lut  i  on- 
vcnu,  et  la  scntcnre  en  fut  portée. — Don  Simon  de  Mouliort  j.ji 
resta  en  possession  du  pays — et  de  totitcs  les  autres  terres 
qui  en  dépendaient.  —  (Ainsi)  à  Îoixc  de  fausses  prédications 


224       CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

De  trastotas  las  texm  quea  eran  apendena 
Ai  comte  At  Tboloia  ni  als  aieiis  iMHfolens 
Quel  es  dezeretati  ab  fal»  preaicameiu 
£1  reia  tonua  en  Franaa. 

CXLII. 

âiio  Lo  ûlhs  del  rei  de  Frama  fo  mot  be  aculhitz 
Per  son  paire  e  pels  autres  e  volgutt  e  graziU 
Ez  es  vcngutz  en  Fransa  de  sobrel  arabitz 
£  comta  al  rei  son  paire  cum  ses  beu  cnautitz 
En  Sîmoa  de  Montfort  ni  cum  ses  enriquitx 

3i4&  El  reis  no  respon  mot  ni  nulha  re  no  dha 
Hieu  cug  per  cela  terra  sera  morts  e  délits 
En  Sîmo  en  Gui  so  fraire  tant  no  ao  ichemits 
Ar  toinem  al  proa  oomte  ques  nés  anaAs  fiiidits 
Per  terra  e  per  mar  a  trop  estât  marritz 

3iS»  Mas  cum  que  sia  fag  Dieus  e  Sant  Esperits 
Lha  ftit  tant  de  miracle  ques  a  bon  port  ichitz 
Que  sol  e  son  pauc  filh  do  mainacîa  escaritz 
Sen  son  intratz  en  l'ioma  on  .so  so  conganzitz 
La  us  a  dig  a  lantre  que  Dieus  lor  sia  guitz 

3iii   Arfui  es  lo  coins  do  Koih  qnos  de  parlar  ai/itz 
Imi  Aiuaut  de  Vilaniur  ques  de  bon  cor  garnitz 
E  en  P.  R.  i  fo  de  Rabutencs  lardits 
Es  ac  ni  gran  re  dautrea  de  ries  e  damarvita 
Que  mairtedran  lor  dreg  si  hom  lor  contradits 
i(«  Can  U  cort  er  complida. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  225 

sont  dépouillés  de  leurs  héritages — le  comte  de  Toulouse  et 
ses  amis;— et  le  (ÎUs  du  roi)  retourne  en  Fmnee. 


CXLII. 

Le  fib  d«  toi  de  Ftwoem  tut  à  merveille  accueilli,— et  si*» 
dêmé  par  «on  père  et  par  les  autres,— quand  il  est  reveuu  en 
Fnuioe  sur  son  cheval  d^Arabie, — et  quand  il  a  conté  au  roi 
son  pire  comment  est  en  pouvoir — et  en  richesse  monté 
Simon  de  Montfairt.~Mais  le  roi  ne  lui  répond  pas,  ne  lui  dit  Siis 
pas  une  parole. —Et  mm  je  crois  que,  pour  cette  terre,  seront 
ocds  et  détruits — don  Simon  et  don  Guy  :  ils  ne  sont  pas  assez 
illustres  (pour  ^e).— Mais  revenons  actuellement  au  preux 
comte ,  qui  s'en  est^é  banni;  —il  a  par  terre  et  par  mer  longue* 
ment  souffert. — Après  tout,  cependant.  Dieu  et  le  Saint-Esprit  3ts» 
— ont  fiât  pour  lui  tel  miracle,  qu'il  est  arrivé  à  bon  port  :  — 
luietson  tout  jeune  fils,  avec  leur  cortège, — sont  entrés  à  Home, 
en  se  félicitant,— priant  l'un  et  1  antre  Dieu  de  vouloir  bien  être 
leur  guidp.  —  \Á  sont  le  comte  de  Foix,  hahile  à  discourir;— ~  3,58 
don  Arnaud  de  Vilamur,  de  noble  cœur  armé; — Pierre  Roger 
de  Rabastens ,  k'  hardi ,  —  et  beaucoup  d'autres  barons  des  plus 
puissants  et  des  plus  experts,  —  qui  niainltcnclront  leur  droiti  SI 
on  le  conteste,— quand  la  cour  sera  assemblée.  3,^ 


226 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


GXLIIL 

Gant  la  cortz  es  complida  es  mot  grans  lo  reaaos 
Del  seDhor  Apostoll  ques  vers  rcligios 
Lai  fo  fiûts  lo  concUb  e  la  legacios 
Dels  prekts  de  £^esa  que  lai  foron  somos 

3i«s  Gaidenals  e  avesqncs  e  al>ali  e  prion 
E  comtes  e  vescomtes  de  motas  regios 
Lai  fol  coms  du  Tholosa  c  sos  filhs  bela  e  bos 
Quez  vcngutz  dEngiatcrra  ah  potitz  ciimpanbos 
E  tresjMisec  per  Fransa  pcr  motz  locs  periihos 

i»7o  Car  gent  nArnaut  Topina  li  menri  a  rescos 
E  SCS  vcngutz  a  Uoma  on  es  sagiacios 
£  mandée  lApostolis  que  reconciliatz  fos 
Quaac  no  nasquec  de  maire  nulhs  plus  avinens  tos 
Quel  es  adreîte  e  savîs  e     gentils  fiusM 

S17»  E  dd  miUior  linagc  cjuc  sia  ni  anc  fm 

De  Fransa  e  dEnglaterra  e  del  comte  nAnfos 
E  fo  il  coms  de  Foih  qnes  avinens  e  pros 
E  denant  lApostoli  ^etans  agenolhoa 
Per  recobrar  las  terras  que  foron  dels  pairrn 

SiSe  LApostolis  regarda  ielant  e  sas  faisos 
E  GonosG  io  linatge  e  sanb  las  falhizos 
De  glîeza  e  de  clercia  que  son  contrarios 
De  pictal  c  (lira  nal  cor  tant  doloiros 
Quen  sospira  en  plora  de  sos  olhs  ambedos 

3i$5  Mas  lai  no  val  als  toaites  dreitr  ni  fes  ni  raxos 
Mas  pero  lApostolis  ques  savis  e  guiscos 
Denant  tota  la  cort  e  vczen  dels  baros 
Monstre  per  escriptnra  e  per  leials  sermos 
Quel  comte  de  Tholosa  no  repren  ocaisoe 

3190  Quel  deia  perdre  terra  ni  <{ue  mais  creiens  fos 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  227 


CXLIIL 

Quand  U  cour  du  seigneur  Fape,  vrai  dief  de  la  leli^on,  — 
«il  complète,  grande  est  la  rumeur  (qui  s'y  élève).  —  Là  fut 
tenu  le  conseil  et  rassemblée  — des  prélats  de  l'églisOf  qui  avaient 
été  tous  oonvoipiés;  —  des  cardinaux  et  des  évéqoes,  des  abbés 
et  des  prieurs,  —  des  comtes  et  vicomtes  de  maint  pays.  ^ 
Le  comte  de  Toulouse  y  assista  avec  son  fils,  avec  ce  bel  et  bon 
(inlant),  —  qui  d'Angleterre  est  arrivé  avec  de  jeunes  compa- 
gnons, —  ayant  traversé  en  France  maints  endroits  périlleux, 

—  bien  et  secrètement  guidé  par  Arnaud  Topina. — Il  est  arrivé  3 170 
k  Rome,  la  ville  des  choses  sacrées;  ^  le  Pape  a  voulu  qu*il 

fût  réconcilié  (avec  Téglise),  —  car  jamais  de  mère  ne  naquit 
garçon  plus  gracieux,  —  plus  adroit,  plus  siigc  et  de  plus  gen- 
tilles fa^'ons,  —  sans  parler  de  son  lignage,  le  plus  noble  qui  soit 
ou  qui  ait  été  —  en  France,  en  AuE^lelcrrc ,  (ou  dans  le  pays) 
du  comte  Alphonse.  —  Là  fut  aussi  le  comte  de  Foix,  le  preux 
et  l'avenant.  —  (Le  comte  de  Toulouse  et  son  iils)  se  jettent 
à  genoux  devant  le  Pape,  —  redemandant  les  terres  qui  furent 
(celles)  de  leurs  pères.  —  Le  Pape  considère  l'infant  et  son  air;  3iSo 

—  il  connaît  sa  noble  race,  il  sait  les  torts  — —  de  ré|i;Iise  et  du 
decgé,  ennemis  (du  comte),  et  il  a  le  cœur  si  troublé  de 
pitié  et  de  souci,  —  qu'il  en  soupire  et  en  pleure  de  ses  deux 
yeux. —  Mais  il  n*y  a  là  ni  droit,  ni  foi,  ni  raison  qui  servent  3iS5 
aux  (deux)  comtes;  —  si  ce  n*est  que  le  Pape  •  qui  est  sage  et 
prudent,  —  devant  toute  la  cour,  et  en  présence  des  barons, 

démontre  par  écritures  et  par  loyales  paroles  —  qu'il  n'a  319a 
point  à  reprocher  au  comte  de  Toulouse  des  actes  —  potu* 

. 


228         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Ans  la  près  pcr  catholic  en  failz  e  en  respos 
Mas  pcr  ia  covincnsa  cavian  cntrels  dos 
E  pcr  paor  de  clcrcia  de  quel  es  temoros 
Li  retenc  pucih  sa  terra  en  dcvenr  podcros 

319»  E  vole  que  la  tenguos  en  comandan  Sinios 
Car  en  autra  manoira  noi  en  eral  failz  dos 
Don  li  comte  reniazo  ab  coratgcs  felos 
Car  cel  que  pert  sa  terra  mot  nal  cor  cngoiclios 
Mas  dcnant  lAposloli  car  es  tcnip  e  sazos 

3*00  Se  levai  conis  de  Foib  e  aondal  razos 
£z  el  sap  la  ben  diire. 


CXLIV. 

Ez  el  sap  la  ben  diire  ab  sen  e  ab  escient 
Canl  lo  coms  se  razona  de  sobrcl  pazimcnt 
Tota  la  cortz  Icsroiita.e  lesgarda  e  lentent 

3io5  Ez  ac  la  color  fresca  c  lo  cors  covinent 
E  venc  a  1  Apostoii  e  dib  li  belanient 
Senlier  dreitz  Apostolis  on  tolz  lo  mon  apent 
E  tel  loc  de  sent  Pcire  el  scu  govcrnament 
On  tuit  li  pccador  devon  trobar  guirent 

3iio  E  deus  tener  drcchura  c  patz  e  judjanient 
Pcr  so  car  î  est  pauzatz  al  nostrc  salvament 
Senhcr  mos  diitz  escota  e  totz  mos  drcit  me  rent 
Quieu  me  pose  cscondire  e  far  ver  sagramcnt 
Cane  non  amei  eretgcs  ni  nulb  boni  mescrezcnt 

3iiS  Ni  volb  ja  lor  paria  ni  mos  cors  nols  cossent 
E  pos  la  santa  glieza  me  troba  obedient 
Soi  vengulz  en  ta  cort  pcr  jutjar  Icialmcnt 
Eu  el  ries  coms  mos  senlicr  e  ses  (ilbs  icbament 
Ques  beb  e  bos  e  savis  e  de  petit  jovcnl 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  229 
lesquels  il  doive  perdre  sa  terre,  ni  d'être  mécréant:  —  qu'il 
l'a  trouvé  (bon)  ratholiqiie  de  fait  et  de  propos;  —  mais  qu'à 
raison  de  l'ace  ot  d  conclu  avec  lui«  —  et  par  ménagement  pour 
ie  cleigé  qu'il  redoute*  —  il  lui  ft  depuis  retenu  sa  terre,  en  a 
pris  le  gouvernement»  —  et  a  voulu  que  don  Simon  la  tint  en  i»»^ 
commande,  —  sans  lui  en  avoir  fait  don  en  aucune  manière ^ 
~  pour  que  les  comtes  en  eussent  le  cœur  coutristé,  —  comme 
l'a  toujours  quiconque  perd  sa  terre.  —  Mais  il  est  tempe;  voilà  Stoo 
le  moment  pour  le  comte  de  Foiz  de  se  lever  devant  le  Pape; 
il  a  de  bonnes  raisons  k  dire  —  et  saura  bien  les  dire. 

CXLIV. 

n  saura  prudemment  et  Moment  les  dire.  —  Quand  il 
commence  à  discourir,  debout  sur  le  parquet,  —  toute  la  cour  le 
regarde,  récoutc  cl  l'cntond.  —  Beau  de  pcrsoiuie,  de  Iraîche  cou-  3io5 
leur,  —  il  s'avance  vers  le  Pape,  et  lui  parle  avec  révérence  :  — 

•  Seigneur  vrai  Pape,  de  qui  le  monde  entier  relève,  —  aussi 

•  bien  que  la  ville  de  Saint-Pierre  et  son  gouvernement, — auprès 
«de  qui  tous  les  pécheurs  doivent  trouver  un  remède,  —  et  3>i« 

•  dois  par  tes  jugements  maintenir  la  droiture  et  la  paix;  —  élevé 
«  sur  ce  siège  pour  notre  salut,  —  seigneur,  écoute  mes  paroles 
«  et  me  rends  justice.  Je  puis  aisément  me  justifier  et  jurer 
«  en  toute  vérité  — que  je  n*aimai  jamais  hérétique  ni  mécréant; 

que  je  n*ai  jamais  cbercbé  leur  société,  ni  ne  les  approuve  i»t& 
«  en  mon  cceur.  —  Obéissant  et  soumis  à  la  sainte  église,  — je 
<  suis  venu  loyalement  en  ta  cour  (ehercber  mon  droit)  ;  —  moi , 
«  le  puissant  comte  mon  seigneur,  et  son  fils,~qai,  beau,  bon, 

•  sage  et  d'âge  tendre ,  —  n'a  ni  pu  dire  ni  faire  trahison  ou  Siso 


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250         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOJS. 

>*io  Ez  anc  no  fe  dI  dig  engan  ni  falhiment 

E  pos  drch  noi  cncuza  ni  razos  nol  reprent 
Si  non  a  tort  ni  colpa  a  nui  ha  re  vivent 
bcm  fai  grans  mcravilhas  pcr  que  ni  per  cal  sent 
Pot  nulhs  pros  om  sufTrir  son  dezeretauient 

î>>5  E  lo  ries  conis  nios  scniier  cui  grans  honora  apcn 
Se  nu'zcis  e  sa  terra  mes  el  tcu  cauziment 
Proensa  e  Tholosa  e  Montalba  rendent 
E  poih  foron  Ihivrat  a  mort  e  a  tunnent 
Ai  pcjor  cnemic  e  de  pcjor  talent 

3i3o  An  Simon  de  Montfort  quels  Ihia  e  los  pcnt 

Els  destrui  cis  abaicha  que  nierces  nolh  eu  prent 
E  pos  se  foron  mes  el  teu  esgardcmcnt 

50  vengntz  a  la  mort  e  al  pcrilbanient 

Ez  icu  nictcis  rie  scnher  per  lo  tieu  mandament 
3i3S  Rendeil  castel  de  Foih  ab  lo  rie  bastiment 
El  castels  es  tant  fortz  quel  mezeis  se  defent 
Ez  aviai  pa  e  vi  pro  c  cam  c  froment 
Ez  aiga  clara  e  dousa  jos  la  rocha  pendent 
E  ma  gentil  conipanha  c  mot  clar  gamiment 
Ì7i'<  E  nol  tcniia  perdre  pcr  uidb  afortimcnt 
E  sab  ol  cardcnals  si  men  vol  far  guireut 

51  cum  eu  lo  Ihivrei  qui  aital  nol  me  rent 

Ja  nulhs  oni  nos  deu  crcirc  e  nul  h  Ixd  covcnent 
Lo  cardenals  se  leva  c  rcsjwndec  breument 
3»ii  E  venc  a  lApostoli  e  dig  li  belamcnt 

Senher  so  quel  coms  ditz  de  sol  .i.  mot  noi  ment 
(^)uieu  rcceubil  castel  et  Ihivrei  verament 
E  la  mia  prezensa  i  mes  son  establinient 
Labas  de  sent  Tubcii. 


CROISADE  CONTRE  EES  ALHKIEOIS.  251 
.  fausseté.  —  Si  donc  droiture  n'a  point  à  l'accuser,  ni  raison  à 

•  le  reprendre,  —  s'il  n'a  ni  tort  ni  fautt?  envers  chose  vivante, 
—  je  demande  avec  surprise  pourtpioi,  ni  pour  l'amour  de  quel 

•  saint,  —  un  homme  de  hien  supporterait  de  le  voir  dépouillé. 

•  —  Le  puissant  comte  mon  seigneur,  le  seigneur  de  tant  de  33*$ 

•  pays.  —  s'est  mis,  lui  et  sa  terre,  à  ta  merci;  —  il  t'a  rendu  la 

■  Provence,  Toulouse  cl  Moulauban,  —  et  partout  les  habitants 

•  ont  été  livrés  aux  supplices  et  à  la  mort,  —  (ont  été  livrés)  au 

■  pire  des  ennemis,  au  plus  méchant  des  hommes,      à  Simi»  S«3« 

•  d«  Montfort,  qui  !«•  fiiiH  garrotter  et  pendre ,  —  qui  les  exter- 

•  niiM  et  les  ootrege  sans  merci.  —  Ceat  «près  s'être  mb  sous 

•  t*  proteetion  —  que  (no.%  peuples)  sont  tombés  en  péril  et 
«ont  été  égorgés;      et  moi-même,  puissant  seigneur,  à  ton 

•  ordre,  —  j'ai  rendu  mon  chiteau  de  Foîx  aveo  sa  noble  forte> 

■  resse,  <— >  chAteau  si  fort  qu'il  se  serait  de  lui-même  et  tout 

•  seul  défendu,  —  où  tout  abondait,  le  pain  et  le  vin,  la  viande 

•  et  le  froment,  —  o&  coule  au  bas  de  la  roche  pendante  une 

■  eau  daîre  et  douce;  — >  où  j*avab  maints  braves  compagnons, 

•  maintes  armures  luisantes  : — (je  te  Tai  livré  ) ,  et  je  ne  craignais  s^i» 

■  point  qu*il  me  fût  pris  de  force.  —  Le  cardinal  (ton  légat) 

•  le  sait  bien;  il  peut,  s'il  veut,  attester  —  comment  je  les  lui 

•  remis;  et  s'il  ne  m'est  rendu  tel,  —  il  ne  faut  plus  croire  à 

•  parole  d'homme  ni  à  nul  loyal  accord.  •  —  Là-dessus  se  lève  le 
cardinal,  pour  répondre  brièvement;  — il  s'en  \-ient  au  Pape,  et  3ti& 
doucement  lui  dit:  —  «  Seigneur,  en  ce  qu'a  dit  le  comte,  ii 

"  n'a  pas  menti  d'un  seul  mot.  —  Ce  fut  moi  qui  reçus  le  château 

•  et  le  livrai  loYafcment  —  h  l'abbé  de  Saint-Thtbéry,  qui,  en 
«  ma  présence ,  y  mit  sa  garuisoo.  ■ 


252 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


CXLV. 

Ss$o  Labas  de  sent  Tuberi  es  pros  e  gent  abîu 
El  caateb  es  mot  forts  e  ben  e  gent  ^^umitx 
El  coms  a  bonament  IKeu  e  tu  obezit 
Ab  tant  se  leva  em  pes  car  estec  ben  aisits 
Lcvesquea  de  Tholosa  de  respondre  amarnts 

Js&D  Senhors  so  ilitz  lavesques  tiig  ausets  quel  coma  dits 
Quel  ses  de  la  cretgia  deliiivrats  e  parlitz 
Eu  die  que  tic  sa  torra  fo  la  inagcr  razîtx 
E  el  los  a  anialz  c  volgTitz  p  grazifz 
E  totz  lo  sens  ronitatz  neia  pies  o  fnrritz 

3s€o  El  pog  de  Mont  Scr^ur  fo  per  aitai  l)aslltz 
Quel  los  pogues  deiendre  els  i  a  cossonlitz 
E  sa  sor  fo  erctja  cant  moric  sos  raaritz 
Es  estec  poib  a.  Pamias  plus  de  ut.  ans  CQmpUts 
Ab  sa  roala  doctnna  ni  a  mans  convertiti 

3»6S  E  los  teus  percgris  per  cui  Dieus  fo  servits 
Que  cassavan  eretges  e  rotier»  e  faisîts 
Na  tans  morts  e  trencats  e  brizats  e  partits 
Que  lo  caros  de  Montjoy  ne  lemas  n  crwtita 
Quencaran  plora  Fransa  c  tun  remas  aunits 

3t7o  Lai  foras  a  la  porta  es  tais  lo  dois  el  crits 
Dcls  ori)s  c  de!  faidilz  e  daicels  mcg  partîta 
Que  negns  no  pot  ir  si  no  lo  mena  guitz 
E  cel  que  los  a  inoitz  ni  hri/atz  ni  cruichitz 
Ja  no  d(  u  tenir  terra  caitals  es  sos  ineritr 

ì^^h  NArnaul  de  Vilamur  es  sus  cm  pes  salliilï 
E  ÍO  beii  ciitondutz  e  gardatz  e  auzitz 
Pero  gent  se  razona  no  ses  espaorzitz 
Senbors  ai  eu  saubes  quel  dans  fos  enanthz 
quen  la  cort  de  Roma  fos  tant  fort  enbnigits  ' 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  259 


CXLV. 

«Preux  et  de  noble  cœur  est  l'abbé  de  Saint-Thibéry ;  —  (il  3*90 
«dira  que)  ie  château  est  fort  et  bien  défendu,  —  et  que  le 

■  comte  (en  le  rendant)  a  obéi  à  Dieu  et  á  toi.  »  ~—  MaÌA  voiià 
que  l'èvéque  de  Toulouse,  d'un  air  «BSturé  se  droaae  sur  ses 
pieds,  tout  prêt  à  répondre.  —«Seigneurs,  dit-il ,  vous  avez  tous 
«  entendu  oe  qu'a  dit  le  comte,  —  qu'il  s'est  éloigné  et  départi 

•  de  rhérésie  ;  —  et  moi,  je  vous  le  dis,  c'est  dans  sa  terre  que 
«  (l'hérésie)  a  jeté  les  plus  fortes  racines.  —  (Je  vous  dis)  qu'il  a 
«  aimé,  désiré  et'agréé  les  (hérétiques) ,  —  et  que  tout  son  comté 

«  en  était  plein  à  regorger.  —  Le  château  de  Mont-S^or  a  été  3iSo 
«  bftti  à  dessein  —  de  les  y  introduire  et  de  les  y  défimdre.  — 
«  Sa  sœur  s'est  faite  hérétique  à  la  mort  de  son  ^uz{  —  et  à 
«Pamiers,  où  die  a  pssé  plus  de  trois  ans,  —  elle  «converti 

•  maintes  personnes  à  sa  mauvaise  croyance. —  (Et  les  Croisés), 
«  tes  pèlerins,  qui  avaient  marché  pour  servir  Dieu ,  —  qui  pour- 

■  chassaient  les  hérétiques,  les  routiers  et  les  faidits,  —  il  eu  a 
«  tant  tué,  tant  taillé  en  pièces,  tant  rompu  et  meurtri,  — que 
«  leurs  ossements  ont  iail  croûte  sur  la  campagne  de  Montjoie, 

— que  la  France  en  pleure  encore,  et  que  tu  «  n  f  s.  honni.  — 
«  Et  grands  sont  là-bas,  à  la  porte  (de  Pamicrs),  ics  lamentations  ^17« 
«  et  les  cris  —  des  hannis,  des  mutilés  et  des  aveugles ,  —  qui  ne 

•  peuvent  £ûre  un  pas  s'ils  n  ont  un  guide  qui  les  mène.  —  Celui 
«  qui  les  a  tués,  martyrisés,  brisés,  —  ne  doit  plus  tenir  terre  : 

•  c'est  là  la  récompense  qui  lui  est  due.  •—  (  Là-dessus),  Arnaud  de  ^*?^ 
Vibmur  se  dresse  sur  ses  piedsu —  il  ne  s'effraye  point  et  parle 
fièrement,  —  r^ardé,  entendu,  écouté  de  tous.  —  «  Seigneurs, 

I.  3o 


1 


254         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

3ï8o  Mais  ni  agra  pcrver  ses  oUis  c  ses  narritx 

Fer  Dieu  dilz  lus  a  ^autru  est  es  fols  et  arditt 
Senhcr  so  dits  lo  oohm  mos  gram  drats  me»condits 
E  ma  l^al  drechura  e  mos  bos  espents 
E  qui  per  dreg  me  jutja  hieu  lo  «ak  e  guariU 

Z*H  Quanc  non  amei  eretges  ni  crezens  ni  vettitz 
Enans  me  soi  rcndutz  c  donatz  c  iifritz 
Dreitamens  a  Uolhoiia  on  ieu  fui  beii  aizitz 
On  trastota  mos  lliinatges  es  datz  c  sebelhilx 
Del  pog  de  Mont  Segur  es  lo  dr^  eadanitz 

3>g*  Car  anc  oon  fui  .1.  jom  aenher  poestadita 
E  si  ma  sor  fo  mala  ni  fcmna  pecairits 
Gcs  pcr  !o  sien  pccat  no  tlci  eslre  poritz 
Car  cstc'c  en  la  tcna  es  lo  dreiu  Jove/itz 
E  cas  lo  couis  tuos  paire  dili  ans  que  ios  lenitz 

Stfi  Qv»  si  el  efant  «m  qaen  nulh  locs  fos  marrit 
Qno  tomes  en  la  tem  en  que  en  noirits 
E  que  i  agues  sos  ope  e  i  fos  be  reculhitz 
£  jur  vos  pel  Senhor  quen  la  crotz  fora  mitz 
Qucs  anr  bos  pcrcgris  ni  nnllis  ioniens  riizilz 

3900  Que  serc|ucs  bos  viatgcs  que  Dieus  ha  cstablit 
No  fo  per  me  destruits  ni  raubata  ni  foiiu 
Ni  per  ma  oompanbia  lor  camis  envasits 
Mas  daquels  nubadors  ùi»  trachois  fe  mentits  ' 
Que  por:av  n  las  croti  per  quieu  fos  destrusit 

ììob   Per  mo  ni  per  Ios  mens  non  fo  nullis  cosse<i;)iitz 
Que  no  perdes  los  ois  els  pcs  els  puulis  cls  dilz 
E  sab  me  bo  de  lor  ques  ai  morts  e  dcUtz 
E  mal  daquels  que  son  escapatz  e  fugitz 
E  die  vos  de  lavesque  que  tant  nés  afortits 

33 10  Qucn  la  sua  semblansa  es  Viea»  «  nos  trasitz 
Quab  cansos  messongciras  e  ab  motz  coladili 
Dont  totz  bom  os  perduta  quels  canta  ni  os  ditx  • 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  355 
«  dit-il,  si  j'avais  su  qu'il  serait  ([iipstion  tle  ce  méfait  —  et  qu'il 
«♦en  serait  fait  si  grand  briiil  à  la  cour  do  i\omc  ,  —  d  y  en  aurait  ^»*îo 
«encore  bien  plus  siins  nez  et  sans  onillis  idc  ces  bandits  de 
«  pèlerins).  »—  •  Par  Dieu  !  se  disent  les  (auditeurs)  l'un  à  l'autre, 
«koUà  un  fou  bien  hardi  1  •  —  •  Seigneurs,  reprend  le  comte  de 
■  Foix,  je  suis  déiendu  par  moo  bon  droit,  —  par  ma  loyauté  et 
«ma  bonne  intention;  —  et  si  je  «uis  jugé  avec  équité,  jo  suis 

<  victorieux  et  sauf.  — '  Non,  je  n*aî  point  aimé  les  hérétiques,  ni 

•  les  novices,  ni  les  parfaits  ;     je  me  suis  au  contraire  offert  et 

•  donné  <—  pieusement  au  (monastère  de)  Bolbone,  dont  fai 
«  toujours  été  rami,  où  tous  ceux  de  ma  race  se  sont  aussi 
«  donnés  pour"  être  ensevelis.  —  Au  sujet  du  château  de  MonW 

«  S^ur,  la  vérité  est  claire  :     je  n*ai  jamais  eu  dans  ce  château  l>9o 

<  se^eurie  ni  autorité.  —  Quant  à  ma  sœur,  si  elle  fut  femme 

•  méchante  et  pécheresse,  — je  ne  dois  point  périr  à  cause  de 

•  son  péclié.  —  Si  elle  habita  sur  ma  terre,  elle  en  avait  le  droit  : 

«  —  car,  avant  sa  fm ,  le  comte  mon  pèro  voulut  —  que ,  s'il  y  3*9^ 

•  avait  un  de  ses  enfants  qui  se  dtplùt  en  pays  étranger,  —  il  pût 

•  n^venir  dans  la  terre  où  il  avait  été  novirri,  —  y  fut  bien  accueilli 
«  et  y  eût  son  nécessaire.  — Et  je  vous  jure,  parle  Seigneur  qui 
4  fut  mis  en  croix,     que  jamais  bon  pèlerin  ou  rtMnieu  paisible , 

•  — "  cheminant  pieusement  ver»  quelque  saint  lieu,  —  ne  fut  ^^oo 
«pr  moi  dépouillé,  maltraité,  tué,  —  ni  arrêté  duis  son 

•  chemin  par  mes  hommes.  ~  Mais  ces  voleurs,  ces  traîtres,  sans 
i* honneur  et  sans  foi,  —  portant  cette  croix  qui  nous  a  écrasés, 

•  —  il  est  vrai  qu'aucun  n*a  été  pris  par  les  miens  ou  par  moi 

•  qu'il  n*ait  perdu  les  yeux,  les  pieds,  les  mains  ou  les  doigts. 

•  — De  ceux  qnej*ai  tués  ou  détruits,  il  m*en  rient  joie  áu  cœur; — 
«  de  ceux  qui  me  sont  échappés  et  ont  fiii,  il  m'en  rient  mal.  — 

3o. 


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256         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


Ez  ab  SOS  rrprovorbis  afilatz  c  forhitz 
Ez  ab  los  nostrcs  dos  don  fo  t  ujot^laritz 

33>5  Ez  ab  iiialu  doctriua  es  iaul  Îort  cniKj^uitz 
Com  non  aun  ren  diìit^  a  so  quel  oontrtdiu 
Pero  cttit  eÎ  fo  abas  ni  mongea  revestitz 
Bn  la  sua  abadia  fe'  ail  Itima  etcunits 
Quanc  noi  ac  be  ni  pauxa  tro  quèlvne  fo  ichhs 

»10  E  cant  fo  de  Tholoaa  avesquea  elegtta 
'  Par  Imiota  la  terra  es  tais  focs  espandhi 
Que  jamais  par  nulha  aiga  no  siia  eicantitt 
Que  plus  de  d.  m.  que  de  grans  que  petits 
I  fo  perdre  las  vidas  els  cors  els  esperilz 

33t5  Per  la  fc  fjuicti  vos  deg  al  sens  faitz  e  als  dits 
Es  a  ]a  captenensa  sembl  i  miclbs  antecritz 
Que  messatges  de  l'ioma. 


CXLVl. 

Quel  messatge  de  Roma  ma  dig  e  autreiat 
Qud  senber  ApbstoUs  me  rendra  ma  eretat 

Hio  E  ja  nullis  bom  nom  tenga  per  nescî  ni  per  fat 
Sien  lo  castel  de  Foih  volia  aver  cobral 
Que  Dleus  ne  sah  mon  cor  col  tendria  raembrat 
Lo  cardenals  mo  senlier  ne  sab  la  veritat 
Col  rondci  bonament  e  ab  son  c  ab  grat 

3335  E  aicci  que  rete  so  com  lha  comandat 
Per  drcg  e  per  razo  li  deu  estre  bhhnat 
Coms  so  dits  lApostolis  mot  aa  gent  ruMmat 
Lo  teu  dieg  mas  lo  noetre  as  .t.  petit  mermat 
Eu  saubrei  lo  ten  dreg  e  la  tua  bontat 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  257 
«  Et  cet  évcque  qui  parle  si  haut,  je  vous  dis,  moi, —  qu'il  nous  a  Hiv 

•  tous  trahis ,  Dieu  et  nous.  —  Car  le  voilà  qui ,  grâce  à  ses  riiaa- 

•  sons  mensongères,  à  ses  vers  doucereux,  — qui  perdent  <jui- 

•  con^pie  les  dil  ou  les  chante  ;  —  <jui ,  grâce  à  ses  phrases  polies  et 

•  rq>olics.  —  à  son  pernicieux  savoir  et  à  nos  présents  avec  les-  ^^'^ 
«  quek  il  se  fit  jongleur,  est  désormais  si  haut  personnage ,  —  que 

•  personne  n'ose  dire  un  ■tftpour  le  contredire.  —  Devenu  moine 

•  en firoc  et  (puis)  aU>é,-~son  abbaye  lut  (pour) lui  un  lieu  si 

•  noir  -~  qu*il  n*6nt  nÎ  bien  ni  repos  juaqu'-à  ce  qu'il  en  lût  sorti; 

•  -—et  quand  il  a  éti  élu  évéque  de  Toulouse,  ~ila  dans  tout 

•  le  pays  allumé  un  tel  feu .  —  qa*il  n*y  a  plus  d'eau  qui  puisse 

•  l'éteindre.  —  A  plus  de  dix  mille  créatures  petites  ou  grandes 

•  —  il  fait  perdre  la  vie ,  l'âme  et  le  corps.     Et  par  la  foi  que  je 

•  vom  dois,  à  ses  iaits,  à  «es  paroles  —  et  à  sa  conduite,  il 

■  ressemble  plus  à  l'antechritt — qu'à  «n  lég»t  de  Rome. 

CXLVL 

«  Le  légat  de  Rome  m'a  dit  et  promis  —  i  jufi  le  seigneur  Pape 

•  me  rendrait  mon  héritage  :  —  et  si  jamais  je  recouvrais  le 
«  château  de  Foix,  -~  je  déclare,  et  que  personne  ne  m'en  tienne 

•  pour  sot  ou  fou ,  —  car  Dieu  connaît  ma  pensée,  (je  déclare) 

•  que  je  le  garderai  loyalement  —  Le  cardinal  mon  seigpeur  sait 

•  la  vérité ,      que  je  le  remis  de  bonne  loi,  de  bon  vouloir  et  en 

■  toute  confiance;  —  et  quiconque  ne  rend  pas  ce  qui  lui  a 

•  été  confié ,  ^  c'est  droit  et  justice  qu'on  Ven  blâme.  »  <—  «  Comte, 
«  dit  don  le  Pape,  tn  as  noblemoit  discouru  en  finreur  de 
"  ton  droit,  mais  tu  as  un  peu  amoindri  le  ndtre.  Je  saurai 
«  ce  qui  t'est  dá  et  ce  que  tu  mérites.  — •  Et  quand  je  me  serai 


238        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

334o  E  si  tu  as  bon  dreg  cant  o  aurci  proat 
Cobraras  ton  caslcl  aisi  co  las  ihivrat 
E  $i  1a  sauta  glciza  te  recep  per  dampnat 
'  Tn  deus  trobar  merce  si  Dieus  ta  eapirat 
Tôt  pecador  maligne  pcrdat  e  encadenat 

334S  Deu  be  recebre  ^eiza  sîl  troba  peiilbat 
Sis  penet  de  bon  cor  m  fa  sa  volontat 
E  puis  a  dig  aïs  autres  cntendite  est  dictât 
Car  a  tots  vulb  rctraire  so  cai  ordenat 
Que  tug  1Ì  otott  dissiple  anon  enluminât 
F  poito  foc  e  aiga  e  perdo  o  rlarlat 
E  dossa  penctlcnsa  o  l)oiia  Inimilitat 
£  porto  crotz  c  gla\  i  ubi[uc  jiitjo  ninnbrat 
E  bona  ])atz  en  ÎL-rra  e  tcngan  ca^tetat 
E  qiie  porlo  dreitura  c  vera  caiitat 

33S6  E  iiiilha  re  no  fiissan  que  Dieiis  aia  vedat 
E  qui  mais  ni  aporta  ni  plus  na  praneat 
Non  o  a  ab  mon  dig  ni  ab  ma  volontat 
Ramons  de  Rocafolbs  a  en  sut  escrîdat 
Senber  dreiti  Apostolsmeroe  e  pietat 

336»  Aias  dun  eflàn  orfe  jovenet  icbilat 

Filb  dcl  onrat  vcscomte  que  an  mort  li  Crosats 
En  Siiiins  de  MontiTort  cant  hom  li  ac  Ihivrat 
Ia  doncs  baichcc  paratges  lo  tcrtr,  o  la  mitât 
E  canl  cl  prcn  niartiri  a  tort  c  a  pecal 

iHi  E  no  as  on  ta  corl  caidcnai  ni  abat 
Agues  niilhor  crezensa  a  la  crcstiandat 
E  poi  es  mort  lo  paire  ol  lllh  dczeretat 
Senber  rct  li  la  terra  garda  ta  dignitat 
E  si  no  laib  vols  rendra  Dieus  ten  do  aital  grad 

il^o  Que  BUS  la  tua  arma  aias  lo  sien  pecat 
E  si  no  ia  li  Ibivras  en  breu  jorn  assignat 
Eu  te  demi  la  terra  ol  dreg  e  la  eretat 


CROISADE  CONiaE  LES  ALBIGEOIS  259 
convaincu  que  tu  as  raison,  —  tu  recouvreras  ton  château  dans 

•  TiUt  où  ttt  l'as  livré;  —  et  bien  que  la  sainlo  église  t  ail  cou- 

•  damné,  —  tu  dois  trouver  merci  auprès  d'dle.  si  Dieu  t'a 
«inspiré.  —  Tout  pécheur,  si  pcncrs,  si  perdu,  si  ilulif  qu'il 

.  soit,  —  l'église  doil  ie  recevoir  si  elle  le  voit  en  pôrll ,  —  pourvu  33»i 
qu'il  se  repente  de  bon  cœur  et  se  soumette  à  clic.  -  —  >  Et  vous 

•  tous,  dil-il  ensuite  aux  autres,  écoutez  ma  parole;  —  car  je 
-  veux  que  tous  sachent  ce  que  j'ai  ortlonnr.  —  Je  veux  que  tous 

»  mes  disciples  marchent  en  pleine  clarté  ;  —  qu  ils  portent  l'eau  jas» 

•  avec  le  feu,  ie  pardon  avec  la  lumière;  —  que  l'indulgence, 
<  [a  douceur  et  l'humilité  (marchent  avec  eux);  —  que,  de  b 
.  croix  cl  du  glaive  armés,  ils  jugent  avec  sagesse; — qu'il»  main^ 
.  tiennent  bonne  paix  sur  terre  et  gardeitt  diastelé;  — 

•  suivent  toujoiu*  b  dreiiure ,  (  animés  de  )  charité  mie,  ~  et  ne  sais 
« fiment  ancnne  chose  que  Dieu  «t  défendue.-—  Quiconque  eo 

■  lait  moins  ou  en  prêche  davanta^t-^  ne  le  fait  point  par  mon 
.  ordre  ni  selon  me  volonté,  » — Li-dessus,  Ramon  de  Bo^e- 
feuilU  s'est  écrié  tout  haut  :  —  •>  Seigneur  vrai  Pape,  aie  merci, 
1  (pcends)  pitié     d'un  enfant  orphelin ,  d'âge  tendre  et  henni  !  S3<a 
«  Merci  pour  le  fils  de  f  hecmahle  vicomte  de  Bésie»,  tué  par 

•  les  Croisés,      «k  par  Simon  de  Montfbrt»  quand  on  ie  lui 

•  Uvml  Ahl  de  tieis  ou  de  moitié  sent  déchues  noblesse  et 
•*  courtoisie,  —  depuis  que ,  sans  tort  et  sans  péché,  un  tel  baron 

«  a  été  martyrisé. — Car  (sache)  qu'il  n'y  a ,  dans  ta  cour,  cardinal  S36& 
t  ni  abbé  —  dont  la  croyance  soit  plus  chrétienne  que  n'était  la 

•  sienne. Uais,  puisqu'il  est  mort,  à  son  fils  déshérité  —  rends 

•  sa  terre^  et  sauve  ainsi  ton  iionneur.  — Si  tu  ne  la  lui  restitues, 

"  que  Dieu  t'en  rende  telle  récompense  ,  —  que  les  péchés  (  de  3370 
>  la  victime)  retombent  sur  ton  âme.  —  Rends4ui  tout,  à  jour 


240         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Al  dia  del  jtidici  on  tuit  serein  jutjat 
Baros  ditz  lus  a  iautre  mot  la  gent  cncolpat 

3375  Amix  ditz  lAposlols  ja  er  bc  cmcndat 

E  son  paiaitz  scn  intra  c  ah  lui  sci  privât 
E  los  comtes  rcmazo  sus  el  marbre  letrat 
-     Ditz  Al',  de  Cumenge  gent  avem  espleitat 
Oimais  podem  anar  car  tant  es  delhivrat 

iiê»  Quintra  scn  lApostolis. 


CXLVII. 

LApostolis  sen  intra  dcl  paiaitz  en  .1.  ort 
Per  défendre  sa  ira  e  per  pendre  déport 
Li  prélat  de  gleiza  vengro  a  un  descort 
Tuit  denan  lApostoli  per  traire  .1.  bel  conort 

3385  E  cncusan  los  comtes  mot  durament  c  fort 

Senher  si  ior  rens  terra  nos  cm  tuit  demeg  mort 
Si  la  datz  an  Simo  cm  gucritz  e  cstort 
Baros  ditz  lApostols  nous  pcs  si  men  acort 
E  la  ubcrt  .1.  libre  c  conosc  .1.  sort 

3J90  Quel  senher  de  Toloza  pot  venir  a  bon  port 
Senhors  ditz  lApostols  en  aisom  deiacort 
Ses  dreg  c  ses  razo  cum  farci  tant  gran  tort 
Quel  coms  ques  vers  catholics  dezerete  a  tort 
Xi  quel  tolha  sa  terra  ni  que  son  dreit  trasport 

3395  Nom  par  razos  per  far  mas  on  aiso  macort 
Qucn  Simos  laia  tota  car  ais  lai  cofort 
Ses  dorfcs  c  de  veuzas  dal  Poi  tro  a  Niort 
Aqucla  dcis  iretges  de  Rozer  troscai  Port  , 
Noi  a  prélat  ni  bishe  que  no  sen  deracort 

iioo  Aisi  la  autrciada  al  comte  de  Montfort 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  S&l 

•  fixe  et  prochain,  —  sinon  je  te  demanderai  tout,  la  terre,  le 
«  droit,  riiéritage,  —  au  jour  du  ju^'onienl .  ce  jour  où  tout  sera 
«jugé.  »  — «Comme  il  Ta  fièrement  rcquii»!  »  s'entre-disent  les 
harons.  —  •  Amis,  dit  le  Pape,  justice  sera  faite.  »  —  Kt  il  rentre  3375 
aussitôt  dans  son  palais  avec  ses  intimes.  —  Les  comtes  restent 

sur  le  marbre  portant  lettres  inscrites.  —  •  Nous  avons  travaillé 
«4  merveille,  dit  Arnaud  de  Comnainges,  —  et  nous  pouvons 
«nous  retirer,  (pour  aujourd'hui)  tout  est  fini;  —  puisque  le  3m» 

■  Pkpe  se  retire.  • 

CXLVIL 

Le  Pape  se  relire,  il  entre  dans  un  jardin  du  palais  —  pour 
dissiper  son  chagrin  et  prendre  un  peu  de  distradion.— Mai»  les 
prélats  de  l'église  voulant  prendre  aussi  leur  passe-temps,  en 
viennent  à  se  quereller  devant  le  Fape.  —  Us  accusent  durement  ssss 
et  fintement  les  comtes.  —  •  Seigneurs,  disaient-ils,  si  tu  leur 

•  rends  leur  terre ,  nous  sommes  tous  à  moitié  détruits  ;  —  nous 
«  sommes  sauvés  et  délivrés  si  tu  la  donnes  à  don  Simon.  >  — 

•  Barons,  répond  le  Pape,  ne  vous  déplaise  que  jV  rcfléchis.<te. . 

—  Et  là-dessus,  il  ouvre  un  livre  et  y  trouve  uu  sort,  —  !  01  pu  1  33gç 
il  voit)  que  le  comte  de  Toulouse  peut  remonter  en  pouvoir. 

—  ►  S<M<;neurs,  dit-il  alors,  je  ne  puis  être  d'accord  avec  vous. 

•  —  (.omment,  sans  motif  et  sans  raison,  Îerais-je  un  si  grand 

•  mai  —  que  de^déshériter  le  comte  qui  est  vrai  catholique,  — 
<  de  lui  enlever  sa  terre  et  de  transporter  son  droit  (  à  un  autre)  ? 
•—Non,  ce  ne  serait  point  justice,  et  je  ne  puis  consentir  — 

•  que  Simon  fait  tout  entière;  j'en  excepte,  — outre  celle  des 
'  orphelins  et  des  veuvee,  tout  le  pays  du  Puy  à  Niort  —  et  celui 

■  des  hérétiques  de  Saint-Gilles  aux  Ports.  • — Il  n*y  a  là  ni  prdat 

I.  Si 


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m 


a42        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Puis  j)cr  aquela  terra  lan  a  TUoloza  mort 
Don  totz  lo  mous  aiumoa  c  panitgt;  es  estort 
E  per  la  fi»  qnieus  dû  np  millior  «a  Pdfint 
Que  «n  Folquet  kvesqtte. 


il 

il 

1  I  ,1!  ,1 


[1 

ï'  .1. 


CXLVIII. 

StoS      Folquet  lo  nostre  eveaques  es  denant  totz 

E  parla  am  lApostoIi  tant  com  pot  amialmens 
Scnlinr  (Irritz  Aposlnls  cars  paiio  Innocens 
Co  potz  dczcrctar  aisi  cuLortaiiicns 
Lo  comte  de  Montfort  ques  von  ofaedieiu 

54io  E  filhs  de  Mola  glieiza  e  lo  teus  berolen» 
£  sofire  Iw  efeBs  el  Ireballis  d  oontens 
E  cassa  irct<;ia  mainadcrs  c  sirvens 
E  tu  tols  li  la  Itrra  l-I  locs  cis  bastimens 
Ques  per  crotz  conqucrida  c  ab  glazis  luzeas- 

H*i  Montalba  e  Tholoza  de  sobre  aquels  covens 
Estiers  la  del  iretges  e  delà  liais  creiens 
E  doffes  e  de  veuzas  que  aquela  nea  mens 
El  anc  tant  durs  sofismes  ni  tant  dm  dictami 
No  foron  dltz  ni  fait  ni  laul  f^rans  sobre  MOS 

3iio  £  aisso  quclh  autrcias  es  dczcrolamcns 
Car  pcl  comte  h.  es  lo  comensamens 
Tul  rcccps  per  catolic  e  quea  boa  om  e  Ibnlia 
El  comte  de  Cumenge  ei  de  Foia  ichamena 
E  doncs  sil  so  catholics  ni  per  catboUc  prens 

34*5  La  tena  quel  aiilrcias  aisso  es  lai  roprens 
E  aiso  (jiio  lu  li  (louas  es  non  rcs  e  nicns 
Mas  lliivra  ii  la  terra  tota  couiiiiaimens 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  245 
ni  évêque  qui  ne  désapprouve  la  sentence.  —  Mais  la  terre  n  est 
point  autrcnieul  donnée  à  Simon  de  Montiort.  —  Simon  fut 
ensuite  pour  cette  terre  tue  devant  Toulouse,  —  et  h  cette  mort 
tout  le  nitiudc  fut  illuminé  et  noblesse  sauvée.  —  VA  par  la  loi 
que  je  vous  dois,  elle  iut  plus  agréable  à  don  PcUort  —  <ju'à 
l'évcquc  l'oi(juel. 

CXLVIII. 

Folqaet,  notre  ivéqtte,  c«t  là  qui,  en  présence  de  tous,  —  Ha» 
ptile  tu  Pape  ansai  douoement  qu'il  peut.  —  «Seigneur  vrai 
«  Pape,  cher  père  Innooent, — oomment  peiuntu  dialiériter  aion , 

•  dîme  manière  digulflée*  —  le  oomte  de  Ifontfint  qui  eet  le 
«  fidèle  atijet,  le  fib  de  la  sainte  église»  et  ton  ami?  —  Il 
«  supporte  (pour  toi)  chagrins,  iàtigaei  et  combats;  —  U  pour^ 

■  chease  llièrésie,  les  routiers  et  les  bandits;  «  et  tn,  tu  lui 

•  enlèves  despajs,  des  villes  et  des  forteiesMi — cooquis  parla 
«croix  et  par  les  glaives  reluisants l  —  Tu  lui  enlèves  de  cette  Hii 

•  nnnière  Bfontauban  et  Toulouse,  —  sans  compter  la  terre  des 

•  hèrétii]uee  ou  des  vrai*  croyaots,  —  ni  celles  des  orphelins  «t 

•  des  veuves  que  tn  exceptes  «umm.  —  Jamais  si  dur  jugement,  si 

•  ténébreuse  sentence  —  ni  si  grand  contre-sens  ne  furent  pro- 

«  noncés  ou  commis.  — î/o<  troi  que  tn  fais  à  (Montfoiti  est  tuie  3iio 

•  spoliation,  —  Si  tuie  portion  du  jKivs  reste  au  comte  liaymond. 

■  —  'fuie  tioiis  pour  bon  catholifpie,  j)Our  bon  e»  saint  bomiiie, 

•  —  ce  comte,  do  même  ipic  ceux  de  Coiiuuiageb  et  de  Foix. 

•  —  Mais  s'ils  soni  (atJiolit|ucs,  si  tu  les  reçois  pour  tels,  — 

•  reprends  ià-bas  la  terre  que  lu  veux  octroyer  à  Simon,  — ce  3ìî5 

•  peu,  ce  rien  de  terre  que  tu  lui  donnes,  —  ou  iivre-la  tout 

3i. 


244        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  a  llmi  e  al  Ihinatge  ses  toU  rctenemens 
E  â  no  lalh  das  tota  quel  ne  sia  tenens 

3i3o  Ett  volh  que  pcr  tôt  passe  glazis  e  focs  ardens 
Si  lalh  toU  per  catolic  ni  per  lor  lalh  defens 
Eu  que  so  tos  avesques  te  jur  be  veramens 
Gus  dels  non  es  eatholic  ni  no  te  sagramens 
E  si  per  aisol  danipnas  tu  fas  be  aparvens 

3iSS  Que  no  nois  saparia  nit  membra  chauzimens 
Ditz  larsevesqucs  dAug  scnhcr  nos  car  manens 
Aisso  que  diiz  Javcstjiips  fjtics  savis  r  sal>pns 
Sin  Sinios  peit  la  terra  toitz  or  e  dampnamens  .. 
Cardcnals  c  avesques  arspvesques  iii.  cens 

3i4o  Dizo  a  lApostoli  senhcr  lolz  nos  dosmens 
Nos  aven)  prezicat  e  retraliit  a  Ias  gens 
Ouei  ouns  R.  es  mais  e  sos  captenemms 
Pterque  no  escairia  que  fos  terra  tenens 
Larquidii^es  se  leva  qne  estet  ensexens 

344fi  Bel  Léo  sobre!  Roine  e  diti  lor  duramens 
Senhon  no  plats  a  Dieu  aquest  encusamen» 
Cai  lo  coms  R.  près  la  (  i  ntz  primeiramens 
£  deiciidec  In  glieisa  c  fctz  sos  mandanieAS 
E  si  giieiza  lencuza  quclh  degra  csscr  guircns 

iiio  Ela  ncr  encolpada  c  nos  valdrcm  ne  mens 

Ë  vos  senher  nevesque  tant  vH  mal  e  punhcns 
Quab  los  vostrcs  prezics  e  ab  durs  parlamens 
Don  tug  em  cncolpatz  e  vos  trop  niagermeus 
Plus  de  .o.  melliiers  ne  laitz  anai-  doicos 

346S  Los  espeiit/.  plorans  e  los  cors  es  sagnens 
E  si  vos  o  aviam  totx  jurât  sobre  sens 
Ab  trastotz  aîcels  autres  quelh  so  ai»  nosens 
Ab  sol  quel  senher  Papa  sia  dreitx  e  sufrens 
Ja  londratz  filhs  dtà  comte  tant  es  de  ries  parens 

Site  No  er  deseretatz  senes  dam  longamens 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  2ft5 

•  cntiòrc — Pt  sans  en  rien  retenir  à  lui  el  à  su  race.  —  Si  tu  ne  la 

-  iui  tiennes  pas  loiito,  s'il  ne  ia  possède  pas  en  entier,  —  il  l.uutra  ì'í3o 

•  que  le  glaive  et  le  feu  tlévorant  passent  par  tnnt  le  pays.  —  Leu 

•  privcs-lu  pour  eux,  les  crovant  l)ons  catlioliques?  —  Eh  bien! 

■  moi*  qui  suis  ton  évèque ,  je  te  jure  en  vérité  —  que  pas  nn 
«d*ettx  n*est  catholique,  ni  ne  garde  ses  serments.  — £t  si  lu 

-  condamnes  Simon  par  ce  motif,  lu  feras  voir  —  que  tu  rejettes 

■  (de  loyaux)  services  et  n*as  point  de  gratitude.  «  —  t  Noble, 

•  dier  et  puissant  seigneur,  dit  l'arclievêque  d'Aucb ,  —  ce  rpie 
tle  81^  et  savant  éviqne  vient  de  dire  (est  vrai)  :  —  si  don 

•  Simon  perd  ia  terre,  cest  injustice  et  e*est  dommage.  »  —  (Et 
U-dessus),  trois  cents  cardinaux,  évoques  ou  archevêques  — 
disent  au  Pape  :  «  Seigneur,  tu  nous  démens  tous.  —  Nous  Tavons  3  lio 
«dit,  nous  Tavons  prêché  à  tout  le  monde  —  que  le  comte 

■  Raymond  a  été  pervers  et  sa  conduite  (mauvaise),  —  et  qu*il 

•  ne  convenait  puiut  ipi'il  e4t  terre  à  gouverner.  >  Uarchidiacre  3u& 
de  Lyon  sur  Rhône,  qui  était  assis,  se  lève  et  leur  dit  durement: 

— «  Seigneurs ,  toutes  ces  accusations  ne  plaisent  f  oint  à  I>icu.  — 

-  Le  comte  Raymond  a  été  le  premier  à  prendre  la  croix  :  — il 

•  a  dilenilu  ii-^lise  et  fait  ce  qu'elle  lui  commandait; —  et  si 

"  réalise  au  lieu  de  le  clélendi  e  le  poursuit, —  elle  en  sera  in-  ^ii^o 
»  culpée,  et  nous  eu  serons  diM  luis.  —  Et  vous,  seigneur  évêque, 
>•  voM^  êtes  par  trop  areihc  et  poignant,  —  vous  qui,  par  vos 
"  prédications  et  vos  dures  paroles,  —  dont  nous  sonuues  tous 
«  fort  blâmés,  et  plus  encore  vous,  —  faites  mener  vie  dolente  á 

■  plus  de  cinq  cent  mille  personnes, — dont  TAnie  pleure  et  dont  te  ^  «ss 
"  corps  saigne.  —  Et  vous  eussions-nous  tous  par  les  saints  juré 

>  (de  vous  seconder),  —  nous  et  tous  ces  autres  si  hostiles  (aux 
«  comtes) ,  —  pourvu  que  le  seigneur  Pape  soit  juste  et  clément. 


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246         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Senber  diu  lApostols  els  vostres  durs  taleos 
Ki  dek  voctres  presict  es^idiM  •  onnos 
Que  ùSêm,  outra  mon  gnt  dor  ma  mm  so  mbcas 
Ki  dels  Tostres  talens  non  deu  esser  sabens 

346S  Quanc  per  la  Te  quieus  dei  no  michic  per  la»  dem 
Que  lo  comte  Pl.  fos  dampnatr  ni  percîcns 
Scnhors  j.i  pcm c]!  <;lit  i/a  pccadors  pcncdeDS 
£  si  es  enctuaU  pol  nescis  non  flabena 
Si  tac  felB  re  vas  Dieu  quelb  na  dwfiaiMH 

3470  El  M»  a  mi  reodata  aoyiias  e  phiÂftiw 

Per  hr  los  ttostrcs  diga  c  los  meus  mandanms 
Apres  venc  larsevesques  de  Narbona  dizeiM 
Senher  ries  paire  difjnê  ara  taonda  sens 
E  jutja  e  governa  e  no  sias  temens 

».7&      not  fasaa  de^perdra  temenaa  ni  argu» 
Baro  dha  lA]KMlols  bitt  es  lo  jvtjamens 
Qo*  lo  corate  es  catolis  es  cafte  leialmens 
Mas  en  Simostenga  la  temu 


GXUX. 

Simo5  ten»a  la  t'orra  si  Diens  lo  a  promes 
i.'».    1.  nos  jiiljjciu  lo  dreil  aisi  com  es  empres 
El  cl  dicta  e  jutja  si  que  tug  lan  entes 
Baro  ien  die  del  comte  que  ven  calolis  es 
E  sîl  cors  es  pecaire  ni  de  re  sobre  près 
Que  lesperit  scn  dolha  ni  scn  clame  nilb  pes 
3ih".   Si!  corps  dampna  la  colpa  ho  Mii  <leu  esser  près 
E  fas  me  mcra\ilhas  por  (pip  mavrtz  coines 
Cal  comte  de  Montforl  assignes  lo  pays 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  247 

—  le  fils  honoré  du  comtf  Í  Raymond)  est  de  si  haute  race,— 
-qu'il  lie  peut  rester  longtemps  d«''shérTl(^  sans  q\m  le  pays  se  s.no 

•  plaigne.  »  —  «Seigneurs,  dit  le  Pape,  vos  cruelles  tlispositions, 

•  — les  cuisantes  et  augoií>í>ant es  pi  cdiealious  —  que  vous  faites 

•  contre  mon  gré,  je  les  désavoue,  —  et  vos  intentions,  je  ne 

■  veux  pas  les  savoir.  —  Mais  par  la  foi  que  je  vous  dois,  jamaii»  j^w 

•  il  ne  ma  passé  par  les  dents  —  qw  ie  comte Bftynioiid Mt cou- 

■  damné  et  ruioé.  —  Ué^iee  doit  aocueillir  !«•  pieheiu*  repen- 

■  tnita;  —  et  bien  que  le  comte  soit  mœnti  per  det  ignoniits  ou 

■  det  lote,  —  ma  Ú  mime  il  «  jemais  lait  diose  qui  ait  déplu  k 

<  INen,— (je  doi»  me  «ouvenir  qu')  il  s'est  rendu  4  moi  soupi-  î,io 

•  lant  et  plaintif —  pour  suivre  mes  paroles  et  mes  ordres.  ■  — 
Larchevique  de  Narbomw  s*est  ensmte  approché,  disant  :  — 
«  Se%neur  puissent  et  digne  pére,  voilà  parler  sensément;  — 
•juge,  eommandef  ne  redoute  rien,      et  ne  descends  point  de  ììjì 
m  ton  rang  par  crainte  ni  par  eigeot.  a  —  ■  Barons,  dit  le  Pape, 

•  cest  chose  jugée,  —  que  le  comte  est  catholique  et  se  conduit 
«  loyalement  :  —  oq>endant  que  don  Simon  tienne  la  terre. 

CXLIX. 

«  Oui,  que  don  Simon  tienne  la  terre,  si  Dieu  le  permet;  — 
'  nous,  nous  rendons  le  droit  tel  qui!  est  écrit.  •  ~»  lÀ  le  Pape  3»»p 
cnclict)  prononce  et  juge  de  manière  <\ur  tous  i  ont  t  iitendu. 

—  «  Barons,  je  déclare  le  comte  vrai  catholique. — Car  si  le  cn-ur 

•  est  pécheur  ou  de  qticltjiu"  >  niai  )  empêché,  —  et  que  l'esprit 
«seu  plaigne,  s'en  afili<;f,  s'rn  ai nisc  —  et  condamne  la  faute,  ijOà 
"il  doit  lui  en  cUe  tenu  tuniptc  —  Je  m'émerveiHe  de  ce  que 

■  voua  avez  exigé  — que  j'assigne  le  pays  au  comte  de  Montfort 


248        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Que  uo  vei  la  dreituia  per  que  far  o  deguea 
Dits  mftœtre  Tesis  senber  U  boiui  lÎM 

3i9o  Del  comte  de  Montfort  a  cui  tant  he  es  pcrpres 
Gan  cassée  la  eretgia  e  la  ^ieiza  défies 
Li  deviia  valer  que  la  terra  tengues 
Biaestre  dits  lo  Papa  el  fa  ben  contra  pes 
Que  destruî  los  catolics  engal  dek  eretges 

3495  Grans  clams  e  grans  rancuras  iiien  venc  cada  mes 
Tant  que  lo  be.s  abaicha  c  io  mais  es  eces 
Per  mci  la  cort  se  lovan  cada  dos  cada  très 
Tuit  denant  lApostoli  e  poig  nn  lo  enqucs 
Senher  ries  Apostoli  ara  saps  tu  coin  es 

iboo  Que  lo  coins  de  Monliorl  lenias  eu  (iarcasscs 
Fer  deslruirc  los  mais  c  qui  mezes  los  bes 
E  casses  los  ere^es  els  rotiers  els  Valdres 
E  pobles  los  catolics  ek  Normans  eb  Frances 
B  poîchas  ab  la  crots  d  a  o  toi  coniques 

39o5  A^n  e  Caerci  Tolzan  e  Albeges 

£1  forts  Foig  e  Tbolosa  c  Montalba  quoi  mes 
È  ma  de  senta  ^ieiza  0  la  gleiza  la  près 
E  pos  tans  oolps  na  datz  c  rcccubuU  e  près 
E  lanta  sanc  esparsa  ;ib  glazis  morlales 

3&10  K  en  tantas  nianeiras  sen  os  fort  entremes 
Non  os  dreitz  ni  razos  coin  ara  loilh  lolguc» 
Ki  non  da  a  vriairc  mm  toldre  lalh  pogues 
L  quii  la  Ihi  toidna  nos  U  sercm  deies 
Baro  dit/  lApostoli  110  pos  mudar  non  pes 

3&>5  Car       I  lis  e  inal^  es  entre  nos  ases 

Nos  dt'giani  govemar  per  bon  dreit  tôt  cant  es 
E  recebem  los  mais  e  £im  périr  los  bes 
E  sil  coms  dampnats  era  aiso  quel  pas  non  es 
Sos  fill»  parque  perdra  la  terra  ni  leres 

3&I0  £  ja  dite  Jbesus  Cbrist  que  reis  e  senber  es 


CROISAOK  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  249 
«  —  car  je  ne  vois  pumi  tle  droite  raison  pour  latjuelie  je  le  doive 

•  faire.  »  —  Alors  maître  1  iuHÌise  répond  :  "  Seigneur,  la  hante 

•  fidciité  —  du  comte  de  Montfort  qui  a  Îail  tant  de  bien  —  en  ^igo 

■  chassant  rhérésie  et  en  défendant  l'église,  —  devrait  lui  valoir 
«  la  seigneurie  de  la  terre.     ■  Maître  Thedise,  dit  le  Pape,  Simon 

•  iàit  le  pour  et  le  contre  ;  —  car  il  détruit  les  catholiques  aussi 

•  bien  que  les  hérétiques.— m^en  vient  chaque  mois  de  grandes  34»5 
«  plaintes  et  dWères  rancunes,  —  tellement  que  le  bien  en  baisse 

•  et  que  le  mal  en  est  rehaussé.  •  —  Alors,  du  milieu  de  rassem- 
blée, se  lèvent  deux  à  deux,  trois  à  trois,  —  (les  prélats);  ils 
vîoinent  devant  le  Pape  et  continuent  à  le  requérir  :  —  ■  Seî- 

•  gnenr  ptdssant  Pape,  sais-tu  bien  ce  qui  se  passe  ?  —  Sais-tu  ssoo 
«  que  le  comte  de  Montfort  est  resté  dans  le  Carcassais  —  pour  y 

«  détruire  les médiants  et  y  établir  les  bons?  —  pour  en  chasser 

•  les  hérétiques,  les  routiers  et  les  Vaudois,      et  le  peupler  de 

•  catholiques,  de  Norniaïub  el  de  Français?  —  Il  a  ensuite  avec 

«la  croix  conquis  le  (pays),  —  l'Agénois,  le  Cacrciii,  le  Tou-  35o5 
«lousain  et  l'Alhigeois,  —  tout,  excepté  Foix,  Toulouse  et 

•  MontanJjan  :  et  tout  cela,  il  l  a  remis  —  aux  niaias  de  la  sainte 
«  église  fjui  l  a  accepté.  — Puis  donc  qu'il  a,  dans  cette  conqîiôle . 
«reçu  et  donné  tant  de  coups,  —  qu'il  a  de  son  glaive  mortel 

«  répandu  tant  de  sang,  —  puisqu'il  s'en  est  de  tant  de  manières  3Sio 

■  entrais,  —  il  n'y  a  ni  droit  ni  raison  à  la  lui  enlever  main-  • 

•  tenant.  -<i-'  £t  il  ne  semble  pas  possible  de  la  lui  enlever,  — 

•  car  coDtre'qoî  voudrait  la  lui  dter,  nous  serions  ses  défenseurs.  •  < 
—  •  Barons,  dit  le  Fipe,  je  ne  puis  me  défendre  de  cb^prin  (en 

■  voyant) — qu*orgueil  et  maliceontpris  siège  parmi  nous.— >Nous  iiii 
>  devrions  gouverner  toute  chose  par  le  droit,  —  et  (au  lieu  de 

"  cela)  nous  fim»iîsoas  le  mal  et  perdons  le  bien.  —  Le  comte  de 
1.  Sa 


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250       CROISADE  CONTRE  LES  ALB|6B0tS. 

Que  pel  pecat  del  paire  lo  filhs  no  es  me^reB 
E  si  el  o  autreia  diirem  nos  cpie  si  es 
E  noi  a  cardenal  ni  prélat  tan  plaides 
Saquesta  razo  dampna  quel  non  sia  œespres 

3&>s  Enquera  i  a  tal  prolec  qua  vos  no  membra  ges 
Que  cant  las  croU  prîmeiras  veogon  en  Bederres 
Per  destruire  la  terra  e  que  Bezers  fo  preft 
Lefans  era  tant  joves  e  tant  nescia  rcs 
Que  el  pas  no  sabia  que  son  mais  ni  bea 

3S3o  Mais  volgra  i.  auaelo  o  i.  arc  o  i.  bree 

Que  no  feira  la  terra  dun  duc  o  dun  marques 
E  cal  de  vos  lencuza  si  el  pecaire  non  es 
Otic'I  dcia  jicrdre  lorra  ni  la  renda  nîl  ces 
E  de  la  sua  part  es  lo  sieu  parentes 

5à35  De  la  plus  auta  sanc  que  sia  ni  que  es 
E  car  en  lui  ses  mes  us  csperitz  corte?* 
Que  nol  danipna  nil  jutja  cscriptura  ni  les 
Gais  bocha  jutjana  que  aquest  se  pergues 
Ni  que  prcngua  sa  vida  ab  les  autruis  conres 

3S4o  E  no  li  valdra  Dieus  ni  razo  ni  mercea 

De  lui  que  dar  devria  que  dautre  re  près  es 
Car  CÚ  que  lautrut  serca  p  i  pendrels  autruis  bes 
Mais  li  valdria  morts  o  que  ja  no  nasques 
De  totas  parts  li  dizon  senher  no  temiats  ges 

3545  Anen  lo  paire  el  filhs  lai  on  promes  li  es 
El  a  comte  Simo  assignats  lo  paes 
E  quel  teoga  la  terra. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  251 

s 

■  Toulouse  fût-il  condamné,  ce  qu'il  n'est  pas,  —  pourquoi  son 

«  iils  perdrait-il  la  terre  et  i'hcntage?  —  Jésus-Clirist ,  le  (vrai)  35jo 

•  roi  et  le  (vrai)  seigneur,  a  dît  —  que  le  iils  n'e&t  point  puni 

•  des  péchés  du  père.  — •  S'il  l'entend  ainsi,  ainsi  devons-nous 
«  l'entendre.  —Et  il  n'y  a  ni  cardinal  ni  prélat  qui,  pour  cljpsc 
n  qu'il  pût  dire,  —  ne  fût  blâmé  de  condamner  nne  telle  vénié. 

" —Et  il  y  a  encore  une  autre  raison  dont  il  ne  voua  souvient  ìm 
-  guère  :  — Lorsque  les  premien  Croisés  vinrent  dans  le  Bédanais 

•  —  détruire  le  peys,  et  quand  Béziers  fut  pris,  —  ridant  était 

■  (jeune),  n  jeunet,  une  ai  simple -chose,— ~  qu*il  ne  savait  pas  ce 

'  que  c'est  que  bien  ni  mal;  —  et  il  aimait  mieux  un  petit  oiseau ,  3S3o 
«  un  arc  ou  son  berceau,  — qu'il  n'aurait  fait  la  tem  d*im  duc 
»0U  d'un  marquis. — S'il  n'a  point  failli,  qui  d'entre  vous  peut 

•  dire  —  qu'il  doit  (tout)  ]UT<lrc,  terre,  renti-  et  cens?  — Na-t-il 

•  pas  aussi  pour  (loreuse  son  lignage,  — qui  est  du  plus  noble  áó33 
sanf^  qui  soit  ou  ait  jamais  étí^?  —  (En  voyant) ce  gentil  esprit 
courtois  qui  se  montre  eu  lui,  —  et  quand  rien,  ni  écriture,  ni 

«  droit,  ne  le  condamne,  —  quelle  bouche  oserait  juger  qu'il  doit 

•  périr,  — ou  ne  maintenir  sa  vie  que  des  charités  d'autrui?  — 

•  { Moi ,  je  d^dare )  qu'il  n'a  pour  lui  ni  Dieu,  ni  raison ,  ni  merci ,  3&io 

•  —  celui  qui  fait  pour  donner,  aime  mieux  recevoir  d'un  autre. 

•  Et  pour  celui  qui  cherche  (querelle  k)  autrui,  afin  de  lui 

•  prendre  ses  biens,  —  mieux  vaudrait  être  mort  ou  n*étrc  jamais 

•  né.  »  —  (  Ainsi  dit  le  Pape  )  ;  mais  de  toutes  parts  on  lui  crie  : 

•  Seigneur,  ne  craignez  rien  ;  —  que  le  père  et  le  dis  s'en  aillent  3S4S 
«  aux  lieux  qui  leur  sont  promis,  —  et  assiguez  le  pays  au  comte 

•  Simon  ;  —  qu'il  tienne  ia  terre. 

« 

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S52 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


S  ■  . 


SS6o 


S565 


CL. 

Simos  tenga  U  teir*  e  sla  capdekire  - 
Baros  ditz  lÂpostols  pus  no  lalh  pose  estralre 
Garde  la  bc  si  pot  corn  no  len  pasca  laire 
Car  jamais  per  mon  grat  non  er  om  prezicaire 
Ab  tant  près  larscvesques  dObczin  a  retraire 
Senher  rie  Apostols  adrcitz  c  bos  salvaire 
Sin  Simos  de  Monlfoit  ta  sai  trames  so  irairc 
Ni  lavpsques  Folquet  que  sv.n  fa  razonaiic 
Ja  lo  coms  de  Montfort  iioi  cretara  gaire 
Car  lonratz  ncbs  del  rei  len  pod  hen  per  dreg  raire 
E  si  ol  port  per  tort  la  terra  de  sou  paire 
Per  dreit  e  per  razo  tindra  la  de  sa  maire 
Car  eu  el  vist  lo  prolec  on  escrios  lo  notaire 
Que  Roma  e  la  corts  autreiec  lo  doaire 
E  pos  de  matrimoni  est  caps  e  govomaire 
Le&ns  non  est  dampnats  ni  perduu  ni  pecaire 
E  car  es  filhs  l^smes  gentils  e  debonaire 
E  del  milhor  linatge  que  hom  posdia  retraire 
Ira  doues  per  lo  mon  perilhats  co  mal  laire 
Doncs  er  lors  morts  paratges  e  merces  no  yú  pire 
No  so  ditz  lApostols  car  ges  nos  tang  a  fidre 
Car  ieu  li  darai  terra  aital  com  er  veiaire 
Veneîsi  e  aqucla  que  fo  de  lemperaire 
E.  si  el  ama  ben  Dieu  ni  la  glciza  sa  maire 
Qnel  nn  sia  vas  lor  crj^ullios  ni  Laitzairc 
Dleus  llii  reutlia  Tholosa  e  Agen  o  Belcaire 
Dih  labas  de  Jîi'llui:  t-enbcr  cnliiminaire 
Lo  tcus  lîlhs  ri'is  Eneles  c  lo  leus  cars  aaiairc 
Ques  devengutz  tos  boni  e  tama  ses  ccr  vaire 
Ta  trames  so  sagci  c  de  boca  luoudoire 


Ì 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALfflGBOIS.  355 


CL.' 

•  Que  Simon  tienne  la  terre,  qu'il  en  soit  le  chef.  »  —  «  Barons, 

•  reprend  le  Pa|NSt  puisque  je  ne  puis  la  lui  ôter,  —  qu*il  1» garde  *^*«> 
«bien  s'il  peut,  et  quii  ne  »ea  laisse  pas  chasser;      car  jamais 

"  de  num  vouloir  il  ne  sera  prêché  pour  lui.  »  —  LWeasus 
Tarchevèque  Obidn  se  prend  k  pader  ;  —  «  Seigneurupuissant 
«  Pape,  bon  et  vni  père,— Simon  de  Montfort  a  beau  t*envoyerid 

•  son  irère  —  et  Tevêque  Folquet  qui  se  fait  son  avocat ,  —  i  peu  ^ii^ 

•  de  diose  se  réduira  Théritage  de  don  Simon.  L*boitorable 
«  neveu  du  roi  peut  par  bon  droit  Ten  diasser  ;  —  car  s'il  perd 
«  injustement  la  terre  de  son  père,  —  du  moins  toA-ce  justice  et 

«  raison  qu  il  garde  celle  de  sa  mère.  —  Xai  vu  Tacte  où  de  la  356o 

■  main  du  notaire  eA  écrit, — que  la  cour  de  Rome  et  Téglise 
«reconnut  le  douaire  (de  la  comtesse);  —  et  puisque  vous  êtes 

l'auteur  et  le  giiraiit  do  ce  mariage,  ^ —  l'infant  innocent  ne  peut 
"  être  condamné  ni  pordu. — Il  rsl  (Ils  lópilinii:,  do  noble  cœur, 

•  de  gentilles  niani«rfi>,  —  vi  du  plus  haut  lignage  que  l'on  J56& 
«  puisse  dire;  — s'en  ira-t-îl  donc  ,  par  le  monde,  en  nnal(>rliance, 

•  comme  un  vil  larron? —  Alors  noblesse  est  morte,  et  valeur 

■  est  au  néant.      >•  Non ,  cela  ne  sera  point ,  dit  le  Pape  ;  et  il  ne 

•  convient  pas  que  cela  soit.  —  Je  donnerai  au  jeune  comte  telle 

«  terre  que  bon  me  semblera  :— je  lui  donnerai  le  Vcnaissin  et  ces  3570 

•  (pays)  qui  furent  de  l'empereur; —  et  s'il  aime  vraiment  Dieu 

•  et  révise  sa  mère ,  ~5*il  n'est  envers  Tun  ni  Fautre  traître  ou 

•  rebelle, -~Dieû  lui  rendra  Toulouse ,  Agen  et Beaucaire.  »— 

■  Sdgneur  père  de  lumière,  <Ut  alors  Tabbé  de  Beaulieu,  —  le 

■  roi  dTAn^eteire ,  ton  fils ,  .ton  fidèle  ami ,  —  qui  est  dev^u  ton 


SS4        CROISADE  CONTRE  LE5  ALBIGEOIS. 

Quel  remembre  merces  el  jutjamen  de  Daire 
E  tramet  li  f  al  joU  don  toU  aos  €oi«  sesclaire 

358«  Nabas  dits  lApostola  eu  noi  pose  al  ree  lait« 
Cascus  dels  meus  prélats  es  contra  me  dictairc 
Per  quieu  dîna  e  mon  cor  soi  cuberto  e  celaire 
Quel  sieu  nd)ct  no  trop  amie  ni  amparaire 
Mas  en  ai  mantas  vets  auzit  dir  e  retraire 

S58&  Hom  jovcs  ab  bon  cor  can  sab  dar  ni  mal  traire 
Nà  es  bc  afortliz  rccobra  so  repairp 
E  si  Icfans  es  yiros  bon  .sal)r;i  que  deu  lairo 
Car  ja  ao  iamara  lo  coins  tic  Montfort  gaire 
Ni  noi  to  per  so  lilh  ni  el  lui  por  son  paire 

3990  Car  be  ou  il  Merlis  que  fo  bos  devinaire 

QuciKai  viiidra  la  poira  e  cel  que  la  sap  traire 
Si  que  per  totas  parU  auzireU  du"  e  braire 
Sobre  pecador  caia. 


CLI. 

Sobre  pecador  caiba  e  IMeua  aqael  ne  gar 
359&  Que  deu  tenir  la  terra  e  lautre  desampar 

El  senher  Aposlols  repaira  del  dictar 
Elh  prélat  de  la  glieiza  que  ian  fait  acordar 
£  al  comte  de  Montfort  fai  la  terra  fennar 
E  can  las  cortz  compiidas  a  près  a  comjadar 
3600  Vai  lo  coms  de  Thoîoza  per  a  romjadar 

Lo  comte  de  Foig  mena  que  sab  ben  dir  e  lar 
E  troban  lApostoii  adrclt  per  cscoutar 
E  io  cotns  sumiiia  près  se  a  rasonar 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  S&S 

«Loimiie,  qui  te  chérit  de  cœur  coustaul,  —  l'a  cuvoyi;  ses  let- 
"  ties  et  un  message  de  parole  (pour  te  prier) —  de  te  souvenir 

•  de  la  merci  (fl'Alexandrei  et  du  jusfemontde  Darius  :  —  fais-lui 

•  (par  ta  réponse  )  une  joie  dont  tout  son  cœur  resplendisse.  *— 

■  Don  ahbé,  répond  le  Pape,  je  ne  puis  autrement  fiûte."— 
«  Chacun  de  me9  prélats  se  déclare  contre  moi;  —  c'est  pourquoi 
■je  tiens  mon  cœur  caché  et  fermé ,  (ayant  Tair  de  croire) — que 
«  le  jeune  comte  ne  trouvera  ni  ami  ni  protecteur.  —  Mais  j'ai 

ouï  dire  et  démontrer — qu'un  homme  jeunes  35ss 

■  de  noble  cœur,  quand  il  sait  patienter  et  aouâxir,  — et  qu'il  a 
«  du  courage,  recouvre  son  héritage.— Si  donc  l'infant  est  preux, 

■  il  saura  bien  ce  qu'il  a  à  faire. -~  Mais  certes ,  le  comte  de  Bfont- 

•  fort  l'aimera  peu;  — il  ne  le  tiendra  point  pour  fils,  ni  l'infimt 

•  lui  pour  père.^Gar  tu  sais  bien  que  Merlin,  qui  fut  si  bon  ssgo 
«  devin ,  (a  dit)  :  —  Qu'à  la  fin  viendra  la  pierre  et  qui  la  saura 

•  lancer. — Tellement  que  de  toutes  parts  vous  entendrez  crier 
«  et  dire  :  —  La  pierre  est  tomiiée  sui'  le  péclieur  ! 

CLL 

«  Que  sur  le  pécheur  elle  tombe  I  que  Dieu  en  garde —  celui  ^&9* 

■  qui  doit  tenir  la  terre,  et  qu'il  abandonne  l'autre !> — (Là- 
dessus)  le  seigneur  Pape  cesse  de  parler,  —  et  les  prélats 
(se  taisent  aussi),  ceux  qui  l'ont  forcé  k  être  de  leur  avis,—- -et 
iàit  donner  la  terre  au  comte  de  Montfort — Lorsque,  le  con- 
cile ainsi  terminé,  le  Pape  a  congédié  tout  le  monde,— le  asoo 
comte  de  Toulouse  s'en  va  prendre  aussi  congé  de  lui,— ayant 

en  sa  compagnie  le  comte  de  Foix,  qui  sait  bien  dire  et  fiôre. 
—H  trouve  1«  Pape  disposé  à  écouter; — il  s'agenouille  et  se 


SS«        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Senher  drcitz  Apostols  cui  Dieus  ama  e  ten  car 

36oâ  Bem  ias  grans  meravilhas  cals  boca  pol  pariai 
Que  nulhs  homme  deguos  p«r  dr«it  dêioratar 
Quicu  non  ai  tort  ni  colpa  pcr  quem  deias  dampna 
En  ton  poder  me  mesi  per  ma  teira  cobrar 
Er  son  intrali  en  londa  on  no  pose  aribar 

3«io  Quieu  no  sai  on  me  vire  o  per  terra  o  per  mar 
E  anc  mais  non  fo  vist  ni  auzît  <1el  ineu  par 
Quem  avinbes  per  setgle  quérir  ni  inendigar 
Aras  pot  totz  lo  mons  adreit  meravilliar 
Car  lo  coms  tic  Toioza  es  datz  a  porilhar 

36iò   Quicu  no  ai  hnrr  ni  vila  on  posca  repairar 
Canl  te  rendei  J  oio/.a  cugci  nierce  trobar 
F.  si  ieu  la  tengucs  nom  vcngra  a  clamar 
E  car  la  Ici  rcnduda  e  no  la  vulb  vcdar 
Soi  vcngutz  al  péril li  e  al  teu  uicrcciar 
,  36m  Anc  no  cugei  veser  nim  d^ca  albîrar 

Qoieu  ab  û  santa  glieiza  pc^es  tant  mescabar 
Lo  teus  diti  el  nfeiu  sens  ma  fiiit  tant  foleiar 
Gaia  no  sai  on  man  ni  on  posca  tomar 
Ben  dei  aver  gran  ira  can  mave  a  pesaar 

363$  Que  dantmi  mer  a  pein  t'  >-/  ïcn  solia  dar 
E  leiàns  qae  no  sab  ni  faillir  ni  pccar 
Mandas  sa  terra  toldrc  c  lo  vols  decassar 
E  tu  que  deu?»  parnlg<>  v  nicrcc  guovcmar 
Menibrct  Dieus  e  j  arat^i  .s     nom  laiches  pccar 

363o  (]a)  Uî:\  lier  la  colpa  sieu  non  ai  on  cstar 
L/Vpostolis  lescofa  e  pros  lo  a  gardar 
E  près  son  cur  a  planer  e  soen  a  blasmar 
Coins  80  ditz  lApostols  not  cal  descooorlar 
Que  ben  conoae  e  sai  que  men  cove  a  far 

3M&  Sim  laissa  .i.  petit  revenir  ni  membrar 
Pu  fiirai  lo  teu  droit  el  men  tort  eamendar 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  257 

prend  à  discourir  :  —  «Seigneur  vrai  Pape,  qtie  Dieu  favorise  et 

•  lient  cher, —  je  m'cmerveilie  fort  «yii'îl  se  soit  trouvé  tles  36o5 
«bouches  pour  dire— <jue  l'on  peut  justement  dépouiller  un 

«  homme  de  son  héritage.  —  Je  n  ai  ni  tort  ni  faute  pour  les^eis 
«  tu  doives  me  coadanmer.— Je  me  suis  mis  en  ton  pouvoir  pour 
«eonserver  ma  terre,— et  me  suis  jeté  dans  fonde  où  je  ne 
«  trouve  plus  de  lÎTe.-— Je  ne  sais  plus  de  qvuA.  côté  me  tourner,  36io 
«  ni  par  terre,  ni  par  mer;  — »  et  jamais  il  ne  fiit  oui  ni  dit  que 

•  mon  pareil^— dût  8*en  aller  par  le  monde  quêter  et  mendier. — 
^Tout  homme  peut  bien  aujourd'hui  8*étonner,— voyant  le 

«  comte  de  Toiilouse  exposé  à  de  tels  hasards ,  — n'ayant  ni  ville  jeiS 

•  ni  bourg  on  il  puisse  se  retirer. — Quand  je  rendis  Toulouse, 
«  j'espérais  trouver  justice  et  si  je  l'eusse  trouvée,  je  ne  serais  pas 
«  venu  me  plaindre.  —  C'est  pour  ta  voir  rendu  ma  ville ,  pour  n'a- 

•  voir  point  voulu  la  défendre  contre  toi, — que  je  suistomhc  en 
«péril  et  à  ta  merci.— Je  ne  m'attendais  pas  &  le  voir,  je  ne  dus  3^>« 
«  point  rimaginer,— qu'avec  la  sainte  église  je  pusse  si  fort  dé> 

•  €hoir.^Tes  paroles  et  ma  bonne  foi  m'ont  fait  faire  telle  foUe,—* 

•  que  je  ne  sais  maintenant  plus  ni  où  aUw ,  ni  où  retourner. — 

•  Jvgt  Ú  je  dois  être  tmte,  quand  je  viens  à  songer —que  me  voilà 

■  réduit  à  recevoir  d*autrui,  moi  qui  avais  coutume  de  donner.  — 
«  Et  mon  fik,  qui  n*apa  ni  su  faillir  on  pécher,  —tu  lui  fais  dter 

■  sa  terre,  tu  veux  le  chasser!— O toi ,  c|ui  dois  maintenir  no- 
"  blesse  etjustice, — souvlcu.s-toi  de  Dieu  et  de  justice;  et  ne  me 

•  contrains  pas  à  faillir, — car  la  faute  en  est  à  loi ,  si  je  n'ai  où  po-  ibio 
»  ser  les  ])leds  !  » — -Le  Pape  l'a  écouté  ;  il  s'est  mis  k  le  regarder, — 

à  le  plaindre  en  lui-même  et  k  l'exhorter  :  —  «  Comte,  lui  ditrii, 
«tune  dois  point  perdre  courage.— > Je  connus,  je  sais  bien  ce 
«  que  j'ai  à  faire  ; —et  si  tu  me  laisses  un  peu  reB|nrer  ou  réfléchir,  ^63» 


2S8        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS 

Sieu  tai  dezerctat  Dieus  te  pot  eretar 
£  si  tu  as  gran  ira  Dieu  te  pot  alcgrar 
E  si  tu  as  pei^t         te  pod  restaurar 

36io  Si  tu  vas  en  tenebias  Dieus  te  pod  aliimiiar 
E  pos  Dieus  a  poder  de  toldre  e  de  dar 
De  nulha  re  not  vulhas  de  Dieu  desesperar 
Si  Dieus  me  laisa  irivra  que  posca  dreit  renhar 
Tant  &rei  lo  ten  dieit  enantir  e  sobrar 

iUi  Que  de  re  no  pdns  Dieu  m  mt  enodpar 
E  dig  te  dels  felos  qaem  volo  «iciuar 
Ja  no  tarsara  ^ôre  que  men  veiras  venjar 
En  aital  aventura  ten  poscas  retornar 
Que  si  tu  as  bon  drett  Dieus  tajut  e  tampar 

365o  E  laissât  mas  to  filh  qucm  voldrci  cosselhar 
E  mantns  fie  manriras  lo  poirai  crclar 
Senher  so  ditz  io  coms  el  ton  santé  esear 
Te  lais  me  e  mo  fiDi  c  lot  lu  meu  afar 
LApostoiis  lo  seuba  al  seu  comjat  douar 

36âj  El  coms  de  Foig  remas  par  sos  dreitz  dcmandar 
E  mandai  lApostoiis  son  castel  recobrar 
La  doncs  se  près  lo  paire  cl  Ullis  a  sospirar 
Lo  filbs  per  lo  rcmandre  el  paire  per  lanar 
E  lo  coms  ets  de  iUnna  can  venc  ti  dia  clar 

3Mo  On  la  venc  a  la  fesfa  a  Vitedba  eetar 

£  Yenc  il  coms  de  Foîg  ia  noit  a  laveaprar 
E  estero  «isemble  per  lo  jom  onorar 
E  pois  va  sen  lo  ooms  drdt  aSent  Marc  velhar 
Lo  sant  evangelista  el  sant  cors  cdebrar 

36es  E  intran  sen  a  Genoa  per  so  filh  esperar 
Que  a  laichat  a  Roma. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  250 

"  — je  te  rendrai  Ion  (lr<  it  ut  corrigerai  mon  tort. — Si  je  l'ai  ôté 

•  ton  héritage,  Dieu  peut  t  on  donner  un  antre  : — si  tu  es  travaillé 

•  de  grande  douleur.  Dieu  peut  l'alléger; —  si  tu  as  perdu,  Dieu 

■  peut  te  rendre  ;  —  si  tu  marche»  dans  les  ténèbres.  Dieu  peut  ^**® 
«  Védairer. — ^Puisque  Dieu  a  le  pouvoir  de  donnrr  et  d'ûter,— tu 
«  ne  doU  en  rien  désespérer  de  loi    >  et  s'il  me  laiise  vivre  assez 

•  pour  attendre  le  régne  de  le  ju8tice,-*je  mettrai  ton  bon  droit  si 

«  haut  et  le  ferai  prévaloir  ai  bien que  ta  ne  pourras  «ceoser  ssis 
«  en  rien  Dieu,  ni  moi. — Et  quant  à  ces  félons  qui  me  bllm^t , 
"  je  te  dis— qu*avant  peu  tu  m*en  verrait  vengé.< —  {Va),  et  puisses- 
«  tu  en  telle  aventure  t*en  retourner,  —  que  û  tu  as  bon  droit, 

•  Dieu  t'aide  et  le  défende!  —  Mais  laisse-moi  ton  iils  :  je  veux  363o 
«  délibérer  (sur  lui)  : — de  nuiintos  manières  jepiiislui  faire  un  hé- 

•  ritage.  >  —  <•  Seigneur,  du  le  comte,  sous  la  sainte  protection — 

•  je  mets  mon  iils,  moi-même  et  toutes  mes  affaires.  •  —  (Parlant 
ainsi),  le  Pape  le  bénit  et  il  prend  congé. — Le  comte  de  Foix  36&s 
reste  enc<Mre  pour  poursuivre  sa  demande ,  — jusqu'à  ce  que  le 
Pape  ait  ordonné  que  son  château  lui  soit  rendu.  —(Les  comtes 

de  Toulouse),  le  père  et  le  fils,  se  prennent  akm  à  soupirer,  — 
le  fils  parce  qu*il  demeure,  leâpère  parce  qu'il  part  —(  11  part), 
il  sort  de  Rome  au  dair  jour,— et  arrive  à  Viterbe,  pom  y  iUo 
passer  U  ftte.*<~Le  même  jeur,  sur  le  soir,  arriva  le  comte  de 
Foix;— et  ils  passèrent  le  lendemain  ensemble  à  célâ>rer  la 
ilte. — Le  comte  Raymond  s'en  va  ensuite  veiller  à  Saint-Marc 
—  lev  angéliste,  et  vénérer  le  saint  corps. — Puis  il  entre  à  Gênes,  3665 
pour  y  attcudre  son  tils,  —  t^uil  a  laissé  á Rome. 


M. 


t 


360        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS 

CLU. 

Lefan  remt»  a  Roma  e  non  a  gnn  denr 
Car  no  ve  re  quelh  deia  pUier  ni  abelir 
Car  ve  sos  enemics  e  nols  pot  dan  tenir 

3(70  Kfas  el  a  tan  bon  sen  essient  es  albir 

Qae  eo  que  plus  li  tira  sap  odar  e  cobrir 
XL  joms  estet  en  la  oort  ses  mentir 
Per  gardar  e  apenre  e  yettàe  e  ausir 
Ces  voldra  lApostols  envas  lui  mantenir 

Ziji  Mas  P.     li  près  de  Rabastencs  a  dir 

Senher  mais  en  la  cort  no  podem  als  compltr 
On  mais  i  cstarcm  icu  cug  que  pus  nos  tir 
Dis  W.  Porccîencs  scnhcr  anem  sentir 
Al  senhor  Aposloli  cons  poirem  avenir 

368©  Bel  mes  so  diu  lefaos  quoi  anem  enquérir 
Cant  lo  vit  lApostob  ab  semblant  de  sospir 
Si  la  près  per  la  ma  e  vai  lo  asczir 
E  lefaiis  li  comensa  sa  razo  a  fumir 
Senher  drcitz  Apostok  oimais  es  temps  dcl  ir 

36BS  E  pos  noi  pose  remandre  ni  re  als  nom  vols  dir 
Dieus  e  tu  e  merces  man  Âa  a  sostenir 
Quieu  non  ai  tant  de  terra  com  poiria  salhir 
£  car  tu  i  est  mos  paire  e  cel  quem  dens  noiiir 
Vulh  quem  mostr^  la  via  on  no  posca  périr 

3690  Filhs  so  .dits  lApostols  mot  as  ùk  bon  cossir 
^  tes  los  mandamass  quieu  te  vulh  estabiir 
No  poiras  en  est  segle  ni  en  lautre  falhir 
Sapjas  Dieu  amar  e  onrar  c  graxir 
Els  mandamens  de  gieiza  els  sieus  sans  obesir 

3«9&  E  messas  c  matinas  e  las  vespras  ausir 
El  cors  de  Jeshu  Grist  honorât  e  ufirir 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS,  S61 


GLU. 

L'enfant  est  resté  à  Rome ,  sans  on  avoir  grand  désir, — car  il 
n'y  trouve  chose  (jui  puisse  lui  agréer  ou  lui  plaire;  —  il  ne  voit 
4|ae  ses  ennemis  et  ne  peut  leur  iaire  de  mal  ;  —  mais  il  a  tant  ^^70 
de  sens,  de  sagesse  et  de  réflexion, — qu'il  sait  dissimuler  et  ca- 
cher oe  <jui  lui  déplaît  le  plus. — Il  resta  «  sans  mentir,  bien 
quarante  jours  à  la  cour  (de  Rome), — r^rdant  et  s|iprenant» 
écoutant  et  voyant^de  quelle  manière  le  Pape  se  conduirait 
envers  lui. —  Mais  Pierre  Raymond  de  Rabaslens  lut  dit  à  la  fin  :  w?» 
— •  Seigneur ,  nous  n'avons  désormais  plus  rien  à  faire  en  cette 
«cour;  —  plus  nous  y  resterons,  plus,  je  crois,  nous  aurons 

■  d'ennui.  » — «  Seigneur,  répond  alors  Guillaume  des  Porcellets, 

•  allons  savoir — du  saint-père  le  Pape  comment  nous  pouvons 

«  nous  accorder,  lui  et  nous.  » —  •  U  me  plaît,  dit  l'infant,  que  36«o 

•  nous  allions  le  lui  demander.  »  —  Et  aussitôt  que  le  Paj)e  voit 
celui'ci,  de  l'air  d'un  homme  qui  soupire,  —  il  le  prend  parla 
main,  le&it  asseoir;— et  l'infmt  commence  à  lui  déduire  ses 
raisons: — «Seigneur  vrai  Pape,  voilà  désormais  le  temps  de 

e  partir; — puis  donc  que  je  ne  puis  rester,  et  que  tu  |i*as  rien  36ss 

•  de  plus  à  me  dire,  —que  Dieu,  toi  et  merci  me  soutiennent 
«  désonnais  !  — Je  n*ai  pas  de  terre,  pas  même  autant  que  j*en 
'  pourrais  sauter. — Et  puisque  tu  es  mon  père,  celui  qui  doit 
<  m*éduquer, —  je  dérire  que  tu  me  montres  la  voie  où  je  ne 

■  risfjue  point  de  périr.  »— «  Mon  enfant,  hiî  répond  le  Pape ,  tu  ^«.go 
"as  pris  un  sage  parti, —  et  si  tu  obscnes  les  consuii>  que  je 
«vais  te  donner,  —  tu  ne  pourras  laillir  en  ce  monde  ni  en 

•  l'autre. — Sache  aimer,  honorer  el  remercier  Dieu;—- obéis 


â62        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  cassai  ii»  (^M:i  p,  bona  patz  tenir 

E  lio  vuiiias  las  ordes  nils  camis  envazir 

Ni  lautrui  avei  peine  pw  lo  tcu  enantir 

3700  Ni  tofl  baros  dcstruirc  ni  ta  gcnt  mal  Lailii 
E  Ifticbat  a  merce  vencer  e  comquerir 
Pero  quit  dezereta  nît  vol  dezenantir 
Bet  sapjas  défendre  e  ton  dreit  retenir 
Senher  so  dits  lefiuu  no  er  qoîen  nom  air 

370S  Car  no  poM      easems  «icausar  ni  fiigir 

PaiilwetratB  e  sofracha  ee  trop  greua  per  sofrir 
Per  so  car  non  ai  terra  ni  no  sai  on  me  vir 
Mer  de  lautrui  «  pendre  ab  quem  posca  garnir 
En  aquesta  razo  no  cug  re  sobre  dir 

3710  Que  mais  vulli  dar  e  toldre  que  pendre  e  (juerir 
No  fai  dilz  lApostolis  re  per  que  Dieus  tazir 
Quel  te  dara  pro  terra  si  be  lo  sabs  servir 
Quieu  ai  fait  a  tos  obs  V'enoici  retenir 
Ai^ensa  e  Bolcaire  que  ton  poiras  suffrir 

i7ià  E  lo  coms  de  Monifort  aura  lautra  baiiir 
Tro  que  vcia  la  gieiza  si  poiras  revenir 
^  Sciiliti-  so  diu  lefans  tan  greu  i-s  per  am.ir 
Que  nulhs  hom  do  Guiiisestre  aia  ab  mi  a  partir 
Ja  Jcsliu  Criât  no  vidba  sa  lui  platz  cosscniir 

37  o  Quen  Simoa  ab  mi  prcnga  honor  a  devexir 
Que  la  morts  0  la  terra  la  £ura  sopartir 
Que  la  us  laura  tota  tro  quel  ner  a  morir 
E  pus  ieu  vei  que  toma  del  tôt  al  eagremir 
Senber  re  ab  not  vulh  demander  ni  quérir 

37BS  Mas  quem  laicbes  la  tem  si  la  pose  ccmqnerir 
LApostolis  lesgarda  e  gitet  un  sospir 
E  en  après  lo  baisa  e  près  lo  a  benazir 
Tu  garda  que  feras  e  apren  que  vulb  dir 
Que  tôt  cent  sescma  a  obs  a  esciardr 


♦CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  265 
«aux  saiirts  commanflements  delVglisc  et  aux  siens; — entends  369S 

•  la  messe ,  matines  et  vêpres; — honora  ie  corps  de  Jésus-Chrisl 

•  par  des  oflrandes. — Gbasse  Thérésie,  et  maintiens  Lonne  paix. 
•—N'assaille  point  les  nKmastàres  ni  les  chemins, et  ne 

«  prends  point  le  bien  d'aatrai  pour  augmenter  ie  tien.  —Ne  s?»*» 

•  détruis  poîm  tes  barons,  et  gouverne  sagement  tes  sujets.  — 

•  Laisse^oi  à  merci  vaincre  et  g^er;— mais  contre  qui  veut 

•  fabaisser  ou  te  dépouiller , —sache  bien  te  défendre  et  garder 

•  Ion  droit.  1 —  «  Seigneur  «  dît  Tinfiint,  je  ne  puis  que  m*attnster  : 

•  je  ne  saurais  à  la  fois  poursuivre  et  íìiir; — la  pauvreté  et  le  s?»» 

•  besoin  sont  par  trop  durs  à^upporter.  — N^ayant  plus  de  terre, 

•  je  ne  sais  de  quel  cAté  me  tourner.  — Et  il  fiiut  que  je  reçoive 
«  d^autrui  de  quoi  avoir  des  armes,—  et  ne  crois  pas  trop  dire 

•  (en  assurant)  — que  je  me  sens  plus  fait  pour  donner  et  ôt<^r  que  ,0 

•  pour  demander  et  recevoir.  »— «  Ne  fais  ,  répond  le  VnfÊÈ,  rien 
"  qui  te  rende  désagréable  à  Dieu  ;  —  et  Dieu ,  si  tu  le  sers  bien , 

•  te  donnera  largement  de  la  terre.  —  Je  lais  garder  pour  toi  le 
«Venaissin,  —  Argence  et  Beaucairc,  dont  tu  pourras  te  coh- 

•  tenter; — et  ie  comte  de  Montfort  aura  la  seigneurie  du  reste, 
«—jusqu'à  ce  que  l'église  ait  vu  si  elle  doit  te  rétablir.»  — 
«  Semeur,  dit  l'enfant,  il  m'est  dur  d'entendre— parler  de  par- 
«tage  entre  un  homme  de  Vincestrc  et  moi; —  et  plaise  à  Jésus- 

■  Christ^  que  jamais  don  Simon  n'ait  de  seigneurie  à  diviser  i-jn 

•  avec  moil  — Il  fimdra  bien  k  la  mort  et  en  terre  abandonner 
"Ce  gouvernement;  —  mais  que  fun  (ou  Tautre}  le  possède 

•  tout  entier  tant  qu*il  vivra.  —  Et  puisque  je  vois  que  tout 
«  se  dédde  par  la  guerre,  —  seigneur,  je  ne  souhaite  et  ne 
«demande  autre  chose,  —  sinon  que  tu  me  pennettés  de  371$ 

•  conquérir  ma  teire,  si  je  peux.»  —  Le  Fape  le  regarde 


S6ft        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.* 

3730  Bet  iais  Dieus  Je&hu  Crisl  comonsar  e  fenir  * 
E  grans  bonavcn^ura  quel  posca  perseguir 

eoms  îssit  de  Roma  ah  jornada$  complir 
E  ea  vcngutz  a  Genoa  es  eu  pose  vos  plevir 
Que  caut  lo  vi  aos  paire  cane  ao  lanet  ferir 
373s  E  no  tanero  gaire  mas  sempre  del  isstr 
E  cavalgan  ab  joia  e  pessan  del  venir 
Tro  foro  a  Maselha. 


CLllL 

^      Gant  foro  a  Massolha  dcsccado  el  rilM^e 
foro  acuiliit  de  joi  e  daiegratge 

37Ì0  Al  castcl  de  Toneu  près  lo  coms  albcrgatgc 

Mas  can  vcuc  al  cari  jorn  veus  venir  .1.  mesatge 
E  saludec  lo  comte  e  dig  e  son  lengatge 
Senher  coms  al  luali  uo  fas&alz  lonc  estatge 
Car  lo  miellis  dAvînbo  vos  atea  al  ribatge 

3745  E  so  plus  de  Gcc.  queus  fiotoi  nmenage 

E  can  lo  coms  lenten  mot  h  venc  dagradatge 
Lo  mati  el  el  filhs  se  meto  el  vîa^ 
E  cant  fero  tant  près  que  senoontro  el  rivalge 
E  lo  coms  deachendet  de  lo  mulet  damige 

37»Q  £  trabals  a  genolhs  de  sobre  lo  ramage 
E  lo  00ms  los  receub  eilh  ab  ali^^tge 
Mas  Ar.  Audegers  que  a  bon  cor  e  sage 
E  fo  natz  dAvinfao  dnn  gentil  parentatge 
Parlée  primeirament  car  sab  tôt  lor  usatge 

37S&  Senher  coms  de  Sent  Gili  recebets  gentil  gstge 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  365 

en  poussant  un  soupir;  —  il  le  baise  ensuite  et  lui  donne 
sa  bénédiction.  —  «Prends  garde  à  ce  qvie  lu  feras,  lui  dit-il, 
"  et  sache  —  que  tout  ce  qui  s'oLscurcit  a  besoin  d'être 
-  cclairci.  —  One  Dieu   notre  Seigni  iu    te  iasse  bien  coni-  3730 

•  mencer  et  bien  finir, — et  permette  que  baute  et  bonne  avcn- 

•  ture  taviennel  »  —  (Là^Lessus  le  jeune)  comte  sort ,  et  de  jour- 
née eo  journée — il  arrive  à  Gènes;  et  je  puis  bien  vous  assurer 
—que  quand  son  père  le  vit«  il  n'alla  poiiitlelnpper.>— Us  ne  3736 
tardèrent  pas  à  partir, — chevauchant  joyeusement,  et  pensant  , 

à  Tanivée ,  — jusqu*à  ce  qu^ils  entrent  k  Marseille. 

GLIIL 

Quand  ils  entrent  à  MarseiUe,  ik  descendent  sur  la  rive,  — 
et  sont  aceueîlUa  avec  joie  et  allégresse. — Le  comte  prend  son 
albexj^e  au  château  de  Tonel.— Mais  au  quatrième  jour,  voici 
venir  un  messager — qui  salue  le  comte,  et  en  son  langage  lui 
dit  : —  «  Seigneur  comte,  ne  restez  pas  ici ,  passé  demain  matin; 
« — car  l'élite  d'Avignon  vous  atlt  nd  sur  le  bord  (du  Rhône), — 

•  au  nombre  de  plus  de  trois  cents  hommes  (jiii  vous  feront  3745 

•  hommage.» — Quand  le  comte  1  entend ,  il  en  est  grandement 
satisfait.  —  Le  matin,  lui  et  son  iils,  ils  se  mettent  en  chemin; 
—  et  quand  ils  sont  voisins  du  bord  (du  fleuve),  —  le  comte  des- 
cend de  son  mulet  de  voyage, —  et  trouve  ceux  d'Avignon  âge-  s^so 
nouillés  sous  la  ramée  ; — le  comte  les  accueille,  et  eux  lui  avec 
allégresse. — Arnaud  d'Audigiers,  homme  sage  et  de  noble  cœur, 
-»né  à  Avignon  de  hante  parenté,  — paria  le  premier,  oonnaia- 
sant  toutes  les  coutumes  du  pays  : — •  Seigneur  comte  de  Saint-  s^ss 
■  GiUes,  receves  un  gage  d*amour,<— vous  et  votre  cher  fils,  de 

I.  34 


166        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  vos  c  lo  cai  iilli  que&  de  liai  linat^e 
Totz  Aviohos  se  met  el  vostrc  senhoratge 
Que  cadaus  vos  Uuvra  son  cor  e  «oo  estatge 
E  las  claus  e  la  -vila  e  lo  sorts  e  lintratge 

^760  E  so  que  vos  dicem  jnous  tenguats  a  îola^;e 
.  Qu6  noi  a  fiilhimen  m^orgolh  ni  oltratge 
Hl^cavalersvalens  complitz  de  vasalatge 
T-^^"'-«4S0K^.  ornes  dantr^  valons  de  bon  eorage 
^  an  fait  sagiament  e  plcvit  pcr  ostatgc 

3765  Coimais  clcinandaraa  tôt  lo  vostrc  dampnatge 
E  finfírcl/.  en  Proenza  tôt  voslic  dreituralge 
K  las  n  nJas  ois  ces  el  traul  i  l  [leatgc 
E  non  lia  caiiiis  si  no  da  guidtmalgc 
Fi  nos  tindroiii  de  Rozcr  totz  lo  pas  el  pasatgc 

i■'^o  E  metrcm  pcr  la  terra  la  moil.  el  carnalatge 
'  Tro  que  cobrelz  Tboloza  ab  io  droit  entatge 
£1  cavaer  faidit  ichinm  dcl  bosca^ 
Que  mab  no  temeran  tempesta  ni  aurai^ 
E  no  avets  el  mon  enemic  tant  salvatge 

3773  Que  sieus  fa  mal  ni  torl  que  non  prenda  ontatge 
Senlicr  so  dits  lo  coins  cauzinient  e  barnatge 
Faitz  si  men  amparats  e  aurets  lavantatge 
De  tôt  crestianesme  e  dcl  vostre  Icnguatge 
Car  restanrntr  los  pros  o  joia  c  parato^e 

S780   Lenileina  cavalguero  c  no  ian  lonc  vadatge 
E  inlraii  a  Maselha  e  noi  ian  lonc  calage 
E  vengrou  a  8eihu  la  110 It  a  la  vcspiatge 
E  albergau  ab  joia. 

CLiV. 

Ab  gran  joi  albergncron  el  mati  ab  lo  ros 
S78S  Gant  làjba  dousa  brolha  el  cans  4lel  auxelos 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  S«7 

«  loyal  lignage. —  Tout  Avii^nou  i.e  tnct  sous  votre  seigneurie, — 

•  et  chacun  vous  offre  son  cœur  et  ses  biens  , — la  ville,  les  ciels, 

«  la  soitie  etrcnlrcc; — et  co  que  nous  nous  (iisons,  ne  le  lenoz  3-t>g 

•  pouit  pour  chose  vainc;  —  carii  n'y  a,  en  nous,  ni  laussoté,  ni 

•  oi^gueil,  ni  insolence  :  —  mille  chevaliers  de  prfaite  Lravoure, 

•  —  et  cent  miUc  autres  homme»^  vaillants  et  de  bon  cœur,  — ;  se 

«  8oat  par  serment  et  par  c^a^s  engagés  —  à  poursuivre  la  rêpa-  «tfOS 
«  ration  de  toutes  vos  pertes. — Vcnis  jouirea  de  tous  vos  droits 
•sur  la  Provence,^  des  renies,  de»  cens,  dtt  charroi  et  du 
«  péage  :  > —  nul  chemin  ne  sera  fréquenté  sll  ne  paye  le  droit  de 
«  fgaiâe.  —  Nous  occuperons  et  garderons  tous  les  passages  du  - 

•  RhAne ,  —  et  mettrons  la  terre  à  feu  et  à  sang ,  —  jusqu'à  ce  que  ^770 

•  vous  ayez  recouvré  Toulouse  et  tout  votre  héritage.  —  Les 

•  chevaliers  fiiidits  sortiront  des  bois;— ils  braveront  (pour  vous) 
«  orages  et  tempêtes; — et  vous  n*avex  au  monde  si  sauvage  en- 

•  nemi  —  qui ,  s'il  vous  fait  tort  ou  mal,  n'en  devienne  repentant  a??* 
«et honteux.  » — «  Scígneiu^,  répond  le  comte,  vous  ferez  chose 

•  noble  et  courtoise  —  si  vous  prenez  ma  défense  ;  et  vous  serez 
«les  ^hommes  lesj  plus  glorirnx  —  dr  toute  la  (Inelienté  et 
«de  votre  langue,  —  si  von.s  rt-stauruz  ainsi  prouesse,  joie  et 

•  noblesse.  »  —  Les  comtes  ne  ixi'ent  pas  long  séjour  (à  Avignon);  3780 
ils  partirent  le  lendemain —  et  retournèrent  à  Marseille,  où  ils 
s'arrêtèrent  peu.  —  Ils  viennent  à  Salon ,  le  soir  vers  la  nuit,  — 

et  s'y  reposent  avec  joie. 

CLIV. 

Ib  se  reposèrent  avec  p«ode  joie;  et  le  matiii  à  la  rosée,  — 
quand  veulent  poindre  Pinhe  etle  duat  des  oÌBÌHoas,-^quand 


m       CBOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  sespandig  la  folha  e  la  flon  deU  botot 
li  baro  cavaigv^  à<n  6  doi  per  lerbos 
E  pessan  de  las  armas  e  de  las  garaiaos 
Mos  Guis  de  Gavslho  de  so  brun  caval  ros 
3790  £  dig  al  comte  jove  oimais  es  la  saaos 

Que  a  ^ns  obs  paratges  que  siati  mais  e  bos 
Car  lo  coms  de  Montfort  que  dcstrui  los  bsros 
E  la  gleiaa  de  Borna  e  la  presicacios 
Fan  estar  tôt  para'^  aunit  e  vergonhos 
379S  Quen  aisi  es  paralges  toraniz  de  sus  en  jos 
'jQue  si  per  vos  nos  leva  pci  lotz  tems  es  reacos 
E  si  pretz  e  paratges  nos  restaura  per  vos 
Donc»  es  ja  niortz  paratges  e  totz  lo  mons  en  vo» 
E  pus  de  lot  paratge  etz  vera  sospeisos 
3«oo  O  tolz  patat^es  mora  o  vos  que  sialz  pros 

Gui  50  dliz  lo  coms  jovps  mot  nai  lo  cor  joios 
Daiso  qucu  avetz  dig  eu  farci  l)reu  respios 
Si  Jeshu  Criât  me  salva  lo  cors  els  companhos 
E  quem  redbi  Tboloia  don  ieu  soi  desiros 
Mo5  Jamais  non  er  paratges  aomtx  ni  sofrachos 
Que  non  es  en  est  mon  nulbs  om  tan  poderos 
Que  roi  pogues  destruire  si  la  glièsa  non  fos 
E  es  tant  grans  mos  dreitx  e  la  mia  rasos 
Que  sien  ai  eaemics  ni  mak  ni  oigulbos 
38io  Si  d^us  mes  laupart  eu  li  aerei  leos 

Tant  parlan  de  las  armas  e  damors  e  dek  dos 
Tro  quel  vespres  sabaicha  els  recep  Avinhos 
E  cant  per  mei  la  vile  es  ievatx  lo  resos 
Non  i  a  vielh  ni  jove  que  noi  an  volontés 
3Siá  Per  totas  las  rarreiras  e  foras  las  maizos 

Acpiel  que  mais  pot  roires  te  \)ot  aventures 
Lai  on  eridan  Thoîosa  pel  p^îro  e  pel  tos 
£  ii  autre  la  joia  coimais  er  Die  us  ab  nos 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  2«« 
s^épanottÌBsent  la  fleur  et  k  feuille  des  bouigeone,  ~~  les  barons 
chevauchèrent  deux  à  deux  parmi  Theribe,  ~  devisant  d^armes 
et  d'armures.  — De  dessus  son  cheval  roux-brun,  don  Guy  de 
CavaiUon  —  dit  au  jeune  comte  :  «  Voici  ie  moment  venu  —  ^790 
«  où  eourtoisie  a  grand  besoin  que  vous  soyez  bon  et  mauvais. 

•  — Car,  grâce  au  fléau  des  barons,  au  comte  de  Montfort,  —  à 

•  l'église  de  Rome  et  aux  prédicat  ours  (de  la  Croisade), —  cour- 

"  toisie  est  aujourd'lmi  honteuse  et  lionnie,  —  et  toute  noblesse  'T'.)'' 

•  tellement  abaissée,  — que  si  elle  ne  se  relève  par  vous,  elle  est 

•  à  jamais  perdue.  —  Si  valeur  et  prouesse  ne  sont  par  vous  res- 
«  taurccs,—- elles  périssent,  et  le  monde  entier  périt  en  vous. — 

•  Ët  puisque  vous  en  êtes  le  pariait  modèle,  —  il  faut  ou  qu  elles 

•  meurent,  ou  que  vous  agissies  en  vrai  preux.  >— «  Don  Guy,  dit  le 

■  jeune  comte,  j*ai  le  cœur  tout  joyeux—  de  ce  que  voua  aves  dit  ; 

•  et  j'y  ferai  brève  réponse.  -—Si  Jésus-Glwist  sauve  mes  oompa- 

•  gnons  et  moi, — etsll  me  rend  Toulouse,  que  je  désire  si  fort,— 

■  noblesse  et  courtoisie  ne  seront  jamais  plus  ni  honnies  ni  ap-  3SoS 

•  pauvries.  —  Il  n'y  aurait  pas  eu ,  en  ce  monde,  d'homme  asse» 

•  puissant  —  pour  me  détruire ,  si  l'église  n'existait  pas.  —  Mais 
«  mon  droit  est  si  grand  et  si  bonne  est  ma  cause, —  que  (je  puis 
«braver]  les  ennemis  les  plus  durs  et  1rs  plus  méchants;  —  et  38io 
«  pour  quiconque  me  sera  léopard,  jo  me  ferai  lion.  »— Us  parient 
(ensuite)  d'armes,  d'amour  et  de  beaux  |Nrésents, — jusqri''i  re  que 

le  jour  baissant  ils  entrent  dans  Avignon. — Et  lorsque  le  bruit 
de  leur  arrivée  s'est  répandu  dans  la  ville ,  —  il  n'y  a  personne , 
jeune  ou  vieux,  qui  n*accoure  empressé;  —  et  pour  fortuné  se  ssis 
tient  celui  qui  court  le  mieux.  —  Par  toutes  les  rues,  en  dehors 
des  maisons,— OD  entend  crier:  <  Toulouse!  pour  le  père  et  pour 

•  le  fils  ;  »  «^d'autres  crient  :  «  Joie  1  (victoire  I)  Dieu  est  maintenant 


270         CROISADE  CONTRE  El  S  ALiJltiEOIS. 

Ab  a£ortiz  coratgcs  cz  ah  los  nlhs  ploros 

itfao  Trastuit  denan  lo  comte  venoii  dafjpnolhos 
E  pois  dizon  eiisL-nihlc  Jesiiu  Ciisl  giorios 
Dali  nos  poder  e  ioisa  quels  cretcm  ambdos 
Es  es  tant  giaa  la  prcicha  c  la  proicssios 
Que  obs  i  an  menassas  e  vergas  e  bastos 

38iá  El  mortier  sen  intrero  por  fiir  lor  orasos 
E  pois  fo  lo*  manjan  complita  «  aaboro» 
E  mantas  de  maneiras  las  salsas  els*  peidios 
£  vis  blancs  e  vennelhs  e  giroflals  e  roa 
Eb  jotglars  e  las  viulase  dansa»  e  cansos  ' 

383»  Lo  dimenge  mati  es  retraits  lo  seraios 
De  prendrel  sagrament  e  las  promissios 
E  pois  dit  lus  a  lautre  scnhnr  drcitz  amoroe 
Ja  nous  fassa  temensa  douars  ni  messios  . 
Que  nos  darem  laver  e  nietraiA  km  cors 

MUâ  Tro  que  cobretz  la  terra  o  q^ic  muram  ab  vos 
Sonliors  so  ditz  lo  coms  bcls  ner  lo  gazerdos 
(hie  lie  Diou  c  (le  mi  sriclz  plus  podcros 
K  lo  coms  sacosscllia  c  ah  de  sos  baros 
Et  a  ner  vas  Auronca  valons  e  delcitos 

38io    Eiilrnl  comte  cl  |)rnu(}p  l's  failii  atordazos 
Danior  v  de  paria  (|ul>  jucion  ontrcis  dos 
El  coms  jovcs  scn  iiitia  en  Vencisi  cocho» 
Ter  lecebre  racmas  e  mètre  establizos 
Malauccna  e  Balmas  e  maints  castels  del  sos 

38&&  ÎSu  en  Lreu  de  termini  es  1»  comensazoe 

Dels  nudse  dels  dampmaiges  e  de  las  contensos 
Que  li  clerc  e  lavesqucs  que  son  contrarios 
Que  lo  Baus  lo  gucrreie  el  goutz  et  avairos 
R.  Peteta  e  Nenues  Aurenca  e  Gortecos 

3B6o  RetambaHs  de  la  Cafan  Jobat  de  SeMwe  bes 

En  LMnbert  de  MointflH»  en  Lambert  de  Limoe 


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CROISADE  GONT&E  LES  ALBIGEOIS.  871 

r  a\C(  nous  !  K  —  Lf;s  yeux  rn  pleurs,  mais  pleins  de  courage  , — 
tous  viennent  devant  le  comte  s'agénonillpr,  —  ot  s'écrîent  tous  Mizo 
h  la  fois  :  i.  Jésus-Christ,  (roi)  glorieux,  —  donuez-nons  la  force 
«  et  le  pouvoir  de  leur  rendre  à  tous  deux  leur  héritage  !  ■ — -Et  si 
grandes  sont  la  foule  et  la  presse,  —  qu'il  y  faut  les  menaces, 
les  verges  et  les  hâtons. — Ils  entrent  d*abord  dans  la  cathédiale  38i5 
pour  faire  leur  prière;— après  quoi  (au  dJner),  exquise  et  par- 
fiiite  est  la  chère ,  —  variiéa  les  aauoes  et  les  poissoiMi,  ^  les 
vins  blancs,  rouges,  rosés  et  de  couleur  de  giroflée.  —  (On  n'en- 
tend de  tous  côtés)  que  jongleurs  et  violes,  que  danses  et  chants. 
—  Le  dimanche  matin ,  U  est  prêché  —  de  prêter  serment  et  de  38^« 
promettre  fidélité.  —  Et  tous  disent  au  comte  :  «  Bel  amoureux 

•  seigneur,  — ne  vous  efliaytz  pas  de  donner  ni  de  dépenser;  

•  nous  oíìi  irons  tout  notre  hien,  nonsensragiM  ons  nos  personnes,— 
«jusqu'à  ce  que  vous  r<(  enviiez  votre  terre,  ou  que  nous  mou-  mi 
"  rions  avec  vous.  .  —  «  Seigneurs,  répond  le  comte ,  vous  en  au- 

•  rei  belle  récompense ,  —  et  de  par  Dieu ,  et  de  par  moi ,  vous 

•  en  monteres  en  pouvoir. . — Après  quoi,  ayant  pcis  le  eonseii 
de  ses  barons,  —  il  s  en  va  vers  Orange,  résolu  et  satÎslait  

Un  traité  est  conclu  entre  le  prince  (d*Oraage)  «t  le  comte,   uno 

(un  traité)  d'alliaace  et  d*amitíó  qu'ils  arrêtent  entre  eux.  (De 

son  côté)  le  jeune  comte  parcourt  à  la  hâte  le  Venaîssin ,  pour 
recevoir  et  mettre  en  défense  Pemes,  —  Malaucénes ,  Baumes  et 
maints  autres  châteaux.  — Mais  au  bout  de  peu  de  temps  vom-  mi 
mencent  —  le  mai,  le  dommage  et  les  contrariétés,  —  (jnc  lui 

suscitent  révêque  et  les  clercs  qui  lui  sont  contraiitis,  Contre 

lui  guerroient  le  .seigneur  de  Baux,  l'avare,  le  discourtois;  

Haynmnd  Pelct,  ceux  de  iNimcs,  d'Orange  et  de  Cortezon.  

Rainibaud  de  la  Gabne,  Jean  de  Semic  le  brave,  —  don  Lambert  USo 


272         CROISADE  COM  RE  LES  ALBIGEOIS. 

E  mans  ni  a  dels  autres  al)  cors  mais  e  giiihos 
Mas  de  sai  ios  contrasta  Maselha  e  Tharaacos 
Lailha  e  Peira  Lada  en  Ucs  de  Cavalluis 

inôà  NAxemars  de  Peitieus  c  sos  fil  lis  (ìuilhamos 
W.  Ar.  de  Dia  us  ries  liom  coraijos 
Eu  Bciais  de  Mureus  ab  adreit^  couipanhos 
fin  Guiraut  Azemar  e  sos  fiihs  Guiraudos 
R.  de  Montalba  «n  Dragonetx  lo  prot 

Miio  NAlbxar  dllMst  e  après  nAlbaros 

E  Bertrans  Porcelencs  Pons  coi  es  Mondngos 
£d  Rkds  de  Cairo  en  Pons  de  Sent  Jost  bos 
Omais  a  plaits  e  gueira  e  contenaa  n  Simos 
E  sos  filhs  nAmalrics  e  sos  fraiien  Guios 

3865  QwA  coiBS  dux  e  manpies  àù  linalge  nAnIbs 
li  calomja  sa  terra. 


CLV. 

La  terra  li  calomja  lo  coms  dux  qucs  tozett 
E  defcn  c  contrasta  ios  tortz  els  dezeretz 
E  pren  castels  e  vilaa  e  bores  e  castelets 

3870  Mas  lo  coms  el  coms  joves  en  GnU  en  Dragonets 
En  Girauts  Ademars  e  sos  filhs  Giraudels 
Paxlero  ab  lo  comte  car  lor  plats  e  lor  leta 
Senhors  so  dits  lo  coms  dure  vos  que  âtieU 
Eu  men  vau  en  Espanba  e  vos  tuH  remandiets 

387$  Es  en  la  vostra  garda  remandra  Ramundets 
Es  es  obs  e  g[ran  coita  que  vos  kcosselbets 
Que  si  el  cobra  terra  gran  bonor  i  aurets 
Pero  «  la  perdia  tuit  vos  i  dampnarets 
Ramon  so  ditz  lo  00ms  aquetz  baros  creirets 

389o  £is  mais  els  bes  els  gangs  elb  trebalh  que  aureb 


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CEOlSADfi  CONTRE  LE3  ALBIGEOIS.  275 
de  Monteii ,  don  Lambert  dé  Limon,    et  idasieuTt  antre»  encore 

de  pcrfìde  ca;ui-.  —  Mais  il  y  a ,  de  ce  côté,  pour  les  combattre, 
Marseille  et  Tarascon,  —  Tlsle  et  Pierre-La  (te.  don  Hugues  de 
Cavaillon ,  —  don  Adhémar  de  Poitiers,  avec  son  liis  (ìuiliaumon  ;  jg^j 
—  Guillaume  Arnaud  de  Die ,  un  puissant  et  brave  baron;  —  don 
Bemis  de  Muret,  avec  d'excellents  compagnons;— ~ don  Guiraud 
Adhémar  et  son  fils  Guiraudon;-»  Raymond  de  Montauban,  don 
Dragonet  le  preux,  —  don  ÉléMtar  dUses,  ainsi  que  d<m  Alba-  ^6« 
ron,— Bertrand  des  Porcellets,  Pons,  eelui  de  Montdragon,  — 
don  Ricaut  de  Caron,  le  vaillant  Pons  de  SaintnJust.  —  (Tons 
ces  iNurons)  meuvent  guerre  et  querelle  à  Simon,  —  à  don  Ai» 
meric  son  fib,  à  son  frère  don  Guy,  —  dont  le  comte  duc  et  ma 
marquis,  du  lignage  d'Alfonse,  — requiert  sa  terre. 


CLV.  • 

11  leur  requiert  sa  terre  :  le  comte  duc ,  encore  tout  petit,  — ^ 
résiste  et  se  défend  contre  rinjustîce  et  la  spoliation,  -r  prend 
châteaux  et  villes ,  châtelets  et  bourgs.     lihis  les  deux  comtes,  S870 
don  Guy  et  don  Dragonet, — Giraud  Adbémar,  son  fils  Guirau- 
don,  — ont  avec }e  comte  un  entretien  qui  leur  agrée  Sei- 

■  gneurs,  leur  dit  le  comte,  je  vous  dirai  ce  que  vous  aves  à 

•  fiûre.  — Je  m*en  vais  en  Espagne  ;  et  vous  tous ,  vous  resterez 

•  ici,  —  et  sous  volic  gai  Je  restera  mou  pu  lit  liaymond  ,  — -  aiiu  3«^^ 
»  que  vous  lui  douuiez  conseil,  si  besoin  et  ui^encc  y  sont.  — 

«  S'il  recouvrera  terre,  grand  honneur  vous  en  reviendra;  —  mais 
«s'il  venait  à  la  perdre,  vous  en  séries  tous  condamnés. — Mon 

■  fils,  poursuit  le  comte,  crôyes  ^es  barons.  —  Les  biens,  et  les  38«e 


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21k        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  vostras  aventuras  eiitre  ior  sutfnretz 
Eis  haros  dAvinho  per  lotz  temps  amaretz 
E  lamor  e  laver  larj^anient  lor  dareti 
Que  SI  avcU  Pioensa  ab  lor  la  conquerrcti 
Als  omcs  de  Maselha  ijiaiidas  nierces  lendeU 
Els  bes  e  las  honors  que  lor  regardouetz 
Ez  aiso  cpeos  perparen  bonamen  ior  penreU 
E  aureU  la  valema  qumis  fiura  iiAiicelraets 
E  lor  de  Tharasco  toli  tomps  olieiireu 

3<9o  De  donar  e  datlendre  e  fort  be  ioa  ameti 
Que  si  cobratz  Belcaioe  ab  lor  lo  cobrarete 
E  al  pe  de  la  rocha  estara  lo  navets 
Que  si  lor  toleli  laiga  destrenher  los  poireti 
E  noi  remanga  murs  ni  porta  ni  pareil 

389»  E  sis  cujan  défendre  que  tots  los  debrisets 
E  per  grat  o  per  forsa  verament  los  prendretx 
E  li  baro  respondo  en  so  no  Ddhiretz 
Senher  ditz  lo  coms  joves  pos  en  Eq»anha  irets 
Als  comtes  e  als  reh  vostrcs  droits  monstrarets 

3960  Que  pezar  loi  devra  la  vostre  dezerelr 

E  de  la  cort  de  Roma  forment  vos  clamareU 
Que  nous  val  Dîeiis  ni  fcs  ni  cauzimens  ni  leitz 
De  tôt  (  an  <pin  fassatz  ni  daiso  que  diirets 
Me  trametctz  nicsatge  c  so  que  pessaretz 

3so&  Dreitamtînt  a  Tliolo/a  mesuli^e  trametreti 
Que  pei  vos  c  per  lui  sospiran  mantas  vetz 
Car  els  son  tant  probomc  canquer  los  cobrar<itz 
E  totz  vostres  dampnatges  ab  lor  restaurarctz 
Ramon  so  ditz  lo  coms  oiniais  conoicheretz 

3910  Quius  vol  be  o  quius  ama  e  veirem  que  farets 
E  lo  coms  pren  comjat  e  va  sen  a  e^qfdeitz 
Drehautent  en  la  E^panha  als  grans  canti  e  als  frehz 
El  eoiDs  joves  tcamet  cartas  e  sagelets 


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eUOISADE  COM  IΠ LES  ALBIGEOIS.  275 
»  maux,  les  joies  et  iee  peines,  —  les  aventures  que  voos  aures, 

■  ayes-les  avec  eux.  —  Aimes  à  jamais  les  hommes  d'Avignon  » — 
"  et  comme  d'amour,  aoyeirleur  libéral  d avoir;      car  si  vous 

oonquéres  la  Provence,  vous  la  conquerrez  avec  eux.  ^  Aux 
m  hommes  de  Marseille  faites  djq  'grandes  grâces,  — ~  en  récom- 

■  pense  de  leurs  biens  et  de  leurs  honneurs,  —  et  acceptes  sim- 
«  plement  ce  qu'iievous-oftent  ,'^  ainsi  que  les  services  que  vous 
<  rendra  don  Anselme.  —  Obéisses  en  tout  Ai  ceux  de  Taras» 

•  con;  — aimez -les  fort,  et  ne  leur  refiiseï  îfiî  dons  ni  pro- 

•  luessos  :  —  cai-  si  vous  recouvre?.  Beaiu  ain' ,  xoiis  le  recouvrerez 
«pareux. — avec  leurs  navires  stailonncs  au  piutl  de  la  roche; — et 

•  c'est  en  ôtanl  Teau  (à  la  place)  que  vous  pourrez  la  forcer.  — 

■  Qu'il  n'y  reste  (rien  d'entier),  ni  mur,  ni  porte,  ni. paroi;  — 

•  que  tout  soit  brisé,  s-ib-nreulent  se  défendre.  —  Ainsi  vous  les  31195 

•  prendrez  de  force  ou  de  gré:  >  —  ■  Vous  n'y  fatlliréz  point,  * 
répondent  les  barons.  —  •  Seigneur,  dît  le  jeune  ccrnite^puisque  . 
«  vous  allez  en  Espagne,  —  vous  ferez  voir  votre  droit  aux  comtes 

«  et  aux  rois  ;  —  votre  spoliation  doit  certainement  leur  déplaire.  5900 
«  —  Vous  vous  plaindrez  fort  de  la  cour  de  Rome  ,f —  où  rien  ne 
'  vous  sert,  ni  Dieu  ni  foi ,  ni  loyauté  ni  loi.^Detont  ce  que  vous 

•  ferez  et  de  tout  ce  que  vous  dire» ,  —  vous  m  ouverrez  message; 

"  et  ce  que  vous  peust-rcz,  — vous  le  mandrrez  droit  par  messa-  îjoà 
^  i;ers  h  ceux  de  Toulouse,  — -(lui  s(>u|>ircnt  fréquemment  pour 
«  vous  et  pour  moi.  —  Us  sont  hommes  si  preux ,  que  vous  les  re- 
«couvrerez,  —  et  vous  referes  avec  eu\  de  toutes  vos  pertes.  • 
—  >  Raymond ,  lui  dit  le  comte;  vous  ailes  désormaiit  connaître— 

•  qui  vous  veut  du  bien  et  vous  urne;'  et  nous  allons  voir  ce  que  3910 
«  vous  savez  fiire.  •  -^  LiHleswui  le  comte  prend  congé  et  s  adie- 
mine  en  diligence  — ^  droit  vers  TEspagae,  par  chadd  et  firoid,  — 

35. 


276        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Que  tuit  siei  amies  veiigan  celadament  e  <{ueU 
3945  Al  seti  de  Belcaire. 

CLVI. 

Ai  aeli  de  B'dcaire  venc  \ù  coms  naUmls 
Per  meg  b  condtmiiia  dretamens  ak  portak 
.  Ab  oostelh  de  la  vila  de  totz  lo»  plus  leiak 
Li  Ihivreron  las  portaa  dh  renderon  las  clans 

3»»o  E  démena  gran  joia  ab  sos  amks  oorak 
El  poHe  dAvtnbo  venc  per  Roier  ab  iiaua 
De  Thartsco  icbiron  e  ooron  als  estvaus 
£  tuit  passcro  Inign  c  inirero  els  caus 
Per  mieg  la  vila  cri  dan  nostre  senhor  ooraiis 

ìỳi»  Intra  per  mieg  la  vHa  cl  gatitz  osporitaus 

Coiniais  noi  remandra  ni  Frances  m  Barraua 

E  al)  tant  repairrron  e  prezon  los  ostaus 

E  escridau  lo  joia  ei  sojorn  ei  ropans 

Mas  en  brcu  de  termiui  crcis  la  guerra  uiortaus 

3930  Quen  Lamhcrt  de  Limos  us  adreîtz  soncscaus 
Gnilhclnies  de  la  Mota  BonuuU  A-ialLeitz  Fans 
Cjaiaircu  ior  compauhas  els  corb  e  los  thivaus 
£  eisson  per  la  porta  del  castel  e  dels  naus 
Intran  per  las  canmras  e  intran  de  grans  saus 

393s  Montfort  Montfort  escridan  oimais  pailaiem  dais 
Car  aîsi  recomensa  lo  dampiia^s  el  meus 
*  Fer  meg  la  vfla  leva  lo  crits  el  batistaus 
E  coro  a  las  armas  lo  pobles  cominans 
E  es  mot  grans  la  prassa  dels  baros  Proenaaiis  ' 

3940  fi  soneron  las  trompas  e  mostvan  lors  senhaus 
E  vaa  cridar  Tholosa  e  vai  levar  lencaus 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  277 
tandis  que  le  Jeune  comte  expédie  ses  lettres  et  sas  sceaux,  — 
pour  dire  à  tous  ses  «mis  de  venir  en  secret  et  couTertement*^ 
eu  tàépt  de  Beaucaite. 

CLVI. 

Au  siège  de  Beauoúre  vint  le  (jeune)  et  noble  comte,  — 
marchant  droit  vers  la  porte ,  à  travers  les  champs.  —  Du  conseil 
des  plu8  loyaux  habitauts  de  la  ville,  —  les  portes  lui  sont  li- 
vrées et  les  clefs  rendues;  —  tt  lu  voilà  menant  grande  joie  avec  3gio 
ses  amiâ  de  cœur.  —  La  gent  d* Avignon  arrive,  sur  des  bateaux, 
par  le  Rhône;  —  celle  de  Tarascon  sort,  en  courant,  hors  de 
ses  murs;  elle  passe  Tcau,  et  s'avance  à  travers  les  jardins. 
~-  La  jbttle  va  criant  dans  Beaucaire  :  «  .Vive  notre  bon  seigneur  ! 

•  — Dans  la  ville  est  entrée  la  joie  de  nos  ftmes;—  il  n  y  restera  j^as 

•  bîent^  plus  de  Français,  ni  de  (don)  Barrai. >  —  Et  tous, 
en  criant  ainsi  d*aise  et  de  |daîsir,  se  retirait  (pour  se  repo- 
ser) et  occupent  les  maisons.  —  Mais  la  mortelle  guerre  ne  tarde 
pas  k  s'aviver.  —  Don  Lambert  de  Limou,  le  bon  sénéchal,  — 
Guillaume  de  la  Moite,  Bernard  et  Adalberl  l  aulx,  —  font 
armer  leur  troupe,  hommes  et  chevaux;  — ils  sortent  par  la 
porte  du  château  et  du  port;^ — ils  entrent  dans  les  rues,  s'y 
précipitent  k  grands  sauts,  —  en  criant  ;  •  MontfortI  Montfort  !  • 
U  fiiut  ici  parler  d'autre  chose;  —  ici  recommencent  les  doir»- 
mages  et  les  maux  (de  la  guerre).  —  Du  milieu  de  la  ville 
s*élèvent  des  clameurs,  un  tumulte  ;  tout  le  peuple  court  aux 
armes,  —  et  grande  est  la  presse  des  barons  provençaux.  —  Ib  3910 
font  sonner  leurs  trompettes,  déploient  leurs  enseignes,  — ^et 
criant  :  •  Toulouse  1  Toulouse  !  >  ils  courent  sur  rennemi. — Ils  lui 


228        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGKUIS. 

E  gieUn  ilartK  e  iausas  e  las  peiras  panhaiu 
E  cairels  e  sagetas  e  apchas  c  destiaus 
E  lansas  e  espazas  f  ba.stos  c  tinaus 

39.)    I  niit  (liiraiDt'iil  los  ioi(;m  rlo  soliicis  leiiestl'aus 
De  Uaslutab  iiiaueira:*  ab  calro^>  rcver&àus 
Que  ias  boclas  pecîaii  eb  escutz  els  peitrals 
Que  firens  tos  ne  menan  e  lor  dan  colps  moilâua 
Que  senes  grat  per  fomlz  an  el  eastel  endaiu 
Mas  ek  se  defendero  a  lei  de  boa  vassaos 
E  gamiron  las  ton  eis  nuin  els.oada&u» 
E  lo  conu  ùâ  hanreîras  de  Ibissas  e  de  paus 
E  mes  a  Santa  Pasca  las  mainadas  comtaus 
E  dcdins  en  la  roca  es  io  naveis  aitaus 

i^bù  Que  laiga  e  la  cresma  de  tôt  lor  es  cabaus 
£  en  après  cscridan  abans  que  fassam  aus 
Combatam  la  redorta. 


CL  VIL 

Combatam  la  redorta  cades  la  poîrt'in  prendre 
La  doncs  viratz  anar  e  correr  e  descendre 

S960  La  us  deb  evas  lautre  e  cridar  e  contendre 

Cane  noi  remas  lo  paire  per  lo  filh  ni  pel  gendre 
Que  I08  mun  e  las  portas  van  debrisar  e  fendre 
E  aportan  lo  Jbc  es  prendo  a  lossendre 
La  doncs  pograta  vezer  tanta  )>ali:sta  tendre 

39tià  E  tant  cairel  montar  c  tant  cairo  dessondre 
Tanta  poira  lansar  c  tant  bo  arc  destcndrc 
Fis  Procnsals  combatif  c  los  Fiances  défendre 
E  en  auta  votz  osciidan  aví  iipjiit/.  ctr.  a!  pendre 
E  el  lor  respondero  bca  dizetz  per  oiittiulrc 

<i<j7o  Enam  que  nos  prongatz  nos  cujaoi  bc  car  vendre 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  S70 
lancent  forae  dards,  flàehes  et  caÎHoux;  »  (ils  le  frappent)  de 
lances,  d'épieux,  d'épées,  ~-  de  iuiclies  de  tonte  espèce,  de 
masses  et  de  bâtons  ferrés;  —  et  d*en  liant,  des  fenêtres,  ils 

l'accaLk  iit  tellement  —  et  de  tous  les  côtés  de  lourds  carreaux 

—  qui  l)ri,sL'nt  tout,  poitrails,  boucles  et  écus,  —  (ju'ils  le 
mènent,  ballu  de  coups  morteb,  —  jusqu'à  ce  que,  par  force 

et  non  de  gré ,  il  t  entre  dan»  la  forteresse.  —  Mais  là  les  1* Van-  'j^*^ 
<^is  se  défendent  comme  vailiants  homme»,  —  et  garnissent 
les  murs,  les  tours  et  les  terrasses.  De  son  côté  le  comte 
Uà%  construire  des  barricades  de  pieux  et  de  planches,  —  et 
poster  à  Sainte-Piques  les  troupes  oointales.-^£t  de  Tautre  côté, 
au  pied  de  la  roche,  les  navires  sont  si  nombreux,  —  que  les  s^ss 
assiégeants  abondent  de  tout,  de  crème  comme  d^ean.  —  Et  les 
voilà  qui ,  tout  d*un  coup,  s'écrient  t  •  Awtnt  touteautre  chose ,  — 

•  attaquons  la  retortel 

CLVII. 

•  Attaquons  laretorte  '.  c'est  le  moment  de  la  prendre  !  »  —  Alors 
vous  les  auriez  vus  aller,  courir,  descendre , — crier,  assaiUn  a  Tenvi  ^iyuo 
fuu  de  l'autre; — les  pères  coui  ir  <  i  iiiine  le&liis,  conuue  les  gendres; 

—  tousse  mettre  àhattre  les  miirs,  h  briser  les  portes,  —  h  apporter 
du  feu,  et  s'ellbrccr  de  le  mettre  (où  il  faut). —  C'est  alors  que  vous 
aunes  vu  tendre  les  arbalètes ,  —  monter  les  flèches ,  les  carreaux  2965 
tomber;  —  bander  les  arcs ,  lancer  les  pierres;  —  les  Provençaux 
attaquer,  les  Françau  se  défendre.  —  •  Vous  êtes  piisl  ■  crient  (les 
premiers)  à  haute  voix.     Cela  est  aisé  à  dire,  répondent  les  ao> 

<  tres;^mais  anrtnt  4*Atre  |kìs,  nous  espérons  nous  vendre  chère»  297« 

•  ment.  •  —Cependant  ta  fumée  et  le  feu ,  la  flamme  et  la  chaleur 


S80        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Mas  io  fums  e  lo  focs  la  flama  e  lesendre 
Los  a  tant  dwtreits  que  son  manîta  deçeiulfe 
E  si  dîUilus  a  lantre  nols  podem  mais  atendn 
Redam  nos  a  merce  ans  quens  kissemmes  pendre 

3975  En  Peire  de  Sent  Frais  a  bit  son  plût  ^pendre 
Qahom  len  lais  ichir  e  ves  lo  comte  rendre 
De  totas  parts  ausiras  tensonar  e  contendre 
li  uni  dd  monter  e  laulre  del  descendre 
En  auta  voU  escridan  oimais  nons  pot  mal  pendre 

3980  Jeshu  Grist  i^orios  que  fos  mort  al  divendre 
Vos  restainats  paratge. 

CLVIIL 

Dicus  rostauratz  paratge  e  rsgardatz  raio 
F  captenetz  dreitura  e  baicliatz  traisio 
E  on  après  escridan  tuit  essenis  en  .1.  so 

3jjS5  Combatam  lo  castel  el  portai  cl  pelro 

Senhors  ditz  K.  Gauceliu  cos&eih  donare  bo 
Lo  castels  sera  vostre  e  aquels  que  lai  so 
Mas  primier  fassani  mur  ses  caus  e  ses  sablo 
Ab  los  cadafalcs  dobles  e  ab  fcrm  bescalo 

3990  Es  en  cada  portai  .1.  peiner  de  fiôso 

Que  tragan  lunh  e  près  c  que  defendal  so 
Car  nos  avem  que  far  ab  mal  ome  felo 
E  ses  tota  merce  e  ab  cor  de  leo 
£  sins  amena  forsa  aurem  de&nno 

3995  Goimais  no  temerem  nulb  assaut  com  nos  do 
Es  eli  respondero  aîsi  o  tenem  per  bo 
NArbert  lo  capdas  lor  a  bit  breu  senno 
Senhors  de  par  de  Dien  e  del  oomtcus  somo 
Gel  que  faral  mur  sec  ni  re  i  meira  del  so 

A«oo  Que  de  Dieu  e  del  comte  navra  bon  gazerdo 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  281 
—  ont  mis  les  Fiançais  en  telle  détresse,  ^'ils  en  sont  nuris  et 
titnibÎés.— L\in  dit  à  Tantiie  :  «  Nous  ne  iwnvons  plus  ré^ster.» 

«  Rendons-nous  à  merci,  avant  de  nous  laisser  prendre.  »  —  Don  2975 
Pierre  de  Saint-Priest  a  proposé  —  qu'on  le  laissât  sortir  et 
se  rendre  au  comte.  —  De  toutes  parts  alors  vous  entendriez 
des  disputes,  des  querelles.  —  entre  ceux  qui  veulent  monter 
et  celui  qui  veut  descendre.  —  Ils  s'ccrient  tous  à  haute  voiï  :  «  Il 
«  ne  peut  plus  en  mésarriver  désormais  :  —  glorieux  Jésus-Chriât,  a«|Sa 
•  qui  mourûtes  un  vendredi ,  —  restaures  courtoisie  ! 


CLVIII. 

«  0ieU|  restaures  courtoisie,  soutenes  le  droit, -^maîntenea  la 
«  justice,  etabaisees  latrahispnl    Ils crientensuite tous  dWevoix  : 
«  Attaquons  maintenant  le  chiteau ,  le  portail  et  le  perron.  s^gs 

•  Seigneurs,  dit  R.  Gaucelin,  je  vais  vous  donner  un  bon  conseil. 

•  ^Le  château  sera  vôtre  avec  tous  ceui  qui  s  y  trouvent;— 
«  mais  âevons  auparavant  un  mur  sans  sable  etsans chaux, —'avec 

•  un  double  jbhafaud  et  un  double  escalier  soVde;  —  puis  .^990 
■  dressons  à  chaque  porte  un  pierrier  de  telle  sorte  —  qu'il 

«  tire  loin  et  près,  et  nous  serve  de  défense;  —  car  nous  avons  à 
»  faire  â  un  dur  félon  d  lioiume  ,  —  sans  aucune  merci  et  à  cœur 

•  de  lion.  —  S'il  \nent  avec  des  forces,  nous  nous  trouverons  en 

«  défense,  —  et  nous  ne  craindrons  plus  aucun  assaut  que  Ton  3995 
«  veuille  nous  donner.  •  — -  «  Nous  tenons  le  conseil  pour  bon,  • 
répondent  les  autres.  —  lÀ-dessus  don  Arbcrt  le  chapelain 
leur  a  fait  un  court  sermon  :  —  «  Seigneurs ,  de  la  part  de  Dieu 
«  jet  du  comte ,  je  dédare  — ^  que  celui  qui  fera  les  murs  de  pierre 

•  sèdie  ou  y  mettra  du  sien,  —  en  aura  de  Dieu  et  du  comte  i«oo 

I.  3« 


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282        CROISADE  CO.MRE  LES  ALBiGtOiS. 

E  de  sobre  ruas  ordes  aura  saivacio 
Trastug  essems  cscridan  tuit  anem  al  pcrdo 
Mas  la  noit  saparelha  ali  lo  resplande.O 
E  an  faita  la  gaita  sirvent  e  douzelo 

4oo5  Els  cavors  nieismes  pel  castel  deviro 
E  a  lalbor  del  dia  an  levât  .i.  rcso 
Que  tuit  ni  escan  essems  negm  no  dHz  de  no 
£  comeiwaa  lo  mur  tl  mnlh  «Ì  ftiao 
E  iM  tu  nuHia  ohn  no  via  Uo  rie  mmo 

ioi«  Que  cvvaer  e  donas  âpovtain  lo  rebio 
E  donsels  e  doncelas  lo  peitraît  <d  carbo 
Que  cascus  dits  balada  o  veiset  o  canso 
E  fero  tanta  dobra  en  petit  de  aato 
Que  mais  nola  eal  temer  France»  ni  Bergonbo 

ioih  £  dîna  aqnd  nrar  foio  li  trap  eib  pavalho 
E  a  la  Santa  Paaca  meio  establizo 
£  m  fres  lor  cosselh  que  ÎasêSk  lo  bo^b 
Per  lo  Capdolh  cowbaire  e  traire  cela  que  i  m 
E  quel  dono  per  garda  an  Gui  de  Cavalho 

iotw  Ë  ab  lor  de  Volobrogua  que  so  lia!  o  bo 
E  an  près  lo  ribatgi'  de  Capdolh  cnviro 
Que  degus  hom  non  i  esca  ni  i  intre  a  lairo 
Ni  cavals  noi  abeure  m  hom  aiga  nolh  do 
E  vengo  per  las  terras  \entias  e  ibivrazo 

ii>i5  E  li  bou  e  las  vacas  o  li  porc  elh  mot/O 
E  a  ut  as  e  galhiuoÀ  e  pti  ditz  e  capo 
El  blatz  c  la  farina  e  lautra  venaao 
El  vis  de  Geneatet  que  vai  tant  abando 
Que  la  doncs  reaemblet  terra  de  promissio 

4o3o  Senipre  van  Us  novellas  dreit  al  comte  Simo 
Qudl  a  perdut  Belcaire  que  mais  ncdh  tindra  pro 
En  LanJiert  de  Limoa  Rainier  del  Galdaro 
Sua  el  cap  del  catlel  e  buitra  gamiso 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIG&OI&  t6S 
■  bonne  récompense ,  —■-  et  sera  sauv(^  k  ma  reconimMidation.  » 

—  Ils  s'écrient  alors  tous  i  iiseinble  :  -  Allons  tous  an  panlon '.  "  — 
Mais  déjà  s'approche  la  nuit  au  ciel  resplendissant,  —  et  les 
servants,  les  damoiseaux,  les  chevaliers  eux-mêmes,  ont  £iiit  \oah 
le  guet  tout  à  l'entour  du  château;  —  vers  Taube  du  jour  ils 

ont  poussé  un  cri  «  —  afin  q«e  tous  lesautfes  sortent  encemble; 
et  tous  sont  sortis.     ]ls>  connneft—nt  le.  mur,  1*  tcmsse  et 
le  peiron,  —  et  jainais  à  nutte  bAtiase  vous  ne  vtab  m  nobles 
maçons  :  —  ce  sont  dfes  cbevaliers' et  dis  dames  qui  apportent  ««lo 
les  pierres  t  —  des  damoiseaux  et  des  donselles  les  lasctnes 
et  le  charbon,      disant  chacun  hallade,  verset  ou  chanson; 
^  et  ils  ont  fiJt,  en  peu  de  temps,  tant  d*ouvrage,  —  qu*ils 
n*ont  désormais  plus  à  craindre  ni  Fonçais  m  Bouz^uigaons.-— 
Derrière  ce  mur  sont  les  pavillons  et  les  tentes^  — •  Les  assié-  («is 
géants  fortifient  également  la  Sainte-Pâques,  — ^  et  ont  résolu 
de  construire  un  bouiTon,  —  pour  hattre  le  Capitole  et  tirer 
contre  ceux  qui  le  dcfeiulenl,  —  et  d  y  luetlre,  pour  le  j^arder, 
don  Guy  de  Cavaillon, —  avec  ceux  de  Vaibrèguc,  qui  sont  bons  ^oio 
et  loyaux.  — Ils  occupent  aussi  la  rive  (du  llbône),  près  du 
Capitole,  — afin  que  nul  n'y  eutre,  ni  n'en  soite  en  secret,  — 
qii'>  Ie>^  chevaux  n'aillent  point  s'y  abreuver,  tii  personne  y  dier> 
cher  de  l'eao.  —  Et  de  toutes  les  parties  du  pays  viennent  den- 
rées et  provisions  à  vendre,  —  bœuHs  et  vaches ,  porcs  et  mou-  ioii» 
tons,  —  oies  et  poides,  chapons  et  perdrix,  — du  blé,  de  la 
&rine,  et  toute  sorte  de  productions;  —  le  vin  de  Genestaty 
anive  en  abondance  telle ,  —  que  le  camp  en  ressemble  à  une 
terre  promise.  —  Les  nowrelles  s*en  Tont  droit  au  comte  Simon  ^ 

—  quHl  a  perdu  Beaufairet  que  Bdmcaire  ne  hii  tervita  plus  à 
rien;  —  que  don  Lambert  de  Limou,  lUyaier  de  Chauderon 

36. 


M       CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  caat  avi  las  novelas  a  donc  li  saub  tan  bo 
4o3S  Com  si  honi  lagues  iiiorc  nAmaldric  on  Guio 
Pics  dira  e  de  fclnia  el  ne  venc  despero 
En  Guis  de  Montfort  manda  c  prcgua  e  somo 
Que  tttit  sm  unie  vengan  per  aquî  on  el  fo 
E  cant  fonm  enaemUe  ilh  el  seu  companho 

1010  E  «os  nd»  nAmaldric  en  Alas  en  Ugo 
Ab  lui  G.  de  Lent  Folcaut  e  Salamo 

Ah  loT  bdas  companhas  caf  algan  de  lando 
Dreitainent  ves  Beleaiire  e  peqnrendol  cambo 
E  rengan  laa  batalha»  de  foras  pel  sablo 

1011  Sel  dedins  se  capteiron  a  guiza  de  baro 
E  escridan  Toloza  Beicaîre  e  Avmho 
Volobr^a  Eldessa  Malatisenna  Caro 

E  an  passada  laiga  aicek  de  Tarasco 
E  perprendo  las  ortas  cavaers  f»  gnldo 

4«5o  E  degus  cnvas  lautre  noi  feric  despero 
Mas  K,  Belarot-s  ab  nAimcs  de  Caro 
Cascus  denant  los  autres  anec  ierir  !o  so 
Que  las  astas  debi  izan  e  volan  li  trenso 
E  non  i  a  plus  dtib  ijue  colp  prenga  ni  i  do 

4oa5  E  cant  la  noits  saprosma  levan  li  goufaino 
E  vau  a  las  albei^as  cascus  per  contenso 
Tôt  dreit  a  lalbeigada. 


CLIX. 

Tôt  drèit  a  lalbergada  albergan  volontiers 
E  prenon  k»  eatables  ek  oadids  els  soliers 
4o6o  £  agro  la  vianda  eeb  ^ela  fo  meatíer» 
E  an  fidta  la  gaita  ab  tots  lot  «acudiers 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  285 
sont  enfennés  dans  le  château  avec  la  garimon.  —  Quand 
il  apprend  ces  nouvelles ,  il  en  a  même  douleur  —  que  si  on  kaii 
lui  avait  tué  (son  fils)  don  Amaury  ou  (son  frère  )  don  Guy.  — ■ 
Plein  de  dépit  et  de  rage,  il  part,  en  piquant  de  Téperon;  ^  il 
prie  Guy  de  Montfort,  il  lui  commande d*avertir  tous  ses  amb 
de  se  rendre  où  il  taU  —  Et  lorsqu'ils  sont  tous  réunis,  ses 
compagnons  et  lui,  : —  don  Amaury  son  fils,  don  Hufues,  don  ioio 
Alard,  —  Guy  de  Levb ,  Foueadk  et  Salomon , — avec  leurs  belles 
compagnies,  chevauchent  de  file,  —  droit  sur  Beaucaire.  Ib 
occupent  Ja  plaine  campagne,  — et  raiit^eiit  leur  coi ps  de  bataille 
en  ileliors  sur  le  sable.  —  Mais  les  Provençaux  (qu'ils  ont  enier-  ^"45 
inés)  se  comportent  en  braves;  —  ils  crient  :  Toulouse I  Beau- 
«  caire  I  Avignon  ! — Valabrègue  I  Audessan  !  Malaucène  etCaron  !  <> 
—  Ceux  de  Tarasoon  ont  passé  le  Rhône  ;  —  leurs  chevaliers  et 
leur  cavalerie  occupent  les  jardins;  —  mais  aucun  d'eux  ny 
pique  d'éperon  contre  l'ennemi,  sinon  Raymond  Beiaiot  et 
don  Aymes  de  Garon,  —  chacun  d'eux  devant  tous  les  autres, 
alla  fivpper  son  ennemi,  —  (si  £brt)  que  leurs  lances  se  rom- 
pirent, et  que  les  tronçons  en  volèrent;  >—  il  n'y  en  a  aucun 
autre  qui  reçoive  ou  donne  autre  coup.  —  Mus  la  nuit  s'appro-  ^*^^ 
chant,  ils  lèvent  leurs  enseignes ,  —  et  tous  i  l'envi  gagnent  les 
albcrgues  —  et  vont  droit  à  i'aibergade. 

CLIX. 

Tout  droit  à  l'alheigade  ils  vont  volontiers,  —  et  occupent 
tout ,  ctables ,  greniers ,  maisons;  —  et  toute  la  subsistance  dont  ^oiio 
ils  avaient  besoin,  ils  l'eurent.— > Ils  firent  bon  guet  la  nuit, 
avec  les  écuyers,  -—car  ils  étaient  en  défiance  de  leurs  ennemis 


2M        CROISADE  GONTRf:  LËS  ALBIGEOIS. 

Car  cls  af;roíì  tfiiiensa  dcls  encmics  sobrief% 
Que  nols  aina  Maseliia  m  nols  vol  Montpe&lieiti 
E  Avinhos  e  Belcaire  los  a  cornes  primers 
E  lain»  a  Bdcaire  es  tant  gens  lalegrien 
Que  cascu»  ri  e  gaba  car  lor  creis  milhoriers 
£  agro  los  maesbre»  e  toU  los  caipente» 
£  dressera  los  murs  e  los  ambans  entiers 
E  banreivas  e  Ihissas  e  peifnds  traiwtseis 

&1170  E  mangancis  c  gousas  e  eiigens  a  doMars 
£  id  pa  del  castel  an  dat  Cttouadavs 
Que  aa  massai  las  gardas  e  gaitas  e  porter» 
AI1  los  garnimens  dohles  e  ab  ticncans  acers 
Que  non  intre  ni  esca  negus  hoin  iauzegers 

4073  E  jos  bas  en  la  rorha  an  triatz  nautoniers 

Que  loi  an  toula  laigua  e  fondutï  lo  rochers 
Elfe  coins  joves  tramet  cartas  e  mesatgicrs 
Ais  baros  de  sa  terra  c  als  scus  domengers 
.  Per  trastotas  las  tanaa  lai  on  sab  soidadien 

4oSo  Qui  v(d  aur  ni  argent  ni  boa  cavals  corners 
Al  seti  de  Belcaire  as  lo  dos  el  loguiers 
En  Lambert  de  limos  cui  es  lo  cossiriers 
A  empes  parlement  am  los  sens  companben 
Belament  se  razona  e  dits  mots  vartaders 

iciS5  Senhmrs  nos  em  cnclaus  en  tors  e  en  solers 
E  an  nos  establit  los  portais  eb  ttMicis  ' 
Que  negus  non  pot  îr  si  nos  torna  espavers 
Que  eu  vci  venir  las  peiras  dels  cngeubs  montauers 
Ab  quens  volon  roniLalre  per  trastot  amperers 

ïa^  E  es  obs  grans  e  coila  que  luit  siani  obrers 
E  que  fassam  gueridas  per  los  murs  batalbers 
Mas  en  pctita  dora  es  vcngutz  desturbors 
Qnab  nos  an  tfrnfa  laiga  cis  pot»  fds  «scaiiets 
Mas  pro  a^ram  vianda  daq«els  dos  mes  «aumê 


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4 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  287 

acharnés;  — car  Marseilli^  ne  K  s  Lume  point,  etMoatpellier  leur 
<'St  contraire, — Avi^^ion  et  Bcaucaire  ayant  été  le»  prt  imors  a  les 
attaquer  (i'un  et  l'autre).  —  Mais  l'allrgrcsse  est  si  j^ande  dans  *o6i 
Beaucaîre,  — que  chacun  rit  et  jouit  du  meilleur  état  de  leurs 
affaires.  —  Les  maitres  maçons  et  ies  charpentiers  (étaient  là  ),— 
qui  levèrent  ifit  moi»  et  des  terrasses,  — "  des  hamères,  des 
palissades ,  des  bankades  icwenières,     toutes  sortes  de 
gonneanx,  drMigilia  doublas  «t  de  gonses.  —  Au  pied  du  châ- 
teau Us  ont  poslÀ  (des  miUees)  oommviiales,      qui  y  ont 
aussit6t  établi  des  gardes,  des  guets,  des  portiers  ^  couverts 
de  doubles  armures  et  miinis  (de  lames)  d*acier  tranchant ,  — 
qui  empêchent  tout  homme  suspect  d'entrer  ou  de  sortir,  —  ti  ^"1^ 
tout  au  bas  de  la  roche,  ils  ont  choisi  des  nautomers  —  qui 
ont  t-nlové  l'eau  aux  assiégés  et  détruit  (l'escalier  du)  rocher.— 
Le  jeune  comte  envoie  ses  lettres  et  ses  messagers  —  aujt  barons 
de  sa  terre ,  à  ses  serviteurs;  —  et  par  toutes  ies  terres  où  il  sait 
qu'il  y  a  des  hommes  à  prendre  solde ,  —  (  il  fait  publier)  que  qui-  4080 
conque  veut  de  Tor,  de  l'argent  et  de  bons  chevaux ,  —  en  re- 
cevra au  siège  de  Beaucaîre»  en  don  et  en  paye.  —  (Cependant) 
Lambert  de  Limou,  à  qui  appartient  le  souci-  (de  la  défense  du 
château),  — tieat  parlement  avec  se» compagnons;  -—il  raisonne 
sagement ,  et  en  termes  vrais  :  ~-'«  Seigneurs,  nous  voici  enfers  io(»s 
«més  en  tours  et  en  chambres;  —  f ennemi  a  dressé  des  har- 
«  nères  contre  "les  portes  du  château, —  de  sorte  que  persoim-  ne 
"  peut  SOI  Lir,  à  moins  de  se  faire  cpervier;  —  et  je  vms  tics  nigins 
«montagnards  venir  (à  chaque  instant)  ies  pierres  —  dont  ils  »"«0 
«  nous  assaillent  partout  où  nous  paraissons  pour  nous  défendre. 
•  —  Dans  Tui^eot^  néoeasité  qui  nous  presse,  nous  devons  être 
«  tous  ouvrieii«-<-  «t  trasMiiier  à  des  déiÎBnsce  pour  nos  mura  ba- 


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288        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Pois  si  torna  a  coila  manjarcm  los  destriers 
Del  castel  lo  coins  joves  es  per  dreit  eretiers 
E  si  nos  pot  ilff  rlue  queus  aia  preizoners 
Be  nos  fara  s.  luLl.msa  que  nons  vol  a  pariers 
Per  quens  val  mais  la  niortz  no  queui»  aia  cstîcrs 

4 100  L  lo  coms  (le  Montfort  es  massa  bos  guerriers 
£  caut  saubra  lu  nom  «1  oindra  volontiers 
£  es  timt  aforttU  e  tant  humib  pariers 
Per  que  £ura  despendre  los  miUiorB  cossîrers 
En  aquesta  aveqtura  es  nootre  milhorers 

4io5  Bainiera  de  Galdairo  a  pariât  ettremien 

Senhors  remembre  vos  Guilhelmet  al  corl  nés 
Co  ab  seti  dAurenca  siiffii  tans  desUubiers 
0  de  mort  o  de  vida  siam  tag  cavalers 
Que  ja  Montfort  ni  Fransa  non  aion  reproers 

4  MO  Que  sil  coms  nos  pot  pendre  dats  es  nostre  lopier» 
Car  sel  er  plus  astruc  que  sera  mortz  primers 
Ben  es  dreitz  e  razos  ditz  maesire  Ferrers 
Que  vos  siatz  crczutz  c  vostre  casliers 
El  coms  de  Montfort  passa  c  caniis  e  sendiers 

4iiá  E  pregua  sos  amies  e  lot/,  los  loguadicrs 
E  per  totas  partidas  lai  ou  ac  soldadicrs 
E  eavalgon  lo  jorn  e  la  noit  ab  tenipiers 
Tro  que  venc  a  Belcairc  e  declient  els  gravers 
En  Guis  en  Aimiric  en  iUas  e  liogcrs 

.Alto  Ab  ior  bêlas  cumpanhas  i  son  vengutz  primers 
E  resonan  las  trompas  per  atendrds  deniers 
El  00ms  de  Montfort  garda  «itreis  murs  ek  dochers 
E  int  los  de  laîns  ardits  e  presentiers 
E  d  cap  del  castel  es  sos  gomfanorers 

il  «s  El  leps  e  la  ensenha  que  bandeia  els  torrers 
Dira  e  de  felnia  en  devencirastots  ners 
E  a  dits  a  sos  omes  que  descaigol  saumers 


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CROISAnE  CONTRE  LES  AERIGEOIS.  289 
"  taillers.  —  Il  nous  est  arrivé,  en  peu  de  temps,  un  grand  mal  ; 

•  — ils  nouftont  ôté  l'eau,  nos  ponts  at  notre  escalier. — Mais  aous 

«  avons  encore  des  sobsistanres  pour  deux  mois  entiers  ; — après  4095 
«  cela,  si  nous  y  sommes  forcés,  nous  mangerons  nos  destrie». — 
«  Le  jeune  comte  est  de  droit  héritier  du  château  ;"~et  s'il  pout  ve- 
«nir  à  bout  de  nous,  de  manière  A^nous  tenir  capti&,—0  nous 
«  fers  bien  voir  qu'il  ne  veut  pas  de  nous  pour  feudataires.— Ainsi 

■  donc  -mieux  vaut  pour  nous  mourir,  que  d'être  pris  par  luL  — 

'  lyailleurs  le  comte  de  Montfort  est  à  mei^eille  bon  homme  de  4100 

•  guerre; — quand  il  saura  ce  qui  se  passe,  il  viendra  au  plus  vite; 
>  —et  constant  de  courage ,  et  doux  de  parler,  comme  il  est,— il 
<  fera  prévaloir  les  meilleures  pensées: — c'esten  celaqn'est toute 

■  notre  espérance  de  sahit.  • — Raynier  de  Chauderon  a  parlé  tout  uab 
le  dernier: — «  Seigneurs,  dit-il,  souvenez-vous  de  Guillaume  au 

"  court  nei.  —  Quelles  laiigues  il  endura  au  siège  d'Orange  !  — — 
"  A  la  vie  ou  à  la  uiort,  soyons  tous  chevaliers, —  et  ne  faisons  af- 
'  front,  ni  à  la  France,  ni  à  Montfort.  —  Car  si  lo  jruiie  roiiite  4ito 
«  peut  nous  prendre,  notre  sort  est  décidé;  — et  celui-là  sera  le 
«  plus  fortuné  qui  nioiurra  le  premier.  > — «  C'est  droit  et  raison, 

•  dit  alors  maître  Ferricr,  —  que  Ton  vous  croie,  vous  et  votre 

•  leçon.  >— (Cependant)  le  comte  de  Montfort  s'en  va  par  chemins 

et  par  sentiers,  —  priant  de  tous  cdtés  ses  am»  él  ses  merce-  4>is 
naires,  —  les  aventuriers  à  la  solde  (de  le  suivre).  Ils  che- 
vauchent jour  et  nuit,  (par  Beau  temps)  et  par  orage ,  — jusqu'à 
ce  qu'ils  arrivent  à  Beaucaire ,  et  descendent  sur  le  gravier  (du 
RhAne  ). — Don  Guy,  don  Aimeric ,  don  Alard  et  Roger — y  sont  4 1 10 
avec  leurs  bdles  compagnies,  les  premiers  arrivés, — et  les  trom- 
pettes résonnent  pour  appeler  les  dmteis.  —  Le  comte  de 
Montfort  regarde  à  tiave»  les  dockers  et  sur  les  nrars;  ~  il  voit 
I.  37 


i 


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290         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  que  fico  las  tendas  e  trencols  divers 

La  doncas  saiberguero  per  orts  e  per  vergers 

4»3o  Oimais  dins  e  de  foras  cr  io  setis  pleniers 

Cant  Montfort  e  Belcairc  se  son  fait  fronLaicrs 
Mas  Dieus  sal)  he  coaoichcr  cals  es  pus  dreiturers 
Per  quel  ajut  e  valha  als  plus  dreitz  dreiturers 
Car  engana  e  dratora  »e  ton  fiàti  cabale» 

4i}S  De  tola  aquesta  gueirà. 


GLX. 

De  tota  aquesta  guMra  es  parvens  e  semMaa» 
Que  Dm»  renda  la  terra  als  seti»  fiaela  amans 
Car  oif^ulhs  ses  dreitura  lialtats  e  engans 

Son  vcngut  a  la  soma  car  apros  mal  domans 
4i4o  Car  iina  flnr  novela  si'spaudis  per  toU  pans 
Per  qui  jin  1,  e  paralgos  tornara  en  estans 
Car  lo  vaicns  (-onis  jovoH  ques  adreiti  e  prezans 
Demantla  e  contrasta  ios  dcïerestz  els  dans 
Per  que  la  crotz  scnausa  el  leos  es  mormans 
ii4à  El  coms  de  Montfort  manda  ids  scus  baros  diclans 
Per  que  vol  co&&eIli  pendre  car  les  cregulz  alan» 
£  foron  ab  lui  xsx.  dins  on  verger  {blhaiia 
E  lo  com»  se  mooa  e  afonn»  tos  guans 
E  fo  gentils  e  aavis  e  adràts  e  proians 
4iSo  Senhon  a  toU  vos  autres  e  a  Dieu  son  damans 
Dek  baros  de  la  terra  que  so  fids  e  Iruans 
Toti  lo  eon  me  sospira  e  mes  grens  •  peisns 


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GROISADB  GOTfTBl  LES  ALBIGEOIS.  S91 

ceux  de  la  ville  fièrement  (debout)  sous  les  arnies  ; —  et  sur  la 
hauteur,  dans  le  châtea\i,  il  voit  son  gonfaloii,  —  son  enseigne  à^tb 
au  lion  ,  qu  agite  le  gardien  de  la  toui*,  —  et  devient  (à  cette 
vue  ) ,  noir  de  colère  et  de  douleur.  —  Il  ordonne  á  ses  hommea 
de  déchaîner  les  sommiers,  —  d'abattre  les  oliviers,  et  de  plan- 
ter le»  tentes; —-et  ks  voilà  ^  peanent  leurs  albergnes  dans 
les  jardins  et  les  veigMS. — Voilà  Moutfort  eA  Beaucaire  en  pré^  4 13» 
sence  ;  — >  voilà  mi  dége  en  dedams  et  nn  n^ge  en  dehors. 
Mais  Dieu  sanra  bien  connaître  «juel  est  (ici)  le  jdus  juste  »  — 
afin  de  Taîder  et  de  soutenir  la  meilleure  cause  ;  —  car  fraude 
et  droiture  se  sont  déclarées  les  chefr  —  de  toute  cette  guerre.    ^  ■ 

GLX. 

De  toute  celle  guerre  l'apparence  et  le  semblant,  ■ — c'est  que 
Dieu  veut  rendre  à  ses  tìdèies  amis  la  terre  (qui  leur  a  été  ravie). 
— Orgueil  et  justice,  tromperie  et  loyauté,  —  sont  venus  à  leur 
comble:  après  de  rudes  orages ,  — s'épanouît,  en  tout  sens, 
une  fleur  nouvelle,  —  par  laqudie  seront  restaurées  vdeur  et 
noblesse.  —>  Le  jeune  comte,  qui  est  vaiUant  et  habile s'op- 
pose à  son  dommage ,  et  réclame  contre  sa  ^Ìiation;  de 
sorte  que  le  lion  est  abaissé  et  que  la  croix  s*élève. ^(Cqpendant) 
le  comte  de  Montfort  jbit  appeler  ses  barons  bien  parlants;  —  il 
vetit  leur  demander  conseil  dans  ce  surcroît  de  peine  (qui  lui  est 
échu).  —  Il  s'en  rassemble  trente  autour  de  lui ,  tlans  un  verger 
bien  feuillé;  —  il  s*  ]  a  end  à  leur  parler,  en  redressant  ses  gante- 
lets ,  —  et  li  leur  parie  comme  nobie  ,  sage ,  habile  et  valeureux 
personnage  :  —  «  Seigneurs ,  j'accuse  devant  vous  tous  et  devant 
■  Dieu,— les  barons  du  pays  de  trahison  et  de  fiiusseté.— >Tout  le 

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292         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Car  aisim  (lezeroUi  us  tozeU  de  XV.  aDS 
Ses  potier  e  ses  forsa  e  ses  avcr  donans 

il 56  Ma  gitat  fie  Proensa  e  mes  tant  coiUrastaus 
E  sobre  tôt  dci  esiie  fortment  raeravillians 
Pos  gllciza  la  mautrcia  e  los  meus  auribaiis 
Car  me  cridan  Tholoza  al  ferir  e  al  iaos 
Es  eu  ^  de  la  gliciza  los  faits  eb  dîu  eb  mails 

4i«a  £  car  d  €8  pecaire  ei  eu  soi  merseians 

Fas  me  grans  meravilhas  ce  vol  Dieus  so  euans 
Primdramen  deb  autres  li  reqpcmdet  n^Jaos 
Senber  coms  lo  tieus  dits  el  oi^gottis  el  bobaos 
Nos  fara  sai  remandre  de  tots  bes  desirans 

4i65  Car  enans  scretz  velbs  e  canuts  e  fenraos 
Que  mais  aiatz  la  vib  b  tor  ni  los  ambans 
Et  a  mi  ez  als  autres  es  veiaire  e  sembbns 
Que  Jeshu  Cnsts  no  volha  que  mais  cregua  lengans 
Pero  sil  coms  es  joves  ni  tozetz  ni  efans 

4170  E  es  de  bona  natura  e  bos  e  bois  c  grans 
F  a  podcr  o  forsa  e  de  bos  amparans 
Qucus  dcstrui  cm  abaicba  eus  amcrmals  balan» 
E  es  ben  du  Ihinatgc  ques  milbor  e  seuans 
Quen  lUcliarlz  fo  sos  oncles  e  sos  pareits  ii. 

il 75  Que  quoi  iassa  pecaire  eu  die  quel  es  cnÎaus 
Que  seuas  agitadas  a  toi  lo  primer  lans 
£  pos  coasdh  demandas  non  et  dreit  quel  soaas 
Tramet  Ii  ii.  mesatgcs  que  sian  ben  paiians 
Quel  te  renda  tos  omes  e  tots  los  alferans 

iiiSo  E  car  nob  pots  socorre  si  aran  perdias  tans 
Grans  séria  b  onta  eb  dampnatges  eb  dans 
£  sil  los  te  vol  rendre  que  lî  digaa  elb  mans 
Quelh  bisaras  I^xiensa  que  mab  no  blb  demans 
Cab  tota  butra  terra  pots  estre  be  anans 

Ai9&  NAb  los  meus  coratges  es  en  aiso  doplana 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  295 
«  cœur  me  80ii|Mre;  et  il  m'est  cuisant  et  dur  —  d'être  de  ia  sorte 
«  dépouillé  par  un  ^rçonnet  de  <piinae  ans ,  —  sans  pouvoir,  sans 

•  valeur,  et  donnant  aana  airoir  ;  —  qui  m*a  chassé  de  Provence  i'S^ 

•  et  me  ^enoie  sans  relftche.     Cest  là  pour  moi  une  grande 

•  merveille.  —  Puiscpie  Téglise  m*a  octroyé  le  pays,  et  que  sous 

•  mon  oriflamme — on  crie  Toulouse,  au  courir  et  au  frapper;  — 

•  puisque  je  suis  de  T^lise  les  osuvres,  les  ordres  et  les  discours; 

■  ^•puisque  je  suis  bien  méritant,  et  mon  adversiire  pécheur  : 
«  —  c'est  pour  moi,  tlis-jc,  grande  merveille  que  Dieu  favorise 
«  (cpt  enfant).  »  —  Avant  tous  les  autres  lui  répondit  don  Alai  il  : 
—  •  Seigiicur  comte ,  vos  discours,  votre  orgueil  et  votre  taste 
«  —  nous  feront  éprouver  dans  ces  contrées  de  dures  privations  ; 

■  — car  vous  serei  vieux,  grison  ou  chenu , — avant  de  reprendre  4 1 
«  cette  ville  avec  sa  tour  et  ses  bastions.  — 11  me  semble,  et  il 
«semble  k  d*autrea,  —que  Jésus-Christ  ne  veuille  pas  que  la 

•  tromperie  aille  plus  loin. — Si  le  comte  est  jeune,  si  c'est  un 

•  garçonneau ,  un  enfant , — c'est  un  en&nt  de  haut  naturel ,  bon  ^t^o 
«  et  beau.  —  D  n'est  pas  sans  valeur,  ni  sans  pouvoir,  ni  sans  bons 

•  défenseurs;  —  car  il  nous  détruit,  nous  abaisse,  et  obscurcit 

•  notre  bonne  étoile. — Et  quant  au  lignage ,  il  est  bien  du  meìì- 
"  leur  et  du  plus  illustre  (de  tous);  —  car  le  roi  Richard  fut  son 

"  oncle,  et  Bertrand  est  son  parent.  —  A  voir  tout  ce  (ju'il  a  fait,  ii?» 
"je  dis  que  c'est  un  enfant  —  qui ,  pour  son  coup  d'essai,  a  de- 
'  montré  prudence  d'iionime.  — Puisque  vous  demandez  conseil, 

•  il  est  juste  que  je  vous  donne  le  mien  :  —  envoyez  au  jeune 
«  comte  deux  messagers  bien  parlants, —pour  lui  demander  vos 

■  honunes  et  leurs  chevaux  ;  —car  vous  ne  pouvez  les  secourir,  en  iiSo 

■  perdisrie»-vous,  pour  cela,  autant  d'ajatres,— ce  qui  serait  grand 

•  dommage  et  grande  honte.  —  Et  pour  qu'il  vous  les  rende. 


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294 


CBOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


Quel  cosselbs  no  séria  adreitz  ni  ben  e.st.ins 

En  abans  ncr  sa^ucus  lo  meus  pung  el  seus  brau»  > 

Que  de  mai  ai  de  be  sia  a  m  mi  acordans 

Car  si  mauci  mos  ornes  eu  len  ai  mort  dos  tant 

4190  E  si  los  preo  per  fom  aon  dei  estre  blasmans 
Car  dnm  valh»  IMens  ni  majut  aeaal  Jobans 
Quea  enana  estaria  en  est  aeti  yu.  ans 
Tro  qtiieu  ak  la  vila  en  iaasa  mo«  talans 
Ë  en  après  eacnda  a  toti  Îtm  aeift  amans  • 

its»  Que  debriso  las  brancas  e  apoitols  Teijans 
E  faasan  las  baneiras  e  las  lissas  pds  caras 
Qabom  nok  poses  decebre  en  dormen  ni  en  velbans 
E  eant  la  noit  saprosma  es  levaU  lo  maians 
Per  establir  las  gaitas  e  las  trompas  sonans 

4100  Car  dedïns  e  de  foras  son  mordens  è  fisans 
Per  enantir  la  gnerra. 


CLXI. 

Pel  enantir  la  guerra  se  son  tant  afortits 
Que  tota  noit  estero  selat  e  amanits 
Que  negtts  solnre  lautre  no  poses  ta  ennit 
4»oEi  E  al  albor  dd  dia  cant  lo  temps  abolit 

Dentre  ambas  las  parts  se  son  trastiiit  garnit 
Dds  aubères  e  dels  elmes  ab  lo  fin  or  brunit 
E  descutt  e  de  lanaas  lots  lo  cams  resj^andit 
El  ooms  parla  tant  sut  si  que  tnit  lan  ansit 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBITEOIS.  205 
•  £ùte»-ini  diie ,  £itta»-lui  8tv«ir— que  vont  «baiidoiui«B  la  Pro- 
«  vence ,  pour  ne  plus  k  ttàvaMùàer  jamn».  —  Et  ame  ce  qui 
<  vous  resten  de  terra ,  vous  sera»  encore  riche  et  puissent.  • 
— «  Non,  répond  le  comte;  mon  cœur  ne  se  résigne  point  à  ce  4ift& 

■  (parti)  ;  —  un  tel  conseil  n*est  pas  bon ,  il  n'est  pas  convenable; 
«—mon  bras  et  le  glaive  (du  garçonneau)  seront  ensan^ntés 
«  avant  —  que  je  m'accorde  avec  lui  sur  le  bien  ou  sur  le  mai.  — 

■  S'il  m'a  tué  de  mes  homme»,  j'en  ai  tué  deux  fois  plus  des  siens; 

et  je  ne  dois  point  être  biâmé,  si  j'emploie  la  force  (contre  419a 

■  la  trahison).  —  Que  Dieu  me  soit  seulement  en  aide,  et  que 
«  S.  Jean  me  protège  I  —  Et  je  resterai ,  s'il  le  faut ,  à  ce  si^^ 
«  sept  ans,  ^  jusqu'à  ce  que  j'aie  la  ville,  pour  en  foire  á  ma  vo- 
-  lonté.  • — Ayant  ainsi  parlé,  il  crie  à  tous  ses  barons- de  biiser 

les  branches  et  d'emporter  (les  arbres)  du  vei^r,  —  pour  en  ii^s 
fiûre  des  lices  et  dès.bairicades  dans  la  campagne,  —  afin  que 
personne  ne  puisse  les  surprendre ,  dormanls  ni  éveillés;  —  et 
aux  approches  de  la  nuit,  se  lève  un  grand  ttunuke  ; — les  trom- 
pettes sonnent,  et  Ton  établit  les  guets;  —  car  en  dedans  comme  4>«> 
en  dehors,  (  les  combattants)  sont  acharnés  et  hardis  —  à  pousser 
la  guerre. 

CLXÏ. 

A  pousser  la  guerre  ils  sont  tellement  animés,  — qu'ils  rei^ 
tent  toute  la  nuit  aux  aguets  et  les  chevaux  seUés,  — en  garde 
les  uns  contre  les  autres;  —  et  à  l'aube  du  jour,  quand  le  temps  tios 
devient  beau, —  tous,  de  part  et  d'autra,  se  sont  aimés  —  de 
hauberts,  de  heaumes  brunis,  relevés  de  fin  or, — et  toute  la 
campagne  resplendit  d'écus  et  de  lances  Le  comte  (de  Mont- 
fort)  psile  (alom),  et  si  haut  que  tous  Fentendent  :  «^-  Barons,  4>i« 


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20a 


il!» 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Baro  ben  daram  estre  galbait  e  ùcbernit 
Car  lo  crestiaiiflnme  nos  a  pel  melbs  legit 
E  pos  lo  melbs  delà  autres  «î  tiiat  e  jatisit 
Sim  laichats  perdre  terra  tuit  ne  sereU  aiinit 
Tôt  quant  ai  gaxanbat  ni  ab  vos  conquertt 
Vos  ai  be  lai^gament  donat  e  sopartit 
Que  degus  no  pot  diire  quieu  li  sia  falhtt 
E  pos  tant  vos  ai  dat  ni  vos  amiyvit  * 
Si  eu  perdia  la  terra  pauc*manriati  servit 
Del  castel  de  Belcaire  man  despoestedit 
E  sieu  non  pren  vcnjanaa  los  meus  faits  son  petit 
Pos  larsevcsqiie  dArle  men  a\ia  sazid 
Ben  dci  avcr  gran  ira  car  man  dcssenhorit 
E  so  lains  iiKM  liornc  deccubut  e  niarrit 
E  inostrati  nie  la  ensenlia  cades  scran  périt 
F  rar  nois  pose  socorre  ai  tant  lo  cor  partit 
Mas  aitant  vos  pose  diirc  car  man  desonantit 
Sieu  lus  trop  en  batallia  Ijrcuinent  er  devezit 
Que  mais  me  vuili  combatre  caisira  laicho  aonit 
£  li  baro  responden  tuit  em  vostre  plevit 
Pcrqueus  devem  atendre  so  quens  avets  querit 
Mas  lo  valens  coms  joves  al  portai  establit 
Elb  baro  de  la  terra  el  caval«r  faixit 
El  sirvcnt  d  arquier  gent  armât  e  garnît 
Roslans'  de  Carboneiras  !or  a  monstrat  e  dit 
Baro  nos  avem  tuit  .i.  mandament  plevit 
Que  si  negos  fugia  aenes  nulb  contradît 
Lus  puseha  diire  iantre  so  senhor  a  trazit 
Per  ques  gart  que  no  port  lo  mai  capcl  vestit 
Ditz  Bcrtrans  dA>ÌDho  breument  er  deve<it 
Cals  dcu  avcr  la  tcn^  ni  qui  aura  mais  guit 
Car  nos  avcm  proat  lo  mal  c  rcscnlît 
Quen  aiso  que  dizian  an  los  clergues  mentit 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  297 

«bien  devonftHiouA  être  exceUento  et  vaieureuu,  —  puisque  la 
«  chrétienté  nous  a  choisis  pour  ce  qu'elle  a  de  plus  vaillant, — 

•  et  pttîsqu'dle  nous  a  ainsi  triés  et  distingués  entre  tous  les 
«  «tttros  :  —si  vous  me  hussies  perdre  de  la  teire ,  vous  en  séries 
«tous  honnis.— Tout  oe  que  j'ai  ge^é  ou  conquis  avec  vous, 

•  — ^je  l*ai  entre  vous  laigement'et  loyalement  partagé,— et  4>iS 

•  personne  ne  m*accttsexa  d'avoir  fidUi  Anvecs  lut.— Et  quand 
«je  vous  ai  tant  donné  «(t  m  hiw  récompensés «—sî  je  perdais 

•  du  pays,  ce  serait  que  vous  m'auriez  mal  serri.— On  m*a 

•  enlevé  le  château  de  Beaucaire ,  —  et  si  je  n'eu  prends  ven-  4««» 
«geance,  je  suis  bicu  peu  de  chose. — L'archcvôquc  d'Arles 

«  m'a  investi  de  ce  chAteau;  —  et  je  ne  puis,  sans  grande  dou- 
«  leur,  en  perdre  la  seigneurie, — surtout  quand  j'y  vois  mes 

•  hommes  pris  et  en  détresse,— arborant  Tenscigne  qui  m*an- 

•  nonce  qu'ils  vont  périr,  ■ —  et  je  me  sens  fendre  le  œur  de  ne  iias 
«  pouvoir  les  sauver;  —  mais  je  puis  bien  vous  dire  de  ceux 

«  qui  m*ont  ainsi  abaissé, — que  si  je  les  rencontre  en  bataille, 
«  Taffidre  sera  promptement  décidée  ; — car  j*aime  mieux  tout  ris- 
«  quer  à  combattre  que  de  rester  ainsi  honni.  > — «  Nous  sommes 

•  tous  vos  hommes,  lui  répondent  ses  barons,— et  ce  que  4*3« 
«  vous  requérez,  c'est  à  nous  ft  le  foire.  •  —  Cependant  le  vail- 
lant jeune  comte  a  étaLli  ses  barricades  contre  le  portail,— 
(secondé]  j>ai  les  barons  du  pays,  par  les  chevaHers  faidits, — 

par  les  servants  et  les  aidieis.  Lien  muais  d  armes  et  d'armures. 
—  Rostans  de  Charbonnières  les  a  exhortés  et  leur  a  dit  :  — 

•  Barons,  nous  sonunes  tous  convenus  d'une  chose,  ^  que  si  4>S5 
'quelqu'un  fuyait  sans  résister, — tous  les  autres  pourraient 

«  Taccuser  d'avoir  trahi  son  seigneur  :  — ^  que  chacun  prenne 
"  donc  garde  k  ne  point  se  couvrir  de  mauvais  heaume.  •— 
t.  as 


298        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

QxiG  pcr  mort  que  per  glazi  e  per  foc  espaadit 
E  pcr  nostre  scnlioi  quen  fasiam  ir  iaidit 
As45  Auriam  honament  Jcshu  Crist  obezit 

Mas  er  tiiireiu  tal  via  pcr  que  sireni  guorit 
On  pot  cascns  salv.u  pcr  tlreit  son  csporit 
Degtinas  (lo  las  armas  no  mctatz  en  omblit 
Tinetz  las  amarvidas  tro  be  uAiaU  ferit 
4>5o  E  sel  que  bes  captega  darem  iben  tal  marit' 
Que  d«  Dieu  e  del  oonile  li  er  fbnaMitgiant 
.  B  aura  son  linatge  per  tota  temps  enriquit 
En  Guiiautz  Azemai»  ior  a  mostrat.e  dit 
Baro  estem  mendirat  e  ceit  e  amarvit 
4i$s  Gades  aurem  la  coita  quien  conosc  ior  ardit 
Si  a  la  primeira  coita  podem  estre  suffirit 
Nostra  nra'Hoiidransa  si  eli  so  dcscofit 
Ab  tant  leva»  la  coita  e  lo  bruit  e  lèsent 
E  ii  oora  c  las  trompaa  els-^railes  esdanit 
i»«o  An  tota  la  ribeica  e  io.  cap  esbaudit 

E  els  punho  ensemble  c  an  la  ni  enantit 
Que  dins  la  major  preîssa  se  son  ontreferit 
Mas  pcr  Ior  de  Bckaire  foron  bc  aculhit 
Mas  11  })ran  deColonlia  e  îarer  rebulhit 
4»65  E  las  massas  rcdondas  p  li  clavcl  bulhit 
E  las  aclias  moluas  c  li  oscut  lorbit 
E  li  dart  e  las  fléchas  e  li  cairel  polit 
E  penas  e  sagetas  e  li  cspicul  brandit 
Els  cavalers  ab  lor  valent  e  amarvit 
4370  Els  sirvens  els  alquiers  que  veoo  toti  ardit 
£  las  aulras  companhas  de  be  ferir  aizit 
En  totas  las  partidas  an  tal  chaple  bastit 
Quel  camps  e  la  ribeira  e  la  traian  frémit 
Mas  lo  coms  en  Alans  en  Folcaut  an  sufirit 
4175  En  Guis  en  P.  Mixs  lo  cfasipiament  d  crii 


CEOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  299 
-  Bertrand  d'Avion  parie  aussi  :  «Il  sera  bientôt  décidé— (dit- 

■  Í1)  qui  doit  posséder  la  terre,  et  aivoir  ie  plus  d'amis;— car  Mo 
«noua  avoua  déjà  éprouvé  èt  senti  avec  douleur— que  les 

•  derca  ont  menti  quand  ik  taoua  disaient-^  qu*en  répandant 
-le  fen,  qu'en  frappant  du  glaive,  qu'en  tuant,  — qu'en  for- 

■  tant  notre  (vrai),  seignçur  à  á*en  aller  fiddit, — nous  oMi- 
«riona  tout  bonnemuit  à.Jéaua^hrist;*^  maia  maiirtenant 
" nous  prendrons  un  parti  plua  salutaire,— par  lequel  chacun 

•  pourra  en  toute  justice  sauver  son  âme. —N'oublies  aucune 

•  sorte  d'armes;— tenez^les  prêtes  jusqu'à  l'occasion  d'en  frap- 

» per  bravement.  —  Quiconque  bien  se  conduira,  bien  en  sera  Atbo 

•  récompensé: —  Dieu  et  le  comte  lui  en  sauront  gré,  —  et 
«son  lignage  en  sera  it  laïuais  relevé.» — Don  Guiraud  Adhé- 
mar  fait  aussi  sa  leniontrauce  et  dit:  «Barons,  soyons  pru- 

•  dents ,  décidés  et  prêts  (  à  combattre  )  ;  —  car  nous  serons  bien-  4*S& 

•  t^  attaqués;  je  connais  la  hardiesse  (de  l'ennemi). — Si  nous  te- 

•  nous  contre  la  première  attaque,  —  l'honneur  de  les  avoir  dé- 

•  faits  est  à  nous.  »  —  Mais  voilà  que  déjà  l'attaque  commence; 
un  bruit,  un  fracas  (s'élève);  —  les  cors,  les  trompettes  et 

les  clairons  reluisants  —  réveillent  les'  bords  du  fleuve  et  le  iiSo 
château; — et  (les  Français),  d'un  commun  effort,  se  sont  en 
frappant  —  avancés  jusque  dans  le  plus  épais  de  la  mêlée. 
—  Ibis  ils  sont  bravement  reçus  par  ceux  «le  Beaucaire.  — 
Cest  alors  que  les  épées  de  Cologne,  l'acier,  —  les  rondes  4«6S 
HMSBues,  les  dons  bouillis,  —  les  écus  fourbis,  les  haches 
émoidues,  —  les  flèches,  les  dards,  les  traits  luisants,  —  les 
épieux  brandis  et  les  sageltcs  rmpeunces,  —  entre  les  mains  des 
vaillants  chcviliers,  —  des  servants,  des  archers  (jui  hardiment  ^270 
s'avancent,  —  el  des  autres  combattants,  disposés  a  bien  Irap- 

S8. 


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500        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

La  doncs  pogratx  vezer  tant  ausherc  Hesmentit 
£  tant  ho  escut  fendre  c  tant  dcmei  cruisil 
E  tant  ponh  e  tant  bras  e  tant  pc  sopartit 
E  tanta  aanc  espam  e  tant  servel  frûnait 

kt9o  Que  non  i  a  tant  simple  que  non  aia  sentît 
Pero  ilh  de  Bekaire  son  tant  apoderit 
Que  firen  los  ne  menen  per  lo  cami  polit 
Mm  tant  bes  defendero  no  son  guaire  Mgoit. 
La  doncs  pogratz  vezer  tant  caval  fer  v^tit 

laSS  Don  foron  li  senhor  trabucat  e  fenit 
En  Guis  de  Cavalho  desobre  un  arabit 
Onabatpc  lo  dia  Gnilhcnmes  de  Berlit 
Si  que  pois  lo  pcnderon  en  .i.  oliu  flon't 
E  can  se  pren  la  prcissa  e  an  lo  camp  gurpit 

t»9o  La  donc  pogratz  vezer  li  cal  foron  périt 
Al  parlir  de  la  guerra. 


GLXIL 

Al  partir  de  la  guerra  es  lo  periihs  restât 
E  ag  ni  mot  dalegres  e  de  fels  c  diratz 
Gels  (Je  (lins  scn  intrcron  ab  Ils  cors  osmeratï 

ài^i  £  silli  de  lest  torneron  a  las  tendatz  viaU 

El  coms  de  Monlfort  parla  ab  sos  amies  privata 
E  ac  i  très  ave&qucs  c  no  sai  cautz  abatz 
E  als  US  e  ais  autres  ses  doblament  clamati 
SenheT'io  dits  lo  ctmu  entendets  e  pffdatx 

43oo  Gom  yeu  toi  de  Proen^  iasiti  desberetati 


GEOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  501 

per,  —  ont  de  toutes  parts  ouvert  un  tel  carnage ,  —  que  la 
campagne ,  la  rivière  et  la  terre  en  frémissent.  —  Mais  le 
comte  (Simon),  don  Alans,  ilon  Foucault,  don  Guy,  don 
Pierre  Mir  ne  s  épouvantent  ni  tics  cris  ni  du  carnage. —  C'est 
là  que  vous  auriez  pu  voir  maints  hauberts  fracassés,  —  maints 
bons  écus  fendus  ou  à  demi  brisés, — tant  de  mains,  de 
bras  ou  de  pieds  tranchés,  —  tant  de  sang  et  tant  de  cervo-iiix 
froncés  répandus,  —  qu'il  n'y  a  homme  si  stapide  qui  n'eu  soit 
^11.  —Mais  oeu  de  Beaucaire  ont  mmitré  telle  vigueur,  ^ 
qulls  mènent  les  (français)  battant  par  le  chemin  imi 
oeax-ci  néanmoins  se  défendent  n  bien',  qa*ils  ne  sont  pas  lon|f- 
temps  poursuivis. —Vous  aunes  alors  pu  voir  maints  che- 
vaux vêtus  de  fer, —  dont  les  maHres  avaient  été  leprversés  iiss 
ou  tués.  — Don  Guy  de  CavaiUon,  monté  sur  un  .cheval  arabe, 
■^abattit  ce  joui^là  Guillaume  de  Baiit,  —  qui  fitt  ensuite 
pendu  à  un  olivier  fleuri.— A  la  fin,  rjtiand  le»  (combattants) 
se  retirent  et  altaudounent  le  champ, — Ton  voit  alors  lesquels  i*9* 
sont  tombés,  — et  la  bataille  finie. 

GLXIL 

La  |;>ataille  finie,  ie  péril  cesse  : — et  des  (combattants)  les 
uns  sont  dolente  et  courroucés,  les  autres  joyeux  :  — ceux  de 
la  ville  y  rentrent  le  cœur  r^oui;  —  ceux  de  Host  s'en  re-  4*9$ 
tournent  promptement  à  leurs  tentes.  — Le  comte  de  Montfort 
se  consulte  avec  ses  amis  privés,— parmi  lesqueb  se  trouvent 
trois  évéqnes,  et  d*abbés  je  ne  sais  combien  ;  ~  il  se  plaint 
doublement  aux  uns  et  aux  autres  «  Seigneurs,  leur  difr^l, 
«écoutes  et  voyei  —  comme  je  suis  de  la  Provence  chassé  et  asoq 


MS        CROTSA-BE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  vei  estai'  iiins  homes  perdutz  o  porilhatz 
Quem  coiubat  lo  coms  joves  car  es  oulracujaU 
Que  pos  issit  de  Roma  ses  aitanl  eoansats 
Que  ma  touta  ma  tem  es  pren  mas  eiratati 

43oS  £  saram  toi  Belcaire  eu  soi  tant  abaicfaats 
Que  tota  laufra  tem  mi  aeinbla  {Mubretaù 
E  car  per  sanu  glieisa  es  la&fs  comensats 
St  la  ^ieisa  momblîdà  eu  toitattt  mescaÌHUU 
Que  tton  <poind  defea^  ni  rendaa  m  pereali 

j&Sio  £  aqiiel  cpie  mesoabadai^oii  es  Idaltats 
.  Ses  dreiA  e  seos  raso  pot  easer  encolpaU 
E  pos  en  tantas  guizas  es  lo  meus  cors  torbatr 
Volli  saber  de  vos  antres  cal  cosselh  men  donaU 
Mas  Ii\esques  de  Neoue  ses  tant  aprimairatz 

43i5   Que  priim-iriinirn  parla  e  es  bon  escoulatz 

Seuber  coms  ditz  lavesques  Jcsbu  Grist  azoraU 
E  dels  mais  e  deis  bos  del  toi  lo  merceîaU 
Per  ao  es  eu  est  sc^^h  establitz  e  pauzatz 
Quels  trebalbs  els  dampiiatgcs  deveta  mffinr  en  | 

4Sm  Pero  quieu»  desereta  que  fort  bens  defendafs 
Que  pos  lo  mais  ds  bes  vos  es  abandonats 
Si  perdetx  en  est  segle  en  lautre  gaianhats 
Die  vos  del  cavaler  quen  Icdiu  es  penjati 
Que  per  amor  de  Grist  es  oi  martînzatc 

43x6  'Qne  a  lui  e  als  autres  que  so  mortz  eiMÎirata 
Lor  perdona  Las  colpas  els  íorÍBÌIs  els  pecsta 
Mas  Foicaus  deBeiai  ses  prime» -rasonatz 
Per  Dieu  senher  navcsque  de  tal  razo  jutjatz 
Per  que  lo  bes  amcrma  e  io  mais  es  dobiatz 

i3â«  E  es  giaiis  in<  raviiha  de  vos  autres  letratz 
Com  seni's  poncdensa  soivetz  ni  perdona tz 
Porc  si  mais  fos  bes  ni  menlirs  veritatz 
Aqui  on  es  orgoliw  fora  humilitati 


CROISADE  GCkNTKB  LBS  ALBIGEOIS/  505 
«d^wutUéï— et  j«  'voû.-mM.lianiflies  perdus  o«  en  péril. — 
«  Le  jmine  eomto,  cet  (  eafriit  )  outrecindè,  cne  me  làire  1a 

■  guerre;  —  et  depuis  qu'il  est  venu  de  Rome,  i!  a  eu  si  haute 

•  aventure, — qu'il  ma  ravi  nia  terre,  et  pris  mes  domaines.— 

i>  Si  II la intenant  il  meniève  Beaucaire , je  suis  ú  íoit  abaissé, —  i3oS 
«  que  (posséder)  tout  le  reste  du  pays  ne  me  semble  plus  que 

•  pauvreté. — L'affaire  ayant  été  commencée  par  la  sainte  église, 
«  — -  si  r^jlÌM  m'abandoBiie,  je  me  .trouve  leUement  déchu»  — 

•  que  je  ne  puis  plus  maintenir'  mes  rentes  ai  mes  conquêtes  : 
«•^  or  quiconque  déchoit  en  cause  loyale, — peut»  bî»  que 

•  sans  droit  et  sans  justice,  être  inculpé.  —  Maintenant  donc 
«que  mon  cœur  est  troublé  de  tant  de  manières,-^  je  désire 
«de  vous  tous  savoir  quel  conseil  vous  me  donnes.»  — Là- 
dessus  révAque.de  Ntmes  s*est  teUement  avancé,  ^  qu'il  parie  A3aS 
le  premiert  et  il  est  bienié(io«té.-^<iSei(pMnr  comte,  dit>il, 

«  adores  Jéaus-Glnîsti  —  et  remerdei^le-  paiement  du  bien  et 
«  du  mal.» Quand  il  a  pris  en  ce  monde  station  et  demeure, 

■  —  (ça  été  pour  vous  donner  Texemple )  de su])porter tranquil- 

«  Icmcut  vos  fatigues  et  vos  peines, — et  do  h'\vt\  vous  dcÎendrc  Hia 
»  contre  qui  vous  dépouille  \  —  car  puisque  entre  le  Lien  et  le 
«mal  le  cIkiîx.  vous  est  laisse,  —  si  vous  perdez  en  ce  monde, 
«  vous  gagnez  dans  i  autre.  —  El  (juant  au  chevalier  qui  a  été 
«(là-bas)  aujourd'hui  pendu  k  un  obvier,  — je  vous  dis  qu'il  a 
«  souffert  le  martyre  pour  Tamour  du  Christ.  —  A  lui  et  à  tous  i3a5 
«les  autres  qui  ont  été  de  même  tués  ou  blessés, — (Dieu)  leur 

■  pardonne  leurs  fautes,  leurs  péchés  et  forfaits.  > — A  ce  dis- 
cours, Foucault  de  Bercy  a  le  premier  r^pmidu  ; — «  Par  Dieu, 
«seipieur  évéque,  vous  parles  de  la  sorte, — parce  ^e  notre 

■  bien  déchcil  et  que- notre  mal  augmente,  -^h  m'émerveille  Hio 


304        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Car  ieu  pas  no  creiria  si  mielhs  non  o  proata 

4335  Que  nulhs  hom  sia  dignes  si  no  nior  cofessatz 

Foirantz  so  ditz  livesfpics  grcu  mes  car  vos  doptaU 
Qiio  totz  oin  calques  sia  neis  si  era  dampaatz 
Sol  cab  lor  se  coinbata  es  tôt?,  penedensat 
Per  Dieu  senlicr  iiivesques  ja  per  rc  qucm  digatz 

434o  Oi  nom  faiiatz  creirc  si  toi  mo  aulreiatz 
Que  per  vostres  preiics  e  per  noatrei  peeftti 
Nt»  sia  Jeahu  Crist  irascuti  ewiti 
Quen  aiso  quea  «i  vist  me  soi  désespérais 
Que  lardimeiia  e  lastres  nos  sia  cainbiat 

kus  Car  ieu  pas  no  cujera  m  la  crestiandata 
Fos  en  .i.  çamp  garnida  e  nos  de  lauAre  lats 
Quentre  tola  nos  aguessan  awùts  ni  rensata 
£  pois  a  dit  al  comte  tota  lost  remerabratz 
Que  nnllis  om  vielhs  ni  joves  noi  estia  desaxmats 

hiio  Ben  er  merces  complida  e  tortz  adreiturata 
Si  nos  e  vos  trobam  tôt  lo  dreit  que  sracals 
E  pois  feiion  Ijis  gaitas  ab  los  cavals  annati 
E  las  espazas  cinctas  e  los  elmcs  lassatz 
Denlrambas  las  partidas  tro  parce  la  clartatz 

i35à  Car  de  dins  e  de  fora  se  sou  tant  airatz 

Que  mais  volon  la  guerra  quel  sojorn  ni  la  patz 
Car  de  dins  en  la  vil  a  es  bes  e  plenetatz 
De  totas  las  viaudas  quels  agrada  nils  platz 
El  cap  dei  castel  lira  e  la  grans  tempestaiz 

i36o  Que  nulbs  bes  noi  aouda  ni  pas  ni  vis  ni  blati 
E  lo  setis  de  fora  es  aisi  trebaibatz 
Que  nulhs  hom  noi  sojorna  ni  noi  donn  despulhais 
Ffi  noi  beu  ni  noi  manja  ni  î  esta  deiarmats 
E  avels  a  combatre  mantas  vetz  ^e  nob  plats 

&36fr  Gaf  lo  valens  coms  joves  a  los  peirers  dressais 
Per  lo  Gapdolh  conÂatie  e  ferir  per  tots  lala 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  505 
«  fort  de  voir  comment  vans  autres  gens  laliniers ,  —  votis  ab- 

•  solvei  et  pardonnez  sans  -  pénitence.  —  Mais  si  le  mal  était 
«du  bien,  ai  mentir  était  vérité, — Thumilité  serait  de  même 
«  Ui  où  est  Tocgueil.  —  Quant  à  moi,  je  ne  puis  croire ,  si  vous 

•  ne  le  prouves  mieux, — qu*aucun  homme  soit  digne  (du  pft-  i335 
«  radis) ,  s*il  ne  meurt  conCassé.  » — «  Foucault,  répond  révétpie, 

«il  mW  pénible  de  vous  voir  douter— que  tout  homme,  si 
«coupable  qu'il  soit,  et  fót-il  damné, — ne  fasse  pénitence 
«pourvu  seulement  qu'il  combatte  les  (hérétiques).  »—- «Par 
«Dieu,  seigneur  cvê(|uc  (répond  Foucault),  pour  chose  que 

•  vous  me  (lisicv.  —  et  in'accordic/.,  vous  ne  me  fnroz  pas  croire  i^**» 
«  — que,  pour  vos  sermons  et  pour  nos  péchés ,  —  Jcsus-Cbrist  ne 
«soit contre  nnns  courroucé  et  fâché.  — Ce  (jui  m'ôte  tout  bon 
-•espoir,  c'est  de  voir  «—changer  notre  fortune  et  notre  bra- 

■  voure  en  guerre. — Je  n^aorais  jamais  cru  (jusqu'aujourd'hui)  4S4S 

■  que,  toute  la  chrétienté — étant  en  armes  contre  nous  dans  un 

•  camp,  et  nous  contre  elle  dans  un  autre,  —  die  eût  jamais 
«  pu  nous  honnir,  ni  nous  battre.  •  —  Puis  (se  tournant)  vers  le 
comte:  «Faites,  lui  dit-il,  ordonner  à  tout  l'host — qucper- 

«  sonne,  jeune  ou  vieux,  n'y  quitte  ses  armes.  —  On  pourra  iss» 

•  bien  dire  que  justice -a  été  faite  et  le  tort  redressé,  —  si  nous 

•  trouvons,  vous  et  nous,  tout  le  droit  que  vous  cherchez..  »  — 
(  Le  conseil  fini),  des  deux  côtés  ils  fircTil  le  piiet  sur  leurs 
<  lievaux,  en  armure,  —  l'épée  ceinte  et  l(>s  heaiuut  s  hu  és , — 
jusqu'au  retour  de  la  clarté.  —  Dans  la  ville  et  au  dehors  iU  4354 
sont  désormais  si  emportés  (les  uns  contre  les  autres),  — 
qu'ils  préfèrent  la  gueite  à  l'amusement  et  au  repos  ;  — >  mais 
dans  la  ville  l'abondance  r^e;  il  y  a  foison  de  biens  — 

et  de  toute  espèce  de  nourriture  qui  leur  plaît  ou  leur  agrée. 
I.  39 


SOd        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  las  garidas  fondre  e  los  mur^  dentelhaix 
So  ditz  KaolÎ  del  Gua  coma  diireus  que  Îussatz 
Tota  lost  es  destmU  sil  Rozer  els  v«dali 

AS7«  £  so  dlu  lo  coms  joves  R.  Gaucelm  mandats 
Coin  establisca  kiga  ab  tols  los  lins  arroaU 
Senher  so  dite  nAlbeta  lo  naveitx  es  passais 
E  tinem  los  pass«tges'>«stablitx  e  seirats 
Que  daisi  entro  Arle  los  avcm  totz  laasats 

437S  E  de  sotz  lo  castel  lai  on  es  lo  peints 
Son  iUi  de  Voiobrega  ab  los  lins  acorsatz 
Que  nulhs  lioins  noi  abcura  que  non  tome  dampDats 
Mentrel  coni'î  sacossolha  ah  sos  amie?  privatr. 
Lo  ries  coïiis  de  Montiort  als  (  [ii  [X'ntiers  mandatz 

iiSo  Trastotz  ceh  do  la  terra  els  srus  cnildmeniatz 
E  en  la  bcla  plnssa  cutiels  murs  els  Îossatz 
Bastic  castel  e  gatu  gent  garnilz  c  obratz 
E  de  fer  e  de  Aist  e  de  cors  atemprats 
E  fo  la  noit  el  dia  bcn  garnilz  e  gardats 

43SS  E  denant  .1.  calabre  que  lor  este  de  latx 

Que  tôt  jorn  trai  e  briza  los  grans  caîros  talhatz 

M  portai  de  la  vîla  ab  los  detiihs  cairatz 

E  de  dins  e  de  fora  es  lo  brutles  levats 

F!  al  socors  de  la  vila  venon  las  poestats 

H  <lt>  Montalba  ques  adreg  e  prezatz 

En  Is(  art/  (]n  Dia  mot  geut  acompanhatz 

VV  .  de  Belal'ar  garnilz  c  acciniatz 

Cotinhar  P.  Bonassa  e  dois  autres  assalz 

En  Peire  di-  Lambefir  mot  Le  acomjianhatz 

ii^á  En  Guiguo  (Il  (ial'iM'i  t  i  sim  ah  jui  intratz 
Per  deiendre  la  vila. 


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CROISADE  CONTRF  LES  ALBIGEOIS.  507 
—  Dans  le  cliâto-Ti,  ii  n'y  a  quo  riouleur  et  grande  confusion;  — 
lout  le  nécessaire  y  manque,  le  pain,  le  vin,  le  blé;  —  tandis  i36b 
qu'au  dehors  le  siège  est  poussé  si  vivement, — que  pas  un 
homme  n'y  repose  et  n'y  dort  dévêtu,  ~ n'y  boit,  n'y  mange, 
n'y  fait  rien  désarmé.  -^Ei  il  leur  arrive  maintes  fois  de  ba- 
tailler contre  leur  gré;  —  car  le  jeune  comte  a  dressé  les  pier-  436S 
riera, — pour  assaillir  et  battre  de  tous  côtés -le  Gapitole, — 
pour  renverser  les  défenses  (des  murs)  et  les  murs  crénelés  (eux- 
mêmes). —  ■  Comte,  Je  vous  apprendrai  ce  qu'il  &ut  faire,  se 
«  prend  à  dire  Raoul  Dugua  : — toutThost  (des  Croisés)  est  perdu, 

•  si  vous  lui  coupez  le  Rhône.  •  —  «Eh  bien  ,  répond  le  comte,  4370 
«Raymond  Gaucelm,  ordonnez — que  tous  les  bateaux  > 

•  soient  employés  à  garder  le  Rhône.  »  —  «  Seigneur,  dit  aloi  s  don 

•  Albétan,  les  hatcaux  sont  partis,  —  et  tous  les  passages  (du 
'  tleuvc)  sont  par  nous  tenus  et  gardés  :  —  d'ici  jusqu'à  Arles, 

«  nous  les  avons  tous  occupés;  —  et  ici ,  sous  le  château,  au  pied  ài-jS 

•  de  la  roche, — sont  les  hommes  de  Valabrègue  avec  leurs  navires; 

•  —  de  aorte  que  nul  ne  peut  abreuver  là  (  des  chevaux)  qu*il  ne 
■  s'en  retourne  maltraité.  • Mais  tandis  que  le  jeune  comte 
délibère  avec  ses  amis  intimes,  —  le  puissant  comte  de  Mont- 
fort  a  fait  venir  les  charpentiers,  --^tous  ceux  du  pays,  tous  i3to 
ceux  qui  sont  ses  sujets;  —  «t  dans  la  belle  place,  entre  les 
fossés  et  les  murs  (de  la  ville), — il  &it  construire  une  gâte  et 

un  château,  à  merveille  travaillés  et  forts, — garnis  de  fer,  de 
bois  et  de  cnir,  —  qui  furent  jour  et  nuit  h'wn  di  ft  ndus  et 
gardés.  —  (11  lait  aussi  con.struiro)  i-u  avant,  sui  le  flanc  de  «3»S 
lliost,  un  calaLre  —  qui,  sans  rclddic,  tire,  brisant  k's  grands 
biocs  bien  taillés  —  et  It  s  créneaux  carrés  du  portail  de  la  ville. 
— Mais  voilà  que  dans  Beaucaire  et  dehors  s'élève  un  grand 


308        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOJS, 


CLXIIÏ. 

Per  défendre  la  vila  vengon  mot  valedor 
E  per  lor  dins  combalre  ii  tal  oombatedor 
Cui  no  plats  ni  agradra  c  volgren  cstre  alhor 

4400  En  Dragonetz  npcla  lo  comte  so  senhor 
E  foron  al  cosst  lli  li  liaro  plus  ausor 
Senher  ditz  Dragoiictz  jiar  cpir  DifMis  vos  acor 
Que  poR  venc'uotz  de  Homa  ans  tomal  en  color 
Que  vol  coln  otz  la  terra  que  tengon  lhancessor 

44oj  Cades  baichoii  e  mermon  vostri  ciioiuic  maior 
Car  engans  e  falseza  tornen  a  dcsonor 
Que  anc  no  vis  serrao  de  fais  prczicador 
Cant  ve  a  la  fenida  no  tome  en  error 
Que  so  nos  fan  entendre  li  bo  entendedor 

U19  Que  mais  valol  traahs  cjue  no  fan  li  trachor 
Pel  cors  santa  Maria  cui  ieu  prec  e  aior 
Si  non  ets  pros  e  «avis  no  salbem  mai  auctor 
Mas  que  prête  e  paratges  pert  lo  gra  e  la  flor 
£  lo  coma  de  Montforl  a  proesa  e  valor 

UiS  Ardiment  e  coratge  e  cossdih  valedor 
E  ÙÂ  castel  e  gâta  cpena  cuja  far  paor 
Mas  no  leva  ni  baicha  nias  cum  dencantador 
Que  lobra  es  daranba  e  lavers  peidedor 
Pero  lo  seus  calabres  a  tant  forsa  e  vigor 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  509 

tumulte. — Ail  secours  de  la  ville  arrivent  divers  scigneui-s  : 
—  Raymond  de  Montauban,  le  vaillant,  le  prisé;  —  don  Iscart  4390 
de  Die ,  en  noble  compagnie  ;  —  Guillaume  de  Belafar,  bien 
armé  et  prêt  (à  combattre);  —  Cotignac ,  Pierre  Bonatisan  et 
beaucoup  d'autres.  —  Don  Pierre  de  Lamhesr ,  avec  de  nom- 
breux compagnons;  —  don  Guigo  de  Gaibert,  sont  aussi  joycu-  4395 
sèment  entrés  ~- dans  la  ville  pour  ia  secourir. 

CLXIIJ. 

Pour  secourir  la  ville ,  arrivent  de  nombreux  défenseurs  ;  — 
el  contre  ces  dcfenst-ui  s  viennent  d'autres  coinluitUuils,  —  à  qui 
(cette  j^iitTie)  fie  plaîi  ni  n'agrée,  et  qui  \oinlraitMil  fort  être 
ailleurs.  —  Don  Draf^onel  s'adresse  au  (jeune)  comte  son  sei-  noo 
gneur,  —  et  les  plus  hauts  barons  assistaient  à  ce  conseil:—* 
«Seigneur,  dit-il,  il  prait  bien  que  Dieu  vous  protège?— car 
«depuis  que  vous  êtes  revenu  de  Aome,  il  a  remis  vos  aibires 
«  en  si  belle  couleur»  — qu'il  montre  claireroent  vouloir  que  vous 
«  reoouvries  la  terre  de  vos  ancêtres. — •  Vos  plus  grands  ennemis  iio& 
«  sontmiûntenant  en  perte  et  en  dédin.— La  fraude  et  la  fausseté 
«  tourneront  à  dêshcmneur.— Je  n*ai  jamais  entendu  sermon  de 

•  faux  sermonneur — qui  ne  fôt  à  la  fin  connu  pour  mensonge; 

•  — et  au  dire  de  ceux  qui  pensent  sagement,-^ mieux  valent 
«  encore  les  trahis  que  les  traîtres.  -^Mais  par  le  corps  de  sainte 
«  Marie,  que  j'adore  et  prie,  —  si  vous  n'êtes  preux  el  sage,  nous 
«  pouvons  Lien  dire — que  de  noblesse  et  de  valeur  tout  est  perdu, 

•  la  tiraille  el  la  lleur. — Le  comte  de  Montfort  est  lionnue  de 

•  courage  et  de  prouesse,  —  de  grand  cœur,  de  hardiesse  et  de  Uii> 

•  bon  conseil.  —  il  fait  construire  gâte  et  château  «  s'imaginant 

•  nous  faire  peur;— mais  (ce  sont  machines)  qui  ne  se  lèvent  ni 


510         GUOÌSADE  CONTIŒ  LES  ALBIGEOIS. 

44>o  O^*'  toi  lo  porial  ironca  c  briza  e  gieta  por 
Mas  nos  nu'ti  ciii  aqui  nostra  forsa  maior 
E  siran  y  traid  li  firent  feridor 
Li  plus  ardit  el  savi  el  valent  ol  forsor 
Dragonet  ditz  la  coins  l>eu  iareiii  io  uiiUiOi' 

u»i  Guiraudct  Azemar  aura  ceata  honor 
Que  gardaia  la  porta  el  e  sei  valedor 
En  Joans  de  Nagor  en  Datils  en  Austor 
R.  de  Montalba  e  vos  serets  ab  lor 
Els  cavaers  &idilz  tota  la  noit  el  jorn 

4&3o  Que  aon  valent  per  armas  e  bon  combatedor 
E  si  vos  toraa  a  cocba  cum  cel  que  ben  «ocor 
Serai  i  icu  mcitnes  per  sofrir  la  tenior 
Que  voldrai  hen  conoîcber  cal  sinin  U  tracbor 
Ditz  Ricariz  de  Caro  franc  cavaler  scnhor 

U3S  Sil  coms  Simons  i'azia  tant  dorgolh  ni  temor 
Que  venn^nes  a  la  porta  sins  dofciHÎain  de  lor 
Que  de  sanc  ab  cervelas  e  de  caru  ab  buzor 
Y  aia  tant  esparsa  quel  romanens  ne  plor 
Senbors  ditz  P.  R,  de  Rabastencs  ainnr 

444o   Nos  fal  coins  de  Montlorl  car  ao  vol  ir  aUior 
Car  ait.1  perdra  lastre  el  cen  e  la  ricor 
Que  nos  cstara  ab  joia  c  avem  grant  largor 
E  sojom  e  répaus  e  umbra  e  firesoor 
El  vis  de  Genestet  quens  tempra  U  humor 

«44»  E  manjam  ab  deleit  e  bevem  ab  sabor 
E  ilb  estan  lai  fors  cum  autrui  pecador 
Que  no  an  be  ni  pauza  mas  ira  e  langor 
E  sofren  la  trebalba  e  polvera  e  calor 
E  estan  noit  e  dia  en  tal  garreiador 

44Se  Que  perdon  las  mainadas  tant  destrier  cotredor 
Per  quels  lan  conipanbia  li  corib  e  li  voutor 
E  li  mort  elh  nal'rat  lor  an  tan  mala  olor 


GROT8ADB  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  311 

n<'  se  baissent  que  par  enchantement, — C'est  œuvre  d'araignée; 
c'est  ricliesse  perdue.  —  Main  >on  cslabre  a  tant  de  force  et  de 
vigueur, — 'qa  ii  tranche,  brise  et  renverse  tout  le  portail.  —  Il  U»© 
faut  mettre  ïk  notre  principale  force;  —  il  faut  y  porter  nos 
meilleurs  tireurs, — nos  braves  les  plus  bardis,  les  plus  vail- 
lants et  les  plus  vigoureui,»^>Dragonet,  dit  le  comte,  ce 
qu'il  y  a  de  mieux  à  fiure,  nous  le  ferons.     Cet  honneur  sera  uiS 
pour  Gttiraudet  Adhémars— c'est  lui  qui  gardera  la  porte  avec 
ses  hommes,— avec  Jean  de  Nagor,  don  Datil,  don  Austor,  . 
— Raymond  de  Montauban;  et  vous  seres  avec  eux, — jour  et 
nuit,  avec  les  chevaliers  fiiydils,— qui  sont  vaillants  hommes  4430 
d'armes,  experts  au  combat  : —  et  si  vous  venez  en  détresse, 
(moi)  en  homme  de  bon  secours  —  je  serai  là  tnoi-mcme,  pour 
partager  le  péril , — et  je  connaîtrai  (juels  seront  les  traîtres.  »  — 
Seigneurs  francs  clievalirrs,  dit  Richard  de  Caron ,  —  si  le 
comte  Simou  a  tant  d'orgueil  ou  de  colère, — qu'il  vienne  lui- 
même  attaquer  la  porte  ;  défendons  nous  si  bien,— qu'il  y  ait  de 
I  sang  et  de  cervelles,  de  sueur  et  de  chair--^une  si  large  effu- 
I  sion,  que  les  survivants  en  pleurent.  • — <  Se^éurs,  dit  Pierre 
I  Raymond  de  Rabastens ,  c'est  &veur — que  nous  fiût  le  comte  444e 
de  Montfort  quand  il  ne  veut  point  aller  ailleurs;  — car  il 

■  perdra  tout  ici,  bonne  étoile,  cens  et  pouvoir.— Nous  sommes 
lici  en  joie;  nous  avons  abondance  de  tout,— divertissement 

■  et  repos,  ombre  etiralchettr, — le  vin  de  Genestet  pour  nous 

I  retremper  les  esprits; — nous  mangeons  avec  plaisir  et  buvons  4440 
>  en  savourant  ;  — et  eux  sont  là  dehors,  comme  chctifs  pécheurs, 
t — qui  n'onl  m  repos  ni  bien,  qui  pâlissent  et  languissent , — 
'  qui  ont  à  souIVrir  de  la  iatigue ,  delà  poussière  et  de  la  chaleur, 

et  se  trouvent  jour  et  nuit  de  telle  guerre  assaillis,  —  que  44&o 


912        GBOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Que  non  i  a  tant  coinde  que  no  mut  la  coloi 
F.  aqucb  dul  C^apilolh  eisson  al  mirador 

4iàá  Ai  comte  de  Montfoit  mostrenm  de  k  lûr 
Vntk  senhdra  negra  ab  semblant  de  dolor 
Per  totas  las  albergas  cridon  li  trompador 
Que  tttit  prengan  las  armas  li  maier  el  menor 
E  gamiacan  lors  cors  e  caval  milsoldor 

446o  Per  so  quilb  de  MaseHia  venon  ab  gran  baudor 
Per  mei  laîga  de  Hoier  cantan  li  remador 
Ei  primer  cap  denant  so  li  govemador 
Que  atemprao  las  vêlas  elb  arquier  el  nautor 
E  li  corn  e  las  trompas  els  cimbol  elh  tabor 

446&  Fan  retindir  e  braire  la  ribeira  el  albor 
Lt  cscutz  e  las  lansas  c  la  onda  qui  cor 
F  la/urs  H  vermeUis  el  vert  am  la  hlancor 
E  laur  ils  e  largens  mesclan  la  rcspiandor 
Del  solelli  (>  <1l'  lai^a  que  paili^  la  briimor 

4470  E  van  <  el  nietz  per  terra  e  soi  cavalgador 
Cavalgan  ab  gran  joia  ab  la  clara  lugor 
Ab  sus  cavals  cubert^  e  denaut  lauriflor 
De  totas  parts  escàidan  Tokna  li  roilbor 
Per  londrat  filb  delh  comte  que  recobra  sa  honor  « 

ÌÌ75  E  intran  a  Belcaire. 


CLXIV. 

Per  lintrar  de  Belcaire  lor  es  tais  jois  cr^tx 
Que  cascus  sesbaudia  es  te  per  ereubuts 


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I 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  515 

•  leurs  troupes  perdent  une  foule  de  courants  destncrs  —  qui 
0  leui  attirent  la  «  onipngnie  des  corhonux  et  des  vautours. — ^Et 
«de  tous  ces  morts  ou  blessés  leur  vient  si  terrible  odeur, — 

■  qu'il  D'est  pas  un  d'eux,  si  beau  soit-il,  qui  ac  change  de  cou- 
«  leur.  »  —  Cependant  ceux  du  Capitole  ont  paru  à  la  vedette, — 

et  du  haut  de  la  tour  ils  étalent  au  comte  de  MontÎort, — avec  4m 
de  ( grands )s^es  de  douleur  «  une  enf^jne  noire. (Et  voilà, 
en  même  tempe) ,  qa*à  tfavere  toutes  les  albe^ues,  les  trompettes 
crient  (  dans  Beaucaire)  :     •  Que  tous ,  petits  et  grands,  prennent 

■  les  armes;— que  tous  se  couvrent,  ciu  etieurs  chevaux  dêguerre; 

•  — car  ceux  de  Marseille  viennent  de  grande  hardiesse  (i  leur  aaAo 

•  secours).  • — (Ils  viennent  de  vrai.)  Au  milieu  de  Teau  du  Rhône 
chantent  les  rameurs; — les  premiers  à  Tavant  sont  les  pilotes; 

— anx  voiles  sont  les  matelots  avec  les  archers.  — Les  cors  et  «465 
les  trompettes,  les  cimbalcs  et  les  tanibcmrs,  —  font  retentir  et 
bruire  le  livat^c  et  Ic^  arbres;  —  et  sur  le  fleuve  qui  court,  les 
écus  t  l  Ks  lances,  —  l'azur  et  le  vrrineil,  blanc  et  le  vert, 
- — l'or  fin  et  l'argent,  ie  soleil  el  i'eau,  divisée  par  la  rame 
bruyante,  confondent  leurs  clartés.  —  (Les  combattants)  pren-  i*70 
nent  terre,  et  les  cavaliers — chevauchent  avec  grand'joie  à  la 
vive  lueur  (du  jour),  —  sur  leurs  chevaux  couverts,  et  leur  en- 
seigne en  avant, — les  chefs  criant  de  toutes  parts  :  ■  Toulouse  ! 

■  Toulouse!      en  fhonneur  du  jeune  comte,  qui  recouvre  sa 
teire;  -—et  ils  entrent  tous  &  Beaucaire.  447S 

CLXIV^ 

De  cette  entrée  à  BMucaire  ceux  de  la  ville  ont  une  telle  joie , 
— que  chacun  s*ébaudit  et  se  tient  pour  lauvé. — Mais  à  travers 
1 


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su        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  par  meias  las  teadas  et»  tais  parlars  tenguU 
Que  de  dins  a  Belcaire  lor  ei  poden  venguli 
U8a  Aisi  !>apurelh(Hron  e  son  aperceubuta 

Que  guarnirs  e  combatrea  lor  es  joU  e  aalutx 
Lo  retendin  delà  giaUes  los  depprt  e  desdutx 
El  floneta  de  las  trompas  tro  que  pareis  la  lutz 
Pero  ilh  de  la  viia  lor  an  tais  geus  tendute 

USS   Quel  Capdolh  el  mirade  f^on  aiai  oombatutz 
Que  lo  fust  e  la  peira  e  lo  ploms  nos  fonduta 
E  a  la  santa  Pasca  es  lo  bossos  tendutz 
Que»  bc  loncs  c  icrratz  e  adreitz  e  aj^^utz 
Tant  fer  n  tnMica  o  hnza  que  lo  imirs  es  ioiidull 

ii^o  Queu  niuiila»  <le  maneitas  nais  cûircjs  alialuU 
E  ccls  dins  eau  u  virou  no  sou  pas  e^purdutz 
Ans  feiron  laU  de  corda  qucs  ab  iengenh  tendutz 
Ab  quel  cap  dei  boeao  fo  près  e  retengutt 
Don  tuit  oeb  de  Belcaire  fortment  son  iraaciiU 

449»  Tro  que  veac  lengiohaire  per  que  lor  fo  teipduU 
E  de  dim  en  la  roca  na  întrat  desconduta 
Que  cuiderol  nrar  fendre  ab  loa  pics  esmolulz 
E  cela  del  Capdolb  preaon  cant  los  i  au  saubuts 
Foc  e  solpre  e  cstopa  ins  en  un  drap  cozulz 

4Soo  E  an  leus  ab  cadena  per  lo  mur  dessendutz 
E  can  lo  focs  salumpna  el  solpres  es  fonduta 
La  sabors  e  la  flama  los  a  si  enbc^ulz 
Cus  dels  iioi  pol  rcmandre  ni  noi  es  rcmazuti 
E  pois  ab  las  peireiras  son  saisi  deleiidiiiz 

45oá  Que  debrizan  e  trencan  las  hanoiras  els  luU 
En  la  tor  subirana  sobrels  denteitii»  agutz 
Lo  leos  c  la  flama  ses  aisi  cnbatutz 
En  niantas  de  maneraa  ca  pauc  no  m»  romputz 
EL  torrera  brama  e  crida  Montibrt  no«  a  pcnrduU 

46io  Maa  non  a  tort  ni  eolpa  que  no  pot  eatre  auaita 


CROISADE  COMhE  LES  ALBIGEOIS.  515 
les  tentes  (de  l'host)  circule  la  nouvelle — qn'il  est  venu  dos 
renforts  à  beaucaire;  —  aussitôt  les  (Croisés)  s'arment  et  sapprè-  ii'o 
tent, — car  s'armer  et  combattre  est  pour  eux  contentement  et 
atdat. — Le  leteotissemenl  des  clairons,  le  son  des  trompettes, 
les  anime  et  les  réjouit  jusqu'au  poindre  de  la  clarté.  —  Mais 
ceux  de  la  ville  ont  tíevé  contre  eux  des  machines     dont  ils  bat-  44SS 
tent  de  telle  sorte  le  Capitole  et  la  grande  tour  «-^que  le  bois,  la 
pierre  et  le  plomb  en  sont  firMaasés.  —-A  la  sainte  Pâques  est 
aussi  dressé  lebosson,— >(Ìebosaon)  ferré, loi^, droit, aîgu,  — 
qui  si  fort  bat,  tranche  et  brise ,  que  le  mur  est  endommagé — et  4490 
que  plusieurs  pierres  en  sont  çà  et  U  abattues. — Les  Français, 
quand  ils  s*en  aperçoivent ,  ne  se  découragent  pas  :  *~  ils  font  un 
grand  laçet  de  corde ,  qu'ils  lancent  avec  une  machine , — et  dans 
lequel  est  prise  et  retenue  la  tète  du  bosson.  —  Ceux  de 
Beaucaire  en  sont  grandcuienl   troublés; — mais  rmi^enieur  i^^s 
vient,  qui  renie!  le  bosson  en  monvenient  :  —  plii.sienrs  de  < eux 
de  la  ville  se  sont  alors  cachés  dans  la  roche,  —  poui  tàelier 
d'abattre  le  mtir  à  coups  de  pieux  émoulus.  —  Mais  ceux  du 
Capitole  les  ayant  aperçus,  —  cousent  ensemble,  dans  un  drap, 
du  ieu,  du  soufre  et  de  Tétoupe, — qu'ils  descendent  au  bout  4Soo 
d*une  chaîne ,  le  long  du  mur    ~et  lorsque  le  feu  a  pris  et  que 
le  soufre  se  fond,«~4a  flamme  et  Todeur  suffoquent  A  un  tel  point 
(les  piqueurs), — que  pas  un  d*eux  ne  peut  demeurer  ni  ne  de- 
meure.—Mais  ils  vont  à  leurs  pierriers,  les  font  jouer  si  bien, 
—qu'ils  brisent  et  tranchent  les  barrières  et  les  poutres.  —Sur  4fi«5 
la  plus  haute  tour,  par-dessus  les  créneaux  aigus,— l'enseigne  au 
lion  a  été  si  fort  et  en  tous  sens  ébranlée ,  qu'elle  a  été  sur  le 
point  d*lrtre  abattue. — Le  gardien  de  la  tour  se  lamente  et  crie  : 
<  Montfort  nous  a  perdus  I — Mais  la  faute  et  le  tort  n'en  sont  pas  4s  1« 


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516 


CROISADE  COMKE  LES  ALiilGEOlS. 


Car  lo  vaiens  coms  joves  nos  a  lot/.  detcubuU 
K  oiostrec  las  thoalhas  el  cotoflo  (jiie  lutz 
Per  la  significansa  qui  aufrcs  los  coiuluU 
Que  ior  pas  e  lor  vis  es  ma njatz  e  beguU 

iSiS  E  lo  coms  de  Montfort  qucs  ues  aperceubttU 
Dira  e  de  febia  es'  en  terra  «u»<^útx 
Es  atita  votx  éscria  can  se  fo  ìnáeatt 
Canar  a  las  annas  e  fon  tan  be  creknts 
Que  per  lotas  las  tendes  leva-  lo  crîts  el  brutz 
Que  noi  remas  om  joves  ni  valent  ni  canuts 
Que  tuit  sacmon  ensembie  am  los  destnets  crenuts 
£  cespJiQ^  11»,  trompas  e  los  grailos  mcnutz 
E  après  remonteron  sus  c!  Poi  dcls  Pendutz 
Senliors  so  dilz  lo  coms  hrni  fenc  per  oofondutz 

ibtâ  Quel  meus  leos  se  clama  en  lltes  falhitz  condut* 
Tant  que  la  fams  lengoici^u  jxjr  que  ses  recreïutz 
Mas  per  la  Croti  santisina  ni  es  lo  jorn  vengulz 
Quer  de  sanc  ab  cervela»  abeuratz  e  pa^cuU 
fiel  firaire  so  dits  en  Gui  be  na  areguts 

453o  Que  si  perdem  Bekaîre  lo  leos  aira  mats 
£1  nostrc  prêts  el  vostre  er  tots  temp  abatuts 
Gavalguem  la  batalha  tro  los  aiam  vencuts 
£  cil  del  castel  preson  cant  los  agron  veuts 
Los  gamimens  ek  armas  cl  s  capels  els  eacats 
E  las  apchas  aisidas  e  los  brans  esmoluts 
E  los  dartz  e  las  massas  e  los  bos  arcs  tendttts 
£  en  la  bela  plassa  on  es  Icami  batutz 
Per  ambas  las  partidas  os  lo  cliaples  mogulz 
K  comensa  la  guerra.  • 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  517 

•  à  lut,  que  nous  nu  ])Ouvons  entendre  : — c'est  le  vaillant  jeuiMî 
«  comte  qui  nous  a  réduits  à  cette  détresse!  » — Et  là-dessus  il 
montre  une  nappe  et  une  bouteille  luisante,— pour  signifier 
que  les  vivres  leur  manquent, — qu'ils  ont  mangé  tout  leur 
pain  et  bu  tout  leur  vin. — Le  comte  de  Montfort,  qui  a  compris  4Si$ 
le  signal, — de  déph  et  de  douleur  s*est  assis  k  terre.— Mais 
quand  il  s'est  Inen  désolé,  il  s*écrte  à  voix  haute:  —  «Aux 

■  armes]  chevaliers;  »  et  il  est  si  bien  obéi ,  —que  de  toutes  les 
tentes  s'élève  aussitAt  un  bruit ,  ilne  clameur , — et  qu'il  n'y  reste  kin 
pas  un  seid  homme,  jeune  ni  <^enu.— Tous  s'aiment  à  la 
fois,  eux  et  leurs  destriers  à  beaux  crins, — les  trompettes  et  les 
clairons  aigus  résonnant  (  de  toutes  parts).  —  Ils  moiUcnt  ensuite 
sur  la  colline  des  Pendus  : — «Seigneurs,  dit  le  comte,  je  dois 
«bien  me  teuir  pour  conÎondu — rquanfl  njon  lion  se  plaint  que  4jis 
<■  les  vivres  lui  manquent,  —  au  point  que  de  la  faim  qui  le  tour- 

•  meute  le  voilà  tout  recru. — Mais,  par  la  très-sainte  Croix!  voici 
.  •  venu  le  jour  — où  il  sera  abreuvé  de  sang  et  repu  de  cervelles.  • 

— ■  Beau  frère ,  répond  don  Guy ,  puissÌ4»-vous  dire  vrai  !  —  car  453» 

•  si  nous  perdons  Beaucaire,  le  lion  perd  le  rug^,— et  votre 
<•  gloire  et  k  ndtre  sont  à  jamais  abaissées. — Chevauchons  à  la 

•  bataille,  jusqu'à  ce  que  nous  ayons  vaincu  (f omemi).  » — Ceux 
du  château  les  ayant  aperçus,  prirent  (aussitAt) —  leurs  cottes 

de  mailles,  leurs  armes,  leurs  écus  et  leurs  heaumes,  — les  àiii 
haches  maniables,  les  épées  affilées,  — les  dards,  les  massues,  les 
bons  arcs  bien  tendus  ;  —et  sur  la  belle  place  ,  là  où  le  chemin  est 
battu  ,  —  entre  les  deux  partis  le  carnage  a  commencé, — a  com- 
mencé la  guerre. 


518        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


CLXV. 

4&4o      Can  U  guerr»  cmn^sa  es  lo  joms  clan  e  beus 
£  per  meias  las  tendas  e»  bastits  lo  cembeus 
Que  davan  ior  oomensan  voûtas  e  guarambeus 
E  aquelb  de  la  vila  i  vengro  a  tropeus 
Que  laî  no  vole  remandre  macîps  ni  jovenceus 

4&t&  Que  {dus  de  xv.  meUa  niasinn  pek  poiteus 
Bon  e  adreit  per  armaa  e  ben  coraens  e  beus 
Guiraudctz  Azemars  ques  adreîtz  e  fiseus 
Ff»  P.  del  Laiiihf'st  fi  on  Alfans  Hotneus 
En  Lgs  do  la  Jiabalasta  an  prezes  los  capdeus 

4à5o  Mas  lo  <  ritz  (•  la  noiza  el  frun  de\s  pmoncens 
E  ta  bruinnis  do  laire  fan  brandir  los  ranieiis 
Dels  corns  e  «le  las  trompas  es  aiial^  lo  graicus 
Quen  r«Aendig  la  terra  en  fremig  totz  lo  cela  - 
Maa  en  Folcauti  en  Alas  en  Galtm  de  Fradeua 

4&&6  En  Guis  e  en  P.  MÎrs  en  Aimes  de  Comeus 
Premeirament  dds  autres  trespasserol  correus 
E  lo  Goms  de  Montfort  mais  e  feU  e  craxens 
Ben  dreiteroent  lenporta  lo  sieus  cavals  moreus 
En  auta  votz  escrida  S.  Peire  e  S.  Mîqueus 

AWo  Mes  nii  rendeti  la  vila  ans  qpea  peigal  casteus  * 

*       Ë  qiiem  donetz  venjansa  dels  eoemics  noveus 
K  intrt't  on  la  proicha  e  comensal  chapleus 
Que  mot  ni  alialeio  sirvont  e  daniisevis 
Mas  do  Ior  do  la  vila  es  tant  f^rans  lo  luonceus 

4505   Que  mot  pctita  dora  comen&et  tais  reneus 
Per  que  reniai»  la  puncha  e  lenvazinient  beus 
Pero  nimberl  de  Laia  ques  valens  e  isneus 
Feiit  ins  en  la  preicba  Gauceli  de  P<nteus 
Qiàe  lescut  li  debriia  el  ausbnne  ds  fresens 


CROISADE  CONTRE  LES  ALRIGEOIS. 


510 


CLXV. 

Quand  la  guerre  commence,  le  jour  est  clair  et  beau  ,  —  et  404« 
parmi  1««  tentes  retentit  le  signal  —  dos  joute»  et  des  combats 
qui  commencent  en  avant. —  Ceux  de  la  ville  y  accourent  à  ilôts, 

—  et  nul  n  y  veut  rester,  ni  petit  ^rçon ,  ni  jouvencel.  —  Il  en  4SiS 
sort  par  les  portes  plus  de  quinse  aiiUe,-^  braves,  experts  en 
armes,  beaux  etbiencoumnAs.— Guiraudet  Adhémar,  le,  vail- 
lant ,  le  fidèle  ;  —  don  Pierre  de  jLambese ,  et  don  Alfan  Romieo, 

—  don  Hugues  de  la  Babalaste,  ont  pris  le  comnmndement. — 
Les  cris  et  le  tumulte  (  des  combattants  ),  le  firémissement  des  en<-  isso 
seignes,  —  le  bruit  de  Tatr,  ébranlent  les  rameaux  (des  arbres); 

—  et  tel  est  le  vacarme  des  trompettes  et  des  cors,  — que  la 
lerrc  en  lett-iilit  et  que  tout  le  ciel  en  frémit.  — Don  Foucault, 
don  Alaid,  don  Gauthier  de  Pradelies, —  don  Guy  et  don  Pierre 
Miii»,  cl  don  Avn)es  de  Corneil,  —  en  avant  de  tous  le--  autres, 
franchissent  la  barrière — avec  le  comte  de  Montfort(  qui  vient 
courroucé,  terrible  et  cruel, —  fièrement  porté  sur  son  cheval 
moreau ,  — et  à  voix  haute  s'écriant  :  •  O  saint  Pierre  et  saint  Mi- 

•  chel  1  —  rendeanmoi  la  ville  avant  que  je  ne  perde  le  château, —  456e 

•  et  laisses-moi  ihe  venger  des  enfants  mes  ennemis  I  ■  — (Pariant 
ainsi),  il  entre  dans  la  mêlée  et  commence  le  carnage,  —  abat- 
lant  grand  nombre  de  servants  et  de  damoiseaux;  —  mais  telle 

est  la  foule  de  ceux  de  la  ville ,  —  qu*ao  bout  d'un  instant  la  4&6S 
mêlée  devient  si  épaisse ,  —  qu'il  n  y  a  pltis  lieu  pour  les  beaux 
coups  de  lance  et  les  combats  singuliers  :  —  ncanmoiníi  don 
Imbeit  de  L<'iic,  le  vaillant,  Tagile,  —  frappe  dans  la  foule 
Gaucelin  de  Portcii,  —  si  fort  qu'il,  lui  brise  l'écu  et  le  haubert; 


1 


320        CROÍSADF  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Si  labat  *'l  trébucha  qui  renias  lo  sauretts 
Entrais  bran!>  e  las  massas  espeias  e  coteus 
Recomeosâ  la  guerra  el  pcrilhs  el  mazeus 
Peira&  e  dartz  c  lansas  sagetas  e  caircus 
E  guirmas  e  picas  e  «pchas  e  dardeus 

457S  De  umlu  parts  lai  vengo  que  sembio  de  aeus 
Que  debriun  las  bodas  els  cristaus  els  brodeu» 
EU  aùabercs  e  las  malhas  els  elmes  els  capeus 
Els  esctits  e  las  bendas  els  fres  els  céscaveus 
Lo  cruichir  de  las  astas  el  craidiir  deu  davens 

4M0  Lai  recembla  tempesta  o  diaples  de  marteus 
Tant  es  aida  la  giuerra  periihoza  e  greus 
Qoelh  an  voûtas  las  r^nas  als  arabitz  poldreus 
Elb  (le  (lins  los  encausan  ab  colps  c  ab  grageus 
E  lor  fcron  els  nafran  los  cavals  e  las  peus 

jiâòà   La  Honrs  viralz  roiTianrlrr  v  pnrlir  a  canteus 
Cambas  e  pes  e  brasses  v   n  rai  las  e  Ions 
E  testas  e  maichelas  f»  cabelhs  e  cerveus 
Tant  es  mala  la  guerra  el  perilhs  el  mazeus 
Que  lireii  los  no  menan  0  lor  tolnol  treus 

4590  E  los  poigs  e  las  piassas  e  lerba  els  rauzeus 
Al  partir  de  la  guerra  es  aitals  lo  releus 
Que  pro  î  remas  vianda  ab  cas  e  als  aiueus 
'  Entre  gran  joi  et  ira  es  partits  lo  cembeus 
Dentrambas  las  partidas. 

CLXVL 

Dentrambes  las  partidas  so  aisi  meitader 
Que  lus  rema  ab  ira  e  lautre  amb  al^rer 

E  lo  coms  se  désarma  desotz  .1.  cliver 
Sos  garnimens  11  prcndo  donsel  e  eacuder 
Mas  uAlas  de  Roci  li  dits  .1.  reporter 


4 


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i 


CROISADE  GOT4T11B  LES  ALBIGEOIS.  531 

—  l'abat  et  !n  renverse  (sur  la  place),  qui  reste  mai-qure  de  saug.  ^b^o 

—  Au  milieu  (les  épées,  des  massues  et  des  dagues, —  l  ecoiji- 
mencent  la  f,'uerre,  \c  péril  et  le  tumulte.  — Les  pierres,  les 
ilards,  les  flèches,  — les  (coups  de)  hallebarde,  d'épieu  et  de 
hache,  —  tombent  de  tous  côtés  comme  grêle ,  —  brisant  les 
boucles»  les  fMioaches,  les  franges,  ^les mailles,  les  hauberts, 
les  heaumes»  les  armets,  les  écus,  les  harnais,  les  fireins,  les 
grelots. ~ Le  craquement  des  lances,  reatrMhoc  des  épieiix» 
«—ressemblent  k  une  tempête  ou  à  un  battement  de  marteaux.  —  4S80 
La  guerre  devient  (à  la  fin  )  si  cruelle,  si  périlleuse  et  si  dure 

que  les  (Français)  ont  tourné  la  bride  k  leurs  poulains  arabes,-— 
et  ceux  de  la  ville  les  poursuivent ,  frappant  et  tirant;  —  ils  at- 
teignent,  ils  blessent  le»  chevaux  et  les  hommes  :  — vous  auriez  4585 
alors  vu  la  touper  et  tomber  —  des  jambes,  des  pieds,  des  bras, 
dcscn  urs,  des  eutraillcs,  —  des  têtes,  des  mâchoires,  dosrheve- 
lures,  (les  cervelles.  —  ï.a  bataille,  le  vacaiiiie  et  !a  melee  .sont  si 
terribles,  — que  ceux  de  Beaucairc  mènent  (les  Croisés),  les 
battent  et  leur  enlòvcntle  champ  (de  bataille  ),  —  les  luiuteurs,  les  ^S» 
places,  l'berbe  et  la  campagne; —  et  la  bataille  Unie,,  les  restes 
en  sont  tels  —  que  les  cbiens  et  les  oiseaux  y  trouveront  large 

■ 

pftture. — La  bataille  est  finie,  k  la  grande  joie  et  au  grand  re- 
gret    des  deux  partis. 

CLXVl. 

Les  deux  partis  restent,  chacun  avec  sa  moitié  (des  fruits  de  iS^S 
la  bataille): —  l  un  reste  eu  (profonde)  tristesse,  l'autre  en  allé- 
gresse.—  Le  comte  de  Monlfort  se  dé.sanue  sous  un  olivier, — 
et  ses  damoiseaux  et  ses  écuyers  lui  emportent  son  armure.  — 
I.  4t 


522        CROISADE  COKTRfc  LES  ALBIGEOIS, 

46«o  Per  Dieu  bel  sire  coms  far  poiriam  canier 
Tant  avem  gazanhat  al  trencaot  de  kcier 
Que  cors  obs  de  la  cata  nous  tostaran  denier 
Que  tiops  navem  mais  oi  que  non  aviom  er 
Mas  lo  conis  a<"  snn  cor  tan  orgulhos  e  ner 
i6o5  Quel  mot  non  11  sonn  ni  el  pins  nol  cnquier 
Tôt  aquel  jora  esleron  en  aital  deniorer 
E  pois  feiro  las  gaitas  tuit  11  millioi  guerrier 
E  couieusaii  las  guerras  U  sirvcnt  el  arquier 
El  castcl  e  la  gâta  aterapran  K  obrer 
4IÍIO  E  denaat  .i,  eâlabre  ijae  treiica  e  brUa  e  fier 
Lo  portai  de  la  vinha  e  lo  mur  batalhier 
E  de  din»  fan  barreiras  ab  cautz  e  ab  mortier 
Dont  toron  li  passatge  elh  boeai  traverser 
E  mamasson  per  fona  li  milhor  cavaer 
4<t5  E  lains  el  Gapdolh  ac  tant  gran  eoasîrier 
Quen  Lambert!  de  Limes  monta  en  .i.  scier 
Ab  tota  sa  companha  e  demanda  e  cnqiiier 
Senltors  dit/  on  l^mbcrlz  nos  em  trastuit  parer 
E  de  mal  e  de  be  serem  tuit  parsoner 
46so  Es  a  nos  Dîeus  gilatz  nn  allai  caltivier 

Qtir  trazem  mnior  pcMia  canna  de  rcnnipr 
Que  tota  noit  ri  dia  nos  conibatol  peirier  , 
Per  tiaslolas  partidas  e  li  arcbalestier 
Aisi  nos  son  falhidas  las  arcas  elh  graner 
46i5  E  de  nulh  blat  el  mon  no  avem  .t.  sesticr 
E  li  nostre  caval  nan  tan  gran  dentier 
Que  lo  fiiat  e  leacoaa  manejoo  volontier 
E  lo  coms  de  Montfort  nous  pot  aver  mestier 
Ni  am  lo  comte  jove  no  trobam  acordier 
t«s«  Ni  no  sabem  carreira  ni  -na  ni  semdier 

Ab  que  puacam  estoroer  al  mortel  encombrier 
E  de  la  grande  ira  e  del  gran  dealoibier 


CROJSAUE  CONTRE  I.tS  ALBIGEOIS.  325 
Mais  don  Alard  de  Roussi  lui  tient  de  pluitants  propos  :  —  •  Par  46oo 
'  Dieu ,  beau  Mre  comte ,  nous  pourrions  lever  boucherie  :  — 
tant  avonft-nnTis  fait  de  viande  au  tranchant  de  Tacier,  que 
«  ies  corps  qu'il  faut  k  votre  chatte  ne  vous  coûteront  pas  un  de- 

•  nier.  —  Nous  en  avons  aujourd'hui  beaucoup  plus  qu'hier.  •  — 
Mais  le  comte  a  le  ctevet  si  aigre  et  ai  noir,  —  qu'il  ne  répond 
pas  un  mott  et  qu*(AJard)  n'ose  fdus  rien  dire. Us  passèrent 
toute  la  journée  en  cet  état;  —  puis  les  meiUevrs  gnerriers  se 
mirent  au  guet,  —  tandis  que  les  servants  et  les  an^ers  re- 
commencent à  combattre , -—et  qtie  les  ouvriers  apprêtent  la 
gâte,  le  château  —  et  le  calahre  en  avaiil,  qui  frappe,  tranche  4Sio 
et  brise  —  le  portail  do  la  \ill<  <  t  le  mur  batailler.  —  Mais 
ceux  tic  iu  ville  élèvent  une  baniurc  à  uiorlicr  cl  à  chaux, — 
ridiit  1  ouverture  et  ies  passages  sont  tortueux,  —  et  ils  y  placent 
pour  ia  garder  les  meilleurs  chevaliers.— Mais  là-haut,  dans  le  46* à 
Capitole,  ai  grande  est  la  détresse,  —  que  Lambert  de  Limou 
monte  dans  une  salle  —  avec  tous  ses  compagnons,  pour  les 
consulter  et  s'enquérir  d'eus.  —  «Seigneurs,  leur  dît-il,  nous 

■  sommes  tous  dans  la  même  situation ,  —  et  nous  serons  tous 

•  en  communauté  de  bien  et  de  mal. — Dieu  nous  a  jetés  en  tdie 

•  misère , — que  nous  souffirons  plus  qu'âme  d'usurier  (en  enfer). 

•  —  Nuit  et  jour  les  pîerriers  tirent  sur  nous  —  de  tous  côtés, 

•  comme  aussi  les  arbalètes;  —  nos  coflfres  et  nos  greniers  sont 
«vides;  —  de  tout  le  blé  du  monde,  nous  n'en  avons  pas  un  46s5 

•  setiei  ;  —  et  nos  chevaux  sont  si  ailaniés  — qu'ils  mangent 

•  avidement  écorce  et  bois.  —  Le  comte  de  Montfort  ne  peut 

•  pbis  nous  délivrer,  —  et  nous  ne  pouvons  obtenir  de  piùx  du 
«jeune  comte.  —  Y  a-t-il  une  voie,  un  chemin,  un  sentier,  463o 

•  — par  où  nous  puissions  échapper  à  ce  péril  mortel,  —  à  cette 

Al. 


524        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Primeiraiïieut  a  Dieu  e  a  vos  cosselk  quier 
Wles.  de  la  Mota  ii  re^odec  primier 

4655  Per  Dieu  bels  sin  oncle  pos  U  ùm  nos  icquier 
No  sai  a^(^  cos3^  ai  nostre  mîUiorer 

Mas  que  sian  manjatli  rtMÛ  eb  destrier 

Qae  i>ona  fo  la  carn»  del  mul  que  manjein  ier 

E  passar  nem  L.  cada  jiffihi  dun  cartter  ' 

464o  E  can  er  al  termîni  que  manjem  le  derrier 
Daqui  enan  mancnc  cascus  son  companher 
Sel  que  poigz  se  defendn  nis  cln  espavciitier 
Per  drcil  e  ppr  razol  dcvc-ni  niaiijar  primer 
R.  (le  lioiiim.nira  bat  las  paliiias  t.-  lifr 

4«i4ó  Senlíors  ieu  que  laichei  lo  mou  seiihor  laulrier 
Pel  comte  de  Monlfoi  l  recebrei  tai  loguier 
Ben  es  dreiu  quicu  o  compre  pos  en  eis       men  mier 
Apres  de  toU  los  autre»  li  respondec  Rainier 
Per  Dien  senhor  Lambert  nos  o  &rem  estier 

46So  Wes.  de  la  Mota  da  cosselb  daverser 

Ane  eu  homes  manjar  no  vi  nalh  bo  sabvier 
Mas  can  seran  manjat  U  Arabît  corser 
Nos  aveni  .1.  sol  pa  e  pa  e  vi  ei  seller 
E  nooi  de  Jeshu  Grisi  lo:ièenhor  dr*  iiui  icr 

4656  Receubam  lo  seu  cors  santisme  vcrtader 
E  pois  serem  garnit  finament  a  doblier 
E  iscam  per  la  porta  e  prvsspm  Ipsralicr 

E  comcnsi'm  la  gucrra  el  trebalb  cl  chapler  • 
Qut>  vfinicllis  ne  romanba  !o  peiralhs  el  terrier 
461Ì0  Mais  val  Jimiiain  encemble  al  Ici  v  a  lacicr 
Que  no  fai  vida  aonida  ni  siam  prizonier 
Aquest  cosselb  ^tînitt^m  dits  maestre  Ferrier 
'  Que  mais  val^orU  ondrada  questar  en  caitìvìer 
E  pessem  del  défendre. 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  525 

f  (Joiiloiir  extrême,  à  cet  excès  de  iml?  —  C  fsi  sur  quoi  je  de- 

«  niaïuic  l  onsoil,  à  Dieu  cValxirtl.  puis  à  vous.  « —  Guillaume  de  la  » 
Motlir  est  k-  premier  à  lui  répondre.  — «Par  Dieu,  beau  sire  4635 
«  oncle,  iait-il,  puisque  ia  iaim  nous  presse,  —  je  ne  vois  [)oinl 

•  de  parti  à  prendre  pour  notre  soulagement ,  —  smon  de  manger 

•  nos  roussins  et  nos  dastriers.  — fionne  était  la  chair  du  mulet 

■  que  nous  avons  mangé  hier,  —  et  cinquante  de  nous  peuvent 

«  se  nourrir  (tout  )  un  jour  d'un  (|uartier  d'un  seul.  —  Ët  quand  i6io 

•  nom  auron»  mangé  le  demiw ,  —  que  chacun  alors  mange  son 

•  compagnon.  — Celui  qui  se  défendra  le  plus  mal  ou  montrera 

•  de  la  peur,  — celui-là ,  par  droit  et  par  justice ,  devra  être  le  pre- 
«  mier  mangé.  *  —  (Lihdeflsus)  R.  de  Rocfaemaure  lève  les  deux 
mainst  les  battant  Tune  contre  Tautre.—-' Seigneurs  (dit-il),  46&5 

•  moi  qui  Tautre  jour  ai  abandonné  mon  vrai  seigneur — pour 
«  le  comte  de  Montfort,  je  mérite  cette  préférence.— Il  est  juste 

•  que  je  sois  payé  (de  mes  fidts),  et  je  ne  dois  point  m*en  payer 

■  moi-méroe.  «—Après  tous  les  autres,  RaÌnîer  lui  répondit  :  — 

•>  Par  Dieu,  seigneur  Lambert ,  nous  ferons  autrement  :  —  Guil-  ifiSo 
«  laume  de  la  Mothe  nous  a  donné  un  (  onscil  d'ennemi  :  — je 

■  ne  saurais  à  chair  d'homme  trouver  lionne  saveur; —  mais 

■  quand  nous  aurons  mange  nos  elievau\  arabes,  —  au  nom  de 
«  Jésus -Christ  notre  vrai  seigneur,  —  du  seul  pain  que  nous 

«  avons ,  et  du  vin  qui  reste  au  cellier ,  —  recevons  sou  très-saint  a6â& 
«véritable  corps  (et  son  sang),  — rpuîs  armons-nous  de  fine  ar- 

<  mure  à  double  maille,  sortons  par  la  porte  et  par  Tescalier,  — 
«  et  commettons  la  guerre,  la  batailla*  le  carnage ,  —  tellement 

<  que  la  roche  et  la  terre  en  restent  vermeilles.  — U  vaut  mieux  i66o 

•  mourir  ensemble,  au  tranchant  de  facier  et  du  fer,— que 
«  vivre  honnis  ou  ètrefidts  prisonniers.     »  Ceal  là  le  conseil  que 


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51ê        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


CLXVIL 

4665      Nos  pcssem  del  défendre  que  dcgns  no  «si  trig 
Que  tôt  jom  nos  combato  li  mortaJ  encniij^ 
E  nos  perde  m  la  forsa  can  io  conduit!  falhig 
E  iio  avoin  senhor  ni  paient  ni  amig 
Que  jamais  pro  nos  lenga  del  iiud  ni  del  desliig 

4670   Per  {juens  val  mais  la  moi  tz  que  vius  nos  crujiilig 
AL  tant  veus  pei  la  sala  escridan  .1.  mendig 
Senhors  prendets  las  armas  que  la  vertat  vos  dig 
Tant  vei  près  la  mostela  quieu  cug  cai  mur  se  fig 
La  doues  leved  lo  bnitles  cant  lo  cosselhs  prtig 

467S  Cascos  per  sa  partida  boaanMm  sesiabtig 

Ab  tant  veui  la  mostela  quen  cuje  traire  un  pig 
Mas  lo  ries  enginhaire  ab  ficor  e  antig 
Près  de  foc  alquitrao  e  la  ola  umplig 
E  firii  la  mostela  tôt  dreit  la  on  la  vig 

isso  Que  la  falha  salumna  e  lo  focs  SMpandig 
En  motas  de  manciras  ca  penas  scscanttg 
E  en  la  bela  plassa  on  la  gâtas  bastig 
Dentrainbas  las  partidas  lola  lost  se  gamig 
E  las  trompas  el  grailes  coiiicnsan  tai  repig 
Que  tota  ia  ribeira  el  eastels  rctendig 
Primeirament  de!  autres  Filipot  seuantig 
Sotï  son  elaie  scubrouca  e  son  espeut  brandig 
Cui  el  fer  ni  cncontra  ab  onteg  e  perig 
W.  de  Bclafar  encontra  lui  issig 

i6$o  E  donec  li  tal  colp  tôt  dreit  lai  on  lo  vig 
Que  lescut  li  ddbrixa  e  laoaberc  li  mentig 


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CROISADi:  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  327 

•  nous  stiivrous ,  dit  alors  maître  Ferrier:  —  une  mort  glorieuse 
«  vaut  mieux  qtie  U  captivité  ;  —  pensons  à  nous  défendre. 

CLXVII. 

«  Pensons  à  nous  défendre  :  que  personne  n*y  soit  lent;  —  car 

•  nos  ennemis  mortek  nous  combattait  Unit  le  jour.  —  Nous. 

•  maoupiant  de  novunitnre,  noue  perdons  la  vig;aenr«  —et  nous 
<  n'avons  ni  seigneur,  ni  ami ,  ni  parent,  —  qui  puisse  nous  déti- 

•  vrer  de  mal  et  d'angoisse.  —  Ainsi  donc  il  vaut  mieux  mourir  m-jo 

•  (en  bataille)  qu'être  crucifiés  vivants.  »  —  Et  voilà  que  tout  à 
coup,  dans  la  salle,  ui»  pauvre  li  Miuno  s'écrie: — «Seigneurs, 

•  prenez  les  armes,  car  je  vous  dis  la  vérité; — -je  vois  la  nio.s- 
«  tèlc  si  près  (lu  mur,  qu'elle  va  s'y  attacher.  «  —  Le  conseil 
alors  se  sépare  et  le  tumiUte  s'élève; — chacun  va  tout  droit  467S 
s'établir  à  son  poste  ;  — et  voilà  la  mostèlc  qui  s'apprête  à  abattre 

un  pan  (de  mur).  —  Mais  l'habile  ingénieur,  aidé  de  vieux  et 
de  jeunes,  — prend  du  feu  gr^eois,  en  remplit  la  marmite, 
—et  le  lance  tout  droit  où  il  voit  la  (machine).- Le  &got  a6So 
s*a]lume  et  le  feu  s'épend — de  divers  cMés,  tellement  qu'il 
s'éteint  à  j^ine.  —  El  alors,  par  la  belle  place  où  la  gâte  a 
été  construite,  —les  combattants  viennent  en  armes  des  deux 
cdtés,— tandis  que  les  dairons  et  les  trompettes  commencent 
telle  musique ,  —  que  toute  la  rive  et  le  château  en  retentissent.  46«5 
—  Fn  avant  de  tous  les  autres  se  lance  Piiilipol, — brandis.sant 
son  épieu,  et  le  front  courroucé  sous  son  heaume  :  —  celui  qu'il 
rencontre  etirappe,  il  le  renverse  et  le  tue. — Guillaume  de 
Belaiar  s'avance  contre  lui,  —  tpnt  droit  ovi  il  le  voit,  et  lui  4690 
donne  un  coup  -  qui  lui  brise  son  écu,  lui  iausse  son  bau- 


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528        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Si  labat  ei  trabuca  que  lo  cor  li  glalig  *' 
0e  tantas  pai1s  lo  feitm  cane  pois  no  nMontg 
£  perdec  y  la  vida  e  sos  cavak  morig 

«69!»  Ab  tant  vec  vo»  lo  comte  en  Gui  en  ÂmaUrig 
En  Ala  en  Folcaut  en  Ug  en  Amerig 
E  de  ior  de  las  tendas  tan  gran  [Nreicha  issîg 
'  Que  tota  la  ribeiia  e  lo  camps  ne  oomplig 
Aissi  vcngo  ensemble  qve  la  terra  tremig 

47«o  £  de  lor  de  la  vik  cet  que  ans  pog  nissig  - 
E  in  valhpns  roms  joves  per  la  nia  salhig 
(  iaii  Dragon  et 7,  lencontra  a  la  rognai  sazig 
En  auta  vot/  cscrifla  io  cors  quens  afortig 
Dcu  ben  gardar  paratges  e  mcrces  on  salig 

Ì705  La  doncs  neisson  emseinblc  can  lo  portais  subric 
Els  cavaers  faiditz  que  cascus  senantig  ^ 
Senhor  dits  en  P.  R.  de  Babastencs  bens  die 
Cane  nulhs  hom  per  temensa  bon  prêts  no  conqucHg 
Si  defendam  lo  nostres  que  no  prcndam  destrig 

Ì710  Senhors  dits  A.  Feda  aisi  aurem  abrig 
Per  si  e  lor  défendre  de  oombatre  saisig 
E  lai  on  sencontrt  ro  tant  gran  chaples  bastig 
Dont  mot  elme  debrizan  e  mots  esta  cruisîg 
E  mant  pong  e  mant  pe  e  mant  bras  sopartig 

4715  E  mola  sanc  esparsa  mot  ccrvel  espandîg 
B.  de  Rocafort  qui  los  pas  cstablig 
Es  en  P.  de  Mcsoa  ab  fin  cor  e  ab  rig 
En  W.  de  Menerba  qne  la  proissa  .solVig 
Tan  feir  e  irenca  e  briza  tro  ([ue  la  sanc  nissig 

A710  E  receub  tant  gran  nafra  ca  penas  ne  garig 

Aitant  dureg  la  guerra  tro  qnel  temps  escurzig 
£  venc  lo  noits  escora  que  la  guerra  partig 
£  Filipot  enlevan  en  Gui  lo  sebelhic 
£  pois  feiron  la  gaita  tro  ^peijoros  abelig 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  5S0 

bert  —  et  le  renvorse  »ui  ia  face,  de  manière  que  le  cœur  lui 
glapit. — On  le  frappe  alors  de  tant  de  rMcs,  qu'il  ne  se  relève 
plus;  —  il  y  perd  la  vie,  et  son  cheval  reste  mort.  —  Mais  voici 
venir  les  comtes  Guy  et  Amaury,  —  don  Alard ,  don  Foucault , 
don  Hugues,  don  Aimeric; — et  telle  est  la  foule  (pli  sort  des 
tentes  avec  eux» — ipi^elie  remplit  toute  la  campagne  et  tout  le  • 
rivage  elle  inent  ai  serrée,  la  terre  entremble,-— de  4700 
mAme  que  ceux  de  U  viUe  qui  sont  naguère  sortis.— Ilbis  le 
vaillant  jeune  comte  arrive  tout  le  long  de  h  rue;— >Dragonet 
le  rencontre,  saisit  la  bride  (de  son  cheval},  —  et  s'écrie  d*une 
voix  haute  :  t  Le  courage  qui  vousanime— est  bien  &it,  partout 

•  où  il  se  montre  .  pour  sauver  noblesse  et  merci!  ■  —  Là-dessus  (705 
la  porte  s'ouvre,  et  l'on  en  voit  sortir  ensemble  —  les  clievaliers 
faidits,  dont  chacun  se  porte  on  avant.  —  -  Seigneurs,  leur  dit 

•  P.  R.  de  Rabastens,  vous  savez  bien  —  que  jamais  homme 
■  ne  conquit  bonne  renommée  par  la  crainte  :  —  défendons  ce 

•  qui  est  à  nous  de  manière  à  ne  rien  perdre.  »  —  «  Seigneur,  4710 
«  répond  A.  Feda,  nous  avons  ici  trouvé  l'occasion  —  de  com> 

«  battre  pour  nous  défendre ,  nous  et  les  nôtres.  • —  Là  où  les 
deux  partis  se  rencontrent,  il  se  fiiit  un  grand  carnage; —beau- 
coup de  heaumes  sont  brisés«  beaucoup  de  lancea  jimipues;— il 
y  a  des  mains,  des  pieds,  des  Inraa  tranchés;— il  y  a  du  sang  versé,  471S 
des  cervelles  éparses. —  B.  de  Roquefort ,  qui  gardait  les  passages 
(de  la  ville),  —  don  Pons  de  Mesoa  an  cœur  noble  et  généreux, 
— et  don  Guill.  de  Minerve ,  rénstent  à  1«  foule  (ennemie). — 
(Celui-ci)  frappe,  brise  et  tranche  jusqu'à  ce  que  le  sang  coule  ; 

—  mais  il  reçoit  une  si  grande  blessure ,  qu'il  en  guérit  à  peine.  47*0 

—  La  bataille  dura  jusqu'à  ce  que  le  temps  s'obscurcit;  — elle  ne 
finit  qu'à  la  nuit  sombre.— Ou  enleva  (d'abord  le  corps  de)  Pbili- 

I. 


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550        cnOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

47*5  El  com3  de  Monttort  mmnla  los  baros  ^ue  causig 
£  foroo  ab  lui  XV.  luit  bui  iizoi  auiig 
Que  vol  son  cosselh  penre. 


CLXVIII. 

Lo  coms  per  cowolh  penre  ees  trieti  a  .1.  etirem 
£  dieu  e  Twjm  e  acis|Nra  e  gev 
473«  Seohor  a  toti  vos  autres  pos  tao  vo»  ameus  tem 

Vos  volh  monstrar  e  diire  derenan  4|ue  forem 
Si  ievarem  del  seti  o  si  mais  estarem 
Car  à  aian  partem  onta  c  blasme  naiirera 
E  si  sai  remaîrem  lanta  cl  dan  dobîarcm 

4735  Car  segon  ma  paruensa  vpiarf»  mes  c  ten) 

Que  ja  iiulli  temps  per  iorsa  lo  ('.apdolli  iio  cobrem 
Eiî>  baros  c  las  armas  e  los  cavals  [)erclroni 
E  siis  jxji  t  si.s  batalba  mon  cor  una  greu  e  sem 
Pero  dcls  dos  mais  dobles  voih  be  quel  mclbs  triem 

Ì7Ì0  Tuit  li  baro  lescostan  e  la  us  iautre  prem 
Senher  m  dit  nFolcaus  enteiidet  que  diîram 
Si  partiam  dû  seti  verament  fidhîrem 
E  si  sai  remaniam  teu  cug  que  tant  perdrem 
Qud  vestre  prêts  d.  nostre  toU  tsBsps  abaÎMaram 
E  «i  men  volets  erdre  en.  diire  que  iuem 
Suavet  e  en  pats  e  membrat  estarem 
T^  ja  lor  ni  la  (inla)  daras  no  combat reui 
E  sins  vcnon  combatre  de  lor  nos  defendrem 
E  en  breu  de  termini  .1.  jom  assignarem 

4730  Per  la  verges  Maria  maire  de  sonratz  sein 
Que  lor  doni  la  batalha  e  cab  lor  nos  ïntrpm 
C  cavakrs  dei  nostres  del  miihois  tviarem 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  551 
j)Ol,  (qui  fut)  enseveli  par  doti  Guy.  —  Un  lit  ensuite  le  t^nel 
jusqu'au  lever  du  jour. —  Le  comte  de  Montibrt  assembla  alors  «7»^ 
les  barons  de  son  choix;  — il  y  en  eut  avec  lui  quinze,  tous  ses 
fidèle»  amb, — dont  il  voulait  prendre  conseil. 

1 

CLXYin. 

Pour  prendra  coaiêii,  le  comte  e'eit  miá  à  un  bout,  —  par* 
lant  et  dîaconraAt,  sonpifint  et  gémiásafit.'^tSeignears  (dit-  i^io 

•  il),  4  vous  tons  que  jaime  et  respecte, — :je  veux  demander 

•  ce  que  nous  allons  faire  désorniais;-^8Ì  nous  lèverons  le 

«siège  ou  si  nous  resterons.  —  Si  nous  nous  retirons  mainte- 
«nant,  nous  <  ti  serons  lumuis  et  blâmés; — si  nous  restons  ici, 
«  nous  (Joubions  notre  mal  et  notre  dommage  ;  —  car,  h  Aire  ce  ^1^^ 
«qui  m'en  semble,  je  craÌQ8->~que  nous  ne  recouvrions  jamais 

•  de  force  le  Capitole  :  —  nous  y  perdrons  (tòut) ,  les  armes,  les 
«  hommes  et  les  chevaux;  —  et  n  je  les  perds  sans  bataille,  j'en 
■  ai  le  cœur  navré  dans  la  poitrine.  —  Je  voudrais  donc  que 

•  des  deux  maux,  nom  choisissitms  le  moindre.  »— Tous  les  ^i'*** 
harons  Técoutent  en  ae  pressant  Tun  Tautre.-^*  Seigneur,  dit 

«  don  Foucault ,  écoutes  ce  que  j'ai  â  dire  :  «^4  lever  le  siège, 

•  noua  fiiillisaona  véritablement; et  ai  mems  le  maintenons, 
•je  crois  que  nous  y  pcri^roris  tant, que  votre  gloire  et  la 

•  nfttre  en  seront  pour  toujours  abalsaées.  — Mfai«,  si  vous  voulet  474s 
«m'en  croire,  je  dirai  ce  qu'il  faut  faire.  —  Nous  resterons  ici 

•  ^campés)  en  repos,  à  l'aise  et  trauquiUes,  —  sans  plus  g uer- 

•  royer  contre  la  ville  ni  contre  ceux  qui  la  garHent;  —  mais 
»  prêt.'î  à  nous  défendre,  s'ils  viennent  nous  attaquer;  —  et 

•  fixons  dans  un  court  délai  un  jour  (choisi)— en  i'hon-  4760 

kl. 


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352        CROISADE  GONTKE  LES  ALBIGEOIS. 

Ben  coniplitz  de  las  armas  allais  cols  legirero 
E  seguentre  la  gaU  en  agait  los  mctrem 

i-jis  £1  caitel  el  calabre  denant  atemprarem 
A  la  meridiana  caot  nos  conoiaaereni 
Quîlh  de  dins  repauaon  e  nos  nos  annarem 
Al  portai  de  la  lis8a  tuit  essems  aalhirem 
En  tantas  de  maneiras  lo»  e^ronarem 

476a  Entro  qnUh  nos  feiran  e  nos  los  ferirem 
E  tal  crit  e  tal  noiia  e  ial  chaple  tenren 
Que  tuit  cei  de  la  viU  vindran  a  oel  estrepi 
E  emieia  la  coita  las  régnas  virarem 
E  nos  el  nostragalt  a  la  porta  irem 
E  a  la  trobam  soia  ab  lor  nos  nintrarem 
E  cant  dins  en  la  vila  nos  entremesclarcm 
Dels  brans  e  de  las  massas  tal  cbaplamen  tindrem 
Que  totz  nos  aurîiran  o  tott  los  aucirem 
E  sin  aisu  ialhiam  noi  ba  vela  ni  rem 

4770  Tro  que  tota  Proenfia  e  Relcaire  laissen» 

0  per  cobrar  los  uoslres  ab  lor  aos  acordem 
£q  Foicantz  sq  ditz  Icon»  en  aisi  o  farem 
E  si  en  aiso  Sdhiam  ao  qae  niu  ûdhirem 
Tôt  dreît  al  comte  jove  messa^  trametrem 

477S  Que  los  baros  nos  randa  e  apfes  nos  nirem 
£  si  non  o  faxia  tant  de  laver  dareni 
A  toti  los  sens  ministres  peniue  los  decebron 
En  aquesta  maneira  los  Ivroa  cobrarem 
E  tivls  nostres  dampnalges  après  restaurarem 

47<o  Dreitament  a  Toloza  sempre  cavalgarem 
E  laver  que  lai  sia  cominalment  partran 
E  per  cel  que  remanha  los  osta^^  trairem 
E  ab  la  nianontia  en  Proensa  vindrem 
Avinbo  e  Masclha  e  Tarasco  pendxem 

47S&  £  cobrarem  Belcaire. 


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CROISADE  CONTRE  LES  AÍ.BIGEOIS.  555 
«  ueur  de   la    vierge    Mario    et    de  son    divin    fils.  —  pour 

•  leur  livrer  bataiUe  et  eotrer  avec  eux  (dans  la  ville).  —  Nous 
«choifliroiia  C6i|,t  de  nos  meiileurs  chevaliers,— 'des  mieux  ar- 
«  més  que  nous  pounoiis  trier ,  —  et  nous  les  mettrons  derrière 

■  la  gftte  nix  aguets.  —  Nous  armerons  ensuite  le  château  et  le  ^?^^ 

■  calabre  en  avant  ;  —  et  à  l'heure  de  midi,  quand  nous  saurons 
«  —  que  ceux  de  la  ville  reposent,  nous  prendrons  nos  armes 

■  —  et  nous  jettaions  tous  sur  la  porte  de  la  lice; — là  nous 

•  les  provoquerons  de  toutes  manières,  — jusqu'à  ce  qu'ik  4760 
«viennent  nous  frapper  et  que  nous  les  frappions; — et  nous 

•  ferons  lA  tant  de  bruit,  tant  de  cris,  un  tel  carnage ,  —  que  tous 
«ceux  de  la  ville  viendront  de  ce  côté. — An  milieu  du  combat, 
«noua  tourneroii.s  bride  —  et  nous  précipiterons,  avec  notre 

«  entibuscade,  sur  la  porte;  —  et  si  nous  la  trouvons  non  gardée,  4705 
«nous  entrerons  dans  la  ville, — et  c'est  là  que  recommencera 

•  la  mêlée;  —  là  il  sera  d'épée  on  de  massue  si  bien  frappé, — 

■  que  nous  les  tuerons  tous  ou  qii'ils  nous  tueront  tous. — Si 

■  nous  manquons  notre  coup ,  il  n'y  a  plus,  pour  nous  sauver,  rame 

«ni  voile,— sinon  d'abandonner  Beaucaire et  la  Provence— et  ^7?» 
«  de  conclure  avec  Tennemi  un  accord  pour  sauver  nos  hommes.  ■ 
— •  Don  Foucault,  dit  alors  le  comte  ,< ainù  feronsHiioos ; — et  si 

•  nous  manquions  le  coup  que  nous  ne  manquerons  pas,— 
«  nous  enverrons  tout  droit  au  jeune  comte  un  messager  —  pour 
«  quil  me  rende  mes  hommes ,  à  la  condition  que  nous  nous 

•  en  irons;  —  et  s'il  n'y  consent  pas,  nous  donnerons  tant  de 

■  notre  avoir — à  tous  ses  officiers,  que  nous  les  gagneron.i 
< — et  recoHMi'ions  nos  iiommes  de  cette  manière, — sauf  à 

■  nous  refaire  ensuite  de  notre  perte.  —  (Pour  cela)  nous  mar-  47»« 

•  cherons  droit  sur  Toulouse,  — et  toute  la  richesse  qui  s*y 


554 


CROISADE  CONTRE  LES  ALRIGEOIS. 


CLXIX. 

Nos  oobnMn  Belcaire  el  otstel  «1  mtd 
EU  tr«chors  ^el  renderon  ftid  pendre  tl  pel 
E  sien  nok  pren  per  forsa  neguna  res  son  val 

Mas  nUgiics  de  Laicî  li  respondec  per  mal 

Ì790  Per  Dieu  bels  senher  coms  bc  jutjatz  per  cabal 
Ans  i  auretz  a  mètre  del  pebre  e  de  la  sal 
Que  mais  robretz  Rnlcairc  ni!  cartel  principal 
Grou  pot  lion,  (  astel  toidre  a  senhor  natural 
(]ar  illi  lu  ronitp  jove  per  fin  amor  coral 

^79^  Aman  mais  trop  el  voloii  que  Crist  lesperitai 
K  si  aïK  tra(  lier  ftnon  volon  estrc  leial 
Que  cant  eii  jurcron  lus  el  libre  missai 
Elb  comeron  for&at  e  non  podion  al 
Que  ben  es  torts  e  fom  on  dreîu  no  pot  ni  val 

■\8oo  Car  sagramen  forsat  a  dreitura  no  val 

Car  cel  que  oonMpiîer  terra  ni  pien  lautrai  logal 
E  merma  la  dreitiiva  e  pvan  lengan  el  mal 
Per(  lonor  comqiierida  e  g^uanba'  el  cabal 
E  Á  men  volets  creire  oitnais  parlerem  dal 

48o5  Car  anc  mai  no  vi  setl  tant  fort  descominal 
Car  cela  de  dins  an  joia  e  sojorn  e  umbrai 
E  bon  pa  e  clara  aiga  e  bos  leits  costal 
Fl  vi  He  Gcnestet  que  lor  vcper  canal 
E  nos  estam  sa  fora  el  peribl  tcrrcnal 

4810  £  non  avem  mas  polvera  e  la  suzor  el  cal 


GHOISAI>B  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  55S 
«trouve,  nous  la  ptrtageroitt  «ntre  nous  tous; — nous  pren- 
«duons  des  otages  pour  taat  (de  nous)  qui  y  resteroat,  — et 

•  noos  reviendrons,  arec  notre  butin,  en  Provence,  —  prendre 

•  Avigaon,  Mai-seiile  et  Tarascon , et  recouvrei  Beaucaire.  ^785 

CLXIX. 

«Nous  recouvrerons  Beaucaire,  le  château,  la  grande  tour; 

•  -^je  ferai  aux  palissades  pendre  les  traîtres  qui  ont  rendu  la 

■  vme;'»etsi  je  ne  les  prends  de  force ,  je  ne  m'estime  plosbon 
«i  rien,  o — Mais  Hugues  de  La8<^  lui  répond  méchamment: 

—  «  Far  Dieu,  beau  sei^eur  comte,  vous  condamnes  lestement  à  17«« 
>  mort;— mais  vous  useres  force  sel  et  poivre  — avant  de  re- 

■  prendre  Beaucaire  et  son  fort  château.  — E  n*est  pas  fiidle 

•  d'enlever  les  châteaux  &  leuis  seigneuis  lotîmes; — et  les 
«  (hommes  de  ce  pays)  ont  pour  le  jeune  comte  un  amour  si 
«cordial,— qu'ils  le  désirent  et  le  chérissent  de  préférence  au  47«$ 
<  divin  Christ— S*tb  ont  jamais  été  traîtres,  ib  veulent  désor-  < 

■  mais  être  loyaux;— et  quand  on  les  fit  jurer  sur  le  missel, 

•  — ils  chantèrent  par  force ,  ils  ne  purent  autrement  faire  ;  — 
«  car  c'est  bien  tort  et  iorco  qxi'il  y  a  là  où  le  droit  n  est  l  it  ii. — 

«  Un  serment  forcé  n  a  pomt  de  valeur  en  justice;  —  et  celui  qui  .îôoo 
«conquiert  la  terro  pt  prend  la  place  d'autrui, — qui  abaisse 

•  droiture  et  recourt  à  la  fraude  et  au  mal,  —  (celui-là)  perd 
«i honneur  de  la  conquête  et  gagne  la  (peine)  capitale.  —  Si 
«  donc  vous  voules  m'^n  croire,  nous  parierons  désormais  d'autre 

•  chose  ;— car  je  ne  vis  jamais  de  siège  aussi  étrange  (que  celui-  4«o& 

•  ci),— où  ce  sont  les  assiégés  qui  mènent  joie,  qui  se  divcrtis- 
«  sent  à  couvert,— qui  ont  bon  pain ,  eau  daìre,  bon  lit ,  (bonne) 


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556        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

E  vin  torl>at  nb  aiwa  e  pan  Hur  senes  sal 
E  cstani  lot  lo  dia  c  la  noit  a  jornal  „ 
Gurnitz  (le  totas  armaii  c  gaidam  lo  logal 
Que  nos  veabam  combattre  e  que  nos  mdan  dal 
iftis  E  si  gaire  aos  dura  «est  perilh  enfemal 
'  Nos  trasem  major  pena  cÀrdent  de  S.  Manal 
Per  Dieu  nU^  dits  lo  coms  nous  dametz  que  nous  cal 
Que  per  la  santa  missa  quhom  sagra  et  corporal 
No  veirets  Caslelnou  ni  nAlas  Mtmlraial 
4Sto  Tro  quîeu  cobre  Belcaîie  la  fenda  el  cessai 
Senher  coms  diiz  nAlas  fin  cor  emperial 
Aujetz  si  Dieus  mi  valha  e  dareus  coaaelh  tai 
Don  memuurets  tôt  dia  de  preti  e  de  cabal 
Pensatz  co  aiam  pro  pa  e  vi  c  carnal 
•  iSaS  E  cavals  e  roris  tpic  lautri  van  a  mal 

(-ar  aisi  tindrem  Pasclia  l'entecosta  c  Nadal 
Ans  que  cobretz  Belcaire  nin  Lambert  senescal 
So  ditz  en  Guis  de  Lerni  senher  coms  pessem  dal 
Pos  atendre  no  voion  la  Lalalha  champal 
483o  Intrar  e  ichir  podon  e  tornar  a  loi  sal 

Tant  pailan  e  cosseihan  entro  la  festa  anai  • 
De  la  verge  Maria  maire  celestial 
Lo  coms  e  tuit  li  altrí  el  baro  el  capdal 
E  sei  filb  e  sos  fraire  de  dins  lo  trap  comtal 
4835  E  tola  lost  ensemble  belament  oomînal 
Celadement  sanneron  cadaus  en  Ipsdd 
C.  cavaler  lai  foren  rie  e  valent  e  mal 
Que  son  valent  e  aavi  e  adreit  e  vassal 
De  garniment  e  darmas  que  depis  mais  no  vai 
is&o  En  Johans  de  Brezi  en  Robert  en  Tibal 
En  P.  Mirs  en  Aimes  1  son  el  senescal 
E  seguentre  la  gâta  e  dins  en  lospital 
Eib  íeìrea  Lor  agait  entrei  mur  el  portai 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  557 

•  maison,  —  et  du  vin  (le  Genestet  ( en  abondance)  qni  leur  arrive 

•  par  canal. — Et  nous  (les  assicgcants\,  nous  sommes  ici  ilehors 

•  sur  la  terre  nue, — tourmentés  par  la  poussière,  par  la  sueur  ,  4810 

•  par  la  clialcur, — (buvant)  du  vin  trouble  et  de  Teau,  (man- 

•  géant)  du  pain  dur  et  sans  sel.— ^Nous  restons  jour  et  nuit  en 

•  plein  air,— chargés  de  nos  armes;  (et  rennemi)  épie  le  local 

■  — pour  venir  nous  combattre,  pour  nous  assourdir  de  erîs. 

« — Et  si  peu  que  cette  Ìatigue  infernale  dure  encore,— -notre  4Si5 
«  supplice  est  pire  que  celui  d^Ardent  de  Saint-Marceau.  »— «  Par 

•  Dieu,  don  Hugues,  dit  alors  le  comte,  ne  vous  plaignez  point  : 
«  vous  ne  le  deve?.  pas  ;  —  car,  par  la  sainte  messe  où  fon  con- 

•  sacre  rhostic,  —  avant  que  vous  n*ayeï  revu  Cbiteauneuf  et 

•  don  Alard  Montréal, —  )  ;iurai  recouvre  Beamaire,  le  revenu  et  48to 
«  le  cens.  »  —  «  Seigneur  comte,  dit  don  Alard,  noble  cœur  impé- 

•  rial, —  ccoutez-niOT ,  si  Dieu  m'aide,  et  je  vous  donnerai  tel 

•  conseil — en  vertu  duquel  vous  n'irez  pas  baissant  chaque  jour 

•  en  gloire  et  en  valeur.  —  Pensez  à  faire  que  nous  ayons  du 

•  pain,  du  vin  et  de  la  viande  en  abondance, —  des  chevaux  et  è8>s 

•  des  roussins  4  la  place  de  ceux  qui  périssent;  — autrement  nous 
«  passerons  ici  Pâques,  Pentecôte  et  Noël — avant  que  vous  re- 
«  couvries  Beaucaire  et  don  Lambert  là  sénéchd.  Pensons 

•  à  autre  chose,  seigneur  comte,  dit  alors  don  Guy  de  Lerm, — 

•  n  l'ennemi  ne  veut  pas  accepter  la  bataille  rangée, — et  si  nous  4«3e 

■  ne  pouvons  rempéchcr  de  sortir  et  de  rentrer  sain  et  sauf.  •  — 
Ainsi  vont  les  paroles  et  les  conseils  jusqu'à  ce  qu'arrive  une  fAte, 
—celle  de  la  vierf^e  Marie,  la  divine  méie.  —  Alors  Montfoi-f  et 
tous  les  autres  ,  les  lidinmcs  et  les  cliels,  —  sfu)  lilsel  son  frère, 
tous  deux  dans  la  tente  du  comte,  —  et  i  ho.st  ealier,  tout  à  ta  hiib 
fois  et  tout  doucement, — s'arment  en  secret,  chacun  dans  son 

I.  4S 


558       CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

A  la  iiit  ridiaiia  quel  soleiliis  preu  louil>ral 

4845  £1  baro  de  la  vUa  cstan  a  no  men  cal 

Lbi  Frauces  esperonan  tuit  essems  per  en^Ì 
£  las  trompas  elh  graile  e  li  corn  alertai 
Fan  brandir  la  ribeira  e\  castel  el  costal 
Primeîrament  dels  autres  venc  punhen  lo  cbival 

485o  Lo  coma  en  Amaldric  en  Alas  en  Folcal 

E  las  aiitras  companhas  que  perpendron  lortat 
Al  portai  de  la  Crota  eaperonan  engal 
£  per  totas  las  Ihissas  e  ilh  dci  cadafal 
En  auta  vote  escridan  Saata  Maria  val 

&8&&  E  dcfen  lo  tieu  poble  de  dolor  e  de  mal 

E  li  Franccs  scn  intran  pel  meg  loc  del  cortal 
Aisi  roron  as  armas  H  baro  Proonsal 
Que  luit  cssoms  sarmeron  eiiici  lo  niorcadal 
Qnv  tremhlan  o  sospiran  e  an  paor  aital 

48i»o  Quf  motz  (lels  slmi  lugjrou  cul  a  laiga  naval 
MiLs  ii  luillior  el  savi  ol  valent  el  girval 
Elli  slrveiit  el  aii^iiier  e  tu  il  ii  menestral 
Seu  veugon  a  la  porta  establir  lo  iogal 
E  defendol  passatge  e  lo  mur  el  rocal 

&86S  £  après  la  grant  preissa  del  poble  gênerai 

£  oant  li  Frances  viron  que  lor  gens  no  lor  val 
Els  an  voûtas  las  régnas  cadaus  al  caval 
Entrel  mur  e  las  tendas  per  la  lîba  del  val 
Tuit  essems  eaperonan  dreit  a  lautre  portai 

4<7«  El  baro  de  la  gâta  e  cel  del  ospital 
Del  agacîl  salbiro  e  perprendol  rosal 
E  bman  lus  barrciras  las  trencadas  el  pal 
E  vengon  tuit  cssemble  corrcn  e  aciental 
E  al  intrat  de  lu  porta  an  niostrat  lo  scnhal 

W7&  Mas  nUgos  de  Laens  en  Inibert  en  al 
Ën  ligs  de  la  Balasta  en  hoslant  del  Fugai 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  559 
pavillon. — Il  y  avait  ià  des  dievaiiei-s  vaillants,  puissants,  rodoii- 
tahles, — valeureux,  sagns,  experts  ot  courtois, — tels  qu'en  ar- 
mures ou  en  armes  nuls  autres  ne  valent  plus  qu'eux  :  —  don  4*4« 
Jean  de  Brezi,  don  Robert,  don  Thibaud, — don  P.  Mira,  don 
Aismes,  sont  du  nombre,  avec  le  aénédial;  —  derrière  la  gâte  et 
dans  rintérîeur  de  TbApital,— entre  le  mur  et  la  porte,  ils  se 
mirent  aux  agnetas  -—et  à  i*hwre  de  midi  «  lorsque  le  soleil  envahit 
toute  1  ombre,— «et  lorsque  les  hommes  de  la  ville  ne  sont  plus  4S4& 
sur  leurs  gardes, — les  Français  rangés  donnent  tous  à  la  fois  de 
réperon;— (en  même  temps)  les  trompettes,  les  clairons  et  les 
cors  —  font  retentir  les  rives  (du  fleuve),  le  château  et  la  col- 
line. —  En  avant  de  tous  viennent,  piquant  leurs  chevaux, 
—  le  comte  dnn  Amaurv,  don  Alard ,  don  Foucault; — puis  les  485o 
autres  compagiuL-s,  (|ui  o<:(  U[)ent  les  |ardins  et  lesver^rs. — Ils 
arrivent  tout  alignes  au  portail  de  la  Croix,— en  lace  des  palis- 
sades; et  voilà  que  ceux  qui  sont  (dedans)  sur  IVchafand, — 
s'écrient  à  haute  voix  :  «  Sainte  Marie,  à  notre  aide  1  —  préserve  4855 
«ton  peuple  d'accident  et  de  mal!      Cependant  les  Français 
entrent  par  le  milieu  du  portail,— et  les  Provençaux  courent 
aux  armes.— ^Ils  s'arment  tous  á  la  fois  sur  la  place  du  marché, 
—tremblant,  gémiaaant  et  de  telle  Jrayeur saisis,— que  plu-  4S(<» 
sieurs  d*entre  eux  ^aAneal  jusqu'à  Tean  où  sont  les  navires.— 
Mais  les  meilleun,  les  sages,  les  vaillants,  lesé^erviers  de  (l'host), 
—les  servants,  les  archers  et  tous  les  officiers — accourent  à  la 
porter  fortifier  la  placé  —  et  défendre  le  passage,  le  mnr  et  le 
rocher;  —  après  eux  vient  le  gros  du  peuple  conirnun. — Les  4865 
Français  voyant  qu  ils  ne  sont  paii  les  plus  forts, — ^  tournent 
aussitôt  charnn  la  bi  ide  à  son  cheval, — et  le  long  de  la  rive, 
entre  le  mur  et  les  tentes,— chevauchent  tout  droit  vers  l'autre 

AS. 


540         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

En  W.  lie  Monerha  el  haro  cl  cajiflal 
Df  foiuli^Tol  j)a.ssalj^«'  c  Hnlrar  ci  bocal 

iiaoïr  ilel  Gua  crida  fiaac  cavalier  Icial 

4Mo  Ail  cm  a  lautra  porta  sufrir  lo  dan  cl  mai 

Que  li  Frances  pcrprendon  lintramen  ei  costal 
La  donc  venon  ensemble  li  baro  natural 
Quon  petit  dora  solh  mur  dh  vcrjal 
CompUt  dômes  e  darmas  ei  dentelh  el  frontal 

4M5  E  las  gentils  companhas  e  larquier  majorai 
Ab  balestas  tomissas  de  sobrel  feneetral 
Can  de  dins  e  de  fora  sencontreron  engal 
Rccomensa  lo  chaples  de  la  gneira  mortal 
De  lansas  c  despazas  e  descutz  de  coral 

4890  £  li  dard  e  las  massas  e  cotcls  e  destral 
E  gazarmas  e  picas  e  brando  e  tinal 
E  ias  apclias  furhicîas  dli  cairo  reversai 
E  pals  agutz  c  pcrtgas  e  las  pcirab  punlials 
E  falsartz  e  sagetas  e  belsas  darc  manal 

489^  I^aîga  c  la  cau.s  htilliida  dcl  mur  en  la  canal 
De  tantab  pailz  lai  veiigo  de  travers  e  dengal 
Que  debrizan  li  elme  el  capmailh  el  naïal 
El  auâberc  e  las  malhas  el  Irexel  el  cristal 
E  lescut  e  las  celas  e  li  fre  el  peîtral 

490e  El  clavel  e  las  boclas  los  fres  tôt  per  engal 
£  testas  e  maichelas  e  brata  e  cervigal 
Entre  lacier*el  glaû  e  la  dolor  el  mal 
A  lintrar  de  la  porta  ag  tan  estranb  camal 
'  Que  de  sanc  ab  cervelas  son  vermelh  lï  senhal 

49aS  Sis  combatoD  es  feron  que  de  nafras  ab  mal 
Cadaus  (1(  Is  dizia  que  remazes  cabal 
E  cant  li  Frances  viron  que  res  noi  faran  al 
Repairan  a  las  tcndas  e  ilb  dins  a  iostal 
Dentrarobas  las  partidas  ii  metge  el  mareseal 


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CROISADE  CONTRE  l.ES  ALBIGEOIS.  541 
portail;  —  et  les  homiiirs  aiix  agiu-ts  derrière  la  gale  et  dans  4S70 
l'hôpital, — sortant  dVndxiseado  ,  ornipont  la  campagne, — 
rompent  les  barrières ,  les  palissades  et  les  Iranchées ,  — viennent 
tous  ensemble  au  galop  et  bien  rangés,  «—et,  arrivés  &  lentrée  de 
la  porte,  ont  levé  leur  enseigne.  —  Mais  Hugues  de  Lans,  don 
Inihert ,  doo  Ricau,— don  Hugues  de  la  Balaste,  don  Roistain 
du  Pugau,— ^don  GuiHaume  de  Minerve,  (tous)  hommes  et 
chefs,  ««se  mettent  à  b  défense  du  pass^,  de  l'entrée,  de  la 
bouche  (  du  portail }.  —  •  Francs ,  loyaux  chevaliers,  s'écrie  (alors)  48S0 
■  Raoul  Dugua,  —  allons  à  Tautre  porte,  braver  Tassaut  et  la 

•  fatigue;— car  voilà  les  Français  i|tti  se  portent  à  l'entrée  le  long 

•  du  coteau.  «^Là  donc  accourent  ensemble  les  barons  de  la 
ville, — et  en  un  instant  le  mur  et  les  embrasures, '—les  créneaux 

et  les  meurtrières  sont  rémois  dliommes  et  d'armes; — et  les  ìmì 
bandes  d'élite,  et  les  arbalétriers, — avec  leurs  fortes  arbalètes, 
du  haut  des  fcnestreaux,  —  au  moment  où  du  dehors  et  du  dedans 
se  renconlienl  les  deux  partis,  —  recoDinionrent  le  eariiaj^'e  et  la 
mêlée  mortelle — dps  lances,  des  épées  et  des  écus  lincnistcs) 
det  oiail.  —  Les  daids  et  les  massues,  les  coutelas  et  les  rofi^nées,  48ç^o 
—  les  hallebardes  et  les  piques,  les  tisons  (enflammés)  et  les 
vases, — les  haches  fourbies  et  les  blocs  de  pierre,  — les  pieux 
aif^us,  les  perches,  les  cailloux  do  poignée,  —  les  faux,  les  traits, 
les  flèches  d'arc,  —  l'eau  et  la  chaux  bouillante,  du  haut  des  4S9S 
murs  dans  le  canal,  —tombent  ou  frappent  de  tant  de  côtés  — 
qu'ils  brisent  (ou  tranchent  tout) ,  les  heaumes,  les  camails,  les 
naseaux,— les  hauberts,  les  mailles,  lesgorgerins  et  les  aigrette», 
— les  écus  et  les  cottes ,  les  frdns  et  les  poitrails , —les  doua  et  «900 
les  boucles,  aussi  bien  que  les  rênes,  —  aussi  bien  que  têtes  et 
mâdioires,  que  crânes  et  Inras.  ^Eotre  l'acier  et  1m  glaives,  entre 


342       CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

4f  >o  Demandan  ous  e  aiga  e  cstopa  el  sal 
£  enguens  e  em{Ntttres  e  bttftda  menai 
Pels  colps  e  per  Im  nafras  de  la  dolor  morUl 
.Mas  bon  aie  Belcahres  temensa  que  noih  cal 
Qtae  lo  coms  de  MontforI  ni  li  autre  captai 

491  s  No  cobraran  la  vila. 


CLXX. 

No  cobfaran  la  vila  quels  perilbs  ú  turmeiu 
Los  trebalb»  e  las  guerres  e  loe  mak  eb  contens 
E  las  morU  els  maitiris  tornan  en  paiiamens 
Car  lo  coms  de  Montfortz  es  îrats  e  dolens 

4910  E  pregua  sosbaros  0  iviMith  ^os  parens 

De  dins  lo  trap  dcl  paii  on  iaiga  es  rcsplandens 
Els  parlan  p  cosselhan  trastotz  crladamcns 
Senhors  sn  rîitz  lo  roms  senibJansas  e  parvens 
Me  fai  Dicas  vm  deaiostra  que  soi  iciiitz  de  mens 

49*5  Car  ieii  solia  cslrc  ries  f*  pros  e  valens 
Ara  lo  meus  afars  es  tornat  e  niens 
Car  ara  nom  val  forsa  ni  gcnh  ni  ardimens 
Com  ieu  mos  baros  oolwe  nUs  tragua  de  laens 
E  si  ieu  part  del  seti  aisi  aunidamens 
Pois  diÌTan  per  lo  st^e  que  eu  soi  recresens 
Bds  fraire  dits  en  Guis  eu  vos  die  venmens 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  543 
la  douleur  et  la  colère,  —  il  se  fait  h  IVnirée  de  U  porte  une 
telle  hourlierie,  —  que  luulcs  les  enseignes  sont  vermeilles  de 
sang  entremêlé  de  cervelles.  — On  combat  et  1  on  se  trappe  telle-  i^ot» 
ment,  que  de  blessures  et  de  mal— chacun  d'eux  déclarait  avoir 
niaise  part. — Mais  lea  Français  voyant  qu'ils  n'ont  rien  à  gi^er, 
— se  retirent  à  leurs  tentes ,  et  les  autres  dans  les  maisons.— 
Des  dewL  côtés  les  médeoios  et  les  maréchaux— demaaiieiit  des 
œufs  et  de  Teau»  de  l*étoupe  et  du  ad,— des  oi^ueDta,,des  Agio 
emplfttres,  des  bandes  de  toiles  —pour  les  coups  et  les  blessures 
de  mortelle  douleur.— Mais  que  Beaucaire  n*ait  plus  de  crainte  ; 
il  n*en  doit  pas  avoir: — le  comte  de  Montfort  ni  lea^ autres 
clie&— ne  recouvreront  point  la  ville.  49  ij 

CLXX. 

Ils  ne  recouvreront  point  la  ville:  les  périls,  les  tourments, 
— les  fiitigues,  les  guerres,  les  souffrances,  les  efforts  « — les 
morts,  les  martyres  amènent  un  (nouveau)  parlement.—- Triste 
et  dolent,  le  comte  de  Montfort — invite  ses  barons  et  mande 
ses  proches— dans  la  tente  de  soie,  Ui  bù  resplendit  l*eau  (du 
Rhône). — Ils  parient  et  délibèrent  secrètement  entre  eur. — 
.  «Seigneurs,  dit  le  comte,  aux  signes  et  aux  apparences — que 
>  Dieu  me  fait  voir,  je  dois  bien  me  croire  hors  de  sens. Je  fus  ^9*^ 
«jusqu'ici  preux,  vaillant  et  puissant;— maintenant  toute  ma 
«prospérité  est  réduite  è  néant,  —  et  il  n'y  a  plus  ni  force,  ni 
"  audace,  ni  l  usc ,  (|ui  puissent  m'uicler — à  recouvrer nrtes  hommes 
et  à  les  tirer  de  lû-haut. — Cependant  si  je  lève  si  honteuse- 
«  meni  1 1?  siégc,  —  on  dira  par  tout  le  uioiide  que  je  suis  recru.  »  isjio 
—  «Beau  frère,  dit  don  Guy,  moi  je  vous  dis  en  toute  véiité — 


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544        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Que  Dieus  no  vol  suíínr  (jue  vos  siatz  tenons 
Dcl  casiol  de  Belcaire  ni  del  als  longamens 
Quel  garda  e  cossira  vostrcs  captcncmcns 

493s  Ab  sol  <]ue  na  vostre  lot  laven  e  largens 

Vos  sol  noD  aveu  cura  âe  la  mort  de  las  gens 
Ab  tant  veua  .1.  messatge  que  venc  viaasamens 
Toi  droit  al  trap  del  comte  e  dits  iradamens 
Senher  coms  de  Montfort  lo  vostre  afortimens 
E  la  vostra  malexa  el  vostre  ardîmens 

49io  E  la  vostra  valensa  es  non  res  e  niens 

Vos  perdcU  vostres  omes  en  atsi  mortalmens 
Que  lesperitz  e  larma  lor  es  sus  en  las  dens 
E  veissi  del  castel  ez  es  tais  lespavens 

49ÌS  E  qui  m  dava  Alamanba  c  quoi  fos  totz  largcns 
Eu  lai  no  remandria  tnni  es  grans  lo  tnrmens 
Passât  a  m.  sctmanas  qiiieu  so  sai  veramens 
Quels  es  falhida  laiga  e  lo  vis  el  fromcns 
Tal  paor  ai  aguda  sirn  v.ilha  Dleus  ni  sens 

iỳio  Que  totz  lo  eors  mi  trembla  cm  niartelan  las  dens 
E  caul  lu  coias  ioaten  tralz  e  fel  e  teiiL» 
Ab  cossclh  de  ses  omes  e  ab  lor  mandamens 
A  tramessas  sas  letras  lains  celadamens 
An  Dragonet  «pies  savis  e  pervis  e  sabens 

49SS  Que  paHe  ab  lo  comte  quel  lî  fara  covens 
Ques  partira  del  sett  aempre  viasaamens 
Si  el  li  ret  sos  omes  que  us  non  sia  mens 
En  Dragonet  ques  pros  e  adrèits  e  videns 
A  unt  parlât  de  fora  e  tant  parlaft  de  dens 

(96e  Quel  coms  de  Montfort  cobra  los  baros  aolamens 
E  lo  coms  de  Tholosa  retenc  enteiramens 
Los  cavals  cls  ames  e  totz  los  garni  mens 
E  cantio  jorns  repaira  cl  soldlis  es  luxens 
Lo  coms  se  part  del  seti. 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  545 

■  que  Dieu  ne  veut  })as  que  vous  poasédiei — plus  longuement 

■  le  château  de  Bcaucaire,  ni  le  reste:  — î!  a  vu  et  jugé  Trotre 

•  t  uiuUiile  :  —  pourvu  que  tout  le  Lien  et  tout  l'argent  (<lu  pays)  ^^35 
«soient  à  vous, — vous  prenez  peu  de  souci  de  la  mort  des 

•  lioninies.  »  —  Mais  voici,  là-tlessus,  venir  rapidement  un  mes- 
sager,— tout  droit  à  la  tente  du  comte,  auquel  il  dit  d  un  air 
chagrin:  —  •  Seigneur  comte  de  Montfort,  votre  âme  dure,  — 
«votre  méchanceté,  votre  audace — et  votre  bravoure  ne  sont 
«  |d[UB  que  vaine  chose  et  néant;-^vou8  traites  À  mortellement 
«  vos  hommes— >qa*ils  ont  Tesprit  et  Táme  entre  les  dents.  — Je 

•  viens  du  diâteftu;  et  telle  y  est  Trouvante,  — teb  y  sont  les  «94s 

•  tourments*  que  je  n*y  retournerais  pa»  pour  tout  Tai^nt  et 

•  toute  la  terre  d'Allemagne;— >il  y  a  plus  de  trois  semaines,  je 
«ne  le  sais  que  trop,— que  Teau,  le  froment  et  le  vin  y  man- 

•  qoent; — et  jy  ai  eu  telle  frayeur,  si  Dieu  et  mon  bon  sens 

•  m'aident, — que  tout  le  corps  m'en  tremble  encore,  et  que  mes  4^5^ 
"  dénis  s'en  martèlent  (les  unes  les  autres).  «  —  Le  comte  l'écoute 
chagrin  et  rouge  de  rolére;  —  par  le  conseil  et  de  l'avis  de  ses 
hommes,  —  il  envoie  en  secret  ses  lettres  dans  la  ville, —  à 
don  Dragonet  qui  e£t  sage,  habile  et  prudent, — pour  ({u'il  parle  4^$$ 
au  (jeune)  comte  auquel  il  propose — de  lever  aussitôt  et  au  plus 
vite  le  siège  de  (Beaucaire), — s  il  veut  lui  rendre  ses  hommes, 
sans  qu*il  en  manque  un  seul. — Don  Dragonet  preux,  vaillant  et 
expert  comme  il  est,  —  a  tant  pailé  dans  la  vOle,  tant  parlé 
dehors,  —  que  le  comte  de  Montfort  recouvre  seulement  ses  4960 
hommes,— et  que  le  comte  de  Toulouse  retient  totalement— 

les  chevaux,  les  harnais  et  tontes  les  armes;  —  et  dès  que  le  jour 
a  paru ,  dès  que  le  soleil  a  lui, —Montfort  abandonne  le  siège. 

1.  hk 


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54e 


CKOISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 


CLXXl. 

49ft&     Lo  coms  se  part  del  seti  de  gran  felaia  pies 
Ç  a  cobrat  sos  ornes  e  perdec  ior  «rues 
Mans  cavals  e  rods  e  mub  Arables 
El  i  a  tant  perdut  e  de  lautre  aver  mes 
Que  pro  î  remas  vîanda  als  anida  e  aie  cbes 

iS70  £1  castel  de  Bekaîre  al  coma  dus  e  marqaes 
Car  es  valens  e  savis  e  adrciu  e  certes 
K  del  milhor  lînatge  e  del  rie  parentes 
Dci  barnatgc  de  Fransa  e  del  bo  rei  Engles 
El  coms  de  Montfort  manda  Tolzau  e  Carcasses 

4975  E  motas  de  partidas  0  fas  frons  do  Rorrs 

Que  niilhs  hoiTi  noi  remangua  ni  sirvens  ni  pages 
Tuit  vengnn  a  Tholoza  e  ccls  de  Lauragues 
El  coms  ah  sa  rompanlia  cavalga  lanl  espes 
Que  de  las»  v.  joi  uaiias  non  a  iaitas  mas  très 

4980  A  Montguiscarl  alberga  e  p<u  lautre  paes 
Ë  a  lalbor  del  dia  can  resplan  lo  seres 
Lo  coms  de  Montfort  sarma  e  lî  autre  Praaces 
Lor  batalhas  rengadas  cavalgon  de  mânes 
Oreitament  vas  Tbolosa  per  los  bek  camîs  pies 
Mas  de  la  viala  eison  cada  dos  oada  très 
Dels  mUhors  cavalers  e  d^  plus  ries  bones 
Lai  on  viron  lo  comte  si  lan  a  raso  mes 
Mot  dossamcnt  li  dizon  senber  coms  siiis  plagues 
Be  nos  fam  roeravilha  com  pot  esser  ni  es 

4990  Que  vos  vcngatz  ab  glaxi  ni  ab  fer  mortales 

Car  quil  scu  raeleis  dampna  nol  en  pot  venir  bes 
E  sab  vos  mescabavam  ma!  vos  srria  près 
Car  entre  vos  e  nos  no  dcnria  esser  re» 
Perque  mais  ni  dampnalges  ni  trebalha  orgues 


CROISADE  CONTEE  LES  ALBIGEOIS.  5&7 


CLXXI. 

Montfort  abandonne  le  siège,  rempli  de  fureur.  — 11  a  bien  49^* 
recouvré  ses  hommes,  mais  il  a  perdu  leurs  équipages,  ^ — ^les 
dievauiL,  les  roiissins,  les  mulets  arabes, — il  y  a  perdu  et  dis- 
sipé beaucoup  d'autre»  richesses  ; —  mais  il  y  a  laissé  large  pâture 
aux  niseaui  et  aux  chienft;— et  le  château  de  Beaucaire  e»t  «970 
(resté)  au  comte  duc  et  marquis, — au  comtois,  vaillant  et  sage 
(jeune)  comte, —  (issu)  du  lueilieur  lignage  et  de  la  plu»  haute 
parenté— des  barons  de  France  et  du  bon  roi  d'Angleterre. — 
(Cependant)  Montfort  a  commandé  aux  hommes  du  Tou^ 
lousain  et  du  Carcasaaist— à  ceux  du  Redais  et  de  plu- 
sieurs  autres  pays,— (y  compris)  œuit  du  Laung^,  de  venir 
tous  k  Toidouse,  -^sans  qu'ii  en  reste  un  seul  ni  servant»  ni 
paysan.— >Et  (de  son  cAté)  le  comte,  avec  sa  troupe,  chevauche 
si  rapidement,— que  des  cinq  journées  il  en  a  &it  seulement 
trois,«Il  prend  son  albei^e  à  Mont-Guiscart  et  aux  environs , 
—et  à  Taube  du  jour,  quand  le  delbriHe  serein,— il  s*anne 
avec  les  autres  Français; — et  (tous)  rangés  en  corps  de  bataille, 
poursuiveul  leur  clicvaucliée — droit  verîs  Toulouse  pai  piaius 
et  beaux  chemins.-— De  la  ville  sortent  alors,  deux  à  deux,  trots  ^9*5 
à  trois,  —  (  plusieurs)  des  meilleurs  ctievaliers  et  des  pins  Ito- 
norés  bourj^eois:  —  là  011  ils  ont  aperçu  le  (  ointe,  lis  sout 
venus  l'entretenir. — «Seigneur  comte,  lui  disent-ils  tout  do u- 
«  cernent,  voua  plaH-il  (nous  écouter)?  —  Voici  de  quoi  noiis 
•  émerveiller  :  comment  peut-il  se  faire,  comment  se  fait-il — 
■  que  vous  veniez  armé  de  glaive  et  de  fer  m<Mrtel?  — A  qui  ^99« 
«  maltraite  les  sieiiB ,  il  n'en  peut  ravsnir  du  bien  ;— et  si  nous 


SAS        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

amS  Bonamens  dos  aviatz  autreiat  e  promes 

Que  de  la  vostra  part  nulh  temps  mais  noDS  vengiies 
Ara  nons  par  nîns  sembla  ni  pot  estre  nalhs  bes 
Car  encontra  la  vila  avetz  gamimens  pfes 
Vos  î  dégâts  intrar  ab  rostres  palafires 

Sooo  Desgarait  senes  armas  ab  las  jupas  dorfres 

Cantant  ab  las  garlandas  cum  sel  que  senher  nés 
E  so  qae  vos  mandessats  om  noi  contnidicbes 
Er  aportatz  tcmcnsa  e  mal  cor  leones 
Baro  so  ditz  lo  coms  a  vos  plassa  o  vos  p«i 

hoob   Dfst^arnil?  o  garnitz  o  en  lonc  o  en  tes 
Iiitrarei  en  la  viala  c  veroi  ben  qui  es 
Car  aqucsta  vegada  mavetz  a  tort  coiiies 
Vos  mavctx  tout  Belcaire  pcr  so  car  no  lai  près 
Veneisi  e  Pxoensa  e  tôt  Valentines 

6010  Que  mais  de  xx.  mesatjes  nai  agut  en  i.  mes 
Que  oonlra  mi  vos  eiats  de  sagrament  empces 
E  al  comte  R.  que  aviats  trames 
Par  quel  cobres  Tbolosa  e  que  ieu  b  peines 
£  per  la  vora  cTOts  OU  Jesbu  Crist  fo  mes 

SoiS  Nom  toldrai  mon  ausberc  ni  lelme  Pabies 

Tro  quicu  naia  ostalges  del  mielhs  que  lains  es 
E  voirai  bon  conoisser  si  mi  scran  dcfcs 
E  ei  ii  rosponderon  scnlicr  prcngaiis  iiit'i*ces 
De  nos  e  de.  la  vila  e  dcl  pnbln  fjue  i  es 

Saio  Nous  avcm  tort  ni  rolpa  valent  1.  malgoircs 
Ni  auc  oiii  cuutra  vos  sagrament  noi  empres 
£  quius  fa  so  entendre  vos  vol  toldrei  paes 
El  vers  Dieus  Jesbu  Crist  sab  be  del  tôt  com  es 
Per  qud  seus  cors  nos  valha  e  nostra  bona  fes 

soss  Baros  so  dits  lo  coms  trop  mes  mal  e  plaides 
Car  anc  pois  ni  dabans  pos  ieu  vw  aîg  comques 
Nous  plag  mus  abeiîg  ma  bonor  ni  mos  bes 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  549 
«  perdions  avec  vous,  mal  aussi  vous  en  adviendrait:  —  car  entre 
<  vous  et  nous  il  ne  devrait  riea  y  avoir — d*où  puisse  surgir  doni- 
«  mage  ou  danger. — Vous  nous  aves  bonnement  octroyé  et  4$9& 
«  prooû»  —  qu*il  ne  nous  arriverait  jamais  de  mai  de  votre  part; 
c —  maie  ce  ne  peut  être,  ce  nous  semble,  potir  rien  de 

■  bon— que  vous  awez  pris  les  armes  contre  là  ville. — Vous 

■  devries,  seigneur  «  y  entrer  sur  vos  palefrois,— sans  armes»  &000 

■  sans  armures ,  en  tuniques  d'orfroi^ —chantant  et  paré  de  guir- 

■  landes,  comme  celui  qui  en  est  le  seigneur.— Personne  alors 

•  ne  s'opposerait  è  ce  que  vous  ordonneriez. — Maintenant  vous 
«nous  effrayez,  et  montrez  un  cœur  de  lion  courroucé.»  — 
«Barons,  lépoiul  le  comte,   que  cela  vous  plaise  ou  déplaise, 

' — armé  ou  désanné,  debout  ou  couché, — -j'entrerai  dans  la  5oo5 

•  ville  ,  et  saurai  ce  qui  s'y  fait.  —  Pour  cotte  fois,  c  est  vous  qui 

■  m'avez  attaqué  à  tort  :  —  vous  m'avez  enlevé  Beaucairc ,  que  je 
I  n'ai  pu  reprendre, — le  Venaissin,  la  Provence  et  le  Yalentinois. 

•  — J'ai  reçu  en  un  mois  plus  de  vingt  messagers ,  (  m'annonçant  )  &010 
«—que  vous  vous  étiez  par  serment  liés  contre  moi, — et  que 

■  vous  vous  entendiei  avec  le  comte  Raymond  —  pour  cpi'il  re- 

•  eottvr&t  Toulouse  et  que  je  la  perdisse.  — Hais,  par  la  vraie 

«  croix  sur  laquelle  fut  mis  lésus-Ghrist  !  —je  n'óterai  point  mon  Soi» 

•  haub^,  ni  mon  heaume  de  Pavie, — jusqu'à  ce  que  j'aie 
«  choisi  des  otages  parmi  la  fleur  de  la  ville, —  et  je  désire  fort 
«  savoir  s'ils  s'opposeront  (à  ma  volonté).  ■— «  Seigneur,  lui  ré> 
«  pondtrent-ils,  ayez  merci — de  nous,  de  la  ville  et  du  peuple 
--qui  s'y  trouve; — uous  ne  vous  avons  pas  fuit  tort  de  la  valeur  òojo 

•  d'un  (denier)  maguelonais;  —  nous  n'avons  jamais  fait  aucun 
»  serment  contre  vous; — et  qui  vous  fait  croire  telle  cliosu  \eut 
«  VOUS  enlever  le  pays.  —  Le  vrai  Dieu  Jésus-Christ  sait  tout  ce 


550         CUOiSADL  LOMUL  LES  ALBIGEOIS. 

F.  après  cl  apeia  nGui  en  Ug  de  Laces 
En  Alas  en  P'olcaut  en  Aldrit-  lo  Fiâmes 

&o3o  Senher  ooms  ditz  nÂlas  obs  vos  »  aura  fres 
Qnt  l  xostif  mal  coralge  e  lira  retengues 
Cai  !>i  baissatz  Toloza  pois  sereU  tant  deiches 
Que  jamais  uo  sereU  nulh  temps  el  contrapes 
Senhon  «o  dits  lo  com»  eu  soi  tant  fort  esmes 

5o35  Cai  totas  empenhadftt  mas  rends»  e  inos  ces 
£  U  mia  companha  am  moBtfStt  e  eftques 
Que  frsitura  e  neoeiia  los  a  tant  sobre  psss 
Que  si  en  aiso  âdhU  no  sabria  quem  fes 
E  aquels  qae  sai  veno  volh  cades  sàan  près 

to&o  E  com  sempré  los  meta  el  castel  Narbones* 
l]  lavers  e  la  plata  er  Ú  nostre  jjiomes 
Tro  be  siam  cr^ut  de  poder  e  davers 
Per  tomar  en  Proensa. 


CLXXII. 

Nos  îrem  ai  Pnensa  can  aurem  averpro 
4o«5  Mas  ans  metrem  Tolosa  en  tal  destrudio 
Que  ja  noi  laissarem  nidb  aver  bd  ni  bo 
Pos  elam  toi  Proensa  cdbrarai  la  del  so 
Senber  frair  dits  en  Guis  i.  bo  cosselh  vos  do 
Si  prendels  de  laver  sol  lo  quint  ol  csrto 
9o5o  Ab  milhor  esperansa  granarao  ii  broto 
E  si  la  destnueti  ab  vostre  cor  felo 


CROISADE  COM  KE  LES  ALBIGEOIS.  351 
'  qui  en  est,  —  puisse  son  coips  et  notre  bonne  loi  nous  <'trr  en 
«  aidel  • — <  Barons,  fait  le  comte,  c'est  trt^  à  la  l'ois,  pour  moi ,  5oi^ 

■  de  votre  oÎTen^r  ci  de  VOS  raisons; — jamais  ni  avant  de  vous 

•  avoir  con<|ttis  ni  depuis,  ^ mon  bien  ni  mon  honneur  ne  vous 
«furenl  chers,  ni  ne  vous  plurent.  » — Là-dessus  il  appelle  don 
Guy,  Hugues  de  Lascy,— don  Alard,  don  Foucault,  don  Audri 

le  Flamand. — «  Seigneur  eomte ,  dit  don  Alard ,  vous  anries  be-  SoSo 
•I  soin  d*an  frein  ^  pour  contenir  votre  c(4ère  et  votre  noire 

•  humeur; — si  vous  abaisses  Tonlonae ,  vous  deacendrea  si  bas 
«  vous-même     que  vous  ne  pourrez  jamais  plus  faire  contre- 

•  poids  (aux  dîfficuhés).  • — «Seigneurs,  dit  le  comte,  j*ai  fiut 

«  tant  do  dépenses,  —  que  j'ai  engagé  toutes  mes  rentes  et  mes  òo3à 
«  cens; — et  ma  troupe  m'a  dit  et  m'a  fait  voir — qu'elle  est  telle- 
"  ment  prise  do  besoin  et  de  misère,  —  que  si  je  manquais  k  la 
«  ^soulager),  je  ne  saurais  plus  quoi  laire.  —  Je  veux  donc  que 

•  tous  ceux  de  la  ville  qui  sont  venus  soient  pris,-» et  sur-le*  òo4o 

■  champ  mis  dans  le  château  Narbonnais.  — ■  Leur  argent  et  leur 
«  avoir  seront  destinés  aux  nôtres,— et  à  nous  remettre  en  pou- 

■  voir  et  en  état—  de  retourner  en  Provence. 

CLXXII. 

■  Nous  retoumerona  en  Provence  qnsnd  nous  serons  riches 

•  asses  :  -—maïs  nous  détruirons  auparavant  Toulouse,  de  telle 

«  sorte  —  que  nous  n'y  laisserons  pas  la  moindre  chose  qui  soit 

•  boHe  ou  bonne. — Puisqu'elle  m  a  ôté  la  Provence,  je  Iti  repren- 

•  drai  à  ses  frais.  •  >  Seigneur  frère,  dit  don  Guy,  je  vous  citui- 

"  nerai  un  bon  conseil  :  — prenes  de  tout  l'avoir  de  Toulouse 

«  seulement  le  cinquième  ou  le  quart  ; — et  lea  bou^ois  auront  io^o 


352         CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Per  tôt  crcstianesme  nauriatz  mal  re&o 
Ë  de  Jcshn  Crist  ira  e  de  gleiza  ocaizo 
Fraire  so  tlilz  lo  coms  tuit  li  mieu  companiio 

»o55  Si  volon  départir  car  ieu  non  ci  quels  do 
E  si  desiruc  Toioza  &rei  o  per  nxo 
Car  ilb  man  mal  coratgc  e  ja  nob  aurei  bo 
De  laver  qaen  aurei  ai  aital  soqpeiso 
Quen  cobrarei  Beieaire  en  aurei  Airinho 

5o6o  Ditz  maesire  RoberU  senher  ooms  .i.  sermo 
,  Vos  dîirei  per  entendre  ab  beia  enquesuo 
Depoia  quel  Apostolî  vos  det  elecdo 
Vos  degrats  ben  gardar  dreitora  e  razo 
Que  no  mcsessets  glieiza  en  tribuiacio 

Sofis  Que  pos  elh  non  an  fait  envas  vos  tiaicio 
No  los  dogratz  destruir  si  per  jutjamen  no 
E  si  gardatz  drcitura  per  cncusatio 
No  devon  avpr  perdre  ni  sofrir  passio 
Tant  parleron  ensemble  tro  près  la  vila  so 

â«7o  Ah  tant  \eç  vos  livcsijue.s  ponlicn  ad  espero 
Intian  pci'  las  carrciras  ab  iuMiedictio 
Vj  vu  aprch  loij  niauda  iùs  prega  cis  soino 
Baro  ichetz  la  fora  al  comte  car  e  ho 
E  pos  Dieus  e  la  gleiza  ez  eu  vos  nei  iatt  do 
Bel  deuriats  recebre  ah  gran  professio 
Que  si  vos  be  lamats  aurets  ne  gazardo 
En  est  segle  e  en  lautre  vers  confessio 
Que  re  no  vol  del  vostre  ans  vos  daia  del  so 
Et  en  la  sua  garda  penrets  milhorazo 

SoSo  Senbofs  SO  ditz  labat  de  Sent  Cerni  razo 
Dit/  mo  senher  livesques  e  poi  (](  iz  lo  perdo 
R  anatz  ent  al  comte  recebrei  «eu  leo 
Que  la  sua  mainada  salbei^e  ahando 
Per  los  vofltres  albercs  e  nol  digatz  de  no 


CROrSADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  355 

«meilleur  espoir  de  refaire  graine.  —  Mais  si.  dans  la  fi'rocitc 
"do  votre  cœur,  vous  détruisez  la  ville,  —  vous  eu  aurez  luau- 
«  vais  renom  par  toute  la  rhn  tientc ,  —  vous  otFensorez  Jésus- 
>  Christ  et  déplairez  à  réglise.  *  — >  Frère,  dit  le  comte,  tous  mes 

•  compagnons  (de  guerre) -«veulent  me  quitter,  parce  que  je  soss 
«ii*ai  rien  à  leur  donner;  —  et  si  je  détruis  Toulouse,  ce  sera 

«  avec  raison  que  je  rauiai  iait,~car  les  habitants  sont  mal 
«  disposés  pour  moi,  et  ne  le  seront  jamais  mîeià.  —Du  butin 

•  que  j'y  fmti ,  je  me  figure  —  que  je  veoowrerai  Beaucaire  et 

•  prendrai  Avignon.» — i Seigneur  comte,  dit  alors  maître  Ro-  sqSo 
«  bert,  je  vous  ferai— > un  discours  i  écouter  avec  bonne  (  et  pai« 

«  sible)  réflexion. — Depuis  que  le  Pape  a  fait  choix  de  vous  (pour 

•  ce  qull  veut),— vous  devriez  bien  garder  droiture  et  raison , — 

•  afin  de  ne  pas  mettre  la  tribulalion  dans  l'église.  —  Puis(|ne  iog^ 

•  ceux  de  Toulouse  ne  vous  ont  pas  trahi,  —  vous  ne  (l<  wiez 
•point  les  condamner  sinon  par  juf^cinent  ;  —  et  si  vous  mnsi- 

•  dérez  bien  ce  qui  est  juste  en  fait  d'accusation  ,  —  ils  ne  doivent 
■  souflVir  ni  dans  leur  avoir,  ni  dans  leurs  personnes.  •  —  Ils  con- 
versèrent ensemble  (de  la  sorte),  jusqu'à  ce  qu'ils  furent  près 

de  la  ville.  —  £t  voiçi  venir  (alors  au-devant  d'eux)  l'évéque  507Q 
piquant  de  réperon,— qui  leur  donne  sa  bénédiction,  comme 
ils  entrent  dans  les  rues  :— ai  m^e  temps  il  ordonne  (à  ceux 
de  la  ville),  il  les  prie,  il  leur  fait  dire  :  —  ■  Barons,  sortes  tous 
«au-devant  du  comte  qui  est  n  bon;  —  puisque  c'est  Dieu, 
«  Té^se  et  moi  qui  vous  Favons  donné, —vous  devriei  le  bien  $075 
«recevoir,  en  grande  (cérémonie  et)  proceasion; — et  si  vous  l'ai- 
«  mez  vraiment,  vous  en  aurez  récompense  —  dans  ce  monde,  et 
«  pleine  reconnaissance  dans  l'autre.  —  Loin  dv  vouloir  rien  du 
«  vôtre,  il  vous  donnera  du  sieu^  —  et  sous  sa  garde  votre  con- 
t.  àb 


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554        GfiOlSADB  CONTRE  LES  ALBIGSOIS. 

&oSS  E  tiueU  loi  la  venda  ab  boua  lUivraxo 
Que  ja  uou»  iaran  tort  lo  vtlwl  don  boto 
Ab  aitaBt  sen  icbixo  la  fon  el  campo 
Sel  que  miD  ac  caval  lai  anec  a  peo 
lias  per  tota  k  vila  veus  venir  i.  reiao 

S090  Que  lor  didi  e  lor  motMn  per  bonà  enquestio 
BaM»  ctar  non  tonuti  auavet  a  lôrè: 
Quek  eome  demanda  «staigea  e  ^  oqn  io»  Il  do 
Ë  sius  ^ba  an  Csma  aeinblueta-lMn  bâao»*- 
Ez  eli  aen  toraeron  viato  e  de  rando  .^^ 

s«9&  A^l^  mentre  sacosselhan  per  la  vila  illi  ba<^  < 
La  maiaada  del  comte  sîrvent  e  donzeio  . 
f.or  debrizrn  las  archas  c  laver  sp  prend© 
E  dizo  a  lors  osles  lescudier  els  ^t^v^o 
Oi  recebretz  marttri  o  darelz  rcn  vnso 

5ioo  Car  vos  etï  en  la  ira  de  m<i  stnlH n  Simo 
Et  eli  respondero  entre  dens  a  l  u  10 
Dieus  co  nos  avctz  mc^LUi  ul  podei  i'harao 
Per  las  carrciraa  ploraa  douas  e  efauso 
Maa  per  tota  la  vila  escridan  en  un  ao 

»ipS  Baroa  prendam  las  armas  car  vesem  la  saso 
Que  nos  er  a  défendre  del  fer  e  del  leo 
Car  nui»  val  mort  ondrada  que  remandre  en  prîzo 
De  totas  paiti  bu  vengo  oorfen  e  despero 
Cavaler  e  bones  e  sirvent  e  gendo 

5iiQ  Que  cascns  dels  aporla  complida  gamiao 
0  escut  o  capel  perpunt  o  gonio 
E  apcba  esmolua  (aucilha  o  pilo 
Arc  manal  o  balesta  o  bon  bran  de  planso 
0  cote!  o  goi^pira  capmailli  o  alcoto 

òií5  E  can  ioro  ensemble  entrelh  fîlh  elh  pairo 
E  donas  e  donzefrîs  casfn?  per  cnnten^f^ 
Comeosau  las  baireiras  quec  deuaii  sa  inaïao 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  955 

•  dition  deviendra  laeiïleure.  » —  «  Suigoeurs,  dît  TaLbé  de  Saint- 

■  Sernin,  c'est  chose  vraie,  —  ce  que  dit  mon  seigneur  i  êvê- 

•  que;  et  vous  ailes  perdre  le  pardon  :  —  allez  au-devant  du 

•  comte,  recevoir  son  lion,— et  que  sa  troupe  prenne  librement 

•  albeinue  —  dans  vos  maisons,  et  n'allez  pas  lui  en  diîre  non. 

•  —  Vendei-leor,  livret-leur  de  lionne  &n  toute  chose,  ^  et  ils  M& 

■  ne  vous  feront  pas  tort  de  la  valeur  dW  boulon.  »—  Là-dessus 
(ceux  de  la  ville)  se  rendent  hors  (des  nniis)  dans  un  champ  cul- 
tivé , — et  cdui  qui  n'a  point  de  cheval  s'y  rend  à  pied;  —  mais 
voiU  que  par  toute  ht  ville  se  répandent  un  bruit,  un  propos,  — 
des  menaces  provenant  de  bonne  information  :  —  •  Barons ,  pour- 

•  quoi  ne  vous  en  retournez-vous  pas  tout  doucement,  à  la  déro- 
«  bée? — Le  comte  veut  qu  on  lui  livi  e  des  otages:  il  en  a  demandé. 
«  — Et  s'il  vous  trouve  là  dehors,  il  vous  1 1  liiera  comine  canaille. 
—  A  cette  annonce),  ils  s'en  retournetil  hicn  vite  et  toutil  un  trait  ; 
— <mais  tandis  qu'ils  vont  par  la  ville,  se  conseillant  (les  uns  les 
autres),  —  les  hommes  du  comte,  écuyers  et  damoiseaux,  — 
brisent  leurs  coffres,  et  prennent  tout  ce  qui  s*y  trouve.  —  Les 
écuyos  et  les  valets  disent  à  leurs  hôtes  :  —  «  Vous  serez  aujour- 

«  dirai  mis  àmort,  ou  vous  vous  rfichètanes.— car  lecomte  Simon  sioo 

•  vous  en  veut.  »— Et  ils  rápoddent  tout  bas,  entra  leurs  dents: 

•  0  mon  Dieu!  pourquoi  nous  aves-voua  livrés  à  Pharaon?  •  —  Les 
femmes  et  les  petitsenbnts  pleurent  dans  les  rues;  ; — mais  tout  4 
coup,  par  toute  la  viUe,  retentit  un  seul  cri  : «  Barons,  prenons  sio5 
«  les  armes  I  voici  le  moment  —  de  nous  défendre  contre  le  fer  et 

«  le  lion;  —  et  mieux  vaut  mort  honorable  qu'être  enfermé  pn- 
'  snnnicr.  • — Tous  alors  se  rassemblent  de  toutes  parts,  courant 
ou  eperonnant,  —  chevaliers  et  bourgeois,  servants  et  valets;  — 
chacun  d'eux  apporte  l'arme  ou  l'armure  qu'il  trouve,  —  un  écu  Sno 

&5. 


556        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Li  escon  e  las  arrhas  rl  tinal  el  pilo 
£  il  touel  que  roliaii  el  trau  el  cabiro 

Si*o  Estan  de  terra  entoulâ  e  de  bas  en  peîro 
Per  Irastota  la  vUa  an  tal  defensio 
Que  lo  crit  e  la  noiia  e  las  trompas  que  i  son 
Fan  retendre  e  braire  la  carreîra  el  tro 
MonfoA  lor  escridero  FVances  e  Bei^gonho 

&iss  Ccis  de  lains  Tikolosa  Belcaire  e  Avinko^ 
Mas  lai  on  sencontrero  ab  la  gran  contenso 
Se  van  entreferir  ab  mai  cor  e  felo 
Mas  lansas  e  espazas  c  astas  e  tronso        ,  . 
E  sagetas  e  peiras  c  massas  e  ti/.o 

Si3o  E  Ik'cas  e  i^azarmas  e  li  bran  clh  pcno 
Pics  barroiras  c  jjciras  p  lata»  e  rairo 
De  tantas  paru  lai  vengt)  de  dreil  e  denviro 
Que  debrizan  li  eime  el  ei»cut  el  arso 
E  testas  e  servelas  e  li  peitc  el  mento 
E  li  brats  e  las  cambas  e  li  pung  el  bvaso 
Tant  es  mala  la  guern  el  perilhs^.tenso 
Que  firen  los  ne  menan  lor  el  comte  Guio 
E  cent  il  no  conogro  nulha  autra  guariso 
Lo  coms  (le  Monfort  critla  an  io  foc  abando 

btio  Ah  aitnnt  saluinnero  las  lallias  el  brando 
Ma  snbrc  Saiil  Rcnic/.i  a  Juzaigas  on  80 
E  al  pla  Sent  Mslete  l'an  la  rhaplatio 
Li  France»  e  la  gioiza  c  ia  tor  en  Mascaro 
E  el  palaitz  <lf  1  bisbe  an  lor  establÌEo 

5 146  E  li  noslres  coutbato  e  li  foc  el  carbo 
E  fero  lor  ireacadas  per  cada  coviro 
Per  contrastar  la  gnerra. 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  557 

ou  un  armet,  un  pourpoint  ou  un  gonion,  —  hache  émoulue,  fau- 
cille on  javelot, —  arc  de  main,  ou  iu haleté,  ou  bonne  épée  de 
IM  uisoii,  —  coûte! ,  gorgère,  caïuaii,  ou  cotte  de  inuilies.  —  El  àii5  . 
ioiMju  lis  sont  tous  réunis  entre  eux,  pères  et  lils,  —  dames  et 
demoiselles,  à  Teavi  les  uns  des  autres,  —  ils  commencent, 
chacun  devant  sa  maison,  à  élever  des  barrières;  —  les  bancs, 
les  coffres,  les  caves,  les  pieox,  — lestonneanz  roulants,  les  pou- 
tres, les  chevrons — sont  montés  de  t«fit«  aor-dea tables,  et  d'en  &ito 
bas  aux  balcons.  ~  On  &it,  par  toute  ia  ville,  de  tels  apprêts  de 
défense , — que  les  cris  et  le  vacarme  mêlés  au  son  de»  trompettes, 
— font  retentir  et  bruire  les  mes  et  le  ciel. — c  Montfort  I  •  s'écrient 
tout  d'un  coup  les  Bourguignons  et  les  Français.— «Toulouse,  5is& 
«  Beaucaire,  Avignon  !  >  répondentceux  de  la  ville;— et  là  où  ils  se 
rencontrent  (les  uns  les  autres),  de  grand  effort      ils  s*entre> 
frappent  lurieui  et  acharnes  :  —  les  lances  elles  epées,  lui»  piques 
ou  les  tronçons,  —  les  flèches  el  les  pierres,  les  massues  et  les 
tisons  (brûlants), —  les  traits,  les  hallebardes,  les  épées,  les  pen-  àtia 
nons,  —  les  pics ,  les  barres,  les  cailloux,  les  perches  et  les  bri- 
ques —  viennent  là,  de  tant  de  côtés,  de  face  ou  d'alentour,  — 
qu'ils  fracassent  les  heaumes,  les  éeus  et  les  arçons,  —  les  tètes, 
les  cervelles,  les  poitrines  et  les  mentons^  ~  les  bras,  les  jambes,  siss 
les  poings,  les  épaulea;  —  et  la  guwre,  la  mtiée  sont  ai  dures,  (si 
grand)  le  péril,  —  que  ceux  de  la  ville  mènent  battant  le  comte 
Guy  et  ses  hommes.— Quand  il  est  reconnu  qu'U  n*y  a  plus  d'autre 
ressource,— le  comte  de  Montfort  s'écrie  :  •  Que  lè  feu  soit  mis  par- 
•  tout  1 1 — Et  aussitôt  des  torches  et  des  brandons  sont  allumés,  &  ■  ta 
— (le  feu  est  mis)  ft  Saint-Remef  i ,  Joux-Aigues — et  au  plan  Saint- 
Ëstève  :  mais  là  coninience  le  carnage.  —  Les  Français  se  sont 
fortiiîéâ  dans  l'église,  dans  la  tour  Mascaron  et  dans  le  palais 


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558       CROISADE  GOITRE  LES  ALBIGEOIS. 


CLXXIII. 

F«r  eonlnsttr  la  fgaem.  «  p«r  l<nr  enantir 
E  par  ior  dreit  défendre  e  p«r  lor  dettroiir 
6160  Entrel  foc  e  la  flâma  se  vmn  entreferûr 
E  feiro  las  barreiras  ab  trencadas  garnir 

Lus  pessan  de  défendre  ois  autres  descantir 

K  11  autre  van  tost  e  pendre  e  sazir 

Los  l'ranres  calbergoiero  de  primer  al  veoir 

jiâs    Aqueis  a^MO  tenicnsa  e  paor  de  morir 

Ins  en  lostal  dei  comte  de  Cunieuge  bastir 
'  Lm  viB  OD  tal  miBttni  ^le  »n  po^n  vAit 
£1  coma  d«  Hkfontfbrt  cxida  ai  quel  pogon  auiir 
Baro  en  altra  part  les  anem  reaentir 

5i«a  Tôt  dreit  vas  Sent  Eatepha  ails  poiram  daa  tenir 
E  lo  ooma  esperona  ab  lor  per  tal  air 
Ca  lolm  de  Sautas  Garvaa  £uk  la  terra  tremir 
Per  lo  pla  de  la  gleiza  comensan  a  issir 
Mas  anc  nulh  de  la  vila  no  poguon  cosseguir 

ii65  Entrels  auUbercs       plmes  c  las  senhas  brandir 
K  los  corns  c  las  trompas  resoiiar  e  glatir 
i'an  lo  çel  e  la  terra  e  iaire  retendir 
Per  la  dreila  carreira  dreilarnent  ai  venir 
De  la  crotz  Baraubo  ios  van  si  envaxir 

S 170  Quek  fiuts  e  las  barreiras  fan  briiar  e  croiaaîr 
De  ta&tas  paitfc  Iti  vengo  per  lo  chaple  aofiir 
GBvtler  «  borm  e  •tàntttí.  ab  detir 
Qmentrel»  bran  •  laa  «aiMaa  1«  van  ai  adaplir 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  55« 

de  l'évêque;  —  et  les  nôtres  combattent  l'incendie  et  les  charbons  sas 
(brûlants),  —  et  font  de»  tranchées  dans  chaque  quartier  — 
pour  repousser  la  guerre. 

* 

GLXXUL 

Pour  repousser  U  gnvne  et  pour  bur  iíifysoÊ^  pour  main- 
tenir  leur  droit  et  détraifo  lews  (emiemb),  il»  «ombattent  SiSo 
entre  le  feu  et  la  flamme ,  —  et  mimiasent  les  lianicades  de  tran^ 
chèes.  Les  uns  songent  á  se  défendre,  les  autres  k  éteindre 
(le  feu) ,  —  d*autres  iront  assaillir  les  Français  entrés  les  premiers 
(dans  la  ville) —  et  qui  sont  en  grande  crainte  et  grand  péril  de  5i5$ 
monrir;  —  (ils  vont  les  assiéger]  dans  le  palais  du  comte  de 
Coniminges,  —  t  t  dt  toile  sorte  cju  ils  n'en  peuvent  plus  sortir. 

—  Alors  le  comte  de  Montfoit  crie  de  manière  à  être  entendu  : 

—  «  Barons,  allons  les  attaquer  d'un  antre  cdté,  —  tout  droit  á  ìi6o 
«  Saintr-Estève,  voir  si  nous  pourrons  les  forcer.  > —  Là-dessus  le 
comte  et  les  siens  éperonnent  si  fîèrement,—  que  vers  Torme  de 
Saintes-CarvM  ils  font  trembler  la  texre;  —  ils  débouchent  sur 

le  devant  de  réglise, —meîs  ils  n'atteignent  aucun  de  ceux  de  la 
ville.  —  Le  dioc  das  hauberts,  des  heaiimes,  le  frémissement  siss 
des  enseignes,  —  lee  éclats  des  oors  et  deetron^p^s,  *—  font 
retentir  le  ciel,  la  teire  et  Tair.  —  Mats  enseitM qu'ils  arrivent 
droit  par  la  croix  de  Baragnon,  ceux  de  la  ville  les  viennent 
de  telle  manière  assaillir,  — qu'ils  brisent  et  font  craquer  les  5,j„ 
poutres  et  les  [)arrières.  —  De  toutes  paxts  accourent,  ardents 
à  repousser  (Tenneroi),  - —  les  chevaliers,  les  bourgeois  et  les 
servants;  —  ils  vont  l'attaquer  entre  les  épées  et  les  massues;  — 
et  des  deux  côtés  les  combattants  commencent  k  s'entre^pper , 


560        CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS. 

Qtt»  dambas  las  paitidu  se  prando  ú  ferir 

Si75  Daitz  e  lansas  e  flecas  «  cotds  per  sentir 
£  espieut  ab  sagctas  e  &acil  a  brandir 
Aisî  vengo  esemble  eus  no  sab  on  se  vir 
La  donc  pograts  veser  tant  bel  cbaple  bastir 
E  tant  capmal  derompre  c  tant  ausberc  mentir 

SiSo  E  tant  peita  escoichendre  e  tant  cime  fronsir 
E  tant  baro  abatre  e  tant  cava!  mcmr 
K  lo  sanr  ah  cprvpias  por  la  plassa  cspandîr 
Aissis  van  de  la  vila  contra  lor  afortir 
Quel  chaple  e  la  bataiha  lor  an  faita  gequir 

ài«à  Scnhoi  s  (iiiz  lo  coms  de  vertat  vos  pusc  dir 
Ja  per  esta  partida  nols  poircm  dan  tenir 
Ma5  ieu  los  irai  decebre  sim  voliatz  scguir 
E  cil  ponbon  ensemble  eus  no  sen  vole  gandir 
Per  la  porta  Cerdana  cuideron  elbordr  • 

St9«  Mas  aquels  q^e  lai  éran  loá  -van  si  jreènlhir  • 
Que  per  mei  las  carreiras  fHPMido  a.escremir 
Entre  massas  e  peiras  e  espazas  qui  quels  tir 
E  destrals  e  guazarmas  per  lo  chaple  endonir 
Lor  feiro  la  carreira  e  la  plassa  sortir 
Tant  durée  la  bâtait  ut  tro  so  près  a  escursir 
E  lo  coms  sen  repaira  ah  ira  e  ab  cossir 
El  castel  Narbones  on  an  fait  niant  sospir 
El  s  Ikifos  de  la  vila  cui  ac  iaitz  retenir 
Pics  dira  e  de  felnia  los  anec  enquérir 

94  Qo  Baro  so  ditz  lo  coms  gcs  non  podetz  fugir 
E  per  la  mort  aairtisma  cui  D^is  venc  aramir 
Nulhs  «vers  quel  mon  sia  nous  poira  pro  tenir 
Quieu  nous  fassal  captoldre  e  del  castel  %alhir 
Pero  ilb  cent  lauiiro  jurar  e  esfelnir 

Si«s  Non  i  a  L  no  tremble  per  paor  de  morir 
Mas  leveaqnes  coaaiia  e  i  met  tôt  son  albir 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  561 
à  8*eiivoycr  traits,  flèches,  lances  etcoutels,  —  4  brandir  S176 
épieux,  dards  et  fauciUes.  —  Us  s'entrcjoignent  de  si  près,  que 
nul  ne  peut  se  retourner.  C'est  là  ^e  vous  aurîe<  pu  voir  une 
belle  mêlée!  —  rompre  les  camaik,  briser  les  hauberts,  —  bos-  siSe 
scier  les  heaumes,  fendre  les  poitrines,  — abattre  les  hommes, 
tuer  les  chevaux,  —  et  le  sang  s'épandrc  sur  la  place,  enlremêlé 
de  cprvt'lles.  —  Mais  ceux  de  la  ville  reçoivent  si  bravement  (les 
Français),  — qu'ils  leur  font  abandonner  le  carnage  et  la  bataille. 
—  «  Seigneurs,  dit  le  comte  de  Montfort,  je  puis  vous  dire  en  toute  5i85 

•  vérité — qae  nous  ne  forcerons  pas  cesgens-là  de  ce  côté.-— Mais 

•  si  vous  voulez  me  suivre ,  je  les  aurai  (d'un  autre).  ■ — Us  piquent 
alors  (de  l'éperon)  tous  à  la  fois  ;  pas  un  ne  reste  en  arrière.  —  Ils 
crurent  forcer  la  porte  Sardane  ;  —  mais  ceux      la  gardent  les  S190 
reçoivent  de  (rade)  façon     ils  les  assaillent  au  milieu  des  rues; 
—et  à  coups  de  masse ,  d*épée  et  de  pierres,  n'importe  qui  frappe 

ou  tire ,  —  à  coups  de  hache  et  de  hallebarde  pour  doubler  le 
carnage,  —  ils  leur  font  vider  la  place  et  la  rue.  —~  La  bataille  SifS 
dtire  jusqu'à  ce  qu'il  commence  à  iairQ  noir. — Le  comte  alors  se 
retire  avec  tristesse  et  souci  —  au  château  Naibonnais,  où  (déjà) 
ont  poussé  maints  soupirs  —  les  barons  de  la  ville  qu'il  avait^ 
lait  arrêter.  —  Wein  de  rage  et  de  cruauté,  le  (comte)  va  leur 
parler.  —  «  Barons,  tlit-ii ,  vous  ne  pouvez  ccliajjper;  —  i-t  j)ai  la  5joo 

•  très-sainte  mort  que  Dieu  vint  subir  (sur  terre),  —  il  n'v  a  point 

•  au  monflp  de  rirhessrs  qui  puissent  enq)èc  }ier  —  qiir  [c  ne  vous 

•  fasse  lran(  lier  la  tt'te  ,  cl  ne  la  fasse  jeter  du  eiiateaii,  »  —  • 
Quand  ils  l'entendent  ainsi  jurer  et  s'emporter,  —  il  ny  en  a  5*05 

pas  tu  qui  ne  tremble  de  mourir.-.—  Cependant  l'évéque  réfléchit 
et  met  tonte  sa  pensée  —  (i  découvrir)  coromentil  pourra  fiiire 
changer  la  ville  et  les  habitants.  —  11  leur  envoie  toute  la  nuit 
1.  A6 


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562  CnOISADE  CONTRE:  LES  ALBIGEOIS. 

Coni  ol  puesca  ia  vila  oAs  baros  covertir 
La  noit  le  los  niesatges  e  anar  e  venir 
Per  ninnstrar  e  relraire  e  (Vùm  i  snnmnir 
âtio  Lo  son  e  la  semblansa  don  cuidero  guérir 
Aisi  que  sa  doctriua  lor  a  faita  obcïir 
E  al  inati  a  laiba  caut  pros  a  Icsclarzir 
Lai  fors  a  Vilanova  los  an  mandatz  venir 
Fk  a  ialbor  del  dia.  ' 

CLXXIV. 

s>i5     Ph  a  Ialbor  del  dia  cant  paiec  la  clartau 
Lai  de  dins  la  maiio  comind  nac  assau 
Dels  milhors  de  la  vila  deb  ries  e  delà  ondraU 
Gavaier  e  boraes  e  la  cominaltatz 
E  cant  foro  ensemble  e  lo  crits  fo  baîsaati 

itto  Labas  de  S.  Cemi  ab  primer  razonatz 

El  prior  n]  prebosdes  que  ii  cstct  de  bli 
E  maestrc  Robertz  i.  legista  senatz 
Senhors  bars  ditz  labas  Dcus  vera  trcnitaU 
E  la  verges  Maria  de  Ja  quai  el  fo  natz 

S*j5  e  mo  senher  lavesqucs  nos  a  sai  en>'ialz 
#  Que  es  trisl  e  maritz  c  dolens  e  irati 

Car  lafars  de  ia  vda  es  ppritx  e  torbatz 
E  mas  que  danibas  partz  es  lo  glazi  teuipraU 
Saut  Esperil  i  vcnga  ab  la  sua  clartatz 

si3o  Quentre  vos  e  lo  comte  meta  bo  cor  e  patx 
Que  ja  degus  no  aia  falbits  ni  enganati 
E  ai  vos  o  voleta  nius  a^da  mus  plaU 
Lo  vostre  acordamens  es  empres  e  paflaU 
Car  mo  senher  lavesques  vos  a  tant  rasonals 

Mi  Que  vencot  an  lo  comte  en^l  e  earitatx 

Tant  vos  défend  lavesques  que  k»  ooms  nés  iiats 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  365 

message  sur  message ,  —  pour  l^nr  dire ,  pour  leur  démontrer, 
pour  leur  répéter  —  les  sentiments  et  les  raisons  par  lesfjucls  il  ^»»» 
peut  leur  pcrsna(îcr  qu'ils  se  sauveront:  —  il  les  amène  de  la 
sorte  à  sa  pensée .  —  et  le  mutin ,  vers  i  aube .  lors(^u'il  commence 
à  faire  clair,  —  il  les  appela  hors  de  la  ville,  à  Villeneuve,  — 
au  poindre  du  jour. 

CLXXIV. 

Au  poindre  du  jour,  lorsque  la  clarté  reparut,  —  là-bas,  dans 
le  palais  communal,  il  vint  im  grand  nombre  —  des  meilleurs, 
des  pfaw  puissants  et  des  plus  honorés  de  la  ville,  —  chevaliers, 
boui^ois  et  de  Ja  communauté.  Quand  ils  sont  réunis  et 
<{tte  Ton  a  frit  silence,--»  l'abbé  de  Soinv^min  leur  parle  le  s»» 
premier,  —  entre  le  prieur,  le  prévôt  et  maitre-Robert,  un  sa- 
vant légii^te ,  qui  sont  assis  i  cAté  de  lui:  —  «Seigneurs  barons, 
dit  l'ahbé,  Dieu,  vraie  trinitc,  — la  Vierge  Marie  dont  il  naquit, 
«  —  »  1  iiiou  seigneur  l'évêquc,  nous  ont  ici  envoyés. —  ■  l-'évéquc)  ^^'i 
'  est  triste  et  marri ,  il  est  doleiil  et  <  lia>^rin  —  devoir  la  ville  i;n 
«  un  état  de  trouble  et  de  péril  (si  grand  i.  —  Le  glaive  étant  tiré 
«  des  deux  côtes,  — il  faut  que  le  Saint-Esprit  vienne  par  sa  lu- 

•  mière ,  —  remettre  la  paix  et  l'amour  entre  le  comte  et  vous ,  —  ôi  j(o 
«  afin  que  personne  n*erre  ni  ne  soit  trompé.  —  Si  donc  vous  le 

t  voulez ,  si  c'est  chose  cpii  vous  agrée  et  vous  plaise,  —  il  sera  parlé 

*  et  traité  de  votre  accord. —Mon  sngneur  Févèque  qui  déjà  vous 

«  a  si  bien  raisonnés,^(a  auasiraisonné  le  comte),  et.  moitié  son  Ss3S 
■  œuvre,  moitié  charité  »  le  comte  est  apaisé;  -^l'évéque  vous  a 
«  si  bien  défendus  que  Hoatibrt  en  est  chagrin.     Voici  cepen- 

•  é6. 


364         CROISADE  CONTHK  LES  ALBIGEOIS. 

Fntrcl  coms  e  lavesque  son  dailant  acordaU 
Que  lavcsques  vos  manda  quen  sa  merceus  metatz 
El  mrteis  vos  ilansa  Deu  e  sa  dignîtatz 
5i,io   Klas  do  lApostoli  o  de  toU  los  letralz 
Que  ja  cors  ni  aver  ni  terra  no  perdaU 
Ni  baissamenl  de  vila  ni  autras  eretata 
E  SI  vos  cnt  al  comte  araii»  humiliati 
Doblamoit  nw  compfida  U  vostn  amon  el  |;nts 
Siis  E  si  68  n^us  hom»  ni  estrans  ni  privati 
Que  de  sa  aenhoria  nos  tenga  per  pagata 
Anar  sen  pot  delhivres  ab  adreita  comiats 
Que  pela  aeua  ni  pel  comte  non  er  fvea  ni  foisata 
E  li  baro  respondo  nabaa  senher  siua  plats 
StSo  Trop  nos  Ìài  gran  paor  la  vostra  liallatz 
Vos  el  coms  e  lavesques  nos  avets  castiata 
Car  en  mantas  msneiras  nos  aveta  esaiats 
Que  anc  re  nous  tenguctz  que  mandat  nos  aiata 
E  lo  ooms  es  tant  mais  c  tant  outrai  ujatz 
5»55  Que  ja  re  nons  tindria  cant  nos  aguctz  ol  lalz 
Senhor  bars  ditz  labas  aquost  mot  entendatz 
Pos  que  la  santa  glieiza  vos  aia  aseguratz 
No  es  lo  coms  tan  nescis  ni  tan  outracujatx 
Que  nidha  re  vos  fessa  de  (jucl  sia  encolpatz 
•  biúc  E  si  re  vos  fazia  que  fos  tortz  ni  pctatz 
La  glieiza  cridaiia  en  aisi  per  totz  latz 
Que  Roma  iauciiia  e  la  crestiandats 
E  no  aiata  tianeiua  àe  re  quaia  fassato 
E  ab  lo  mel  e  ab  la  cera  nirets  ail  con»  ondiats 
5*«s  Dits  maestre  Robert  senhors  mi  escoutats 

Jes  lo  coms  de  Montfoit  nous  recep  pw  dampnats 
Ni  vol  ^e  vosties  corses  ni  la  vik  perdais 
Mas  cant  tu  soiamens  que  es  ries  e  preaau 
Que  sobre  tots  los  autres  es  ab  lui  encolpata 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  565 
t  dant  ce  qui  «  été  entre  Vnn  et  Tautre  convenu  :  — Uévôque  de- 
«  mande  que  vous  vous  mcitu  /  a  sa  iiierà,  —  et  vous  garantit  par 
«  Dieu,  pr  sa  dignité  (d  t  véque),  —  par  celle  du  Pape  et  de  tous  les  i"4» 

•  clercs,  —  que  vous  n'y  perdrez, ni  corps,  ni  bien,  ni  trrrr,  — 

•  ni  droits,  ni  autres prívilc^maDÌcipaux  iiéréditaires  ;  —  et  que 
«  n  vousvoussoumeltesinaiiitenaiitftu  comte, —doublés  en  aèrent 

«  pour  voiis  iOB  amour  et  aon  ^  ;  —  et  s'il  y  a  quelque  homme  &>4S 

•  étranger  ou  du  paya — qui  ne  aoitpaa  aatiafatt  de  aa  aeig|neurie, 

•  — ilpeut  a*en  dler  librement  et  prenant  congéà  son  aise  ,-~et 
«  sans  être  arrêté  ni  empêché  parle  comte.  >  —  «  Seigneur  abbé, 

•  lui  répondent  lesbarcms,  permetteanious  de  vous  le  dire,  — 

•  votre  loyauté  nous  est  un  peu  su^iecte. — Uévéque ,  le  comte  et 

•  vous,  nous  avcB  châtiés— et  de  diverses  façons  éprouvés,  —  sans 
"jamais  neu  lairc  de  ce  qui  nous  avait  été  promis;  —  et  le  comte 

•  est  si  méchant  et  tellemeïit  outrecuidé,— <jue,  nous  ayant  dans  ses  àiàS 
«  filets,  il  ne  nous  tiendrait  aucune  parole.  »  —  «  Seigneurs  barons, 

«  encore  un  mot,  dit  l'abbé. — Une  fois  que  l'église  vous  aurait  donné 

■  des  sûretés,  — le  comte  n^est  ni  si  insensé,  ni  tellement  outrc- 

•  cnidé,  — qu'il  puisse  faire  contre  VOUS  rien  dont  il  serait  blâmé  ; 

•  —  et  s'il  vous  faisait  le  moindre  tort  ou  dommage , — l'église  de 

■  toutes parta  pousserait  de  tels  cris  (contrejui),  —que  Rome  etla 

•  chrétienté  rextomineraient.  —  ITayes  aucune  déflance  de  rien 

•  que  vousayei  à  fiiire  à  présent.— Tout  sera  pour  vous,  cire  et  miel, 

«  si  vous  honorez  le  comte.  «— «  Seigneurs,  écoutes-moi,  dit  mahre  ^*^^ 

■  Robert.— Le  comte  de  Montfort  ne  vous  tient  point  pour  condam* 

•  nés;  —  il  ne  veut  point  que  vous  perdiez  la  ville  ni  vos  pcrisounes; 

•  —  il  en  veut  seulemeut  u  toi  (don  Ainienc,  à  toi),  bonorable  et 

•  ricbe,  —  qui  as  ele  plus  que  tous  les  autres  inculpé  auprès  de 

•  lui.  •  —  •  Seigneurs,  dit  don  Aimeric,  c'est  moi  qui  suis  ici  le  &>7o 


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566        CROISADE  CONTBB  LES  ALBIGEOIS. 

9170  Senhors  dita  nAimirics  icu  soi  lo  In('Ila^sílLz 
Mais  volh  ir  que  remandrt;  tì  soi  uapaielhatx 
AIj  (loi  mclt.  de  ia  vila  e  dek  eœparcDtaU 
Nos  ircm  scnher  naLas  si  vos  autrens  ^idaU 
Ditz  maestare  Robert  nAîmiric  no  fiwvU 

517$  £  êiit  li  a  laurelha  fareU  í  que  membrata 
Car  entre  vos  el  comte  non  er  bona  amîstatx 
Aisi  foi  prlamens  empres  e  «atieiatz 
E  après  sen  anero  dreitament  e  viata 
Tôt  di«it  a  Vilaiiova  ob  ùA  oosselh  tnats 

Sis»  Maa  tab  i  anet  aousi  qne  ner  eocadenats 
Si  Dieus  no^or  ajuda. 

CLXXV. 

Si  Dieus  no  lor  ajuda  e  dcl  lot  nols  aocor 
El  son  vcngiit  al  brcs  e  al  loc  pcrdedor 
Car  lo  conis  c  lavesques  an  cossclh  ceiador 

&t8S  E  que  pi  ctz  c  paratges  i  perdra  sa  valor 

E  cant  lo  jorn  sesclaira  e  prcn  la  resplandor 
Sen  es  icliitz  lave^ucii  foras  al  parlador 
Cavalier  e  horzcs  e  li  baro  auïor 
I  veugou  de  la  vda  e  \an  al  mirador 

à» 90  E  lavcsque  e  lahas  ei  prebost  cl  prior 
E  maestro  Roberls  etteron  dman  lor 
E  iavesques  oomensa  sa  nao  ab  doasor 
En  sospiran  sennona  ab  semblansa  de  plor 
^Senbors  so  ditx  lavesques  ben  ai  al  cor  dolor 

S19S  Car  eu  vei  entre  vos  ni  trebalb  ni  ardor 
E  ieu  prec  Jesbu  Grist  e  de  bon  cor  laior 
Quen  giet  la  mala  saba  e  la  mala  bumor 
£  queus  do  bon  coratge  eus  tome  a  color 
Qnentre  vos  el  ccnnle  aia  bona  amor 


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CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  367 

nu'iiacé; — j'aime  mieux  aller  que  rester,  et  me  voici  prèl.  — 
»  Avec  quelques-uns  des  plus  disiingues  tle  la  ville  et  de  (  mes  )  pa- 

•  renUt — j'irai  (devant  ie  comte),  seigneur  abbé,  si  vous  nous  y 
«  conduisez.  «  —  «  Ne  faites  pas  cela,  don  Aiineric,  répond  maître 

•  Robert.  ■ — Puis  lui  parlant  dans  Voreille  ;  •  Conduisez-vous  pru' 
■  demment,  lui  dit-il;  — car  bonne  «mîtié  ne  r^e  pas  entre  le 
€  comte  et  vous.  «—Ainsi  jutoctroyA  et  oonvenule  paiieoient;  — 
apès  quoi  ceux  de  Toulouse  s*on  vont  vile  et  droit ,  «^^tont  droit 

k  ViUenettve,  où  était  assigné  le  rendes^ous.— Mais  tel  y  va  libre  &i8o 
qui  8*y  trouvera  dans  les  chaînes ,  —  n  IXeu  ne  leur  est  en  aide. 

GLXXV. 

Si  Oieu  ne  leur  crt  en  aide  et  ne  les  assiste  efficacement, 
— >  ils  sont  venus  en  naufrage,  en  lieu  de  perdition  ;  ^  car  ie 
comte  et  Févéque  sont  d  intelligence  en  secret,  —  pour  détruire  5i85 
là  noblesse  et  valeur.— Lors  donc  que  le  jour  s'éclaircK  et  re- 
prend de  la  splendeur,  —  l'évèque  s'est  rendu  hors  de  k  ville, 
au  Ueu  du  parlement; — les  chevaliers,  les  bourgeois  et  léa 
hommes  les  plus  éminents — y  viennent  de  la  ville»  et  se 
rendént  à  la  gnunde  tour  : —  là  révèque,  Tabbé,  le  f^évôt,  le  ^n» 
prieur  ~  et  maître  Robert  se  trouvèrent  devant  eux,  —et 
révèque  commence  à  discourir  avec  douceur.  ^  Il  parle  en  sou- 
pirant, avec  semblant  de  pleurs  :  — «  Seigneurs,  dit-il ,  j'ai  grande 
«  peine  au  cœur — de  voir  entre  vous  des  haines  et  des  troubles.  f>»95 
" — J'adore  do  bon  cœur  Jésus-Cluist,  et  je  le  prie  —  de  dis- 
«  siper  cette  pernicieuse  sève  et  méchante  humeur,  — d'adoucir 
«vos  cœurs,  de  vous  remettre  an  prospérité,  —  et  de  rétablir 
«  bonne  amitié  entre  le  oonte  et  vens.  — <>  Et  puisque  Dieu  m'a  s3oo 


r 

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5«8        CROISADE  CONTRE  L£S  ALBIGEOIS. 

Mm»  E  car  Dieu  ma  el^^it  maeatre  e  -doctor 
Que  a  las  auas  ovelbas  ma  éantA  per  pMior 
Selas  me  volon  creire  que  no  foiau  alhpr 

Defenrlrai  las  al  1nl>  r  al  mal  raubador 
E  pois  £arei  las  paiclier  erbas  ab  hon».  Olor 

sSoS  E  conquetiran  Dieu  e  la  gloria  maior 
Que  si  unan  perdia  ni  la  gitava  por 
Cant  ieu  redes  \o  compte  al  sant  comandador 
Denan  lui  non  auria  tant  bo  razonador 
Que  no  lam  fcs  sercar  e  no  sabria  or 

53io  E  ccl  que  brandis  lalbn;  nin  fai  perdre  la  flor 
,la  lan  no-ciilhira  Îruit  (\r  lioiui  sabor 
a  (ionc  sieu  vos  perdia  uiu.i  gilava  en  errer 
Perdrial  fruit  ci  albie  e  la  digna  labor 
Ë  Jesbu  Crist  tindriam  per  fais  galiador 

5>i5  Tota  la  cam  el  sanc  la  forsa  e  k  vigor 
Voldria  que  manjesso  bestias  9  voltor 
Que  vos  de  re  ao  fossata  fonat  ni  pecador 
£  qnieu  vos  pogues  mètre  en  la  gran  resplandor 
On  estan  li  apostol  e  li  sant  oonfesior 

s3m  e  si  voleta  recd>re  esperit  e  Ingor 

MoBstrar  vos  ei  la  na  on  anets  al  santor 
Prec  vos  quem  dets  podo*  em  fassats  esta  honor 
Quentre  vos  e  lo  comte  meta  pats  e  amor 
Ses  aver  e  ses  terra  e  ses  cor  perdedor 

ssts  Meteus  en  son  poder  e  ses  tota  paor 

E  queoft  am  eus  perdo  el  tengat  per  senhor 
Si  negu  ni  avta  ab  cor  cambiador 
Quel  ni  sa  senlioria  H  fes  niilha  paor 
Senes  tota  paor  se  puesca  ir  alhor 

biio  Ez  cil  respondcro  senlier  per  bnna  amor 
Car  vos  avem  per  paire  e  per  govcmador 
Trazem  vos  per  guirent  e  per  coselbador 


CROISADE  CONTRE  LES  ALBIGEOIS.  569 
< èln  maître  «t  docteur,  —  puisqu'il  ma  donné  pour  ptsteur  à 
«  set  brebis,  —  pourvu  qu'elles  veuillent  seulement  me  croire  et 
«  ne  point  me  fuir» — je  les  défendrai  du  loup  et  de  tout  mé^ 
«chant  ravisseur, ~ et  leur  ferai  paître  des  herbes  de  bonne 
«  (kleur  ; —je  leur  fisrai  conquérir  Dieu  et  la  ^oire  suprême.  — >  s3o5 
«  Si  j  en  perdais  ou  en  rejetais  une  seule*  —  quand  je  rendrai 
«  mon  compte  au  saint  maître,  —  je  ne  pounais  faii  donner  si 
«bonne  raison —qui  me  dispensât  d'dler  la  chercher,  et  je  ne 

•  saurais  où.  —  Celui  qui  secoue  l'arbre  et  en  fait  tomber  la  5Jio 

•  fleur, — n'y  recueillera  point  de  fruit  de  bonne  saveur; — et 
«pour  moi,  vous  perdre  ou  vous  jeter  en  erreur,  —  ce  serait 
"  perdre  le  fruit,  l'arbre  et  le  bon  travail. — Nous  t!endriûll^ 

•  alors  Jésus-Christ  pour  faux  et  trompeur. — J'aimerais  mieux  Wi5 
«que  les  bétes  et  les  vautours  mangeassent  toute  chair  (hu- 

•  maine),  l'épuisassent  de  sang  et  de  vie,  — que  de  vous  voir  en 
«  rien  contraints  ou  £autils.^Puis8é-je  vous  mettre  dans  k  grande 

•  Sfdendeur  —  où  sont  les  apôtres  et  les  saints  confesseurs  I — Je  S3» 

•  vous  montrerai  la  voie  pour  y  arriver, — si  vous  voulei  recevoir 

•  l'eqirit  et  k  lumière.  —  Je  vous  prie  donc  ^e  mlionoror  du 
«  pouvoir— -de  rétaUir  famour  et  k  paix  entre  le  comte  et  vous , 

•  —(de  manière  que),  sans  perdre  ni  mvoir,  ni  terres,  mpenonnes, 

« — vous  vous  metties  sans  aucune  frayeur  en  son  pouvoir:  &si$ 
«  —  lui,  vous  pardonnant  et  vous  aimant;  vous,  le  tenant  pour 

•  seigneur.  —  Si  uéanrnoiiis  il  se  trouvait  quelqu'un  de  cœur 

•  changeant — à  qui  le  comte  et  sa  seigneurie  fissent  ombrage, 

,  —  il  pourra  sans  crainte  se  retirer  autre  part.  »  —  «iSeiguem,  'jHo 
«  lui  répondirent-ils  tous,  de  bonne  amour,  —  et  parce  que  nous 

•  vous  tenons  pour  père  et  pour  {gouverneur,  —  nous  vous  pre- 

•  nons  pour  conseiller  et  pour  garant;  — et  au  nom  dullé- 

«.  é7 


570        CROISADE  CONTRE  LES  AL^IG^OIS. 

Pregam  vos  per  dreitura  e  par  lo  Redemptor 
Sios  donate  bon  cosselb  o  fariam  folor 

psas  Baros  so  dits  livesques  Dieu  voa  tiac  ad  auctor 
E  la  verges  Maria  el  cor  sent  Salvador 
E  trastotas  mas  ordes  el  abat  el