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Full text of "Bulletin de la Société d'archéologie, sciences, lettres et arts du département de Seine-et-Marne"

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BULLETIN 


DE    I.A 


SOCIÉTÉ  D'ARCHÉOLOGIE 

SCIENCES.  LETTRES  ET  ftRTS 
DU    DÉPARTEMENT    DE    SEINE-ET-MARNE. 


A  Meaux,  chez  IjE  BliOlVDEIi,  libraire  de  la  Société. 


A  Melun,  chez  M""=  V^  THUVIEN,  libraire. 

A  GouLOMMiERS,  chcz  BRODARD,  libraire. 

A  Fontainebleau,  chez  LACODRE,  libraire. 

A  Provins,  chez  LE  HÉRICHÉ,  imprimeur-libraire. 


BULLETIN 


DE    LA 


^  j^ 


SOCIETE  D'ARCHEOLOGIE 


SCIENCES,  LETTRES  ET  ARTS 


DU  DÉPARTEMENT  DE  SEINE-ET-MARNE 


Fondée  à  MELUN,  le  16  mai  1864 


PREMIERE    AMIVEE 


MEAUX 


TYPOGRAPHIE    DE   J.    CARRO 

IMPKIMEVK     DV     BIJLI.f:Ti:«     DE     L.%     SOCIKTK 


1865 


TH£GETr,'CE.VTER 
UeRARY 


SOCIÉTÉ  D^ARCHÉOLOGIE 

SCIENCES,   LETTRES  ET  ARTS 

DU    DÉPARTEMENT    DE   SEINE-ET-MARNE 


«  In  antiquis  est  Sapientia.  » 
(Job,  XII,  12). 

La  Comité  central,  en  publiant  le  premier  fascicule 
des  travaux  de  la  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres 
et  Arts  du  département  de  Seine-et-Marne,  croit  devoir 
au  public  quelques  mots  d'explications  préliminaires. 

Depuis  longtemps  plusieurs  personnes  avaient  exprimé 
le  regret  qu'il  n'y  eût  dans  le  département  aucune  asso- 
ciation spécialement  livrée  à  l'élude  des  sciences  histo- 
riques, et  manifesté  le  désir  de  voir  s'y  former  une 
institution  de  ce  genre  ;  mais  tous  les  projets  étaient 
restés  sans  exécution. 

Le  28  février  1864,  l'Eclaireur,  journal  de  Coulom- 
miers,  proposa  publiquement  la  création  d'une  Société 
savante.  Cet  appel  trouva  de  l'écho  dans  toute  la  presse 
départementale,  et  peu  de  temps  après,  le  Journal  de 
Seine-el-Marne,  de  Meaux,  invita  les  partisans  de  cette 
création  à  se  réunir  à  rHôlcl-de-Ville  de  Melun,  le  iO 
mai  1864,  jour  solennel  du  concours  des  Orphéons. 


Douze  personnes,  appartenant  aux  cinq  arrondisse- 
ments, se  trouvèrent  au  rendez-vous,  et  la  Société  fut 
fondée.  On  décida  que  la  nouvelle  association  prendrait  le 
titre  de  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts,  et 
que  son  but  serait  a  de  réunir  en  un  faisceau  commun  les 
>  hommes  d'étude,  de  les  exciter  à  des  travaux  scientifi- 
»  ques  et  littéraires,  d'encourager  et  de  féconder  leurs  ef- 
»  forts,  de  coordonner  les  idées  et  les  opinions  indivi- 
»  duelles  dans  un  fructueux  ensemble.  » 

On  nomma  un  bureau  provisoire,  ainsi  que  des  commis- 
saires chargés  de  prendre  les  premières  mesures  d'orga- 
nisation, de  recueillir  des  adhésions,  et  de  préparer  les 
statuts. 

La  Société  naissante  fut  accueillie  avec  une  vive  sympa- 
thie, et  les  hommes  les  plus  considérables  dans  les  sciences 
et  dans  les  fonctions  publiques  s'inscrivirent  avec  empres- 
sement au  nombre  de  ses  membres. 

Le  17  juillet  suivant,  les  membres  adhérents,  déjà  en 
grand  nombre,  ayant  été  convoqués  à  Melun  en  assemblée 
générale,  discutèrent  et  adoptèrent  les  statuts,  qui  bientôt 
après  reçurent  l'approbation  de  M.  le  Préfet  du  départe- 
m(;nt. 

On  procéda  ensuite  à  l'élection  du  Bureau  et,  le  25  oc- 
tobre, la  Société  tint  sa  séance  d'inauguration;  elle  comp- 
tait alors  263  membres. 

La  Comité  central  regarde  comme  un  devoir  de  témoi- 
gner sa  reconnaissance  à  M.  le  Préfet  de  Seine-et-Marne, 
pour  le  bienveillant  appui  dont  il  a  entouré  la  Société, 
et  aux  Autorités  municipales  des  chefs-lieux  d'arrondis- 
sements, pour  le  concours  qu'elles  lui  ont  si  obligeamment 
prèle. 


PROCÈS-VERBAUX  DE  LA  SOCIÉTÉ. 


SÉANCE   PRÉPARATOIRE   DU    16   MAI   1864. 


L'an  1864,  le  lundi  16  mai,  une  heure  de  relevée  ; 

Par  suite  de  l'appel  publié  dans  les  journaux  de  Seine-et- 
Marne,  les  personnes  ci-après  nommées  se  sont  réunies  dans  une 
des  salles  de  l'Hôtel-de-Ville  de  Melun,  dans  l'intention  d'organi- 
ser une  Société,  ou  Association  scientifique,  savoir  : 

MM.   Bourges,  imprimeur  à  Fontainebleau  ; 

Cauthion,  avoué,  adjoint  au  maire,  à  Fontainebleau  ; 
Chennevière,  bibliothécaire  de  la  ville  de  Fontainebleau  ; 
Courtois,  adjoint  au  maire  de  la  ville  de  Melun  ; 
David  (Jules);  homme  de  lettres,  à  Fontainebleau  ; 
Dauvergne   (Anatole),  peintre  d'histoire,  correspondant 

des  comités  historiques,  à  Coulommiers  ; 
Fréteau  de  Pény  (Héracle),  maire  de  la  commune  de 

Vaux-le-Pénil  ; 
Grésy  (Eugène),  membre  de  la  Société  des  Antiquaires  de 

France,  à  Paris,  et  à  Melun  ; 
Leroy  (Gabriel),  archiviste  de  la  ville  de  Melun  ; 
Lhuillier  (Théophile),  secrétaire  du  conseil  de  préfecture 

de  Seine-et-Marne,  à  Melun  ; 
Le  comte  Ad.  de  Pontécoulant,   membre  de  la  Société 

d'Agriculture  de  Meaux,  à  Paris. 
Thibault,  propriétaire  à  Fontainebleau. 

M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant,  doyen  d'âge,  prend  place 
au  fauteuil  de  la  Présidence. 

M.  Leroy,  le  plus  jeune  des  assistants,  est  désigné  pour  rem- 
plir les  fonctions  de  secrétaire. 

«M.  de  Pontécoulant,  annonce  que  M.  Carro,  bibliothécaire  de 
la  ville  de  Meaux,  se  trouve,  par  suite  d'un  mal  subit,  dans  l'im- 
possibilité d'assisLerà  la  séance;  il  exprime  la  pensée  que  M.  Carro 
doit  être  considéré  comme  présent.  Messieurs,  ajoute-t-il,  je  vous 
demande  pardon,  de  profiter  du  bénéfice  de  mon  âge  pour  m'as- 


seoir  à  cette  place.  Si  elle  avait  exig(5  du  savoir  et  du  talent,  je 
me  serais  récusé  ;  mais,  comme  vous  ne  demandez  sans  doute  à 
votre  Président  provisoire  que  du  bon  vouloir  et  de  l'activité,  afin 
de  parvenir  à  une  prompte  organisation.  Je  crois  pouvoir  vous 
assurer  que  vous  serez  satisfaits  ;  je  déclare  donc  la  séance  ou- 
verte. » 

Le  Président  expose  que  le  motif  de  la  réunion  est  la  fonda- 
tion dans  le  département  de  Seine-et-Marne,  d'une  Société  sa- 
vante, —  historique  et  archéologique.  —  «  Féconder  les  efforts 
des  travailleurs  au  moyen  de  la  publicité;  éclaircir,  par  l'examen 
fit  la  discussion,  des  questions  obscures;  coordonner  des  idées, 
des  opinions  diverses,  pour  les  résumer  dans  une  utile  synthèse  ; 
accueillir  des  publications  intéressantes,  et  concourir  à  la  conser- 
vation des  monuments  historiques,  en  signalant  leur  valeur,  tels 
devraient  être,  dit  M.  le  Président,  les  occupations  et  le  but  de 
la  Société.  » 

M.  Jules  DAvm,  insiste  sur  la  nécessité  d'établir  dans  Seine-et- 
Marne  une  Société,  qui  réunirait  les  personnes  vouées  à  l'étude 
des  sciences  et  des  lettres.  Il  s'efforce  de  démontrer  les  avantages 
de  ce  contact  des  intelligences. 

Après  une  discussion  engagée  entre  plusieurs  assistants,  la 
question  de  la  fondation  de  la  Société  e::>t  mise  aux  voix  et  admise 
à  l'unanimité.  Il  est  décidé,  sur  l'avis  émis  par  M.  Fréteau  de 
Pény,  qu'elle  aura  pour  titre  principal  :  SOCIÉTÉ  D'ARCHÉO- 
LOGIE   DE    SEINE-ET-MARNE,    et,    comme    sous-titre  : 

SCIENCES,    LETTRES   ET    ARTS. 

La  réunion  admet  également  le  principe  que  la  Société  aura  son 
siège  àMelun,  et  qu'elle  se  divisera  en  sections  d'arrondissements. 

La  cotisation  annuelle  est  fixée  à  la  somme  de  douze  Irancs, 
payable  d'avance,  et  le  droit  de  diplôme,  à  six  l'rancs.  Les 
membres  fondateurs  seront  exempts  de  ce  droit. 

M.  David  annonce  qu'il  est  chargé  de  présenter  pour  l'arron- 
dissement de  Fontainebleau,  qu'il  habite,  l'adhésion  h  la  Société 
de  : 

MM.  Ghampollion-Figeac,  bibliothécaire  du  château  de  Fontai- 
nebleau ; 

EicunoFF,  correspondant  de  l'Institut,  demeurant  à  Fontai- 
nebleau ; 

Huguenet,  bibliothécaire-adjoint,  ù  Fontainebleau; 

Matignon,  propriétaire,  l'i  Fontainebleau. 


M.  le  comte  Ad.  de  Pontégoulant  fait  la  même  communication 
pour  les  personnes  ci-après  nommées  ; 

Mgr    Allou,  évêque  de  Meaux  ; 

MM.  De  Golombel,  secrétaire-adjoint  de  la  Société  d'agriculture 
de  l'arrondissement  de  Meaux; 

l'abbé  Denis,  chanoine  de   la  cathédrale,   membre  de  la 
Société  d'agriculture  de  l'arrondissement  de  Meaux  ; 

DucROCQ,  trésorier  de  la  Société  d'agriculture  de  l'arron- 
dissement de  Meaux  ; 

Le  Roy  fils,  docteur  en  médecine,  membre  de  la  Société 
d'agriculture  de  l'arrondissement  de  Meaux  ; 

Lespermont,  ingénieur  civil,  directeur  de  l'usine  Chollet; 

Le  BlondEl,  libraire  à  Meaux; 

De  Ginoux,  conservateur  des  hypothèques,  président  de  la 
Société  orphéonique  de  Meaux; 

ToRCHET,  inspecteur  des  Orphéons  de  Seine-et-Marne  ; 

Teyssier  DES  Farges,  propriétaire,  au  château  de  Beaulieu, 
maire  de  Pecy  ; 

Burin,  instituteur  h  Saint-Just  ; 

Lefebvre,  propriétaire  à  Meaux. 

M.  Dauvergne  fait  une  semblable  communication  h  l'égard  de  : 

MM.  De  Resbecq,   attaché  au  Ministère  de  l'Instruction  pu- 
blique ; 
Félix  BouRQUELOT  (de  Provins),  professeur  à  l'P^cole  des 

Chartes  ; 
Emile  BouRQUELOT,   adjoint  au  maire,  bibliothécaire  de 
la  ville  de  Provins; 

Enfin,  MM.  Courtois,  Grésy,  Leroy  et  Lhuillier  ont  fait  de 
pareilles  communications  pour  : 

MM.   Camille  Bernardin  (de  Brie)  ; 

l'abbé  Dégoût,  aumônier  de  l'hospice  de  Mclun  ; 
Delaforge,  curé  de  Perthes  ; 

Eymard,   chef  de  division  à  la  Préfecture  de  Seine-et- 
Marne  ; 
Lajoye  (Félix),  propriétaire  à  Saveteux  ; 
Lemaire,  archiviste  de  la  Préfecture  ; 
Michelin  (Henri),  imprimeur  à  Melun. 


—  6  — 

La  réunion  forme  un  Bureau  provisoire,  ainsi  composé  : 

Président,  M.  le  comte  A.  de  Pontégoulant  ; 
Vice-Président,  M.  Anatole  Dauvergne  ; 
Secrétaire,  M.  G.  Leroy  ; 
Secrétaire-Adjoint,  M.  Lhuillier; 
Trésorier,  M,  Courtois. 

Une  Commission  de  cinq  membres,  pris  dans  chaque  arrondis- 
sement, est  choisie  pour  arrêter  un  projet  de  statuts,  obtenir  l'au- 
torisation de  l'Administration  supérieure  et  recueillir  de  nouvelles 
adhésions.  Elle  est  ainsi  composée  : 

Pour  l'arrondissement  de  Coulommiers,  M.  A.  Dauvergne; 

Pour  l'arrondissement  de  Fontainebleau,  M.  David  ; 

Pour  l'arrondissement  de  Meaux,  M.  A.  Carro; 

Pour  l'arrondissement  de  Melun,  M.  Grésy  ; 

Et  pour  l'arrondissement  de  Provins,  M.  Félix  Bourquelot. 

A   cette  Commission  s'adjoindra  le  bureau  provisoire. 

Par  les  soins  du  Président  et  du  Secrétaire,  la  convocation  de 
la  Commission  d'organisation  aura  lieu  prochainement. 


SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  17  JUILLET  1864. 


L'an  1864,  le  dimanche  17  juillet,  une  heure  de  relevée. 

Sur  la  convocation  du  Bureau  provisoire  de  la  Société  d'archéo- 
logie, sciences,  lettres  et  arts  du  département  de  Seine-et-Marne, 
les  membres  de  cette  Société  se  sont  réunis  dans  une  des  salles  de 
l'Hôtel-de-Villc  de  Melun. 

Étaient  présents  : 
MM.  Bayard,  maire  de  Maisoncelles,  canton  de  Coulommiers; 
—  Bourquelot,  professeur  à  l'Ecole  impériale  des  Chartes,  et 
membre  de  la  Société  des  antiquaires  de  France;  —  A.  Carro, 
correspondant  de  la  Société  des  antiquaires  de  France  et  du 
ministère  de  l'instruction  publique  pour  les  travaux  historiques, 
bibliothécaire  de  la  ville  de  Meaux;   •—  Courtois,  adjoint  au 


maire  de  la  ville  de  Melun;  —  Dauvergne  (Anatole),  peintre 
d'histoire,  membre  non  résidant  du  Comité  des  travaux  histo^ 
riques  ;  —  David  (Jules),  homme  do  lettres  à  Fontainebleau;  —  De- 
courbe,  artiste  peintre  à  Melun;  —  Dussouy,  directeur  de  TÉcole 
normale  de  Seine-et-Marne  ;  —  Eymard,  chef  de  division  à  la  pré- 
fecture de  Seine-et-Marne; —  E.  Grésy,  membre  de  la  Société  des 
antiquaires  de  France,  correspondant  du  ministère  de  l'instruction 
publique  pour  les  travaux  historiques;  — Joyeux,  chef  de  divi- 
sion à  la  préfecture  de  Seine-et-Marne;  —  Labiche,  propriétaire 
à  Melun;  —  Lafontaine,  avocat,  notaire  honoraire  à  Lagny;  — 
Lajoye,  propriétaire  à  Saveteux,  canton  du  Châtolet;  —  Le 
Blondel,  libraire  à  Meaux;  —  Lemaire,  archiviste  de  la  préfec- 
ture de  Seine-et-Marne;  —  Leroy,  archiviste  de  la  ville  de  Melun; 
—  Lhuillier,  secrétaire-greffier  du  conseil  de  préfecture  de  Seine- 
et-Marne;  —  Liabastres,  directeur  de  la  maison  centrale  de  dé- 
tention de  Melun;  —  Michelin,  imprimeur  à  Melun;  —  Ponté- 
coulant  (le  comte  Ad.  de);  —  Poyez,  maire  de  la  ville  de  Melun, 
membre  du  conseil  général  de  Seine-et-Marne;  —  Prévost,  bi- 
bliothécaire de  la  ville  de  Melun. 

M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant,  Président  du  Bureau  provi- 
soire, prend  place  au  fauteuil  de  la  présidence,  ayant  h  ses  côtés 
M.  Anatole  Dauvergne,  vice-président  et  M.  G.  Leroy,  secré- 
taire. 

La  séance  ayant  été  déclarée  ouverte,  M.  le  président  donne 
lecture  de  la  lettre  d'adhésion  qui  lui  a  été  adressée  par  S.  E. 
M.  Drouyn  de  Lhuys,  Ministre  des  affaires  étrangères;  et  il  an- 
nonce que  la  Société  compte  déjà  cent  six  adhérents,  au  nombre 
desquels  figurent  Mgr  Allou,  évêque  de  Meaux;  M.  Alfred  Maury 
et  M.  Brunet  de  Presle,  tous  deux  membres  de  l'Institut;  M.  le 
baron  deBeauverger  et  M.  Josseau,  députés  de  Seine-et-Marne  au 
Corps  législatif;  MM.  Despommiers,  E.  Gareau,  Guérin,  le  comte 
de  Moustier  et  Poyez,  membres  du  Conseil  général  de  Seine-et- 
Marne;  M.  Félix  Bourquelot,  professeur  à  l'École  des  Chartes; 
M.  Anatole  Dauvergne,  membre  non  résident  du  Comité  impérial 
des  travaux  historiques;  M.  Eichhoff,  inspecteur  honoraire  de  l'u- 
niversité et  correspondant  de  l'Institut;  MM.  Champollon-Figeac, 
A.  Carro,  Bellier  de  la  Chavignerie,  de  Colombel,  J.  David,  le 
comte  Gabriel  d'Erceville,  H.Fréteau  dePény,  E.  Grésy,  Ludovic 
de  Maussion,  le  vicomte  de  Ponton  d'Amécourt,  le  vicomte  de 
Resbecq,  Teyssier  des  Parges,  le  marquis  de  Varennes,  etc.,  etc. 


—  8  — 

M.  le  Président  après  avoir  donné  lecture  de  l'autorisation  que 
M.  le  Préfet  de  Seine-et-Marne  lui  a  accordée  pour  la  réunion,  à 
THôtel-de-Ville  de  Melun,  des  personnes  adhérentes  au  projet  do 
formation  de  la  présente  Société,  ajoute  les  paroles  suivantes  : 

((  Avant  d'entamer  l'ordre  du  jour  et  d'accorder  la  parole  à 
M.  F.  Bourquelot,  qui  a  bien  voulu  se  charger  de  vous  présenter 
le  rapport  de  votre  Commission  d'organisation,  je  vous  demande, 
Messieurs,  la  permission  de  vous  entretenir  quelques  instants  ; 
mais  je  désire  que  votre  bienveillance  veuille  bien  suppléer  h  la 
faiblesse  de  mes  paroles. 

Je  suis  heureux.  Messieurs,  que  ma  première  phrase  soit 
l'expression  d'un  sentiment  de  gratitude  envers  M.  le  Maire  de 
Melun,  qui,  toujours  empressé  à  seconder  et  à  favoriser  les  insti- 
tutions utiles  au  pays,  a  bien  voulu  mettre,  pour  aujourd'hui  et 
pour  nos  réunions  à  venir,  un  local  à  la  disposition  de  la  Société, 
et  qui  s'est  inscrit  un  des  premiers  au  nombre  de  nos  adhérents. 

.le  ne  puis  résister  également  au  désir  que  j'éprouve.  Mes- 
sieurs, de  vous  dire  combien  est  grande  ma  reconnaissance  envers 
les  membres  de  la  Société  qui  ont  daigné  répondre,  le  16  mai,  h 
l'appel  que  leur  avait  adressé  un  inconnu.  Je  les  remercie  pour  lui 
d'être  venus  au  rendez-vous,  et  de  ne  l'avoir  pas  laissé  languir 
seul,  dans  une  stérile  attente,  aux  pieds  de  la  statue  d'Amyot,  qui 
semblait  partager  son  angoisse.  Ces  douze  membres  ont  jeté  les 
bases  de  la  Société,  ils  en  sont  les  véritables  fondateurs.  Aussi, 
je  désire  que  leurs  noms  restent  inscrits  en  gros  caractères  dans  les 
annales  de  notre  Société. 

Je  crois  devoir  vous  dire.  Messieurs,  l'origine  de  la  Société 
d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts  de  Seine-et-Marne. 

Dans  les  réunions  annuelles  de  la  Sorbonne,  on  voyait  figurer 
des  délégués  des  sociétés  savantes  de  tous  les  départements;  le  dé- 
partement de  Seine-et-Marne  ne  s'y  montrait  que  par  quelques 
membres  de  ses  sociétés  d'agriculture,  où  se  trouvaient  adjoints, 
il  est  vrai,  les  sciences  et  les  arts,  mais  comme  accessoires  seu- 
lement. Les  autres  hommes  de  science  du  département,  qui  se 
faisaient  admettre  aux  lectures  de  la  Sorbonne,  étaient  tous  dissé- 
minés, sans  aucun  lien  commun  et  sans  moyen  de  coordonner 
leurs  recherches.  On  voulut  alors  mettre  un  terme  à  l'isolement 
de  leurs  eflbrts  et  de  leurs  travaux.  M.  le  vicomte  de  Fontaine  de 
Resbecq,  chez  qui  le  savoir  a  devancé  l'âge,  commença  par  tâter 
et  sonder  le  terrain,  en  lançant  dans  un  journal  du  département 
quelques  articles  sous  un  nom  supposé.  On  reconnut  bientôt  que 


—  0  — 

la  pensée  émise  trouvait  de  Técho.  Mais  alors  l'embarras  fut  grand! 
Qui  se  mettra  en  avant?  Qui  consentira  à  être  le  premier?  Qui  met- 
tra enfin  le  feu^  à  la  mèche?  On  hésita,  on  hésita  longtemps,  et 
peut-être  hésiterait-on  encore,  si  quelqu'un  sous  le  voile  transpa- 
rent d'un  pseudonyme,  n'eût  donné  rendez-vous,  le  16  mai,  dans 
la  cour  de  la  mairie  de  Melun,  à  tous  ceux  qui  approuvaient  l'idée 
d'une  Société. 

Voilà,  Messieurs,  l'origine  de  votre  Société,  la  première  de 
ce  genre  créée  dans  ce  département,  lequel  ne  comptait  jusqu'à  ce 
moment  que  des  Sociétés  d'agriculture  et  d'horticulture. 

On  ne  saurait,  il  est  vrai,  trop  encourager  le  travail  de  la  terre, 
cette  mère  nourrice  de  l'humanité  :  honneur  donc  à  toutes  ces  So- 
ciétés ;  honneur  à  ces  hommes  dévoués  qui  les  président  et  les 
composent,  et  qui  répandent,  parmi  les  populations  agricoles, 
tant  de  préceptes  précieux  ainsi  que  tant  de  bienfaits.  Mais, 
Messieurs,  à  l'homme  il  faut  un  peu  plus  que  la  nourriture  du 
corps,  il  faut  également  pourvoir  à  la  nourriture  de  cet  esprit 
qui  seul  le  distingue  des  autres  êtres  de  la  création.  Aussi 
voyons-nous  les  personnes  les  plus  éminentes  dans  les  sciences,  les 
plus  honorables  par  leur  position,  les  plus  haut  placées  par  leurs 
fonctions,  s'empresser  de  Joindre  leurs  efforts  aux  nôtres  pour 
venir  en  aide  à  l'esprit  et  pour  unir  dans  une  même  gerbe  tous  les 
épis  de  la  science  dispersés  maintenant  dans  les  champs  de  la  Brie. 

La  Société  compte  aujourd'hui  cent -six  adhérents;  le  nombre 
serait  bien  plus  élevé  si  nous  n'avions  eu  à  surmonter  plusieurs 
obstacles. 

Il  nous  a  fallu  d'abord  lutter  contre  Vopathie  ;  mais  le  reten- 
tissement de  nos  séances  viendra,  j'en  suis  certain,  la  réveiller  de 
son  engourdissement.  La  Société  s'adresse  à  l'homme  actif,  jeune 
d'esprit,  à  l'homme  vivace;  il  n'y  a  que  l'homme  usé  qui  s'endort 
dans  les  bras  de  l'apathie  et  celui-là  nous  est  inutile. 

Un  antagoniste  plus  redoutable  pour  nous  a  été  le  doute.  Il  y 
a  force  gens  qui  ne  font  rien  et  qui  désespèrent  d'avance  de  tout  ce 
qu'entreprennent  les  autres  ;  ils  doutent  toujours  de  la  réussite  de 
ce  qu'ils  n'ont  pas  imaginé.  A  leurs  yeux,  la  nouvelle  Société  est 
une  impossibilité:  l'existence  de  la  Société  répond  à  leur  crainte. 

Ce  n'est  pas  tout  encore  :  nous  avons  eu  à  combattre  Vhésifa- 
tion\  il  a  fallu  nous  commettre  avec  cet  esprit  incertain,  irrésolu, 
qui  ne  sait  s'il  doit  donner  ou  refuser  son  adhésion,  qui  remet 
toujours  au  lendemain  ce  qu'il  a  résolu  la  veille,  restant  per- 
pétuellement suspendu  entre  oui  et  non. 


—  10  — 

Il  s'est  trouvé  également  des  personnes  qui  ont  craint,  en  se 
réunissant  à  nous,  de  perdre  leur  individualité,  comme  si  les  in- 
dividualités étaient  effacées  par  le  concours  prêté  à  une  œuvre  col- 
lective. Il  y  a  de  l'égoïsme  à  s'absorber  en  soi-même;  l'homme  in- 
telligent, l'homme  capable,  sait  se  dévouer  au  bien  de  tous. 

Il  a  fallu  souvent  rassurer  et  vaincre  la  modestie  que  les  titres 
de  notre  Société  ont  quelque  peu  effrayée.  J'ai  rencontré  maintes 
personnes  auxquelles  les  mots  :  archéologie,  sciences,  lettres  et  arts 
font  peur.  Ces  personnes  ne  s'aperçoivent  donc  pas  que  dans  une 
foule  d'occasions  de  leur  vie,  elles  font  acte  de  science,  d'art,  ou 
d'archéologie.  Rencontrent-elles  sous  leurs  pas  une  pièce  de  mon- 
naie, que  ibnt-elles?  elles  cherchent  d'abord  à  distinguer  la  face, 
ensuite  fi  lire  la  légende  et  enfin  à  en  apprécier  la  valeur.  Mais 
elles  font  alors  de  l'archéologie.  Si  ces  personnes  aperçoivent  une 
inscription,  elles  tâchent  de  la  déchiffrer  ;  si  des  lettres  sont  effa- 
cées, leur  esprit  les  porte  à  les  remplacer...  C'est  encore  faire  acte 
d'archéologie.  Enfin,  elles  font  de  l'archéologie  sans  s'en  douter, 
comme  la  cuisinière  en  soignant  ses  casseroles  fait  de  la  chimie 
sans  le  soupçonner,  comme  M.  Jourdain  faisait  de  la  prose  sans 
le  savoir. 

Qu'elles  viennent  à  nous  sans  crainte,  ces  personnes  timorées! 
nous  ne  sommes  pas  si  exigeants  que  l'on  veut  bien  le  dire;  nous  ne 
leur  demandons  que  du  bon  vouloir  et  qu'on  soit  surtout  bien  con- 
vaincus qu'un  bon  renseignement  donné  est  souvent  plus  utile  à 
une  société  qu'un  long  mémoire  péniblement  élaboré.  Un  bon  ren- 
seignement, c'est  le  filon  découvert  par  le  mineur,  filon  qui  fait 
ensuite  la  fortune  de  l'exploitation. 

Nous  avons  enfin  rencontré  les  indifférents.  A  quoi  sert  votre 
Société?  nous  ont-ils  dit  ;  on  vit  bien  sans  archéoltDgie,  sans  science 
et  sans  art. 

Oui,  on  a  vu,  des  populations  vivre  sans  art  et  sans  littéra- 
ture; mais  qu'ont-elles  laissé  après  elles?  Quelques  chants  fu- 
rent toute  leur  poésie,  quelques  traditions  leurs  annales.  Elles 
n'eurent  d'autre  philosophie  que  celle  de  leurs  prêtres.  Ces  sociétés 
ont  passé  sur  le  sol  de  la  Gaule,  et  c'est  leur  histoire  que  l'on 
cherche  à  reconstituer  chaque  Jour  à  l'aide  des  anciens  monu- 
ments, à  l'aide  des  anciennes  traditions,  à  l'aide  des  chants  gros- 
siers. 

Les  matériaux  de  l'histoire  de  la  Brie  sont  éparpillés  sur  le 
sol  de  chaque  commune.  Pour  nous  aider  à  la  reconstruction  de 
son  histoire,  noua  appelons  tous  ceux  qui  s'occupent  d'antiquités, 


—  41  — 

de  science,  de  lettres,  de  poésie  et  d"art.  A  chacune  de  ces  diffé- 
rentes branches  des  connaissances  humaines,  nous  demandons 
son  concours,  parce  qu'elles  sont  toutes  des  auxiliaires  indis- 
pensables pour  expliquer  et  compléter  cette  grande  histoire  de 
notre  patrie,  entreprise  aujourd'hui  dans  toutes  les  parties  de  la 
France. 

On  ne  peut  refuser  aux  savants  de  notre  département  la  justice 
de  reconnaître  qu'ils  portent  sans  relâche  un  esprit  d'investigation 
et  une  ardeur  de  recherche  dans  toutes  les  parties  qui  sont  du  do- 
maine de  l'histoire.  Jamais  on  n'a  recueilli  avec  plus  de  soins  les 
vestiges  des  anciennes  civilisations;  jamais  l'étude  des  monuments 
en  ruine,  des  inscriptions  et  des  médailles  h  demi  effacées,  des  an- 
tiques sépultures  arrachées  à  la  terre  qui  les  couvre,  n'ont  amené 
des  révélations  plus  inattendues  et  ofTert  à  l'érudition  un  plus 
grand  nombre  de  problèmes  à  résoudre...  Mais  ce  n'est  pas  à 
moi  à  parler  ici  de  science  et  d'art,  Messieurs,  car  parmi  vous 
j'aperçois  des  représentants  du  savoir,  auprès  desquels  je  serai 
toujours  heureux  de  puiser  d'utiles  enseignements. 

Travaillons  donc  en  commun  au  grand  œuvre  que  nous  entre- 
prenons aujourd'hui  ;  mais  hâtons-nous,  car  si  les  Attila,  les  Ala- 
ric  ne  promènent  plus  dans  nos  campagnes,  dans  nos  cités,  leurs 
torches  destructives,  il  est  un  autre  niveleup  très-civilisé,  le  chemin 
de  fer.  Heureux  encore  quand  il  laisse  recueillir  les  débris  pré- 
cieux de  son  œuvre  de  destruction  pour  en  enrichir  nos  musées. 

Qu'il  me  soit  permis,  Messieurs,  de  finir  comme  j'ai  com- 
mencé, par  un  acte  de  gratitude,  et  je  vous  prie  de  vous  joindre  à 
moi  pour  remercier  bien  vivement  les  membres  de  votre  Commis- 
sion d'organisation  :  il  était  impossible  de  mettre  au  service  de 
l'œuvre  plus  desavoir,  plus  d'abnégation  et  plus  de  modestie;  cela 
ne  saurait  étonner  personne,  puisque  votre  choix  judicieux  était 
tombé  sur  MM.  F.  Bourquelot,  A.  Garro,  Anatole  Dauvergne, 
J.  David  et  E.  Grésy.  Leur  éloge,  c'est  les  nommer. 

Vous  voilà  aujourd'hui  rassemblés  Messieurs  ;  une  pensée  d'é- 
mulation vous  réunit;  mes  vœux  sont  accomplis,  mes  désirs  sont 
satisfaits,  je  ne  pouvais  faire  davantage,  et  je  dis  comme  Horace  : 

Prcdire  te^vis  bi  non  datur  ultra. 

J'aurai  du  moins  fait  quelque  pas,  si  je  ne  puis  aller  plus 
loin.  » 

Sur  l'invitation   de  M.   le  Président  provisoire,  le  Secrétaire 


—  12  — 

donne  lecture  du  procès-verbal  de  la  réunion  préparatoire  du  16 
mal  dernier,  lequel  est  approuvé. 

M.  BouRQUELOT,  invité  à  lire,  au  nom  de  la  commission  char- 
gée de  la  rédaction  du  projet  des  statuts  de  la  Société,  le  rap- 
port qu'il  a  rédigé,  s'exprime  ainsi  : 

Messieurs  , 

La  réunion  préparatoire  d'hommes  d'initiative,  qui  s'est  tenue 
h  Melun  le  16  mai  dernier,  après  avoir  décidé  la  création  de  la 
Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts,  du  dépar- 
tement DE  Seine-et-Marne,  a  constitué  un  bureau  provisoire, 
chargé  de  recevoir  les  adhésions  ri  la  nouvelle  Société,  et  de  lui 
préparer  un  règlement.  Les  délégués  de  la  réunion,  représen- 
tant les  cinq  arrondissements  du  département,  ont  fait  tous  leurs 
cfTorts  pour  Justifier  la  confiance  dont  ils  avaient  été  l'objet,  et 
sous  l'active  et  bienveillante  présidence  de  M.  le  comte  de  Ponté- 
coulant,  ils  ont  arrêté  un  projet  de  règlement  qui  va  être  soumis  à 
vos  délibérations. 

Je  ne  vous  entretiendrai  pas.  Messieurs,  des  progrès  heureux 
et  rapides  qu"a  faits,  grâce  au  bon  esprit  de  nos  compatriotes, 
l'idée  conçue  par  quelques-uns  des  membres  de  l'assemblée  du  16 
mai,  de  former  dans  notre  département,  un  corps  scientifique  oX 
littéraire.  Vous  le  savez  tous  ;  en  très-peu  de  temps,  ceux  qui  se 
plaisent  h  voir  fructifier  l'intelligence,  ceux  qui  croient  à  l'utilité 
de  l'association  dans  l'intérêt  de  tous  et  de  chacun,  ceux  qui  pen- 
sent qu'en  se  réunissant,  les  hommes  trouvent  plus  de  facilité  à 
s'instruire  et  à  instruire  les  autres,  se  sont  groupés  autour  du  petit 
noyau  formé  dans  le  principe.  Des  personnes  illustres  dans  les 
sciences,  dans  la  politique,  dans  les  lettres  (ai-je  besoin  de  les 
nommer?)  ont  témoigné,  par  des  adhésions  empressées,  leur  sym- 
pathie pour  la  nouvelle  institution,  et  la  Société  de  Seine-et-Marne, 
nombreuse  à  son  début,  est  déjà  forte  par  les  noms,  par  les  talents, 
par  les  volontés  qu'elle  renferme.  Mais  tout  n"est  pas  fait  encore; 
notrf  association  doit  désinn'  et  peut  espérer  des  accroissements 
plus  considérables,  et  l'on  ne  saurait  douter  que  la  notoriété  don- 
née à  sa  fondation  excite  en  notre  faveur  l'intérêt  du  public  et  nous 
amène  de  nouveaux  collègues. 

Dans  tous  les  cas,  un  fait  important  est  acquis.  C'est  avec  une 
entière  satisfaction  que  les  délégués  de  la  réunion  préparatoire  du 
16  mai  constatent,  devant  l'Assemblée  du  17  uillet,  la  faveur  qui 
s'attache  à  la  Société  de  Seine-et-Marne  et  les  destinées  prospères 


—  13  — 

auxquelles  elle  semble  appcl(je.  Il  nous  reste  maintenant,  Mes- 
sieurs, une  autre  tâche  à  remplir.  Cette  Société  qui  vient  de 
naître,  sa  mission  est  de  travailler,  et  pour  qu'elle  travaille  avec 
profit,  il  est  nécessaire  qu'elle  ait  une  constitution  régulière,  que 
les  relations  du  corps  avec  les  membres  soient  fixées  par  des  lois, 
enfin  que  ces  lois  soient  acceptées  librement  par  les  associés  eux- 
mêmes.  Nous  avons  essayé,  d'après  votre  désir,  de  tracer  le  plan 
d'un  règlement  approprié  h  vos  besoins,  et  je  viens  aujourd'hui, 
au  nom  de  mes  collègues,  vous  faire  connaître  l'esprit  et  les  inten- 
tions des  articles  que  nous  avons  cru  convenable  d'adopter. 

Que  doit  se  proposer  une  Société  comme  la  nôtre?  Telle  est  la 
première  question  que  se  sont  faite  vos  délégués,  Messieurs.  Ils 
ont  pensé  qu'il  était  raisonnable  de  donner  aux  travaux  de  l'Asso- 
ciation de  Seine-et-Marne  la  plus  grande  extension  possible.  Il  leur 
a  semblé  que  toutes  les  manifestations  de  l'esprit  étant  unies  entre 
elles  par  un  lien  commun,  elles  devaient  être  toutes  appelées,  toutes 
admises  dans  une  institution  dont  le  but  général  est  le  progrès  in- 
tellectuel. C'est  une  grande  et  belle  chose,  sans  doute,  que  l'his- 
toire et  les  enseignements  qu'elle  renferme  ;  c'est  un  intéressant  et 
fructueux  labeur  que  celui  qui  s'attache  aux  origines  d'un  pays, 
quelque  peu  étendu  qu'il  soit,  à  ses  monuments,  aux  faits  de  toute 
espèce  qui  le  recommandent  à  l'attention  du  public,  aux  person- 
nages éminents  qui  l'ont  illustré;  mais  la  vie  intellectuelle  est 
essentiellement  multiple,  et  sous  quelque  forme  qu'elle  se  ma- 
nifeste, ses  productions  ont  droit  d'être  accueillies  avec  sympa- 
thie par  tous  ceux  qui  aspirent  au  progrès. 

Si  les  études  historiques  ont,  dans  une  association  comme  celle 
que  nous  fondons,  Messieurs,  les  meilleures  chances  de  succès,  les 
sciences  philosophiques  ou  physiques,  la  littérature,  la  poésie,  les 
arts  peuvent  également  y  être  cultivés  avec  profit  pour  tout  le 
monde.  Ce  dont  il  s'agit  surtout,  c'est  de  rapprocher  les  hommes 
d'étude,  et  de  faire  jaillir  de  ce  contact,  s'il  est  possible,  de  bril- 
lantes étincelles.  Telles  sont.  Messieurs,  les  considérations  qui  ont 
déterminé  vos  délégués  à  adopter  le  titre  : 

Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts,  de  Seine-et-Mar-ne. 

Quant  aux  mots  Seine-et-Marne,  ils  ont  été  l'objet  d'une  labo- 
rieuse discussion.  Au  point  de  vue  historique,  le  département  est 
une  division  h,  peu  près  insignifiante;  mais  il  détermine  aujour- 
d'hui le  cercle  administratif  dans  lequel  nous  vivons.  La  pensée 
de  ce  dernier  rôle  a  eu  d'autant  plus  d'influence  sur  la  décision, 


—  u  — 

que,  pour  le  département  môme  de  Seine-et-Marne,  il  a  semblé 
impossible  de  faire  entrer  dans  un  titre  suffisamment  court  et  clair 
les  noms  des  diverses  petites  provinces  dont  il  occupe  la  place. 

Permettez-moi  maintenant.  Messieurs,  de  passer  rapidement  en 
revue  les  principaux  points  du  règlement  dont  les  articles  vont 
vous  être  lus,  et  dont  il  est  utile  que  les  motifs  vous  soient  exposés. 
Vous  allez  procéder  h  un  acte  grave  ;  vous  allez  donner  à  notre 
Société  une  organisation  qui  doit  être  définitive,  et  l'on  n'en  sau- 
rait étudier  les  bases  avec  une  trop  sérieuse  attention. 

Un  important  problème  h  résoudre  se  présente  dès  l'abord. 
Depuis  longtemps  la  difficulté  d'organiser  des  Sociétés  particu- 
lières dans  chacun  de  nos  cinq  arrondissements  avait  été  reconnue; 
le  but  de  la  fondation  de  la  Société  générale  de  Seine-et-Marne  a 
été  de  donner  à  des  forces  qui,  isolées,  étaient  incapables  d'agir, 
une  énergie  suffisante  et  fructueuse.  Mais  il  fallait  tenir  compte 
de  l'élément  local  et  lui  faire  une  place;  tout  en  formant,  par  la 
réunion  des  gens  d'étude  du  département,  un  corps  solide  et  résis- 
tant, il  était  nécessaire  que  les  membres  disséminés  dans  nos  di- 
vers arrondissements,  pussent,  sans  se  déplacer  trop  fréquemment, 
se  livrer  chez  eux  h  des  travaux  utiles.  Votre  Commission,  Mes- 
sieurs, a  cru  satisfaire  à  toutes  les  exigences  en  constituant  une 
Société  à  la  fois  une  et  fractionnée,  et  dans  laquelle  la  vie  commune 
et  la  vie  partielle,  loin  de  se  contrarier,  s'aidassent  mutuellement 
pour  arriver  au  but.  Nous  avons  donc  à  vous  proposer  des  Assem- 
blées générales,  dans  lesquelles  tous  les  membres  pourront  délibérer 
sur  les  affaires  de  la  Société,  nommer  les  fonctionnaires,  produire 
leurs  ouvrages;  un  Comifé  central,  autorité  permanente  qui  main- 
tienne et  prolonge  l'action  commune  de  la  Société  ;  des  Sections  d'Ar- 
rondissements, dans  lesquelles  puisse  avoir  lieu  aisément  le  rappro- 
chement des  travailleurs,  dans  lesquelles  le  travail  Journalier  et 
local  puisse  s'épanouir  librement  à  l'abri  d'institutions  régulières. 
Il  s'agissait  ensuite.  Messieurs,  de  fixer  le  mode  suivant  lequel 
se  recruterait  notre  Société.  Nous  avons  pensé  que,  pour  ne  pas 
trop  compliqni.T  les  rouages,  il  fallait  se  borner  à  deux  classes  de 
membres  :  les  membres  titulaires  et  les  membres  correspondants. 
Il  a  été  convenu  que  les  titulaires  payeraient  un  droit  de  diplôme 
de  six  francs  et  une  cotisation  annuelle  de  douze  francs.  Quant  aux 
correspondants,  quelques  personnes  voulaient  qu'ils  fussent  reçus 
gratuitement.  Mais  on  a  promptement  reconnu  que,  dans  ce  cas, 
la  Société  risquait  de  n'avoir  plus  que  des  membres  correspon- 
dants. La  Commission  a  décidé  que  les  correspondants  seraient 


—  15  — 

soumis  uniquement  au  droit  de  diplôme ,  et  qu'ils  pourraient, 
moyennant  un  abonnement  facultatif  et  à  prix  réduit,  recevoir 
toutes  les  publications  de  la  Société.  Il  restait  à  déterminer  les 
formes  à  suivre  pour  la  nomination  des  membres  titulaires  et  des 
correspondants.  A  cet  égard  l'initiative  devait  être  tout  naturelle- 
ment laissée  aux  Sections  d'arrondissements.  Mais  il  eût  été  peu 
raisonnable  de  donner  sur  ce  point  aux  Sections  un  droit  absolu  ; 
il  convenait  de  rattacher  par  un  lien  solide  le  nouveau  membre 
au  corps  social.  Nous  eussions  désiré  que  la  Société  pût  être 
appelée  à  juger  en  dernier  ressort,  et  que  la  nomination  d'un  can- 
didat eût  lieu  par  la  Section  au  premier  degré,  et  d'une  façon  défi- 
nitive par  l'Assemblée  générale.  Mais,  dans  ce  cas,  l'inconvénient 
d'un  trop  long  délai  se  présentait  ;  les  Assemblées  générales  ne  se 
tenant  que  tous  les  six  mois,  nous  avons  pensé  que  l'admission  dé- 
finitive des  candidats  proposés  par  les  Sections  devait  être  remise 
au  suffrage  permanent  du  Comité  central.  Ce  Comité  est  une  éma- 
nation de  la  Société,  et  nous  n'avons  pas  vu  d'inconvénient  à  lui 
confier  un  pouvoir,  très-important  sans  doute,  mais  que  des  né- 
cessités pratiques  empêchaient  de  réserver  à  la  Société  elle-même. 
Je  n'ai  rien  à  vous  dire,  Messieurs,  des  Sections  d'arrondisse- 
ment. Vous  savez  déjà  qu'elles  ont  une  existence  particulière,  et 
qu'elles  peuvent  travailler  et  s'administrer  librement,  en  contri- 
buant à  la  vie  sociale  par  le  versement  de  leurs  fonds  dans  le 
trésor  commun,  par  leur  présence  aux  Assemblées  générales,  par 
l'apport  de  leurs  travaux  scientifiques  ou  littéraires,  par  la  partici- 
pation de  leurs  délégués  aux  actes  du  Comité  central.  Quant  à  la 
tenue  des  Assemblées  générales,  il  nous  a  paru  utile  qu'elle  se  re- 
nouvelât deux  fois  l'année,  et  qu'elle  eût  lieu  alternativement  dans 
chacun  de  nos  cinq  chefs-lieux  d'arrondissement.  C'était  le  seul 
moyen  d'établir  entre  eux  quelque  égalité;  si,  par  malheur,  dans 
notre  département,  les  communications  sont  assez  difficiles,  au 
moins  chaque  arrondissement  aura  sa  part  de  peines,  et  chacun 
aura  aussi  sa  part  d'avantages. 

Outre  le  Bureau,  composé  d'un  Président,  d'un  vice-Président, 
d'un  Secrétaire,  d'un  Archiviste  et  d'un  Trésorier,  vos  délégués, 
Messieurs,  ont  institué  trois  commmissions  spéciales,  une  Com- 
mission des  finances^  chargée  de  veiller  h.  la  bonne  administration 
des  fonds,  une  Commission  du  bulletin  et  une  Commission  du  con- 
cours. Ceci  m'amène.  Messieurs,  à  vous  parler  d'un  des  détails 
importants  de  notre  organisation.  Une  société  comme  celle-ci,  qui 
veut  prospérer,  ne  doit  pas  s'enfoncer  dans  un  étroit  égoïsme.  Ce 


—  16  — 

n'est  pas  assez  qu'elle  travaille,  il  faut  qu'elle  fasse  travailler  les 
autres,  et  qu'elle  les  fasse  profiter  des  bienfaits  que  toute  associa- 
tion est  susceptible  de  produire.  Nous  avons  donc  pensé  que  la 
Société  de  Seine-et-Marne  avait,  en  quelque  sorte,  pour  mission 
d'établir  des  concours,  de  distribuer  des  prix,  et  qu'elle  ne  devait 
refuser  i\  personne  le  droit  de  prétendre  aux  récompenses.  Venez 
donc  i\  nous,  vous  tous  qu'une  noble  ardeur  enflamme;  apportez- 
nous  vos  œuvres,  et  nous  encouragerons  le  mieux  que  nous  pour- 
rons vos  généreux  efforts  !  Il  n'y  avait  aucune  raison  de  mettre 
hors  de  concours  les  membres  de  la  Société  qui  forment,  en  réa- 
lité, le  noyau  des  travailleurs;  nous  avons  seulement  cru  devoir 
exclure  les  membres  du  Bureau  et  ceux  de  la  Commission  du  con- 
cours. Cette  commission  sera  plus  nombreuse  que  celle  des 
finances  et  du  bulletin;  nous  l'avons  formée  des  cinq  membres  de 
la  commission  du  bulletin,  auxquels  seront  adjoints  des  délégués 
des  sections  d'arrondissement. 

Telle  est,  Messieurs ,  l'esquisse  des  dispositions  qui  forment 
l'économie  de  notre  projet  de  statuts.  Vous  serez  à  même  d'ap- 
précier les  questions  de  détails  par  la  lecture  du  projet  lui-même. 
Nous  avons  jugé  à  propos  d'ajouter  au  règlement  quelques  articles 
transitoires;  le  premier  tend  à  considérer  comme  fondateurs  et  à 
dispenser  du  droit  de  diplôme  ceux  qui  auront  adhéré  à  la  Société 
avant  la  prochaine  assemblée  générale;  le  second  concerne  la  no- 
mination d'un  certain  nombre  de  délégués  destinés  à  faire  partie 
du  Bureau  central  jusqu'au  moment  où  les  Sections  auront  nommé 
leurs  présidents;  la  troisième  décide  la  continuation  pendant  deux 
ans  du  premier  Bureau  nommé  par  la  Société.  II  nous  a  semblé 
que  dans  cette  période  d'eniantcment,  un  changement  de  per- 
sonnel trop  rapproché  de  l'origine  pourrait  avoir  des  inconvé- 
nients. 

J'ai  fini,  Messieurs,  et  je  suis  heureux  de  ne  pas  retarder  plus 
longtemps  vos  délibérations.  Le  moment,  je  le  répète,  est  solennel. 
Lorsque  votre  statut  aura  pris  force  de  loi  par  vos  suffrages, 
lorsque  vous  aurez  nommé  le  Bureau  qui  doit  diriger  vos  affaires, 
votre  existence  sera  complète.  Il  s'agira  de  se  mettre  à  l'ouvrage, 
il  s'agira  de  montrer  que  notre  Association  n'est  pas  inerte,  qu'elle 
veut  et  qu'elle  peut  produire.  C'est  à  ce  moment,  Messieurs,  qu'il 
vous  appartiendra  de  prendre  le  rang  honorable  que  mes  vœux  et 
mon  espoir  vous  assignent.  On  a  reproché  à  notre  département 
d'être  resté  longtemps  en  arrière  du  mouvement  scientifique  et 
littéraire  qui  semble  aujourd'hui  entraîner  tous  les  esprits,  don- 


—  li- 
nons à  nos  critiques  un  brillant  démenti,  et  que  la  Société  de 
Seine-et-Marne  porte  en  avant  et  bien  haut  le  drapeau  du  travail 
et  du  progrès. 

Après  ce  rapport,  l'ensemble  du  projet  des  statuts  élaborés  par 
la  Commission,  est  lu  par  le  Secrétaire,  qui  reprend  ensuite 
chacun  des  articles. 

A  la  suite  d'une  discussion  sur  l'ensemble  et  sur  les  articles,  le 
projet  est  adopté  à  l'unanimité. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  nomination  d'un  Bureau  définitif; 
mais  l'heure  étant  trop  avancée,  la  Société  décide  que  cette  nomi- 
nation aura  lieu  dans  la  prochaine  séance  générale  et  continue 
par  acclamation  leurs  pouvoirs  provisoires,  à  : 

MM.    PoNTÉcouLANT  (le  comte  Ad.  de),  Président; 
Dauvergne  (Anatole),  Vice-Président; 
G.  Leroy,  Secrétaire; 
Th.  Lhuillier,  Secrétaire-Adjoint; 
Courtois,  Trésorier; 

Bourquelot  (Félix),  Délégué  de  la  Section  de  Provins  ; 
DAvm,  Délégué  de  la  Section  de  Fontainebleau  ; 
Carro,  Délégué  de  la  Section  de  Meaux  ; 
Grésy,  Délégué  de  la  Section  de  Melun  ; 

En  exécution  de  l'article  51  des  Statuts,  sont  adjoints  au  Bureau, 
pour  constituer,  au  même  titre  provisoire,  le  Comité  central  de  la 
Société  : 

MM.    Brunet  de  Presle,  pour  la  Section  de  Provins; 
DE  Colombel,  peur  la  Section  de  Meaux  ; 
DE  Maussion  (Ludovic),  pour  la  Section  de  Coulommiers; 
PoYEz,  pour  la  Section  de  Melun  ; 
Thibault,  pour  la  Section  de  Fontainebleau. 

Le  Comité  central  est  chargé  de  suivre  l'autorisation  légale  de 
la  Société,  l'approbation  des  Statuts  par  l'administration  compé- 
tente, l'organisation  des  Sections  d'arrondissement,  la  confection 
et  la  délivrance  des  diplômes,  et  enfin,  de  convoquer  en  Assem- 
blée générale,  tous  les  adhérents  pour  la  constitution  complète  et 
définitive  de  la  Société. 

La  séance  est  levée  à  3  heures  1/2. 


STATUTS 


DE  LA 


SOCIÉTÉ   D'ARCHÉOLOGIE 

SCIENCES,  LETTRES  ET  ARTS 

DU  DÉPARTEMENT  DE  SEINE-ET-MARNE 


occup.%tiovji$,  but  et  moyeh's  dk  i..4  ^ociktk. 

Art.  1". 
La  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts  de  Seine-et- 
Marne  a  pour  but  de  réunir  en  un  faisceau  commun  les  hommes 
d'étude  que  renferme  ce  département  ;  de  les  exciter  à  des  travaux 
scientiflques  et  littéraires,  d'encourager  et  de  féconder  leurs  efforts ^ 
de  coordonner  les  idées  et  les  opinions  individuelles  dans  un  fruc- 
tueux ensemble. 

Art.  2. 

Ses  moyens  principaux  sont  : 
Des  prix; 

Des  excursions  scientifiques  ; 

Des  fouilles  se  rattachant  au  but  principal  de  la  Société  ; 
La  publication  d'un  Bulletin  ; 

Un  compte-rendu  annuel  de  ses  travaux  et  des  résultats  par  elle 
obtenus. 

Art.  3. 

La  Société  s'occupe  de  sciences,  de  lettres  et  d'arts.  Ses  études 
principales  portent  sur  l'Histoire  et  l'Archéologie,  notamment  sur 
l'histoire  du  département  de  Seine-et-Marne  et  des  anciennes  pro- 
vinces dont  il  est  formé;  sur  les  monuments  qu'il  renlerme,  sur 
les  mœurs,  les  coutumes,  le  langage  de  ses  anciens  habitants;  sur 
les  personnes  et  illustrations  qui  s'y  rattachent. 


—  19  — 

ORGAIVISATIOnr  DE  liA  (SOClÉTR. 

Art.  4. 

La  Société  se  compose  de  Membres  fondateurs,  de  Membres 
titulaires  et  de  Membres  correspondants.  Leur  nombre  est  illimité. 

La  Société  correspond  avec  toutes  autres  Sociétés  savantes,  et 
échange  avec  elles  ses  publications. 

Art.  5. 

Pour  devenir  Membre  de  la  Société,  il  faut  être  admis  par  le 
Comité  central,  après  avoir  été  désigné  par  une  Section  d'arron- 
dissement, sur  la  présentation  de  deux  de  ses  Membres. 

Art.  6. 

Chaque  Membre  titulaire  est  tenu  d'acquitter,  au  moment  de  sa 
réception,  une  cotisation  de  dix-huit  francs,  pour  la  première  an- 
née; il  devra,  ensuite,  une  cotisation  annuelle  de  douze  francs 
payable  d'avance. 

La  cotisation  ne  se  fractionne  pas  ;  elle  est  due  pour  l'année  en- 
tière, à  partir  du  premier  janvier. 

Art.  7. 

La  Société  peut  recevoir  de  ses  Membres,  à  titre  de  don  gracieux, 
toute  augmentation  facultative  de  la  cotisation  ordinaire. 

Art.  8. 

Tout  Membre  resté,  pendant  un  an,  sans  payer  sa  cotisation 
échue,  sera  considéré  comme  démissionnaire,  à  l'expiration  du 
mois  qui  suivra  l'avertissement  spécial  donné  par  le  Trésorier  de 
la  Société. 

La  démission  donnée  par  un  membre  de  la  Société,  de  quelque 
époque  de  l'année  qu'elle  soit  datée,  ne  le  dispense  point  du  paie, 
ment  de  la  cotisation  qui  est  toujours  due  d'avance. 

Art.  9. 

Les  Membres  correspondants  ne  sont  soumis  qu'au  droit  de 
diplôme  de  six  francs.  Ils  peuvent  assister  aux  séances  des  Sec- 
tions, sans  y  avoir  voix  délibérative.  Moyennant  un  abonnement, 
qui  sera  fixé  annuellement  par  le  Comité  central  et  la  Commission 
du  Bulletin,  les  Correspondants  auront  droit  à  toutes  les  publica- 
tions de  la  Société. 

Art.  10. 

La  Société  existe  et  fonctionne  par  des  Assemblées  générales,  par 
os  Sections  d'arrondissement,    et  par  un  Comité  anljul. 


—  20  — 
Art.  11. 

La  Société  se  rassemble  deux  fois  l'an,  à  tour  de  rôle,  dans  un 
des  chefs-lieux  des  cinq  arrondissements  de  Seine-et-Marne,  et 
tient  deux  séances  générales  qui  pourront  être  publiques.  La  pre- 
mière partie  de  ces  séances  est  administrative,  l'autre  est  scienti- 
fique et  littéraire. 

Art.  12. 

Il  y  a  une  Section  de  la  Société  par  arrondissement.  Chacune 
de  ces  Sections  est  organisée  on  Société  particulière,  élisant  un  Bu- 
reau, travaillant  d'une  manière  indépendante,  pouvant  disposer 
des  fonds,  pour  frais  généraux,  qui  lui  sont  attribués  par  le  Go- 
mité  central  au  nom  de  la  Société. 

Art.  13. 

Le  Comité  central,  formé  du  Bureau  de  la  Société  (Président, 
Vice-Président,  Secrétaire  général.  Archiviste  et  Trésorier),  de 
cinq  Sociétaires,  élus  dans  chaque  Section,  et  des  Présidents  de 
Sections,  ceux-ci  pouvant  se  faire  remplacer,  chacun  par  un  délé- 
gué spécial,  agit  en  dehors  des  Séances  générales  pour  la  direction 
des  affaires  de  la  Société. 

Art.  14. 

Tous  les  Membres  de  la  Société  ont  droit  de  séance,  avec  voix 
consultative,  dans  chacune  des  Sections  autres  que  celle  h  laquelle 
ils  appartiennent  par  leur  domicile  ou  leurs  relations. 

DES  AI»SE:iIIBI.É1:!S»  GÉmi^RALEf». 

Art.  15. 

La  Société,  dans  deux  Assemblées  générales  annuelles,  réunit 
les  Membres  de  toutes  les  Sections. 

Art.  16. 
Elle  élit  son  Bureau  ,  les  Commissions  permanentes  des  Fi- 
nances, du  Bulletin  et  du  Concours  ;  elle  entend  et  approuve  les 
comptes  ;  elle  décide  l'emploi  et  la  distribution  des  fonds  ;  elle 
traite  toutes  les  affaires  qui  intéressent  l'existence  et  la  prospérité 
de  la  Société. 

Art.  17. 

Dans  la  partie  scientifique  et  littéraire  de  ses  séances,  la  Société 
entend  la  lecture  des  mémoires  jugés,  par  les  Sections,  dignes  de 
cet  honneur;  fixe,  sur  la  proposition  de  la  Commission  du  Bulle- 


—  21  — 

tin,  les  questions  qui  doivent  être  mises  au  concours;  et  arrête, 
sur  la  proposition  de  la  Commission  du  Concours,  les  noms  des 
lauréats. 

Art.  18. 
La  Société  peut  tenir,  au  besoin,  sur  la  décision  du  Comité  cen- 
tral, des  Assemblées  générales  extraordinaires. 

BUREAU. 

Art.  19. 

Le  Bureau,  nommé  par  la  Société,  dans  la  première  Assemblée 
générale  de  chaque  année,  se  compose  d'un  Président,  d'un  Vice- 
Président,  d'un  Secrétaire,  d'un  Archiviste  et  d'un  Trésorier. 

Dans  le  cas  où  cela  serait  jugé  opportun,  l'Assemblée  générale 
pourra  être  fractionnée  en  plusieurs  bureaux  électoraux  qui  seront 
ouverts  dans  chacun  des  chefs-lieux  d'arrondissement.  Les  mem- 
bres empêchés  d'y  prendre  part  pourront  adresser  leur  vote  par 
lettre  cachetée,  au  Président  de  leur  Section,  de  façon  à  ce  qu'elle 
lui  parvienne  avant  la  fermeture  du  scrutin. 

Art.  20. 

Le  Bureau  est  nommé  pour  un  an,  au  scrutin  secret  et  à  la  ma- 
jorité absolue. 

Art.  21. 
Les  membres  sortants  sont  rééligibles. 

Art.  22. 

Le  Président  dirige  les  séances  et  maintient  l'ordre  dans  les  dis- 
cussions. 

Art.  23. 

Il  fait  exécuter  les  statuts  et  les  décisions  de  la  Société  et  du 
Comité  central. 

Art.  24. 

Il  nomme  à  toutes  les  Commissions,  autres  que  celles  du  Bulle- 
tin, des  Finances  et  de  Concours. 

Art.  2S. 

Il  signe  les  diplômes,  les  procès-verbaux  et  tous  les  actes  de  la 
Société  et  du  Comité  central. 

Art.  26. 

Il  ordonnance  les  dépenses. 


-22  

Art.  27. 
Il  préside  de  droit  les  séances  des  Commissions,  avec  voix  déli- 
bérative. 

Art.  28. 

Il  convoque  la  Société  pour  ses  réunions  générales  ordinaires  ; 
assemble,  quand  il  le  juge  nécessaire,  le  Comité  central,  et  réunit 
la  Société  en  Assemblée  générale  extraordinaire,  sur  la  demande 
du  Comité  central. 

Art.  29. 

Il  correspond  mensuellement  avec  les  Sections,  par  un  résumé 
de  tout  ce  qui  peut  intéresser  la  Société  en  général,  et  des  travaux 
exécutés  dans  chaque  Section. 

Art.  30. 
II  préside  le  Comité  central. 

Art.  31. 

Le  Vice-Pî'ésident  remplace  le  Président  toutes  les  fois  que  celui- 
ci  est  absent  ou  empêché;  s'il  est  lui-même  absent,  le  doyen  d'âge 
des  membres  présents  h  la  séance  tient  sa  place. 

Art.  32. 

Le  Secrétaire-Général  rédige  les  procès-verbaux  des  séances  de 
l'Assemblée  générale  et  du  Comité  central. 

Art.  33. 

Il  est  chargé  de  la  correspondance,  et  il  doit  inscrire,  dans  un 
registre  spécial,  une  copie  des  lettres  écrite»  au  nom  de  la  Société. 

Art.  34. 

Il  donne  lecture,  dans  les  séances  de  la  Société  et  du  Comité 
central,  des  procès-verbaux  et  de  la  correspondance. 

Art.  35. 

Il  contre-signe  les  diplômes  et  garde  le  sceau  de  la  Société. 

Art.  36. 

Il  donne  avis  de  îeur  nomination  aux  Membres  nouvellement 
élus. 

Art.  37. 

Il  expédie  les  lettres  de  convocation  pour  les  Assemblées  géné- 
rales de  la  Société,  et  pour  les  séances  du  Comité  central. 

Art.  38. 

VArchivisfe,   spécialement  chargé  de  la  conservation  des  ar- 


—  23  — 

chives  de  la  Société  dans  un  lieu  public,  veille  aussi  à  l'enregis- 
trement et  à  la  classification  des  mémoires,  des  pièces  manus- 
crites, des  livres,  et  de  tous  les  objets  envoyés  à  la  Société. 

Art.  39. 

Il  dépouille  les  procès-verbaux  des  séances  des  Sections  d'ar- 
rondissement et  les  livres  ou  bulletins  envoyés  à  la  Société  ;  il  en 
fait  le  résumé  pour  être  remis  au  Président. 

Art.  40. 
Il  remplace  le  Secrétaire  en  cas  d'empêchement. 

Art.  41. 
Le  Irésorier  est  chargé  de  la  recette  et  de  la  dépense. 

Art.  42. 

Il  présente,  tous  les  six  mois,  au  Comité  central,  un  état  som- 
maire de  situation  des  hnances  de  la  Société,  et  il  rend  ses  comptes, 
une  fois  l'an,  à  la  Commission  des  Finances. 

Art.  43. 

En  cas  d'absence  ou  d'empêchement,  il  désigne,  avec  l'assenti- 
ment du  Président,  celui  des  Sociétaires  par  lequel  il  désire  être 
remplacé  temporairement. 

Art.  44. 

Il  fait  recevoir  les  cotisations  et  les  droits  de  diplômes,  dont  il 
donne  reçu  au  nom  de  la  Société. 

Art.  45. 

Toutes  les  dépenses  régulières  sont  acquittées  par  le  Trésorier 
sur  un  mandat  du  Président. 

SECTIOJIÉ»  D'ARROUDlStJiiEIllEIITS. 

Art.  46. 

Les  Sections  d'arrondissement  se  donnent,  chacune,  le  règle- 
ment qui  leur  convient,  nomment  leur  Bureau,  et  se  réunissent 
quand  elles  le  jugent  nécessaire,  soit  en  comité,  soit  publique- 
ment. 

Art.  47. 
Elles  choisissent  les  travaux  qu'elles  croient  devoir  être  lus 
dans  les  Séances  générales  de  la  Société;  elles  les  transmettent  à 
la  Commission  du  Bulletin. 


—  24  — 

Art.  48. 

Le  Trésorier  de  chaque  Section,  ou  au  besoin  le  Secrétaire, 
reçoit  les  cotisations,  en  fait  parvenir,  tous  les  trois  mois,  les 
fonds  au  Trésorier  de  la  Société. 

Les  Archives  particulières  à  chaque  Section  sont  conservées  à 
son  siège. 

Les  objets  trouvés  dans  les  fouilles,  faites  par  les  soins  et  sous 
la  direction  des  Membres  de  la  Société,  sont  conservés,  s'ils  n'ap- 
partiennent à  aucun  des  Membres,  dans  le  Musée  ou  la  biblio- 
thèque communale  du  Ghef-lieu  de  l'arrondissement  dans  lequel 
ils  auront  été  trouvés. 

Art.  49. 

Les  Secrétaires  de  Section  font  parvenir  au  Président  de  la  So- 
ciété V ordre  du  jour  des  séances  et  lui  expédient  mensuellement  le 
double  ou  l'analyse  des  procès-verbaux  de  leur  Section  respective. 

Art.  50. 

Les  Présidents  et  les  Vice-Présidents  de  Section  prennent  place, 
dans  les  Assemblées  générales,  à  droite  et  à  gauche  du  Président 
de  la  Société. 

c'omitk  €eivtrai>. 

Art.  51. 

Le  Comité  central  se  compose  des  Membres  du  Bureau,  des 
cinq  Présidents  des  Sections  d'arrondissement  et  d'un  Mem- 
bre, élus  par  chaque  Section.  Ses  décisions  sont  prises  à  la  ma- 
jorité absolue  des  Membres  présents. 

Art.  52. 

Il  est  chargé  d'administrer  la  Société,  de  la  représenter  auprès 
de  l'Autorité  et  des  Sociétés  savantes,  et  de  relier  entre  elles  les 
Sections  d'arrondissement. 

Son  siège  est  au  Ghef-lieu  du  département. 

Art.  53. 

Il  prépare  le  budget  et  le  soumet  à  l'Assemblée  générale. 

Art.  54. 

11  propose  à  l'Assemblée  générale  la  répartition  des  fonds  aux 
Sections  d'arrondissement,  selon  leurs  besoins. 


—  25  -^ 

Art.  55. 

Il  vote  l'admission  des  Membres  Titulaires  et  des  Membres 
Correspondants  présentés  par  les  Sections  d'arrondissement. 

Art.  56. 
Il  dirige  les  travaux  ordonnés  par  la  Société. 

Art.  57. 
Il  a,  conjointement  avec  la  Commission  des  Finances,  l'Admi- 
nistration des  fonds. 

Son   bureau  statue,  concurremment  avec  la  Commission   du 
Bulletin,  sur  l'impression  des  travaux  des  Sociétaires. 

Art.  58. 

Nulle  dépense  extraordinaire  ne  peut  avoir  lieu  qu'en  vertu 
d'une  décision  du  Comité  central. 

comiiiii§i$»ioiv  des  fiivances. 

Art.  59. 

Cette  Commission,  composée  de  trois  Membres,  est  permanente. 
Elle  se  renouvelle  par  tiers  chaque  année. 

Art.  60. 
Elle  est  nommée,  à  la  majorité  absolue  du  scrutin,  par  la  So- 
ciété réunie  en  Assemblée  générale. 

Art.  61. 
Elle  assiste  à  toutes  les  séances  du  Comité  central  quand  il 
s'occupe  de  finances,  et  elle  y  a  voix  délibérative. 

Art.  62. 
Elle  surveille  la  gestion  du  Trésorier. 

Art.  63. 
Elle   tient  un  registre  sur  lequel  sont  inscrites  les  dépenses 
consenties  par  le  Comité  central. 

Art.  64. 
A  la  fin  de  chaque  année,  cette  Commission  soumet  tous  les 
comptes  à  l'Assemblée  générale,  pour  être  approuvés  par  elle,  et 
cette  approbation  sert  de  décharge  au  Trésorier. 

COMIHISfiilOIV    DU    BULLETliV. 

Art.  65. 
La  Commission  du  Bulletin  est  composée  de  cinq  Membres 


—  26  — 

nommés,  chaque  année,  par  la  Société,  dans  la  première  de  ses 
Assemblées  générales,  au  scrutin  et  à  la  majorité  absolue. 

Art.  66. 

Elle  examine  les  travaux  transmis  à  la  Société  par  les  Sections; 
elle  en  autorise,  s'il  y  a  lieu,  la  lecture  en  séance  publique,  et, 
adjointe  au  Bureau  de  la  Société,  elle  statue,  au  scrutin  secret  etàla 
majorité  absolue  des  Membres  présents,  sur  l'impression  des  tra- 
vaux des  Sociétaires  dans  le  Bulletin,  soit  en  entier,  soit  en  partie, 
avec  ou  sans  modification. 

Art.  67. 

L'auteur,  si  les  changements  ne  lui  agréent  pas,  peut  retirer 
son  travail. 

Art.  68. 
La  Commission  ne  peut  scinder  le  travail  d'un  Membre  sans 
avoir  obtenu  son  autorisation. 

Art.  69. 

Si  un  mémoire,  admis  par  la  Commission  au  point  de  vue  lit- 
téraire ou  scientifique,  semble  trop  étendu  pour  entrer  en  entier 
dans  le  Bulletin,  l'auteur  pourra  en  demander  l'insertion  inté- 
grale en  proposant  d'indemniser  la  Société  du  surplus  des  frais 
d'impression. 

Art.  70. 

La  Commission  surveille  la  disposition  et  l'impression  du  Bul- 
letin; elle  fixe,  concurremment  avec  le  Bureau  de  la  Société,  le  mon- 
tant du  tirage,  le  prix  des  exemplaires  livrés  au  commerce  et  aux 
correspondants;  elle  propose  à  l'Assemblée  générale  les  sujets 
dignes  d'être  mis  au  concours. 

Le  Bulletin  est  délivré  gratuitement  à  tous  les  Membres  par 
les  soins  du  Secrétaire  de  la  Société. 

DU  roîV€oi;H<$  et  dk  b.a  coMMisjivioiv  nu  co.iieorR». 

Art.  71. 
La  Société  peut  instituer  des  Concours  annuels  et  décerner  des 
prix  aux  meilleurs  travaux  dont  les  sujets  doivent  être  particuliè- 
rement relatifs  iï  l'histoire  des  provinces  dont  se  compose  le  dépar- 
tement de  Seine-et-Marne,  et  à  l'état  ancien  des  sciences,  des  let- 
tres et  des  arts  dans  cette  partie  de  la  France. 


—  27  — 

Art.  72. 

La  Concours  est  public;  les  Membres  de  la  Société,  à  l'excep- 
tion de  ceux  comiposant  le  Bureau  et  la  Commission  du  Concours, 
peuvent  y  prendre  part. 

Art.  73. 

Les  travaux  destinés  au  Concours  sont  adressés  au  Président  de 
la  Société,  qui  les  transmet  h  la  Commission  du  Concours. 

Art.  74. 

Cette  Commission  se  compose  des  cinq  Membres  de  la  Commis- 
sion du  Bulletin  et  d'un  Sociétaire  nommé  par  chaque  Section 
d'arrondissement.  Le  Président  qu'elle  se  nomme,  si  le  Président 
de  la  Société  n'est  pas  présent,  a,  comme  ce  dernier,  voix  prépon- 
dérante. 

Art.  75. 

La  Commission  du  Concours  examine  les  travaux  envoyés; 
choisit  entre  eux  ceux  qui  lui  paraissent  dignes  de  récompense; 
soumet  à  la  Société,  réunie  en  Assemblée  générale,  ses  conclusions, 
dans  un  rapport  spécial,  et  propose  les  noms  des  lauréats  sur  les- 
quels la  Société  doit  statuer. 

Art.  76. 

Chaque  mémoire,  envoyé  au  Président,  pour  le  Concours,  por- 
tera, pour  seule  indication,  une  devise,  et  sera  accompagné  d'une 
lettre  cachetée,  renfermant  la  répétition  de  cette  devise,  avec  le 
nom  et  la  demeure  ds  l'auteur. 

Art.  77. 

Tout  mémoire  dont  l'auteur  se  sera  fait  connaître,  de  quelque 
manière  que  ce  soit,  avant  le  rapport  de  la  Commission  du  Con- 
cours h  la  Société,  sera  exclu  du  Concours. 

DII§»P0SITI01VS>    TRAIVfltlTOIRE». 

Art.  78. 
Tous  les  adhérents  aux  présents  Statuts  avant  la  prochaine  As- 
semblée générale,   seront  considérés   comme  Fondateurs,   et  ne 
payeront  que  douze  francs  de  cotisation. 

Art.  79. 
Le  Bureau  de  la  Société  et  les   trois  Commissions  nommées 
dans  la  première  Assemblée    générale,   resteront  exceptionnel- 


—  28  — 

lement  en  fonctions  pendant  deux  ans  et  ne  seront   renouvelés 
qu'en  1866. 

Art.  80. 

Les  présents  Statuts  ne  pourront  être  modifiés  que  sur  la  do- 
ranndo  de  dix  Membres  au  moins,  et  après  l'avis  du  Comité  cen- 
tral. Ces  modifications  auront  lieu  en  Assemblée  générale,  au 
scrutin  secret  et  à  la  majorité  absolue  des  Membres  présents. 

Fait  et  rédigé  par  les  Membres  de  la  Commission. 

Signé:  F,  BOURQUELOT,  CARRO,  A.  DAUVERGNE,  J.DAVID,  Eug.  GRÉS  Y. 

Adopté  par  les  Membres  de  la  Société ,  réunis  en  Assemblée 
général  à  Melun,  le  17  juillet  1864. 

Signé  :  C*  Ad.  de  PONTÉCOULANT,  Président  provisoire. 
G.  LEROY,  Secrétaire. 


Approbation  dCM   Statuts    de   la    Hoclétc   d'.ArcliéoIogle 
de  !9oine-ct-ilIarnc. 

Nous,  Préfet  du  Département  de  Seine-et-Marne,  Officier  de 
l'Ordre  Impérial  de  la  Légion  d'honneur,  Commandeur  de  l'Ordre 
de  Charles  III  d'Espagne,  et  Chevalier  de  Saint-Grégoire-le- 
Grand, 

Vu  la  demande  en  autorisation  présentée  par  les  membres  du 
bureau  provisoire  d'une  Société  formée,  pour  le  département  de 
Seine-et-Marne,  sous  le  titre  de  Société  d'Archéologie ^  Sciences, 
Lettres  et  Arts  ; 

Vu  la  liste  des  membres  composant  cette  association  ; 

Vu  les  statuts  arrêtés  dans  la  séance  du  17  juillet  courant; 

Vu  l'article  291  du  Code  pénal,  remis  en  vigueur  par  le  décret 
du  25  mars  1852  ; 

Avons  arrêté  : 

Art.  1".  La  Société  formée  à  Melun,  pour  le  département  de 
Seine-et-Marne,  sous  le  titre  de  Société  d'Archéologie^  Sciences, 
Lettres  et  Arts,  ayant  une  Section  par  arrondissement,  est  autorisée 
à  se  constituer  légalement,  mais  aux  conditions  suivantes  : 

1°  Toutes  discussions  sur  des  matières  politiques  ou  religieuses 
sont  interdites  à  la  Société  centrale  et  à  ses  Sections  ; 

2"  Elle  ne  devra  introduire  dans  ses  Statuts  aucune  modification 
ou  changement  sans  l'autorisation  de  l'Administration. 


—  29  — 

Art.  2.  MM.  les  Sous-Préfets  et  M.  le  Maire  de  Melun  sont 
chargés,  chacun  en  ce  qui  le  concerne,  de  surveiller  l'exécution  du 
présent  arrêté. 

Melun,  le  23  juillet  1864. 

Baron  de  Lassus  Saint-Geniès. 
Pour  copie  conforme  : 

Le  Sea^éiaire  général, 
Le  Marquis  de  Cabot  de  la  Fare. 

M.  le  Préfet  a  approuvé,  en  outre,  les  6  octobre  et  7  novembre 
1864,  les  modifications  de  rédaction  apportées  aux  articles  6,  13, 
19,  57  et  78. 

ÉLECTION  DU  BURE\U  CENTRAL 

4864—1866. 

DÉPOUILLEMENT    DU    SCRUTIN. 

Le  dimanche  23  octobre  1864,  jour  fixé  pour  la  première  Séance 
générale  publique  de  la  Société  d'Archéologie,  sciences,  lettres  et  arts 
de  Seine-et-Marne,  se  sont  réunis  à  midi  et  demi,  dans  une  salle 
de  l'Hôtel-de- Ville  de  Melun  : 

MM.  Garro,  président  de  la  section  de  Meaux;  —  Félix  BouR- 
quelot,  délégué  de  la  section  de  Provins;  —  Jules  David,  pré- 
sident de  la  section  de  Fontainebleau  ;  —  Anatole  Dauvergne, 
président  de  la  section  de  Goulommiers  ;  —  Eugène  Grézy,  pré- 
sident de  la  section  de  Melun,  et  Lhuillier,  secrétaire-adjoint 
de  la  section  de  Melun. 

Lesquels  ont  procédé  au  recensement  général  des  votes  expri- 
més dans  les  cinq  sections,  pour  l'élection  du  bureau  central  de 
la  Société,  d'après  les  procès-verbaux  dressés  du  13  au  20  octobre 
1864,  dans  chaque  section,  conformément  à  l'article  19  modifié 
des  statuts. 

Ce  dépouillement  a  donné  les  résultats  suivants  : 
nombre  total  de  votes  exprimés  : 

A  Goulommiers 28 

A  Fontainebleau 38 

A  Meaux 21 

A  Melun i>4 

A  Provins 13 

Ensemble 174 

La  majorité  absolue, 88 


30  — 


ONT   OBTENU  : 

Pour  la  Présidence. 

M.  le  G"'  Ad.  de  Pontécoulant  . 
S.  Exe.  M.  Drouyn  deLhuys  . 
Voix  perdues 

Pour  la  vice-Présidence. 

M.  Félix  Bourquelot  .     .     . 
M.  le  G'"'  Ad.  de  Pontécoulant  . 
Voix  perdues 

Comme  Secrétaire-général. 

M.  Lhuillier 

Voix  perdues 

Comme  Archiviste. 

M.  Lemairo 

Voix  perdues 

Comme  Trésorier. 

M.  Gourtois 

Voix  perdues 

Comme  membres  de  la  Commission 
du  /Julie/ in. 

MM.  Brunet  de  Presle  .  . 
V"'  de  Rèsbecq  .  .  . 
C'*  de  Ghampagny.  . 
V"'  de  Ponton  d'Amécourt 
Eichhofl"  .  .  .  .  . 
Voix  perdues     .     .     . 

Comme  membres  de  la  Commission 
des  Finances. 

MM.  Gauthion 

Eymard 

de  Gorny  

Voix  perdues     .     .     . 


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12 

15 

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12 

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42 

6 

16 

1 

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3 

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1 

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27 

12 

15 

35 

11 

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13 

1 

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3 

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2 

2 

28 

00 

21 

50 

13 

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3 

» 

2 

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28 

56 

21 

50 

13 

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2 

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3 

» 

28 

58 

21 

48 

13 

» 

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» 

4 

» 

28 

56 

21 

51 

12 

26 

57 

20 

50 

13 

26 

56 

21 

48 

13 

26 

57 

21 

47 

13 

26 

56 

21 

46 

13 

5 

5 

1 

12 

1 

28 

57 

21 

49 

13 

28 

56 

21 

40 

13 

28 

56 

21 

48 

12 

1  » 

5 

» 

6 

» 

o 


102 

66 

4 


100 


13 


167 
o 


168 
5 


168 
4 


168 
166 
164 
164 
162 
24 


168 

167 

165 

11 


i^es  procès-verbaux  des  sections  et  les  pièces  y  annexées  ont  été 
remis  au  Secrétaire,  pour  être  déposés  aux  Archives  de  la  Société. 


—  31  — 
SÉANCE    GÉNÉRALE    ET   PUBLIQUE 

TENUE  A  MELL'N   LE  23  OCTOBRE  1864. 


Le  dimanche  23  octobre  1864,  a  eu  lieu  dans  le  grand  salon  de 
l'Hôtel-de- Ville  deMelun,  la  première  Séance  générale  et  publique 
de  la  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts  de  Seine-et- 
Marne,  avec  le  concours  de  la  musique  du  régiment  de  Chasseurs 
à  cheval  de  la  Garde. 

A  une  heure,  plus  de  quatre-vingts  sociétaires  venus  des  cinq 
arri^ndissements  se  trouvent  réunis  ;  les  membres  du  Bureau 
provisoire  de  la  Société  et  les  dignitaires  ayant  pris  leurs  places, 
M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant,  Président  provisoire,  déclare  la 
séance  ouverte. 

Sont  présents  : 

MM.  Gahro,  président  de  la  section  de  Meaux;  —  Dauvergne 
(Anatole),  président  de  la  section  de  Coulommiers  ;  —  Jules  DAvro, 
président  de  la  section  de  Fontainebleau  ;  —  Grésy  (Eugène), 
président  de  la  section  de  Melun  ; 

MM.  le  baron  d'AvÈNE,  vice-président  de  la  section  de  Meaux; 

—  DE  CiRCouRT,  vice-président  de  la  section  de  Fontainebleau  ; 

—  Fr-éteau  DE  Pény  (Héracle) ,  vice-président  de  la  section  de 
Melun. 

MM.  PoYEz,  maire  de  Melun,  délégué  de  la  Section;  —  Thi- 
bault, délégué  de  la  section  de  Fontainebleau  ;  —  Félix  BouR- 
QUELOT,  délégué  de  la  section  de  Provins. 

Et  MM.  Adam,  de  Coulommiers; — Aigoin,  de  Fontainebleau; 

—  Ballu,  de  Melun  ;  —  Bareiller,  de  Boissise-le-Roi  ;  — 
Baude,  de  Fontainebleau  ;  —  Bernard,  de  Melun  ;  —  comte  de 
Bonneuil,  de  Bombon  ;  —  Bourges  ,  de  Fontainebleau  ;  — 
Brunet  de  Presle,  de  Vimpelles;  —  Burin,  de  Saint-Just;  — 
Victor  Calland,  de  Jouarre  ;  —  Costeau  ;  —  Gotei.le  ;  — 
Courtois  ;  —  Dardenne  ;  —  Decourde  ;  —  l'abbé  Uiïgout.  de 
Melun  ;  —  Delacroix-Frainville,  de  Bois-le-Roi  ; —  Delettre, 
de  Donnemarie  ;  —  Domet;  —  Dorvet,  de  Fontainebleau;  — 
DucROCQ,  de  Meaux;  —  Dupont-White,  do  Fontainebleau;  — 
DussouY,  de  Melun;  —  Eichhoff,  de  Fontainebleau; —  comte 


—  32  — 

Ernest  d'Erceville,  deVulninos; — comte  Gabriel  cI'Erceville, 
de  Machault  ;  —  Eymard;  —  Ad.  Fontaine  ;  —  Fournials,  de 
Melun  ;  —  Gabry,  des  Fourneaux;  —  Gaudard,  de  Melun;  — 
Gaultron,  de  Fontainebleau  ;  —  docteur  Gillet,  de  Melun  ;  — 
GiNOUx  DE  Lacoche,  dc  Meaux  ;  —  l'abbé  Goujon,  de  Cham- 
peaux;  —  Guillon  des  Brûlons,  do  Lagny;  —  comte  B.  d'Har- 
couRT,  de  Melz  ;  —  Hautome,  de  Melun;  —  général  Husson,  de 
Fontainebleau  ;  —  Joyeux  ;  —  Labiche  père,  de  Melun  ;  —  La- 
fontaine,  de  Lagny;  —  V.  Laisné,  de  Barbizon  ;  —  Latour, 
de  Melun  ;  —  Hippolyte  Léchopié,  d'Ablon  ;  —  Louis  Leguay, 
de  Paris  ;  —  Lemaire,  de  Melun  ;  —  Auguste  Lenoir,  de  Pro- 
vins; —  Gabriel  Leroy;  — Théophile  Lhuillier;  —  Liabastres; 
—  LouvioT  fils,  de  Melun  ;  —  E.  de  May,  de  Saint-Germain- 
Laxis  ;  —  vicomte  de  Ponton-d'Amécourt  ,  de  Trilport;  — 
Prieur,  deBarbizon;  —  Quesvers  fils,  de  Montereau; — docteur 
Roussel,  de  Paris  ;  —  Roy,  de  Melun  ;  —  de  Saint-Paul,  de 
Rubelles  ;  —  Schopin  ,  de  Fontainebleau  ;  —  Schreuder  ,  de 
Vaux-le-Pénil  ;  —  Senèque,  de  Melun  ;  —  Sertier,  de  Dam- 
marie-les-Lys ;  — Sollier,  de  Melun;  —  Tabouret,  de  Fontai- 
nebleau ;  —  Torchet,  de  Meaux,  etc.,  etc. 

Le  Président  provisoire  donne  connaissance  de  diverses  lettres, 
parvenues  au  Comité  central. 

M.  le  Préfet,  obligé  de  s'absenter,  exprime  ses  regrets  de  ne 
pouvoir  assister  à  la  séance,  et  s'y  fait  représenter  par  M.  le  mar- 
quis de  Cabot  de  La  Fure,  Secrétaire-général  de  la  préfecture. 

MM.  le  baron  de  Beau  verger  et  Josseau,  députés  ;  Gareau  et 
Despommiers,  conseillers  généraux  ;  Bayard,  Husson,  le  comte 
d'Haussonville,  Gillet  de  Kervéguen,  Preschez,  Teyssier  des  Farges 
et  le  baron  de  La  Gastinerie,  s'excusent  par  lettres,  de  ne  pou- 
voir être  présents  à  la  séance. 

La  parole  est  accordée  à  M.  A.  Carro,  de  Meaux,  doyen  des 
présidents  de  sections,  pour  rendre  compte  des  opérations,  qui  ont 
eu  lieu  du  13  au  20  octobre,  par  section,  pour  l'élection  h  titre 
définitif  des  membres  du  Bureau  central. 

Messieurs, 

Les  bureaux  des  cinq  sections,  dont  se  compose  la  Société 
d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts  de  Seine-et-Marne,  se  sont 
réunis  aujourd'hui,  afin  d(;  procéder  au  recensement  di'S  votes, 
pour  la  formation  du  bureau  central  définitif. 


—  33  — 

Ont  été  nommés  : 

Président,  M.  le  comte  Ad.  de  Pontégoulant  ; 

Vice-Président,  M.  Félix  Bourquelot  ; 

Secrétaire  général,  M.  Th.  Lhuillier  ; 

Trésorier,  M.  Courtois; 

Membres  de  la  commission  du  Bulletin,  MM.  Brunetde  Presle; 
—  comte  DE  Champagny  ;  —  Eighhoff  ;  —  vicomte  de  Ponton 
d'Amécourt  ;  —  vicomte  de  Fontaine  de  Resbecq. 

Membres  de  la  commission  des  Finances,  MM.  Gauthion  ;  —  de 
Corn  y;  —  Eymard. 

Ainsi,  Messieurs,  notre  Société  est  constituée.  A  l'œuvre,  donc, 
maintenant,  mes  chers  Collègues.  Le  champ  est  vaste,  il  est  riche, 
il  promet  aux  pionniers  de  la  science  plus  d'une  journée  féconde. 

Que  l'ardeur  des  jeunes  gens  s'anime  au  contact  et  à  l'exemple 
de  nombre  d'hommes  éminents  par  le  savoir,  que  nous  avons  été 
si  heureux  de  voir  se  joindre  à  nous.  Puisse  notre  patrie  compter 
dans  ses  phalanges  scientifiques  et  littéraires  une  vaillante  cohorte 
de  plus  ! 

Puisse  l'esprit  d'union  et  de  bonne  confraternité  ne  jamais 
cesser  de  régner  entre  nous;  et  enfin,  suivant  une  expression 
devenue  historique  : 

Dieu  aide  à  la  nouvelle  Société  ! 

Le  Président  provisoire  proclame  le  Bureau  définitif,  et  comme 
Président  élu,  continue  ainsi  : 

Messieurs  et  honorés  Confrères, 

Me  trouver  rangé  au  milieu  de  vous  suffisait  à  mes  vœux  ;  je 
voyais  mon  nom  associé  aux  noms  les  plus  recommandables  du 
département,  et  quel  que  fût  le  Président  que  la  Société  se  fût 
choisi,  je  me  préparais  à  l'applaudir;  mon  cœur  était  content, 
puisqu'enfin  on  ne  pouvait  m'ôter  la  preuve  éclatante  que  vous 
m'aviez  précédemment  donnée  de  votre  confiance.  J'eusse  été  fier 
encore.  Messieurs,  croyez -le  bien,  et  je  le  dis  sans  fausse  modestie, 
de  n'occuper  que  le  second  rang  à  côté  de  cet  honorable  confrère, 
auquel  a  été  donné  le  bien  rare  privilège  d'approcher  du  soleil  sans 
se  laisser  éblouir  par  l'éclat  de  ses  rayons.  C'est  de  lui  que  l'on 
peut  dire,  ce  que  le  cardinal  de  Retz  disait  de  lui-même  :  que  dans 
les  temps  de  malheurs  il  n'oublia  jamais  son  pays,  et  que,  dans  sa 
haute  position,  ses  pensées  furent  toujours  dirigées  vers  son 
bonheur  et  sa  prospérité. 

3 


—  34  — 

Vous  achevez  aujourd'hui  pour  moi,  Messieurs,  ce  que  vous 
aviez  déjà  commencé.  Ayant  généralement  reconnu  que  notre  So- 
ciété, bien  jeune  et  bien  faible,  avait  encore  besoin  de  soins  inces- 
sants, d'une  grande  activité  et  surtout  d'un  dévouement  sans 
bornes,  vous  avez  tourné  les  yeux  vers  moi  :  je  vous  en  remercie. 
C'est  cette  pensée  qui  vous  a  guidés  en  m'appelant  à  votre  tête, 
les  uns  un  peu  plus  haut,  les  autres  un  peu  plus  bas,  et  l'una- 
nimité de  vos  votes  a  fait  naître  dans  mon  cœur  les  sentiments 
de  la  plus  vive  et  de  la  plus  sincère  reconnaissance. 

Si  j'accepte,  chers  Confrères,  les  devoirs  que  vous  m'imposez, 
ce  n'est  que  comme  seul  moyen  d'acquitter  ma  dette  envers  vous, 
car  il  est  des  honneurs  qui  par  leur  nature,  et  surtout  par  la  manière 
dont  ils  sont  accordés,  enchaînent  l'obligé  sans  qu'il  puisse  jamais 
rompre  son  lien. 

L'honneur  que  vous  me  faites  laissera  dans  le  restant  de  ma  vie 
un  souvenir  ineffaçable,  dont  je  puis  tirer  un  orgueil  bien  légi- 
time; car  quelle  plus  noble  et  plus  belle  tâche,  en  effet,  Messieurs, 
que  celle  de  se  trouver  à  la  tête  et  de  présider  ces  esprits  d'élite  que 
je  vois  ici  réunis? 

Je  tâcherai,  chers  Confrères,  de  me  rendre  digne  du  poste  que 
vous  daignez  me  confier,  en  y  apportant  une  pensée  haute  et  un 
caractère  ferme,  afin  de  diriger  au  profit  de  la  Société  l'intelligence 
et  l'activité  do  ses  divers  membres,  sans  laisser  enfreindre  ses 
statuts,  ou  dépasser  les  limites  qui  s'y  trouvent  déterminées. 

Nous  eussions  été  heureux  de  voir  parmi  nous  le  premier  Admi- 
nistrateur du  Département;  il  a  fallu  qu'un  devoir  bien  impérieux 
l'appelât  à  l'extrémité  du  pays,  car  il  se  serait  empressé  de  venir 
applaudir  à  votre  naissance  :  je  sais  que  loi  était  son  désir.  Sa  pré- 
sence eût  imprimé  à  cette  séance  un  caractère  imposant,  en  prou- 
vant par  quelques  paroles.  Messieurs,  que  le  gouvernement  de 
Napoléon  III  sait  apprécier  sous  toutes  les  formes,  sous  tous  les 
titres ,  les  créations  qui  ont  pour  but  le  progrès  de  l'intelligence 
humaine.  Mais,  ne  pouvant  assister  à  l'inauguration  de  votre  So- 
ciété, il  a  délégué  ses  pouvoirs  h  M.  le  marquis  de  Cabot  de  la 
Fare,  Secrétaire  Général  de  la  Préfecture. 

Au  moment  oîi  je  vais  remplir  la  glorieuse  mission  de  vous 
porter  la  parole,  mission  que  j'ai  si  témérairement  désirée,  j'en 
ressens  toute  l'énormité  du  poids,  et  à  cet  instant,  un  mouve- 
ment de  crainte  s'empare  de  moi.  C'est  que  si  vous  avez,  chers  et 
honorés  Confrères,  le  pouvoir  de  m'élever  en  me  mettant  à  votre 
tête,  il  n'est  pas  en  votre  puissance  de  hausser  le  niveau  de  mes 


—  35  — 

faibles  talents.  Mon  émotion  est  grande  devant  vous,  Mes- 
sieurs, et  en  présence  de  ce  public  que  vous  avez  appelé  pour  être 
témoin  de  la  consécration  que  la  Société  va  recevoir  aujourd'hui. 
Gomment  n'être  pas  ému  à  la  vue  de  ces  hommes  de  bien,  de  ces 
Administrateurs  si  dévoués,  qui  consacrent  sans  relâche  toutes  les 
facultés  dont  ils  sont  doués,  à  la  ville  de  Melun,  qu'ils  ont  enrichie 
déjà  de  si  précieux  établissements,  pour  les  sciences,  les  lettres  et 
les  arts? 

Gomment  n'être  pas  intimidé  en  présence  de  ces  hommes  illus- 
tres par  leurs  travaux  scientifiques  et  littéraires,  que  j'aperçois 
dans  cette  enceinte?  J'en  vois  surgir  sur  ces  sièges  qui  ont  dirigé 
de  vastes  administrations,  qui  ont  discuté  nos  besoins,  qui 
chaque  jour  interprètent  et  expliquent  nos  lois,  qui  ont  négocié 
des  traités,  qui  commandent  nos  départements,  qui,  à  la  tête  de 
nos  régiments,  manient  avec  une  égale  et  habile  dextérité  le  sabre 
et  la  plume. 

Si  leur  présence  m'effraye,  elle  ne  m'étonne  cependant  pas,  car 
elle  prouve  que  dans  toutes  les  phases  de  ce  siècle,  les  dignités 
scientifiques  seront  toujours  recherchées  par  les  hommes  de  cœur 
et  d'esprit  :  Napoléon  était  plus  glorieux  de  son  titre  d'Académicien 
que  de  son  titre  de  Premier  Consul. 

Aujourd'hui,  comme  jadis,  les  hommes  de  savoir  sont  appelés 
aux  dignités  politiques.  Dans  le  nouveau  Sénat  comme  dans  l'an- 
cien, toutes  les  parties  de  la  science  ont  leurs  représentants.  Les 
Le  Verrier,  les  Lagrange,  les  Lebrun,  les  Thierry^  y  sont  assis  dans 
ce  moment,  comme  précédemment  les  Daubenton,  les  Volney,  les 
Laplace,  les  Lacépède,  les  Guvier,  entre  les  magistrats,  les  législa- 
teurs et  les  généraux.  Dans  ce  siècle  d'égalité,  on  ne  reconnaît  plus 
qu'une  seule  supériorité,  celle  de  l'intelligence. 

Gette  estime  accordée  à  tous  les  genres  d'utilité,  ces  honneurs 
partagés  entre  tous  les  mérites,  caractérisent  toujours  les  époques 
de  la  régénération  des  peuples  :  Tacite  était  consul  sous  Néron  ; 
Pline  commandait  sous  Trajan. 

Pardonnez  donc  à  mon  émotion  ainsi  qu'à  la  faiblesse  de  mes 
paroles,  et  soyez  bien  persuadés  que  je  n'ai  désiré  vous  entretenir 
quelques  instants,  tout  en  reconnaissant  mon  insuffisance,  que 
parce  que  j'éprouve  un  certain  plaisir,  une  certaine  satisfaction 
d'amour-propre,  à  vous  annoncer  que  vos  succès  ont  dépassé  mes 
espérances.  La  Société  compte  aujourd'hui  267  membres  fonda- 
teurs, qui  constatent  ainsi  l'heureux  résultat  auquel  nous  sommes 
parvenus. 


—  36  — 

Je  me  félicite  avec  vous,  Messieurs  et  honorés  Confrères,  de 
cette  sympathie  si  hautement  exprimée  pour  notre  Société  ;  elle 
est  une  réponse  éclatante  à  ce  repr'oche  adressé  au  département  de 
Seine-et-Marne  de  n'avoir  de  penchant  que  pour  les  intérêts  ma- 
tériels, et  de  ne  s'occuper  en  rien  des  nobles  plaisirs  de  l'âme  et  de 
la  pensée. 

Je  ne  vous  dirai  rien,  chers  Confrères,  de  l'utilité  des  Sociétés 
savantes;  le  fait  a  décidé  la  question.  Dans  tous  les  Arrondisse- 
ments de  ce  Département,  leur  influence  sur  l'intelligence  humaine 
avait  depuis  longtemps  été  justement  appréciée.  En  1838,  la  ville 
de  Melun  projetait  une  société  savante;  Meaux,  en  1840,  essayait 
de  raviver  cette  idée;  Provins,  Coulommiers,  Fontainebleau,  eu- 
rent la  même  pensée.  Donc,  la  primauté  de  l'idée  n'est  à  personne, 
ou  plutôt  elle  est  à  tous.  Mais  de  l'idée  à  l'exécution  la  distance 
est  grande,  et  l'honneur  de  l'avoir  entrepris  appartient  aux  cinq  Ar- 
rondissements, car  ils  se  trouvaient  tous  représentés  par  les  per- 
sonnes qui  se  sont  spontanément  réunies  dans  cette  enceinte  le 
16  mai  dernier.  La  gloire  d'avoir  réussi  appartient  à  vous,  chers 
Confrères,  qui,  répondant  à  l'appel  qui  vous  était  adressé,  vous  êtes 
groupés  si  subitement  et  en  si  grand  nombre  autour  des  premiers 
fondateurs. 

Si  partout,  en  France,  des  sociétés  se  forment,  si  des  réunions 
périodiques  se  tiennent  pour  encourager,  pour  diriger  le  zèle  de 
ces  chercheurs  qui  s'efforcent  à  mettre  en  évidence  les  souvenirs 
ou  les  monuments,  qui  sondent  la  terre  pour  y  chercher  les  traces 
funéraires  des  nations  qui  nous  ont  précédées ,  qui  rappellent  les 
vieilles  renommées  de  lieux,  de  personnes,  et  qui  tous,  enfin,  tâ- 
chent de  sauver  de  l'oubli  des  hommes  les  débris  de  cette  vie  na- 
tionale qu'on  ne  peut  soustraire  aux  coups  du  temps,  c'est  que  l'on 
a  généralement  reconnu.  Messieurs,  que  si  les  Universités,  si  les 
Lycées,  si  les  Collèges  professent  la  science,  les  Sociétés  savantes 
la  propagent. 

Aujourd'hui  la  science  est  cultivée  partout  et  par  tous,  même 
par  les  femmes  ;  et  notre  Société,  Messieurs,  est  fière  et  heureuse 
d'avoir  vu  s'associer  aux  fatigues  de  votre  excursion  scientifique, 
une  dame  aussi  distinguée  par  la  bonté  de  son  âme,  par  la  multi- 
plicité de  SCS  connaissances,  que  par  le  brillant  de  son  esprit.  C'est, 
Messieurs,  qu'en  France,  mais  en  France  seulement,  l'état  de  la 
société,  l'éducation  des  femmes,  leurs  intérêts,  leurs  plaisirs  mêlés 
aux  nôtres,  donnent  un  développement  complet  à  cette  intelligence 
native,  à  cette  sensibilité  mobile  qui,  chez  elles,  s'attachent  et  s'as- 


—  37  — 

socient  aux  pensées  les  plus  fortes,  aux  sentiments  les  plus  nobles 
et  aux  sensations  les  plus  tendres. 

Vous  connaissez  le  but  de  notre  Société,  Messieurs,  c'est  de  re- 
monter jusque  dans  la  barbarie  de  notre  pays,  d'examiner  tout  ce 
qu'il  a  construit,  tout  ce  qu'il  a  pensé,  tout  ce  qu'il  a  écrit;  de 
séparer  le  bon  du  mauvais  ;  dans  le  mauvais  même,  chercher  le 
bon  et  de  conserver  ce  qui  est  précieux  ;  il  a  donc  fallu  appeler  les 
Sciences,  les  Lettres,  les  Arts  à  l'aide  de  l'Archéologie,  qui  n'au- 
rait pu  suffire  à  cette  tâche. 

«Toutes les  manifestations  de  l'esprit, a  si  bien  dit  M.  Bourque- 
lot  dans  son  rapport,  sont  tellement  unies  entre  elles  par  un  lien 
commun  qu'elles  devaient  toutes  être  appelées,  toutes  être  admises 
dans  une  institution  dont  le  but  général  est  le  progrès  intellectuel.» 
Toutes  les  branches  dont  la  Société  a  formé  l'arbre  commun, 
toutes  les  branches  qu'elle  a  enlacées  dans  le  même  lien  auront 
donc  part  égale  dans  les  travaux,  part  égale  dans  la  publicité,  part 
égale  dans  les  récompenses,  tant  qu'elles  se  tiendront  dans  les  li- 
mites imposées  par  l'article  3  de  nos  Statuts,  sans  cependant  faire 
descendre  du  premier  rang  où  la  Société  l'a  placée  l'Archéologie, 
sa  fille  bien-aimée. 

Ne  soyez  pas  jaloux  de  la  préférence  que  la  Société  semble  lui 
accorder;  un  enfant  privé  de  certains  dons  de  la  nature  est  toujours 
l'enfant  préféré  par  sa  mère.  L'Archéologie  mérite  de  notre  part 
cette  prédilection,  car  elle  ne  brille  pas  beaucoup  par  ses  grâces 
extérieures.  Elle  est  bien  timide,  bien  modeste  ;  elle  fait  peu  de 
bruit  dans  le  monde,  elle  ne  vit  pas  par  la  gloire.  Ses  travaux  ne 
sont  lus  et  admirés  que  d'un  petit  nombre  d'hommes  éclairés. 
L'Archéologie  a  donc  besoin  d'être  encouragée,  d'être  aidée  et  il 
faut  lui  fournir  cette  publicité  sans  laquelle  ses  travaux  resteraient 
perpétuellement  ignorés. 

Chacun  de  vous.  Messieurs,  s'est-il  bien  rendu  compte  du  tra- 
vail d'un  Archéologue?  Qu'on  se  représente  un  mélange  confus  de 
débris  mutilés  et  incomplets,  d'inscriptions  à  demi  effacées.  Que 
l'on  se  représente  ensuite,  sous  l'habile  main  de  l'Archéologue, 
chaque  morceau  de  pierre,  chaque  portion  de  sculpture,  chaque 
débris  de  lettre  allant  reprendre  sa  place,  allant  se  réunir  à  l'autre 
morceau,  à  la  partie  à  laquelle  elle  a  dû  tenir,  et  tout  ce  monument 
détruit  depuis  tant  de  siècles  et  toutes  ces  inscriptions  presque 
entièrement  illisibles,  se  reconstruisent  dans  leur  forme,  leur  ca- 
ractère, leur  signification;  on  assiste,  enfin,  à  une  résurrection 
monumentale  opérée  à  la  voix  de  la  science  et  du  génie. 


—  38  — 

L'Archéologie  marche  bien  lentement  et  souvent  à  tâtons,  mais 
ses  pas  sont  presque  toujours  assurés.  Elle  est  une  science  pour 
ainsi  dire  certaine,  positive.  Chez  elle  l'imagination  a  peu  d'em- 
pire. Il  devrait  bien  en  être  ainsi  dans  toutes  les  autres  sciences. 
On  devrait  se  lasser  de  deviner  presque  sans  cesse  maladroitement, 
en  se  persuadant  bien  que  ce  qu'on  imagine  est  toujours  au-des- 
sous de  ce  qui  existe. 

Mais  cette  réunion  de  toutes  les  Sciences,  de  toutes  les  Lettres  et 
de  tous  les  Arts  que  nous  avons  formée  autour  de  l'Archéologie  a 
peut-être  lieu  de  vous  inquiéter;  car,  dans  ce  rassemblement,  tout 
semble  au  premier  abord  devoir  plutôt  se  heurter  que  se  confondre. 
Ne  craignez  rien  :  les  Sciences,  les  Lettres,  les  Arts  feront  chez 
nous  bon  ménage,  car  ils  devront  pour  leur  commun  intérêt  se 
trouver  en  rapports  continuels  de  prêts  et  d'emprunts.  Les  échanges 
mutuels  réconcilieront  avec  les  uns  et  les  autres  les  différents  es- 
prits dont  se  compose  notre  Société.  Ces  échanges  rendront  les 
Sciences  aimables  aux  esprits  légers,  les  Lettres  attrayantes  pour 
les  esprits  solides.  Ceux-ci  ne  seront  plus  effarouchés  par  des  des- 
criptions savantes,  étant  embellies  des  parures  que  l'esprit  peut 
leur  prêter.  Ceux-là  goûteront  moins  difficilement  des  productions 
imaginaires  qui  ne  consacreront  plus  des  erreurs  ou  des  impossi- 
bilités. 

Les  Lettres  nesont-elles  pas  sœurs  de  l'Archéologie? Comme  elle, 
les  Lettres  ne  vivent-elles  pas  sans  cesse  sur  le  passé  ?  Les  trésors 
de  l'antiquité  seraient  à  jamais  perdus  sans  les  Lettres  qui  nous  les 
ont  conservés,  et  si  nous  voyons  tous  les  siècles  illustrés  par  les 
Arts  vivre  encore  dans  l'âge  présent,  c'est  aux  Lettres  qu'on  le  doit. 
Les  véritables  savants  qui  reconnaissent  les  services  que  les  Let- 
tres rendent  aux  sciences,  savent  les  honorer  et  même  les  cultiver 
avec  succès.  Mais  les  demi-savants,  toujours  plus  empressés  de 
disputer  la  supériorité  que  de  la  mériter,  trouvent  plus  commode 
de  décrier  la  littérature,  au  lieu  de  lui  emprunter  les  moyens  de  se 
laire  lire,  et  s'attirent  avec  justice  ces  mots  de  M.  Amédée 
Thierry,  dans  son  rapport  à  la  réunion  des  Délégués  des  Sociétés 
savantes  à  la  Sorbonne  :  «  En  écoutant  vos  lectures,  disait-il,  en 
lisant  les  mémoires  de  vos  sociétés,  en  parcourant  vos  livres,  le 
Comité  a  été  souvent  frappé  des  rares  qualités  littéraires  qui  s'y 
rencontrent.  On  dirait,  ajoutait-il,  que  dans  quelque  coin  reculé  de 
notre  belle  France  s'est  réfugié  le  secret  de  la  langue  du  dix-septième 
siècle,  ce  noble  idiome,  clair^  simple,  nerveux,  que  nous  dénaturons 
aujourd'hui  par  un  jai^gon  prétentieux  et  barbare.  » 


—  39  — 

Souvenons-nous  surtout,  Messieurs,  que  les  Lettres  ont  sou- 
vent contribué  à  l'expansion  du  savoir  :  Fontenelle,  Bailly,  Buffon, 
Guvier,  Lacépède,  Arago,  Biot  et  tant  d'autres,  ne  furent-ils  pas 
en  partie  redevables  de  leurs  succès  au  talent  qu'ils  ont  montré 
pour  les  Lettres?  N'oublions  pas  que  les  productions  du  génie  ne 
se  conservent  chez  une  nation  que  lorsqu'elles  sont  confiées  à  une 
langue  épurée. 

L'Archéologie ,  les  Sciences,  les  Lettres  et  les  Arts  ont  donc 
droit  également  à  la  reconnaissance  des  hommes.  Tous  se  doi- 
vent un  mutuel  appui,  car  tous  marchent  ensemble  vers  le  même 
but,  qui  est  l'amélioration  de  l'espèce  humaine.  Les  savants,  les 
.archéologues,  les  écrivains,  les  artistes  sont  frères,  et  si  l'égalité 
doit  régner  quelque  part  sur  la  terre,  c'est  surtout  dans  l'empire 
des  sciences,  des  lettres  et  des  arts,  auquel  on  a  donné,  avec 
quelque  raison,  le  nom  de  république.  Les  anciens.  Messieurs , 
rendaient  un  culte  égal  aux  neuf  Muses.  Jamais  aucune  d'elles 
ne  fut  préférée  aux  autres,  ni  dans  les  temples,  ni  dans  les  lycées, 
et  nous  ne  saurions  mieux  faire,  je  crois,  que  d'imiter  les  anciens. 
.  Ainsi  donc,  travaillons  tous,  sans  aucune  rivalité,  au  grand 
œuvre  que  la  Société  a  entrepris.  Mais  ne  perdons  jamais  de  vue 
dans  nos  travaux  que  trois  choses  sont  indispensables  pour  cultiver 
avec  succès  l'esprit  d'une  nation  :  c'est  le  savoir  que  donne  l'édu- 
cation, le  gé7ue  qui  produit  et  la  réflexion  qui  observe. 

Souvent  une  population,  comme  celle  parmi  laquelle  nous  vi- 
vons, possède  depuis  longtemps  des  chefs-d'œuvre  d'art,  des  mo- 
numents précieux  par  leur  antiquité,  des  inscriptions  intéressantes 
pour  l'histoire  sans  être  encore  capable  de  les  apprécier,  de  les  ad- 
mirer. C'est  un  don  qu'elle  doit  acquérir,  c'est  un  don  que  les 
hommes  érudits  de  notre  Société  sont  appelés  à  lui  communiquer 
par  des  travaux  où  se  trouveront  unis  le  savoir,  le  génie  et  la  re- 
flexioji. 

Mais,  Messieurs,  l'esprit  n'est  pas  infaillible,  le  génie  lui-môme 
peut  quelquefois  s'égarer;  souvent  il  manque  de  vue  pour  atteindre 
à  la  perfection  dont  il  a  les  moyens,  qui  parfois  lui  échappent. 
C'est  pour  cette  raison  que  la  Société  a  créé  dans  son  sein  une 
Commission  dite  du  Bulletin  qui  est  à  la  fois  le  conseil,  la  critique  et 
la  censure  de  la  Société.  Vous  avez  pu  remarquer,  Messieurs,  avec 
quel  soin  la  Société  a  choisi  les  personnes  auxquelles  doit  être 
confiée  cette  grave  mission  ;  elles  sauront  y  apporter,  n'en  doutez 
pas,  des  intentions  dignes  de  son  objet. 

C'est  cette  critique,  ou  ce  conseil,  comme  on  voudra  l'appeler, 


—  40  — 

qui  doit  encourager  tous  nos  confrères  et  les  soutenir  dans  leurs 
premiers  travaux.  Elle  doit  également,  cette  Commission,  rappeler 
à  la  stricte  observance  des  limites  et  des  vues  de  la  Société  ces 
esprits  prompts  à  s'emporter  et  à  sortir,  malgré  eux,  de  la  voie  in- 
diquée; il  lui  laudra  aussi  ramener  il  la  vérité  l'esprit  qui  s'égare, 
en  étendant  sa  raison,  en  perl'ectionnant  son  goût.  Cette  Commis- 
sion devra  quelquel'ois  arrêter  un  Conlrère  trop  prolixe  dans  ses 
travaux,  pénétrer  enfin  jusqu'aux  causes  de  toutes  les  imperfec- 
tions. Mais  son  plus  grand  travail  sera,  je  le  crains  fort,  celui  de 
stimuler  le  zèle  de  quelques  travailleurs  ;  car,  ne  nous  le  dissimu- 
lons pas,  si  l'esprit  est  prompt,  la  main  est  presque  toujours  pa- 
resseuse. 

Elle  est  belle,  elle  est  grande,  la  tâche  qu'auront  à  remplir  les 
membres  de  cette  Commission  ;  mais  pour  la  remplir  il  ne  leur 
faut  pas  seulement  du  génie,  il  leur  faut  encore  cette  aptitude  qui 
ne  s'acquiert  que  par  ces  impressions  et  ces  réflexions  que  le  talent 
seul  sait  faire  naître.  Vous  avez  entendu  proclamer  les  membres 
distingués  de  cette  Commission,  et  vous  avez  tous,  chers  Con- 
frères, applaudi  h.  leurs  noms,  ce  qui  nous  prouve  qu'on  ne  pou- 
vait mieux  choisir. 

Travaillons  donc,  Messieurs,  dans  la  crainte  de  ce  tribunal 
équitable  ;  travaillons,  comme  dit  Cicéron,  aux  choses  pour  les- 
quelles nous  avons  le  plus  d'aptitude  :  Ad  qum  res  aptissimi  eri- 
inus,  in  lis  potissimum  elaborabimus.  Nos  coudées  sont  franches  ; 
car  la  Société,  en  nous  admettant  tous,  n'a  pas  adopté  toutes  nos 
idées,  ni  toutes  nos  paroles;  elle  n'en  prend  point  la  responsabi- 
lité. Chacun  de  nous,  en  entrant  ici,  reste  lui-même;  la  Société 
n'a  demandé  à  personne  le  sacrifice  de  sa  liberté.  Travaillons  donc 
sans  relâche.  Ainsi  se  formera  la  culleclion  de  notre  Bulletin,  ré- 
ceptacle officiel  de  nos  travaux;  il  gagnera  par  le  choix  ce  qu'il 
perdra  peut-être  par  le  nombre. 

Vos  ateliers  à  peine  formés  donnent  déjà  signe  d'existence.  La 
section  do  Melun,  si  savamment  présidée  par  M.  E.  Grésy,  a  fourni 
plusieurs  mémoires  dont  vous  entendrez  tout  à  l'heure  la  lecture. 
Nous  regrettons  vivement  que  l'aridité  du  sujet  et  la  longueur 
du  travail  nous  aient  empêché  de  \ûus  communiquer  un  très-bon 
mémoire  de  M.  Leguay  sur  les  sépultures  de  Vôge  arcficologique  de 
la  pierre  chez  les  Parisii,  mais  ce  mémoire  occupera  une  belle  place 
dans  votre  prochain  Bulletin.  M.  Leguay,  membre  distingué  de 
la  Société  d'Anthropologie  de  Paris,  est  une  précieuse  acquisition 
pour  notre  Société. 


—  44  — 

La  section  de  Meaux  ne  tardera  pas  h  se  faire  connaître,  car 
cette  section,  qui  a  pour  président  M.  A.  Garro,  si  honorablement 
connu  des  sociétés  savantes,  possède  un  fonds  de  travailleurs 
distingués  que  recommandent  déjà  de  précieux  travaux. 

Nous  avons  à  vous  signaler  un  discours  remarquable  de  M.  Jules 
David,  président  de  la  section  de  Fontainebleau  :  c'est  une  œuvre 
littéraire  écrite  avec  un  soin  et  une  élégance  que  l'on  ne  rencontre 
que  rarement  aujourd'hui.  Le  projet  dont  il  est  le  sujet  est,  il  est 
vrai,  bien  vaste;  mais  s'il  ne  réussit  pas  dans  toutes  ses  parties, 
il  restera  à  la  section  de  Fontainebleau  l'honneur  de  l'avoir  entre- 
pris, et  à  son  président  celui  de  l'avoir  conçu. 

La  section  de  Coulommiers  vient  d'être  organisée,  et  celle  de 
Provins  le  sera  prochainement.  Ne  craignez  rien  de  ce  retard  ; 
quand  des  ateliers  ont  dans  leurs  rangs  des  hommes  d'une  réputa- 
tion de  savoir  si  grandement  répandue  et  si  justement  méritée  que 
celles  de  M.  Anatole  Dauvergne  et  de  M.  Félix  Bourquelot,  ces 
ateliers  ne  sauraient  longtemps  chômer. 

A  l'œuvre  donc,  chers  Confrères,  ne  nous  arrêtons  pas,  car  notre 
siècle  n'est  pas  un  temps  de  repos;  les  choses  et  les  idées  mar- 
chent, et  marchent  bien  vite.  Une  pensée  d'émulation  nous  réunit 
aujourd'hui  pour  confondre  dans  un  même  but  les  Sciences,  les 
Lettres  et  les  Arts;  ayons  foi  dans  cette  pensée.  Poursuivons  notre 
œuvre  avec  ardeur,  elle  est  bonne  en  elle-même,  elle  convient  h 
notre  temps  ;  elle  sera,  n'en  doutez  pas,  féconde  en  jouissances  et 
en  utiles  résultats. 

Mais  toute  science,  tout  art,  ne  fait  des  progrès  que  par  la  dis- 
cussion :  Du  choc  des  opinions  sort  l'étincelle.  La  lutte  et  le  libre 
arbitre  sont  choses  excellentes,  cependant,  nous  engageons  les  lut- 
teurs à  n'oublier  dans  aucune  occasion  que  la  raison  ne  triomphe 
jamais  qu'avec  l'aide  du  calme  et  de  la  modération.  Ménageons, 
chacun  de  nous,  l'amour-propre  d'autrui  et  souvenons-nous  tou- 
jours que  l'amour-propre  froissé  est  un  germe  de  dissolution  fatal 
à  toutes  les  sociétés. 

Nous  aurions  désiré,  chers  Confrères,  pouvoir  aujourd'hui  vous 
présenter  un  sujet  de  concours.  Mais  nos  ressources  financières  ne 
nous  permettent  pas  encore  de  satisfaire  à  cette  partie  de  notre 
programme.  Travailler  tous  porr  tous,  telle  a  été  la  pensée  mère  qui 
a  présidé  à  la  naissance  de  la  Société,  cependant  elle  ne  peut  mar- 
cher que  selon  ses  moyens.  Si  la  Société  eût  suivi  les  errements  de 
beaucoup  d'autres  réunions  du  môme  genre,  elle  eût  pu,  sans 
doute,  solliciter  et  obtenir,  à  l'aide  de  diplômes  d'honneur,  de  puis- 


—  42  — 

santcs  et  productives  protections  ;  elle  ne  l'a  pas  voulu.  La  Société 
a  cru  devoir  user  de  ses  propres  forces,  vivre  de  sa  propre  vie  ; 
elle  a  pensé  qu'il  y  avait  là  un  courageux  et  bon  exemple  à  donner. 

C'est  à  cette  pensée  que  la  Société  doit  sa  parfaite  égalité.  Dès 
ses  premiers  pas,  elle  a  trouvé  des  personnes  éra inentes  qui  se  sont 
attachées  à  elle.  Mais  pourquoi  l'ont-elles  fait?  Pourquoi  conti- 
nuent-elles à  le  faire?  C'est  parce  que  notre  but,  la  simplicité, 
la  franchise  et  la  loyauté  de  nos  moyens  ont  mérité  leur  approba- 
tion ;  c'est  enfin  que  la  Société  a  su  conquérir  leur  estime. 

Je  termine ,  Meseieurs ,  en  vous  priant  de  nous  pardonner 
d'être  sortis  dans  nos  lectures  des  limites  imposées  par  nos  Sta- 
tuts :  tous  nos  travaux  doivent,  y  est-il  dit,  se  rapporter  à  notre 
pays  ;  mais  ils  eussent  été  trop  arides  pour  satisfaire  aux  exigences 
d'une  séance  publique,  et  il  nous  a  fallu  puiser,  pour  varier  nos 
lectures,  dans  le  portefeuille  de  nos  Confrères,  qui  se  sont  em- 
pressés, h  notre  appel,  de  détacher  quelques  feuillets  de  leurs  an- 
ciens travaux. 

Je  vous  remercie,  Messieurs  tous  ici  présents.  Confrères  et 
invités,  de  la  patience  avec  laquelle  vous  avez  bien  voulu  m'é- 
couter.  Mais  permettez-moi  cependant,  d'ajouter  encore  quelques 
mots,  ou  plutôt  joignez-vous  tous  h  moi  pour  adresser  publi- 
quement à  MM.  les  Maires  des  villes  de  Coulommiers,  Fontai- 
nebleau, Meaux,  Melun  et  Provins,  les  remercîments  bien  sin- 
cères de  la  Société  pour  l'hospitalité  qu'ils  ont  bien  voulu  accor- 
der à  nos  diverses  Sections.  Ils  ont  pensé,  sans  doute,  ces  hono- 
rables fonctionnaires,  qu'en  aidant  une  Société  dont  le  but  est 
de  propager  l'instruction,  c'était  encore  se  rendre  utile  à  leurs  ad- 
ministrés. Exprimons  spécialement  à  M.  le  Maire  de  la  ville  de 
Melun  et  à  MM.  ses  Adjoints  notre  vive  reconnaissance  pour  le 
concours  actif  qu'ils  ont  bien  voulu  apporter  h  l'organisation  de 
cette  réunion. 

Ce  serait  nous  montrer  ingrats,  chers  Confrères,  si  nous  n'avions 
aussi  quelques  paroles  de  gratitude  pour  messieurs  les  Éditeurs 
des  journaux  du  département,  qui  tous,  sans  aucune  exception, 
se  sont  spontanément  empressés  de  mettre  les  colonnes  de  leurs 
feuilles  h  notre  disposition. 

La  Société  a  vu  avec  peine  M.  Gabriel  Leroy  refuser  la  candi- 
dature de  Secrétaire  général  ;  elle  ne  saurait  oublier  que  c'est  à  ses 
soins  incessants  qu'elle  doit  sa  prompte  organisation.  Je  m'em- 
presse au  nom  de  la  Société  d'exprimer  à  M.  Leroy  toute  sa 
reconnaissance. 


—  43  — 

Je  termine  enfin,  chers  et  iionorés  Confrères,  en  vous  demandant 
pour  moi  l'attachement  que  j'ai  pour  vous.  Je  n'accepterais  pas, 
Je  vous  le  déclare,  la  place  importante  où  vous  m'avez  élevé  si 
vous  ne  me  promettiez  d'environner  de  votre  confiance  et  de  vos 
conseils  votre  Président,  votre  confrère,  et  de  plus,  votre  ami. 

M.  PoYEZ;,  maire  de  la  ville  de  Melun,  demande  et  obtient  la 
parole  : 

Messieurs, 

Décidément,  nous  vivons  dans  un  siècle  de  miracles!...  Na- 
guôres,  chose  inouïe  dans  les  fastes  de  notre  modeste  cité,  au  mi- 
lieu des  merveilles  d'une  grande  fête  agricole,  une  Exposition  des 
beaux-arts,  créée  sous  l'inspiration  généreuse  du  fondateur  de  notre 
Musée,  se  produisait  déjà  grande  et  belle  à  nos  yeux  étonnés  ;  et 
voilà  qu'au  même  instant  la  même  pensée  nous  dote,  en  quelques 
jours,  d'une  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts!... 
Non,  ce  n'est  pas  un  rêve  :  cette  Société  est  parfaitement  vivante, 
parfaitement  viable  ;  elle  grandit  à  vue  d'œil,  et  ceux  qui  l'ont  mise 
au  jour  se  chargent  de  son  avenir... 

Honneur  à  vous.  Messieurs!  et  surtout  honneur  à  vous,  Mon- 
sieur le  Président,  qui  êtes  son  père,  qui  saurez,  certainement, 
par  votre  dévouement  si  actif  et  si  intelligent,  lui  assurer  une  heu- 
reuse existence.  Vous  avez  sacrifié  vos  soins  à  son  enfance  ;  sa  jeu- 
nesse est  confiée  à  votre  affection;  nous  espérons  donc  qu'elle 
grandira  sans  subir  les  épreuves  quelquefois  pénibles  de  l'âge 
mûr,  et  que  nous  la  verrons,  rayonnante  de  beauté,  réaliser  ses 
glorieuses  destinées.  Merci,  Messieurs,  de  lui  avoir  donné  Melun 
pour  berceau  !  Nous  l'entourerons  de  nos  soins  les  plus  assidus, 
les  plus  affectueux,  et  notre  ville  sera  toujours  fière  d'être  sa  mère 
adoptive...  Je  ne  veux  pas,  Messieurs,  garder  la  parole  bien  long- 
temps, encore  moins  faire  de  l'archéologie;  j'en  suis  incapable,  et 
je  suis  trop  pressé,  comme  vous,  d'entendre  la  voix  de  ceux  qui 
veulent  bien  illustrer  cette  séance  solennelle.  Mais  je  ne  puis  ré- 
sister au  désir  de  rappeler  ici  un  souvenir  historique  qui  nous  ho- 
nore, et  qui  confirmera,  surtout  pour  les  antiquaires,  le  choix  que 
vous  avez  fait,  pour  être  le  siège  de  votre  Académie,  de  notre  an- 
tique et  noble  cité,  entre  les  villes  qui  pouvaient,  assurément,  à 
mérite  égal,  prétendre  à  cette  faveur.  C'est  là  qu'au  douzième 
siècle  existait,  comme  dit  notre  vieux  Sébastien  Rouillard  «  la  fa- 


_  44  — 

)  meuse  Université  de  Melun,  fondée  en  ce  temps  par  le  grand  et 

>  célèbre  Pierre  Abaielard,  miracle  de  son  âge,  en  toutes  sciences, 
)  le  docteur  universel,  l'homme  qui  sçavoit  tout,  l'homme  qui  n'i- 

>  gnoroit  rien,  fùst-il  là  hault  au  ciel,  fùst-il  là-bas  au  profond 

>  des  abysmes;  »  et  ce  n'est  pas  sans  orgueil,  je  le  confesse,  que 
e  lisais  dans  notre  naïf  historien  :    u  qu'Abaielard,  voulant  faire 

')  contre-carre,  et  fonder  une  académie  ou  université  qui,  par 
I)  œmulation,  combattit  pair  à  pair  avec  celle  de  Paris,  qui  bril- 
loit  alors  en  sa  clarté  la  plus  vive,  sous  l'intendance  et  authorité 
i)  de  messire  Guillaume  de  Ghampeaux,  il  se  transporta  à  cette 
fin  en  la  ville  de  Melun,  à  cause  qu'il  n'y  en  avoit,  pour  lors, 
aucune  plus  célèbre,  d'autant  que  le  roy  Louys  le  Jeune  y  tenoit 
en  pompe  sa  cour  ordinaire  :  que  là  demeuroient  à  sa  suite  les 
princes  et  seigneurs  des  premiers  du  Royaume  et  grande  af- 
fluence  do  prœlats  :  que,  pour  ces  considérations,  ainsi  qu'Abaie- 
lard le  raconte  lui-même  en  une  sienne  Epistre  à  sa  chère  dame 
Eloyse,  il  avoit  fait  choix  d'icelle  ville,  alors  siège  Royal; 
que  là,  s'estant  mis  à  lire,  et  le  bruit  en  estant  couru  au  loing, 
soudain  s'y  fit  un  tel  concours  d'escholiers,  de  Paris  mesmes  et 
autres  villes  de  France,  voires  d'Angleterre,  d'Allemagne,  de 

>  Flandre,  d'Italie  et  autres  provinces  plus  éloignées  que  c'étoit 
assez  pour  remporter  gloire  du  sçavant,  d'avoir  étudié  sous 
Abaielard,  en  l'université  de  Melun.  » 

Notre  ville  n'a  plus,  hélas  !  son  château  Royal,  ni  le  Roy,  ni 
même  les  princes  et  seigneurs,  ni  les  prélats,  mais  elle  a  conservé 
ses  vieilles  traditions  de  loyauté,  ses  vertus,  et,  avant  tout,  son 
excellent  cœur.  Je  n'ose  pas  vous  promettre.  Monsieur  le  Prési- 
dent, malgré  tout  votre  mérite  et  la  pléiade  brillante  de  vos  colla- 
borateurs, que  vous  verrez,  comme  Abeilard,  accourir  autour  de 
vous  les  enfants  de  l'Angleterre,  de  l'Allemagne  et  de  l'Italie; 
mais  ce  que  je  puis  vous  affirmer,  c'est  que  vous  y  trouverez  tou- 
jours de  bons  Français,  et  des  Melunais  dévoués... 

Pardonnez-moi,  Messieurs,  et  vous  aussi.  Mesdames,  qui  êtes 
venues  prouver,  une  fois  de  plus,  dans  cette  grave  réunion  de  sa- 
vants et  de  lettrés,  que  notre  cité  n'est  pas  seulement  bonne  et 
hospitalière,  mais  que  sa  population  est  belle  et  gracieuse,  pardon- 
nez-moi de  dire  encore  un  seul  mot.  Vous  le  savez,  on  aime  à 
parler  de  ceux  qu'on  aime,  et,  honni  soit  qui  mal  y  pense,  ma 
ville  m'est  très-chère!... 

Rouillard,  parlant  de  Melun,  «  sa  chère  patrie,  qui  avoit  pour 
))  lui  un  philtre  si  attrayant,  un  charme  de  si  violent  amour,  » 


—  45  — 

rapporte  dans  son  histoire  ((ce  vieil  huictain  composé  pour  le  vray 
»  blason  des  armoiries  de  cette  ville  : 


»  Melvn  je  sui^,  qui  eus  à  ma  naissance 
»  Le  nom  d'Isis,  comme  des  vievx,  on  sçait. 
»  Sy  fvt  Paris,  constrvit  à  ma  semblance, 
»  Mille  et  vn  ans  depvis  qve  je  fvs  faict, 
»  Dire  me  pvis,  sur  les  villes  de  France, 
»  Pauvre  de  biens,  riche  de  loyauté: 
»  Qv'^  par  lîi  guerre,  ay  eu  mainte  souffrance, 
»  Et  par  la  faim,   de  maints  rats  ay  tasté.  » 

((  Par  cette  prososopœe,  continue  l'historien,  on  faict  dire  à 
))  Melun  qu'il  fut  basty  mille  et  un  ans  devant  Paris  ;  s'y  n'y  ha 
))  de  la  raison,  au  moins  il  y  ha  de  la  ryme,  de  Melun  à  mille  et 
»  nn  ;i)  et  le  bon  Rouillard  s'évertue  à  rechercher  l'origine  du  nom 
de  ((  sa  terre  natale,  au  milieu  du  reste  des  cendres  de  l'antiquité 
»  ravivées  ou  rallumées  par  l'ardeur  du  génie  domestique  qui 
»  l'ayme  et  l'honore.  » 

Quant  à  nous.  Messieurs,  sans  remonter  jusqu'au  patriarche 
Noé,  que  notre  historien  fait  voyager  dans  les  Gaules,  et  peut-être 
jusqu'à  Melun  ;  sans  même  rechercher  avec  lui  dans  Platon  ou  Jo- 
sèphe,  s'il  est  bien  vrai  que  «  les  peuples  ayant  la  mémoire  récente 
«  du  déluge,  de  crainte  d'iceluy  à  l'avenir,  choisirent  les  mon- 
«  tagnes  pour  y  fonder  leurs  villes,  et  que  Melun  aurait  été  ainsi 
((  basti  par  les  enfants  et  arrière-nepveux  de  Japhet,  fils  de  Noé  » 
nous  croyons  que  l'étymologie  de  ce  nom  est  facile  à  trouver,  et 
nous  livrons  cette  invention  au  jugement  de  notre  savante  Société  : 
Melodunum,  le  Melun  actuel,  vient,  à  notre  avis,  de  deux  mots 
anciens  :  Mel,  mot  latin,  miel,  melo  par  euphonie,  dun,  mot  cel- 
tique, dîinum,  en  latin,  château,  dune  ou  colline;  colline  de  miel, 
ainsi  nommée  par  figure,  à  cause  du  charme  de  sa  délicieuse  posi- 
tion sur  les  bords  de  la  Seine,  sur  les  rives  fertiles  de  ce  fleuve 
paisible  en  son  cours,  qui,  dans  ses  gracieux  méandres,  embrasse 
avec  amour  cette  riche  contrée  qu'il  semble  ne  quitter  qu'à  regret  ; 
peut-être  aussi  à  cause  de  la  douceur  et  de  l'aménité  de  s^s  pre- 
miers habitants... 

Voilà,  Messieurs,  le  siège  de  votre  Société.  .Je  n'oserais  pousser 
la  prosopopée  jusqu'à  vous  dire  que  le  miel  et  le  lait  y  coulent  en 
abondance;  mais  j'aime  à  maintenir  à  ma  ville  chérie  la  bonne 
renommée  que  lui  a  faite  son  premier  historien.  Oui,  si  Melun  est 
pauvre  de  biens,  il  est  riche  de  loyauté,  de' sentiments  généreux, 


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—  47  — 


LISTE 


DES 


MEMBRES  FONDATEURS  DE  LA  SOCIÉTÉ. 


Messieurs  (1), 

C      Adam,  ancien  notaire,  propriétaire,  à  Goulommiers. 

F      AiGOiN,  conservateur  des  hypothèques,  à  Fontainebleau. 

F      Albert,  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

Mx   Allou  (Mgr.  Auguste),  évoque  du  diocèse  de  Meaux. 

M     Aude,  conseiller  d'arrondissement,  maire  de  Chaumes. 

M^  AvÈNE  (Baron  d'),  maire  de  Villemareuil,  président  de  la 
Société  d'horticulture  de  Meaux,  au  château  do  Brinchea, 
par  Trilport  (Seine-et-Marne). 

C  AvÈNE  DE  Fontaine  (le  vicomte  d'),  propriétaire,  à  Gou- 
lommiers. 

M     Ballu,  docteur  en  médecine,  h  Melun. 

Al     Bancel  fils,  docteur  en  médecine,  à  Melun. 

C  Barbier  (L.),  conservateur  et  administrateur  de  la  Biblio- 
thèque du  Louvre,  à  Paris. 

F      Bardot,  chef  d'institution,  à  Nemours. 

M  Bareiller  (P.)j  propriétaire  à  Boissise-le-Roi ,  par  Pon- 
thierry. 

Mx   Barigny  (Arsène),  architecte  à  Meaux. 

F      Baude,  propriétaire  à  Fontainebleau. 

G      Baulny  (Fcrnand  Ogier  de),  propriétaire,  à  Goulommiers. 

G  Baulny  (Gaston  Ogier  de),  propriétaire,  à  Goulommiers,  et 
à  Paris,  rue  du  Bac,  40. 

G  Bayard  (Adolphe),  maire  de  Maisoncelles,  par  Grécy  (Seine- 
et-Marne),  et  c\  Paris,  rue  Neuve-des-Mathurins,  108. 


(1)  Les  lettres  qui  précèdent  les  noms  indiquent  les   sections   dont   les  membres 
font  partie.  C,  Goulommiers;  F,  Fontainebleau;  Mx,  Meaux  ;  M,  Melun  ;  P,  Provins. 


—  48  — 

M  Beauverger  (le  baron  de),  député  de  Seine-et-Marne  au 
Corps  législatif,  membre  du  Conseil  général,  ?i  Chevry- 
Cossigny,  par  Brie-comte-Robert  (Seine-et-Marne),  et  à 
Paris,  rue  Saint-Georges,  2  bis. 

F  Beauvilliers  (Maxime),  membre  de  plusieurs  Sociétés  sa- 
vantes, à  Fontainebleau. 

M»   Bécheret  (l'abbé),  curé  de  Monthyon,  par  Meaux. 

F      Bellom,  ingénieur  des  ponts  et  chaussées,  à  Fontainebleau. 

M  Bernard,  chef  de  bureau  à  la  Préfecture  de  Seiae-et-Marne, 
aux  Fourneaux,  par  Melun. 

M  Bernardin  (Camille),  secrétaire-général  des  Sociétés  d'horti- 
culture de  Coulommiers,  Melun-Fontainebleau,  avocat,  à 
Brie-comte-Rober  t . 

M  Béthisy  (Marquis  de),  ancien  pair  de  France ,  maire  de 
Mormant,  rue  de  l'Université,  53,  à  Paris,  et  au  château 
de  Brossoy,  par  Mormant  (Seine-et-Marne). 

Mi    Blavette  (de),  au  château  de  Montceaux,  par  Trilport. 

F  Blondeau,  notaire,  membre  du  conseil  d'arrondissement,  à 
Vûulx,  canton  de  Lorrez-le-Bocage. 

P  BoBY  de  la  Chapelle,  ancien  préfet,  membre  du  Conseil 
général,  à  Provins. 

M  Bonneuil  (comte  de),  membre  de  la  Société  française  d'ar- 
chéologie, au  château  de  Montjay,  commune  de  Bombon, 
par  Mormant,  à  Pa  ris,  rue  Saint-Guillaume,  .31. 

G  BouiLLH  (le  comte  de),  propriétaire,  au  château  de  Dam- 
martin-sur-Tigeaux. 

F      BouiLLY,  juge  d'instruction,  à  Fontainebleau. 

F      Bourges  (Ernest),  imprimeur,  à  Fontainebleau, 

P  BouRQUELOT  (Félix),  professcur  à  l'École  des  Chartes,  mem- 
bre de  la  Société  des  antiquaires  de  France,  à  Paris,  rue  du 
llelder,  12,  et  à  Provins. 

P  BouRQUELOT,  (Emile),  adjoint  au  maire  et  bibliothécaire,  à 
Provins. 

F  BouTHiLLiER  (vicomtc  de),  président  du  tribunal  de  Fontai- 
nebleau . 

F      Brunet-Huart,  artiste  peintre,  ;\  Fontainebleau. 

P  Brunet  de  Presle,  membre  de  l'Institut,  professeur  à 
TEcole  des  Langues  orientales,  ii  Paris,  rue  des  Saints- 
Pères,  61,  et  à  Parouzeau,  commune  de  Vimpelles,  par 
Don nema rie  (Seine-et-Marne). 

P      Burin,  instituteur,  à  Saint-Just,  par  Nangis. 


—  49  — 

M'^    Galland,  ingénieur  civil,  h  Beau-site,  près  Jouarre. 

M»  Carro  (A.),  bibliothécaire  de  la  ville  de  Meaux,  correspon- 
dant du  ministère  de  l'instruction  publique  pour  les  tra- 
vaux historiques  et  de  la  Société  des  antiquaires  de  France, 
à  Meaux. 

M*   Carro  (Jules),  imprimeur,  à  Meaux. 

F      Gauthion,  avoué,  adjoint  au  maire,  à  Fontainebleau. 

M»  Gavé,  propriétaire  au  château  de  Gondé-Sainte-Libiaire,  par 
Gouilly. 

M*  Gère,  (P.),  ancien  préfet,  directeur  de  la  colonie  de  Monte- 
vrain,  à  Montevrain,  par  Lagny. 

M  Ghampagny  (comte  de),  à  Trois-Moulins,  par  Melun,  et  à 
Paris,  rue  Saint-Dominique,  74. 

F  Ghampollion-Figeac  (J.-J.),  correspondant  du  ministère  de 
l'Instruction  public  pour  les  travaux  historiques,  bibliothé- 
caire du  palais,  à  Fontainebleau. 

G  Gharnacé  (Paul  de),  conseiller  à  la  Gour  impériale  de  Paris, 
rue  Saint-Paul,  15,  et  au  château  d'Aulnoy,  par  Cou- 
lommiers. 

G      Ghemin,  maire,  à  Saints,  par  Goulommiers. 

F      Ghennevière,  bibliothécaire  de  la  ville,  à  Fontainebleau. 

F      Gircourt  (comte  Arthur  de),  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

F  Glaverie,  membre  du  Gonseil  d'arrondissement,  à  Fontaine- 
bleau. 

M*  Gochet,  imprimeur,  à  Meaux. 

F      GoLBRANDT,  à  Fontainebleau. 

M»  Golombel  (A.  de),  membre  du  Gonseil  d'arrondissement,  à 
Annet-sur-Marne,  par  Glaye-Souilly. 

M''   GoNTESSE,  propriétaire,  ù  Yillenoy,  par  Meaux. 

F  GoRNY  (de),  receveur  particulier  des  finances,  à  Fontaine- 
bleau. 

M     GosTEAU,  notaire,  à  Melun. 

M    GoTELLE  (Amand),  artiste  peintre,  à  Melun. 

M    GouRTOis,  adjoint  au  maire,  directeur  du  Musée,  à  Melun. 

G      Grévot,  notaire  et  maire,  à  La  Ferté-Gaucher. 

M  Damour  (Léon),  attaché  au  Gabinet  du  Ministre  de  l'Inté- 
rieur, h  Paris,  rue  La  Bruyère,  8. 

M     Dardenne  fils,  licencié  en  droit,  à  Melun. 

F      Daridan,  propriétaire,  h  Fontainebleau. 

G      Dauvergne  (Anatole),  peintre  d'histoire,  membre  non  rési- 
dant du  Gomité  Impérial   des  travaux  historiques  et  des 
''  4 


—  30  — 

Sociétés  savantes,  conservateur  honoraire  de  la  biblio- 
thèque de  Goulommiers,  ù  Coulommiers. 

F  David  (Etienne),  ancien  ministre  plénipotentiaire,  à  Paris, 
rue  de  Ponthieu,  20,  et  à  Fontainebleau. 

F      David  (Jules),  homme  de  lettres,  à  Fontainebleau. 

M^    Decoeur,  propriétaitre,  à  Lagny. 

M     Decourbe,  artiste  peintre,  à  Melun. 

M    Dégoût  (l'abbé  J.),  aumônier  de  l'IIôtel-Dieu,  à  Melun. 

P  Delacroix-Frainville,  propriétaire,  à  Bois-le-Roi,  près  Me- 
lun. 

M  Delaforge  (l'abbé  E.),  desservant  la  commune  de  Perthes, 
par  Chailly-cn-Bicre  (Seine-et-Marne). 

V      Delapalme,  procureur  impérial,  à  Fontainebleau. 

G      De  La  Tasse,  maire  de  Faremoutiers,  canton  de  Rozoy. 

G      Delbet  (Ernest),  docteur  en  médecine,  à  La  Ferté-Gauchcr. 

G      Delbet  (Jules),  docteur  en  médecine,  à  La  Ferté-Gaucher. 

P      Delettre,  propriétaire,  à  Donnemarie-en-Montois. 

P  Delondre  (Paul),  maire  de  La  Ghapclle-Saint-Sulpice,  par 
Provins. 

F  Demarsy,  archiviste-paléographe,  conservateur  du  Musée, 
à  Gompiègne  (Oise). 

F      Denegourt,  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

Mx  Denis  (l'abbé  F.  A.),  chanoiuu  do  la  cathédrale  de  Meaux,  à 
Meaux.   • 

M     Denizet,  officier  de  l'Islruction  publique,  à  Melun. 

F      Deschateaux,  propriétaire,  ù  Fontainebleau. 

M     Despatvs  (Octave),  vice-président  du  tribunal  civil,  à  Melun. 

G  Despommiers,  membre  du  Gonseil  général,  à  Coulommiers, 
et  à  Paris,  rue  Saint-Dominique-Saint-Germain,  53. 

M    Desprez  (Ed.),  docteur  en  droit,  à  Melun. 

F  Domet,  garde  général  des  Forêts  de  la  Gourou  ne,  h  Fontai- 
nebleau. 

P     DoRLY,  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

F      Dorvet,  secrétaire  de  la  sous-préfecture,  ji  Fontainebleau. 

G  DouMERC  (Auguste),  directeur  de  la  papeterie  du  Marais,  par 
La  Ferté-Gaucher. 

M  Drouvn  de  Lhuis  (Son  Exe),  sénateur.  Ministre  des  Affaires 
étrangères,  à  Paris,  au  Ministère  des  Affaires  étrangères. 

M^   DucHOCQ  (Amédée),  propriétaire  i\  Meaux. 

F  DuFAY  (Auguste),  membre  du  Gonseil  d'arrondissement,  aux 
papeteries  de  Cercanceaux,  par  Souppes. 


—  51  — 

M^    DuFRAiGNE,  docteur  en  médecine,  à  Meaux. 

F  Dupont-White,  économiste ,  à  Paris ,  rue  d'Angoulème- 
Saint-Honoré,  li,  et  à  Fontainebleau. 

M    DussouY,  directeur  de  l'École  normale,  à  Melun. 

F  EicHHOFF,  correspondant  de  l'Institut,  inspecteur  honoraire 
de  l'Université,  S8,  rue  Monsicur-le-Prince,  à  Paris,  et  h 
Fontainebleau. 

F  Elias,  colonel,  sous-gouverneur  du  château,  à  Fontaine- 
bleau. 

M  Erge VILLE  (le  comte  Gabriel  d'),  membre  de  la  Société  fran- 
çaise d'archéologie,  au  château  de  Ghapuis  (Machault),  par 
Le  Ghatelet-en-Brie,  et  à  Paris,  rue  de  Grenelle-Saint-Ger- 
main, 11. 

F  Ergeville  (comte  Ernest  d'),  maire  de  Vulaines-sur-Seine, 
par  Fontainebleau ,  et  à  Paris ,  rue  Sainte-Gatherine- 
d'Enfer,  1 . 

Mï  EscuDiER  (Léon),  propriétaire  à  Paris,  rue  de  Ghoiseul,  21, 
et  à  Villenoy,  par  Meaux. 

M  Eymard,  chef  de  division  à  la  Préfecture  de  Seine-et-Marne, 
à  Melun. 

P      Faraboeuf,  géomètre,  à  Beton-Bazoches. 

M  Fichot,  dessinateur,  membre  de  plusieurs  Sociétés  savantes, 
à  Melun,  et  à  Paris,  28,  rue  de  Sèvres. 

M»    Fleurnoy  (l'abbé),  curé  à  Trilport. 

M  Fontaine,  de  Melun,  avocat  à  la  Cour  impériale  de  Paris, 
rue  des  Deux-Portes,  1. 

M    FoRGEMOL,  docteur  en  médecine,  à  Tournan. 

F      FouRNERET,  docteur  en  médecine,  à  Fontainebleau. 

M     Fournials,  principal  du  Collège,  à  Melun. 

P  Fourtier  (Alphonse),  payeur  du  Trésor,  à  Montpellier  (Hé- 
rault). 

M  Fraguier  (le  marquis  de),  maire  du  Mée,  au  château  du  Mée, 
par  Melun. 

P  Fresne  (de),  au  château  de  la  Boullaye,  commune  de  Clos- 
Fontaine,  par  Nangis,  et  à  Paris,  rue  Gaillon,  8. 

M  Fréteau  de  Pény  (Héracle),  maire  do  Vaux-le-Pénil,  prési- 
dent de  la  Commission  du  Musée  départemental  de  Seine- 
et-Marne,  à  Vaux-le-Pénil,  par  Melun. 

M  Fréteau  DE  Pény  (le  baron),  conseiller  référendaire  hono- 
raire à  la  Cour  des  Comptes,  h  Vaux-le-Pénil,  par  Melun. 

M     Fuser  (Jules),  licencié  en  droit,  ù  Melun. 


—  o2  — 

M     Gabry,  manufacturier,  aux  Fourneaux,  par  Alclun. 

M»   Gal  Ladevèze  (pasteur),  président  du  Consistoire,  à  Meaux. 

F      Garceau,  ingénieur  des  ponts-ct-chausséos,  h  Fontainebleau. 

M  Gareau  (Eugène),  ancien  député,  membre  du  Conseil  géné- 
ral, maire  à  Bréau,  par  Morraant. 

M*  Gaucher,  instituteur-archiviste,  à  Nanteuil-sur-Marne,  par 
Saacy. 

F  Gaultron,  propriétaire,  h  Fontainebleau,  et  h  Paris,  boule- 
vard St-Martin,  29. 

F      Gaultry,  notaire  à  Fontainebleau. 

C      Gense,  juge  de  paix,  à  Rozoy-en-Brie. 

M     GiLLET  (Henri),  docteur  en  médecine,  à  Mehm. 

F  Gillet  de  Kervéguen  (l'abbé),  aumônier  de  l'hospice,  à  Fon- 
tainebleau. 

M^  GiNoux  de  LACOCHE(de),  conservateur  des  hypothèques, 
président  de  la  Société  musicale  et  littéraire,  l'Orphéon,  à 
Meaux. 

M     Gaudard,  premier  adjoint  au  maire,  à  Melun. 

F     GoLDSCHMiDT,  astronome  et  peintre,  à  Fontainebleau. 

F      GoNNET,  propriétaire,  a  Fontainebleau. 

M    Goujon  (l'abbé),  curé  de  Champeaux,  par  Guignes-Rabutin, 

M  Grésy  (Eugène),  membre  de  la  Société  des  Antiquaires  de 
France,  correspondant  du  Ministère  de  l'Instruction  pu- 
blique pour  les  Travaux  historiques,  à  Paris,  rue  Caumar- 
tin,  53,  et  à  Melun. 

F  GuÉRiN,  maire  de  la  vi]le  de  Fontainebleau,  membre  du 
Conseil  général,  à  Fontainebleau. 

F      GumouRG,  sous-préfet,  à  Fontainebleau. 

M»   GuiLLON  DES  Brûlons,  propriétaire,  à  Lagny. 

P  Harcourt  (Comte  Bernard  d'),  ancien  ministre  plénipoten- 
tiaire, à  Melz,  par  Nogent-sur-Seine  (Aube),  5,  rue  Van- 
neau ,  à  Paris. 

M  Hauregard  (de),  propriétaire,  au  château  de  Corabault,  par 
Tournan,  et  à  Paris,  rue  du  Faubourg-Poissonnière,  90. 

P  Haussonville  (le  comte  d'),  ancien  député,  à  Gurcy-le-Cha- 
tel,  par  Donnemarie  (Seine-et-Marne),  et  à  Paris,  rue  Saint- 
Dominique,  101. 

M     IIautome,  inspecteur  de  l'Académie  de  Paris,  îi  Melun. 

M     HENNECART,»maire  de  Tournan. 

C  Hoffmann,  docteur  en  médecine,  propriétaire  du  domaine 
de  Courdoux,  i\  Courpalay. 


—  53  — 

M  HoTTiNGUER,  à  Lésigny,  par  Brie-Gomte-Robert,  et  h  Paris, 
rue  Laffitte,  17. 

F  HuGUENET,  bibliothécaire-adjoint,  propriétaire,  à  Fontaine- 
bleau. 

G      Huguenot  (l'abbé),  curé  de  Voinsles,  par  Rozoy, 

F     HussoN  (le  général),  sénateur,  à  Fontainebleau,  rue  Saint 
Lazare,  106,  à  Paris. 

P  HussoN,  propriétaire,  à  Preuilly,  près  Donnemarie,  et  à 
Paris,  rue  Saint-Honoré,  191. 

F     Jacquemin,  manufacturier,  à  Fontainebleau. 

G  JossBAu,  député  de  Seine-et-Marne  au  Corps  législatif,  avocat 
à  la  Cour  impériale  de  Paris,  Président  de  la  Société  d'hor- 
ticulture de  Goulommiers,  à  Mortcerf,  canton  de  Rozoy,  et 
à  Paris,  rue  St-Honoré,  245. 

M  Joyeux,  chef  de  division  à  la  Préfecture  de  Seine-et-Marne,  à 
Melun. 

P      Juin  (Victor),  à  Provins. 

M     Labiche  père,  propriétaire,  à  Melun. 

M*  Labour,  attaché  au  Ministre  de  la  Justice,  à  Saint-Pathus, 
canton  de  Dammartin,  et  à  Paris,  rue  Taitbout,  9. 

M  La  Ghavignerie  (E.  Bellier  de),  employé  honoraire  à  la  Bi- 
bliothèque impériale,  16,  rue  de  Rennes,  à  Paris. 

Ml  Lafontaine,  notaire  honoraire,  avocat,  ancien  membre  du 
Gonseil  général,  à  Lagny. 

F     Lagatinerie  (le  baron  de),  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

M  Laine  (Victor),  artiste  peintre,  à  Barbizon,  par  Ghailly-en- 
Bière. 

M  Lajoye  (Félix),  conseiller  d'arrondissement,  et  membre  de 
la  Société  géologique  de  France,  à  Saveteux,  par  Le  Ghâ- 
telet,  rue  Laffitte,  1,  à  Paris. 

M*  Larabit,  sénateur,  ancien  député  de  l'Yonne,  à  Luzancy,  par 
Saacy  (Seine-et-Marne),  et  à  Paris,  rue  Bellechasse,  21. 

M  Lassus  Saint-Geniès  (le  baron  de),  préfet  du  département  de 
Seine-et-Marne,  à  Melun. 

G  Lasteyrie  (le  comte  Jules  de),  propriétaire,  au  château  de  La 
Grange-Bléneau  (Gourpalay),  par  Rozoy. 

M    Latour,  receveur  municipal,  à  Melun. 

F      Laurencel,  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

M  Lavalette  (Vicomte  de),  propriétaire  et  ancien  rédacteur  en 
chef  de  l'Écho  du  Monde  savant,  h  Paris,  quai  des  Gélestins,  6. 

F      Lebeuf  de  Mongermont  ,    membre  du  Gonseil  général  et 


—  54  — 

maire  de  Montereau,  ù  Montereau-Faut-Yonne,  et  à  Paris, 
place  Vendôme,  12. 

F      Leblanc,  docteur  en  médecine,  à  Fontainebleau. 

M''  Le  Blondel,  libraire,  à  Meaux. 

M     Le  Brasseur,  propriétaire,  à  Melun. 

P  Lebrun,  sénateur,  membre  de  l'Académie  française,  à  Pro- 
vins, et  à  Paris,  rue  de  Beaune,  1 . 

F  Légat,  ancien  président  du  Tribunal  de  Commerce,  à  Monte- 
reau- Fau  t- Y  G  n  ne . 

M     Léchopié  (Hippolyte),  maire  à  Ablon  (Seine-ct-Oise). 

M*  Lefebvre,  négociant,  à  Meaux. 

F      Lefebvre,  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

M  Leguay  (Louis),  architecte  expert,  membre  delaSociété  d'An- 
thropologie do  Paris,  et  du  Comité  d'Archéologie  de  Senlis, 
à  Paris,  rue  de  la  Sainte-Chapelle,  3. 

P      Le  Hériché,  imprimeur,  à  Provins. 

F      Leloir,  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

M     Leloutre  (Eugène),  rentier,  à  Melun. 

M  Lemaire,  archiviste  du  département  de  Seine-et-Marne,  à 
Melun. 

P  Lenoir  (Auguste),  conducteur  des  ponts-et-chaussées,  à  Pro- 
vins. 

M  Leroy  (Gabriel),  archiviste  de  la  ville  de  Melun,  correspon- 
dant de  la  Société  archéologique  de  Sens,  à  Melun. 

M»  Le  Roy,  docteur  en  médecine,  à  Meaux. 

M*  Lespermont,  ingénieur  civil,  à  Meaux. 

M  Lhuillier  (Théophile),  secrétaire-greffier  du  Conseil  de  pré- 
fecture de  Seine-et-Marne,  à  Melun. 

M  LiABASTRES,  directeur  de  la  Maison  centrale  de  détention,  à 
Melun. 

C      LiÉNART,  ingénieur  civil,  à  Mortcerf,  canton  de  Rozoy. 

M     LouviOT,  photographe,  à  Melun. 

F      Maloisel,  docteur  en  médecine,  à  Fontainebleau. 

C      Marc  (Edmond),  propriétaire,  à  Coulommiers. 

C      Marceron,  lieutenant  de  gendarmerie,  à  Coulommiers. 

C      Maricot,  notaire,  à  Rozoy-en-Brie. 

P      Marin-Dardel,  propriétaire,  h  Fontainebleau. 

F      Masson,  juge  suppléant  au  tribunal  civil,  à  Fontainebleau. 

F      Matignon,  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

G      Mauger,  Juge  de  paix,  à  Coulommiers. 

M»   Maury  (Alfred),  membre  de  l'Institut,  professeur  au  Collège 


—  55  ~ 

de  France,  à  Paris,  au  pavillon  de  l'Institut,  rue  de 
Seine,  1. 

G      Maussion  (Ludovic  de),  maire  de  Goulommiers. 

G      Maussion  (Anatole  de),  propriétaire,  à  Goulommiers. 

M  May  (Ed.  de),  au  château  de  Saint-Germain-Laxis,  et  à  Paris, 
15,  rue  Laval. 

P      Michelin  (Jules),  à  Provins. 

M     Michelin  (Henri),  imprimeur,  à  Melun. 

G      Mie,  docteur  en  médecine,  à  Goulommiers. 

F  MoHR,  chef  de  musique  du  régiment  des  guides  de  la  garde 
impériale,  à  Fontainebleau. 

G  Montagne  (Gamillc),  membre  de  rx\cadémie  des  sciences,  de 
celle  de  Médecine,  etc.,  à  Paris,  rue  des  Beaux-Arts,  12. 

G      Moussin,  imprimeur  à  Goulommiers. 

AP  MousTiER  (le  comte  Auderic  de),  membre  du  Gonseil  géné- 
ral, à  La  GhapelIe-sur-Grécy,  par  Grécy-en-Brie,  et  à  Paris 
rue  Grenelle  Saint-Germain  85. 

F      Multigné,  propriétaire,  h  Fontainebleau. 

F  Neuflieux,  inspecteur  des  forêts  de  la  Gouronne,  à  Fon- 
tainebleau. 

M  Neveux  (le  baron),  propriétaire,  à  Tilly-Saint-Fargeau,  par 
Ponthierry. 

F  NicAs,  docteur  en  médecine,  rue  Saint-Honoré,  à  Fontaine- 
bleau. 

P  No  AS  (de),  propriétaire  au  château  de  la  Boullaye,  commune 
de  Glos-Fontaine,  par  Nangis,  et  à  Paris,  rue  Royale-Saint- 
Honoré,  8. 

P  Opoix  (Félix),  membre  du  Gonseil  général,  à  Donnemarie,  et 
à  Paris,  rue  Gorneille,  3. 

G  Orioli,  sous-directeur  de  la  papeterie  du  Marais,  à  Sainte- 
Marie,  commune  de  Boissy-le-Ghâtel,  par  Goulommiers. 

F      Ortmans,  peintre,  à  Fontainebleau. 

F      Paccard,  architecte  du  palais,  à  Fontainebleau.  ^ 

F  Parvenchère,  notaire,  suppléant  du  juge  de  paix,  à  Égre- 
ville. 

M  Perier  (J.-A.-N.),  médecin  en  chef  de  l'hôtel  des  Invalides, 
vice-Président  de  la  Société  d'Anthropologie  de  Paris,  cor- 
respondant de  l'Institut  d'Egypte,  etc.,  à  Paris. 

M»   Petithomme  (l'abbé),  curé  de  Villenoy,  près  Meaux. 

G  Plessiek  (Victor),  ancien  notaire,  propriétaire,  h  La  Ferté- 
Gaucher. 


—  56  — 

F  PoiiNCTES  (Vicomte  de),  sous-inspecteur  des  forêts  de  la  Cou- 
ronne, à  Fontainebleau. 

F  PoLiGNAC  (Comte  de),  général,  gouverneur  du  château  de 
Fontainebleau. 

M^  PoNTÉcouLANT  (le  comte  Ad.  de)  membre  de  plusieurs  Sociétés 
savantes,  30,  rue  Neuve-Bossuet,  à  Paris. 

M''  Ponton  d'Amécourt  (le  vicomte  de),  maire  de  Trilport, 
associé  correspondant  de  la  Société  des  Antiquaires  de 
France,  à  Paris,  36,  rue  de  Lille. 

M  PoYEz,  maire  de  la  ville  de  Melun,  membre  du  Conseil  gé- 
néral, ?i  Melun. 

C  Preschez  (Eugène),  ancien  notaire,  propriétaire,  à  Paris, 
rue  du  Mont-Thabor,  5,  et  à  Goulommiers. 

M  Prévost  ,  secrétaire  perpétuel  de  la  Société  d'Agriculture  de 
Melun,  bibliothécaire  de  la  ville,  à  Melun. 

M     Prieur,  artiste  peintre,  à  Barbison,  par  Ghailly-en-Bierre. 

P      Putois,  juge  de  paix,  à  Nangis. 

M  QuESVERS  fils,  archéologue,  à  Paris,  boulevard  de  Sébastopol 
(rive  droite),  25. 

F      Ratier,  ancien  magistrat,  à  Fay,  près  Nemours. 

C  Resbecq  (le  vicomte  Eugène  de  Fontaine  de),  sous-chef  au 
cabinet  du  Ministre  de  l'Instruction  publique,  à  Paris, 
passage  Stanislas,  3,  et  à  Coulommiers. 

F      Riche,  propriétaire,  à  Vulaines-sur-Seinc,  par  Fontainebleau. 

F  RoNSiN,  entrepreneur,  membre  du  Conseil  municipal,  h  Fon- 
tainebleau. 

F     Rouillé  D'ORFEUiL(le  comte),  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

M  Roujou  (Armand-Anatole),  archéologue,  21,  rue  Saint-Louis, 
à  Choisy-le-Roi. 

M  Roussel,  docteur  en  médecine,  à  Paris,  26,  rue  des  Fossés- 
Saint-Jacques. 

F      Roux,  notaire,  à  Nemours. 

M     RoY,  conducteur  des  ponts  et  chaussées,  à  Melun. 

F      Saint-Marcel,  artiste  peintre,  à  Fontainebleau. 

M  Saint-Paul  (P.-L.),  à  Rubelles,  par  Melun,  et  à  Paris,  rue 
d'Aguesseau,  i. 

F      Sambucy,  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

M':   Savard  fils,  architecte,  inspecteur  diocésain,  à  Meaux. 

F     Schopin,  artiste  peintre,  à  Fontainebleau. 

M  ScHREUDER,  Capitaine  retraité  des  sapeurs-pompiers  militaires 
de  la  ville  de  Paris,  à  Vaux-le-Pénil,  par  Melun. 


—  57  — 

C      Séguin,  docteur  en  médecine,  à  La  Perté-Gaucher. 

F  Ségur  (L.  de),  membre  du  Conseil  général,  à  Lorrez-le- 
Bocage. 

M  Senèque,  architecte  du  département  de  Seine-et-Marne ,  à 
Melun. 

M    Sertier,  adjoint  au  maire  de  Dammarie-les-Lys,  par  Melun. 

M    SoLLiER,  vérificateur  des  domaines  à  Melun. 

M    SouGiT,  ancien  notaire,  à  Milly  (Seine-et-Oise). 

F     Tabouret,  médecin  militaire  retraité,  à  Fontainebleau. 

P  Teyssier  des  Farges,  maire  de  Pecy,  membre  du  Conseil 
d'arrondissement,  au  château  de  Beaulieu,  commune  de 
Pecy,  par  Jouy-le-Châtel,  et  à  Paris,  rue  de  Berlin,  14. 

P     Teyssier  des  Farges   (Georges),  au  château  de  Beaulieu, 

^  commune  de  Pecy,  par  Jouy-le-Châtel,  et  à  Paris,  rue  de 

Berlin,  14. 

F      Thibault,  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

F      Thinus  (Frédéric),  adjoint  au  maire,  à  Fontainebleau. 

M*   Torchet,  inspecteur  des  Orphéons  de  Seine-et-Marne,  à  Meaux. 

Mj    Torchet  (l'abbé),  curé  de  Chelles. 

M     Trémisot,  bibliothécaire-adjoint,  à  Melun. 

M^   Troublé,  trésorier  du  Bureau  de  Bienfaisance,  à  Meaux. 

M  Valmer,  (vicomte  de),  président  de  la  Société  protectrice  des 
animaux,  maire  de  Fontaine-le-Port,  par  Le  Châtelet ,  h 
Paris,  rue  Saint-Guillaume,  14. 

C  Varennes,  (le  marquis  Eugène  de),  propriétaire,  à  Coulom- 
miers,  et  à  Paris,  avenue  de  la  Reine-Hortense,  6. 

M^  Vernois,  membre  de  l'Académie  impériale  de  Médecine, 
médecin  de  S.  M.  l'Empereur,  au  château  du  Vivier, 
commune  de  Coutevroult,  par  Crécy,  et  à  Paris ,  rue 
d'Isly,  17. 

M^  Véron  (Léon),  clerc  de  notaire,  à  Nanteuil-sur-Marne,  par 
Saacy. 

F     ViAL,  substitut  du  procureur  impérial,  à  Fontainebleau. 

M  Villemessant  (H.  de),  homme  de  lettres,  à  Saint-Port,  ar- 
rondissement de  Melun,  et  à  Paris,  21,  boulevard  Mont- 
martre. 

F     VoRON,  propriétaire,  à  Fontainebleau. 

M     Werdet  (Edmond),   ancien  éditeur,  homme  de  lettres,  à 

Champs-sur-Marne,  par  Chelles. 
F     Zanotte,  imprimeur,  à  Montereau-Faut-Yonne. 


—  58  — 
COMITÉ  CENTRAL 

PROCÈS-VERBAL  DE  LA  SÉANCE  DU  20   DECEMBRE  186Z». 
Présidence    de  M.   le    comte   Ad.  de   PONTÉ  COULANT. 


Le  20  décembre  i864,  sur  la  convocation  adressée  par  le  Secré- 
taire général  aux  membres  composant  le  Comité  Central  de  la 
Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts  de  Seine-et- 
Marne,  ce  Comité  est  réuni  à  deux  heures  et  demie  ; 

Sont  présents  : 

MM.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant,  président  de  la  Société;  — 
Félix  Bourquelot,  vice-président  ;  —  Courtois,  trésorier  ;  — 
Lemaire,  archiviste  ;  —  Bayard,  délégué  de  la  section  de  Coulom- 
miers; —  David,  président  delà  section  de  Fontainebleau;  — 
Thibault,  délégué  de  Fontainebleau  ;  —  A.  Carro,  président  de  la 
section  de  Meaux;  —  De  Golombel,  délégué  de  Meaux;  —  Eug. 
Grésy,  président  de  la  section  de  Melun  ;  —  Poyez,  délégué  de 
Melun  ;  —  et  le  comte  B.  d'Harcourt,  président  de  la  section  de 
Provins. 

MM.  Anatole  Dauvergnc,  président  de  la  section  de  Goulom- 
miers,  Emile  Bourquelot,  délégué  de  la  section  de  Provins,  et 
Th.  Lhuillier,  Secrétaire  général  de  la  Société,  se  sont  fait 
excuser. 

En  l'absence  du  Secrétaire  général,  M.  Grésy  est  invitéci  en  rem- 
plir les  fonctions. 

Le  Président  fait  sommairement  connaître  l'objet  delà  réunion. 

Le  Comité  est  convoqué  pour  déterminer  la  somme  à  allouer  à 
chaque  section  pour  ses  frais  particuliers  ;  on  décide  qu'il  sera 
attribué  à  chacune  d'elles  une  part  sur  les  cotisations.  On  met  en- 
suite en  délibération  la  fixation  de  la  quotité  à  prélever  ainsi  sur 
chaque  cotisation. 

M.  Gourtois,  trésorier,  donne  préalablement  un  aperçu  du  bud- 
get des  recettes  et  des  dépenses  à  faire  par  la  Société,  et  après  une 
discussion  à  laquelle  prennent  part  MM.  le  comte  d'Harcourt, 
Bayard  et  Thibault,  il  est  décidé  qu'on  accordera  h  chaque  section 
le  quart  de  la  cotisation  de  ses  membres. 


—  S9  — 

M.  le  comte  d'Harcourt,  auquel  se  joint  M.  Bayard,  exprime 
le  désir  de  voir  les  sections  faibles  en  nombre  autorisées  à  prélever, 
pour  leurs  besoins,  le  tiers  des  cotisations  ;  mais  le  Comité  déclare 
qu'il  ne  peut  être  fait  d'exception  à  la  détermination  qui  vient 
d'être  prise,  et  que  l'égalité  la  plus  parfaite  doit  régner  entre  les 
sections. 

L'élection  de  M.  Auberge,  propriétaire  à  Melun,  comme 
membre  titulaire,  proposée  par  la  section  de  Melun,  est  mise  aux 
voix  et  confirmée  par  le  Comité. 

Des  félicitations  sont  votées  à  M.  Liégeois,  curé  de  Jouy-le- 
Châtel,  qui,  sur  la  recommandation  de  la  Société  dans  son  excur- 
sion du  18  septembre  dernier,  prend  le  soin  de  faire  relever  à  ses 
frais,  dans  son  église,  les  dalles  funéraires  présentant  un  intérêt 
archéologique. 

Le  Président  ccmmunique  au  Comité  copie  d'une  lettre  de 
M.  Lecat,  membre  de  la  section  de  Fontainebleau,  à  M.  le  Préfet 
de  Seine-et-Marne,  dans  laquelle  se  trouve  signalée  l'ancienne 
existence  d'une  croix  de  pierre  qui  indiquait  la  limite  du  royaume 
de  France  et  du  duché  de  Bourgogne.  M.  Lecat  propose  la  resti- 
tution de  ce  monument,  dont  la  base  existe  encore.  L'examen  de 
cette  proposition  est  renvoyé  à  la  section  de  Fontainebleau. 

Le  Président  annonce  au  Comité  que  plusieurs  sections  s'oc- 
cupent du  projet  de  cours  et  de  lectures  de  soir.  M.  l'abbé  Denis, 
de  Meaux,  écrit  au  Comité  pour  faire  remarquer  que  des  lectures 
sont  déjà  établies  dans  cette  ville,  par  les  soins  de  la  Société  d'A- 
griculture, et  que  les  lecteurs  étant  tous  également  membres  de 
la  Société  d'Archéologie,  la  section  de  Meaux  ne  peut  donc  songer 
à  y  créer  des  conférences  spéciales. 

M.  Josseau,  de  Mortcerf,  annonce  dans  une  lettre  au  Président 
que  lo  section  de  Coulommiers  s'occupe  du  même  objet  : 

Une  discussion  s'engage  sur  la  question  de  placer  ces  cours  ou 
lectures  publiques  sous  le  patronage  de  la  Société.  M.  Poyez,  dé- 
légué de  la  section  de  Melun,  expose  qu'en  principe  la  Société  ne 
peut  se  porter  garante  du  choix  des  lectures,  ni  assumer  aucune 
responsabilité,  et  que  par  conséquent  elle  devrait  rester  étrangère 
à  tout  programme.  Le  Président  demande  que  l'on  passe  à  l'ordre 
du  jour  sur  cette  question,  parce  que  toute  délibération  serait  un 
empiétement  sur  la  liberté  des  Sections,  qui  doivent  rester  maî- 
tresses de  donner  ou  de  refuser  leur  patronage. 

La  séance  a  été  levée  à  quatre  heures  et  demie. 


—  60  — 

PROCÈS-VERBAUX  DES  SECTIONS. 

SECTION  DE  COULOMMIERS. 
SÉANCE  D'INAUGURATION   DU  10  OCTOBRE  1864. 


La  Section  de  Goulommiers  de  la  Société  d'Arcliéologic  du  dé- 
partement de  Seine-et-Marne  a  tenu  sa  première  séance  lundi  der- 
nier, dans  une  des  salles  de  l'Hôtel-de- Ville,  sous  la  présidence  de 
M.  Anatole  Dauvergne,  Vice-Président  de  la  Commission  d'orga- 
nisation de  la  Société. 

Étaient  présents  :  MM.  Adam,  ancien  notaire;  A.  Bayard,  maire 
de  Maisoncelles ;  Chemin,  maire  de  Saints;  Anatole  Dauvergne, 
peintre  d'histoire  ;  De  La  Tasse,  maire  de  Faremoutiers  ;  Des- 
pommiers, membre  du  Conseil  général;  Liénart,  ingénieur 
civil,  à  Mortcerl";  Ed.  Marc,  propriétaire;  Ludovic  de  Maussion, 
maire  de  Coulommiers;  le  docteur  Mie;  A.  Moussin,  imprimeur  ; 
Fernand  Ogier  de  Baulny,  propriétaire,  et  Plessier,  ancien  no- 
taire. 

Au  début  de  la  séance,  l'assemblée  adresse  unanimement  des 
remercîments  à  M.  le  maire  de  Goulommiers,  qui  s'est  empressé 
de  mettre  à  la  disposition  de  la  Section  une  des  salles  de  l'Hôtel- 
de-Ville,  pour  la  tenue  de  ses  séances. 

I]  est  ensuite  procédé  à  l'élection,  au  scrutin  secret,  des  mem- 
bres du  bureau  de  le  Section.  Le  dépouillement  des  votes  donne  à 
l'unanimité  les  résultats  suivants  : 

Président:  M.  Anatole  Dauvergne  ; 

Vice- P résident  :  M.  Eugène  Preschez; 

Délégué  au  Comité  central  :  M.  Ad.  Bayard  ; 

Secrétaire  :  M.  Adam  ; 

Secrétaire  adjoint  :  M.  Fernand  Ogier  de  Baulny. 

Après  l'installation  du  Bureau,  M.  Anatole  Dauvergne  prend 
1  aparole  en  ces  termes  : 

Messieurs  et  chers  confrères, 
.T'espérais  que  notre  honorable  Président,  M.  le  comte  de  Ponté- 


—  61  — 

coulant,  viendrait  organiser  la  Section  de  Goulommiers,  comme  il 
l'a  fait  avec  tant  de  zèle  et  de  dévouement,  pour  celles  de  Melun 
et  de  Meaux,  mais  d'urgentes  affaires  le  retiennent  à  Paris. 

En  me  laissant  l'honneur  et  le  soin  de  diriger  cette  première 
réunion  de  notre  Section,  il  me  prie  de  vous  exprimer  tous  ses  re- 
grets de  ne  pouvoir  prendre  part  à  nos  travaux. 

Pour  demeurer  fidèle  aux  vieilles  traditions  académiques,  je 
devrais  vous  faire  un  discours  d'apparat;  mais,  Messieurs  et  chers 
confrères,  je  l'avoue  sans  hésitation,  j'ai  peu  de  goût  pour  les  lon- 
gues périodes  oratoires,  et  d'ailleurs,  je  sais  que  vos  instants  sont 
précieux. 

Cependant,  il  est  de  mon  devoir,  et  je  ne  puis  y  faillir  en  cette 
circonstance  solennelle,  devons  exposer  en  quelques  mots  l'origine 
de  notre  Société,  de  vous  montrer  ses  développements,  son  accrois- 
sement rapide,  de  rappeler  enfin  le  but  qu'elle  poursuit. 

Ces  premiers  détails  sont  arides,  et  pourtant  je  ne  puis  les  sup- 
primer tout  à  fait,  car  ils  sont  indispensables  pour  l'enregistrement 
des  éléments  constitutifs  de  l'histoire  d'une  Société  dont  l'avenir 
paraît  désormais  assuré. 

Goulommiers  est  et  restera  le  berceau  de  la  Société  Archéologique 
du  département  de  Seine-et-Marne.  C'est  ici  même,  ne  l'oubliez 
pas,  mes  chers  confrères,  c'est  dans  le  journal  VEclaireur  du  28  fé- 
vrier dernier,  qu'un  jeune  écrivain,  s'abritant  sous  le  pseudonyme 
du  Chevalier  Ubique,  renouvela  l'idée  de  la  fondation  d'une  So- 
ciété savante  dans  la  Brie,  «  restée  si  longtemps  en  arrière  du 
mouvement  scientifique  et  littéraire  qui  semble  aujourd'hui  en- 
traîner tous  les  esprits.  »  L'appel,  car  c'en  était  un,  fait  par  M.  le 
Vicomte  E.  de  Fontaine  de  Resbecq  aux  travailleurs  intellectuels 
du  département  de  Seine-et-Marne,  fut  entendu  de  toutes  parts, 
et  certes  l'auteur  de  cette  proposition  était  loin  de  prévoir  le  suc- 
cès qu'elle  allait  obtenir. 

Il  avait  déposé  le  germe  d'une  idée  utile;  tous  les  journaux  du 
département  s'empressèrent  à  le  féconder.  Mais  pour  obtenir 
l'éclosion  complète,  combien  d'obstacles  à  vaincre  !  Les  uns,  et 
j'étais  de  ceux-là,  voulaient  pour  centre,  Provins,  ville  d'antiques 
souvenirs  ;  les  autres  réclamaient  en  faveur  de  Melun,  chef-lieu 
administratif;  Meaux,  ville  épiscopale,  était  proposée  par  d'autres 
que  fascinait  le  grand  nom  de  Bossuet.  On  risquait  de  ne  pas  s'en- 
tendre, et  l'indifférence  devenait  menaçante.  Une  circonstance, 
qu'on  a  oublié  de  rappeler,  eut  une  influence  considérable  sur  les 
destinées  de  notre  association.  Lors  du  Congrès  des  Sociétés  sa- 


—  62  — 

vantes  des  départements  réunies  à  la  Sorbonne  au  mois  d'avril  der- 
nier, on  remarqua  avec  peine  l'absence  du  département  de  Seine- 
et-Marne  à  ces  assises  scientifiques  et  littéraires,  et  pendant  la 
soirée  à  laquelle  nous  avait  conviés  S.  Exe.  M.  Duruy,  Ministre 
de  l'instruction  publique,  un  petit  groupe  formé  de  purs  Briards 
et  de  savants  se  rattachant  par  des  alliances  ou  des  intérêts  à  notre 
petite  province,  fut  vivement  encouragé  à  poursuivre  la  réalisation 
des  projets  de  M.  de  Resbecq.  —  Quelques  jours  plus  tard,  notre 
ami  proposa,  toujours  dans  CÉclaireur^  de  se  réunir  à  Melun  à 
l'occasion  du  Concours  régional.  M.  le  comte  de  Pontécoulant  alla 
plus  loin,  il  indiqua  le  lieu,  la  date  et  l'heure  du  rendez-vous, 
qui  furent  acceptés  tacitement  par  les  premiers  adhérents . 

Le  lundi  16  mai  186-4,  douze  personnes  se  réunissaient  dans  une 
des  salles  de  l'IIôtel-de- Ville  de  Melun.  Après  une  discussion  en- 
gagée entre  plusieurs  assistants,  la  fondation  de  la  Société  fut  ad- 
mise en  fait  et  ù  l'unanimité  par  les  personnes  présentes,  et  il 
fut  décidé,  sur  l'avis  émis  par  M.  Fréleau  de  Pény,  que  la  Société 
aurait  pour  titre  principal  Société  d' Archéologie  de  Seine-e/-Marne, 
et  comme  sous-titre  :  Sciences,  Lettres  et  Arts.  Melun  fut  désigné 
comme  siège  de  la  Société,  avec  un  Comité  pour  chaque  arrondis- 
sement. 

Une  commission  de  cinq  membre,  pris  dans  chaque  arrondisse- 
ment, fut  choisie  pour  arrêter  un  projet  des  statuts  de  la  So- 
ciété et  pour  recueillir  les  adhésions. 

Deux  mois  plus  tard,  le  17  juillet,  dans  une  assemblée  générale 
tenue  h  Melun,  ces  statuts,  comprenant  80  articles,  rédigés  par 
M.  FéUx  Bourquelot  et  M.  de  Pontécoulant,  avec  le  concours  de 
MiM.  A.  Carro,  JulesDavid,  Anatole  Dauvergne  et  Eugène  Grésy, 
membre  de  la  Commission,  étaient  adoptés  par  tous  les  associés 
présents,  et  le  23  juillet  suivant,  la.  Société  d'Archéologie  Sciences, 
Lettres  et  Arts,  était  autorisée  par  un  arrêté  spécial  de  M.  le  Pré- 
fet de  Seine-et-Marne,  qui  voulut  bien  en  outre  inscrire  son  nom 
parmi  ceux  des  adhérents. 

Vous  connaissez  ces  statuts,  mes  chers  confrères,  je  n'ai  pas  be- 
soin d'insister  sur  leurs  dispositions. 

L'article  12  admet  une  Section  de  la  Société  par  chaque  arron- 
dissement. 

Chacune  de  ces  Sections  est  organisée  en  Société  particulière, 
élisant  un  bureau,  travaillant  fJ'une  manière  indépendante,  pou- 
vant disposer  pour  frais  généraux,  des  fonds,  qui  lui  sont  attribués 
par  le  Comité  central  au  nom  de  la  Société. 


—  63  — 

Melun,  Fontainebleau,  Meaux  ont  depuis  longtemps  organisé 
leurs  Sections,  qui  fonctionnent  régulièrement. 

La  Section  de  Provins  sera  installée  bientôt.  La  nôtre  va  l'être 
immédiatement. 

Dimanche  prochain  16,  nous  procéderons  à  la  nomination  du 
bureau  central  et  définitif  de  la  Société.  Le  résultat  du  scrutin 
sera  proclamé  à  Melun,  le  23  octobre,  en  assemblée  générale. 
J'aurai,  tout  à  l'heure,  l'occasion  de  vous  entretenir  de  cette  élec- 
tion à  propos  de  la  révision  de  l'article  19  des  statuts  généraux  de 
la  Société. 

Ce  jour-là,  23  octobre,  la  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres 
et  Arts  de  Seine-et-Mcmie  sera  définitivement  constituée.  Non-seu- 
lement je  vous  invite,  mais  je  vous  adjure,  messieurs  et  chers 
confrères,  si  vos  loisirs  vous  le  permettent,  à  témoigner  tous  par 
votre  présence  de  vos  sympathies  pour  l'œuvre  accomplie  avec 
tant  de  soins  et  de  dévouement  par  la  Commission  d'organisation. 

Je  vous  ai  indiqué,  en  commençant,  les  débuts  de  notre  Société, 
ses  tâtonnements  et  ses  premières  phases  d'accroissement;  ces 
efforts  fussent  restés  vains  sans  doute,  si  la  Commission  d'orga- 
nisation n'eût  rencontré  dans  son  Président  une  ardeur  juvénile, 
un  dévouement  sans  bornes.  C'est  de  lui  qu'on  peut  dire  avec 
vérité  : 

//  marche  d'un  tel  pas  qu'on  a  peine  à  le  suivre. 

Nous  avons  conservé  aux  premiers  initiateurs  la  part  qui  leur 
est  due,  et  que  les  annales  futures  de  notre  Société  devront  men- 
tionner en  première  ligne;  mais  c'est  à  M.  le  comte  Ad.  de  Pon- 
técoulant  seul,  je  ne  crains  pas  de  l'affirmer,  que  revient  l'hon- 
neur de  l'organisation  de  la  Société  d'Archéologie.  Il  ne  s'est  pas 
reposé  un  seul  jour  depuis  le  moment  où  nos  suffrages  unanimes 
l'appelèrent  à  la  tête  de  notre  Commission.  Correspondance  de 
toutes  les  heures,  voyages  entrepris  pour  stimuler  le  zèle  des 
tièdes,  démarches  de  toutes  sortes,  que  sais-je!  sa  merveilleuse 
activité  a  suffi  à  tout;  il  n'a  rien  négligé,  rien  oublié;  à  tous  ses 
coopérateurs,  il  a  taillé  leur  besogne  quotidienne.  Grâce  à  cette 
multiplication  presque  fabuleuse  de  sa  personne  et  de  ?a  pensée, 
les  rouages  de  la  machine,  lents  à  se  mouvoir,  se  sont  ébranlés, 
ont  marché  d'abord  incertains,  —  c'était  inévitable,  —  et  fonc- 
tionnent aujourd'hui  avec  une  régularité  parfaite. 

Le  16  mai,  douze  personnes  se  rencontraient  à  Melun,  doutant 
presque  de  l'avenir  de  l'œuvre  qui  les  attirait;  seul  peut-être, 
M.  de  Pontécoulant  avait  la  foi.  —  Le  23  octobre,  deux  ccntqua- 


—  64  — 

rante  associés,  —  chiffre  presque  unique  dans  l'histoire  de  la  fon- 
dation des  Sociétés  savantes  des  provinces,  le  récompenseront  de 
sa  noble  croyance,  de  sa  persévérance,  en  l'acclamant  comme  le 
véritable  fondateur  de  la  Société  d'Archéologie  de  Seine-et-Marne. 
Notre  Président  provisoire  a  fait  plus  encore,  si  cela  est  pos- 
sible, l'article  2  de  nos  statuts  indiquant  des  Excursions  scienti- 
fiques, la  première  a  été  résolue  pour  le  i8  septembre  dernier. 
M.  de  Pontécoulant  a  rédigé  le  programme  de  la  promenade  ar- 
chéologique dans  le  canton  de  Nangis  et  un  peu  dans  celui  de 
Coulommiers;  le  noble  soldat  s'est  souvenu  de  sa  jeunesse;  il  s'est 
fait  notre  fourrier,  a  préparé  les  étapes  avec  toute  la  sollicitude  d'un 
père  de  famille,  «  épargnant  à  tous,  ainsi  que  l'a  si  bien  dit  un 
spirituel  anonyme,  les  détails  et  les  embarras  de  la  vie  commune.  » 
Cette  excursion,  qui  était  le  premier  acte  public  de  la  Société 
d'Archéologie,  la  véritable  prise  de  possession  de  son  titre  princi- 
pal, a  laissé,  parmi  tous  ceux  qui  y  ont  pris  part,  des  souvenirs 
inelfaçables;  vous  lirez  dans  le  premier  fascicule  de  notre  Bulletin 
le  compte-rendu  de  cette  visite,  rapide  sans  doute,  mais  déjà,  fruc- 
tueuse, aux  monuments  trop  peu  connus  de  notre  pays;  ces  deux 
journées  consacrées  à  l'étude,  ces  soirées  remplies  d'affectueuses 
causeries  ont  fait  plus  pour  l'avenir  de  notre  Société  que  tous  les 
règlements  officiels.  La  bienveillance,  l'esprit  y  ont  présidé;  une 
vraie,  sincère  confraternité  s'est  établie  entre  les  heureux  prome- 
neurs. 

Plus  d'un  parmi  vous,  mes  chers  confrères,  regrettera  d'avoir 
l'ait  défaut  à  ce  premier  rendez-vous. 

Rassurez-vous  toutefois ,  le  printemps  nous  ramènera  ces 
bonheurs,  et  je  vous  promets  de  faire  tous  mes  efforts  pour  que 
l'excursion  prochaine  amène  dans  les  vallées  du  Morin  et  de  la 
Marne  un  groupe  aimable  de  nos  nouveaux  alliés. 

Un  mot  encore,  mes  chers  confrères!  Je  vous  ai  raconté,  aussi 
rapidement  que  je  l'ai  pu  faire,  en  négligeant  certains  détails,  les 
bégaiements  de  l'enfance,  les  premiers  pas  de  l'adolescence  de  notre 
Société. 

Mais  de  son  but,  que  vous  avez  tous  entrevu,  je  n'ai  rien  dit 
encore.  Dans  son  Rapport  présenté  à  l'Assemblée  générale  de  la 
Société,  le  17  juillet  18G4,  mon  excellent  ami,  M.  Félix  Bour- 
quelot,  l'a  suffisamment  défini  :  u  Toutes  les  manifestations  de 
»  l'esprit  étant  unies  entre  elles  par  un  lien  commun,  elles  doivent 
»  toutes  être  appelées,  toutes  admises  dans  une  institution  dont  le 
»  but  (jcnéral  est  le  progrès  intellectuel,  n  Les  études  historiques,  les 


—  65  — 

Sciences  philosophiques  ou  physiques,  la  littérature,  la  poésie,  les 
arts,  peuvent  également  être  cultivés  avec  profit  pour  tout  le 
monde  dans  une  association  comme  la  nôtre.  Toutefois  ne  l'ou- 
blions pas,  mes  chers  confrères,  rARCHÉOLOGiE  était  inscrite  en 
première  ligne  sur  la  bannière  autour  de  laquelle  se  groupèrent 
les  adhérents  du  16  mai.  Aucun  de  nous,  —  permettez-moi  de 
l'affirmer,  —  en  réclamant  ou  en  acceptant  ce  titre ,  ne  songeait  à 
circonscrire  le  cercle  de  nos  études,  isolées  ou  collectives  ;  à  répu- 
dier telle  ou  telle  manifestation  de  l'intelligence;  mais  nous  étions 
convaincus,  et  nous  le  sommes  encore,  que  le  plus  urgent  de  nos 
besoins  devait  être  satisfait  :  «  la  connaissance  des  monuments 
écrits  et  figurés  de  notre  pays.  »  Nos  archives  communales  ou  pa- 
roissiales ont  disparu,  il  nous  faut  retrouver  les  quelques  parche- 
mins oubliés  par  les  vendeurs.  Les  intempéries  achèvent  de  ruiner 
les  églises,  les  châteaux,  battus  en  brèche,  et  souvent,  par  les 
guerres,   les  révolutions  religieuses  et  politiques  ;  aurons-nous 
assez  de  temps  pour  les  décrire,  les  dessiner ,  les  comparer  avant 
que  de  prétendus  restaurateurs  ,  ignorants  ou  mal  inspirés,  aient 
fait  disparaître  les  restes  de  leur  beauté  ancienne  ?  Les  légendes, 
les  traditions  s'effacent  chaque  jour;  il  faut  se  hâter  de  les  re- 
cueillir quand  elles  conservent  encore  quelque  trait  de  leur  phy- 
sionomie native. 

Croyez-moi,  mes  chers  confrères,  la  besogne  ne  manque  pas; 
elle  est  rude,  longue,  et  nos  efforts  réunis  pourront  seuls  l'accom- 
plir. Je  puis  vous  en  donner  la  preuve  : 

En  1858,  M.  le  ministre  de  l'instruction  publique,  après  avoir 
pris  l'avis  du  Comité  impérial  des  Travaux  historiques,  provoqua 
les  Sociétés  savantes  de  la  province  à  un  travail  d'étude  et  de 
description,  dont  la  publication  se  poursuit  sous  les  titres  de  :  Dic- 
tionnaire topographique,  Dictionnaire  scientifique  et  de  Répertoire 
Archéologique  de  la  France.  Ces  dictionnaires  doivent  être  l'œuvre 
collective  des  Académies  et  Sociétés  savantes  des  départements. 
Quelques-unes  ont  répondu  à  l'appel  bienveillant  du  ministre  ;  le 
plus  grand  nombre  d'entre  elles,  n'étant  pas  suffisamment  préparé, 
demanda  du  temps,  et  l'on  s'en  aperçoit  bien  à  la  lenteur  de  la 
triple  publication  de  ces  documents  de  nature  si  différente. 

Associé  au  Comité  impérial  des  Travaux  historiques,  cette  tâche 
m'incombait  également;  je  m'y  suis  appliqué  avec  une  ardeur, 
une  persévérance  que  redoublait  mon  complet  isolement.  Vous 
connaissez  une  partie  de  ces  études ,  publiées  dans  le  journal 
VÉclaireur. 

5 


—  66  — 

Eh  bien,  mes  chers  confrères,  ces  recherches,  simplement  his- 
toriques et  archéologiques  jusqu'ici,  ont  absorbé,  pour  les  qua- 
torze communes  composant  le  canton  de  Coulommiers  (le  chef- 
lieu  excepté),  plusieurs  mois  de  labeurs  uniquement  employés  à 
parcourir  les  territoires ,  à  mesurer  les  édiOces,  à  estamper  les 
dalles  tumulaires,  qui  fournissent  les  éléments  les  plus  sûrs  de 
l'histoire  locale,  à  dessiner  les  objets  d'art  dignes  d'être  conservés, 
à  réveiller  les  souvenirs  des  vieillards,  à  suivre  à  la  piste  les  lé- 
gendes et  les  traditions  populaires,  qu'il  ne  faut  jamais  négliger, 
vous  le  savez  !  Et  je  ne  mentionne  que  pour  mémoire  le  travail  du 
cabinet,  la  compilation  et  la  revision  des  textes,  enfin,  et  pour  tout 
dire,  la  mise  en  œuvre  d'innombrables  documents  anciens  et  mo- 
dernes. 

J'ai  reconnu  bientôt,  et  vous  me  croirez  sans  peine,  mes  chers 
confrères,  que  cette  entreprise  était  au-dessus  des  forces  d'un  seul 
travailleur,  quelque  habile  et  dévoué  qu'on  puisse  le  supposer.  En 
présence  de  cette  certitude  de  l'impuissance  individuelle,  j'ai 
appelé  de  mes  vœux  et  appuyé  de  tous  mesetforts  la  création  d'un 
centre  intellectuel,  d'un  corps  scientifique  et  littéraire  dans  notre 
département.  Mes  vœux  les  plus  chers  sont  comblés  désormais  ; 
la  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts  du  département 
de  Seine-et-Marne  existe  et  donne  signe  de  vie. 

L'association  va  rendre  faciles  les  études  que  poursuivaient  en 
vain  des  intelligences  isolées ,  sans  discipline ,  sans  rapproche- 
ments et  sans  liens. 

Que  chacun  de  nous  apporte  à  la  ruche  le  butin  de  chaque  jour, 
si  mince  qu'il  soit.  Moissonneurs  de  champs  inexplorés,  que  de 
gerbécs,  nous  devons  récolter!  Mais  restons  modestes,  mes  chers 
confrères,  dégageons  nos  débuts  des  aspirations  impatientes  ou 
trop  ambitieuses;  consacrons-nous  surtout  à  l'accomplissement  de 
l'œuvre  à  laquelle  nous  sommes  si  honorablement  conviés  ;  n'ou- 
blions pas  le  mot  de  ralliement  de  notre  jeune  phalange  :  Archéo- 
logie; ne  perdons  point  de  vue  notre  divise  :    in  antiquis  est 

SAPIENTIA. 


—  67  — 

SECTION  DE  FONTAINEBLEAU. 
SÉANCE  D'INAUGURATION  DU  9  AOUT  1864. 


L'an  1864,  le  vendredi  19  août,  deux  heures  de  relevée, 
M.  Jules  David,  homme  de  lettres,  chevalier  de  la  Légion-d'Hon- 
neur,  à  Fontainebleau. 

Agissant  comme  spécialement  délégué  de  M.  le  comte  Ad.  de 
Pontécoulant,  Président  provisoire  de  la  Société  d'Archéologie, 
Sciences,  Lettres  et  Arts  du  département  de  Seine-et-Marne; 

Assisté  de  M.  G.  Leroy,  secrétaire  provisoire  de  la  même 
Société  ; 

S'est  rendu  en  la  salle  des  élections  située  à  Fontainebleau, 
à  l'effet  de  procéder  à  la  constitution  delà  section  de  l'arrondisse- 
ment de  Fontainebleau,  dont  tous  les  membres  avaient  été  spécia- 
lement convoqués  à  cet  effet  ; 

Etaient  présents  :  MM.  Bourges,  Cauthion,  Chennevière,  Gla- 
verie,  Denecourt,  Deschateaux,  Domez,  Dorly,  Dorvet,  comte 
Ernest  d'Erceville,  Gaultron,  Gillet  de  Kervéguen,  Guérin,  Gui- 
bourg,  Huguenet,  Marin-Darbel,  Matignon,  Morh,  Multigné,  de 
Poinctes,  Quesvers,  Ronsin,  Rouillé  d'Orfeuil,  Sambucy,  Schopin, 
Tabouret,  Thibault,  Thinus,  Voron. 

Après  avoir  ouvert  la  séance,  M.  David  prend  la  parole  en  ces 
termes  : 

Messieurs, 
Avant  de  vous  rendre  compte,  à  titre  de  rapporteur,  delà  parti- 
cipation que  j'ai  prise  comme  votre  délégué,  à  la  fondation  de 
notre  Société  et  à  la  discussion  de  ses  statuts,  permettez-moi  de 
me  féliciter  de  l'objet  môme  de  notre  réunion.  Il  y  a  dans  Tétude 
une  telle  attraction,  qu'elle  rassemble  toujours  et  groupe  facile- 
ment les  intelligences  les  plus  diverses;  il  y  a  dans  les  lettres  un 
tel  charme,  qu'elles  plaisent  et  plairont  sans  cesse  à  tous  les  esprits 
cultivés.  Ni  les  préoccupations,  ni  les  affaires,  ni  les  travaux  d'état, 
ni  les  peines  de  la  vie,  n'en  peuvent  détourner  complètement  les 
natures  distinguées;  que  dis-je  !  les  lettres  sont  alternativement, 
selon  les  accidents  de  notre  existence,  un  plaisir  ou  une  consola- 


—  68  ~ 

tion,  une  distraction  ou  un  bonheur.  Depuis  Gicéron  jusqu'à  nos 
jours,  elles  ont  obtenu  à  la  fois  les  panégyriques  du  génie  et  les 
actions  de  grâces  des  plus  humbles!  chacun  les  loue  dans  les  li- 
mites de  ses  aptitudes,  chacun  les  honore  dans  les  bornes  de  son 
pouvoir  :  il  n'y  a  donc  pas  d'orgueil  de  notre  part  à  vous  avoir 
appelés,  et  il  ne  peut  pas  y  avoir,  de  votre  côté,  de  modestie  à  in- 
voquer, en  nous  prêtant  votre  concours.  Les  fondateurs  ont  tous 
le  même  mérite,  comme  ils  ont  tous  le  même  empressement. 

Chacun  de  nous  participe  ici  à  une  bonne  pensée,  celle  de  nous 
rassembler  pour  instituer  une  société  où  la  science,  la  littérature 
et  l'art  trouvent  dans  cette  ville  un  centre  spécial,  un  point  oh 
converger,  une  réunion  qui  sache  encourager  les  efforts  individuels 
et  inspirer  uue  émulation  laborieuse.  Chacun  de  nous,  en  effet, 
doit  travaillera  un  but  général  et  particulier  à  la  fois  :  général,  en 
créant  pour  l'avenir  une  société  utile  et  honorable  pour  le  dépar- 
tement tout  entier  ;  particulier,  en  enflammant  le  zèle  de  tous  en 
faveur  de  notre  Section,  de  notre  arrondissement,  de  notre  ville, 
en  excitant,  au  moins  par  une  approbation  individuelle,  les  ef- 
forts que  nous  devons  faire  pour  égaler,  sinon  pour  dépasser, 
le  nombre  et  les  travaux  des  autres  fractions  de  notre  société.  Le 
département  de  Seine-et-Marne  était  un  des  seuls  en  France  qui 
n'eût  pas  de  société  scientifique  et  littéraire,  voilà  pourquoi,  au 
premier  appel,  plus  de  150  fondateurs  se  sont  trouvés  pour  une 
pareille  création.  Fontainebleau  peut,  il  nous  semble,  se  proposer 
décompter  comme  première  dans  la  coopération  à  cette  œuvre; 
cela  doit  être  son  ambition,  c'est  notre  espoir  à  tous. 

Il  y  a  déjà  plus  d'un  an  que,  frappé,  je  dirais  presque  affligé, 
de  cette  absence  d'une  société  savante  dans  ce  département,  je 
songeai  à  y  faire  appel  à  tous  ceux  qui  aiment  les  beaux-arts  et 
savent  les  protéger.  Je  fis  confidence  de  cette  idée  à  diverses  per- 
sonnes qui  l'approuvèrent,  j'obtins  une  gracieuse  promesse  d'appui 
de  M.  le  Sous-Préfet  et  de  M.  le  Maire,  je  soumis  même  mon 
projet  à  M.  le  Préfet  qui  voulut  bien  m'y  encourager.  Dès  lors, 
comme  j'ai  l'habitude  de  ne  rien  hâter,  de  ne  rien  brusquer,  j'étu- 
diai avec  soin  les  moyens  de  fonder  une  société  analogue  à  celle 
que  nous  organisons  aujourd'hui;  j'écrivis  son  plan,  je  préparai 
ses  statuts;  mais  craignant  que  ma  trop  nouvelle  arrivée  parmi 
vous,  Messieurs,  ne  fut  un  obstacle  au  succès  que  j'avais  en  vue, 
j'hésitais  encore,  lorsqu'une  proposition  de  création  d'une  Société 
Archéologique  de  Seine-et-Marne,  insérée  dans  le  journal  de  Cou- 
"iommiers  par  le  chevalier  Ubique,  pseudonyme  qui  cache  un  jeune 


—  69  — 

homme  plein  de  mérite  et  de  distinction,  vint  m' enlever  le  béné- 
fice de  mon  idée.  Puis,  notre  Président  provisoire,  voilant  à  peine 
son  nom  sous  la  signature  de  Pons  atque  fluens,  reprit  à  Meaux 
la  proposition  du  chevalier  Ubique^  la  développa,  la  répandit,  et 
donna  à  ses  approbateurs  rendez-vous  à  Melun  le  lundi  du  comice 
agricole,  16  mai  dernier.  J'étais  devancé. 

Presque  toutes  les  personnes  qui  avaient  approuvé  mon  idée 
déjà  vieille,  mais  trop  modeste  peut-être,  furent  fidèles  au  rendez- 
vous  donné.  On  voulut  bien  écouter  mes  observations  en  faveur 
dos  lettres,  on  consentit  même  à  les  comprendre  non  seulement 
dans  le  programme  de  nos  travaux,  mais  même  dans  le  titre  de 
notre  Société.  On  étendit  alors  ses  attributions;  d'une  simple 
.réunion  d'Archéologues,  qui  risquait  d'être  peu  nombreuse  à  cause 
même  de  la  spécialité  qu'elle  exigeait,  on  fit  une  société  d'ama- 
teurs des  Sciences,  Lettres  et  Arts,  c'est-à-dire  de  tout  ce  qui 
constitue  le  vrai  progrès  et  la  civilisation  réelle,  de  tout  ce  qui 
appelle  comme  fondateurs  les  esprits  distingués  et  libéraux,  tou- 
jours nombreux  en  France;  car  si  un  trop  petit  nombre  parmi 
nous  se  détermine  à  cultiver  les  Sciences,  les  Lettres  ou  les  Arts, 
nous  pouvons  dire,  avec  un  certain  orgueil,  que  tous  nous  les 
aimons,  et  que  nul  pays,  plus  que  le  nôtre,  n'a  le  don  de  les 
encourager,  l'aptitude  de  les  apprécier,  l'esprit  de  les  applaudir. 

Désigné  comme  votre  délégué  auprès  de  la  commission  spéciale- 
ment chargée  d'organiser  la  société  savante  de  Seine-et-Marne,  je 
me  suis  efforcé  de  faire  prévaloir  deux  idées  principales  :  la  liberté 
et  l'indépendance  de  chaque  Section  de  la  Société,  l'union  des  Sec- 
tions au  profit  seul  des  travaux  d'ensemble  et  de  la  publication 
d'un  bulletin  annuel.  Je  voulais  la  liberté  de  chaque  Section  dans 
ses  recherches  et  dans  ses  lectures,  dans  le  choix  des  sujets  à 
traiter,  dans  la  façon  dont  elle  pouvait  s'adresser  au  public,  le  con- 
voquer à  ses  séances  ,  l'appeler  à  concourir  à  son  œuvre  ;  je 
voulais  qu'il  fut  permis  à  chaque  arrondissement  d'admettre  et  de 
préférer  telle  spécialité  de  la  Société  générale;  tel  l'archéologie,  tel 
l'histoire,  tel  l'étude  de  l'art,  tel  l'encouragement  aux  lettres,  tel 
la  propagation  de  la  science;  je  songeais  déjà,  sans  en  faire  confi- 
dence encore,  aux  propositions  que  j'aurai  l'honneur  de  vous  faire 
incessamment;  je  croyais  qu'on  pouvait  plaire  au  grand  nombre 
en  entremêlant,  dans  des  séances  publiques,  l'art  à  la  littérature, 
la  musique  à  la  poésie,  qu'on  pouvait  sans  danger  imiter  la  société 
philotechnique  de  Paris,  oîi  je  me  souviens  d'avoir  entendu  à  la 
fois.  M.  Baour-Lormian  traduire  le  Tasse  et  Mme  Malibrun  inter- 


—  70  — 

prêter  Rossini,  M.  Viennet  lire  une  fable  et  M.  Achard  chanter 
une  chanson,  où  des  dissertations  d'une  philosophie  attrayante 
précédaient  l'exécution  d'un  quatuor  de  Beethoven,  où  M.  Berville 
nous  charmait  avec  sa  parole  et  Baillot  avec  son  violon  ;  je  pensais 
enfin  qu'on  pourrait  se  proposer  des  sortes  de  cours  d'histoire,  de 
littérature,  de  science,  où  chaque  membre  de  bonne  volonté  eût 
initié  un  auditoire  choisi  à  ce  qu'il  savait  ou  à  ce  qu'il  avait  appris. 
J'étais  trop  ambitieux,  Je  voulais  trop  de  choses,  et  si  J'ai  obtenu 
pour  chaque  Section  une  certaine  latitude  que  J'apellerai,  si  vous 
voulez,  du  nom  de  liberté.  Je  n'ai  pas,  par  contre,  pu  obtenir  l'in- 
dépendance, c'est-à-dire  une  part  fixe  du  budget  pour  chaque  sec- 
tion, part  proportionnelle  au  nombre  de  ses  fondateurs.  Vous 
aurez  donc  à  chercher  d'autres  moyens  d'agir,  si  vous  adoptez 
mes  propositions  spéciales  pour  Fontainebleau;  et  vous  vous  con- 
formerez assurément  au  vœu  de  la  majorité  qui  n'a  voulu  qu'une 
caisse  unique  pour  la  cotisation  annuelle  de  chaque  membre.  Il  en 
résulte  qu'il  a  fallu  créer  un  Comité  central,  administrant,  pour 
ainsi  dire,  la  Société,  et  seul  dispensateur  des  fonds,  seul  juge  des 
dépenses  à  faire,  soit  en  impressions,  soit  en  fouilles,  soit  pour 
séances  publiques. 

Est-ce  là  l'organisation  la  plus  favorable  à  l'intérêt,  au  charme, 
au  succès  de  la  Société?  Je  ne  le  pensais  pas;  mais  Je  conviens 
pourtant  que  c'est  une  présomption  de  force,  d'importance  et  de 
durée  que  cette  union  de  tous  les  efforts  dans  un  but  commun,  que 
cette  alliance  de  toutes  les  intelligences,  que  cette  centralisation  de 
tous  les  travaux  dirigés,  Jugés,  unifiés  par  un  Comité  central.  Je 
suis  sûr  d'avance  que  nos  œuvres  indiivduelles  en  acquerront  plus 
de  valeur,  sinon  plus  de  popularité.  Seulement  Je  ne  voudrais  pas 
que  les  fonds  communs  fussent  éparpillés  sur  les  cinq  Sections 
pour  n'aider  et  ne  soutenir  que  les  œuvres  de  Science  et  les  re- 
cherches Archéologiques  :  Je  me  méfie  un  peu  de  la  déception  des 
fouilles,  la  trace  de  nos  ayeux  est  souvent  un  mirage  qui  trompe 
nos  espérances,  et  le  culte  du  passé,  tout  honorable  qu'il  soit,  est, 
à  coup  sûr,  très-coûteux.  Efforçons-nous  donc  d'obtenir  le  concours 
de  l'Etat  dans  de  pareilles  dépenses;  mais  n'y  épuisons  pas  trop 
tôt  notre  trésor,  dont  l'alimentation  est  aussi  mince,  aussi  rare 
que  les  sources  dans  notre  forêt  :  soyons  avares  plutôt  que  pro- 
digues, ou  bien  sachons  nous  créer  des  ressources  spéciales  dans 
chaque  Section.  Que  si  l'ambition  Archéologique  vous  dévore  que 
du  moins  vous  vous  cotisiez  pour  en  couvrir  les  frais;  que  si  l'ar- 
deur de  publier  vous  enflamme,  faites  solder  par  vos  plus  féconds 


—  71  — 

collaborateurs  le  surplus  des  impressions  votées  par  votre  com- 
mission des  linances  ;  que  si  la  générosité  littéraire  vous  inspire,  et 
que  vous  vouliez  ouvrir  des  concours,  attendez  un  Monthyon  pour 
distribuer  des  prix  ;  que  si  vous  aimez  les  séances  publiques,  les  lec- 
tures, les  concerts,  songez  à  faire  participer,  à  titre  d'associés,  les 
dames  d'abord,  les  amateurs  ensuite,  et  demandez-leur,  sous  forme 
d'abonnement ,  le  solde  de  leurs  plaisirs.  Enfin ,  puisque  vous 
pouvez  vous  organiser  dans  chaque  Section  comme  vous  l'entendez, 
qui  vous  empêcherait  de  créer  un  budget  accessoire  pour  subvenir 
à  vos  goûts  particuliers?  Il  ne  faut  rien  repousser  de  ce  qui  peut 
entretenir  l'émulation  de  vos  membres  ;  c'est  une  rivalité  permise 
que  celle  de  lutter  dans  chacune  de  vos  Sections  pour  plaire  au 
public,  pour  l'attirer,  pour  l'instruire  si  vous  pouvez,  pour  l'in- 
téresser si  vous  en  avez  le  don.  Rien  n'est  à  rejeter  qui  occupe 
l'esprit  qui  charme  les  cœurs,  qui  élève  les  âmes;  la  bienfaisance 
même  ne  vous  est  pas  interdite,  et  vous  pouvez  avoir  des  séances 
publiques  fructueuses  pour  les  pauvres  :  si  cela  vous  enrichit  un 
peu  moins,  on  vous  en  bénira  un  peu  plus. 

Les  statuts  concernant  la  Société  générale,  votés  le  17  juillet  à 
Melun,  approuvés  par  arrêté  de  M.  le  préfet,  et  qui  vous  seront 
incessamment  distribués,  sont  très-sages  et  très-utiles  à  la  propa- 
gation, au  succès  et  à  l'avenir  de  notre  compagnie;  ils  n'empê- 
chent pas  chaque  Section  de  s'organiser  comme  elle  l'entend. 
Aussi,  vous  ai-je  réunis,  Messieurs,  pour  vous  prier  de  nommer 
d'abord  votre  bureau,  ensuite  une  commission  pour  préparer  les 
statuts  particuliers  de  la  Section  de  Fontainebleau  ;  enfin,  j'ai  à 
vous  demander  de  fixer  dès  aujourd'hui  l'époque  mensuelle  de  vos 
séances  ordinaires.  Ayons  au  moins  un  jour  par  mois  oîi  nous 
nous  rassemblerons,  oii  nous  entendrons  les  communications  de 
nos  confrères,  les  rapports  de  nos  commissions,  oh  nous  convien- 
drons de  nos  travaux  en  commun,  dont  la  statistique  générale  et 
scientifique  de  l'arrondissement  doit  être  le  principal.  Des  dépar- 
tements voisins,  entr'autres  celui  de  l'Yonne,  ont  fait  des  statis- 
tiques qui  leur  ont  mérité  des  médailles  d'honneur,  lors  de  la 
convocation  annuelle  de  toutes  les  Sociétés  savantes  par  S.  Exe.  le 
ministre  de  l'instruction  publique.  Efforçons-nous  d'entreprendre, 
de  commencer  une  pareille  œuvre,  réclamons  le  concours  de 
toutes  les  bonnes  volontés,  groupons  tous  les  renseignements,  in- 
terrogeons toutes  les  spécialités,  réunissons  toutes  les  lumières, 
essayons  enfin  un  travail  qui  puisse  un  jour  servir  à  l'histoire, 
aider  la  science  et  peindre  l'époque  prospère  et  glorieuse  oh  nous 


—  72  — 

sommes,  le  siècle  des  Napoléon  !  Mais,  en  nous  proposant  cette 
œuvre  commune,  ne  détournons  pas  nos  soins  des  travaux  parti- 
culiers, que  chacun  soit  sûr  de  rencontrer  parmi  nous  un  auditoire 
attentif  et  indulgent,  que  les  jeunes  gens  apprennent  de  nous  à 
aimer  le  travail,  à  jouir  de  ses  fruits,  à  profiter  de  ses  consola- 
tions, et  n'oublions  jamais  cette  belle  parole  de  Chateaubriand  : 
Les  lettres  sont  iespérance  pour  entrer  dans  la  vie,  le  repos  pour  en 
sortir. 

M.  David  fait  ensuite  diverses  communications  concernant  la 
Société,  notamment  l'annonce  d'une  excursion  scientifique  dans 
l'arrondissement  de  Provins,  les  17  et  i8  septembre  prochain,  et 
d'une  réunion  générale,  à  Melun,  pour  la  constitution  définitive 
de  la  Société,  le  23  octobre,  et  l'inauguration  des  travaux  d'ar- 
chéologie, sciences,  lettres  et  arts.  Il  donne  également  lecture 
des  lettres  qu'il  a  reçues  de  MM.  Albert  et  de  Ségur,  par  les- 
quelles ces  sociétaires  expriment  leurs  regrets  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance  de  ce  jour. 

On  procède  ensuite  à  l'élection  du  bureau  de  la  section. 

Sur  la  proposition  de  M.  David,  M.  Champollion-Figeac  «  le 
doyen  des  archéologues  du  département  et  l'un  des  fondateurs  de 
l'École  des  Chartes,  »  —  comme  l'a  rappelé  l'honorable  préopi- 
nant —  est  nommé,  par  acclamation.  Président  honoraire  de  la 
section  de  Fontainebleau. 

M.  Guérin,  obtient  la  parole,  et  propose,  à  son  tour,  d'appeler 
M.  J.  David  à  la  Présidence,  comme  témoignage  de  reconnais- 
sance des  tentatives  qu'il  a  faites  pour  la  création  d'une  société 
savante  à  Fontainebleau.  Cette  proposition  est  accueillie  par 
acclamation. 

Ont  été  également  nommés  par  acclamation  : 

Délégué  de  section  près  le  Comité  central  :  M.  TumAULT. 

Archiviste  :  M.  Chennevière. 

Le  scrutin,  ouvert  pour  la  nomination  de  deux  vice-prési- 
dents, donne  les  résultats  suivants,  qui  sont  proclamés  par  M.  le 
Président,  assisté  de  MM.  Guibourg  et  Guérin,  scrutateurs  dési- 
gnés par  l'Assemblée  : 

Votants,  30. 

MM.  Claverie,  2o  voix;  Eichhoff,  15;  de  Circourt,  12;  d'Erce- 
ville,  5;  de  Ségur,  3. 

M.  Claverie,  ayant  seul  obtenu  la  majorité  absolue,  est  pro- 
clamé vice-président. 


—  73  — 

Il  est  procédé  à  un  second  tour  de  scrutin  pour  l'élection  du 
deuxième  vice-président,  à  la  majorité  relative  : 

Votants,  29. 
MM.  de  Circourt,  21;  EichhofT,  5;  d'Erceville,  3. 
M.  de  Circourt  est  proclamé  vice-président. 
Le  troisième  scrutin,  ouvert  pour  l'élection  de  deux  secrétaires 
et  d'un  trésorier,  donne  les  résultats  suivants  : 

Votants,  28. 

Secrétaires  :  MM.  Huguenet,  26;  Gaultron,  20;  Beauvilliers,  6; 
d'Erceville,  2;  Tabouret,  1;  Gillet,  1. 

Trésorier:  MM.  Voron,  19;  de  Corny,  6;  Dorvert,  2;  voix 
perdue,  1. 

MM.  Huguenet  et  Gaultron  ,  sont  proclamés  secrétaires, 
et  M.  Voron,  trésorier. 

En  conséquence,  le  Bureau  de  la  section  de  Fontainebleau,  est 
ainsi  composé  : 

Président  honoraire  :  M.  Champollion-Figeac  ; 

Président  :  M.  J.  David; 

Délégué  près  le  Comité  central  :  M.  Thibault; 

Vice-présidents  :  MM.  Glaverie  et  de  Circourt; 

Secrétaires  :  MM.  Huguenet  et  Gaultron; 

Archiviste  :  M.  Chennevière; 

Trésorier  :  M.  Voron. 

M.  le  Président  annonce  que  le  Bureau  s'occupera,  conjointe- 
ment avec  la  Commission  qu'il  pourra  s'adjoindre,  de  la  rédaction 
d'un  projet  de  règlement  intérieur,  qui  sera  soumis  à  MM.  les 
membre  de  la  Section  dans  une  séance  dont  le  jour  sera  ultérieu- 
rement indiqué. 

La  séance  est  levée  à  quatre  heures. 


SÉANCE  DU  26  SEPTEMBRE  1864. 

M.  J.  David,  Président,  occupe  le  fauteuil. 

La  séance  est  ouverte  à  3  heures. 

M.  le  Président  donne  communication  d'une  lettre  qu'il  a 
reçue  de  M.  le  Président  provisoire  de  la  Société,  lui  deman- 
dant de  soumettre  à  la  délibération  de  la  première  réunion  de  sa 


—  74  — 

Section,  une  proposition  faite  par  M.  Fréteau  de  Pény  à  la  Section 
de  Melun,  relative  au  mode  d'élection  à  adopter  pour  la  nomina- 
tion des  membres  défmitils  du  bureau  central. 

Cette  proposition,  tend  à  ce  que  le  vote,  soit  fractionné  par  Sec- 
tion conformément  à  ce  qui  a  lieu  pour  les  élections  civiles,  comme 
étant  le  plus  simple  et  le  plus  sincère. 

La  proposition  de  M.  Fréteau  de  Pény  est  mise  aux  voix  et 
adoptée  à  l'unanimité. 

M.  le  Président  prend  la  parole,  et  lit  un  discours  oîi  il  invite 
les  membres  de  la  Section  à  entreprendre,  comme  ouvrage  en 
commun,  la  Statistique  généi^alc  et  scientifique  de  V arrondissement.  Il 
propose  de  diviser  ce  travail  en  six  parties  différentes  :  1°  Descrip- 
tion géographique;  —  2°  Description  historique;  — 3"  Description 
archéologique;  —  4"  Progrès  des  temps;  —  5°  Etat  actuel;  —  6" 
Vœux  pour  l'avenir. 

Toutefois,  ce  n'est  qu'à  titre  d'esquisse  qu'il  expose  son  plan 
et  ne  le  soumet  à  l'assemblée  que  comme  base  à  discuter. 

Cette  proposition  prise  en  considération  par  l'assemblée,  est 
renvoyée  au  bureau  pour  en  arrêter  le  plan,  avec  latitude  d'appeler 
à  sa  collaboration,  les  membres  de  la  Section  qu'il  croira  utile  de 
s'adjoindre. 

M.  le  Président  annonce  à  l'assemblée  qu'il  est  chargé  par  M.  le 
Secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  Impériale  de  Caen  de  lui  faire 
hommage  des  mémoires  de  cette  académie. 

Conformément  à  l'ordre  du  jour,  M.  le  Président  donne  lecture 
du  projet  de  règlement  de  la  Section;  puis  il  ouvre  la  discussion 
sur  chacun  des  arlicles  qui,  tous,  sont  adoptés  avec  des  modifica- 
tions indiquées  par  l'assemblée  à  l'exception  de  l'art.  15,  retiré  en 
entier  du  règlement,  pour  faire  l'objet  d'une  proposition  spéciale. 

La  séance  est  levée  à  cinq  heures  et  demie. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE  1864. 

Le  Président  communique  à  l'Assemblée,  un  travail  que 
M.  Gaultron,  l'un  des  Secrétaires,  lui  a  adressé,  à  l'occasion  de 
l'exposition  de  l'œuvre  de  Eugène  Delacroix,  comme  un  dernier 
hommage  rendu  au  talent  du  maître.  M.  David  rappelle  ensuite 
le  souvenir  de  Pierre  Guérin,  le  maître  de  Delacroix;  traite  par 


—  75  — 

des  considérations  judicieuses  la  similitude  de  leurs  talents,  en 
marquant  la  différence  de  leur  passage  dans  l'art. 

M.  Huguenet,  secrétaire,  présente,  à  son  tour,  avec  des  consi- 
dérations motivées,  la  nécessité  de  faire  modifier  l'art.  48  des  Sta- 
tuts, dans  l'intérêt  des  Sections.  Après  une  discussion  longuement 
débattue,  l'Assemblée  décide  à  l'unanimité  qu'il  serait  émis  le 
vœu  près  le  Comité  central,  pour  être  soumis  à  l'Assemblée  géné- 
rale, que  la  moitié  de  la  cotisation  annuelle  fut  conservée  par 
chaque  Section  pour  ses  besoins  propres. 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE  1864. 

Après  l'adoption  du  procès-verbal  de  la  séance  précédente, 
M.  le  Président  offre  à  l'Assemblée  les  œuvres  ci-après  : 

1°  Les  Gerbes  glanées,  poésies,  biographies  diverses,  par  M.  Ju- 
lien Travers,  de  l'Académie  de  Caen; 

2°  L'ouvrage  de  M.  J.  Huguenet,  secrétaire,  sur  l'origine  et  la 
formation  des  bitumes  fossiles  ; 

3°  Les  Maouals,  poésie  orientale,  par  M.  J.  David,  président. 

Sur  le  vœu  émis  dans  la  dernière  séance,  d'obtenir  du  Comité 
central  que  chaque  Section  pût  conserver  la  moitié  de  la  cotisation 
annuelle  pour  ses  besoins  personnels,  M.  J.  David  informe  l'As- 
semblée, qu'à  la  suite  d'une  conférence  avec  MM.  le  Président  et 
Vice- Président  de  la  Société,  il  croit  obtenir  pour  1865,  le  quart 
de  cette  cotisation. 

Il  donne  ensuite  lecture  de  la  lettre  que  lui  adresse  M.  le  Pré- 
sident de  la  Société,  conformément  à  l'art.  29  des  statuts. 

M.  le  Président  fait  une  communication  relative  aux  cours  et 
lectures  publics  projetés,  et  auxquels  l'administration  municipale 
offre  son  concours  pour  les  frais  d'éclairage  et  de  chauffage. 

Les  lectures  d'un  mémoire  de  M.  Eichhoffsur  la  philologie  com- 
parée, et  d'une  lettre  de  M.  Demarsy  sur  les  inscriptions  tom- 
bales, terminent  la  sér.nce. 


SÉANCE  DU  6  DÉGEMljlE  1864. 

M.  Thibault  délégué,  rend  compte  de  la  séance  du  Comité  cen- 


—  76  — 

tral,  il  confirme  le  vote  du  quart  des  cotisations  au  profit  de 
chaque  Section. 

M.  le  Président  donne  lecture  d'une  copie  d'une  lettre  de 
M.  Lecat  à  M.  le  Préfet,  lui  demandant  le  rétablissement  dans 
le  faubourg  de  Moret,  d'une  vieille  croix  formant  les  limites  de 
l'ancien  royaume  de  France  et  du  duché  de  Bourgogne  et  dont  une 
partie  existe  encore.  L'assemblée  approuve  cette  démarche  près  de 
l'Administration  préfectorale,  et  offre  de  l'appuyer  au  besoin. 

M.  le  Président  donne  lecture  d'un  rapport  détaillé,  des  dé- 
marches faites  jusqu'à  présent,  pour  l'institution  des  cours  et  lec- 
tures publics,  il  ressort  de  ces  communications  que  pour  obtenir 
la  faveur  de  faire  des  conférences,  il  faut  d'une  part  pour  chaque 
personne  qui  se  propose  de  parler,  obtenir  individuellement  une 
autorisation  spéciale;  et  d'autre  part,  adresser  au  rectorat  de 
l'Académie  un  programme  des  sujets  à  traiter. 

Ces  conditions  toutes  personnelles  ont  semblé  à  la  Section,  ne 
pas  suffisamment  tenir  compte  de  la  garantie  qu'elle  pouvait 
ofirir  ;  en  conséquence,  après  en  avoir  mûrement  délibéré  elle  a  cru 
plus  sage  et  plus  convenable  de  s'abstenir.  Elle  a  en  outre  chargé 
son  Président,  de  répondre  à  M.  l'Inspecteur  d'Académie  qu'il 
lui  appartenait,  à  lui,  particulièrement  d'instituer  à  Fontainebleau 
des  lectures  publiques,  chaque  membre  restant  libre  de  participer 
à  cette  œuvre,  sans  que  la  Section  s'arroge  le  droit ,  contesté 
d'ailleurs,  de  les  diriger  et  de  les  patronner. 

Après  ce  vote,  M.  Huguenet  fait  un  compte-rendu  des  œuvres 
adressées  par  M.  Julien  Travers,  de  l'Académie  de  Caen,  dont  il 
loue  le  mérite  littéraire.  Ainsi  que  desMaouals  de  M.  Jules  David 
déjà  appréciés  par  la  Société  d'Archéologie  dans  sa  Séance  d'inau- 
guration. 

M.  le  Président  fait,  à  son  tour,  le  compte-rendu  de  ]'ou\Tage 
de  M.  Huguenet,  sur  la  formation  et  l'origine  des  bitumes  fossiles. 


—  77  — 

SECTION  DE  MEflUX. 
SÉANCE  D'INSTALLATION  DU  26  AOUT  1864. 


Le  dimanche  26  août  1864,  se  sont  réunis  à  l'Hôtel-de-Ville  de 
Meaux,  en  la  salle  ordinaire  des  séances  de  la  Société  d'Agricul- 
ture, sous  la  présidence  provisoire  de  M.  le  comte  Ad.  de  Pon- 
técouîant,  Président  provisoire  de  la  Société  d'Archéologie, 
Sciences,  Lettres  et  Arts  du  département  de  Seine-et-Marne, 
assisté,  comme  secrétaire  au  même  titre,  par  M.  le  docteur  Le 
Roy  :  MM.Garro,  l'abbé  Denis,  Gaucher,  de  Ginoux,  Lefebvre, 
Escudier,  le  baron  d'Avène,  de  Ponton  d'Amécourt,  Lafontaine, 
Calland,  A.  Ducrocq,  Paul  Gère  et  Le  Blondel,  pour  procéder  à 
l'installation  de  la  Section  de  Meaux  de  la  Société  d'Archéologie, 
Sciences,  Lettres  et  Arts  de  Seine-et-Marne. 

M.  le  comte  de  Pontécoulant  ouvre  la  séance  par  quelques  pa- 
roles plemes  de  gratitude  et  d'effusion,  pour  toutes  les  personnes 
qui  sont  venues  coopérer,  avec  lui,  à  la  fondation  de  la  Société 
dans  le  département  de  Seine-et-Marne,  et  entre  autres  à  S.  Exe. 
M.  Drouyn  de  Lhuys,  Ministre  des  affaires  étrangères,  qui  trouve 
toujours  quelques  instants,  au  milieu  des  immenses  travaux  qui 
le  réclament,  pour  répondre  aux  appels  qui  lai  sont  faits  par  le 
département  de  Seine-et-Marne. 

M.  le  Président  retrace,  en  quelques  mots,  l'origine  de  la  nou- 
velle Société  et  ses  progrès  depuis  la  réunion  générale,  à  Melun, 
du  17  juillet  dernier.  Chaque  jour  amène  de  nouveaux  adhérents 
à  l'œuvre,  qui  compte  déjà  191  membres,  dont  38  pour  l'arron- 
dissement de  Meaux. 

M.  le  comte  de  Pontécoulant  lit  le  rapport  de  la  Commission 
d'organisation  présenté,  à  l'Assemblée  générale,  par  M.  Félix 
Bourquclot.  D'après  ce  rapport,  chaque  arrondissement  ["orme 
une  Section  qui  vit  de  sa  vie  propre  et  s'administre  à  sa  guise  ; 
conservant  ainsi  toute  sa  personnalité.  Deux  fois  l'an  seulement, 
les  Sections  se  réunissent  en  Assemblées  générales,  qui  se  tiennent 
à  tour  de  rôle  dans  chacun  des  arrondissements. 

Ces  explications  données,  M.  le  Président  propose  de  procéder 


—  78  — 

immédiatement  à  l'élection  du  bureau  de  la  Section  de  Meaux. 
Voici  le  résultat  du  scrutin  : 
Votants,  15. 
Président:  MM.  Garro,  13  voix;  d'Avène,  1;  et  de  Pontécou- 

lant,  1. 

Vice-président  (i2°  tour  de  scrutin)  ;  MM.  d'Avène,  4  voix;  La- 
Ibntaine,  3;  l'abbé  Denis,  2  ;  de  Colombel,  3;  d'Amécourt,  3. 

Secrétaire  :  MM.  A.  Ducrocq,  12  voix;  de  Colombel,  1;  Garro,  1; 
Le  Blondel,  1. 

Trésorier  :  MM.  Le  Blondel,  11  voix;  le  docteur  Le  Roy,  2; 

Lefebvre,  2. 
Délégué  au  Comité  central,  faisant  fonction  de  vice-secrétaire  : 

M.  de  Colombel,  15  voix. 

En  conséquence,  M.  le  comte  de  Pontécoulant  proclame  : 
MM.  Garro,  président  de  la  Section  de  Meaux;  le  baron  d'Avène, 
vice-président;  A.  Ducrocq,  secrétaire;  Le  Blondel,  trésorier; 
et  de  Colombel,  délégué  et  vice-secrétaire. 

Il  est  procédé  à  leur  installation  immédiate. 

La  séance  continue  sous  la  présidence  de  M.  Garro  : 

({  Messieurs, 

»  Une  douloureuse  indisposition  m'a  empêché  de  préparer, 
comme  je  l'aurais  dû  faire,  une  petite  allocution  pour  l'ouverture 
des  travaux  de  notre  Section.  J'aurais  voulu  vous  dire  combien 
j'avais  profondément  ressenti  l'honneur  que  vous  m'avez  fait  en 
me  chargeant  de  vous  présider;  j'aurais  aimé  à  vous  entretenir  de 
nos  aspirations  et  mieux  encore,  de  nos  justes  espérances;  j'au- 
rais été  heureux  d'augurer  pour  notre  jeune  association  de  longs 
jours  de  prospérité  et  môme  quelque  gloire.  Ce  petit  sentiment 
d'orgueil  est  permis  h  une  Société  riche  déjà  de  précieuses  et 
éminenles  adhésions. 

»  Mais,  Messieurs,  je  ne  puis  aujourd'hui  qu'apporter  ici  une 
toute  simple  expression  de  gratitude  :  croyez  bien  que  sous  cette 
forme  succincte  elle  n'est  ni  moins  profonde  ni  moins  sincère.  » 

Des  remerciments  sont  votés  par  acclamation  à  M.  de  Ponté- 
coulant,  pour  le  zèle  qu'il  a  déployé  dans  l'intérêt  de  la  fondation 
de  la  Société,  et  la  coopération  active  et  éclairée  qu'il  a  apportée 
aux  travaux  de  son  organisation.  Il  y  est  joint  des  remerciments 
pour  M.  Leroy,  de  Melun,  secrétaire  du  Comité  central,  dont  le 
dévouement  a  puissamment  concouru  au  même  but. 


—  79  — 

Tous  les  membres  présents,  sur  la  remarque  qui  en  est  faite, 
que  M.  de  Pontécoulant  n'est  encore  que  Président  provisoire 
de  la  Société,  ont  tenu  à  ce  qu'il  soit  constaté  que  c'est  dans  la 
conviction  qu'ils  ont  eue  que  M.  de  Pontécoulant  serait  nommé 
Président  définitif,  qu'ils  ne  l'ont  pas  porté  à  la  présidence  de 
la  Section  de  Meaux. 

L'entretien  s'engage  sur  les  futurs  travaux  de  la  Société  et,  il 
est  bien  entendu,  que  si  l'on  doit  s'occuper  plus  spécialement  de 
travaux  d'Archéologie  et  d'Histoire  locale,  néanmoins  les  Sciences, 
les  Lettre  et  les  Arts  fourniront  leur  large  contingent  et  que 
toute  étude  y  ayant  droit  sera  reçue  avec  empressement. 

Le  Secrétaire  donne  lecture  d'un  projet  de  règlement  pour  l'ar- 
rondissement de  Meaux  ;  une  Commission  est  nommée  pour  l'étu- 
dier et  rédiger  un  règlement  définitif,  qui  sera  présenté  à  l'adop- 
tion de  l'Assemblée,  qui  se  tiendra  le  premier  dimanche  d'octobre, 
à  une  heure,  pour  continuer  ainsi  de  mois  en  mois,  sauf  approba- 
tion de  cette  mesure  à  la  première  réunion. 

M.  le  Président  est  prié  de  voir  M.  le  maire  de  Meaux,  pour  lui 
demander  l'autorisation  de  continuer  à  se  réunir  dans  une  des 
salles  de  l'Hôtel-de- Ville. 

La  séance  est  levée  à  trois  heures. 


SÉANCE  DU  10  OCTOBRE  1864. 
Présidence  de  M.  CARRO. 

Le  Président  donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  le  maire  de  la 
ville  de  Meaux,  qui,  témoignant  du  plaisir  avec  lequel  il  voit  la 
constitution  de  cette  Société,  l'autorise  à  tenir  ses  séances  dans 
l'une  des  salles  de  l'Hôtel-de-VilIe,  Des  remercîments  sont  votés 
à  M.  le  maire  à  ce  sujet. 

Une  proposition  tendant  à  rendre  plus  facile  et  plus  général  le 
mode  d'élection  du  Bureau  central,  au  moyen  des  votes  par  bul- 
letins cachetés  dans  chaque  arrondissement  est  adopté  ù,  l'una- 
nimité. 

Le  Secrétaire  lit  ensuite  un  projet  de  règlement  particulier  delà 
Section,  projet  élaboré  par  une  Commission.  Après  quelques  ob- 
servations, ce  règlement  est  adopté  avec  de  légères  modifications. 

Le  Président  communique  à  l'Assemblée  un  plan  levé  en  1775, 


—  so- 
dés buttes  de  Mirevaux  et  celui  des  traces  subsistant  en  1784  du 
manoir  du  Ghâtel,  près  Nangis,  dont  la  possession  par  Tanneguy 
du  Chûtel  est  fort  controversée.  Ces  plans  lui  ont  été  adressés 
par  M.  Lemaire,  archiviste  de  la  Préfecture.  La  Section  doit 
également  à  l'obligeance  de  M.  Lhuillier,  secrétaire  du  Conseil 
de  Préfecture,  la  copie  de  pièces  concernant  les  anciens  proprié- 
taires du  Ghâtel,  qui  pourra  être  fort  utile  pour  l'étude  de  la 
question  do  propriété  ci-dessus  mentionnée. 

On  procède  à  la  nomination  d'un  Conservateur-archiviste.  D'a- 
près le  résultat  du  scrutin,  c'est  M.  J'abbé  Denis  qui  est  chargé 
de  ces  fonctions. 

M.  Lafontaine  donne  lecture  d'un  logogriphe  sur  le  mot 
Archéologie.  La  mission  de  l'Archéologue  étant  souvent  de  deviner 
des  énigmes  dans  les  débris  informes  du  passé,  un'  logogriphe 
n'était  point  sans  à  propos,  en  même  temps  qu'il  faisait  une  di- 
version agréable  à  des  travaux  de  discussion  et  d'organisation 
toujours  un  peu  sérieux.  La  lecture  de  M.  Lafontaine  a  été 
bien  accueillie  et  applaudie  sous  un  double  rapport,  alors  qu'une 
diction  excellente,  mérite  assez  rare,  ajoutait  encore  aux  qualités 
littéraires  de  son  œuvre. 

M.  d'Amécourt  fait  hommage  à  la  Société,  de  ses  deux  ou- 
vrages dont  les  titres  suivent  :  Essai  su?^  la  Numismaiigue  mérovin- 
gienne; et  Monnaies  tnérovingiennes  du  Palais  et  de  l'École. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE  4864. 

Présidence  de  M.  CARRO.  y 

La  réunion  entend  les  lectures  suivantes  : 

Par  M.  de  Colombel,  d'une  Notice  sur  un  tumulus  situé  près 
de  M  eaux; 

Par  M.  d'Amécourt,  d'une  étude  historique  et  étymologique 
sur  Trilport; 

Par  M.  de  Ginoux,  d'une  fantaisie  physiologique  sur  la  ciga- 
rette ; 

Et  enfin,  par  M.  Le  Blondel,  d'une  proposition  tendant  à  la 
création  d'un  Musée  Archéologique  à  Meaux. 

Cette  proposition  est  prise  en  sérieuse  considération  et  une 
Commission  composée  de  MM.  Le  Blondel,  do  Colombel,  Savard, 


—  81  — 

Leiebvre  et  docteur  Le  Roy,  est  chargée  d'étudier  les  voies  et 
moyens  les  plus  convenables  pour  réaliser  cette  pensée. 

M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant  donne  des  renseignements  sur 
les  travaux  du  Comité  central  de  la  Société. 

M.  Garro  lit  des  notes,  accompagnées  d'un  plan,  sur  des  fouilles 
faites  au  coteau  de  la  justice,  près  Meaux,  et  sur  un  curieux  cha- 
piteau trouvé  sous  le  pavage  de  l'une  des  rues  de  la  ville. 

M.  de  Pontécoulant  fait  remarquer  qu'une  des  principales  mis- 
sions de  la  Section  Archéologique  de  Meaux,  serait  de  préparer  les 
matériaux  d'une  bonne  carte  archéologique  de  son  arrondisse- 
ment. L'assemblée  partageant  cet  avis,  délègue  pour  s'occuper 
de  la  réalisation  de  cette  idée,  une  commission  composée  de 
MM.  d'Amécourt,  de  Ginoux,  abbé  Denis,  abbé  Bécheret,  de  Go- 
lombel  et  Garro. 


SECTION  DE  MELUN. 
SÉANGE  D'INSTALLATION  DU  7  AOUT  1864. 


L'an  1864,  le  dimanche  7  août,  une  heure  de  relevée  : 

M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant,  Président  à  titre  provisoire  de 
la  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts  du  département 
de  Seine-et-Marne,  assisté  de  M.  G.  Leroy,  secrétaire,  s'est  rendu 
dans  l'une  des  salles  de  l'Hôtel-de-Ville  de  Melun,  pour  procéder 
à  la  constitution  de  la  Section  de  l'arrondissement  de  Melun,  dont 
tous  les  membres  adhérents  avaient  été  spécialement  convoqués  à 
cet  effet. 

Étaient  présents  :  MM.  Ballu,  Gotelle,  Decourbe,  Dussouy,  H. 
Préteau  de  Pény,  Gillet,  Joyeux,  Labiche,  Laine,  Lemaire, 
Lhuillier,  Liabastres  et  Schreuder. 

Après  avoir  ouvert  la  séance,  M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant, 
Président,  donne  connaissance  des  lettres  qu'il  a  reçues  de  Son 
Excel.  M.  Drouyn  de  Lhuys,  de  MM.  Bernardin,  Grésy,  Lajoye 
et  Leguay,  par  lesquelles  ces  Sociétaires  expriment  leurs  regrets 
de  ne  pouvoir  assister  à  la  réunion  de  ce  jour. 

6 


—  S2  — 

11  rend  compte,  en  conformité  de  Tart.  i29  des  Statuts,  des 
résultats  obtenus  depuis  la  séance  générale  du  17  juillet  der- 
nier. «  Le  nombre  des  adhérents,  dit  le  Président,  qui  était 
alors  de  cent  six  est  actuellement  de  cent  ving-t-trois.  Parmi  les 
adhésions  récentes  se  trouvent  celles  de  M.  le  baron  de  Lassus 
Saint-Geniès,  préfet  de  Seine-et-Marne;  de  M.  Lebrun,  sénateur 
et  membre  de  l'Académie  française;  de  M.  Larabit,  sénateur;  de 
M.  le  comte  de  Champagny;  de  M.  le  baron  Fréteau  de  Pény,  etc.» 
—  M.de  Pontécoulant  fait  ensuite  part  des  Commissions  qu'il  a 
nommées  pour  la  confection  du  diplôme  et  du  sceau;  pour  l'exa- 
men des  mémoires  à  lire  en  assemblée  générale;  et  pour  l'itiné- 
raire d'une  excursion  scientifique  dans  l'arrondissement  de  Provins, 
au  mois  de  septembre  prochain. 

Ces  explications  données,  le  Président  annonce  que  le  but  de 
la  réunion  de  ce  jour  est  la  constitution  de  la  Section  de  Tarron- 
dissement  de  Melun,  la  nomination  de  son  bureau  et  la  présenta- 
tion d"un  projet  de  règlement  intérieur  particulier  à  la  Section. 

Le  scrutin  ouvert  pour  l'élection  du  bureau  donne  les  résultats 
suivants  : 

Votants,  14. 

Président  ;  MM.  Grésy,  13  voix;  Lajoye,  1. 
Vice-président  :  MM.  H.  Freteau  de  Pény,  11  voix;  Lajoye,  2; 
Dégoût,  1. 

Secrétaire  :  MM.  Leroy,  10  voix;  Lhuillier,  2;  Lemaire,  1; 
Joyeux, 1. 

Secrétaire-adjoint  :  Lhuillier,  G  voix;  les  huit  autres  bulletins  ne 
contenaient  pas  d'indication  de  vote. 

En  conséquence,  M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant  proclame  : 

Président  :  M.  Eug.  Grésy  ; 
Vice-président  ;  M.  H.  Fréteau  de  Pény; 
•    Secrétaire  :  M.  G.  Leroy; 
Secrétaire-adjoint  :  M.  Th.  Lhuillier. 

Attendu  l'absence  de  M.  Grésy,  M.  le  comte  Ad.  de  Pontécou- 
lant invite  M.  H.  Fréteau  de  Pény  à  prendre  place  au  fauteuil 
de  la  présidence. 

En  se  rendant  à  cette  invitation,  M.  IL  Fréteau  de  Pény,  après 
avoir  remercié  l'assemblée,  prie  M.  de  Pontécoulant  de  conserver 
la  présidence. 

Une  première  lecture  du  projet  de  règlement  intérieur  de  la 
Section  est  donnée  par  le  secrétaire. 


—  83  — 

Sur  l'observation  de  plusieurs  membres,  la  discussion  sur  et- 
projet  est  ajournée  à  la  prochaine  assemblée,  fixée  au  premier 
dimanche  de  septembre;  et,  pour  l'examen  de  ce  travail,  une 
Commission  de  quatre  membres,  à  laquelle  s'adjoindra  le  bureau 
de  la  Section,  est  désignée  par  le  Président.  Cette  Commission  se 
compose  de  MM.  Joyeux,  Labiche,  Liabastres  et  Lemaire. 

MM.  les  Sociétaires  sont  invités  à  présenter  quelques  mémoires 
et  travaux  à  la  prochaine  assemblée  de  la  Section,  fixée  au  pre- 
mier dimanche  de  septembre. 

Avant  de  se  séparer,  les  membres,  sur  la  motion  de  M.  Lia- 
bastres, votent,  par  acclamation,  des  remercîments  à  M.  le  comte 
de  Pontécoulant,  Président  provisoire  de  la  Société,  pour  le  zèle, 
le  dévouement  et  les  soins  incessants  qu'il  apporte  à  la  fondation 
de  l'œuvre  dont  il  est  un  des  principaux  instigateurs. 

La  séance  est  levée  à  trois  heures. 


SÉANCE  DU  4  SEPTEMBRE  1864. 
Présidence  de  M.  GRÉS  Y.  Secrétaire,  M.  G.  LEROY. 

Sont  présents  :  MM.  Ballu,  Bancel,  Dardenne,  Decourbe, 
Deniset,  Desprez,  Eymard,  le  baron  Fréteau  de  Pény,  Héracle 
Fréteau  de  Pény,  Fuser,  Gillet,  Joyeux,  Labiche,  Lajoye,  Leguay, 
Lemaire,  Lhuillier,  Liabastres,  le  baron  Neveux,  Poyez,  Prévost 
et  le  vicomte  de  Valmer. 

La  séance  est  ouverte  à  une  heure. 

M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant,  Président  de  la  Société, 
également  présent,  est  invité  par  M.  Grésy  à  partager  avec  lui  le? 
honneurs  de  la  présidence. 

M.  Grésy  communique  les  lettres  qu'il  a  reçues  de  Son  Exe. 
M.  Drouyn  de  Lhuys,  de  M.  le  baron  de  Lassus  Saint-Geniès, 
de  M.  le  baron  de  Beauverger  et  de  MM.  de  Saint-Paul  et  Sougit, 
dans  lesquelles  ces  Sociétaires  expriment  leurs  regrets  de  ne  pou- 
voir se  trouver  à  la  réunion  de  ce  jour  : 

Sur  l'invitation  du  Président,  le  Secrétaire  donne  lecture  du 
procôs-verbal  de  la  dernière  séance,  tenue  le  7  août.  La  rédaction 
de  ce  procès-verbal  est  adoptée. 


—  84  — 
M.  Grésy  prend  ensuite  la  parole  en  ces  termes  : 

«  Messieurs, 

»  J'avais  souvent  ouï  dire  que  «  les  absents  ont  tort,  »  mais  il 
paraît  que  les  proverbes  ne  vous  persuadent  guère,  puisque  c'est 
précisément  à  un  absent  que  vous  avez  voulu  réserver  la  meil- 
leure et  la  plus  grosse  part  de  votre  indulgence. 

»  Permettez-moi  donc,  Messieurs,  de  remplir  aujourd'hui  le 
devoir,  dont  je  n'ai  pu  m'acquitter  à  votre  dernière  séance  :  il  me 
fâcherait  d'occuper  ce  fauteuil  avant  de  vous  avoir  offert  Texpres- 
sion  de  ma  vive  gratitude,  avant  de  vous  avoir  dit  combieu  vos 
suffrages  m'ont  été  précieux,  combien  j'ai  été  sensible  à  l'hon- 
neur que  vous  avez  daigné  me  faire. 

»  Toutefois.,  je  ne  me  fais  pas  illusion,  je  sens  qu'en  maccor- 
dant  cette  distinction,  vous  avez  eu  beaucoup  moins  égard  aux 
mérites  insuffisants  de  l'archéologue  qu'à  la  fidélité  constante  du 
compatriote  qui  recueille  depuis  tantôt  trente  ans  tous  les  docu- 
ments pouvant  fournir  une  page  aux  annales  de  la  Brie,  toutes 
les  épaves  pouvant  fournir  une  pierre  au  Panthéon  de  la  ville 
natale. 

))  Hommages  soient  rendus  à  celui  qui  a  eu  la  première  idée 
d'une  Société  d'archéologie  dans  ce  département  si  fertile  en  sou- 
venirs historiques,  au  jeune  savant,  M.  de  Resbecq,  qui,  mal 
abrité  sous  un  pseudonyme  bien  connu,  n'a  pas  craint  d'affronter 
le  rire  sceptique  de  ces  routiniers  incorrigibles  qui  jappent  sans 
cesse  et  toujours  sur  les  talons  de  toute  idée  nouvelle  et  fécon- 
dante. Hommages  à  notre  digne  président,  M.  de  Pontécoulant, 
dont  l'intelligente  et  infatigable  activité  a  si  puissamment  contribué 
h  assurer  notre  vitalité. 

»  Rendons  grâces  aussi  h  l'Administration  supérieure  qui  veut 
bien  nous  prendre  sous  son  égide,  et  dont  le  concours  nous  sera 
si  utile  en  toutes  circonstances. 

»  Et  maintenant.  Messieurs,  travaillons  avec  zèle  au  succès  de 
notre  œuvre,  afin  de  pouvoir  rivaliser  plus  tard  avec  nos  aînées, 
les  Sociétés  des  Antiquaires  de  Normandie,  de  l'Ouest,  de  la  Morinie, 
qui  rendent  chaque  jour  d'importants  services  à  la  science.  — 
Sans  doute,  il  nous  faudra  du  temps  et  de  la  persévérance,  mais 
qu'importe  !  l'arbre  est  planté,  il  a  pris  racines,  et  vous  allez  voir 
qu'il  donne  déjà  de  charmantes  fleurs.  Si  plus  tard,  il  produit  des 
fruits  savoureux,  vous  graverez  sur  l'écorce,  suivant  un  poétique 
usage,  les  noms  de  ceux  qui  l'ont  planté,  et  peut-être  nos  arrière- 


—  85  — 

neveux  donneront-ils  un  pieux  souvenir  à  vous,  Messieurs,  qui 
leur  aurez  fait  ce  modeste  ombrage.  » 

Après  un  rapport  de  M.  Liabastres  sur  le  projet  de  règlement 
intérieur  particulier  à  la  Section  de  Melun,  le  Secrétaire  donne 
lecture  de  ce  projet. 

A  la  suite  d'une  discussion  générale,  à  laquelle  prennent  part 
notamment  :  MM.  le  baron  Fréteau  de  Pény ,  H.  Fréteau  de 
Pény,  Grésy,  Joyeux,  Labiche,  Lajoye,  Leguay,  Liabastres,  le 
baron  Neveux,  le  comte  de  Pontécoulant,  Poyez  et  le  vicomte  de 
Valmer,  le  projet  est  adopté. 

La  section  entend  ensuite  plusieurs  communications  littéraires 
et  archéologiques  :  le  Ministre  et  le  Berger^  fable  par  M.  Labiche; 
une  Note  bibliographique  sur  un  livre  d'heures  imprimé  en  1509,  par 
M.  Th.  Lhuillîer. 

On  décide  que  les  réunions  de  la  Section  de  Melun  devant  avoir 
lieu  le  premier  dimanche  de  chaque  mois,  la  prochaine  séance 
se  tiendra  le  dimanche  2  octobre,  à  une  heure  précise,  à  l'Hôtel- 
de-Ville  de  Melun.  Une  convocation  spéciale,  portant  indication 
de  l'ordre  du  jour,  sera  adressée  à  MM.  les  Sociétaires. 

M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant  rappelle  ensuite  briève- 
ment l'origine,  le  but  et  l'avenir  de  la  Société.  Il  annonce  qu'elle 
réunit  actuellement  205  membres,  qui  se  répartissent  ainsi  : 
Melun,  68;  Fontainebleau,  68  ;  Meaux,  34;  Goulommiers,  20; 
Provins,  15.  En  terminant  son  improvisation,  M.  de  Ponté- 
coulant propose  à  la  Section,  de  voter,  comme  l'a  fait  la  Section 
de  Meaux,  des  remercîments  à  M.  G.  Leroy,  qui  a  contribué  si 
fortement  à  l'organisation  de  la  Société.  Cette  proposition  reçoit 
l'assentiment  des  membres  présents.  M.  de  Pontécoulant  propose 
également  de  confirmer  à  M.  Poyez,  des  pouvoirs  définitifs  comme 
Délégué  de  la  Section  de  Melun,  près  le  Comité  central.  Cette  se- 
conde proposition  est  suivie  d'un  vote  par  acclamation. 

M.  G.  Leroy  communique  une  note  sur  un  médaillon  en 
marbre,  représentant  l'empereur  Vespasien,  trouvé  dans  la  Seine, 
à  Melun,  et  sur  des  antiquités  provenant  des  abords  de  la  place 
Notre-Dame.  La  Section,  à  laquelle  le  médaillon  est  soumis,  décide 
sur  les  observations  de  MM.  Grésy,  Lajoye  et  le  baron  Neveux, 
qu'il  n'est  pas  antique  et  qu'il  accuse,  au  contraire,  une  date  re- 
lativement moderne,  postérieure  même  à  la  Renaissance. 

A  l'égard  des  autres  objets  signalés,  la  Section  reconnaît  l'in- 
térêt qui  s'y  rattache,  et  elle  émet  le  vœu  que,  sous  la  surveillance 


—  86  — 

d'une  comaiission  spéciale,  qu'elle  compose  rie  MM.  Labiche, 
Lajoye,  Gotelle  et  G.  Leroy,  des  Ibuilles  soient  continuées  aux 
abords  de  la  place  Notre-Dame,  notamment  dans  le  but  de  dégager 
le  mur  antique,  dont  on  a  constaté  l'existence  de  ce  côté.  La  Com- 
mission devra  se  mettre  en  rapport  avec  M.  le  Maire  de  la  ville 
de  Melun.  Il  sera  pourvu  aux  frais  que  ces  Touilles  entraîneront 
à  l'aide  des  allocations  accordées  par  la  Commission  de  la  topo- 
graphie des  Gaules  et  le  Conseil  municipal  de  Melun. 

La  Section  décide  en  outre  le  renvoi  de  la  partie  du  travail  de 
M.  Leroy,  concernant  les  antiquités  récemment  découvertes,  à  la 
Commission  de  la'  topographie  des  Gaules,  instituée  près  le  mi- 
nistère de  l'Instruction  publique. 

M.  Héracle  Fréteau  de  Pény  demande  la  parole. 

«  L'honorable  membre  fait  observer  qu'il  y  aurait  lieu,  suivant 
»  lui,  de  modifier,  par  voie  d'interprétation  ou  d'extension,  les 
»  articles  du  règlement  général,  concernant  le  mode  de  votation, 
»  pour  les  élections  du  Bureau  central.  Dans  l'état  actuel,  le  rè- 
»  glement  lui  paraît  inexécutable.  Plusieurs  points  importants  à 
»  déterminer  n'ont  pas  encore  été  fixés.  Il  est  donc  temps  de 
»  proposer  les  différentes  vues  qui  pourront  conduire  <i  la  plus 
»  parfaite  organisation  du  scrutin.  Il  est  impossible  d'espérer  que 
»  des  endroits  les  plus  éloignés  du  département,  tous  les  Socié- 
»  taires  puissent  se  rendre  au  Chef-lieu  d'arrondissement,  désigné 
))  par  le  sort,  pour  prendre  part  au  scrutin.  Ce  scrutin  devra 
»  nécessairement  demeurer  ouvert  pendant  un  temps  assez  long 
»  pour  permettre  à  tous  de  déposer  leur  bulletin.  Mais  s'il  y  a 
»  ballotage,  comment  retenir,  et  surtout,  comment  rappeler  les 
»  membres  éloignés  et  pressés  de  retourner  chez  eux,  qui  auront 
»  profité,  après  le  premier  vote,  des  départs  opportuns?  Si  l'ébc- 
»  tion  est  sans  résultat,  comment  songer  h  faire  un  nouvel  appel 
»  aux  Sociétaires,  en  leur  imposant  un  nouveau  déplacement  dif- 
»  ficile  et  onéreux  ? 

»  Les  associés  résidant  au  chef-lieu  d'arrondissement  désigné, 
n  ou  dans  son  voisinage,  se  trouvent  donc  ainsi  amenés,  sans 
»  qu'ils  l'aient  souhaité,  à  jouer  un  rôle  prépondérant,  et  par  cela 
»  seul  contraire  à  la  sincérité,  à  l'équité  du  scrutin.  C'est  à  Melun, 
»  qui,  par  sa  position,  est  investi,  pour  la  première  fois  de  ce 
»  privilège,  à  insister  pour  ramener  les  choses  à  plus  de  régula- 
»  rite,  en  réclamant  un  plus  juste  équilibre  entre  toutes  les  parties 
»  de  l'association,  d 


—  87  — 

Ces  observations  étant  prises  en  considération,  restait  à  déter- 
miner le  mode  d'action.  M.  H.  Fréteau  de  Pény  propose,  par 
analogie  à  ce  qui  passe  dans  les  élections  civiles,  de  fractionner 
en  plusieurs  bureaux  le  département.  Chaque  chef-lieu  d'arron- 
dissement deviendrait  un  bureau  électoral,  dépouillerait  les  bulle- 
tins, et  enverrait  au  chef-lieu  de  la  Société  le  résultat  partiel 
des  votes,  qui  centralisé  et  définitivement  supputé  serait  proclamé 
au  lieu  où  se  tiendrait  la  réunion  générale. 

L'article  19  des  statuts  serait  alors  complété  de  cette  façon  : 

§  2^  —  Dans  le  cas  où  cela  sera  jugé  opportun,  l'assemblée 
générale  pourra  être  fractionnée  en  plusieurs  bureaux  électoraux 
qui  seront  ouverts  dans  chacun  des  chefs-lieux  d'arrondisse- 
ments. 

Plusieurs  membres,  notamment  MM.  Deniset,  Desprez,  Ey- 
mard,  Grésy,  .Joyeux,  Labiche,  Lajoye,  Leguay,  le  vicomte  de 
Valmer,  émettent  le  vœu  que  de  quelque  façon  que  l'on  tranche 
la  difficulté,  il  faut,  avant  tout,  admettre,  à  l'exemple  des  sociétés 
d'acclimatation,  d'anthropologie,  etc.,  le  vote  par  lettre,  qui, 
grâce  à  certains  moyens  d'ordre,  peut  nonobstant  demeurer 
secret. 

Dans  ce  cas,  l'article  20  des  statuts  pourrait  être  modifié  ainsi 
qu'il  suit  : 

«  Le  Bureau  est  nommé  pour  un  an,  au  scrutin  secret,  et  à  la 
n  majorité  absolue  des  membres  présents.  Toutefois  les  membres 
»  empêchés  pourront  adresser  leur  vote  par  lettre  cachetée  au 
»  Président,  de  façon  à  ce  qu'elle  parvienne  avant  l'expiration  du 
»  scrutin.  » 

M.  le  comte  de  Pontécoulant  présente  plusieurs  observations 
contre  la  prise  en  considération  de  cette  proposition,  comme  con- 
traire aux  Statuts  et  aux  intentions  de  la  Commission  d'organisa- 
tion, qui  a  voulu  procurer,  par  les  élections  en  Séances  générales, 
une  réunion  de  tous  les  Sociétaires.  Les  arrondissements,  a-t-il 
dit,  tendront  à  s'isoler  davantage,  si  les  sociétaires,  qui  désireront 
prendre  part  au  scrutin,  ont  la  possibilité  de  le  faire  soit  par  cor- 
respondance, soit  dans  leurs  arrondissements  respectifs.  Les  réu- 
nions générales  pourront  être  délaissées,  et  les  liens  do  confraternité 
en  seront  relâchés.  La  mesure  proposée  est  une  réforme  radicale 
des  Statuts.  Convient-il  de  la  faire  avant  que  la  Société  ait  com- 
mencé d'exister? 

L'avis  contraire  est  adopté.  Il  est  donc  décidé,  à  l'unanimité, 
des  membres  présents  de  la  Section  de  Melun,  qu'il  sera  pris  acte 


•-  88  — 

do  cette  proposition  consignée  au  procès- verbal  ;  que  le  Secrétaire 
devra  en  informer  le  Président  provisoire  de  la  Société  en  lui  de- 
mandant de  prendre  l'avis  des  différentes  Sections,  afin,  dans  lo 
cas,  où  la  pluralité  adopterait  cette  opinion,  de  se  transporter  près 
de  M.  le  Préfet,  pour  le  prier  de  compléter  par  la  ratification  des 
articles  ou  des  paragraphes  additionnels,  les  art.  19  et  20  des 
Statuts  généraux. 


SÉANCE  DU  2  OCTOBRE  186i. 
Présidence  de  M.  GRÉS  Y.  Secrétaire,  M.  G.  LEROY. 

Sont  présents  :  MM.  Ballu,  Bernard,  comte  de  Bonneuil, 
comte  de  Champagny,  Dardenne,  Decourbe,  comte  Gabriel  d'Er- 
ceville,  H.  Fréteau  de  Pény,  Gabry,  Gaudard,  Gillet,  Leguay, 
de  May ,  Labiche ,  Lemaire ,  Lhuillier ,  Liabastres ,  Quesvers , 
Schreuder,  Sertier. 

La  séance  est  ouverte  à  une  heure. 

M.  le  Président  donne  connaissance  des  lettres  adressées  par 
S.  E.  M.  Drouyn  de  Lhuys  et  M.  Eymard,  dans  lesquelles  ces 
sociétaires  expriment  leurs  regrets  de  ne  pouvoir  assister  à  la 
séance. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  (4  septembre)  lu  par  le 
Secrétaire,  est  adopté. 

Les  modifications  à  apporter  aux  articles  19  et  20  des  statuts 
généraux,  par  suite  de  la  prise  en  considération  de  la  proposition 
de  M.  H.  Fréteau  de  Pény,  sont  discutées,  et  leur  rédaction  est 
adoptée  ainsi  qu'il  suit  : 

Art.  19.  —  «  Le  bureau,  nommé  par  la  Société,  dans  la  pre- 
»  mière  assemblée  générale  de  chaque  année,  se  compose  d'un 
»  Président,  d'un  Vice-Président,  d'un  Secrétaire,  d'un  Archi- 
»  viste  et  d'un  Trésorier. 

»  Dans  le  cas  où  cela  serait  jugé  opportun,  l'assemblée  géné- 
»  raie  pourra  être  fractionnée  en  plusieurs  bureaux  électoraux,  qui 
»)  seront  ouverts  dans  chacun  des  chefs-lieux  d'arrondissement. 
»  Les  membres  empochés  d'y  prendre  part,  pourront  adresser 
»  leur  vote  par  lettre  cachetée  au  président  de  leur  section,  de 
»   façon  h  ce  qu'elle  lui  parvienne  avant  la  fermeture  du  scrutin. 


—  89  — 

»  Art.  20.  —  Le  bureau  est  nommé  pour  un  an,  au  scrutin 
»  secret  et  à  la  majorité  relative  des  suffrages  exprimés.  » 

En  l'absence  de  M.  Desprez,  auteur  d'une  proposition  tendant 
à  la  publication,  par  la  Société,  d'une  carte  et  d'un  répertoire 
archéologiques  de  Seine-et-Marne,  le  mémoire  qu'il  a  rédigé  à  ce 
sujet  est  lu  par  le  Secrétaire. 

La  proposition  de  M.  Desprez  est  adoptée  à  l'unanimité.  La 
Section  décide  que  le  mémoire  dans  lequel  elle  est  formulée  sera 
envoyé  au  Comité  central  qui  déterminera  les  moyens  propres  à 
en  assurer  l'exécution.  Et  pour  le  cas  où  le  Comité  ne  jugerait 
pas  à  propos  de  suivre  sur  cette  proposition,  la  Section  se  réserve 
d'y  procéder  elle-même,  en  ce  qui  concerne  l'arrondissement  de 
Melun. 

M.  Labiche  donne  lecture  d'une  fable  ayant  pour  titre  : 
V Homme  et  la  Fée.  —  Renvoi  au  Comité  central. 

M.  Leguay  présente  une  collection  de  spécimens  de  couteaux  en 
silex,  provenant  de  la  Grotte  du  Chaffaut  (Vienne),  deuxième 
époque  de  l'âge  de  pierre,  dont  il  fait  hommage  au  Musée  de 
Melun.  Des  remercîments  lui  sont  adressés  et  les  objets  seront 
remis  à  M.  le  directeur  du  Musée. 

M.  le  docteur  Gillet  soumet  une  anse  d'amphore  gallo-romaine, 
trouvée  dans  la  plaine  de  la  Varenne  de  Melun,  et  qui  porte  le  nom 
du  fabricant  CAPITO.  F  (ecit). 

M.  Leguay  donne  lecture  d'un  Mémoire  sur  les  sépultures  anté- 
historiques  des  environs  de  Paris. 

M.  Grésy  lit  une  notice  sur  Un  monument  funéraire  des  seigneurs 
de  Courceaux  au  XIII"  siècle,  dans  le  cimetière  de  Montereau-sur-le- 
Jard. 

M.  Leroy  lit  une  notice  intitulé  :  le  Refuge  de  Barbeau. 

M.  Lemaire  donne  connaissance  d'un  travail  qui  a  pour  titre  : 
Un  mot  sur  Mirvaux. 

La  section  décide  le  renvoi  de  ces  différents  mémoires  et  des 
dessins  et  plans  dont  quelques-uns  sont  accompagnés,  au  Comité 
central. 

Ces  lectures  donnent  lieu  à  des  explications  auxquelles  prennent 
part  MM.  le  comte  de  Bonneuil,  H.  Fréteau  de  Pény,  Leguay, 
Lemaire  et  plusieurs  autres  membres.  Il  en  ressort  notamment  que 
les  restes  présumés  de  Burckardt  ou  Bouchard,  comte  do  Molun, 
décédé  en  1012,  et  de  Elisabeth,  sa  femme,  ont  été  retrouvés, 
en  1833,  dans  le  sol  d'une  crypte  ignorée  dépendant  de  l'ancienne 
abbaye  de  Saint-Maur-des-Fossés,  près  Paris,  où  ces  personnages 


—  90  — 

furent  inhumés.  Suivant  M.  Leguay,  des  restes  intéressants  de 
l'abbaye  de  Barbeau  existent  encore  dans  la  commune  d'Héricy, 
arrondissement  de  Melun. 

D'après  des  observations  faites  par  M.  le  comte  de  Bonneuil, 
observations  confirmées  par  plusieurs  membres,  il  est  constant 
que  le  véritable  nom  de  la  commune  de  Seine-Port,  canton  nord 
de  Melun,  est  Saint-Port,  d'après  l'étymologie  Sanctus  Portas, 
Sacer  Porms,  consacrée  dans  des  chartes  des  xii"  et  xiii"  siècles, 
notamment  dans  les  titres  relatifs  à  l'abbaye  de  Barbeau,  fondée 
primitivement  sur  le  territoire  de  Saint-Port.  La  Section  décide 
que  cet  ancien  nom,  qui  s'est  transformé,  sans  raison  plausible 
et  sans  intervention  légale,  vers  1825,  et  qui,  d'ailleurs,  est  tou- 
jours en  usage  chez  les  populations  locales,  sera  conservé  dans  les 
publications  de  Ja  Société. 

La  séance  est  levée  à  quatre  heures. 


SÉANCE  DU  i  DÉCEMBRE  4864. 
Présidence  de  M.  GRÉS  Y.  —  Secrétaire,  M.  G.  LE  MO  Y. 

La  séance  est  ouverte  à  une  heure. 

Sont  présents  :  MM.  Ballu,  Bernardin,  Courtois,  Decourbe, 
Eymard,  Gillet,  Labiche,  Lcmaire,  Lhuillier,  Schreuder,  Sénèque, 
Sollier. 

MM.  Dardcnne,  H.  Fréteau  de  Pény,  Joyeux  et  Leguay,  ont 
fait  savoir,  en  exprimant  leurs  regrets,  qu'ils  ne  pourront  assister 
à  la  séance  de  ce  jour. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  de  la  Section,  tenue  le 
2  octobre  est  lu  par  le  Secrétaire  et  adopté  sans  observation. 

Une  demande  d'admission  faite  par  M.  Auberge,  propriétaire  h 
Melun,  présentée  par  MM.  Labiche  et  Courtois  est  communiquée 
à  la  Section  qui  décide  qu'il  sera  statué  sur  cette  demande  à  la  fin 
de  la  séance. 

Il  est  donné  lecture,  par  le  Président,  d'une  lettre  adressée  par 
M.  le  comte  de  Pontécoulant,  Président  de  la  Société,  dans  laquelle 
il  rend  compte  de  différents  faits  accomplis  depuis  la  séance  gé- 
nérale du  23  octobre  dernier,  notamment  de  l'organisation  de  la 
Section  de  Provins  ;  de  la  prochaine  impression  du  bulletin  de  i  864, 


—  91  — 

par  M.  Garro,  imprimeur  à  Meaux;  de  la  suite  qu'il  convient  de 
donner  à  la  proposition  de  M.  Desprez  sur  la  publication  d'un 
répertoire  archéologique  de  Seine-et-Marne,  etc. 

Pour  arriver  à  la  réalisation  de  cette  proposition,  M.  le  Prési- 
dent de  la  Section  de  Melun  nomme  une  commission  [h  l'effet 
d'examiner  le  projet  et  de  déterminer  les  moyens  propres  à  en 
amener  l'exécution.  Cette  commission  se  compose  de  MM,  le 
comte  de  Bonneuil,  Bernardin,  Lajoye,  Leguay  et  Lemaire. 

M.  le  Président  propose  de  modifier  le  règlement  particulier 
de  la  section,  en  ce  qui  concerne  la  tenue  des  séances.  Il  est  d'avis 
d'indiquer  tous  les  deux  ou  les  trois  mois  une  séance  pour  le  pre- 
mier samedi  du  mois,  cette  mesure  lui  semblant  équitable  pour 
permettre  à  MM.  les  ecclésiastiques  et  aux  sociétaires  extra- 
muros,  que  des  affaires  appellent  souvent  à  Melun  le  samedi,  de 
prendre  part,  avec  plus  de  facilité  et  sans  trop  de  déplacement, 
aux  travaux  de  la  Société.  Les  membres  présents,  appuient  cette 
proposition  et  déclarent  la  prendre  en  condération.  Il  y  sera 
statué  par  un  vote  dans  la  prochaine  séance. 

Le  Secrétaire  donne  connaissance  de  l'avis  officieux  que  lai  a 
transmis  M.  Leguay,  membre  de  la  Société  d'Archéologie  de  Seine- 
et-Marne,  et  membre  de  la  Société  d'Anthropologie  de  Paris,  sur 
la  correspondance  à  établir  entre  les  deux  Sociétés  et  déjà  admise 
par  cette  dernière,  qui  se  propose  de  faire  parvenir  son  bulletin. 
La  section,  en  remerciant  M.  Leguay  de  ses  bons  offices,  et  la 
Société  d'Anthropologie  de  la  décision  qu'elle  a  prise,  déclare  qu'il 
ne  lui  appartient  pas  d'accepter  officiellement  cette  offre,  dont  le 
Comité  central  sera  saisi. 

Il  est  successivement  donné  lecture  des  travaux  suivants, 
savoir  : 

Par  M.  le  docteur  Ballu,  de  stances  sur  Le  Martyre  de 
Napoléon  1"'. 

Par  M.  Th.  Lhuillier,  d'une  Notice  su?-  le  Château  de  Saint-Ange, 
près  Moret,  bâti  par  Henri  IV,  pour  Gabrielle  d'Estrées,  devenu 
plus  tard  la  propriété  de  la  famille  Lefèvre  de  Gaumartin,  et  dans 
lequel  Voltaire  compc-a  un  partie  de  la  Henriade. 

Par  M.  Labiche,  de  doux  fables  ayant  pour  titres  :  Le  gros 
riche  et  le  petit  rentier  ;  la  Pudeur  et  la  Rosée. 

Par  M.  Leroy,  de  deux  notes,  l'une  sur  la  découverte  d'une  sé- 
pulture anté-historique  à  Montereau- faut-Yonne,  en  186i,  dans  une 
propriété  appartenant  à  M  .  Quesvers,  et  l'autre  sur  les  sceaux  de 
Robert  et  Seguin,  doyens  de  la  chrétienté  de  Melun  au  XIII''  siècle. 


—  92  — 

La  Section  décide  que  tous  ces  travaux  seront  renvoyés  au 
Comité  central,  à  l'exception  de  la  note  de  M.  Leroy,  sur  la  sépul- 
ture de  Montcreau,  qui  demeure  réservée,  pour  être  reprise,  s'il 
y  a  lieu,  à  la  suite  des  découvertes  que  des  fouilles  ultérieures 
pourront  amener.  Des  remercîments  sont  adressés  à  M.  Quesvers, 
membre  de  la  Société,  qui  donne  au  musée  de  Melun  la  plus 
grande  partie  des  objets  trouvés,  lesquels  consistent  en  haches  en 
silex,  belemnites  et  autres  fouilles. 

M.  le  docteur  Gillet  présente  une  anse  d'amphore  gallo- 
romaine,  qu'il  a  de  nouveau  recueillie  dans  la  plaine  de  la  Varcnne 
de  Melun,  et  sur  laquelle  on  lit  Saxoferreo. 

Le  vote  pour  la  présentation  de  M.  Auberge  au  Comité  central 
donne  les  résultats  suivants  : 

Membres  présents,  14.  —  Votants,  13.  —  Pour  la  présentation 
12.  —Contre,  1. 

L'admission  de  M.  Auberge  sera  soumise  au  Comité  central. 

La  séance  est  levée  à  3  heures. 


SECTION  DE  PROVINS. 
SÉANCE  D'INAUGURATION. 


Le  samedi  3  décembre  1864,  à  une  heure,  dans  une  des  salles 
de  l'hôtel-de-ville  de  Provins,  sous  la  Présidence  de  M.  le  comte 
Ad.  de  Pontécoulant,  Président  de  la  Société  d'Archéologie, 
Sciences,  Lettres  'A  Arts,  de  Seine-et-Marne,  sont  réunis  : 

MM.  le  comte  Bernard  d'JIarcourt,  Boby  de  la  Chapelle,  Bour- 
quelot  (Emile),  Michelin  (Jules),  Le  llériché.  Juin  (Victor), 
Farabœuf,  Burin  et  Lonoir  (Auguste),  membres  de  la  Société. 

M.  le  Maire  de  Provins,  M.  le  Receveur  particulier  des 
finances,  et  M.  le  Curé-doyen  de  Villiers-Saint-Georges,  répondant 
aux  invitations  qui  leur  ont  été  faites,  témoignent  par  leur 
présence,  de  l'intérêt  qu'ils  portent  à  la  nouvelle  Société.  M.  le 
Sous-Préfet,  empoché  par  ses  occupations,  exprime,  par  écrit  j\ 


—  93  — 

M.  lo  Président,  "ses  regrets  de  ne  pouvoir  assister  ii  la  séance. 

M.  le  Président  donne  également  lecture  d'une  lettre  de  M.  Félix 
Bourquelot  que  des  affaires  imprévues  retiennent  à  Paris. 

M.  Emile  Bourquelot,  délégué,  donne  lecture  en  ces  termes  du 
procès-verbal  des  élections  qui  ont  eu  lieu  pour  la  constitution  du 
Bureau  de  la  Section  de  Provins. 

Le  17  novembre  1864,  à  midi. 

En  présence  de  MM.  Bourquelot  (Emile),  délégué  de  la  Section 
de  Provins,  Juin  (Victor),  membre  de  cette  Section,  et  Lenoir 
(Auguste),  secrétaire  provisoire  ; 

Il  a  été  procédé,  dans  la  salle  de  la  Bibliothèque,  conformément 
aux  instructions  de  M.  le  Président  de  la  Société,  au  dépouille- 
ment du  scrutin,  ouvert  du  10  au  17  de  ce  mois,  pour  la  nomina- 
tion des  membres  devant  composer  le  bureau  de  la  Section  de 
Provins. 

Sur  vingt  membres  dont  sa  compose  la  section,  dix-sept  ont 
exprimé  leur  vote.  Voici  les  noms  des  votants  : 

MM.  le  comte  d'Harcourt;  —  Burin;  —  Teyssier  des  Farges, 
père;  —  Teyssier  des  Farges,  fils;  —  Delettre;  —  De  Fresne;  — 
Brunet  de  Presle;  —  Boby  de  la  Chapelle;  —  Fourtier;  — 
Lenoir;  —  Farabœuf  ;  —  Bourquelot  (Félix);  —  Delondre  ;  —  Juin 
(Victor);  —  Putois  ;  —  Bourquelot  (Emile);  —  et  Michelin. 

Le  dépouillement  du  scrutin  a  donné  les  résultats  suivants  : 

Président  :  M.  le  comte  Bernard  d'Harcourt,  17  voix. 
Vice-Président  :  M.  Jules  Michelin,  16  voix.  —  M.  Le  Hériché, 
1  voix. 

Délégué  :  M.  Bourquelot  (Emile),  16  voix. 
Secrétaire  :  M.  Lenoir  (Auguste),  17  voix. 
Secrétaire-adjoint  :  M.  Juin  (Victor),  16  voix. 

En  foi  de  quoi,  le  présent  procès-verbal  a  été  dressé  pour  être 
envoyé  à  M.  le  Président  delà  Société. 

Vu  ce  procès-verbal  et  après  avoir  constaté  que  les  opérations 
ont  été  régulières,  le  Président  de  la  Société  proclame  comme  : 

Président  :  M.  le  comte  Bernard  d'HARCOURT. 

Vice- Préside at  :  M.  Jules  Michelin. 

Délégué  près  du  Comité  central  :  M.  Emile  Bourquelot. 

Secrétaire-ti^ésorier  :  M.  Auguste  Lenoir. 

Secrétaire-adjoint  :  M.  Victor  Juin. 


—  94  — 

M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant  prend  ensuite  la  parole. 

«  Messieurs, 

»  Avant  de  procéder  aux  travaux  qui  doivent  désormais  nous 
occuper,  permettez-moi  d'adresser  mes  remercîments  au  nom  de 
la  Société  à  M.  le  Maire  d'abord,  et  à.  vous  tous,  Messieurs,  qui, 
répondant  h  notre  appel,  vous  êtes  rendus  à  notre  invitation. 
MM.  le  Sous-Préfet,  les  juges  du  Tribunal  nous  ont  fait  savoir 
que,  retenus  par  leurs  occupations  nombreuses,  ils  ne  peuvent  se 
rendre  parmi  nous  et  regrettent  de  ne  pouvoir  faire  partie  de 
notre  réunion.  L'intérêt  que  ces  honorables  a.lministateurs  et  ma- 
gistrats veulent  bien  porter  à  notre  Société  naissante,  nous  prouve 
que  chaque  fois  qu'une  institution  prend  naissance  dans  un  pays, 
que  quelques  hommes  d'élite  se  réunissent  en  faisceau  pour  former 
une  association  appelée  à  jeter  dans  les  masses  la  science  et  le  sa- 
voir, semence  que  le  peuple  attend  pour  la  féconder,  les  autorités 
s'empressent  toujours  d'offrir  à  cette  institution  leur  concours  en 
môme  temps  que  leur  appui. 

»  J'ai  besoin  également,  chers  confrères,  de  vous  témoigner  mu 
vive  reconnaissance  pour  la  sympathie  que  vous  m'avez  si  gra- 
cieusement témoignée  aux  élections  du  Bureau  de  la  Société. 

»  Vous  connaissez  tous,  chers  et  honorés  confrères,  l'origine  et  le 
but  de  notre  Société.  Vous  savez  que  le  département  de  Seine-et- 
Marne  comptait  dans  son  sein  beaucoup  d'hommes  de  talent  et  de 
savoir,  dont  les  travaux  et  les  essais  se  trouvaient  pour  la  plupart 
perdus  et  ignorés  et  cela  faute  de  rapports  entre  eux,  faute  d'un 
foyer  commun  oîi  vinssent  aboutir  les  lumières  éparpillées  sur 
tant  de  points.  Le  département  de  Seine-et-Marne  enfin,  et  peut- 
être  le  seul  en  France,  manquait  d'une  Société  consacrée  exclusi- 
vement aux  sciences,  aux  lettres  et  aux  arts.  Cette  lacune  n'existe 
plus  aujourd'hui  ;  la  Société  d'Archéologie,  Sciences  ,  Lettres  et 
Arts  du  département  do  Seine-et-Marne  fonctionne,  et  déjà  ses 
premiers  pas  ont  été  signalés  dans  différentes  sections  par  des  tra- 
vaux variés  qui  permettent  d'espérer  que  la  Société  réalisera  le 
bien  que  l'on  peut  attendre  de  cette  institution,  surtout  si  les  lu- 
mières et  l'appui  des  hommes  capables  ne  lui  font  pas  défaut. 

»  Notre  Société  ne  prend  la  place  de  personne,  elle  ne  marche 
sur  aucune  brisée,  elle  n'est  ni  égoïste  ni  exclusive  :  elle  reçoit, 
au  contraire  avec  reconnaissance  les  communications  qui  lui  sont 
adressées  par  toute  personne  laisant  partie  ou  non  de  la  Société  : 
ces  communications  sont  soumises  ù  l'examen  des  commissions 


—  95  — 

spéciales  et  la  presse  départementale,  ainsi  que  le  bulletin  de  la 
Société  en  font  connaître  les  résultats  dans»  l'intérêt  de  tous.  C'est 
ainsi  que  la  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres,  Arts  du  dé- 
partement de  Seine-et-Marne  est  et  sera  toujours,  soyez-en  bien 
persuadés,  ce  qu'elle  doit  être,  non  l'œuvre  d'une  coterie,  mais 
l'œuvre  de  tous  par  tous  et  pour  tous. 

»  Notre  Société,  chers  confrères,  fondée  le  16  mai  par  une  dou- 
zaine de  personnes  a  été  accueillie  avec  tant  de  sympathie  qu'à  la 
fin  de  la  "séance  générale  du  23  octobre  le  nombre  de  ses  membres 
fondateurs  était  de  263,  parmi  lesquels  figurent  la  plupart  des 
illustrations  scientifiques  et  administratives  du  pays. 

»  Cette  Société  deviendra,  je  n'en  doute  pas,  un  lien  puissant. 
Offrant  un  point  de  réunion  à  tous  les  hommes  d'intelligence  du 
département  par  des  séances  générales  et  par  des  excursions  scien- 
tifiques, la  Société  saura  établir  entr'eux  de  nombreux  rapports  de 
savoir  et  de  fraternité  puisque  tous  participeront  aux  travaux  de 
tous. 

»  Ce  résultat,  chers  confrères,  sera  d'autant  plus  important  qu'il 
contribuera  infailliblement,  je  l'espère,  à  faire  disparaître  certain 
antagonisme,  certaine  opposition  déplorables  etsans  aucune  raison 
d'être  qui  semblerjt  exister  chez  quelques  personnes  que  nous  au- 
rions été  si  heureux  de  voir  figurer  dans  cette  enceinte. 

»  Bientôt,  j'en  suis  convaincu,  il  ne  restera  plus  de  traces  de  ce 
dissentiment  :  le  contact  des  grandes  intelligences  est  une  occasion 
de  développement  mutuel  ;  les  hommes  érudits  doivent  se  réunir 
et  ne  former  qu'une  seule  famille. 

»  Que  voulons-nous?  Quel  est  notre  but?  Etudier  notre  pays, 
discuter  ses  origines,  apprendre  à  le  bien  connaître  pour  le  bien 
faire  connaître  aux  autres.  Pour  obtenir  ce  grand  résultat,  il  eût 
suffi,  sans  doute,  que  tous  les  gens  instruits  du  département 
pussent  entr'eux,  se  communiquer  leurs  études  et  leurs  re- 
marques, c'est  à  quoi  a  voulu  aboutir  la  Société. 

»  Qui  devons,  chers  et  honorés  confrères,  ne  serait  pas  convaincu 
des  services  que  cette  Société  est  appelée  à  rendre  dans  l'avenir 
lorsque  le  23  octobre,  le  jour  pour  ainsi  dire  de  sa  naissance,  elle 
a  pu  déjà  manifester  publiquement  et  avec  efficacité  son  aptitude 

aux  Lettres,  aux  Sciences  et  aux  Arts Attendez,  chers  confrères! 

attendez  !  et  vous  verrez  bientôt,  j'en  ai  la  ferme  conviction, 
s'élancer  du  sein  des  cinq  Sections  une  lumière  et  une  force  qui 
achèveront  le  réveil  des  hommes  érudits  jusqu'ici  sourds  à  notre 
appel. 


—  06  — 

»  Si  chacun  de  vous  comprend  bien  sa  mission  et  les  obligations 
qu'elle  lui  impose,  si  vous  savez  apprécier  les  résultats  féconds 
d'une  union  intime  entre  le  savoir  et  l'intelligence  de  tous,  le  ta- 
lent bien  connu  des  membres  de  votre  Section  lui  assurera  un  rang 
élevé  dans  la  Société;  mais  il  faut  d'abord  que  la  Section  de  Pro- 
vins travaille  et  marche  sur  les  traces  des  autres  Sections.  Partie 
la  dernière,  il  lui  faut  redoubler  d'ardeur  pour  rattraper  les  autres 
Sections  et  même  les  devancer,  si  faire  se  peut.  Il  ne  s'agit,  pour 
elle,  que  de  secouer  un  peu  cette  apathie  qui  sied  mal  aux'hommes 
dont  le  pays  et  la  science  réclament  le  concours.  Il  ne  suffît  pas 
de  faire  preuve  de  bonne  volonté,  il  faut  encore  du  dévouement, 
de  l'initiative  ;  et  vous  atteindrez,  n'en  doutez  pas,  le  but  désiré 
quand  chacun  de  vous,  dans  la  mesure  de  ses  forces  et  de  ses  ca- 
pacités aura  pu  dire  :  moi  aussi  j'ai  apporté  une  pierre  à  Védification 
de  l'œuvre.» 

(Ici  M.  le  Président  de  la  Société  fait  le  résumé  de  l'organisa- 
tion de  la  Société  et  après  avoir  rappelé  les  travaux  des  différentes 
Sections,  il  continue  ainsi  :  ) 

«  Vous  le  voyez,  mes  chers  et  honorés  confrères,  ce  sont  là  des 
débuts  encourageants.  Nous  espérons  faire  mieux  encore. 

»  Je  suis  heureux.  Messieurs,  d'assister  à  l'installation  de  ce 
Bureau  de  la  section  de  Provins,  composé  de  personnes  dont  nous 
avons  tous  su  apprécier  le  dévouement  à  notre  œuvre. 

»  Je  suis  fier  de  pouvoir,  au  nom  de  la  Société  d'Archéologie, 
Sciences,  Lettres  et  Arts,  du  département  de  Seine-et-Marne,  don- 
ner l'accolade  à  notre  honorable  Président,  à  M.  Bernard  d'Har- 
court,  et  de  lui  exprimer  le  vif  plaisir  que  j'éprouve  de  voir  à  votre 
tête,  Messieurs,  un  homme  qui,  dans  toutes  les  positions  où  il  a 
été  placé,  qui,  dans  toutes  les  missions  qui  lui  ont  été  confiées,  a 
su  toujours  allier  la  modestie  au  savoir,  la  fermeté  à  la  persévé- 
rance et  la  simplicité  à  la  noblesse.  Je  suis  persuadé  que  dirigés, 
stimulés  par  l'exemple  de  celui  qui  dans  les  comices  agricoles, 
a  montré  tant  de  zèle  et  d'intelligence,  la  Section  do  Provins  mar- 
chera h  l'égale  des  autres  Sections  et  qu'elle  se  rendra  digne  de  la 
réputation  qu'ont  faite  à  cet  arrondissement  les  hommes  de  mérite 
auxquels  il  a  donné  naissance. 

»  Il  fut  un  homme  d'un  éminent  savoir,  Messieurs,  que  la  créa- 
tion de  notre  Société  eût  rendu  bien  heureux.  C'eût  été  avec  un 
grand  bonheur  qu'il  se  fût  trouvé  parmi  nous,  mais  Dieu  ne  l'a 
pas  voulu  ;  il  l'a  enlevé  à  son  pays,  à  la  science  et  à  ses  amis.  Le 
Comité  central  a  cru  honorer  dignement  sa  mémoire,  en  présen- 


—  97  — 

tant  son  fils  à  vos  suffrages;  vous  avez  tous,   chers  Confrères, 
compris  sa  pensée,  car  vous  l'avez  unanimement  ratifiée. 

Il  est  encore  une  personne  que  je  ne  saurais  oublier  et  à  laquelle 
la  Société  doit  beaucoup  de  remerciements  parce  que  pour  elle 
cette  personne  s'est  donné  beaucoup  de  peine,  et  je  prie  monsieur 
le  délégué  au  Comité  central  de  les  recevoir.  Mon  amitié  pour 
monsieur  son  frère,  Testime  et  la  sympathie  que  je  ressens  pour 
les  travaux  du  savant  professeur  de  l'école  des  Chartes,  pourraient 
me  faire  taxer  de  partialité  si  ma  bouche  vous  disait  tout  le  bien 
que  je  pense  de  M.  Emile  Bourquelot,  auquel  cette  ville  a  si  jus- 
tement et  si  judicieusement  confié  la  direction  et  la  conservation 
de  sa  Bibliothèque. 

Nous  avons  vu  avec  peine  M.  Le  Hériché  refuser  la  candidature 
comme  trésorier  :  l'empressement  que  ce  Confrère  a  mis  à  se 
joindre  à  nous,  le  dévouement  dont  il  a  fait  preuve  jusqu'à  ce  jour, 
nous  font  regretter  que  ses  occupations  ne  lui  aient  pas  permis 
d'accepter  l'emploi  que  nous  lui  offrions.  Nous  le  remercions  des 
services  qu'il  s'est  empressé  de  nous  rendre  toutes  les  fois  que 
l'occasion  s'en  est  présentée. 

Votre  secrétaire,  mes  chers  Confrères,  est  actif,  intelligent, 
chaque  jour  il  prouve  son  ardeur  et  son  amour  pour  l'Archéologie 
par  des  études  raisonnées  où  l'on  rencontre  souvent  d'ingénieuses 
appréciations. 

Avec  de  pareils  chefs,  chers  Confrères,  il  faut  marcher.  Courage 
donc  et  maintenant  tous  à  l'œuvre,  travaillez  sans  hésitation  ;  ne 
délibérez  pas.  Pendant  qu'on  délibère  le  temps  passe  avec  son  ef- 
frayante rapidité.  Ainsi  donc,  hâtez- vous;  tout  retard  est  blâmable 
parce  qu'il  entraîne  ordinairement  l'indifférence  à  sa  suite. 

Après  cette  allocution,  la  séance  continue  sous  la  présidence  de 
M.  le  comte  d'Harcourt,  qui  en  prenant  possession  du  fauteuil, 
s'exprime  ainsi  : 

Messieurs, 

J'ai  d'abord  h  vous  remercier  de  m'avoir  fait  l'honneur  de  me 
nommer  votre  Président  et  à  vous  expliquer  comment  il  s'est 
trouvé  que  je  vous  fusse  proposé  en  cette  qualité.  Quand  M.  Em. 
Bourquelot  voulut  bien  me  prévenir  que  l'intention  du  Bureau  de 
la  Société  était  de  me  proposer  à  votre  choix,  ce  à  quoi  je  ne  m'at- 
tendais nullement,  je  me  hâtai  de  lui  faire  observer  qu'on  no  sau- 

7 


—  98  — 

rait  àaucun  titre  me  considérer  comme  Archéologue.  A  vrai  dire, 
l'objection  pouvait  être  prévue  d'avance;  et  il  était  probable  que  les 
membres  du  Bureau  de  la  Société  se  l'étaient  posée  et  ne  s'y  étaient 
point  arrêtés;  il  a  donc  été  formellement  dit  et  parfaitement  con- 
venu entre  M.  Bourquelot,  parlant  au  nom  du  Bureau  de  la  Société 
et  moi,  que  je  me  récusais  complètement  comme  Archéologue; 
mais,  j'ai  ajouté  que  si,  renonçant  à  choisir  une  spécialité  Ar- 
chéologique, ce  qui,  dans  la  pratique  pouvait  présenter  quelques 
difficultés,  eu  égard  aux  fonctions,  aux  occupations  qui  retiennent 
ailleurs  plusieurs  des  membres  de  la  Section,  on  jetait  les  yeux 
sur  moi  comme  sur  une  sorte  de  lien  commun  et  de  trait  d'union 
entre  les  Archéologues  de  l'arrondissement,  je  n'y  faisais  aucune 
objection  et  que  j'étais  tout  disposé  à  accepter. 
-  Les  membres  de  la  Société  peuvent  se  diviser  en  deux  catégo- 
ries :  les  hommes  de  science  et  les  amis  de  la  science.  En  prenant 
son  Président  dans  cette  seconde  catégorie,  la  Section  de  Provins 
a  sans  doute  voulu  montrer  qu'elle  faisait  un  accueil  également 
cordial  aux  uns  et  aux  autres. 

Ceci  bien  établi,  je  voudrais,  si  vous  le  permettez,  vous  dire  un 
mot  du  but  de  notre  Société  et  un  mot  très-court;  car  les  associa- 
tions comme  la  nôtre  ne  font  guère  de  programme,  ou  plutôt  ce 
programme  leur  est  imposé  au  fur  cL  à  mesure  par  mille  circons- 
tances que  l'on  ne  saurait  prévoir  à  l'avance.  Les  résultats  que 
nous  avons  en  vue  sont  de  deux  sortes  :  résultat  certain  et  résultat 
possible;  le  résultat  certain  est  l'avantage  que  présente  toujours  la 
poursuite  en  commun  d'une  œuvre  de  cette  nature  par  les  habitants 
d'un  arrondissement  ou  d'un  département  :  création  de  rapports 
sociaux  plus  intimes;  encouragement  aux  jeunes  gens  qui  dé- 
butent; appel  aux  hommes  de  savoir  et  d'étude  qui  se  renferment 
dans  une  abstention  et  un  silence  préjudiciables  aux  intérêts  de 
tous  ;  matériaux  plus  nombreux  soumis  à  l'examen  de  ce  public  de 
province  qui  a  un  caractère  tout  spécial  ;  car  tandis  que  dans  les 
grands  centres  de  population  on  connaît  seulement  l'ouvrage  d'un 
écrivain  et  bien  rarement  l'écrivain  lui-même,  le  public  de  pro- 
vince, au  contraire,  voit  ordinairement  à  la  fois  l'œuvre  de  l'écri- 
vain et  sa  vie  privée,  qui  s'éclairent  l'une  par  l'autre.  Le  résultat 
possible  est  la  solution  plus  complète,  plus  approfondie  des 
questions  qui  se  rattachent  au  passé  de  notre  région.  Parce  qu'il  a 
été  fait  beaucoup  en  ce  sens,  parce  que  nous  possédons  sur  ces  ma- 
tières, des  travaux  pleins  d'érudition  et  de  talent,  ce  n'est  pas  un 
motif  pour  qu'il  ne  reste  pas  encore  beaucoup  à  faire.  La  tâche  à 


—  99  — 

laquelle  vos  devanciers  se  sont  consacrés  et  que  vous  continuez, 
n'est  jamais  à  son  terme;  elle  a  un  cachet  de  permanence.  L'oubli, 
l'indifTérence,  le  vandalisme  sont  des  adversaires  auxquels  chaque 
génération  doit  à  son  tour  livrer  bataille.  On  pourrait  citer  bien 
des  départements  de  France,  où  tel  débris  remarquable,  tel  sou- 
venir intéressant  auraient  disparu,  si  une  Société  d'Archéologues 
n'était  intervenue  utilement  pour  les  sauver.  Aujourd'hui  surtout  où 
la  tendance  de  quelques  esprits  serait  à  tout  absorber,  à  tout  réunir 
dans  un  petit  nombre  de  grandes  cités,  il  y  a  pour  les  associations 
comme  la  nôtre  un  rôle  tout  tracé  et  une  véritable  raison  d'être, 
c'est  de  travailler,  autant  qu'il  est  en  leur  pouvoir,  à  conserver  in- 
tact ce  faisceau  de  traditions  historiques,  archéologiques  et  bio- 
graphiques, qui  sont  le  patrimoine  d'une  localité. 

Après  cette  allocution  on  procède  à  la  nomination  d'une  com- 
mission chargée  de  la  préparation  des  statuts  particuliers  à  la 
Section  de  Provins.  Cette  commission  se  compose  des  membres 
du  Bureau. 

M.  le  Comte  de  Pontécoulant  a  fait  ensuite  une  communication 
sur  l'utilité  d'établir  une  carte  archéologique  de  l'arrondissement, 
projet  présenté  par  M.  Desprez,  membre  de  la  section  de  Melun. 
Des  renseignements  seront  envoyés  à  la  Section  de  Provins,  sur 
la  partie  matérielle  du  projet  appelé  à  rendre  des  services  incon- 
testables. 

L'ordre  du  jour  étant  épuisé,  la  séance  a  été  levée. 


TRAVAUX. 


NOTICE  SUR  UN  TUMULUS 

SITUÉ  PRÈS  DE  LA  VILLE  DE  MEAUX, 

PAR    M.    DE    COLOMBEL, 
Membre  fondateur   (Section  de  Meaux}. 


Les  campagnes  des  environs  de  Paris,  exposées  plus  que  bien 
d'autres,  par  leur  proximité  même  de  la  capitale,  centre  de  vie  et 
de  mouvement,  à  mille  causes  de  transformation  qui  efTacent  de 
jour  en  jour,  les  derniers  vestiges  de  leur  population  primitive, 
ne  conservent  tout  naturellement  qu'un  fort  petit  nombre  d'anti- 
quités appartenant  à  l'ère  Gauloise. 

Le  département  de  Seine-et-Marne  est  par  suite  bien  pauvre 
sous  ce  rapport,  et  les  archéologues  n'y  signalent  notamment  que 
quelques  rares  tumulus  ayant  échappé,  çà  et  là,  aux  envahisse- 
ments et  aux  nivellements  successifs  de  son  agriculture  perfec- 
tionnée. 

Aussi  nous  croyons  utile  d'appeler  l'attention  et  l'intérêt  de  la 
Société  archéologique  de  notre  département,  sur  un  monument  de 
ce  genre,  jusqu'à  présent  passé  presque  inaperçu  bien  que  situé 
seulement  à  une  dizaine  de  lieues  de  Paris.  Cette  tombelle  actuel- 
lement très-affaissée,  et  que  la  charrue  est  en  train,  aujourd'hui 
même,  d'amoindrir  encore,  s'élève  à  un  hectomètre  au  nord  de 
l'extrémilé  d'un  faubourg  de  Meaux  appelé,  du  nom  de  la  célèbre 
abbaye  qui  en  fut  le  noyau,  le  faubourg  Saint-Faron.  Sa  hauteur, 
dans  sa  partie  la  plus  élevée,  ne  dépasse  guère  deux  mètres  ;  son 
diamètre  est  d'environ  cent  mètres,  et  sa  forme  presque  conique 
n'indique  par  conséquent  aucune  orientation  particulière;  on  n'y 
distingue  aucune  trace  de  fouilles,  et  il  y  a  tout  lieu  de  penser 


—  !02  — 

qu'elle  recèle  encore  dans  sa  base  le  mystère  de  son  origine.  En 
un  mot,  rien  dans  l'aspect  extérieur  de  ce  tumulus  abandonné  et 
qui  semble,  à  première  vue,  une  simple  boursouflure  de  terrain 
au  milieu  du  vas  e  plateau  qui  l'entoure,  ne  révèle  sa  destination 
première,  le  rôle  éminent  qu'elle  a  joué  dans  l'histoire  intime  de 
ce  coin  de  terre,  et  la  triple  consécration  religieuse  que  lui  ont 
donné  successivement  le  druidisme,  le  paganisme  et  enfin  le 
christianisme. 

Si  en  effet  nous  interrogeons  maintenant  la  tradition  populaire, 
cet  écho  affaibli,  souvent  altéré,  mais  toujours  persistant  des 
événements  marquants  de  la  vie  des  peuples  ;  si  nous  feuilletons 
les  vieilles  chroniques  locales,  et  particulièrement  les  manuscrits 
de  Lenfant,  chroniqueur  du  xvi'^  siècle,  qu'on  peut  toutefois 
considérer  comme  le  père  de  l'histoire  Meldoise,  parce  que  presque 
tous  les  témoignages  écrits  de  cette  histoire  qui  lui  étaient  anté- 
rieurs, ont  péri  dans  le  terrible  incendie  de  Meaux  de  1338;  si 
enfin  nous  éclairons,  coordonnons  et  complétons  ces  éléments 
épars  qui  ne  remontent  d'ailleurs  que  jusqu'au  vu"  siècle  de  notre 
ère,  par  la  logique  des  analogies,  par  les  inductions  à  tirer  du 
connu  à  l'inconnu,  et  par  les  circonstances  de  site,  de  forme  et  de 
nom  de  notre  éminence  ou  des  champs  voisins,  nous  pourrons, 
sinon  avec  certitude,  du  moins  avec  vraisemblance,  en  reconstituer 
la  filiation  historique  depuis  son  origine  même  jusqu'à  nos  jours. 

Pour  bien  se  rendre  compte  d'abord  de  sa  situation  qui  a  perdu 
aujourd'hui  sa  signification  première,  il  faut  rappeler  ici  deux 
grands  faits  topographiques  récemment  remis  en  lumière  par 
notre  savant  confrère,  M.  Carro,  et  concernant,  le  premier,  le 
déplacement  de  la  ville  de  Meaux,  et  le  second,  la  dérivation  de  la 
Marne. 

Des  recherches  et  des  fouilles  nombreuses,  d'accord  à  cet  égard 
avec  les  indications  précises  de  l'histoire,  ont  clairement  démontré 
que  l'antique  Jatinum  de  Ptolémée  n'occupait  pas  le  même  empla- 
cement que  la  ville  actuelle,  et  qu'il  avait  pour  assiette  le  terrain 
maintenant  recouvert  parles  faubourgs  de  Ghaageet  de  St-Faron  ; 
en  outre,  la  Marne,  l'ancienne  Materna  ou  Matrona,  au  lieu  de 
passer  au  sud  de  la  ville  proprement  dite,  comme  elle  le  fait  de 
nos  jours  et  depuis  le  xiii*  siècle,  décrivait  alors  au  nord  une 
longue  courbe  jusqu'au  pied  des  coteaux  de  Grégy,  formant  ainsi 
une  presqu'île  étroite,  facile  h  défendre,  et  choisie  par  cette  raison 
même,  pour  siège  de  l'oppidum  Gaulois. 

Enfin  une  route  importante  dont  il  est  facile  de  suivre  l'ancien 


—  10»  — 

tracé,  et  qui,  traversant  la  presqu'île  et  la  Marne,  reliait  vraisem- 
blablement la  cité  des  Meldes  à  celles  des  Suessons  (Soissons) 
passait  à  une  très-petite  distance  de  la  tombelle  qui  fait  le  sujet  de 
cette  notice. 

Il  résulte  des  ces  diverses  rectifications  que  notre  tumulus  qui 
semble  aujourd'hui  perdu  dans  une  impasse,  assez  loin  de  la 
Marne  et  de  nos  grandes  voies  de  communication,  se  trouvait 
originairement  placé  sur  le  bord  d'un  grand  chemin,  à  quelques 
pas  de  la  cité  Gauloise,  très-près  de  la  Marne,  et  à  la  limite  même 
de  ses  débordements  habituels.  Il  réalisait  ainsi  les  conditions 
ordinaires  de  ces  sortes  de  monuments  qui,  comme  on  sait,  s'éle- 
vaient généralement  au  milieu  d'une  plaine  ou  d'une  prairie,  sur 
le  bord  d'un  chemin  ou  d'une  rivière. 

Une  circonstance  qui  doit  encore  être  signalée  ici,  c'est  que 
parmi  les  pièces  de  terre  voisines  de  notre  tumulus,  il  en  est  une 
qui  s'appelle  le  Fond-des-Fées,  et  cette  dénomination  nous  semble 
une  nouvelle  preuve  confirmant  le  caractère  druidique  que  nous 
attribuons  à  cette  tombelle.  Personne  n'ignore  ici  qu'après  la  vic- 
toire du  christianisme  sur  le  paganisme,  le  nom  et  le  souvenir  des 
fées,  personnification  fantastique  des  anciennes  druidesses  qui  exé- 
cutaient des  opérations  magiques,  sont  restés  attachés  à  tous  les 
monuments  du  druidisme;  c'est  ainsi,  par  exemple,  que  presque 
partout  les  tombelles,  les  menhirs,  les  allées  couvertes,  etc.,  sont 
désignés  et  connus  dans  les  traditions  populaires  sous  les  noms 
de  Mottes-aux-Fées,  —  Roches-des-Fées,  —  Pierres-des-Fées,  — 
Tombe-des-Fées,  etc. 

En  un  mot  le  nom  des  fées  peut  être  considéré  en  général 
comme  l'attache  légendaire,  comme  le  signe  révélateur  et  carac- 
téristique d'un  vestige  du  culte  Gaulois.  Aussi,  l'appellation  de 
Fond-des-Fées  donnée  depuis  un  temps  immémorial  à  une  prairie 
presque  contiguë  au  monticule  que  nous  examinons,  indique  que 
ce  tertre  était  déjà  revêtu  d'un  caractère  sacré,  durant  la  période 
celtique,  et  que  c'était  dès  lors  un  véritable  tumulus. 

Ces  éminences  élevées  primitivement  au-dessus  de  la  dépouille 
de  quelques  morts  illustres,  suivant  l'usage  des  peuples  celtiques, 
consacrées  ainsi  au  culte  des  ancêtres  qui  se  relie  si  facilement 
au  culte  de  la  divinité  elle-même,  en  un  mot  sortes  d'ossuaires 
nationaux  que  couronnait  une  auréole  patriotique  et  religieuse, 
devenaient  un  autel  et  un  sanctuaire  d'autant  plus  aisément  que 
les  Celtes  n'avaient  pas  d'édifices  religieux  proprement  dits.  C'eût 
été,  disaient-ils,  faire  outrage  au  créateur,  à  ce  Dieu  sans  nom 


—  104  — 

qui  remplissait  l'univers  de  son  immensité,  que  de  le  renfermer 
dans  un  édifice  quelque  vaste  qu'il  lût.  Les  voûtes  majestueuses 
de  leurs  forêts  séculaires,  ou  la  voûte  céleste  plus  majestueuse  en- 
core qui,  comme  dit  le  psalmiste,  proclame  si  magnifiquement  la 
gloire  du  Seigneur,  tel  était  le  dôme  de  leurs  temples  ;  une  roche 
brute  fichée  en  terre,  un  dolmen,  c'est-à-dire  un  assemblage  de 
pierres  grossières  posées  de  façon  à  représenter  une  table,  ou  enfin 
un  tumulus  que  la  sépulture  des  chefs  et  la  mémoire  des  aïeux 
sfgnalaient  à  la  piété  publique,  tels  étaient  les  rustiques  autels  sur 
lesquels  se  consommaient  les  sacrifices  sanglants  ,  quelquefois 
même  humains  offerts  à  l'être  suprême. 

Quoi  qu'il  en  soit,  après  la  conquête  de  la  Gaule  par  César,  dans 
le  dernier  siècle  avant  J.-C,  le  premier  soin  des  Romains  pour 
s'assimiler  cette  courageuse  nation  qui  leur  avait  opposé  une  si 
longue  et  si  héroïque  résistance,  et  dont  ils  disaient  si  justement  : 
(i  Nous  combattons  les  autres  nations  pour  vaincre  ;  mais  quand 
))  nous  combattons  les  Gaulois,  c'est  pour  exister  »  ;  fut  de  dénatio- 
naliser ce  peuple,  son  plus  redoutable  ennemi,  et  tout  d'abord  de 
proscrire  le  druidisme  resté  le  symbole  et  le  plus  énergique  sti- 
mulant de  la  nationalité  celtique.  On  décréta  et  on  poursuivit  son 
abolition,  et  tous  les  lieux  qui  lui  étaient  consacrés  furent  dédiés 
aux  Dieux  des  conquérants.  L'ancienne  tombelle  dont  il  est  ici 
question  devint  alors  le  piédestal  d'une  divinité  romaine,  et  nos 
vieilles  chroniques  nous  apprennent  que  jusqu'au  vu"  siècle ,  elle 
fut  surmontée  de  la  statue  de  Mercure.  On  sait  que  ce  Dieu  du 
commerce,  qui  protégeait  la  circulation  et  dont  les  images  se  pla- 
çaient habituellement  sur  le  bord  des  grands  chemins,  remplaçait 
souvent  les  idoles  gauloises,  et  son  nom  même,  dans  la  mythologie 
Gallo-romaine,  finit  par  s'identifier  avec  celui  du  Tentâtes  Gaulois 
et  de  l'Odin  des  populations  Germaniques. 

Dans  le  cours  du  vii'=  siècle,  le  paganisme  vaincu  finissait  d'ex- 
pirer dans  la  Gaule  devant  le  christianisme  triomphant  après  une 
lutte  séculaire,  et  sur  les  ruines  du  vieux  monde  païen  s'épanouis- 
saient de  toutes  parts,  sous  forme  de  pieuses  fondations  chré- 
tiennes, les  germes  féconds  du  monde  nouveau.  Saint-Faron  alors 
évêque  et  comte  de  Meaux,  qui,  à  l'exemple  de  sa  sœur  Saintc- 
Fare,  la  fondatrice  de  l'abbaye  de  Faremoutiers,  venait  de  fonder, 
sous  le  vocable  de  Sainte-Croix,  le  monastère  qui ,  plus  tard, 
porta  son  nom,  ne  pouvait  laisser  subsister  aussi  près  de  cette 
maison,  l'emblème  détesté  d'une  fausse  religion.  Aussi  l'historien 
de  sa  vie  nous  raconte  qu'il  ordonna  d'abattre  la  statue  païenne,  et 


—  105  — 

fit  solennellement  planter  une  croix  à  sa  place  ;  il  ajoute  que  ce 
bon  saint,  lorsqu'il  résidait  dans  son  abbaye,  allait  fréquemment 
prier  et  faire  amende  honorable  à  Dieu,  sur  cette  éminence  même 
où  le  démon  s'éiait  si  longtemps  fait  adorer. 

Ce  tertre  devint  par  suite  un  lieu  de  pèlerinage  qu'entourait  la 
vénération  des  fidèles,  non-seulement  parce  que  couronné  du  signe 
vainqueur  de  la  croix ,  il  symbolisait  le  triomphe  défmitif  du 
christianisme,  mais  aussi  parce  qu'il  avait  été  sanctifié  par  les 
prières  de  l'illustre  Faron,  l'un  des  plus  grands  saints  et  des  plus 
grands  évêques  du  diocèse  de  Meaux.  Aussi  quelques  siècles  plus 
tard  en  1140,  l'abbé  du  monastère  voisin,  nommé  Andréas,  pour 
ranimer  et  récompenser  la  ferveur  des  pèlerins,  réclama  et  obtint 
du  pape,  une  indulgence  plénière  et  à  perpétuité  pour  tous  ceux, 
qui,  en  état  de  grâce,  iraient  visiter  dévotement  la  croix  dite  de 
Saint-Faron,  depuis  la  veille  de  Pâques  jusqu'à  l'octave  de  la  Fête- 
Dieu.  Afin  de  régulariser  et  de  solenniser  ces  pieuses  visites  ren- 
dues plus  nombreuses  en  raison  du  privilège  qui  leur  était  ainsi 
accordé,  on  institua  dès  lors  une  imposante  procession  qui  devait 
avoir  lieu,  tous  les  ans,  le  second  dimanche  après  Pâques. 

Ce  jour-là,  l'évêque  de  Meaux,  le  clergé  de  la  Cathédrale  et  les 
curés  de  six  autres  paroisses  de  la  ville,  se  rendaient  procession- 
nellement  au  pied  de  notre  tumulus,  suivis  d'un  immense  concours 
de  fidèles  et  particulièrement  de  tous  les  enfants  qui  avaient,  le 
matin  même ,  fait  leur  première  communion.  Les  religieux  de 
Saint-Faron  qui,  les  premiers,  avaient  mis  en  honneur  ce  public 
hommage  rendu  à  leur  fondateur ,  et  formaient  naturellement 
comme  le  noyau  de  la  procession,  portaient,  dans  cette  solennité, 
le  chef  de  leur  saint  patron  jusqu'à  la  croix  qu'il  avait  fait  planter 
lui-même  sur  les  débris  de  l'autel  païen,  ou  plutôt  jusqu'au  petit 
oratoire  renfermant  la  statue  du  saint,  mitrée  et  crossée,  qui  rem- 
plaça plus  tard  la  croix  primitive.  Au  retour  de  cette  procession, 
le  chapitre  se  transportait  en  corps  dans  l'église  abbatiale,  et  là, 
en  sa  présence,  le  prédicateur  désigné  prononçait  le  panégyrique 
du  saint  évêque. 

Ce  fut  ainsi  que  s'accomplit  cette  cérémonie  annuelle  pendant 
plus  de  cinq  cents  ans,  depuis  le  milieu  du  xni°  jusque  vers  la  fin 
du  dernier  siècle.  En  1791,  la  tempête  révolutionnaire  renversa  la 
chapelle  et  la  croix  commémorative  qui  la  surmontait,  et  depuis 
lors,  ce  cône  de  gazon  n'ayant  conservé  que  son  nom  significatif 
de  lieu  dit  la  Croix  de  Saint-Faron,  mais  dépouillé  de  tout  insigne 
qui  puisse  attirer  sur  lui  le  regard  et  la  réflexion  du  passant,  a 


—  406  — 

perdu  son  prestige,  et  ne  semble  plus  à  ceux  qui  l'aperçoivent 
qu'un  simple  accident  de  terrain. 

La  magie  du  souvenir  peut  seule  lui  restituer  ses  titres  à  l'atten- 
tion publique;  car  pour  l'historien,  cette  butte  façonnée,  il  y  a 
vingt  siècles,  par  la  main  de  l'homme,  consacrée  par  la  plus 
haute  pensée  qui  puisse  passionner  le  monde,  la  pensée  de  la  divi- 
nité, intimement  mêlée  enfin  depuis  son  origine  presque  jusqu'à 
nos  jours  à  la  vie  religieuse  des  nombreuses  générations  qui  se 
sont  succédées  sur  ce  sol,  conservera  toujours  cet  intérêt  et  ce 
charme  profond  des  lieux  témoins  des  luttes  morales  de  nos  pères, 
et  qui  malgré  leur  insignifiance  apparente,  gardent  pour  ainsi 
dire  l'empreinte  ineffaçable  des  grandes  idées  qui  se  sont  agitées 
à  leur  surface. 


—  407  — 

DES  SÉPULTURES 

DE  L'AGE  ARCHÉOLOGIQUE  DE  LA  PIERRE  CHEZ  LES  PARISII, 

PAR    M.     LOUIS    LEGUAY,    ARCHITECTE-EXPERT, 

Membre  fondateur   (Section  de  Meinn  ). 


Un  des  écrivains  de  l'antiquité,  philosophe  aussi  remarquable 
qu'éminent  orateur,  Gicéron  (1),  en  définissant  l'homme,  un  ani- 
mal religieux,  paraît  ne  le  faire  différer  du  restant  des  autres  êtres 
animés,  existant  sur  le  globe  que  nous  habitons,  que  par  l'esprit 
de  religion  qui  l'anime. 

Il  semble  faire  bon  marché  des  autres  qualités  qui  font  de 
l'homme  un  être  à  part,  une  créature  spéciale,  n'ayant  de  commun 
avec  la  race  animale  qui  lui  est  soumise,  que  la  nature  de  la  ma- 
tière qui  le  compose. 

Sans  parler  de  cette  intelligence  qui  le  rapproche  du  Créateur; 
sans  parler  de  cette  aptitude  à  assujétir  et  à  transformer  indis- 
tinctement tous  les  éléments  qu'il  possède  sous  sa  main  ;  sans  par- 
ler non  plus  d'une  infinité  d'autres  distinctions  qui  le  séparent 
des  autres  êtres,  l'homme  possède  une  qualité  essentielle;  elle  lui 
est  propre,  peut-être  émane-t-elle  instinctivement  de  sa  nature 
personnelle;  mais,  elle  n'existe  pas  chez  aucun  être  animé,  à  quel- 
qu'ordre  qu'il  appartienne,  pas  même  chez  le  singe,  auquel  on  as- 
simile l'homme  trop  souvent. 

C'est  celle  de  conserver  les  restes  de  ses  semblables,  et  desquels, 
non-seulement  le  mouvement,  mais  encore  l'intelligence,  l'âme  en 
un  mot,  se  sont  retirés. 

Cette  qualité  de  l'homme  trouve  peut-être  son  origine  dans  une 
autre,  qui,  il  est  vrai,  ne  lui  est  pas  absolument  personnelle,  et 
qu'il  partage  avec  plusieurs  autres  espèces,  mais  dont,  seul,  il  sait 
tirer  parti;  je  veux  dire,  létat  de  sociabilité  dans  lequel  il  vit,  il 
existe,  et  dont  il  se  passe  difficilement. 

(1)  De  Leg.  Lib.  Il,  cap.  8. 


—  108  — 

En  effet,  sans  parler  des  animaux,  vivant  isolés,  qui  aban- 
donnent leurs  morts  en  s' éloignant  d'eux,  parmi  toutes  les  espèces 
se  réunissant  en  société,  en  est-il  une  seule  qui  confie  Ma  terre  les 
restes  de  ceux  qui  ne  sont  plus?  Il  n'en  est  aucune.  Chez  l'homme, 
au  contraire,  quel  que  soit  son  état  de  civilisation,  dans  quelque 
situation  primitive  qu'on  le  prenne,  en  un  mot,  quelque  sauvage 
qu'il  soit,  nous  le  voyons  toujours  se  préoccupant  de  sa  fin;  et, 
dès  qu'elle  est  arrivée,  dès  que  la  mort  a  frappé  un  des  associés, 
un  des  proches,  le  sentiment  de  la  douleur  s'avive,  ses  restes  sont 
confiés  à  la  terre,  et,  finalement,  le  souvenir  basé  sur  l'affection 
consacre  la  sépulture. 

Et,  ce  n'est  pas  l'instinct  qui  pousse  l'homme  à  cette  action.  Son 
intelligence,  quelque  bornée  qu'elle  soit,  lui  révèle  un  autre  sen- 
timent, profond  dans  son  genre,  logique  dans  son  espèce,  qui,  né 
de  cette  même  intelligence,  se  développe  comme  elle,  et  ne  l'aban- 
donne jamais  dans  aucune  circonstance.  C'est  la  perspective  d'une 
autre  vie  qui,  pour  les  uns,  doit  être  meilleure,  en  même  temps 
que  la  compensation  des  peines  éprouvées;  qui,  pour  les  autres, 
sera  le  repos  définitif. 

Par  la  mort,  tout  n'est  donc  pas  fini  :  l'homme  doit  revivre,  il 
peut  se  reformer,  reparaître  peut-être;  les  sentiments  affectueux, 
qui  unissaient  les  vivants  entre  eux,  si  doux  à  conserver,  peuvent 
encore  subsister.  L'espérance,  cette  autre  qualité  humaine,  ce  don 
divin,  dcvrais-jc  dire,  vient  à  son  tour  fortifier  cette  croyance; 
quel  que  soit  le  genre  de  la  vie  nouvelle,  un  lien  existe  toujours, 
il  faut  donc  que  le  survivant  aide  à  ce  bonheur  h  venir.  Ne  pou- 
vant garder  avec  lui  ces  restes  bien  chers,  il  les  confie  à  la  terre, 
qui,  seule,  peut  les  lui  conserver;  il  y  joint  tout,  ce  qu'ils  possé- 
daient jadis,  et  il  offre  à  leurs  mânes  tous  les  objets  précieux  qu'il 
pense  leur  être  agréables. 

De  là,  le  culte  et  le  respect  des  morts  auxquels  nous  devons  les 
plus  anciens  renseignements  sur  les  races  qui  nous  ont  précédés; 
les  sépultures  étant  en  général  les  plus  anciens  monuments  qui  se 
soient  conservés  jusqu'à  nous.  Et,  pour  qui  sait  les  interroger, 
pour  quiconque  a  été  assez  heureux  pour  en  rencontrer,  leur  étude 
ofire  un  attrait  tout  particulier,  parce  que,  dans  leurs  moindres 
détails,  elles  révèlent  l'histoire,  les  mœurs,  les  coutumes  des 
peuples  dont  nous  descendons  peut-être,  qui  ont  foulé  le  môme 
sol  que  nous  et  qui,  de  même  que  nous,  ont  vécu  de  son  produit. 

Car  il  est  incontestable  que  de  nombreuses  et  fortes  populations 
nous  ont  précédés  sur  le  sol  de  la  France,  cette  antique  Gaule, 


—  109  — 

appelée  antérieurement  la  Celtique  (1),  et  que  ces  populations,  à 
quelque  état,  à  quelque  condition  qu'elles  appartinssent,  possédaient 
une  civilisation,  relative,  bornée,  il  est  vrai,  à  des  moyens  de 
production  très-restreints,  mais  desquels  cependant,  elles  avaient 
su  tirer  tout  le  parti  possible. 


La  pierre,  les  os  et  le  bois  sont  les  trois  éléments  constitutifs  de 
leur  industrie  primitive.  Il  conviendrait  peut-être  d'y  ajouter  la 
terre  dont  ils  surent  faire  des  vases.  Le  cuivre  ou  le  bronze  et  le 
fer  ne  vinrent  que  bien  après,  et  ces  deux  métaux  ayant  marqué 
un  progrès  bien  caractérisé  sur  l'industrie  primitive  de  la  pierre, 
ont  servi,  avec  elle,  pour  classer  les  différentes  étapes  de  notre 
existence  dans  l'antiquité,  que  l'on  a  partagée  en  trois  divisions  ou 
âges  archéologiques. 

L'âge  de  la  pierre,  l'âge  du  bronze  et  l'âge  du  fer,  sont  les  dési- 
gnations proposées  par  quelques  archéologues  danois  (2),  et  au- 
jourd'hui généralement  adoptées. 

Depuis  longtemps,  il  a  été  possible  d'étudier  les  monuments 
des  deux  derniers  âges,  mais  pour  ceux  du  premier,  celui  de  la 
pierre,  quelques  années  seulement  nous  séparent  d'une  époque 
d'ignorance  complète.  A  peine  même ,  si  l'on  en  soupçonnait 
l'existence,  et  si  l'on  admettait  que  notre  pays  eût  été  habité  avant 
l'arrivée  des  Gaulois.  L'on  attribuait  généralement  aux  Druides 
tout  ce  que  l'on  ne  pouvait  décemment  baptiser  d'un  nom  romain, 
et  cependant,  le  sol  de  la  France  est  littéralement  parsemé  de 
monuments  de  cette  époque,  qu'un  peu  d'étude  et  d'investigation 
eussent  restitués  depuis  longtemps  à  leur  véritable  époque. 

Aujourd'hui  que,  grâce  aux  travaux  sérieux  entrepris  de  tous 
côtés,  il  est  facile  de  reconnaître,  de  distinguer  dans  l'âge  de  la 
pierre  des  époques  bien  tranchées,  il  faut  espérer,  qu'avant  peu, 
il  sera  possible  d'en  établir,  d'une  manière  certaine,  les  différentes 
périodes,  sinon  par  des  dates,  du  moins  chronologiquement,  et 
que  nous  pourrons  reconstituer  pour  notre  pays,  une  histoire 


(1)  Du  mot  gaélique  Kdilie,  habitant  des  forêts,  (Girard  de  Rialle,  de  la  race 
Celtique).  Les  Grecs  et  les  Romains  donnaient  ce  nom  à  toutes  les  populations 
inconnues,  situées  au-delà  des  forêts  qu'ils  n'avaient  jamais  franchies. 

(2)  M.  J.  J.  Worsaae,  entre  autres,  dans  son  travail  intitulé  :  Nordiske  Oldsagei\ 
di  et  Kongegelige  Muséum  i  Kjôbenhavn,  1859. 


—  HO  — 

.jusqu'à  présent  ignorée,  que  ce  que  nous  en  connaissons  nous  fait 
vivement  désirer. 

L'ifti  des  pionniers  de  cette  science,  je  vais  essayer  de  vous 
initier  à  quelques-unes  des  découvertes  de  ces  temps  passés,  faites 
près  de  nous.  Je  commencerai  par  les  sépultures  qui,  ainsi  que 
je  vous  le  disais  plus  haut,  en  sont  les  plus  anciens  monuments, 
et  qui  nous  offrent  les  plus  nombreux,  ainsi  que  les  plus  utiles 
renseignements. 

Pour  ce  premier  âge,  les  instruments,  les  armes  et  les  usten- 
siles, qui  accompagnent  les  sépultures,  sont  donc  en  pierre,  à 
l'exception  de  quelques-uns,  communs  aux  deux  autres  âges,  qui 
sont  en  os  ou  en  bois.  Bien  que  la  matière  première  semble  ne 
pas  se  prêter  aisément  aux  exigences  de  l'industrie  humaine,  il 
n'en  est  pas  moins  vrai  qu'il  existe  entre  les  produits  de  cet  âge, 
une  diversit^^  de  formes,  une  infinité  de  types  (et  par  ce  mot, 
j'entends  des  pierres  travaillées  pour  leur  donner  une  forme 
identique),  qu'il  est  impossible  de  nier  qu'il  n'txistait  pas  aLors 
une  idée  arrêtée  à  cet  égard,  ou  une  industrie  régulière. 


Les  bornes  de  cette  étude  ne  me  permettent  pas  d'entrer  dans 
beaucoup  de  détails  à  ce  sujet  ;  cependant,  pour  l'intelligence  de 
ce  qui  va  suivre,  je  ne  puis  me  dispenser  de  vous  donner  quelques 
explications  sur  les  diverses  époques  de  l'âge  de  la  pierre  qui, 
pour  moi,  sont  au  nombre  de  trois  bien  distinctes,  du  moins, 
c'est  ce  qui  semble  résulter  des  recherches  actuellement  faites. 

Vous  avez  tous  entendu  parler  de  la  première,  que  nous  devons 
à  la  sagacité,  ainsi  qu'à  la  persévérance  d'un  savant  géologue, 
M.  Boucher  de  Perthes,  qui,  le  premier,  a  découvert  les  silex 
travaillés  de  l'époque  dite  diluvienne. 

Résultats  d'un  bouleversement  géologique,  dont  l'âge  est  indé- 
terminé, les  terrains  quaternaires  qui  ont  précédé  de  beaucoup  la 
formation  de  ceux  que  nous  foulons,  renferment  ces  silex  qui  cer- 
tifient, d'une  manière  incontestable,  l'existence  de  l'homme  anté- 
rieurement. 

Détruisant,  par  sa  violence,  tout  ce  qui  n'a  pas  servi  à  sa  for- 
mation, cette  révolution  géologique,  dont  on  a  rencontré  les  ves- 
tiges en  beaucoup  d'endroits,  ne  permet  pas  d'étudier  cette  époque, 
autrement  que  par  les  pierres;  et  la  rareté  des  ossements  humains 
authentiquement  recueillis  avec  eux,  peut  donner  à  penser  que 


—  m  — 

dès  ce  moment,  l'ustion  ou  destruction  des  corps  par  le  fea,  était 
généralement  pratiquée. 

Comment  expliquer  autrement  l'absence  de  ces  débris,  alors 
que  ceux  des  animaux  contemporains,  nous  ont  été  conservés  ? 

La  seconde  époque,  rencontrée  sur  les  terrains  historiques, 
c'est-à-dire  de  dernière  formation,  procède  de  la  première  par  la 
faune,  ou  si  l'on  aime  mieux,  par  les  animaux  contemporains  aux 
deux  époques,  mais  elle  en  est  assez  éloignée  par  les  produits  de 
l'industrie.  Elle  doit  être,  à  mon  avis,  divisée  en  deux  parties 
qui,  peut-être  un  jour,  seront  confondues. 

La  première  période,  classée  par  quelques  savants  dans  l'époque 
géologique,  en  raison  de  sa  faune,  se  rencontre  en  France,  où  elle 
a  été  spécialement  observée  par  grandes  agglomérations.  Ses  dé- 
bris amoncelés  se  sont  formés  à  l'état  de  brèche,  au  milieu  de 
laquelle  on  a  retrouvé  des  restes  d'animaux,  des  silex  travaillés, 
ainsi  que  divers  instruments  en  os. 

Ces  animaux,  qui  ont  dis^iaru  depuis  longtemps  de  nos  contrées, 
sont  :  le  renne  {cervus  taî-andus),  le  tigre  ou  le  lion  {felis  spelœa), 
l'hyène  {hyena  spelœa)^  l'ours  {ursus  spelœus)  l'éléphant  {elephas 
primigenius) ,  l'hippopotame  {hippopotamus  major)^  le  rhinocéros 
{rhinocéros  tichirenus),  etc.  Quant  aux  silex,  ils  diffèrent  essentiel- 
lement de  ceux  de  la  première  époque. 

La  seconde  période  ne  se  distingue  de  la  première  que  par  la 
disparution,  de  nos  contrées,  des  animaux  ci-dessus,  et  par  les 
progrès  que  l'homme  a  faits  pour  asservir  à  ses  besoins,  à  ses 
usages,  plusieurs  animaux  précédemment  à  l'état  sauvage. 

Les  objets ,  provenant  des  plus  anciennes  tourbières  et  de 
quelques  grottes  ou  cavernes,  rentrent  dans  cette  seconde  époque 
d'une  manière  assez  précise. 

Ce  qui  sépare  surtout  cette  époque  de  la  troisième,  ce  sont  les 
silex  taillés  bruts,  c'est-à-dire,  sans  aucune  trace  de  polissage,  et, 
fait  assez  remarquable  par  son  opposition,  ce  sont  les  gisements 
de  cette  seconde  époque,  qui  ont  fourni  des  os  sculptés  ou  gravés, 
qui  révèlent  un  sentiment  artistique  assez  caractérisé  (1). 

La  troisième  époque,  qui  a  dû  suivre  la  seconde  sans  solution 
de  continuité,  offre  cependant  une  transition  remarquable.  Bien 
que  la  plupart  des  silex  taillés  bruts  soient  identiquement  sem- 


(1)  Notice  Rur  des  figures  d'animaux  gravées  ou  sculptées,  par  MM.  Ed.  Lartet  et 
Christy  [Revue  archéologique,  t.  IX,  p.  233  et  auivaQtes.). 


—  112  — 

blables  à  ceux  de  la  seconde  époque  comme  types,  comme  dimen- 
sions, comme  formes  en  un  mot  ;  il  en  est  certains  qui  ont  reçu 
un  poli,  qui  en  a  fait  des  types  à  part.  Je  veux  parler  de  ces 
haches  en  pierre  de  diverses  natures,  de  toutes  dimensions,  qui, 
polies  sur  toutes  les  faces,  étaient  généralement  emmanchées  dans 
des  cornes  de  cerf. 

Cette  époque,  dite  de  la  pierre  polie,  est  historique,  et  bien 
qu'antérieure  à  l'âge  du  bronze,  qui  lui  a  emprunté  ses  premières 
formes,  elle  s'y  confond  de  même  qu'avec  l'âge  du  fer. 

C'est  à  cette  troisième  époque  qu'il  faut  attribuer  tous  les  objets 
rencontrés  dans  les  endroits  dits  lacustres  ;  et  même,  une  décou- 
verte récente,  paraîtrait  assigner  à  une  partie  une  origine  moins 
éloignée  (1). 

Ce  sont  ces  deux  dernières  époques  qui  ont  fourni  des  sépul- 
tures ;  la  première,  en  fort  petite  quantité,  la  dernière,  par 
centaines,  de  toutes  formes  et  de  toutes  manières  ;  se  réunissant 
cependant  toutes  en  un  point  commun  :  le  respect  et  le  souvenir 
des  vivants  pour  les  morts. 


Il  serait  difficile,  quant  à  présent,  de  dire  quelles  sont  les  plus 
anciennes  sépultures  connues  de  l'âge  de  la  pierre  polie.  La  faune 
d'abord,  les  silex  ensuite,  sont  les  seuls  éléments  qui  puissent, 
dans  une  certaine  limite,  servir  à  indiquer  leur  antiquité  relative; 
mais  cependant,  pas  d'une  manière  absolue. 

Dans  les  plus  anciennes,  l'absence  de  silex  ou  de  pierres  polies, 
est  un  indice,  mais  on  en  a  rencontré  qui,  bien  que  contempo- 
raines, ne  contenaient  aucun  silex  poli,  lorsque  les  voisines  en 
donnaient.  C'est  pourquoi,  je  me  contenterai  bien  plutôt  de  signa- 
ler les  différentes  formes  de  sépultures,  que  je  ne  les  classerai, 
tout  en  adoptant  néanmoins  un  ordre  assez  régulier. 

Trois  formes  d'enterrement,  c'est-à-dire  de  mise  en  terre,  ont 
été  pratiquées  à  toutes  les  époques,  et  de  toute  antiquité  jusqu'à 
nos  jours;  ce  sont  :  les  sépultures  à  emépulturement  proprement 
dites,  ou  si  l'on  aime  mieux,  la  mise  en  terre  pure  et  simple  du 
corps;  celles  que  j'ai  cru  pouvoir  désigner  sous  le  nom  de  sépul- 


(1)  Découverte  de  M.  le  colonel  Schwab,  à  la  Thêne^  près  Marin   (Lac  de  Neuf- 
fhàtel).  Revue  Archéologique,  t.  X,  p.  238. 


—  113  — 

tures  à  crémation,  qui  consistent  h  brûler  le  corps  sur  place,  et  h 
y  laisser  les  cendres,  en  les  recouvrant  de  terre  sur  le  foyer  lui- 
même  ;  et  enfin,  les  sépultures  à  incinération,  ou  la  mise  en  terre 
des  cendres  du  corps  obtenues  par  l'usLion  dans  un  autre  endroit 
que  celui  de  la  sépulture. 

A  une  époque  quelconque,  l'une  ou  l'autre  des  trois  formes  fut 
employée  de  préférence,  soit  spécialement,  soit  alternativement, 
soit  encore  simultanément  ;  mais,  je  ne  pense  pas,  que  dès  l'ori- 
gine (et  j'entends  les  plus  anciennes  sépultures  connues,  mais 
non  les  premières),  je  ne  pense  pas,  dis-je,  qu'aucune  obligation 
religieuse  imposât  l'une  d'entre  elles.  Je  crois  bien  plutôt  que  le 
caprice,  la  qualité  du  mort  surtout,  exerçaient  une  influence  sur 
ce  choix.  Personnellement,  j'ai  constaté  ce  qui  précède  en  plusieurs 
endroits,  notamment  sur  les  bords  de  la  Marne,  à  La-Varenne- 
Saint-Hilaire  (Seine),  où,  dès  l'année  1859,  je  rencontrai  plusieurs 
fois  les  trois  genres  de  sépultures,  appartenant  à  la  troisième 
époque  de  l'âge  de  la  pierre,  réunis  en  un  espace  fort  restreint, 
sans  que,  pour  cela,  rien  ne  m'indiquât  le  plus  ancien. 

Il  est  vrai,  qu'à  dix  kilomètres  environ,  à  Villeneuve-Saint- 
Georges  (Seinc-et-Oise),  j'ai  fouillé  en  1861,  avec  M.  Anatole 
Roujou,  qui  l'avait  découvert  dans  les  berges  de  la  Seine,  un  lieu 
de  sépultures  moins  considérable  que  celui  de  La-Varenne-Saint- 
Hilaire,  dans  lequel  les  trois  genres  de  sépultures  étaient  réunis. 
Ici,  la  sépulture  à  ensépulturement  se  trouvait  être  la  plus  an- 
cienne. Sa  position  était  au-dessous  de  celles  à  crémation,  mais 
les  objets  qui  s'y  trouvaient,  bien  que  plus  anciens,  ne  semblaient 
pas  indiquer  une  époque  de  beaucoup  éloignée  des  sépultures 
inférieures. 

Encore  à  La-Va'renne-Saint-Hilaire,  à  moins  de  six  cents  mètres 
du  lieu  de  sépultures  dont  j'ai  parlé  plus  haut,  j'en  ai  rencontré 
un  en  septembre  18G2,  assez  restreint  comme  étendue,  et  dans 
lequel,  sur  environ  une  trentaine  de  sépultures,  qu'il  m'a  été 
permis  d'y  fouiller,  j'ai  trouvé  une  sépulture  à  ensépulturement, 
deux  à  crémation,  et  le  surplus  à  incinération,  le  tout,  paraissant 
avoir  été  pratiqué  à  la  même  époque.  Mais  dans  ce  dernier  en- 
droit, où  j'ai  recueilli  fort  peu  de  silex,  les  poteries  en  grands 
fragments  étaient  abondantes,  et,  d'accord  en  cela  avec  l'anthro- 
pologie, elles  indiquent  une  époque  rapprochée,  j'oserais  dire 
gauloise,  bien  qu'il  n'existât  aucune  trace  de  bronze  ni  même  de 
fer. 
'Incontestablement,  ces  poteries  fragmentées,  de  môme  que  les 

8 


—  114  _ 

crânes,  prouvent  que  ce  dernier  lieu  de  sépultures  est  de  beau- 
coup postérieur  aux  précédents,  et  cependant,  les  trois  procédés 
y  ont  été  également  employés,  et  dans  des  conditions  identiques. 
C'est  ainsi  que  les  plus  anciennes  sépultures  du  genre  à  ensé- 
pulturement  ont,  avec  les  plus  récentes,  un  lien  plus  rapproché 
qu'on  ne  pourrait  le  croire,  et  il  existe  une  succession  de  procédés 
les  reliant  entre  elles,  bien  facile  à  saisir.  Je  vais  essayer  de  le 
démontrer  aussi  succinctement  que  possible. 


Dans  l'antiquité  la  plus  reculée,  le  mode  de  sépulture  était  le 
plus  simple  possible.  Cette  remarque,  me  servant  de  base,  j'en  ai 
conclu  que  le  plus  simple  des  trois  genres,  celui  à  ensépulturement 
lut  pratiqué  avant  les  autres. 

Qu'était-il  aux  temps  primitifs?  Un  trou  artificiel  peu  profond, 
une  excavation  naturelle,  recevant  les  restes  inanimés  qui  étaient 
recouverts  de  terre,  de  branchages,  de  pierres,  en  un  mot,  de  ce 
qui  se  trouvait  près  de  là. 

Bientôt,  l'association  se  formant  et  amenant  de  nouveaux  pro- 
cédés, soit  pour  en  reconnaître  l'emplacement,  soit  pour  préserver 
les  restes  qu'elle  renfermait  de  la  voracité  des  animaux  carnas- 
siers, alors  fort  nombreux,  difi'érents  moyens  furent  employés,  et 
celui  de  recouvrir  la  sépulture  de  pierres  fut  un  des  premiers  mis 
en  usage. 

D'une  nécessité,  le  génie  inventif  de  l'homme  vint  à  faire  un 
ornement,  et  nous  savons  tous,  comment  l'antiquité  civilisée  com- 
prenait la  sépulture,  par  les  nombreux  monuments  qu'elle  nous  a 
légués,  et  dont  les  dépouilles  enrichissent  nos  musées. 

Il  en  était  de  même  à  l'époque,  dont  je  m'occupe.  La  simplicité, 
la  rusticité  des  monuments,  n'étaient  dues  qu'aux  moyens  d'ac- 
tion bornés,  qui  ne  permettaient  pas  davantage  :  mais  que  l'on 
ne  s'y  trompe  pas,  pour  les  gens  simples  de  ces  temps,  l'agen- 
cement des  pierres  était  déjà  un  art  astreint  à  des  règles  plus  ou 
moins  absolues. 

Combien  s'écoula-t-il  de  siècles  entre  les  premiers  essais^  et  ce 
qui  a  été  pratiqué  plus  tard  pour  l'établissement  des  sépultures 
qu'il  nous  a  été  permis  de  reconnaître?  Nul  ne  pourra  le  dire, 
mais  l'imagination  comprendra  avec  quelle  lenteur  le  progrès  de- 
vait s'accomplir. 
Avant  d'en  arriver  à  toutes  les  pratiques  que  m'ont  révélées  la 


—  115  — 

sépulture  de  l'époque  de  la  pierre  polie  que  j'ai  rencontrée  en 
1838,  à  La-Varenne-Saint-Hilaire,  et  déposée  par  mes  soins  au 
musée  de  Gluny  (1),  il  a  dû  s'éteindre  de  nombreuses  généra- 
tions. 

Dans  les  sépultures  à  ensépulturement  signalées  en  divers 
endroits,  comme  dans  celles  que  j'ai  pu  étudier,  les  caractères 
généraux  sont  les  mêmes.  Une  fosse  profonde  à  peine  de  quelques 
décimètres,  recevait  le  corps  ou  les  corps,  car  il  n'est  pas  rare 
d'en  rencontrer  plusieurs  réunis  placés  dans  toutes  les  positions, 
dans  toutes  les  postures  imaginables  ;  sans  doute ,  suivant  des 
règles,  qu'il  ne  sera  pas  indifférent  d'étudier  un  jour.  La  terre 
était  rejetée  sur  ces  dépouilles,  au-dessus  desquelles  on  plaçait 
des  pierres  plus  ou  moins  grosses,  suivant  que  la  localité  en  four- 
nissait, et  souvent  aussi,  venant  d'assez  loin;  puis,  d'après  cer- 
tains rites,  certains  usages  locaux  ou  religieux,  dont  nous  ne 
pouvons  que  constater  l'existence,  sans  pouvoir  en  établir  l'ori- 
gine, on  allumait  assez  généralement  un  grand  feu  sur  ces  pierres 
amoncelées. 

Dans  cet  ardent  foyer,  et  de  nombreux  exemples  sont  là  pour 
en  témoigner,  les  assistants  jetaient  des  pierres,  ou  plus  souvent, 
des  silex  taillés,  des  ustensiles  ou  des  instruments,  toujours  en 
pierres  de  diverses  natures  ou  en  os,  des  fragments  de  poterie,  et 
sans  doute,  beaucoup  d'autres  objets  que  le  feu  a  détruits  (2). 

Il  est  beaucoup  de  ces  objets  qui  n'ont  subi  nulle  atteinte  du 
feu  ;  certains  silex  même  sont  si  frais  de  taille,  si  peu  altérés  par 
le  temps,  qu'on  les  croirait  récemment  travaillés;  mais  alors,  ils 
n'étaient  pas  placés  dans  la  sépulture,  ils  se  rencontrent  mélangés 
aux  terres  qui  recouvrent  ou  environnent  le  foyer  ;  et  ils  paraissent, 
dans  beaucoup  de  cas,  y  avoir  été  jetés  après  son  extinction  au  fur 
et  à  mesure  du  remblai. 

Il  arrive  même  un  moment  où,  lorsque  l'archéologue  opère  sa 
fouille  avec  soin,  il  rencontre  une  espèce  de  couche  de  silex  tra- 
vaillés qui  sont  bien  plutôt  des  éclats  que  des  pièces.  Leur  position 
semble  indiquer  le  sol  de  l'époque  recouvert  par  des  dépôts  que 
les  siècles  ont  successivement  apportés  et,  si  certains  de  ces  éclats 


(1)  Catalogue  du  Musée  impérial  des  Thermes  et  de  Cluny,  2«  suppléraeut, 
no  3,344. 

(2)  Dans  la  nombreuse  collection  que,  depuis  plusieurs  années,  j'ai  formée  des 
débris  trouvés  dans  la  grande  quantité  de  sépultures  que  j'ai  fouillées,  je  possède 
un  grand  nombre  d'objets  ayant  subi  l'action  d'un  l'eu  violent. 


~  H6  — 

proviennent  de  la  taille  sur  place  de  quelques-unes  des  pièces 
mises  dans  la  sépulture,  beaucoup  d'autres  n'ont  pas  la  même 
origine,  et  proviennent  de  pièces  déposées  ailleurs. 

Toutes  ces  pierres,  communes  aux  trois  genres  de  sépultures, 
ont  pour  moi  une  attribution  votive,  c'est-à-dire,  qu'elles  repré- 
sentent, pour  cette  époque,  les  couronnes  d'immortelles  ou  les 
autres  objets  qu'aujourd'hui  encore  nous  déposons  sur  les  tombes 
de  nos  parents  et  de  nos  amis,  suivant  un  usage  qui  se  perd  dans 
la  nuit  des  temps  (1). 

Et  que  l'on  ne  rie  pas  trop  de  cette  idée  que  je  crois  assez  juste. 
Les  hommes  peuvent  changer,  ils  peuvent  disparaître,  mais  ils 
transmettent  toujours  h  leurs  remplaçants,  à  ceux  qui  les  suivent, 
les  usages  de  leur  époque  qui  ne  se  modifient  qu'en  même  temps 
que  disparaissent  les  causes  qui  les  ont  produits.  Il  n'en  est  pas 
ainsi  de  la  fin  de  l'homme,  qui  ne  change  pas,  et  qui  arrive  tou- 
jours avec  son  cortège  de  chagrins  et  de  regrets.  A  quelque 
époque  que  ce  soit,  à  quelque  degré  de  civilisation  qu'il  soit 
arrivé  il  éprouve  le  besoin  de  témoigner  ses  regrets,  et  si  aujour- 
d'hui, un  peu  d'argent  suffit  pour  exprimer  les  nôtres,  à  ces 
époques  éloignées,  chacun  façonnait  son  offrande,  taillait  son  silex, 
et  le  portait  lui-même. 

C'est  ce  qu'explique  cette  diversité  de  formes  des  silex  placés 
autour  et  dans  les  sépultures,  et  surtout,  la  rusticité  d'un  grand 
nombre  de  pièces,  qui,  toutes  fabriquées  avec  la  même  matière, 
décèlent  une  façon  unique  pratiquée  diversement  par  un  grand 
nombre  de  mains  plus  ou  moins  exercées. 

On  concevra  du  reste,  qu'à  une  époque  où  la  pierre  était  la  ma- 
tière première  de  tous  les  instruments  utiles,  tout  silex  travaillé 
représentait  une  valeur.  S'en  priver  pour  l'offrir  aux  mânes  d'un 
mort  était  une  louable  action,  comme  plus  tard  cela  exista  pour 
des  objets  plus  précieux,  et  cet  usage,  conservé  pendant  de  longs 
siècles,  pratiqué  quelquefois,  souvent  peut-être,  avec  le  relâche- 
ment inhérent  à  chaque  coutume  religieuse,  fut  l'origine  d'une 
pratique  adoptée  par  beaucoup  do  peuples  de  l'antiquité,  qui 
consistait  à  jeter  une  pierre  sur  la  tombe  du  mort.  C'est  ce  qui 
forme  ces  tombcl les  élevées,  appelées  Gal-gals,  dont  quelques-unes 
existent  encore. 


(1)  Dans  un  mémoire  sur  la  sépulture  au  mutée  de  Cluny  que  j'ai  adressé  en 
mars  18.jO,  à  la  Société  Impériale  des  Antiquaires  de  France,  j'avais  déjà  émis  cette 
idée.  Les  noml)reuses  découvertes  que  j'ai  faites  depuis,  n'ont  fait  que  m'y  confirmer. 


—  117  — 

C'est  sans  aucun  doute  à  cette  idée  votive  qu'on  doit  attribuer  Je 
dépôt,  dans  les  sépultures  à  ensépulturement,  de  ces  belles  pièces 
qui  ornent  les  collections  ;  seulement,  les  grandes  haches  taillées 
brutes,  ainsi  que  les  couteaux  de  la  seconde  époque  sont,  à  la 
troisième,  remplacées  par  des  haches  polies,  souvent  même  em- 
manchées, ainsi  que  par  des  couteaux  beaucoup  plus  grands  et 
bien  mieux  travaillés. 

Encore  à  l'appui  de  cette  idée,  j'ai  constaté  un  fait  curieux  com- 
mun à  deux  sépultures  de  ce  genre  quej'ai  fouillées,  et  dont  l'inter- 
prétation ne  peut  s'expliquer  qu'au  moyen  d'une  hypothèse  que 
chacun  peut  développer  aisément. 

Elles  contenaient  chacune  une  hache  longue,  polie,  mais  cassée 
vers  le  milieu,  et  dont  l'autre  partie  ne  se  trouvait  pas  dans  la  sé- 
pulture. 

L'une  est  au  Musée  de  Gluny,  où  je  l'ai  déposée,  l'autre  est  en- 
core en  ma  possession,  et  il  est  incontestable  qu'elles  ont  été  bri- 
sées ainsi  lors  de  l'ensépulturement. 

De  nombreuses  haches  cassées  semblablement  ont  été  recueillies 
à  Paris,  dans  le  lit  de  la  Seine,  par  M.  A  Forgeais,  ainsi  qu'en 
divers  autres  endroits.  Toutes  sont  cassées  par  le  milieu,  et  j'ai 
toujours  présumé  qu'elles  provenaient  de  sépultures  semblables 
qui,  placées  sur  les  berges  de  ce  fleuve,  en  auront  été  arrachées 
par  le  flot  qui,  pendant  de  longs  siècles,  en  a  rongé  les  bords. 

Il  arrive  quelquefois  que  le  groupe  de  la  sépulture  est  entouré 
d'un  cercle  de  pierres,  plantées  ou  fichées  en  terre,  dans  le  genre 
des  monuments  appelés  crom-lech.  J'ai  considéré  ce  cercle  (1) 
comme  formant  une  enceinte  sacrée  circonscrivant  un  endroit  in- 
violable, et  j'ai  été  heureux  de  voir  cette  opinion  partagée  par 
M.  Garro  père  (2). 

Cet  exemple  est  bien  frappant  à  la  sépulture  du  Musée  de  Gluny, 
et  il  en  existe  un  semblable  dans  une  petite  sépulture  que  j'ai 
découverte  en  septembre  dernier.  Mais  cette  dernière  offre  des  di- 
mensions tellement  restreintes  que,  sans  le  soin  que  j'ai  apporté 
à  la  fouiller,  je  n'eusse  pu  constater  cette  circonstance  bien  cu- 
rieuse, qui  doit,  cependant,  être  assez  commune. 


(1)  Mon  mémoire  sur  la  sépulture  d'un  chef  Celte,  trouvée  à  La-Varenae-Saint-Hi- 
laire  (Seine),  à  la  Société  Impériale  des  Antiquaires  de  France,  en  mars  1859,  nia- 
nuscr.  fig. 

(2)  Mémoire  sur  les  monuments  primitifs  dits  celtiques  ou  anté-celtiques,  par 
A.  Carro,  Paris,  Dumoulin,  1863,  p.  21  et  22. 


—  118  — 

Les  sépultures  à  ensépulturement  sont  ordinairement  isolées  au 
milieu  de  celles  à  incinération  et  à  crémation;  mais  elles  peuvent 
aussi  se  rencontrer  groupées  (1). 

En  1859,  par  suite  de  travaux  laits  pour  le  redressement  des 
berges  de  la  Marne,  toujours  à  La-Varenne-Saint-Hilaire,  les  ou- 
vriers rencontrèrent  quelques  grosses  pierres  dans  le  lit  même  de 
la  rivière,  et  au  niveau  des  plus  basses  eaux.  Prévenu  heureuse- 
ment à  temps,  ce  qui  n'a  pas  toujours  lieu,  je  pus  suivre  les  tra- 
vaux et  constater  l'existence  d'un  monument  des  plus  curieux. 

Sur  une  ligne,  parfaitement  droite,  dans  une  longueur  de 
soixante-neuf  mètres  cinquante  centimètres,  il  existait  treize 
groupes  de  pierres  de  toutes  dimensions.  Huit  étaient  des  sépul- 
tures, quatre  formaient  des  demi-dolmens  ou  des  pierres  inclinées 
supportées  par  une  autre  placée  au-dessous,  et  le  dernier,  placé 
vers  le  milieu,  m'a  paru  être  une  espèce  d'autel  formé  d'une  pierre 
percée  de  quatre  trous  en  forme  d'écuelles,  de  petites  dimensions, 
et  posée  en  bascule  sur  plusieurs  autres. 

L'année  suivante,  lors  du  déplacement  du  monument,  je  ne 
rencontrai  que  des  fragments  d'os  complètement  friables  :  quelques 
fémurs  d'âne  ou  de  petit  cheval,  une  mâchoire  de  bœuf  et  une  de 
cheval,  un  fragment  de  corne  de  cerf  travaillé,  ainsi  que  quelques 
dents  de  bœuf,  furent  les  seuls  ossements  que  j'y  pus  recueillir. 
D'autres  objets  pouvaient  bien  exister,  mais  il  ne  m'était  pas  fa- 
cile de  les  rechercher,  car  j'opérais  dans  le  lit  même  de  la  rivière 
avec  un  niveau  d'eau  de  vingt  à  vingt-cinq  centimètres,  et  il  fallait 
que  j'eusse  rencontré  un  vif  intérêt  dans  l'étude  de  ce  monument 
pour  y  persévérer  pendant  des  heures  entières. 

J'y  ai  recueilli  aussi  un  couteau  en  silex  de  huit  centimètres  de 
long,  qui  paraît  bien  plutôt  provenir  d'un  terrain  diluvien  qu'a- 
voir été  taillé  à  l'époque  de  la  sépulture,  et  quant  aux  poteries, 
il  n'en  existait  aucun  vestige.  Mais  pour  quiconque  en  connaît  la 
composition  ainsi  que  la  cuisson,  la  situation  du  monument  au- 
dessous  de  l'eau  en  explique  l'absence. 

L'orientation  de  toutes  les  sépultures  de  ce  genre  diflêrc.  Dans 
l'exemple  que  je  citais  à  l'instant,  aucune  règle  n'avait  été  obser- 
vée à  cet  égard.  Les  quatre  demi-dolmens  étaient  orientés  de  diffé- 
rentes façons,  bien  que  faisant  partie  du  même  monument. 


(1)  Les  détails  qui  suivent  sont  extraits  d'un  travail  inédit  dont  je  m'occupe  en 
ce  moment,  dans  lequel  je  décris  toutes  les  découvertes  de  l'àpe  de  la  pierre  que 
j'ai  faites  depuis  plus  do  six  ans. 


—  119  — 

IJeux  ûlaient  placés  à  égale  distance  du  centre  où  se  trùuvait 
l'espèce  d'autel,  l'un  se  dirigeait  vers  le  nord  tandis  que  l'autre 
était  tourné  vers  le  sud.  Les  groupes  de  sépultures  suivaient  la  di- 
rection générale  du  cours  de  l'eau  qui,  en  cet  endroit,  est  de  l'est 
à  l'ouest;  et  le  groupe  central,  celui  de  l'autel,  se  dirigeait  du 
nord-est  au  sud-ouest. 

Les  monuments  séparés  offraient  la  même  diversité;  aussi, 
bien  qu'autant  que  je  l'ai  pu  faire  j'aie  toujours  relevé  l'orientation 
des  monuments  qu'il  m'a  été  donné  d'étudier,  je  n'ai  jamais  ap- 
porté à  ce  détail  qu'une  importance  secondaire. 


A  une  époque  que  je  crois  plus  rapprochée,  l'ensépulturement  a 
été  pratiqué  par  caveaux,  ou  espèces  de  cercueils  construits  sur 
place,  formés  de  pierres  d'épaisseur  variable,  assez  généralement 
plates,  de  peu  de  hauteur,  et  posées  sans  aucune  espèce  de  mor- 
tier. Ces  caveaux,  sans  distribution  d'abord,  plus  tard  séparés  en 
compartiments  par  des  pierres  semblables,  recevaient  les  corps 
placés  également  dans  diverses  positions.  La  terre,  ou  bien  des 
pierres  plates,  les  recouvraient,  et  il  arrive  quelquefois  de  rencon- 
trer au-dessus,  une  éminence  circulaire,  formée  d'un  amas  consi- 
dérable de  pierres  apportées  après  coup,  ainsi  que  M.  Brouillet  a 
pu  le  constater  en  1862,  à  la  Tombelle  de  Brioux  (Vienne)  (1). 

Ce  genre  de  sépulture  constate  un  progrès  réel.  Les  silex  polis 
s'y  rencontrent  mêlés  à  des  pierres  travaillées,  apportées  de  loin. 
Les  poteries,  fort  significatives,  se  rapprochent  de  l'époque  où  on 
commençait  à  les  orner;  et  notamment,  la  Tombelle  de  Brioux  a 
offert  deux  vases  entiers  avec  anses,  enlevées  en  saillie  dans  la 
terre  et  percées,  dont  j'ai  rencontré  les  similaires  comme  forme 
et  comme  façon,  dans  les  sépultures  à  crémation  de  Villenouve- 
Saint-Gcorges  qui,  comme  je  l'ai  avancé  plus  haut,  m'ont  paru 
être  postérieures  à  celle  à  ensépulturement  simple  placée  au- 
dessous. 

Les  premiers  éléments  de  l'art  de  construire,  de  la  stabilité,  se 
montrent  dans  ces  derniers  monuments.  Ce  ne  sont  pas  encore  les 
beaux  dolmens  ni  les  monuments  qui  suivirent,  mais,  le  principe 


(1)  Notice  sur  la  tombelle  de  Brioux,   commune  de  Paire,   canton   de   Couhé 
(Vienne),  par  M.  Brouillet,  broch.  in-S»,  fig.  1862. 


—  120  — 

de  la  juxtaposition  des  pierres  est  trouvé.  La  dalle,  Ibrmant  la 
couverture,  est  le  premier  essai  du  linteau,  base  primitive  de  la 
science  architecturale.  Insensiblement,  les  dimensions  du  monu- 
ment s'augmenteront,  les  matériaux  se  moditieront,  et  du  petit 
monument  élémentaire  aux  belles  sépultures  à  dolmen,  il  n'y  aura 
qu'un  pas  à  faire,  pas  de  géant,  il  est  vrai,  mais  que  saura  fran- 
chir rintelligence  humaine. 

Cependant,  il  ne  s'accomplira  pas  brusquement  ni  sans  tran- 
sition, nous  en  avons  la  preuve  dans  le  bel  ossuaire,  découvert 
en  1863,  à  Chamant,  près  Sentis  (Oise),  dans  la  propriété  de  M.  le 
comte  de  Lavaulx.  Ce  monument  n'est  pas  encore  le  beau  du 
genre,  mais  il  en  possède  toutes  les  inspirations,  et  il  en  est  le 
type. 

Des  pierres  à  peu  près  plates  de  plus  grande  hauteur  que  celles 
formant  les  caveaux,  et  d'assez  fortes  dimensions,  sont  posées  de 
champ,  de  façon  à  former  une  salle  carrée.  Une  cloison  de  pierres 
semblables,  laissant  un  vide  ou  passage  entre  elles,  sépare  la  salle 
en  deux  parties  inégales  :  disposition  observée  dans  la  plupart  des 
beaux  dolmens,  et  qui  existe,  non  loin  de  Chamant,  à  l'allée  cou- 
verte connue  sous  le  nom  des  Pierres  Turquoises,  dans  la  forêt 
de  Carnelle,  près  de  Beaumont-sur-Oise  (Seine-et-Oise)  (1). 

Seulem.ent  à  Cham-ant,  la  salle  n'avait  guère  plus  d'un  mètre  à 
un  mètre  vingt-cinq  centimètres  de  hauteur  sous  le  plafond  qui 
était  formé  par  de  larges  pierres  plates,  et  elle  était  assez  grande 
pour  permettre  à  un  grand  nombre  d'individus  d'y  reposer  assis  ou 
couchés.  Près  d'eux,  on  avait  placé  des  silex  travaillés  délicatement, 
ainsi  que  de  belles  haches  polies,  dont  une  en  serpentine,  et  une 
de  grande  dimension,  taillée  à  la  façon  des  haches  diluviennes, 
m'a  paru  avoir  été  préparée  pour  le  polissage. 

Les  recherches  n'ont  constaté  que  de  faibles  traces  de  poteries, 
et  de  légers  fragments,  que  j'ai  examinés,  n'assignent  pas  à  ce 
monument  un  âge  bien  reculé.  Du  reste,  la  fouille  de  cette  sépul- 
ture, dirigée  par  une  autre  idée  que  celle  d'étudier  le  monument 
lui-môme,  n'a  pas  été  menée  avec  tout  le  soin  nécessaire  pour 
recueillir  tous  les  indices  qu'il  devait  fournir. 

Entre  la  sépulture  de  Chamant  et  les  beaux  dolmens,  il  n'y  a 
qu'une  question  de  dimensions  plutôt  qu'une  question  chronolo- 


(1)  Noiice  sur  les  monuments  celtiques  des  environs  de  Luzarches  (Seine-et- 
Oise),  par  M.  Alexandre  Hahn,  greffier  de  la  justice  de  paix.  Manuscrit  avec 
figures. 


—  121  — 

gique.  Ceux-ci  sont  formés  de  pierres  colossales,  et  lorsqu'on  les 
examine,  lorsque  l'on  cherche  à  se  rendre  compte  des  procédés 
employés  pour  leur  érection,  on  demeure  confondu,  et  l'imagina- 
tion a  peine  à  concevoir  comment  il  a  été  possible  de  remuer  ces 
masses  considérables,  et  surtout,  de  les  mettre  en  place,  alors 
qu'aujourd'hui,  pour  arriver  aux  mêmes  résultats,  il  serait  néces- 
saire d'employer  tous  les  moyens  que  la  science  possède. 


Évidemment,  les  peuples  de  cette  époque  possédaient  une  civi- 
lisation qui  nous  est  inconnue  :  ils  avaient  des  moyens  d'action 
puissants,  peut-être  identiques  à  ceux  employés  par  d'autres  na- 
tions éloignées,  plus  étudiées  que  ne  le  sont  celles  dont  nous  occu- 
pons le  territoire  ;  toujours  est-il  que  les  peuples  qui  asservirent 
ces  masses  considérables,  qui  surent  ériger  ces  obélisques,  que 
nous  appelons  des  Men-hirs,  devaient  être  solidement  constitués. 

Que  l'origine  de  la  construction  de  ces  monuments  soit  étran- 
gère, ainsi  qu'on  nous  le  répète  constamment  ;  que  des  peuples, 
venus  d'Asie,  nous  aient  appris  à  les  établir,  cela  peut  être  ;  mais 
pour  moi,  je  crois  suivre  leur  progression  bien  plus,  dans  les 
quelques  exemples  d'ensépulturement,  que  je  vous  ai  indiqués,  que 
dans  la  ligne  géographique,  occupée  actuellement  par  les  monu- 
ments de  ce  genre,  là  où  aucun  intérêt  n'obligeait  à  les  détruire. 

Toujours  est-il  qu'ils  existent  sur  un  grand  nombre  de  points, 
et  que  leur  ancienneté  n'est  pas  aussi  grande  qu'on  l'a  répété 
maintes  fois.  Les  métaux  étaient  connus  :  quelques  dolmens  en 
contiennent  ;  et  la  quantité  assez  grande  d'objets  en  or,  en  bronze 
surtout,  qui  en  ont  été  retirés,  semblent  leur  assigner  une  date 
assez  rapprochée. 

Il  est  vrai,  qu'on  a  avancé,  sans  beaucoup  de  fondement,  que 
des  peuples  envahisseurs  venus  tardivement,  s'en  étaient  emparés, 
et  qu'ils  avaient  fait  leur  sépulture  de  ces  mômes  monuments, 
après  en  avoir  expulsé  les  premiers  occupants  !  Mais  loin  d'être 
prouvée,  cette  allégation  se  trouve  presque  démentie  par  les  sépul- 
tures précédentes,  circunscrites  dans  un  rayon  peu  étendu,  et  leur 
simplicité  contraste  trop  avec  ces  superbes  monuments  pour  faire 
croire  qu'elles  leur  soient  postérieures.  D'ailleurs,  c'est  un  fait 
bien  établi,  je  crois  que  ces  dolmens  ne  remontent  pas  au-delà  de 
l'âge  de  la  pierre  polie  et  de  la  belle  époque  surtout. 


—  122  — 

Il  est  un  autre  genre  d'ensépuUuremcnt  qui  procède  de  Focca- 
sion,  et  qui,  à  proprement  parler,  n'a  pas  de  monument.  C'est 
celui  pratiqué  dans  les  grottes  ou  cavernes  naturelles  comme  à 
Orrouy  (Oise)  (1)  ou  factices  commcà  Nogent-les-Vierges  (Oise)  (2). 
Mais  dans  ce  dernier  cas,  la  sépulture  est  bien  plus  récente,  elle 
est  presque  gauloise,  sinon  gallo-romaine. 

Assez  généralement,  plusieurs  individus  y  trouvaient  place, 
mais  assez  généralement  aussi,  dans  cette  circonstance,  il  y  a  ab- 
sence de  silex  et  même  de  poteries.  Quelquefois  encore,  on  a  ap- 
pelé ou  désigné  par  le  mot  de  caverne  une  simple  sépulture  à  en- 
sépulturement,  ainsi  que  l'a  fait  le  docteur  Romy  pour  la  caverne 
de  Mizy  (Marne)  (3),  et  il  n'y  a  rien  d'étonnant  que,  contrairement 
à  ce  que  j'avance  plus  haut,  cette  dernière  ait  contenu  une  assez 
grande  quantité  d'objets. 

J'ai  cru  remarquer  que  les  sépultures  des  grottes  ne  sont  pas 
très-anciennes,  et  on  conçoit,  du  reste,  que  les  peuples  de  ces 
époques  reculées,  trouvant  dans  les  grottes  ou  cavernes  des  habi- 
tations naturelles,  préféraient  les  conserver  comme  telles,  plutôt 
que  d'en  faire  des  lieux  de  sépultures  ou  des  ossuaires.  D'accord 
en  cela  avec  les  instincts  de  la  race  humaine,  ils  voulaient  bien  ne 
pas  s'éloigner  de  leurs  morts,  mais  ils  ne  pouvaient  pas  vivre 
avec  eux. 

Ce  ne  fut  qu'alors  qu'ils  possédèrent  des  habitations  artificielles, 
qu'ils  durent  affecter  les  grottes  à  cet  usage,  et,  lorsqu'ils  les  em- 
ployèrent pour  une  sépulture  de  famille,  il  fallut  que  des  circons- 
tances assez  rares  les  y  obligeassent. 

Toutes  ces  sépultures,  à  l'exception  de  celles  des  grottes,  me 
semblent  pouvoir  être  attribuées  h  des  chefs,  à  des  principaux 
d'entre  les  hommes  de  ces  temps.  Mais  à  côté  d'eux,  se  trouvaient 
les  plus  petits,  les  esclaves,  peut-être,  en  un  mot,  les  inférieurs. 
Pour  ceux-là  aussi,  la  sépulture  était  nécessaire,  et  nombreux 
ainsi  qu'ils  l'étaient,  si  pour  eux  on  eût  construit  des  monuments, 
dressé  des  dolmens,  érigé  des  men-hirs,  si  tant  est  que  ces  der- 
niers indiquent  toujours  des  sépultures,  le  sol  de  la  France  en 
eût  été  jonché. 


(1)  Bulletin  de  la  Société  d'Anthropologie  de  Paris.  T.  V.  p.  l'>ii  et  suiv. 

(2)  Mémoire  de  la  SocitJté  Académique  du  département  de   l'Oise  T.   JV  p.  462. 
et  suiv. 

(M)  Étude  de  M.  le  docteur  Remy,  de  Mareuil-le-Port,  Sur  /a  cnvarne  de  Mizy, 
brochure  in-16,  pi. 


—  123  — 

De  plus,  dans  une  peuplade  assez  nombreuse,  les  indigènes 
eussent  passé  tout  leur  temps  à  construire  les  sépultures,  à  fouil- 
ler la  terre  (travail  immense,  alors  qu'un  bâton  était  le  seul  ins- 
trument qu'ils  possédassent  pour  cet  usage),  à  approvisionner  les 
matériaux.  Et  comment  chasser,  se  vêtir,  et  enfin,  procéder  à 
toutes  les  exigences  de  l'existence,  dont  toute  modeste  qu'elle  fût, 
les  besoins  n'étaient  pas  moins  vifs. 

Les  sépultures  de  ceux-là,  du  peuple  en  un  mot,  qu'étaient- 
elles?  Gomment  s'en  débarrassait-on? 

Par  un  moyen  bien  simple  qui  permettait  de  conserver  le  culte 
du  mort,  sans  pour  cela  nuire  aux  vivants,  ni  sans  employer  un 
temps  bien  considérable.  C'était  de  brûler  le  corps,  et  d'en  confier 
les  cendres  h  la  terre.  De  là,  l'usage  si  répandu  de  Vuslion,  qui 
était  pratiquée  de  deux  façons  assez  diverses  pour  me  donner  à 
penser  que  ce  procédé  n'était  pas  encore  employé  indistinctement, 
et  qu'une  espèce  de  supériorité  l'.ersonnelle  voulait  encore  cette 
différence. 


La  première,  que  j'ai  désignée  sous  le  nom  de  sépulture  à,  cré- 
mation, consistait  à  brûler  le  corps  sur  place.  Pour  cela,  on  prati- 
quait une  fouille  assez  peu  profonde  et  d'une  dimension  restreinte, 
au  fond  de  laquelle  on  plaçait  des  combustibles  avec  le  corps.  Le 
feu  y  était  mis,  et  pendant  l'ustion,  les  assistants  jetaient  dans  la 
fosse  des  silex  taillés  de  toutes  natures  et  de  types  variés,  des 
fragments  de  poterie,  des  ossements  d'animaux  fragmentés,  no- 
tamment des  dents,  des  cailloux  et  probablement  un  grand  nombre 
d'objets  que  le  feu  a  détruits. 

,  La  flamme  éteinte,  on  rejetait  sur  les  charbons  ardents  la  terre 
qui  avait  été  enlevée,  en  même  temps  qu'on  y  ajoutait  des  offrandes 
semblables  à  celles  déjà  placées  à  l'intérieur. 

Tous  ces  objets  ne  laissent  aucun  doute  sur  leur  destination. 
Fouillées  à  Villeneuvo-Saint-Georges  par  M.  Roujou  et  moi,àLa- 
Varenne-Saint-Hilairo  par  moi-même,  et  chaque  fois  sans  le  con- 
cours d'ouvriers  qui  ne  procèdent  pas  assez  délicatement,  je  les  ai 
toujours  rencontrées,  comme  je  l'explique  plus  haut.  Les  mêmes 
détails  se  répétant  comme  aux  sépultures  à  ensépulturement,  il 
faut  reconnaître,  dans  tous  ces  dépôts,  une  intention  identique 
bien  arrêtée,  ou  bien  une  tradition  scrupuleusement  suivie. 


—  124  — 

« 

Dans  quelques-unes  de  celles  de  Villeneuve-Saint- Georges, 
M.  Roujou  a  rencontré  des  haches  polies  fragmentées  qui  fixent 
d'une  manière  certaine  sur  l'époque  à  laquelle  on  doit  attribuer 
ces  sépultures;  mais,  à  La-Varenne,  je  n'ai  rien  rencontré  de 
semblable. 

Toutes  les  sépultures  à  crémation  n'étaient  pas  pratiquées  de 
môme.  Il  en  existe  une  dans  cette  dernière  localité  que  je  n'ai  en- 
core fouillée  qu'à  moitié,  et  qui  présente  une  disposition  différente. 

Une  pierre,  un  calcaire  siliceux  placé  au-dessus  des  sables  dilu- 
viens qui  ici  affleurent  le  sol,  et  qui  me  paraît  apportée  à  dessein, 
a  servi  de  foyer.  Les  cendres,  mélangées  de  fragments  de  poteries 
et  de  quelques  rares  débris  de  silex  travaillés,  forment  avec  des 
os  fragmentés,  tout  le  produit  de  la  crémation  qui  semble  avoir 
être  rejetée  tout  autour  de  la  pierre  où  on  les  retrouve  mainte- 
nant (1). 

Dans  les  sépultures  de  Villeneuve-Saint-Georgos,  de  même  que 
dans  toutes  celles  de  La-Varenne-Saint-Hilaire,  on  rencontre  des 
fragments  de  poteries  portant  des  ornements  en  saillie,  ou  tracés; 
et,  ce  travail,  tout  grossier  qu'il  est,  dénote  d'un  côté  comme  de 
l'autre  un  sentiment  artistique  idcnlique,  qui  devait  puiser  son 
existence  dans  une  origine  commune. 

Si  les  sépultures  à  crémation  de  Villeneuve-Saint-Georges  sont 
bien  plus  riches  en  silex  que  celles  de  La-Varenne,  en  revanche, 
les  sépultures  à  incinération  de  cette  dernière  localité  sont  bien  plus 
intéressantes  à  étudier. 


J'appelle  sépulture  à  incinération  un  genre  que  je  n'ai  encore  ren- 
contré qu'à  La-Varenne-SainL-Hilaire,  où  ces  sépultures  existent 
en  assez  grand  nombre.  Elles  consistent  en  de  légers  amas  de 
cendres  imperceptibles,  mé  angées  d'os  brûlés  déposés  dans  la 
terre,  et  provenant  de  corps  dont  l'ustion  a  été  pratiquée  ailleurs. 

Ce  genre  de  sépulture,  remplacé  plus  tard  par  le  dépôt  des  osse- 
ments dans  des  vases  entiers,  est  assez  difficile  à  rencontrer,  en  ce 

(1)  Au  mois  de  juillet  dernier,  lors  d'une  excursion  archéologique  que  j'ai  faite  à 
Saint-Maur-des-Fossés,  dont  dépend  le  hameau  de  La-Varenne-Saint-Hilaire;  en 
compagnie  de  M.  Pcigné-Delacourt,  j'ai  fait  étudier  cette  sépulture  à  cet  archéo- 
logue, et  il  y  a  recueilli  lui-même  des  fragments  de  poteries  et  des  débris  de  silex 
travaillés. 


—  125  — 

sens,  qu'il  n'est  reconnaissable  que  dans  certaines  circonstances 
toutes  locales,  tenant  surtout  au  peu  d'épaisseur  de  la  couche  de 
terre  à  la  surface  du  sol.  La  terre  en  pénétrant  dans  la  couche  infé- 
rieure de  nature  différente,  y  a  formé  de  petits  enfoncements 
assez  généralement  coniques. 

Au  fond,  se  trouvent  les  ossements  brûlés.  Quant  aux  cendres, 
il  est  dificile  de  les  distinguer  ;  mais  les  fragments  de  poteries  et 
les  silex  travaillés  sont  significatifs. 

Quelquefois,  le  fond  du  cône  présente  une  autre  disposition. 
Quelques  fragments  de  poteries  grossières  provenant  de  vases  dif- 
férents font  tous  les  frais  de  la  sépulture.  Trois  ou  quatre,  placés 
verticalement  sur  un  autre  formant  le  fonds,  reçoivent  les  cendres 
qui,  quelquefois  aussi,  sont  placées,  dans  le  fonds  d'un  vasecassé. 

Et  combien  d'autres  encore  ont  été  confiées  à  la  terre  sans  tant 
de  précaution  ! 

Mais,  à  toutes  ces  sépultures  assez  rapprochées  les  unes  des 
autres,  et  qui,  grâce  à  l'exhaussement  que  lessiècles  ontapportéau 
sol  qui  les  recouvre,  n'ont  pas  été  détruites  par  la  charrue  mo- 
derne, on  rencontre,  de  même  qu'aux  grandes  sépultures,  de  nom- 
breux témoins  du  souvenir  des  vivants. 

Ici,  ce  ne  sont  plus  les  belles  pièces  qui  accompagnent  les 
premières  sépultures,  ce  ne  sont  plus  les  haches  polies  emman- 
chées dans  les  beaux  bois  de  cerf.  Non,  le  pauvre  prolétaire  ne 
pouvait  se  permettre  ce  luxe  coûteux  réservé  aux  riches:  il  offrait 
simplement  à  ses  morts  chéris,  ces  mille  et  un  petits  ustensiles 
qui,  à  cette  époque  plus  sédentaire  qu'on  ne  paraît  le  croire,  lui 
servaient  journellement,  et  qui,  déposés  dans  la  sépulture,  nous  in- 
diqueraient presque  la  condition  du  mort,  si  nous  étions  mieux 
familiarisés  avec  les  usages  de  ces  temps. 

Des  aiguilles  en  silex  affectant  la  forme  triangulaire  encore  au- 
jourd'hui en  usage  pour  percer  les  cuirs,  et  qui  ont  pu  donner 
l'idée  première  de  l'alêne  de  nos  cordonniers,  d'autres  polies; 
quelques  poinçons  taillés  de  façon  à  ménager  le  manche  dans  la 
pierre  ;  des  ciseaux  en  silex  ou  en  cornaline  de  quelques  millimètres 
seulement,  polis  en  biseau  pour  former  le  tranchant;  des  pointes 
de  flèches,  soit  taillées  simplement,  soit  à  ailerons  de  plusieurs 
formes;  des  disques  de  toutes  dimensions;  des  demi-disques  (1), 

(1)  On  donne  à  ces  pièces  le  nom  de  grattoirs  Dans  la  collection  que  j'en  ai 
recueillie,  quelques-unes  ont  pu  servira  cet  usage,  mais  non  pas  toutes,  car  il  en 
existe  que  leurs  dimensions  exiguës  destinaient  à  un  autre  usage. 


—  426  — 

les  uns  demi-circulaires  seulement,  les  autres  longs,  et  deux,  entre 
autres,  provenant  de  la  môme  sépulture,  taillés  sur  le  même  mo- 
dèle; des  couteaux  de  toutes  dimensions  depuis  deux  ou  trois 
millimètres,  jusqu'à  quatre  centimètres  ;  et  les  matrices  ou  noyaux 
sur  lesquels  ils  ont  été  enlevés;  des  haches  polies  et  retaillées;  et 
enfin  une  infinité  de  silex,  de  grès,  de  calcaires  siliceux,  etc., 
taillés  de  toutes  formes,  les  uns  imperceptibles,  les  autres  plus 
gros,  et  en  un  nombre  si  considérable  que  la  nomenclature  en 
serait  trop  longue  pour  trouver  place  dans  ce  travail. 

C'est  par  milliers  qu'ils  témoignent  encore  une  fois,  de  cette 
affection  pour  les  morts  dont  je  vous  ai  déjà  parlé. 

Tous  les  animaux,  domestiques  ou  non,  de  cette  époque,  y  sont 
également  représentés,  soit  par  des  débris  plus  ou  moins  caracté- 
risés, soit  par  les  outils  que  leurs  os  ont  servi  à  fabriquer.  Ces 
débris,  surtout  ceux  de  bœuf  en  grand  nombre,  peuvent  encore 
provenir  des  repas  funèbres,  que  tout  semble  indiquer  comme 
ayant  eu  lieu  près  de  chaque  sépulture,  et  les  fragments,  placés  à 
l'intérieur,  proviennent  sans  doute  de  la  part  de  l'absent  (1). 

Les  poteries  sont  les  mêmes  que  celles  des  sépultures  à  créma- 
tion. 


Dans  cette  étude  rapide,  j'ai  omis  de  parler  des  sacrifices  hu- 
mains ou  autres,  que  l'on  aime  tant  à  se  représenter  comme  ayant 
existé.  Je  ne  nie  pas  cette  coutume,  mais,  je  dois  le  dire,  jusqu'à 
présent,  rien  n'est  moins  prouvé  que  leur  existence,  bien  que 
moi-même,  dans  la  fouille  de  la  sépulture  du  Musée  de  Cluny, 
j'aie  rencontré  à  l'extérieur,  parmi  les  pierres  sur  lesquelles  le 
foyer  avait  été  allumé,  un  fémur  humain  auquel,  dans  le  premier 
moment,  j'avais  attribué  cette  origine  sans  beaucoup  de  preuves, 
je  dois  l'avouer. 

Je  vous  demande  la  permission,  on  terminant,  de  vous  expli- 
quer un  fait,  dont  vous  ne  vous  êtes  sans  doute  pas  rendu  compte. 

Lorsque  je  vous  ai  parlé  des  sépultures  à  incinération,  j'ai  dit 
que  le  corps  n'était  pas  brûlé  sur  place.  On  est  donc  amené  à  con- 

(1)  Depuis  quelque  tem])?,  on  emploie  pour  désigner  les  débris  des  repas  funé- 
raires le  mot  danois  Kjœkkenmœdding.  Outre  qu'il  n'est  pas  français  et  quil  est  fort 
difficile  à  prononcer,  comme  ce  qu'il  veut  dire  peut  être  parfaitement  exprimé  dans 
notre  langue,  je  m'abstiens  de  m'en  sen'ir. 


—  127  — 

dure  qu'il  devait  exister,  en  un  endroit  quelconque,  un  loyer  gé- 
néral, commun  à  tous,  sur  lequel  les  corps  étaient  indistinctement 
réduits  en  cendre.  Or,  je  crois  avoir  trouvé  un  de  ces  foyers  en 
1859  à  La  Varenne,  dans  le  centre  de  la  localité  qu'occupent  ces 
sépultures. 

Formé  d'une  table  de  pierre,  d'une  forme  particulière,  reposant 
sur  deux  autres  de  moindres  dimensions,  mais  non  pas  h  la  façon 
des  dolmens,  la  disposition  de  ce  monument  dans  les  terres,  l'état 
des  pierres  de  la  terre  et  des  cailloux  qui  l'entouraient,  ne  me 
laissent  aucun  doute  quant  à  son  usage.  Je  ne  puis  en  affirmer 
l'emploi,  mais  les  pierres  fortement  brûlées,  la  masse  de  cendres 
qui  existait  encore  au-dessus,  et  dont  l'analyse  est  assez  explicite, 
quant  à  son  origine,  concourent  à  donner  quelque  créance  à  ma 
supposition. 

En  résumé,  ainsi  qu'on  a  pu  le  voir,  les  plus  anciennes  sépul- 
tures qui  soient  parvenues  jusqu'à  nous  ne  remontent  guère,  dans 
nos  contrées,  au-delà  de  l'âge  de  la  pierre  polie,  c'est-à-dire,  de  la 
troisième  et  dernière  époque. 

Quelques-unes  cependant  peuvent  remonter  jusqu'à  la  seconde 
période  de  la  seconde  époque,  telles  que  celles  à  incinération,  que 
j'ai  rencontrées  en  1863  à  Issy  (Seine),  avec  des  silex  taillés,  dont 
plusieurs  types,  très-remarquables,  n'existent,  à  ma  connaissance, 
dans  aucun  autre  endroit;  mais  elles  sont  excessivement  rares,  et 
bien  plus  faciles  à  distinguer  de  celles  de  l'époque  suivante,  à  cause 
des  silex  taillés  dont  les  types  sont  à  part,  que  par  les  poteries  qui 
sont  les  mêmes. 

Les  sépultures  en  ensépulturement  peuvent  être  fouillées  avec 
le  concours  d'ouvriers,  mais  celles  à  crémation  ou  bien  à  incinéra- 
tion nécessitent  le  travail  manuel  de  l'archéologue  lui-même.  Seul, 
il  peut  saisir  les  faits  et  les  détails  sur  place,  et  si,  pour  ces  der- 
nières, il  éprouve  quelque  fatigue,  de  combien  n'en  est-il  pas  ré- 
compensé, et  quelle  satisfaction  n'éprouve-t-il  pas,  en  saisissant 
l'intention  des  peuples  dont  il  étudie  les  dépouilles.  Aussi,  malgré 
l'aridité  d'un  tel  travail,  s'estime-t-il  bien  heureux  lorsqu'il  a  pu 
faire  partager  à  ses  concitoyens,  à  ses  émules,  le  résultat  de  ses 
travaux  qui,  comme  je  l'espère,  doivent,  un  jour  à  venir,  servir  à 
reconstituer  les  origines  historiques  de  la  France,  de  son  pays. 


—  128  — 

NOTE  BIBLIOGRAPHIQUE 

SUR  UN  LIVRE  D'HEURES  IMPRIMÉ  EN   1509; 

PAR  M.  ÏH.  LIIUILLIER, 
Membre  fondateur  (Section  do  Mcliin). 


M.  Le  Blondel,  notre  confrère  de  la  Section  de  Meaux,  éditeur 
de  VAlmanach  historique  de  Seine-et-Marne,  a  cité  il  y  a  quelques 
années,  dans  sa  publication,  deux  raretés  bibliographiques  impri- 
mées à  Provins,  par  Guillaume  Tavernier,  —  la  Règle  des  Mar- 
chands et  la  Coutume  de  Meaux,  — la  première,  en  149G,  la  seconde 
très-probablement  en  1509  (1). 

Nous  ne  croyons  pas  sans  intérêt  de  signaler  aussi  un  livre 
d'Heures,  remontant  à  cette  môme  année  1509,  sans  nom  d'im- 
primeur, mais  qu'il  y  a  tout  lieu  d'attribuer  également  aux  presses 
provinoises,  et  dont  l'exécution  ne  le  cède  en  rien  aux  curiosités 
précédemment  indiquées  aux  bibliophiles,  par  M.  Le  Blondel. 

L'exemplaire  que  nous  connaissons,  —  le  seul  peut-être  qui  ait 
survécu  de  cette  édition  pi-ôs  de  quatre  ibis  séculaire  (2),  —  nous 
a  paru  remarquable  à  plus  d'un  titre.  Il  appartient  à  M.  Gau- 
dard,  propriétaire,  adjoint  au  maire  de  Melun.  C'est  un  in-12, 
ayant  l'apparence  d'un  manuscrit;  imprimé  sur  vélin,  en  très- 
beaux  caractères  gothiques,  d'une  complète  analogie  avec  ceux  de 
la  Règle  des  Marchands^  il  est  enrichi  de  majuscules  de  couleur, 
de  lettres  ornées,  de  gravures  sur  bois  et  de  dessins  à  la  plume 
sur  les  marges,  enluminées  ensuite  avec  non  moins  de  soin  que 
d'habileté. 


(1)  On  sait  que  Provins  fut  une  des  25  villes  de  France  qui,  après  Paris,  ont  été 
dotées  d'imprimeries  à  la  (in  du  xv<=  siècle.  On  ne  connaît  pas  d'ouvrage,  toutefois, 
sorti  des  ateliers  de  Provins  avant  La  Rhjle  des-  Marcliaufh,  1496.  — Meaux  parait 
n'avoir  possédé  une  imprimerie  que  25  ans  plus  tard  ;  les  ]»lus  anciens  livres  cités 
comme  imprimés  à  Meaux,  datent  de  1522,  1523,  1525  :  ce  sont  des  ouvrages  du 
chanoine  Lefèvre  d'Elaples. 

(2)  Les  ouvrages  imprimés  alors  étaient  ordinairement  tirés  à  300  exemplaires. 


—  129  — 

Très-soigné,  comme  on  voit,  ce  livre  a  encore  été  relié  en  maro- 
quin du  Levant  et  doré  sur  tranches  ;  aussi  son  état  de  conserva- 
tion est-il  satisfaisant ,  quoique  plusieurs  de  ses  enluminures 
prouvent  qu'il  a  souffert  à  certaine  époque. 

On  y  a  joint  après  coup,  —  au  moment  de  la  reliure,  sans  doute, 
—  quelques  feuillets  de  vélin  contenant  des  prières,  copiées  au 
xvii*'  siècle  et  même  plusieurs  notes  particulières. 

Le  titre,  suivi  de  l'enseigne  des  deux  Sagittaires,  avec  le  mono- 
gramme de  l'éditeur  au  milieu  (G.  E.),  est  ainsi  conçu  : 

«  Heures  à  lusage  de  Paris  toutes  |  au  log  sans  riens  req  rir  : 
«  imprimez  |  nouuelleme  t  pour  Guillaume  Eu  j  stache  demou- 
«  ra  t  à  Paris  en  la  rue  |  de  la  Juifrie  au  deux  Sagitteres  :  ou  | 
<(  au  pallaiz  au  troysiesme  pillier.  » 

Et  plus  bas  :  «  Guillaume  Eustace.  » 

Les  heures,  hymnes,  prières  et  oraisons,  tant  en  latin  qu'en 
français,  sont  précédées  d'un  calendrier,  avec  dictons  et  sentences 
rimes,  où  les  noms  des  saints  forment  des  jeux  de  mots  dans  le 
goût  de  l'époque, 

a  Janvier  : 

«  En  janvier  q    les  Roys  venus  sont 
«  G  laume  dort,  Fremyn  raorfont, 
«  Anthoin  boit  le  jour  Vincent  fois 
«  Polus  en  sont  tous  ses  dois... 

«  Septembre  : 

«  Gilles  a  ce  que  ie  vois 

«  Marie-toy  se  tu  me  croix; 

«  Et  prie  des  nopees  Mathieu, 

«  Son  filz  Fremin,  Cosme  et  Micheu.  » 

On  y  trouve,  entre  autres  prières,  une  oraison  à  Saint-Fiacre, 
patron  de  la  Brie,  que  nous  transcrivons  ici,  parce  que  nous  ne 
l'avons  pas  encore  rencontrée  ailleurs  : 

Saint  Fiacre,  patron  de  la  Brye 
Seul  de  ce  nom  :  je  te  prye 
Que  envers  Dieu  le  créateur 
'lu  soyes  mon  médiateur 
Glorieux  sainct  d'Escosse  né 
Certain  suis  que  Uieu  t'a  donné 
Pouvoir  sur  hommes  et  sur  femmes 
Et  par  toy  leurs  corps  et  leurs  âmes 


—  130  — 

De  prans  dangiers  sont  boulez  hors; 

Quant  à  la  partye  des  corps. 

Par  toy  sont  garis  langoureux, 

Plains  de  fiebures,  chancreux,  ficqueux, 

Desrompus  et  plains  de  grauelle, 

Qui  est  maladie  mortelle, 

Polipeux  plains  de  pourriture, 

De  broches,  de  ficques  et  d'ordure 

Qui  dedans  le  corps  humain  entre. 

De  flux  de  sang,  de  cours  de  ventre, 

De  flux  menstrueux  et  de  vers, 

Et  aussi  d'aultres  maulx  divers 

Dont  médecin  ne  peut  guérir. 

Saint  Fiacre  te  peux  secourir 

Si  te  supplye  dévotement 

Que  à  mon  ame  premierem'. 

Impetres  la  gloire  éternelle 

Et  au  corps  temporellement 

Me  donnes  santé  corporelle. 

Amen. 


Ce  livre  curieux  contient  135  feuillets  :  d'abord  7  feuillets  sans 
pagination  pour  le  calendrier;  le  surplus  est  signé  au  bas  des 
feuillets,  à  droite,  par  A  1,  2,  3,  4,  plus  4  feuillets  sans  signature, 
jusqu'à  P  1,  2,  3,  4  et  4  feuillets  non  paginés. 

Une  table  est  à  la  fin  :  «  Sensuyt  lurdre  du  service  contenu  es 
((  heures  présentes,  etc.  »  Puis  vient  la  mention  alors  usitée  : 
((  Ces  présentes  heures  à  l'usaige  de  Pa  |  ris  sont  tout  au  long 
«  sans  requérir.  Et  fu  |  rent  achevez  l'an  de  grâce  mille  cinq 
«  ce  tz  et  neuf,  le  xxviii.  jour  de  Octobre.  » 

Si  l'identité  parfaite  des  caractères  employés  ici,  avec  les  carac- 
tères gothiques  allemands,  en  usage  chez  les  Tavernier  de  Pro- 
vins, à  la  même  époque,  ne  suffit  pas  pour  attribuer  la  fabrication 
de  ce  livre  à  l'imprimerie  provinoise,  pour  le  compte  d'un  éditeur 
parisien,  —  d'autres  considérations  de  quelque  valeur  pourront 
servir  à  corroborer  notre  opinion. 

Le  volume  que  nous  signalons,  composé  de  prières  à  l'usage  du 
diocèse  de  Paris,  est  resté  à  Provins,  diocèse  de  Sens,  et  n'a  cessé 
d'appartenir  à  des  Provinois. 

Il  fut  d'abord  en  la  possession  d'une  dame,  dont  le  nom  se  lit 
sur  la  page  en,  en  écriture  gothique  du  commencement  du  xvi« 
siècle  :  «  A  Clémence  Cordier,  fera  e  do  |  Isaac  Basilic,  marchant 
«  de  I  Provins,  apertien  e  cest  préscn  |  tes  hures.  Spes  mea  Deus, 
«  Jésus,  Maria,  Joseph.  » 


—  131  — 

Plus  tard,  passant  à  une  autre  famille^  il  porte  ce  nom  tracé- 
sur  la  page  de  titre  :  Grillon^  D.  M.,  avec  la  date  1678.  On  sait 
que  Eustache  Grillon,  docteur  en  médecine  à  Provins,  a  laissé  sur 
cette  ville  des  travaux  manuscrits  de  quelque  valeur.  C'est  lui 
qui  a  inscrit,  sur  les  feuillets  en  blanc  de  son  livre  d'Heures, 
le  souvenir  de  deux  processions  solennelles,  qui  eurent  lieu  à 
Provins,  les  14  juillet  1675  et  23  juin  1686  (1). 

Il  n'est  pas  indifférent  de  remarquer  aussi  que,  dans  le  petit 
nombre  de  saints  inscrits  au  calendrier,  figurent  saint  Colomban, 
saint  Mathurin,  saint  Liesne,  saint  Aile,  sainte  Fare,  saint  Fiacre, 
saint  Lié,  saint  Quiriace  et  d'autres  bienheureux  en  vénération 
particulière  dans  la  Brie. 

Enfin  la  mention  suivante  se  trouve  inscrite  sur  un  des  feuillets 
de  vélin,  ajoutés  lors  de  la  reliure  :  «  Ce  présent  livre  appartient 
«  au   citoyen  Piat,  demeurant  à  Villiers-Saint-Georges ,  l'ayant 

«  acheté  de  Pierre m*^  (bouquiniste?)  à  Provins,  estallant 

«  près  la  fontaine  Saint-Ayoul,  vis-à-vis  la  rue  du  Minage;  m'a 


(1)  «  Le  dimanche  14«  juillet  1675  se  fit  à  Provins  une  célèbre  procession  géné- 
rale à  l'instance  de  MM.  les  maire  et  eschevins,  qui  étoient  M^  Jean  Mercier,  con- 
seiller du  présidial,  M«  Louis  Laurel  eslu,  M«  Eustache  Grillon,  médecin,  Nicolas 
Chaussin  et  François  Bris^ot,  marchands  ;  —  en  laquelle  se  portèrent  tous  les  corps 
saints  et  reliques  qui  sont  dans  toutes  les  églises  de  Provins,  le  clergé  y  étant  tout 
entier,  suivi  de  tous  les  corps  de  ville  et  d'un  prodigieux  nombre  de  peuple,  tant 
de  la  ville  que  des  lieux  circonvoisins.  On  s'assembla  à  Notre-Dame-du-Val  où  l'on 
commença  les  litanies  des  saints,  et  delà,  on  alla  en  très-bel  ordre  à  St-Quiriace, 
où  M"  Renaud  de  Jolicœur,  doyen  de  cette  église,  célébra  la  messe,  MM.  de  N.-D. 
ayant  un  choriste  de  leur  côté,  par  convention  faite,  sans  tirer  à  conséquence.  Et 
ce,  pour  implorer  la  miséricorde  de  Dieu  à  cause  des  pluyes  et  froidures  conti- 
nuelles qui  empeschoient  la  maturité  des  grains,  et  les  vignes  de  fleurir.  Ce  qui  fut 
suivi  d'un  effet  singulier  et  miraculeux,  car  il  fit  un  fort  beau  temps  le  reste  de 
l'esté  et  durant  l'automne,  et  il  y  eût  abondance  de  blé  et  de  vin. 

Le  mesme  jour  et  an  se  fit  à  Paris  la  procession  de  Ste-Geneviève,  pour  les 
mesmes  raisons. 

Le  dimanche  23e  juin  1686  se  fit  la  clôture  de  la  mission  des  R.  P.  capucins  en- 
voyés à  Provins  par  Mgr  Hardouin  Fortin  de  La  Hoguette,  évêque  de  Poitiers,  et 
nommé  par  le  Roi  à  l'archevêché  de  Sens ,  par  une  grande  et  célèbre  procession 
qui  se  fit  de  l'église  Sainte-Croix  en  celle  de  Saint-Ayoul  par  un  temps  excessive- 
ment chaud  et  sec;  laquelle  repassa  par  l'église  des  pères  cordeliers,  le  Saint-Sacre- 
ment étant  porté  par  Mgr  le  sus-nommé  archevesque  de  Sens,  accompagné  lie 
M^9  François  d'Aligre,  abbé  de  Sl-Jacques,  de  tous  les  corps  de  ville,  tant  réguliers 
que  séculiers,  de  grand  nombre  de  curés  de  la  campagne,  tous  en  chapes,  et  suivis 
de  plus  de  dix-mille  personnes,  toutes  les  communautés  de  la  ville  et  toutes  les 
confréries  y  ayant  leurs  cierges. 


—  132  — 

«  coûté  15  sols,  cejourd'hui  samedi  13  avril  1793,  l'an  n  de  la 
((  République  et  iv  de  la  Liberté.  » 

Il  n'était  sans  doute  pas  superflu  de  rapporter  cette  dernière 
annotation  :  elle  laisse  à  penser,  d'une  part,  quelles  vicissitudes 
le  volume  a  subies;  elle  nous  apprend,  de  l'autre,  comment  et 
par  qui  fut  heureusement  sauvé  de  la  destruction,  ce  curieux 
spécimen  de  l'enfance  de  l'art  typographique. 

Depuis,  il  est  resté  dans  la  famille  de  l'acquéreur  de  1793  ;  et 
entre  les  mains  de  notre  honorable  confrère,  M.  Gaudard,  sa 
conservation  est  désormais  assurée. 


—  133  — 

ÉTUDE  DE  PHILOLOGIE  COMPARÉE 

PAR   M.    F.-G.    EICHHOFF,    CORRESPONDANT    DE    l'iNSTITUÏ, 
Membre  fondateur  (Section  de  Fontainebleau). 


La  Société  des  Sciences,  Lettres  et  Arts,  nouvellement  fondée 
dans  Seine-et-Marne  ,  a  inscrit  en  tête  de  son  programme  le  mot 
d'Archéologie,  qui  implique  l'exploration  des  monuments  anciens 
de  la  France  et  de  l'étranger.  Cette  étude  si  intéressante  et  si 
vaste,  s'appuie  nécessairement  sur  plusieurs  autres,  parmi 
lesquelles  on  ne  saurait  oublier  la  philologie  ou  la  science  du  lan- 
gage ;  car  comment  déchiffrer  les  inscriptions,  souvent  frustes, 
des  monuments  mutilés,  si  l'on  ne  possède  à  fond  la  connaissance 
des  idiomes  primitifs,  parlés  jadis  soit  en  Europe,  soit  même  dans 
l'antique  Orient.  Un  charme  littéraire  s'attache  à  chaque  investi- 
gation locale,  qui,  toute  restreinte  qu'elle  puisse  paraître,  se  relie 
par  comparaison,  par  tradition,  par  origine  même,  à  des  milliers 
d'autres  débris  semés  à  d'immenses  distances,  et  signalant  à  tra- 
vers les  siècles,  la  marche  progressive  du  genre  humain.  On  nous 
permettra  donc  de  retracer  ici  les  débuts  même  de  la  philologie, 
de  cette  science  comparative  des  idiomes  répandus  sur  la  surface 
du  globe ,  sous  cette  réserve  sincèrement  acceptée  d'être  aussi 
concis  que  possible. 

Quelle  est  l'origine  du  langage?  Grand  problême  qui  se  rattache 
à  celui  de  la  création  même,  et  que  nous  ne  chercherons  pas  à  son- 
der. Mais  pour  nous,  qui  croyons  fermement  à  la  noblesse  native 
de  l'homme,  créé  à  l'image  de  Dieu,  dégénéré  chez  le  sauvage , 
relevé  dans  les  pays  civilisés,  ce  fait  merveilleux  est  loin  d'être 
insoluble ,  puisqu'il  atteste  les  facultés  supérieures  de  l'âme 
humaine,  mises  en  jeu  par  les  organes  du  corps. 

Tout  est  mélodie  dans  la  nature;  chaque  être  vivant  exprime 
son  existence  par  un  genre  d'intonation  spécial,  mais  ce  qui,  chez 
l'animal  doué  du  seul  instinct  n'est  qu'un  cri  vague  et  inarticulé, 
M  dû  être  chez  l'homme,  dès  son  premier  réveil,  l'imago  fidèle  de 
la  pensée.  Qui  pourrait  peindre  l'instant  où,  sorti  du  néant,  les 


—  434  — 

yeux  frappés  des  splendeurs  de  la  nature,  les  oreilles  ravies  de  ses 
concerts,  l'homme  parla  et  proclama,  à  la  face  de  la  terre,  l'empire 
incontestable  de  son  intelligence  !  La  Bible  nous  représente  Dieu 
lui-même  amenant  à  Adam  les  milliers  de  créatures  qui  peuplaient 
son  nouveau  domaine,  en  lui  commandant  de  leur  donner  des 
noms;  emblème  expressif  et  sublime  du  premier  essor  de  l'esprit 
humain  appelé  à  régner  sur  ce  globe. 

Dans  l'état  de  contemplation  expansive,  qui,  selon  toute  vrai- 
semblance, marqua  l'enfance  de  l'humanité,  le  langage,  interprète 
de  la  pensée,  dut  être  simple  et  harmonieux  comme  elle  ;  chaque 
son  devenait  une  image,  chaque  image  un  reflet  de  l'univers.  Les 
touches  élémentaires  pouvaient  alors  suffire  pour  préciser  chaque 
sensation,  parce  que  la  perfection  des  organes  et  leur  mobilité  ins- 
tinctive permettaient  de  nuancer  les  sons  en  une  foule  de  grada- 
tions délicates. 

Les  voyelles,  dans  leurs  modulations  nombreuses,  étaient  les 
cris  spontanés  de  l'âme,  les  consonnes,  plus  fermes  et  mieux  arti- 
culées ,  caractérisaient  chaque  impression  profonde  et  fixaient 
d'un  seul  trait  la  pensée.  Chaque  syllabe  fut  comme  une  note  mu- 
sicale, dont,  après  tant  de  siècles  écoulés,  il  nous  est  encore  donné 
quelquefois  d'entrevoir  et  de  saisir  la  portée.  Mais,  prétendre 
analyser  de  nos  jours  tous  ces  accords  de  l'âme  et  de  la  nature, 
vouloir  dire  comment  chaque  perception  rapide  de  forme,  de  mou- 
vement, de  couleur^  affecta  diversement  le  sens  intime  pour  en 
rejaillir  en  un  son  spécial,  est  une  tâche  qu'il  serait  vain  d'entre- 
prendre, et  à  laquelle  les  plus  ingénieuses  hypothèses  ne  sauraient 
donner  ni  but  ni  certitude. 

Nous  pouvons  seulement  reconnaître  que  les  mots  primitifs  ont 
dû  être  en  petit  nombre  et  tous  monosyllabiques;  que  chaque  élé- 
ment de  ces  syllabes,  désignant  un  objet  principal  fut  ensuite  ap- 
pliqué, avec  des  intonations  diverses,  à  une  série  d'autres  objets 
analogues,  qui  servirent  à  leur  tour  de  types  à  de  nouvelle  ana- 
logies; qu'ainsi,  par  une  marche  continue,  les  mêmes  sons  simples 
s'attribuèrent  à  une  foule  d'êtres,  toujours  plus  éloignés  les  uns 
des  autres;  et  dont  la  filiation  quoique  réelle,  devenait  toujours 
moins  apparente,  la  pensée,  infinie  dans  son  essence,  se  plia  aux 
restrictions  de  la  parole,  en  rangeant  dans  la  môme  classe  toutes 
les  choses  susceptibles  d'un  rapprochement  partiel.  C'est  ainsi  que, 
dans  les  langues  les  plus  anciennes  et  les  plus  stationnaires,  le 
mot  qui  nomme  l'objet,  celui  qui  le  qualifie,  celui  qui  l'active  et 
l'anime,  ne  sont  le  plus  souvent  qu'un  même  monosyllabe,  comme 


—  135  — 

on  le  voiL  actuellement  encore  chez  les  peuples  de  l'extrôme  Asie, 
religieux  observateurs  des  traditions  des  premiers  âges. 

Bientôt  cependant  ces  formules  générales  ont  dû  paraître  insuf- 
fisantes. L'accroissement  de  la  famille  humaine  multiplia  les  rap- 
ports et  les  besoins,  Tesprit  inventif  modifia  les  objets  matériels 
et  s'empara  du  domaine  terrestre  pour  l'adapter  à  son  usage.  Dès 
lors  le  langage  dut  grandir  avec  l'homme  ;  les  parties  logiques  du 
discours,  sans  cesse  présentes  à  la  pensée  humaine,  lors  môme 
qu'elles  ne  les  spécifie  pas,  se  dessinèrent  clairement  dans  la  parole 
sous  les  formes  de  substantifs,  d'adjectifs,  de  verbes,  de  pronoms, 
de  particules,  les  relations  mutuelles  des  objets,  et  les  époques 
précises  des  actions  diversifièrent  bientôt  ces  divisions  mêmes  par 
la  déclinaison  et  la  conjugaison.  Pour  répondre  à  tant  d'exigences, 
les  mots  purent  d'abord  êlre  groupés  entre  eux,  en  conservant 
leur  valeur  respective  ;  de  là  des  réunions  de  syllabes,  des  locu- 
tions complexes,  des  combinaisons  permanentes.  Enfin  l'expression 
orale  s'affranchit  de  ses  entraves  rudimentaires,  et,  accélérant  ses 
mouvements,  elle  devint  polysyllabique. 

La  langue  avait  cessé  d'être  une,  et  son  développement,  aussi 
varié  que  rapide,  partagea  toutes  les  vicissitudes  des  peuplades 
qui  se  répandirent  sur  la  surface  du  globe.  Bientôt  séparées  par 
de  grands  intervalles  que  les  commotions  terrestres  contribuèrent 
à  augmenter  encore,  ces  peuplades  élaborèrent  leurs  idiomes  sous 
des  influences  opposées,  lesquelles  modifièrent  en  même  temps  leur 
physionomie  et  leur  langage.  Mélodieux  dans  les  régions  tem- 
pérées, sourd  et  bref  sous  les  feux  des  tropiques,  fort  et  âpre  sous 
les  glaces  du  nord,  il  peignit  la  vie  contemplative  du  pâtre ,  la 
course  haletante  du  chasseur ,  les  cris  menaçants  de  la  tribu 
guerrière;  il  s'associa  au  sort  de  chaque  horde,  s'appauvrit  par  la 
barbarie,  se  propagea  par  la  conquête,  s'ennoblit  par  la  civilisation. 
Au  milieu  des  fluctuations  de  la  race  humaine,  une  foule  de  tribus 
tombèrent  dans  l'état  sauvage,  en  s'ôloignant  du  premier  centre 
de  lumière  ;  beaucoup  se  mêlèrent  ou  s'entre  détruisirent  ;  tandis 
que  d'autres,  plus  fortunées,  s'élevèrent  à  la  culture  intellectuelle 
et  grandirent  à  travers  les  siècles.  Chez  les  premières,  sans  cesse 
agitées  et  divisées  entre  elles  par  des  guerres  intestines,  le  langage, 
imparfaitement  indiqué,  se  morcela  en  une  multitude  d'idiomes 
aussi  vagues  et  aussi  mobiles  que  leur  séjour.  Ce  sont  ces  peuples 
si  divers  qui  sillonnent,  actuellement  encore,  les  vastes  plaines  de 
l'Asie,  de  l'Afrique,  de  l'Amérique  et  dont  tous  les  dialectes 
procèdent  par  agglutination  ou  agglomération  de  mots.  Chez  les 


—  136  — 

nations  plus  calmes,  au  contraire,  chez  celles  qui  par  les  bienfaits 
d'un  sol  fertile  et  d'une  longue  possession  paisible,  purent  con- 
naître les  sciences  et  les  arts ,  le  langage  se  perfectionna  et 
s'étendit  d'une  manière  constante,  et  le  système  harmonieux  des 
inflexions  lui  donna,  par  d'heureux  procédés,  comme  chez  les 
Sémites  et  les  Aryas,  son  plus  haut  degré  de  perfection. 

C'est  en  considérant  la  chaîne  entière  des  langues,  cet  immense 
foyer  d'activité  humaine  soumis  à  une  rotation  continuelle,  que 
l'on  reconnaît  avec  admiration  l'unité  et  la  variété  de  la  nature. 
Unité  dans  l'essence  même  du  langage,  dans  l'expression  concise 
des  idées  simples,  dans  l'échelle  limitée  des  sons  fondamentaux; 
variété  dans  leurs  combinaisons  infinies ,  dans  l'abstraction  et 
l'assimilation  des  idées  mixtes,  dans  la  physionomie  de  chaque 
idiome  reflétant  le  caractère  national.  Grâce  aux  vastes  décou- 
vertes de  notre  siècle  sur  les  variétés  du  type  physique  et  dé 
l'expression  orale  des  divers  peuples,  on  a  pu  grouper  et  caracté- 
riser le  millier  de  langues  répandues  sur  notre  globe;  et  de 
patientes  investigations  tendent  chaque  jour  à  préciser  leurs  rap- 
ports, que  l'on  voit,  comme  l'humanité  même,  converger  tous  vers 
un  centre  commun. 

En  recueillant  les  traditions  des  Noachides,  dont  les  chefs  de 
famille,  mentionnés  dans  la  Bible,  ont  transmis  leurs  noms  intacts 
aux  peuples  les  plus  civilisés  de  l'ancien  monde,  nous  pouvons 
entrevoir  chez  les  uns,  et  reconnaître  clairement  chez  les  autres, 
une  grande  richesse  de  langage,  constatant  l'essor  de  l'intelli- 
gence, ou  plutôt  cet  instinct  supérieur  qui  paraît  leur  avoir  été 
donné  au  début  de  la  société  humaine.  Deux  surtout,  qui  portent 
sur  leurs  traits  mômes,  plus  fidèlement  que  les  autres,  l'empreinte 
de  leur  noble  origine,  offrent,  dans  leurs  antiques  idiomes  comme 
dans  leurs  alphabets  phonétiques,  le  modèle  des  procédés  les  plus 
parfaits,  reproduits  par  leur  nombreuse  descendance.  Nous  lais- 
sons à  une  plume  plus  autorisée  que  la  nôtre  le  soin  d'exposer  ici 
la  brillante  contexture  de  cette  famille  de  langues  qui,  sous  le  nom 
de  sémitique,  a  régné  pendant  tant  de  siècles  en  Assyrie,  en  Pa- 
lestine, en  Syrie,  en  Arabie,  a  pénétré  en  Phénicie  et  en  Egypte, 
et  dont  les  immortelles  productions  survivent  chez  les  Hébreux  et 
les  Arabes.  Mais  nous  ne  pouvons  résister  au  désir  de  parler  de 
nos  langues  d'Europe,  et  d'aller  chercher  leur  illustration  pre- 
mière, non  en  France  ou  en  Allemagne,  ni  même  h  Rome  ou  à 
Athènes,  mais  dans  des  contrées  maintenant  bien  déchues,  quoique 
jadis  étincelantes  de  lumière,  dans  la  Perse,  l'Tndeet  la  Bnctriane, 


—  137  — 

mystérieux  berceau  de  la  race  arienne.  C'est  en  effet  des  cîmes  du 
Bolor,  au  centre  du  Caucase  indien,  qu'ont  dû  descendre,  à  des 
époques  qui  ont  précédé  txDute  histoire,  ces  migrations  celtiques, 
germaniques ,  slavonnes,  pélasgiques,  qui  ont,  progressivement 
couvert  l'Europe,  empruntant  leurs  idiomes  divers,  quoique  ana- 
logues ,  à  une  source  commune  dont  la  trace  se  perd  dans  la 
nuit  des  temps. 

Qui,  en  effet,  peurrait  nier  l'affinité  du  français,  de  l'italien,  du 
roman,  de  l'espagnol,  du  portugais,  entre  eux,  et  avec  la  langue 
latine,  dont  ils  sont  évidemment  issus;  l'affinité  du  latin  lui-même 
avec  les  anciens  idiomes  italiques,  et  avec  le  grec  classique  ou 
moderne?  Puis,  comparant  le  grec  au  vieux  slavon,  au  russe, 
au  serbe,  au  bohème,  au  polonais,  et  surtout  au  lithuanien,  on 
découvrira  une  parenté  primitive,  qui  elle-même  se  rattache  au 
gothique,  et  par  lui  au  Scandinave,  au  suédois,  au  danois,  au  tu- 
desque,  à  l'allemand,  au  hollandais,  et  à  l'anglais  dans  sa  double 
origine.  Et  enfin,  le  rameau  celtique  attestera  par  ses  débris,  le 
gaélique  et  le  breton,  une  identité  primitive,  quoique  mêlée  à 
d'autres  éléments.  Ainsi,  à  l'exception  des  dialectes  ouraliens,  le 
finnois,  le  hongrois,  le  turc,  et  du  basque,  ce  curieux  fragment 
des  anciens  idiomes  ibériques,  toute  l'Europe  présente  sur  sa  sur- 
face un  vaste  système  de  langues  sœurs,  dans  lesquelles  les  ra- 
cines principales,  les  verbes,  les  noms,  les  particules,  convergent 
toutes  vers  la  même  origine ,  sauf  les  nuances  plus  ou 
moins  accentuées  d'une  prononciation  différente,  dans  laquelle  les 
sons  du  même  organe  s'échangent  entr'eux  par  une  loi  régulière, 
et  produisent  des  combinaisons  spéciales,  qui  reflètent  le  caractère 
de  chaque  nation. 

Mais  quel  lien  unit  entre  elles  ces  diverses  langues,  quel  prin- 
cipe fondamental  de  leur  essence  a  dominé  leurs  développements 
avec  tant  de  force,  qu'à  travers  les  temps  et  les  espaces,  ces  traits 
de  famille,  si  longtemps  méconnus,  ont  persisté  et  persistent  en- 
core dans  toutes  les  phases  de  la  civilisation  européenne?  Ce  pro- 
blême, ignoré  des  Grecs  et  des  Romains,  et  de  tous  les  peuples  du 
moyen-âge,  vaguement  recherché  par  les  modernes,  sous  des  hy- 
pothèses erronées,  n  a  reoii  que  dans  notre  siècle  sa  solution  glo- 
rieuse, incontestable.  Depuis  peu  d'années  d'éminents  explorateurs, 
les  Jones,  les  Wilson,  lesBopp,  lesChézy,  les  Burnouf,  ont  porté 
sur  l'Inde  le  flambeau  d'où  devait  jaillir  la  vraie  lumière.  Du  fond 
des  temples  séculaires,  où  reposaient  inscrites  sur  des  feuilles  de 
palmier,  et  renouvelées  d'âge  en  âge,  les  annales  poétiques  d'une 


—  138  — 

grande  nation,  qui  a  vécu,  plus  que  toute  autre,  de  méditations  et 
de  souvenirs,  de  spiritualisme  et  d'espérances,  est  apparue  une 
langue  magnilique,  harmonieuse  dans  son  expression,  sans  alté- 
ration dans  l'orthographe,  sans  déperdition  dans  les  mots,  et  con- 
tenant, sous  sa  forme  invariable,  toutes  les  origines  européennes. 
L'alphabet  sanscrit,  de  cinquante  lettres,  rangées,  de  temps  im- 
mémorial, dans  un  ordre  parfaitement  logique,  reflète  toutes  les 
inflexions  de  la  voix,  comme  son  vocabulaire  répond  à  toutes  les 
nuances  de  la  pensée;  et  ses  racines  fondamentales,  au  nombre 
de  cinq  ou  six  cents,  traversent  et  pénètrent  nos  idiomes  et  en 
déterminent  toutes  les  phases,  depuis  Athènes  jusqu'en  Islande, 
depuis  le  Portugal  jusqu'à  Moscou.  Le  zend,  non  moins  ancien, 
parlé  jadis  en  Bactriane,  comme  le  sanscrit  l'était  sur  les  bords 
de  rindus,  a  fait  rayonner  vers  la  Perse  et  la  Germanie  des  mots 
analogues  à  ceux  que  le  sanscrit,  à  travers  la  Thrace  et  la  Grèce, 
répandait  sur  tout  le  midi,  et  ces  deux  rameaux  d'une  même 
souche  soutiennent ,  alimentent  et  résument  toute  la  phraséo- 
logie européenne. 

Développer  ces  richesses,  ou  même  les  indiquer,  serait  une  tâche 
immense,  que  nous  n'aborderons  pas.  Qu'il  suffise  de  dire,  qu'in- 
dépendamment des  lumières  que  ces  langues  si  complètes  ré- 
pandent sur  nos  idiomes,  d'autres  lumières,  non  moins  précieuses, 
jaillissent  de  leur  littérature.  Car,  dans  les  monuments  primitifs, 
qui  ont  précédé  la  décadence  de  l'Inde  et  le  mélange  de  peu- 
plades plus  grossières,  se  joint  toujours  à  l'harmonie  des  mots, 
à  leur  formation  judicieuse,  à  leur  combinaison  pittoresque, 
la  hauteur  et  la  sûreté  des  principes,  la  vive  aspiration  vers  ce 
qui  est  noble  et  pur.  Que  l'on  suive  la  migration  des  Perses,  pro- 
pageant le  culte  d'Auromaze,  symbole  lumineux  de  vertu,  ou  que 
l'on  s'attache  aux  Indiens,  s'élevant  des  naïves  conceptions  du  vé- 
disme  au  culte  de  Brahma,  le  créateur  suprême,  partout,  dans  le 
Zendavesta  comme  dans  le  Manava,  la  Ramaïde,  la  Bharatide,  on 
trouvera  les  idées  de  Dieu,  d'immortalité,  de  rétribution  finale, 
profondément  gravées  dans  les  cœurs  de  ces  ancêtres  de  notre 
race;  et  qui  oserait  en  douter  de  nos  jours,  à  la  lumière  supérieure 
de  l'Évangile?  Non,  la  révélation  primitive  donnée  à  l'homme  dès 
sa  naissance,  transmise  par  les  patriarches  aux  premières  na- 
tions civilisées,  obscurcie,  défigurée  ensuite,  mais  jamais  éteinte, 
jamais  anéantie,  n'apparaît  nulle  part  plus  manifeste  que  dans 
le  spiritualisme  indien,  rayon  émané  de  la  même  source  que  le 
pur  monothéisme  des  Hébreux. 


—  139  -- 

Voyons,  entr'autres  preuves,  comment  la  création  est  décrite 
au  début  du  Manavaçastra  : 

«  Cet  univers  n'était  que  ténèbres,  incréé,  informe,  invisible, 
ignoré,  et  comme  plongé  dans  un  profond  sommeil.  Alors  le  Dieu 
existant  par  lui-môme,  impénétrable  et  pénétrant  toutes  choses, 
activa  les  éléments  vitaux.  Dissipant  soudain  les  ténèbres,  l'Être 
spirituel,  infini,  incompréhensible,  éternel,  auteur  suprême  de 
toutes  les  créatures,  se  révéla  dans  sa  splendeur,  d 

Les  vers  sanscrits  correspondant  pour  la  mesure  aux  hexa- 
mètres latins,  on  pourrait  presque  littéralement  exprimer  ainsi  ce 
passage. 

Principio  tenebrse,  chaos  atrum,  informe,  profundum, 
Gurges  inanis,  iners,  oppressaque  cuncta  sopore; 
Tum  Deus,  ipse  sui  genitor  rerumque  repertor^ 
Semina  naagna  ciens,  nocturnâ  emersit  ab  umbrà 
Et  peaetrans  chaos  omne,  sacrum  impenetrabilo  numen, 
iEternum,  omnipotens,  mundo  nasceate,  refulsit. 

Svayambkûr  udbabhâu,  aûto^uri?  i^t^mz  dit  le  texte  indien ,  dans 
cet  exorde  sublime,  qui  rappelle  celui  de  la  Genèse  :  Yômer  Elô- 
him  :  yêhi  ôr,  wa  yèhi  ôr.  —  Dixit  Deus  :  fat  lux  et  lux  facta  est. 


—  141  - 

COMPTE-RENDU 

D'Ul^E    EXCURSION    ARCHÉOLOGIQUE 

DANS  SEINE-ET-MARNE, 

PAR    LE    V*^    DE    PONTON    d'aMÉCOURT. 
Membre  fondateur   (Section  de  nieaux). 


Le  18  septembre  1864,  des  hommes  venus  de  tous  les  points  du 
département  de  Seine-et-Marne  se  rencontraient  dans  la  petite 
ville  de  Nangis,  située  à  peu  près  au  centre  de  ce  département  et 
de  l'ancienne  province  de  Brie. 

La  plupart  de  ces  hommes  se  voyaient  pour  la  première  fois,  et 
pourtant  ils  se  reconnurent. 

Ils  étaient  vingt-et-un  ;  ils  semblaient  avoir  un  mot  de  rallie- 
ment ;  à  peine  ce  mot  était-il  échangé  qu'ils  n'étaient  plus  étran- 
gers les  uns  aux  autres  ;  ils  étaient  amis  ;  ils  étaient  frères. 

Et,  chose  extraordinaire,  ce  n'était  ni  l'appât  du  gain,  ni  la 
passion  politique  qui  les  rapprochait  : 

Quel  lien  mystérieux  pouvait  donc  les  unir? 

Les  uns  étaient  encore  jeunes,  les  autres  ne  l'étaient  plus  ; 

Plusieurs  étaient  connus,  illustres  même;  d'autres  presque  sans 
nom  ; 

Il  y  avait  là  un  maître  d'école  et  un  membre  de  l'Institut; 

On  voyait  le  fils  du  sénateur  et  pair  de  France  presser  cordiale- 
ment la  main  du  fils  de  laboureur; 

Certes  !  c'était  bien  le  cachet  de  notre  époque,  ce  fraternel  ni- 
veau qui  passait  sur  des  situations  si  différentes.  A  voir  ces  phy- 
sionomies empreintes  d'intelligence  et  de  bonté,  ce  facile  et  cordial 
accueil  réciproque,  on  se  sentait  bien  en  pleine  France  et  en  plein 
dix-neuvième  siècle,  et  pourtant  quand  on  prêtait  l'oreille  aux 
conversations  animées  des  vingt-et-un  voyageurs,  on  était  étonné 
d'apprendre  qu'ils  professaient  une  espèce  de  culte  pour  les  objets 
que  le  progrès  moderne  à  mis  au  rebut,  pour  toutes  les  défroques 
du  temps  passé,  cortège  poudreux  des  générations  éteintes, 
armes  rouillées,  panneaux  vermoulus,  statues  mutilées,  inscrip- 


—  142  — 

tions  rongées,  haches  de  silex,  vieux  tessons  et  vieux  blasons  : 

Et  l'on  se  disait  presque  :  de  quel  temps  sont-ils,  ces  chevaliers 
errans  qui  parlent  de  conquérir  des  donjons  démolis?  qui  sont-ils 
ces  poursuivants  de  toute  chose  délaissée  qui  s'en  vont  payer  en 
bonnes  espèces  les  monnaies  décriées  depuis  plusieurs  siècles? 
sont-ce  des  insensés  ces  courtisans  des  grandeurs  déchues,  adora- 
teurs des  beautés  répudiées,  collectionneurs  de  toutes  épaves? 

Deux  mots,  Messieurs,  vous  donneront  la  clef  de  ce  mystère. 

La  pensée  humaine,  ce  point  qui  se  meut  sur  la  ligne  infinie  du 
temps,  divise  cette  ligne  en  deux  grandes  sections;  devant  elle, 
l'avenir,  derrière  elle,  le  passé.  Cet  instant  qui  marche,  ce  pré- 
sent, c'est  notre  esprit,  c'est  nous  ;  l'avenir  et  le  passé,  voilà  le 
contenant  des  âmes  ;  l'avenir,  c'est  un  océan  où  d'immenses  aspi- 
rations vont  se  perdre  dans  de  profondes  obscurités;  le  passé,  c'est 
un  continent  sur  lequel  notre  pensée  voyageuse  se  repose  en 
contemplant  la  sereine  réalité  de  ces  horizons  dont  les  mille 
nuances,  les  riants  aspects,  les  douces  teintes  etjusqu'aux  sombres 
déchirures  lui  rappellent  la  route  parcourue  par  l'humanité,  la 
lutte  soutenue  pour  conquérir  le  progrès,  les  victoires,  les  défail- 
lances, les  blessures  cicatrisées,  souvenirs  tristes  quelquefois,  mais 
toujours  précieux.  Le  passé,  c'est  l'expérience,  c'est  la  provision 
du  présent,  c'est  la  garantie  de  l'avenir;  le  passé,  c'est  notre  ri- 
chesse, l'avenir  n'en  est  que  le  placement.  Connaître  le  passé, 
c'est  assurer  l'avenir.  Or,  la  connaissance  du  passé  a  un  nom, 
elle  s'appelle  Archéologie.  C'est  une  grande  science,  Messieurs; 
l'histoire  n'en  est  qu'une  branche,  branche  très-peu  développée  et 
qui  chaque  jour  s'accroît  au  soleil  de  la  discussion,  protégée  par 
toutes  ses  sœurs  qu'on  appelle  philologie,  paléographie,  numisma- 
tique, archéologie  proprement  dite,  ethnographie,  anthropologie, 
voire  même  paléontologie  et  géologie. 

On  a  dit  du  bien-être  physique,  de  la  richesse  :  c'est  l'accumu- 
lation du  travail;  on  peut  dire  du  bien-être  moral,  de  la  civilisa- 
tion :  c'est  la  possession  du  passé.  Le  passé  perdu,  c'est  la  barbarie, 
comme  le  travail  perdu,  c'est  la  ruine. 

Ils  méritent  donc  bien  de  l'humanité  ces  pionniers  de  l'Archéo- 
logie, ces  sauveteurs  de  débris,  ces  patients  conservateurs  d'un 
passé  qui  va  se  perdre.  Les  beaux-esprits  souriront  quelquefois 
de  leurs  minutieuses  préoccupations;  mais  la  science  grandit  et 
consacre  toul  ce  qu'elle  touche  ;  pour  elle  pas  de  petites  conquêtes; 
silence  aux  rieurs  !  respect  au  livre  dans  lequel  vous  ne  savez  pas 
lire  ! 


—  143  — 

Pardonnez-moi,  Messieurs,  cette  digression,  je  reprends  mon 
récit. 

Le  département  de  Seine-et-Marne  ne  manquait  pas  d'Archéo- 
logues, mais  aucun  lien  ne  les  unissait;  leur  isolement  rendait 
impossible  tout  travail  d'ensemble  sur  nos  antiquités  locales,  et 
sous  ce  rapport  notre  riche  contrée  était  moins  favorisée  que  la 
plupart  de  ses  voisines.  Que  lui  manquait-il  donc?  rien  qu'un 
homme,  un  homme  d'initiative,  un  homme  assez  généreux,  assez 
courageux,  pour  entreprendre  de  réunir  des  éléments  dispersés  et 
de  fonder  une  association  ;  tâche  laborieuse,  tâche  difficile,  in- 
grate fort  souvent.  L'année  1864  nous  a  donné  cet  homme,  elle  a 
ouvert  chez  nous  l'ère  de  l'Archéologie  locale. 

Vous  redire.  Messieurs,  la  prodigieuse  activité,  le  dévouement 
désintéressé,  l'esprit  de  conseil,  cette  modération  au  milieu  de 
l'agitation,  toutes  ces  vertus  de  fondateur  qu'à  offertes  à  notre  ad- 
miration M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant,  c'est  vous  parler  de 
ce  que  vous  savez  tous,  mais  c'est  aussi  vous  répéter  ce  que  votre 
reconnaissance  aime  à  entendre. 

A  peine  notre  cher  Président  eut-il  planté  le  drapeau  de  l'Ar- 
chéologie que  nous  accourûmes  tous  pour  prendre  rang  autour  de 
lui  ;  dès  lors,  notre  pentarchie  constitutionnelle  était  fondée,  flo- 
rissante, et,  sous  l'inspiration  de  son  chef,  elle  signalait  ses  débuts 
par  une  de  ces  entreprises  que  les  Sociétés  môme  les  plus  anciennes 
et  les  plus  laborieuses  exécutent  rarement,  un  voyage  d'explora- 
tions Archéologiques. 

Ce  voyage.  Messieurs,  avait  pour  point  de  départ  la  petite  ville 
de  Nangis,  et  voilà  pourquoi  vingt-et-un  de  nos  confrères  s'y 
trouvaient  ensemble  le  18  septembre  dernier. 

Appelé  à  l'honneur  de  vous  faire  le.  récit  de  cette  excursion,  je 
dois  vous  dire  d'abord  que  beaucoup  de  choses  ne  m'appartiennent 
pas  en  propre  dans  la  partie  scientifique  du  compte-rendu  que  je 
vais  vous  présenter  ;  des  chercheurs  plus  érudits,  plus  excercés 
que  moi,  m'ont  communiqué  leurs  notée  :  rapporteur  d'une  com- 
mission nommée  par  tous  les  membres  de  la  caravane,  ma  simple 
tâche  consiste  à  composer  une  mosaïque  avec  les  pierres  fines  que 
chaque  touriste  a  recueillies  dans  son  écrin.  J'écarterai  toute  con- 
troverse et  une  foule  de  détails  qui  ne  seraient  certes  pas  sura- 
bondants, mais  qui  feraient  de  mon  rapport  un  volume  ;  chacun 
des  lieux  que  nous  avons  visités  aurait  besoin  d'une  monographie 
spéciale;  notre  Société  élèvera  plus  tard  ces  monuments,  j'irais 
au-delà  de  ma  tâche  si  je  vous  présentais  aujourd'hui  autre  chose 
qu'un  tableau  d'ensemble  largement  esquissé. 


_  144  — 

D'après  notre  programme,  la  caravano  devait  quitter  Nangis. 
à  midi  :  l'heure  a  sonné,  nous  allons  partir,  mais  d'abord,  il  faut 
l'aire  l'appel  des  excursionnistes  et  parler  de  Nangis. 

C'est  dans  la  salle  de  THôtel-de- Ville,  que  nous  nous  réunîmes 
tous  pour  la  première  fois. 

La  Section  de  Melun  était  représentée  par  MM.  Grésy,  son 
président,  Lemaire,  Leroy,  de  May  ; 

Celle  de  Coulommiers,  par  M.  Anatole  Dauvergne,  son  prési- 
dent; 

Celle  de  Fontainebleau,  par  MM.  Tabouret,  Schopin,  Bourges; 

Celle  de  Provins,  par  MAL  Brunet  de  Preste,  le  comte  d'Haus- 
sonville,  Teyssier  des  Farges,  Putois,  Lenoir,  Le  Hériché,  De- 
lettre,  Burin  ; 

Celle  de  Meaux,  par  MM.  Carro,  président  de  Section,  de 
Pontécoulant,  Le  Blondel,  Lefebvre,  d'Amécourt. 

On  pourrait  décomposer  cet  ensemble  en  un  nombre  infini  de 
groupes,  en  tenant  compte  des  titres  et  des  aptitudes  spéciales  de 
chaque  personne;  disons  seulement  que  l'Institut  de  France  était 
représenté  pur  M.  Brunet  de  Presle,  la  Société  des  Antiquaires 
de  France,  par  le  môme  personnage  et  M.  Grésy,  ainsi  que  par 
M.  Carro,  correspondant.  Le  comité  impérial  des  travaux  histo- 
riques, par  MM.  Dauvergne,  membre  non- résidant,  et  Grésy  et 
Carro,  correspondants.  La  Société  française  pour  la  conservation 
des  monuments,  par  M.  d'Amécourt.  La  presse  départementale, 
par  MM.  Bourges,  propriétaire  de  V Abeille  de  Fontainebleau, 
Carro,  propriétaire  du  Journal  de  Seine-et-Marne,  Le  Hériché, 
propriétaire  du  Journal  de  l'arrondissement  de  Provins,  Lenoir, 
Delettre,  rédacteurs  du  même  journal,  Dauvergne,  un  des  rédac- 
teurs de  VEclaireur  de  Coulommiers,  G.  Leroy,  rédacteur  de  l'In- 
dicateur de  Melun,  Le  Blondel,  éditeur  de  l'excellent  Almanach  de 
Seine-et-Marne. 

L'étude  du  moyen-âge  était  plus  spécialement  représentée  par 
MM.  Grésy,  Dauvergne,  Leroy,  Lemaire,  Delettre,  Lenoir,  Le- 
febvre; celle  de  l'antiquité,  par  MM.  Brunet  de  Presle,  Carro, 
Grésy,  do  Pontécoulant;  la  numismatique,  par  MM.  Lefebvre, 
Burin,  d'Amécourt;  la  topographie,  par  M.  Lemaire  et  par 
M.  Lenoir,  conducteur  des  ponts  et  chaussées;  la  paléographie, 
par  MM.  Lemaire,  archiviste  du  département  et  Leroy,  secn' taire- 
archiviste  de  la  Préfecture;  le  haut  enseignement,  par  M.  Brunet 
de  Presle,  professeur  de  grec  moderne,  iï  l'école  des  langues 
r)rientales,  l'enseignement  primaire  par  M.  Burin,  instituteur  ù 
Saint-.]  u  st. 


—  145  — 

Enfin,  n'oublions  pas  de  dire,  et  ce  sera  témoigner  de  l'allure 
sérieuse  et  de  la  courtoisie  parfaite  de  tous  les  membres  de  la 
caravane,  qu'une  personne  appartenant  à  ce  sexe  que  la  Genèse 
nous  représente  comme  le  second  dans  l'ordre  de  la  création,  mais 
comme  le  premier  dans  le  désir  de  s'instruire,  une  dame,  dont  les 
vertus  sont  bien  connues  en  Seine-et-Marne,  connues  surtout  des 

pauvres  et  des  malheureux,  Mademoiselle  de  H ,  s'il  m'est 

permis  de  mêler  son  nom  à  ce  récit,  a  daigné  prendre  part  à  notre 
excursion.  Aucune  des  pures  jouissances  de  l'âme  ne  lui  est  étran- 
gère, et  en  ce  qui  concerne  spécialement  la  connaissance  des  mo- 
numents antiques,  elle  pourrait  nous  donner  des  leçons,  car  c'est 
à  Rome  même,  à  l'école  des  plus  grandes  ruines  du  monde,  qu'elle 
a  aimé  à  s'initier  aux  mystères  de  l'archéologie. 

La  visite  de  l'église  et  du  château  de  Nangis  était  déjà  faite 
quand  eut  lieu  la  séance  d'inauguration  de  la  caravane  ;  plusieurs 
excursionnistes  étaient  arrivés  dès  la  veille,  chaque  train  du  matin 
en  déversait  quelques-uns  sur  le  quai  du  chemin  de  fer,  et  c'est 
par  petits  groupes  séparés,  que  tous  visitèrent  successivement 
l'église.  C'était  un  dimanche  :  les  derniers  arrivés  se  virent  con- 
traints, à  regret,  de  parcourir  les  nels  latérales  et  de  faire  le  tour 
du  sanctuaire  pendant  le  prône  paroissial  ;  dans  une  grande  cathé- 
drale, cette  démarche,  pourvu  qu'elle  soit  respectueuse,  aurait  eu 
peu  d'inconvénients,  mais  dans  une  église  de  campagne,  elle  pou- 
vait distraire  les  fidèles,  troubler  le  prêtre  et  apporter  un  certain 
désordre  dont  nous  aurions  été  plus  responsables  que  coupables. 
Monseigneur  l'évêque  de  Meaux  s'en  est  ému  :  à  tous  les  titres, 
et  comme  pontife,  comme  archéologue,  et  comme  membre  de 
notre  Société,  il  avait  le  droit  d'intervenir  et  nous  avions  le  devoir 
de  l'écouter.  Notre  Président  s'est  empressé  de  répondre  aux 
observations  toutes  bienveillantes  de  notre  premier  pasteur  ;  nous 
n'avions  pas  besoin  d'absolution,  car  l'intention  seule  donne  à  un 
fait  le  caractère  de  culpabilité,  nous  Tavons  demandée,  et  mainte- 
nant nous  redoublerons  de  vigilance,  trop  attachés  au  bien  pour 
vouloir  donner  un  mauvais  exemple,  trop  conservateurs  pour 
ébranler  le  peu  de  foi  qui  reste  dans  nos  campagnes,  et  assez  bien 
élevés  pour  savoir  qu'on  n'entre  nulle  part,  sans  s'incliner  devant 
le  maître  de  la  maison. 


40 


—  146  — 

Deux  monuments  font  l'illustration  de  Nangis,  une  église  du 
xiu^  siècle  et  un  château  féodal  remanié  à  plusieurs  époques  et 
particulièrement  sous  les  règnes  de  Charles  VII  et  de  Henri  IL 
Sur  les  pierres  de  ces  monuments  est  inscrite  toute  l'histoire  com- 
munale, féodale,  politique  et  artistique  de  la  petite  ville. 

Sur  le  portail  à  voussures  ogivales  de  l'église,  on  voit  encore  la 
trace  d'un  ancien  porche  communal;  ceci  nous  prouve  que  Nangis 
a  possédé  une  municipalité  dans  les  temps  les  plus  reculés. 

On  distingue  la  séparation  du  chœur  et  de  la  nef;  le  chœur  était 
construit  par  les  gros  décimateurs  et  les  patrons,  la  nef  par  les 
affranchis. 

La  tour  avait  une  plate-forme  avant  d'être  couronnée  d'un  clo- 
cher :  c'était  un  observatoire  pour  signaler  l'ennemi,  une  forte- 
resse pour  le  combattre. 

Deux  anciennes  portes,  dont  on  voit  les  traces  dans  le  mur  laté- 
ral du  sud,  ont  servi  d'entrées  aux  serfs  et  plus  tard  aux  corpora- 
tions de  métiers. 

C'est  aux  notes  que  m'a  communiquées  notre  confrère  M.  De- 
lettre,  que  j'ai  emprunté  la  plupart  des  intéressants  renseigne- 
ments concernant  la  destination  et  l'origine  des  diverses  parties 
de  chaque  église.  Ces  notes  ont  été  publiées  dans  le  journal  de 
Provins;  en  rendre  l'honneur  à  qui  de  droit,  ce  n'est  que  faire 
justice,  mais,  en  même  temps,  je  renverrai  à  notre  collègue  la 
responsabilité  de  tout  ce  qui,  dans  ses  judicieuses  remarques, 
pourrait  n'avoir  que  la  valeur  d'une  hypothèse. 

Une  chapelle  seigneuriale  est  remarquable  par  des  fresques 
émanées  d'un  habile  pinceau,  représentations  chronologiques  des 
Brichanteau,  des  Gucrchy,  marquis  de  Nangis,  nobles  maisons 
qui  fournirent  à  l'armée  et  au  clergé  de  nombreuses  illustrations. 
Dans  le  mur  de  l'ouest  de  cette  chapelle,  on  voit  les  traces  de  la 
porte  au-dessus  de  laquelJe  étaient  les  armes  des  seigneurs,  effa- 
cées en  1793.  Une  magnifique  galerie  de  portraits  de  famille  et  de 
figures  historiques  est  là,  exposée  à  toutes  les  injures;  les  pointes 
de  couteaux  des  gamins  achèvent  de  mutiler  ce  qui  avait  échappé 
au  racJoir  révolutionnaire,  rien  ne  préserve  ces  précieux  fragments, 
et  pourtant  que  de  souvenirs  dans  ce  reste  d'une  pieuse  fondation, 
sous  ces  arcs  de  cloître  aux  nervures  découpées  et  aux  fines  déco- 
rations! Ce  n'est  pas  dans  ce  compte-rendu,  nécessairement  ra- 
pide, que  je  puis  décrire  en  détail  les  belles  peintures  murales  de 


—  147  — 

Nangis.  Notre  savant  collègue,  M.  Grésy,  en  a  fait  l'objet  d'une 
monographie  consciencieuse  qu'il  avait  bien  voulu  me  communi- 
quer, mais  je  me  garderai  de  déflorer  son  travail  en  l'analysant; 
à  lui  le  plaisir  de  vous  en  ofl'rir  un  jour  la  primeur,  et  à  vous  ce- 
lui de  le  posséder  dans  son  intégrité. 

Dans  l'ensemble  de  l'église,  malgré  quelques  restaurations 
inhabiles,  quelques  mutilations  dues  aux  troubles  civils  et  reli- 
gieux, on  admire  encore  les  légères  colonnettes  qui  partent  du  sol 
et  s'élancent  d'un  seul  jet  au  plus  haut  des  voûtes,  l'élégant  trifo- 
rium,  et  les  pures  ogives  des  fenêtres,  veuves,  hélas!  de  leurs  vi- 
traux. 

Cette  église,  commune  autrefois  à  plusieurs  fiefs  agglomérés  en 
paroisse,  était  reliée  par  la  chapelle  seigneuriale  au  château-fort, 
dont  la  terre,  propriété  de  la  maison  de  Brichanteau,  fut  érigée 
en  marquisat  et  eut  pour  dernier  titulaire  Régnier  de  Guerchy. 

De  ce  château,  pêle-mêle  élégant  de  tours  féodales,  de  tourelles, 
de  corps  de  logis  et  de  pavillons,  ne  reste  plus  que  l'aile  gauche 
et  si  elle  a  échappé  à  la  pioche  des  démolisseurs,  c'est  que  la  com- 
mune a  eu  l'heureuse  inspiration  de  l'acquérir  pour  en  faire  son 
hôtel  de  ville. 

Les  pièces  du  rez-de-chaussée  sont  ornées  de  portraits  d'anciens 
seigneurs,  qui,  malgré  des  retouches  et  de  nombreuses  couches 
de  vernis,  ont  encore  une  valeur  artistique.  Félicitons-nous  de 
voir  confié  à  la  garde  de  la  commune,  assurément  digne  d'un  pa- 
reil dépôt,  ce  château  qui  rappelle  tant  de  souvenirs  :  le  grand 
Dauphin ,  le  prince  de  Conti ,  la  princesse  de  Lamballe,  Napo- 
léon I".  (c  Ici,  »  dit  notre  confrère  M.  Leroy,  dans  le  récit  que 
le  journal  de  Melun  a  publié  sous  l'anonyme  trop  modeste  d'un 
Archéologue  Melunais,  récit  auquel  vous  me  saurez  gré  d'emprun- 
ter plus  d'un  passage,  puisqu'assurément  je  ne  saurais  mieux 
dire,  «  ici,  en  février  1747,  le  Dauphin,  père  de  Louis  XVI,  vint 
»  incognito  au  devant  de  la  fille  du  roi  de  Pologne  et  la  servit, 
»  déguisé  en  page,  à  un  banquet  qui  lui  fut  oftèrt  par  le  marquis 
»  de  Guerchy;  en  1739,  le  prince  de  Conti  épousa,  au  château  de 
»  Nangis,  la  princesse  de  Modène;  le  17  février  1767,  on  y  fit  les 
»  noces  du  prince  de  Lamballe  avec  l'infortunée  victime  des  sep- 
»  tembriseurs  de  1792;  enfin,  en  1814,  la  veille  de  la  bataille  de 
»  Montereau,  l'Empereur  Napoléon  passa  la  nuit  dans  cette  pièce 
»  aux  trumeaux  décorés  de  bergers  d'idylles,  ornée  de  portraits 
»  d'un  autre  temps.  » 


—  148  — 

RAAIPILLOU. 

Nous  déjeûnâmes  à  Nangis  et  nous  partîmes  pour  Rampillon, 
dont  la  grosse  tour  nous  apparut  bientôt  à  l'horizon. 

Rampillon  n'a  de  remarquable  que  son  église,  mais  ce  monu- 
ment à  lui  seul  était  digne  de  motiver  le  voyage  archéologique 
qui  a  eu  tant  d'autres  attraits  pour  nous;  cette  admirable  création 
du  xni'  siècle,  édifice  à  la  fois  religieux  et  militaire,  est  comme 
un  livre  qui  donne  aux  visiteurs  le  moyen  de  reconstituer  l'his- 
toire du  passé. 

La  première  chose  qui  captiva  notre  admiration  fut  le  portail. 
Sur  un  lambris  à  arcades  trilobées,  vingt-doux  tableaux  sculptés 
dans  la  pierre  représentent  tout  le  poëme  des  saisons.  Voici  toutes 
les  scènes  de  la  vie  champêtre  des  habitants  de  la  Brie  contem- 
porains de  saint  Louis  :  le  labour,  la  moisson,  le  battage  au  fléau 
que  les  progrès  de  l'agriculture  placent,  de  nos  jours,  dans  le  pur 
domaine  de  l'Archéologie;  voici  la  taille  de  la  vigne,  le  pressurage 
du  raisin;  plus  loin,  la  chasse,  les  repas  d'hiver.  Ces  costumes  de 
l'époque,  ces  outils,  ces  traits  de  mœurs,  ces  mille  détails,  incom- 
pris du  public,  sont  autant  de  perles  poQr  l'archéologue  et  de  tré- 
sors pour  la  science.  Aa-dessus,  règne  une  galerie  divisée  en  douze 
arcades,  occupées  par  les  statues  des  douze  apôtres.  Le  linteau 
représente  des  épisodes  de  la  résurrection;  j'en  laisse  la  descrip- 
tion à  notre  confrère  M.  Lenoir,  qui  en  a  rendu  compte  dans  la 
feuille  de  Provins  :  «  La  trompette  fatale  vient  de  sonner;  les 
»)  tombeaux  sont  ouverts;  des  hommes,  des  femmes,  des  enfants 
»  secouent  la  poussière  des  sépulcres  et  se  dressent  dans  toutes 
»  les  attitudes  de  la  terreur,  de  la  surprise,  de  l'épouvante,  de  la 
»  joie.  Tous  les  sentiments  se  peignent  sur  ces  visages;  les  uns, 
»  tournés  passionnément  vers  le  Juge  Éternel,  respirent  déjà  la 
»  béatitude,  le  ravissement;  les  autres  lèvent  des  bras  suppliants; 
»  ceux-ci  se  tordent  de  fureur  et  de  désespoir;  ceux-là  se  bercent 
»  gracieusement  aux  bras  des  séraphins  qui  les  emportent.  Tous 
»  ces  personnages  sont  nus.  Il  y  a  des  poses  chastes  et  des  poses 
»  impudiques;  celle  de  l'ange  est  effrayante  et  terrible.  Tout  est 
»  complet  dans  ce  petit  tableau  si  bien  conservé,  d  Des  anges  ado- 
rateurs et  des  images  de  la  passion  forment  la  composition  du 
tympan,  et  le  trumeau  supporte  la  statue  de  Jésus-Christ  assis 
sur  son  trône  et  montrant  ses  plaies. 

Une  tour  féodale  s'élève  à  gauche  du  portail  ;  au  besoin  le  prêtre 
quittant  l'autel  revêtait  la  cuirasse  pour  repousser  les  malveillants 


—  d49  — 

du  dehors;  il  ne  faut  pas  s'en  étonner,  car  ce  prôtre était  un  Com- 
mandeur du  Temple.  Rampillon  constituait  une  commanderie  de 
ce  grand  ordre  qui,  devenu  suspect  au  petit-fils  de  Saint-Louis, 
s'engloutit  dans  les  plus  tristes  débats ,  au  commencement  du 
xiv=  siècle,  laissant  son  héritage  aux  hospitaliers  ou  chevaliers  de 
Saint-Jean  de  Jérusalem.  La  tour  contient,  au  rez-de-chaussée, 
une  salle  voûtée  et  décorée  de  peintures  polychromes  ;  elle  servait 
à  l'initiation  des  récipiendaires  ;  une  autre  salle  semblable,  à 
laquelle  on  arrive  par  un  escalier  pratiqué  dans  la  muraille,  ser- 
vait probablement  dans  l'origine  à  la  conservation  du  trésor  de 
l'église.  Cette  tour  porte  encore  aujourd'hui,  en  souvenir  d'une 
intéressante  coutume  locale,  le  nom  de  tour  aux  Miches.  Beaucoup 
de  fabriques  d'églises  possédaient  un  lot  de  terre  appelé  le  pain  de 
Pâques  ;  il  était  affermé  moyennant  une  redevance  en  miches 
livrées  dans  un  lieu  de  l'église  pour  la  collation  du  matin  de 
Pâques  ;  les  œufs  récoltés  en  carême  étaient  conservés  ;  on  tuait 
les  porcs  pendant  la  semaine  sainte  ;  les  miches,  les  œufs,  et  les 
jambons  offerts  à  l'église  faisaient  le  menu  d'un  banquet  qui  avait 
lieu  dans  l'église  même,  le  jour  de  Pâques  après  la  communion; 
les  restes  du  repas  étaient  vendus  ensuite  au  profit  de  la  fabrique. 

Entrons  dans  l'église  :  pour  y  pénétrer  on  descend  cinq 
marches  ;  l'intérieur,  d'un  aspect  régulier,  ne  diffère  de  celui  de 
Nangis  que  par  l'absence  de  chapelles  absidiales;  (i  une  nef,  et 
»  deux  collatéraux  sans  transepts  ont  pour  décoration  de  puis- 
))  sants  piliers  aux  chapiteaux  fleuronnés,  d'élégantes  colonnettes, 
»  un  triforium  très-développé  où  s'inscrivent  des  trèfles,  de  larges 
»  fenêtres  aux  ogives  surhaussées ,  des  oculus ,  des  meneaux 
»  cylindriques ,  le  tout  caractéristique  du  style  ogival  en  lan- 
»  cettes.  » 

«  Le  dallage  du  sol  est  formé  en  partie  de  pierres  marquées 
»  seulement  d'une  grande  croix  latine;  ce  sont  les  tombes  des 
»  chevaliers  du  Temple.  La  règle  défendait  aux  Templiers  de  gra- 
»  -ser  leurs  noms  sur  leurs  pierres  tumulaires,  et  sous  ces  dalles, 
»  suprême  degré  de  l'abnégation,  reposent  dans  un  secret  impé- 
»  né  trahie,  les  membres  des  plus  illustres  familles,  qui  tenaient 
»  à  grand  honneur  de  s'affilier  à  l'ordre  des  Templiers.  {L'Archéo- 
»  logue  Melunais).  » 

Difl'érentes  statuettes  ont  attiré  notre  attention,  saint  Elyphe, 
martyr,  sainte  Barbe,  œuvres  du  xv''  siècle  et  d'un  beau  carac- 
tère; nous  nous  arrêtâmes  surtout  devant  la  célèbre  vierge  de 
Rampillon  et  nous  fûmes  affligés  de  constater  que  «  cette  magni- 


—  loO  — 

))  fique  production  du  xiv^  siècle,  n'a  pas  trouvé  grâce  devant  un 
))  ignorant  qui  l'a  couverte  d'une  épaisse  peinture,  dans  laquelle 
»  s'anéantissent  le  fini  et  les  détails  de  la  sculpture,  le  jeu  de  la 
»  lumière  et  des  ombres,  l'expression  d'un  chaste  visage.  Pour- 
»  quoi  ne  pas  lui  avoir  laissé  les  vives  et  l'raîches  couleurs  dont  le 
»  moyen-âge  l'avait  dotée  et  qui,  si  elles  étaient  ternies,  se  seraient 
»  rajeunies  au  souffle  d'une  restauration  intelligente?  Quand  donc 
»  ce  vœu  de  Mgr  l'évêque  de  Meaux,  exprimé  dans  la  préface  de 
»  son  excellente  Notice  sur  la  cathédrale ,  se  réalisera-t-il  ?  — 
»  Puisse  ce  travail,  dit  l'éminent  prélat,  donner  aux  ecclésias- 
»  tiques  de  notre  diocèse  le  goût  des  études  archéologiques,  leur 
»  inspirer  un  sentiment  profond  de  respect  et  de  conservation 
»  pour  nos  vieilles  églises,  et  les  prémunir  contre  ce  mauvais 
»  goût  qui  préside  trop  souvent  aux  restaurations  exécutées  par 
»  les  conseils  de  fabrique  !  —  Par  une  faveur  particulière,  le 
»  dyptique  de  la  fin  du  xvi^  siècle  qui  accompagne  la  Vierge  de 
»  Rampillon,  a  été  épargné  par  le  badigeonneur.  »  {L'Archéologue 
»  Melunais.) 

Dans  une  travée  du  bas-côté  sud,  il  existe  une  porte  ogivée, 
ornée  de  trois  colonnes  adhérentes;  le  tympan  représente  Jésus- 
Christ  recevant  la  Vierge  sa  mère  au  milieu  d'anges  adorateurs. 
C'est  en  avant  de  cette  porte  que  se  trouvait  l'ancien  porche  com- 
munal. 

Deux  baies  cintrées  dont  on  voit  les  traces  dans  le  mur  latéral 
du  nord,  indiquent  que  le  bas-côté  gauche  était  divisé  pour  rece- 
voir les  serfs  de  deux  fiefs  différents. 

Sous  une  stèle  funèbre  une  statue  de  femme  est  couchée  sur  la 
dalle  d'un  tombeau.  La  forme  du  vêtement,  la  noble  sévérité  du 
travail  annoncent  l'œuvre  d'un  artiste  du  xiii^  siècle.  Pourquoi  cette 
tombe  de  femme  dans  une  nécropole  exclusivement  réservée  à  ceux 
qui  avaient  fait  vœu  de  chasteté?  Nos  recherches  ultérieures  nous 
l'apprendront  peut-être. 

L,A  CnOlX-EH-BRIE. 

Nous  avons  déjà  déploré  les  restaurations  inintelligentes  com- 
mises à  Nangis  et  surtout  à  Rampillon.  Notre  première  impression 
en  arrivant  à  la  Croix-en-Brie,  fut  la  douleur  de  constater  un  acte 
de  vandalisme  auquel  il  était  temps  que  notre  Société  vint  porter 
remède.  Une  superbe  dalle  avait  été  trouvée  intacte  lors  d'une 
récente  restauration   de  l'église  ;   c'était    une   pierre  sépulcrale 


—  151  — 

datée  de  1340,  représentant,  figurés  au  trait  sous  des  arcatures 
ogivales  fleuronnées,  li  Honorables  personnes  Andry  Robsis  etRobine 
Garnier.  »  C'était  plus  qu'une  relique  archéologique,  c'était  un 
portrait  d'ancêtres,  un  monument  inestimable  pour  les  Robsis  et 
les  Garnier  deux  familles  encore  existantes  de  propriétaires-culti- 
vateurs de  notre  Brie.  II  semble  qu'on  ait  fait  un  effort  d'imagi- 
nation pour  trouver  la  place  oii  cette  dalle  pourrait  bien  être  le 
plus  promptement  détruite  :  on  l'a  mise  dehors,  à  la  pluie  et  à  la 
gelée,  à  plat,  devant  le  seuil  de  l'église,  en  guise  de  décrottoir, 
là  où  tous  les  fidèles  piétinent  avec  rage  pour  secouer  la  boue  de 
leurs  souliers  et  s'acharnent  à  limer  le  sol  avec  leurs  semelles 
ferrées. 

Cet  acte  de  destruction  n'est  pas  seulement  déplorable  au  point 
de  vue  de  l'Archéologie,  il  est  blâmable  au  point  de  vue  de  la  mo- 
rale, car  les  familles  achetaient  le  droit  de  faire  poser  ces  pierres 
dans  les  églises  sur  leurs  sépultures,  et  il  constitue  à  la  fois  une 
profanation  et  une  violation  de  contrat. 

Nous  tlmes  immédiatement  une  collecte  et  nous  recueillîmes 
entre  nous  la  somme  nécessaire  pour  faire  lever  cette  dalle  et  la 
dresser  contre  un  mur  dans  l'intérieur  de  l'église;  le  montant  en 
a  été  remisa  M.  le  curé  de  La  Croix,  et  l'inscripticn  suivante  cons- 
tatera la  restitution  de  la  tombe  : 

Ce(te  pierre 

a  été  rétablie  en  cet  endroit 

par  les  soins  et  aux  frais 

de  la  Société  d'Archéologie  de  Seine-et-Marne 

Le  XV in  septembre  MDCCCLXIV. 

La  Croix-en-Brie  fut  une  ville  autrefois;  elle  ne  se  distingue 
aujourd'hui  des  autres  villages  que  parce  qu'elle  possède  des  ré- 
verbères. 

Une  première  église  fut  bâtie  par  les  moines  de  Cluny  qui 
cédèrent  La  Croix  aux  Templiers  en  1217.  Leurs  successeurs  les 
frères  de  Saint- Jean  de  Jérusalem  y  transportèrent,  de  Provins,  une 
commanderie  de  Malte,  de  la  langue  et  du  grand  prieuré  de 
France,  cette  commanderie  avait  Chateaubleau,  Clos- Fontaine  et 
Coutençon  pour  membres.  La  nouvelle  église  fut  construite  au 
xiii^  siècle  avec  les  matériaux  de  l'ancienne  et  des  grès  tirés  des 
carrières  voisines. 

L'édifice  se  compose  d'une  nef  de  quatre  travées,  un  chœur,  un 


—  132  — 

sanctuaire  sans  abside,  deux  bas  côtés  voûtés  avec  nervures,  et 
une  chapelle  en  saillie  sur  le  bas-côté  nord,  consacrée  à  saint 
Loup.  Le  sanctuaire,  le  chœur  et  les  bas-cotés  sont  l'œuvre  des 
Commandeurs  ;  la  nef  a  dû  être  laissée  à  la  charge  des  habitants  ; 
elle  n'est  voûtée  qu'en  charpente  revêtue  de  plâtre;  son  portail 
sans  ornementation  abrite  un  porche  communal  formé  de  colon- 
nettes  supportant  des  voussures.  La  chapelle  Saint-Loup  qui  était 
exclusivement  destinée  au  service  paroissial  a  un  autel  digne 
d'attention. 

Il  y  avait  sans  doute  encore  des  serfs  quand  on  a  construit  l'é- 
glise, on  voit  dans  le  bas-côté  nord  les  traces  de  la  porte  qui  a  dû 
leur  être  destinée. 

Claude  Haton,  curé  de  La  Croix  au  xvr  siècle,  nous  a  laissé  la 
lamentable  histoire  des  troubles  de  cette  époque  qui  s'appesan- 
tirent particulièrement  sur  cette  paroisse. 

N'oublions  pas  de  dire  en  passant  que  c'est  à  notre  savant 
confrère,  M.  Félix  Bourquelot,  que  l'on  doit  l'édition  des  mé- 
moires de  Claude  Haton. 

La  sûreté  personnelle  des  habitants  de  La  Croix  n"étant  plus 
suffisamment  protégée  par  les  chevaliers  de  Saint-Jean  de  Jéru- 
salem, ils  obtinrent  de  François  1",  en  1544,  la  permission  de  se 
fortifier. 

Nous  avons  vu  dans  le  dallage  de  l'église,  comme  à  Rampillon, 
des  pierres  ornées  d'une  simple  croix  latine,  tombes  de  templiers. 
En  vain  l'on  cherche  à  lire  les  noms,  Dieu  seul  les  connaît, 
l'humble  foi  de  ces  moines-soldats  n'admettait  pas  que  leurs  osse- 
ments fussent  étiquetés.  Quelle  grandeur  dans  cette  humilité  et 
quelle  sagesse  dans  ce  silence  !  Ne  sont-ce  pas  d'amères  dérisions 
que  ces  formules,  où  l'on  fait  grincer  aujourd'hui  sur  les  trophées 
de  la  mort,  les  mots  :  Éternels  souvenirs,  concession  à  perpétuité. 

Nous  remarquâmes  encore  une  cuve  baptismale  lormée  d'un 
beau  bloc  ovale,  ornée  extérieurement  de  plusieurs  croix  de  Malte 
sculptées  dans  la  pierre,  avec  la  date  du  13  avril  1555  gravée  sur 
le  socle.  Un  autel  votif  de  la  Renaissance,  jolie  composition  h 
colonnes  et  à  panneaux  de  divers  marbres,  est  appliqué  au  mur 
septentrional  du  sanctuaire  ;  les  armes  en  pierre  sculptées  d'un 
commandeur,  trouvées  récemment,  nous  a-t-on  dit,  dans  les 
fouilles  de  la  chapelle  du  midi,  ont  été  appliquées  sur  cet  autel  et 
s'y  trouvent  harmonieusement  encadrées. 

L'église  de  La  Croix,  récemment  restaurée,  a  subi  comme 
presque  toutes  ses  voisines,  l'injure  du  badigeon. 


—  133  — 

CHATS:.%VBLEAi;    et    SAIIVT'JVST. 

Nous  quittons  la  Croix-en-Brie,  nos  véhicules  roulent  rapide- 
ment sur  une  belle  chaussée,  longue  de  plusieurs  kilomètres  et 
plus  haute  d'un  mètre  environ  que  les  champs  qui  la  bordent, 
sans  qu'aucune  apparence  de  colline  à  franchir  ou  de  déblais,  nous 
donne  la  raison  de  ce  long  remblai....  Nous  sentons  battre  nos 
cœurs  d'antiquaires;  il  nous  semble  qu'en  avançant,  nous  remon- 
tons le  cours  des  siècles.  C'est  que  cette  chaussée  est  le  Perré,  la 
voie  romaine  de  Lugdunum  à  Gessoriacum,  par  Agendicum^  ou  si 
vous  voulez  de  Lyon  à  Boulogne  par  Sens,  ou  bien  encore  de 
Rome  à  l'île  de  Bretagne,  car  vous  le  savez,  Messieurs,  Rome 
était  le  point  de  départ  de  tous  les  itinéraires,  et  c'est  pour  cela 
qu'on  dit  encore  de  nos  jours  :  tout  chemin  mène  à  Rome. 

Un  profond  mystère  régnait  naguère  sur  cette  portion  du  che- 
min, que  suivirent  sans  doute  plus  d'une  fois  César  et  ses  légions. 
La  table  Théodosienne,  appelée  carte  de  Peutinger,  signale  entre 
Sens  et  Senlis,  une  station  appelée  Riobe,  qui  se  trouve  reliée  aux 
diverses  stations  d'Augustobona,  Ribe,  Condate,  Calagum.  Les  dis- 
tances sont  cotées  avec  tant  de  précision,  que  le  baron  Walkenaer, 
restituant,  à  l'aide  d'une  règle  et  d'un  compas,  les  stations  dé- 
truites, plaçait  Riobe  vers  Châteaubleau  et  croyait  en  retrouver 
le  nom  dans  Ovby,  ferme  située  à  quatre  kilomètres  au  nord  de 
ce  village. 

Ce  n'était  qu'une  conjecture  :  la  Commission,  chargée  par 
l'Empereur  de  dresser  la  carte  des  Gaules,  a  omis  le  nom  de 
Riobe,  dans  le  compte-rendu  qu'elle  a  récemment  fait  de  son  tra- 
vail :  nous  lui  signalons  cet  oubli. 

On  sait  qu-'Augustobona  était  la  ville  de  Troyes  ;  Condate,  Mon- 
tereau  ;  Calagum^  Chailly  ;  et  l'on  suppose  que  ^«ée  était  Pont- 
sur-Seine  ;  Chailly,  village  près  de  Coulommiers,  était  l'étape 
avant  Meaux,  que  la  môme  table  appelle  Fixtuinum,  tandis  que 
Ptolémée  lui  donna  le  nom  de  Jatinum  et  que  les  médailles  sem- 
blent lui  attribuer  celui  d'Elpinum.  De  ces  trois  noms,  lequel 
désigne  véritablement  la  capitale  du  peuple  Melde?  Voilà  pour 
notre  Société  un  intéressant  problème  à  résoudre. 

L'emplacement  de  l'antique  Riobe  n'est  plus  un  mystère,  grâce 
h  notre  confrère,  M.  Burin,  instituteur  de  Saint-Just  et  Château- 
bleau. C'est  lui  qui,  le  premier,  a  appelé  l'attention  de  notre 
confrère  M.  l'abbé  Denis,  sur  les  antiquités  de  Châteaubleau  ; 
plusieurs  savants  s'en  sont  occupés,  les  mémoires  de  la  Société  des 


—  134  — 

Antiquaires  de  France,  et  de  la  réunion  des  délégués  des  Sociétés 
savantes,  à  la  Sorbonne,  en  font  foi. 

Un  tertre  semi-circulaire,  envahi  par  les  broussailles,  soutenu 
par  un  mur  extérieur,  portait  le  nom  de  Château  de  la  Vigne,  et 
passait  pour  être  un  reste  d'établissement  des  Templiers  ;  M.  de 
Lhervilliers  en  a  signalé  l'origine  romaine. 

Aucun  doute  pour  ceux  qui  ont  l'habitude  des  ruines  et  qui  ont 
examiné  le  plan  dressé  par  notre  Président,  c'était  un  théâtre 
romain  :  voici  les  vomiforia,  au  nombre  de  cinq,  voici  les  gra- 
dins, les  six  cimei  ou  compartiments  de  spectateurs  ;  ici  était 
Vorckestra,  le  pulpitum,  le  proscenium,  puis  la  ligne  droite  qui 
forme  la  corde  du  demi-cercle,  le  porticus.  L'ensemble  a  la  forme 
d'une  moitié  de  cercle,  avec  prolongement  parallèle  des  deux  extré- 
mités de  l'arc.  La  scène  forme  un  carré  long,  les  gradins  un 
hémicycle.  Les  dimensions  totales  sont  de  quatre-vingts  mètres 
en  largeur  et  cinquante-trois  en  profondeur,  dont  quarante  pour 
l'hémicycle  et  treize  pour  l'ensemble  de  la  scène.  Ce  théâtre  est 
plus  grand  que  celui  de  Champlieu  (Oise),  mais  plus  petit  que 
celui  de  Grand  (Vosges),  dont  j'ai  été  depuis  visiter  les  belles 
ruines  pour  établir  une  comparaison.  J'estime  que  le  théâtre  de 
Riobe  contenait  trois  mille  spectateurs  ;  celui  de  Grand  pouvait  en 
recevoir  le  double. 

En  démolissant  les  murs  de  soutien  de  la  première  entrée,  celle 
du  fond  du  théâtre  de  Riobe,  on  a  découvert,  adhérent  à  un  bloc  de 
béton,  une  monnaie  du  3''  consulat  d'Adrien,  date  de  naissance  et 
certificat  d'origine  du  monument. 

Les  monnaies.  Messieurs,  voilà  les  fidèles  témoins  qui  Jetteront 
la  lumière  sur  nos  enquêtes  archéologiques.  Là  où  les  pierres  sont 
muettes,  les  monnaies  parlent  ;  une  monnaie,  c'est  toujours  une 
date,  c'est  une  inscription  non-interpoléc,  c'est  un  monument  de 
l*art,  de  l'histoire,  des  mœurs,  des  croyances,  de  l'économie  poli- 
tique des  aïeux.  Heureux  sont  les  hasards  qui  ont  fait  placer  à 
fonds  perdus  par  nos  pères  ces  miettes  de  leur  vie,  ces  livres 
inaltérables  qui  enseignent  tant  de  choses  en  si  peu  de  pages  ! 

Sur  ces  tertres,  envahis  par  les  broussailles,  sur  cette  scène 
que  la  charrue  dispute  aux  épines,  spectateurs  de  cette  lutte  der- 
nière, opiniâtre  et  silencieuse,  entre  l'homme  et  la  nature,  là  où 
tant  de  spectacles  bruyants,  où  d'autres  pugilats  ont  été  donnés, 
nous  étions  profondément  émus. 

Devant  ce  tableau  d'outre-tombe  de  la  Société  gallo-romaine, 
en  présence  de  ce  dénoûmcnt  fatal,  mais  toujours  imprévu,  de  la 


—  155  — 

grande  comédie  humaine,  nous  évoquions  ]e  passé,  les  acteurs, 
les  spectateurs....  Tous!  tous!  voulions-nous  crier....  mais  le 
voile  ne  se  levait  pas,  les  morts  ne  nous  saluaient  pas. 

Je  me  souviens  que,  dans  ma  récente  visite  au  théâtre  de  Grand, 
qui  servait  aussi  d'amphithéâtre,  je  descendis  dans  la  fosçe  aux 
bêtes;  j'évoquais  ainsi  les  tigres  et  les  lions,  quand  bondit  devant 
moi  un  animal  au  poil  fauve,  sur  lequel  j'avais  failli  mettre  le 
pied  :  je  reculai  d'épouvante...  Amer  jeu  du  hasard  !  ce  n'était 
pas  plus  un  lion  que  je  n'étais  un  Romain,  c'était  un  lièvre  qui 
avait  choisi  cet  abri  à  ciel  ouvert,  pour  y  faire  son  gîte.  Si  je  me 
perniets  cette  digression,  Messieurs,  c'est  qu'elle  a  sa  morale,  et 
vous  allez  la  connaître  tout  à  l'heure.  Nous  ne  sommes  pas  tou- 
jours maîtres  de  nos  impressions  ;  l'objet  qui  frappe  notre  esprit, 
poursuit  nos  sens  partout,  la  nature  prend  les  reflets  de  notre 
âme,  comme  un  caméléon.  Voilà  un  lièvre  qui  eut  un  instant  pour 
moi  les  proportions  d'un  lion  ;  en  sortant  du  théâtre  de  Château- 
bleau,  nous  rencontrâmes  une  fillette  brune,  portant  fièrement  sa 
petite  tête  ronde  sur  des  épaules  carrées  :  elle  pouvait  avoir  six 
ans  :  «  Voyez,  disais-je  à  l'un  de  mes  confrères,  comme  cette 
petite  Romaine  a  bien  le  type  caractéristique  de  sa  race.  »  Mal- 
heureusement, elle  était  suivie  de  près  par  une  blondine  au  teint 
rose  et  aux  yeux  bleus  ;  celle-là  était  Germaine  ou  Scandinave; 
elle  fit  perdre  à  mon  tableau  sa  couleur  et  dissipa  mon  charme. 
La  morale,  Messieurs,  c'est  que  plus  nous  avancerons  en  archéo- 
logie, plus  nous  verrons  combien  il  faut  nous  défier  de  l'idée 
préconçue  et  du  parti* pris,  les  plus  grands  écueils  de  la  science. 

Un  vaste  incendie  a  détruit  la  ville  de  Riobe  ;  à  quelle  époque? 
Patience,  nous  le  saurons  exactement,  les  médailles  nous  l'appren- 
dront, mais  les  élémens  de  certitude  manquent  encore.  Tout  le 
sol  de  Ghateaubleau  est  rempli  de  substructions  enfouies  sous  une 
couche  de  cendres;  il  est  jonché  de  briques  et  de  poteries;  une 
foule  de  puits  dont  la  maçonnerie  est  encore  très-solide  sont 
placés  symétriquement  et  parallèlement  à  la  voie.  L'un  de  ces 
puits  venait  d'être  curé;  au  milieu  d'une  boue  noire,  mêlée  de 
cendres,  de  charbons,  de  tessons  et  de  mille  débris,  on  a  trouvé 
un  vase  d'assez  grande  dimension,  de  conservation  parfaite.  Es- 
pérons que  cette  pièce  intéressante  ne  quittera  pas  notre  départe- 
ment hors  duquel,  du  reste,  elle  perdrait  une  grande  partie  de  sa 
valeur.  L'emplacement  de  Riobe  s'étend  à  l'est  de  la  voie  ro- 
maine, les  substructions  prouvent  que  cette  ville  couvrait  environ 
deux  kilomètres  de  terrain  sur  un  kilomètre  de  large.  Une  épaisse 


—  156  — 

muraille  d'origine  romaine  existe  encore  à  l'angle  N.  0.  du  cime- 
tière. 

L'église  actuelle  dédiée  à  saint  Gond  a  été  construite  sur  l'em- 
placement d'une  autre  plus  considérable  dont  on  voit  encore  la  pis- 
cine et  quelques  restes.  L'ancienne  église,  dédiée  à  l'Assomption, 
œuvre  sans  doute  des  Templiers,  lut  ruinée  dans  les  guerres  de 
religion. 

Réjouissons-nous  d'avoir  dans  M.  Burin,  un  ardent  travailleur 
attaché  à  ce />/acer  archéologique  de  Chateaubleau,  mine  féconde 
pour  notre  Société.  Il  recueille  avec  le  plus  grand  soin  tous  les 
objets  que  la  cupidité  des  indigènes  ne  livre  pas  aux  antiquaires 
ambulants  étrangers  au  pays.  Nous  avons  visité  cette  collection 
exposée  avec  soin  dans  la  salle  de  mairie  de  Saint-Just;  il  y  a  des 
monuments  de  l'âge  de  pierre,  des  haches  de  silex  ;  il  y  a  des  mé- 
dailles gauloises  du  temps  de  l'indépendance  ;  il  y  a  des  monnaies 
de  la  république  romaine,  celles  qui  servaient  à  payer  les  soldats 
de  César  ;  il  y  en  a  de  tous  les  âges  de  l'empire  romain;  il  y  a  des 
poteries  gauloises,  des  poteries  romaines  avec  inscriptions,  des 
pierres  sculptées,  des  statuettes,  des  armes,  des  meules  à  bras, 
des  ustensiles,  des  ornements,  toutes  choses  qui  sans  doute  n'at- 
teindraient pas  toujours  des  hauts  prix  si  elles  allaient  hors  du 
pays  grossir  l'armée  des  enfants  perdus  de  la  collection;  mais  qui 
chez  nous,  munies  de  leur  certificat  d'origine,  ont  une  véritable 
valeur,  puisqu'elles  nous  révèlent  l'antique  Riobe  et  seront  des 
pièces  justificatives  de  cette  carte  des  Gaules  à  laquelle  l'Empereur 
attache  tant  de  prix. 

Que  notre  confrère  continue  à  recueillir  tout  ce  que  la  terre 
rendra;  que  notre  Société  l'aide  si  elle  le  peut,  pour  acquérir, 
mais  pas  encore  pour  fouiller;  il  faut  nous  instruire  avant  d'inter- 
roger la  terre  ;  rien  ne  presse  :  ce  que  la  terre  garde  est  en  géné- 
ral fidèlement  gardé  et  le  pire  des  vandalismes  serait  celui  que, 
dans  une  indiscrète  précipitation,  nous  commettrions  au  nom  de 
la  science,  si  nous  n'étions  pas  encore  assez  habiles  pour  la  servir. 
Que  M.  Burin  inscrive  avec  soin  toutes  les  circonstances  qui  ont 
accompagné  la  découverte  de  chaque  monnaie  et  le  lieu  bien  précis 
de  son  enfouissement;  qu'il  nous  prépare,  dans  ses  moments  de 
loisirs,  le  plan  du  territoire  de  Chateaubleau  avec  le  répertoire  de 
toutes  les  dénominations  cadastrales,  les  lieux  dits,  rues,  ruelles, 
chemins,  cours  d'eau,  groupes  de  maisons,  tout  ce  qui  a  un  nom  ; 
qu'il  interroge  les  vieillards,  les  anciens  titres,  pour  avoir  les  plus 
anciennes  formes  de  ces  noms.  C'est  à  l'aide  de  semblables  docu- 


—  157  — 

ments  qu'on  préparera  la  restitution  de  Jiiobe,  et  c'est  aussi  par 
l'étude  du  sens  des  mots  topographiques  qu'on  parvient  presque 
actuellement  à  retrouver  la  langue  gauloise.  Courage,  M.  Burin, 
vous  êtes  un  de  nos  plus  utiles  collaborateurs,  et  en  devançant  les 
vœux  de  M.  le  Ministre  de  l'Instruction  publique,  vous  avez 
donné  un  excellent  exemple  à  vos  collègues,  aux  modestes  soldats 
de  la  civilisation  dispersés  dans  tous  nos  villages. 

LE  CHATEAU  DE  BEA1JI.1E1J. 

De  Saint-Just  nous  nous  sommes  dirigés  vers  le  château  de 
Beaulieu,  situé  sur  la  commune  de  Pecy.  M.  l'abbé  Denis  a 
traité  d'une  manière  complète  et  remarquable  l'histoire  de  Pecy 
et  des  seigneurs  de  Beaulieu,  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de 
renvoyer  à  cet  excellent  livre  pour  tout  ce  qui  concerne  l'archéo- 
logie de  ces  lieux. 

En  commençant  à  parler  de  notre  campagne  archéologique, 
Messieurs,  j'ai  évoqué  le  souvenir  des  chevaliers  errants. 

Dans  tous  les  romans  de  chevalerie,  il  arrive  un  instant  où  le 
poète  pour  récompenser  son  héros  de  ses  glorieuses  fatigues,  le 
transporte  dans  un  lieu  enchanté  et  lui  offre  un  avant-goût  du 
paradis.  Tout  ce  que  l'imagination  peut  créer  de  plus  gracieux 
vient  s'étaler  à  son  œil  ravi  :  un  pont-levis  s'abaisse,  c'est  la  plus 
aimable  des  châtelaines  qui  lui  donne  l'hospitalité;  il  se  promène 
dans  des  jardins  délicieux;  une  main  de  fée  panse  ses  blessures; 
une  table  se  dresse,  vrai  parterre  de  fleurs,  et  se  couvre  pour  lui 
de  mets  exquis;  les  coupes  de  cristal  s'emplissent  de  ces  rubis  et 
de  ces  topazes  liquides  dont  l'écume  généreuse  contient  l'oubli 
des  maux  :  Toutes  ces  ravissantes  fictions  ont  été  pour  nous  de 
charmantes  réalités.  Il  faudrait  avoir  le  feu  sacré  du  poète  pour 
décrire  convenablement  le  château  de  Beaulieu,  ses  grands  om- 
brages, son  parc  de  Lenôtre  remanié  par  le  créateur  du  bois  de 
Boulogne,  ses  tours  féodales  et  ses  larges  fossés  pleins  d'eau, 
cette  chapelle  élégamment  restaurée  dont  un  des  vitraux,  nous 
montrant  un  chevalier  Croisé,  retrace  un  souvenir  de  famille,  cette 
association  si  heureusement  combinée  du  moyen-âge  et  de  l'esprit 
moderne  grandis  et  vivifiés  l'un  par  l'autre,  et  enfin,  et  surtout 
l'aimable  accueil,  la  grande  hospitalité  de  notre  hôte  et  confrère 
M.  Teyssier  des  Farges,  et  de  l'aimable  châtelaine  dont  je  n'ose 
rien  dire  parce  que  semblable  sujet  ne  saurait  être  traité  convena- 
blement. Ceux  de  la  caravane  me  reprocheraient  de  n'en  pas  dire 


—  158  — 

assez  et  ceux  qui  n'en  étaient  pas  croiraient  quej'exagère  quand  je 
ne  raconterais  que  la  simple  vérité. 

Cette  bonne  soirée  est  une  de  celles  dont  nous  ne  perdrons  ja- 
mais le  souvenir. 

Il  était  près  d'onze  heures  quand  nous  arrivâmes  à  Jouy-le- 
Châtel  où  des  lits  nous  attendaient  à  l'hôtel  du  Sauvage,  au  pres- 
bytère et  dans  des  maisons  particulières;  il  était  six  heures  du 
matin  quand  nous  l'ûmes  remis  sur  pied,  reposés  des  fatigues  de 
la  veille  et  prêts  à  reprendre  notre  excursion. 

DEUXIÈME    JOURNÉeT 
JOUY-LE-CHATEL. 

Les  chartes  donnent  à  Jouy  le  titre  de  ville  dès  l'an  1045,  et 
son  nom,  Joviacum,  ou  Gaudiacum ,  indique  que  cette  localité 
existait  au  moins  dès  la  domination  romaine.  Jouy  était  le  siège 
d'une  prévôté  très-importante  sous  les  comtes  de  Champagne.  Son 
église  était  fortifiée  comme  toutes  celles  dont  la  tour  a  été  cou- 
ronnée d'une  plate-forme  avant  d'avoir  un  clocher;  construite  au 
xiv^  siècle,  sur  l'emplacement  d'une  autre  qui  avait  été  construite 
après  l'an  1000,  elle  se  compose  de  quatre  travées  de  nef,  deux 
travées  de  chœur,  une  abside  formée  de  cinq  côtés  d'un  octogone, 
deux  bas-côtés  ayant  chacun  un  abside.  Le  chœur  et  le  sanctuaire 
ont  été  élevés  aux  frais  des  gros  décimateurs,  la  nef  et  le  porche 
aux  frais  des  affranchis,  la  tour,  le  clocher,  signe  distinctif  de  la 
commune,  et  le  bas-côté  nord,  aux  frais  des  habitants  de  la  ville  et 
de  quelques  fiefs  annexés,  comme  l'indique  la  porte  ouverte  dans 
le  mur  latéral;  l'autre  bas-côté  aux  frais  d'habitants  d'autres  fiefs; 
ceux-ci  avaient  un  chapelain  spécial,  comme  l'indique  un  exagone 
en  saillie  surmonté  d'un  clocheton;  le  prêtre  qui  desservait  cette 
chapelle  avait  droit  à  une  cloche  particulière  pour  appeler  les  fi- 
dèles sur  lesquels  il  avait  charge  d  ame.  Il  va  sans  dire  que  cette 
belle  église  est  scrupuleusement  badigeonnée. 

Parmi  les  objets  curieux  qu'elle  renferme,  nous  avons  remarqué 
une  Vierge  du  xiii"^  siècle  placée  contre  un  pilier  en  haut  de  la 
nef  latérale  du  nord,  un  lutrin  sculpté  du  xiv"-'  siècle,  malheureu- 
sement mutilé,  un  beau  chandelier  pascal,  une  statuette  d'un  saint 
évêque,  œuvre  du  xvii"  siècle,  et  enfin  des  dalles  tumulaires  re- 
marquables. 

Nous  avons  éprouvé  la  même  impression  pénible  qu'à  La  Croix- 


—  159  — 

en-Brie,  en  constatant  que  les  plus  précieux  de  ces  monuments 
sont  exposés  à  la  destruction;  une  charmante  petite  dalle  incrus- 
tée de  marbre,  a  été  récemment  placée,  en  guise  de  seuil,  à  la 
porte  principale  :  la  jeune  fille  qu'elle  représente  dans  un  riche 
costume  du  temps  de  Henri  IV,  porte  maintenant  à  la  poitrine 
une  entaille  carrée  que  l'on  n'a  pas  craint  d'y  pratiquer  pour  y 
introduire  la  targette  de  la  porte.  Cette  enfant  était,  suivant  son 
épitaphe  :  honneste  file  Phare  Bois,  qui  décéda  âgée  de  14  ans,  le 
19  novembre  1607.  Nos  instances  réitérées  obtiendront-elles  la  ré- 
paration de  tous  ces  outrages  à  l'art  et  à  la  mémoire  des  morts? 
Ici,  du  moins,  on  nous  l'a  promis  (1). 

VILLECAGIVOIV. 

Les  sires  de  Villegagnon  prirent  part  aux  Croisades  et  jouèrent 
un  certain  rôle  dans  les  troubles  desxv^etxvi*  siècle.  L'un  d'entre 
eux,  Nicolas  Durand  de  Villegagnon,  fut  un  véritable  héros.  Il 
était  chevalier  de  Malte;  il  accompagna  Charles-Quint  dans  son 
expédition  d'Afrique,  tint  la  campagne  autour  d'Alger  et  apprit 
aux  Maures,  trois  cents  ans  avant  notre  conquête,  à  connaître  lar 
valeur  française.  En  1548,  il  vola  au  secours  de  la  jeune  et  belle 
reine  Marie  d'Ecosse,  menacée  par  les  Anglais.  Par  un  tour  de 
force,  qu'on  croyait  alors  impossible,  il  fit  doubler  le  nord  de 
l'Ecosse  à  une  escadre  de  galères,  pour  échapper  aux  croisières 
anglaises,  prit  à  son  bord  la  reine,  sur  la  côte  ouest,  et  l'amena 
en  France.  En  1550,  il  alla  défendre  l'île  de  Malte  contre  les  Turcs; 
enfin,  il  partit  du  Havre,  en  1555,  pour  s'en  aller  fonder  une  colo- 
nie française  à  l'embouchure  du  Ganabara  (Rio-Janeiro).  Sans  les 
luttes  religieuses  de  cette  époque,  qui  mirent  la  division  dans  la 
colonie  naissante,  le  Brésil,  grâce  à  Villegagnon,  serait  une  pos- 
session française  et  porterait  le  nom  de  France  antarctique. 

Le  château  de  Villegagnon  est  détruit;  l'humble  et  pauvre 
église  conserve  seule  quelques  souvenirs  de  cette  illustre  famille. 

Lourde,  laide  et  sans  aucun  style,  elle  fut  construite  à  la  fin  du 
xvi«  siècle  par  ce  même  Durand  de  Villegagnon,  qui  était  revenu 
en  France  et  était  rentré  dans  le  catholicisme,  après  avoir  paru 
embrasser  la  cause  dos  protestants.  L'ameublement  de  cette  église 
presque  abandonnée  attira  notre  attention.  Des  panneaux  peints, 

(1)  M.  le  curé  de  Jouy-le-Châtel,  fait  relever  à  ses  frais,  non-seulement  cette 
pierre,  mais  encore  toutes  celles  qui  lui  ont  été  signalées  par  la  Société. 


—  160  — 

relégués  dans  los  chevets  du  transsept  et  provenant  de  l'abbaye  de 
Jouy,  représentent  une  série  de  sujets  mystiques  tirés  de  la  Bible 
et  analogues  à  des  litanies;  plusieurs  sont  déjà  tombés  en  pous- 
sière, mais  ceux  qui  restent  offrent  assez  d'intérêt  pour  que  nous 
ayons  souhaité  vivement  de  les  voir  recueillis  dans  un  des  musées 
du  département;  c'est  le  seul  moyen  de  les  sauver  d'une  ruine  com- 
plète et  prochaine.  Chaque  sujet  peint  porte  sa  légende  explica- 
tive. 

Le  chœur  est  orné  de  vingt  belles  stalles,  provenant  de  la 
même  abbaye.  L'autel  est  accompagné  de  deux  colonnes  torses 
ornées  d'arabesques  sculptées;  le  couronnement  n'existe  plus;  sur 
le  tabernacle,  œuvre  du  xiii*  siècle,  sont  sculptées  les  figures  de 
Notre  Seigneur  et  de  deux  apôtres,  et  sur  le  rétable  on  voit  deux 
panneaux  peints  qui  ne  sont  pas  sans  mérite.  Il  y  avait  des  do- 
rures sur  ces  belles  boiseries,  on  vient  de  les  faire  gratter  pour 
en  recueillir  la  poussière  et  on  a  enseveli  les  sculptures  sous  des 
couches  de  couleur  sans  nom,  ayant  la  prétention  d'imiter  un 
bois  dont  personne  de  nous  n'a  su  dire  l'essence.  Bois  pour  bois, 
n'eût-on  pas  mieux  fait  de  laisser  apparent  celui  de  l'autel?  Du 
reste,  ne  nous  plaignons  pas  trop,  on  aurait  pu  mettre  la  même 
couche  de  couleur  bois  sur  les  panneaux  peints  de  l'autel,  l'artiste 
décorateur  en  a  eu  pitié. 

Dans  un  coin  de  l'église,  nous  avons  vu  un  très-bel  écusson 
sculpté  et  peint,  avec  casque  et  supports  aux  armes  des  Villega- 
gnon;  ailleurs,  nous  avons  ramassé  dans  la  poussière  la  tenture  de 
soie  déchirée  et  souillée  d'un  petit  dais  dont  tout  le  contour  est  orné 
du  même  blason  vingt  fois  reproduit.  Ces  deux  pièces  fort  inté- 
ressantes devraient  être  mises  à  l'abri  de  la  destruction;  elles  ne 
servent  pas  au  culte,  et  nous  souhaitons  qu'elles  soient  échangées 
pour  le  Musée  de  Mclun  contre  un  don  à  la  pauvre  église,  qui, 
nous  rappelant  la  fable  du  coq  et  de  la  perle,  préférerait,  sans 
doute,  la  moindre  subvention  à  son  petit  bagage  archéologique. 

A  la  grille  en  bois  de  la  chapelle  du  sud  est  attachée  une  que- 
nouille ornée  de  rubans,  avec  son  fuseau  chargé  de  fil  ;  c'est  la 
quenouille  de  la  mariée.  Une  naïve  et  touchante  coutume  veut  que 
toute  jeune  femme,  lorsqu'elle  s'occupe  de  monter  son  ménage, 
consacre  son  premier  travail  au  mobilier  de  l'église;  elle  reçoit 
donc  la  quenouille  chargée  de  chanvre,  et  quand  elle  a  filé  sa  fu- 
sée, elle  la  rapporte  à  l'église,  en  l'accompagnant  d'une  offrande; 
elle  y  attache  un  des  rubans  de  son  bouquet,  avec  l'inscription  de 
son  nom  et  la  date  de  son  mariage.  Quand  une  jeune  fille  meurt. 


—  161  — 

on  suspend  à  la  quenouille  sa  couronne  et  son  bouquet  virginal. 
Cet  usage  s'est  conservé  dans  plusieurs  de  nos  églises. 

BAMIVOST    (Banneau). 

De  Villegagnon  nous  nous  rendîmes  à  Bannost,  dont  la  vieille 
et  intéressante  église  est  une  œuvre  des  xi^  et  xii®  siècle.  Le 
chœur,  l'abside,  le  transept  et  les  chapelles  latérales  datent  de 
cette  époque  ;  la  nef  a  été  dévastée  et  reconstruite  par  les  affran- 
chis sur  les  anciens  piliers  restés  debout.  Le  porche  communal 
existe  encore  à  la  suite  du  portail,  dont  le  seul  ornement  est  une 
Vierge-Mère,  digne  d'être  comparée  à  celle  de  Rampillon.  Une 
ancienne  porte  latérale  indique  que  le  bas-côté  nord  a  été  recons- 
truit par  les  serfs  ;  une  saillie  hexagonale,  surmontée  d'un  cloche- 
ton à  l'angle  sud-ouest  de  la  branche  occidentale  du  transept, 
indique  que  l'autre  bas-côté  appartenait  à  un  fief  et  avait  son 
chapelain  et  sa  cloche  particulière.  On  remarque  sur  les  chapi- 
teaux du  transept  des  têtes  grimaçantes  fort  curieuses. 

L'église  de  Bannost  possède  des  boiseries  sculptées  d'une 
richesse  et  d'une  beauté  remarquables.  Les  statues  en  bois  de  la 
Vierge,  de  saint  Pierre  et  de  saint  Jean,  surmontent  le  maître- 
autel  ;  son  bas-relief  est  un  magnifique  panneau,  représentant  la 
Manne  dans  le  désert  ;  sept  autres  grands  panneaux,  où  sont 
sculptées  des  scènes  de  la  vie  de  Jésus,  ornent  le  chœur  et  l'ab- 
side ;  la  chapelle  de  la  Vierge  a  aussi  ses  statues,  ses  bas-reliefs 
et  ses  panneaux,  représentant  la  vie  de  Marie;  le  Christ  de  la  nef, 
le  lutrin,  la  chaire,  tout  est  en  bois  artistement  sculpté,  d'un 
grand  style  et  d'une  conservation  parfaite. 

Les  limites  assignées  à  ce  compte-rendu  ,  ne  me  permettent 
pas  de  donner  plus  de  détails  ;  les  bois  sculptés  de  Bannost  mé- 
ritent une  monographie. 

VAVDOY. 

Deux  choses  nous  attiraient  à  Vaudoy,  une  église  et  une  allée 
druidique.  La  beauté  de  l'église  surpassa  nos  prévisions,  l'allée 
druidique  les  déçut  un  peu. 

Construite  aux  xii^  et  xiii''  siècles,  dévastée,  puis  restaurée  et 
consacrée  le  24  août  1540  par  l'évoque  in  pai^tibus  de  Mégare, 
comme  l'atteste  une  inscription,  l'église  est  dédiée  à  saint  Médard. 

Un  porche  bien  conservé,  une  nef  à  quatre  travées,  un  chœur 
de  deux  travées,  une  abside  formée  de  trois  côtés  d'un  hexagone, 
deux  chapelles  latérales  avec  nefs,  un  clocher  sur  la  cinquième 

11 


—  162  — 

travée  du  bas-côté  nord,  telle  est  la  structure  de  cette  église,  une 
vraie  cathédrale  gothique  en  miniature. 

Ce  monument  religieux  est  le  plus  complet  que  nous  ayons 
visité  dans  notre  excursion;  tout  y  est  beau,  harmonieux,  gran- 
diose même,  sous  des  proportions  restreintes  ;  les  colonnettes 
annelées  s'élancent  hardiment,  le  triforium  est  plein  d'élégance, 
les  ogives  sont  du  meilleur  style.  Il  y  a  lieu  de  croire  que  ce  bijou 
d'architecture  fut  édifié  par  Adam  de  Vaudoy,  évêque  de  Meaux, 
mort  en  1298,  dont  les  armes  frettées  de  six  pièces^  cantonnées  de 
Finance,  sont  sculptées  sur  les  piliers  de  la  première  travée. 

Dans  un  coin  de  l'église  sont  reléguées  des  statues  du  moyen- 
âge,  parmi  lesquelles  nous  avons  remarqué  une  vierge  gothique 
du  xv''  siècle,  représentée  assise  et  tenant  l'enfant  Jésus  debout. 
Pendant  que  ces  vénérables  sculptures  sont  abandonnées  et  expo- 
sées à  toutes  les  mutilations,  d'affreux  plâtres  s'étalent  sur  les 
autels;  quand  donc  le  goût  s'épurera-t-il ?  Quand  saura-t-on  ap- 
précier les  seuls  objets  qui  méritent  de  l'être? 

De  l'église,  nous  gagnons  à  travers  une  verte  prairie,  un  petit 
bois  où  des  rochers  offrent  dans  leur  bizarre  alignement,  sinon  la 
trace  d'un  travail  gigantesque,  au  moins  une  singularité  géolo- 
gique. Au  milieu  d'un  terrain  parfaitement  aplani,  se  dresse,  sur 
une  longueur  de  plus  de  cent  mètres,  une  ligne  de  blocs  silico- 
calcaires,  formant  comme  un  mur  cyclopéen,  dont  les  éléments, 
disjoints  par  les  puissants  leviers  d'une  végétation  vingt  fois  sécu- 
laire, ne  présenteraient  plus  à  l'oeil  qu'un  informe  chaos.  Est-ce 
l'homme,  est-ce  la  nature  qui  a  transporté  ces  matériaux?  C'est 
plutôt  la  géologie  que  l'archéologie  qu'il  faut  interroger.  Aucun 
indice  certain  ne  nous  a  révélé  là  l'intervention  de  la  main  de 
l'homme;  nous  attendrons  d'autres  lumières. 

iiiiri:taui.t. 

Le  même  doute  n'était  pas  possible  h  Mirevault,  dont  la  visite 
termina  notre  excursion.  Là  le  sol  a  été  profondément  déchiré 
par  l'homme,  une  tâche  gigantesque  a  été  accomplie,  mais  d'autres 
incertitudes  devaient  nous  assaillir  :  quelle  était  la  date  de  ces 
énormes  terrassements? 

Le  nom  de  Mirevault,  Mira  valla,  mire  valleta,  signifie  retran- 
chements merveilleux  .on  admirablement  fortifiée.  Ce  nom  est  porté 
par  une  enceinte  entourée  d'un  escarpement  en  terre  qui  for- 
mait rempart,  et  fortifiée  de  tous  côtés  par  de  larges  fossés. 
Un  chemin  la  reliait  à  la  voie  Romaine.  L'enceinte  mesure  un 


—  163  — 

hectare  cinq  ares  et  demi,  sa  forme  n'est  pas  très-régulière,  elle 
se  rétrécit  vers  le  sud-ouest  et  sur  ce  point  se  dresse,  au  milieu 
du  fossé  qui  s'élargit,  une  énorme  butte  circulaire  de  dix  mètres 
d'élévation  et  de  seize  ares  de  surface.  Un  mur  était  bâti  sur  la 
circonférence  supérieure  de  ce  monticule  ;  des  substructions  for- 
tement cimentées,  indiquent  un  pont  de  communication  entre 
l'enceinte  et  le  tumulus.  A  cent  mètres  au  sud-ouest  s'élève  une 
autre  enceinte  ou  un  monticule  découronné,  également  entouré 
de  fossés  ;  et  plus  loin  encore,  à  quatre-vingt  mètres  de  là,  dans 
la  même  direction,  on  constate,  au  milieu  des  champs  cultivés, 
une  troisième  butte,  avec  des  fossés  accusés  par  la  dépression  du 
terrain.  Une  sorte  de  rempart  avancé,  ayant  la  forme  d'un  crois- 
sant, protège  cette  butte  et  complète  le  système  de  ces  fortifica- 
tions. 

Est-ce  là  l'œuvre  de  la  féodalité?  Est-ce  un  camp  romain?  Est- 
ce  un  monument  anté-historique  ?  Voilà  trois  hypothèses  ;  il  ne 
m'appartient  pas  de  formuler  une  décision.  Nous  nous  serions 
presque  tous  prononcés  en  faveur  de  la  première  opinion,  si  nous 
n'avions  pas  connu  le  savant  travail  lu  à  la  Sorbonne,  par  M.  le 
comte  de  Pontécoulant,  travail  dans  lequel  notre  honorable  Pré- 
sident démontre  que  ces  retranchements  ont  tous  les  caractères 
d'un  camp  romain.  D'autres  faits  qui  demandent  à  être  éclaircis 
limiteraient  également,  en  faveur  de  la  troisième  hypothèse,  celle 
qui  ferait  remonter  les  buttes  de  Mirevault  à  la  plus  haute  anti- 
quité. 

M.  l'abbé  Denis  fait  remarquer  dans  son  essai  sur  Pecy,  qu'une 
analogie  frappante  existe  entre  le  camp  de  Mirevault  et  le  camp 
dit  d^ Attila,  à  la  Gheppe,  qu'on  sait  maintenant  être  bien  antérieur 
à  Attila. 

Nous  avons  tous  pu  voir  et  nous  aurions  pu  acheter  une  très- 
belle  hache  celtique  en  silex,  trouvée  à  Mirevault  même,  par 
l'habitant  d'une  chapelle  convertie  en  maison,  contiguôau  fossé  du 
grand  retranchement. 

Si  l'auteur  de  certaines  fouilles  n'a  pas  été  victime  d'une  mys- 
tification, ce  que  nous  saurons  en  pratiquant  de  nouvelles  re- 
cherches, aucun  doute  ne  sera  possible  sur  l'origine  celtique 
de  Mirevault;  ce  sera  un  monument  anté-historique,  contemporain 
des  habitations  lacustres,  de  l'âge  de  la  pierre,  de  ces  sépultures 
curieuses,  qu'exploite  si  savamment  M.  Louis  Leguay,  et  dont  un 
autre  de  nos  confrères,  M.  Anatole  Roujou,  a  signalé  jusqu'à 
trois  gisements  superposés,  dans  les  berges  de  la  Seine,  près  de 


—  164  — 

Choisy-le-Roi.  Rien  ne  s'opposerait  à  ce  que,  créés  d'abord  par 
les  Celtes,  ces  retranchements  aient  été  appropriés  par  les  Ro- 
mains à  leurs  usages  militaires,  que  les  chefs  barbares  comme 
Attila  s'en  soient  servi  momentanément,  que  les  Normands  même 
en  aient  t'ait  leurs  keep,  ou  postes  de  défenses,  qu'enfin  la  féodalité 
en  ait  elle-même  tiré  parti;  ne  faisons-nous  pas  des  routes  avec 
les  voies  romaines?  L'étymologie  même  de  Mirevault  ne  prouve- 
t-elle  pas  que  les  retranchements  existaient  déjà  du  temps  des 
Romains? 

Que  de  richesses  archéologiques  nous  possédons.  Messieurs,  à 
en  juger  par  ce  que  nous  avons  inventorié  dans  cette  première 
vacation  !  Nous  n'avons  pas  vu  la  moitié  d'un  canton,  nous  n'avons 
touché  que  la  surface  des  choses,  et  notre  domaine  nous  apparaît 
si  vaste  qu'il  semble  que  nous  ne  suffisions  pas  à  l'explorer.  Je 
disais  en  commençant  que  l'histoire  est  à  faire;  jugez-en  vous- 
même  :  de  nos  pères  les  Gaulois  nous  ne  savons  rien,  et  l'histoire 
des  Gaulois  est  presque  de  l'histoire  moderne,  relativement  aux 
races  qui  ont  habité  notre  sol.  Les  Gaulois  connaissaient  l'or,  le 
cuivre,  le  fer  même  ;  d'autres  avant  eux  ne  connaissaient  que  la 
pierre,  les  os,  les  dents  d'animaux;  ne  fabriquaient  que  la  pote- 
rie, et  ceux-là  étaient  déjà  relativement  civilisés,  puisque  des 
couches  humaines  les  avaient  précédés,  lesquelles  avaient  perdu 
les  notions  primitives  au  point  de  no  savoir  même  pas  tirer  parti 
du  silex,  des  os  et  de  l'argile. 

Qui  peut  dire  combien  de  siècles  se  sont  écoulés  entre  les  pre- 
miers aborigènes,  dont  un  fleuve  qui  ronge  ses  berges  met  à  nu 
les  sépultures  et  permet  à  notre  courageux  confrère,  suspendu 
au-dessus  du  courant,  à  quatre  mètres  en  contre-bas  du  sol,  de 
nous  révéler  la  religion  et  les  mœurs,  et  ceux  qui,  sans  connaître 
encore  le  métal,  possédaient  déjà  des  outils  a&sez  puissants  pour 
élever  des  tumvlus,  exploiter  des  forêts,  bâtir  leurs  villes  sur  pi- 
lotis dans  les  lacs  et  les  marais. 

Combien  d'autres  siècles  se  sont  écoulés  entre  ceux-ci  et  ces 
Sénons  nos  pères,  qui,  armés  de  pied  en  cap  et  fiers  de  leurs 
riches  torques^  ont  réveillé  les  oies  du  Capitole  ;  ces  guerriers  aux 
symboles  d'animaux,  Sénons  aux  deux  chèvres  affrontées,  Tri- 
casses  aux  trois  chats,  Eduens  au  sanglier,  Sequanes  au  bison, 
qui  portaient  à  Rome  le  tuniultus  Gallkus,  et  faisaient  trembler  la 
louve  dans  sa  tanière,  sait-on  encore  quel  langage  ils  parlaient? 
Non,  c'est  l'archéologie  qui,  aujourd'hui  seulement,  commence  à 
nous  l'apprendre. 


—  165  — 

Mais  voici  venir  César  ;  la  civilisation  romaine  nous  gagne;  la 
vie  n'était  qu'une  longue  lutte,  lutte  contre  les  éléments,  lutte 
contre  les  bêtes  fauves,  lutte  d'homme  à  homme  ;  l'aigle  romaine 
apporte  la  quiétude  à  l'ombre  de  ses  grandes  ailes.  Ce  n'est  pas 
trop,  en  échange  de  l'indépendance.  La  Gaule  se  couvre  de  routes 
et  de  monuments.  Au  lieu  d'enceintes,  on  élève  des  théâtres  ;  Mi- 
revault  n'a  plus  sa  raison  d'être,  Riobe  fleurit. 

L'empire  Romain  s'écroule,  la  Gaule  n'est  plus  protégée,  mais 
elle  est  disciplinée  par  le  Christianisme,  soumise  à  l'autorité  mo- 
rale des  vieillards  qui  gouvernent  les  églises  ;  et  tandis  que  les 
nouveaux  conquérants  forment  dans  son  sein  une  caste  guer- 
royante, elle,  la  vieille  race  régénérée  dans  la  foi,  devenue  désor- 
mais la  France,  bâtit  les  églises  romanes  et  gothiques,  dont  Ban- 
nost,  Vaudoy,  Nangis,  La  Croix,  Rampillon  et  Jouy,  nous  ont 
offert  d'intéressants  spécimens. 

La  féodalité  a  aussi  ses  grandeurs  dans  les  châteaux  de  Nangis 
et  de  Beaulieu  ;  elle  s'unit  à  la  religion  dans  ces  corporations  de 
moines-soldats,  dont  les  églises  fortifiées  et  les  sépultures  de 
Rampillon  et  de  La  Croix,  nous  révèlent  à  la  fois  la  puissance  et 
l'abnégation. 

Pourtant  la  féodalité  s'affaiblit  dans  ses  luttes  ;  la  commune, 
souvenir  de  l'ancien  municipe,  de  l'antique  cité,  renaît  et  grandit. 
L'humble  porche,  qui  abrite  ses  délibérations,  s'élève  à  l'ombre 
de  l'église. 

Passons  vite  sur  les  déplorables  incidents,  qui  ont  causé  tant 
de  désastres,  les  Normands,  les  Anglais,  les  luttes  religieuses  ; 
arrivons  à  la  Renaissance,  elle  inaugure  l'ère  moderne,  le  triomphe 
des  arts,  de  la  civilisation  et  de  la  liberté.  Tous  nos  monuments 
s'impreignent  bientôt  de  son  esprit  artistique  et  se  décorent  des 
élégantes  conceptions  qu'elle  a  enfantées  ;  citons  seulement  l'autel 
votif  de  La  Croix,  les  magnifiques  sculptures  de  Bannost,  l'autel 
de  Villegagnon,  les  boiseries  peintes  de  Jouy-l'Abbaye,  actuelle- 
ment transportées  à  Villegagnon,  les  dalles  tumulaires  d^  La  Croix, 
les  remarquables  peintures  à  fresques  de  Nangis,  et  vous  voyez, 
Messieurs,  qu'en  résumant  cette  revue  de  notre  féconde  et  labo- 
rieuse campagne,  en  énumérant  seulement  ce  que  possède  un  tout 
petit  coin  de  notre  département,  nous  pouvons  dire  :  l'histoire  est 
là,  et  répéter  un  mot  célèbre  :  Quarante  siècles  ont  passé  devant 
nous. 


—  167  — 

TN  MONUMENT  FUNÉRAIRE 

Des  seigneurs  de  Courceaux  au  XIII^  siècle,  dans  le  Cimetière  de  Montereau-sur-le-Jard, 

PAR    M.    GRÉSY, 
Membre  foadateur  (  Président  de  la  Section  de  Alelnn  ). 


Il  n'existe  peut-être  pas  deux  cimetières  en  France  oti  l'on  re- 
trouverait encore  debout  un  monument  funéraire  du  xiii^  siècle, 
d'abord  parce  qu'à  cette  époque  les  concessions  à  perpétuité  obte- 
naient facilement  le  privilège  d'être  placées  dans  l'intérieur  des 
églises,  d'un  autre  côté,  les  nouvelles  ordonnances  de  police  et  de 
salubrité  tendent  tous  les  jours  à  raréfier  le  nombre  des  cimetières 
primitifs,  et  si,  dans  le  peu  qui  en  reste,  des  monuments  ont 
été  élevés  au  moyen-âge,  les  fureurs  des  dissensions  civiles  ou  re- 
ligieuses ont  dû  les  faire  disparaître  aux  xvi"  et  au  xviii^  siècles, 
quand  les  intempéries  du  ciel  n'en  avaient  pas  encore  consommé 
l'entière  destruction.  La  suppression  du  cimetière  des  Innocents 
à  Paris  oii  se  remarquait  la  croix  Gatine  et  d'autres  croix  du  même 
genre  en  offre  un  mémorable  exemple.  Les  curieux  débris  dont 
nous  avons  l'honneur  de  vous  soumettre  les  dessins  sont-ils  dans 
le  lieu  de  la  fondation?  Ont-ils  été  apportés  d'un  ancien  cimetière 
de  Courceaux  ou  dii  Jard?  L'absence  complète  de  documents  à  cet 
égard  rend  la  question  difficile  à  trancher,  ce  qu'il  y  a  seulement 
de  certain,  c'est  que  le  monument  a  changé  de  destination  en  de- 
venant la  croix  communale  du  cimetière  de  Montereau,  et  l'espèce 
de  pyramide  grossière  sur  laquelle  il  est  exhaussé  me  semble 
prouver  qu'il  a  dû  être  changé  de  place. 

Il  y  a  quelques  années  ce  cimetière,  qui  a  heureusement  con- 
servé son  emplacement  primitif  autour  de  l'église,  n'était  pas  en- 
core fermé  de  murs.  Un  jour  de  chasse,  nous  revenions  fatigués  et 
nous  faisions  comme  les  habitants  du  lieu,  nous  le  traversions  pour 
abréger  le  chemin,  lorsque  je  remarquai  que  la  croix  de  fer  qui  en 
occupe  le  centre,  était  fichée  et  scellée  dans  un  fût  de  pierre  brisé, 
paraissant  provenir  d'une  autre  croix  plus  ancienne  (PI.  I,  fig.  i). 
En  écartant  avec  le  canon  du  fusil  l'épais  buisson  de  ronces  et  d'é- 
pines qui  en  masquait  complètement  la  base  (vérification  que,  dans 
toute  autre  circonstance,  on  n'aurait  peut-être  pas  tenté  de  faire, 
faute  d'en  avoir  de  suite  le  moyen),  je  distinguai  sous  d'épaisses 
couches  de  mousse  et  de  lichen,  un  massif  quadrangulaire,  sur- 
monté d'un  larmier  et  couronné  aux  quatre  angles  d'aspérités  qui 


—  168  — 

semblaient  promettre  quelques  détails  de  sculpture.  L'espoir  de 
découvrir  une  inscription  intéressant  notre  histoire  locale  me  fit 
revenir  dès  le  lendemain,  muni  de  divers  ustensiles  propres  à 
nous  débarrasser  de  toutes  ces  enveloppes  parasites.  Dans  mon 
impatiente  curiosité  je  me  mis  de  suite  à  l'œuvre;  un  chercheur 
d'or  n'aurait  pas  entamé  son  placer  avec  plus  de  passion.  Pour 
ménager  davantage  la  vénérable  pierre,  je  finis  par  n'employer 
que  la  brosse  dure  et  le  lavage  à  grande  eau.  Quel  stimulant  ce  fut 
pour  nous  quand,  sous  la  terre  végétale  qui  empâtait  les  quatre 
faces  du  larmier,  mesurant  chacune  0,  95  c.  de  largeur  sur  0,  10  c. 
de  hauteur,  je  reconnus  les  vestiges  profonds  d'une  gravure  régu- 
lière, mais  malheureusement  tellement  confondus  avec  les  pro- 
fondes rigoles  que  les  eaux  pluviales  y  avaient  incessamment 
creusées,  qu'il  était  impossible  de  déchiffrer  un  seul  mot;  l'éclat 
du  soleil  no  faisait  qu'accroître  la  difficulté  en  faisant  miroiter  éga- 
lement la  lumière  sur  toute  cette  surface  rugueuse.  (PI.  II,  fig.  2.) 
C'est  alors  que  j'eus  l'idée  d'emplir  tous  les  creux  de  mine  de  plomb 
en  poudre,  et  ensuite  de  souffler  avec  précaution  presque  parallèle- 
ment au  plan  du  larmier,  de  manière  à  ne  chasser  la  poudre  que 
des  cavités  les  moins  profondes;  après  avoir  répété  plusieurs  fois 
l'expérience,  jugez  quelle  jouissance  ce  fut  pour  l'archéologue,  de 
voir  apparaître,  comme  par  magie,  sur  les  quatre  côtés,  une  ligne 
non  interrompue  de  belles  lettres  onciales  tracées  en  noir,  qui 
donnaient  l'inscription  suivante  : 


flSîî 


f  Ci  dessouz  gisent  feu  Acelin  de  Courciaus  et  Perrenele  sa  famé, 
notre  sires,  par  sa  grâce,  leur  po7'doint  leur  me  fez.  Amen. 


—  169  — 

Puis,  dans  la  gorge  qui  se  profile  au-dessous  du  larmier,  Je 
dégageai  des  rinceaux  profondément  fouillés  qui,  autant  qu'on  en 
peut  juger  dans  leur  état  de  dégradation,  paraissent  appartenir  à 
la  flore  nationale  (PI.  II,  fig.  2).  Or,  vous  savez  que  c'est  un  des 
caractères  les  plus  distinctifs  de  l'architecture  du  xiii^  siècle. 

Enfin,  autour  du  fût,  qui  est  annelé  à  la  base,  nous  vîmes 
sculptées  en  ronde  bosse,  les  quatre  figures  symboliques  des  Évan- 
gélistes;  quoique  décapitées,  elles  sont  faciles  à  reconnaître  et 
tiennent  chacune  un  philactère  des  livres  saints  (PL  II).  L'homme 
seul  est  ailé,  et  il  a  en  outre  une  espèce  d'amict  croisée  autour 
du  cou  (PL  II,  fig.  4).  On  voit  par  ce  détail  que  dès  le  xiii''  siècle 
les  imagiers  avaient  déjà  mis  en  oubli  les  règles  hiératiques  qui 
veulent  que  l'attribut  de  saint  Mathieu  soit ,  non  pas  un  ange, 
mais  un  homme,  par  la  raison  qu'il  commence  son  livre  par  la 
naissance  humaine  du  Sauveur,  en  racontant  sa  généalogie,  ainsi 
que  l'ont  prouvé  Dom  Guéranger  d'après  saint  Grcgoire-le-Grand 
et  encore  récemment  M.  l'abbé  Van  Drîval  en  décrivant  la  croix 
d'Oisy  (Pas-de-Calais)  (1);  suivant  nous,  la  confusion  a  du  prove- 
nir de  ce  que  l'école  symbolique,  pour  exprimer  la  sublimité  de 
la  doctrine,  aimait  souvent  à  ajouter  des  ailes  aussi  bien  au  lion 
et  au  bœuf  qu'à  l'homme,  ce  qui  -faisait  que  le  vulgaire  le  prenait 
pour  un  ange;  mais  du  moment  que  les  autres  animaux  sont 
figurés  sans  ailes,  il  est  évident  que  l'homme  doit  en  être  égale- 
ment dépourvu  (2). 

N'était-ce  pas  une  belle  inspiratien  de  placer  ainsi  au  pied  de 
la  croix,  qui  est  le  trophée  de  la  foi  chrétienne,  ces  figures  tétra- 
morphes,  comme  quatre  satellites,  auxquels  en  sont  confiées  la 
garde  et  la  défense  ;  elles  semblent  partir  de  cet  arbre  de  vie  et 
s'avancer  vers  les  quatre  points  cardinaux  pour  proclamer  la  vérité 
et  instruire  les  nations. 

Autant  il  est  fréquent  de  rencontrer  sur  les  monuments  chré- 
tiens ces  quatre  figures  symboliques  dessinées,  peintes  ou  gravées 
au  trait  ou  môme  exécutées  en  bas-relief,  autant  il  est  rare  de  les 
voir  sculptées  en  ronde  bosse.  Nous  serions  même  embarrassé 
d'en  citer  en  France,  un  autre  exemple  que  celui  de  la  tour  Saint- 
Jacques-la-Boucherie,  à  Paris,  appartenant  déjà  à  cette  époque  de 
décadence  oti  l'art  commençait  à  se  matérialiser  (3)  ;  mais,  en 

(1)  Voir  la  Revue  de  l'art  chrétien,  2»  année,  no  7,  juillet  1858,  p.  313. 
(2J  Entre  autres  exemples,  voir  la  miniature  qui  accompagne  notre  Étude  histo- 
rique et  paléographique  sur  le  rouleau  mortuaire  de  Guillaume  des  Barres. 
(3)  Eu  Italie,  il  serait  plus  facile  d'en  trouver  des  exemples,  car  outre  le  célèbre 


—  170  — 

général,  il  semble  que  ce  soit  avec  intention  que  l'art  chrétien, 
toujours  si  logique  dans  ses  enseignements,  ait  évité  de  donner 
une  forme  trop  saisissable  à  la  représentation  d'un  symbole  mys- 
tique qui  ne  devait  parler  qu'aux  yeux  de  l'esprit,  c'est  donc  ici 
un  type  exceptionnel  et  digne  d'être  remarqué.  En  s'orientant 
suivant  la  lecture  de  l'inscription,  le  rang  assigné  ordinairement 
aux  quatre  Évangélistes  n'est  pas  observé,  l'aigle  qui  devrait  venir 
immédiatement  après  le  lion  est  aussi  précédé  du  bœuf;  mais 
nous  ferons  remarquer  que  l'ordre  hiératique  est  parfaitement 
suivi  sur  le  pied  de  la  Croix  de  saint  Bertin,  monument  de  la  fin 
du  XII''  siècle  (1),  qui  est  conservé  au  musée  de  Saint-Omer.  L'abbé 
Suger  eut  soin  de  s'y  conformer  aussi,  lorsqu'il  les  fit  placer,  en 
1144,  sur  un  pied  de  croix  de  l'église  de  Saint-Denis. 

Il  n'est  pas  sans  intérêt  de  rappeler  que  Gourceaux  était  une 
seigneurie  de  franc  aleu,  exempte  de  toute  servitude  et  de  toute 
prestation  et  l'une  des  plus  anciennes  de  la  Brie  ;  elle  avait  été  lé- 
guée, aux^  siècle,  par  Bouchard  ou  Burkhardt,  premier  comte  de 
Melun,  à  l'abbaye  de  Saint-Maur-des-Fossés,  où  le  célèbre  dona- 
teur s'était  retiré  et  était  allé  prendre  l'habit  religieux  avant  de 
mourir  :  «  Unum  alodum  qui  vocatur  Curciaciis,  »  porte  la  charte 
du  roi  Robert,  qui  a  été  transcrite  au  xii«  siècle,  dans  le  Grand 
Cartulaire  Blanc,  conservé  aux  archives  de  l'Empire. 

Le  4  des  ides  de  juillet  en  1060,  pendant  un  séjour  à  Melun,  le 
roi  Henri  I"  déchargea  l'abbaye  de  Saint-Maur-des-Fossés  de  la 
mauvaise  coutume  que  ses  cuisiniers  et  serviteurs  avaient  de 
prendre  les  chairs  de  bœuf  aux  villes  de  Gourceaux  et  de  Moise- 
nay,  avec  défense,  sous  peine  de  vingt  livres  d'or,  de  violer  ce 
privilège.  En  1118,  Louis-le-Gros,  donna  à  la  même  abbaye  le 
droit  de  voierie  à  Gourceaux. 

Louis-le-Jeune,  étant  à  Melun  en  1172,  défendit  au  prévôt  de 
Melun  et  à  ses  autres  officiers,  de  rien  prendre  sur  les  hôtes  de 
l'abbaye  de  Saint-Maur  à  Gourceaux,  dont  les  coutumes  et  privi- 
lèges furent  encore  confirmés  par  une  charte  de  Philippe-Auguste 
datée  de  1210. 

Quant  aux  seigneurs  autochtones  de  Gourceaux,  qui  apparais- 


lion  de  la  place  Saint-Marc,   à  Venise,  les  quatre  animaux  symboliques  se  retrou- 
vent sculptés  en  romJe  bosse  sur  quatre  entablements  du  portail,  aux  églises  d'Or- 
vielte  et  de  Palerme,  et  ils  se  groupent  pour  soutenir  le  pupitre  de  l'arabou,   daas 
l'église  de  Pistoia. 
(1)  Annules  Archéologiques  de  Didron,  xviii''  fome. 


—  174  — 

sent  au  xiii''  et  xiV  siècles,  ils  semblent  n'avoir  possédé  qu'un 
fief  relevant  de  l'abbaye  de  Saint-Maur. 

Simon  de  Gourceaux  était  prévôt  de  Melun,  en  1294,  et  des 
actes  de  1302  lui  donnent  encore  la  même  qualité. 

A  l'abbaye  du  Jard,  qui  n'était  qu'à  une  demi-lieue  de  Gourceaux, 
on  voyait  autrefois  dans  l'église,  près  de  la  chapelle  Saint-Authaire, 
une  dalle  tumulaire,  dont  le  dessin  nous  a  été  conservé  dans  un 
volume  de  la  collection  Gaignières,  qui  manque  à  la  bibliothèque 
Bodleienne  d'Oxford  et  dont  nous  devons  la  communication  à  la 
gracieuse  obligeance  de  M.  Albert  Lenoir  (PL  III).  Jean,'  Acelin 
de  Gourceaux  et  Agnès,  sa  femme,  y  sont  représentés  sous  deux 
arcades  trilobées,  dans  le  costume  civil  du  temps  :  l'homme  est 
coiffé  d'un  béguin  de  linon,  noué  sous  le  menton,  vêtu  d'une 
tunique  à  manches  étroites  et  descendant  jusqu'à  mi-jambes,  avec 
capuce  rejetée  sur  les  épaules  ;  la  femme  porte,  relevé  sur  la  tête, 
le  capuchon  pointu  de  son  dominical  et  par  dessous  une  longue 
robe  traînante.  Sa  guimpe  encadre  modestement  son  visage  et  re- 
couvre entièrement  les  nudités  du  cou,  comme  chez  les  religieuses 
cloîtrées  de  nos  jours.  Ses  heures  à  doable  fermoir  sont  suspen- 
dues à  son  bras  gauche  par  une  espèce  de  bandoulière  en  étoffe, 
qui  sert  en  même  temps  d'enveloppe  ou  de  reliure.  Autour  des 
personnages  et  jusque  sur  leurs  vêtements,  sont  gravées  des  an- 
tiennes et  les  litanies  du  saint  nom  de  Jésus.  Les  inscriptions  sont 
ainsi  conçues  : 

t  IGI. GIST. JEHAN. ACELIN. DE. GORGIAVS. QVI. TRES- 
PASSA.  LE.  MERGREDI.  DEVANT.  PASQUE.  LAN.  DE.GRA- 
GE.MIL.GGGZ  XXIX.PRIEZ.POVR.LAME.DE.LUY.AMEN 

t  IGI.GIST.AGNES.JADIS. FAME. JEHAN  AGELIN.QVI. 
TRESPASSA.LAN  DE.GRAGE.M.GGG.ZX(X)II.LE  SAMEDI 
DEVANT.NOEL.PRIEZ.DIEV.QUE  AIT.MERGI.DE  LAME. 
DE.LVY 

Par  un  bonheur  vraiment  inouï,  nous  avons  retrouvé  dans  nos 
cartons  de  titres,  seize  parchemins  originaux  de  1250  à  1351, 
scellés  sur  double  queue  ;  les  trois  plus  anciens  sont  en  latin  et 
émanent  du  doyen  de  la  chrétienté  de  Melun  ;  pour  la  plupart,  ce 
sont  des  lettres  d'acquisition  de  terres  à  Gourceaux,  au  profit  de 
ces  derniers  personnages.  Jean,  dit  Acelin  de  Gourceaux  y  est  qua- 
lifié clerc,  jadis  bailli  de  Joigny.  De  cette  dénomination  constante. 


—  172  — 

nous  sommes  porté  à  conclure  que  l'Acelin  de  Courceaux,  dont 
nous  retrouvons  le  monument  funéraire  à  Montereau,  devait  être 
son  père  et  que  par  un  reste  d'habitude,  on  lui  avait  toujours  con- 
tinué le  prénom  paternel.  Dans  cette  hypothèse,  la  croix  du  cime- 
tière de  Montereau  remonterait  à  la  seconde  moitié  du  xiii"  siècle, 
ce  qui  se  concilie  parfaitement  et  avec  le  style  des  sculptures  et 
avec  les  caractères  de  l'inscription.  En  conséquence,  Perrcnele, 
mère  de  Jean  de  Gourceaux,  serait  Perrenele  d'Aubigny  ;  cette 
attribution  se  fonde  sur  un  autre  acte  de  1319,  écrit  de  la  main 
de  Denis  d'Aubigny,  clerc,  et  scellé  de  son  sceau,  par  lequel  il 
consent  que  Jean  Acelin  de  Gourceaux,  son  cousin  germain,  prenne 
sur  la  succession  de  Jean  d'Aubigny,  leur  oncle  (i  jadis  souzdeacre 
de  Chartres  »  la  quantité  de  vingt-huit  arpents,  à  prendre  sur  la 
terre  d'Aubigny,  pour  la  fondation  d'une  chapelle  ainsi  ordonnée 
par  ce  Jean  d'Aubigny  «  pour  le  remède  de  l'âme  de  lui,  de  son 
père,  de  sa  mère  et  de  ses  amis.  » 

En  1296,  une  Aceline  de  Gourceaux,  fille  de  feu  Gote  de  Gour- 
ceaux, avait  déjà  vendu  tout  ce  qui  lui  provenait  de  la  succession 
de  son  père  :  une  maison,  une  bergerie  et  des  terres  derrière,  à 
Jean  Acelin  de  Gourceaux  et  à  Agnès,  sa  femme,  mais  on  ne  voit 
pas  à  quel  degré  de  parenté  ils  étaient  unis. 

La  pièce  la  plus  intéressante  est  la  donation  entre  vifs,  que  se 
font  en  1318,  Jean  Acelin  de  Gourceaux  et  Agnès,  sa  femme  ;  par 
le  même  acte,  ils  fondent  une  chapelle  à  Gourceaux  et  voici  le 
passage  textuel  : 

«  ...  De  rechief  recognurent  en  droict  par  devant  nous  li  devenz 
«  diz  Jehans  et  Agnes,  que  il  pour  le  remède  et  pour  li  salu  de 
«  leur  âmes,  de  leur  pères,  de  leur  mères,  de  leur  amis  et  de  ceus 
«  dont  il  avoient  eu  les  biens  de  leur  propre  volenté  et  de  ung 
«  assentement  avoient  donné  et  donnoient  touz  leur  conquez  quiex 
«  que  il  soient  den  quiex  que  leu  que  il  les  aient  retenu  et  reserve 
((  enfferme  si  come  desus  est  dit  tent  seulement  pour  fonder  une 
«  chapelle  en  la  ville  de  Gourciaus  en  loueur  et  ou  non  de  la 
(c  Sainte  Trinité,  de  la  glorieuse  verge  Marie  dos  Anges  de  Mons* 
«  s'  Jehan  bautistre  de  Mons'  s'  Jehan  levengelistre  de  touz  sainz 
«  et  de  toutes  saintes.  » 

Au  XVII®  siècle,  le  manoir  féodal  de  Gourceaux  était  déjà  trans- 
formé en  une  ferme  qui,  à  cause  de  ses  fortifications,  était  appelée  : 
les  Tournelles;  elle  devint  en  1654  la  propriété  de  Gharles-le- 
Prévost,  conseiller  au  parlement,  seigneur  de  Saint-Gerraain- 
Laxis. 


—  473  — 

Enfin,  comme  les  biens  et  revenus  du  doyenné  de  Saint-Maur 
furent  unis  en  1533,  à  l'église  de  Paris,  nous  voyons  dans  un 
compte  manuscrit  de  l'archevêque,  rendu  en  1759,  que  la  sei- 
gneurie de  Gourceaux  consistait  alors  en  une  masure,  censives  et 
droits  seigneuriaux  audit  lieu,  avec  haute,  moyenne  et  basse  jus- 
tice, cens  lods  et  ventes,  plus  cent  trente-cinq  arpents  de  terre, 
loués  à  François  Bourdin,  moyennant  huit  cent  quatre-vingts 
livres  de  fermage  annuel;  dans  la  Brie,  le  nom  des  Bourdin  ap- 
partient à  la  noblesse  agricole;  aujourd'hui,  ces  mêmes  terres  sont 
encore  tenues  par  un  descendant  de  ce  dernier,  M.  Eugène  Bour- 
din, maire  de  la  commune  de  Montereau-sur-le-Jard,  dont  dépend 
Gourceaux. 


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NOTE  SUR  DES  ANTIQUITÉS 

TROUVÉES  A  MELUN 

PAR    M.    G.    LUROY 
Membre  fondateur  (Section  do  Melnn). 


Le  26  août  1864,  en  déblayant  le  terrain  acquis  par  la  ville  de 
Melun,  pour  la  rectification  delà  rue  delà  Gourtil]e,aux  abords  de 
la  place  Notre-Dame,  on  a  constaté  l'existence  d'une  autre  partie 
du  mur  antique,  dans  lequel  ont  été  trouvés,  au  mois  de  février  de 
la  même  année,  l'inscription  et  le  bas-relief,  dont  vous  avez  tous 
entendu  parler.  Me  rangeant  à  l'opinion  exprimée  par  M.  Grésy, 
je  n'hésite  pas  à  reconnaître  dans  cette  substruction,  qui  résiste 
au  pic  des  démolisseurs,  une  enceinte  des  derniers  temps  de 
l'époque  gallo-romaine,  sinon  mérovingienne.  J'étais  loin,  d'ail- 
leurs, comme  on  peut  le  voir  dans  la  notice  que  je  publiai  alors, 
de  repousser  cette  assertion. 

Mais  le  point  sur  lequel  j'appelle  particulièrement  votre  atten- 
tion. Messieurs,  c'est  la  mise  au  jour,  dans  ce  même  endroit,  de 
plusieurs  spécimens  appartenant  à  l'art  gallo-romain  de  la  déca- 
dence. 

Le  premier  est  un  bas-relief  ou  stèle  funèbre,  en  pierre  tendre 
dite  de  Paris,  d'une  hauteur  réduite  de  cinquante-deux  centi- 
mètres sur  trente  centimètres  de  largeur,  représentant  un  jeune 
enfant.  Abrité  sous  une  niche  quadrilatère,  dont  les  bords  inté- 
rieurs sont  taillés  en  biseau,  il  est  figuré  debout;  ses  cheveux  longs 
et  flottants  encadrent  son  visage,  malheureusement  très-fruste. 
Une  sorte  de  robe  ou  tunique,  descendant  jusqu'aux  genoux,  com- 
pose son  vêtement.  Il  porte  un  objet,  qu'il  est  difficile  de  déter- 
miner après 'les  mutilations  qu'il  a  subies. 

Un  fragment  d'inscription,  en  capitales  romaines,  de  vingt-cinq 
millimètres  de  hauteur,  existe  au-dessus  de  ce  sujet.  On  y  dis- 
tingue, au  milieu  d'interruptions,  les  lettres  : 

.  .  .  ER  .  .  .   vb 
FIL 

On  doit  regretter  que  cette  sculpture  ait  été  brisée  dans  sa  par- 


—  176  — 

tie  inférieure  et  que  les  débris  n'aient  pu  être  retrouvés.  On  y 
eût,  sans  doute,  rencontré  la  suite  de  l'inscription,  ce  qui  en  eût 
facilité  la  restitution. 

La  forme  de  ce  monument  et  les  entailles  qui  existent  au  revers, 
indiquent  qu"il  devait  être  appliqué  sur  une  muraille  ou  sur  la 
paroi  d'un  tombeau. 

Le  deuxième  de  ces  objets,  en  pierre  semblable  à  la  précédente, 
est  un  fragment  de  sculpture,  montrant  également  une  tête  de 
jeune  enfant,  de  grandeur  naturelle  et  très-mutilée. 

Une  portion  de  colonnette,  surmontée  de  son  chapiteau,  d'ordre 
dorique  modifié,  et  d'un  diamètre  de  seize  centimètres,  gisait  à 
côté  de  ces  débris. 

Ces  différentes  antiquités,  qui,  selon  toutes  probabilités,  de- 
vaient contribuer  à  l'ornementation  d'une  sépulture,  dénotent  un 
art  peu  avancé. 

Je  vous  signalerai  aussi,  Messieurs,  la  découverte  d'un  sarco- 
phage de  jeune  enfant,  en  calcaire  grossier,  variété  de  la  pierre 
tendre  de  Paris.  En  voici  les  dimensions  :  longueur  totale,  quatre- 
vingts  centimètres;  longueur  de  la  partie  évidée,  cinquante-neuf 
centimètres  ;  largeur  de  cette  même  partie  au  sommet,  trente 
centimètres  et  demi;  largeur  vers  la  base,  vingt-neuf  centimètres; 
profondeur  uniforme,  trente-et-un  centimètres.  On  voit,  par  ces 
chiffres,  qu'il  n'a  pu  servir  qu'à  l'inhumation  d'un  enfant  de  l'âge 
le  plus  tendre,  et,  peut-être,  les  fragments  précédents  ne  sont-ils 
pas  étrangers  à  cette  sépulture.  Il  était  employé,  comme  appareil, 
dans  les  fondations  d'une  cave  voisine  de  l'emplacement,  sur 
lequel  ces  mêmes  fragments  ont  été  rencontrés. 

Sans  accepter  les  écarts  d'imagination,  que  s'est  permis  notre 
historien  Rouillard,  je  ne  peux  m'empôcher  de  remarquer  les  rap- 
ports qui  existent  entre  ces  découvertes  et  l'étymologie  du  nom 
de  la  Courtille,  vieux  mot,  dit-il,  qui  signifie  cimetière. 

Quant  à  la  prétendue  charte,  accordée  par  Ghildéric  I"  et  dans 
laquelle  il  est  question  de  la  sépulture,  au  même  lieu,  des  payens 
et  des  chrétiens,  je  ne  m'y  arrêterai  pas,  attendu  que  la  fausseté 
en  a  été  prouvée. 

Enfin,  Messieurs,  je  ne  vous  parlerai  que  pour  ordre  d'un  bas- 
sin, de  forme  semi-circulaire,  ayant  une  ouverture  à  l'un  de  ses 
angles  inférieurs,  et  également  taillé  dans  un  bloc  de  calcaire 
grossier.  Je  tiens  de  l'extrême  obligeance  de  M.  Grésy,  que  la 
découverte  primitive  de  cette  sorte  de  piscine,  faite  h  la  Courtille, 
remonte  à  une  quarantaine  d'années,  et,  qu'à  cette  époque,  sa 


—  177  — 

destination  supposée,  excita  vivement  la  curiosité  publique.  On 
ne  recula  pas  devant  l'idée  d'y  voir  une  portion  d'autel  antique 
pour  les  libations  ou  un  réservoir  pour  le  sang  des  victimes. 
Malgré  mon  amour  pour  l'archéologie,  je  ne  pousserai  pas  si  loin 
mes  appréciations  ;  je  me  garderai  même  de  vous  en  soumettre 
aucune,  dans  la  crainte  d'une  grande  déception,  que  susciterait 
l'évidence  d'une  trop  prosaïque  réalité. 

Sans  doute,  Messieurs,  tous  ces  objets  n'offrent  qu'un  intérêt 
secondaire;  j'ajouterai  que  leur  valeur  artistique  est  nulle.  Mais 
comme  il  est  possible  d'y  trouver  la  déduction  de  certains  faits 
concernant  notre  ville,  à  une  époque  où  les  chroniques  et  les  tra- 
ditions font  défaut,  il  me  paraît  important  d'en  constater  la  décou- 
verte et  surtout  d'en  assurer  la  conservation. 


12 


—  179  — 

NOTES  SUR  DES  FOUILLES 

FAITES  EN  NOVEMBRE  1864, 

AU  COTEAU  DE  LA  JUSTICE,  PRÈS  MEAUX, 

PAR    M.    A.    CARRO, 
Membre  fondateur  (Président  de  la  i>$ecUon  de  Aleaiix). 


Messieurs, 

Un  bloc  de  pierre  aperçu  par  hasard  dans  le  cours  d'une  pro- 
menade sur  les  coteaux  qui  dominent  au  nord  la  ville  de  Meaux, 
m'offrit  un  caractère  particulier  qui  attira  d'abord,  puis  stimula 
vivement  mon  attention  :  c'était  un  bloc  erratique  ayant  quatre 
mètres  cinquante  centimètres  à  peu  près  de  diamètre  moyen,  en- 
touré d'une  sorte  d'enceinte  de  pierres  d'assez  faible  dimension, 
plantées  verticalement  ;  cette  enceinte  avait  singulièrement  l'ap- 
parence d'un  petit  cromlech  ou  entourage  de  pierres,  genre  de 
monument  primitif  qui  remonte  chez  nous  à  nos  temps  anté- 
historiques. 

J'avais  vu  et  mesuré  des  cromlec'hs  en  Bretagne,  celui-ci  leur 
était  beaucoup  inférieur  par  les  dimensions,  mais  il  était  plus 
grand  que  le  cercle  qui  entoure  le  monument  anté-celtique  du 
Musée  de  Gluny,  avec  lequel  il  avait,  du  reste,  le  plus  étonnant 
rapport. 

Le  monument  de  Cluny ,  découvert  dans  la  Varenne-Saint- 
Maur,  par  notre  confrère  M.  Louis  Leguay,  architecte  à  Paris, 
recelait  le  squelette  d'un  homme  et  celui  d'un  cheval;  mais  les 
cercles  de  pierres  verticales  n'ont  pas  toujours  été  l'indice  d'une 
sépulture,  ils  ont  eu  aussi  pour  objet  de  rendre  un  lieu  respec- 
table, sacré,  d'en  écarter  les  profanes.  Ces  enceintes  ont  signalé 
l'emplacement  d'un  bûcher,  d'un  lieu  de  réunion  religieuse,  de 
conférence  politique.  On  peut  inférer  d'expressions  d'Ossian  qu'un 
cercle  analogue  entourait  la  Pierre  du  pouvoir. 

Préoccupé  de  ces  divers  points  de  comparaison,  je  retournai 
peu  après  au  coteau  de  la  Justice  faire  le  plan  qu(,'  vous  avez  sous 
les  yeux  (Planche  IV,  fig.  1).  Los  fissures  qui  divisent  le  bloc,  en 


—  180  — 

sept  et  même  huit  fragments,  sont  récentes  ;  elles  remontent  à 
une  quinzaine  d'années  et  ont  été  produites  par  la  mine;  elles 
sont  dues  à  une  tentative  d'exploitation,  abandonnée  tout  aussitôt 
en  raison  de  l'excessive  dureté  de  la  pierre. 

Dans  un  voyage  à  Paris,  je  communiquai  ce  plan  à  M.  de 
Longpérier,  membre  de  l'Institut. 

Frappé  comme  moi  de  la  configuration  de  cet  assemblage  de 
pierres,  il  fut  d'avis  qu'il  y  fallait  faire  des  fouilles,  et  comme 
preuve  que  son  avis  était  sérieux  il  voulut  contribuer,  immédia- 
tement, et  pour  une  part  relativement  élevée,  aux  frais  qu'elles 
devaient  occasionner. 

Sur  l'exposé  de  ce  qui  précède,  la  Société  d'Agriculture  de 
Meaux  qui  avait  bien  voulu  il  y  a  quelques  années,  favoriser  par 
une  allocation,  des  fouilles  qui  firent  reconnaître  d'une  manière 
certaine  une  partie  de  l'enceinte  du  camp  Romain  de  la  Bauve, 
précisément  dans  le  voisinage  de  la  Justice,  et  sur  lequel  je  me 
propose  d'attirer  quelque  jour  votre  attention,  la  Société  d'Agri- 
culture, dis-je,  vota  le  complément  d'allocation  nécessaire,  et  des 
fouilles  ont  été  faites.  Notre  collègue  M.  Grésy,  président  de  la 
Section  de  Melun,  membre  de  la  Société  impériale  des  Anti- 
quaires, avec  lequel  j'avais  eu  occasion  de  m'entretenir  de  cet 
objet,  désira  assister  aux  premières  recherches  ;  venu  de  Paris 
passer  un  jour  à  Meaux,  il  repartit  persuadé,  que  c'était  bien  un 
monument  primitif  dont  ces  recherches  avaient  pour  objet  de  faire 
connaître  la  destination. 

Bien  que  les  fouilles  n'aient  pas  produit  des  résultats  aussi 
précis  que  nous  eussions  pu  l'espérer,  elles  ont  donné  lieu  cepen- 
dant à  des  observations  assez  importantes  pour  vous  être  présen- 
tées, je  vais  le  faire  brièvement. 

Une  première  tranchée,  de  deux  mètres  de  profondeur  fut 
creusée  sur  un  des  points  le  plus  facilement  accessibles  ;  elle  est 
indiquée  au  plan  par  des  lignes  ponctuées,  AA;  cette  tranchée 
qui,  passant  sous  le  centre  du  bloc  avait  atteint  le  bord  opposé,  ne 
donna  aucun  indice.  Réfléchissant  alors  h  l'extrôme  antiquité  du 
monument,  si  monument  il  y  avait,  et  le  considérant  comme  an- 
térieur à  l'âge  de  bronze,  œuvre  par  conséquent  d'un  peuple  à 
demi  sauvage,  privé  de  l'usage  des  métaux  et  no  pouvant  creuser 
aisément  une  terre  glaise  très-compacte  comme  celle  que  la  tran- 
chée avait  traversée,  je  pensai  que  si  lo  bloc  avait  été  superposé  h 
une  sépulture  elle  devait  se  trouver  près  de  sa  circonférence  plutôt 
qu'engagée  très-avant;  j'y  joignis  cette  autre  réflexion,  que  l'orient 


—  181  — 

avait  été  dans  la  plus  haute  antiquité  une  direction  sacrée,  objet 
de  rite  en  quelque  sorte,  et  me  souvenant  que  les  deux  conditions 
que  je  viens  d'indiquer  s'étaient  présentées  dans  l'hypogée  ou  sé- 
pulture enfouie  sous  le  bloc  erratique  de  Grécy,  (PL  IV,  fig.  2), 
dont  en  novembre  1842  je  fus  chargé  par  M.  le  sous-préfet  de 
Meaux  de  sur\eiller  les  fouilles,  je  fis  commencer  une  autre 
tranchée  au  levant.  Elle  est  également  indiquée  au  plan. 

A  quatre-vingts  centimètres  environ  de  profondeur  verticale, 
nous  rencontrâmes  un  lit  de  pierrailles  évidemment  placé  là  de 
main  d'homme  (il  est  indiqué  B  fig.  1  du  plan).  Ce  lit,  épais  de 
vingt  centimètres,  avait  environ  deux  mètres  sur  un  mètre  cin- 
quante de  dimensions  horizontales.  La  terre,  qui  le  recouvrait, 
offrait  des  nuances  brunes  qui  ne  paraissaient  pas  dans  la  terre 
jaune  de  la  première  tranchée. 

Incontestablement  ce  lieu  avait  été  fouillé,  mais  avait-il  recelé 
une  sépulture?  On  remarquera,  en  jetant  les  yeux  sur  le  plan  de 
l'hypogée  de  Grécy  (fig.  2),  joint  au  premier  et  rapporté  à  la 
même  échelle,  que  la  situation  excentrique  et  l'orientement  sont 
les  mêmes.  L'hypogée  G  de  Grécy  était  plus  étendu,  trois  mètres 
trente  centimètres  sur  deux  mètres  quarante  centimètres,  mais 
aussi  il  avait  servi  de  demeure  à  une  cinquantaine  de  cadavres, 
dont  les  ossements  formaient  trois  couches  superposées.  On  y  trouva 
en  outre  les  objets  dont  je  mets  la  collection  sous  vos  yeux  (1), 
collection  renfermant  surtout  un  des  plus  curieux  spécimens  con- 
nus de  l'industrie  de  nos  grands  aïeux  de  l'âge  de  pierre,  une  petite 
lame  de  silex  très-tranchante,  ingénieusement  enchâssée  dans  un 
fragment  de  côte  de  bœuf,  lequel  est  percé  d'un  petit  trou  rond 
servant  à  suspendre  ce  délicat  instrument. 

Je  n'ai  point  la  prétention  d'affirmer,  que  le  lit  de  pierrailles, 
dont  il  s'agit  plus  haut,  quoique  difficilement  explicable  autre- 
ment, indique  avec  certitude  une  sépulture  violée.  Je  ferai  ce- 
pendant cette  remarque,  que  sépulture  notable,  celle  d'un  chef, 
peut-être,  ainsi  que  l'indiquerait  le  cercle  de  pierres,  elle  aura 
dû,  comme  presque  toutes  dans  les  Gaules,  exciter  la  convoitise 
des  Romains  envahisseurs,  dont  un  Castnm  stativum^  le  camp 
de  la  Bauve,  se  trouvait  si  rapproché.  Je  dis  la  convoitise,  par 
ce  que  les  colliers  et  autres  ornements  en  or  n'étaient  pas  rares 
dans  les  sépultures  gauloises.  Il  est  à  noter  même  que  la  con- 

(1)  Quelques  haches  en  silex  poli,  dont  une  fixée  dans  un  morceau  de  corne  de 
cerf,  des  amulettes  en  serpentine,  un  poinçon  en  os. 


—  182  — 

naissance  de  l'or,  qui  existe  à  l'état  natif,  paraît  avoir,  dans  nos 
régions  occidentales,  précédé  la  connaissance  des  autres  métaux. 
J'ai  vu  en  Bretagne  un  collier  d'or  exhumé  d'une  sépulture 
anté-historique,  si  grossièrement  travaillé  que  l'emploi  d'outils 
en  silex,  s'y  révélait  d'une  manière  frappante.  L'hypogée  de 
Crécy,  sépulture  collective  et  vulgaire,  suivant  les  probabilités, 
n'avait  rien  sans  doute  qui  attirât  l'attention,  et  paraît  d'ailleurs 
avoir  dû  être  cachée  dans  les  bois  dont  la  forêt  de  Crécy  nous 
offre  un  fragment  bien  amoindri  :  à  l'époque  de  l'invasion  ro- 
maine ils  s'étendaient  encore  jusqu'à  Grouy.  La  sépulture  du 
musée  de  Gluny,  beaucoup  moins  apparente  que  le  bloc  de  la 
Justice,  était  comme  enfouie  dans  un  bois  et  sous  des  broussailles, 
lorsque  M.  Leguay,  possesseur  du  terrain,  la  reconnut  et  la  fit 
touiller. 

Je  voulus  compléter  mes  recherches  et  savoir  si  une  tranchée 
circulaire  extérieure  AAA,  sur  les  points  non  encore  attaqués, 
ne  donnerait  point  des  traces  d'une  terre  anciennement  remuée; 
il  ne  s'en  trouva  pas,  mais  cette  tranchée,  en  mettant  à  découvert 
la  base  de  la  plupart  des  pierres  verticales  permit  de  pleinement 
constater  qu'elles  étaient  enfoncées  profondément  en  terre,  qu'elles 
avaient  en  général  de  plus  fortes  dimensions  à  l'intérieur  qu'à 
l'extérieur,  que  l'action  de  l'homme  dans  leur  plantation  et  leur 
disposition  était  de  toute  évidence. 

Ajouterai-je  ici  cette  considération  secondaire  que  F  habitation 
ou  du  moins  la  fréquentation  de  la  presqu'île  oii  Meaux  fut  établi 
plus  tard,  se  trouve  corroborée  par  une  découverte  faite  en  mai 
1863,  sur  la  place  même  de  l'Hôtel-de-Ville,  à  l'entrée  de  la  rue 
du  Tribunal?  On  creusait  alors  les  canaux  destinés  à  recevoir  les 
conduits  des  eaux  de  la  ville,  et  dans  les  terres  extraites  d'un  ter- 
rain naturel  et  nullement  remblayé,  on  trouva  une  hache  en  silex 
accompagnée  de  quelques  débris  d'ossements  humains. 

Voilà,  Messieurs,  les  faits  que  j'ai  pu  observer.  Je  ne  veux 
•imposer  à  personne  une  conviction  qui  peut  bien  n'être  pas  assez 
invulnérable,  je  suis  au  contraire  heureux  de  trouver  en  vous 
des  juges  à  qui  j'ai  pu  en  soumettre  les  éléments. 


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—  183  — 

ORIGINE  DU  NOM  DE  TRILPORT 

ET 

PREUVE   DE    L'EXISTENCE   DE  CETTE   LOCALITÉ 
A  L'ÉPOQUE  GALLO-ROMAINE. 

PAR    LE    V"    DE    PONTON    d'aMÉCOURT 
Membre  fondateur  (Section  de  IMeanx). 


Le  nom  de  Trilport  est  composé  des  trois  mots  :  Trie-le-Port. 
On  ]e  trouve  inscrit  de  cette  façon  sur  les  premières  cartes  géogra- 
phiques et  sur  les  anciens  documents.  A  la  fin  du  xvi^  siècle  on 
l'écrivait  Trilleport,  en  un  seul  mot,  et  dès  le  premier  quart  du 
xvii*^  siècle,  il  apparaît  dans  les  titres  avec  sa  forme  actuelle. 
Quoiqu'on  le  prononce  Triport  sans  faire  sentir  1'/,  il  a  conservé 
dans  son  orthographe  les  éléments  essentiels  des  trois  mots  qui 
l'ont  formé. 

Le  nom  de  Trie  est  commun  à  un  certain  nombre  de  localités, 
et  il  est  aisé  de  remarquer  que  ces  localités  sont  toutes  situées 
auprès  d'un  cours  d'eau.  Sur  la  Marne  seulement  nous  trouvons 
Try  près  de  Dormans,  Trilport^  Trilbardou.  Citons  encore  Triel, 
près  de  Pontoise,  sur  la  Seine,  Triac,  sur  la  Charente,  etc.  Sou- 
vent ce  même  élément  entre  dans  la  terminaison  des  noms  de 
lieux;  nous  le  trouvons  dans  Maëstricht,  qui  s'appelait  Triectum  à 
l'époque  mérovingienne,  dans  Utecht,  et  chez  nous,  suivant  toute 
apparence,  dans  Citry^  près  de  Charly.  Celles  de  ces  localités  dont 
le  nom  ancien  est  connu,  s'appelaient  invariablement  Trajectam. 
Trilbardou  est  ainsi  désigné  dans  la  vie  de  sainte  Geneviève; 
Maëstricht  s'appelait  dans  l'origine  Mosœ  Trojectum,  passage  de 
la  Meuse,  puis,  par  corruption,  Iriectum;  Utrecht,  Ulierius  Tra- 
jedum;  il  est  probable  que  Cùry,  pour  une  raison  à  étudier,  s'ap- 
pelait Citerius  Trajeclum;  enfin,  il  est  incontestable  que  Trie  est 
dérivé  de  Trajectus.  Le  nom  d'un  saint  personnage,  sanctus  Pre- 
jecfus,  qui  est  devenu  St-Priest,  nous  présente  une  transformation 


—  184  — 

analogue  à  celle  que  nous  constatons  et  prouve  qu'elle  est  régu- 
lière, c'est-à-dire  conforme  aux  lois  de  la  philologie. 

T7'ie  signifie  donc,  passage,  action  de  franchir,  et  vient  du  latin 
irans  eijacere;  auprès  d'un  cours  d'eau,  cela  veut  dire  :  passage  de 
ce  cours  d'eau,  traversée  de  la  rivière. 

Cette  simple  notion,  cette  étymologie  qui  pouvait,  au  premier 
moment,  paraître  sans  importance,  prend  ici  les  proportions  d'une 
révélation  historique  et  géographique.  Voilà  toute  une  classe  de 
localités  anciennes,  puisque  leur  nom  nous  prouve  qu'elles  exis- 
taient dans  le  temps  où  la  langue  latine  était  en  usage,  et,  déplus, 
voilà  toute  une  série  de  lieux  qui  nous  indiquent  les  croisements 
des  voies  romaines  avec  les  cours  d'eau.  Là,  on  franchissait  la 
rivière,  là,  par  conséquent,  passait  une  voie;  c'est  à  l'aide  de  jalons 
de  ce  genre  qu'on  retrouvera  tous  les  desiderata  de  la  carte  rou- 
tière des  Gaules  ;  cette  carte  est  pour  ainsi  dire  tracée  dans  l'éty- 
mologie  des  noms,  il  suffît  de  savoir  les  comprendre. 

Si  l'on  examine  sur  la  carte  la  situation  des  divers  lieux  dont  le 
nom  est  composé  du  radical  Tr?',  on  trouvera  la  confirmation  de 
tout  ce  que  je  viens  d'avancer;  on  constatera  que  ces  lieux  sont 
situés  sur  la  ligne  qui  relie  deux  villes  importantes,  deux  chefs- 
lieux  de  cités.  C'est  ainsi  que  Triel?>e.  trouve  sur  la  ligne  de  Chartres 
à  Senlis,  par  Pontoise,  Trilbardou,  sur  une  des  lignes  de  Meaux  à 
Paris,  Trilport,  sur  la  ligne  de  Meaux  à  Châlons,  etc. 

Trajectus  étant  un  mot  de  bonne  latinité,  ce  n'est  ni  avant,  ni 
après  l'occupation  Romaine  que  cette  localité  a  reçu  son  nom;  ceci 
est  encore  intéressant  à  constater.  Une  dénomination  ne  porte 
pas  seulement  son  sens  avec  elle,  elle  porte  aussi  sa  date.  Ainsi, 
le  mot  Briv  qui  signifie  pont  en  Gaulois,  nous  révèle,  par  sa  pré- 
sence, dans  la  composition  d'un  nom,  l'origine  gauloise  d'une 
localité;  comme  les  lieux  en  Tri,  les  lieux  en  Briv  sont  toujours 
au  croisement  d'une  voie  et  d'un  cours  d'eau  ;  Brivisara,  ou  Pont- 
sur-Oise  (Pontoise);  Briovira,  ou  Pont-sur-Vire  (St-Lô);  Samaro- 
briva,  ou  Pont-sur-Somme  (Amiens);  Corobriva,  ou  Pont-sur-Cher 
(Gabris);  Saraoibriva,  ou  Pont-sur-Sarre  (Saarbruck).  Mais  si, 
au  lieu  du  radical  gaulois  Briv,  nous  trouvons  le  mot  latin  Pons 
dans  la  composition  des  noms,  la  localité  n'est  plus  Gauloise,  elle 
devient  Romaine;  quelquefois  c'est  l'ancien  nom  qui  se  latinise  : 
Brivisara  devient  Pontoise,  mais  le  plus  souvent  c'est  un  nom  neuf 
qui  se  crée  à  l'occasion  du  travail  d'art  exécuté  par  les  Romains 
pour  la  traversée  d'un  cours  d'eau;  c'est,  par  exemple  :  Pons  petreus 
(Pompierre  et  Pierrcpont);    Pons  lapidensis  (Pontlevoy)  ;  Pons 


—  185  — 

fabricatiis  (Pontfavcrgé)  ;  Pons  quadratus  (Pontcarré,  près  Lagny)  ; 
Longus  Pons  (Longpont)  ;  ou  bien  c'est  la  simple  dénomination  de 
Pont,  complétée  ou  non  par  celle  du  cours  d'eau  :  Pons-Icaunœ 
(Pont-sur-Yonne);  Pons  Mucrœ  (Pommeuse,  près  Goulommiers); 
Duodecim  Pontes  (Pont-sur-Seine). 

Le  nom  de  Trajectns  s'étant  immobilisé  s'est  bientôt  corrompu  ; 
il  s'est  altéré  en  prenant  successivement  les  formes  :  Triectum, 
Triect,  Trie  ;  puis  il  s'est  affublé,  à  Trilport,  d'une  terminaison  qui 
nous  indique  que  cette  localité  a  continué  à  être  le  passage  de  la 
Marne,  pendant  la  période  de  la  basse  latinité,  c'est-à-dire  pen- 
dant l'époque  mérovingienne. 

C'est,  en  effet,  pendant  les  vii^  et  viii"  siècles  que  des  localités 
situées,  non  pas  seulement  sur  le  bord  de  la  mer,  mais  encore 
dans  l'intérieur  du  continent,  nous  apparaissent  avec  la  qualifica- 
tion de  port.  Déjà  la  Notice  des  provinces  de  la  Gaule  nommait  avec 
cent  vingt-quatre  civitates  et  cinq  castra,  un  portas,  le  portus  abucini 
(Port-sur-Saône?).  Les  monnaies  mérovingiennes  en  révèlent  plu- 
sieurs autres  :  Cristoialus  portus,  probablement  le  port  de  Gréteil 
près  Paris;  le  Bas  portus,  peut-être  Bassac  près  d'un  Triac  sur  Ja 
Charente,  etc. 

Le  moi  poiHus,  dans  la  basse  latinité,  avait,  entre  autres  signifi- 
cations, le  sens  àe  passage  de  rivière  ou  de  montagne  ;  il  exprimait, 
si  j'ose  le  dire  ainsi,  le  fait  d'être  porté  d'une  rive  à  l'autre,  d'un 
versant  d'une  montagne  à  l'autre  versant.  Tous  les  passages  des 
Pyrénées  ont  conservé  jusqu'à  nos  jours  le  nom  àe  port  qu'on  re- 
trouve dans  Saint-Jean-Pied-de-Port.  Sur  un  cours  d'eau,  le  mot 
port  ne  signifiait  pas  comme  de  nos  jours  un  quai  d'abordage, 
d'amarrage  et  de  chargement  de  bateaux  :  il  signifiait  transport 
d^une  rive  sur  l'autre.  Du  Gange  lui  donne  le  sens  de  bac,  mais  il 
remarque  lui-même  que  les  textes  qu'il  cite  signifient  aussi  bien 
passage  de  rivière  que  bac,  et  je  crois  rationnel  d'admettre  que  le 
véritable  sens  est  :  transport  par  bateau,  d'une  rive  sur  Vautre. 

Il  est  inutile  de  dire  que  comme  pons  et  trajectus,  portus  indique 
le  croisement  d'une  voie  et  d'un  cours  d'eau.  Sur  la  ligne  de 
Biobe  à  Sens,  nous  trouvons  sur  la  Seine,  Jaulne,  lonna  et  à  côté 
le  port  de  Jaulne,  portus  lonnensis  (Saint-Lié)  (1);  sur  la  ligne  de 
Calagum  à  Reims,  nous  trouvons  sur  la  Marne,  en  face  de  Binson, 
le  Port-à-Binson. 

A  propos  des  ports  du  moyen-âge,  je  citerai  textuellement  un 

(I)  Guérard  Polipt.  d'irm.  I,  p.  62. 


—  186  — 

fragment  de  la  lettre  à  M.  Alfred  Jacobs,  que  j'ai  publiée  récem- 
ment (préambule  de  l'essai  sur  la  géographie  de  Grégoire  de 
Tours  comparée  à  la  numismatique  mérovingienne). 

«  La  sécurité  des  passages  de  rivière,  la  création  des  bacs  et 
»  leur  entretien  étaient  choses  d'intérêt  public,  et  donnèrent  lieu 
))  à  des  établissements  qui  occupèrent  un  certain  rang  parmi  les 
»  institutions  du  moyen-âge.  La  religion  y  apporta  son  concours 
»  comme  à  toutes  les  œuvres  utiles  à  l'humanité;  d'un  autre  côté, 
»  ces  établissements  furent  un  des  éléments  de  la  richesse  pu- 
»  blique,  et  le  fisc  y  trouva  son  compte  en  prenant  sa  part  de  leurs 
»  produits. 

»  Des  ordres  religieux  pontifes  [pontifices  constructeurs  de  ponts) 
»  et  hospitaliers  avaient  pour  mission  de  faciliter  ces  passages  ; 
»  ils  y  employaient  leurs  ressources  et  les  aumônes  des  fidèles. 
»  Dans  un  article  fort  intéressant  publié  récemment  par  M.  de 
»  Barthélémy  [Rev.  archéoL,  1862,  p.  85  ss,);  ce  savant  rappelle 
»  que  le  grand  hôpital  Sain t-Jacques-du-Haut-Pas  entretenait  des 
»  ponts  et  des  passages  gratuits  pour  les  frères  et  les  pèlerins; 
»  que  les  frères  pontifes  d'Avignon,  les  prêtres  blancs  du  Pont- 
»  Saint-Esprit,  les  chevaliers  de  Saint-Jean  de  Jérusalem  et  beau- 
»  coup  d'autres  ordres  exerçaient  la  même  œuvre.  La  bienfaisance 
»  publique  concourait  à  l'entretien  de  ces  passages,  et  le  même 
»  auteur  cite  plusieurs  donations  faites  à  cinq  ports  de  Bretagne 
»  gardés  par  diverses  communautés  religieuses  et  qualifiés  de 
»  ports  d'aumônes  {portus  eleemosine).  Voilà  le  côté  religieux  de  ce 
»  genre  d'établissements;  quant  à  son  côté  fiscal,  pour  justifier  ce 
)>  que  j'ai  avancé,  je  n'ai  qu'à  citer  divers  textes  qui  mentionnent 
»  le  produit  des  ports  comme  une  des  sources  de  revenus  dont 
»  disposaient  les  princes  : 

«  Vectigal,  portus,  cudendœ  jura  moiietœ, 

»  Cumque  molendiûis,  telonea,  llumina,  pontes.  » 

(Gunt.  lib.  8.  Ligurini.) 

«  Monetam,  leloneum,  pedaticum,  portus,  comitatus,  etc.  » 

(Radevic.  lib.  3,  cap.  xli.) 

«  Telonea,  fodrum,  vectîj^alia,  portus,  pcdatica.  » 

[Id.  lib.  4,  cap.  v.) 

«  Concedimus  Molinis,  lacona,  portera,  et  piscationes  per  singulas  aquas.  » 
(Chart.  ann.  774,  t,-,ll,  BuÙar.  Casin.,  p.  17.) 

Voir  De  Cange  au  mot  Portus. 
Je  ne  saurais  dire  si  une  corporation  religieuse  a  veillé  à  l'entre- 


—  187  — 

tien  du  port  de  Trilport,  ni  par  qui  les  droits  de  passage,  ont 
été  perçus,  mais  je  constate  qu'après  avoir  été  lieu  de  passage 
sous  les  Romains,  Trilport  a  continué  à  l'être  sous  les  Mérovin- 
giens. 

Voilà  ce  que  nous  apprennent  les  deux  mois  trojectus  et  po}'tus 
qui  sont,  pour  ainsi  dire,  la  traduction  l'un  de  l'autre,  et  portent 
le  cachet  de  deux  époques  bien  différentes. 

Cependant  des  circonstances  que  je  ne  saurais  actuellement  dé- 
terminer ont  fait  changer  à  un  moment  donné,  le  tracé  de  la  voie 
de  Meaux  à  Ghâlons.  Il  existe  sur  le  territoire  de  Fublaines  une 
section  bien  accusée  d'ancienne  voie  qui  a  conservé  le  nom  de  Che- 
min-de-Chàlons.  Pcut-tHre  n'était-co  qu'un  raccordement  avec  le 
faubourg  Cornillon  où  venait  aboutir  la  grande  voie  de  Sens  et  de 
Troyes  par  Ghailly.  La  traversée  de  Trilport  n'était  peut-être  pas 
toujours  praticable,  et  alors  on  avait  avantage  à  se  rapprocher  de 
Nanteuil  et  à  entrer  dans  Meaux  par  le  joons  rapidus  plutôt  que  par 
le  pons  Sanctœ-Céliniœ  auquel  correspondait  probablement  le  pas- 
sage de  Trilport. 

Le  système  des  ports  se  perfectionna,  et  je  crois  que  l'appari- 
tion du  nom  de  bac,  h  une  époque  que  je  ne  saurais  préciser,  est  le 
signal  d'un  perfectionnement.  A  partir  de  ce  moment,  le  nom  de 
j)ort  h  son  tour  n'apparaît  plus  que  comme  immobilisé.  Le  sens  du 
mot  a  changé,  et  l'on  ne  désigne  plus  le  passage  des  rivières  en 
bateau  que  par  le  nom  de  bac.  On  m'a  signalé  une  ancienne  carte 
où  Trilport  est  ainsi  désigné  :  Tril-porte-bac  ;  c'est  \e  même  sens 
répété  trois  fois.  En  somme,  Trilport  n'est  pas  un  nom,  ce  n'est 
qu'une  qualification.  Ce  fut  un  établissement  Gallo-Romain,  que 
les  voyageurs  ont  toujours  appelé  le  passage.  Il  est  logique  de  pen- 
ser que  cet  établissement  a  eu  un  autre  nom  pour  les  gens  du  pays  ; 
mais  il  est  à  craindre  que  ce  nom  soit  perdu  et  que  nous  soyons 
réduits  à  ne  faire  que  des  conjectures. 

Il  nous  reste  à  prouver  par  les  monuments  ce  que  nous  venons 
d'établir  par  la  philologie,  l'antiquité  de  Trilport. 

Plusieurs  rues  du  village  aboutissent  à  la  Marne  ;  je  ne  parlerai 
pas  de  la  grande  route  impériale  de  Paris  à  Strasbourg,  elle  ne  re- 
monte qu'au  dernier  siècle  et  l'on  connaît  la  date  de  sa  création. 
La  plus  centrale  des  vieilles  rues  perpendiculaires  à  la  Marne 
s'appelle  la  rue  du  Port,  elle  partait  d'un  carrefour  central  appelé 
autrefois  place  Marie-la- Belle,  auquel  venaient  se  réunir  la  rue  de 
Germigny,  la  rue  6.^ Ormagne  et  la  ruelle  de  VEglise.  Cette  rue  du 
Port  nous  indique  incontestablement  l'emplacement  du  port  méro- 


—  188  — 

vingien,  elle  est  bien  au  point  le  plus  ancien  du  vieux  vicus,  près 
de  l'église  et  de  la  villa  Gallo-Romaine  de  la  rive  droite  de  la 
Marne  dont  je  parlerai  tout  à  l'heure.  La  maison  qui  fait  l'angle 
de  la  rue  du  Port  et  de  la  rue  de  Germigny  a  des  murs  de  près  de 
deux  mètres  d'épaisseur,  c'est  la  maison  actuellement  occupée  par 
un  boulanger.  Je  n'ai  pas  besoin  de  faire  remarquer  que  la  termi- 
naison magne  assigne  à  la  rue  d'Onnagne  une  assez  haute  anti- 
quité. Je  ne  tenterai  pas  de  traduire  le  sens  de  ce  nom  avant 
d'avoir  d'excellentes  raisons  à  donner  à  l'appui  d'une  interpréta- 
tion. 

A  deux  cents  mètres  environ  au  nord  de  la  rue  du  Port,  se  trouve 
la  rue  du  Bac,  parallèle  à  la  précédente;  elle  monte  de  la  rivière 
au  chemin  de  Germigny,  et  est  continuée  par  la  rue  Aveline.  En 
se  reportant  à  ce  que  j'ai  dit  plus  haut,  ont  voit  que  la  rue  du  Bac 
doit  être  postérieure  à  la  rue  c?M  Por/;  en  effet,  cette  rue,  avec  la 
rue  Aveline  qui  forme  sa  continuation,  faisaient  partie  de  la  route 
d'Allemagne  immédiatement  avant  la  construction  de  la  route  ac- 
tuelle, c'est-à-dire  à  une  époque  encore  rapprochée. 

Si  l'imagination  se  confiait  aveuglément  à  la  philologie,  elle  se- 
rait égarée  quelquefois,  et  le  nom  de  la  rue  Aveline  nous  offre  un 
exemple  des  décevants  attraits  de  cette  science.  La  rue  Aveline  est 
perpendiculaire  à  la  Marne  :  awa  signifie  eau  en  gaulois,  comme 
aqua  en  latin.  Avelina  et  Aquilina  dérivent  de  ce  radical  qu'on  re- 
trouve dans  une  foule  de  noms  de  lieux  :  une  partie  de  la  forêt  de 
Rambouillet  s'appelait  en  latin  Aquilina,  en  français  Iveline;  la 
Mare-aux-Évées,  dans  la  foret  de  Fontainebleau,  signifie  la  Mare- 
aux-Eaux,  tout  simplement;  tous  les  noms  géographiques  :  Yvette, 
Évian,  Éviere,  Mers,  Ayvailles^  Avouze,  Ayves,  Eve,  etc.,  ont  leurs 
corrélatifs  dans  les  noms  latins  Aquata,  Aquianus,  Aquaria,  Aqua- 
lia,  Aquosa,  aquœ,  aqua;  la  rue  Aveline  devrait  donc  signifier  rue 
qui  conduit  à  l'eau,  mais  alors  elle  existerait  depuis  les  Gaulois, 
ce  qui  compliquerait  singulièrement  la  discussion  au  sujet  de 
l'antiquité  relative  des  rues  de  Trilport.  Par  bonheur  nous 
n'avons  pas  à  nous  inquiéter  de  cette  étymologie.  La  tradition 
m'avait  déjà  appris  que  cette  rue  portait  le  nom  d'un  de  ses  an- 
ciens habitants;  je  viens  d'en  trouver  la  preuve  dans  un  titre  que 
je  possède,  daté  du  5  mai  1658  :  Les  deux  fiefs  de  Bourdal  (Bordet) 
et  de  la  Grange-de-Vaux,  situés  à  Trilport,  dépendant  de  la  suc- 
cession bénéficiaire  de  messire  de  Guillou ,  étant  à  vendre,  on 
envoya  de  Paris  l'affiche  au  curé  de  Trilport,  pour  qu'il  en  fît 
lecture,  selon  l'usage,  au  prône  de  la  messe  paroissiale.  Le  curé 


—  189  — 

ayant  refusé  cette  mission,  le  procureur  luiTit  sommation  de  dire 
les  causes  de  son  refus,  et  le  curé  répondit  que  l'évoque  de  Meaux 
venait  d'interdire  toute  publication  au  prône  relative  aux  affaires 
temporelles;  alors  le  procureur  s'adressa  à  Michel,  sergent  à 
Meaux,  lequel  vint  faire  lui-même  la  publication  à  la  principale 
porte  de  l'église  et  en  dressa  procès- verbal.  En  tête  de  la  liste  des 
témoins,  on  lit  le  nom  de  Jean  Aveline^  marchand. 

Il  y  avait  à  Trilport  plusieurs  fiefs  et  arrière-fiefs,  il  y  avait 
aussi  un  petit  castel  appelé  Château-Gaillard,  vendu  en  1857  par 
l'héritier  d'un  grand  nom  du  département,  le  marquis  de  Ricouart 
d'Hérouville,  au  descendant  d'une  des  plus  anciennes  familles  de 
Trilport,  M.  Midocq,  lequel  ayant  acquis  dans  le  commerce  une 
fortune  honorable,  a  remplacé  le  vieux  castel  délabré  par  une  jolie 
habitation  moderne.  11  y  a  encore,  dans  les  champs,  au  midi  du 
village,  une  autre  rue  aboutissant  à  la  Marne,  et  qui  s'appelle 
ruelle  du  Jard,  ou  du  Gard. 

Mais  tout  cela  ne  nous  reporte  qu'au  moyen-âge,  et  j'ai  avancé 
que  Trilport  était  d'origine  romaine.  Les  fréquentes  découvertes 
de  monnaies  romaines  nous  en  fournissent  une  preuve  péremp- 
toire. 

Je  n'ai  malheureusement  pas  consigné  scrupuleusement  toutes 
les  découvertes  numismatiques  dont  j'ai  pu  avoir  connaissance, 
et  il  est  certain  que  le  plus  grand  nombre  ne  m'ont  même  pas  été 
signalées;  j'en  tiendrai  note  désormais.  Voici  pourtant  quelques 
indications  assez  précises  : 

J'ai  trouvé,  moi-même,  dans  le  jardin  du  presbytère,  et  dans 
la  ruelle  de  l'école,  près  du  mur  méridional  de  l'église,  plusieurs 
petits  bronzes  de  Tetricus  et  de  Glaude-le-Gothique.  Ils  accusent 
les  dates  de  268  à  270  pour  Tetricus  et  de  268  à  273  pour  Glaude- 
le-Gothique. 

Le  14  août  1864,  en  démolissant  une  maison  située  près  de  la 
rue  du  Bac,  au  midi  de  cette  rue,  les  maçons  ont  rencontré  des 
substructions  romaines,  et  dans  un  bloc  de  béton,  ils  ont  trouvé 
un  denier  de  billon  de  Valérien,  et  un  autre  de  Posthume.  En 
voici  la  description  : 

1°  IMP.  G.  P.  Lie.  VALERIANVS  AVG.  Buste  à  droite,  orné 
du  paludamentiwi  et  d'une  couronne  radiée. 

R.  FIDES  MILITVM.  La  fidélité  debout  à  gauche,  tenant 
deux  enseignes  militaires. 

2"  IMP.  G.  POSTVMVS  P.  F.  AVG.  Buste  radié  à  droite,  orné 
du  paludamentum. 


—  190  — 

R.  VIRTVS  AVG.  Mars  (ou  la  valeur)  casqué,  nu,  debout, 
tourné  à  droite,  tenant  une  haste  et  appuyé  sur  un  bouclier. 

(Cette  pièce,  variété  du  n°  191  de  Cohen,  t.  v.  p.  41,  est  iné- 
dite à  cause  de  la  couronne  radiée). 

Valérien  a  régné  de  253  à  260,  et  Posthume  de  258  à  267;  c'est 
donc  vers  l'an  270  que  renfouissement  a  dû  avoir  lieu,  et  cette 
date  est  celle  de  la  construction  dont  on  a  trouvé  les  restes. 

Trilport  possède  encore  des  vestiges  de  constructions  gallo- 
romaines  et  notamment  une  muraille  revêtue  de  ces  pierres 
carrées  qu'on  appelait  ojms  quadratum.  La  Société  archéologique 
pourra,  quand  elle  le  voudra,  y  pratiquer  des  fouilles  intéressantes. 

C'est  sur  la  rive  droite  de  la  Marne,  un  peu  en  aval  de  la  chaussée 
du  pont,  que  se  trouvent  ces  vestiges;  une  portion  en  a  été  nivelée 
il  y  a  quelques  années,  pour  une  plantation  en  quinconce  qu'a 
fait  exécuter  M.  de  Martimprey.  On  a  trouvé  un  mur  d'angle,  un 
puits,  une  foule  d'objets  parmi  lesquels  j'ai  recueilli  une  spatule, 
deux  styles,  plusieurs  fibules,  des  fragments  de  poterie,  des  tuiles 
et  une  médaille  gauloise  en  potin.  J'ai  relevé  la  position  du  puits 
et  des  murs  qu'on  a  détruits  en  faisant  ce  nivellement;  mais  une 
portion  de  muraille  enfouie  dans  la  terre  existe  encore  à  la  limite 
du  champ  nivelé;  il  se  peut  que  ce  qui  reste  s'étende  assez  loin, 
donne  lieu  à  d'intéressantes  découvertes  et  nous  permette  un  jour 
de  reconnaître  la  destination  de  l'antique  édifice. 

Il  y  a  là,  en  face  de  Trilport,  sur  la  rive  droite  de  la  Marne, 
de  nombreux  mouvements  de  terrain  qui  accusent  le  travail  de 
l'homme;  on  constate  deux  élévations  parallèles  aboutissant  à  la 
rivière  et  formant  comme  les  deux  côtés  d'un  carré.  Sont-ce  sim- 
plement des  chaussées  construites  à  des  époques  différentes  pour 
arriver  à  travers  les  eaux  débordées  jusqu'au  lieu  d'amarrage  de 
la  barque  qui  passait  les  voyageurs? 

SonL-ce  les  circonvallations  d'une  enceinte  fortifiée? 

Est-ce  l'introuvable  Pipimisiwn,  la  villa  du  noble  Chagnericus 
le  commensal  do  Théodebert,  le  père  de  Chagnoald,  évoque  de 
Laon,  de  saint  Faron,  évêquc  de  Meaux,  et  de  sainte  Fare,  fonda- 
trice de  Faremoutiers? 

Pipimisium  ne  doit  pas  être  Poincy,  comme  Adrien  de  Valois 
l'a  avancé,  d'après  le  chanoine  de  Paris,  Châtelain,  attendu  que 
Poincy  a  dû  logiquement  s'appeler  Potentiacum. 

Pipimisium  était  sur  une  voie  traversant  un  bois  et  la  Brie, 
comme  nous  l'apprend  le  texte  de  Jonas  :  Fuit  arrepti  itineris  via 
per  saltum  pagumque  Briegium.  u  On  reprit  la  route  par  le  bois  et 


—  191  — 

le  pays  de  Brie.  »  Or  on  sait  que  la  Varenne  de  Meaux  était  une 
forêt  de  châtaigniers  {saltum),  et  aussitôt  la  Marne  traversée,  on 
était  dans  la  Brie  {pagum  Briegiœ).  —  Poincy  n'est  pas  du  tout 
dans  la  direction  de  la  Brie,  relativement  à  Meaux. 

Pipimisium  était  à  environ  deux  milles  de  Meaux  :  <(  Villœ  voca- 
»  bulum  Pipimisium  dicitur  distans  ah  iirbe  Meldorum  circiter  millibus 
»  duobus.  »  —  Or,  les  substructions  que  je  signale  sont  exacte- 
ment à  la  distance  indiquée. 

L'histoire  de  sainte  Fare  nous  apprend  que  cette  pieuse  Vierge 
fuyant  les  instances  de  son  père  qui  voulait  la  marier  contraire- 
ment au  vœu  de  chasteté  qu'elle  avait  fait,  s'est  réfugiée  dans 
l'église  de  St-Pierre.  —  Or,  l'église  de  Trilport  est  consacrée  à 
St-Pierre,  elle  est  la  seule  des  environs  de  Meaux  qui,  depuis  un 
temps  immémorial,  soit  sous  l'invocation  du  chef  des  apôtres. 

Pipimisium  était  situé  sur  la  même  route  que  Vultiacum,  puisque 
saint  Golomban,  dans  le  môme  voyage,  s'arrêta  d'abord  à  Pipimi- 
sium., dans  la  villa  de  Chagneric,  puis  à  Vultiacum,  dans  la  villa 
d'Autaire,  parent  de  Chagneric  et  père  de  saint  Ouen  et  de  saint 
Adon.  Or,  ce  Vultiacum  que  le  texte  spécifie  par  les  mots  :  Villa 
meldensis  ad  Matronam,  ne  peut  être  qu'Ussy,  et  la  route  qui  passe 
devant  Ussy  est  précisément  celle  qui  traverse  Trilport. 

Je  pourrais  ajouter  que  l'un  des  deux  principaux  fiefs  de  Tril- 
port s'appelait  le  fef  de  St-Furon,  invoquer  encore  d'autres  argu- 
ments pour  réclamer,  en  faveur  de  cette  localité,  l'ancien  nom  de 
Pipimisium  et  l'honneur  d'avoir  été  la  patrie  de  l'illustre  famille 
mérovingienne  et  de  trois  saints  personnages  (1),  mais  je  m'abstiens 
de  trancher  la  question;  nos  confrères  et  savants  historiographes, 
MM.  l'abbé  Denis  et  Carro,  éclairciront  mes  doutes,  et  je  me 
garderai  de  tomber  dans  l'écueil  que  l'amour  du  clocher  fait  trop 
souvent  naître  sous  les  pas  de  l'archéologue. 

Mon  but  était  de  donner  le  sens  du  nom  de  Trilport  et  de  prouver 
l'antiquité  de  ce  lieu;  je  crois  l'avoir  atteint. 


(1)  La  tradition  conservée  à  Trilport  attribue  ces  ruines  à  un  ancien  couvent  de 
religieux  de  saint  Farou.  Si  cette  tradition  est  fondée,  elle  confirme  mon  hypothèse, 
en  ce  qu'elle  présente  l'habitation  de  saint  Faron  comme  occupée  après  sa  mort  par 
ses  disciples;  tout  porte  à  supposer  que  ces  religieux  veillaient  à  l'entretien  du  port 
et  en  percevaient  les  profils. 


—  193  — 

LE  REFUGE  DE  BARBEAU 

PAR  M.  LEROY, 
Membre  fondateur   (fScctIon  de  Mclun). 


En  butte  aux  troubles  qui  signalèrent  le  moyen-âge,  les  hôtes 
des  monastères  extra-muros  durent  se  ménager  des  retraites  dans 
les  villes  fortifiées.  Aux  mauvais  Jours,  ils  y  transportaient  leurs 
objets  précieux,  et  ils  y  trouvaient  pour  eux-mêmes  une  pro- 
tection assurée  contre  la  violence  et  le  meurtre  qui  les  mena- 
çaient. 

Les  abbayes  du  pays  melunais  :  le  Lis,  le  Jard,  Saint-Père  et 
Barbeau  possédaient  chacune  un  ostel  ou  maison  de  refuge  dans 
la  ville  de  Melun.  Le  refuge  du  Lis  était  situé  proche  la  porte  des 
Carmes,  celui  du  Jard  à  côté  de  la  porte  Saint-Jean,  celui  de 
Saint-Père  à  Saint-Ambroise,  et  l'ostel  de  Barbeau  dans  l'île 
Saint- Etienne  (1).  A  l'exception  de  ce  dernier  édifice,  tous  ont 
disparu  ;  c'est  à  peine  si  nos  archives  en  font  revivre  un  pâle 
souvenir.  Gomme  Melun,  dont  les  rues,  aux  maisons  gothiques, 
se  sont  complètement  transformées,  le  refuge  de  Barbeau  a  subi 
les  exigences  du  temps.  Cependant,  il  réveille  encore  quelques 
souvenirs  et  présente  des  restes  qui  ne  sont  pas  sans  intérêt  pour 
l'amateur  et  l'archéologue.  (Voir  PL  V).  C'est  pour  ce  motif  que 
nous  lui  consacrons  ces  lignes  : 

Dans  les  années  qui  suivirent  sa  fondation  par  Louis  VII,  en 
1156,  l'abbaye  de  Barbeau  crût  rapidement  en  privilèges  et  en 
richesses.  Les  successeurs  de  ce  monarque  lui  conservèrent  la 
prédilection  qu'il  avait  eue  pour  elle,  et,  à  l'envi,  les  seigneurs  de 
la  localité  se  plurent  à  la  combler  de  leurs  largesses.  Les  seigneurs 
d'Andrezel  s'y  distinguèrent  particulièrement.  Sept  d'entre  eux, 
qui  vivaient  de  H 83  à  1270,  occupent  les  premiers  rangs  dans  la 
liste  des  bienfaiteurs  de  Barbeau. 

(i  Le  xv^  jour  avant  les  Kalendes  de  février,  dit  le  nécrologe 
«  de  l'abbaye,  est  mort  Aubert  d'Andrezel,  chevalier,  qui  nous 

(i)  Archives  de  la  préfecture  de  Seine-et-Marne.  Fonds  du  Lis,  du  .lard,  etc. 

13 


—  i94  — 

«  a  fait  beaucoup  de  bien,  et  à  qui  on  a  accordé  que  tous  les 
«  prêtres  de  céans  célébreraient  le  saint  sacrifice  à  son  inten- 
«  tion.  »  (1) 

Cette  reconnaissance  n'était  que  justice.  Des  libéralités  recueil- 
lies par  les  Cisterciens  de  Saint-Port,  il  n'en  est  pas  qui  leur  fut 
plus  utile  que  celle  d'Aubert  d'Andrezel.  En  effet,  une  charte  de 
l'an  H  83,  nous  apprend  qu'ils  tenaient  de  ce  personnage  leur 
maison  de  refuge  : 

«  Albert  d'Andrezel,  y  est-il  dit,  concède,  à  titre  d'aumône  et 
«  pour  le  salut  de  son  âme,  à  l'abbaye  de  Saint-Port  et  aux  frères 
((  qui  la  desservent,  une  maison  située  à  Melun,  sur  les  rives  de 
«  la  Seine,  avec  le  pourpris  au-dessus  et  les  usages  en  dépen- 
((  dant.  »  —  La  reine  Adèle,  veuve  de  Louis  VII,  prenant  en 
considération  la  sépulture  que  le  roi,  son  mari,  avait  reçue  dans 
l'église  du  monastère,  et  voulant  également  se  montrer  favorable 
aux  religieux,  les  tient  quittes  des  droits  qu'ils  lui  devaient  pour 
cette  transmission  de  propriété.  Agnès,  femme  du  donateur,  en 
présence  de  laquelle  ces  faits  se  passaient,  y  donne  aussi  son 
agrément,  et  renonce  à  l'exercice  de  ses  avantages  matrimoniaux 
au  préjudice  des  Cisterciens  (2).  Enfin,  en  1250,  Adam,  vicomte 
de  Melun,  seigneur  dominant,  approuve  toutes  ces  conven- 
tions (3j.  Ainsi  fut  régularisée  la  possession  de  l'ostel  du  refuge 
entre  les  mains  des  moines  de  Barbeau. 

On  peut  douter  que,  dès  cette  époque,  ils  lui  donnèrent  cette 
destination.  Les  Croisades  avaient  délivré  les  provinces  des  bandes 


(1)  Histoire  manuscrite  de  Louis  VU.  Chapitres  consacrés  à  l'abbaye  de  Barbeau. 
(Archives  tle  la  ville  de  Melun  :  série  G  G;  fonds  de  Barbeau.) 

(2)  In  nomine  sanctœ  et  individus  Trinitatis,  Amen.  Adela,  Dei  gratiâ  francorum 
Regina,  notum  facimus  universis  pra;sentibus  pariter  ac  futuris,  quod  Aibertus  de 
Andesello  concessit  et  in  eleemosinam  dédit  ecclesiaî  beatœ  prenetricis  Mariée  de 
Sancto  Portu,  et  fratribus  ibi  servientibiis  Deo,  pro  salute  anime  sue,  Domum  suam 
que  est  Meleduni  secundum  ripam  Secane,  cum  totam  cjus  proprisiam  insuper,  et 
usuarium  quod  in  Nauterii  habebat,  ad  ejusdem  domum  reparandam  nec  non  et 
venationem  quara  habebat  ibidem,  hoc  autem  donum  et  eleemosinam  Agnes,  uxor 
illius,  concessit  et  laudavil  in  presentiam  no.^trani  constitutara.  Nos  vero  pro  salute 
nostre,  et  anime  carissimi  francorum  reyis,  pie  meraorie,  Ludovici,  Domiui  nostri, 
cujus  corpus  requiescit  humalum  in  predictam  ecclesiam,  id  ipsum  laudavimus  et 
concessimus  domum  profecto  supra  dictam,  cum  omni  proprisià  quœ  ad  eam  jierti- 
net,  liberam  fecimus  quietam  ab  omni  servitule,  etc. 

Actum  publiée  Meleduni  anno  ab  incarnatione  Domini  M"  C»  LXXX"  111». 
(Copie  du  xvii"  siècle.  Archives  municipales  de  Melun.) 

(3)  Archives  de  la  ville  de  Melun.  Fonds  de  Barbeau. 


—  i95  — 

d'aventuriers  qui  les  ravageaient  ;  la  foi  régnait  partout  ;  les 
moines,  respectés  et  pleins  de  quiétude,  recueillaient  des  dons 
abondants  dus  à  la  piété  des  populations  contemporaines  de  saint 
Louis.  C'était  le  bon  temps  pour  les  abbayes  ;  il  s'écoula  promp- 
tement.  Moins  d'un  siècle  plus  tard,  la  France  et  l'Angleterre  se 
trouvaient  en  présence  ;  des  dissensions  intestines  et  des  soulève- 
ments populaires  s'ajoutaient  aux  fâcheuses  conséquences  de  cette 
rivalité;  tous  les  maux  sévissaient  dans  les  campagnes  et  le  séjour 
des  monastères  extra-muros  n'était  pas  sans  danger.  Alors  les 
religieux  se  retirèrent  dans  les  villes.  Tout  porte  à  croire,  qu'en 
ce  temps,  c'est-à-dire  au  xiv"  siècle,  et  pour  la  première  fois, 
Barbeau  recourut  à  son  refuge. 

Cette  maison,  imparfaitement  désignée  dans  la  charte  de  1183, 
est  située  entre  les  rues  du  Franc-Murier,  d'Abeilard  et  du  Four. 
D'après  un  terrier,  dressé  en  1498,  elle  comprenait  six  chaas  avec 
cour  et  jardin,  d'une  superficie  totale  de  trois  quartiers  (1).  Exté- 
rieurement, rien,  aujourd'hui,  ne  rappelle  son  ancienne  destina- 
tion.  Les  principaux  corps  de  bâtiments  sont   de  construction 
moderne  ;  ils  ne  sauraient  être  reportés  au-delà  du  xvii'=  siècle. 
Le  cloître  et  la  chapelle  ont  disparu  ;  quant  au  dormitoir  et  au 
réfectoire,   leur  conversion  en  appartements,  appropriés  à   nos 
mœurs,  les  rend  méconnaissables.  Mais  si  l'on  pénètre  dans  les 
caves,  le  souvenir  des  Cisterciens  de  Barbeau  se  ravive  instanta- 
nément. Sous  le  bâtiment,  situé  à  l'angle  des  rues  d'Abeilard  et  du 
Four  (PI.  V),  se  trouve  une  sorte  de  crypte,  voûtée  en  ogives,  dont 
les  nervures  polygonales  viennent  s'appuyer  sur  un  pilier  central, 
qui  semble  un  palmier  gracieusement  épanoui.  Cette  construction 
appartient  au  style  architectural  de  la  fin  du  xii"  siècle  ;  on  peut 
admettre  qu'elle  est  contemporaine  delà  donation  de  H  83.  Dans 
un  bail  de  leur  ostel  de  Melun,  daté  du  mois  de  mai  1272,  les 
religieux  obligent  le  preneur  à  tenir  en  bon  état  la  voste  sous  terre; 
c'est  évidemment  de  cette  crypte  qu'il  s'agit  (2).  Le  pilier  qui 
reçoit  la  retombée  des  ogives  est  cylindrique;  son  chapiteau,  de 
forme  octogonale,  s'arrondit  inférieurement  pour  s'ajuster  avec  la 
colonne;  c'est  une  dégénérescence  des  ornements  à  feuilles  grasses. 
Le  peu  de  hauteur  du  fut,  au-dessus  du  sol  actuel,  et  l'absence  de 
toute  base,  font  supposer  un  remblai  considérable,  que  nécessita, 
sans  doute,  le  voisinage  de  la  Seine.  Des  chapiteaux  engagés,  ou  de 

(1)  Archives  de  la  préfecture.  Fonds  de  Barbeau. 

(2)  Archive?  de  la  ville  de  Melun.  Fonds  do  Barbeau. 


—  196  — 

simples  supports,  font  l'office  de  piliers  dans  les  murs  du  gros- 
œuvre.  Cette  substruction,  de  forme  carrée,  est  divisée  en  quatre 
travées  d'uniforme  grandeur  ;  —  l'entrecroisement  harmonieux 
des  arcs  et  la  sévérité  du  style  lui  donnent  un  bon  aspect.  Quatre 
soupiraux  y  laissent  pénétrer  une  vive  lumière.  Sur  la  droite  du 
couloir  d'entrée  se  trouve  un  caveau  obscur,  en  partie  bouché  et 
de  construction  analogue  (1). 

D'autres  caves  s'étendent  sous  le  surplus  de  l'ancien  hôtel  de 
Barbeau  ;  mais  des  remaniements  successifs  leur  ont  fait  perdre 
toute  ressemblance  avec  la  précédente.  J'ajoute  qu'il  n'est  pas 
rare  de  rencontrer  dans  Melun,  de  pareilles  substructions,  datant 
des  xii^  et  xiii''  siècles,  notamment  dans  les  rues  de  l'Hôtel-de- 
Ville,  Saint-Aspais,  des  Nonettes  et  Notre-Dame. 

Sous  les  voûtes,  sept  fois  séculaires,  àc  l'ostel  de  Barbeau,  se 
produisent  d'étranges  souvenirs.  S'il  était  possible  d'interroger 
les  échos  qui  s'y  répercutent,  que  de  faits  intéressants  n'appren- 
drait-on pas  ?  De  quel  étonnement  ne  serait-on  saisi  à  l'énuméra- 
tion  des  richesses  que  ces  lieux  recelèrent,  lorsque,  fuyant  devant 
les  Anglais  et  les  Bourguignons,  en  1420,  devant  les  Ligueurs  et 
les  Royalistes,  en  1388  et  1590,  devant  les  Lorrains  et  les  Fron- 
deurs, en  1632,  les  moines  de  Barbeau  vinrent  chercher  à  Melun 
la  sécurité  que  leur  monastère  ne  pouvait  plus  leur  offrir.  Là, 
peut-être,  furent  déposées  de  précieuses  reliques  ;  ici  le  cartulaire 
de  l'abbaye,  les  manuscrits  richement  enluminés  ;  plus  loin  les 
vases  sacrés  des  autels,  et  dans  ce  caveau  détourné  le  fameux  vin 
du  clos  d'Héricy,  qui  avait  toutes  les  préférences  de  Louis  VII, 
dans  ses  voyages  à  Fontainebleau. 

En  gravissant  les  quelques  marches  qui  ramènent  au  jardin, 
l'illusion  tombe  et  les  souvenirs  s'effacent.  C'est  en  vain  qu'on 
cherche  ailleurs  les  traces  des  disciples  de  saint  Bernard. 

Au  retour  de  temps  meilleurs,  les  maisons  de  refuge  devinrent 
inutiles.  Exempts  des  craintes  qui  les  obligeaient  de  s'y  retirer, 
les  moines  vécurent  en  paix  dans  leurs  cloîtres.  Les  bruits  exté- 
rieurs n'arrivèrent  plus  à  eux  jusqu'au  jour  de  l'abolition  des 
vœux  qui  les  avaient  volontairement  séparés  du  monde. 

A  la  suppression  des  ordres  religieux.  Barbeau  ne  possédait 


(1)  No»re  honorable  confrère,  M.  Cotelle,  dont  l'obligeance  et  le  talent  vous  sont 
connu?,  a  bien  voulu  dresser  le  plan  qui  est  joint  à  la  présente  notice.  Tous  les  dé- 
tails de  dimension  et  d'ornementation  de  la  crypte  que  j'ai  l'honneur  de  vous  signa- 
ler, y  sont  indiqués  avec  une  exactitude  des  plus  parfaites. 


—  197  — 

plus  son  refuge,  qui,  d'ailleurs,  ne  lui  eût  été  d'aucun  recours 
pour  attendre  le  retour  d'un  ordre  de  choses  qui  ne  devait  plus 
être.  Dans  l'espoir  d'un  long  avenir  de  paix,  les  religieux  avaient 
vendu  leur  maison  de  Melun  au  sieur  d'Alençon-Montarault,  par 
contrat  du  7  novembre  1679  (1).  Mais  en  abandonnant  les  murs 
qui  les  avaient  reçus  aux  jours  d'adversité,  ils  voulurent  que  le 
souvenir  de  leur  possession  s'y  continuât.  Ils  imposèrent  à  l'ac- 
quéreur l'obligation  de  conserver  perpétuellement  leurs  armoi- 
ries :  «  De  France  à  trois  barbeaux  d'argent  brochant  sur  le  tout,  » 
placées  au-dessus  de  la  principale  porte  d'entrée,  dans  la  rue  du 
Franc-Mu rier.  Cette  perpétuité  dura  une  centaine  d'années  envi- 
ron. En  1790,  les  armoiries  disparaissaient,  la  clause  du  contrat 
de  1679  devenait  lettre-morte,  et  pas  une  voix  ne  s'élevait  pour  la 
faire  respecter,  car  les  Gistersciens,  seuls  intéressés,  n'existaient 
plus  eux-mêmes  ! 

(1)  Devant  Ridet^  notaire  à  Héricy. 


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UN  MOT   SUR  MIREVAUX 

PAR  M.  LEMAIRE, 
Membre  fondateur  (Section  de  Melun). 


Si,  par  les  statuts  constitutifs  de  notre  Société,  nous  sommes 
engagés  non-seulement  à  conserver,  autant  que  possible,  les  mo- 
numents des  anciens  temps,  mais  encore  à  faire  tous  nos  efforts 
pour  découvrir  ceux  qui,  jusqu'à  présent,  ont  pu  échapper  aux 
érudits  qui  nous  ont  ouvert  la  voie  que  nous  essayons  de  suivre, 
il  est  utile  aussi,  je  le  crois,  de  déjtruire  les  erreurs  relatives  à 
certaines  découvertes  ou  soi-disant  telles  ;  erreurs  qui  ont  pu  être 
commises  avec  une  grande  bonne  foi ,  mais  qu'il  est  cependant 
nécessaire  de  redresser. 

Je  n'ai  certes  pas  la  prétention  d'apprendre  quoi  que  ce  soit  à 
personne,  et  encore  moins  à  vous.  Messieurs,  mais  je  pense  que 
Mirevaux,  regardé  comme  renfermant  les  restes  d'un  poste  mili- 
taire de  l'antiquité,  est  dans  le  cas  que  je  signale,  et  je  viens,  — 
Archéologue  d'hier  et  bien  indigne,  —  appeler  votre  attention  sur 
cette  localité,  la  dernière  qui  ait  été  visitée  par  plusieurs  d'entre 
nous,  le  19  septembre  dernier  (PL  VI). 

Sans  m'arrêter  aux  découvertes  faites  dans  les  fouilles  qui  au- 
raient été  pratiquées  sous  la  direction  du  docteur  (Frisson,  de 
Jouy-le-Ghâtel,  (voir  l'ouvrage  de  M.  l'abbé  Denis,  sur  Pecy, 
page  29),  je  dirai  tout  d'abord,  et  ceci,  que  la  motte  de  Mirevaux 
n'est  pas  un  tumulus,  ainsi  qu'on  l'a  dit,  mais  bien  l'emplace- 
ment d'un  château  féodal  du  moyen-âge;  que  l'enceinte  entourée 
de  fossés,  qui  précède  cette  motte,  aurait  pu  être  un  camp  re- 
tranché, si  elle  était  beaucoup  plus  vaste;  mais  que  dans  les 
proportions  restreintes  oîi  on  voit  cette  enceinte,  elle  ne  peut  être 
considérée  que  comme^  la  place  de  l'un  de  ces  manoirs  où  le  sei- 
gneur pouvait,  à  la  rigueur,  loger  quelques  compagnies  de  gens 
d'armes  à  sa  suite,  et  rien  de  plus.  Du  manoir  on  passait  au  châ- 
teau par  une  chaussée  encore  visible  sur  le  terrain,  c'est  ce  qui  a 
été  remarqué  par  tous  nos  excursionnistes. 

Quant  aux  buttes  qui  se  trouvent  à  quelque  distance  de  la  motte 


—  200  — 

féodale  de  Mirevaux,  je  crains  bien  que  leur  antiquité  s'évanouisse 
aussi  devant  un  examen  même  superficiel.  La  pièce  de  terre  où 
sont  situées  les  élévations  de  terrain,  ou  buttes  en  question,  a  été 
occupée  par  une  maison  ;  celle  des  buttes  qui  est  la  plus  rappro- 
chée de  l'Est,  est  bien  encore  enveloppée  en  partie  par  un  fossé,  ce 
qui  lui  donne  un  certain  caractère,  mais  un  plan,  dont  j'ai  l'hon- 
neur de  mettre  un  extrait  sous  vos  yeux.  Messieurs,  porte  cette 
indication  :  voûte.  Or,  voûte  dans  ce  cas,  ou  cave,  me  paraissent 
bien  identiques,  et  personne  n'ignore  que  dans  la  campagne,  on 
rencontre  beaucoup  de  constructions  de  l'espèce,  faites  en  plein  air. 
Maintenant  la  seconde  butte  ne  serait-elle  pas  formée  des  terres 
et  gravats  amoncelés  après  la  destruction  de  la  maison  dont  j'ai 
parlé? 

Tout  ceci  serait  facile  à  vérifier  :  avec  une  dépense  minime,  on 
arriverait  à  la  solution  d'un  problême  qu'il  serait  bon  de  ré- 
soudre promptement  pour  ne  laisser  aucun  doute  dans  les  esprits. 

Habitué  par  état  à  analyser  des  titres  et  à  ne  croire  aux  faits 
que  pièces  en  main,  j'ai  dû,  en  rentrant,  consulter  les  documents 
qui  sont  à  ma  disposition,  et  c'est  le  résultat  de  mes  investigations 
Messieurs,  que  je  soumets  à  vos  lumières,  laissant  à  chacun  le 
soin  de  les  apprécier  et  d'en  tirer  les  inductions  qu'il  croira  les 
plus  admissibles. 


Voici  maintenant  les  extraits  des  documents  sur  lesquels  j'ai 
appuyé  mes  observations. 

Extrait  d'une  déclaration  fournie  au  terrier  du  domaine  royal, 
le...  octobre  1669,  en  exécution  d'un  arrêt  du  Conseil  d'Etat  du 
Roi,  du  28  décembre  1666,  par  Charles  de  Mazoyer,  écuyer,  sieur 
de  Verneuil,  Montguillon  et  autres  lieux,  chanoine  de  la  sainte  et 
royale  chapelle  Notre-Dame  du  Vivier-en-Brie,  et  en  cette  qualité 
seigneur  de  Mirevaux. 

«  Premièrement  le  chasteau  dudit  Mircvault,  lequel  est  en 
»  ruyne  de  temps  immémorial,  et  n'est  plus  que  anciennes  ma- 
»  sures,  sans  aucune  demeure,  cloz  de  fossez  pleins  d'eaue,  basse- 
»  cour  attenant  aussi  fermée  de  fossez,  laquelle  se  consiste  en 
»  deux  travées  de  bas-logis  servant  de  demeure  au  fermier,  où  il 
»  y  a  chaufouer,  four  et  grenier  au-dessus,  bergerye,  escurye, 
))  vacheryos,  contenant  cinq  travées,  grange  contenant  trois  tra- 


—  201  — 

»  vées,  toigz  à  porqz  et  deux  apentils,  le  tout  couvert  de  chaulme, 
»  cour,  Jardin  et  acceint  comme  dit  est,  entouré  de  fossez,  conte- 
1)  nant  en  fonds  de  terre  deux  arpents  ou  environ,  ledit  lieu  pa- 
))  roisse  de  Pecy,  et  tenant  d'une  part  à  la  rue  dePraillon,  d'autre 
»  à  la  rue  de  la  Fosse-aux-Loups,  d'un  bout  sur  le  prieuré  de 
»  Mirvault,  et  d'autre  bout  sur  le  sieur  de  Beaufort  et  autres.  » 

Extrait  d'un  aveu  et  dénombrement  du  fief  de  la  Grand' Maison 
de  Pecy,  fourni  aux  trésorier,  chantre,  chanoines  et  chapitre  de  la 
Sainte-Chapelle  de  Vincennes,  seigneurs  de  la  baronnie  de  Mire- 
vaux,  par  le  fondé  de  pouvoirs  de  messire  Alexandre-Simon  Le 
Normand  de  La  Place,  chevalier,  conseiller  du  Roi  en  ses  conseils, 
maître  ordinaire  en  sa  chambre  des  comptes.  (15  et  16  mai  1786). 

Carte  1.  Lettre  E. 

«  Art.  4-4.  Douze  arp.  vingt  per.  déterre  en  une  pièce,  formant 
»  les  art.  41,  42,  43  et  44  de  l'aveu  de  1598,  sis  à  Mirvaux,  où 
»  anciennement  il  y  avait  une  maison,  volière,  étable,  cour,  jar- 
»  din,  acceint,  bois,  buissons  et  fossés,  et  desquels  bâtiments 
»  reste  encore  une  grange,  tenant  le  tout  d'orient  à  un  enclos  du 
»  sieur  Le  Sire,  d'autre  d'occident  aux  jardin  et  terres  d'Aubin 
»  Thomassin,  d'un  bout  du  midy  sur  les  prés  du  Bois-Hardouin 
))  appartenant  en  cet  endroit  à  l'église  de  Pecy,  audit  sieur  Le 
))  Sire  et  aux  seigneurs  de  Mirvaux,  et  d'autre  bout  du  nord,  sur 
»  la  grande  rue  de  Mirvaux,  vis-à-vis  le  prieuré,  et  une  terre 
»  dépendante  du  prieuré  de  Mirvaux,  une  haye  entre  deux.  » 

))  Lequel  fief  appartient  audit  sieur  Le  Normand,  comme  héri- 
»  tier,  en  partie  de  défunt  Georges-Bertrand-Alexis  Raymond, 
»  chevalier,  maître  d'hôtel  du  Roi,  (son  cousin),  et  comme  lui  étant 
»  échu  par  le  partage  des  biens  de  lasuccess"  dud.  s''  Raymond.  » 

J'ajouterai  que  Mirevaux  avait  fait  partie  du  domaine  royal,  ainsi 
que  l'a  dit  notre  savant  confrère  M.  l'abbé  Denis,  qui  nous  apprend 
qu'en  1352,  Charles,  Dauphin  de  Viennois,  (depuis  Charles  VI), 
fit  l'acquisition  de  la  seigneurie  de  Mirevaux,  dont  il  dota  la 
Sainte-Chapelle  du  Vivier,  fondée  par  lui  en  1368. 

Ce  serait,  au  reste,  une  erreur  de  croire  que  cette  seigneurie 
entrainât  nécessairement  avec  elle  une  grande  étendue  territoriale, 
et  que  tous  les  héritages  environnants  lui  appartinssent  :  en  effet, 
M.  l'abbé  Denis  nous  apprend  encore  que  suivant  une  déclaration 


—  202  — 

faite  en  1547,  au  terrier  du  Roi,  devant  le  bailli  de  Melun,  le 
domaine  utile  de  Mircvaux  comprenait  «  l'hostol  seigneurial,  la 
»  motte  et  le  chastel,  avec  la  basso-cour'tous  clos  à  fossés  et  eaue; 
»  y  souloit  avoir  audit  lieu  huit-vingt-huit  arpents  de  terre  arable, 
»  avec  vingt  arpents  de  pré,  dont  h  présent  n'en  a  environ  que 
»  sept-vingts  par  l'entreprise  des  circonvoisins.  » 

Suivant  la  déclaration  dont  j'ai  donné  un  extrait  plus  haut,  le 
domaine  de  Mirevaux  contenait  cent  vingt-cinq  arp.  soixante- 
quinze  perch.  de  terre,  dix-huit  arp.  de  pré  et  cinquante-quatre 
arp.  de  bois.  En  outre  le  seigneur  avait  à  prendre  quatorze  se- 
tiers  de  blé  froment,  mesure  du  lieu,  sur  soixante-neuf  arpents  de 
terre  et  pré,  avec  doux  maisons;  quarante  livres  de  menu  cens  en 
l'étendue  du  domaine  muable,  et  de  plus,  droit  de  barrage  (pour 
réparation  des  ponts,  chaussées,  etc.),  étalonnage,  mesures,  bor- 
delage,  (perception  d'une  partie  des  revenus  d'un  héritage,  fixée 
par  les  baux  à  bordelage),  voirie,  rouage,  (transport  par  charrois 
du  blé  ou  du  vin  vendu  parles  particuliers),  etc.,  haute,  moyenne 
et  basse  justice.  Vingt  fiefs,  dont  la  nomenclature  n'ajouterait 
rien  à  ce  qui  précède,  relevaient  en  outre  de  la  seigneurie  de 
Mirevaux. 

Tels  sont,  Messieurs,  les  faits  que  j'ai  cru  devoir  soumettre  à 
votre  appréciation,  au  sujet  d'une  localité  qui  ne  manque  pas  d'in- 
térêt, sans  doute,  mais  qu'il  y  aurait  lieu  d'étudier  avec  soin. 

LÉGENDE    DU    PLAN   DE    MIRVAULT. 


PLANt 

:he  VI. 

1  Les  Seigneurs, 

271  perches. 

9  Voûte. 

2  Chapelle  St-Vincent. 

10  Chatriot, 

US  perches. 

3  Prieuré, 

25 

11  Clos  des  h"Noyeux, 

290 

U  Ferme  de  Mirvault, 

313 

12  Héritiers  Fauchon, 

143 

5  Ancien  château. 

13  S'  Favost. 

89 

6  Fossés, 

141 

14  Mineurs  Ayoul  Gé- 

7 Prieuré  de  Mirvault, 

276 

rard, 

83 

8  Petite  motte, 

15  Héritiers  Noyeux, 

159 

(La  perche  de  Pecy  est  de  20  pieds  —  6"°  497). 


—  203  — 

LE  CHATEill  DE   SAINT-ANGE, 

PAR  M.  TH.  LHUILLIER, 
Membre  fondateur  (  S$ection  de  Meiiin  ). 


Dans  le  territoire  de  Villecerf,  canton  de  Moret,  on  voit  encore 
les  ruines  d'un  château  qui  fut,  pendant  les  deux  derniers  siècles, 
cité  au  nombre  des  plus  beaux  de  la  contrée,  et  dont  la  mémoire, 
s'effaçant  chaque  Jour,  bientôt  peut-être  disparaîtra  tout  à  fait. 

Ce  monument  n'est  plus  de  ceux  à  la  conservation  desquels  il 
faut  songer,  et  pourtant  nous  avons  cru  devoir  lui  consacrer  un 
souvenir.  Pourquoi,  en  effet,  ne  pas  citer  les  noms  à  demi-effacés 
de  ses  nobles  hôtes,  ne  pas  rappeler  la  hardiesse  de  son  architec- 
ture, sa  belle  disposition,  la  richesse  de  son  ameublement  et  de 
son  ornementation?  Il  en  est  d'autres  à  sauver  autour  de  nous. 
Signalons  la  beauté  des  édifices  qui  tombent,  et  regrettons-les 
hautement,  pour  inspirer,  s'il  est  possible,  le  respect  de  leurs  voi- 
sins encore  debout.  Qui  sait  ce  qui  fût  advenu  pour  St-Ange,  si 
l'on  y  eût  songé  plus  tôt? 

Gréé  par  François  I"  pour  la  duchesse  d'Étampes  (1),  non  loin 
du  vieux  manoir  de  Ghalleau  (2),  il  porta  d'abord  le  nom  de 
Château-Neuf  de  Challeau  ;  mais  cette  existence  primitive  de  l'édi- 
fice Renaissance  ne  fut  pas  de  longue  durée  :  Henri  IV  le  rétablit 
complètement  pour  Gabrielled'Estréesàla  fin  du  xvi^  siècle. 

Les  troubles  de  la  Ligue  étaient  à  peine  apaisés,  et  pourtant 
l'on  se  trouvait  déjà  loin  du  temps  où  le  besoin  se  faisait  sentir 
d'élever  de  petites  forteresses,  entourées  de  fossés  larges  et  pro- 
fonds, ceintes  de  hautes  murailles,  avec  créneaux,  mâchicoulis, 
tours,  tourelles,  herse  et  pont-levis;  les  seigneurs  n'étaient  plus 
ces  terribles  voisins  d'autrefois;  ils  n'abandonnaient  ni  la  jouis- 
sance de  leurs  privilèges,  ni  l'exercice  de  leurs  droits  utiles;  mais 


(1)  Quelques  écrivains  ont  attribué  à  tort  cette  création  à  Henri  H,  pour  Diane 
de  Poitiers  ;  les  premiers  travaux  du  château  neuf  de  Challeau  datent  de  1540.  La 
tradition   y   avait   conservé,  jusqu'en  1793,  un  appartement  dit  de  François  I". 

(2)  Aujourd'hui  dépendance  deDormelles,  village  qui  possédait  lui-môme  un  beau 
château  de  la  Renaissance. 


—  204  — 

une  habitation  où  l'étendue  s'alliait  à  l'élégance,  plus  confortable 
que  menaçante,  leur  suffisait  désormais.  Ainsi  fut  le  château  qui 
devait  un  jour  s'appeler  Saint-Ange  :  une  gracieuse  et  vaste  cons- 
truction, flanquée  de  pavillons  dans  le  goût  du  temps,  et  surtout 
admirablement  assise,  à  mi-côte,  pour  dominer  les  prairies  arrosées 
par  rOrvanne.  (Voir  PL  VII,  le  fac-similé  d'un  dessin  exécuté  en 
1694,  par  l'un  des  jeunes  fils  de  l'intendant  de  Gaumartin,  Louis- 
Charles  de  Gaumartin  Saint-Ange,  mort  le  18  août  1699,  dans  sa 
19"  année.) 

Suivons  h  peu  près  d'Argenville,  qui  l'a  vu  debout  sous  Louis  XV, 
et  l'a  décrit  dans  son  Voyage  pittoresque  des  environs  de  Paris  (1). 

Le  manoir  seigneurial  était  accompagné  d'une  avant-cour  et  de 
plusieurs  cours  très-vastes,  annoncées  par  autant  d'avenues.  Sur 
la  droite,  les  communs,  les  remises  et  les  logements  d'officiers  pré- 
cédaient trois  terrasses  superposées,  bâties  en  grès  et  bordées  de 
balustrades  en  pierre,  s'élevant  au  niveau  des  différents  étages 
du  château,  desservi  par  un  escalier  en  fer  à  cheval. 

Le  rez-de-chaussée  présentait  d'abord  un  vestibule  :  vaste 
galerie,  ornée  de  trophées  dans  les  panneaux,  et  de  têtes  en  bronze 
montées  sur  des  bustes  d'albâtre,  soutenus  par  des  scabellons.  A 
gauche,  s'ouvraient  le  salon,  la  chapelle  et  une  chambre  à  coucher, 
remarquable  par  son  plafond  à  compartiments  décorés  de  têtes  et 
de  sphinx.  L'antichambre,  une  chambre  à  coucher  et  le  cabinet 
d'été  occupaient  la  partie  parallèle.  De  l'antichambre,  on  descen- 
dait dans  la  salle  à  manger,  voûtée,  garnie  de  cuvettes  en  marbre, 
de  fontaines,  et  revêtue  à  hauteur  d'appui  de  marbre  de  Languedoc; 
la  voûte  était  compartie  de  roses  et  de  chiffres  peints  dans  des 
carrés  et  des  octogones. 

Un  escalier,  à  droite,  conduisait  au  premier  étage  dans  une 
salle  longue,  oti  de  grands  portraits  de  la  famille  royale  étaient 
.encastrés  dans  des  menuiseries  sculptées,  à  côté  de  quatorze  bustes 
en  marbre.  L'antichambre,  sur  la  gauche,  offrait  les  portraits  en 
pied  de  Henri  III,  Henri  IV  et  Louis  XIII,  et  de  petits  portraits 
de  cardinaux,  de  capitaines  et  d'illustres  personnages  des  mêmes 
règnes.  Dans  la  chambre  des  Reines,  on  remarquait  deux  jolies 
peintures,  représentant  Henri  IV  et  la  belle  Gabrielle;  dans  l'anti- 
chambre, à  droite,  les  portraits  des  hommes  illustres  florissant 
sous  Louis  XII,  Henri  II,  François  II  et  Charles  IX.  La  chambre 
du  Roi  venait  ensuite,  avec  une  tapisserie  de  velours  brochée  d'or, 

(1  )  DézaUier  d'Argenville  fils  ;  —  nouvelle  édition,  1752,  in-12. 


/ 


—  205  — 

fort  ancienne.  Dans  un  cabinet  voisin,  au  milieu  de  quelques 
tableaux  médiocres,  se  trouvait,  —  dit  d'Argenville,  —  l'affreux 
portrait  d'une  duchesse  de  Brabant. 

Le  second  étage  renfermait  la  galerie  des  Savants,  décorée  de 
leurs  portraits,  et  d'où  l'on  passait  de  plain-pied  dans  le  parc. 

Ce  parc,  qui  s'étendait  derrière  les  bâtiments,  comptait  deux 
cents  arpents  de  superficie  ;  les  bois  étaient  percés  en  étoiles  et 
bordés  de  palissades. 

On  avait  rendu  praticable,  avec  beaucoup  d'art,  un  monticule 
fort  élevé,  bordant  le  château,  pour  descendre  dans  le  parterre  et 
dans  les  jardins,  par  trois  rampes,  aux  allées  coupées  de  chevrons 
et  aboutissant  à  des  paliers  et  à  de  beaux  escaliers  inférieurs. 

Le  parterre,  soutenu  par  une  terrasse,  dominait  sept  pièces  de 
gazon,  dont  deux  en  boulingrins  et  deux  entourées  de  tilleuls  en 
boule;  un  vaste  réservoir,  creusé  en  croix,  laissait  échapper  des 
eaux  abondantes  pour  alimenter  deux  bassins  carrés,  dessinés  sur 
le  môme  alignement.  Une  autre  pièce  d'eau  de  sept  arpents,  cin- 
trée vers  le  milieu,  baignait,  à  l'aide  d'an  canal  en  forme  d'équerre, 
les  deux  côtés  de  la  prairie  et  formait  une  sorte  de  parterre  d'une 
figure  singulière. 

La  petite  rivière  d'Orvanne,  après  avoir  ainsi  vivifié  ce  do- 
maine, continuait  son  cours  vers  l'étang  de  Moret. 

Le  château  qui  nous  occupe  avait  été,  dès  l'origine,  décoré  et 
meublé  avec  le  bon  goût  et  le  luxe  connus  de  Gabrielle  ;  cette 
richesse  d'ameublement  est  complaisamment  détaillée  dans  les 
inventaires,  en  partie  inédits,  dressés  après  le  décès  de  la  favorite, 
en  présence  de  M.  de  Béringhein,  premier  valet  de  chambre  du  roi. 

Selon  la  tradition,  assez  vraisemblable  d'ailleurs,  les  pinceaux 
de  Fréminet,  de  Claude  de  Hoëy  et  de  quelques  autres  peintres 
du  roi,  à  Fontainebleau,  auraient  contribué  à  l'embellissement  de 
cette  charmante  propriété. 

Les  châteaux  de  la  célèbre  maîtresse  de  Henri  IV  devenaient, 
comme  on  sait,  un  véritable  apanage,  lorsque  la  mort  la  surprit, 
dans  la  nuit  du  vendredi  au  samedi  saint  1599  (9-10  avril).  Celui- 
ci  était  le  chef-lieu  d'une  seigneurie  assez  importante,  d'abord 
baronnie,  puis  marquisat,  et  siège  d'une  haute  justice  rendue  par 
un  prévôt. 

Les  droits  féodaux  attachés  à  ce  domaine  convenaient  particu- 
lièrement à  un  gentilhomme  du  voisinage,  Germain  Le  Charron, 
à  qui  le  roi  accorda  aussitôt  la  jouissance  du  château  de  Gabrielle, 
à  titre  d'engagement. 


—  206  — 

Déjà  possesseur  de  Dormelles,  ce  gentilhomme  laissa  tous  ses 
biens,  en  mourant,  à  Pierre  Le  Charron,  écuyer,  qui  devint  h 
son  tour  «  seigneur  de  Plaisance,  Dormeilles,  Villemer,  Ville- 
«  maréchal,  conseiller  du  roi  et  trésorier  général  de  l'extraordi- 
((  naire  des  guerres.  » 

Vers  1620,  François  Le  Charron  recueillit  en  partage,  avec  les 
titres  de  son  père,  une  partie  de  la  terre  de  Challeau  et  le  Château- 
Neuf,  que  des  lettres-patentes  du  mois  de  septembre  1627,  l'au- 
torisèrent à  appeler  Saint-Ange  (1).  Ce  seigneur  posséda  aussi, 
dans  la  suite,  Montarlot,  Yillecerf  et  Bonnecourt  ;  il  devint  vi- 
comte d'Orval,  premier  maître -d'hôtel  d'Anne  d'Autriche  et 
conseiller  d'État  ;  mais,  ayant  quitté  la  cour  pour  se  retirer  à 
Saint-Ange,  il  y  est  mort  subitement,  et  jeune  encore,  le  26  fé- 
vrier 1651. 

Ce  noble  personnage,  qui  vivait  dans  la  pratique  de  la  plus 
sincère  piété,  avait  eu  de  son  mariage  avec  M'"^  de  Boulogne, 
morte  à  Port-Royal,  trois  enfants  dont  deux  embrassèrent  la  pro- 
fession monastique  (2).  Son  fils  aîné,  François  Le  Charron  de 
Saint-Ange,  recueillit  le  marquisat  patrimonial  et  suivit  la  car- 
rière des  armes.  Officier  distingué,  il  fit  les  guerres  d'Italie 
comme  mestre  de  camp  du  régiment  Colonel-cavalerie,  sous  les 
ordres  de  son  oncle  le  maréchal  du  Plessis-Praslin  ;  puis,  il  suc- 
céda à  son  père  dans  la  charge  de  premier  maître-d'hôtel  de  la 
Reine-mère.  Il  avait  encore  le  titre  de  capitaine  et  bailli  de  la 
Varenne  du  Louvre,  du  bois  de  Boulogne  et  du  château  de  Ma- 
drid. C'était,  selon  les  mémoires  du  temps,  un  vaillant  cavalier, 
mais  un  joyeux  dissipateur;  Tallement  de  Réaux  fait  un  singulier 
portrait  de  sa  femme,  Enemonde  Servien,  jolie  personne,  du 
reste,  galante,  spirituelle  et  originale,  qu'il  avait  épousée  en 
1648  (3).  En  1666,  après  avoir  dissipé  huit  cent  mille  livres,  le 
marquis  de  Saint-Ange  se  trouva  dépourvu  de  sa  charge  par  la 
mort  de  la  Reine-mère;  la  marquise  dût  se  réfugier  en  Savoie,  où 


(1)  Enregistrées  au  bailliage  de  Moret  le  16  juin  1628,  et  à  Melun  le  7  juillet 
suivant. 

(2)  Raphaël,  connu  sous  le  nom  de  M.  d'Épinoy,  mort  à  Port-Royal  le  12  sep- 
tembre 16*6,  âgé  de  45  ans,  et  Marie-Angélique,  qui  devint  supérieure  des  reli- 
gieuses de  la  Visitation  Sainte-Marie  de  Melun,  oii  elle  est  morte  en  1714. 

(3)  Après  le  décès  de  celle  dame,  François  Le  Cliarron,  deuxième  du  nom,  épousa 
Marie-Angélique  de  Bourdet.  11  termina  lui-même  sa  carrière  à  Paris,  le  26  jan- 
vier 1702,  sans  laisser  d'enfant 


—  207  — 

Servien  père  était  ambassadeur,  et  on  aliéna  le  domaine  de  Saint- 
Ange. 

Ce  fut  Charles  Quentin  de  Richebourg,  maître  des  requêtes 
très-opulent,  qui  s'en  rendit  acquéreur  en  1669  (1). 

Onze  ans  plus  tard,  Richebourg  venait  de  mourir,  lorsque  sa 
fille  unique  épousa,  au  mois  de  juin  1680,  l'un  des  fils  de  Louis- 
François  Lefèvre  de  Gaumartin,  conseiller  d'État  ordinaire,  inten- 
dant de  Champagne,  seigneur  de  Roissy-le-Ghâtel,  près  Coulom- 
miers  (2),  et  de  quelques  fiefs  dans  le  voisinage  de  Villecerf. 
Gaumartin,  autrefois  très-lié  avec..le  cardinal  de  Retz  et  avec 
Richebourg,  qui  avait  joué  lui-même  un  certain  rôle  sous  la 
Fronde,  appartenait  à  une  famille  influente  et  richement  pourvue; 
il  obtint  de  Marie  Feydeau,  veuve  de  son  ami  Richebourg, 
l'abandon  pour  son  fils,  et  comme  accroissement  de  dot,  du  mar- 
quisat de  Saint-Ange. 

Louis-Urbain  Lefèvre-Caumartin  fils,  nommé  intendant  de 
finances  (1690),  fit  de  ce  domaine  sa  résidence  d'été,  et  se  plut  à 
en  augmenter  l'importance.  Le  16  avril  1693,  il  y  adjoignait  Dor- 
melles  (3)  et  Ville-Saint-Jacques,  à  charge  d'une  rente  de  mille 
livres  envers  la  commanderie  de  Beauvais,  près  Nemours;  l'année 
suivante  (12  août  1696),  il  devenait  comte  engagiste  de  Moret, 
moyennant  mille  cinquante  livres  de  nouvelle  finance  et  soixante- 
quatre  mille  quatre-vingt-quatre  livres  d'ancienne  (4). 

C'est  chez  ce  seigneur,  élève  de  Fléchier,  ami  de  Boileau,  pro- 
tecteur de  Voltaire,  —  c'est  au  château  de  Saint-Ange,  que  fut 
composée,  à  cette  époque,  une  partie  de  La  Henriade.  Fort  ins- 
truit, ayant  beaucoup  vu,  doué  d'une  remarquable  mémoire,  et 
charmant  conteur,  le  magistrat  aida  le  poète  de  ses  conseils  et  de 
ses  souvenirs.  Saint-Simon,  tout  en  faisant  de  Gaumartin  le  plus 
bel  éloge,  ajoute  qu'il  prenait  les  grands  airs  ridicules  du  maré- 
chal de  Villeroy  et  qu'il  avait  l'écorce  de  hauteur  d'un  sot  grand 
seigneur;  au  reste,  esprit  vif  et  aimable,  fort  honnête  homme, 


(1)  Portait  d'azur  à  trois  pommes  de  pin  d'or. 

(2)  Château  fort  ancien,  dont  les  ruines  sont  remarquables. 

(3)  A  cette  époque  le  château  de  Dorraelles  était  transformé  en  m.anufacture  de 
draps. 

Le  22  janvier  16G7,  Timoléon  de  Cossé,  seigneur  du  lieu,  y  mourait;  en  1690,  la 
transformation  s'était  accomplie,  et  le  12  janvier  1699,  on  y  bénissait  une  chapelle. 
(Registres  paroissiaux  de  Dormelies.) 

(4)  Mémoire  de  la  GénémlHé  de  Paris.  —  Le  môme  travail,  fait  au  commence- 
ment du  xviie  siècle,  évalue  Dorraelles  et  Saint-Ange  à  6,000  livres  de  revenu. 


—  208  — 

bienfaisant  (1),  d'excellente  compagnie,  aimant  la  bonne  chère 
et  la  société  des  dames.  C'est  lui  que  Boileau  désigne  dans  ces 
vers  : 

«  Chacun  de  l'équité  ne  fait  pas  son  flambeau  : 

»  Tout  n'est  pas  Caumartia,  Bignon  ou  d'Aguesseau,  » 

et  la  postérité,  rendant  justice  au  seigneur  de  Saint-Ange,  a  plei- 
nement ratifié  l'éloge  du  satirique. 

Marie-Jeanne  Quentin  de  Richebourg,  morte  jeune,  lui  avait 
donné  quatre  enfants,  mais  aucun  d'eux  n'atteignit  l'âge  de  vingt 
ans,  au  rapport  d'Etienne  Rassicod,  leur  tuteur  onéraire  (2). 

Le  célèbre  intendant  de  finances,  après  s'être  remarié  à  Made- 
leine de  Verthamon,  fille  du  baron  de  Bréau,  conseiller  d'État, 
mourut  lui-même  le  2  septembre  1720,  dans  sa  résidence  favorite, 
après  l'avoir  encore  agrandie  des  terres  de  Villemert,  Villoron, 
Le  Tremblay  et  Chauville  (3).  L'inhumation  de  son  cœur  et  de 
ses  entrailles  eut  lieu  avec  pompe,  dans  l'église  de  Villecerf,  nou- 
vellement restaurée  par  ses  soins.  Il  avait  disposé  de  ses  biens  en 
faveur  d'un  neveu,  Antoine-Louis-François  Lefèvre,  seigneur  de 
Boissy-le-Ghâtel,  Caumartin,  Argouges,  etc.,  qui  devint  premier 
président  au  grand  conseil  (4). 

Le  fils  aîné  de  ce  dernier,  né  le  30  juillet  4723  et  portant  les 
mêmes  prénoms,  lui  succéda  et  fut,  à  son  tour,  l'objet  d'hono- 
rables distinctions.  D'abord  maître  des  requêtes,  président  au 
grand  conseil,  puis  intendant  de  justice,  police  et  finances  des 
Trois-Évêchés,  de"  Flandre  et  d'Artois,  il  a  été  plus  tard  conseiller 
d'État,  garde  des  sceaux  de  l'ordre  de  Saint-Louis,  prévôt  des 
marchands  et  surintendant  des  finances  du  royaume. 


(1)  Grâce  à  M.  de  Caumartin,  Villecerf  fut  doté  le  10  mai  1717  d'une  maison  de 
charité  destinée  aux  pauvres  de  Villecerf,  Ville-Saint-Jacqucs  et  IMontarlot. 

(2)  Etienne  Rassicod,  célèbre  avocat  au  Parlement  de  Paris  et  fils  d'un  chirurgien 
de  campagne,  est  né,  non  à  La  Ferté,  comme  l'ont  avancé  et  répété  fous  les  bio- 
graphes, mais  à  Jouarre,  le  7  mars  1G44.  Protégé  dès  l'enfance  par  MM.  de  Cau- 
martin, il  devint  le  conseil  de  la  famille  ;  plein  de  droiture,  de  talent,  d'espril  et  de 
modestie,  reçu  docteur  agrégé  d'honneur  à  la  faculté  de  droit,  collaborateur  du 
Journal  des  Savants,  censeur  royal  et  auteur  de  plusieurs  ouvrages  importants,  il 
sut  acquérir  une  réputation  méritée  et  se  faire  d'illustres  amis. 

(3)  Sentence  d'adjudication  du  18  août  1706. 

(4)  Fils  de  Louis-François,  deuxième  du  nom,  sieur  de  Boissy,  et  de  Charlotte 
Bernard;  —  né  le  6  septembre  1696,  mort  le  14  avril  1748. 


—  209  — 

Dans  la  soirée  du  30  juillet  1749,  Saint-Ange  resplendissait  de 
lumières  et  de  joie  :  le  seigneur  du  lieu  célébrait  les  fêtes  de  son 
mariage  et  la  population  voisine,  conviée  au  château,  s'associait  à 
son  bonheur. 

Dans  un  aveu  de  1786  (1),  il  porte  les  titres  de  marquis  de 
Saint-Ange,  comte  de  Moret,  seigneur  de  Caumartin  (2),  Boissy- 
le-Châtel,  Villecerf,  Dormelle,  Ghalleau,  Villemert  (3),  Montarlot, 
Ville-Saint-Jac(iues,  La  Commanderie,  Lucigny,  les  Grès,  Bou- 
gny,  Flagy,  Thoury-Ferrotte,  Montmachoux,  etc. 

Son  domaine,  comme  on  voit,  prenait  chaque  jour  de  l'exten- 
sion, et  devenait  digne  de  l'honneur  qu'allaient  lui  faire  Louis  XVI 
et  Marie-Antoinette.  Le  roi  et  la  reine,  en  effet,  s'y  rendirent  au 
mois  d'octobre  de  la  même  année,  pendant  le  séjour  de  la  cour  à 
Fontainebleau  (4). 

Ce  jour-là  encore,  il  y  eut  fête  au  château. 

Mais  la  Révolution  approchait  à  grands  pas;  aux  jours  de  ré- 
jouissances devaient  bientôt  succéder  pour  Saint-Ange  la  tristesse 
et  la  ruine.  Un  ancien  prêtre  de  Melun,  Métier,  s'était  chargé  de 
terroriser  le  district  de  Nemours;  il  avait  reçu,  à  cet  effet,  pleins 
pouvoirs  du  représentant  du  peuple  Dubouchet  et  l'on  se  souvient 
encore,  dans  maintes  localités,  du  zèle  déplorable  qu'il  déploya 
dans  sa  mission... 

Marc-Antoine  Lefèvre  de  Caumartin  Saint-Ange,  fils,  intendant 
de  Franche-Comté,  parti  malade  pour  les  eaux  de  Bristol,  en  mai 
1791,  fut  déclaré  émigré;  et  malgré  les  plus  vives  protestations, 
la  Nation  mit  le  séquestre  sur  ses  biens,  puis  les  partagea  avec 
M.  de  Caumartin  père,  emprisonné  lui-même  pendant  neuf  mois, 
en  1793.  Dans  ce  partage,  le  château  de  Saint- Ange  et  ses  dépen- 
dances immédiates,  comprenant  six  cent  vingt-sept  arpents  un 


(1)  Archives  de  l'Empire,  Â^  1428. 

(2)  Faubourg  de  Crécy  (Somme). 

(3)  Le  seigneur  de  Challeau  et  de  Villemert,  avait  droit  de  foires  et  marchés,  par 
suite  d'une  fondation  du  roi  Louis  XI,  en  1482,  en  faveur  de  Guérin  Le  Groing, 
alors  possesseur  de  ces  deux  terres. 

(4)  Selon  Dulaure,  c'est  à  Saint-Ange  que  Louis-Philippe,  duc  d'Orléans,  aurait 
épousé  de  la  main  gaucK°  M°>ede  Montessfn.  Nous  croyons  qu'il  y  a  là  une  double 
méprise,  c'est  à  Paris,  le  23  avril  1773,  dans  une  chapelle  particulière,  que  le  curé 
de  Saint-Eustache  célébra  secrètement  le  mariage  du  duc  d'Orléans;  mais  cette 
union,  pour  être  secrète  n'en  était  pas  moins  régulière,  et  personne  n'ignore  ici  que 
Mme  Je  Montesson  habitait,  dans  notre  département,  non  Saint-Ange,  mais  Sainte- 
Assise  (à  huit  kilomètres  de  Melun),  où  le  duc  est  mort  le  18  novembre  178.'i. 

14 


—  210  — 

douzième,  sont  évalués  quatre-vingt-cinq  mille  livres.  Tous  les 
domaines  voisins,  châteaux,  fermes,  moulins,  sont  estimés  sépa- 
rément ;  Dormelles,  le  plus  important,  est  porté  pour  cent  cin- 
quante-cinq mille  livres. 

L'inventaire  du  mobilier,  dressé  du  13  au  16  nivôse  an  III  (1), 
par  les  administrateurs  du  district  de  Nemours,  est  curieux,  quoi- 
qu'il laisse  beaucoup  à  désirer  ;  on  y  voit  figurer  une  collection  de 
tableaux,  de  sculptures,  de  tapisseries,  d'objets  d'art  et  surtout 
de  chinoiseries.  La  bibliothèque,  qui  n'est  pas  détaillée,  ne  comp- 
tait guère  que  six  cents  volumes. 

Pendant  la  terreur,  on  avait  mutilé  par  ordre,  à  Saint-Ange,  des 
sculptures  antiques,  et  dégradé  les  constructions,  sous  prétexte 
d'effacer  les  armes  (2)  des  seigneurs  et  d'enlever  quelques  autres 
signes  de  féodalité;  le  zèle  des  agents  paraît  même  avoir  été  assez 
loin,  car,  le  29  octobre  1794,  les  membres  du  district  durent  se 
justifier.  Ils  certifièrent  qu'aucun  tableau  du  Titien  n'avait  été 
détruit  chez  le  citoyen  Gaumartin  Saint-Ange,  comme  on  le  pré- 
tendait; «  il  est  vrai,  ajoutent-ils,  qu'il  y  a  été  fait  beaucoup  de 
»  dégradations,  mais  elles  ont  porté  sur  les  monuments  de  l'or- 
»  gueil  féodal  et  sur  les  effigies  des  tyrans;  on  a  respecté  presque 
»  tous  les  objets  précieux  pour  les  arts,  à  l'exception  des  portraits 
»  de  quelques  savants  et  autres  hommes  célèbres,  qui  ont  été 
»  enveloppés  dans  la  proscription  gcuérale,  et  dont  la  perte  fera 
»  regretter  à  la  peinture  une  ressource  intéressante  pour  l'étude 
»  des  costumes.  » 

Des  tableaux,  des  tapisseries  armoriées  et  des  titres  féodaux, 
provenant  do  St-Ange,  avaient  aussi  été  brûlés,  un  jour  de  fête 
civique,  sur  la  place  d'armes  de  Nemours,  en  exécution  d'un  arrêté 
du  citoyen  Métier,  du  5  du  second  mois  de  l'an  II,  et  en  sa  pré- 
sence. 

En  l'an  VII,  M.  de  Gaumartin  père  obtint  la  restitution  de 
divers  objets  enlevés  de  son  château  et  déposés  au  Muséum  de 
Nemours,  c'étaient  ((  deux  petits  canons,  deux  obusiers,  deux 
»  mortiers  et  cinq  arbalétriers;  quelques  meubles  et  tapisseries 
»  de  velours  brodé;  des  tableaux,  une  collection  de  dix-neuf 
»  médaillons-portraits  de  famille,  une  sculpture  sur  bois,  repré- 
))  sentant  la  Procession  de  la  Ligue;  le  buste  du  réclamant,  exécuté 


(1)  Archives  d(5partementales  de  Seine-et-Marne. 

(2)  La  famille  de  Gaumartin  portait  :  d'azur  à  cinq  fasces  d'argent. 


—  211  — 

»  en  albâtre  par  Houdon  en  1779;  le  cadre  d'un  portrait  en  pied 
»  du  même,  brûlé  en  1793;  etc.  (1).  » 

Quelques  années  plus  tard,  le  31  août  1803,  Marc-Antoine 
Lefèvre  de  Gaumartin  (2),  s'éteignait  à  Londres  presqu'en  même 
temps  que  son  père. 

"Vers  cette  époque,  le  château  bâti  par  Henri  IV,  où  la  chambre 
et  le  lit  du  Béarnais  avaient  été  précieusement  conservés  jusque 
là,  tombait  sans  pitié  sous  le  marteau.  Il  ne  reste  debout,  avec 
les  caves  en  pierres  de  taille  et  les  murs  de  soutènement  des  ter- 
rasses, que  l'ancienne  conciergerie,  assez  modeste  résidence 
•  adoptée  successivement  depuis  par  les  nouveaux  possesseurs  du 
domaine  de  Saint-Ange. 

M.  de  Rennel,  comte  du  St-Empire,  fut  le  premier  acquéreur 
de  ces  ruines;  il  les  laissa  à  son  gendre,  M.  le  marquis  de  Roys, 
maire  de  Villecerf  sous  la  Restauration.  Aujourd'hui,  Madame 
de  Kiss,  veuve  de  M.  le  comte  de  Roys  fils,  remplace  les  ci-devant 
seigneurs  du  lieu,  qui  furent  pendant  longtemps  la  Providence 
des  pauvres  d'alentour.  Cette  dame  descend  elle-même  de  la 
famille  Le  Charron,  et,  nous  sommes  heureux  de  le  reconnaître  en 
terminant,  si  l'élégant  château  n'est  plus,  si  le  titre  seigneurial  a 
disparu,  les  nobles  traditions  d'autrefois  ont  été  conservées  fidèle- 
ment à  Saint-Ange  et  survivent  h  la  chute  de  l'ancien  marquisat. 


(1)  Archives  départementales. 

(2)  Né  à  Saint- An|?e,  ondoyé  le  18  mars  1751. 


^x^--^,-^ 


—  213  — 

NOTE 

SUR   DEUX  SCEAUX   DU   XIIP  SIÈCLE, 

PAR  M.   LEROY, 
Membre  fondateur  (  Section  de  Melun  ). 


Depuis  plusieurs  années,  la  sigillographie  a  pris  un  développe- 
ment que  justifie  son  concours  dans  la  solution  de  points  histo- 
riques ou  topographiques.  Les  représentations  de  personnages, 
de  villes  et  de  monuments  sur  les  sceaux,  à  une  époque  où  les 
arts  graphiques  étaient  à  l'état  d'enfance,  donnent  à  cette  science 
une  haute  importance.  Si  les  spécimens  que  je  vais  décrire  ne  sont 
pas  la  preuve  complète  de  ce  fait,  du  moins  ne  peut-on  la  refuser 
entièrement  à  l'un  d'eux  par  son  intérêt  pour  la  topographie 
ancienne  de  Melun.  Il  semble  représenter,  en  effet,  la  collégiale 
Notre-Dame  au  xni''  siècle.  S'il  existait,  de  ce  temps,  un  dessin 
exact  de  l'édifice,  on  ne  devrait  pas  s'arrêter  à  une  œuvre  que  le 
manque  d'espace  et  les  exigences  de  la  perspective  ont  dû  rendre 
bien  incomplète.  Mais  un  tel  document  fait  défaut.  Il  est  vrai 
qu'on  ne  peut  demander  à  notre  sceau  une  rigoureuse  reproduc- 
tion d'aspect  et  de  détails  ;  l'ensemble  général  y  est  seul  à  peu 
près  observé,  avec  l'exactitude  propre  aux  artistes  du  moyen-âge. 

Les  sceaux  en  question  appartenaient  à  deux  doyens  de  la 
chrétienté  de  Melun. 

Au  mois  de  janvier  1237,  Guibert  boucher  (Guibertus  carnifex) 
et  Hersende,  sa  femme,  vendirent  aux  maître  et  frères  de  la 
Maison-Dieu  du  Martroy  de  Melun,  un  demi  arpent  de  vigne  à 
Chartrettes  pour  douze  livres  parisis.  Ces  conventions  eurent  lieu 
en  présence  de  Robert,  doyen  de  la  chrétienté,  qui  apposa  le  sceau 
dont  voici  la  description  :  (PI.  VIII,  fig.  1.) 

Sceau  ogival  de  41°"^'  de  hauteur. 

Type  :  Une  fleur  de  lis  du  genre  florencé,  c'est-à-dire  h  pistils, 
avec  branche  principale  striée  à  la  manière  d'un  épi,  forme  qui 
précéda  le  type  des  fleurs  de  lis  héraldiques. 

Légende  en  capitales  mêlées  d'onciales  :  f  S.  ROBERTI- 
DECANI-MELEDVNENSIS. 


—  214  — 

Ce  sceau  append  sur  double  queue  au  bas  de  l'acte  précité,  qui 
est  conservé  dans  le  chartrier  de  rHôtcl-Dicu  de  Melun.  Un  titre 
de  l'an  1236  en  porte  un  semblable,  que  M.  Drouet  d'Arcq  se 
propose  de  publier  dans  son  important  ouvrage  sur  les  sceaux  des 
Archives  impériales. 

Le  second  spécimen  (PI.  VIII,  fig.  2)  a  été  apposé,  dans  des 
circonstances  analogues,  en  mai  1264,  par  Seguin,  doyen  de  la 
chrétienté  de  Melun.  Son  champ,  de  forme  également  ogivale, 
mesure  33™'".  de  hauteur,  sur  une  largeur  extrême  de  19  mill. 
Dans  des  dimensions  aussi  restreintes,  le  graveur  a  pu  repré- 
senter un  édifice  religieux  dont  on  ne  peut  méconnaître  la  res- 
semblance avec  Notre-Dame  de  Melun.  A  voir  les  deux  tours 
jumelles,  de  style  roman  de  la  transition,  avec  leurs  toitures  pyra- 
midales, le  fronton  surmonté  d'une  statue  de  la  Vierge,  le  portail 
voûté  en  plein  cintre,  suivant  la  disposition  antérieure  au  rema- 
niement du  xv!""  siècle,  on  est  porté  à  croire  que  l'artiste  a  voulu 
figurer  la  collégiale  de  Melun.  Le  portail  ouvert  laisse  apercevoir 
un  prêtre,  revêtu  de  la  chasuble  ancienne,  debout  devant  un  au- 
tel, dans  l'attitude  de  la  consécration. 

Légende  :        f      S.  SEGVINI-DEGANI-MELEDVNENSIS. 

Un  pareil  sceau  append  au  bas  d'un  acte  de  l'an  1238,  conservé, 
comme  le  titre  de  1236,  aux  Archives  impériales. 

Sans  donner  à  ce  type  plus  d'importance  qu'il  n'en  mérite,  je 
ne  saurais  m'empccher  de  remarquer  l'intérêt  qui  s'attache  à 
une  représentation,  quelque  incomplète  qu'elle  soit,  d'un  de  nos 
monuments  religieux  à  six  siècles  de  nous.  C'est  peut-être  un  jalon 
topographique  pour  notre  cité,  en  même  temps  qu'une  œuvre  cu- 
rieuse de  la  glyptique  au  xiii''  siècle. 

Des  sceaux  d'un  type  analogue  ont  été  usités  au  moyen-âge,  par 
des  personnages  attachés  à  des  édifices  religieux  qui  présentaimit 
quelque  ressemblance  avec  l'église  de  Melun.  Il  n'est  donc  pas 
rare  de  racontrer  ces  sortes  de  sceaux  qui  offrent  toujours  de  l'in- 
térêt pour  la  localité  à  laquelle  ils  appartiennent. 


SCEAUX    LU   XIll    SIECLE 


S  (ipum)  ROBERTl-DECANmEliLDvl^ï^^ 


S  (leilium]  SE(}VIM-DEGAN1-MELE1)VRFJ51S 


  Aj-  •  ..  y 


ff  s^t'-ioiii-i    Fti.1 


—  215  — 

LETTRE  A  M.   J.   DAVID, 

PRÉSIDENT  DE  LA  SECTION  DE  FONTAINEBLEAU 


PAR    M.    GAULTRON, 
Membre  fondateur  (fSiection  de  Fontainebleau). 


Mon  cher  Président, 

La  Société  nationale  des  Beaux-Arts  vient  de  rendre  un  digne 
hommage  à  la  mémoire  d'Eugène  Delacroix  que  nous  avons  vu 
souvent  promener  ses  rêveries  dans  notre  belle  forêt.  Elle  a 
rassemblé  au  boulevard  des  Italiens  ses  peintures,  éparses  dans 
nos  musées,  ainsi  que  celles  si  nombreuses,  que  d'heureux  posses- 
seurs ont  offert  généreusement  à  cette  exposition.  Elle  vient  les 
proposer  de  nouveau  à  notre  admiration.  Emu  et  charmé  devant 
les  toiles  du  maître  à  jamais  regrettable  que  vous  avez  connu,  Je 
me  suis  rappelé  quelques  impressions  que  j'avais  recueillies  sur 
lui,  celles  aussi  qui  me  sont  personnelles,  et  comme  un  dernier 
salut  à  cette  œuvre  bientôt  dispersée,  j'ai  eu  la  pensée  de  vous  les 
adresser.  Toutes  brèves  qu'elles  sont,  elles  placeront  son  nom  dans 
la  part  que  notre  Société  fait  à  l'art,  elles  y  rappelleront  son  sou- 
venir dans  les  premiers  travaux  qui  nous  occupent. 

Eugène  Delacroix  fut  un  grand  artiste  à  qui  rien  d'humain 
n'était  étranger,  qui  s'est  fortifié  par  la  solitude  et  le  recueillement 
et  qui,  selon  l'expression  du  poète,  a  caché  sa  vie  et  répandu  son 
esprit.  Il  fut  un  infatigable  lutteur;  l'unité  de  son  œuvre  est 
absolue  comme  talent  et  comme  inspiration.  Sa  mémoire  ne  peut 
plus  être  troublée  par  de  stériles  disputes;  il  est  le  plus  grand 
interprète,  le  maître  ardent  à  traduire  nos  sentiments,  poussés  à 
leur  dernière  limite,  à  l'exès.  Il  fut  le  peintre  passionné  par  excel- 
lence, et  par  excellence  aussi  le  peintre  de  la  passion.  Comment  ne 
nous  aurait-il  pas  émus?  Est-ce  que  sous  le  voile  de  retenue  que 
nous  impose  la  civilisation,  est-ce  que  sous  le  vernis  des  conven- 
tions sociales,  est-ce  qu'abrités  par  les  convenances,  les  mœurs  et 
les  habitudes,  tout  homme  ne  sent  pas  s'agiter  en  son  sein  l'excès 


—  216  — 

de  ses  propres  sentiments,  réprimé  et  dompté,  c'est-à-dire  la 
passion  !  Pour  peu  que  nous  sentions  la  langue  des  formes  et  des 
couleurs,  nous  comprendrons  M.  Delacroix;  car,  ce  qui  nous 
séduit  en  ses  œuvres,  c'est  nous-mêmes,  c'est  toujours  notre  fond 
de  passion  que  nous  retrouvons  là  pleinement  libre,  puissante, 
éclatant  en  audaces  superbes,  et  même  en  égarements,  parfois 
sublimes. 

Qui  désormais  nous  rendra  l'agonie  du  crucifié,  les  tendresses 
des  saintes  femmes  pansant  les  plaies  des  martyrs  :  qui  traduira 
désormais  avec  cette  pénétration  supérieure,  ou  Dante,  ou  Goethe, 
ou  Shakespeare;  qui,  sous  le  manteau  de  l'histoire,  ou  la  pourpre 
de  l'imagination  poétique,  redira  mieux  que  lui  le  drame  de  l'âme 
humaine.  Quelles  œuvres  dépasseront  la  Pieta,  les  Croisés  à  Com- 
tantinople,  la  Médée,  l'Hamlet.,  le  Faust?  Eugène  Delacroix  est  le 
peintre  exalté,  le  chantre  harmonieux  et  touchant  des  idylles  dou- 
loureuses, le  chantre  cruel  des  angoisses  profondes,  des  ironies  du 
destin,  des  barbaries  de  l'homme  livré  à  ses  appétits. 

L'un  des  privilèges  de  son  talent  a  été  de  rendre  inébranlable  la 
foi  de  ceux  qui  étaient  entrés  en  communion  d'intelligence  avec 
lui.  Une  fois  épris  de  ce  talent,  il  était  rare  que  l'on  ne  poussât 
pas  l'amour  de  ses  œuvres  plus  loin  que  celui  qui  en  était  l'au- 
teur. Jamais  enthousiasme  inspiré  par  un  artiste  ne  fut  plus  du- 
rable, plus  sincère,  plus  désintéressé  que  celui  de  ses  admirateurs; 
ils  ne  se  faisaient  point  en  effet  les  courtisans  d'une  popularité 
qu'il  n'obtint  jamais.  Il  s'échappait  de  ses  tableaux  comme  de 
puissants  courants  magnétiques,  et  dès  qu'on  en  avait  subi  l'at- 
traction on  recherchait  cette  production  si  constante,  si  imprévue. 
Il  donnait  la  vie  à  chacune  de  nos  expositions,  son  absence  y  était 
sentie,  on  y  cherchait  toujours  cette  palette  si  colorée,  si  pleine  de 
créations  vivantes. 

Une  partie  de  l'œuvre  est  là,  vous  y  accourrez  sans  doute,  et 
vous  pourrez  y  retrouver  avec  l'émotion  constante  l'idée  fixe  du 
maître  de  rendre  palpables,  visibles,  les  combats  qui  s'agitent  au 
secret  des  âmes  ;  le  sujet  lui  importe  peu,  qu'il  emprunte  son 
drame  aux  livres  saints,  à  la  Rome  des  Empereurs,  ou  à  l'Italie 
du  moyen-âge,  aux  conceptions  des  poètos  anglais,  ou  au  génie 
germanique,  le  décor  n'est  que  l'accessoire.  Ce  qui  l'inquicte, 
c'est  que  l'on  saisisse  la  gamme  passionnée  qu'il  a  voulu  rendre  : 
tout  avide  qu'on  le  voit  des  raftinemcnts  extérieurs  de  l'art,  il  va 
tout  de  suite  à  l'expression  spirituelle,  le  feu  de  sa  pensée  est 
vivace,  et  chaque  tableau  est  le  résultat  d'une  combinaison  nou- 


—  217  — 

velle.  S'il  n'a  pas  représenté  les  hommes  de  son  temps,  il  a  peint 
les  contemporains  de  tous  les  siècles,  car  il  a  peint  l'homme,  son 
âme,  sa  vie,  son  cœur.  Il  s'est  emparé  des  libertés  légitimes  des 
peintres  de  l'idée.  Son  expression  eût  été  gênée  par  la  représen- 
tation des  mœurs  modernes,  il  a  préféré  parcourir  le  monde  dans 
son  étendue,  il  a  traduit  l'homme,  en  vivifiant  son  texte  de  toutes 
les  richesses  acquises  par  l'esprit  moderne. 

Le  caractère  le  plus  frappant  dans  son  œuvre,  c'est  la  force  de 
l'imagination  ;  ses  drames  les  plus  émouvants  n'ont  qu'une  vérité 
poétique,  il  les  éclaire  des  lueurs  de  son  âme.  On  retrouve  là  son 
cachet,  sa  griffe  à  lui  seul;  ses  erreurs,  ses  faiblesses  tournent 
souvent  à  sa  gloire. 

Vit-il  la  réalité  ?  On  pourrait  en  douter ,  mais  l'harmonie 
toujours  juste  rend  l'impression  ineffaçable.  Cette  disposition 
visuelle  pouvait  réagir  d'une  façon  défavorable  sur  les  œuvres  oii 
l'artiste  aurait  voulu  exprimer  la  vie  contemporaine,  l'image  qu'il 
a  laissée  de  l'abbaye  de  Valmont,  en  Normandie,  où  il  passa  de 
précieuses  journées,  est  une  vraisemblance  poétique.  Image  pour 
image,  on  accepte  celle  qui  est  offerte  par  un  grand  artiste,  on 
lui  sacrifie  sans  répugnance  sa  vraie  conception.  De  lace  caractère 
imprévu  attaché  à  ses  productions  et  qui  les  fait  reconnaître  :  l'art 
pour  lui  n'a  pas  été  une  étude  de  la  réalité  positive,  c'était  une 
recherche  de  la  vérité  idéale. 

Les  contrées  animées  par  le  soleil  ont  seules  offert  un  repos 
à  son  imagination,  et  ont  mis  en  relief  son  talent  de  coloriste. 

Eugène  Delacroix,  vous  le  savez,  n'a  pas  vu  l'Italie.  Malgré  ses 
craintes  il  n'aurait  pas  subi  le  joug  des  traditions;  ou,  il  fut  resté 
impassible  devant  les  grandes  machines  secondaires  comme  devant 
la  coupole  du  Val-de-Grâce  de  Mignard,  qu'il  m'emmenait  visiter 
avec  lui  pour  son  œuvre  de  la  chambre  des  pairs,  ou,  il  se  fut 
exalté  devant  les  Michel-Ange,  les  Gorrége,  mais  son  courage  ne 
se  fut  pas  abattu  devant  ses  maîtres,  et  il  eût  gardé  son  origi- 
nalité. 

De  son  vivant,  on  disait  que  l'homme  avait  sauvé  l'artiste; 
aujourd'hui  l'artiste,  dans  la  digne  expression  de  ce  mot,  reste 
seul  et  l'emporte  seul.  La  supériorité  du  talent  ne  suffit  pas  pour 
mettre  la  gloire  elle-même  à  l'abri  des  variations  de  l'opinion  et 
de  la  mode.  Les  artistes  qui  ont  brillé  par  le  charme  de  leurs 
inventions  ont  conquis  de  suite  l'unanimité  des  suffrages.  — 
Raphaël,  Léonard,  et  Veronèse  n'ont  pas  attendu  la  justice  de 
l'opinion.  Ceux  au  contraire  qui,  comme  M.  Delacroix,  sondent  les 


—  218  — 

abîmes  de  l'âme,  et  qui  saisissent  plus  volontiers  dans  leurs  pein- 
tures le  côté  terrible  et  pathétique  des  choses  humaines,  exercent 
un  empire  plus  restreint  et  plus  contesté.  La  violence  ou  la  singu- 
larité de  leurs  inspirations  les  isole  des  sentiments  ordinaires,  et 
fait  que  leurs  qualités  sont  destinées  à  être  l'objet  d'une  discussion 
éternelle.  Telle,  pendant  si  longtemps,  il  dut  la  subir. 

Altéré  d'émotions  il  n'abandonna  jamais  la  pensée  qui  en  est  la 
source.  On  voit  plus  de  mouvements  dans  ses  tableaux  que  de 
splendeurs  décoratives ,  plus  de  concentration  passionnée  que 
d'expansion  extérieure.  Dans  une  action,  —  jamais  les  bannières 
flottantes,  le  son  des  trompettes,  les  longues  crinières,  le  hennis- 
sement des  chevaux  ne  font  oublier  la  violence  des  combattants. 
Par  les  accessoires  mômes,  le  peintre  redouble  parfois  d'énergie 
et  d'expression,  —  la  chaîne  du  prisonnier  deChillon,  est  vivante, 
le  panache  noir  au  front  d'Hamlet,  est  une  branche  de  Cyprès  qui 
se  marie  comme  un  effet  sublime,  aux  nuages  tristes  et  troublés 
comme  son  âme. 

Chaque  tableau  que  j'avais  devant  les  yeux  était  pour  moi  le 
résultat  d'une  recherche.  Rien  ne  se  ressemble  moins  que  la 
Barque  du  Dante,  le  Massacre  de  Scio,  l' Apollon  vainqueur,  les 
Femmes  d' Alger.  Ce  qui  fait  le  charme  de  ces  peintures,  c'est 
qu'on  peut  les  revoir  sans  le  lasser,  il  y  a  toujours  quelque  chose 
de  neuf  à  y  découvrir  —  rien  n'arrête  la  pensée  qui  les  contemple. 
Elle  peut  en  être  quelquefois  choquée,  mais  jamais  elle  ne  s'en 
éloigne  appauvrie  ou  diminuée.  Ce  qu'on  aime  à  retrouver,  c'est 
cette  ampleur,  cette  sûreté,  cette  fécondité  d'invention,  cette  volonté 
excessive. 

Eugène  Delacroix  a  jeté  de  fréquents  regards  vers  la  postérité, 
il  a  travaillé  pour  cette  abstraction  qui  caresse  les  rêves  de  tous 
les  grands  producteurs;  il  a  travaillé  avec  foi,  avec  opiniâtreté. 
Aussi  ne  sera-t-elle  pas  ingrate  ;  li  sera  repris  et  consulté.  On 
l'étudiera  avec  une  anxiété  attentive,  on  voudra  écarter  le  voile 
mystérieux  qui  couvre  son  œuvre,  deviner,  surprendre  sa  pensée, 
le  sentiment  qui  l'animait,  mais  à  la  condition  d'être  interprété  par 
des  intelligences  libres  et  larges.  11  faudra  savoir  l'interroger  et 
non  le  copier;  le  prendre  pour  modèle  et  non  pour  guide;  alors 
on  puisera  dans  ses  œuvres  les  plus  hautes  leçons  d'idéalisme  que 
notre  temps  ait  jamais  formulées. 

On  trouvera  de  préférence  dans  ses  compositions,  la  haine  et 
l'amour,  ces  passions  maîtresses  qui  ne  se  mesurent  point  aux 
nuances,  mais  aux  coups  violents  dont  elles  nous  frappent  ;  on  y 


—  219  — 

verra  souvent  les  angoisses  de  l'agonie,  —  jamais  l'espérance. 
Aussi,  les  âmes  prudentes  et  recueillies  se  familiariseront  peu  avec 
les  peintures  de  ce  maître;  mais  en  sentant  pénétrer  en  soi  le 
souffle  qui  l'agitait,  on  reconnaîtra  qu'il  avait  raison  de  forcer  le 
trait,  qu'il  devait  vouloir  quelquefois  (et  à  ce  propos  il  me  citait 
Rubens)  altérer  la  forme  et  l'intensité  de  la  couleur  pour  enfoncer, 
comme  un  fer,  sa  propre  pensée  dans  votre  âme. 

Et  cependant,  en  présence  de  la  foule,  l'artiste  n'a  jamais  eu  de 
public,  il  ne  comptait  qu'un  petit  nombre  d'admirateurs.  La  foule 
oubliait  que  ce  maître  arrivait  après  David  ;  ce  qu'elle  recherchait 
alors,  c'était  l'intérêt  du  sujet;  la  couleur,  le  plus  séduisant  des 
moyens  esthétiques,  n'avait  sur  elle  aucune  action.  Aussi,  souvent 
n'a-t-elle  pas  compris,  et  si,  heurtant  le  fond  du  caractère  na- 
tional, léger  et  railleur  ,  mais  méthodique,  le  peintre  laissait 
voir  une  sorte  de  souffrance  maladive,  quelque  chose  d'inachevé, 
d'incomplet,  il  n'était  plus  interprété.  L'âme  inquiète  et  troublée 
de  ces  temps-ci  n"a  pu  voir  le  spectacle  de  la  souffrance,  l'image 
de  son  mal  l'inquiétait,  elle  cherchait  ailleurs  l'allégement  qui 
lui  était  nécessaire.  Le  public  détournait  les  yeux  et  les  portait 
sur  d'autre  peintres.  Il  faut  le  dire,  la  manifestation  inopportune 
d'une  originalité  exceptionnelle  doit  expliquer  cet  insuccès.  La 
simplicité,  s'il  l'eût  jointe  alors  à  sa  distinction  native,  lui  aurait  de 
son  vivant  valu  une  gloire  plus  réelle. 

Cependant  h  ceux  qui  cherchent  les  jouissances  de  la  peinture 
dans  chacune  de  ses  créations,  cette  exposition  rendra  sans  doute 
les  impressions  que  je  viens  d'émettre.  Ils  y  trouveront,  je  le 
répète,  ces  qualités  si  rares,  la  pensée,  l'émotion,  l'originalité. 

Je  ne  vous  dirai  rien  de  l'homme,  mon  cher  Président,  ses  bio- 
graphes n'ont  fait  qu'effleurer  le  trait  de  cette  nature  énergique 
et  fine,  de  ce  caractère  élevé.  Il  reste  supérieur  à  ce  qu'on  en  a 
écrit;  son  génie  qui  s'est  montré  pour  la  première  fois  dans  la 
Barque  du  Dante^  a  paru  dans»  chacune  de  ses  œuvres  jusqu'à  la 
dernière. 

Aussi  en  quittant  ces  lieux,  vous  consacrerez  de  nouveau  un 
des  grands  artistes  de  ce  siècle;  et  en  parcourant  par  la  pensée  le 
cercle  des  compositions  dont  il  s'est  inspiré,  dont  quelques-unes 
étaient  intraduisibles  ;  en  voyant  ces  longues  pages  crayonnées, 
ces  murs  couverts,  ces  palais  ornés  vous  admirerez  comme  moi  ce 
vaillant  labeur. 

Eugène  Delacroix  réunissait  les  qualités  du  peintre,  du  poète, 
de  l'historien  par  une  puissance  innée,  et  un  profond  «avoir  :  il  a 


—  220  — 

séduit  et  transporté  tour-à-tour  les  intelligences  hautaines,  les 
cœurs  aventureux,  par  la  noblesse,  l'audace,  l'amour  du  vrai  et 
de  l'héroïque.  Sa  place  dans  la  peinture  française  est  faite  désor- 
mais, il  nous  appartient  par  l'inspiratien  et  par  l'esprit,  et  notre 
pays,  qui  a  produit  un  tel  homme,  s'est  acquis  une  gloire  nou- 
velle. 

Agréez,  mon  cher  Président,  etc., 


H.  GAULTRON, 

L'un  des  Secrétaires  de  la  Section. 


Fontainebleau,  20  septembre  1864. 


RÉPONSE  DE  M.   DAVID, 

Membre  fondateur  (Président  de  la  élection  de  Fontainebican). 

A  M.  GAULTRON, 

Membre  fondateur  (Mènic  Section.  ) 


Mon  cher  Confrère, 

Sans  partager  toute  votre  admiration;  j'en  apprécie  la  franchise 
et  J'en  applaudis  la  fermeté.  L'art  a  cela  d'excellent,  qu'il  admet 
tous  les  enthousiasmes,  et  justifie  toutes  les  ardeurs;  et  remarquez 
que  ce  que  vous  louez  dans  Eugène  Delacroix,  c'est  précisément 
ce  que  cherchent  et  ce  que  prônent  tous  les  véritables  artistes  : 
l'expression,  l'originalité,  l'idéal.  Sans  idéal  la  nature  humaine  ne 
vaut  pas  la  peine  d'être  reproduite,  sans  originalité  aucune  œuvre 
ne  dure,  sans  expression  aucun  drame  n'existe.  L'école,  qui  pré- 
céda la  manière  d'Eugène  Delacroix,  par  amour  pour  l'idéal, 
s'était  rejetée  violemment  dans  l'étude  de  l'antiquité,  et  faute  de 
peintures  elle  avait  pris  pour  modèle  l'œuvre  des  statuaires  grecs. 
De  là  ces  groupes  peints  qui  ressemblent  à  des  bas- reliefs,  ces  per- 
sonnages à  des  statues,  ces  types  qui  n'ont  plus  rien  de  notre  race. 


—  221  — 

Le  maître  d'Eugène  Delacroix  principalement,  Pierre  Guérin, 
avait  adopté  ce  genre  rétrospectif  :  son  Marcus-Sextus,  est  une  sta- 
tue; son  Offrande  à  Esculape,  un  groupe  sculptural.  Et  pourtant, 
tout  comme  son  élève,  il  rechercha  l'expression,  le  drame,  la  pen- 
sée; qui  pourrait  nier,  en  effet,  la  passion  sur  le  masque  de  PAérfre, 
l'amour  dans  les  yeux  de  Didon,  la  terreur  dans  la  pose  de  Cly- 
femnes^re?  C'est  donc  quelque  chose  de  plus  que  les  procédés,  la 
manière,  le  faire,  qui  inspire  l'art,  lui  inculque  la  poésie  et  le 
diversifie. 

Personne  ne  comprenait  mieux  cette  vérité  que  Pierre  Guérin  ; 
aussi  ce  classique  de  bon  sens  et  de  haute  portée  eut-il  une  école 
de  liberté  et  d'indépendance;  et  il  en  sortit  tour  à  tour  Géricault 
et  Ary  Scheffer,  Léon  Gogniet  et  Eugène  Delacroix.  Loin  de  com- 
primer l'essor  des  imaginations  diverses,  Pierre  Guérin  les  étu- 
diait, s'efforçait  de  les  pénétrer,  les  encourageait  dans  leurs  efforts 
individuels  et  ne  les  conseillait  jamais  que  dans  le  sens  de  leur 
originalité  propre.  C'est  ainsi  qu'il  disait  à  Géricault  :  l'énergie 
est  dans  votre  nature,  peignez  des  batailles  ou  des  naufrages  ;  et  le 
Guide  de  Lutzen,  et  le  Cuirassier  de  Leipsick,  et  le  Radeau  de  la  Méduse 
apparaissaient  tour  à  tour  dans  l'art  pour  l'agrandir  et  l'illustrer. 
C'est  ainsi  qu'il  disait  à  Ary  Scheffer  :  vous  êtes  un  rêveur,  gardez 
le  cachet  de  votre  Allemagne,  et  initiez-nous  à  ces  mélancolies 
profondes  ;  l'art  est  partout  où  l'âme  est  émue.  Et  qui  peut  nier 
qu'il  n'eut  deviné  dès  lors  ce  génie  tendre  et  douloureux  à  qui 
nous  devons  Marguerite^  les  Deux  Mignons,  le  Larmoyeur  et  le  Christ 
qui  console,  cette  sorte  de  légende  germanique.  Il  répétait  souvent 
à  Léon  Cogniet  :  vous  êtes  un  consciencieux  travailleur,  ne  vous 
hâtez  pas,  réfléchissez  longuement,  produisez  peu,  cherchez  la 
perfection.  N'était-ce  pas  encourager  ce  talent  dans  ce  qu'il  avait 
de  particulier  et  de  sincère  à  la  fois,  talent  dont  il  avait  pressenti 
l'aurore  dans  le  Saint- Etienne,  et  dont  il  eût  applaudi  le  zénith 
dans  la  Fille  du  Tintoret.  Enfin  si  Eugène  Delacroix  l'étonnait  tou- 
jours, et  l'inquiétait  parfois,  il  ne  m'en  a  pas  moins  dit  à  moi- 
même,  qui  honorais  en  lui  d'abord  l'ami  intime  de  mon  père,  en- 
suite l'homme  le  plus  bienveillant,  l'esprit  le  plus  étendu,  le  cri- 
tique le  plus  fin  que  j'aie  jamais  rencontré  dans  l'art,  il  me  disait 
donc,  et  je  crois  reproduire  exactement  ses  paroles  :  «  il  y  a  dans 
Eugène  Delacroix  un  penseur  et  un  novateur  à  la  fois;  sa  Barque 
du  Dante  est  une  horreur  grandiose,  et  son  Massacre  de  Scio  une 
page  épique;  il  renouvellera  l'école  française  au  profit  de  l'art,  car 
les  meilleures  manières  finissent  par  des  routines,  et  toute  réno- 


—  222  — 

vation  est  un  progrès,  dans  co  sens  qu'elle  réveille  les  esprits  et 
suscite  les  individualités.  » 

Chose  étrange  !  il  y  avait  dans  ces  deux  hommes  une  ressem- 
blance physique  évidente,  et  une  ressemblance  morale,  que  je 
vous  demande  la  permission  de  dégager.  Tous  deux  d'une  santé 
débile,  tous  deux  d'une  force  d'âme  inaltérable  ;  tous  deux  maigres, 
chétifs,  h  l'aspect  souffrant,  à  l'allure  grave,  mais  l'œil  plein 
d'éclairs,  la  bouche  pleine  de  finesse,  la  physionomie  pleine  de  va- 
riété, le  iront  ouvert  et  limpide;  tous  deux  réiléchissant  sans  cesse, 
mais  l'un  avec  plus  de  fcu^,  l'autre  avec  plus  de  calme;  tous  deux 
travaillant  assiduement,  mais  l'un  avec  plus  de  fougue,  et  l'autre 
avec  plus  d'hésitation.  L'un  et  l'autre  aussi  lettrés,  aussi  instruits, 
aussi  poètes  ;  l'un  et  l'autre  maniant  à  la  fois  la  plume  et  le  pin- 
ceau. Vous  connaissez  les  articles  qu'Eugène  Delacroix  inséra 
dans  nos  revues  les  plus  accréditées,  et  je  vous  donnerai  tout  à 
l'heure  la  preuve  de  l'aptitude  littéraire  de  Pierre  Guérin. 

Pierre  Guérin  était,  comme  tous  les  esprits  vaillants  et  bien 
doués,  le  fils  de  ses  œuvres.  Né  d'un  père  simple  artisan,  il  n'eut 
que  son  courage  pour  soutien,  et  son  travail  pour  ressource.  Ses 
maîtres  mêmes,  peintres  estimables  mais  secondaires,  Brenet  et 
Regnault,  n'eurent  que  peu  d'influence  sur  sa  destinée.  Il  lui  fal- 
lut donc  une  incontestable  supériorité  relative  pour  se  distinguer 
en  dehors  d'une  école  supérieure  et  dominante,  et  dont  le  chef,  vé- 
ritable despote  républicain,  pesait  sur  l'art  comme  il  avait  malheu- 
reusement aussi  pesé  sur  la  politique.  Mais  le  lauréat  de  1797  en- 
voya en  1800,  comme  élève  de  Rome,  un  tableau  où  la  simplicité 
du  sujet  n'ôtait  rien  à  la  force  de  l'expression,  et  son  Marcus-Sextm 
lui  fit  parmi  ses  confrères  une  place  analogue  à  celle  que  la  Barque 
du  Dante  mérita  vingt-cinq  ans  plus  tard  à  Eugène  Delacroix. 

Comme  vous  le  voyez,  les  succès  se  suivent  sans  se  ressembler, 
et  la  diversité  des  genres  comme  les  variétés  du  goût  devraient 
nous  apprendre  à  être  indulgents,  à  ne  considérer  dans  l'art  que 
la  profondeur  de  l'idée,  la  force  de  l'expression,  la  sincérité  des 
efforts,  et  à  ne  pas  rejeter  outrageusement  ce  qui  s'éloigne  de 
notre  sentiment  particulier,  de  nos  préférences  ou  de  nos  études. 
Pour  l'éclectique  raisonnable  rien  n'est  à  dédaigner  de  ce  qui  plaît 
à  l'esprit  par  la  pensée,  ou  de  ce  qui  charme  les  yeux  par  la  cou- 
leur; Raphaël  et  Gorrége,  Titien  et  Véronèse,  Rubens  et  Rem- 
brandt ont  des  attraits  divers;  pourquoi  refuserions-nous  à  nos 
écoles,  souvent  contradictoires,  l'estime  proportionnelle  que  nous 
accordons  aux  étrangers  ?  Le  public  ne  comprend  rien  au  f'aire^ 


—  223  - 

il  n'en  voit  que  les  résultats;  aussi  adopte-t-il  tour  à  tour  ceux  qui 
éveillent  l'attention  ou  touchent  le  cœur.  Honorons  donc  également 
ces  grands  artistes  qui  peignent  l'homme  n'importe  sous  quelle 
forme,  qui  dévoilent  l'âme  n'importe  avec  quel  sujet,  qui  font 
penser  ou  pleurer,  rêver  ou  frissonner  ;  avant  la  pâte,  le  clair- 
obscur,  la  ligne  ou  le  modelé,  il  y  a  l'expression,  la  vie,  la  passion, 
la  vérité.  Si  les  yeux  se  trompent,  l'esprit  s'égare  moins  souvent. 
Nature  profonde,  méditative,  pénétrante,  cœur  élevé,  généreux, 
excellent,  Pierre  Guérin  alliait  à  la  douceur  du  caractère  l'indul- 
gence critique  d'un  maître  éminent;  voilà  pourquoi  de  son  atelier 
rayonnèrent  tant  d'originalités  diverses,  tant  de  talents  différents. 
S'il  n'avait  pas  le  génie  prompt,  la  main  facile,  le  pinceau  rapide, 
il  avait  le  crayon  savant  et  le  sens  du  beau  sous  toutes  ses  mani- 
.  festations;  voilà  comment  il  sut  encourager  tant  d'élèves  illustres, 
comprendre  tant  de  manières  opposées,  pénétrer,  avant  eux- 
mêmes  peut-être,  tant  d'esprits  divergents.  C'est  qu'il  était  pen- 
seur avant  d'être  peintre,  et  je  ne  peux  pas  mieux  vous  le  prouver 
qu'en  vous  lisant  l'extrait  d'un  discours  qu'il  prononça  devant  les 
cinq  académies  réunies,  et  où  il  traite  du  génie  dans  les  sciences, 
dans  les  lettres  et  dans  les  arts.  Sa  parole  révélatrice  vaudra 
mieux  que  tous  mes  efforts  pour  vous  le  faire  comprendre  et 
goûter. 

«  Mais  pourquoi  nous  hasarder  dans  des  routes  inaccoutumées? 
»  Pourquoi  chercher  ailleurs  des  exemples  que  les  ouvrages  qui 
»  ressortissent  naturellement  à  nos  connaissances  et  sont  l'objet 
»  habituel  de  notre  admiration,  nous  fournissent  en  abondance? 
»  Une  seule  des  immortelles  productions  de  Raphaël  ou  de  Pous- 
»  sin  ne  peut-elle  nous  servir  de  preuve  après  avoir  été  notre 
»  guide  dans  l'importante  question  qui  nous  occupe?  Prenons 
»  celle  où  l'illustre  chef  de  l'école  française  rassembla  toutes  les 
»  forces  d'un  génie  que  la  mort  allait  éteindre.  Jetons  les  yeux 
»  sur  le  Déluge,  sur  cet  austère  chef-d'œuvre  où  le  talent  dispa- 
»  raît  et  se  cache,  pour  ainsi  dire,  sous  la  faculté  créatrice  qui 
»  nous  montre  dans  toute  leur  horreur  lesfanéraillesde  la  nature. 
»  Ici,  des  qualités  qui  souvent  usurpent  les  droits  et  le  nom  du 
»  génie,  eussent  pu  s'emparer  de  cette  grande  et  effrayante  scène. 
»  L'Imagination  y  eût  multiplié  des  épisodes,  et  l'Esprit  des 
»  contrastes  dans  lesquels  le  Pathétique  eût  redoublé  ses  efforts. 
»  La  Fécondité  nous  eût  reproduit  cette  confusion  du  mélange  des 
»  êtres  que  le  danger  rassemble;  et  la  science,  le  goût,  le  talent, 
»  eussent  déployé  toutes  leurs  ressources  pour  nous  peindre  la 


—  224  — 

force,  Ja  beauté,  la  grâce,  devenant  la  proie  du  gouffre  toujours 
croissant  des  ondes.  L'Énergie,  la  Fougue,  eussent  soulevd  les 
flots  contre  le  ciel  en  courroux;  et  peut-être  Dieu  lui-même  eût 
assisté  à  sa  vengeance.  Mais,  rien  de  tout  cela!  un  ciel  qui  pèse 
sur  les  eaux  et  que  la  foudre  sillonne  avec  effort  ;  un  soleil  sans 
clartés  ;  une  barque  où  quelques  hommes  luttent  encore  contre 
les  flots;  un  arbre,  un  rocher,  un  reptile,  seuls  restes  des  règnes 
de  la  nature,  avec  une  dernière  famille  exhalant  le  dernier  sou- 
pir du  genre  humain,  tels  sont  les  éléments  dont  se  compose 
cette  immense  catastrophe  que  la  main  du  génie  a  partout  frap- 
pée d'une  muette  horreur.  Ah  !  que  faut-il  davantage  !  et  qui 
donc,  après  avoir  réfléchi  sur  cet  immortel  ouvrage,  après  l'avoir 
bien  senti,  ne  sera  pas  tenté  de  se  dire  :  j'ignore  le  génie,  mais 
je  ne  saurais  douter  que  le  secret  de  sa  force  ne  soit  tout  entier 
dans  la  simplicité  des  moyens. 


—  225  — 

FABLES 

PAR    M.     LABICHE 
Membre  fondateur  (Section  de  nfelun). 


LE  MINISTRE  ET  LE  BERGER. 

Le  ministre  du  roi  Pépin, 
S'étant  un  jour  levé  de  bon  matin, 
S'en  alla  respirer  l'air  pur  de  la  campagne; 
Il  croyait  échapper  aux  soucis  dévorants 
Qui  veillent  d'ordinaire  en  l'alcôve  des  grands; 
Mais,  hélas  !  en  tous  lieux  ce  cortège  accompagne 
Les  mortels  haut  placés  et  les  hommes  d'État. 
N'est  pas  souvent  heureux  qui  jette  de  l'éclat! 
Le  ministre  songeait,  marchant  à  l'aventure; 

Il  avait  pris  telle  mesure 
Que  les  siens  approuvaient  à  raison  comme  à  tort; 
Mais  que  ses  ennemis  à  l'envi  blâmaient  fort; 

Ils  en  voulaient  à  sa  puissance, 
Et  chacun  l'attaquait  avec  acharnement, 
Sansjiul  souci  des  maux  qu'en  éprouvait  la  France; 
Je  crois  bien  que  jamais  il  n'en  fut  autrement. 
Il  interrogeait  donc  sa  pensée  inquiète, 
Alors  qu'il  entendit  les  sons  d'une  musette 
Qu'enflait  nonchalamment,  à  quelques  pas  de  lui, 

Un  jeune  pâtre  à  l'air  tout  réjoui. 
Voilà,  dit  le  ministre,  un  Amphion  rustique 
Qui  se  tourmente  peu  de  la  chose  publique  : 
—  Mon  ami,  lui  dit-il,  d'un  ton  plein  de  bonté, 
Tu  me  parais  doué  d'une  heureuse  santé, 

Et  d'une  aimable  et  solide  gaîté. 
Ne  pourrais-je  savoir,  sans  te  porter  ombrage. 
Le  moyen  de  jouir  d'un  semblable  avantage? 

—  Mais,  Monseigneur,  facile  est  ce  moyen, 

15 


—  226  — 

Voici  tout  mon  secret  :  je  ne  désire  rien  ; 
Content  de  l'humble  sort  qui  m'échut  sur  la  terre, 
Je  me  plais  à  soigner  mes  dociles  troupeaux; 

Je  chante  sur  mes  gais  pipeaux 
Nos  plaisirs  et  nos  jeux,  l'amour  et  ma  bergère; 
Dans  le  calme  et  l'oubli  qu'on  trouve  en  ce  séjour, 
Ainsi  pour  moi  s'écoule  chaque  jour. 

—  Grand  merci,  mon  ami,  ta  leçon  juste  et  bonne 
Doit  profiter  à  qui  raisonne. 
D'ailleurs,  se  dit  le  ministre  à  part  lui, 
Ce  n'est  pas  d'aujourd'hui 
Que  le  peuple  ignorant  et  rude. 
Me  paraît  plein  d'ingratitude. 

Le  lendemain  il  prit  congé  du  roi; 
Allégé  de  son  haut  emploi. 
Il  quitta  sans  regret  la  cour  et  les  affaires, 
Et  s'en  alla  trouver  le  bonheur  dans  ses  terres. 

Heureux  qui  peut  ici-bas  n'être  rien, 
Éloigner  de  son  toît  l'ambition  luneste. 
Fuir  du  peuple  et  des  grands  les  faveurs  et  le  reste, 
C'est  le  plus  sûr  moyen 
De  défier  l'envie. 
Et  d'enchaîner  toute  langue  ennemie. 

Quels  biens,  d'ailleurs, 
Versent  sur  nous  les  fragiles  grandeurs? 
Peuvent-elles  d'un  jour  allonger  cette  vie? 
Oh!  mon  Dieu,  non! 
Rien  ne  saurait  du  temps  interrompre  la  fuite; 
Et  la  splendeur,  l'or,  la  gloire,  un  grand  nom, 

N'entraînent  h.  leur  suite 
Que  des  soins,  des  ennuis,  des  craintes  et  des  maux, 
Ou,  pour  le  moins,  bien  des  jours  sans  repos. 


—  227  — 
L'HOMME  ET  LA  FÉE. 

Si  je  pouvais,  se  disait  une  Fée, 
Contenter  l'homme,  assurément 
Ce  serait  mon  plus  beau  trophée. 

N'était-ce  pas  espérer  follement? 

La  voilà  donc  dans  la  sombre  demeure 
D'un  pauvre  bûcheron  : 
Du  repos  avait  sonné  l'heure, 
Le  malheureux  rentrait  à  sa  maison  ; 
Sur  un  ardent  foyer  bouillait  dans  la  marmite 
Un  chou, .mets  précieux 
Que  la  ménagère,  au  plus  vite, 

Apprêtait  de  son  mieux, 
Pour  le  souper  de  la  famille  ; 
Ah!  dit  le  bûcheron,  sur  ce  feu  qui  pétille, 
Qu'une  grillade  cuirait  bien. 
11  ne  désira  pas  pour  rien  : 
La  grillade  parut,  et  la  chambre  enfumée 
S'en  trouva  toute  parfumée. 
—  Qu'est-ce  que  je  vois  là 
Et  n'ai-je,  après  cela. 
Que  des  souhaits  à  faire 
Pour  qu'un  esprit  veuille  les  satisfaire  ? 
Je  me  voudrais  alors  une  vaste  forêt 
Où  je  puisse  à  mon  gré  tailler,  rogner,  abattre, 

Et  me  promener  et  m'ébattre. 
A  ses  yeux  étonnés  la  futaie  apparaît; 
Notre  homme  s'y  promène,  y  rogne,  abat  et  taille 
Tant  qu'il  s'en  lasse  et  dit  :  Que  la  forêt  s'en  aille. 

En  échange  il  veut  un  verger, 
Animé  d'un  troupeau,  des  chiens  et  du  berger; 
Au  printemps  c'était  bien,  mais  à  fin  de  l'automne 
Tout  ceci  lui  sembla  quelque  peu  monotone. 
Il  voulut  voir  le  monde  et  la  grande  cité. 
Ce  splendide  Paris,  cet  amas  de  merveilles, 
Dont  va  si  loin  le  nom  retentir  aux  oreilles  ; 

L'y  voila  transporté  ; 
Il  y  désire  avoir,  hôtel,  train,  équipage. 
Et,  pour  jouir  de  tout,  il  voulut  puiser  l'or 


—  228  — 

A  pleines  mains  dans  un  trésor. 
Cet  homme  là,  ce  n'était  pas  un  sage. 
Notre  inconstant,  vieilli  par  les  plaisirs 
Et  las  des  soins  qu'exige  la  richesse, 
Mais  non  pas  à  bout  de  désirs, 
Fit  souhait  d'autre  chose,  et  souhaita  sans  cesse 
Le  changement 
De  son  bien  du  moment. 

La  Fée  un  jour  lâcha  pied  prudemment; 
Mais  eûl-elle  couru  de  Paris  jusqu'à  Rome, 
Qu'elle  n'eût  pu  trouver  autrement  tout  autre  homme. 

Comme  le  vent 
L'homme  est  changeant  : 
Diversité  fut  toujours  sa  devise; 
S'il  disait  non,  ce  ne  serait  franchise  ; 
Fait-il  froid,  il  veut  la  chaleur, 
Fait-il  chaud,  il  voudrait  la  bise; 
Ce  n'est  qu'en  ses  désirs  qu'il  place  le  bonheur. 

En  un  mot  son  lot  sur  la  terre, 
Est  devoir  ce  qu'il  a  se  dépouiller  d'appas, 
Et  de  voir  beau  ce  qu'il  n'a  pas. 
Pourquoi?  c'est  encore  un  mystère 
Inscrit  au  livre  des  raisons, 
Où  Dieu  ne  permet  pas  de  prendre  des  leçons. 


LA  BELETTE  ET  LA  POULE. 

Certaine  poule  un  jour,  par  le  grain  attirée. 
Dans  une  grange  était  entrée  ; 
Mais  à  peine  elle  y  fut, 
Voilà  qu'une  belette,  en  ces  lieux  à  l'affût. 
S'allongea,  se  glissa  le  long  d'une  javelle, 
Et  jeta  tout  à  coup  ses  deux  griffes  sur  elle. 

—  Dieu  !  dit  la  poule,  hélas  !  voudriez-vous,  cruelle, 


—  229  — 

Couper  la  trame  de  mes  jours 
Au  beau  moment  de  mes  amours  ? 
De  grâce  !  attendez  la  couvée  ; 

Cette  époque  arrivée, 

Je  jure  les  destins 
De  vous  livrer  ici  douze  ou  quinze  poussins. 

—  Fort  bien,  dit  la  belette,  on  ne  saurait,  je  pense, 

Montrer  plus  d'éloquence  ;   ■ 

Dieu  te  fit  une  langue  d'or  ; 
Mais  l'appétit  que  j'ai  me  parle  mieux  encor  : 

Et  sa  dent,  ainsi  qu'une  épine. 
Pénétra  dans  le  cou  de  la  pauvre  géline 

Qui  de  peur  en  pondit  un  œuf. 

—  Que  vois-je  là?  dit  l'autre,  eh  mais  !  voici  du  neuf. 

—  Il  n'est  jour,  dit  la  poule,  à  peu  près  à  cette  heure. 

Où  je  ne  ponde  ainsi  dans  ma  demeure. 
Pour  peu  qu'on  sut  compter, 
Ceci  devait,  je  crois,  donner  à  méditer  : 

—  Cent  jours,  cent  œufs,  c'est  clair,  se  dit  dame  belette, 

Cela  vaut  mieux  qu'une  poulette  ; 
Mais  je  me  sens  vraiment  prise  d'humanité  ; 
Dieu  que  c'est  beau  la  générosité  ! 
Quel  plaisir  elle  laisse 
Au  fond  du  cœur  qui  la  professe  ! 

—  Ma  sœur,  dit-elle  alors, 
A  la  poule  toute  tremblante 
D'avoir  frôlé  les  sombres  bords, 
Ta  prière  touchante 
A  retenu  mes  coups 
Et  calmé  mon  courroux  ; 
Je  t'accorde  la  vie  ; 
Mais  sous  condition 
Qu'avec  moi,  tu  prendras  ton  habitation  ; 

Car  j'ai  l'âme  attendrie 
Et  je  ne  saurais  plus  me  passer  d'une  amie. 

Je  l'ai  déjà  dit  dans  mes  vers  : 
L'intérêt  est  le  Dieu  qui  régit  l'univers; 

Qu'elles  soient  ou  non  raisonnables, 
Ses  lois  sont  immuables; 
Tous  les  êtres  qu'ici  la  Providence  a  mis 


—  230  — 

Lui  sont  soumis  ; 
C'est  le  grand  enchanteur  qui  fait  à  toutes  choses 
Subir  devant  nos  yeux  mille  métamorphoses  : 
Projets,  raisonnements, 
Actions,  Jugements, 
Bien  que  se  revêtant  de  toute  autre  apparence, 
N'en  subissent  pas  moins  son  occulte  influence. 
Jetez  dans  le  creuset  et  les  saintes  vertus 
Et  les  crimes  hideux  par  nos  lois  combattus  : 
Du  sommet  à  la  base, 
Décomposez, 
Analysez, 
Et  dans  le  fond  du  vase, 
Où  pour  fuir  tout  regard,  il  se  glisse  en  secret. 
Que  trouverez-vous  ?  L'intérêt  ! 


L'AIGLE  ET  LA  CHOUETTE. 

La  nuit  avait  cessé  de  répandre  ses  pleurs, 
L'aurore  déployait  ses  magiques  splendeurs; 
Du  sommet  d'un  rocher  qui  recelait  son  aire, 
Un  Aigle  allait  partir  d'un  vol  audacieux, 

Vers  les  cieux. 
Une  Chouette  rentrait  à  son  nid  solitaire; 

—  Combien  votre  coutume  est  bizarre,  ma  chère^ 

Lui  dit  l'oiseau  du  roi  des  Dieux! 
Les  animaux,  les  fleurs  ,  les  humains,  tout  s'éveille, 
Vous,  vite  vous  rentrez  dans  votre  noir  abri. 
Et  ce  n'est  qu'au  moment  où  la  terre  sommeille 
Qu'on  entend  par  les  airs  votre  lugubre  cri. 
Redouteriez- vous  donc  cette  clarté  si  pure 
Dont  le  flambeau  du  ciel  inonde  la  nature? 

—  Mais  j'écoute  en  cela  l'instinct  qui  me  conduit. 
Dit  la  Chouette,  et  je  crois  qu'aux  enfants  de  la  nuit 
L'éclat  brillant  du  jour  ne  peut  qu'être  funeste. 

—  Erreur,  lui  répond  l'aigle,  essayez-en  du  reste  : 
Éole  a  retenu  l'Aquilon  et  l'Auster; 


—  231  — 

Le  ciel  est  beau,  partons  pour  les  champs  de  l'éther. 
(Le  nouveau  plaît  à  tous,  il  n'est  ni  fou  ni  sage 
Qui  se  puissent  vanter  de  ne  lui  rendre  hommage  :) 
La  Chouette  suivit  l'Aigle.  Enfin,  dit  celui-ci, 

Nous  voici 
Planant  aux  régions  oh.  gronde  le  tonnerre. 

Voyez  la  terre. 
Voyez  ces  lacs  d'argent,  ces  tapis  de  forêts, 
Ces  fleuves  sinueux,  ces  cités  qui  bruissent, 
Et  ces  monts  élevés  qui  pour  nous  s'aplanissent 
Sous  leur  épais  manteau  de  pins  et  de  cyprès. 
La  nuit  jamais  vous  offrit-elle 
Une  image  aussi  belle? 
Son  voile  obscur  vaut-il  ce  splendide  réveil? 
Admirez  maintenant  les  cieux  et  le  soleil  : 
Et  la  fille  des  nuits,  par  ces  mots  stimulée, 
Fixe  l'astre  du  jour  et  retombe  aveuglée. 

Philosophes  ardents,  innovateurs  zélés, 

Si  bien  vous  le  voulez. 
Laissez  chacun  de  nous  suivre  en  paix  son  ornière  ; 
Dégage  qui  le  peut  son  épaisse  matière 

Des  langes  de  l'obscurité  : 
Du  flambeau  du  génie  et  de  la  vérité 
Tous  les  yeux  ne  sauraient  supporter  la  lumière. 


L'OPTIQUE. 

Un  jour,  sur  la  place  publique, 
Par  le  trou  d'un  optique, 
Un  enfant  voyait  un  tableau  : 
Le  verre  grossissant,  l'espace,  la  lumière. 

Tout  lui  rendait  l'illusion  entière; 
Croyant  voir  la  nature  :  Ohl  dit-il,  que  c'est  beau! 

De  la  vie  au  matin  ainsi  brille  l'image. 
Eh!  qui  de  nous,  à  son  début, 


—  232  — 

A  cette  douce  erreur  n'a  payé  son  tribut? 
Qui  n'a  pris  pour  le  vrai  ce  séduisant  mirage? 
Mais,  las  !  pourquoi  ce  rêve  d'un  moment 
Ne  nous  laisse-t-il  pas  son  doux  enchantement? 
Pourquoi  sitôt  la  vérité  vient-elle 

Obscurcir  de  son  aile 

Les  magiques  rayons 

De  nos  illusions? 
N'est-on  pas  plus  heureux  lorsque  l'âme  abusée 

Ne  voit  partout  que  fleurs 
S'ouvrir  au  frais  toucher  des  gouttes  de  rosée. 
0  Destin  !  rends-les  moi  ces  premières  erreurs  ! 


—  233 


NOTICES   BIBLIOGRAPHIQUES. 


PEKTBES  et  le  château  féodal  de  Mémorant  (  près  Melun,  Seine-et- 
Marne),  par  M.  E.  Delaforge;  Melun,  Delmers,  44  pages  in-12,  avec  sceaux  et 
blasons. 

M.  l'abbé  Delaforge,  curé  de  Perthes,  raconte  ce  que  furent  jadis 
la  paroisse  aujourd'hui  confiée  à  ses  soins,  et  l'ancien  château 
féodal  de  Mémorant,  qui  en  dépend.  Il  trace  rapidement  l'histo- 
rique du  village,  dont  la  seigneurie  et  la  mairie-justice  appar- 
tinrent aux  chanoines  de  Notre-Dame  de  Melun  depuis  le  roi 
Robert  jusqu'en  1612.  A  cette  époque,  la  majeure  partie  de  la 
terre  de  Perthes  fut  vendue  au  seigneur  de  Fleury-en-Bierre. 
Nous  voyons  ensuite  la  modeste  paroisse,  avec  ses  fiefs  et  arrière- 
fiefs,  en  butte  aux  souffrances  de  la  guerre  et  aux  exactions  des 
troupes  pendant  les  xiv^,  xv^  et  xvi^  siècles  ;  portant  les  endosses 
de  Melun ,  sa  voisine ,  comme  Melun,  selon  l'expression  de 
Rouillard  portait  les  endosses  de  Paris.  L'auteur  passe  ensuite  aux 
souvenirs  qui  se  rattachent  à  Mémorant,  château  du  moyen-âge, 
avec  tours  et  pont-levis,  fièrement  défendu  et  pourtant  attaqué, 
dévasté  et  ruiné  pendant  les  troubles  ;  —  perdant  son  caractère 
primitif  pour  revêtir  un  aspect  plus  pacifique  qu'il  a  conservé 
depuis  ;  —  manoir  de  quelque  importance,  passant  tour-à-tour  des 
mains  des  premiers  sires  de  Mémorant  à  Thomas  de  Bologne, 
puis  à  la  fille  de  ce  dernier,  la  célèbre  Christine  de  Pisan,  —  à 
Philippe  de  Maizières,  religieux  chevalier,  l'un  des  premiers 
auteurs  de  la  langue  française,  —  et  enfin  aux  Célestins  de  Paris. 

L'auteur,  qui  n'a  pas  oublié  en  passant  la  tradition  et  les  lé- 
gendes populaires,  concacre  un  chapitre  succinct  à  l'église,  petit 
édifice  gothique  du  xiii®  siècle  ;  enfin,  quelques  considérations  sur 
la  commune  actuelle,  son  territoire,  sa  population,  sa  fortune  et 
les  mœurs  des  habitants  terminent  convenablement  cette  étude. 
M.  le  curé  de  Perthes  n'a  pas  seulement  écrit  une  agréable  notice, 
il  a  fait  une  monographie  consciencieuse,  et  prouvé  que  nos  plus 
modestes  villages  méritent  l'honneur  de  rencontrer  leur  historio- 
graphe. Th.  L. 


—  234  — 

ESS.%1  historique  et  archéologique  sur    Pecy,    commune   du   canton  de 
iliangis  (Seine-el-Mai'ue),  et  en   particulier  sur  la  seigneurie  de  BcauUeu,  par 

M.  l'abbé  F.-A.  Dems  ;  1  vol.   ln-8,  204   pages,  avec  plans   et  figures.   Aleaux, 
Le  Blondel,  1863. 

En  consacrant  un  volume  de  200  pages  à  l'historique  d'un 
sinnple  village,  M.  l'abbé  Denis  a  montré  le  parti  qu'on  peut  tirer 
des  annales  de  nos  communes.  Par  ses  savantes  recherches,  il  a 
sauvé  de  l'oubli  de  nobles  familles  qui  possédaient  les  seigneuries 
de  Pecy,  de  Beaulieu,  Mirevaux  et  autres  fiefs  voisins  ;  il  a  fait 
revivre  les  mœurs  et  les  traditions  des  populations  de  ces  loca- 
lités; enfin  il  a  rédigé  une  excellente  notice,  digne  de  servir  de 
type  aux  futurs  historiens  et  archéologues  qui  entreprendront  de 
semblables  travaux  sur  d'autres  communes.  L'auteur  a  su  mettre 
à  profit  les  nombreux  documents  qu'il  s'est  procurés.  Il  a  pré- 
senté avec  talent  la  description  des  fiefs  du  territoire  de  Pecy  ; 
d'intéressants  renseignements  sur  leurs  possesseurs  ;  notamment 
la  chronologie  historique  des  seigneurs  de  Beaulieu,  depuis  la 
famille  autochtone,  de  laquelle  sortit  au  xiii^  siècle,  le  célèbre 
cardinal  Simon  ,  jusqu'à  la  famille  Teyssier  des  Farges.  Il  a 
entremêlé  son  récit  de  particularités  curieuses,  qui  jettent  un  jour 
nouveau  sur  l'état  social  de  nos  campagnes  au  moyen-âge.  — 
M.  l'abbé  Denis  est  vivement  pénétré  de  l'importance  des  savants 
travaux  auxquels  il  se  livre  sur  le  passé  des  paroisses  de  Seine-et- 
Marne.  Nous  partageons  sa  conviction,  et  nous  répétons  avec  lui, 
ce  qu'il  exprime  si  bien  dans  la  préface  de  sa  notice  sur  Pecy. 

«  En  recueillant  avec  soin  tous  les  faits,  toutes  les  circonstances 
))  dignes  d'attention  dans  une  localité ,  en  mettant  en  relief  les 
»  divers  personnages  qui  ont  joué  autrefois  un  rôle  quelconque,  on 
»  remonte  pour  ainsi  dire  à  la  source  de  l'histoire,  et  l'on  étend 
»  de  plus  en  plus  le  domaine  de  la  vérité.  Ces  recherches  particu- 
»  lières  intéressent  à  la  fois  la  géographie,  l'histoire  générale,  et 
))  la  biographie  des  hommes  illustres.  Que  d'erreurs  depuis 
»  longtemps  reçues,  que  de  méprises  ne  pourront  se  réfuter  que 
))  par  des  notices  spéciales!  Combien  de  faits  nouveaux  et  intéres- 
»  sants  seront  par  le  même  moyen  acquis  à  l'histoire? 

Il  n'est  personne  qui  ne  soit  également  convaincu  de  la  vérité  de 
ces  paroles.  G.  L. 


—  235  — 

Petites  lectures  sur  la  loi,  à  l'usage  des  écoles,  par  M.  A.  Putois,  juge  de  paix 
de  Nangis,  2^  édition,  1864  ;  Paris,  Paul  Dupont,  in-12,  136  pages. 

Sous  ce  tite  sans  prétention,  l'auteur  a  réuni,  et  mis  à  la  portée 
de  chacun,  certaines  notions  élémentaires  du  droit  criminel,  de 
ces  dispositions  pénales  que  tout  citoyen  doit  connaître  en  entrant 
dans  la  société. 

C'est  une  heureuse  pensée  que  celle  d'apprendre  aux  jeunes 
écoliers  qu'il  existe,  au-dessous  du  droit  moral  tracé  par  Dieu,  des 
lois  humaines  pour  réprimer  le  mal;  que  de  leur  inspirer  la 
crainte  des  peines  que  prononcent  ces  lois,  et,  par  suite,  l'hor- 
reur des  vices  qui  conduisent  au  crime.  Aussi  Les  petites  Lectures 
ont-elles  eu  leur  première  édition  promptement  épuisée. 

Bien  conçu,  le  livre  est  écrit  comme  il  convient,  d'un  style 
simple,  clair,  concis  et  pourtant  varié  ;  le  récit  parsemé  de  cita- 
tions et  même  d'agréables  historiettes.  Dans  les  lectures  intitu- 
lées :  Égalité  devant  la  loi,  Des  casiers  judiciaires,  Des  peines  et  de 
leurs  effets,  De  l'homicide.  Du  ml,  etc.,  viennent  se  grouper  tour  à 
tour  les  textes  d'utiles  enseignements  et  de  bons  conseils,  qui  ne 
seront  pas  seulement  utiles  à  l'enfance,  car  le  célèbre  adage  :  Nul 
n'est  censé  ignorer  la  loi,  prouve  précisément  combien  la  loi  est  gé- 
néralement ignorée. 

Th.  L. 


IVOTE  sur  le  château  de  §(alnt-Florct,  par  M.  Anatole  Dauvergne.  Broch. 
in-8  de  15  pages.  Imprimerie  impériale,  1864. 

M.  Anatole  Dauvergne  est  un  de  ces  archéologues  auxquels  les 
monuments  et  les  souvenirs  d'une  seule  province  ne  sont  pas  un 
assez  vaste  champ  pour  leur  féconde  activité.  N'importe  que  les 
traditions  diffèrent,  que  les  mœurs  soient  opposées,  que  les  monu- 
ments n'offrent  aucune  ressemblance,  ils  embrassent  tout  avec  un 
égal  succès,  par  de  prodigieux  efforts  de  labeur  et  de  savoir.  Que 
M.  Dauvergne  nous  pardonne  de  révéler  cette  ubiquité  qu'il 
pousse  à  un  si  haut  point,  et  qui  nous  procure,  tour  à  tour,  de  si 
attrayants  travaux  sur  la  Brie,  le  Bourbonnais  et  l'Auvergne. 

Cette  fois,  la  notice  précitée  est  consacrée  à  l'Auvergne.  Elle 
contient  la  description  de  peintures  murales  de  la  fin  du 
xiii*  siècle,  qui  subsistent  dans  des  ruines  perdues  et  ignorées 
au  fond  de  cette  vieille  province,  si  riche  en  antiquités  de  tout 


—  236  — 

genre,  si  glorieuse  par  les  événements  qu'elle  a  vu  s'accomplir. 
Artiste  non  moins  distingué  qu'archéologue  émérite,  M.  Anatole 
Dauvergne  a  sauvé  d'une  imminente  destruction,  en  les  reprodui- 
sant dans  leur  naïveté,  les  merveilleuses  prouesses  d'un  roman  de 
chevalerie,  dont  l'épopée  se  déroule  sur  les  murs  délabrés  de  la 
principale  salle  du  château  de  Saint-Floret,  canton  de  Ghampeix, 
arrondissement  d'Issoire  (Puy-de-Dôme).  Il  a  décrit  ces  scènes 
avec  l'autorité  de  son  double  talent  ;  il  en  a  reproduit  les  légendes 
dans  ce  qu'elles  avaient  de  lisible,  et  il  a  expliqué  les  procédés 
d'exécution  de  ces  spécimens  artistiques,  qui  sont  précieux  pour 
l'histoire  de  la  peinture  en  France.  La  notice  de  M.  Dauvergne 
présente  beaucoup  d'intérêt.  Quant  aux  travaux  pénibles,  dange- 
reux même,  auxquels  il  s'est  livré  pour  obtenir  des  dessins  posi- 
tifs de  la  décoration  murale  de  Saint-Floret,  cela  constitue  un  dé- 
vouement que  les  artistes  et  les  archéologues  savent  apprécier  et 
qu'ils  n'oublient  pas. 

G.  L. 


Recherches  et  études  sur  les  sépnltares  celtiques  des   environs  de 
Choisy-le-Roi,  par  M.  Anatole  Roujou.  Paris,  1863,  in-8. 

Dans  cette  brochure  de  16  pages,  M.  Roujou  signale  cinq  gise- 
ments celtiques  de  sépultures,  d'une  espèce  particulière,  qu'il  a 
observés  depuis  1860  sur  les  bords  de  la  Seine,  entre  Villeneuve- 
Saint-Georges  et  Ghoisy-le-Roi.  Parmi  ces  sépultures,  trois  variétés 
différentes  remontent  à  l'âge  archéologique  de  la  pierre,  sans  tou- 
tefois être  antérieures  à  la  formation  des  terrains  clysmiens. 
Dans  toutes,  il  a  rencontré  des  traces  de  fer,  des  cendres,  des  cou- 
teaux de  pierre,  des  fragments  de  poterie,  etc. 

Élève  de  l'École  des  Ghartes,  l'auteur  qui  a  étudié  avec  feoin  ces 
sortes  de  monuments  et  les  objets  qu'on  y  rencontre,  remarque 
qu'on  en  retrouve  souvent  la  trace  dans  le  voisinage  des  eaux  et 
jusques  dans  les  berges;  il  est  arrivé  aussi  à  reconnaître  la  clé  de 
la  taille  du  silex  et  du  travail  de  la  pierre  aux  époques  anté-histo- 
ques.  M.  Quicherat  qui  est  allé  reconnaître  les  recherches  exécu- 
tées par  M.  Roujou,  sur  la  rive  droite  de  la  Seine,  a  trouvé  les 
sépultures  à  peu  près  semblables  à  celles  des  tumulus,  souvent  dé- 
crites ;  mais  il  a  constaté  qu'au  lieu  d'être  placées  à  la  surface, 


—  237  — 

elles  s'enfoncent  dans  le  sol  par  des  excavations  qui  rappellent  les 
puits  funéraires  (1). 

L'opuscule  offert  à  la  Société  fait  désirer  la  publication,  annon- 
cée par  l'auteur,  d'un  mémoire  plus  étendu,  dans  lequel  il  se  pro- 
pose de  traiter  des  différents  gisements  qu'il  a  seulement  indi- 
qués, de  faire  une  étude  complète  sur  les  instruments  en  silex  et 
sur  la  curieuse  céramique  de  l'époque  celtique,  et  d'établir,  enfin, 
par  les  faits  que  les  peuplades  primitives  jouissaient  d'une  in- 
telligence bien  supérieure  à  celle  des  races  anté-diluviennes. 

Th.  L. 


aistoire  de  nieanx  et  du  pays  Meldols,  par  A.  Carro,  in-8,  de  564  pages. 
Meaux,  bureau  du  Journal  de  Seine-et-Marne,  et  Le  Bloudel  ;  —  Paris,  Durand, 
7,  rue  des  Grès,  et  Dumoulin,  13,  quai  des  Augustins. 

Ce  nouvel  ouvrage  de  M.  Carro  est  attrayant,  écrit  avec  élé- 
gance, émaillé  d'anecdotes  finement  racontées,  et  rehaussé  par  ces 
saillies  de  l'esprit  gaulois  que  ne  renierait  pas  Voltaire  ;  à  ce  mé- 
rite déjà  grand,  l'écrivain  réunit  les  meilleures  qualités  de  l'his- 
torien; son  tableau  ne  manque  ni  de  couleur  ni  de  chaleur. 
M.  Carro  se  montre  parfait  archéologue,  quand  à  l'aide  d'indices 
révélés  par  le  hasard,  de  fouilles  faites  sans  ensemble,  de  savantes 
recherches  et  d'ingénieuses  inductions,  il  reconstitue  la  ville  cel- 
tique et  la  ville  gallo-romaine  de  Meaux  ;  il  est  pathétique  et  sai- 
sissant quand  il  raconte  les  drames  dont  cette  ville  fut  le  théâtre, 
quand  son  patriotisme  ému  trace  le  douloureux  récit  des  invasions 
étrangères,  quand,  au  nom  de  l'humanité,  déplorant  les  égare- 
ments du  fanatisme  et  de  l'ignorance,  il  flétrit  aussi  sévèrement 
les  poignards  de  la  Saint-Barthélémy  que  les  haches  des  septem- 
briseurs. 

L'espace  nous  manque  pour  rendre  compte  de  cette  Histoh^e  de 
Meaux,  mais  tous  les  amateurs  de  bons  livres  la  liront  ;  c'est  une 
importante  et  complète  monographie  qui  aura  sa  place  dans  cha- 
cune des  bibliothèques  du  département,  et  qui  s'impose  à  tous  les 
érudits  par  les  consciencieuses  recherches  dont  elle  est  le  résultat. 
L'auteur  a  groupé  une  nombre  infini  de  renseignements,  il  en  a 
scrupuleusement  indiqué  les  sources,  il  les  a  publiés  avec  fran- 
chise. 

(1)  Discours  de  M.  le  marquis  de  La  Grange  à  la  Sorbonne  (avril  1864) 


—  238  — 

Sobre  de  considératiùiis  générales,  il  se  montre  plus  historien 
que  philosophe,  laissant  h  chacun  la  faculté  de  vérifier  les  faits  et 
d'en  découvrir  la  logique.  Peut-être  doit-on  regretter  cette  ré- 
serve de  Fauteur;  de  nos  jours,  le  lecteur  ne  se  contente  plus  de 
constater  les  phénomènes,  il  aime  à  en  connaître  les  lois  car  l'appa- 
rence est  souvent  trompeuse,  et  un  observateur  placé  en  aval  peut 
prendre  parfois  le  remous  du  fleuve  pour  son  véritable  cours. 

P.  A 


Effsai  sur  la  nuniiHiuatlf|uc  mérovingienne,  comparée  à  la  géographie  de 
Grégoire  de  Tours,  par  le  vicomte  de  Ponton  d'Amécourt.  Paris,  Rollin  et  Du- 
rand, 1864,  in-8  de  220  pages. 


En  1858,  M.  A.  Jacobs  eut  l'idée  de  recueillir,  et  d'exposer, 
en  les  contrôlant,  les  notions  géographiques  que  renferment  les 
écrits  de  Grégoire  de  Tours,  de  Frédégaire,  son  continuateur,  et 
des  autre  chroniqueurs  des  époques  primitives  de  notre  monar- 
chie. Il  publia  diverses  brochures  dans  lesquelles,  sous  la  forme 
de  dissertations  et  de  dictionnaires,  il  s'efforça  d'éclairer  les  an- 
ciens textes  les  uns  par  les  autres,  et  le  monde  savant  applaudit 
à  son  entreprise. 

Procédant  des  mêmes  principes,  M.  de  Ponton  d'Amécourt  a 
voulu  tirer  des  légendes  monétaires,  dans  l'intérêt  de  la  géogra- 
phie mérovingienne,  le  profit  que  M.  Jacobs  avait  demandé  aux 
chroniques.  Des  noms  de  lieux  sont,  comme  on  le  sait,  inscrits 
sur  les  monnaies  mérovingiennes;  quelle  que  soit  l'intention  qu'ils 
représentent  quant  à  la  fabrication  ou  à  l'émission  des  pièces,  ces 
noms  existent  et  ils  peuvent  être  utiles,  soit  par  les  notions  nou- 
velles qu'ils  apportent,  soit  par  les  moyens  qu'ils  donnent  de  rectifier 
les  notions  acquises.  Un  des  meilleurs  moyens  de  parvenir  à  des 
résultats  sérieux,  consiste  à  combiner  les  renseignements  ofTerts 
par  lu  numismatique  avec  ceux  qui  se  trouvent  dans  les  chroni- 
queurs. C'est  là  ce  qu'a  tenté  de  faire  et  ce  qu'a  fait  avec  succès 
M.  de  Ponton  d'Amécourt.  Son  travail,  qui  témoigne  à  la  fois 
d'une  intelligence  active,  d'un  esprit  méthodique  et  de  la  connais- 
sance exercée  des  anciens  monuments,  est  destiné  à  tenir  une  place 
très-honorable  parmi  les  publications  numismatiques  de  ce 
temps-ci . 


—  239  — 

Je  serais  entraîné  trop  loin,  si  je  voulais  descendre  au  détail. 
Il  suffira  de  dire  que  l'auteur,  après  avoir  exposé  ses  vues  dans 
une  préface  étudiée,  reproduit  par  ordre  alphabétique  les  noms 
de  lieux  gravés  sur  les  monnaies,  en  notant  leurs  différentes 
formes,  en  les  rapprochant  toutes  les  fois  que  cela  est  possible 
avec  les  noms  donnés  par  Grégoire  de  Tours  et  Frédégaire,  et  en 
les  accompagnant  au  besoin  des  réflexions  qu'ils  comportent.  Le 
livre  est  terminé  par  une  table  des  noms  d'hommes  qui  figurent 
sur  les  monnaies,  et  particulièrement  des  monétaires,  par  une 
table  des  noms  de  lieux,  etc. 

F.  B. 


Fragments  ethnologiqueis.  t-  Études  sur  les  vestiges  des  peuples  Gaéliques 
dans  quelques  contrées  de  l'Europe  occidentale;  sur  la  couleur  de  la  chevelure 
des  Celtes  ou  Gaulois  ;  sur  les  liens  de  famille  entre  les  Gaëls  et  les  Cymris,  par 
J.-A-N.  Périer,  médecin  principal  à  l'Hôtel  impérial  des  Invalides,  ex-membre 
de  la  Commission  scientifique  d'Algérie,  etc.,  Paris,  1857.  —  Sur  TEthno^énie 
Egyptienne,  par  le  même.  Extrait  des  mémoires  de  la  Société  d'Anthropologie, 
Paris,  1863,  in-8. 

L'étude  de  l'histoire  ancienne  s'est  bornée  longtemps  chez  nous 
à  ce  que  les  historiens  grecs  et  latins  nous  avaient  transmis  de 
leurs  annales  et  de  celles  des  peuples  avec  lesquels  ils  furent  en 
rapport,  traditions  qu'on  s'efl"orçait  de  concilier  avec  les  témoi- 
gnages de  la  Bible,  devenue  pour  les  peuples  catholiques  le  fon- 
dement de  toute  chronologie  et  de  toute  classification  ethnogra- 
phique. 

Cependant  le  progrès  des  études  orientales,  la  connaissance  du 
sanscrit,  la  découverte  du  système  des  écritures  hiéroglyphiques 
et  cunéiformes,  en  permettant  de  remonter,  à  l'aide  de  monuments 
authentiques,  à  des  époques  infiniment  reculées,  et  d'établir  par 
la  comparaison  des  idiomes,  des  rapports  entre  des  peuples  séparés 
par  de  grandes  distances,  ont  donné  un  nouvel  intérêt,  une  portée 
plus  grande  aux  études  historiques,  et  posé  une  foule  de  pro- 
Ijlômes  que  l'esprit  critique  de  notre  époque  a  abordés  avec  une 
entière  liberté,  dégagée  de  toute  opinion  dogmatique.  En  même 
temps,  on  a  cherché  h  donner  à  l'histoire  une  base  plus  solide  par 
l'étude  des  faits  géologiques  et  physiologiques.  L'Etlmographie  ou 
V Anthropologie  est  devenue  ainsi  une  science  nouvelle,  pour  laquelle 


—  340  — 

il  làut  réunir  à  tout  ce  qui  constituait  l'ancien  domaine  de  l'his- 
toire la  physiologie  et  la  linguistique,  qui  peut  être  elle-même 
considérée  comme  une  science  naturelle. 

Malheureusement,  comme  il  arrive  au  début  de  toute  grande 
découverte,  on  s'est  trop  hâté  de  tirer  de  quelques  faits  particu- 
liers, ou  inexactement  observés,  des  conséquences  trop  absolues 
ou  trop  générales.  Notre  siècle  a  vu  s'élever  et  s'écrouler  une 
foule  de  systèmes  contradictoires  sur  le  berceau  du  genre  humain, 
sur  la  dispersion  ou  la  diversité  des  races  et  sur  l'origine  du  lan- 
gage. Des  problêmes  obscurs  par  eux-mêmes  se  sont  compliqués 
d'une  foule  de  prétendues  solutions  qu'il  faut  commencer  par 
écarter,  si  l'on  veut  aborder  à  son  tour  ces  difficiles  énigmes. 

L'auteur  des  deux  dissertations  dont  nous  indiquons  plus  haut 
les  titres,  a  su  éviter  la  plupart  des  écueils,  où  plus  d'un  savant 
célèbre  a  échoué.  Parfaitement  au  courant  de  tous  les  travaux  de 
ses  devanciers,  il  les  expose  avec  méthode  et  impartialité,  relève 
leurs  erreurs  avec  franchise  et  sans  amertume,  et  lorsqu'à  son 
tour  il  hasarde  quelques  conjectures,  c'est  avec  cette  réserve  que 
des  études  approfondies  ne  font  qu'accroître. 

La  première  dissertation  est  celle  qui  nous  intéresse  le  plus 
directement,  puisqu'elle  touche  à  nos  origines  nationales  et  que 
chacun  peut  espérer  y  apporter  quelque  lumière  par  des  investi- 
gations bien  dirigées,  sur  le  sol  que  nous  habitons  et  les  popula- 
tions qui  nous  entourent.  Nous  n'essaierons  pas  d'analyser  un 
livre  qui  est  lui-même  l'analyse  très-condensée  d'un  grand  nombre 
d'ouvrages. 

Quoique  les  Grecs  et  les  Romains  aient  reconnu  l'aptitude  des 
Gaulois  pour  l'éloquence  et  la  philosophie  non  moins  que  pour  les 
armes,  nos  ancêtres  ne  nous  ont  laissé  aucun  monument  écrit 
dans  leur  langue,  qu'ils  ont  de  bonne  heure  abandonnée  pour  des 
idiomes  plus  cultivés,  en  sorte  que  nous  ne  connaissons  nos 
propres  origines  que  par  les  historiens  et  les  géographes  étrangers 
qui  ont  trop  souvent  confondu  sous  des  appellations  communes 
les  races  diverses  qui,  dès  le  temps  de  César,  se  partageaient  le 
sol  de  la  Gaule.  M.  Périer  s'applique  à  distinguer  par  l'étude  des 
traditions  et  des  caractères  physiologiques  ces  races  diverses  et 
particulièrement  les  Gaëls  ou  Gaulois  proprement  dits,  et  les 
Gymris  ou  Cimbres  avec  lesquels  ils  ont  été  souvent  mêlés  ou  con- 
fondus. Ce  sont  ces  derniers  qui  se  seraient  surtout  fait  redouter 
par  leur  valeur,  trop  souvent  farouche,  tandis  que  les  Gaëls  au- 
raient eu  des  instincts  plus  doux  et  plus  intelligents.  Enfin,  les 


—  241    — 

deux  races  auraient  fini  par  se  mêler  et  leurs  dispositions  par  se 
fondre  dans  une  heureuse  alliance. 

Le  second  ouvrage  sur  VEthnogénie  égyptienne  nous  fait  remon- 
ter au  berceau  même  du  genre  humain.  Les  prétentions  des  Égyp- 
tiens, appuyées  sur  des  monuments  qui  ont  traversé  les  siècles  et 
dont  on  peut  maintenant  déchiffrer  les  légendes,  dépassent  les 
limites  que  la  chronologie  biblique  semblait  assigner  à  la  création 
ou  au  moins  au  Déluge.  On  se  trouve  donc  amené  forcément  à 
examiner  la  question  d'un  cataclysme  universel  et  celle  de  l'unité 
ou  de  la  multiplicité  des  races  humaines  pour  assigner  l'origine  du 
peuple  dont  la  civilisation  a  brillé  d'un  si  vif  éclat  dans  la  vallée  du 
Nil.  Ce  peuple  est-il  venu  de  l'Asie,  ou  est-il  descendu  de  l'Ethiopie 
comme  le  Nil?  Appartient-il  à  la  race  Libyque  ou  Arabique? 
M.  Périer  montre  l'insuffisance  et  l'incertitude  des  données  que 
l'on  a  cru  tirer  de  l'examen  de  quelques  crânes  de  momies  dont 
on  ne  connaissait  pas  assez  exactement  la  date  et  la  provenance. 
Les  monuments  pharaoniques  mieux  étudiés  constatent  la  pré- 
sence en  Egypte  dès  l'antiquité  de  races  diverses  :  ce  qui  explique 
les  contradictions  de  ceux  qui  ont  cru  reconnaître  l'ancienne  race 
égyptienne  tantôt  dans  les  Coptes,  tantôt  dans  les  fellahs  Arabes. 
M.  Périer  nous  paraît  incliner  pour  l'existence  dans  la  vallée  du 
Nil  d'une  race  autochtone  modifiée  à  diverses  époques  par  des 
immigrations  venues  du  Sud  et  de  l'Orient.  Il  analyse  aussi  avec 
une  certaine  complaisance  une  opinion  qui  place  le  berceau  du 
genre  humain,  l'Éden  et  ses  quatre  fleuves,  dans  le  Sennaar  afri- 
cain, d'oti  les  traditions  postérieures  l'auraient  par  suite  d'une 
similitude  de  nom  transporté  dans  la  Mésopotamie.  Si  peu  disposé 
que  l'on  soit  à  admettre  de   telles  conjectures,  on  ne  peut  se 
refuser  à  en  lire  avec  intérêt  l'exposé  succint.  Chaque  jour,  de 
nouvelles  découvertes  viennent  modifier  quelques  éléments  du 
grand  problême   des  origines  de  la  civilisation,  problême  sans 
doute  à  jamais  insoluble,  mais  qui  n'en  continuera  pas  moins  de 
préoccuper  l'esprit  humain.  Le  soin  que  M.  Périer  a  pris  de  citer 
avec  exactitude  les  nombreux  ouvrages  qu'il  a  consultés  évitera 
beaucoup  de  perte  de  temps  à  ceux  qui  s'engageront  après  lui  dans 
la  même  voie.  Son  livre  est  de  ceux  qu'on  peut  combattre  ou  cher- 
cher à  compléter,  mais  qu'il  n'est  pas  permis,  à  ceux  qui  voudront 
s'occuper  de  ces  matières,  de  négliger  ou  de  passer  sous  silence. 

B.  P. 


16 


—  Î>i2  — 

Aliuanach  lilAtoriqae,  topogi-apliiqiie  et  Nfatintique  du  départeiucnt 
de  !Siclnc-e(-llIarnc  et  du  ikiooÔMc  de  iMeaiix^  pour  ISGiJ.  Meaux,  A.  Le 
Bloxdel,  in-18  de  234  pages,  imp,  Cariio. 

M.  Le  Blonde],  libraire  h  Meaux,  publie  depuis  cinq  ans  un 
Almanach  historique  de  Seine-et-Marne,  dont  le  mérite  justifie 
le  succès  toujours  croissant.  Bien  conçu,  fidèle  à  son  titre,  d'une 
exécution  soignée,  cet  opuscule  a  heureusement  débuté.  Le  Con- 
seil général  du  département  lui  a  donné  son  approbation,  en 
inscrivant  au  budget  une  allocation  annuelle  pour  encourager 
cette  modeste,  mais  utile  publication. 

L'Almanach  historique  de  i8Go,  après  les  nomenclatures  indis- 
pensables, aussi  complètes,  aussi  exactes  que  possible,  présente, 
dans  sa  partie  historique,  des  Études  sur  le  sol  et  la  production  de 
la  Brie  avant  1789;  — sur  les  Conventionnels  de  Seine-et-Marne; 

—  sur  les  communes  rurales  (ces  notices  se  continueront  annuel- 
lement dans  l'ordre  alphabétique)  ;  —  sur  un  épisode  des  foires  de 
Champagne  et  de  Brie;  — sur  le  bâtiment  du  Chapitre,  à  Meaux; 

—  sur  une  Pierre  funéraire  du  xi''  siècle  ;  —  articles  divers,  mé- 
langes, etc.,  etc. 

Tous  les  collaborateurs  de  M.  Le  Blondcl  étant  membres  de  la 

Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts  de  Seine-et-Marne, 

on  comprendra  que  nous  laissions  à  d'autres  l'appréciation  des 

articles  contenus  dans  cet  Almanach  historique. 

*  *  * 


—  243 


NOUVELLES   DIVERSES. 


BRAY-SUR-SEINE. 

M.  Prieur,  maire  de  Bray,  vient  de  retrouver,  dans  un  vieux  meuble, 
provenant  de  sa  famille,  un  sceau  du  commencement  du  xv  siècle,  por- 
tant pour  légende,  en  lettres  gothiques  mêlées  d'onciales  :  Le  sccl  de  la 
Chastellenie  de  Bray-siir-Seine.  Le  type  est  une  tour  accostée  de  rameaux 
d'olivier,  surmontée  de  trois  fleurs  de  lys  entremêlées  d'olivier.  La 
municipalité  de  Bray  a  l'intention  d'adopter  ce  type  pour  armes  de  la 
ville. 

CHATEAUBLEAD. 

On  vient  de  trouver  trois  fort  belles  haches  celtiques  dans  une  pièce 
de  terre,  ancien  bois  récemment  défriché,  près  de  Châteaubleau.  Notre 
confrère,  M.  Burin,  n'a  pu  réussir  à  conserver  ces  objets  dans  la  loca- 
lité, ils  étaient  déjà  vendus  au  prix  de  10  fr.  à  un  marchand  d'antiquités 
de  Paris,  M.  Rebours,  rue  de  la  Plaine,  n°  3,  aux  Ternes,  Cette  décou- 
verte confirme  l'opinion  émise  en  Sorbonne  par  M.  le  comte  de  Ponté- 
ooulant,  sur  l'importance  du  territoire  de  Châteaubleau  dès  l'époque 
celtique. 

COUTEVRODLT. 

M.  Lelong,  garde-champêtre  à  Coutevroult,  a  communiqué  à  la  Section 
de  Meaux  une  médaille  gauloise  en  bronze,  sur  laquelle  on  croit  pouvoir 
lire  le  mot  BOVFXA.  Cette  monnaie  fait  partie  d'une  série  intéressante  et 
recherchée  qui  appartient  à  la  vallée  de  l'Ourcq;  on  a  monnayé  au  nom 
de  lioveca  dans  les  trois  métaux,  or,  argent  et  bronze.  On  s'est  demandé 
longtemps  si  lioveca  est  un  nom  de  chef  ou  de  localité,  et  l'on  s'accorde 
à  peu  près  aujourd'hui  à  trouver  là  l'ancien  nom  de  Crouy,  qui  aurait 
passé  par  les  formes  CrovUicum,  Croiacum,  avant  d'acquérir  sa  forme 
actuelle. 

CRÉCY. 

Un  correspondant  nous  écrit  que  l'hypogée  celtique  de  Crécy,  où  Ton 
a  trouvé  les  objets  précieux  conservés  dans  la  collection  de  la  société 
d'agriculture  de  Meaux,  est  exposé  à  être  détruit  à  cause  de  sa  proxi- 
mité d'une  roule.  Nous  joignons  nos  vceux  aux  siens,  on  souhaitant 


—  24  i  — 

ardemment  qu'on  prenne  des  mesures  pour  la  conservation  de  ce  monu- 
ment. Ne  pourrait-on  pas  pour  le  préserver  l'entourer  d'une  enceinte. 

JAIGNES. 

Un  membre  de  la  Société  Archéologique  de  Seine-et-Marne  vient  de 
faire,  à  ses  frais,  élever  et  dresser  contre  un  pilier  de  l'église  de  Jaignes, 
avec  l'autorisation  et  la  bienveillante  assistance  de  AI.  le  curé,  une 
dalle  d'une  conservation  parfaite,  trouvée  récemment  sous  le  fumier 
d'une  ferme,  et  placée,  depuis  peu,  au  milieu  de  l'allée  de  gauche  de 
l'église,  où  elle  n'aurait  pas  tardé  à  être  détruite.  Cette  remarquable 
pierre,  de  la  fin  du  xii*  siècle,  devrait  figurer  dans  l'Album  des  Monu- 
ments de  Seine-et-Marne.  Elle  provient  de  la  belle  église  priorale  de  N.-D. 
de  Grandchamp,  dont  l'emplacement  est  actuellement  à  l'entrée  de  la  cour 
d'une  ferme;  elle  doit  sa  conservation  à  cette  circonstance  que  sa  face 
sculptée  était  placée  en-dessous.  M.  l'abbé  Denis  en  a  relevé  l'inscrip- 
tion et  le  dessin,  qu'il  veut  bien  nous  communiquer;  l'inscription,  en 
majuscules  gothiques,  fait  le  tour  de  la  pierre  et  se  compose  des  trois 
distiques  suivants  : 

CLAVDERIS  HAC  PETRA,  RICHARDE,   LEVITA,  PRIORIS 
PETRI  CONJVNCTA  PROXIMO  ATQVE  NEPOS; 

MORTVVS  OCTOBRIS  QVARTO  DECIMOQVE  CALENDAS, 
FLOS  JVVENVM  CLAVSTRI,   NOBILIVMQDE   DECVS. 

TE  CVJVS  DIVIO  DIVINO  CLARVIT  ORTV 
AGGREGET  ELECTIS  TRINVS    ET  VNVS.   AMEN. 

Le  dessin  représente  un  diacre  (levita)  portant  un  livre,  celui  des 
Évangiles.  Comme  il  s'agit  d'un  jeune  homme,  issu  à  Dijon,  d'une  très- 
noble  famille,  et  neveu  du  prieur  Pierre.  M.  l'abbé  Denis  suppose,  que 
cette  dalle  remonte  à  l'origine  du  prieuré  de  Grandchamp,  fondé  sans 
doute  par  une  colonie  de  moines  soit  de  Cluny,  soit  des  premières  mai- 
sons établies  en  Bourgogne  sous  la  dépendance  de  cette  abbaye. 

JOUARRE. 

On  vient  de  trouver  des  inscriptions  dans  des  fouilles  exécutées  au 
cimetière  de  Jouarre.  Nous  reviendrons  sur  ce  sujet  dès  que  nous  aurons 
des  renseignements. 

LIEUSAINT. 

La  découverte  faite  à  Provins  d'un  tricns  mérovingien,  dont  nous  par- 
lerons plus  loin  (v.  Provins),  a  une  certaine  importance  pour  le  départe- 
tement  de  Seine-et-Marne,  en  ce  qu'elle  confirme  l'attribution  à  notre 


—  243  — 

Lieusaint  des  espèces  sur  lesquelles  on  lit  :  LOCO  SANTO-DACOVALDV.S. 
Plusieurs  localités  portent  le  nom  dérivé  de  Locus  Sanctus;  il  y  a  dans  le 
département  de  la  Manche  un  Lieusaint  où  l'on  a  trouvé  des  sépultures 
mérovingiennes;  et  les  archéologues  normands  ne  manquent  pas  de 
réclamer  pour  eux  l'atelier  méro\  ingien.  M.  Déloche,  de  son  côté,  attribue 
cette  monnaie  au  Limousin,  sans  trouver,  dans  cette  province,  de  loca- 
lité dont  le  nom  rappelle  la  forme  Locus  Sanctus.  M.  Bellot,  de  Bar-!e-duc, 
attribue  à  un  Locsaint  de  Lorraine  un  de  ces  triens  qu'il  possède;  enfin 
l'auteur  de  l'Essai  sur  les  monnaies  mérovingiennes  comparées  à  la  géo- 
graphie de  Grégoire  de  Tours,  guidé  par  le  seul  style  des  espèces,  s'était 
rencontré  avec  le  savant  Lelewel pour  fixer  au  Lieusaintde  Seine-et-Marne, 
l'atelier  monétaire,  dont  on  connaît  cinq  à  six  produits. 

MEAUX. 

Le  21  novembre  dernier,  des  ouvriers  qui  travaillaient  à  remplacer 
par  un  pavé  en  chaussée  bombée  l'ancien  pavé  avec  ruisseau  au  milieu, 
existant  dans  la  rue  Bossuet,  à  Meaux,  mirent  à  découvert,  une  pierre 
qui  offrait  quelques  apparences  de  sculptures.  Aussitôt,  M.  Bussière, 
chef  cantonnier  de  la  ville,  avec  une  intelligence  et  une  sollicitude  qu'on 
ne  saurait  trop  louer,  veilla  à  ce  que  l'extraction  de  cette  pierre  se  fît 
sans  l'emploi  de  la  pioche,  en  évitant  tous  les  chocs,  et,  en  un  mot,  avec 
toutes  les  précautions  désirables. 

La  pierre  un  peu  débarrassée  de  ce  que  l'on  put  enlever  sans  grattage 
et  même  sans  l'emploi  de  quoi  que  ce  fût  qui  eût  pu  altérer  le  poli  fort 
délicat  de  quelques  "parties  entrevues  de  prime  abord,  fit  reconnaître  un 
chapiteau  très-curieux,  d'une  délicatesse  et  d'un  fini  de  travail  extrêmes. 
Autant  qu'on  en  peut  juger  en  ce  moment  où  le  dégagement  complet  de 
la  sculpture  n'est  pas  encore  fait,  il  s'agirait  d'une  scène  symbolique; 
on  y  voit  des  hommes  aux  prises  avec  des  animaux,  qui  pourraient  bien 
être  la  représentation  allégorique  des  passions. 

Bien  que  le  sujet  semble  offrir  quelque  affinité  avec  le  style  Byzantin, 
M.  Savard  fils,  inspecteur  des  travaux  de  la  cathédrale,  reconnaît  dans 
certains  détails  des  caractères  irrécusables  du  xiv"  siècle.  Telle  a  été 
aussi  l'opinion  de  l'architecte  de  la  cathédrale,  M.  Ohnet,  qui,  frappé  de 
la  beauté  du  travail  de  ce  chapiteau,  a  promis  de  le  confier  à  l'un  des 
sculpteurs  que  les  travaux  qu'il  dirige  appelleront  prochainement  à 
Meaux,  afin  que  le  dégagement  de  la  gangue  de  chaux  et  sable  dont  il 
est  encore  en  partie  enveloppé,  soit  fait  avec  le  soin  et  le  talent  néces- 
saires pour  en  assurer  la  réussite. 

La  section  d'Archéologie  de  l'arrondissement  de  Meaux  s'occupe  acti- 
vement du  projet  d'établissement  d'un  Musée  dans  cette  ville.  M.  de 
Colombel,  auteur  d'un  rapport  sur  ce  projet,  a  été  chargé  d'en  négocier 
l'exécution  avec  l'autorité  municipale. 

M.  le  docteur  Leroy  a  communiqué  l'i  la  section  de  Meaux  des  ossements 


—  246  — 

fossiles  (molaires  d'éléphant  et  humérus  d'un  carnassier),  trouvés  dans 
la  carrière  de  sable  qu'exploite  M.  Faron  Plicque  dans  la  Varenne  de 
Meaux.  Ces  fossiles  ont  été  offerts  à  la  Section  de  Meaux  par  leur  proprié- 
taire. 

MOMEREAU. 

Un  de  nos  confrères,  M.  Lecat,  ayant  retrouvé  la  base  de  l'ancienne 
croix-limite  du  royaume  de  France  et  du  duché  de  Bourgogne,  a  pro- 
posé à  l'administration  de  la  faire  rétablir,  à  l'angle  des  routes  n"'  5  bis 
et  18,  M.  le  Préfet  de  Seine-et-Marne  a  chargé  les  ingénieurs  des  ponts 
et  chaussées  de  lui  adresser  un  rapport  sur  cette  proposition. 

11  résulte  de  ce  rapport,  que  l'ancien  piédestal,  signalé  par  M.  Lorat,  a 
été  mis  en  lieu  sûr,  en  attendant  qu'il  soit  statué  sur  sa  nouvelle  desti- 
nation; qu'une  maison  occupe  actuellement  l'emplacement  exact  sur 
lequel  était  dressée  la  croix-limite;  que  si  l'on  rétablissait  cette  croix  à 
l'angle  des  routes  5  bis  et  18,  on  courrait  le  risque  d'accréditer  dans 
l'avenir  une  de  ces  erreurs  auxquelles  la  science  archéologique  est  trop 
souvent  exposée;  le  piédestal  signalé,  dont  le  seul  mérite  du  reste 
est  l'ancienneté,  ne  saurait  être  mieux  placé  qu'au  Musée  de  Meluu. 

En  nous  associant  à  l'excellente  intention  qui  a  déterminé  la  proposi- 
tion de  M.  Lecat,  et  en  reconnaissant  les  raisons  graves  qui  ne  per- 
mettent pas  d'y  donner  suite,  on  croit  que  le  souvenir  du  monument 
séparatif  devrait  être  conservé  sur  le  lieu  même  qu'il  occupait,  au 
mojen  d'une  inscription  qui  en  rappellerait  la  destination.    **■ 

PROVINS. 

On  a  trouvé  à  Provins,  un  intéressant  triens  mérovingien,  dont  voici 
la  description  : 

ILOCO  SANTOI.  Buste  diadème  à  droite.  Le  diadème  se  termine,  der- 
rière la  tête,  par  un  long  appendice  à  trois  branches.  Le  buste  affecte 
une  forme  de  monogramme,  où  la  lettre  M  domine,  les  deux  épaules 
sont  figurées  par  deux  anneaux  centrés.  Les  deux  I,  placés  au  commen- 
cement et  à  la  fin  de  la  légende,  ne  sont,  sans  doute,  que  les  contours 
extérieurs  du  buste. 

R.  -f-  DACOALDO.  Croix  à  bras  égaux,  ornée,  à  la  partie  supérieure, 
d'un  double  appendice,  rappelant  le  chrisme,  accostée  des  lettres  rétro- 
grades LO,  initiales  de  Loco  sancto.  Un  diadème  de  perles  entoure  le 
champ.  Tiers  du  sol  ;  or  fin  poids  : 

Il  était  très-important,  au  double  point  de  vue  de  la  numismatique 
générale  et  de  l'Archéologie  locale,  d'être  complètement  édifiés  sur 
l'origine  de  ce  triens;  nous  avons  donc  ouvert,  à  son  sujet,  une  enquête, 
d'où  est  résulté  pour  nous,  sinon  la  connaissance  précise  du  lieu  de 
l'enfouissement,  au  moins  l'assurance  qu'aucune  supercherie,  ayant 
pour  but  de  tromper  la  bonne  foi  des  archéologues  de  Seine-et-Marne, 
n'a  pu  être  pratiquée  à  propos  de  ce  triens.  C'est  à  Provins  même  que 


—  247  — 

la  monnaie  a  été  trouvée  par  une  servante,  qui  Ta  donnée  à  un  soldat, 
du  W  Chasseurs.  Celui-ci  l'a  vendue  à  vil  prix  à  un  coiffeur  de  Provins, 
M.  Senet,  qui  en  a  laissé  prendre  les  empreintes.  Vint  à  passer  par 
Provins  un  personnage  se  disant  professeur  d'histoire,  amateur  pas- 
sionné, ne  voyageant  que  dans  le  but  d'augmenter  sa  collection;  il 
acquit  le  triens  au  prix  de  20  francs  et  s'empressa  d'aller  le  vendre  à 
M.  Hoffmann,  l'un  des  principaux  marchands  de  médailles  de  Paris, 
lequel,  le  17  février  dernier,  est  venu  l'offrir  à  M.  d'Amécourt,  au  prix, 
extrêmement  modéré,  de  50  francs.  Comme  on  le  voit,  aucun  acte 
d'exploitation  ou  de  supercherie  n'a  été  pratiqué,  puisqu'on  n'aurait  eu 
nul  intérêt  à  le  faire.  Nous  saisissons  cette  occasion  de  déplorer  la  faci- 
lité avec  laquelle  on  vend  à  des  étrangers  les  objets  précieux  trouvés 
dans  le  département;  ces  objets  perdent  leur  prix  le  plus  souvent  le  jour 
où  on  les  expatrie. 

SAMOIS. 

Dans  le  courant  de  l'été  dernier,  les  eaux  de  la  Seine,  devenues  très- 
basses,  mirent  à  découvert  les  restes  des  piles  de  l'ancien  pont  de 
Samois.  M.  Gustave  Mathieu,  homme  de  lettres,  propriétaire  de  l'île  que 
joint  une  de  ces  piles,  fit  des  fouilles  pour  extraire  quelques  pierres;  il 
rencontra,  dans  une  rainure  adhérente  à  l'édifice,  un  médaillon  en 
marbre  blanc,  représentant  en  bas-relief,  une  tête  analogue  à  celle  de 
l'empereur  Claude.  Cette  découverte  confirme  la  tradition  locale  qui 
attribue  aux  Romains  la  constructien  du  pont.  Des  dragages  pratiqués 
au  même  lieu  ont  procuré  plusieurs  objets  antiques  et  notamment  un 
camée  qui  paraît  représenter  l'impératrice  Octavie,  première  femme  de 
Néron.  Le  pont  de  Samois  a  subsisté  jusqu'au  commencement  du  xviii* 
siècle;  il  fut  rompu  plusieurs  fois,  notamment  aux  xv*  et  xvi"  siècles. 
Les  mémoires  de  Claude  Haton  mentionnent  ces  ruptures.  On  trouve 
dans  nUustration  (janvier  1865)   le  dessin  du  médaillon  de  Samois. 

TRILPORT. 

En  remaniant  le  pavage  de  l'église  de  Trilport,  on  a  trouvé  près  du 
deuxième  pilier  de  la  nef  latérale  de  droite,  les  débris  d'une  dalle  tumu- 
laire  du  xiii*  siècle,  que  l'administration  locale  s'est  empressée  de  faire 
dresser  contre  un  des  murs  de  l'église.  Cette  dalle,  en  pierre  de  liais, 
présente  une  croix  de  forme  très-simple,  qui  repose  sur  une  double 
base  carrée,  avec  un  nœud  au  milieu  et  un  autre  à  chacune  de  ses  ex- 
trémités, le  haut  excepté;  on  lit,  à  l'entour,  en  majuscules  gothiques  : 

ANS  RI  V  FI  I  MONSEGNEVR  RENAVT  DE  VER  DE  A  MOIS 

DE  MAI 

Ce  monument  désigne-t-il  le  seigneur  Renaud  de  Ver  lui-même,  ou 
sa  femme  ou  mieux  son  fils?  c'est  ce  qu'il  est  difficile  de  déterminer,  la 
pierre  étant  un  peu  usée  et  fruste.  Quant  à  la  date,  celle  du  mois  est 
énoncée;  le  monument  paraît  remonter  au  commencement  du  xiu*  siècle. 


—  248  — 

VILLEMAREUIL. 

En  défrichant  le  bois  de  Villomareuil,  qui  appartient  à  M.  le  baron 
d'Avène,  vice-président  de  la  Section  de  Meaux,  un  ouvrier  vient  de 
trouver  un  pot  de  grès  contenant  pêle-mêle  6,000  monnaies  de  cuivre 
et  de  bi!lon  et  environ  60  pièces  d'argent  du  temps  de  Louis  XIV.  La 
plupart  des  monnaies  d'argent  étaient  des  écus  de  six  livres  et  de  trois 
livres;  les  pièces  de  cuivre  et  de  billon  étaient  des  liards  et  de  ces 
anciennes  pièces  à  ha  croix  fleuronnée,  contremarquées  d'une  fleur  de 
lys,  qui  ont  circulé  jusqu'après  1830  avec  la  valeur  et  la  dénomination 
de  pièces  de  six  liards.  On  avait  déjà  trouvé  précédemment  un  dépôt 
semblable  enfoui  dans  le  même  bois. 


—  249  — 

LISTE  DES  OUVRAGES 

OFFERTS   A    LA  SOCIÉTÉ 


Etude  sur  Genabum^  par  M.  A.  Bréan  ingénieur  k  Gien  ;  Paris,   Lechevalier, 

1863,  in-80. 

<>.  César  dans  la  Uaule  ;  —  Genabum,   les   Boiens,  etc.;  par  M.   A.   Bhean; 

Orléans,  Gâtineau,  1864,  in-8°. 
Yercinj^étorlx,  drame  en  3  actes  et  en  vers;  par    le  même.   Orléans,   Gâtineau, 

1864,  in-8», 

Petites  lectures  sur  la  loi,  à  l'usage  des  écoles;  par  M  A.  PtTOis,  juge  de 
paix  à  Nangis  ;  —  Paris,  Dupont  ;  2^  édition,  1864,  in-12. 

Perthes  et  le  château  Féodal  de  Méniorant,  près  Melun,  Seine-et-Marne  ; 
par  M.  l'abbé  E.  Delaforge;  Melun,  Dalmers,  in-12. 

necherehes  et  études  sur  les  sépultures  celtiques  des  environs  de  Choisy-le- 
Roi,  par  M.  Anatole  Rovjod;  Paris,  Remquet,  Goupy  et  C^;  1863,  in-8'>. 

.liotc   sur   le   ThAteau   de    fiaint-Floret    (Puy-de-Dôme),    par  M.   Anatole 

Dauvergne;  mémoire  lu  à  la   Sorbonne   en    1863,   Paris,   Imprimerie   impériale. 

1864,  in-8». 
Extrait  des  archives  biographiques  et  nécrologiques  (17*  année),  notice 

biographique   sur  M.   le  docteur    Montagne,    de    l'Institut  ;  par    M.    Tisseron, 

directeur  de  la  Revue;  1859,  in-8*'. 
Essai  Historique  et  archéologique  sur    Pecy,    et   en    particulier   sur   la 

seigneurie  de  Beaulieu;  par  M.  l'abbé  Denis;  Meaux,  Le  Blondel,  in-S",  de  204  p. 

avec  plan  et  blason. 
La  liberté  politique  considérée  dans  ses  rapports  avec  l'administration  locale,  par 

M.  Dl'po>'t-Wuite ;  Paris,  Guillaumin  et  G";  1864,  in-8, 
Alnianach  de  l'archéologue  français,    publié  pour  la  première    fois,   par   la 

Société  française  d'Archéologie  ;  Caen,  1863,  in-12. 
]lote  sur  les  silex  taillés,  de  l'âge  archéologique  de  la  pierre,  par  L.   Legl'av 

(architecte),  extrait  de?  mémoires    du   Comité   archéologique   de   Senlis  ;  Senlis, 

Duriez,  1861,  in-8». 
Formation  simultanée    du    plateau    et   des   vallées  de   la   Brie,    par 

Victor  Plessier;  Provins,  Lebeau,  1864,  in-8°. 

H'ote  sur  les  sépultures  trouvées  à  Paris  sur  l'emplacement  du  couvent  des 
Mathurins;  par  L.  Leguay,  extrait  des  Bulletins  de  la  Société  d'anthropologie  de 
Paris;  Paris,  L.  Guerin,  1863,  in-8». 


—  230  — 

■•'ragments  Ethnologiques,  par  J.  Â-  N.  Perrier^  médecin  en  chef  de  l'Hôtel 

impérial  des  Invalides;  Paris,  Victor  Masson,  1857,  in-S". 

Sur  PEthnogcnIc  Egyptienne,  par  J.-A.  N.  Perrier,  médecin  en  chef  de 
l'Hôtel  impérial  des  Invalides,  extrait  des  mémoires  de  la  Société  d'Anthropologie 
de  Paris;  Paris,  Victor  Masson,  1863. 

IVotIce  sur  les  Antl(|uité.>i  Gailo-Romalnes  de  la  place  de  Notre-Dame  de 
Melun,  par  G.  Lerov  ;  Paris,  1864,  Dumoulin. 

Mémoire  sur  les  monuments  primitifs  dits  celtiques  et  anté-celtiques,  par 

A.  Carro;  Paris,  Dumoulin,  1864  in-80. 
liO  Calice  de  Chellcs,  œuvre  de  saint  EIol,  par  Eugène  Grésy,  extrait  des 

mémoires  de  la  Société  Impériale  des  Antiquaires  de  France,  in-8°. 

Distoirc    archéologique  et  descriptive  de  IVotre-namc  de   Paris,  par 

H.  FisQVET  ;  Paris,  E.  Repos  ;  in-8''. 

Mémoire  sur  la  topographie  primitive  de  la  ville  et  du  territoire  do 

Mcaux,   par  A.  Carro;  extrait  des   mémoires  de  la  Société   des  Antiquaires  de 

France;  in-8°. 
Aimanaeli  historique  topographique  et  statistique   du   département 

do    Mcine-et-Marnc    et    du     dioccsse    de  IMeaux  ;    1865,   Le   6lom>el, 

Meaux,  iu-18. 

tLes  Mouals,  extrait  d'une  Histoire  de  la  poésie  arabe,  par  J.  David,  Caen,  Le- 
blanc-Aardel  ;  1864. 

Les  Symplionistos  de  la  Cathédrale  de  Meaux,  par  le  Comte  Ad.  de 
Po>'Técoitla:st,  Mémoire  lu  à  la  Sorbonne  en  1863;  imprimerie  impériale;  186'(. 

Tahloau  historique  du  progès  de  la  Pliilosophic  politique  suivie 
d'une  étude  sur  Siejes,  par  M.  Edmond  de  Beai:v1:.rger,  député  au  Corps- 
Législatif  ;  in-S";  Paris  Lecber  et  Commeiin. 

Histoire  de  Meaux  et  du  pays  Meldois,  avec  plans  et  planches  lithographies, 
par  A.  Carro,  bibliothécaire;  un  vol.  gr.  in-8<',  Meaux,  Le  Blondel,  1865. 


—  251  — 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


Pages. 
INTRODUCTION 1 

SÉANCE  PRÉPARATOIRE  du  16  mai  186i.  —  Nomsjes  premiers  fonda- 
teurs. —  Nom  adopté  pour  la  nouvelle  Société.  —  Présentation  de  diverses 
adhésions.  —  Nomination  d'une  Commission  d'organisation 3 

SÉANCE  GÉNÉRALE  du  17  juillet  1864.  —  Communication  de  diverses 
lettres  d'adhérents.  —  Discours  du  Président  provisoire.  —  Rapport  de 
M.  Félix  Bourquelot,  au  nom  de  la  Commission  chargée  de  présenter  le 
projet  des  statuts. —  Discussion  et  adoption  des  statuts. —  Membres  adjoints 
au    bureau  provisoire   pour  composer  au  même  titre  le  Comité  central.     .  6 

STATUTS  DE  LA  SOCIÉTÉ  suivis  des  diverses  approbations  données  par 
M.  le  Préfet 18 

ÉLECTION  DU  BUREAU  CENTRAL.  —  Dépouillement  du  scrutin     ...        29 

SÉANCE  GÉNÉRALE  ET  PUBLIQUE  du  23  octobre  1864.  —  Liste  des 
membres  présents.  —  Noms  des  personnes  qui  se  font  excuser.  —  Com- 
munication d'une  lettre  de  M.  le  Préfet  qui  regrette  de  ne  pouvoir  prendre 
part  à  la  séance.  —  Rapport  de  M.  Carro,  doyen  des  Présidents  de  section, 
sur  les  opérations  qui  ont  eu  lieu  pour  l'Élection  à  titre  définitif  du  bu- 
reau central.  —  Proclamation  du  bureau  définitif.  —  Discours  du  Prési- 
dent de  la  Société.  —  Allocution  de  M.  Poyez,  maire  de  la  ville  de  Melun. 

—  Lectures  par  différents  membres 31 

LISTE  DES  MEMBRES  FONDATEURS  DE  LA  SOCIÉTÉ 47 

COMITÉ  CENTRAL.  —  Procès-verbal  du  20  décembre.  —  Fixation  de  la 
quotité  à  prélever  sur  les  cotisations  pour  les  frais  particuliers  de  chaque 
Section.  —  Le  quart  de  la  cotisation  est  affecté  aux  Sections.  —  Confirma- 
tion de  l'élection  d'un  membre  titulaire  proposé  par  la  Section  de  Melun. 

—  Félicitations   votées  à  M.  le  curé   de  Jouy-le-Chàtel.  —  Discussion  sur 

le  projet  de  cours  et  de  lectures  du  soir  dans  chaque  chef-lieu  de  Section.        58 

PROCÈS-VERBAUX  DES  SECTIONS 60 

COULOM.MIERS,  séance  d'inaugiration.  —  Noms  des  membres  présents.  — 
Élection  du  bureau.—  Dépouillcaient  des  votes.  —  Installation  du  bureau. 

—  Discours  de  M.  Anatole  Dauvergne,  Président  élu 60 

FONTAINEBLEAU,  séance  d'inauguration.  —  Noms  des  membres  présents. 

—  Discours  de  M.  David,  délégué  spécialement  par  le  Président  provi- 
soire de  la  Société  pour  le  remplacer.  —  Élection.  —  Dépouillement  du 
scrutin.  —  Proclamation  du  bureau ^~l 


—  2o2  — 

SÉA5CE  DU  26  SEPTEMBRE.  —  Communication  d'une  lettre  du  Président  provi- 
soire de  la  Société.  —  Vote  sur  une  proposition  faite  par  M.  Fréteau  de 
Pény  à  la  Section  de  Melun  et  adoptée  par  elle,  relative  au  mode  d'élec- 
tion du  bureau  central.  —  Adoption  de  cette  proposition  par  la  section  de 
Fontainebleau.  —  Projet  d'une  statistique  générale  et  scientifique  de  l'ar- 
rondissement proposé  par  le  Président  de  la  section.  —  Prise  en  considé- 
ration de  cette  proposition.  —  Vote  du  règlement 73 

Séance  du  31  octobre  1864.  —  Lettre  de  M.  Gaultron,  l'un  des  secrétaires,  à 
l'occasion  de  l'exposition  de  l'OEuvre  de  Eugène  Delacroix.  —  Réponse  de 
M.  David,  Président  de  la  Section,  rappelant  le  souvenir  de  Pierre  Guérin. 

—  Proposition  de  M.  Huguenet  pour  une  modification  à  apporter  à  l'ar- 
ticle 48  des  statuts.  —  Prise  en  considération 74 

Séance  du  28  novembre  1864.  —  Le  Président  de  la  Section  informe  l'assem- 
blée que  la  Section  obtiendra  le  quart  de  la  cotisation.  —  Communication 
relative  aux  cours  et  lectures  publiques  projetées.  —  Lecture  d'un  mé- 
moire de  M.  Eichhoff  sur  la  philologie  comparée.  —  Lettre  de  M.  Demarsy 
sur  les  inscriptions  tombales 75 

Séance  du  28  décembre.  —  Compte-rendu  par  M.  Thibault  délégué  de  la 
Section  de  la  séance  du  Comité'  central.  —  Communication  d'une  copie  de 
lettre  adressée  par  M.  Lecat  au  préfet  du  département.  —  Rapport  détaillé 
du  Président  de  la  Section,  des  démarches  faites  pour  l'institution  des 
cours  et  lectures  publiques.  —  Vote  de  la  Section  sur  cette  communication.        7.t 

MEAUX.  —  Séance  d'inauguration. —  Membres  présents.  —  Communication 
du  Président  provisoire  de  la  Société.  —  Élections.  —  Dépouillement  des 
votes.  —  Proclamation  du  Bureau.  —  Allocution  de  M.  A.  Carro,  Prési- 
dent élu.  —  Nomination  d'une  Commission  pour  présenter  un  projet  de 
règlement 77 

Séance  du  10  octobre.  —  Remercîments  votés  à  M.  le  maire  de  Meaux.  — 
Vote  et  adoption  de  la  proposition  de  M.  Fréteau  de  Peny,  relative  aux 
élections  du  Bureau  central.   —  Discussion   et  adoption  du  règlement.  — 

—  Nomination  d'un  Conservateur  archiviste 79 

Séance  du  'S  décembre.  —  Lecture  par  M.  de  Colombel,  d'une  notice  sur  un 
Tumulus,  situé  près  de  Meaux.  —  Étude  historique  et  étymologique  sur  le 
nom  de  Trilpurt,  par  M.  le  vicomte  de  Ponton  d'Amécourt.  —  Fantaisie 
physiologique  sur  la  cigarette,  par  M.  de  Ginoux.  —  Proposition  de  M.  Le 
Blondel,  tendant  à  la  création  d'un  musée  archéologique.  —  Notes  fournies 
par  le  Président  de  la  Section,  sur  un  curieux  chapiteau,  trouvé  sous  un 
pavage  et  sur  des  fouilles  entreprises  au  coteau  de  la  Justice.  —  Nomination 
d'une  commission,  à  laquelle  est  renvoyée  une  proposition  de  M.  Desprez, 
de  Melun,  concernant  une  carte  archéologique  de  l'arrondissement.     .    .        80 

MELUN.  —  Séance  d'installation  du  7  août.  —  Communication  faite  par  le 
Président  provisoire  de  la  Société.  —  Élection.  —  Dépouillement  des  votes. 

—  Proclamation  du  Bureau.  —  Lecture  d'un  projet  de  règlement.  —  Renvoi 
à  une  commission  spéciale.  —  Remercîments  votés  au  Président  provi- 
soire          81 

Séance  du  4  septembre.  —   Installation  du  Préiident  de  la  Section.  —  AUo- 


—  253  — 

cutioii  de  M.  Eugène  Grésy,  Président  élu.  —  Discussion  et  adoption  du 
règlement.  — Note  de  M.  G.  Leroy,  sur  un  Médaillon  représentant  l'Em- 
pereur Vespasien,  trouvé  dans  la  Seine.  —  Notice  bibliographique,  par 
M.  Lhuillier,  sur  un  livre  d'heures  imprimé  en  1509,  à  Provins.  —  Lec- 
ture, par  M.  Labiche,  d'une  fable  :  le  Ministre  et  le  Berger.  —  Nomina- 
tion d'une  commission  pour  surveiller  les  fouilles  de  la  place  Notre-Dame. 

—  Proposition  motivée  de  M.  Fréteau  de  Pény,  pour  apporter  une  modifi- 
cation dans  l'élection  du  Bureau  central.  —  Discussion.  —  Adoption  sauf 
nouvelle  rédaction 83 

Séance  du  2  octobre.  —  Nouvelle  rédaction  proposée  pour  la  proposition  de 
M.  Fréteau  de  Pény.  —  Proposition  de  M.  Des|irez,  tendant  à  la  publication 
d'une  carte  et  d'un  répertoire  archéologique  de  Seine-et-Marne.  —  Lecture, 
par  M.  Labiche,  d'une  fable  :  l'Homme  et  la  Fée.  —  Don,  par  M.  Leguay, 
d'une  collection  de  spécimens  de  couteaux  en  silex.  —  Anse  d'Amphore 
gallo-romaine  avec  le  nom  :  Capito  F.,  présentée  par  le  docteur  Gillet.  — 
Mémoire  sur  les  sépultures  anté-historiques  des  environs  de  Paris,  par 
M.  Leguay.  —  Lecture,  par  M.  Grésy,  d'une  notice  sur  un  momiment 
funéraire  des  seigneurs  de  Courceaux,  etc.,  etc. —  Notice  de  M.  G.  Leroy 
sur  le  Refuge  de  Barbeau.  —  Uii  mot  sur  Mirevaux,  par  M.  Lemaire.  — 
Sur  les  observations  de  M.  le  comte  de  Bonneuil,  la  Section  décide  que  le 
nom  de  Saint-Port  et  non  de  Seine-Port,  sera  conservé  à  celte  commune 
dan.s  les  publications  de  la  Société 88 

SÉANCE  DU  4  DÉCEMBRE.  —  Présentation  d'un  membre  titulaire.  —  Renvoi  au 
Comité  central.   —   Nomination   d'une  commission   pour   rechercher   les     . 
moyens  propres  à  1  exécution  du  projet  présenté  par  M.  Desprez.  —  Mo- 
dification présentée  par  le  Président,    sur  les  jours  de  tenue  des  séances. 

—  M.  Leguay  demande  la  correspondance  avec  la  Société  d'Anthropologie 
de  Paris.  —  Renvoi  au  Comité  central.  —  Lecture,  par  M.  le  docteur 
Ballu,  de  stances  sur  le  Martyre  de  Napoléon  /«■■.  —  Notice,  par  M.  Th. 
Lhuillier,  sur  le  château  de  Saint-Ange.  —  Note  de  M.  Leroy  sur  deux 
sceaux  des  doyens  de  la  chrétienté  de  Melun  au  xiii*"  siècle.  —  Communi- 
cation de  la  découverte  d'une  sépulture  anté-historique  à  Montereau-faut- 
Yonne,  en  1864,  dans  la  propriété  de  M.  Quesvers.  —  Remercîments  votés 
à  M.  Quesvers  pour  le  don  qu'il  fait  au  musée  de  Melun  des  divers  objets 
trouvés.  —  Anse  d'Amphore  gallo-romaine,  portant  le  mot  Saxoferreo, 
présentée  par  le  docteur  Gillet 90 

PROVINS.  —  Séance  d'inauguration.  —  Élection.  —  Dépouillement  des 
votes.  —  Proclamation  du  Bureau  par  le  Président  de  la  Société.  —  Allo- 
cution de  M.  le  comte  de  Pontécoulant.  —  Réponse  de  M.  le  comte  Ber- 
nard d'Harcourt,  Président  élu 92 

TRAVAUX. 

NOTICE  SUR  UN  TUMULUS,  situé  près  de  la  ville  de  Meaux,  par  M.  de 
Colombel 101 

DES  SÉPULTURES  de  l'âge  archéologique  de  la  pierre,  chez  les  Parisii, 
par  M.  L.  Leguay 107 


—  :2o4  — 

NOTE  BIBLIUGRAPHIQLE  sur  un   livre  d  Heures,   imprimé  eu  1509,  par 

M.  Th.  Lhuillier 128 

ÉTUDE  DE  PHILOLOGIE  COMPARÉE,  par  M.  EiCHHOFF 133 

COMPTE-RENDU  D'UNE  EXCURSION  ARCHÉOLOGIQUE,  par  le  vicomte 

DE  PONTOX  D'AsIÉCOLBT Ui 

MONUMENT  FUNÉRAIRE  des  seigneurs  de  Courceaux,  au  xiiie  siècle,  dans 

le  cimetière  de  Montereau-sur-le-Jard,  par  M.  Eugène  Grksy 161 

NOTE  SUR  DES  ANTIQUITÉS  trouvées  à  Melun,  par  M.  Gabriel  Leroy.    .  175 

NOTES  SUR  LES  FOUILLES  faites  au  coteau  de  la  Justice  (près  Meaux), 

par  M.  A.  Carro 179 

ORIGINE  DU  NOM  DE  TRILPORT,  par  le  vicomte  de  Poxtox  d'Amkcourt.  183 

LE  REFUGE  DE  BARBEAU,  par  M.  Gabriel  Leroy 193 

UN  MOT  SUR  MIREVAUX,  par  M.  Lemaire 199 

LE  CHATEAU  DE  SAINT-ANGE,  par  M.  Th.  LmiLUER 203 

NOTE  SUR  DEUX  SCEAUX  du  xiii"  siècle,  par  M.  Leroy 213 

LETTRE    A    M.    DAVID,  président    de  la  Section   de    Fontainebleau,  sur 

Delacroix,  par  M.  Gaultrox 213 

RÉPONSE  DE  M.  DAVID  à  M.   Gaultron 22o 

FABLES,  par  M.  Labiche 225 

NOTICES  BIBLIOGRAPHIQUES • 233 

NOUVELLES  DIVERSES 213 

LISTE  DES  OUVRAGES  offerts  à  la  Société 249 


—  âo.S  — 


TABLE  DES  PLANCHES. 


I.  Monameni  funéraire  dans  le  cimetière  (le  Montereau-sur-le-Jara. 

II.  Détails  du  monument  précédent. 

III.  Dalle  tumulaire  de  Jean  Acelln  de  Courceaui,  et  d'Agnès  sa  femme. 

IV.  Plan  des  fonilles  faites  au  coteau  de  la  Justice,  près  Meauï. 
Y.  Plan  dn  refngc  de  Barbeau. 

VI.  Plan  de  la  eonimano  de  Mlrcvanx. 

VII.  »»ceaux  du  xiii^  sièeie. 


BULLETIN 


DE   I.A 


SOCIÉTÉ  D'ARCHÉOLOGIE 

SCIENCES,  LETTRES  ET  ARTS 
DU    DÉPARTEMENT    DE    SEINE-ET-MARNE. 


A  Meaux,  chez  â<E  BLOIVUEIi,  libraire  de  la  Société. 


A  Paris,  chez  Auguste  AUBRY,  16,  rue  Dauphine. 


A  Melun,  chez  M"""  V  THUVIEN,  libraire. 

A  CouLOMMiERS,  chez  BRODARD,  libraire. 

A  Fontainebleau,  chez  LACODRE,  libraire. 

A  Provins,  chez  LE  HÉRIGHÉ,  imprimeur-libraire. 


BULLETIN 


DE  LA 


SOCIETE  D'ARCHÉOLOGIE 


SCIENCES,  LETTRES  ET  ARTS 


DU  DÉPARTEMENT  DE  SEINE-ET-MARNE 


Fondée  à  MELUN,  le  16  mai  1864 


okijkieiiie:  /ijiji'ee 


MEAUX 


TYPOGRAPHIE    DE   J.    CARRO 

IMPHIMEl'It      nu      IIVM.ETIIV      DE      L.\      MOC'IëTÉ 


1865 


ORGANISATIOIN   DE   Li  SOCIETE. 


SIÈGE  LÉGAL  A  MELUN. 

Président,  M.  le  marquis  de  Pontécoulant. 
Vice-Président,  M.  Félix  Bourquelot. 
Trésorier-général,  M.  Courtois. 
Secrétaire-général,  M.  Lhuillier. 
Archiviste,  M.  Lemaire. 

Séances  générales  tous  les  six  mois,  en  mai  et  en  octobre. 

COMITÉ     CENTRAL. 

Composé  des  membres  du  burea-u  dont  les  noms  précèdent,  des 
cinq  Présidents  de  sections  et  d'un  délégué  aussi  par  section. 

COMMISSION    DU    BULLETIN. 

MM.  Brunet  de  Presle.  — Comte  de  Champigny.  —  Vicomte 
DE  Ponton  d'Amégourt.  —  Eichhoff.  —  Comte  de  Fontaine 
DE  Resbecq. 

COMMISSION    DES    FINANCES. 

MM.  Eymard.  —  Cauthion.  —  Leroy. 


SECTION    DE    COULOMMIERS  : 

Président,  M.  A.  Daevergne.  —  Vice-Président,  M.  Preschez. 
—  Trésorier,  M.  Adam.  —  Secrétaires,  MM.  Adam,  Fernand 
Ogier  de  Baulny, 

Délégué  près  le  Comité  central,  M.  Ad.  Bayard. 
Membre  de  la  Commission  de  lecture,   M.  le  comte  E.  de  Fon- 
taine de  Resbecq. 

Séances  trimestrielles. 


V 


SECTION    DE    FOINTAINERLEAU  ! 

Président,  M.  Jules  David.  —  Vice-Présidents,  MM.  Glaverie 
et  le  comte  de  Gircourt.  —  Trésorier,  M.  Bourges.  —  Secré- 
taires, MM.  Gaultron  et  Tabouret. 

Délégué  au  Gomité  cental,  M.  Thibault. 

Membre  de  la  Gommission  de  lecture,  M.  Eichhoff. 

Séances  le  demie)'  lundi  de  chaque  mois. 
SECTION    DE    MEAUX  I 

Président,  M.  A.  Garro. — Vice-président,  M.  le  baron  d'Avène. 

—  Trésorier,  M.  Le  Blondel.  —  Secrétaire,  M.  A.  Dugrocq. 
Délégué  au  Gomité  central,  M.  de  Golombel. 
Membre  de  la  Gommission  de  lecture,  M.  le  vicomte  de  Ponton 

d'Amécourt. 

Séances  fous  les  deux  mois ,  le  premier  lundi. 

SECTION    DE    MELUN  : 

Président,  M.  Eugène  Grésy.  —  Vice-Président,  M.  Héracle 
Fréteau  de  Pény,  —  Trésorier,  M.  Gourtois.  — Secrétaire, 
M.  Leroy. 

Délégué  près  le  Gomité  central,  M.  Poyez. 

Membre  de  la  Commission  de  lecture,  M.  le  comte  F.  de  Gham- 
pagny. 

Séances  le  premier  dimanche  de  chaque  mois. 
SECTION    DE    PROVINS    : 

Président,  M.  le  comte  Bernard  d'Harcourt.  —  Vice-Président, 
M.  Jules  Michelin. —  Trésorier,  M.  Le  Hériché.  —  Secrétaire, 
M.  Auguste  Lenoir. 

Délégué  au  Gomité  central,  M.  Emile  Bourquelot. 

Membre  de  la  Gommission  de  lecture,  M.  Brunet  de  Presle. 

Séances  trimestrielles. 


LISTES   SUPPLÉMENTAIRES  ^^^ 


iMEMBRES  TITULAIRES. 


MM. 


P    Arnoul  (Auguste),  propriétaire  à  Provins. 

P  Be VILLE  (le  général  baron  Yvelin  de),  aide-de-camp  de  l'Em- 
pereur, membre  du  conseil  général  de  Seine-et-Marne,  h 
Gerneux,  et  à  Paris,  rue  de  la  Pépinière,  73. 

P    Bréville  (Onfroy  de),  sous-préfet  de  Provins. 

P    Cave,  fondé  de  pouvoirs  à  la  recette  particulière  de  Provins. 

M''  Chasle  (Philarète),  à  Isle-lès-Villenoy,  et  à  Paris,  à  la  biblio- 
thèque Mazarine. 

M   Ghapu  (Henri),  artiste  sculpteur  à  Paris, rue  de  Lille,  92. 

F    Litzelsmann,  professeur  à  Fontainebleau. 

M^  Morlot,  architecte  h  Meaux. 

P    MicHAUD,  conseiller  d'arrondissement  à  Provins. 

M''  Plée,  peintre-verrier  h  Meaux. 

M==  RiDAN,  propriétaire  à  Villenoy. 

M   RoBLiN,  pharmacien  à   Brie-Gomte-Robert. 

G    Flamand,  à  Rebais 

G    Lefebvre,  cultivateur  à  Aulnois,  commune  de  Saints. 

MEMBRES  GORRESPONDANTS. 

MM. 

Barthélémy  (Anatole  de),  membre  de  la  Société  des  Antiquaires 
de  France  et  de  la  Gommission  de  topographie  des  Gaules,  îi 
Paris  rue  d'Anjou-Saint-Honoré,  9. 

Bertrand  (Alexandre),  membre  de  la  Société  des  Antiquaires  de 


(1)  Voir  le  Bnllelin  de  1864,  page  47,  et  le  présent  volume,  pag?  28. 


France  et  de  la  Commission  de  topographie  des  Gaules,  à  Paris 
rue  des  Mathurins-Saint-.lacques,  11. 

Garlier,  président  de  la  Société  archéologique  de  Sens. 

Ghalle,  président  de  la  Société  des  sciences  de  l'Yonne,  à  Auxerre. 

Dubois,  chef  de  bureau  à  la  mairie  d'Amiens,  membre  de  la  So- 
ciété d'émulation  d'Abbeville. 

SiRAUDiN,  vérilicateur  des  poids  et  mesures  à  Bayeux. 

SOGIÉTÉS  CORRESPONDANTES. 

La  Société  Historique  et  Archéologique  de  Château -Thierry 
(Aisne). 

La  Société  des  Sciences  de  l'Yonne,  à  Auxerre. 

La  Société  Historique  et  Archéologique  de  Langres  (  Haute- 
Marne). 

La  Société  des  Antiquaires  do  la  Morinie,  àSaint-Omcr. 

La  Commission  Archéologique  du  département  de  la  Côte-d'Or, 
à  Dijon. 

La  Société  Archéologique,  Scientifique  et  Littéraire  de  Béziers 

•      (Hérault). 

La  Société  Archéologique  de  Rambouillet  (Seine-et-Oise). 

La  Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest,  à  Poitiers. 

La  Commission  des  monuments  et  documents  historiques  et  des 
bâtiments  civils  de  la  Gironde,  h  Bordeaux. 

Le  Comité  Archéologique  de  Noyon  (Oise). 

La  Société  Archéologique  de  la  province  de  Gonstantine  (Algérie). 

La  Société  d'Histoire  et  d'Archéologie  de  la  Maurienne  (Savoie). 

La  Société  Parisienne  d'Archéologie  et  d'Histoire. 

La  Société  Archéologique  de  l'arrondissement  de  Boulogne-sur- 
Mer. 

La  Société  Archéologique  de  Sens  (Yonne). 

La  Société  Hâvraise  d'études  diverses  au  Havre. 

La  Société  Archéologique  et  Historique  du  Limousin,  à  Limoges, 


SOCIÉTÉ  D'ARCHÉOLOGIE 

SCIENCES,  LETTRES  ET  ARTS, 

DU  DÉPARTEMENT  DE  SEINE-ET-MARNE. 


PROCÈS-YERBAUX  DE  LA  SOCIÉTÉ 


COMITÉ  CErsTRAL. 

SÉANCE  DU  26  JANVIER  1865. 
Présidence  de  M.   le  comte  Ad.  de  PONTÉCOULANT. 


Sont  présents  :  MM.  Félix  Bourquelot,  vice-président  de  la 
Société;  le  comte  Bernard  d'Harcourt,  président  de  la  section  de 
Provins;  Carro,  président  de  la  section  de  Meaux;  Eug.  Grésy, 
président  de  la  section  de  Melun  ;  Courtois,  trésorier  de  la  Société  ; 
Thibault,  délégué  de  la  section  de  Fontainebleau  ;  de  Colombe] , 
délégué  de  la  section  de  Meaux;  Bayard ,  délégué  de  la  section  de 
Goulommiers.  MM.  Dauvergne,  président  de  la  section  de  Cou- 
lommiers;  David,  président  de  la  section  de  Fontainebleau;  Lhuil- 
lier,  secrétaire-général;  Poyez,  délégué  de  la  section  de  Melun  et 
Em.  Bourquelot,  délégué  de  la  section  de  Provins,  font  connaître 
divers  empêchements  motivant  leur  absence. 

Le  Président  ouvre  la  séance  en  déclarant  que  la  correspondance 
et  divers  discours  de  M.  David,  président  de  Section,  lui  sem- 
blent renfermer  un  attaque  directe  contre  les  statuts  et  le  but  de 
la  Société  ainsi  que  contre  le  Comité  central,  qu'il  est  impossible, 

1 


selon  lui,  de  laisser  passer  inaperçue  et  cette  raison  lui  a  l'ait 
assembler  le  Comité. afin  d'aviser. 

Après  lecture  faite  du  discours  de  M.  David ,  insdré  dans  le 
journal  r Abeille,  et  après  avoir  écouté  les  explications  données  par 
M.  Thibault,  délégué  de  la  section  de  Fontainebleau,  il  est  décidé 
que  le  Comité  adressera,  séance  tenante,  une  réfutation  de  ce  dis- 
cours à  tous  les  membres  de  la  section  de  Fontainebleau. 

Une  première  lecture  du  projet  de  réponse  est  faite  par  M.  Bour- 
quelot.  Après  quelques  adoucissements  introduits  dans  les  termes, 
sur  la  demande  de  divers  membres,  une  seconde  lecture  en  est 
donnée  : 

Monsieur  et  cher  confrère, 

Le  Comité  central  de  la  Société  d'archéologie ,  sciences ,  lettres  et  arts  de  Seine- 
et-Marne  a  vu  avec  autant  de  douleur  que  d'étonnement  la  résolution  prise,  le  30 
janvier  dernier,  par  quelques  membres  de  la  Section  de  Fontainebleau,  de  fonder 
une  Société  des  sciences ,  lettres  et  arts  de  Fontainebleau.  Malgré  les  efforts  faits 
dans  le  Rapport  qui  a  précédé  cette  résolution  pour  la  revêtir  de  couleurs  favorables, 
le  Comité  ne  s'est  pas  dissimulé  que  l'acte  du  30  janvier  constituait  une  tentative  de 
scission.  Il  suffit,  pour  se  rendre  compte  des  intentions  des  adhérents,  de  lire  le 
titre  qu'ils  ont  donné  à  leur  réunion  et  de  se  pénétrer  des  motifs  par  lesquels  ils 
expliquent  la  création  d'une  Société  nouvelle.  Le  Comité  central,  en  pareille  occa- 
sion, serait  coupable  de  garder  le  silence;  \\(liO\\.k\a.  Société  d'archéologie,  sciences, 
lettres  et  arts  de  Seine-et-Marne,  qu'on  essaye  de  désorganiser,  i!  vous  doit  à  vous, 
cher  et  honoré  confrère,  qu'on  cherche  à  attirer  sous  un  autre  drapeau,  il  se  doit  à 
lui-même,  que  l'on  accuse,  de  rétablir  les  fait^  dans  leur  pure  vérité. 

Le  Président  de  la  Société  des  sciences,  lettres  et  arts  de  Fontainebleau  met  en 
avant,  dans  son  rapport,  des  considérations  de  diverses  sortes.  Il  prétend  d'abord  que 
l'organisation  de  la  Société  d'archéologie,  sciences,  lettres  et  arts  de  Seine-et-Marne 
ne  laisse  pas  à  ses  membres  une  liberté  suffisante  pour  le  développement  des  travaux 
et  des  plaisirs  intellectuels  auxquels  il  leur  convient  de  se  livrer;  il  se  plaint  de 
l'archéologie,  qui  ne  satisfait,  selon  lui,  que  quelques  esprits  arides,  et  à  laquelle  il 
pense  que  les  Statuts  ont  accordé  une  prépondérance  excessive;  il  repousse  les  pu- 
blications annuelles,  qu'il  regarde  comme  ne  devant  intéresser  personne;  il  déplore 
les  difficultés  que  présentent  les  rapports  entre  les  Sections;  il  accuse  le  Comité 
central  de  ne  rien  faire,  et  il  arrive  à  cette  conclusion  qu'il  y  a  nécessité  de  former 
une  association  particulière  à  Fontainebleau. 

Veuillez,  cher  et  honoré  Confrère,  prendre  la  peine  de  relire  les  Statuts  de  la 
Société  de  Seine-et-Marne,  ainsi  que  le  Rapport  qui  les  précède.  Vous  y  verrez  que 
les  fondateurs  de  cette  Société  ont  eu  précisément  pour  but,  tout  eu  réunissant  dans 
un  intérêt  commun  les  forces  intellectuelles  des  cinq  arrondissements  du  déparle- 
ment, de  laisser  une  complète  liberté  d'action  aux  Sections  de  chacun  de  ces  arron- 
dissements; —  que  ces  Sections  font  elles-mêmes  leur  règlement,  nomment  leur 
bureau,  s'administrent  et  travaillent  avec  une  entière  indépendance;  —  que  les 
seules  obligations  auxquelles  les  Sections  sont  tenues  envers  la  Société  consistent  à 
assister  deux  fois  par  an    k  des    séances  générales  et  à  consacrer  aux    dépenses 


—  3  — 

communes  une  somme  convenue.  L'archéologie  est  placée,  il  est  vrai,  en  tête  des 
occupations  auxquelles  les  membres  de  notre  Société  doivent  se  livrer,  mais  le  mot 
Archéologie  est  suivi,  dans  notre  titre,  des  mots  Sciences,  Lettres  et  Arts,  et,  de 
fait,  la  part  des  sciences,  des  lettres  et  des  arts  est  si  bien  réservée,  qu'un  membre 
de  la  Section  de  Fontainebleau  et  d'autres  ont  lu  des  vers  dans  la  séance  solennelle 
tenue  à  Melun  au  mois  d'octobre  dernier,  et  que,  parmi  les'divers  manuscrits  qui 
doivent  entrer  dans  notre  Bulletin  et  qui  s'impriment  en  ce  moment,  se  trouvent  des 
notices  sur  le  peintre  Delacroix  ainsi  que  sur  son  maître  Guérin,  par  deux  membres 
de  la  Section  de  Fontainebleau.  Ceci  amène  la  question  du  Bulletin,  contre  lequel 
réclame  avec  insistance  le  Président  de  la  nouvelle  Société,  et  dont,  en  définitive, 
tout  le  monde  profite;  car  il  est  ouvert  à  tous  et  à  toutes  les  matières  qui  sont  énon- 
cées dans  le  titre  de  notre  Société,  et  les  membres  de  la  Section  de  Fontainebleau 
ont  la  faculté  de  lui  donner,  par  leurs  travaux,  l'intérêt  et  le  charme  qui  sont  l'objet 
de  leurs  vœux. 

11  n'est  donc  pas  exact  de  dire  que  la  constitution  de  la  Société  de  Seine-et-Marne 
est  une  entrave  pour  la  liberté  des  membres  de  la  Section  de  Fontainebleau ,  que 
l'étude  de  l'archéologie  est  exclusive,  et  que  le  Bulletin  n'offre  pas  les  ressources  né- 
cessaires aux  artistes,  aux  savants  et  aux  gens  de  lettres.  La  Section  de  Fontainebleau, 
telle  qu'elle  est  organisée  pas  nos  Statuts,  peut  satisfaire  pleinement  à  tous  les  besoins 
que  l'on  prétend  remplir  en  fondant  la  Société  des  sciences  ,  lettres  et  arts  de  Fon- 
tainebleau. 11  est  inutile  de  parler  des  relations  des  Sections  entre  elles;  elles  sont 
ce  qu'elles  peuvent  être,  et  les  fondateurs  de  la  Société  de  Seine-et-Marne  se  sont 
efforcés  de  les  rendre  à  la  fois  les  plus  intimes  et  les  moins  gênantes;  on  ne  voit 
d'ailleurs  ni  en  quoi  la  création  d'une  Société  nouvelle  est  susceptible  d'améliorer 
les  relations  anciennes  des  membres  du  corps  social;  ni  en  quoi,  pour  se  réunir  sous 
un  autre  titre,  les  membres  de  la  Section  de  Fontainebleau  seront  plus  parfaitement 
liés  entre  eux.  Quant  aux  reproches  adressés  au  Comité  central,  la  réponse  est  bien 
simple  :  ces  reproches  contiennent  la  réfutation  même  des  motifs  que  l'on  allègue. 
Le  Comité  central  a  choisi  Paris  comme  lieu  de  réunion,  parce  que  cette  ville  se 
trouve  placée  au  sommet  des  angles  formés  par  les  lignes  des  chemins  de  fer  qui 
sillonnent  le  département,  rendant  ainsi  la  distance  à  parcourir  à  peu  près  égale  pour 
tous  les  membres.  Le  Comité  n'a  rien  fait,  c'est-à-dire  qu'il  n'a  gêné  personne; 
c'est-à-dire  que,  se  bornant  à  exécuter  et  à  faire  exécuter  les  Statuts,  il  a  administré 
la  Société  avec  impartialité  et  sans  affectation  d'autorité;  la  publication  prochaine  du 
Bulletin  prouvera,  du  reste,  qu'il  n'est  pas  resté  inactif. 

H  reste  une  observation  à  présenter,  et  elle  est  importante.  Il  semble,  à  lire  le 
rapport  qui  précède  la  résolution  du  30  janvier,  que  les  Statuts  de  la  Société  de 
Seine-et-Marne  se  soient  imposés  tyranniquement  aux  membres  de  la  Section  de 
Fontainebleau,  sans  que  ceux-ci  aienl:  pu  les  juger  et  presque  les  connaître.  Les 
choses,  en  réalité,  se  sont  passées  tout  autrement.  Les  habitants  de  l'arrondissement 
de  Fontainebleau  qui  ont  adhéré  au  premier  projet  de  fondation  de  la  Société  de 
Seine-et-Marne  ont  pris,  par  leur  délégué,  part  à  la  rédaction  des  Statuts;  ils  ont 
adhéré  solennellement,  et  après  discussion,  aux  articles  proposés  à  Melun,  dans  la 
séance  du  17  juillet,  et  ils  sont  mal  venus  à  critiquer  aujourd'hui  l'œuvre  qu'ils  ont 
faite,  la  constitution  qu'ils  ont  consentie. 

Arrivons  au  dernier  motif  qu'allègue  le  Président  de  la  Société  des  sciences,  let- 
tres et  arts  de  Fontainebleau  :  c'est  un  motif  financier.  Le  Comité  central,  dit-on, 
ne  laisse  à  la  Section  de  Fontainebleau  qu'un'quart  des  cotisations  pour  ses  dépenses, 
et  cela  ne  lui  suffit  pas.  Mais  cette  part  est  la  même  pour  touti-s  les  Sections;  elle  a 
été  réglée  par  une  réunion  à  laquelle  les  Présidents  et  les  Délégués  de  toutes  les 


_  4  — 

Sections  ont  assisté,  et  ceux  de  Fontainebleau  l'ont  acceptée  avec  une  satisfaction 
marquée  (lettre  du  président  de  la  Section  du  29  novembre).  C'est  après  un  mùr 
examen  que  le  chiffre  du  quart  de  la  cotisation  a  été  fixé;  la  Société,  sous  peine  de 
manquer  au  but  de  sa  création,  de  ne  rien  produire,  on  pourrait  presque  dire  de  ne 
pas  exister ,  était  tenue  de  se  réserver  de  quoi  subvenir  aux  frais  des  publications 
communes.  Maintenant  si  le  quart  est  insuffisant  pour  la  Section  de  Fontainebleau 
c'est  qu'il  lui  convient  de  se  livrer  à  des  dépenses  extraordinaires  dont  la  Société 
de  Seine-et-Marne  n'a  pas  à  s'occuper.  Il  est  seulement  singulier  qu'en  entrant  dans 
cette  Société,  les  mécontents  n'aient  pas  prévu  ce  qui  arrive  aujourd'hui.  Le  rap- 
port repousse  l'idée  d'une  cotisation  supplémentaire;  mais,  de  deux  choses  l'une,  ou 
les  adhérents  à  la  nouvelle  Société  sont  décidés  à  quitter  la  Société  de  Seine-et- 
Marne,  ce  qu'ils  ne  pourront  faire  qu'en  1866  {articles  6  ei  8  des  Statuts),  ou  ils 
doivent  se  résigner  à  supporter  le  poids  d'une  double  cotisation. 

Vous  voyez.  Monsieur  et  cher  Confrère,  quelle  est  la  valeur  des  reproches  adressés 
à  la  Société  de  Seine-et-Marne  et  à  son  Comité  central;  vous  pouvez  apprécier  la 
force  des  arguments  sur  lesquels  on  s'est  appuyé  pour  proposer  la  fondation  d'une 
Société  nouvelle;  vous  pouvez  vous  convaincre  que,  en  dehors  de  la  Section  de  Fon- 
tainebleau, cette  Société  était  complètement  inutile.  Le  Comité  ignore  si  vous  êtes 
ou  non  au  nombre  des  signataires  de  l'engagement  du  30  janvier.  Il  s'adresse  à  votre 
bon  sens  et  au  sentiment  de  justice  qui  vous  dirige.  Vous  comprendrez,  il  n'en 
doute  pas,  que  si  la  création  de  la  Société  de  Seine-et-Marne  a  été  un  bienfait  re- 
connu de  tout  le  monde,  la  fondation,  à  Fontainebleau,  d'une  Société  rivale,  est  une 
atteinte  regrettable  au  développement  de  l'institution  à  laquelle  vous  avez  accordé 
une  si  noble  sympathie. 

Agréez,  cher  et  honoré  Confrère,  l'expression  de  mes  sentiments  dévoués. 

AU   NOM   DU   COMITÉ   CENTRAL  ; 

Le  Président, 
Comte  Ad.  de  PONTÉCOULANT. 

Après  cette  lecture,  le  projet  de  réponse  est  adopté  à  l'unani- 
mité, moins  la  voix  du  délégué  de  Fontainebleau  qui  croit  devoir 
s'abstenir. 

L'envoi  de  cette  circulaire  est  confié  au  bureau  de  la  Société. 

Rien  n'étant  plus  à  l'ordre  du  jour  la  séance  est  levée. 


SÉ4NCE   GÉNÉRALE    ET    PUBLIQUE 

TENUE  k  PROVINS  LE  25  MAI  1865. 


La  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts  de  Seine-et- 
Marne,  tient  sa  première  Séance  Générale  de  l'année  1865 ,  le 
vingt-cinq  mai,  dans  la  ville  de  Provins. 

L'ordre  du  jour  divise  la  séance  en  doux  parties,  séance  admi- 
nistrative et  lectures  publiques. 


I. 

Après  convocation  régulière,  les  membres  se  réunissent  dans  un 
des  salons  de  l'Hôtel  de  Ville ,  en  Comité  administratif,  à  midi 
et  demi. 

Sont  présents  : 

MM.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant,  président  de  la  Société  ; 

—  Félix  BouRQUELOT,  vice-président  : — Carro  père,  Eug.  Grésy, 
comte  Bernard  d'HARCOURT ,  présidents  de  sections;  —  Th. 
Lhuillier, secrétaire  général;  —  Courtois,  trésorier; — Lemaire, 
archiviste;  — Jules  Michelin,  vice-président  de  la  section  de  Pro- 
vins; —  Emile  Bourquelot,  délégué  de  Provins  ;  —  Brunet  de 
Presle,  vicomte  de  Ponton  d'AMÉcouRT,  membres  du  comité  de 
publication;  —  Eymard,  membre  de  la  commission  des  finances  ; 

—  Max.  Beauvilliers,  E.  Bourges,  de  Fontainebleau; — Burin, 
de  Saint-Just;  —  Delettre,  de  Donnemarie;  —  Fontaine,  de 
Melun;  —  Josseau,  député^  maire  de  Mortcerf; — Victor  Juin,  de 
Provins; — le  comte  Jules  de  Lasteyrie,  de  La  Grange  Bléneau  ; — 
Lebrun,  sénateur,  membre  de  l'Académie  française,  de  Provins; 
— Lefebvre-Thiébault,  de  Meaux; — Lefèvre,  de  Bric;— Louis 
Leguay,  de  la  section  de  Melun  ; — Le  Hériché,  Auguste  Lenoir, 
de  Provins;  —  Gabriel  Leroy,  de  Melun;  —  Liénart,  de  Mort- 
cerf;  —  Marin,  de  Provins  ;  —  Lud.  de  Maussion  ,  Anatole  de 
Maussion,  de  Coulommiers  ; —  Emile  de  May,  de  Saint-Germain- 
Laxis  ;  —  Meunier  ,  maire  de  Provins  ;  —  Victor  Plessier  ,  de 
La  Ferté-Gaucher;  —  l'abbé  Puyo,  doyen  de  Villiers-St-Georges; 

—  Senèque,  de  Melun;  —  A.  Bréan  (  de  Gien  ),  membre  corres- 
pondant, et  autres  qui  ont  oublié  de  signer  la  feuille  de  présence. 

Les  membres  du  Bureau  et  les  dignitaires  ayant  pris  leur  place, 
M.  le  comte  de  Pontécoulant,  président,  fait  diverses  communica- 
tions, d'abord  sur  l'état  prospère  de  la  Société,  qui  depuis  la  dernière 
Séance  Générale  s'est  accrue  de  vingt  nouveaux  membres,  ensuite, 
sur  les  relations  établies  depuis  peu  avec  les  Sociétés  archéologiques 
les  plus  recommandables,  et  avec  un  certain  nombre  de  membres 
correspondants  à  la  tête  desquels  figure  M.  Duruy,  Ministre  de 
l'Instruction  publique.  Le  Président  donne  lecture  de  la  lettre  que 
lui  a  adressée  son  Excellence  à  cette  occasion  : 

«  Paris,  le  15  mai  1865. 
«  Monsieur  le  Comte, 
»  Vous  voulez  bien  m'annoncer  que  la  Société  d'archéologie  de 


—  6  — 

»  Seine-et-Marne  m'a  déféré  le  titre  de  correspondant ,  je  vous 
»  prie  de  faire  agréer  à  la  Société,  l'expression  de  ma  gratitude. 

))  Pour  les  hommes  publics  qui  doivent  renoncer  à  la  joie  du 
»  travail  solitaire,  des  recherches  patientes  et  dos  causeries  inti- 
»  mes  sur  ce  superflu  si  nécessaire,  l'art  et  la  science  désintéressés, 
))  il  n'y  a  pas  de  meilleur  dédommagement  qu'une  marque  d'es- 
))  time  donnée  par  ceux  de  leurs  concitoyens  qui  ont  pu  rester  fidèles 
»  aux  lettres. 

»  J'ignorais  l'origine  de  votre  compagnie  et  je  suis  très-charmé 
))  d'apprendre  où  elle  est  née(l).  Vous  savez,  Monsieur  le  Comte, 
»  quelle  ambition  j'ai  pour  les  corps  savants  de  la  province.  Tout 
»  en  continuant  leurs  travaux  d'érudition,  ils  doivent,  ce  mesem- 
»  ble,  se  faire  les  promoteurs  et  les  gardiens  prudents  de  cet  en- 
»  seignement  libre  qui  peut  répandre  sur  d'innombrables  multi- 
))  tildes  affamées  de  savoir,  tous  les  bienfaits  de  la  science.  Il  ne 
))  m'est  donc  pas  indifïerent  d'avoir  été  peut-être  l'occasion  de  la 
»  formation  d'un  de  ces  foyers  d'où  rayonnent  la  lumière  et  la 
))  chaleur,  c'est-à-dire  la  vie. 
.  »  Agréez,  Monsieur  le  Comte,  etc.  Victor  DURUY.  » 

La  parole  est  accordée  à  M.  Courtois  ,  trésorier,  qui  expose 
sommairement  l'état  financier  de  la  Société  (2).  M.  Lhuillier  , 
secrétaire  général ,  rend  compte  ensuite  des  travaux  de  la  société 
pendant  l'année  1864  (3). 

Le  Président  de  la  Société  donne  lecture  d'une  lettre  dans 
laquelle  M.  le  comte  Eug.  de  Fontaine  de  Resbecq,  demande 
à  la  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts  de  Seine- 
et-Marne  d'accorder  une  médaille  d'argent  à  l'élève  de  cha- 
cun des  trois  collèges  communaux  du  département,  qui  aura 
obtenu  le  premier  prix  d'histoire  de  France.  «  Notre  but,  en  nous 
»  réunissant,  dit  M.  le  comte  de  Resbecq  ,  n'est-il  pas  l'étude 
»  de  notre  histoire  départementale,  pouvons-nous  y  mieux  prépa- 
»  rer  nos  jeunes  confrères  de  l'avenir,  qu'en  récompensant  ceux 
»  qui  ont  le  mieux  réussi  dans  l'étude  de  notre  grande  histoire 
»  nationale?...  La  Société  des  antiquaires  de  Normandie  vient  de 
»  prendre  une  décision  analogue  à  ma  proposition  pour  les  lycées 

(1)  Le  projet  de  création  de  la  Société  de  Seine-et-Marne  a  été  conçu  dans  le 
salon  du  Ministre,  à  la  suite  de  la  réception  faite  aux  membres  des  Sociétés  savantes 
qui  avaient  assisté  aux  séances  de  la  Sorbonne  en  1864. 

(2)  Voir  le  rapport  inséré  à  la  suite  des  procès-verbaux. 

(3)  Idem. 


»  de  cette  province;  si  nous  l'imitons,  nous  suivrons  un  noble 
»  drapeau.  » 

Cette  proposition,  qui  donne  lieu  à  quelques  observations  aux- 
quelles prennent  part  MM,  Brunet  de  Presle  ,  Jules  de 
Lasteyrie 'et  Fontaine  (de  Melun),  est  adoptée  et  renvoyée  au 
Bureau  de  la  Société  pour  en  réglementer  la  mise  à  exécution. 

Le  Président  fait  connaître  que  la  Société  doit  décerner  en  1866 
trois  médailles  aux  instituteur^  ou  à  toute  autre  personne,  en  de- 
hors de  ses  rangs,  ayant  fourni  les  renseignements  les  plus  utiles 
à  la  rédaction  du  Dictionnaii^e  historique  et  archéologique  de  Seine- 
et-Marne,  qui  va  être  entrepris  simultanément  dans  toutes  les 
sections. 

M.  de  Pontécoulant  annonce  aussi  à  l'assemblée  qu'en  vertu  de 
l'article  24  des  statuts,  il  a  nommé  une  commission  spécialement 
chargée  de  tout  ce  qui  a  rapport  aux  dessins  et  gravures,  ainsi  qu'à 
l'impression  des  planches  destinées  au  bulletin.  Cette  commission 
se  compose  de  MM.  Eug.  Grésy,  Charles  Fichot,  Damour,  Louis 
Leguay  et  Cotelle;  elle  est  présidée  par  M.  Grésy. 

Rien  n'étant  plus  à  l'ordre  du  jour,  la  séance  administrative  est 
levée. 

IL 

A  une  heure  et  demie,  les  Sociétaires  déjà  nommés  s'assemblent 
de  nouveau,  dans  une  des  salles  de  l'ancien  Palais  des  comtes  de 
Champagne  et  de  Brie,  aujourd'hui  occupé  par  le  Collège  commu- 
nal, gracieusement  mise  par  M.  le  Principal  à  la  disposition  de  la 
Société  pour  sa  séance  publique. 

La  musique  du  Collège  et  l'Orphéon  de  Provins,  prêtent  leur 
concours  à  cette  solennité.  L'Orphéon  exécute  avec  habileté  un 
chœur  de  circonstance,  les  Ruines  de  Provins^  paroles  d'Hégésippe 
Moreau,  musique  de  Gariel. 

A  l'ouverture  de  la  séance,  M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant, 
président,  exprime  les  sentiments  de  tous  les  sociétaires,  en  remer- 
ciant les  invités,  et  en  particulier  les  dames  qui  sont  venues  em- 
bellir la  réunion  par  leur  présence.  Il  annonce  ensuite  que  Son 
Exe.  M.  Drouyn  de  Lhuys,  MM.  le  baron  de  Bauverger,  Anatole 
Dauvergne,  Teyssier  des  Farges,  Jules  David,  Etienne  David,  le 
comte  de  Resbecq,  le  baron  de  Lagâtinerie,  Camille  Bernardin, 
Félix  Lajoye,  Dussouy,  Alph.  Fourtier,  Ducrocq,  Muret,  l'ubbé 
Goujon  et  Preschez,  tous  membres  de  la  Société,  expriment  leurs 


—  8  — 

regrets  de  ne  pouvoir  assister  h  la  séance.  M.  le  Préfet,  empêché 
par  la  tournée  de  révision,  fait  également  connaître  que  M.  le 
Sous-Préfet  de  Provins  est  chargé  de  le  représenter  à  cette  séance, 
regrettant  fort  de  ne  pouvoir  s'y  trouver  en  personne.  M..  Josseau, 
présent  au  Comité  administratit  et  appelé  à  l'instant  même  à  Paris 
pour  affaire  pressante,  par  dépêche  télégraphique,  se  retire. 

M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant  annonce  à  l'assemblée  que 
M.  Jules  David  étant  retenu  loin  de  nous  par  un  deuil  de  famille, 
elle  sera  privée  de  la  lecture  promise  par  cet  honorable  confrère. 

Il  est  fait  hommage  à  la  Société ,  par  M.  Fourtier  ,  d'un  Fssai 
historique  sur  V organisation  des  Payeurs  du  Trésor ,  et  par  M.  Etienne 
David,  d'un  opuscule  intitulé  :  Souvenir  d'un  voyage  dans  l'isthme 
de  Suez  et  au  Caire. 

Le  Président  prononce  ensuite,  les  paroles  suivantes: 
((  Mesdames  et  Messieurs, 

«  Vous  n'attendez  pas,  je  l'espère,  du  Président  de  la  Société 
un  discours  académique;  s'il  en  était  autrement,  vous  seriez 
trompés  dans  votre  attente,  car  il  n'a  ni  le  talent,  ni  le  temps  né- 
cessaires pour  un  pareil  travail. 

«  Un  Président,  s'il  veut  rester  dans  l'esprit  de  son  rôle,  doit 
exciter,  encourager  le  travail  ;  surveiller,  mais  non  produire.  Si 
par  hasard  il  prend  les  outils,  s'il  met  la  main  à  la  plume,  c'est 
pour  donner  l'exemple  et  non  pour  mériter  des  éloges.  Un  Prési- 
dent, ainsi  qu'un  chef  d'atelier,  me  semble  parfaitement  défini 
dans  ce  passage  d'Horace  : 

Ergo  fungar  vice  cotis  ;  acutum 

Reddere  quœ  ferrum  valet,  exsors  ipsa  secandi. 

«  Il  n'est  pas  le  fer  qui  coupe,  mais  bien  la  pierre  à  aiguiser 
«  qui  sert  à  faire  couper.  » 

«  D'ailleurs,  Messieurs,  quand  même  j'eusse  eu  le  talent  voulu 
pour  entretenir  dignement  une  aussi  honorable  assemblée,  le 
temps  m'eût  fait  défaut;  car  ils  sont  bien  nombreux  les  devoirs 
auxquels  se  trouve  astreint  celui  auquel  vous  avez  daigné  confier 
votre  direction;  ce  sont  des  soins,  des  démarches  de  touslesjours, 
de  toutes  les  heures,  de  tous  les  instants  ;  et  je  reconnais  qu'à  mon 
âge  je  n'aurais  pu  suffire  à  cette  lourde  tâche  si  elle  ne  m'eût  été 
rendue  plus  légère  par  l'empressement  avec  lequel  j'ai  été  secondé 


—  9  — 

par  MM.  les  Présidents  de  Sections,  les  Délégués,  et  par  toutes  les 
personnes  composant  les  divers  bureaux.  Je  les  prie  de  recevoir  tous 
ici  l'expression  de  ma  reconnaissance  :  il  est  impossible  de  mettre 
au  service  d'une  œuvre  plus  de  zèle,  plus  d'activité  et  plus  de  dé- 
vouement. 

«  Il  y  a  six  mois,  Messieurs,  la  Société  d'Archéologie,  Sciences, 
Lettres  et  Arts  de  Seine-et-Marne,  tenait  ses  premières  assises 
dans  le  chef-lieu  de  ce  département  :  elle  se  composait  alors  de 
2Q3  Membres  fondateurs,  depuis  cette  époque  20  Membres  titulaires 
se  sont  joints  à  notre  réunion  (1). 

Le  Comité  central,  croyant  devoir  entourer  la  Société  d'hommes 
éminents  dans  les  sciences,  a,  sur  l'avis  des  Sections,  offert  le  titre 
de  Correspondant  à  diverses  personnes  qui  toutes  ont  accepté  avec 
un  empressement  qui  nous  honore.  J'ai  proclamé  leurs  noms  à  la 
séance  administrative (2)  et  je  ne  vous  donnerai  point  connaissance 
de  toutes  les  bonnes  lettres  d'acceptation  qui  me  sont  parvenues, 
parce  que  cela  exigerait,  dans  cette  séance,  un  temps  beaucoup  trop 
long.  Si  j'ai  eu  l'honneur  de  lire  celle  de  M.  le  Ministre  de  l'Ins- 
truction publique,  c'est  qu'elle  renfermait  un  vœu  et  un  désir  aux- 
quels nous  chercherons  à  nous  conformer. 

Au  mois  d'octobre  dernier,  nous  nous  trouvions  réunis  à  Melun 
dans  la  belle  salle  de  ce  Musée  à  la  fondation  duquel  a  coopéré  si 
activement  M.  Courtois,  notre  honorable  confrère,  amant  passionné 
des  arts  et  des  sciences,  adorateur  intelligent  de  tout  ce  qui  est  beau 
et  de  tout  ce  qui  est  bon.  Le  Conseil  municipal  nousfaisait  les  hon- 
neurs de  cette  belle  galerie  si  magnifiquement  décorée  des  chefs- 
d'œuvre  de  la  peinture  ancienne  et  moderne  ;  la  Musique  des  Chas- 
seurs à  cheval  de  la  Garde  impériale,  voulant  honorer  le  but  de 
notre  Société  et  les  hommes  éminents  qui  la  composent,  nous 
avait  prêté  son  charmant  concours  :  je  suis  désespéré  de  ne  pou- 
voir vous  procurer  aujourd'hui  le  même  plaisir,  mais  ma  demande 
a  éprouvé  un  refus  devant  lequel  je  m'incline,  sans  chercher  à  en 
expliquer  les  motifs. 

«  Si  Melun,  Mesdames  et  Messieurs,  a  raison  d'être  fière  de  sa 
fortune  présente.  Provins  a  droit  d'être  orgueilleuse  de  sa  gran- 
deur déchue.  Provins,  semblable  à  ces  grandes  familles  ruinées 
par  le  fait  des  révolutions,  est  flore  de  ses  richesses  passées  : 
elle  vit  de  souvenirs.  Quelle  cité  peut  offrir  une  réunion  plus 


(1)  Voir  la  liste  à  la  suite  des  procès-verbaux. 

(2)  Idem. 


—  10  — 

nombreuse  de  monuments?  Quelle  ville  peut  présenter  une  liste 
plus  étendue  d'hommes  distingués  dans  toutes  les  branches  des 
connaissances  humaines?  A  tous  les  pas  vous  heurtez  une  ruine  ou 
un  édiOce  dont  chaque  pierre  dit  à  elle  seule  une  histoire,  et  au 
choc  de  chaque  pavé  résonne  le  nom  d'un  grand  homme. 

«  Il  me  semble  voir  de  tous  côtés  sortir  de  leurs  tombeaux  les 
ombres  de  ces  personnages  illustres ,  se  dirigeant  vers  cette  en- 
ceinte pour  y  prendre  place  parmi  nous  ;  plusieurs  d'entre  eux  en 
connaissent  le  chemin,  car  ici  même,  dans  ce  palais  se  réunis- 
saient jadis,  à  l'appel  des  comtes  de  Champagne,  les  hommes 
distingués  qui  foisonnaient  à  leurs  cours.  Voici  d'abord  les  savants, 
les  philosophes,  les  historiens  ;  parmi  eux  je  distingue  Christo- 
phe Lauret,  Pierre  Legivre,  Savigny,  le  Père  Pacifique,  l'abbé 
d'Aligre,  Rivot,  Pasques,  Robert,  Billate,  Éd.Moustier,  Mongez, 
Ythier,  Opoix.  Voilà  maintenant,  venant  de  ce  côté,  les  poètes; 
ils  sont  en  si  grand  nombre  que  je  ne  puis  tous  les  reconnaître. 
Cependant  j'aperçois  en  tète  Guyot,  dit  de  Provins,  il  est  accom- 
pagné de  Thibault  le  chansonnier,  dont  en  cherchant  bien  vous 
pourriez  peut-être  encore  découvrir  inscrits  sur  ces  murs  quel- 
ques-uns des  vers  qu'il  adressait  à  sa  blonde  couronnée.  L'his- 
toire nous  dit  que  ce  Thibault  lut  prince  et  poëte,  la  lecture  de 
ses  œuvres  nous  prouve  qu'il  fut  plus  encore,  il  fut  le  Prince  des 
poètes.  Après  lui  marchent  Bernard  Lelleron,  Pijon,  suivi  de  L. 
Michelin,  l'auteur  du  poëme  sur  l'imprimerie  ;  à  ses  côtés  se 
tient  son  fils  auquel  on  doit  les  Essais  historiques  sur  ce  départe- 
ment, et  puis  vient  un  de  ses  parents,  le  docteur  Max.  Michelin  : 
famille  privilégiée  chez  laquelle  la  loyauté  et  le  savoir  forment 
un  patrimoine  qui  se  transmet  de  générations  en  générations. 
Bien  d'autres  ombres  encore  les  suivent  ou  les  précèdent,  mais 
leurs  noms  m'échappent  ;  cependant  il  me  semble  voir  là-bas,  en- 
veloppé dans  son  linceul,  Hégésippe  Moreau,  dont  chacun  ici  redit 
les  poésies. 

«  \  la  suite  des  représentants  du  savoir  s'avancent  également 
d'autres  ombres.  Inclinez-vous!  voici  venir  des  saints,  des  hé- 
roïnes, des  voyageurs,  des  artistes,  car  Provins  a  tout  possédé  ! 
Vous  apercevez  par  ici  saint  Lyé,  sainte  Lucence,  Anne  Meunier, 
par  là  DesgofTes,  Villegagnon,  Duchemin,  et  bien  d'autres  encore. 
Comment  la  ville  de  Provins  ne  serait-elle  pas  fière?  Elle  peut 
dire,  en  rappelant  le  souvenir  de  ses  grands  hommes,  comme  la 
mère  des  Gracqucs  en  montrant  ses  enfants  :  voilà  ma  fortune, 
voilà  ma  richesse. 


—  11  — 

«  Mais  nous  aussi  nous  sommes  riches  !  S'il  n'y  avait  pas  un 
sot  orgueil  à  faire  parade  de  sa  fortune,  j'étalerais  ici  devant  vous, 
Mesdames  et  Messieurs ,  l'écrin  de  la  Société  d'Archéologie, 
Sciences,  Lettres  et  Arts  du  département  de  Seine-et-Marne.  La 
modestie  me  défend  de  montrer  à  vos  yeux  toutes  les  pièces  pré- 
cieuses qui  forment  son  diadème,  mais  il  m'est  permis  néanmoins 
de  vous  laisser  admirer  une  des  cinq  fleurs  qui  ornent  le  sommet  de 
sa  couronne  héraldique.  Cette  fleur,  recueillie  dans  cet  arrondis- 
sement, est  trilobée.  Le  premier  lobe  contient  le  nom  d'un  grand 
poëte  tragique,  celui  de  l'auteur  de  Marie  Stuart,  qui  du  sein  des 
quarante  de  l'Académie  française  fait  jaillir  jusque  sur  nous  les 
feux  étincelants  de  son  auréole.  Dans  le  second  se  trouve  gravé  le 
nom  de  Branet  de  Presle,  de  cet  érudit  helléniste,  de  cet  éminent 
professeur  et  membre  de  l'Institut,  lequel  veut  bien  consacrer  à  la 
Société  le  temps  qu'il  peut  ravir  à  son  travail.  Vous  pouvez  dis- 
tinguer. Mesdames  et  Messieurs,  inscrit  sur  le  troisième  lobe  le 
nom  d'un  enfant  du  pays,  qui  joint  la  bonté  au  savoir  ;  c'est  nom- 
mer Félix  Bourquelot.  Sa  modestie,  la  dignité  que  vous  lui  avez 
conférée  et -surtout  enfin  mon  amitié  m'interdisent  d'en  dire  da- 
vantage. 

((  Notre  écrin,  Mesdames  et  Messieurs  n'est  pas  encore  si  rem- 
pli qu'on  ne  puisse  y  ajouter  quelques  pierres  précieuses,  et  nous 
comptons  bien  voir  briller  prochainement  sur  notre  couronne  les 
noms  de  Lenient,  le  professeur  érudit,  de  Pierre  Dupont,  le  chan- 
sonnier populaire,  d'André  Lefebvre,  qui,  jeune  encore,  promet 
déjà  à  la  ville  de  Provins  un  poëte  distingué.  Nous  espérons  éga- 
lement nous  parer  du  nom  de  madame  Angebert,  dont  les  œuvres 
charmantes  sont  dans  toutes  les  bibliothèques,  ainsi  que  de  celui 
de  mademoiselle  de  Haut,  connue  de  chacun  de  vous  par  l'esprit, 
le  talent  et  la  bonté. 

»  Venez  à  nous,  vous  tous  qui  cultivez  les  sciences,  les  lettres 
ou  les  arts  ;  venez  vous  joindre  à  notre  phalange.  Souvenez-vous 
que  l'isolement  tue  ;  que  l'isolement  des  savants  ,  des  artistes,  est 
une  des  causes  qui  ont  le  plus  retardé  le  progrès  de  l'intelligence. 
Dans  les  sciences,  dans  les  lettres,  dans  les  arts,  comme  dans  la 
politique,  on  a  besoin  de  se  rapprocher  afin  de  se  connaître,  afin 
de  se  communiquer  ses  pensées  et  de  fondre  dans  un  tout  commun 
le  travail  de  chacun  pour  être  utile  aux  travaux  de  tous.  Venez  ! 
l'association  sait  établir  entre  les  hommes  qui  se  vouent  aux 
mêmes  recherches  et  qui  peut-être  ne  se  fussent  jamais  rencontrés, 
des  relations  de  mutuelle  estime  et  de  travail.  Venez  à  nous  et 


—  12  — 

vous  verrez  comment,  dans  notre  Société,  ces  sentiments  naissent 
et  comment  ils  s'entretiennent  facilement.  Vous  apprécierez  l'in- 
fluence heureuse  qu'ils  exercent.  Yous  trouverez,  au  milieu  de 
nous  tout  naturellement,  et  sans  même  y  songer,  ce  grand  bien 
auquel  on  aspire  souvent  sans  succès  :  la  Concorde  et  l'Union. 

')  L'utilité  de  notre  Société  ne  saurait  plus  être  mise  en  doute, 
car  l'élan  avec  lequel  on  s'est  empressé  de  se  réunir  à  nous,  la 
spontanéité  des  adhésions  qui  sont  venues  nous  trouver  en  sont 
une  preuve  suffisante.  En  effet,  Messieurs,  les  œuvres  vraiment 
bonnes,  vraiment  utiles,  ont  seules  le  privilège  de  conquérir  de 
prime-abord  les  sympathies  populaires,  de  frapper  les  intelligences. 
Si  la  Société  d'Archéologie,  Sciences ,  Lettres  et  Arts  de  Seine-et- 
Marne,  née  d'hier  seulement,  est  arrivée  aujourd'hui  à  des  pro- 
portions auxquelles  nous  n'osions  espérer,  c'est,  il  faut  le  dire, 
que  tout  le  monde  a  compris  son  but,  que  tout  le  monde  a  reconnu 
qu'elle  renferme  pour  le  département  un  grand  principe  d'utilité 
publique.  Pourquoi  tant  d'institutions,  tant  de  sociétés  qui  sem- 
blaient devoir  fournir  une  longue  carrière,  sont-elles  mortes  en 
naissant,  ou  se  sont-elles  atrophiées ,  ou  se  sont-elles  éteintes  en 
peu  de  temps? C'est  qu'en  elles  on  ne  voyait  pas  un  besoin  d'être; 
c'est  qu'on  apercevait  percer  sous  des  dehors  trompeurs  la  trace 
d'individualités  ambitieuses  qui,  sous  le  prétexte  frivole  de  besoin 
général,  voulaient  s'en  faire  un  manteau  dans  lequel  elles  se  dra- 
paient avec  modestie  jusqu'au  jour  où,  suffisamment  connues 
de  la  foule,  elles  pensaient  pouvoir  se  produire  et  jeter  le  man- 
teau comme  une  vieille  défroque  :  voilà  la  cause  de  leur  ruine. 
Chez  nous  rien  de  semblable  à  craindre,  toutes  les  personna- 
lités s'effacent  devant  le  bien  de  la  Société  :  tous  nous  ne  faisons 
qu'un.  Les  sociétaires  n'ont  qu'un  môme  désir ,  celui  du  bien 
général,  qu'une  seule  ambition,  celle  d'être  utile.  Tous  enfin  nous 
n'avons  qu'un  même  but,  celui  de  faire  profiter  nos  semblables 
du  fruit  de  nos  travaux  et  de  nos  recherches  :  aussi  l'existence  de 
notre  Société  se  trouve  assurée. 

')  Cette  vitalité ,  c'est  vous ,  chers  et  honorés  Confrères ,  qui 
l'avez  imprimée  h  notre  œuvre  par  l'empressement  avec  lequel 
vous  avez  ,  par  vos  travaux  ,  répondu  à  notre  programme.  Conti- 
nuez !  Ne  vous  laissez  pas  détourner  du  but  que  nous  voulons 
atteindre.  Ne  vous  laissez  pas  amoindrir  par  des  tentatives  frivoles, 
car,  il  ne  faut  pas  vous  le  dissimuler,  pour  vivre  et  prospérer  la 
Société  a  besoin  de  toutes  ses  forces.  Nous  aurons  à  lutter,  n'en 
doutez  pas,  contre  les  déceptions  d'esprits  vaniteux,  les  dépits  de 


—  13  — 

petits  ambitions  froissées,  contre  le  découragement  que  cherche- 
ront à  infuser  dans  votre  sang  ces  personnes  qui  ne  croient  à 
aucun  progrès  parce  qu'elles  n'en  veulent  aucun.  Ne  vous  décou- 
ragez jamais,  et  n'oubliez  pas  que  :  qui  veut,  peut. 

»  La  Société  d'Archéologie,  Sciences,  Lettres  et  Arts  a  déjà 
produit  des  rejetons,  tant  sa  jeune  tige  est  vivace  et  précoce.  Elle 
a  donné  naissance  à  trois  nouvelles  sociétés  :  une  créée  dans  le 
département  et  les  deux  autres  à  Paris.  La  première  a  pris  le  titre 
de  Société  des  sciences  ,  lettres  et  arts  spéciale  de  Fontainebleau.  Elle 
veut  bien  nous  appeler  sa  sœwr;  c'est  sa  mère  qu'elle  aurait  dû 
dire  :  il  n'est  jamais  bien  de  répudier  les  auteurs  de  ses  jours.  La 
seconde  société  s'est  formée  à  Paris,  par  les  soins  d'un  de  nos 
confrères,  M.  L.  Leguay,  sous  le  titre  de  Société  d'archéologie  pari- 
sienne, ayant  pour  but  spécial  de  ses  recherches  tout  ce  qui  se 
rapporte  au  territoire  des  anciens  Parnsii  (Seine  et  Seine-et-Oise). 
La  troisième  société  enfin,  à  laquelle  la  nôtre  est  heureuse  d'avoir 
coopéré  quoique  indirectement,  est  la  Société  française  du  numisma- 
tique,  créée  à  Paris  par  lin  de  nos  sociétaires,  M.  le  vicomte  de 
Ponton  d'Amécourt ,  président  de  la  Société  météorologique  et 
et  aérostatique.  Pour  ce  confrère ,  les  sciences  semblent  n'avoir 
rien  de  caché;  à  la  connaissance  si  ardue  des  médailles,  il  joint 
celle  des  lois  de  la  dynamique  et  de  la  physique,  et  tout  nous  fait 
espérer  que  ses  longues  études ,  ses  nombreux  essais ,  ses  inces- 
sants efforts ,  aboutiront  à  nous  fournir  bientôt  un  moyen  assuré 
de  locomotion  aérienne. 

»  Parmi  les  nombreuses  sociétés  savantes  que  possédait  la  ville 
de  Paris  ,  il  n'en  existait ,  jusqu'à  présent ,  aucune  qui  s'occupât 
spécialement  de  numismatique;  aujourd'hui  ce  vide  est  rempli. 
Nous  en  félicitons  la  Société  française  de  numismatique,  car  les 
monnaies  sont  les  plus  instructifs  des  monuments  des  temps  his- 
toriques. 

»  Pour  prévenir  la  dispersion  sans  profit  pour  la  science  et 
même  la  destruction  des  monuments  numismatiques ,  la  Société 
française  de  numismatique  a  résolu  d'encourager  dans  chaque  pro- 
vince, dans  chaque  canton,  les  collectionneurs  des  monnaies  loca- 
les. Le  premier  signe  d'existence  donné  par  cette  Société,  sa  pre- 
mière démarche  publique,  la  première  distinction  qu'elle  accorde, 
c'est  à  nous.  Messieurs,  qu'ils  se  trouvent  adressés,  puisque  c'est 
un  de  nos  membres  fondateurs,  M.  Burin  ,  instituteur  à  Saint- 
Just ,  qui  en  a  été  jugé  digne  par  le  soin  qu'il  a  mis  à  recueillir 
et  conserver  toutes  les  médailles  et  tous  les  débris  d'antiquités 


—  14  — 

provenant  de  Ghateaubleau.  Nos  renïercîments  donc  à  la  Société 
française  de  numismatique. 

»  Quoique  ne  datant  que  d'hier,  Messieurs,  la  Société  qui  est 
votre  œuvre  n'a  pas  vu  s'écouler  en  temps  stérile  le  premier 
semestre  de  son  existence,  et  l'on  conviendra,  en  parcourant  le 
premier  volume  de  votre  Bulletin,  en  écoutant  vos  lectures,  que 
le  programme  que  vous  vous  êtes  tracé  a  été  sulfisamment  rempli  : 
la  Société  a'  droit  d'être  fière  de  ce  résultat.  Nous  sommes  trop 
portés  à  dénigrer  ordinairement  ce  qui  nous  a^ipartient,  c'est  une 
sorte  d'honnête  coquetterie,  mais  en  présence  de  certaines  opposi- 
tions mal  fondées  ,  quoique  inspirées  par  un  s.entiment  très-loua- 
ble, il  ne  faut  pas  de  fausse  modestie,  il  faut  au  contraire  avoir  le 
courage  de  reconnaître  ce  qu'on  a  fait  de  bien  et  le  proclamer 
hautement. 

»  Mais  à  notre  Bulletin,  mais  à  nos  lectures  ne  doivent  pas  se 
borner  nos  travaux.  Vous  avez  entendu,  il  n'y  a  qu'un  instant,  le 
contenu  de  la  lettre  de  M.  Duruy,  notre  nouveau  et  honorable 
Correspondant,  dont  la  haute  position  m'interdit  tout  éloge.  Etre 
appelé  parle  chef  de  l'Etat  à  faire  partie  de  son  Conseil,  être  placé 
par  l'Empereur  à  la  tête  de  l'Instruction  publique,  se  trouver  ainsi 
le  gardien  de  cette  grande  fortune  à  venir  de  la  France,  ce  sont 
là  des  honneurs,  ce  sont  là  des  distinctions  devant  lesquels  toutes 
mes  paroles  seraient  pâles  et  mes  louanges  superflues.  Le  Ministre 
vient  de  vous  dire  ce  qu'il  attendait  de  nous;  il  nous  a  rappelé 
quelle  ambition  il  avait  pour  les  corps  savants  de  la  province. 
«  Tout  en  continuant  nos  travaux  de  recherches  et  d'érudition, 
))  nous  devons,  »  nous  dit-il,  «  nous  faire  les  promoteurs  et  les 
-1  gardiens  prudents  de  cet  enseignement  libre  qui  peut  répandre 
»  sur  une  multitude  affamée  de  savoir,  tous  les  bienfaits  de  la 
»  science.  »  Le  Ministre  de  l'Instruction  publique,  notre  nouveau 
correspondant ,  compte  sur  nous  ,  Messieurs  ,  lui  refuserons-nous 
notre  concours  ?  En  votre  nom  je  réponds  non,  sans  crainte  d'être 
désavoué  par  aucun  de  vous  ;  car,  faire  servir  toutes  les  sciences, 
toutes  les  lettres,  tous  les  arts,  toute  la  puissance  des  idées, 
toute  l'activité  de  la  pensée  à  augmenter  la  masse  des  connais- 
sances répandues  dans  ce  département ,  voilà  le  but  réel  de  notre 
institution. 

»  Déjà  des  conférences  publiques  ont  été  établies  à  Meaux  ainsi 
qu'à  Moret  :  ces  conférences  ont  eu  un  plein  succès.  Votre  Prési- 
dent, Messieurs,  pour  répondre  au  désir  de  M.  le  Ministre,  précé- 
demment manifesté   dans  une  de  ses  circulaires,  a  formé  dans 


—  15  — 

chaque  Section  des  commissions  chargées  d'organiser,  non  plus  des 
lectures  dont  le  souvenir  est  souvent  trop  éphémère,  mais  des 
petits  cours  populaires  sur  les  différentes  parties  des  sciences  et 
des  lettres.  Ces  commissions  ont   tenu  plusieurs  séances,   mais 
l'année  étant  trop  avancée,  elles  se  sont  arrêtées  dans  un  travail 
qu'elles  vont  reprendre,  et  j'ose  espérer  qu'à  la  Séance  générale 
qui  aura  lieu  au  mois  d'octobre  à  Fontainebleau,  je  pourrai  vous 
faire  part  d'une  organisation  complète  de  ces  conférences ,  atten- 
dues, je  le  sais,  avec  impatience  dans  plusieurs  localités.  L'œuvre 
ne  saurait  faillir  dans  une  Société  savante  composée  de  trois  cents 
membres  :  nul  ne  peut  rester  indifférent  à  cette  belle  mission  intel- 
lectuelle. Courage,  chers  confrères!  Chassez  toute  crainte;  ayez 
confiance  en  vous.  Considérez  votre  auditoire  comme  composé  de 
vos  enfants;  parlez-leur  comme  si  vous  étiez  leur  père.  Abaissez 
votre  savoir  à  leur  niveau  et  vous  réussirez,  n'en  doutez  pas.  Plu- 
sieurs d'entre  vous  ont  déjà  donné  l'exemple  ,  et  la  manière  atten- 
tive avec  laquelle  ils  ont  été  écoutés ,  l'empressement  que  l'on  a 
mis  à  venir  les  entendre ,  les  marques  de  sympathie   avec  les  - 
quelles  ils  ont  été  reçus  sont  de  puissants  encouragements  à  la  con- 
tinuation de  leur  œuvre. 

■)  Si  vous  saviez  tout  le  bien  que  vous  pouvez  procurer  en  don- 
nant aux  autres  un  peu  de  ce  que  vous  savez,  nul  d'entre  vous 
n'hésiterait.  Figurez-vous  le  savoir  pénétrant  par  votre  aide  dans 
les  bourgs  et  les  campagnes,  dans  les  champs  comme  dans  les 
ateliers,  inventant  ou  du  moins  éclairant  les  arts ,  mettant  tout  à 
profit,  créant  partout  des  richesses,  transformant  les  substances  les 
plus  viles  en  produits  précieux ,  donnant  à  la  matière  j>isqu'à  cent 
fois  et  même  mille  fois  sa  valeur  primitive,  répandant  l'aisance  et 
le  bien-être  dans  toutes  les  classes,  procurant  à  l'homme  une  nour- 
riture plus  saine,  des  vêtements  meilleurs,  des  demeures  plus  com- 
modes. Voilà,  Messieurs,  le  bien  que  vous  êtes  invités  à  faire  en 
gratifiant  les  classes  illettrées  des  miettes  de  votre  savoir. 

»  C'est  cette  haute  pensée  du  bien  que  vous  êtes  appelés  à  faire 
qui  réunit  ici,  n'en  doutez  pas,  cette  assemblée.  Pourquoi  cette 
imposante  réunion?  Pourquoi  cette  afflucnce  extraordinaire?  Si 
les  dignitaires  de  l'Etat,  si  les  membres  du  clergé,  si  les  élus  du 
pays,  si  toutes  les  personnes  enfin  qui  composent  cet  auditoire 
sont  présents  ici,  est-ce  pour  le  vain  plaisir  de  satisfaire  votre  va- 
nité ou  votre  amour-propre?  Oh  !  non,  ils  ont  tous  une  plus  haute 
pensée  en  venant  à  cette  séance.  En  nous  accordant,  par  leur  pré- 
sence, un  encouragement,  ils  viennent  honorer  en  vous  la  science  ; 


—  16  — 

ils  viennent  honorer  en  vous  les  missionnaires  du  savoir;  ils 
viennent  enfin  honorer  en  vous  la  sainte  loi  du  travail,  à  laquelle 
ils  savent  que  vous  serez  toujours  fidèles.  Mais  tout  en  donnant 
à  nos  semblables  une  parcelle  de  ce  que  nous  savons ,  nous 
ne  discontinuons  pas  nos  recherches.  Ne  nous  occupons  que 
le  moins  possible  du  temps  présent,  bien  d'autres  se  chargent  de 
ce  soin.  Regardons  en  arrière,  le  passé  ne  nous  transmet  que  ce 
qu'il  y  a  de  noble,  ce  qu'il  y  a  de  fort ,  car  c'est  ce  qui  résiste  à 
l'épreuve  des  siècles.  Les  idées  hautes,  les  actions  mémorables, 
les  chefs-d'œuvre,  les  grands  hommes  :  voilà  quels  doivent  être 
le  sujet  continuel  de  nos  études. 

»  Rappelez-vous  toujours  le  but  de  la  Société  d'Archéologie , 
Sciences,  Lettres  et  Arts  de  Seine-et-Marne.  Demandons  à  nos 
savants  Confrères  d'étudier  de  plus  en  plus  notre  beau  départe- 
ment, pour  le  faire  bien  connaître  à  ses  nombreux  habitants,  qui 
pour  la  plupart,  ignorent  encore  jusqu'au  nom  des  peuples  dont  ils 
foulent  chaque  jour  les  débris. 

«  Vous  venez  d'encourager  l'étude  de  notre  histoire  nationale  en 
décidant  que  trois  médailles  seraient  distribuées  tous  les  ans  à  l'élève 
qui  aura  remporté  le  premier  prix  d'histoire  dans  la  classe  la  plus 
élevée  de  chacun  des  trois  collèges  communaux  du  département. 
Vous  allez  faire  plus  encore  !  Vous  allez  entreprendre  une  œuvre 
longue  et  difficile,  le  Dictionnaire  historique  et  archéologique  de 
Seine-et-Marne.  Un  questionnaire  est  préparé  et  sera  très-pro- 
chainement adressé  à  MM.  les  curés  et  à  MM.  les  instituteurs, 
avec  prière  d'y  répondre.  Une  médaille  d'or  et  deux  médailles  de 
vermeil  seront  décernées,  comme  encouragement,  en  Séance  géné- 
rale, à  toute  personne,  en  dehors  de  la  Société,  qui  aura  accompa- 
gné sa  réponse  à  ce  questionnaire  des  renseignements  reconnus 
les  plus  utiles  à  l'œuvre. 

«  Noblesse  oblige,  disait-on  jadis  ;  pour  nous  qui  sommes  ici  les 
fils  de  nos  œuvres,  disons:  le  savoir  oblige.  Montrons-nous  di- 
gnes de  plus  en  plus  des  honneurs  qui  sont  aujourd'hui  départis 
aux  hommes  qui  se  distinguent  dans  les  sciences  et  dans  les 
arts. 

«  Est-il  besoin  de  rappeler  que  l'Empereur  sait  honorer  les 
sciences  autant  qu'il  les  aime  :  le  savant,  de  nos  jours,  se  trouve 
l'égal  des  grands  de  l'Empire.  On  doit  se  sentir  fier  lorsque  l'on 
voit  les  hommes  de  lettres,  les  hommes  de  la  science,  les  érudits, 
les  artistes,  ceux  enfin  qui  illustrent  la  science  et  les  arts  par 
d'importants  travaux,  jouir  des  mêmes   honneurs,  être  appelés 


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aux  mêmes  distinctions  que  ceux  qui  gagnent  des  batailles,  que 
ceux  qui  ont  la  charge  des  affaires  publiques. 

«  Je  m'arrêterais  ici,  s"il  ne  me  restait,  Mesdames  et  Messieurs, 
un  pénible  devoir  à  remplir;  c'est  celui  de  rappeler  le  souvenir  des 
pertes  qui  sont  venues  directement  ou  indirectement  frapper  la 
kiociété. 

«  Nous  avons  eu  d'abord  à  déplorer  la  perte  d'un  des  membres 
fondateurs,  M.  Lafontaine,  de  la  section  de  Meaux,  qu'une  mort 
inattendue  est  venue  enlever  à  sa  famille,  à  ses  amis  et  aux  mal- 
heureux dont  il  était  le  conseil  et  le  soutien.  La  Société  perd  dans 
ce  Confrère  un  membre  dévoué,  un  homme  de  bien,  un  homme 
d'esprit  et  de  cœur.  Le  plus  bel  élog0»que  l'on  puisse  faire  de  M. 
Lafontaine,  c'est  dire  que  dans  toutes  les  places  qu'il  a  occupées 
durant  sa  longue  existence,  il  a  emporté  l'estime  et  les  regrets  de 
ceux  qui  l'ont  connu. 

((  La  mort,  cette  moissonneuse  insatiable,  n'avait  pas  plutôt 
abattu  notre  Confrère,  qu'elle  se  retournait  vers  la  mère  du  pré- 
sident de  la  Section  de  Fontainebleau.  La  mort  de  madame  David, 
veuve  d'un  ancien  diplomate  qui  fut  député  du  Calvados,  a  excité 
de  profonds  regrets  dans  les  cœurs  de  tous  ceux  qui  avaient  été, 
comme  moi,  assez  heureux  pour  l'approcher.  L'aménité  de  son 
caractère,  l'affabilité  de  ses  relations  la  faisaient  aimer  de  tous. 

((  Cette  tombe  était  à  peine  fermée  qu'elle  se  rouvrait  pour  re- 
cevoir une  autre  personne,  son  émule  en  bonté,  madame  Claverie, 
femme  du  vice-président  de  la  même  Section,  qui,  malade  lui- 
même,  vit  mourir  sa  compagne  sans  avoir  la  force  de  l'accom- 
pagner à  sa  dernière  demeure. 

«La  mort  ne  s'arrête  jamais,  elle  est  infatigable.  Messieurs,  elle 
travaille  sans  relâche,  et,  ces  fosses  à  peine  recouvertes,  une 
nouvelle  se  creusait  pour  recevoir  le  corps  de  M.  le  duc  d'Har- 
court.  Je  suis  sûr,  que  je  réponds  au  sentiment  de  tous,  dans 
cette  enceinte,  en  rendant  hommage  ii  l'homme  excellent  dont 
notre  département  déplore  la  perte,  et  qui  avait  donné  à  cet 
arrondissement  l'appui  de  son  talent  et  l'honneur  de  son  nom. 
"Vous  l'avez  tous  connu,  cet  aimable  et  noble  vieillard.  Esprit  fin 
et  profond,  érudit  sévère,  le  ducd'Harcourt  ne  faisait  pas  de  longs 
discours;  fidèle  à  sa  devise,  il  agissait  :  Gesta  verbis  preveninnt. 
Saluons,  Messieurs,  une  dernière  fois  le  nom  d'un  homme  grand 
par  le  cœur,  grand  par  son  intelligence  et  grand  surtout  par  la 
pureté  de  son  patriotisme. 

»  Voilà  Messieurs ,  nos  pertes  directes  et  indirectes.  Consacrer 


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quelques  mots  à  leur  mémoire ,  c'est  remplir  un  pieux  devoir  ; 
c'est  satisfaire  au  culte  des  morts,  ce  besoin  incessant  de  l'àme 
et  du  cœur  ;  c'est  enfin ,  au  nom  de  la  Société ,  donner  à  leurs 
familles  si  justement  attristées  un  témoignage  public  de  notre 
affection  et  de  notre  sympathie. 

1)  Je  termine,  Mesdames  et  Messieurs,  cette  causerie  beaucoup 
trop  longue,  pour  vous  tous  qui  avez  hâte  d'entendre  des  orateurs 
plus  profonds  et  d'un  mérite  devant  lequel  je  m'efface.  Je  sais 
que  chaque  instant  dont  j'abuse  est  un  vol  fait  à  votre  plaisir, 
mais  avant  de  céder  à  votre  juste  impatience ,  j'ai  un  devoir  de 
Président  à  remplir  et  une  dette  de  cœur  à  satisfaire. 

»  La  Société,  dont  je  suis  keureux  d'être,  en  ce  moment,  l'inter- 
prète, prie  M.  le  Sous-Préfet,  qui  daigne  doublement  nous  honorer, 
et  par  sa  présence,  et  comme  représentant  ici  le  premier  Adminis- 
trateur du  département,  d'agréer  l'hommage  de  la  plus  vive  grati- 
tude. Nous  ne  saurions  oublier  que,  grâce  à  la  bienveillance  de  M .  le 
Préfet,  nos  premiers  pas  ont  été  rendus  plus  faciles.  L'intérêt  que 
porte  cet  Administrateur  à  tout  ce  qui  peut  être  utile,  à  tout  ce 
qui  peut  contribuer  au  progrès  du  savoir  dans  le  département, 
nous  permet  de  compter  toujours  sur  son  bienveillant  appui. 

»  Qu'il  me,  soit  permis  ,  Messieurs ,  de  confondre  dans  le  même 
remercîment  MM.  les  Députés,  les  Membres  du  Conseil  général 
et  ceux  des  Conseils  d'Arrondissements.  Leur  concours  empressé 
n'a  jamais  fait  défaut  à  aucune  des  réunions  des  Sociétés  utiles  au 
pays,  leur  présence  est  pour  elles  un  puissant  encouragement  ; 
qu'ils  veuillent  bien  aussi  recevoir  de  la  Société  d'Archéologie, 
Sciences,  Lettres  et  Arts  la  part  de  reconnaissance  à  laquelle  ils 
ont  tant  de  droits. 

»  Monsieur  le  Maire,  la  Société  vous  prie  de  faire  agréera 
MM.  vos  Adjoints  et  à  tous  les  Membres  du  Conseil  municipal 
de  la  ville  de  Provins,  l'expression  de  sa  gratitude  pour  leur  gra- 
cieuse hospitalité,  et  permettez-moi  devons  répéter  les  paroles 
de  Tacite  en  parlant  des  Germains  :  Convictibus  hospitiis  non  alla 
gens  effusius  indulget. 

»  i\Iille  remercîments  sont  dus  aux  dames  que  je  vois  figurer 
ici  et  qui  ont  bien  voulu,  parleur  présence,  embellir  cette  enceinte. 
Opoix,  dans  son  histoire,  nous  dit  que  Provins  fut  dans  un  temps 
reculé  un  petit  Paris  pour  le  luxe,  l'élégance,  l'urbanité,  les 
lettres,  et  que  cette  ville  conserva  toujours  un  certain  renom  pour 
son  beau  sexe.  S'il  y  a  six  ou  sept  cents  ans,  ajoute  cet  auteur, 
que  les  Provinoises  ont  cessé  d'être  les  plus  élégantes,  on  doit 


—  19  — 

juger  par  celles  de  nos  jours  qu'elles  n'ont  jamais  cessé  d'être  les 
plus  aimables.  Vous  voyez  également,  Messieurs,  que  rien  n'est 
changé  et  que  ce  qui  était  vrai  jadis  l'est  encore  aujourd'hui. 

»  Je  voudrais  aussi  remercier  M.  le  Principal  du  collège,  qui  a 
gracieusement  mis  cette  salle  à  notre  disposition;  les  Elèves  musi- 
ciens, l'Orphéon  et  son  digne  Chef,  ainsi  que  tous  mes  Auditeurs, 
mais  les  mots  me  manquent  pour  exprimer  dignement  mes  senti- 
ments de  gratitude  pour  l'honneur  qu'ils  nous  ont  fait  en  répon- 
dant à  notre  invitation,  et  surtout  pour  la  patience  avec  laquelle 
on  a  daigné  écouter  mes  paroles.  » 

M.  Onfroy  de  Bréville,  Sous-Préfet  de  l'arrondissement  de  Pro- 
vins, demande  ensuite  la  parole  et  termine  une  charmante  impro- 
visation par  ces  mots,  que  M.  le  Secrétaire  général  a  été  assez 
heureux  de  recueillir  : 

c  Le  mouvement  de  décentralisation  se  développe  chaque  jour; 
à  vous ,  Messieurs,  de  le  couronner  en  ajoutant  le  charme  des 
arts  au  doux  bien-être ,  au  progrès  moral  et  matériel  de  la  vie  de 
province. 

»  Rappelez-vous  ce  glorieux  temps  où  notre  ville  voyait  fleurir 
dans  son  sein  une  si  opulente  et  si  nombreuse  population;  mesu- 
rez l'étendue  des  remparts  qu'élevaient  ses  habitants  riches  et  labo- 
rieux. Voyez  l'art  éclairé  qui,  dès  le  moyen-âge,  l'avait  dotée  d'u- 
sines dont  la  réputation  était  tellement  répandue ,  qu'on  a  voulu 
en  voir  l'emblème  sur  les  monnaies  les  mieux  accréditées;  suivez  , 
enfin,  ce  souffle  ardent  et  poétique  qui ,  sous  Thibaut-le-Ghanson- 
nier,  résonnait  dans  cette  enceinte ,  et  qui  inspire  encore  de  nos 
jours,  sous  les  ombrages  de  la  ville-haute,  une  voix  harmonieuse 
et  illustre,  et  dites  si,  dans  les  temps  qui  ont  précédé  le  nôtre, 
comme  aujourd'hui,  Provins  n'avait  pas  des  titres  particuliers  à 
vous  recevoir. 

0  Pardonnez-moi ,  Messieurs  ,  d'avoir  suspendu  pour  quelques 
moments  le  cours  de  vos  travaux  et  le  charme  de  votre  séance.  En 
écrivant  ces  lignes,  au  milieu  d'autres  occupations  dont  malheureu- 
sement elles  portent  la  trace,  je  voulais  qu'elles  fussent  l'expres- 
sion de  ma  reconnaissance  pour  l'honneur  qui  m'était  accordé. 

»  M.  le  Préfet,  retenu  loin  de  nous  par  d'impérieux  devoirs, 
m'avait  chargé  de  vous  exprimer  l'intérêt  qu'il  porte  à  vos  travaux, 
et  son  regret  de  ne  pouvoir  y  prendre  part  ;  et  je  tenais,  au  nom 
de  Provins ,  à  vous  souhaiter  la  bienvenue,  à  vous,  qui  venez 


—  20  — 

raviver  les  richesses  enfouies  de  la  province,  et  dont  la  voix  va 
évoquer  les  souvenirs  qui  hantent  nos  vieux  monuments. 

»  Je  voulais  aussi  que  cet  Arrondissement,  de  mœurs  si  douces 
et  si  sages,  où  les  relations  sont  si  agréables  et  si  sûres,  sût  qu'en 
me  faisant  le  défenseur  de  la  vie  de  province,  j'obéissais  à  une  con- 
viction personnelle  que  In  bienveillance  de  ses  habitants  a  créée  chez 
moi.  Si  ce  sentiment  a  été  compris,  J'aurai  vivement  à  m'applaudir 
d'être  venu  siéger  parmi  vous,  Messieurs;  vous  m'aurez  offert 
ainsi  l'occasion  dédire  une  lois  ce  que  je  suis  si  heureux  de  témoi- 
gnerchaque  jour.  » 

La  parole  est  accordée  à  M.  le  comte  d'Harcourt,  président  de 
la  Section  de  Provins. 

((  Messieurs, 

u  A  votre  dernière  séance  générale  du  mois  d'octobre,  la  section 
de  Provins  était  la  seule  qui  ne  fût  pas  encore  tout  à  fait  consti- 
tuée; depuis  lors,  elle  a  complété  son  organisation  ,  nommé  son 
bureau,  -^t  elle  a  bien  voulu  me  charger  de  la  présider.  C'est  donc 
à  moi  que  se  trouve  dévolu  l'honneur  de  vous  souhaiter,  au  nom 
de  la  Section  de  Provins,  la  bienvenue  que  M.  le  Sous-Préfet  vous 
souhaitait  tout  à  l'heure  au  nom  de  l'administration.  Je  suis  heu- 
reux. Messieurs,  d'avoir  h  m'acquitter  de  ce  devoir.  La  Section  de 
Provins  se  félicite  d'être,  après  celle  de  Melun,  la  première  h  vous 
recevoir.  La  ville  de  Provins  possède  ce  qui  semble  nécessaire 
pour  faire  à  une  Société  comme  la  vôLre  l'accueil  qui  lui  convient  le 
mieux  :  elle  a  son  cortège  d'anciens  souvenirs  et  sa  parure  de 
vieilles  ruines.  La  science  et  la  poésie  ont  célébré  les  monuments 
qui  vous  entourent;  ils  ont  été  décrits  par  dos  érudits  trop  connus 
ici  pour  que  j'aie  besoin  de  les  citer;  ils  ont  inspiré  de  belles  stro- 
phes à  Hégésippe  Moreau,  dont  MM.  les  orphéonistes  de  Provins 
ont  eu  l'heuseuse  idée  d'associer  lo  nom  à  cette  réunion,  souve- 
nir qui,  en  effet,  se  rattache  à  tout  ce  qui  concerne  sa  ville  d'a- 
doption et  dont,  à  ce  litre,  vous  ne  trouverez  peut-être  pas  hors  de 
propos  que  je  vous  entretienne  un  instant. 

Dans  la  courte  carrière  qui  lui  a  été  départie,  Moreau  a  eu  de 
bonnes  et  de  mauvaises  inspirations:  je  m'occuperai  seulement  des 
premières;  il  serait  trop  long  d'examiner  devant  vous  par  quelle 
combinaison  de  circonstances ,  Moreau  fut  amené  à  des  excès  de 
polémique,  à  des  vivacités  déclamatoires  que  l'âge,  l'expérience,  la 
connaissance  des  choses  auraient  probablement   tempérés,   s'il 


—  21  — 

avait  vécu  davantage.  Je  ne  veux  indiquer  que  celles  de  ses  œu- 
vres qui  ont  obtenu  et  qui  méritent  l'approbation,  l'assentiment 
de  tous. 
Son  début  poétique  est  un  hommage  à  la  ville  où  il  a  été  élevé  : 

J'aime  Provins;  j'aime  ses  vieilles  tombes 
Où  les  amours  vont  chercher  des  abris; 
Ces  murs  déserts  qu'habitent  les  colombes 
Et  dont  mes  pas  font  trembler  les  débris. 
Là  je  m'assieds  rêveur,  et  dans  l'espace 
Je  suis  des  yeux  les  nuag-es  flottants, 
L'oiseau  qui  vole  et  la  femme  qui  passe  : 
J'ai  dix-huit  ans. 

L'âge  des  rêveries  est  également  celui  des  illusions.  Moreau  , 
croyant  voir  s'ouvrir  devant  lui  des  horizons  de  gloire  et  de  for- 
tune, partit  pour  Paris.  Il  écrivit  pendant  plusieurs  années  dans 
des  journaux  consacrés  aux  entants ,  dans  des  recueils  destinés 
aux  jeunes  personnes.  On  trouve  là  ses  meilleures  et  ses  plus  char- 
mantes productions.  Ces  recueils  ,  au  reste ,  sont  d'ordinaire  une 
excellente  école  pour  tout  le  monde.  Les  écrivains  qui  y  insèrent 
,  des  articles  croient  travailler  h  l'éducation  de  la  jeunesse,  et  c'est 
au  contraire  ce  jeune  auditoire,  ce  jeune  public,  qui  fait  souvent 
l'éducation  des  écrivains,  qui  les  force  à  réprimer  les  écarts  de  leur 
imagination,  qui  donne  à  leur  talent  quelque  chose  de  contenu  et 
do  châtié,  qui  les  habitue  à  creuser  d'autant  plus  leur  sujet  que  le 
nombre  des  sujets  abordables  est  plus  restreint. 

Ce  milieu  littéraire  convenait  au  genre  d'esprit  de  Moreau  ;  il 
conte  avec  verve  et  entrain,  comme  le  montrent  les  premières 
lignes  d'un  gracieux  opuscule,  le  Gui  de  C/iène  : 

((  Un  jour,  la  date  précise  m'échappe  ,  mais  c'était  deux  ansi  en- 
»  viron  après  la  mort  d'Hercule,  il  y  avait  grande  foule  et  grand 
))  bruit  à  Delphes.  Ce  jour  était  le  dernier  des  jeux  Pythienset, 
»  chose  inouie,  les  luttes  et  les  courses  expiraient  sans  spectateurs, 
B  les  athlètes  et  les  cochers  triomphaient  inconnus ,  et  Ton  dit 
»  même  que  le  poète  Simonide  qui  chantait  alors  en  plein  vent  la 
»  gloire  de  je  ne  sais  quel  cheval,  n'eut,  ou  peut  s'en  faut,  que  son 
»  héros  pour  auditeur.  » 

Moreau  excelle  aussi  h  renfermer  dans  un  cadre  agréable  et 
ingénieux  des  leçons  de  moralité;  nous  extrayons  un  passage 
d'une  de  ses  plus  jolies  historiettes,  celle  de  lu  Fée  Angelina , 
transformée  en  souris  blanche  et  reléguée  au  château  du  Plessis- 
1  es-Tours  : 


22  

«  Angelina  fut  quelque  temps  indécise  :  rossignol,  elle  eût  chanté 
->  sous  la  fenêtre  de  la  jeune  fille  qui  veille  et  qui  travaille  au  che- 
»  vet  de  sa  mère  malade;  rouge-gorge,  elle  eût  donné  la  sépulture, 
')  sous  des  feuilles,  aux  enfants  égarés  et  morts  dans  les  bois  ;  chien 
»  d'aveugle,  elle  eût  présenté  Taumonière  avec  une  grâce  capable 
»  de  toucher  le  cœur  le  plus  dur  et  d'ouvrir  la  main  la  plus  avare; 
»  mais  le  privilège  exclusif  de  pénétrer  dans  les  greniers  et  les 
»  prisons  la  tentait  surtout  et  la  décida.  Et  voilà  comme  quoi  la 
I)  fée  des  pleurs  fut  changée  en  blanche  sourette,  et  c'est  ainsi 
')  qu'elle  se  promenait  depuis  99  ans,  et  plus,  du  palais  à  la  prison 
«  (deux  prisons  bien  souvent),  et  de  douleur  en  douleur,  rongeant 
»  sans  pitié  tous  les  mauvais  livres  (  on  n'en  voit  plus  de  ces  sou- 
»  ris-là),  et  grignotant  parfois  des  arrêts  de  mort  jusque  dans  les 
»  poches  de  Tristan.  » 

Tout  cela  perd  naturellement  beaucoup  a  être  donne  par  frag- 
ments. Les  Contes  à  ma  Sœur,  pour  être  estimés  à  leur  véritable 
valeur  demandent  à  être  lus  d'un  bout  à  l'autre.  On  sent,  à  cette 
lecture,  que  l'écrivain  marche  pleinement  dans  la  voie  que  ses  dis- 
positions naturelles  lui  ont  tracée,.  On  éprouve  une  impression 
toute  contraire  quand  on  le  voit  traiter  des  matières  d'un  ordre 
tout  à  fait  élevé ,  s'avancer  sur  le  terrain  politique,  appeler  les 
gouvernements  à  sa  barre,  indiquer  aux  peuples  leurs  droits,  aux 
souverains  leurs  devoirs,  aux  prétendants  leur  ligne  de  conduite  ; 
réformer  les  arrêts  des  académies,  apprécier  les  doctrines  théolo- 
giques de  Bossuet,  gourmander  le  Vatican.  Son  style  alors  prend 
quelque  chose  de  heurté,  l'expression  ne  correspond  plus  d'une 
manière  exacte  à  l'idée,  le  mot  est  rarement  à  sa  place  ;  derrière 
l'invective  on  reconnaît  l'effort.  L'accumulation  des  cpithètes, 
l'étrangeté  des  images,  semblent  avoir  pour  but  de  masquer  une 
certaine  indigence  d'arguments.  Moreau  est  bien  plus  lui-même 
dans  ces  récits  piquants  oîi  l'enseignement  se  déguise  sous  les  de- 
hors du  roman  et  où  la  légèreté  n'exclut  pas  de  temps  à  autre  la 
profondeur. 

11  y  a  deux  cas  où  Moreau  donne  la  mesure  complète  de  ses 
aptitudes  :  quand  il  parle  pour  la  jeunesse  et  quand  il  demande 
ses  inspirations  à  la  vie  des  champs.  L'agriculture  a  été  l'objet  de 
bien  des  églogues  ;  c'est  une  source  à  laquelle  beaucoup  de  poètes 
ont  puisé  et  qui  est  loin  d'être  tarie  ;  Moreau  a  toujours  gagné  à  y 
revenir.  Comme  ce  personnage  de  la  Mythologie  qui  se  ranimait  en 
touchant  la  terre,  le  poëte  semble  retrouver  une  nouvelle  vigueur 
en  touchant  au  sol,  aux  prairies,  aux  spectacles  et  aux  incidents 


—  23  — 

de  l'existence  pastorale.  Les  scènes  de  la  campagne  n'étaient 
pas  pour  Moreau  un  thème  de  convention  ;  elles  lui  rappelaient 
ses  meilleurs  moments.  Orphelin  de  bonne  heure,  il  avait  reçu  le 
plus  cordial  accueil  dans  une  famille  qui  habitait  les  environs  de 
Provins  ;  il  s'était  particulièrement  attaché  à  une  personne  un  peu 
plus  âgée  que  lui,  qu'il  appelait  sa  sœur,  à  laquelle  il  a  toujours 
voué  le  sentiment  le  plus  tendre  et  le  plus  respectueux.  C'est  à  elle 
qu'il  a  dédié  ses  contes,  à  elle  qu'il  adressait  tous  ses  rêves 
d'avenir. 

Nous  ne  feronSj  ma  sœur,  qu'une  gloire  à  nous  deux  ! 

A  elle  enfin,  qu'il  fait  dans  une  de  ses  épitres,  cette  allusion 
pleine  de  grâce  et  de  délicatesse  : 

Lisant  Rousseau  qu'aiment  tous  les  poètes, 
Là,  j'ai  coulé  peu  de  jours  bien  remplis. 
Mais  sans  remords,  j'ai  quitté  mes  Charmetlcs; 
L'air  en  est  pur,  ma  pervenche  est  un  lis. 

Ces  Charmettes  dont  le  souvenir  n'importunait  aucune  cons- 
cience ont  toujours  heureusement  inspiré  Moreau  :  les  pièces  de 
vers  intitulées  la  Fermière  et  la  Voulzie,  resteront  certainement  au 
nombre  des  plus  gracieuses  idylles  qui  aient  été  écrites  dans  notre 
langue.  J'en  citerai  seulement  trois  vers  parce  qu'ils  me  parais- 
sent refléter  d'une  manière  assez  exacte  l'ordre  d'idées  mélancoli- 
ques dont  Moreau  s'entretenait  habituellement  : 

Quand  j'émiettais  mon  pain  à  l'oiseau  du  rivage. 
L'onde  semblait  me  dire  espère,  aux  mauvais  jours 
Dieu  te  rendra  ton  pain  :  Dieu  me  le  doit  toujours  ! 

Quelques  mois  après  la  publication  de  l'ode  à  la  Voulzie,  Mo- 
reau succombait  à  la  maladie  qui  le  minait,  et  franchissait  cette 
barrière  au-delà  de  laquelle  les  compensations  s'établissent. 

Ses  œuvres  avaient  donné  lieu,  quand  elles  parurent,  à  une  po- 
lémique très-vive  et  bien  oubliée  aujourd'hui.  La  meilleure  por- 
tion de  ses  écrits  est  loin  d'avoir  été  la  plus  retentissante.  Au  mo- 
ment où  ses  vers  furent  édités  pour  ]a  première  fois,  on  pensa 
beaucoup  moins  à  ce  qu'ils  valaient  qu'au  drapeau  sous  lequel 
l'auteur  se  rangeait.  Son  nom  devint  une  arme  entre  les  mains 
des  partis.  Pendant  que  les  uns  critiquaient  avec  emportement 
im  écrivain   dont  le  langage  froissait  leurs  convictions,  d'autres 


—  2i  — 

s'emparaient  de  cette  existence  déclassée  pour  en  faire  un  thème 
d'attaque  contre  l'ordre  social  tout  entier.  Un  journal  qui  jouait 
alors  un  rôle  important,  le  National,  se  distingua  par  la  violence 
de  ses  récriminations  : 

((  Société,  s'écriait-il,  te  voilà  prévenue,  il  y  a  là  un  poëte....  je 
(i  cherche  vainement  parmi  les  anciens  quel  pourrait  être  l'auteur 
((  de  ces  vers.  L'auteur  n'est  pas  de  ceux  qui  louent  les  cathédrales , 
«  ni  de  ceux  qui  célèbrent  les  palais;  il  appartient  à  l'avenir  et  non 
«  au  passé  !  Plébéien  comme  Tyrtée  qui  portait  sa  lyre  en  avant 
«  et  non  à  reculons....  il  nous  faut  découvrir  et  montrer  ce  talent 
«  brut;  il  faut  faire  imprimer  les  chants  de  ce  rapsode  du  peuple, 
<i  de  ce  Tasse  moderne  que  récitent  les  lazzaroni  parisiens.  <> 

Mais  la  société  restait  sourde  aux  sommations  du  National; 
Moreau  ne  trouvait  dans  cette  bruyante  mise  en  scène  qu'une 
stérile  satisfaction  d'amour-propre  ;  il  entrait  au  mois  de  novem- 
bre 1838,  à  l'hôpital  de  la  Charité,  et  terminait,  à  l'âge  de  28  ans, 
en  recevant  les  secours  de  la  religion,  une  vie  qui  avait  été  mêlée 
d'assez  d'amertumes  pour  mériter  un  dénouement  chrétien. 

Si  nous  jetons  (maintenant  que  cette  agitation  factice  autour 
des  satires  de  Moreau  est  depuis  longtemps  calmée)  un  rapide 
coup  d'oeil  sur  l'ensemble  de  sa  carrière,  nous  remarquons  que 
beaucoup  de  circonstances,  indépendantes  jusqu'à  un  certain  point 
de  son  talent,  mais  inséparables  de  son  nom,  donnent  à  sa  figure 
un  caractère  de  touchante  solennité.  Un  des  vieux  préceptes  de 
l'art  poétique  est  celui-ci  : 

Pour  me  tirer  des  pleurs,  il  faut  que  vous  pleuriez. 

Eh  bien,  Moreau  a  rempli  cette  condition.  Il  n'a  pas  compté 
parmi  ces  littérateurs  arrivés  au  premier  rang,  pour  qui  les  tra- 
verses ou  les  épreuves  sont  un  épisode  de  jeunesse;  il  a  eu  une 
fin  prématurée  après  une  vie  de  privations,  et  pour  peindre  ces 
privations  il  a  rencontré  parfois  l'accent  vrai  et  éloquent.  Ses 
plaintes  ont  évidemment  vibré  à  l'unisson  de  beaucoup  d'autres, 
et  trouvé  de  nombreux  échos.  On  dit,  à  la  vérité,  que  les  maux 
contre  lesquels  il  s'élève,  sont  de  ceux  que  tous  les  efforts  des 
hommes  doivent  tendre  à  adoucir,  mais  qu'il  n'est  pas  en  Icnr 
pouvoir  de  laire  disparaître.  Rien  n'est  plus  exact  et  on  ne  saurait 
trop  le  répéter.  Toutefois,  la  portion  souffrante  de  l'humanité  est 
mauvaise  logicienne  ,  et  tend  plus  volontiers  l'oreille  au  cri  de 
l'affligé  qu'aux  arguments  les  plus  irréfutables  ;  elle  connaît  la 


—  25  — 

note  de  l'angoisse,  tressaille  quand  elle  l'entend,  et  garde  à  celui 
qui  la  donne  une  place  dans  son  souvenir.  Un  des  beaux  côtés  de 
la  poésie,  c'est  qu'elle  sympathise  instinctivement  avec  le  malheur; 
elle  ne  s'informe  pas  s'il  est  mérité  ou  immérité;  elle  ne  lui  ré- 
clame pas  son  certificat  d'origine.  Et  cela  sur  un  grand  théâtre 
comme  sur  un  petit  :  Nous  la  voyons  souvent  dans  l'histoire  épou- 
ser la  cause  du  faible,  s'éprendre  du  vaincu  et  lui  offrir  ses  faveurs 
on  dédommagement  de  la  défaite  ;  toutes  les  fois  que,  dans  le  cours 
des  âges,  une  race  s'est  crue  opprimée,  elle  a  demandé  à  la  poésie 
de  bercer  ses  douleurs.  De  même,  sur  un  petit  théâtre,  au  milieu 
du  choc  dos  passions  et  des  événements  de  la  vie  Journalière,  dans 
cette  grande  mêlée  des  intérêts  privés,  qui  a  aussi  ses  épisodes 
tragiques,  la  poésie  se  tourne  volontiers  vers  les  bltssés  et  leur 
sert  de  porte-voix.  Hégésippe  Moreau  a  chanté  la  douleur  en 
homme  qui  la  connaît,  en  pogte  qui  sait  la  traduire  ;  il  a  été  un  de 
ces  écrivains  dont  le  nom  et  les  infortunes  arrivent  peu  à  peu  à 
l'état  légendaire ,  et  dont  la  postérité  passe  sous  silence  les  mau- 
vaises pages  pour  ne  plus  laisser  en  lumière  que  leurs  inspira- 
tions les  meilleures. 

Je  ne  crois  pas,  Messieurs,  avoir  mélangé  deux  ordres  d'idées 
tout  à  fait  dissemblables  en  vous  parlant  de  poésie  à  propos  d'ar- 
chéologie ;  elles  ont  ensemble  plus  d'un  point  commun  :  le  culte 
des  vieux  souvenirs  partage  avec  les  accents  des  poètes  le  noble 
privilège  d'arracher  les  esprits  aux  préoccupations  de  chaque  jour 
pour  les  emporter  vers  des  régions  plus  sereines.  N'y  a-t-il  pas 
une  sorte  de  poésie  sévère  à  vivre  ordinairement  face  à  face  avec 
le  passé  du  pays  qu'on  habite,  à  étudier,  à  défendre  avec  un  soin 
jaloux  les  débris  qui  nous  en  restent,  à  entretenir  la  mémoire  d(; 
ces  célébrités  provinciales  que  le  mouvement  de  centralisation 
menace  toujours  d'amoindrir  ou  d'éliminer,  à  sauver  en  un  mot, 
autant  que  cela  est  possible,  les  hommes  de  l'oubli  et  les  choses 
de  la  destruction?...)) 

Après  ce  discours  vivement  applaudi,  on  entend  la  lecture  des 
divers  mémoires  inscrits  à  l'ordre  du  jour  : 

M.  BnÉAN,  ingénieur  à  Gien,  membre  correspondant,  lit  sur 
les  Races  et  les  Origines  des  Gaulois  primitifs,  un  chapitre  inédit  de 
son  Histoire  populaire  de  la  Gaule. 

La  découverte  récente  d'un  menhir  dans  le  territoire  de  Saint- 
Uricc,  près  Provins,  fait  l'objet  de  la  part  de  M.  Victor  Plessier 
(section  de  Coulommiers),  d'une  intéressante  communication; 


—  26  — 

M.  Fontaine  (section  de  Melun)  donne  la  traduction  libre,  en 
vers  français,  d'une  ode  do  Sapho,  sous  le  titre  de  La  Rose  de 
Provins  ; 

M.  Louis  Leguay  (section  de  Mclun)  entre  dans  de  savantes 
observations  archéologiques  à  propos  d'une  pierre  à  polir  les  silex 
trouvée  à  La  Varenne-St-Hilaire  ; 

M.  A.  Carro,  président  de  la  section  de  Meaux.  lit  un  mémoire 
intitulé  :  La  FeiHé-Milon  et  Racine  ; 

M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant  fait  part  à  l'assemblée  de 
la  lettre  suivante  qu'il  a  reçue  de  M.  le  Président  de  la  Société 
française  de  Numismatique  et  d'Archéologie  : 

Paris,  IZi  mai  18G5. 
0  Monsieur  le  Président , 

»  J'ai  l'honneur  de  vous  annoncer  que  ,  sur  ma  proposition,  la 
»  Société  française  de  Numismatique  et  d'Archéologie  vient  de 
»  décerner  à  M.  Burin,  instituteur  à  Saint-Just,  le  prix  consis- 
»  tant  en  une  médaille  d'argent  qu'elle  destinera  désormais,  cha- 
»  que  année,  à  la  personne  qui ,  habitant  une  localité  où  existent 
»  des  vestiges  anciens ,  aura  réuni  et  sauvé  de  la  destruction  la 
"  la  série  la  plus  intéressante  de  monnaies  et  d'objets  trouvés 
"  dans  cette  localité  et  pouvant  servir  à  son  histoire. 

»  La  Société  de  Numismatique,  heureuse  de  s'associer  aux  tra- 
»  vaux  et  aux  solennités  de  la  Société  d'Archéologie ,  Sciences, 
»  Lettres  et  Arts  de  Seine-et-Marne,  m'a  chargé  de  vous  prier, 
»  M.  le  Président,  de  vouloir  bien  décerner  vous-même  à 
»  M.  Burin,  dans  la  réunion  générale  du  2o  mai,  la  médaille 
»  qu'il  a  si  bien  méritée. 

1  Veuillez  agréer,  etc. 

»  Le  Président  de  la  Société  française  de 
Numismatique, 

*   Vicomte  de  Ponton  d'AMi':couuT.  » 

M.  de  Pontécoulant  prie  M.  le  Sous-Préfet  de  vouloir  bien 
décerner  cette  médaille  à  M.  Burin,  qui  est  un  de  ses  admi- 
nistrés :  ce  sera,  dit  le  Président,  un  honneur  de  plus  pour  cet 
instituteur. 

M.  le  Sous-Préfet  de  Provins,  en  remettant  à  M.  Burin,  au  nom 
de  la  Société  de  Numismatique,  et  au  milieu  des  applaudissements 
de  l'assemblée  ,  la  médaille  qui  lui  est  décernée  ,  fait  en  quelques 


—  27  — 

mots  l'éloge  de  ce  modeste  antiquaire,  qu'il  se  plaît  à  proclamer 
aussi  l'un  des  instituteurs  les  plus  distingués  de  son  arrondisse- 
ment. 

Le  cours  des  lectures  un  moment  interrompu  par  cet  agréable 
incident,  est  repris  par  M.  le  vicomte  do  Ponton  d'Amécourt  (sec- 
tion de  Meaux),  qui  donne  d'excellents  renseignements  sur  un  tiers 
de  sol  mérovingien  frappé  à  Lieusaint ,  rencontré  à  Provins  récem- 
ment, et  faisant  aujourd'hui  partie  de  sa  collection. 

Sous  ce  titre  :  La  tour  du  Bourreau  à  Provins,  M,  J.  Michelin, 
vice-président  de  la  section,  entre  dans  des  détails  fort  curieux  sur 
les  fonctions  et  les  droits  de  l'exécuteur  des  sentences  criminelles 
des  anciennes  juridictions  provinoises, 

M.  Félix  BouRQUELOT,  vice-président  de  la  Société,  lit  des 
fragments  d'un  travail  sur  le  sentiment  de  la  nature  au  moyen-uge. 

M.  l'abbé  Puyo,  doyen  de  Villiers-St-Georges  (section  de  Pro- 
vins), entretient  l'assemblée  des  monuments  celtiques  ,  et  spécia- 
lement d'une  pierre  druidique,  dite  la  Pieire  à  cent  têtes,  située 
dans  le  bois  de  Montaiguillon. 

M.  Th.  Lhuillier,  secrétaire-général,  dit  d'abord  en  l'absence 
et  au  nom  de  M.  Labiche  père,  (section  de  Melun),  une  poésie 
intitulée  Jîêver;  puis  il  termine  la  série  des  lectures  par  sa  notice 
sur  l'Erection  en  paroisse  de  l'église  Saint-Louis  de  Fontainebleau, 
où  est  mise  en  lumière  une  lettre  inédite  adressée,  à  ce  propos,  par 
Louis  XIV  à  l'archevêque  de  Sens. 

Enfin,  M.  le  Président,  avant  de  clore  la  séance,  remercie  vive- 
ment au  nom  de  la  Société,  de  leur  bienveillant  concours  ,  les  au- 
torités locales,  M.  Brunnin  ,  principal  du  collège ,  l'Orphéon  et 
AIM.  les  membres  composant  le  Bureau  de  la  section  de  Provins. 

A  5  heures  et  demie  la  séance  est  levée. 


—  ^8  — 


LISTE  DES  NOUVEAUX  MEiMBRES  TITULAIRES'. 


MM. 

M     Auberge  (Victor),  propriétaire  h  Melun. 

G     Bruère,  ingénieur  civil  à  Goulommiers. 

G     Garbonnier,  maire  d'Aulnoy. 

P    Gattel,  propriétaire  â  Provins. 

M    Ghapu  (Henri),  sculpteur,  rue  de  Lille,  52,  à  Paris. 

P    Ghaubard,  médecin  à  Donnemarie. 

M*  GiNOT  (Amynthe),  à  Saint-Martin-les-Voulangis. 

G     Gourcy  (le  comte  de),  maire  de  Nesles ,  membre  du  Gonseil 

général  et  président  de  la  Société  d'agriculture  de  Goulom- 

miers. 
P    Durvelle  (l'abbé),  curé  de  Vimpelles. 
M*  GiLQuiN,  négociant  à  la  Ferté-sous-Jouarre. 
M    Lefèvre,  architecte  à  Bric-Gomte-Robert. 
G     Lelou'P,  architecte  à  La  Houssaye. 
P    Marin,  architecte  à  Provins. 
P    Meunier,  maire  de  Provins. 
P    Mouleng,  médecin  à  Donnemarie. 
G     Mun  (le  marquis  de)  maire  de  Lumigny. 
P    Muret,  propriétaire,  maire  de  Noyen,  par  Bray-sur-Seine. 
P    PuYO  (l'abbé),  doyen  de  Villiers-St-Georges. 
P    Ravier,  clerc  de  notaire  à  Bray. 

P    Saint-Ghamant  (le  marquis  de)  à  Bouchy-le-Repos  (Marne). 
M   ToREL,  docteur-médecin  à  Bric-Gomte-Rnbert. 


(1)  Voir  la  litfe  dus  meiiibres  luudatcurs  dans  le  voliiine  de  186i.  —  Les  lettres 
C.  F.  M.  M*  et  P.  qui  précèdent  les  noms,  signilieiit  :  Section  de  Coulomraiers,  de 
Fontainebleau^  de  Melun,  de  Meaux  ou  de  Provins. 


29  


IJSTE  DES  MEMBRES  CORRESPONDANTS. 


MM. 

Bréan,  ingénieur  à  Gien  (Loiret). 

Broca,  professeur  à  l'école  de  médecine,  secrétaire  de  la  Société 
d'anthropologie,  à  Paris,  1,  rue  des  St- Pères. 

Canéto,  vicaix^e  général  du  diocèse  d'Auch,  directeur  de  la  revue 
archéoltgique  de  Gascogne. 

Gaml'zat  de  Vaugourdon,  membre  de  la  Société  académique  de 
l'Aube,  à  Troyes. 

Caumont  (de),  directeur  de  la  Société  Française  d'archéologie, 
à  Gaen. 

Ghabouillet,  conservateur-directeur  du  cabinet  des  médailles  à 
la  Bibliothèque  impériale,  secrétaire  du  Gomité  des  travaux 
historiques,  rue  Boursault,  n°  18,  à  Paris. 

Gharma,  secrétaire  de  la  Société  des  Antiquaires  do  Normandie, 
à  Gaen. 

Ghalvet,  docteur-médecin,  2o,  rue  des  Gravilliers,  Paris. 

GLAmEFOND,  négociant,  membre  de  plusieurs  sociétés  savantes, 
à  Moulins. 

GocHET  (l'abbé)  membre  correspondant  du  Gomité  des  travaux 
historiques,  inspecteur  des  monuments  historiques  de  la  Seine- 
Inférieure,  h  Dieppe. 

GoTTEAU,  juge  au  tribunal  d'Auxerre,  membre  de  la  Société  des 
sciences  historiques  de  l'Yonne. 

GouRMON,  directeur  de  l'administration  des  Beaux-Arts  au  mi- 
nistère de  la  maison  de  l'Empereur,  à  Paris,  rue  de  Berlin,  28. 

Du  Mesnil,  chef  de  division  au  Ministère  de  l'Instruction  publique. 

DuRAN,  architecte  du  gouvernement  et  des  monuments  diocé- 
sains, à  Tarbes. 

DuRUY  (Victor),  Ministre  de  l'Instruction  publique. 

DuRUY  (Anatole),  chef  du  cabinet  du  Ministre  de  l'Instruction 
publique. 

DusEVEL,  membre  du  Gomité  impérial  des  travaux  historiques, 
inspecteur  des  monuments  historiques  du  département  de  la 
Somme,  à  Doullens. 


—  30  — 

GiRARDOT,  (baron  de),  Secrétaire-général  de  la  Préfecture  delà 
Seine-Inférieure,  à  Nantes. 

Kastner  (Georges),  membre  de  l'Institut,  membre  de  l'Académie 
des  Beaux-Arts  de  Berlin,  rue  Boursault,  1  i,  à  Paris. 

Laine,  architecte  du  gouvernement,  professeur  à  Fécole  des 
Beaux-Arts,  10,  rue  Fontaine-St-Georges,  à  Paris. 

Lance,  architecte  du  gouvernement  chargé  des  diocèses  de  Sois- 
son  et  de  Sens,  7,  rue  Laval,  h  Paris. 

LoNGPÉRiER,  (Adrien  dej,  membre  de  l'Inslitut  et  conservateur 
du  musée  des  antiques  au  Louvre. 

Maître  ,  inspecteur  de  l'administration  des  postes ,  Al ,  rue 
d'Amsterdam,  à  Paris. 

Millet,  architecte  du  gouvernement  et  des  monuments  histo- 
riques de  Seine-et-Marne,  103,  rue  St-Lazare^  à  Paris. 

Mimey,  architecte,  à  Paris,  rue  Saint-Lazare,  n°  103. 

Paillard,  préfet  du  département  du  Puy-de-Dôme. 

PoNTÉcouLANT  (  Ic  Comte  Roger  de),  attaché  au  cabinet  du  Mi- 
nistre des  affaires  étrangères. 

Servau,  chef  de  bureau  au  ministère  de  l'instruction  publique, 
rue  du  Rocher,  à  Paris. 

Taillandier,  conseiller  à  la  cour  de  cassation,  rue  de  l'Univer- 
sité, 8,  à  Paris. 

Viollet-le-Duc,  inspecteur  général  des  édifices  diocésains,  rue 
Laval  prolongée,  à  Paris.. 


LISTE  DES  SOCIÉTÉS  CORRESPONDANTES. 


1.  La  Société  d'Anthropologie  de  Paris. 

2.  Le  Comité  Archéologique  de  Senlis  (Oise). 

3.  La  Société  française  d'Archéologie,  à  Caen. 

A.  Le  Comité  Impérial  des  travaux  historiques,  au  Ministère  de 

l'instruction  publique. 
o.  La    Société    Archéologique   de  l'arrondissement    d'Avesnes 

(Nord). 
G.  La  Société  Impériale  des  Antiquaires  de  France,  à  Paris. 
7.  La  Société  d'Agriculture,  Sciences  et  Arts  de  Poligny  (Jura). 


—  31  — 

8.  L'Académie  Impériale  des  Sciences,    Inscriptions  et   Belles- 

Lettres  de  Toulouse. 

9.  La  Société  Eduenne,  d'Autun. 

10.  La  Société  des  Antiquaires  de  Picardie,  à  Amiens. 

11.  La  Société  des  Antiquaires  de  Normandie,  à  Caen. 

12.  La  Commission  départementale  des  antiquités  de  la  Seinc-în- 

férieure,  à  Rouen . 

13.  La  Société  Académique,  des  Sciences,  Arts,  Belles-Lettres  et 

Agriculture  de  Saint-Quentin, 
li.  La  Société  académique  de  Maine-et-Loire,  à  Angers. 
lu.  La  Société  Archéologique  du  Vendômois,  à  Vendôme. 
1(3.  L'Académie  Impériale  des  Sciences,  Arts  et  Belles-Lettres  de 

Caen. 

17.  La  Société  Archéologique  d'Eure-et-Loir,  à.  Chartres. 

18.  La  Société  d'Archéologie  et  d'Histoire  de  la  Moselle,  à  Metz. 

19.  La  Société  Archéologique  de  l'Orléanais,  à  Orléans. 

20.  La  Société  d'études  d'Avallon  (Yonne). 

21.  La  Société  libre  d'Agriculture,  Sciences,  Arts  et  Belles-Lettres 

de  l'Eure,  à  Evreux. 

22.  Le  Comité  flamand  de  Flandre,  à  Lille. 

23.  La  Société  d'Agriculture  de  la  Haute-Saône,  à  Vesoul. 

24.  La  Société  Impériale  archéologique  du  Midi  de  la  France,  à 

Toulouse. 
23.  La  Commission  d'Archéologie  et  des  Sciences  historiques  du 

département  de  la  Haute-Saône,  à  Vesoul. 
20.  La  Société  Philomatique  de  Verdun  (Meuse). 

27.  La  Société  Française  de   numismatique  et  d'archéologie  ,  h 

Paris. 

28.  La  Société  d'Archéologie  parisienne,  à  Paris. 

29.  La  Société  d'Agriculture,  Sciences  et  Arts  de  Meaux. 

30.  La  Société  littéraire  et  musicale  de  Meaux. 

31 .  L'Académie  Impériale  des  Sciences ,  Belles-Lettres  et  Arts  de 

Rouen. 

32.  La  Société  pour  la  conservation  des  monuments  historiques 

d'Alsace,  à  Strasbourg. 

33.  La  Société  Littéraire  de  Strasbourg. 

34.  La  Société  d'Agriculture  de  Melun. 

33.  La  Société  libre  d'Agriculture,  Sciences  et  Arts  de  Provins. 
30.  La  Société  d'Agriculture  de  Coulommiers. 
37.  La  Société  académique  de  Brest. 


—  32  — 


PROCÈS-VEKBAUX  DES   SECTIONS. 


SECTION  DE  COULOMMIERS. 


SÉANCE  DU  29  JANVIER  1865. 
Présidence   de   M.   Anatole  DAUVERGNE. 

La  section  de  Goulommiers  s'est  réunie  dimanche  dernier,  à 
rhôtel-de-\'il]e,  pour  la  tenue  de  sa  séance  trimestrielle.  M.  le 
comte  Ad.  de  Pontécoulant,  président  de  la  Société,  s'était  rendu 
à  Goulommiers,  pour  assister  à  la  séance  et  entrer  en  communi- 
cation plus  intime  avec  les  membres  de  cette  Section. 

Après  l'adoption  du  procès- verbal  de  la  séance  précédente,  M. 
Anatole  Dauvergne,  président  de  la  Section,  donne  lecture  de  la 
correspondance  et  de  plusieurs  demandes  d'admission.  Ont  été 
admis  à  l'unanimité  : 

MM.    Carbonnier,  maire  d'Aulnoy  ; 

le  Marquis  de  Mun,  maire  de  Lumigny; 
Bruèro,  ingénieur  civil  à  Goulommiers; 
Leloup,  architecte  à  la  Houssaye; 

Ces  admissions  sont  renvoyées  au  Comité  central  pour  y  faire 
droit. 

M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant,  puis  M.  Anatole  Dauvergne, 
membre  du  Comité  impérial  des  travaux  historiques  et  des  So- 
ciétés savantes,  ont  donné,  tour  à  tour,  à  l'assemblée  des  détails 
sur  le  programme  des  lectures  do  mémoires,  qui  doivent  être  laites 
à  la  Snrbonne  pendant  les  séances  extraordinaires  du  Comité  im- 
périal dans  les  premiers  jours  d'avril  prochain,  par  les  délégués 
et  membres  des  Sociétés  savantes  des  départements. 

Une  commission  est  nommée  à  l'effet  d'organiser  pour  la  fin 
d'avril,  une  excursion  scientifique, et  archéologique  des  membres 
de  la  Société  sur  les  bords  de  la  Marne  et  du  Morin.  Les  églises 
de  Lagnyet  de  la  Chapelle-sur-Crécy,  la  cathédrale  de  Meaux,  la 
crypte  de  Jouarre,  l'un  des  monuments  les  plus  antiques  de  la 
France,  fourniraient  les  études  principales  de  cette  exploration. 


—  sa- 
une autre  commission  est  chargée  d'examiner  le  projet  pré- 
senté par  M.  Desprez,  à  la  Section  de  Melun,  d'un  Répertoire  ar- 
chéologique du  département. 

M.  V.  Plessier,  de  La  Ferté-Gaucher ,  lit  une  notice  sur  la 
formation  simultanée  du  plateau  et  des  vallées  de  la  Brie.  Cet  inté- 
ressant travail  est  renvoyé  au  Comité  central. 

La  séance  se  termine  par  une  discussion,  à  laquelle  plusieurs 
membres  prennent  part,  sur  les  lectures  et  conférences  du  soir.  — 
Aucune  décision  n'est  votée  à  ce  sujet. 


SÉANCE    DE    LA    COMMISSION    DES    CONFÉRENCES    ET    LECTURES 

PUBLIQUES, 

Tenue  à  Coulommiers  le  \*è  décembre  186-4. 

Les  membres  de  la  Commission  désignée  par  le  Président  de  la 
Société,  pour  la  formation  de  conférences  et  de  lectures  publiques, 
se  sont  réunis,  à  trois  heures,  le  lundi  19  décembre  1864,  dans 
une  salle  de  l'hôtel-de-ville  de  Coulommiers. 

La  commission  se  composait  de  MM.  Anatole  Dauvergne,  pré- 
sident de  la  section  ;  —  Josseau,  président  de  la  commission  ;  — 
Despommiers; —  vicomte d'AvÈNE; —  Ludovic  de  Maussion;  — 
F.  Ogier  DE  Baulny,  secrétaire. 

M.  Josseau  a  ouvert  la  séance  par  la  lecture  de  la  lettre  de 
M.  le  comte  de  Pontécoulant  et  de  la  circulaire  de  M.  le  Ministre 
de  l'Instruction  publique.  La  commission  a  reconnu  l'utilité  des 
conférences  et  des  lectures  publiques,  et,  après  une  courte  déli- 
bération, elle  a  pris  les  décisions  suivantes  : 

Art.  1".  —  Des  conférences  et  lectures  publiques  seront  faites 
par  des  membres  de  la  Société  d'Archéologie  de  Seine-et-Marne; 
et,  à  défaut  de  membres  de  la  Société,  par  des  personnes  étran- 
gères, avec  l'assentiment  de  la  commission. 

Art.  2.  —  Les  sujets  des  conférences  et  des  lectures  publiques 
seront  communiqués  à  la  commission  quinze  jours  d'avance. 

Art.  3.  —  Les  conférences  et  les  lectures  publiques  auront  lieu 
au  moins  une  fois  par  mois,  le  samedi  soir,  de  8  heures  à  10 
heures,  dans  une  salle  de  l'hôtel-de-ville  de  Coulommiers. 

Art.  4.  —  La  commission  accepte  avec  empressement  l'offre 
faite  par  M.  le  comte  de  Pontécoulant  de  venir  ouvrir  les  con- 
férences de  la  section  de  Coulommiers. 

Après  ces  décisions,  M.  Josseau,  président  de  la  commission, 
lève  la  séance. 

3 


—  34  — 


SECTION  DE  FONTAINEBLEAU. 


SÉANCE  DU  31  JANVIER  1865. 
Présidence  de  M.  DA  VID. 

Communication  par  le  président  d'un  projet  présenté  par 
M.  Desprez,  de  Melun,  consistant  à  classer  et  inventorier  les 
monuments  historiques  du  département.  Ce  travail  qui  peut  se 
confondre  avec  la  statistique  proposée  par  M.  David,  aurait  pour 
résultat  de  doubler  les  frais  que  cette  dernière  nécessiterait. 

L'assemblée  consultée,  vote  l'ajournement. 


SÉANCE  DU  27  MARS  1865. 
Présidence  de  M.  DA  VID. 

M.  le  Président  communique  à  la  réunion  une  note  relative  à  la 
fondation  d'une  nouvelle  Société  à  Fontainebleau  ;  elle  a  pour 
objet  de  dissiper  les  craintes  que  pourrait  faire  naître  une  société 
rivale.  Les  deux  Sociétés  sont  appelées  à  se  livrer,  sans  se  nuire, 
à  des  travaux  particuliers. 

Circulaire  de  M.  de  Caumont,  relative  au  questionnaire  qui  sera 
soumis  au  congrès  des  délégués  des  sociétés  savantes  pendant 
l'année  1865. 

M.  Huguenet,  ayant  donné  sa  démission  de  secrétaire,  M.  Ta- 
bouret est  désigné  pour  le  remplacer.  M.  Bourges,  prend,  à  la 
majorité  des  voix,  les  fonctions  de  trésorier  au  lieu  et  place  de 
M.  Voron,  démissionnaire. 


SÉANCE  DU  15  MAI  1865. 

Présidence  de  M.  DA  VID. 
Présence  de  M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant,  président  de  la 


—  35  — 

Société  générale,  qui  expose  la  situation  de  la  Société.  En  l'ab- 
sence de  M.  Tabouret,  qui  devait  lire  un  mémoire  sur  les  mariages 
arabes,  M.  Beauvilliers  lit  une  Etude  sur  la  Bible  de  l'humanité, 
par  Michelet.  —  M.  de  Pontécoulant  dans  une  fantaisie  sur  une 
découverte  archéologique  apprécie  le  culte  druidique. 

M.  David,  Président  de  la  Section,  propose  M.  l'abbé  Carlier, 
de  la  Société  archéologique  de  Sens,  comme  correspondant  et 
déclare  que  la  seconde  assemblée  générale  se  tiendra  à  Fontaine- 
bleau en  octobre  prochain.  M.  de  Pontécoulant  remercie,  au  nom 
du  comité  central,  M.  Huguenet,  secrétaire  démissionnaire. 


SÉANCE  DU  iO  JUIN  1865. 
Présidence  de  M.  DA  VID. 

Le  bureau  fera  une  circulaire  sur  la  cotisation  et  la  position 
des  titulaires  de  la  Section.  —  Questionnaire  communiqué,  des 
articles  y  sont  ajoutés.  —  Lecture  d'un  mémoire  sur  les  mariages 
arabes,  par  M.  Tabouret;  l'impression  au  bulletin  en  est  votée  à 
l'unanimité. 


SECTION  DE  MEAUX. 


SÉANCE  DU  6  FÉVRIER  1865. 
Présidence  de  M.  CARRO  père. 

La  Société  entend  la  lecture  d'un  rapport  de  M.  de  Colombel, 
sur  le  projet  d'établissement  d'un  Musée  à  Meaux.  Après  une  ap- 
probation unanime  donnée  à  ce  rapport,  M.  de  Colombel  est 
chargé  de  la  rédaction  d'une  lettre  à  l'autorité  municipale,  où  se- 
ront énoncés  les  motifs  qui  militent  en  faveur  de  ce  projet,  et 
quelques  propositions  relatives  à  son  exécution. 

M.  le  docteur  Leroy  dépose  sur  le  bureau  des  ossements  fossiles 
(molaires  d'éléphant  et  humérus  d'un  carnassier),  trouvés  dans  la 


—  36  — 

carrière  de  sable  qu'exploite  M.  Faron  Plicqiie  h  la  Varenne  de 
Meaux,  Ces  curieux  objets  forment  le  sujet  d'intéressantes  com- 
munications verbales  de  M.  Leroy,  dans  lesquelles  il  expose  la 
théorie  de  la  formation  géologique  de  la  contrée. 

M.  Leroy  est  invité  à  rédiger  ses  observations  par  écrit,  et 
l'assemblée  vote  des  remercîments  à  M.  Plicque,  pour  le  don 
qu'il  fait  à  la  Société  de  ces  antiques  débris. 

M.  Lafontaine  lit  la  traduction,  en  vers  français,  d'une  satire 
d'Horace. 

Une  bulle  en  plomb  du  pape  Martin  IV.  (Simon  de  Brie)  est 
mise  sous  les  yeux  de  l'assemblée,  ainsi  qu'une  médaille  gauloise 
en  bronze  envoyée  par  M.  Lelong,  garde-champètreàCoutevroult, 
et  une  pièce  en  argent  de  Louis  XI,  communiquée  par  M.  Ber- 
thereau,  instituteur  à  Bussy-Saint-Georges.  Sur  la  pièce  gauloise, 
M.  Lefebvre-Thiébault  lit  le  mot  Roveca,  ce  qui  pourrait  la  faire 
attribuer  aune  peuplade  établiejadis  sur  l'emplacement  de  Crouy, 
ou  peut-être  dans  la  vallée  de  l'Ourcq. 

Une  notice  de  M.  Desprez,  de  Melun,  contenant  des  indications 
très-claires  et  très-pratiques  sur  la  formation  d'un  répertoire  et 
d'une  carte- archéologiques  de  Seine-et-Marne,  est  renvoyée  à  la 
commission  nommée  à  ce  sujet,  à  laquelle  sont  adjoints,  MM. 
Savard  fils  et  Arsène  Barigny,  architectes  à  Meaux. 

L'assemblée  entend  la  lecture  de  quelques  détails  sur  la  décou- 
verte, faite  à  Jouarre  en  1839 ,  d'ossements  humains  enfermés 
dans  un  tronçon  d'arbre  enfoui  en  terre.  La  note  sur  ce  fait,  qui 
peut  être  l'objet  d'une  curieuse  étude,  sera  communiquée  aux 
membres  habitant  les  localités  voisines,  afin  qu'ils  veuillent  bien 
y  joindre  les  documents  à  leur  portée,  de  nature  à  en  faciliter  l'ex- 
plication. 

Le  Président  met  sous  les  yeux  de  ses  collègues  les  numéros  du 
30  septembre  et  du  15  octobre  1787,  de  la  feuille  périodique,  pu- 
bliée alors  sous  le  titre  d'Affiches  de  Meaux. 

Après  les  annonces  de  vente  d'immeubles,  et  à  la  suite  de  quel- 
ques articles  divers,  on  lit  dans  le  numéro  du  13  octobre  les  lignes 
suivantes  : 

«  Nota.  Dans  la  dernière  affiche,  page  8,  article  Cours  publics  et 
tt  gratuits,  l'heure  qu'on  a  oublié  d'annoncer  pour  s'y  rendre,  est  onze 
«  heures  du  matin.  » 

Malheureusement  les  numéros  précédents  manquent,  et  il  n'est 
pas  jusqu'ici  possible  de  se  rendre  compte  dn  cette  étrange  corré- 
lation avec  ce  qui  se  fait  aujourd'hui  dans  la  ville  de  Meaux. 


,  -37- 


La  séance  est  terminée,  par  l'hommage  que  font  à  la  Société, 
M.  Le  Blondel,  de  son  Almanach  historique  et  statistique  de 
Seine-et-Marne  ;  et  le  Président,  de  son  Histoire  de  Meaux  et  du 
pays  Meldois. 


SÉANCE  DU  3  AVRIL  1865. 
Présidence  de  M.  CARRO  père. 

M.  le  comte  de  Pontécoulant,  président  de  la  Société,  assiste  à 
cette  séance,  et  fait  connaître  que  "la  prochaine  réunion  générale  se 
tiendra  à  Provins  le  25  mai. 

L'excursion  archéologique  qui  aura  lieu  vers  la  fin  de  juin,  de- 
vant avoir  surtout  pour  objet  de  visiter  une  partie  de  l'arrondis- 
sement de  Meaux,  la  Section  est  invitée  à  nommer  une  commission 
d'organisation.  Sont  désignés  comme  membres  de  cette  commis- 
sion :  MM.  Cave,  Lefebvre-Thiébault,  Barigny ,  l'abbé  Denis  et 
Guillon  des  Brûlons. 

M.  de  Pontécoulant  présente  quelques  observations  sur  les  con- 
férences qui  ont  été  faites  cet  hiver  à  Meaux;  il  pense  que  pour  en 
continuer  le  succès,  il  serait  bon  d'adjoindre  quelques  autres 
sujets  aux  sujets  déjà  traités,  afin  d'y  apporter  un  nouvel  attrait; 
puis,  qu'il  y  aurait  lieu  d'en  augmenter  encore  l'utilité  en  les  ren- 
dant plus  élémentaires. 

L'assemblée  reçoit  communication  du  programme  du  Congrès 
scientifique,  qui  se  tiendra  à  Rouen  du  31  juillet  au  10  août  et 
auquel  MM.  le  comte  de  Pontécoulant  et  le  vicomte  de  Ponton 
d'Amécourt  sont  délégués. 

Le  Président  annonce  la  perte  regrettable  que  la  Société  a  faite 
de  l'un  de  ses  membres,  M.  Lafontaine,  de  Lagny.  Ses  collègues 
sont  invités  à  assister  à  son  convoi. 

M.  Torchet,  inspecteur  des  Orphéons  de  Seine-et-Marne,  lit  la 
première  partie  d'une  Étude  sur  l'histoire  de  la  musique,  sous  les 
Gaulois  et  les  Gallo-Romains.  Ce  travail  formera  par  les  cu- 
rieuses recherches,  les  rapprochements  et  les  dévelopcments  qu'il 
contient,  un  travail  remarquable  sur  un  sujet  encore  peu  exploré 
jusqu'ici. 

Le  Président  met  sous  les  yeux  de  l'assemblée  un  plan  des 
fouilles  faites  récemment  pour  la  reconstruction  d'une  maison  à 
Meaux,  à  l'angle  des  rues  d'Arnetal  et  de  la  Juiverie.  Ce  plan, 


—  38  — 

dont  la  communication  est  due  à  l'obligeance  de  M.  Rondel,  en- 
trepreneur, présente  cette  singularité  que  sous  la  maison  démolie 
se  trouvaient  trois  étages  de  caves  superposées. 

Gomme  il  résulte  des  observations  fournies  par  M.  Rondel  que 
la  construction  de  ces  caves  n'appartenait  pas  à  l'époque  gallo- 
romaine,  on  aurait  pu  supposer  d'abord  que,  faisant  partie  de 
l'ancien  ilôt  de  la  Juiverie  où  étaient  parqués  les  juifs,  souvent 
persécutés  au  moyen-âge,  ceux-ci  avaient  eu  recours  à  ce  moyen 
de  cacher  le  plus  profondément  possible  leurs  valeurs,  unique- 
ment mobilières,  alors  qu'il  leur  était  interdit  d'être  possesseurs 
fonciers;  mais  M.  Barigny  fait  remarquer  qu'en  quelques  autres 
endroits  de  la  ville,  notamment  sous  certaines  maisons  de  la 
place  Saint-Etienne,  devant  la  cathédrale,  on  trouvait  ces  trois 
étages  de  caves;  —  ce  pourrait  être  alors  un  indice  de  l'encombre- 
ment de  la  population  dans  l'étroite  enceinte  des  anciens  murs 
romains,  indice  confirmé  par  ce  fait  que  l'enceinte  fut  très-élargie 
après  l'incendie  qui  suivit  en  1338,  la  défaite  de  la  Jacquerie. 

Le  premier  volume  du  Bulletin  publié  par  la  Société,  est  dis- 
tribué à  MM.  les  membres  présents. 

La  Section  de  Melun  ayant  décidé  que,  pour  faciliter  la  création 
de  la  carte  et  du  répertoire  archéologiques,  un  questionnaire  serait 
rédigé  et  envoyé  notamment  à  MM.  les  instituteurs,  la  Section 
de  Meaux  adopte  unanimement  ce  projet. 

Le  Président  rappelant  la  mention  faite  à  la  séance  de  février, 
de  quelques  lignes  d'un  journal  de  1787,  relatives  à  un  cours  pu- 
blic et  gratuit,  ouvert  alors  à  Meaux,  et  dont  le  sujet  n'était  pas 
énoncé,  fait  connaître  qu'il  a  trouvé  dans  l'almanach  du  diocèse  de 
Meaux  de  1788,  l'indication  du  sujet  de  ce  cours,  sans  doute  moins 
généralement  suivi  que  ceux  de  1804-1863  ;  c'était  un  cours  d'a- 
natomie. 

Sont  mis  sous  les  yeux  de  l'assemblée  :  par  M.  Lefebvre-Thié- 
bault,  5  écus  d'or  trouvés  dans  les  environs  de  Meaux  (  1  de  Louis 
XII),  —  2  de  François  I"  —  et  2  du  cardinal  de  Bourbon,  (le 
Charles  X  de  la  Ligue). 

Le  Président  présente  une  petite  médaille  de  bronze  de  Gallien, 
et  un  quart  d'écu  de  Louis  XIV,  communiqués  par  M.  Boudinot, 
ainsi  qu'une  édition  de  1363  d'un  abrégé  de  Vitruve,  dans  lequel 
se  trouvent  de  curieuses  notions  sur  les  diverses  mesures  en 
usage  chez  les  anciens,  ce  livre  est  communiqué  par  M.  Carre, 
conducteur  des  ponts  et  chaussées. 

M.  Lamarche  offre  à  la  Société  une  belle  expédition,  sur  par- 
chemin, d'un  acte  de  vente  passé  ù,  Samraeron  en  1433. 


—  39  — 
SÉANCE    DU   4   JUIN    1865. 

Présidence  de  M.  CARRO  père. 

Le  Président  donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  Demarsy,  conser- 
vateur des  musées  de  Gompiègne,  membre  de  la  Section  de  Fon- 
tainebleau, adressant  à  la  Section  de  Meaux  la  copie  d'une  ins- 
cription tumulaire,  qu'il  a  relevée  dans  l'église  de  Garlepont,  près 
Noyon;  c'est  l'épitaphe  de  l'avant-dernier  abbé  coramendataire  de 
Saint-Faron  de  Meaux,  Messire  Auguste-Hilarion  de  Paris  de 
Soulange,  décédé  en  1787.  M.  Demarsy  se  met  très -gracieuse- 
ment à  la  disposition  de  la  Société,  pour  la  communication  de  do- 
cuments qui  pourraient  l'intéresser. 

M.  le  comte  de  Pontécoulant  donne  des  renseignements  sur  la 
séance  administrative  que  le  comité  central  a  tenue  à  Provins,  avant 
la  séance  publique.  L'assemblée  apprend  avec  le  plus  grand  plaisir 
que  sur  la  proposition  de  M.  le  vicomte  de  Resbecq,  membre  de 
la  section  de  Coulommiers,  il  a  été  décidé  à  l'unanimité,  que  pour 
encourager  à  l'avenir  l'étude  de  l'histoire  dans  Seine-et-Marne,  une 
médaille  d'argent  serait  offerte  annuellement  au  nom  de  la  Société 
d'Archéologie^  Sciences,  Lettres  et  Aris^  à  chacun  des  premiers  prix 
d'histoire  de  France  dans  les  trois  collèges  communaux  de  notre 
département,  Melun,  Meaux  et  Provins;  elle  est  non  moins  heu- 
reuse d'apprendre  aussi  l'affiliation  de  trente  nouveaux  membres 
correspondants,  tous  distingués  par  leur  savoir  et  leur  position. 

Un  projet  imprimé  du  questionnaire  que  la  Société  se  propose 
d'adresser  notamment  à  MM.  les  instituteurs,  est  communiqué 
et  renvoyé  à  la  commission  du  répertoire  archéologique. 

Après  une  rapide  analyse  que  le  Président  fait  de  la  séance 
générale  tenue  le  23  mai,  à  Provins,  la  parole  est  donnée  à 
M.  Torchet,  qui  lit  la  seconde  partie  de  son  travail  sur  la  musique 
ancienne. 

Cette  seconde  partie  traite  de  l'état  de  la  musique  en  France  à 
l'époque  de  l'introduction  du  chant  dans  les  églises  chrétiennes. 
M.  Torchet  retrace  dans  une  analyse  substantielle,  les  origines  de 
nos  chants  d'église,  depuis  le  IV'=  siècle  (Constantin  et  saint  Am- 
broise);  il  établit  ainsi  la  généalogie  de  la  musique  à  travers  les 
siècles. 

De  curieux  et  anciens  caveaux  existent  sous  une  propriété  de 
Thorigny,  près  Lagny;  M.  Desjeans  adresse  à  la  Société  le  profil 


—  40  — 

très-bien  exécuté  de  leurs  voûtes  ogivales,  et  des  colonnes  et  cha- 
piteaux qui  en  soutiennentla  retombée.  Le  dessin  atteste  une  cons- 
truction très-soignée  remontant  au  XIIP  siècle.  Ces  caveaux 
avaient  été  construits  pour  les  moines  de  l'abbaye  de  Ghâlis,  qui 
possédaient  une  certaine  étendue  de  vignes  sur  les  coteaux  de 
Thorigny  et  de  Dammart. 

M.  Lefebvre-Thiébault  met  sous  les  yeux  de  l'assemblée  une 
précieuse  rareté  numismatique,  un  denier  d'argent  très-bien  con- 
servé de  Hugues  {Capel),  trouvé  par  un  jardinier  de  Meaux  ;  il  y 
joint  une  série  de  photographies  d'autres  médailles.  M.  le  comte  de 
Pontécoulant,  dépose  sur  le  bureau  deux  médailles  offertes  à  la 
Société,  par  M.  Muret,  membre  de  la  Section  de  Provins,  pro- 
priétaire à  Noyen,  près  Bray-sur-Seine  c'est  un  denier  de 
Gharles-le-chauve,  et  un  petit  bronze  de  Tétricus. 

Le  Président  donne  lecture  d'une  excursion  faite  avec  M.  Le- 
febvre,  aux  ruines  du  château  de  Boissy,  pittoresque  et  jadis 
splendide  berceau  de  la  famille  de  ce  nom,  ainsi  qu'à  l'église  de 
Forfry  où  se  trouve  une  fort  belle  statue,  en  marbre  blanc,  de  la 
Vierge,  œuvre  très-remarquable  d'un  artiste  italien,  donnée  à  cette 
église  par  un  seigneur  du  lieu,  en  1672,  et  d'une  parfaite  conser- 
vation. Ce  travail  est  renvoyé  au  comité  central. 


SECTION  DE  MELUN. 


SÉANCE   DU  8  JANVIER    1865. 
Président:  M.  GRES  Y. 

La  secrétaire  donne  lecture  du  procès-verbal  de  la  dernière 
séance,  qui  est  adopté  sans  observation. 

M.  le  Président  annonce  que  l'admission  de  M.  Auberge,  votée 
par  la  section  dans  sa  dernière  séance,  a  été  approuvée  par  le  comité 
central. 

Il  fait  part  d'une  autre  demande  d'admission,  formée  par  M. To- 
re], docteur  en  médecine  à  Bric-Comte-Robert,  et  que  présentent 
MM.  Ballu  et  Bernardin. 

La  section,  consultée  sur  la  participation  qu'elle  doit  prendre  h 


—  41  — 

l'organisation  de  conférences  et  cours  publics,  semblables  à  ceux 
qui  existent  dansplusieurs  villes  voisines,  arrête  qu'elle  demeurera 
étrangère  à  cette  organisation,  laissant  à  chacun  de  ses  membres 
la  faculté  d'y  prendre  personnellement  telle  part  que  bon  lui  sem- 
blera. 

M.  Sollier  donne  lecture  d'une  Note  sur  une  lettre  autographe 
adressée  par  Colbert  au  cardinal  Mazarin  en  1659.  Cette  note  sera 
communiquée  au  comité  central. 

M.  Labiche  lit  une  fable  intitulée  :  L homme  et  le  lion,  qui  sera 
également  communiquée  au  comité  central. 

Le  secrétaire  donne  connaissance  des  instructions  qui  doivent 
servir  de  base  à  la' publication  ,  par  la  Société,  d'un  Répertoire  et 
d'une  carte  archéologiques  de  Seine-et-Marne,  en  conformité  de  la 
proposition  de  M.  Desprez.  M.  Fréteau  de  Pény  fait  observer  que 
ce  travail  pourra  également  comprendre  les  anciens  noms  de 
lieux  et  leur  étymologie ,  quand  il  sera  possible  de  l'établir  avec 
quelque  certitude. 

M.  le  docteur  Gillet  présente  un  sceau  du  xiv"  siècle,  trouvé 
dans  les  fondations  d'une  des  tours  de  l'ancien  château  royal  de 
Melun ,  et  qui  porte  cette  légende  autour  d'une  croix  fichée  : 
-\-  Signum  :  Dd  :  Vivi. 

M.   le  docteur  Ballu  dépose  sur  le  bureau  une   torchère    en^ 
fer  forgé,  du  xvii^  siècle,  trouvée  dans  la  Seine  près  de  Bellorabre, 
et  qui  pourrait  provenir  de  l'ancienne  abbaye  du  Lys. 

M.  Labiche,  au  nom  de  M.  Courtois ,  présente  une  monnaie  en 
argent,  trouvée  à  Courgousson,  canton  de  Mormant,  qui  paraît 
se  rattacher  au  séjour  de  troupes  étrangères  dans  cette  localité  au  , 
xvi^  siècle. 


SÉANCE  DU  5  FÉVRIER  1865. 
Président:  M.  GRÉS  Y. 

Le  secrétaire  donne  lecture  du  procès-verbal  de  la  dernière 
séance  qui  est  adopté. 

M.  Bernardin  demande  le  renvoi  à  l'ordre  du  jour  de  la  pro- 
chaine séance,  de  la  notice  qu'il  devait  lire  aujourd'hui. 

M.  le  Président  fait  part  de  la  demande  d'admission  faite  par 


—  42  — 

M.  Emile  Lefèvre,  architecte  à  Brie-Comte-Robert,  qui  est  présenté 
par  MM.  Bernerdin  et  Leroy.  On  vote,  à  l'unanimité,  l'admission 
de  M.  le  docteur  Torel,  de  Brie-Gomte-Robert,  présenté  à  la  séance 
du  8  janvier  dernier. 

M.  L.  Leguay,  dépose  sur  le  bureau  les  ouvrages  suivants  qui 
sont  offerts  à  la  Société  :  i  °  Bulletin  de  la  Société  d'anthropologie 
</e  Paris  (4  fascicules,  année  1864),  in-8°  ;  2°  Bulle/indu  Comité 
archéologique  de'Senlis,  1862-63,  in-8°  ;  3"  et  une  note  sur  les  silex 
taillés  de  l'âge  archéologique  de  la  pierre,  brochure  in-12  de  huit 
pages,  dont  il  est  l'auteur. 

Des  remercîments  sont  adressés  à  M.  Leguay  et  à  la  Société 
d'anthropologie  de  Paris  ainsi  qu'au  Comité  archéologique  de  Sentis 
M.  Leguay  est  prié  de  vouloir  bien  être  l'interprète  de  la  Société 
de  Seine-et-Marne  à  ce  sujet. 

M.  Leguay  donne  lecture  d'une  notice  sur  les  Monuments  dits 
druidiques  de  Maintenon  (  Eure-et-Loir  )  et  sur  le  prétendu  atelier  de 
taille  de  silex  de  cette  localité. 

Ce  travail  est  renvoyé  au  Comité  central. 

M.  Roujou,  lit  une  notice  sur  les  silex  taillés  trouvés  dans  le 
diluvium  des  environs  de  Paris. 

Renvoi  au  Comité  central. 

Le  secrétaire  donne  lecture,  au  nom  de  M.  Quesvers,  d'une  note 
sur  l'étymologie  du  nom  de  Montereau-Fault-Yonne  ;  cette  note 
sera  communiquée  au  comité  central. 

M.  Labiche  donne  lecture  de  deux  pièces  de  poésie  dont  le  ren- 
voi au  Comité  central  est  ordonné. 

M.  Leroy  informe  la  Section  de  la  découverte  d'antiquités 
gallo-romaines,  notamment  d'une  médaillon  en  marbre  blanc,  faite 
au  pont  reliant  autrefois  Samois  à  Héricy,  près  Fontainebleau.  La 
note  qu'il  lit  à  ce  sujet  demeure  réservée  pour  être  complétée  par 
de  plus  amples  renseignements. 

M.  Grésy  donne  connaissance  d'un  sceau,  qui  offre  de  l'ana- 
logie avec  celui  d'un  doyen  de  la  chrétienté  de  Melun,  décrit  par 
M.  Leroy,  dans  la  séance  du  4  décembre  dernier.  Il  présente  éga- 
lement la  photographie  d'objets  paraissant  antiques,  mais  qui 
sont  œuvres  de  Faussaires  contre  lesquels  les  amateurs  doivent  se 
tenir  en  garde. 


—  43  — 

SÉANCE  DU  4  MARS  1865. 

Président:  M.  GRÉ SY. 

Le  Secrétaire  donne  lecture  du  procès-verbal  de  la  précédente 
séance  qui  est  adopté  sans  observation. 

M.  le  Président  communique  la  lettre  qui  lui  a  été  adressée  par 
M.  le  comte  de  Pontécoulant ,  président  de  la  Société,  et  dans  la- 
quelle il  est  r.mdu  compte  de  différents  faits  intéressants  pour  la 
Section  de  Melun,  laquelle,  dit  M.  de  Pontécoulant,  se  distingue 
par  beaucoup  d'activité,  par  le  mérite  et  le  bon  vouloir  de  ses 
membres.  * 

Il  est  procédé  à  la  nomination  de  plusieurs  membres,  pour  com- 
pléter la  commission  qui  doit  s'occuper  des  voies  et  moyens  à  sui- 
vre, dans  l'exécution  du  Répertoire  et  de  la  carte  archéologiques 
de  Seine-et-Marne  :  sont  nommés  :  MM.  Desprez,  Lhuillier  et  G. 
Leroy.  Les  membres  précédemment  désignés  sont  :  MM.  le  Comte 
de  Bonneuil,  Bernardin,  Lajoye,  Leguay  et  Lemaire.  Cette  Com- 
mission présentera,  dans  la  prochaine  séance,  le  projet  d'un  ques- 
tionnaire destiné  à  être  adressé  à  MM.  les  maires,  ecclésiastiques 
et  instituteurs  des  communes  du  département,  pour  réunir  les  do- 
cuments nécessaires  à  cette  entreprise.  Ce  projet  de  questionnaire 
sera  communiqué  aux  autres  Sections  de  la  Société,  pour  que  cha- 
cune d'elles  pui&se  y  faire  les  additions  jugées  nécessaires. 

L'admission  de  M.  Emile  Lefèvre,  architecte  à  Brie-Comte- 
Robert,  est  adoptée  et  renvoyée  au  Comité  central. 

M.  le  Président  annonce  que  l'admission  de  M.  le  docteur  Torel, 
proposée  dans  la  dernière  séance,  a  reçu  l'approbation  du  Comité 
central. 

MM.  Lhuillier  et  Leroy  proposent  de  conférer  le  titre  de  mem- 
bre correspondant  à  M.  Bréan,  ingénieur  à  Gien  (Loiret),  auteur 
de  plusieurs  travaux  archéologiques  estimés,  dont  il  a  fait  hom- 
mage à  la  Société.  Cette  proposition,  qui  reçoit  l'assentiment  des 
membres  présents,  sera  adressée  au  Comité  Central. 

M.  le  Président  saisit  cette  circonstance,  pour  annoncer  que  le 
Comité  voulant  entourer  la  Société  d'illustrations  archéologiques  et 
de  travailleurs,  a  offert  le  titre  de  correspondante  plusieurs  notabi- 
lités scientifiques  et  littéraires. 

M.  Camille  Bernardin,  donne  lecture  d'une  notice  sur  un  auto- 


—  44  — 

graphe  de  saint  Vincent  de  Paul ,  concernant  la  fondation  d'une 
confrérie  de  charité  à  Brie-Gomte-Robert. 

M.  Lemaire  lit  une  note  sur  l'ancien  sceau  de  la  châtellenie  de 
Bray-sur-Seine,  arrondissement  de  Provins,  nouvellement  re- 
trouvé par  M.  Perrin,  maire  de  cette  ville.  M.  Grésy  dit  posséder 
un  bois,  gravé  au  xvii^  siècle,  du  véritable  sceau  de  cette  localité, 
lequel  offre  quelque  différence  avec  celui  de  la  châtellenie,  dont 
M.  Lemaire  présente  une  empreinte. 

Ces  différentes  communications  sont  renvoyées  au  Comité  cen- 
tral. 

M.  Lhuillier  rend  compte  des  publications  offertes  par  diverses 
Sociétés.  M.  Lhuillier  rappelle,  à  ce  sujet,  que  toutes  les  publi- 
cations adressées  à  la  Société  son^^  conservées  à  la  disposition  de 
MM.  les  membres  qui  désirent  les  consulter.  Elles  seront 
alternativement  envoyées  dans  les  diverses  Sections,  sur  leurs 
demandes,  pour  que  leurs  membres  puissent  également  en  prendre 
connaissance. 

M.  Labiche  lit  deux  fables  ayant  pour  titres  :  Le  mendiant;  Le 
Fellah  et  les  Singes.  (Renvoi  au  Comité  central.) 

Avant  de  lever  la  séance,  M.  le  Président,  de  l'avis  des  socié- 
taires présents  ,  annonce  qu'en  raison  de  la  réunion  des  Sociétés 
savantes  à  la  Sorbonne,  réunion  à  laquelle  plusieurs  membres  de 
la  Section  se  proposent  d'assister ,  il  ne  sera  pas  tenu  de  séance 
pendant  le  mois  d'avril. 


SÉANCE  DU  7  MAI  1865. 
Président,  M.  GRESY. 

Le  procès-verbal  de  la  précédente  séance,  lu  par  le  Secrétaire, 
est  adopté  sans  observation. 

Le  Bureau  de  la  Section  propose  d(î  conférer  le  titre  de  membre 
correspondant  de  la  Société  ù  M.  Taillandier,  conseiller  à  la  Cour 
de  Cassation  ,  membre  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France, 
auteur  de  travaux  importants  sur  l'historique  de  plusieurs  localités 
de  notre  département.  Cette  proposition  qui  reçoit  l'assentiment 
unanime  est  renvoyée  au  Comité  central. 


MM.  Sollier  et  Lhuillier,  en  l'absence  de  M.  Eymard,  font  une 
pareille  proposition  pour  M..Ghalvet,  docteur  en  médecine,  de- 
meurant à  Paris,  rue  des  Gravilliers,  n°  25.  Cette  proposition  est 
également  accueillie. 

M.  Grésy,  président,  annonce  que  l'admission  de  M.  E.  Le- 
fèvre,  architecte  à  Brie,  votée  dans  la  dernière  séance,  a  été  ap- 
prouvée par  le  Comité  central.  11  annonce  également  que  la  Société 
impériale  des  Antiquaires  de  France  échangera  ses  publications 
avec  la  Société  d'Archéologie  de  Seine-et-Marne. 

Plusieurs  membres  font  observer  que  la  saison  est  devenue  fa- 
vorable pour  commencer  les  fouilles  sur  le  terrain  voisin  de  l'é- 
glise Notre-Dame  de  Melun ,  où  a  été  constatée  l'existence  d'un 
mur  antique;  M.  G.  Leroy,  membre  de  la  commission  des 
fouilles,  nommée  dans  la  séance  du  4  septembre  dernier,  répond 
qu'il  se  mettra  en  rapport  avec  M.  le  maire  de  la  ville,  pour  la 
convocation  de  cette  commission  et  le  commencement  des  travaux 
dans  un  court  délai. 

M.  Sollier  dépose  sur  le  Bureau  plusieurs  monnaies  trouvées  à 
Moret ,  dans  l'auberge  de  la  Belle-Image.  Ce  sont  des  monnaies 
romaines,  à  l'effigie  de  Trajan.,  de  Marc-Aurèle  et  autres  ,  et  des 
blancs  ou  doubles  blancs  du  xv^  siècle.  Le  secrétaire  est  invité  à 
prendre  note  de  cette  communication  qui  pourra  être  utilisée  dans 
la  rédaction  du  Répertoire  archéologique  de  Seine-et-Marne. 

M.  Courtois  présente  une  hache  ou  casse-tête  et  des  dards  de 
flèches  en  silex,  trouvés  sur  le  lieu  d'un  combat  entre  les  Indiens 
et  les  Anglais,  dans  les  États-Unis  d'Amérique,  au  xvni^  siècle. 
Ces  objets  viennent  d'être  offerts  au  Musée  de  Melun.  Plusieurs 
sociétaires  font  remarquer  l'analogie  qui  existe  entre  la  fabrication 
de  ces  armes  et  celle  des  haches  et  pointes  celtiques,  en  silex,  qui 
se  rencontrent  en  France. 

M.  G.  Leroy  communique  le  projet  du  questionnaire,  dressé  par 
les  soins  de  la  Commission  dont  il  fait  partie.  Sur  la  motion  de 
M.  Lajoye,  la  Section  substitue  le  mot  Dictionnaire  au  mot 
Répertoire  employé  dans  le  projet,  lequel  est  adopté. 

M.  Grésy  donne  lecture  d'une  Notice  sur  le  fief  ou  hôtel  Lecocq, 
ancien  logis  des  ducs  d' Orléans-Longueville ^  à  Melun. 

M.  Lemâire  lit  une  Note  sur  les  Reliques  de  l'église  Saint-Etienne 
de  Brie-Comte- Robert^  et  l'inventaire  des  meubles^  linge,  ornements  et 
joyaux  de  la  fabrique. 

M.  G.  Lfroy  lit  un  article  intitulé  :  Une  fête  officielle  à  Melun, 
sous  Louis  XV. 


—  46  — 

M.  Labiche  lit  deux  pièces  de  poésie  ayant  pour  titres  :  Rêverie; 
Lise  écoutait. 
Ces  travaux  sont  renvoyés  au  Comité  central. 


SEANCE  DU  11  JUIN  1865. 
Président,  M.  GRÉS  Y. 

Le  Secrétaire  donne  lecture  du  procès-verbal  de  la  précédente 
séance,  M.  Courtois  fait  remarquer  qu'on  a  omis  d'y  indiquer  le 
nom  du  donateur  des  objets  en  silex  dont  il  y  est  parlé.  Le  Musée 
de  Melun  tient  ces  objets  de  la  libéralité  de  M.  Ghuffaut,  artiste 
peintre  à  Barbizon.  Le  procès- verbal  est  adopté  ainsi  corrigé,  sans 
autre  observation. 

M.  Courtois  dépose  sur  le  Bureau  les  objets  suivants,  qui  ont 
été  offerts  à  la  Société  et  au  Musée  de  Melun  ,  par  M.  Félix  La- 
joye,  de  Saveteux,  membre  de  la  Société  : 

1°  Une  fibule  en  bronze,  qui,  suivant  M.  Lajoye,  est  une  tortue 
ayant  fait  partie  de  l'équipement  d'un  soldat  de  la  légion  romaine 
dite  la  Tortue.  Cet  objet  a  été  trouvé  à  Saveteux ,  commune  du 
GhâteleL-en-Brie. 

2°  Le  scel  de  la  châtellenie  de  Chéroy ,  au  diocèse  de  Sens,  au- 
jourd'hui commune  du  département  de  l'Yonne,  dont  les  habi- 
tants furent  appelés  à  la  rédaction  de  la  coutume  de  Melun  en 
1560,  et  dont  la  justice  s'augmenta,  dans  le  cours  du  xviii^  siècle, 
de  celle  de  Lorrez-le-Boccage  (Seine-et-Marne).  Ce  scel  date  du 
xv^  siècle;  il  porte  un  écu  chargé  d'une  fleur  de  lys  et  cette  légende 

s-  AU.  CONTRAS.  DE.  LA  CHALL.  DE.  CHEROY.  P.  LE.  ROY. 

3°  Une  pièce  de  monnaie  portant  en  exergue  :  Maria,  de.  Lucern 
Rurgo.  comili'^sa.  Vindocinemis.  et.  sancti.  Pauli. 

A°  Un  jeton,  dont  la  légende  est  incomplète:  on  y  voit  l'écu  de 
France  et  les  armes  de  la  ville  de  Paris. 

La  Section  vote  des  remercîments  à  M.  Lajoye,  pour  cette  nou- 
velle libéralité  envers  la  Société  et  le  Musée  de  Melun. 

M.  Latour  présente  un  vase  en  terre  rouge,  de  fabrication  mé- 
rovingienne, orné  de  stries,  trouvé  sur  l'emplacement  de  la  Nécro- 
pole de  Melodunum,  dans  la  plaine  de  la  Varenne.  Il  annonce 
qu'il  en  dispose  en  laveur  du  Musée. 


—  47  — 

M.  le  docteur  Gillet  dépose  sur  le  bureau  un  fragment  impor- 
tant, également  trouvé  dans  la  Varenne,  près  du  boulevart  Saint- 
Ambroise,  d'un  vase  gallo-romain,  en  poterie  rouge  dite  de  Samos, 
sur  lequel  est  figurée  une  chasse  au  lièvre  et  au  sanglier. 

Sur  le  bureau  sont  exposés  des  fragments  de  poteries,  des  mon- 
naies, des  défenses  de  sangliers,  différents  objets  en  os,  une  olla 
sur  un  carreau,  etc.,  provenant  des  fouilles  de  la  place  Notre-Dame 
de  Melun.  Le  Secrétaire  annonce  qu'une  inscription,  un  cippe, 
des  statuettes  et  des  fragments  de  sculptures,  trouvés  dans  les 
mêmes  fouilles,  ont  été  transportés  dans  la  galerie  lapidaire  du 
Musée,  proche  la  salle  où  se  tient  la  séance. 

M.  le  Président  informe  l'assemblée,  qu'une  commission  artis- 
tique a  été  nommée  par  M.  le  comte  de  Pontécoulant,  président 
de  la  Société,  pour  surveiller  l'exécution  des  dessins,  bois  et  litho- 
graphies qui  figureront  au  Bulletin.  Cette  commission  se  compose 
de  MM.  Grésy,  président,  Gotelle,  Damour,  Fichot  et  Leguay. 

MM.  Courtois  et  Leroy  présentent  la  demande  d'admission, 
comme  membre  de  la  Société,  de  M.  Henri  Chapu,  du  Mée,  ar- 
tiste statuaire,  premier  grand  prix  de  Rome,  demeurant  à  Paris, 
rue  de  Lille,  n°  92. 

M.  G.  Leroy  fait  une  communication  sur  les  fouilles  de  la  place 
Noire-Dame  de  Melun  (i). 

M.  Leroy  fait  part  du  bienveillant  concours  que  la  commission 
a  trouvé,  pour  lui  faciliter  sa  mission  et  amoindrir  les  dépenses, 
chez  M.  Liabastres,  directeur  de  la  Maison  centrale  de  détention, 
et  membre  de  la  Société. 

La  Section  vote  des  remercîments  à  M.  Liabastres,  et,  sur  la 
motion  de  M.  Grésy,  de  semblables  remercîments  sont  également 
votés  à  la  commission  qui  surveille  et  dirige  les  travaux. 

M.  Grésy  lit  une  Notice  sur  l'architecte  Daniel  Gittard,  né  à 
Blandy,  dont  l'auteur  est  M.  Taillandier,  membre  correspondant 
de  la  Société.  M.  Grésy  ajoute  à  cette  notice  des  commentaires  et 
des  renseignements  intéressants. 

M.  Th.  Lhuillier  donne  lecture  d'une  Notice  intitulée  :  Erection 
de  la  paroisse  St-Louis  de  Fontainebleau. — Lettre  inédite  de  Louis  XIV. 

M.  Labiche,  après  avoir  lu  la  préface  d'un  recueil  de  poésies 
dont  il  est  l'auteur,  en  extrait  les  pièces  suivantes  :  A  mes  vers,  — 
Invocation,  —  C'est  Dieu  qui  fit  l'amour,  —  On  change. 

Toutes  CCS  communications  sont  renvoyées  au  Comité  Central. 

(1)  Voir  le  rapport  inséré  dans  le  Bulletin. 


18  — 


SECTION  DE  PROVINS. 


SÉANCE  DU  ii  JANVIER  1865. 

La  Société  d'Archéologie,  Section  de  Provins,  s'est  réunie  à 
l'hôte]  de  ville,  sous  la  présidence  de  M.  le  comte  d'Harcourt. 

M.  le  Président  ouvre  la  séance  et  fait  donner  lecture,  par  le 
secrétaire,  du  projet  de  règlement  particulier  à  la  section  de  Pro- 
vins, arrêté  par  les  membres  du  Bureau,  réunis  en  commission, 
le  24  décembre  1864. 

Ce  règlement  après  discussion  est  adopté  à  l'unanimité  par  les 
membres  présents. 

M.  le  Président  présente  une  liste  de  personnes  dont  il  propose 
l'admission  dans  la  Société  d'Archéologie. 

Cette  liste  comprend  : 

MM.  PuYO  ,  curé -doyen  de  Villicrs-Saint-Georges  ;  —  le 
marquis   de  Saint-Chamans  ,   propriétaire  à  Bouchy-le-Repos; 

—  Muret,  propriétaire  à  Noyen;  —  Marin,  architecte  à  Provins; 

—  Cattet,  propriétaire  à  Provins;  —  Ravier,  clerc  de  notaire  à 
Bray-sur-Seine;  —  Meunier,  propriétaire  et  maire  à  Provins;  — 
Chaubard,  docteur-médecin,  président  de  l'Association  médicale 
de  l'arrondissement,  h  Donnemarie;  —  Mulleng,  docteur-méde- 
cin à  Donnemarie. 

Après  délibération,  conformément  à  l'article  o  des  Statuts  gé- 
néraux, et  aux  articles  23,  24  et  25  du  règlement,  les  membres 
présents  ont  été  d'avis  que,  par  les  soins  de  M.  le  Président,  ces 
neuf  admissions  fussent  proposées  au  Comité  central  do  la 
Société. 

Le  Président  donne  lecture  de  diverses  circulaires  ministé- 
rielles. 

Il  est  ensuite  parlé  de  l'organisation  des  lectures  publiques  h 
Provins.  Une  commission,  nommée  par  M.  le  Président  de  la 
Société,  s'est  réunie  et  a  rédigé  une  lettre-circulaire  qu'elle  a  fait 
parvenir  à  vingt-cinq  personnes  de  la  localité,  pouvant  utilement 
concourir  à  cette  entreprise.  Cette  commission  n'a  pas  encore 
réuni  un  nombre  suffisant  d'adhésions. 


—  49  — 

M.  le  Président  a  déclaré  qu'il  y  avait  lieu,  conformément  au 
règlement ,   de  procéder  à   l'élection  de  trois  sociétaires  devant 
composer,  avec  les  membres  du  Bureau,  la  Commission  de  lecture 
instituée  par  l'article  19  de  ce  règlement. 
L'élection  a  donné  les  résultats  suivants  : 
MM.  Boby  de  La  Chapelle,  —  Le  Hériché,  —  Puyo. 


SÉANCE  DU  24  AVRIL  1865. 
Présidence  de  M.  Jules  MICHELIN,  vice-président. 

MM.  le  comte  d'Harcourt  etHusson  (de  Preuilly)  s'excusent  par 
lettres  de  ne  pouvoir  assister  à  la  réunion. 

Le  secrétaire  donne  lecture  du  procès-verbal  de  la  séance 
précédente. 

M.  le  Président  propose  l'admission  de  M.  Durvelle,  curé  de 
Vimpelles  ,  comme  membre  de  la  Société,  section  de  Provins.  La 
Section,  à  l'unanimité,  est  d'avis  d'accueillir  cette  admission  et 
charge  M.  le  Président  de  transmettre  sa  décision  au  Comité 
central. 

M.  le  Président  donne  ensuite  communication  d'une  lettre  de 
M.  le  comte  de  Pontécoulant,  président  de  la  Société,  au  sujet 
de  la  réunion  générale  fixée  au  25  mai  prochain,  à  Provins.  M.  de 
Pontécoulant  invite  M.  le  Président  de  la  Section  à  proposer  en 
séance  la  nomination  d'une  commission  chargée  de  régler  les 
détails  de  cette  réunion ,  en  ce  qui  concerne  le  local  à  adopter, 
les  dispositions  à  prendre  pour  l'approprier  à  cette  destination, 
les  invitations  à  adresser,  etc. 

Cette  commission  est  nommée;  elle  se  compose  de  : 

MM.  Jules  Michelin,  —  Boby  de  La  Chapelle,  —  Marin,  — 
Le  Hériché,  —  Lenoir,  secrétaire. 

La  commission  se  réunira  sous  la  présidence  de  M.  Michelin. 


TRAVAUX. 


PREMIER  CO]\IPTE-RENDU  ANNUEL  DU  TRÉSORIER 


PAR    M.    COURTOIS, 


Membre  fondateur  ((Section  do  aielun,  Trésorier  central  de  la  Société). 


Messieurs  et  honorés  Confrères 


Après  avoir  présenté  au  Comité  central  dans  sa  réunion  du 
25  décembre,  à  Paris ,  un  Etat  sommaire  de  la  situation  des 
finances  de  la  Société ,  et  satisfait  ainsi  à  la  première  partie  des 
prescriptions  de  l'article  42  de  nos  statuts  ,  je  viens  aujourd'hui 
remplir  l'obligation  qui  m'est  imposée  par  la  seconde  partie  de  ce 
même  article ,  en  rendant  mon  compte  annuel  à  la  Commission 
des  finances. 

Et  si ,  au  lieu  de  m'en  tenir  judaïquement  à  la  lettre  de  nos 
statuts,  j'en  interprète  exactement  l'esprit,  ce  n'est  pas  seulement, 
il  me  semble,  un  compte  pur  et  simple,  par  doit  et  avoh\  que  j'ai 
à  vous  présenter,  mais  bien  plutôt  une  sorte  de  budget  raisonné 
tant  des  recettes  et  des  dépenses  opérées  que  de  celles  à  faire  ;  en 
un  mot  une  appréciation  des  forces  et  charges  de  notre  jeune 
Société ,  au  point  de  vue  financier. 

Ainsi  ferai-je  donc.  Et  ce  mode  aura,  je  pense,  plus  d'un  avan- 
tage sur  l'autre,  notamment  celui  de  refléter,  pour  ainsi  dire 
comme  un  miroir,  notre  situation  financière. 

«  Pas  d'argent ,  pas  de  suisse ,  »  dit  un  mot  de  comédie  devenu 
un  proverbe  populaire.  Eh  bien  !  Messieurs,  pas  d'argent,  pas  de 
Société.  Si  triste  que  cela  soit  à  reconnaître  pour  l'amour-propre 
de  l'homme,  il  faut  pourtant  en  convenir,  parce  que  cela  est  vrai: 
l'argent  est  une  puissance  avec  laquelle  il  faut  compter.  Loin  de 
moi  cependant  la  pensée  de  me  faire  l'apologiste  de  son  mérite  ; 


—  52  — 

il  n'en  vaut  pas  la  peine  et  il  n'en  a  pas  besoin  ;  je  constate  uni- 
quement le  fait  une  fois  de  plus,  voilà  tout,  pour  en  faire  ressortir 
cette  conclusion  :  que,  puisqu'il  est  impossible  aux  plus  grandes 
comme  aux  plus  modestes  institutions  de  vivre  sans  subir  l'eiTet 
de  celte  puissance  ,  nous  ne  pouvons  avoir  la  prétention  d'échap- 
per à  la  loi  commune. 

Mais,  et  c'est  là  oii  j'en  veux  venir,  comme  c'est  souvent  moins 
par  la  possession  d'un  grand  bien  que  par  l'emploi  judicieux  qu'il 
sait  faire  de  sa  fortune,  que  l'homme  sage  arrive  à  satisfaire  à  tous 
ses  besoins  et  à  jouir  ainsi  de  cette  quiétude  qui  lui  est  si  chère  : 
on  est  toujours  assez  riche,  lorsqu'ayant  le  strict  nécessaire,  l'on 
sait  borner  ses  dépenses  à  ses  ressources  ;  et  ce  qui  est  utile, 
indispensable  pour  les  individus,  doit  l'être  de  même  pour  les  insti- 
tutions. 

Aussi  est-ce  à  ce  résultat  que  doivent  tendre  les  efforts  d'une 
bonne  administration  ,  et  pour  y  arriver  il  faut  pouvoir  se  ren- 
dre un  compte  exact  de  ses  charges  et  de  ses  moyens. 

Vous  rappeler  ces  principes  salutaires,  c'est  non-seulement, 
Messieurs  et  chers  Confrères ,  prêcher  des  convertis  ,  mais  c'est 
encore  contracter  envers  vous  une  sorte  d'engagement  moral  de 
les  appliquer  autant  qu'il  dépendra  de  moi  de  le  faire. 

Sous  le  mérite  de  ces  simples  réflexions ,  que  vous  excuserez 
sans  doute  en  faveur  de  l'intention  ,  je  vais  maintenant  laisser 
parler  les  chiffres  ;  ils  sont  éloquents ,  dit-on  ,  et  dès  lors  ils  sup- 
pléeront à  mon  insuffisance. 

Vous  mettant  sous  les  yeux  mon  compte  de  recettes  et  dépenses, 
article  par  article,  date  par  date,  et  en  déposant  une  copie,  pour 
les  archives  de  la  société,  entre  les  mains  de  notre  digne  Président, 
il  me  paraît ,  Messieurs  ,  inutile  de  reproduire  ici  les  détails  de  ce 
compte;  mais  ce  qui,  au  contaire,  est  essentiel,  c'est  d'en  grouper 
les  principaux  éléments  ,  de  vous  en  indiquer  le  résultat ,  et  d'en 
tirer  des  conséquences. 

RECETTES. 

Les  recettes ,  provenant  uniquement  de  l'encaissement  de  la 
presque  totalité  des  cotisations  de  1804,  s'élèvent  à 
ce  jour  à 2,393^    n 

DÉPENSES. 

Tandis  que  les  dépenses  de  toute  nature,  payées 

A  reporter 2,593'    » 


—  53  — 

Report 2,593f    » 

jusqu'à  ce  jour  par  le  trésorier  central  (non  com- 
pris les  retenues  faites  par  MM.  les  trésoriers  des 
Sections  pour  les  dépenses  desdites  Sections)  ne 
s'élèvent  qu'à 1,749^15 

D'où  il  résulte  que  la  somme  aujourd'hui  dispo- 
nible est  de 843^85 

Mais  ce  simple  dépouillement  ou  résumé  du  compte  du  tréso- 
rier central  ne  saurait  vous  donner  qu'une  idée  approximative  de 
nos  finances  ;  car,  si  d'une  part,  nous  avons  encore  à  opérer  quel- 
ques bribes  de  recouvrements  sur  Tannée  1864,  comme  aussi  à 
retrancher  du  chapitre  des  dépenses  certains  articles  qui  peuvent, 
avec  raison,  s'appliquer  à  l'exercice  courant ,  d'autre  part  il  nous 
reste  encore  de  grosses  sommes  à  payer ,  notamment  pour  les 
frais  du  bulletin  ,  et ,  à  mon  avis  ,  ce  sont  ces  différentes  circons- 
tances qui  rendent  de  toute  nécessité  l'établissement  du  petit 
budget  qui  va  suivre ,  et  sans  lequel  il  vous  serait  impossible 
d'apprécier  exactement  notre  situation  financière. 

Budget  de  la  Société  pour  l'exercice  1864 ,  au  24  mai  1865. 

RECETTES. 

Ainsi  que  l'ai  eu  l'honneur  de  l'indiquer  dans  le  résumé  qui 

précède  ,  les  fonds  disponibles  en  caisse  ^  ce  jour  sont  de  843  fr. 

85  G.  et  les  calculs  suivants  démontreront  d'une  façon  péremptoire 

qu'ils  ne  peuvent  être  que  de  ce  chiffre. 

En  effet,   les   cotisations   de  1864  se  sont  élevées   à  263,  se 

décomposant  ainsi  : 

1°  Section  de  Coulommiers 37 

2°        —  Fontainebleau 81 

3°        —         Meaux 42 

4"        —         Melun 80 

6°        —         Provins 23 

Ci 263 

D'après  les  documents  qui  m'ont  été  fournis,  il 
reste  à  recouvrer  dans  les  sections  de  : 

Coulommiers 5  cotisations. 

Fontainebleau 5  — 

A  reporter 10         —  263 


—  54  — 

Report 10  cotisations.  263 

Meaux 2         — 

Melun 4         — 

Ensemble  .     .      16         —  16 


De  sorte  que  les  cotisations  encaissées  dans  toutes 
les  Sections  se  réduisent  à 247 


Qui  ont  été  encaissées ,  savoir  : 

Par  le  trésorier  centrât  : 

76  cotisations  de  la  Section  de  Melun. 

1  —  Fontainebleau. 
4                     —                      Coulommiers. 

2  •  —  Meaux. 
4                     —  Provins. 

Ensembles?,    ci 87 

Et  par  MM.  les  trésoriers  des  Sections  de  : 

Coulommiers 28 

Fontainebleau 75 

Meaux 38 

Provins 19 

Total  égal.     .     .  247 

Qui ,  à  raison  de  12  fr.  l'une ,  ont  donné  un  chiffre  de  recettes 

de 2,964f   » 

Mais  en  dehors  des  dépenses  générales  sus-indi- 

quées,  il  a  été  retenu,  pour  leurs  frais,  par  MM.  les 

trésoriers  des  Sections  de  : 

Coulommiers 109^  65    i 

Plus  un  petit  reliquat  à  notre  \     \iV   » 

disposition  do 1  33    1 

Fontainebleau 140    » 

Meaux 120    » 

Ensemble 371  ^    »  371  '   » 

Ce  qui  réduit  bien  les  recettes  du  trésorier  central  à      2,593''   » 

Chiffre  pour  lequel  elles  figurent  dans  son  compte. 

La  section  de  Provins  n'a  lait  aucune  retenue  ,  et  les  dépenses 


—  55  — 

de  la  section  de  Melun  ,  d'ailleurs  fort  peu  importantes  ,  se  trou- 
vent comprises  dans  les  dépenses  générales. 

Donc  notre  disponible  est  et  doit  bien  être  de     .     .  843^  83 

Mais ,  ainsi  qu'on  Ta  vu  ,  il  nous  reste  à  recouvrer 
sur  l'exercice  de  1864,  46  cotisations  ;  et  en  portant 
approximativement  à  6  celles  qui,  par  suite  du  départ 
de  quelques-uns  de  nos  confrères,  ou  pour  toute  autre 
cause ,  ne  rentreront  pas ,  il  en  reste  à  recevoir  10, 
soit 120    » 


Ce  qui  élèvera  notre  avoir  à  environ 963^  85 


DÉPENSES   RESTANT   A   PAYER. 

Quant  aux  dépenses  restant  à  payer,  elles  seraient  les  suivantes, 
si  j'ai  bien  tous  les  renseignements  à  cet  égard  : 

r^  facture  de  M.  Garro,  imprimeur  à  Meaux.    .     .  20^50 

2'"''            —                           —                         ...  993  90 

Facture  de  M.  Massue,  marchand  de  papier  à  Paris  100  75 

—  M.  Berthaud,  imprimeur  en  taille  douce  143    » 

—  madame  Thuvien ,  libraire  et  papetière 

à  Melun 60  30 

Ensemble  à  payer 1,318U5 

Le  solde  des  recettes  faites  et  à  faire  sur  l'exercice 
1864  n'étant  que  de .     . 963  85 

Il  en  résulterait  un  déficit  apparent  de 355^  60 

Mais  dans  les  1,749  fr.  13  c.  de  dépenses  payées  par 
le  trésorier  central  figurent  certaines  sommes  devant 
s'appliquer  à  l'exercice  de  1863,  et  qui  s'élèvent  à  230  f.; 
or,  en  les  déduisant  du  déficit  de  1864,  ci 230    ^) 

On  trouve  que  ce  déficit  n'est  plus  que  de.     .     .     .         125^  60 

Somme  insignifiante  si  l'on  considère  que  nous  faisons,  contrai- 
rement à  l'usage,  supporter  par  la  première  année  tous  les  frais 
de  premier  établissement,  tels  que  matériel,  frais  de  comptabilité  , 
impression  des  statuts  et  des  diplômes,  dépenses  indispensables  de 
correspondance  et  d'organisation,  etc.,  etc.;  frais  qui  ne  se  renou- 
velleront pas,  au  moins  pour  quelques-uns  et  qui,  pour  le  plus 
grand  nombre,  n'atteindront  jamais  d'aussi  grandes  proportions. 

Ainsi  donc,  Messieurs  et  honorés  Confrères ,  malgré  ce  petit 


—  56  — 

déficit  qui  devait  être  fait  parfaitement  dans  nos  prévisions  et  que 
probablement  l'exercice  courant  suffira  à  effacer  entièrement, 
notre  Société  est  prospère,  même  à  son  début,  et  c'est  là  une  situa- 
tion sur  laquelle  j'appellerai  toute  votre  attention,  car  elle  porte 
en  soi  sa  signification.  En  effet ,  n'indique-t-elle  pas  à  quels  be- 
soins répondait  la  création  de  notre  Société  et  quel  sympathique 
concours  elle  a  rencontré  de  toutes  parts  ? 

Toutefois ,  je  me  permettrai  une  simple  réflexion  :  malgré  le 
bon  état  relatif  de  nos  finances,  nous  n'avons  pu  encore  remplir 
qu'une  partie  de  notre  programme  et  cela  s'explique  pour  une 
première  année  où  il  y  a  tant  à  faire.  Mais  n'oublions  pas  que, 
par  l'article  2  de  nos  statuts ,  nous  nous  sommes  proposé  et  en 
quelque  sorte  imposé  d'autres  obligations  que  la  publication  d'un 
bulletin  et  d'un  compte-rendu  annuel  de  nos  travaux,  et  que,  pour 
tenir  entièrement  ce  programme ,  nous  n'avons  pas  d'autres 
moyens  que  de  maintenir  la  stricte  économie  et  l'ordre  qui  ont 
régné  jusqu'ici  dans  nos  finances,  —  ce  qui  aura  lieu,  cela  n'est 
pas  douteux,  — et  même  de  cherchera  réduire  encore,  s'il  e&t 
possible,  nos  dépenses,  en  même  temps  qu'à  augmenter  nos  res- 
sources. 

Cette  année  les  dépenses  générales  n'ont  point  atteint  le  quart 
des  cotisations  que  les  Sections  auront  le  droit  de  retenir  désormais  ; 
et,  en  admettant  un  chiffre  à  peu  près  égal  de  recettes  à  celui  du 
premier  exercice  ,  la  part  dont  nous  pourrons  disposer,  pour  les 
besoins  généraux,  sera  inférieure  à  celle  de  notre  première  année 
et  nous  aurons  à  effacer  le  petit  déficit  de  ce  premier  exercice  ;  à 
la  vérité,  les  frais  généraux  devront  s'abaisser  jusqu'à  être  insigni- 
fiants. 

J'ai  fini ,  Messieurs ,  et  vous  me  pardonnerez  ces  détails  peu 
récréans  ,  mais ,  vous  le  savez ,  c'est  une  grâce  d'état  des  chiffres 
d'avoir  ce  caractère  sérieux  ,  et  s'ils  sont  utiles  ,  j'aurai  atteint  le 
but  que  je  me  suis  proposé,  à  savoir  :  de  mettre  en  lumière  nos 
véritables  forces  pour  vous  permettre  d'en  user  avec  connaissance 
de  cause. 

Mais  je  serais  incomplet  et  n'obéirais  point  à  l'un  des  plus 
pressants  commandements  de  mon  cœur  si,  en  terminant,  je  ne 
reportais  une  bonne  part  du  résultat  satisfaisant  que  je  vous  ai 
signalé,  sur  l'homme  qui  a  le  plus  contribué  à  la  création  et  à 
l'organisation  de  notre  Société  :  j'ai  nommé  notre  honorable  et 
aimé  Président,  M.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulant ,  dont  la  dévo- 
rante et  intelligente  activité  et  le  dévouement  à  notre  Société  sont 


—  57  — 

si  éclatants  ;  car,  Messieurs  et  honorés  confrères,  il  ne  suffit  pas 
qu'une  bonne  idée  se  produise,  il  faut  encore  des  hommes  dévoués 
et  actifs,  des  croyants  pratiques,  si  on  peut  dire  cela,  pour  lui 
donner  un  corps  et  la  faire  fructifier.  Or,  ayant  le  bonheur  de 
posséder  à  notre  tête  un  de  ces  hommes  rares,  nous  devons  haute- 
ment nous  en  féliciter  et  prier  le  ciel  de  nous  le  conserver  long- 
temps. 


1 
—  59  — 


COMPTE-UENDU  DES  TRAYAUX 

DE  LA 

SOCIÉTÉ  D'ARCHÉOLOGIE,  SCIENCES,   LETTRES  ET  ARTS 

du  département  de  Seine-et-Marne, 

PAR  M.  TH.  LHUILLIER, 
Secrétaire-général  de  la   (Société.  < 


Messieurs  et  honorés  confrères, 

Appelé  par  les  fonctions  de  Secrétaire-général  à  l'honneur  de 
rendre  compte  des  premiers  travaux  de  la  Société  d'archéologie, 
sciences,  lettres  et  arts  de  Seine-et  Marne,  j'essayerai  de  le  faire 
simplement  et  rapidement  :  car,  tous,  nous  avons  hâte  d'arriver  à 
la  lecture  des  mémoires  et  d'entendre  la  parole  autorisée  de  nos 
maîtres. 

Je  n'ai  pas  à  rappeler  l'historique,  déjà  tracé  d'ailleurs,  de  notre 
association. 

Créées  pour  ainsi  dire  par  enchantement,  il  y  a  un  an  à  peine, 
les  cinq  Sections  d'arrondissement  fonctionnent  aujourd'hui  avec 
régularité.  Sous  l'impulsion  de  notre  honorable  Président,  M.  le 
comte  Ad.  de  Pontécoulant,  dont  vous  avez  tous  apprécié  le 
mérite,  le  dévouement  et  la  merveilleuse  activité,  les  adhésions  se 
sont  multipliées,  les  diverses  Sections  ont  été  organisées  presque 
à  la  fois.  La  nouvelle  Société  ne  pouvait  manquer  de  recevoir,  en 
même  temps  que  de  nombreuses  marques  de  sympathie,  les  pré- 
cieux encouragements  d'une  Administration  amie  du  progrès  et  du 
bien.  Partout,  en  effet,  elle  a  été  favorablement  accueillie  ;  par- 
tout on  a  compris  que,  si  les  efforts  isolés,  sans  lien,  sans  guide, 
ont  peu  de  portée,  l'étude,  le  travail,  l'expérience  mis  en  commun, 
doivent  être  féconds  en  utiles  résultats. 

Dès  le  23  octobre  dernier,  la  liste  des  Membres  fondateurs  était 
close  au  chiffre  de  263,  et  la  séance  publique  d'inauguration  avait 
lieu  à  Melun  ;  des  discours  et  des  lectures  annoncèrent  alors  l'ou- 
verture des  travaux. 

Mais  déjà  la  Société  avait  organisé  une  Excursion  archéologi- 


—  60  — 

que;  vingt-et-un  membres  réunis  avaient  visité  des  localités  inté- 
ressantes de  l'arrondissement  de  Provins  et  du  canton  de  Rozoy; 
et,  disons-le  en  passant,  les  résultats  de  ce  pèlerinage  n'ont  pas 
été  stériles.  Il  est  encore,  autour  de  nous,  tant  de  richesses  igno- 
rées, à  étudier,  à  mettre  en  lumière;  tant  d'erreurs  à  combattre, 
de  monuments  ou  de  ruines  à  protéger  contre  le  vandalisme  et 
l'ignorance,  à  sauver  peut-être...  !  M  le  vicomte  de  Ponton  d'A- 
mécourt  (de  la  Section  de  Meaux),  chargé  de  rendre  compte  de 
cette  excursion,  s'est  acquitté  de  ce  soin  avec  non  moins  d'esprit 
que  de  talent. 

Depuis,  les  Sections  ont  vécu  de  leur  propre  vie. 

CouLOMMiERS  a  iuauguré  ses  séances  ordinaires  ;  M.  Anatole 
Dauvergne,  président ,  en  commentant  notre  devise  In  untiquis 
est  sapientia^  avec  la  double  autorité  de  l'antiquaire  et  del'artiste, 
a  tracé  largement  la  voie  aux  travailleurs  :  maintenant  ils  sont  à 
l'œuvre. 

A  Fontainebleau,  M.  Jules  David  a  également  indiqué  la  di- 
rection qu'il  désire  voir  suivre  par  la  Section  qu'il  préside,  et  es- 
quissé un  programme  de  statistique  scientifique  de  cet  arrondisse- 
ment. --  M.  Eichhoft;  a  lu  quelques  pages  pleines  d'érudition  sur 
la  philologie  comparée.  —  A  l'occasion  de  l'exposition  de  l'œu- 
vre d'Eugène  Delacroix,  à  Paris,  M.  Gaultron  est  entré  dans  d'in- 
téressantes considérations  artistiques  sur  le  talent  du  célèbre  pein- 
tre, et  M.  David,  en  lui  répondant  a  rappelé  fort  habilement  le 
souvenir  du  baron  Pierre  Guérin,  le  maître  de  Delacroix.  —  En 
même  temps,  plusieurs  sociétaires  rendaient  compte  à  la  Section, 
de  publications  dues  à  MiM.  Jules  David  et  Huguenet,  ainsi  qu'à 
M.  Julien  Travers,  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  impériale 
de  Caen;  —  M.  Lecat  (de  Montereau)  signalait  l'existence  de  la 
base,  déplacée,  abandonnée  et  à  peu  près  ignorée,  d'une  croix  de 
pierre  qui  a  servi  jadis  de  limite  au  duché  de  Bourgogne  et  au 
royaume  de  France,  dans  le  territoire  de  Aioret. 

La  Section  de  Meaux,  active  et  déjà  féconde,  a  produit  deux 
bonnes  études,  l'une  sur  un  tumulus  situé  dans  la  plaine  Saint 
Faron,  à  la  porte  de  Meaux,  par  iM.  de  Go  ombel,  —et  l'autre  sur 
le  nom  et  l'antiquité  de  Trilport,  par  M.  le  vicomte  d'Amécourt. 
Des  fantaisies  littéraires  et  poétiques,  fort  élégamment  écrites, 
ont  été  lues  par  M.  de  Ginoux  de  Lacoche,  et  par  M.  Lafontaine, 
aimable  octogénaire  trop  tôt  enlevé  de  nos  rangs.  —  M.  Carro,  pré- 
sident de  la  Section,  a  rendu  compte  des  (bailles  entreprises,  sous 
sa  direction,  au  coteau  de  la  Justice,  autour  d'une  sorte  de  petit 


..  —  61  — 

cromlech  ;  il  a  signalé  aussi  la  découverte  d'un  beau  chapiteau  du 
XÏV^  siècle  sous  le  pavage  de  la  rue  Bossuet,  h  Meaux.  —  M.  Le 
Blondel  a  fait,  pour  la  création  d'un  Musée  archéologique  dans 
la  même  ville,  des  propositions  qui  ont  été  l'objet  d'un  rapport  de 
M.  de  Golombel  et  qui  méritent  d'être  couronnées  de  succès. 

Diverses  découvertes  locales  ont  encore  attiré  l'attention  de  la 
Section  de  Meaux.  M.  le  docteur  Le  Roy  a  présenté  notamment 
des  ossements  d'éléphants  fossiles,  provenant  de  la  Varenne  de 
Meaux;  un  garde-champêtre  à  envoyé  une  monnaie  gauloise  en 
bronze,  trouvée  à  Coutevroult,  et  portant  le  nom  de  Boveca,  qu'on 
croit  pouvoir  traduire  par  Crouy  (1);  d'autres  personnes  ont  si- 
gnalé la  mise  au  jour  d'un  nombre  considérable  de  pièces  de  mon- 
naie cachées  pendant  les  troubles  de  la  Fronde,  dans  le  bois  de 
Villemareuil,  canton  de  Crécy. 

Des  membres  de  la  même  Section  ont  contribué  à  relever,  dans 
l'église  de  Trilport,  une  pierre  tombale  du  XlIP  siècle,  qui  était 
enfouie  sous  le  sol,  et  à  placer  dans  l'église  de  Jaignes  une  belle 
dalle  tumulaire  de  la  fin  du  XIP  siècle,  provenant  de  l'ancien 
prieuré  de  Grand-champ  et  délaissée  depuis  longues  années 
dans  la  cour  d'une  ferme. 

La  Section  de  Melun,  sous  la  présidence  de  M.  Grésy,  n'est  pas 
restée  oisive  :  elle  a  tenu  des  séances  mensuelles.  M.  Louis  Le- 
guay,  a  lu  un  mémoire  plein  d'intérêt,  où  il  traite  des  sépultures 
de  l'âge  archéologique  de  la  pierre  dans  les  environs  de  Paris.  — 
M.  Grésy,  dans  une  savante  dissertation  avec  dessins  à  l'appui,  a 
décrit  un  monument  funéraire  du  XlIP  siècle,  conservé  dans  le 
cimetière  à  Montereau-sur-le-Jard,  village  voisin  de  Melun. 

M.  Leroy,  secrétaire  de  cette  Section,  à  fait  d'intéressantes  com- 
munications sur  la  découverte  d'une  sépulture  anté-historique  à 
Montereau- faut-Yonne  ;  sur  la  maison  de  Refuge  des  religieux  de 
Barbeau,  dans  la  ville  de  Melun  ;  sur  les  sceaux  des  doyens  de  la 
chrétienté  de  Melun,  au  XIIP  siècle,  et  sur  un  médaillon  en  mar- 
bre, trouvé  dans  la  Seine,  représentant  l'empereur  Vespasien. 

Des  renseignements  relatifs  à  la  terre  seigneuriale  de  Mirvaux, 
ont  été  fournis  par  M.  L  'maire,  pour  jeter  quelque  lumière  sur 
une  question  archéologique,  qui  lui  a  paru  douteuse. 
La  Section  doit  aussi  à  M.  le  docteur  Gillet,  la  communication 

(1)  En  1845,  quinze  monnaies  gauloises  de  Roveca  ont  déjà  été  trouvées  à  Ven- 
drest,  autre  localité  de  l'arrondissement  de  Meaux.  (Rapport  de  M.  l'abbé  Denis, 
à  la  Société  d'Agriculture,  Sciences  et  Arts  de  Meaux). 


—  62  —  ... 

de  fragments  d'amphores  et  de  vases  gallo-romains,  trouvés  dans  la 
Varenne  de  Melun,  portant  des  noms  de  fabricants.  —  M.  Leguay 
a  présenté,  à  l'une  des  séances,  et  offert  au  musée  départemental, 
une  collection  de  couteaux  en  silex  provenant  de  la  Grotte  de 
Ghaffaut  (Vienne),  2"=  époque  de  l'âge  archéologique  de  la  pierre. 

M.  Edouard  Desprez  a  proposé,  dans  un  rapport  bien  motivé,  les 
moyens  pratiques  pour  la  rédaction  d'un  répertoire  et  d'une  carte 
archéologiques  de  Seine-et-Marne  ;  ce  projet  adopté  dans  toutes 
les  Sections,  des  commissions  ont  été  nommées,  et  les  travailleurs 
vont  réunir  les  matériaux  nécessaires  à  cette  importante  publica- 
tion. 

La  littérature  a  été  représentée  par  M.  le  docteur  Ballu,  qui  a 
donné  lecture  de  stances  agréables  sur  divers  sujets,  et  par  M. 
Labiche  père,  auteur  de  fables  charmantes  de  grâce  et  de  natu- 
rel. 

Enfin,  votre  secrétaire.  Messieurs,  à  lu  une  notice  bibliogra- 
phique sur  un  livre  d'heures,  imprimé  en  1509,  à  Provins  selon 
toute  apparence  ;  et  une  monographie  de  l'ancien  château  seigneu- 
rial de  Saint-Ange,  près  Moret.  Il  a  eu  aussi  à  rendre  compte  de 
plusieurs  publications  intéressantes  dont  les  auteurs  ont  fait  hom- 
mage à  la  Société. 

Nous  arrivons  à  la  Section  de  Provins. 

Installée  seulement  le  trois  décembre  dernier,  le  nombre  de  ses 
membres  à  grossi  aussitôt  ;  elle  a  commencé  ses  travaux  et  ne 
sera  pas  moins  active  que  ses  sœurs,  sous  l'habile  direction  de  M. 
le  comte  Bernard  d'Harcourt. 

Gomment,  en  effet,  rester  indifférents  au  milieu  de  ces  débris 
d'un  autre  âge,  de  ces  ruines  superbes,  dont  la  ville  de  Provins  a 
le  droit  d'être  Gère? 

Nous  ne  devons  aborder,  dans  ce  résumé,  que  l'année  d'organi- 
sation, de  mai  1864  à  janvier  1865.  Cependant  il  nous  sera  permis 
d'annoncer  qu'à  Provins,  dans  cette  dernière  période,  on  a  ren- 
contré un  ù^iens  mérovingien,  qui  présente  pour  notre  départe- 
ment un  intérêt  spécial  :  c'est  une  monnaie  frappée  à  l'atelier  de 
Lieusaint,  dont  on  connaissait  déjà  plusieurs  produits,  mais  trou- 
vés dans  des  provinces  éloignées  et  fort  contestés  jusqu'ici  à 
Lieusaint  (Seine-et-Marne). 

Un  compte-rendu  de  travaux  sérieux  évitant  difficilement  le 
reproche  d'aridité,  nous  avons  dû  abréger  cette  nomenclature,  au 
risque  de  rester  fort  incomplet.  Comment  mentionner,  d'ailleurs, 
les  observations  orales  si  utiles,  les  avis,  les  discussions  qui,  dans 


—  63  — 

Jes  Sections,  au  choc  de  la  controverse ,  éclairent  les  questions 
douteuses,  souvent  importantes  en  archéologie. 

Nous  ne  pouvions  non  plus  énumérer  ici  les  25  Sociétés  savantes 
qui  sont  entrées  en  relations  avec  la  nôtre,  ni  les  divers  ouvrages 
qui  ont  été  adressés  au  Comité  central,  par  quelques-uns  de  nos 
confrères.  Parmi  ces  derniers  ouvrages,  cependant,  nous  en  cite- 
rons un,  parce  qu'il  est  le  plus  récent  et  qu'il  se  rattache  particuliè- 
rement à  la  Brie  :  l'Histoire  de  M  eaux  et  du  pays  Meldois,  par  M,  A. 
Garro.  «  C'est  un  livre  d'histoire,  d'archéologie,  d'érudition,  une 
(i  remarquable  étude,  attrayante,  »  —  a  dit  fort  judicieusement 
M.  le  vicomte  d'Amécourt,  —  «  écrite  avec  élégance,  émaillée  d'a- 
ce necdotes  finement  racontées  et  rehaussées  par  ces  saillies  de 
«  l'esprit  gaulois  que  ne  renierait  pas  Voltaire.  » 

Vous  le  voyez,  Messieurs,  pendant  ces  quelques  mois  d'exis- 
tence, les  Sections  rayonnant  autour  du  Comité  central  ne  sont 
pas  restées  inactives. 

Avons-nous  besoin  de  dire  que,  de  leur  côté,  le  Bureau,  le  Go- 
mité  central  et  les  Commissions  administratives  ont  apporté  à 
l'œuvre  commune  leur  coopération  active,  laborieuse  et  indispen- 
sable ? 

Fidèle  à  son  titre,  la  Société,  tout  en  consacrant  la  plus  large 
part  de  ses  travaux  à  l'archéologie  et  à  l'histoire  locale,  pensée 
première  de  sa  création  et  garantie  de  sa  prospérité,  n'a  pas 
oublié  que  les  sciences,  les  lettres,  les  arts  s'y  relient  intimement 
et  avec  avantage. 

Plusieurs  de  nos  honorables  confrères  (1)  ont  pris  part  indivi- 
duellement aux  conférences  scientifiques  et  littéraires  entreprises 
avec  succès,  l'hiver  dernier,  à  Meaux,  sous  les  auspices  de  la  So- 
ciété d'agriculture;  à  Moret,  h  Nemours,  et  jusque  dans  une  mo- 
deste commune  rurale,  à  Saints,  canton  de  Coulommiers. 

Enfin,  si  notre  cadre  n'était  limité,  il  faudrait  vous  entretenir 
encore  d'un  fait  dlieureux  présage  :  la  Société  de  Seine-et-Marne, 
qui  se  compose  maintenant  outre  ses  263  membres  fondateurs,  de 
20  membres  titulaires  et  de  27  membres  correspondants,  à  la  tête 
desquels  a  bien  voulu  se  faire  inscrire  M.  Duruy,  Ministre  de  l'ins- 
trution  publique,  a  été  largement  représentée,  il  y  a  un  mois,  au 
congrès  des  Sociétés  savantes  de  France,  à  laSorbonne.  Nous  avons 
été  heureux  d'applaudir,  dans  cette  circonstance,  MM.  Garro, 

(1)  MM.  le  comte  Ad.  de  Pontécoulaiii,  A.  Carro,  J.  David,  de  Colombel,  docteur 
Le  Roy  et  Chemin. 


—  64  — 

Grésy,  Louis  Legiiay  fit  Plessier.Trois  autres  sociétaires  qui  avaient 
également  préparé  des  mémoires  n'ont  pu  être  entendus:  M.  le 
comte  Ad.  de  Pontécoulant  ayant  été  retenu  comme  assesseur  au 
bureau  de  la  section  d'archéologie,  M.  Dauvergne  occupé  à  Vichy 
par  de  grands  travaux  de  peinture,  et  M.  David  empêché  par  un 

deuil  de  famille. 

De  tels  débuts  répondent-ils  à  la  confiance  qui  a  si  puissamment 
contribué  au  succès  de  notre  organisation?  justifient-ils  les  espé- 
rances qu'on  avait  conçues  ? 

Le  bulletin  de  cette  première  année  d'existence  est  imprimé  et 
distribué:  ce  volume  de  250  pages  en  dira  sur  l'avenir  de  la  So- 
ciété plus  que  nous  ne  saurions  le  faire. 

La  route  parait  désormais  bien  tracée.  Les  études  embrassent 
un  vaste  cadre,  et  chacun  peut  prendre  part  à  la  tâche  selon  ses 
aptitudes  et  ses  goûts.  Les  sciences,  aujourd'hui  si  fécondes  en 
application,  les  lettres,  les  arts  ont-ils  jamais  été  en  plus  grand 
honneur?  «  Aux  archéclogues ,  aux  historiens,  ainsi  que  le  pro- 
clamait naguère  à  la  Sorbonne  M.  le  Ministre  de  l'instruction 
publique,  l'Empereur  lui-même  ne  donne-t-il  pas  le  meilleur  des 
encouragements,  son  propre  exemple?  » 

Poursuivons  donc  notre  but  avec  foi. 

Il  nous  siérait  mal  de  déclarer  aujourd'hui  aux  savants,  aux  lit- 
térateurs, aux  hommes  éminents  qui  ont  fait  à  notre  jeune  asso- 
ciation l'honneur  d'assurer  ses  premiers  pas,  que  ce  but  est  bon, 
qu'il  est  utile,  et  de  crier  courage  \  Tous  le  savent  mieux  que 
nous.  C'estmerci  f  qn'Wï^ul  dire,  car  c'est  grâce  à  leur  précieux 
concours,  à  leurs  conseils,  à  leurs  travaux,  que  la  Société  d'Archéo- 
logie, Sciences,  Lettres  et  Arts  de  Seine-et-Marne  a  si  vite  donné 
des  preuves  de  sa  vitalité,  des  signes  d'un  avenir  assuré,  et  qu'elle 
parviendra,  espérons-le,  à  conquérir  une  place  honorable  parmi 
ses  aînées. 


—  65  — 

LA  PIERRE-A-CENT-TÈTES 

DU    BOIS   DE    MONTAIGLILLON. 

ÉTUDES  SUR  LES  PIERRES  DRUIDIQUES  BRANLANTES, 

PAU  M.   l'abbé  PUYO,  doyen  DE  Y1LL!ERS-SA(M-GE0RGES, 
Membre  titulaire  (Section  de  Provins). 


Il  nous  a  semblé  que  Provins  et  ses  environs ,  cette  terre  où 
abondent  les  ti^ésors  artistiques,  n'avaient  pas  toujours  obtenu  de 
la  part  des  amis  de  la  science  et  des  arts  toute  la  justice  méritée. 
Il  en  est  qui  n'ont  pas  apprécié  à  leur  juste  valeur  ces  trésors  ; 
d'autres  les  ont  môme  niés.  Pour  nous,  qui  sommes  animés  d'une 
conviction  contraire ,  nous  avons  la  persuasion  que  ,  si  l'on  se 
mettait  consciencieusement  à  l'étude ,  les  jouissances  les  plus 
variées  comme  les  plus  douces  attendraient  ici  l'observateur,  quel 
que  soit  son  genre  de  talent.  Ètes-vous  poète?  Inspirez-vous  à  la 
vue  de  nos  sites  pittoresques  ;  chantez  la  ville  de  Provins  elle- 
même,  reine  superbe,  mollement  couchée  au  fond  d'un  vallon, 
fière  de  ses  coteaux  comme  d'une  magnifique  ceinture,  le  front 
paré  de  ses  monuments  comme  d'un  riche  diadème.  —  htes- 
vous  artiste?  quel  joyau  h  admirer  que  la  seule  église  de  Saint- 
Quiriace,  dans  laquelle  se  reflètent,  comme  dans  un  beau  spécimen 
du  style  mélangé,  les  deux  grandes  époques  de  notre  architec- 
ture nationale.  —  Ètes-vous  annaliste  ?  Provins  vous  montrera 
son  histoire,  qui  se  poursuit,  sans  interruption,  à  travers  une 
durée  de  dix  siècles.  —  Mais,  peut-être,  n'êtes-vous  qu'un  modeste 
chercheur  de  curiosités  antiques?  —  Eh  bien,  pour  le  moment, 
quittons  la  ville;  arrivons  à  ce  plateau,  d'où  commence  à  défiler  la 
route  de  Sézannes,  et,  d'où  le  regard  domine  si  bien  cette  magni- 
fique plaine,  qui  fuit  à  l'horizon.  Déjà  Villiers-Saint-Georges  est 
derrière  nous;  tournons  bride  à  l'est.  —  A  5  kilomètres  de  là,  sur 
une  hauteur  de  cent  mètres,  au-dessus  du  sol,  on  aperçoit,  super- 
posés l'un  sur  l'autre,  deux  blocs  énormes  :  —  c'est  la  pierre  bran- 
lante de  Montaiguillon;   une  tradition  populaire  l'appelle   d'un 

5 


—  66  — 

autre   nom  :  la  pierre  à  Cent-Tètcs,   un   nom   inexpliqué,   qui 

équivaut,  à  lui  seul,  à  tout  une  légende. 

C'est  à  l'occasion  de  cette  pierre.  Messieurs,  que  nous  venons 
vous  présenter  une  étude  générale  sur  les  pierres  druidiques 
branlantes. 

Chacun  de  vous  sait  qu'à  côté  des  Menhirs,  des  Dolmens, 
des  Kromlechs  et  d'autres  monuments,  doivent  être  classées 
les  pierres  druidiques  branlantes,  ayant  leur  place  à  part  et  leur 
physionomie  propre.  Beaucoup,  il  est  vrai,  se  disent  druidiques, 
sans  l'être,  et  c'est  le  devoir  de  l'érudit  d'écarter  les  unes,  et  de 
ne  s'occuper  que  de  celles  que  la  science  elle-même  tient  pour 
druidiques  :  telles  sont,  pour  exemples,  celles  de  Livernon  (Lot); 
de  Lithaire,  auprès  de  Thiers;  de  Fermanville,  non  loin  de  Cher- 
bourg; telles  sont  encore  d'autres  pierres,  plus  proches  de  nous 
et  qui,  h  cause  de  cela,  seront  l'objet  de  nos  plus  fréquentes 
applications,  ainsi  :  la  Pierre-qni-vire ,  dans  l'arrondissement 
d'A vallon,  regardée,  comme  druidique,  par  la  statistique  monu- 
mentale de  Sens;  la  Pierre  bianlante  de  Fontainebleau,  dont  il  est 
parlé  par  un  savant,  M.  Vatout,  dans  un  de  ses  livres  sur  la 
forêt;  et,  enfin,  notre  pierre  branlante  de  Montaiguillon,  de 
laquelle,  l'un  de  nos  maîtres,  M.  Félix  Bourquelot,  a  pu  dire  : 
que  l'ensemble  des  circonstances  qni  entourent  cette  pierre  constate  cette 
conclusion  comme  vraie,  quelle  est  d'origine  celtique. 

Les  pierres  druidiques  branlantes,  que  sont-elles  en  elles- 
mêmes,  ou  quelle  espèce  de  pierre  les  constitue?  Comment  sont- 
elles,  ou  quelle  est  leur  configuration?  D'où  viennent-elles,  ou 
quelle  est  leur  origine?  Enfin,  quel  est  leur  objet  et  quel  site 
est  donné  à  quelques-unes  d'entr'elles? 

Tel  est  notre  cadre;  il  nous  a  fillu ,  Messieurs,  la  parole 
toute  sympathique  de  notre  digne  Président,  pour  nous  déter- 
miner à  venir  le  développer,  malgré  notre  incompétence,  devant 
un  public  aussi  éclairé  que  le  vôtre.  Mais,  il  a  été  dit  avec  autant 
d'esprit  que  de  raison  :  c'est  l'un  des  privilèges  de  la  force  d'être 
indulgent  pour  la  faiblesse,  et  la  nôtre  n'hésite  pas  à  s'avouer 
devant  vous,  nous  avons  l'espoir  que  vous  la  couvrirez  de  votre 
bienveillance. 

Les  pierres  branlantes,  que  sont-elles  en  elles-mêmes,  ou  quelle 
espèce  de  pierre  les  constitue? 

S'il  s'agissait  ici  des  Aienhirs,  des  Dolmens,  et  d'autres  pierres, 
nous  dirions  que  le  granit  fut  la  pierre  de  prédilection,  choisie 
par  les  Celtes  pour  ces  sortes  de  monuments.  Quant  aux  pierres 


—  67  — 

branlantes,  ils  se  montrèrent  moins  exclusifs;  ils  prenaient  indif- 
féremment ou  du  granit  ou  du  calcaire,  et  souvent  aussi  du  grès 
commun.  Les  pierres  branlantes  de  Uchon  (Eure-et-Loir)  et  de 
Fermanville,  près  de  Cherbourg,  sont  deux  granits  communs. 
Un  beau  granit,  c'est  la  Pierre-qui-vire ;  nous  le  croyons  même 
un  granit  d'une  dureté  de  premier  ordre,  expression  qui  a  besoin 
d'être  justifiée  aux  yeux  de  ceux  qui  n'admettent  pas  qu'il  y  ait 
des  granits  plus  ou  moins  friables.  C'est  en  effet  l'opinion  d'une 
école,  ayant  en  tête  MM.  d'Orbigny  et  Genti,  qui  affirme  que  le 
granit  est  de  sa  nature  indestructible,  inaltérable,  école  qui  a 
rencontré  un  solide  adversaire  dans  M.  Boubée ,  dont  nous 
avons  lu  la  réfutation.  Ce  savant  professeur  argumente  avec 
la  science,  pour  prouver  que  le  granit  n'est  pas  inaltérable;  il  le 
soumet  à  l'analyse,  il  le  trouve  composé  de  feldspath,  qui  est 
friable  à  la  longue;  de  mica  dont  les  paillettes  s'altèrent  aussi, 
quoique  plus  lentement;  et  enfin  de  quartz,  lequel,  d'après  le 
chimiste  Gaudin,  est  friable  lui-même  au  feu  du  gaz  oxigène. 
Nous  avons  plusieurs  exemples  qui  démontrent  la  friabilité  du 
granit;  le  plus  célèbre  de  tous,  c'est  la  cathédrale  de  Limoges, 
un  puissant  granit,  dont  les  parties  intérieures  sont  presque  in- 
tactes, tandis  que  les  parties  extérieures,  celles  surtout  du  nord 
et  de  l'est,  les  plus  assujetties  aux  effets  climatériques,  ont  été 
gravement  altérées.  Étant  donc  admis  que  les  granits  soient  plus 
ou  moins  friables,  nous  disons  que,  parmi  les  granits,  celui  de  la 
Pievre-qui-vire  est  d'une  dureté  de  premier  ordre;  ce  qui  le 
prouve,  c'est  la  ténuité  de  son  grain;  c'est  l'extrême  finesse  de  sa 
texture;  c'est,  enfin,  sa  longue  résistance  à  travers  les  temps; 
posé  là,  depuis  des  siècles,  il  est  parvenu  jusqu'à  nous  dans  un 
état  étonnant  de  conservation. 

Il  y  a  des  pierres  branlantes,  dont  la  pierre  constitutive  est  le 
grès  commun,  celles,  par  exemple,  de  Fontainebleau  et  de  Mon- 
taiguillon;  l'une  et  l'autre  sont  deux  grès,  mais  deux  grès  qui  ne 
se  ressemblent  pas;  ils  ont  chacun  leur  rang  particulier,  dans  la 
sous-espèce  du  genre  grayeux.  Nous  rangeons  dans  les  coquillers 
marins,  contenant  des  coquilles  hors  place,  le  grès  de  la  pie7Te 
branlante  de  Fontainebleau,  comme  il  y  en  a  tant  dans  la  forêt  de 
ce  nom.  Le  grès  de  celle  de  Montaiguillon  est  plus  dur,  renfer- 
mant sans  doute  plus  de  silice.  Nous  ne  pouvons  pas  affirmer 
qu'il  soit  une  espèce  dégénérée  du  genre  quartzeux;  mais,  il  est 
certain  qu'il  incline  plutôt  vers  la  nature  granitique  de  la  Pierre- 


—  68  — 

qui-vire^  et  qu'il  i^'éloigne  d'autant  de  la  nature  friable  de  la  pierre 
branlante  de  Fontainebleau. 

Ayant  dit  ce  que  sont  en  elles-mêmes  les  pierres  branlantes,  ou 
l'espèce  de  pierre  qui  ordinairement  la  constitue,  disons  mainte- 
nant comment  elles  sont.  Deux  blocs  les  composent,  dont  l'en- 
semble présente  une  manière  d'être  ou  une  configuration  spéciale, 
laquelle  comprend  trois  choses  :  leur  forme,  le  mode  de  superpo- 
sition des  deux  blocs,  leurs  dimensions. 

1°  Leur  forme. —  Le  bloc  supérieur  affecte  la  forme  d'un  parallé- 
logramme, le  bloc  inférieur  est  de  même,  avec  cette  différence 
que,  presque  toujours  à  sa  base,  il  est  de  forme  ovoïde. 

2°  Le  mode  de  superposition  dfsdeux  blocs. —  D'abord,  quanta  la 
manière  dont  les  pierres  sont  inclinées,  quelquefois  le  bloc  supé- 
rieur pose  horizontalement  sur  deux  pierres,  couchées  dans  le 
même  sens,  comme  à  Montaiguillon;  d'autres  fois,  il  pose  sur 
une  seule  pierre,  qui  est  tantôt  horizontalement  couchée,  tantôt 
perpendiculaire  sur  ses  lignes.  —  Ensuite,  quant  h  la  manière  dont 
les  deux  blocs  se  touchent  :  quelquefois,  la  superposition  est  immé- 
diate, le  bloc  supérieur  étant  contigu  à  l'autre  par  plusieurs 
points;  quelquefois  elle  est  médiate,  le  bloc  supérieur  étant 
séparé  de  l'inférieur  par  une  cale,  qui  lui  sert  en  quelque  sorte  de 
pivot. 

3°  Leurs  dimensions.  —  Les  pierres  branlantes  présentent  ordi- 
nairement une  circonférence  qui  varie  entre  10  et  ii  mètres.  —  A 
Montaiguillon,  le  bloc  supérieur  est  d'une  longueur  de  4  mètres 
10  centimètres,  sur  0,  60  centimètres  de  largeur,  et  0,  60  centi- 
mètres d'épaisseur;  le  bloc  inférieur  est  de  dimension  presque 
égale.  —  La  Pierre-qui-vire  est  plus  grande  :  le  bloc  de  dessus  est 
de  5  mètres  50  centimètres  de  longueur  suri  mètre  20  centimètres 
de  largeur  et  2  mètres  20  centimètres  d'épaisseur;  celui  de  des- 
sous, de  1  mètre  de  plus  en  longueur  et  de  1  mètre  de  plus  en 
largeur  d'un  seul  côté,  du  côté  du  midi.  —  La  pierre  branlante 
de  Fontainebleau  l'emporte  encore  sur  cette  dernière,  par  les 
dimensions  :  le  bloc  de  dessus  est  de  5  mètres  54  centimètres  de 
longueur,  sur  3  mètres  de  largeur,  et  2  mètres  67  centimètres 
d'épaisseur;  celui  de  dessous  est  de  7  mètres  25  centimètres  de 
longueur  sur  une  largeur  de  4  mètres  80  ceniimètros,  et  une 
épaisseur  de  5  mètres  54  centimètres;  voici,  enfin,  la  plus  colos- 
sale de  toutes  les  pierres  branlantes  :  c'est  celle  de  Fermauville 
(Manche),  qui  mesure  100  pieds  cubes. 


—  69  — 

Au  sujet  du  mode  de  constitution  de  ces  pierres,  une  question 
pleine  d'intérêt  se  présente  :  à  savoir  comment  on  a  pu  donner 
à  de  si  lourdes  masses  le  nom  de  pierres  branlantes?  —  Que 
ce  nom  nous  vienne  de  la  tradition  populaire,  on  le  conçoit, 
la  foule  n'étant  que  trop  portée  à  croire  aux  plus  étranges 
phénomènes;  mais,  ce  qui  se  conçoit  beaucoup  moins,  c'est 
que  de  la  bouche  du  vulgaire  ce  nom  soit  passé  sur  les  lèvres 
de  la  science  elle-même;  il  y  a  en  effet  des  archéologues  dis- 
tingués qui  n'acceptent  pas  seulement  le  nom ,  ils  acceptent  la 
chose,  ils  croient  aux  pierres  véritablement  branlantes,  affirmant, 
les  uns,  que,  pour  les  mettre  en  mouvement,  il  suffit  d'une  légère 
secousse  de  la  main,  les  autres,  qu'il  suffit  même  d'un  léger  coup 
de  vent.  Croyez-vous,  Messieurs,  que  des  pierres  de  100  pieds 
cubes  puissent  remuer  pour  si  peu,  quand,  pour  les  mouvoir,  il 
faudrait  presque  le  levier  d'Archimède?  —  D'ailleurs,  leur  seul 
aspect  montre  suffisamment  qu'elles  ne  sont  point  disposées  pour 
un  mouvement  oscillatoire.  Il  aurait  fallu  pour  cela,  équilibrer 
prodigieusement  les  deux  pierres;  mais,  point  d'équilibre  pos- 
sible sans  un  pivot;  or,  soit  qu'il  se  soit  affaissé,  ou  qu'il  ait 
entièrement  disparu,  par  le  travail  des  temps,  aucune  trace  n'ap- 
paraît sur  ces  pierres  de  l'existence  d'un  pivot  quelconque  ; 
point  de  pivot,  ni  à  la  pierre  branlante  de  Fontainebleau,  le  bloc 
de  dessus  étant  superposé  à  l'autre  sur  une  surface  carrée  de 
1  mètre  70  centimètres  ;  ni  à  la  Pierre-qui-vire,  le  bloc  de  dessus 
étant  contigu  à  l'autre,  en  trois  endroits  différents,  et  partagé 
ainsi  en  trois  parties  égales,  un  tiers  entre  les  deux  points  d'ap- 
pui, et  un  tiers  de  chaque  côté  de  ces  deux  points  d'appui  ;  ni  à 
Montaiguillon,  la  pierre  de  dessus  étant  séparée  de  celle  de  des- 
sous par  une  cale  de  20  centimètres  carrés.  Ainsi,  pour  nous  du 
moins,  ne  connaissons-nous  pas  de  pierres  véritablement  bran- 
lantes; nous  ne  parlons,  bien  entendu,  qu'en  notre  nom  person- 
nel ,  et  nous  ne  voulcns  pas  donner  à  nos  dénégations  une 
forme  trop  absolue,  quand  les  savants  ont  absolument  dit  le 
contraire;  nous  n'aimons  à  secouer  aucun  joug,  et  le  joug  des 
maîtres  de  la  science  est  l'un  de  ceux  que  nous  respectons  avec  le 
plus  d'amour;  or,  lorsque  nous  voyons  MM.  Gaillabaud,  Lassus 
et  Viollet-le-Duc  affirmer  dans  leur  grand  ouvrage  sur  les  monu- 
ments des  anciens  peuples,  que,  pour  la  pierre  de  Livernon,  par 
exemple,  une  simple  impulsion  la  met  en  mouvement,  nous  nous 
inclinons,  par  déférence  pour  des  autorités  aussi  hautes,  et  nous 
voulons  bien  croire,  qu'étant  placées  sans  doute  dans  des  condi- 


—  70  — 

lions  autres  que  celles  que  nous  venons  d'exposer,  il  puisse  exister 
des  pierres  branlantes  susceptibles  en  efTct  de  l'étonnant  phéno- 
mène de  l'oscillation. 

Nous  avons  vu  ce  que  les  pierres  branlantes  sont  en  elles- 
Eûêmes,  ou  la  pierre  qui  les  constitue;  comment  elles  sont,  ou  leur 
configuration;  une  troisième  question  est  celle-ci  :  d'où  viennent- 
elles,  ou  comment  expliquer  leur  présence  dans  les  lieux  qu'elles 
occupent? 

Nous  répondrons  que  les  unes  sont  l'œuvre  de  la  nature,  les 
autres,  l'œuvre  du  travail  humain. 

Les  pierres  branlantes,  qui  nous  semblent  un  pur  efTet  de  la 
nature,  sont  celles,  en  grès  commun,  qui  se  voient  dans  certaines 
contrées  arénacées. —  Que  sont  en  soi  les  arénaces?  La  géologie 
nous  répond  :  un  grès,  auquel  il  ne  manque  que  le  ciment.  Un 
grès  arénacé,  disent  nos  professeurs,  est  une  agglutination  de 
grains  de  sable  par  un  ciment  quelconque.  Ce  principe  étant 
admis,  certaines  pierres  branlantes  ont  pu  se  former  là  où  elles  sont, 
le  sol  qu'elles  occupent  ayant  ce  qui  est  nécessaire  à  leur  forma- 
tion, soit  :  les  arénaces,  qui  sont  leurs  éléments  constitutifs,  et  le 
calcaire  ou  la  silice  qui  leur  sert  de  ciment.  Les  premiers  agré- 
gats ont  commencé  sans  doute  par  être  peu  de  chose;  puis,  en 
vertu  de  la  loi  de  la  cohésion  des  corps,  ils  ont  grossi,  et,  enfin, 
après  un  temps  probablement  énorme,  ils  sont  arrivés  h  ces 
dimensions  que  nous  venons  de  décrire.  Ainsi  s'explique  par  un 
effet  naturel,  la  formation,  par  exemple,  d'un  grand  bloc,  ou  d'une 
masse  unique;  mais,  de  cette  masse  unique,  il  s'agirait  de  savoir 
comment  ont  pu  résulter  les  deux  blocs  dont  la  superposition 
forme  la  pierre  branlante?  Encore  par  un  effet  purement  naturel, 
répondrons-nous.  Qui  ne  sait  la  puissance  dissolvante  des  grandes 
filtrations  d'eau?  Or,  supposons  une  grande  masse  grayeuse,  dont 
on  sait  pour  l'eau  l'extrême  affinité,  sous  l'action  incessante  dim  flot 
continu;  ce  sont  les  parois  inférieures  qui  reçoivent  les  premières 
atteintes;  elles  sontbattues,  corrodées  constamment;  elles  finissent 
par  être  entamées;  bientôt  il  s'y  forme  de  larges  fissures,  espèce 
de  réceptacles  dans  lesquelles  les  eaux  se  retirent;  les  filtrations 
poursuivent  alors  plus  puissamment  leur  marche  latente  à  travers 
la  masse  grayeuse;  elles  cheminent  toujours,  jusqu'au  moment 
où,  saisie  dans  son  noyau  central,  la  masse  se  désagrège,  et  de 
cette  masse  ainsi  désagrégée,  résultent  les  deux  blocs  de  la  pierre 
branlante.  Pour  preuve  que  les  choses  ont  pu  se  passer  ainsi, 
qu'on  examine  la  manière  dont  les  deux  blocs  sont  séparés  ;  ils 


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paraissent,  dans  certaines  pierres  tremblantes,  Juxta-posés  l'un 
sur  l'autre  d'une  manière  tellement  adéquate,  qu'on  croirait 
presque  à  une  excision,  phénomène  comme  il  y  en  a  tant  d'exem- 
ples, qui  trouve  son  explication  toute  naturelle  dans  la  marche 
lente  et  régulière  delà  fîltration  des  eaux. 

Mais,  s'il  est  permis  d'envisager  quelques  pierres  branlantes, 
comme  un  produit  de  la  nature,  il  faut  n'attribuer  qu'au  travail 
humain,  la  formation  de  la  plupart  d'entr'elles. 

Notre  pierre  de  Montaiguillon  est  de  ce  nombre  ;  là,  il  n'y  a 
pas  un  sol  chargé  d'arénaces,  comme  à  Fontainebleau;  par  con- 
séquent, point  de  sables  qui  aient  pu  la  former;  là  encore,  peu 
ou  point  de  silice  ou  de  calcaire  qui  ait  pu  servir  de  ciment.  — 
D'autres  exemples  ne  manquent  pas  de  pierres  branlantes  en  grès, 
qui,  faute  d'éléments  formateurs,  n'ont  pu  s'engendrer  dans  le  sol 
qui  les  porte  ;  et  ce  que  nous  disons  de  ces  pierres  branlantes  en 
grès  pur,  à  plus  forte  raison  doit-il  être  dit  de  celles  en  granit, 
telles  que  celles  de  la  Bretagne,  de  la  Normandie,  et  d'autres 
pays.  —  Ce  sont  les  hommes  qui  ont  mis  la  main  sur  ces  pierres, 
d'abord,  pour  les  ébaucher  ou  les  dégrossir,  telles  qu'elles  sont. — 
Ensuite,  c'est  encore  par  leur  fait  que  s'explique  leur  présence  dans 
les  lieux  oîi  on  les  trouve.  Dire  comment  s'y  sont  pris  nos  pères 
pour  transporter  si  haut  ou  si  loin  de  si  lourdes  masses,  c'est  là 
le  secret  de  l'histoire,  —  l'art  n'était  pas  encore  né;  on  était  loin 
de  soupçonner  alors  les  miracles  futurs  que  devaient  opérer  les 
grands  leviers,  imaginés  par  la  statique  ;  ce  n'était  que  dix-huit 
siècles  après,  qu'aux  applaudissements  de  tout  un  peuple  ravi,  de- 
vait apparaître  un  Lebas  dressant  notre  grand  obélisque  de  granit 
avec  une  facilité  qui  tenait  du  prodige.  Dans  le  siècle  lointain  dont 
nous  parlons,  le  seul  levier  possible  était  le  bras  de  l'homme,  et,  au 
dire  d'un  auteur,  il  a  fallu,  pour  l'enlèvement  et  le  dressement  de 
ces  masses  granitiques,  un  déploiement  de  forces  considérables.  Il 
est  vrai  que  c'était  une  époque  vierge  encore  ;  les  athlhtes.  du  Irait 
ne  pouvaient  pas  manquer,  au  milieu  de  ces  races  robustes,  et  leur 
vigueur  devait  s'exalter  encore  dans  la  pensée  du  but  sacré  qu'il 
fallait  atteindre.  Au  jour  fixé,  tous  ces  hommes  partaient  pour  l'en- 
droit qui  avait  été  préparé;  ils  traînaient  avec  eux  la  grosse  pierre, 
sur  un  plan  incliné,  et  quand  on  était  arrivé  au  lieu  du  rendez-vous, 
toute  la  tribu  se  tenait  dans  le  silence;  le  moment  était  solen- 
nel; le  Druide  donnaitle  signal,  et,  à  l'instant,  des  milliers  de  bras 
se  levant  comme  les  bras  d'un  seul  homme,  la  pierre  se  dressait 
sur  sa  base,  comme  par  enchantement. 


—  72  — 

Nous  ne  faisons  pas  ici  de  l'imagination,  Messieurs;  nous  nous 
bornons  à  reproduire  l'opinion  de  nos  savants.  Il  n'y  a  rien  du  reste 
qui  surprenne,  dans  ce  déploiement  des  efforis  humains,  quand 
on  sait  l'objet  élevé  auquel  les  anciens  appliquaient  ces  sortes  de 
monuments.  C'est  le  moment  d'examiner  quel  est  cet  objet  : 

Certains  peuples  faisaient,  des  pierres  branlantes,  des  monuments 
funèbres,  pour  en  couvrir  les  cendres  de  leurs  morts;  d'autres,  en 
faisaient  des  pierres  symboliques,  destinées  à  représenter,  par  le 
mouvement  qui  leur  est  propre,  le  mouvement  qui  anime  l'uni- 
vers; quelquefois,  les  pierres  branlantes  étaient  pour  eux,  comme 
les  livres  sybillins  de  l'ancienne  Rome;  c"est  par  elles  que  les  dieux 
invisibles  rendaient  leurs  oracles.  —  Mais,  voici  l'objet  qui  leur  était 
le  plus  généralement  assigné  :  elles  servaient  de  pierres  proba- 
toires, c'est-à-dire  que,  suivant  que  sous  la  main  d'un  prévenu 
elles  oscillaient  bien  on  mal,  elles  dénotaient,  ou  son  innocence, 
ou  sa  culpabilité,  objet  h  la  fois  bizarre  et  terrible,  dont  l'étran- 
geté  se  comprend  encore,  pour  une  époque  aussi  reculée,  où  toute 
chose,  qui  tenait  à  la  justice  et  à  la  religion,  était  ensevelie  dans  la 
nuit  du  mystère.  Mais  le  croirait-on,  si  l'on  ne  réfléchissait  com- 
bien est  vivante  une  superstition,  quand  elle  a  jeté  des  racines 
profondes  dans  l'esprit  des  peuples?  ces  jugements  barbares, 
par  les  pierres  branlantes  probatoires,  survécurent  longtenaps  au 
paganisme  écroulé  ;  nous  les  voyons  se  transformer  sans  doute  ; 
ils  se  continuent,  sous  un  autre  nom,  dans  certains  jugements 
judiciaires  du  moyen-âge,  qu'on  nommait  le  jugement  de  Dieu 
par  l'eau  et  le  feu.  Quelques  publicistes  se  sont  étonnés  de  la  per- 
sistance, au  milieu  de  l'âge  nouveau,  de  cette  aberration  païenne, 
et  ne  sachant  comment  l'expliquer,  ils  s'en  sont  pris  à  cette  grande 
institution  qu'on  appelle  l'Église,  lui  reprochant  de  ne  l'avoir  pas 
frappée  au  cœur,  armée  de  la  suprématie  qu'elle  exerçait  au 
moyen-âge.  Qu'il  nous  soit  permi  de  répondre.  Messieurs,  en 
termes  très-réservés;  reprocher  à  l'Église  de  n'avoir  pas  usé  de  la 
force,  c'est  faire  son  éloge;  quand  on  étudie  sérieusement  son 
histoire,  il  est  facile  de  se  convaincre  qu'il  n'entre  pas  dans  son 
esprit  de  tirer  jamais  contre  l'erreur  l'épée  de  Mahomet;  à  la  vio- 
lence, elle  préfère  toujours  la  persuasion  par  le  progrès  des 
lumières;  or,  c'est  un  tort  de  s'imaginer,  que,  sur  cette  supersti- 
tion dont  nous  parlons,  plus  que  sur  toutes  les  autres,  elle  soit 
restée  muette;  elle  a  souvent  élevé  la  voix  pour  avertir  les  peuples, 
en  les  éclairant,  et,  si  l'on  veut  en  avoir  une  preuve  remarquable', 
qu'on  lise  les  canons  ou  les  ordonnances  qu'elle  a  édictés  par  ses 


—  73  — 

conciles,  à  cette  époque,  surtout  le  deuxième  de  Latran  :  et  l'on 
verra  si  l'on  peut  tenir  un  langage,  qui  soit  à  la  fois  plus  logique 
et  plus  émouvant,  sur  l'immoralité  des  jugements  par  l'eau  et  le 
feu,  ces  Jugements  renouvelés,  comme  nous  l'avons  dit,  des  juge- 
ments païens  par  les  pierres  branlantes  probatoires. 

Nous  arrivons  à  la  dernière  question  :  décrire  certains  sites 
donnés  comme  paysages  à  quelques-unes  de  nos  pierres  branlanles. 

C'était  généralement  dans  les  solitudes  profondes,  loin  du  bruit 
des  camps  et  du  tumulte  des  cités,  que  s'érigeaient  les  pierres 
branlantes. 

Quelquefois,  le  Druide  avait  besoin  de  mystère,  et  il  descen- 
dait, sous  un  ciel  voilé,  dans  le  creux  du  vallon;  quelquefois,  il 
lui  fallait  un  espace  rayonnant  de  soleil,  et  il  plantait  sa  pierre 
sacrée  sur  les  hauts  sommets,  comme  pour  s'animer  par  la  vue  du 
grand  spectacle  de  la  nature;  quelquefois  aussi,  il  recherchait 
l'ombre  et  le  silence,  et  il  courait  se  perdre  dans  l'épaisseur  des 
bois. 

A  Fontainebleau,  dans  cette  forêt  monumentale  qui  porte  son 
nom,  c'est  au  milieu  d'un  groupe  de  grès  de  toutes  formes  et  de 
toutes  dimensions,  que  se  rencontre  la  pierre  branlante,  mêlée  aux 
roches  ses  voisines,  sans  cependant  se  confondre  avec  elles.  On 
la  distingue  aisément  de  la  foule  des  roches  vulgaires  à  la  singu- 
larité de  ses  formes.  Quoi  de  plus  étrange  que  de  voir,  dans  ce 
lieu  écarté, une  pierre  longue  de  7  mètres.,  perpendiculairement 
debout  devant  soi,  puis,  sur  le  sommet  de  ce  bloc,  un  autre 
bloc  énorme,  couché  dans  un  sens  horizontal  ?  il  y  a  du  gran- 
diose dans  cet  ensemble  auquel,  dans  la  disposition  des  pierres, 
vient  s'ajouter  encore  l'originalité  de  l'agencement. 

Le  site  de  la  Pierre-qui-vire  présente  un  autre  aspect  ;  là,  c'est  le 
cachet  religieux  qui  domine.  Rien  n'égale  la  paix  de  cette  campa- 
gne, assez  rapprochée  de  nous,  et  peut-être  trop  ignorée.  Courez 
vite  vous  abriter  sous  son  ombre,  à  l'un  de  ces  jours  où  votre  âme 
se  plaît  dans  les  pieux  épanchements.  Avallon  sera  votre  première 
étape;  de  là,  tournez  au  sud,  vers  Saint-Léger,  village  modeste, 
tout  souriant  de  simplicité,  tout  heureux  de  sa  médiocrité  hon- 
nête. De  Saint-Léger,  en  moins  d'une  heure,  vous  êtes  transporté 
danslo  mystérieux  vallon  de  la  Pierre-qui-vire.  Ce  vallon  est  spa- 
cieux et  de  forme  presque  arrondie,  charmante  forme  que  lui  a 
donnée  une  sympathique  nature  ;  hâtez  le  pas,  et  quand  vous^êtes 
arrivé  au  centre  de  cette  belle  étendue,  encadrée  dans  un  rideau 
de  hautes  montagnes,  laissez  en  liberté  errer  votre  regard  ;  s'il 


\ 


—  74  — 

s'élève,  il  aura  de  la  peine  à  monter  aussi  haut  que  ces  crêtes  vives 
et  droites,  qui  se  perdent  dans  la  nue  ;  s'il  s'abaisse  et  qu'il  suive 
dans  leurs  sinuosités  ces  magnifiques  versants,  il  sera  partout 
arrêté  par  les  aspects  les  plus  étranges;  ici,  des  sentiers  qui  glis- 
sent doucement,  ou  des  pentes  qui  se  précipitent  ;  là,  des  roches 
affreusement  fracassées,  ou  des  gouffres  profonds,  dans  lesquels 
on  entend  clapoter  sourdement  les  eaux  qui  descendent;  enfin, 
à  mi-côte,  sur  un  petit  tertre  tout  modeste,  c'est  la  pierre  bran- 
lante, devenue  un  socle  puissant  qui  sert  aujourd'hui  à  une  co- 
lonne d'un  style  simple,  dont  le  blanc  bruni  se  détache  singuliè- 
rement sur  le  fond  gris  du  flanc  de  la  montagne.  Une  statue  est 
debout  sur  cette  colonne  ;  elle  est  l'image  de  la  vierge  des  chré- 
tiens, dont  l'œil,  se  projetant  dans  le  lointain,  protège  le  rocher 
gaulois  et  domine  la  solitude.  Tel  est  ce  lieu  favorisé,  dont  les  an- 
ciens eussent  fait  la  demeure  du  silence.  L'ancien  druidisme  a  dû 
s'y  plaire;  car,  il  est  certain  qu'il  est  venu  fixer  là  sa  tente  et  son 
autel.  Des  traces  non  équivoques  de  son  passage  s'aperçoivent 
sur  la  pierre,  toute  garnie  de  petites  cavités,  et  de  petites  rigoles 
qui  font  communiquer  entr'elles  ces  cavités,  espèce  de  réservoir, 
dans  lequel,  pour  servir  aux  purifications,  était  reçu  le  sang  des 
anciens  sacrifices.  Un  long  temps  a  passé  sur  ce  sol,  mais  il  ne 
lui  a  rien  ôté  de  son  cachet  primitif.  La  Pierre-qui-vire  est  plus 
que  jamais  un  lieu  de  recueillement  et  de  prière.  A  l'ancien  Drui- 
disme, lui  donnant  pour  ainsi  dire  la  main  à  travers  vingt  siècles, 
a  succédé  une  colonie  de  Bénédictins,  attirée  aussi  dans  ces  lieux 
par  la  paix  profonde  qui  y  règne.  C'est  un  établissement  qui  a  été 
fondé  par  l'un  des  grands  ascètes  de  ce  siècle,  le  R.  P.  Muard.  Là, 
sous  une  discipline  à  la  ibis  intelligente  et  sévère,  vivent  un  cer- 
tain nombre  de  religieux,  partageant  leur  temps  entre  le  travail, 
la  prière  et  l'étude,  et  joignant  à  la  vie  pénitente  les  rudes  exer- 
cices de  l'apostolat.  Ces  hommes  de  piété  et  de  labeur  continuent, 
sous  une  forme  autrement  pure,  les  antiques  traditions  religieuses 
dont  ces  lieux  sont  remplis,  au  pied  de  cette  même  pierre  bran- 
lante, qui  a  déjà  vécu  de  longs  siècles,  et  qui  en  vivra  de  plus 
longs  encore,  se  trouvant  ainsi  rajeunie  et  comme  transfigurée 
par  le  christianisme. 

A  Montaiguillon,  c'est  encore  un  autre  si  te.  Il  n'es  t  pas  original  ou 
bizarre,  comme  à  Fontainebleau,  ni  religieux  ou  sévère  comme  à 
la  Pierre-qui-vire  ;  mais,  il  n'a  rien  à  envier  ni  à  l'un  ni  à  l'autre, 
à  cause  du  voisinage  d'une  ruine  remarquable,  qui  fait  sa  dis- 
tinction. 


—  75  — 

D'abord,  au  pied  de  celte  hauteur  boisée,  qu'on  nomme  le  bois 
de  Montaiguillon,  il  y  a  le  village  de  Lcuan,  semblable  au 
village  Saint-Léger  de  la  Pierre-qui-vire,  s'épanouissant  comme 
lui  des  deux  côtés  du  chemin,  et,  comme  lui,  habité  par  une  popu- 
lation d'un  aimable  simplicité.  Quand  ces  braves  gens  vous  re- 
gardent, c'est  avec  la  plus  accueillante  douceur;  quand  ils  vous 
parlent,  il  n'y  a  ni  embarras  ni  ambiguïté  dans  leurs  paroles  ;  et 
leur  main  qui  vous  est  tendue,  vous  sentez  qu'elle  serre  la  vôtre 
le  plus  franchement  du  monde.  Ce  bon  peuple  doit  être  salué  en 
passant,  aussi  amicalement  qu'il  le  mérite. 

Ensuite,  vers  la  partie  du  village  qui  tourne  à  l'est,  vous  pou- 
vez gravir  le  monticule  chargé  d'ombre.  A  peine  vous  êtes  arrivé 
sur  le  plateau,  regardez,  au  levant,  à  travers  les  rayons  qui  se 
jouent  dans  les  clairières  des  grands  arbres.  Bien  au-dessus 
de  leurs  sommets  verdoyants,  vous  voyez  se  dessiner,  comme 
des  silhouettes  de  grandes  lignes  noires  ;  approchez ,  vous  avez 
en  face  de  vous  les  ruines  du  château  de  Montaiguillon,  ruines 
qui,  pour  le  grandiose,  n'ont  de  rivales  peut-être,  dans  le  départe- 
ment, que  les  ruines  de  l'église  de  Larchant.  Sur  ces  vieux  murs 
encore  debout,  quoique  démantelés,  toute  une  histoire  est  écrite, 
dont  le  premier  mot  est  encore  scellé  pour  nous.  Il  serait  à  sou- 
haiter qu'un  savant  spécialiste  vînt  enfin  résolument  débrouiller 
ce  mystère.  Qu'il  nous  montre  s'il  y  avait  là  autrefois,  comme  un 
nid  formidable,  où  guerroyèrent  longtemps  contre  nos  rois,  une 
colonie  du  chevaliers  du  Temple,  ces  terribles  entants  de  Jac- 
ques Molay.  Qu'il  nous  dise  si  l'ancienne  tour  de  Beauchery  et  la 
pierre  branlante,  placées  aux  deux  extrémités  d'une  parallèle,  n'é- 
taient pas  comme  deux  points  fortifiés,  jetés  en  avant  pour  couvrir 
la  forteresse,  ou  comme  deux  vedettes,  d'où  l'on  pouvait  planer 
loin  sur  l'ennemi,  pour  en  signaler  l'approche  !  Aujourd'hui,  pour 
cette  intéressante  étude,  les  voies  s'aplaniraient;  ces  ruines  ap- 
partiennent à  un  noble  et  généreux  héritier  de  l'illustre  famille 
Saint-Chamans.  Grâce  à  sa  belle  initiative,  l'impénétrable  futaie 
qui  les  emprisonnait,  comme  dans  un  réseau,  vient  de  disparaître; 
la  cognée  continue  hardiment  son  œuvre;  de  larges  tranchées  sont 
pratiquées,  et  déjà  une  grande  avenue  se  dessine,  dont  l'entrée 
commence  à  la  route  elle-même. 

Il  s'agit  de  saisir  cette  avenue,  d'en  suivre  les  contours  avec 
confiance,  et,  après  une  marche  facile,  on  aperçoit  devant  soi,  à 
droite,  ces  ruines,  et  sur  la  gauche,  la  pierre  branlante  ou  la 
Pierre-à-cent-têtes  de  Montaiguillon. 


—  76  — 

Notre  tâche  est  finie,  Messieurs;  sur  les  pierres  branlantes,  nous 
avons  dit  :  — leur  nature  ou  constitution  physique;  — leurs  formes, 
le  mode  de  superposition  des  deux  blocs,  leur  volume;  en  un  mol, 
leur,  configuration;  —  puis,  leur  origine,  — leur  objet  et  le  site 
affecté  à  quelques  unes  d'eutr'elles:  —  travail,  trop  long  peut-être, 
auquel  nous  ne  souhaitons  d'autre  succès  que  celui  de  n'être  pas 
trop  indigne  de  vos  savants  travaux  que  nous  avons  encore  admi- 
rés aujourd'hui;  — ces  travaux,  nouevles  avons  salués  nous-même, 
comme  nos  modèles,  trop  heureux,  iMessieurs,  si  nous  pouvions 
vous  suivre  do  loin,  sans  jamais  briguer  l'honneur  de  pouvoir 
vous  imiter. 


LES  RELIQUES  DE  L'ÉGLISE   SAINT-ÉTIENNE 

DE    T5RIE-C0MTE-R0BERT, 
ET  L'INVENTAIRE  DES  MEUBLES,  LINGE,  ORNEMENTS,  JOYAUX,    ETC. 

DE  LA  FABRIQUE, 

PAR  M.   LEMAIRE,  ARCHIVISTE  DU  DÉPARTEMENT, 
Membre  fondateur  (Section  de  lïlelun). 


En  1862,  M.  G.  Leroy,  notre  honoré  confrère,  a  publié  un  acte 
de  notoriété  reçu  par  Louis  de  Courdon,  prévôt  de  Brie,  acte  qui 
se  trouva  actuellement  dans  les  archives  communales  de  Melun, 
et  duquel  il  résulte  que  vingt-sept  individus  «  tous  manans,  habi- 
«  tants  et  paroissiens  de  Brie,  »  sont  venus  devant  le  prévôt  de  la 
ville,  le  31  mai  1431,  affirmer  sur  les  saints  évangiles  avoir  eu 
connaissance  de  deux  miracles  opérés  par  les  reliques  qui  faisaient 
partie  du  trésor  de  leur  église,  lesquelles  avaient  été  dérobées 
par  les  Anglais  en  1430,  et  rapportées  en. grand  honneur  le  15 
juin  1431  ;  non  qu'aucun  des  comparants  ait  été  témoin  des  effets 
miraculeux  qu'ils  ont  affirmés  vingt  ans  après  le  retour  de  ces 
reliques,  ainsi  qu'ils  le  déclarent  naïvement  ;  mais  s'en  rappor- 
tant, pour  les  faits,  au  dire  de  messagers  chargés,  sans  doute,  du 
transport  de  Dieppe  à  Brie,  des  saints  objets  qui  leur  avaient  été 
confiés. 

Le  document  de  1431,  ainsi  que  le  fait  remarquer  très  judicieu- 
sement M.  Leroy,  offre  un  véritable  intérêt  pour  l'histoire  de 
Brie,  puisqu'il  établit  que  cette  ville  a  été  prise  et  ]){i\ée  par  ceux 
qui  furent  nos  ennemis,  quatre  fois  en  trois  ans. 

Critiquer  à  notre  époque  les  affirmations  des  vingt-sept  habi- 
tants de  Brie  faites  en  justice,  il  y  a  plus  de  400  ans,  avec  une 
entière  bonne  foi,  —  on  doit  le  croire,  —  n'aurait  pas  de  sens,  et 
si  j'en  parle,  ce  n'est  que  parce  que  j'ai  eu  entre  les  mains  un  in- 
ventaire des  registres,  titres,  actes,  papiers,  mwîîW/iens  et  enseigne- 
ments appartenant  à  l'église  et  fabrique  Saint-Etienne,  qui  con- 
tient, entr'autres   pièces  intéressantes,  l'état   des   reliques  enle- 


—  78  — 

vées  en  i430  par  les  Anglais,  ainsi  qu'une  partie  des  vêtements 
sacerdotaux  et  des  ornements  de  l'église. 

Cet  état,  que  n'a  pu  rapporter  entièrement  M.  Leroy,  puisqu'il 
n'existe  pas  dans  l'acte  publié  par  lui,  m'a  paru  assez  curieux  pour 
mériter  à  son  tour  d'être  mis  en  lumière. 

Voici,  au  sujet  des  reliques  en  question,  comment  s'exprime 
l'inventaire  des  titres  de  la  fabrique  Saint-Étiennede  Brie,  dressé 
en  1507,  par  Etienne  Delaistre,  clerc,  tabellion-juré  de  u  Braye- 
«  Conte-Robert,  pour  le  Roy,  nostre  sire,  »  avec  permission  du 
bailli  de  la  ville,  honorable  homme  Jacques  Doulcet,  conseiller  au 
Parlement  de  Paris,  représenté  par  Jean  Digues,  son  lieutenant  : 

((  Et  premièrement  ung  vieil  et  ancien  messel  couvert  de  cuir, 
((lequel  se  commence  au  premier  feuillet:  Dominns  vohiscum,  et 
((puis  après:  liber  gêner  aiionis,  et  finissant:  quod  unquani  deseras 
((  iuœ  gentis,  arnen^  en  la  prose  Gaude  Sion,  auquel  messel  mesme, 
((  au  kalendrier  d'icelluy,  au  moys  de  janvier,  sur  la  marge  estoit 
((  escript  ce  que  après  ensuit:  » 

Ici  sont  les  reliques  données  par  frère  Robertus  de  Braya, 
de  r Oindre  des  frères  mineurs. 

Une  épine  de  la  sainte  couronne  et  de  l'herbe  dont  elle  fut  liée. 

—  Du  bois  de  la  vraie. croix.  —  Du  vêtement  de  la  Sainte-Vierge. 

—  De  sa  ceinture.  —  Des  ongles  de  Saint-François.  —  Une  partie 
de  la  mâchoire  de  Saint-Étienne,  avec  une  dent.  —  D'un  os  de 
Sainte-Catherine.  —  De  l'huile  qui  découle  de  son  corps.  — 
Des  reliques  de  Saint-Simon,  Saint-Philippe,  Saint-Thomas  et 
Saint-Denis,  apôtres.  —  Du  chef  de  Saint-Biaise.  —  De  Saint- 
Mêna...  (1)  martyr.  —  De  Sainte-Anastasie,  vierge  et  martyre. — 
De  la  roche  où  était  le  buisson  ardent  du  milieu  duquel  Dieu  ap- 
parut à  Moïse. 

Ces  reliques  ont  été  données  et  concédées  par  le  frère  Robert, 
l'an  du  Seigneur  MCC  XLIX,  le  jour  et  fête  de  la  purification  de 
la  bienheureuse  Vierge  Marie.  (2) 

La  relation  des  miracles,  publiée  par  M.  Leroy,  se  trouve  éga- 
lement, mais  avec  moins  de  détails,  dans  l'inventaire  qui  contient 
rénumération  qui  précède. 

Un  autre  inventaire,  qui  ne  manque  pas  non  plus  d'intérêt,  est 


(1)  Ce  nom,  (jui  est  en  abrège  sur  l'ûrit^inal,  n'a  pu  être  inforpnMé. 

(2)  Ces  paragraphes  sont  ea  latin  sur  l'inventaire  d'où  ils  ont  été  extraits. 


—  79  — 

celui  des  livres  liturgiques,  meubles,  ornements,  argenterie, 
joyaux,  etc,  de  l'église  et  fabrique  de  Brie-Comte-Robert,  trans- 
crit textuellement  ci-dessous,  d'après  l'original  contenu  dans  un 
recueil  de  pièces  appartenant  aux  archives  municipales  de  cette 
ville,  où  elles  ont  été  réunies  en  un  volume,  par  les  soins  de 
M.  Camille  Bernardin,  notre  confrère,  qui  s'est  attaché,  avec 
un  zèle  des  plus  louables,  à  rechercher  et  conserver  tous  les  do- 
cuments qu'il  a  pu  découvrir  intéressant  sa  ville  natale. 

Inventaire  des  livres,  linge,  meubles,  ornements,  joyaux,  et  argenteine 
de  l'église  et  fabrique  de  Brie.  (1454) 

• 

A  tous  ceulx  qui  ces  présentes  lectres  verront,  Pierre  Dubuz, 
prévost  de  Braye-Conte-Robert,  et  Denis  Duquarrefour,  garde  du 
scel  de  ladicte  prévosté,  de  par  monseigneur  le   duc  d'Orléans, 

de  Milanet  de  Valois,  conte  de  Blois,  de  Pauye  et  de  Beaumont, 
seigneur  d'Ast  et  de  Coucy,  salut.  Savoir  faisons  que  le  lundy 
quinzième  jour  de  juillet,  l'an  de  grâce  mil  quatre  cens  cinquante 
quatre,  es  présence  de  nous  garde  dudit  scel  dessus  nommé,  Gilot 
Dréon,  autrefois  marreglier  de  l'esglise  parochialle  monseigneur 
Saint-Estienne  dudit  Braye,  et  plusieurs  autres,  vindrent  et  se  com- 
parurent en  icelle  esglise,  Denis  de  Villemeneur  et  Pierre  Delais- 
tre,  l'aisnés,  à  présent  marreglier  de  ladite  esglise,  d'une  part;  et 
vénérable  et  discrète  personne  maistre  Jean  Boudeaux,  prebtre, 
maistre  es  ars,  naguères  clerc-juré  d'icelle  esglise,  et  Guillaume 
Franc,  à  présent  clerc  d'icelle  esglise,  d'autre  part  ;  en  la  présence 
desquelles  parties,  et  nous  garde  dessusdit  furent  leux,  vu  au  long 
de  mot  ad  mot  les  inventaires  des  biens  et  utenciles  d'icelle  esglise 
qui  faits  auraient  esté  à  la  requeste  de  Jehan  Taboureau  et  Pierre 
Delaistre  l'aisné,  dudit  Denis  de  Villemeneur,  et  aussi  dudit  Gilot 
Dréon,  ces  derniers  précédans  marregliers  et  par  ordre,  pour  et 
afin  de  descharger  ledict  maistre  Jehan  Boudeaux,  desdicts  biens 
et  utenciles,  et  en  charger  ledict  Guillaume  Franc,  ainsi  que  de 
raison,  et  lequel  maître  Jehan  Boudeaux,  es  présence  que  dessus, 
bailla  et  exhiba  tous  lesdicts  biens  et  utenciles  qu'il  avoit  en  sa 
garde  selon  le  quontenu  esdictz  inventaires.  Réserve  trois  vieilles 
chapes,  lesquelles  ont  esté  mises  et  emploiéespour  rappareiller  les 
autres.  Et  il  fut  trouvé  qu'il  y  avoit  du  linge  de  Trêves.  Pourquoy 
de  rochief,  et  à  la  requeste  desdictz  à  présent  marregliers,  et  dudict 
Guillaume  Franc,  fut  faict  inventaire  desdits  biens  et  utenciles, 
par  nous  garde  dessus  nommé,  es  dits  jour  et  an,  en  la  manière  qui 


—  80  — 

enssuit  :  Et  premièrement,  ung  messe!  couvert  de  cuir  rouge  com- 
mençant au  kalendrîer,  Prima  diesmensis,  et  finissant  à  l'une  des 
proses  de  la  dédicasse  Quant  dilecta,  et  la  fin  d'icelie  prose,  psal- 
lentia  amen.  —  Item.  Un  autre  messel  où  est  escript  contre  l'ais 
d'icelluy.  Credo,  dalur  in  missa,  et  au  premier  feillet,  Dominas  vos- 
biscum,  et  en  la  fin  est  escript  une  prose  de  Saint-Martin  qui  se 
commence:  Gaude  Syon,  et  finit:  tue  gentis,  amen.  —  Item.  Ung 
autre  messel  où  est  escript  ou  chiefdu  kalendrier/)ato%  et  se  com- 
mence après  ledit  kalendrier  en  lettre  vermeille,  Dominica  prima 
in  aduenta  domini,  et  se  termine  au  derenier  feillet:  Requiem  simpi- 
ternam.  —  Item.  Ung  autre  bien  vieil  messel  commençant  escript 
contre  Vais:  Memorsit  Dominus,  et  finissant  à  une  ora.ison  :  Deus 
qui  es  inuisibilis,  lequel  messel  est  si  incongneu  qu'il  n'est  mémoire 
s'il  appartient  à  la  dicte  labrice  ou  autre.  Item.  Un  grel  (graduel?) 
couvert  de  cuir  blanc  escript  au  commencement  :  Patrem  omnipo- 
tentem,  et  finissant:  Recordare  mater  Virgo.  —  Item.  Ung  autre  grel 
(graduel?)  nommé  Mornau,  commençant  contre  Fais  :  Cote  alléluia 
ante  tronum,  et  ou  derenier  feillet  apprès  la  vie  notée  de  Saint 
Estienne,  est  escript  :  Agnus  Dei.  —  Item.  Ung  épistolier  com- 
mençant en  lettre  vermeille  :  Hic  incipit  epistola,  et  finissant: 
Dominus  Deusnoster.  —  Item.  Ung  processionnaire  couvert  de  cuir 
vert,  commençant  en  lettre  vermeille  :  Dominica  prima  aduentus, 
et  finissant  :  Accipite.  —  Item.  Ung  autre  processionnaire  de  cuir 
blanc,  commençant:  missus  est,  et  finissant  à  l'impne  (hymne)  : 
de  pange  lingua,  sit  laudatio.  —  Item.  Ung  anthiphonier  commen- 
çant :  In  anno  quo  nativitas,  et  au  feillet  précédant  :  ad  usum 
Parisiensen,  et  finissant  :  Infirmitaiem.  —  Item.  Ung  autre  anthi- 
phonier,  commençant  :  In  anno,  et  finissant  semblablement  : 
Infirmitatem.  —  Item.  Deulx  autres  vieilz  anthiphoniers,  l'un 
d'iceulx  commençant  :  Sabbata  aduentus,  et  finissant  au  pénul- 
tième feillet  :  Huius  precatur  servulis  ;  l'autre  commençant  en 
lettre  vermeille  :  Dominica  prima,  et  finissant  :  magnificat.  — 
Item.  Deulx  vieilz  légendiers  de  deulx  demi -temps,  de  pare- 
mens  telz  quelz,  les  autres  non.  —  Item.  Cinq  amictz  de 
Trêves.  —  Item.  Le  Ciel  qu'on  porte  lejour  du  Saint-Sacrement, 
quatre  aurillcrcs  d'autel,  et  deux  paremens  à  mettre  sur  iceulx 
aurillers.  —  Item.  Un  parement  doré  qu'on  dit  estre  du  Saint- 
Sacrement;  doux  parements  d'autel;  ung  parement  fi  mettre  sur 
lepulpitrc;  deux  paremens  pour  les  épistres  et  euangiles,  et  le 
parement  de  robinet.  —  Item.  Une  chasuble  de  drap  de  damas 
blanc,  tunique  et  damatique  garniz  de  deux  estoles,  et  trois  plia- 


—  Bi- 
nons. —  Item.  Une  autre  chasuble  de  drap  vermeil  à  feilles  de 
chastignier,  et  une  autre  chasuble  telle  quelle,  de  plusieurs 
coleurs.  —  Item.  Une  chasuble  vermeille,  tunique  et  damatique 
garniz  d'une  estole  et  ung  phanon,  avecques  une  autre  chasuble 
qu'on  met  à  tous  les  jours,  telle  quelle.  —  Item.  Une  chasuble, 
tunique  et  damatique  de  toille  blanche  telle  quelle,  qui  n'est 
aucunement  garnie,  avecques  ung  phanon  blanc  doublé  de  toille 
perse  qui  est  demouré  des  beaiilx  aournemens  blancs  que  les  Anglais 
emportèrent.  —  Item.  Une  chape  et  une  chasuble  de  veloux  noir 
qui  sont  pour  le  service  du  roy  Charles,  garniz  d 'estole  et  phanon 
dudit  veloux  avecques  une  tunique  et  damatique  de  toille  noire,  et 
quatre  chapes  aussi  de  toille  noire,  pour  les  trespassez,  telles 
quelles.  —  Item.  Trois  bien  vieilles  chasubles  telles  quelles, 
avecques  une  tunique  et  damatique  de  violet,  bien  vieil  telle 
quelle.  —  Item.  Une  tunique  de  drap  vert  de  tripe,  et  une 
tunique  de  soye  ouurée,  de  plusieurs  coleurs  avecques  deux 
chapes  à  orfray  d'or,  telles  quelles;  une  autre  chape  vermeille, 
qui  a  autrefoiz  esté  gastée  d'huile.  —  Item.  Une  tunique  et  dama- 
tique vermeilles  à  l'euure,  de  damas  pour  napes,  telles  quelles.  — 
Item.  Sept  chapes,  quatre  grandes  et  trois  petites,  telles  quelles, 
une  estole,  ung  phanon  vermeil  de  drap  d'or  figure,  trois  estoles 
et  trois  phanons  de  plusieurs  sortes,  telz  quelz,  et  trois  autres 
phanons  telz  quelz.  —  Item.  Ung  calice  d'argent  doré,  un  autre 
calice  d'argent  doré,  et  un  autre  calice  d'estain.  —  Item.  Le  bon 
calice  d'argent  doré  au  quel  a  une  ymaige  du  crucifix;  tous  lesdiz 
calices  garniz  de  plataines  à  leur  sorte.  —  Item.  Le  joyel  d'argent 
à  porter  Corpus  Domini.  —  Item.  Un  joyel  en  manière  d'une 
coronne  où  il  y  a  une  espine  de  la  saincte  coronne  de  Nostre- 
Seigneur;  ung  autre  joyel  où  il  y  a  de  la  vraye  croix  et  plusieurs 
autres  reliques.  —  Item.  Trois  lampiers  d'argent  et  quatre  chan- 
deliers de  cuiure,  cest  assauoir  :  deux  grans  et  deuxpetiz;  la 
banière  pour  porter  aux  processions,  qui  a  esté  naguères  laite 
neufue,  et  une  grant  croix  et  une  paix,  telles  quelles.  —  Iteni. 
l'un  d'iceulx  commençant  :  Beatus  vir,  et  finissant  :  in  gloria; 
l'autre  commençant  aussi  :  Beatus  vir,  et  finissant  :  m  sempiterna 
splendore  amen.  —  Item.  Ung  légcndier  neuf  commençant  :  Domi- 
nica  prima  in  aduentu,  et  finissant  :  Tu  auteni  Domine  miserere 
nostri.  —  Item.  Ung  psaultier  f'érial  commençant  en  menue  lettre  : 
Domine  labiœ  mea  aperies,  et  finissant  :  miserere  nobis.  —  Item. 
Ung  aultre  vieil  psaultier  férial  commençant  en  menue  lettre  : 
secondum  Lucam,  et  finissant  lu  fin    de  :  Panye  lingua  in  pnf/in, 

G 


—  82  — 

amen.  —  Item.  Ung  petit  vieil  messel  commençant  au  second 
feillet  :  Collocaremw\  et  finissant  :  Vigilate.  —  Item.  Ung  vieil 
ordinaire  qui  se  commence  en  lettre  vermeille  :  Incipit  ordo,  et 
finissant  :  Sospes  regreditur.  —  Item.  Ung  autre  bien  vieil  missel 
commençant  au  second  feillet  :  Perscrm  dûm  nûm  {christum  domi- 
num  nostrum)^  et  finissant  :  Pravitatis  seu  hosiilem. —  Item.  Ung 
petit  vieil  processionnaire  commençant  :  Ecce  dies  veniunt^  et  finis- 
sant :  Quius  inier. —  Item.  Ung  manuel  neut  commençant  en  lettre 
vermeille  :  Benedictio  aquœ,  et  finissant  :  Spintus  Sancti  amen.  — 
Item.  Un  autre  vieil  manuel  commençant  en  lettre  vermeille  :  Ad 
cathecumenum,  et  finissant  :  Et  Spintus  Sancti  amen.  —  Item.  Le 
livre  où  sont  les  leçons  des  mors  et  plusieurs  autres  suffrages, 
commençant  en  lettre  vermeille,  ou  kalendrier  :  Jannuarius,  et 
finissant  :  Perducere  digneinr.  —  Item.  Ung  autre  livret  où  ny  a 
riens  que  le  kalendrier,  et  deux  autres  où  il  n'y  a  que  le  service 
du  Saint-Sacrement,  et  ung  petit  prosier  telz  quelz.  —  Item.  Ung 
brévière  de  demi-temps,  commençant  après  le  kalendrier  :  lieatus 
vh\  et  ou  commencement  du  pénultième  feillet  :  Memorie  per 
tonim  annum.  —  Item.  Ung  autre  brévière  de  demi-temps,  com- 
mençant :  Pro  fidei,  et  finissant  :  Neuma  (1).  —  Item.  Unze  napes 
neufues,  douze  napes  plaines  telles  quelles;  deux  napes  ouurèes, 
toutes  napes  d'autel  et  une  nape  ouurée  a  estomminger  qui  font 
vingt-six  napes  dont  il  y  a  deux  napérons  h  mettre  soubz  les 
burettes.  —  Item.  Dix  touailles  dont  il  y  a  une  neufue  et  les  autres 
telles  quelles.  —  Item.  Trois  custodes  à  mettre  autour  du  grant 
autel  en  karesme.  —  Item.  Deux  custodes  raalées  qui  sont  h  pré- 
sent au  deuant  du  grant  autel.  —  Item.  Une  chemise  dont  on 
cueuure  le  tabernacle.  — Item.  Deux  surpelix  telz  quelz,  et  trois 
surpelix  neufz.  —  Item.  Une  aulbe  neufue  et  une  nape  neufue 
auecques  deux  amictz,  et  treize  aulbes  dont  il  y  en  a  les  huit  gar- 
nies de  paremens,  les  autres  non,  telles  quelles.  —  Item.  Une 
aulbe  de  Trêve.  —  Item,  Quinze  amictz  dont  les  huit  sont  garniz 
Huit  corporaulx  et  trois  estuiz  à  corporaulz.  —  Item.  Onze  autres 
corporaulx  et  une  touaille  de  soyc  bien  fine,  ;\  tenir  la  platine  aux 
bons  jours  que  Mahie,  de  Villemencnr,  receueur  de  monseigneur 
le  duc  d'Orléans,  a  donné  à  ladite  fabrice.  —  Item.  Six  burettes 
d'estain,  ung  encensoir,  trois  orfeaulx,  deux  petites  clochettes. 
Lesquels  bon  calice,  le  joiel  à  Corpus  IJomini,  ensemble  le  Joiel  à 

(1)  Il  est  à  remarquer  que  tous  ces  livres  étaient  des  manuscrits;    l'inventaire  où 
ils  sont  décrits  est  de  ii'ùi,  et  l'imprimerie  n'a  pénétré  en  France  que  vers  14^9. 


—  83  — 

la  coronne,  sont  mis  en  une  arche  toute  propice  à  ce,  dedans  ung 
des  grans  cotres  de  ladite  Fabrice,  avecques  lesdites  reliques  a,  et 
sous  la  garde  dudit  Guillaume  Franc,  ensemble  lesdits  biens  et 
utenciles  en  la  garde  d'icellui  Guillaume.  Lequel  Guillaume  a  pro- 
mis en  notre  main,  en  rendre  compte  bon,  juste  et  loial,  et  reliqua 
toutefToiz  que  mestier  en  sera,  aux  marregliers  prochains  leurs 
successeurs  ou  autres  qu'il  appartiendra,  pour  et  ou  nom  de  ladite 
fabrice.  Et  a  ce  se  vindrent  et  furent  présens  par  deuant  nous, 
garde  dudit  scel  dessus  nommé,  Jehanne,  veufue  de  feu  David 
Franc,  mère  dudit  Guillaume,  dame  de  soy  usans  de  ses  droitz, 
libériez  et  franchises  ;  et  Louys  Toutbon,  marchand  chaussetier 
demeurans  audit  Braye;  lesquels  Louys  et  veufue,  chascun  d'eulx 
pour  le  tout,  se  constituent  pièges  et  cautions  principaulx  et  respon- 
dans  des  choses  dessus  dictes,  pour  et  ou  lieu  dudit  Guillaume 
Franc,  et  promisdrent  iceulx  Guillaume  et  sesditz  pièges,  chascun 
pour  le  tout,  d'en  rendre  bon,  juste  et  loial  compte  et  reliqua, 
touteffois  que  mestier  en  sera  ausditz  marregliers  qui  sont  à  pré- 
sent, et  à  leurs  successeurs,  ou  aianz  cause,  et  à  tous  autres  qu'il 
appartiendra,  pour  et  au  nom  de  ladite  fabrice,  et  tous  sur  l'obli- 
gation de  leurs  biens  meubles  et  immeubles,  présens  et  aduenir. 
—  En  tesmoins  de  ce  nous  auons  mis  à  ces  letres,  le  scel  de  ladite 
prévosté.  —  Ce  fut  fait  et  donné  l'an  et  jour  dessus  dis. 

Signé  :  D.  Dlqarrefodr. 
(Le  sceau  manque.) 


—  8o  — 

NOTE  SUR  L'ÉTYMOLOGIE  DU  NOM  DE  MONTEREAU, 

PAR    M.    PAUL    QUESVERS, 
Membre   fondateur   (Section  de  llelun). 


L'étymologie ,  a  dit  M.  Littré,  est  une  science  accessoire  de 
l'histoire  (1).  On  ne  s'étonnera  donc  pas  si  avant  de  commencer  des 
recherches  plus  intéressantes  et  plus  importantes  sur  ma  ville 
natale,  j'essaie  de  déterminer  exactement  l'étymologie  de  son  nom. 
Montereau  vient-il  de  Mons  Begalis,  comme  le  prétendent  quel- 
ques-uns, ou  de  Monasteriolum.^  comme  le  croient  la  plupart  des 
étymologistes  ? 

Quelques  personnes  curieuses  demanderont  peut-être  d'abord 
l'étymologie  de  l'ancien  nom  de  Montereau  :  Condate.  Une  longue 
discussion  sur  ce  sujet  serait  oiseuse;  je  me  bornerai  simplement 
à  rapporter  l'opinion  de  deux  savants  qui  l'ont  autorité  en  pareille 
matière.  Voici  ce  que  dit  d'Anville  (i2)  :  ((  la  dénomination  de 
»  Condate  à  beaucoup  de  lieux  dans  la  Gaule  désigne  la  situation 
»  dans  le  coin  de  terre  que  forme  le  confluent  de  deux  rivières.  » 
C'est  aussi  l'opinion  d'Adrien  de  Valois  :  «  Condate,  rapporte- 
»  t-il  (3),  est  un  ancien  nom  gaulois  qui  désigne  un  confluent.  » 
Je  dois  ajouter  que  quelques  savants  pensent  que  Condate  vient 
de  cuneus,  coin,  triangle,  encoignure.  Quoi  qu'il  en  soit,  quantité 
de  lieux  en  France  s'appellent  encore  aujourd'hui  Condé^,  Condat, 
Gosne,  Cosnac,  Cognac,  etc. 

Les  partisans  de  l'étymologie  Mons  Regalis  sont  peu  nombreux. 
C'est,  je  crois,  Dom  Morin  qui,  le  premier,  l'a  mise  en  avant  (4)  ; 
mais  sans  citer  aucune  preuve  à  l'appui;  Duchesne  (5)  penche 
aussi  un  peu  pour  cette  étymologietrès-hasardée.  Les  plus  anciens 
documents  qui  parlent  de  la  ville  de  Montereau,  ne  la  désignent 


(1)  Hist.  de  la  Langue  Française,  t.  I,  p.  25. 
(2i  Géographie  ancienne,  t.  1,  p.  73. 

(3)  Notilia  provincianim  (îalliœ,  p.  153,  col.  \. 

(4)  Hist.  (iii  Gàtinois,  p.  537. 

(5)  Antiquité  des  villes,  p.  355. 


—  86  — 

jamais  sous  le  nom  de  Mons  Regalis  :  «  Monasteriolum  au  confluent 
de  l'Yonne  et  de  la  Seine,  »  dit  Geoffroy  de  Clairvaux  (1)  ;  «  Mono.s- 
»  teriolum  où  l'Yonne  se  jette  dans  la  Seine,  »  dit  l'auteur  du 
Livre  des  miracles  de  saint  Bernard. 

Par  monasteriolum^  selon  Ducange  (2),  on  désignait  un  petit 
monastère  dépendant  d'un  plus  grand.  II  ne  faudrait  cependant 
pas  conclure  de  là  qu'un  couvent  ait  dû  nécessairement  exister  au 
confluent  de  l'Yonne  et  de  la  Seine,  couvent  qui  aurait  changé, 
de  Condate  en  Monasteriolum,  le  nom  de  Montereau.  a  En  eflet, 
dit  l'abbé  Lebeuf,  «  plusieurs  lieux  ont  reçu  anciennement  le  nom 
))  de  monasletHolum  quoique  occasionné  par  une  simple  chapelle, 
»  lorsque  cette  chapelle  appartenoit  à  une  communauté  ecclésias- 
»  tique  ou  avoit  été  bâtie  par  cette  communauté;  car,  en  ce  cas,  on 
))  l'appeloit  monas^teriolum  pour  la  distinguer  de  celles  que  lespar- 
»  ticuliers  faisoient  construire  (3j.  »  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est 
que  l'emplacement  de  l'ancienne  Condate  appartenait  à  l'église  de 
Sens  :  (t  Erat  ex  sancti  Stephani  beneficio,  »  dit  Clarius  dans  la 
Chronique  de  saint  Pierre-le-Vif. 

Le  mot  monasteriolum  s'altéra  peu  à  peu.  Au  commencement  du 
xii^  siècle  on  le  trouve  déjà  écrit  monsteriolum  (4);  en  H76,  dans 
une  charte  portant  confirmation  des  droits  du  préchantre  sur  les 
écoles  du  diocèse  de  Sens,  musterolium  (o);  en  H9I,  dans  une 
transaction  entre  l'archevêque  de  Sens  et  l'abbaye  de  Saint-Ger- 
main-des-Prés,  musteriolwn  (6);  en  1227,  monstroliiim  (7);  en  1236, 
monsterolum;  en  1254,  monsterolium ;  ailleurs,  montei  olum  ;  dans 
Guillaume-de-Nangis  (8),  mosterolium;  et  enfin  dans  l'épitaphe  de 
Pierre  de  Montereau,  musterolum. 

Je  me  résume  :  Si  Montereau  venait  de  mons  Begalis,  on  trou- 
verait des  chartes  désignant  cette  ville  sous  ce  nom;  puis,  lorsque 
cessa  l'usage  de  la  langue  latine,  les  premiers  chroniqueurs  qui 
écrivirent  en  français  se  seraient  servis  du  mot  mont  Béai  (9),  et 
non  pas  de  montereul,  monstei-eul,  mons  tereau,  mons  triau.  L'.s  qui 


(1)  De  vita  B.  J3ernardi  Abbatis,  lih.  IV. 

(2)  Glossarium,  t.  IV,  p.  48.  Paris,  Didot,  1845. 

(3)  Hist.  du  Diocèse  de  Paris,  t.  V,  p.  59. 

(4)  L'abb(5  Duru,  Bibliothèque  historique  de  l'Yonne,  t.  |[,  p.  500. 
(5—6)  Quantin,  Cartulaire  de  l'Yonne,  t.  11,  p.  :211,  432. 

(7)  Galiia  Christiana,  t.  Xil,  p.  61. 

(8)  Gesta  Ludovici  Francoruni  régis,  ejus  nomine  noni. 

(9)  Comme  dans  la  vieille  devise  des  comtes  de  Chastellux  :  Chastellux  a  .Mont- 
Real. 


—  87  — 

se  trouve  constamment  clans  le  mot  Monstereau  jusque  même  au 
xvii^  siècle,  est  une  preuve  irréfutable  que  le  mot  primitif  éiait 
monnsteriolum,  et  par  contraction  monsteriolum.  Il  est  impossible 
que  les  auteurs  du  moyen-âge  presque  tous  versés  dans  la  langue 
latine,  aient,  pour  traduire  en  français  ce  mot  :  mom  (regalis), 
emvloyé  à  la  fois  Vs  du  nominatif  et  le  t  du  génitif. 

Du  Gange  et  Fabbé  Lebeuf  traduisent  par  Monstreiiil  le  mot 
Monaslenolum.  J'ajoute  enfin  que  1  épitaphe  de  l'épouse  de  Pierre 
de  Monlereau  est  ainsi  conçue  :  Ici  gisL  Annés  femme  jadis  feu 
Pierre  de  Montèrent  (1).  C'est  surtout  sur  cette  épitaphe  que 
l'abbé  Lebeuf  s'est  appuyé  pour  prétendre  que  le  célèbre  archi- 
tecte était  de  Mon  treuil  près  Paris;  l'assertion  du  savant  Auxer- 
rois,  forcé  de  convenir  du  reste,  que  «  Monasteriolum  peut  quel- 
quefois signifier  Montereau,  »  cette  assertion,  dis-je,  tombe 
d'elle-même,  puisqu'il  est  surabondamment  prouvé  d'une  part  : 
que  Montreuil  et  Montereau  ont  une  étymologie  identique; 
d'autre  part  :  qu'on  trouve  des  textes  désignant  aussi  notre  ville 
sous  le  nom  de  Montèrent  (2). 

Telle  est  mon  opinion  sur  l'étymologie  du  mot  Montereau  ;  je 
l'exprime  humblement,  tout  prêt  à  la  rejeter,  si  on  a  des  preuves 
certaines  à  m'opposer.  L'étymologie  est  une  science  difficile  ;  il 
faut  donc  beaucoup  de  prudence  en  cette  matière,  car  les  étymo- 
logistes  sont  rarement  d'accord,  ce  qui  a  fait  spirituellement 
écrire  à  un  savant  moderne  :  «  Si  Dieu,  comme  on  Ta  dit,  a  voulu 
))  livrer  le  monde  aux  disputes,  il  faut  convenir  que  jamais  cette 
»  volonté  ne  s'est  plus  visiblement  manifestée  qu'à  propos  de  la 
»  science  étymologique  (3).  » 


(1)  Hist.  littéraire  de  la  France,  t.  XIX,  p.  69. 

(2j  Curiosités  philologiques,  p.  77. 

(3)  L'auteur  de  cet  article  aurait  pu  ajouter  à  ses  recherches  les  noms  latins  des 
cinquante  ou  soixante  Montreuil  qui  se  trouvent  en  France,  des  Monlereau  autres 
que  Montereuu-f'ault-Yonne,  des  Munteriou,  etc.  —  Montreuil ^  Montereau,  Mon- 
teriou,  Momteroux  (Isère),  Monstero,  Moiistera,  J/oi^/aro/e  (Hautes-Fyrénées)  etc., 
dérivant  tous,  avec  des  formes  diverses  selon  les  pays,  du  latin  Monasteriolum. 

{Note  (le  la  rédaction.) 


—  89  — 

UNE   FÊTE  OFFICIELLE   A  MLUN, 

sous  LOUIS  XV, 

PAR    M.     G.    LEROY, 
Secrétaire  et  membre  fondateur  (!§ectIon  de  Melun). 


Le  traité  de  Vienne,  qui  mettait  fin  à  la  guerre  entreprise  par 
Louis  XV  contre  les  princes  d'Allemagne,  dans  l'intérêt  de  son 
beau-père  Stanislas  Leckzinski ,  fut  accueilli  avec  joie  dans  la 
France  entière.  La  campagne  dirigée  avec  succès  par  les  maré- 
chaux de  Villars,  de  Goigny  et  de  Broglie,  avait  été  glorieuse;  nos 
troupes  revenaient  victorieuses  de  la  Guienne;  Stanislas  recevait, 
en  échange  de  la  Pologne,  la  Lorraine  et  le  Barrois,  qui,  après  sa 
mort,  devaient  faire  retour  à  la  France  (1).  Il  n'en  fallait  pas 
davantage  pour  exciter  l'enthousiasme  du  pays. 

Depuis  plusieurs  années,  il  s'était  trouvé  trop  peu  d'occasions 
de  célébrer  le  triomphe  de  nos  armes,  pour  négliger  de  le  faire  en 
cette  circonstance.  Aussi,  les  gouverneurs  des  provinces  furent-ils 
chargés  de  transmettre,  à  ce  sujet,  des  ordres  aux  maires  et  auto- 
rités des  bonnes  villes  du  royaume.  Le  comte  d'Évreux,  gouver- 
neur de  l'Ile-de-France,  dépêcha  ses  missives  dans  les  localités  les 
plus  importantes  de  son  gouvernement,  au  nombre  desquelles  se 
trouvait  Melun  (2).  La  cérémonie  fut  fixée  au  12  juillet  1739.  Ge 
sont  moins  les  détails  d'une  fête  qui  n'eût  rien  d'extraordinaire, 
que  les  coutumes  du  temps,  qu'il  s'agit  de  rappeler  ici  : 

A  cette  époque,  Melun  ne  possédait  pas  d'hôtel-de-ville.  Le 
pavillon,  situé  sur  le  bord  de  la  Seine,  à  l'extrémité  de  la  rue 
Neuve,  dans  lequel,  depuis  un  temps  immémorial,  les  affaires  de 


(1)  Traité  signé  à  Vienne  eu  novembre  1738,  auquel  les  rois  d'Espagne,  de  Sar- 
daigue  et  des  Deux-Siciles  adhérèrent  l'année  suivante. 

(Lacretelle.  Histoire  de  France  pendant  le  xviii^  siècle,  t.  11,  p.  181.) 

(2)  Louis  de  Latour-d'Auvergne,  comte  d'Évreux  et  de  Tancarville,  colonel-général 
de  la  cavalerie,  gouverneur  et  lieutenant  général  pour  le  roi  au  gouvernement  de 
l'Ile-de-France,  gouverneur  particulier  des  villes  et  châteaux  de  Soissons,  Laon  et 
Noyon.  —  Lettre  par  lui  adressée  aux  maire  et  échevins  de  Melun,  le  6  juin  1739. 

(Archives  municipales,  série  AA,  2.) 


—  90  — 

la  cité  s'étaient  toujours  réglées,  n'était  plus  habitable;  ce  n'était 
qu'une  ruine,  qui  rappelait  les  anciens  droits  de  la  commune.  Les 
finances  municipales  n'avaient  pas  permis  de  le  rétablir,  ni  même 
de  le  remplacer  par  un  autre  local,  aussi  modeste  que  possible. 
Les  intérêts  de  la  ville  se  discutaient  au  domicile  du  maire,  dont 
les  attributions  étaient  fort  restreintes,  depuis  la  consécration  de 
la  monarchie  absolue.  C'était  laque  ce  magistrat,  assisté  de  quatre 
échevins,  présidait  les  assemblées  des  habitants.  Cet  lut  là  aussi 
le  lieu  de  réunion  du  cortège  qui  devait  proclamer  le  traité  de 
Vienne  dans  la  ville  de  Melun. 

En  1739,  l'office  de  maire  de  Melun,  office  qui  se  vendait  et  se 
transmettait  à  prix  d'argent,  appartenait  à  messire  Simon-Étienne 
Poiret,  conseiller  du  roi,  quelque  peu  homme  de  robe,  quelque 
peu  homme  d'épée(l).  Il  remplissait  ses  fonctions  avec  une  dignité 
toute  magistrale,  et  se  montrait  le  zélé  défenseur  des  prérogatives 
que  le  pouvoir  royal  lui  avait  laissées.  Ce  personnage,  allié  aux 
meilleures  familles  de  la  ville,  aux  Riotte  de  la  Riotterie,  aux 
Leconte,  aux  Guérin,  aux  Poncet,  et  qui  jouissait  de  l'estime  des 
nobles  maisons  de  la  province,  des  Brichanteau-Nangis  et  de  sei- 
gneurs ayant  rang  à  la  cour,  habitait  dans  la  rue  aux  Oignons, 
un  antique  hôtel,  de  bonne  apparence,  contigu  à  l'hôtel  des  Cens. 
Sa  demeure  présentait  un  double  caractère,  mi-parti  seigneu- 
rial, mi-parti  bourgeois,  et  se  montrait  empreinte  de  la  physio- 
nomie particulière  aux  édifices  qui  furent  construits  durant  le 
xvi"  siècle  (2). 

La  rue  de  l'Hôtel-de- Ville  ne  fut  pas  toujours  garnie  de  bou- 
tiques comme  elle  l'est  aujourd'hui.  Au  temps  où  elle  s'appelait 
rue  aux  Oignons,  et  plus  anciennement  encore  rue  Jehan  Châtelain, 
on  y  voyait  de  vieux  hôtels  patrimoniaux,  où  logeaient  les  magis- 
trats et  les  habitants  de  bonne  lignée.  A  côté  des  portes  cochcres 

(1)  L'office  lie  conseiller  du  roi,  maire,  ancien  mi-triennal  de  la  ville  et  commu- 
nauté de  Melun  avait  été  rétabli  par  édit  du  mois  de  novembre  1733.  11  se  payait 
10,000  livres;  300  livres  de  rente  y  étaient  attachées.  Jl.  Poiret  en  avait  été  pourvu 
le  30  juin  1730;  il  s'en  démit  le  18  avril  1751  sous  la  réserve  de  ses  droits  hono- 
rifiques. 

(2)  Le  29  avril  1737,  M.  Poiret  avait  épouse  Elisabeth  Lecomte,  fille  d'un  con- 
seiller au  parlement  de  Dijon,  et  petite-fille  de  François  Riotte,  écuyer,  sieur  de  la 
Riotterie,  grand  bailli  de  Melun  et  Moret,  ancien  gouverneur  du  château  de  Melun. 
Un  enfant  de  ce  mariage  eut  pour  parrain  haut  et  puissant  seigneur  messire  Louis 
mar(|uis  de  Rrichanteau,  clievalier,  seigneur  de  Gurcy,  Chalautre,  etc.  —  L'hôtel 
occupé  par  le  sieur  Poiret  lui  avait  été  donné  par  le  sieur  de  la  Riotterie,  à  l'occa- 
sion de  son  mariage,  en  avril  1737. 


—  91  — 

cintrées,  dont  les  heurtoirs  étaient  habilement  ciselés,  se  trouvaient 
les  montoirs  qui  aidaient  à  se  mettre  en  selle,  et  sur  lesquels  les 
mendiants  s'accroupissaient  en  attendant  les  charités  du  maître 
du  logis  (1).  Ce  n'était  pas  que  ces  demeures  fussent  précisément 
gaies  et  claires.  Leurs  grès  noirâtres,  leurs  grandes  fenêtres, 
divisées  par  une  croix  de  pierre,  rappelaient  le  temps  de  Henri  IV, 
et  même  l'époque  d'un  autre  roi  populaire,  Louis  XII,  à  l'enterre- 
ment duquel  le  peuple  entier  pleura.  Mais  elles  avaient  un  carac- 
tère de  respect  qu'on  chercherait  vainement  sur  les  habitations 
modernes.  On  sentait  que  les  générations  naissaient  et  mouraient 
dans  ces  murs,  dont  elles  se  transmettaient  religieusement  la 
propriété.  L'hôtel  du  maire  perpétuel  de  la  ville  de  Melun  rentrait 
dans  cette  catégorie. 

Le  douzième  jour  de  juillet  en  l'an  de  grâce  1739,  cette  demeure 
présentait  une  singulière  animation.  Les  échevins,  Etienne-Vin- 
cent Maillet,  Guillaume  Sallô  et  Jean-Louis  Colleau,  avocats  ou 
marchands,  s'y  étaient  rendus,  en  compagnie  des  officiers-  et  des 
sergents  delà  milice-bourgeoise,  pour  former,  dans  la  fête  du  jour, 
le  cortège  du  premier  magistrat  de  la  cité;  les  miliciens  remplis- 
saient la  cour  (2).  Au  dehors,  une  foule  nombreuse  se  p.-essait, 
joyeuse  et  enthousiaste,  faisant  retentir  l'air  de  ses  acclamations. 
Midi  sonnait  aux  horloges  de  la  ville,  lorsque  le  cortège  se  mit 


(1)  Les  mendiants  étaient  si  nombreux  à  Alelun,  qu'en  1725  on  dùl  nommer 
deux  gardes  pour  s'opposer  à  leurs  déprédations. 

(Archive»  municipales,  registres,  série  BB.) 

(2)  Les  échevins  de  iMelun  étaient  au  nombre  de  quatre;  ils  étaient  élus  pour  trois 
ans  par  des  habitants  choisis  dans  chaque  paroisse. 

L'institution  des  compagnies  bourgeoises  de  Melun  remontait  au  xvu*  siècle.  Elles 
comprenaient  six  compaj^nies  composées  d'un  officier,  de  quatre  enseignes  ou  ser- 
gents et  d'un  nombre  illimité  de  bourgeois.  En  1739,  elles  étalent  commandées 
comme  suit  : 

l'e  compagnie  Jacques  Canet,  huissier. 

2^  —  Louis  Brandin,  marchand  mercier. 

3®  —  Augustin  Pineau,  maître  chirurgien. 

4^  —  Antoine  Gittard,  marchand. 

5*  —  Pier-re-Paul  CoUin,  marchand. 

6*  —  Pierre-Jacques  Leroy,  échevin  et  marchand. 

Les  compagnies  bourgeoises  de  Melun  avaient  le  pas  sur  la  compagnie  d'arque- 
busiers, en  vertu  de  lettres  du  gouvernement  de  l'Ile-de-France,  datées  du  11  mars 
1723.  Pour  S8  soustraire  à  ce  qu'ils  regardaient  comme  contraire  à  leurs  droits,  les 
arquebusiers  refusèrent  désormais  de  figurer  dans  les  cérémonies  publiques.  Ils 
élevaient  la  prétention  de  marcher  en  tête  de  la  milice  bourgeoise  et  à  la  distance 
de  six  pas.  (Registres  de  l'hôtel-de-ville  de  Melun,  1724  à  17'i3.) 


—  92  — 

en  marche.  Il  présentait,  en  cet  instant,  une  gravité  et  un  ordre 
que  troublèrent,  plus  tard,  la  foule  des  curieux  et  le  peu  de  lar- 
geur des  rues. 

En  tête,  s'avançaient,  à  cheval,  les  officiers  de  la  milice,  mar- 
chant deux  à  deux,  l'épée  à  la  main.  Deux  tambours,  seuls 
instruments  dont  on  disposât,  précédaient  les  vingt-quatre  ser- 
gents de  la  garde  urbaine,  qui  venaient  à  pied,  également  deux  à 
deux,  portant  les  enseignes  de  leurs  compagnies.  Les  édiles  et  le 
sieur  Beaunier,  leur  greffier,  tous  à  cheval,  arrivaient  ensuite  ; 
deux  hallebardiers,  sorte  de  valets  de  ville,  revêtus  d'une  casaque 
aux  armes  municipales,  éclairaient  leur  marche.  Ce  fut  dans  cet 
ordre  que  le  cortège  quitta  le  logis  du  maire,  longea  la  rue  aux 
Oignons,  prit  la  Grande-Rue  par  le  coin  des  Petites-Halles,  et 
arriva  devant  le  Ghâtelet,  qui  s'élevait  à  l'entrée  du  Pont-aux- 
Fruits.  Là  se  trouvaient  les  officiers  du  bailliage  civil  et  criminel, 
accompagnés  de  deux  sergents  de  police,  l'épée  à  la  main,  et  de 
deux  audier.ciers  en  robes;  tous  étaient  h  cheval.  Ils  se  placèrent 
à  droite  des  officiers  municipaux,  de  manière  à  marcher  trois  de 
front  :  deux  magistrats  du  présidial  et  un  officier  de  ville.  Chacun 
s'efforçait  de  conserver  son  rang,  car  la  question  de  préséance 
était  une  grosse  affaire.  Nul  n'aurait  cédé  le  pas  au  voisin,  peu 
disposé  à  le  céder  lui-même.  A  la  suite  de  cette  partie  du  cortège, 
s'avançaient  les  six  compagnies  de  milice  bourgeoise,  dont  il  n'é- 
tait pas,  non  plus,  toujours  facile  de  régler  la  marche.  De  même 
que  les  ordres  religieux  dans  les  processions,  la  droite  leur  appar- 
tenait alternativement,  dans  les  revues  et  parades  où  elles  figu- 
raient. Enfin,  une  compagnie  volontaire  de  jeunes  garçons,  à 
cheval,  complétait  l'escorte  (1). 

Les  costumes  et ,  les  uniformes  ne  brillaient  guère.  Qu'on  se 
figure,  en  effet,  une  cavalcade  de  magistrats  en  robes  noires, 
rouges  et  brunes,  en  longues  perruques  aux  boucles  échevelécs,  en 
bonnets  carrés  ou  en  tricornes  (2) ,  dans  laquelle  tranchaient 
seulement  les  habits  bleus  des  officiers  de  milice,  les  casaques 


(1)  Tous  les  détails  relatifs  à  -cette  cérémonie  sont  lires  du  procès-verbal  qui  en  a 
été  dressé  par  le  maire  elles  écheviris. 

(Registre  destiné  à  écrire  les  jugements,  ordonnances  et  délibérations  de 
l'hôlel-de-ville  de  Melun,  commencé  le  48  janvier  1724,  terminé  le  7  dé- 
cembre 1743,  folio  87  et   uivants.  —  Archives  niunicij)ales,  série  AA.) 

(2)  Les  conseillers  au  présidial  portaient  la  simarre  de  soie  noire  et  le  chapeau 
fourré;  les  officiers  de  ville  avaient  la  robe  mi-parti  rouge  et  brune.  (Voir  l'histoire 
du  costume  en  France,  les  portraits  du  temps,  etc.) 


—  93  — 

armoriées  des  hallebardiers,  et  les  pourpoints  gris  de  fer  des 
miliciens.  Mais,  tel  qu'il  était,  le  cortège  avait  un  aspect  assez 
original  pour  satisfaire  la  curiosité.  Ajoutons  que  la  gravité  des 
dignes  personnages  qui  le  composaient,  souvent  compromise  par 
les  incartades  de  montures  rétives  ou  affolées,  offrait  aussi  un 
côté  piquant,  qui  excitait  l'attention  de  la  foule.  Dans  certaines 
rues,  il  était  impos  ible  que  trois  personnes  à  cheval  passassent  de 
front;  alors  la  question  de  préséance  revenait  sérieuse  et  grosse 
d'orages,  toujours  flanquée  de  complications  nouvelles.  Il  n'était 
pas  sans  exemple,  que,  faute  de  vouloir  céder,  les  personnages 
s'éclaboussassent  dans  le  ruisseau  (1). 

Chacun  se  trouvant  à  peu  près  satisfait  du  rang  qu'il  occupait, 
il  ne  resta  plus  qu'à  faire  les  proclamations  prescrites  par  le  comte 
d'Évreux.  L'ordre  en  avait  été  déterminé  en  maintes  circons- 
tances, et  aucune  discussion  n'était  à  redouter;  cependant,  il  n'en 
fut  pas  tout  à  fait  ainsi.  La  première  proclamation  eût  lieu  dans 
la  cour  du  château  royal,  au-devant  de  la  principale  porte,  à 
l'endroit  môme  où  les  vassaux,  un  genou  en  terre,  sans  épée  ni 
éperons,  rendaient  foi  et  hommage  au  roi  (2.)  Le  cortège  rectifia 
ses  rangs,  chacun  se  fit  grave,  les  tambours  battirent  un  ban,  et, 
de  sa  plus  belle  voix,  le  greffier  de  l'hôtel-de-ville  donna  lecture 
du  traité  de  paix  conclu  à  Vienne,  entre  Sa  Majesté  le  roi  de 
France,  et  Sa  Majesté  l'empereur,  les  électeurs,  les  princes  et 
États  de  l'Empire.  Les  cris  prolongés  de  vive  le  roi!  proférés  par 
tous  les  assistants,  suivirent  la  publication.  Ce  dût  être  un  spec- 
tacle étrange  que  cette  ovation  dans  l'enceinte  délabrée  du  vieux 
manoir  des  premiers  Capétiens.  Ces  remparts,  ces  tours,  ces 
grands  logis  en  ruines  durent  croire  un  instant  que  leurs  jours 
de  splendeur  étaient  revenus,  et  que,  de  nouveau,  allait  apparaître 
le  roi  de  France,  au  milieu  de  ses  fiers  barons,  tous  bardés  de  fer, 
et  de  ses  gardes  fidèles,  qui  lançaient,  avec  tant  d'adresse,  les 
traits  les  plus  meurtriers.  Rêve  de  courte  durée  !  Tout  retomba 
dans  le  silence,  et,  au  lieu  d'une  troupe  de  vaillants  guerriers, 
solidement  campés   sur  leurs  chevaux  de   bataille,   il  ne  défila 


(1)  Jusqu'au  règlement  définitif  des  droits  de  préséance,  cette  question  souleva 
de  fréquentes  difficuUés  entre  les  officiers  de  ville  et  ceux  du  présidial.  Ces  derniers 
refusèrent  de  figurer  dans  les  processions,  ne  voulant  pas  souffrir  le  croisé  dans  les 
défilés.  Les  anciens  registres  municipaux  contiennent  de  nombreuses  preuves  do  ces 
faits.  On  peut  voir  notamment  un  procès-verbal  en  date  du  15  août  1723. 

(2)  Article  24  de  la  coutume  de  Melun. 


—  94  — 

qu'un  pacifique  cortège  de  gens  en  robes,  cliancelants  sur  leurs 
mules,  et  incapables  de  tenir  une  épée.  Une  milice  citoyenne,  qui 
n'avait  de  guerrier  que  le  costume,  remplaçait  les  hommes 
d'armes.  Le  temps  avait  marché. 

Une  semblable  publication  se  fit  sous  la  voûte  du  Châtelet.  La 
troisième  devait  se  faire  à  l'hôtel-de-ville,  c'est-à-dire,  à  défaut 
d'édifice  spécial,  devant  la  porte  du  maire.  Mais  les  officiers  du 
bailliage  s'y  opposèrent,  prétendant  que  la  demeure  de  ce  magis- 
trat ne  pouvait  y  suppléer.  Il  s'éleva  une  discussion  animée,  dans 
laquelle  bon  nombre  d'auteurs,  compétents  sur  la  matière,  furent 
cités  et  mis  en  cause.  L'édilité  basait  ses  droits  sur  certain  édit 
de  1706,  portant  qu'à*défaut  d'hôtel-de-ville  les  assemblées  d'ha- 
bitants se  tiendraient  chez  le  maire.  Les  conseillers  du  présidial 
résistèrent  et  ne  voulurent  rien  concéder.  Malgré  ses  protesta- 
tions, le  maire  dût  se  passer  de  l'honneur  qu'il  revendiquait.  Le 
conflit  évité,  saut  à  y  revenir  et  à  le  vider  plus  tard,  le  cortège 
poursuivit  ses  pérégrinations  dans  les  rues  de  Melun.  Les  procla- 
mations se  firent  successivement  à  la  porte  Saint-Jehan;  au  coin 
des  Petites-Halles  ou  coin  Musard;  sur  le  Marché-au-Blé,  au  pied 
de  la  Groix-de-Fer  sur  laquelle  se  fixaient  les  regards  mourants 
des  criminels  qu'on  pendait  en  cet  endroit;  à  la  place  de  la  Pointe, 
si  exiguë  que  les  autorités  purent  à  peine  s'y  installer;  au  carre_ 
four  dos  Quatre- Vents,  dans  la  paroisse  Saint-Étienne,  et  enfin 
au  carrefour  du  Chêne- Vert,  dans  la  paroisse  Saint-Ambroise  (1). 

(1)  La  ville  de  Melun  conservait  encore  l'aspect  qu'elle  avait  au  moyen-âge.  Les 
rues  étaient  étroites  et  sinueuses;  les  maisons  en  pans  de  bois,  avec  façades  histo- 
riées, étages  en  encurbellement  et  enseignes  se  balançant  au  vent,  s'y  pressaient  de 
toutes  parts.  Des  puits  publics,  des  croix  à  la  ferronnerie  artistement  travaillées,  des 
vestiges  de  pilori,  des  chaires  en  pierre,  où  se  rendait  la  justice*,  se  rencontraient 
dans  les  carrefours  et  dans  les  principales  rues.  On  y  trouvait  cinq  paroisses,  une 
collégiale,  une  abbaye  de  bénédiciins,  trois  couvents  d'hommes,  deux  couvents  de 
femmes  et  deux  hôlels-Dieu.  L'enceinte  des  fortifications,  avec  ses  tours,  ses  éperons 
et  ses  fortins,  était  à  peu  près  intacte,  malgié  la  défaut  absolu  d'entretien  où  elle 
était  depuis  une  cinquantaine  d'années.  Le  château,  dans  lequel  Louis  XIV  n'avait 
pu  se  loger,  possédait  encore  l'apparence  de  force  et  de  grandeur  inhérente  aux 
édifices  du  système  féodal.  L'Ile  Saint- Ktienne,  siège  de  la  seigneurie  des  anciens 
vicomtes  de  Melun,  montrait  les  restes  de  ses  remparts;  les  vestiges  de  la  porte 
Coquerée,  à  l'entrée  du  Pont-aux-Frc.its;  le  pavillon  de  la  vicomte,  à  l'entrée  du 
Pont-aux-Moulins;  l'Iiotel  seigneurial,  qui  seul  a  survécu,  avec  ses  fenêtres  scul- 
ptées du  temps  de  Louis   XII;  les  ruines  d'une  ancienne  chapelle  élevée,   non  loin 

*  Une  de  ces  chaires  qui,  au  comniencenient  du  siècle  actuel,  était  encore  debout  dans  le 
quartier  Saint-Étienne,  pruclie  la  Vicomlé,  portait  le  nom  de  Fautkuil  du  Diahle.  Lorsque 
la  nuit  était  venue,  les  vieilles  femmes  et  les  enfants  s'en  éloignaient  avec  terreur. 


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A  l'encoignure  de  la  rue  de  Saraois,  la  compagnie  du  jeu  royal 
de  l'arquebuse  s'était  rangée  en  bataille,  son  drapeau  fleurdelisé 
au  centre  et  son  officier  en  tête.  Conservatrice  zélée  des  préroga- 
tives que  les  rois  lui  avaient  accordées  et  que  les  habitants  de 
Melun  lui  avaient  reconnues,  elle  n'avait  pas  cru  devoir  se  joindre 
au  cortège,  comme  l'édilité  lui  en  avait  manifesté  le  désir.  Elle  se 
contenta  de  se  placer  sur  le  passage,  pour  témoigner  de  sa  parti- 
cipation aux  démonstrations  publiques.  Sa  conduite  excita  les 
réclamations  des  compagnies  de  milice,  qui  ne  voyaient  pas  sans 
envie  les  droits  dont  elle  jouissait  (1). 

De  retour  sous  l'arcade  du  Ghâtelet,  les  conseillers  du  présidial 
se  détachèrent  de  l'escorte,  qui  continua  sa  marche  jusqu'à  l'hôtel 
du  maire. 

Ce  n'était  qu'une  partie  de  la  cérémonie.  A  l'issue  des  vêpres, 
les  autorités  municipales  et  la  milice  bourgeoise  en  armes,  s'as- 
semblèrent de  nouveau  pour  se  rendre  à  Notre-Dame,  où  devait 
être  chanté  un  Te  Deum  en  actions  de  grâces.  Les  magistrats  du 
bailliage  et  ceux  de  l'élection  s'y  trouvaient  déjà  réunis.  Si,  pour 


(le  Notre-Dame,  par  la  piété  des  membres  de  la  noble  maison  de  Melun,  qui  vivaient 
sous  Philippe-Auguste,  ruines  que  le   populaire    tenait  pour  les   restes   du   templ 
d'isisj  ses  églises  et  ses  maisons  canoniales,  etc. 

La  transformation  se  fit  à  partir  du  milieu  du  yviu'^  siècle  :  les  vieux  édifices  et 
les  vieilles  rues  disparaissent;  les  maisons,  à  la  fière  tournure,  furent  démolies; 
les  fortifications  tombèrent,  et  la  ville  se  reconstruit  plus  grande,  plus  salubre  et 
plus  coquette. 

(1)  La  compagnie  des  arquebusiers  datait  de  1506,  époque  à  laquelle  Louis  XII 
permit  aux  habitants  de  la  ville  de  tirer  de  la  haquebute,  pour  abattre  le  papegault. 
11  accorda  certains  privilèges  à  ceux  qui  se  livreraient  à  cet  exercice,  notamment  au 
roi  de  l'arquebuse,  c'est-à-dire  à  l'adroit  tireur  qui  avait  atteint  l'oiseau,  dans  une 
joute  solennelle,  renouvelée  chaque  année.  Charles  IX,  en  1571;  Henri  III,  en  1576; 
Henri  IV,  en  1596;  Louis  XIII,  en  1604;  et  Louis  XV  en  mai  1724,  confirmèrent 
et  accrurent  tons  ces  privilèges.  Le  8, juillet  1576,  les  habitants  de  Melun,  par  acte 
passé  devant  Violet,  notaire  royal  au  Chàtelet  de  cette  ville  (étude  Pujol),  avaient 
consenti  à  ce  que  les  prérogatives  des  arquebusiers  reçussent  leur  exécution.  Le 
dicton  de  la  compagnie  était  les  anguilles.  Uniforme  :  habit  écarlate,  parements, 
revers  et  collet  vert  de  Saxe,  boutonnières  brodées  en  or,  boutons  estampés,  veste  et 
culotte  blanches,  bas  blancs,  chapeau  nuir.  En  septembre  1778,  les  arquebusiers  de 
Melun  concoururent  au  prix  provincial  de  l'arquebuse  royale  de  France,  rendu  par 
la  compagnie  de  la  ville  de  Meaux;  les  détails  de  cette  fête  sont  consignés  dans  un 
in-douze  devenu  rari^£ime.  Mon  excellent  ami  et  confrère,  M.  Th.  Lhuiliier,  en 
possède  un  exemplaire.  En  1790,  la  compagnie  de  l'arquebuse  de  Melun  fut  dissoute 
et  set",  membres  furent  incorporés  dans  la  garde  nationale.  L'étendart  sous  lequel 
elle  marchait  depuis  sa  création,  lut  déposé  dans  le  chœur  de  l'église  Saint-Aspais 
et  brûlé  en  1792. 


—  96  — 

J'occupation  des  stalles  et  des  fauteuils  du  chœur,  la  préséance 
offrit  quelques  difficultés,  elle  fut,  du  moins,  une  fois  admise,  plus 
facile  à  observer,  que  sur  des  haquenées,  dans  les  rues  étroites 
de  Melun.  Le  procès-verbal  qui  relate  ces  détails,  laisse  croire 
que  tout  se  passa  régulièrement.  Les  drapeaux  de  la  milice  furent 
disposés  derrière  le  grand  autel,  que  gardaient  des  soldats,  le  fusil 
sur  l'épaule.  Les  miliciens  formèrent  la  haie  dans  la  nef,  et  ceux 
qui  n'y  purent  trouver  place  se  rangèrent  sur  le  Parvis.  La  foule 
remplissait  les  doubles  bas-côtés.  Après  le  Te  Deum,  chanté  par 
les  chanoines  de  la  collégiale,  auxquels  le  clergé  des  cinq  paroisses 
de  la  ville  s'était  joint,  les  conseillers  et  les  édiles  sortirent,  en 
observant  le  même  ordre  qu'au  matin.  Ils  se  séparèrent  sous  le 
Châtelet,  où  les  officiers  du  présidial  demeurèrent,  pour  échanger 
leurs  robes  contre  leurs  habits  de  ville,  de  couleur  écarlate.  On 
les  vit  ensuite  parcourir  les  rues,  appuyés  sur  leurs  cannes  à 
pommes  d'or,  salués  de  tous,  chapeau  bas,  et  saluant  chacun  (4). 

Quant  au  maire  et  aux  échevins,  ils  se  rendirent  sur  la  place 
Saint-Jean,  dont  la  création  était  toute  récente.  Le  feu  de  joie 
qu'on  y  avait  préparé  devait  compléter  les  réjouissances  pu- 
bliques (2).  Des  fagots,  supportant  un  jeune  arbre  orné  de  fleurs, 
de  banderolles  et  de  rubans,  composaient  le  bûcher  (3).  Une  foule 
compacte  l'entourait,  attendant  avec  impatience  l'accomplisse- 
ment d'un  usage  qui  lui  était  familier  et  qui  lui  présentait  tou- 
jours de  nouveaux  charmes.  Après  que  la  milice  eût  fait  rétro- 
grader les  curieux,  la  cérémonie  commença,  avec  la  pompe  et  la 
gravité  que  comportait  la  circonstance.  Le  maire  et  les  échevins 
firent  trois  fois  le  tour  du  foyer,  en  criant  vive  le  roi!  Les  tambours 
battirent,  les  officiers  brandirent  leurs  épées,  et  les  étendarts  s'in- 
clinèrent. Le  maire,  usant  du  droit  que  lui  conférait  son  édit  de 
création,  reçut  une  torche  allumée  des  mains  d'un  hallebardier,  et 


(1)  Voir  les  portraits  du  temps.  —  Les  grands  seigneurs  portaient  les  habits  dorés 
de  galons,  de  broderies,  de  paillettes;  les  magistrats  revêtaient  les  habits  écarlates, 
les  habits  de  soie;  les  bourgeois  et  les  marchands  se  contentaient  d'habits  noirs, 
d'habits  à  capuce,  etc. 

(2)  Dans  l'origine,  les  feux  de  joie  avaient  lieu  dans  la  rue  Neuve,  devant  l'hôtel- 
de-ville  ou  parloir  aux  bourgeois.  Le  gouvernement  de  la  ville  briguait  avec  le 
maire  l'honneurde  ks  allumer,  L»  dernière  cérémonie  de  ce  genre  se  fit  à  cet  endroit 
le  17  janvier  1734,  à  l'occasion  du  succès  des  armes  du  roi  en  Italie. 

(Registres  municipaux.) 

(3)  Notes  et  comptes  à  l'appui  des  dépenses  faites  par  les  officiers  municipaux 
pour  réjouissances  publiques.  (Archives  municipales,  série  CC.) 


—  97  — 

mit  le  feu  aux  fagots.  La  flamme  s'éleva  vive  et  pétillante,  un 
nuage  de  fumée  entoura  l'arbre  pavoisé,  dont  les  banderolles  se 
mirent  à  flotter.  Il  se  fit  un  grand  mouvement  dans  la  foule,  qui 
poussa  des  cris  d'allégresse  :  un  spectacle  aussi  modeste  suffisait 
alors  à  ses  joies.  Le  maire,  s'avançanL  vers  le  premier  échevin,  le 
salua  avec  beaucoup  de  dignité  et  lui  présenta  sa  torche,  avec 
laquelle  celui-ci  alluma  le  feu  d'un  autre  côté  (1).  Alors,  les  ma- 
gistrats municipaux  et  leur  escorte  se  retirèrent,  laissant  au  peuple 
la  libre  disposition  du  feu  du  roi.  La  tradition  mpporte  qu'il  y 
jeta  quelques  chats  vivants;  mais  la  relation  de  la  fête  se  taisant 
à  ce  sujet,  on  ne  peut  accorder  créance  à  ce  fait  (2).  Après  que 
tout  fut  consumée,  les  urieux  se  dispersèrent.  Il  ne  resta  que  de 
vieilles  femmes ,  qui  s'emparèrent  furtivement  des  charbons 
éteints,  comme  elles  faisaient  au  feu  de  la  Saint-Jean.  C'était, 
prétendaient-elles,  un  préservatif  des  atteintes  de  la  foudre  et 
un  remède  efficace  pour  un  grand  nombre  de  maux  (3). 

La  soirée  se  termina  au  milieu  de  la  joie  générale,  et  à  la 
grande  satisfaction  des  officiers  municipaux,  qui  mandèrent  h 
monseigneur  le  comte  d'Évreux  que  ses  ordres  avaient  été  exécutés 
de  point  en  point. 

(1)  Nous  rappelons  que  tous  les  détails  consignés  ici  sont  tirés  du  procès-verbal 
inscrit  sur  les  registres  de  l'hôtel-de-ville. 

(2)  Ces  scènes  se  produisaient  en  différentes  localités,  notamment  à  Paris  ;  Melun 
n'en  dût  pas  être  exempt. 

(3)  Le  souvenir  de  cette  superstition  se  conserve  encore  dans  la  contrée. 


7 


—  99  — 

LE  MNÏÏIR  DE   SAINT-BWCE 

PRÈS  PROVINS, 


PAR   M.    VICTOR  PLESSIER, 
Membre  fondateur  (Section  de  Coiiloiumlers  ). 


Je  crois  que  la  réunion  générale  de  la  Société  à  Provins  est 
,  l'occasion  la  plus  favorable  dont  je  puisse  protîter,  pour  l'entretenir 
d'une  pierre  monumentale  qui  se  trouve  à  Saint-Brice,  dans  le 
voisinage  de  cette  ville.  Cette  pierre  n'a  pas  l'aspect  imposant  des 
ruines  du  vieux  château;  elle  ne  s'élève  pas  majestueusement  vers 
le  ciel  comme  le  dôme  de  Saint-Quiriace;  mais  elle  se  recommande 
à  l'attention  par  sa  haute  antiquité,  car  son  érection  se  rattache  à 
nos  origines  nationales.  Elle  a  le  cachet  de  simplicité  des  monu- 
ments de  nos  premiers  pères.  Non  travaillée,  à  peine  dégrossie, 
choisie  parmi  les  roches  de  la  localité,  elle  est  posée  verticalement 
sur  l'un  de  ses  bouts.  Et  cependant  en  considérant  sa  hauteur, 
son  volume  et  son  poids,  on  se  demande  par  quel  procédé  il  fut 
possible  de  la  lever,  en  des  temps  où  l'industrie  humaine  était 
•        encore  dans  l'enfance  ! 

Je  la  vis  pour  la  première  fois  le  14  avril  1864.  Sollicité  par  les 
premiers  rayons  du  soleil  et  par  la  douce  verdure  printanière , 
j'avais  franchi  les  murs  d'enceinte  de  Provins  et  m'étais  engagé 
dans  le  riant  vallon  qui  s'ouvre  sur  la  rive  droite  de  la  Voulzie 
et  s'élève  au  nord  vers  le  plateau.  Les  deux  coteaux  ne  tardent 
pas  à  se  réunir  en  enveloppant  le  village  de  Saint-Brice.  J'avais  à 
peine  dépassé  l'église  que  j'aperçus  au  milieu  d'une  parcelle  de 
terre  nouvellement  déboisée,  cette  pierre  dont  le  caractère  monu- 
mental me  fut  révélé  soudain  par  sa  verticalité.  Sa  largeur  est  de 
2  mètres  30  ;  son  épaisseur  de  0  mètre  60  et  sa  hauteur  actuelle, 
au-dessus  de  la  terre,  n'excède  pas  1  mètre  70.  Posée  debout,  dans 
un  aplomb  parfait,  elle  se  distingue  des  autres  pierres  de  la  con- 
trée dont  les  stratifications ,  dans  leur  situation  naturelle ,  sont 
horizontales.  Là  est  le  signe  indubitable  de  l'action  humaine. 

Mon  premier  soin  fut  de  me  renseigner  auprès  des  habitants  de 
Saint-Brice  sur  la  tradition  qui  pouvait  se  rattacher  à  l'érection 


—  100  — 

de  ce  menhir.  J'appris  que  dans  le  voisinage  du  nnonolythe,  est 
une  source  abondante  qui  a  la  réputation  de  posséder  des  vertus 
merveilleuses.  Le  pays  lui  dut  son  premier  nom  :  Fontenay.  On 
désignait  ainsi  la  fontaine  par  excellence  !  Plus  tard,  la  commune 
s'appela  Fontenay-Saint-Brice  ;  elle  emprunta  cette  nouvelle  déno- 
mination au  catholicisme.  Puis,  le  nom  dû  à  la  source  a  disparu  et 
celui  du  saint  est  maintenant  le  seul  en  usage.  Ce  ne  sont  pas  là, 
Messieurs,  des  faits  imaginés  à  plaisir  pour  expliquer  l'origine 
de  la  pierre.  Le  docteur  Pascal,  qui  ne  soupçonnait  pas  l'existence 
du  menhir,  mentionne,  dans  l'histoire  du  département  de  Seine- 
et-Marne  ,  à  propos  de  Fontenay-Saint-Brice ,  que  la  superstition 
accorde  aux  eaux  de  cette  source  la  propriété,  entre  autres,  de 
délier  la  langue  des  enfants  ,  et  il  remarque  a  ec  raison  que  cette 
croyance  vient  de  nos  ancêtres. 

Le  culte  de  nos  premiers  pères,  véritable  panthéisme,  consistait 
à  adorer  les  phénomènes  de  la  nature  et  spécialement  les  sources. 
Aussi  la  piet're  de  Saint-Brice  m'apparaît  comme  le  témoignage 
authentique  de  la  prise  de  possession  ou  de  la  consécration  de  la 
fontaine. 

La  Société  d'Archéologie  de  Seine-et-Marne  n'existait  pas,  lors- 
que le  hasard  me  fît  découvrir  ce  menhir.  Je  m'empressai  de  le 
signaler  à  la  curiosité  publique  et  à  l'examen  des  antiquaires  par 
une  note  dans  la  Feuille  de  Provins  qui ,  depuis  cinquante  ans , 
recueille  précieusement  tous  les  documents  intéressant  l'histoire 
de  la  ville  et  de  l'arrondissement.  Mon  opinion  a  soulevé  un  doute 
et  une  dénégation. 

Les  objections  ont  été  tirées  de  la  nature  de  la  pierre,  de  sa 
forme  et  de  son  orientation.  On  a  prétendu  que  le  vrai  menhir  est 
toujours  en  granit;  que,  comme  la  pyramide,  il  s'amincit  de  bas  en 
haut  et  que  son  orientation  présente  ses  larges  faces  au  midi  et  au 
nord,  et  ses  petits  côtés  à  l'ouest  et  à  l'est. 

Pour  apprécier  la  valeur  de  ces  arguments,  non-seulement  j'ai 
consulté  divers  ouvrages  jouissant  d'une  légitime  autorité,  notam- 
ment les  travaux  de  la  Société  des  Antiquaires,  mais  aussi  je  me 
suis  adressé  à  M.  A.  Carro ,  auteur  d'un  mémoire  sur  les  monu- 
ments primitifs  dits  celtiques  et  antéceltiques,  honoré  d'une  men- 
tion par  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres  en  1862. 
Voici  sommairement  les  renseignements  que  je  dois  au  savoir  et 
à  l'obligeance  de  mon  honorable  confrère. 

L'érection  d'une  pierre  généralement  longue,  plantée  verticale- 
ment, est  un  des  premiers  moyens  employés  par  les  hommes  ,  ou 


—  101  — 

sauvages,  ou  voisins  de  l'état  sauvage,  pour  noter  un  lieu  ,  une 
sépulture,  une  limite ,  pour  conserver  le  souvenir  d'un  fait,  d'une 
promesse,  d'un  combat,  et  encore  pour  honorer  la  divinité. 

Le  voisinage  des  fontaines  naturelles  dut  être,  surtout  et  d'a- 
bord ,  recherché.  Aussi  ont-elles  été,  dans  les  temps  les  plus  an- 
ciens, les  objets  d'une  vénération  superstitieuse  qui  a  survécu  aux 
siècles  et  que  nous  retrouvons  dans  les  campagnes. 

Vouloir  que  les  monuments  primitifs  soient  partout  en  granit 
parce  qu'ils  sont  de  granit  en  Bretagne,  c'est  conclure  de  la  par- 
tie au  tout.  D'ailleurs  l'observation  apprend  le  contraire.  Ainsi  : 
les  monuments  de  Saumiir  sont  en  grès;  le  menhir  de  Neauphlette, 
près  de  Mantes,  est  en  calcaire  siliceux,  etc.  Dans  notre  départe- 
ment, le  dolmen  de  Rumont  est  en  grès.  Les  trois  menhirs  de  la 
vallée  de  l'Orvanne ,  près  de  Moret ,  ne  sont  pas  en  granit.  Au 
bord  du  curieux  hypogée  de  l'âge  de  pierre,  fouillé  en  1812, 
près  de  Crécy,  une  pierre  longue  de  4  mètres  20,  couchée  alors, 
mais  paraissant  avoir  été  debout  pour  en  former  le  signe  dis- 
tinctif  ou  honorifique,  est,  ainsi  que  le  bloc  de  pierre  recouvrant 
l'hypogée,  de  calcaire  fortement  siliceux. 

M.  de  Longuemar,  archéologue  éminent,  dit  que  dans  le  Poitou 
les  dolmens  et  les  menhirs  appartiennent  aux  gisements  au  milieu 
desquels  ils  sont  érigés  :  granitique^  calcaire,  dobnitique ^  brèches 
siliceuses,  grès  ferrugineux.  Il  ajoute  :  les  matériaux  de  nos  monu- 
ments primitifs  ont  donc  été  employés  à  la  place  même  où  la 
nature  les  avait  offerts. 

(jn  no  connaît  que  quatre  exemples  de  translation  :  à  Belle-Ile, 
à  l'île  Hœdic,  sa  voisine,  à  Gavr'innis  et  à  Champdolent  près  Dol. 

Ainsi  tombe  l'argument  tiré  de  la  nature  de  la  pierre  pour 
méconnaître  le  caractère  du  menhir  de  Saint-Bricc.  Quant  à  la 
diminution  de  grosseur  de  la  base  au  sommet,  et  à  l'orientation, 
il  n'y  a  pas  lieu  de  s'y  arrêter,  les  menhirs  étant  des  pierres  non 
taillées,  sans  nulle  régularité  dans  leurs  surfaces. 

En  résumé,  la  verticalité  des  stratifications,  à  laquelle  se  réunit 
le  plus  souvent  la  longueur  des  pierres,  est  le  signe  distinctif  des 
menhirs.  Ces  conditions  caractéristiques  se  trouvent  manifestes 
dans  la  pierre  de  Saint-Brice. 

Mais  pendant  que  s'agitaient  les  débats  que  j'ai  cru  devoir 
rappeler,  M.  Hemot,  le  propriétaire  du  champ  où  se  trouvait  le 
menhir,  eut  l'heureuse  idée  de  faire  une  fouille,  encore  ouverte, 
dont  les  résultats  me  paraissent  do  nature  à  porter  la  conviction 
dans  tous  les  esprits.  Je  ne  saurais  mieux  comparer  cette  fouille, 


—  102  — 

opérée  avec  une  grande  intelligence  ,  qu'à  un  puits  creusé  le  long 
de  l'une  des  faces  de  la  pierre.  Elle  s'arrête  à  2  mètres  50  de  pro- 
fondeur, où  apparaissent  des  pierres  posées  horizontalement ,  qui 
sont  les  calles  dont  on  a  fait  usage  pour  l'érection  du  menhir. 
Quoique  l'on  ignore  encore  jusqu'oii  s'abaisse  le  pied  du  monu- 
ment, la  pierre  est  maintenant  découverte  sur  une  élévation  de 
4  mètres  20  ,  elle  cube  6  mètres  279  et  pèse  24,000  kilogrammes 
sans  tenir  compte  de  la  partie  encore  cachée. 

Un  autre  fait  intéressant  ressort  de  la  fouille,  en  ce  qu'il  four- 
nit la  preuve  irréfutable  de  la  haute  antiquité  de  la  plantation  du 
menhir,  La  pierre  se  montre  dans  un  terrain  qui  s'est  élevé  gra- 
duellement par  les  alluvions  dues  aux  eaux  pluviales  dégradant 
les  coteaux  du  voisinage.  Or,  sur  les  parois  intérieures  de  la  fouille. 
on  retrouve  intactes,  dans  leurs  dispositions  naturelles,  toutes 
les  stratifications  qui ,  en  se  superposant  comme  les  feuillets  d'un 
livre ,  ont ,  dans  une  longue  suite  de  siècles ,  réduit  la  hauteur 
apparente  du  monument  de  4  mètres  20  à  1  mètre  70.  Il  existe 
bien  des  roches  siliceuses  de  la  même  nature  que  le  menhir  dans 
le  voisinage  de  Saint-Brice,  mais  on  n'en  aperçoit  aucune  autre 
dans  la  zone  d'alluvion  où  il  est  placé. 

Le  propriétaire  du  terrain  n'a  pas  voulu  soulever  les  calles  en 
l'absence  d'antiquaires  compétents  et  expérimentés. 

Je  termine.  Messieurs ,  en  vous  exprimant  le  désir  de  voir  la 
Société  s'intéresser  à  la  conservation  d'un  monument  de  la  plus 
haute  antiquité  et  fort  rare  dans  nos  contrées.  Ne  serait-il  pas 
possible  de  Te  déchausser  de  toutes  parts  pour  lui  restituer  ses 
conditions  primitives? Votre  intervention.  Messieurs,  serait  ac- 
cueillie avec  reconnaissance  par  la  commune  de  Saint-Bricc. 


—  103  — 

NOTICE   SUR  ÏÏN   ArTOGRAPHE 

DE  SAINT-VINCENT-DE-PAUL, 

Concernant  la  fondation  d'une  Confrérie  de  Charité  à  Brie-Comte-Roberl, 

PAR  M.  CAMILLE  BERNARDIN, 
JMembre  fondateur  (  Section  de  Mclaa  ). 


Dans  les  nombreux  documents  recueillis  par  moi  pour  des 
recherches  historiques  faites  pendant  cinq  années,  sur  Brie- 
Gomte-Robert  et  ses  mouvances  féodales,  tant  en  fiefs  qu'en 
arrière- fiefs,  j'ai  eu  le  bonheur  de  trouver  chez  un  de  mes  amis, 
un  autographe  authentique  de  saint  Vincent-de-Paul,  concernant 
une  confrérie  de  charité  établie  à  Brie  par  les  soins  de  cet  homme 
vénéré. 

Je  n'entreprendrai  pas  ici  de  rechercher  quels  furent  les  pre- 
miers établissements  de  charité  de  Brie-Gomte-Robort;  très-cer- 
tainement je  pourrais  en  indiquer  de  nombreux  dans  les  fondations 
faites  par  l'église  Notre-Dame  de  Paris,  puis  dans  l'Hôtel-Dieu  de 
Brie  créé  par  Robert  II,  et  dans  d'autres  institutions  telles  que 
les  Minimes,  les  Garnies,  les  Filles  de  la  Croix,  établis  succes- 
sivement dans  cette  petite  ville,  qui  a  joué  un  si  grand  rôle  sous 
l'empire  du  système  féodal. 

J'arriverai  donc  de  suite  à  dire  qu'au  commencement  du 
xvii"  siècle,  l'Hôtel-Dieu  de  Brie-Gomte-Robert,  ruiné  par  les 
guerres  et,  il  faut  le  dire,  par  sa  mauvaise  administration  inté- 
rieure, ne  pouvait  plus,  en  raison  de  son  peu  de  ressources,  sou- 
lager les  pauvres  de  la  ville  ni  les  pèlerins  qui  avaient  droit  au 
gUe.  Ge  qui  faisait  dire  alors  que  ni  Dieu  ni  les  pauvres  n'étaient 
servis  dans  cette  maison  de  Dieu. 

Un  tel  état  de  choses  ne  pouvait  subsister  longtemps.  Gette  noble 
maxime  inscrite  autrefois,  en  lettres  gothiques  capitales,  sur  la 
principale  porte  de  la  chapelle  de  l'Hôœl-Dieu  de  Brie, 

A  l'Hôtel-Dieu,  pour  les  pauvres,  tout  vient  de  Dieu, 

fut  bientôt  remise  en  vigueur  par  un  homme  pieux  et  charitable 
qui  avait  la  mission  toute  divine  de  soulager  les  malheureux. 


—  104  — 

Cet  homme  était  Vincent-de-Paul,  prêtre  de  la  congrégation  de 
la  mission,  qui  sur  sa  demande  avait  reçu,  le  10  avril  1628,  do 
Jean-François  de  Gondy,  archevêque  de  Paris,  la  permission 
d'établir  des  confréries  de  charité  dans  toutes  les  localités  où  cela 
serait  utile,  et  d'accorder  à  cet  effet  telles  indulgences  qu'il  juge- 
rait à  propos. 

Saint  Yincent-de-Paul,  en  vertu  de  ces  pouvoirs,  reconnaissant 
qu'une  confrérie  était  devenue  très-nécessaire  à  Brie,  envoya  en 
cette  ville  le  23  avril  1631,  ne  pouvant  s'y  rendre  en  personne, 
son  compagnon  Pierre  Berger,  prêtre  de  la  mission,  conseiller  du 
roi  en  sa  cour  de  parlement  et  chanoine  de  l'église  Notre-Dame  de 
Paris. 

Le  même  jour,  en  présence  du  peuple  assemblé  dans  l'église 
paroissiale  Saint-Etienne  de  Brie-Comte-Robert,  Pierre  Berger, 
assisté  de  messire  Lejay,  prêtre-docteur  en  théologie,  curé  de 
Brie,  et  en  présence  de  Pierre  Pasquier,  écuyer,  sieur  de  Franc- 
lieu,  bailli  de  Brie,  de  Jacques  Delaunay,  conseiller,  procureur  du 
roi  en  cette  ville,  et  d'un  grand  nombre  de  bourgeois,  établit  une 
confrérie  de  charité  en  cette  même  église,  dans  la  chapelle  du  saint 
nom  de  Jésus,  pour  assister  les  pauvres  malades,  suivant  un 
règlement  discuté  et  arrêté  dans  cette  réunion. 

Le  règlement  adopté  nous  dit  que  cette  confrérie,  composée  de 
femmes  et  filles,  est  instituée  pour  honorer  notre  seigneur  Jésus- 
Christ  ,  son  patron,  et  sa  sainte  Mère,  et  pour  assister  corporel- 
lement  et  spirituellement  les  pauvres  malades  de  la  paroisse. 
Après  la  rédaction  complète  de  tous  les  détails  de  ce  règlement 
dans  lesquels  je  n'entrerai  pas,  on  procéda  à  la  nomination  de  la 
supérieure  de  la  confrérie,  qui  fut  mademoiselle  Louise  de  la 
Gerre,  veuve  de  Nicolas  Tarte reau,  écuyer,  sieur  du  Tremblay.  La 
trésorière  fut  mademoiselle  Marie  Portas,  femme  du  sieur  de 
Franclieu;  la  garde-meuble,  mademoiselle  Marie  Cordelle,  femme 
de  Charles  Emières,  sergent  à  Brie,  et  les  fonctions  de  procureur 
de  la  confrérie  furent  confiées  à  M'"  Claude  Digues,  procureur  au 
bailliage  de  Brie.  Enfin,  la  liste  des  cinquante  dames  reçues  dans 
la  confrérie  fut  dressée  en  terminant. 

Quelques  mois  après  cet  établissement,  saint  Vincent-de-Paul 
envoya  à  Brie  son  compagnon  Jean  de  La  Salle,  prêtre  de  la  mis- 
sion, pour  faire  une  petite  annexe  de  sept  articles  au  règlement 
primitif  de  la  confrérie. 

La  confrérie  de  charité  de  Bric-Comte-Robert  reçut  bientôt 
après  la  visite  de  son  véritable  fondateur.  En  effet,  saint  Vincent- 


--  lOo  — 

de-Paul  vint  à  Brie  le  26  avril  1633;  ce  jour-là  les  dames  de  la 
confrérie  se  réunirent  dans  la  maison  de  madame  Tartereau ,  supé- 
rieure. Dans  cette  réunion,  présidée  par  saint  Vincent-de-Paul  et  à 
laquelle  assistait  messire  Lejay,  curé  de  Brie,  saint  Vincent-de- 
Paul  prit  la  plume,  écrivit  et  signa  différentes  annotations  et 
modifications  qu'il  fit  au  règlement  de  la  confrérie  de  charité. 
Saint  Vincent-de-Paul  a  donc  ainsi  rendu  définitive  la  constitution 
de  cette  confrérie,  ainsi  que  Ton  peut  s'en  convaincre  par  le 
manuscrit  authentique  que  je  suis  heureux  de  pouvoir  communi- 
quer. 

Maintenant  je  vais  essayer  de  tracer  en  quelques  mots  l'histoire 
de  cette  utile  institution  jusqu'à  sa  fin,  c'est-à-dire  jusqu'à  sa 
suppression,  arrivée  à  l'époque  de  la  Révolution  française. 

La  première  année  de  l'existence  de  la  confrérie  fut  troublée 
par  une  horrible  contagion  qui  frappa  cruellement  les  habitants 
de  Brie.  Les  dames  de  charité  furent  entravées  dans  leur  pieuse 
mission  et  ne  firent  pas  leurs  quêtes  depuis  le  mois  de  septem- 
bre 1631  jusqu'au  mois  de  mars  1632  ,  à  cause  de  la  maladie  con- 
tagieuse qui  faisait  beaucoup  de  ravages,  ainsi  que  le  constatent 
du  reste  les  registres  de  décès  de  la  ville  de  Brie. 

Le  fléau  passé,  la  confrérie  commença  à  orner  et  décorer  la  cha- 
pelle du  Saint-Nom-de-Jésus  qui  lui  était  réservée;  parmi  les 
ornements  figuraient  de  superbes  tapisseries  de  Beauvais. 

Ce  ne  fût  guère  qu'à  cette  époque  que  l'on  commença  aussi  à 
visiter  les  malades,  qui  étaient  confiés  aux  soins  de  M.  Gomodian, 
médficin.  Cet  homme  charitable  reçut  de  la  confrérie,  comme  pré- 
sent, une  superbe  écuelle  d'argent  en  raison  de  ses  soins  assidus 
et  désintéressés. 

Les  ressources  de  la  confrérie  nous  sont  connues  par  les  comptes 
rendus  par  la  trésoriôre  le  3  juillet  1633.  Les  dépenses  se  sont 
montées  à  425  livres  11  sols  et  9  deniers,  la  recette  s'était  élevée 
à  886  livres  13  sols  et  6  deniers;  le  résultat  était  donc  un  boni 
dont  les  pauvres  devaient  profiter. 

Les  dons  et  legs  pieux  abondaient  tous  les  jours,  et  par  une 
sage  administration  la  confrérie  augmentait  ses  revenus,  ce  qui 
lui  permettait  de  venir  plus  amplement  au  secours  des  malades. 
Vers  1636  la  confrérie  loua  une  maison  pour  recevoir  et  soigner 
les  pauvres.  Cette  maison  était  probablement  celle  que  l'on  ap- 
pelait vulgairement  la  maison  aux  malades  et  qui  était  située 
rue  des  Fontaines. 
La  confrérie  devint  bientôt  aussi  propriétaire  de  rentes  qu'elle 


—  106  — 

tenait  de  la  charité  des  habitants  delà  ville.  En  1661  le  procureur 
de  la  confrérie  lui  légua  un  demi  muid  de  vin  à  prendre  sur  les 
vignes  qui  lui  appartiendraient  au  Jour  de  son  décès. 

Si  l'Hôtel-Dieu  n'existait  plus  pour  ainsi  dire  que  de  nom ,  la 
confrérie  était  devenue  riche,  et  tellement  riche  que  sa  caisse  fut 
l'objet  de  la  convoitise  des  malfaiteurs.  Dans  la  nuit  du  vendredi 
au  samedi  27  juin  1665,  des  voleurs  s'introduisirent  dans  le  loge- 
ment de  madame  Anne  Desloges,  trésorière,  femme  d'un  nommé 
Langlois,  marchand  à  Brie  ;  ils  forcèrent  le  coffre  de  la  confrérie 
et  dérobèrent  une  somme  de  350  livres  qu'on  ne  put  ressaisir 
malgré  les  actives  recherches  faites  alors  par  le  bailli  de  la 
ville. 

Cette  perte  fut  bien  vite  reparée,  car  en  1673,  et  même  avant, 
des  dépenses  assez -fortes  furent  faites  pour  l'ornementation  de  la 
chapelle  de  la  confrérie,  qui  reçut  une  magnifique  décoration  en 
velours  frangé  or. 

J'arrive  ici  à  un  fait  historique  très-important  qui  honore  la 
confrérie.  Louis  XTV  n'était  pas  seulement  un  conquérant,  il  était 
charitable,  et  savait  en  maintes  circonstances  laisser  des  traces  de 
sa  générosité  royale  envers  les  pauvres.  A  son  passage  à  Brie,  le 
7  février  1678,  il  descendit  au  château  de  Panfou,  occupé  alors 
par  messire  Claude  de  Bullion,  seigneur  de  Longchêne-Villiers, 
et  marquis  de  Panfou  et  d'Attely.  Le  même  jour  ce  monarque 
bienfaisant  versa  entre  les  mains  de  M.  le  curé  de  Brie  une 
somme  de  66  livres,  destinée  aux  pauvres  malades  confiés  aux 
soins  de  la  confrérie. 

Parmi  les  ressources  pécuniaires  de  la  confrérie,  il  en  était  une 
dont  l'origine  n'est  pas  bien  marquée  dans  les  annales  historiques 
de  la  ville  de  Brie-Comte-Robert  ;  c'était  le  droit  et  privilège  do 
vendre  seule  de  la  viande  pendant  le  carême,  dans  la  ville  de  Brie 
et  dans  un  rayon  de  deux  lieues  aux  alentours.  Ce  droit  tout  sin- 
gulier était  affermé,  chaque  année,  par  adjudication  au  profit  de 
la  confrérie  devant  le  bailli  de  Brie.  La  première  somme  reçue 
en  raison  de  l'adjudication  de  ce  droit  pour  1678,  s'est  montée  à 
15  livres 

Deux  années  plus  tard,  en  1680,  M.  Denis  do  Hère,  conseiller 
au  parlement  de  Paris,  seigneur  du  'Vaudoy,  fit  inscrire  par  un 
legs  pieux  la  confrérie  pour  une  somme  de  75  livres  de  rente  sur 
r  hôtel-de-vil  le  de  Paris.  —  On  sait  que  c'est  là  l'origine  de  nos 
rentes  sur  l'État. 


—  107  — 

Dans  son  testament  du  48  février  1693,  M.  Thomas  Bécasse, 
docteur  en  théologie  et  curé  de  Brie,  a  institué  sa  légataire 
universelle  la  confrérie  des  pauvres  malades  de  Brie,  à  la  charge  de 
lui  faire  dire  une  messe  basse  tous  les  ans  le  lendemain  de  la  fête 
du  saint"Nom-de-Jésus.  Ce  pieux  et  charitable  Prélat  disait  dans 
son  testament  qu'il  faisait  peu  de  legs  particuliers,  car  tout  ce  qu'il 
avait  était  pour  les  pauvres. 

L'année  suivante,  c'est-à-dire  en  1694,  la  confrérie  était  riche 
puisqu'elle  comptait  en  recette  2,301  livres  4  sols,  et  la  dépense  ne 
s'était  élevée  qu'à  1,667  livres. 

Au  mois  de  Juin  1697,  les  dons  se  multiplièrent  à  cause  de 
la  mission  et  de  la  visite  de  monseigneur  l'archevêque  de  Paris, 

Il  faut  ajouter  à  l'actif  une  somme  de  200  livres  à  prendre  sur 
la  ferme  de  Saint-Lazare  de  Brie;  cette  redevance  était  due  en 
vertu  d'une  donation,  faite  par  le  roi,  de  la  maladrerie  et  lépro- 
serie de  Brie  aux  révérends  pères  jésuites. 

Le  25  octobre  1699,  pour  satisfaire  à  l'édit  du  roi,  de  décembre 
1691,  Jean-Baptiste  Boissy,  docteur  en  théologie,  curé  de  Brie  et 
directeur  de  la  confrérie,  accompagné  de  madame  la  supérieure  et 
de  la  trésorière,  comparurent  devant  le  tabellion  de  Brie  et  pas- 
sèrent la  déclaration  des  biens  appartenant  à  la  charité. 

Plus  la  confrérie  augmentait  ses  revenus  et  plus  les  soins 
étaient  prodigués  aux  malades;  ceux  qui  étaient  atteints  d'une 
maladie  trop  grave  étaient  envoyés,  à  la  charge  de  la  fondation  ,  à 
l'Hôtel-Dieu  de  Paris.  C'était  là  un  grand  sacrifice  pour  l'associa- 
tion charitable  qui,  pendant  la  période  de  1733  à  1739,  éprouva  un 
déficit  de  200  livres  environ  en  raison  du  grand  nombre  de  ma- 
lades qu'elle  envoya  à  Paris. 

Je  suis  heureux  de  pouvoir  citer  ici  une  Société  qui  existait  à 
Brie  autrefois,  et  qui  venait  souvent  en  aide  à  la  confrérie;. je  veux 
parler  de  la  compagnie  des  chevaliers  de  l'arquebuse  de  cette  ville, 
qui,  lors  de  ses  trois  fêtes  annuelles  et  dans  maintes  autres  cir- 
constances, faisait  des  quêtes  dont  le  produit  était  versé  entre  les 
mains  de  la  trésorière  des  pauvres.  Le  résultat  de  ces  quêtes  ne 
nous  est  connu  que  pendant  trois  années,  de  1737  à  1760;  il  s'est 
élevé  à  un  total  de  1,533  livres  H  sols. 

L'Hôtel-Dieu  de  Brie  qui  n'avait  plus  assez  de  revenus  pour 
recevoir  les  malades,  versait  néanmoins,  chaque  année,  différentes 
petites  sommes  dans  la  caisse  de  la  confrérie  pour  ne  pas  rester 
indifférent  au  soulagement  des  pauvres  malades. 

En  1768  la  Charité  reçut  un  nouveau  don  pieux,  c'est-à-dire 


—  108  — 

120  livres  de  M.  Deverzure,  seigneur  de  Panfou  et  du  Vaudoy. 

Monseigneur  le  comte  d'Eu,  devenu  seigneur  de  Brie,  fut  le 
protecteur  des  pauvres  de  la  ville;  chaque  année,  outre  les  nom- 
breuses aumônes  que  ses  mains  charitables  donnaient  aux  indi- 
gents, il  faisait  l'abandon  des  amendes  qui  étaient  prononcées  à 
son  profit  au  bailliage  de  Brie. 

M.  Liévin ,  curé,  suivit  l'exemple  de  M.  Bécasse,  un  de  ses 
prédécesseurs;  il  légua  à  la  confrérie  une  somme  de  100  livres  par 
son  testament  du  29  août  1782. 

Monseigneur  le  duc  de  Penthièvre,  dernier  seigneur  de  Brie, 
fut  en  même  temps  le  dernier  bienfaiteur  de  l'établissement;  ses 
abondantes  aumônes,  les  nombreux  secours  de  toutes  espèces  qu'il 
savait  si  bien  prodiguer,  le  firent  surnommer,  par  les  habitants 
de  Brie,  le  père  des  pauvres. 

La  confrérie  de  charité  de  Brie-Corate-Robert,  l'œuvre  de  saint 
Vincent-de-Paul,  disparut  avec  la  Révolution  et  fut  reir placée 
par  le  rétablissement  de  THôtel-Dieu  et  l'organisation  des  bu- 
reaux de  bienfaisance. 


—  109  — 

ÉRECTION  DE  Li  PAROISSE   SAINT-LOUIS 

DE  FONTAINEBLEAU. 
UNE  LETTRE  INÉDITE  DE  LOUIS  XIV, 

PAR  M.  TH.   LHUILLIER, 

Secrétaire  général  et  Membre  fondateur  (Section  de  !IIc!nn). 


Fontainebleau  doit,  comme  on  sait ,  son  existence  et  sa  prospé- 
rité au  château  que  les  rois  firent  édifier  au  milieu  des  délicieux 
déserts  de  la  forêt  de  Bierre. 

Des  habitations  se  groupèrent  p?u  à  peu  à  l'ombre  de  cette 
demeure  protectrice ,  et  ne  formèrent  néanmoins,  pendant  longues 
années,  qu'un  modeste  hameau  de  la  paroisse  Saint-Pierre  d'Avon, 
toute  voisine  du  chàLeau.  Aussi  trouve-t-on  dans  la  petite  église 
romane  d'Avon,  la  tombe  d'un  maître-queux  de  Philippe-le-Bel, 
celles  d'Ambroise  Dubois  et  de  Monaldeschi ,  et  sur  les  registres 
paroissiaux  des  traces  intéressantes  du  séjour  de  la  cour,  à  côté 
des  noms  illustres  du  Primatice,  du  Rosso,  de  Philibert  Delorme, 
de  Sébastien  Serlio  de  Bologne ,  de  Martin  Fréminet  et  de  tant 
d'autres  artistes. 

En  1540,  François  P'^  donna  la  cure  primitive  d'Avon-Fontaine- 
bleau  aux  religieux  de  l'Ordre  de  la  Trinité ,  établis  par  saint 
Louis  ,  en  1259  ,  dans  son  château  ,  pour  desservir  un  hôpital  et 
des  chapelles  particulières.  D'un  autre  côté,  François  I"  avait 
repris  aux  Trinitaires  les  bâtiments  de  leur  couvent  pour  créer  la 
cour  du  Cheval-Blanc,  le  Jardin  des  Pins,  le  Grand-Étang,  la 
Cour  dos  Fontaines,  les  Écuries  de  la  Reine,  le  Mail  et  quelques 
autres  dépendances  de  ce  superbe  joyau  de  la  Couronne.  Le  cou- 
vent se  trouvait  transféré  provisoirement  dans  un  pavillon  ayant 
vue  sur  les  fossés. 

Le  bourg  de  Fontainebleau  acquit  alors  un  notable  accroisse- 
ment,  et  un  siècle  plus  Lard,  en  1024,  une  chapelle  publique  y 
était  fondée  pour  les  besoins  de  la  population.  Bâtie  aux  frais  de 
Louis  XIII,  elle  occupa  l'emplacement  de  l'ancien  hôtel  Martiguos, 
offert  par  la  duchesse  de  Mercœur,  «  à  condition  d'y  construire 


—  no  — 

»  une  chapelle  dépendante  d'Avon,  et  une  maison  pour  loger  deux 
»  religieux  Mathurins ,  à  la  nomination  du  roi,  pour  la  desservir, 
»  avec  un  traitement  annuel  de  cinquante  écus  chacun.  » 

Spécimen  e;.'  pierres  et  briques  de  cette  massive  architecture, 
sans  caractère,  alors  en  honneur  pour  les  habitations  particulières, 
la  nouvelle  construction  ne  fut  pas  heureuse  (1).  L'édifice,  mal 
agencé,  manquait  de  grandeur  et  de  jour  ;  on  diàt  même,  pour  lui 
donner  du  dégagement,  détruire  presque  aussitôt  huit  chapelles 
qui  accompagnaient  les  bas-côtés.  Dédiée  à  saint  Louis ,  cette 
église-annexe  avait  servi  aussi  à  diverses  solennités  particulières, — 
lord  Edmond  notamment  y  avait  juré  la  paix  entre  la  France  et 
l'Angleterre,  —  lorsqu'en  1661,  pendant  la  grossesse  de  la  reine, 
la  cour  vint,  suivant  l'usage,  s'installer  à  Fontainebleau. 

C'était  Tété.  La  cour  parut  plus  brillante  et  plus  belle  que 
jamais,  et  comme  chacun  dans  le  commencement  d'un  gouverne- 
ment nouveau  est  rempli  d'espérance,  ce  n'étaient  que  festins,  jeux, 
promenades  (2).  L'abbé  de  Choisy  ajoute  que  les  courtisans,  dans 
la  joie  et  l'abondance,  multipliaient  les  fêtes  galantes,  faisaient 
bonne  chère  et  jouaient  gros  jeu. 

Louis  XIV  tenait  de  sa  mère  un  profond  sentiment  de  piété, 
que  n'excluait  pas  le  goût  des  plaisirs.  11  invoquait  alors  le  ciel 
pour  l'heureuse  délivrance  de  Marie-Thérèse  ;  après  s'être  rendu 
à  plusieurs  reprises  à  l'église  Saint-Louis ,  très-pauvre  d'orne- 
ments, il  donna  pour  le  maître-autel  un  bon  tableau  de  Varin 
père  (3).  Le  23  juin  ,  il  fit  ses  stations  de  jubilé ,  de  très-grand 
matin,  s'arrêtant  chez  les  Carmes  des  Basses-Loges,  dont  la  reine- 
mère  faisait  réédifîer  l'église,  et  ensuite  à  Saint-Pierre  d'Avon  (4). 
De  retour  au  château,  suivant  un  mémoire  manuscrit  des  Trini- 
taires  (5),  Sa  iVlajesté  pressée  par  la  reine  manifesta  hautement  son 


(1)  C'est  l'église  actuelle,  qui  vient  d'èlre  l'objet  d'une  restauration  importante 
et  bien  entendue.  On  conserve  à  la  mairie  de  Fontainebleau  les  registres  des  baptê- 
mes ,  mariages  et  sépultures  administrés  dans  cette  église,  comme  annexe  d'Avon, 
depui.i  l'année  162o  ;  une  lacune  fâcheuse  existe  toutefois,  du  2o  octobre  lG4i  au 
27  novembre  1661. 

(2)  Mémoires  de  Louis  XIV,  mis  en  ordre  et  publiés  par  M.  de  Gain-Montagnac; 
Paris,  Garnery,  1806,  ia-S». 

(3)  Le  Paralytique. 

(4)  Mémoires  de  M""  de  .Motteville. 

(5)  M.  Valout  dit,  d'après  l'abbé  Guilbert  (Descript.  hist.  de  Fontainebleau),  que 
ce  fut  Anne  d'Autriche  qui  dciiouilla  les  Mathurins  de  toutes  fonctions  sur  Fontai- 
nebleau. Selon  Guilbert,  elle  aurait  été  surprise  par  de  faux  rapports  et  trompée 
par  de  prétendus  projets  d'avancement  de  la  gloire  de  Dieu. 


_  m  _ 

intention  d'ériger  Saint-Louis  de  Fontainebleau  en  cure  distincte. 
Dans  ce  but  une  requête  de  58  habitants  fut  adressée  à  M.  de 
Gondi'in,  archevêque  de  Sens;  les  fidèles  exposèrent  humblement 
que  le  vicaire  d'Avon,  bien  qu'aidé  de  deux  religieux,  était  devenu 
insuffisant,  tant  pour  les  besoins  du  bourg  royal,  ne  comptant 
pas  moins  de  mille  ou  douze  cents  familles,  que  pour  les  officiers 
delà  suite  de  Leurs  Majestés  :  —  un  brillant  état-major  de  grands 
noms,  selon  l'expression  de  M.  Amédée  Aufauvre  [Les  Monuments 
de  Seine-et-Marne),  et  une  véritable  armée  de  courtisans! 

De  l'aveu  même  des  Mathurins  ,  leur  cure-matrice  d'Avon  et 
Fontainebleau  valait  cinq  mille  livres.  Ils  étaient,  déplus,  sei- 
gneurs censiers  dansces  deux  localités,  à  Moret,  à  Bois-le-Roi,  et 
jusqu'en  Bourgogne  (1).  A  la  vérité,  ils  se  plaignaient  de  ne  point 
toucher  exactement  leurs  revenus  de  fondation,  u  ces  revenus 
M  étant  assignés  sur  des  domaines  importants  aliénés  à  des  per- 
»  sonnes  puissantes  (2).  » 

Une  enquête  ordonnée  sur  le  projet  d'érection  de  paroisse,  fît 
naître  quelques  protestations,  notamment  de  la  part  du  supérieur 
du  couvent,  le  Père  Le  Bel,  conseiller-aumônier  de  Sa  Majesté  (3), 
le  même  qui  avait  assisté,  quatre  ans  auparavant,  à  l'agonie  du 
malheureux  Monaldeschi  (i). 


(1)  Archives  dépaiiemeutales. 

(2)  Mém.  nianufc.  des  Trinitaires;  appart.  à  l'auteur. 

(3)  Le  supérieur  des  Mathurins  portait  toujours  le  titre  d'aumônier  du  roi.  —  Voir 
notaiiment  le  serment  reçu,  en  celte  qualité,  de  Jehan  Morel,  par  Jacques  Amyot, 
grand  au'mônier,  le  dernier  mai  1573.  Arch.  dép.  H,  139. 

(4)  Cette  enquête  fut  ouverte  le  2  novembre  1661,  parCh.  de  Hanniques  de  Ben- 
jamen,  vie.  gén.  de  Sens  ;  le  P.  Le  Bel^  invoquant  l'absence  du  général  des  Trini- 
taires, qui  voyageait  en  Espagne,  demanda  un  sursis  auquel  les  haiiitants  s'oppo- 
sèrent. L'enquêteur  avant  de  clore  son  procès-verbal,  dut  se  transporter  au  Louvre, 
attendu  l'intérêt  du  roi  ;  la  reine-mère  déclara  que  «  l'église  de  Fontainebleau  était 
»  desservie  par  deux  prêtres  séculiers  tout  à  fait  étrangers  à  ceux  du  château,  et  payés 
»  par  le  trésorier  des  bâtiments  de  Sa  iMajesté;  que,  non-seulement  elle  approuvait 
»  l'établissement  d'une  nouvelle  paroisse,  reconnue  absolument  nécessaire  pour  l'ins- 
»  Iruction,  secours  et  soulagement  spirituel  du  peuple  et  de  ceux  de  la  Cour,  mais 
»  encore  qu'elle  entend  y  affecter  l'église  Saint-Louis  et  loger  les  prêtres  nécessaires 
»  pour  la  desservir  ;  qu'ayant  jeté  les  yeu\  sur  les  prêtres  de  la  congrégation  de 
»  Saint-Lazare,  elle  a  conçu  le  dessein  d'en  choisir  dix  parmi  les  plus  capables, 
»  pieux  et  vertueux,  pour  catéchiser  la  jeunesse,  faire  des  missions  à  trois  ou  quatre 
»  lieues  à  la  ronde,  etc.,  etc.... 

Le  promoteur  de  l'Ordre   des  Mathurins  vint  à  son  tour  «  s'opposer  à  toute  non- 
»  veauté  et  requérir  délai  de  six  mois,  offrant  d'augmenter  au  besoin  le  nombre  des 


—  H2  — 

Le  roi  venait  précisément  de  reléguer  les  Trinitaires  dans  un 
bâtiment  très-confortable,  mais  isolé,  hors  du  château,  sur  la  rue 
des  Bons-Enfants  (i6G0).  Les  religieux  voyaient  avec  peine  leurs 
revenus  compromis  et  leurs  privilèges  gravement  menacés;  vaine- 
ment ils  essayaient  de  faire  face  au  danger. 

Le  sort  en  était  jeté.  Louis  XIV  avait  résolu  de  profiter  de  la 
naissance  du  Dauphin  pour  créer  la  nouvelle  paroisse.  De  son 
côté  Anne  d'Autriche  appelait  h  Fontainebleau  une  communauté 
de  dix  prêtres  Missionnaires,  qu'elle  installait  dans  un  hôtel  près 
de  Téglise,  aujourd'hui  rue  de  la  Paroisse  ;  l'un  d'eux  devait  être 
pourvu  de  la  future  cure  de  Saint-Louis. 

Le  roi ,  cependant ,  fit  connaître  aux  Mathurins  qu'il  entendait 
les  dédommager  amplement,  et,  pour  ménager  les-intérèts  en  pré- 
sence, une  série  de  formalités  commença. 

Mais  ce  monarque,  jaloux  de  sa  puissance,  et  mécontent,  une 
autre  fois,  d'avoir  failli  attendre,  ne  tarda  pas  à  s'impatienter  des 
lenteurs  inséparables  de  la  forme. 

C'est  alors ,  quelques  jours  seulement  après  la  naissance  du 
Dauphin  ,  qu'il  adresse  à  l'archevêque  de  Sens  la  lettre  suivante, 
document  inédit,  dont  nous  regrettons  de  n'avoir  qu'une  copie. 
Du  moins,  cette  copie  est-elle  authentique,  écrite  et  signée  de 
la  main  d'Antoine  Durand,  prêtre  Missionnaire,  premier  curé  en 
titre  de  Fontainebleau,  lequel  indique  que  la  lettre  originale  était, 
de  son  temps,  conservée  aux  archives  de  Saint-Lazare,  à  Paris. 

«  Monsieur  l'archeuesque  de  Sens  ,  ne  voulant  pas  partir  d'icy 
sans  acheuer  tout  ce  qui  regarde  la  cure  de  ce  bourg  et  y  entendre 
la  messe  du  nouveau  curé,  j'ay  esté  bien  ayse  de  vous  témoigner 
par  cette  lettre  écrite  de  ma  propre  main  que  vous  ne  sçauriez 
rien  faire  qui  me  soit  plus  agréable  que  de  venir  vous-mesme  ou 
d'enuoyer  sans  délay  vostre  officiai  pour  en  faire  l'établissement, 
et  le  point  de  la  fondation  ne  vous  doibt  pas  arrêter,  car  en  atten- 
dant qu'on  ayt  trouvé  quelque  autre  biais  pour  y  pourvoir  j'ay 
commandé  les  expéditions  nécessaires  pour  assigner  sur  telle 
de  mes  fermes  qu'il  sera  jugé  plus  à  propos  les  six  mille  liures 
dont  j'ay  résolu  de  doter  ladite  cure,  et  le  desdoramagement  du 


»  religieux  d'Avon  pour  desservir  l'église  Saint-Louis,  instruire  la  jeunesse  et  tenir 
»  même  écoles  publiques.  .  >> 

Le  9  novembre,  l'enquête  fut  close. 

(Arch.  départementales;  pièces  récemment  offertes  par  M.  Drouineau,  de  Lizy). 


—  113  — 

curé  d'Auon  ,  et  ce  ,  par  préférence  à  toutes  charges,  en  sorte  que 
ce  sera  en  fond  très  assuré;  me  promettant  donc  que  vous  n'appor- 
terez aucun  retardement  à  ce  qui  est  en  cela  de  mon  intention  ,  je 
ne  feray  celle-cy  plus  longue  que  pour  prier  Dieu  qu'il  vous  ayt, 
Monsieur  l'archeu.  de  Sens,  en  sa  s'"  garde. 
»  Escrit  à  Fontainebleau,  le  IS*"  de  nouemb.  1661. 

«  LOUIS.  »  (1) 

Vers  le  même  temps  (2) ,  la  reine-mère  fondait  et  dotait  un 
hôpital  à  Avon  ,  pour  prouver  ,  dit  M.  Vatout  (3) ,  que  les  bonnes 
œuvres  sont  l'expression  la  plus  vraie  des  sentiments  religieux, 
et  aussi  assurément  guidée  par  le  désir  d'apaiser  le  mécontente- 
ment des  Trinitaires. 

Le  27  novembre  1661 ,  Thomas  Berthe,  prêtre  de  la  Mission, 
prenait  provisoirement  possession  de  la  nouvelle  cure;  le  roi  et  sa 
mère  entendaient  la  messe  à  Saint-Louis;  deux  jours  après, 
le  promoteur  de  l'ofticial  rendait  sa  sentence  (4),  et  le  14  décem- 
bre Mgr  de  Gondrin  délivrait  les  lettres  autorisant  l'érec- 
tion (5). 

D'autres  difficultés  furent  aussitôt  soulevées  ;  on  discuta  sur  les 
dixmes  et  à  propos  de  l'étendue  de  la  paroisse  de  Fontainebleau. 
Le  18  mai  1662,  il  fallut  que  messire  Charles  de  Hanniques  de 
Benjamen ,  vicaire-général  du  diocèse ,  procédât  en  personne  à 
cette  délimitation  (6)  ;  et,  malgré  le  pressant  désir  du  roi  ,  ce  ne 

(1)  Ici  se  trouve  cette  mention  sur  la  copie  :  «  coUationnée  à  l'original  par  moy 
»  soussigné,  Durand,  curé  de  Fontainebleau.  Lequel  (original  de  la  lettre)  est  à 
»  Saint  Lazare.  » 

(2)  Lettres  pat.  de  février  16G0. 

(3)  Souvenirs  des  résidences  royales;  —  Fontainebleau. 

(4  Le  29  aussi ,  la  cour  quittait  Fontainebleau  ;  le  roi  se  rendait  en  pèlerinage 
à  N  jtre-Dame  de  Chartres,  avec  les  reines,  et  rentrait  à  Paris  le  4  décembre. 

(o)  Le  23  décembie  Antoine  Durand  reçut  les  provisions  régulières  de  la  cure 
Saint-Louis. 

(6)  «  Nous  avons,  dit  l'auteur  du  procès-verbal  de  délimitation,  borné  et  limité  la 
»  paroisse  de  Fontainebleau,  par  le  coin  du  parc  du  château,  qui  regarde  la  Cave 
»  Coignard,  et  par  les  terres  adjacentes  en  tirant  du  côté  du  bois;  sinon  à  la  Croix 
»  d'Augas  ,  tournant  à  Mont-Perreux  selon  le  grand  chemin  de  Paris ,  en  sorte 
»  que  le  Provenceau  et  les  Peluz  seront  de  ladicte  paroisse;  et,  du  Mont-Perreux 
»  eu  tirant  du  costé  de  Milly,  Bourron  et  Rlontigny,  jusques  à  l'hôtel  de  Condé,  qui 
»  sera  aussi  compris  en  la  mesme  paroisse;  ensemble  l'enclos  du  parc  avec  ledict 
»  chasteau  et  bourg  de  Fontainebleau,  en  tout  ce  qu'ils  peuvent  contenir,  sans 
»  aucune  chose  en  réservir;  et  en  cas  que  ledict  chasteau  et  bourg  soient 
»  augmentés  de  quelques  bastiments,  lesdicts  bastiments  seront  sensez  de  ladicte 
»  paroisse....  etc.  » 

8 


—  U4  — 

fut  pas  avant  le  mois  de  septembre  1663  qu'on  pût  présenter  uti- 
lement à  sa  signature  les  lettres-patentes  depuis  si  longtemps 
attendues.  Elles  sont  datées  de  Vincennes.  Sa  Majesté  déclare 
fonder  une  cure  distincte  et  séparée  d'Avon  ,  et  donner  à  cet  effet 
l'église  Saint-Louis  aux  Missionnaires,  voulant  ainsi  a  remercier 
»  le  ciel  des  grandes  et  continuelles  grâces  qu'il  a  plu  à  Dieu 
))  verser  en  abondance  sur  sa  personne  et  sur  le  royaume  depuis 
»  son  avènement  à  la  couronne,  pour  la  paix  générale  avec 
»  l'avantage  que  tout  le  monde  sait ,  et  l'heureuse  naissance 
»  de  monsieur  le  Dauphin,  advenue  dans  le  château  de  Pontaine- 
»  bleau....  (1)  » 

Déjà  le  P.  Le  Bel  n'était  plus  à  la  tête  des  Mathurins;  il  avait 
permuté  avec  Jean  Aguenin-Leduc,  d'une  noble  famille  de  la  Brie 
(14  juin  1662).  Pierre  Poucet,  chapelain  de  Saint-Vincent  au  châ- 
teau royal  de  Melun ,  étant  mort  sur  ces  entrefaites,  Louis' XIV 
avait  pourvu  Aguenin-Leduc  de  ce  bénéfice  (2).  C'était  une  com- 
pensation nouvelle  aux  pertes  dont  les  religieux  se  plaignaient 
amèrement;  et,  bientôt,  en  1671,  un  arrêt  du  conseil  annexa  défi- 
nitivement la  chapelle  Saint- Vincent  à  leur  couvent. 

Enfin,  en  1676,  pour  leur  être  agréable,  on  devait  les  doter 
encore  de  l'ermitage  de  Franchard. 

Le  nouveau  ministre  provincial  n'en  poursuivit  pas  avec  moins 
d'ardeur  l'œuvre  de  son  prédécesseur  ;  bien  que  les  lettres  royales 
attribuassent  à  la  communauté  6,000  livres  de  revenus  (environ 
30,000  francs  d'aujourd'hui)  sur  les  gabelles  de  Paris,  et  une 
pension  de  800  livres  à  la  charge  des  Missionnaires,  l'enregistre- 
ment de  ces  lettres  souleva  de  sa  part  la  plus  vive  opposition. 

Défense  dût  même  être  faite,  par  sentence  de  l'ofticial  de  Sens 
(6  juin  1665)  au  ministre-curé  d'Avon,  de  prendre  la  qualité  de 
curé  de  Fontainebleau  h  l'avenir,  d'administrer  les  sacrements 
aux  habitants  de  ce  bourg  (3),  et  de  prêcher  contre  l'établissement  de 
ladite  cwe,  h  peine  de  400  livres  parisis  d'amende. 

Résistance  désespérée  !  On  passa  outre  ,  grâce  à  deux  arrêts  du 
Parlement  et  de  la  Chambre  des  comptes  de  Paris  (8  mai  et  27 

(1)  11    y    eut   des  lettres- patentes    confirmatives  ;    Saint  -  Germain  -  en- Laye 
mars  1668. 

(2)  Le  château  de  Melun  était  délabré  et  sa  chapelle  tellement  ruinée  que  le 
titulaire,  pour  prendre  possess*ion  de  son  bénéfice,  le  11  août  1662,  dut  célébrer 
l'office  à  Fonlaiuebloau.  (Archives  départ.) 

(3)  Les  habitants  qui  s'y  seraient  prêtés  encouraient  l'excommunication,  outre  une 
aumône  de  40  livres. 


—  413  — 

juin  1664),  confirmés  par  un  troisième  arrêt  rendu  au  Conseil 
d'État,  tenu  à  Fontainebleau  môme,  le  2  août  1666. 

Des  transactions  et  des  sentences  successives  augmentèrent 
encore,  il  est  vrai,  l'indemnité  accordée  au  curé  d'Avon.  Il  fut 
décidé  aussi  qu'un  Lazariste  prendrait  le  titre  de  curé  du  château 
et  de  la  paroisse  Saint-Louis,  tandis  que  les  Mathurins  conserve- 
raient ceux  d'orateurs  perpétuels  et  de  desservants  de  la  chapelle 
de  Sa  Majesté;  enfin,  que  les  derniers  auraient  toujours,  au  châ- 
teau, le  pas  sur  le  curé. 

Là,  ne  finirent  pas  toutes  difficultés ,  tous  procès  à  cet  égard. 
Les  chanoines  réguliers  de  la  Trinité, après  avoir  tenu  tête  au  roi, 
se  rabattirent  sur  les  prêtres  de  la  Mission,  et  leurs  difTérends 
se  perpétuèrent  si  bien  qu'ils  duraient  encore  à  la  Révolution. 

La  paroisse  Saint-Louis  ,  placée  sous  l'égide  royale  ,  avait 
heureusement  traversé  ces  épreuves.  Sortie  florissante  de  la  lutte, 
elle  subsiste  de  fait  depuis  un  peu  plus  de  deux  siècles. 

Certains  monographes  et  les  auteurs  de  plusieurs  mémoires 
manuscrits  que  nous  avons  été  à  même  de  consulter,  diffèrent  sur 
la  date  précise  de  l'érection  de  la  cure  de  Fontainebleau,  qu'ils 
placent  tous  cependant  entre  1624  et  1666  (1).  La  véritable  date 
ne  se  trouve-t-elle  pas  réellement  fixée,  même  en  dehors  de  la  sen- 
tence d'érection  directe  de  M.  de  Gondrin  ,  par  la  lettre  que  nous 
venons  de  rapporter,  où  la  volonté  de  Louis  XIV  se  manifeste 
formellement  ? 

Cette  missive  du  roi  justifie,  du  moins,  l'opinion  de  l'abbé 
Guilbert,  de  MM.  Vatout,  Jamin  et  de  quelques  autres  historio- 
graphes sérieux  ;  elle  prouve  que  l'on  peut ,  avec  raison  et  sans 
trop  s'arrêter  à  la  signature  tardive  des  lettres-patentes  ,  considé- 
rer Fontainebleau  comme  érigé  en  paroisse  distincte  dès  1661,  — 
l'année  de  la  naissance  du  Grand-Dauphin,  de  la  mort  de  Mazarin 
et  de  l'arrestation  de  Fouquet. 

(1)  M.  Aufauvre,  entr'aulres  (Monuments  de  Seine-et-Marne)  ,  prend  cette  date 
de  1666,  et  dit  à  tort  (page  57)  que  l'église  Saint-Louis  fut  bâtie  par  Louis  XIV. 


—  H7  — 

NOTICE   SUR  DES  FOSSILES 

TROUVÉS  DANS  UNE  CARRIÈRE  DE  SABLE 
AU  MILIEU  DE  LA  VARENJNE  DE  MEAUX, 


,r 


PAR  M.  LE    D     LE   ROY, 
Membre  fondateur   (Section  de  Meaux). 


Souvent  par  une  réminiscence  d'un  de  nos  poètes  comiques,  on 
fait  à  certains  récits  où  les  développements  préliminaires  abon- 
dent, le  reproche  plaisamment  exagéré  de  remonter  jusqu'au 
déluge.  Il  n'en  sera  pas  de  même  dans  le  cas  actuel,  les  faits 
dont  j'ai  à  parler  étant  antérieurs  au  déluge,  mais  la  nature  de 
mon  sujet  me  fait  courir  un  autre  risque,  celui  d'être  trop  long 
sur  la  création  du  monde. 

Primitivement  vapeur  lumineuse,  puis  fluide  en  ignition  quand 
ses  éléments,  sous  l'influence  du  refroidissement,  se  furent  suffi- 
samment rapprochés ,  le  globe  terrestre  finit  par  se  couvrira  la 
périphérie  d'une  croûte  solide.  Mais  la  solidité  de  cette  croûte 
n'était  guère  que  relative,  et  à  chaque  instant  les  matières  en 
fusion  brisant  la  faible  enveloppe,  se  répandaient  en  épais  tor- 
rents de  feu  dont  les  laves  de  nos  volcans  donnent  une  très-faible 
idée.  Dans  le  même  temps,  soit  à  l'état  d'épaisse  vapeur,  soit 
sous  forme  de  torrents  de  pluies  bientôt  renvoyés  dans  l'air  par 
l'évaporation,  l'eau  maintenait  une  tempête  continuelle  à  la  sur- 
face du  globe. 

Peu  à  peu  cependant  la  terre  se  refroidit,  et  l'élément  liquide 
qui  l'entourait  se  rassembla  dans  les  dépressions  de  la  croûte 
terrestre,  laissant  à  peine  quelques  points  non  couverts  par  les 
eaux. 

Il  est  plus  facile  d'indiquer  que  de  décrire  les  contractions  et 
les  soulèvements  qui,  petit  à  petit,  donnèrent  aux  continents  leur 
relief  actuel.  D'ailleurs,  aidée  par  les  actions  chimiques  extrême- 
ment intenses  à  cette  époque,  la  mer  jouait  le  principal  rôle  dans 
la  constitution  du  sol,  en  formant  des  dépôts  sédimentaircs  sur 
des  points  qu'elle  abandonnait  ensuite,  quand  un  soulèvement 


—  118  — 

nouveau  venait  changer  le  niveau  général.  La  série  des  terrains 
qui  émergèrent  a  été  classée  par  les  géologues  dans  l'ordre  de 
superposition,  et  dénomnnée  ainsi  qu'il  suit  :  terrains  Gambrien, 
Silurien,  Devonien,  Carbonifère,  Pénéen,  de  Trias,  Jurassique, 
Crétacé  inférieur  et  Crétacé  supérieur,  Parisien,  de  Mollasse, 
Subapennin,  d'alluvions  anciennes  et  récentes. 

Je  passe  sous  silence  les  plus  anciens  terrains,  dont  l'étude  se 
rapporte  d'une  manière  moins  directe  à  la  démonstration  que  je 
me  propose  de  /aire,  et  j'arrive  au  terrain  Jurassique  qui  paraît 
s'être  formé  au  fond  d'une  mer  tranquille,  à  une  époque  où  le  globe 
a  joui  longtemps  d'un  calme  relatif.  L'apparition  de  ce  terrain  qui 
occupe  une  étendue  considérable  dans  toute  l'Europe,  a  été  suivie 
avec  le  soulèvement  des  Pyrénées,  de  la  formation  des  terrains 
Crétacés  inférieurs  et  supérieurs.  Ces  derniers  constituent  les 
dépôts  de  sédiment  les  plus  considérables  qu'on  connaisse,  dépôts 
dont  l'épaisseur  indique  qu'ils  se  sont  formés  pendant  une  Icngue 
période  de  tranquillité  pour  notre  globe,  à  la  faveur  de  laquelle 
les  mers  se  sont  comblées. 

Au  moment  oh  le  terrain  Crétacé  supérieur  sortit  des  eaux, 
commença  la  formation  du  terrain  Parisien  au  fond  de  la  mer 
parisienne,  qui  comprenait  alors  l'espace  occupé  par  les  départe- 
ments de  Seine-et-Marne,  Seine-et-Oise ,  Oise,  une  partie  de 
l'Aisne,  et  se  continuait  avec  la  Manche  et  la  mer  du  Nord.  Bien 
entendu  la  place  qu'occupent  Londres  et  Bruxelles,  était  alors 
sous  l'eau,  en  même  temps  qu'une  grande  partie  de  l'Angleterre 
et  de  la  Belgique  actuelle. 

Le  terrain  Parisien  a  été  formé,  surtout  pour  la  partie  fran- 
çaise, à  la  manière  des  dépôts  adventifs,  par  des  sources  nom- 
breuses à  la  fois  calcarifères,  silicifères  et  gypsifères  qui  s'épan- 
chaient vers  les  bords  du  golfe  dont  je  viens  d^  décrire  les 
contours.  Un  dépôt  sableux  appartenant  à  la  Molasse  se  retrouve 
encore  aux  environs  de  Paris,  au-dessus  des  couches  supérieures  du 
terrain  Parisien.  Enfin  le  terrain  Subapennin  qui  ferme  cette  liste, 
a  été  déposé  dans  des  contrées  dont  nous  n'avons  pas  h  nous 
occuper. 

A  l'époque  où  nous  sommes  arrivés,  eut  lieu  une  grnnde  catas- 
trophe, qui  semble  avoir  déterminé  la  plus  grande  partie  du  relief 
actuel  de  l'Europe,  et  qui  a  apporté  dans  la  conformation  du 
terrain  Parisien,  en  ce  qui  regarde  le  département  de  Seine-et- 
Marne,  d'importantes  modifications.  Je  veux  parler  du  soulève- 
ment des  Alpes  Occidentales. 


—  119  — 

Sous  cette  influence,  les  eaux  violemment  agitées,  ont  emporté, 
en  se  retirant  de  la  partie  moyenne  du  département  ou  Brie  pro- 
prement dite,  une  puissante  assise  calcaire  et  les  sables  qu'elle 
recouvrait,  laissant  à  nu  1°  les  grès  dont  la  disposition  ruiniforme 
est  si  pittoresque  aux  environs  de  Fontainebleau,  et  2"  l'argile  à 
meulière  et  les  glaises  vertes  qui  constituent  le  plateau  de  la 
Brie. 

Dans  la  partie  septentrionale  du  département,  ces  couches  pro- 
tectrices elles-mêmes  ont  disparu,  et  la  puissante  formation  mar- 
neuse qui  occupe  une  grande  partie  de  l'étendue  des  cantons  de 
Dammartin,  Glaye,  Lizy,  a  été  profondément  sillonnée.  Au  milieu 
même  de  la  surface  ondulée  ainsi  formée,  et  comme  autant  d'ilôts 
attestant  l'importance  du  déblai  qui  s'est  fait  autour  d'eux, 
s'élèvent  les  buttes  ou  mamelons  de  Montceaux,  Cocherel,  Mon- 
thyon,  Montgé,  Dammartin,  Saint-Witz,  restés  au  niveau  de  la 
couche  supérieure  du  terrain  parisien,  telle  qu'elle  existe  à  l'extré- 
mité sud  du  département. 

Plus  tard  encore,  et  sillonnant  profondément  les  couches  du 
terrain  parisien,  se  sont  formées  petit  à  petit  les  grandes  vallées 
de  la  Seine,  de  la  Marne  et  celles  des  nombreux  cours  d'eau  qui 
en  sont  les  affluents.  Ces  vallées,  la  plupart  profondes  et  ayant 
une  direction  générale  sensiblement  de  l'est  à  l'ouest,  ont  apporté 
de  nouvelles  modifications  dans  la  configuration  du  sol.  La  prin- 
cipale de  ces  modifications  vient  du  dépôt,  au  fond  de  toutes  les  val- 
lées, d'une  couche  sableuse  dite  alluvions  anciennes,  qui  à  Meaux 
constitue  la  Varenne.  Ces  dépôts  sont  postérieurs  aux  terrains 
Subapennins,  les  derniers  de  la  série  que  j'ai  esquissée,  et  anté- 
rieurs à  ce  qui  se  fait  de  nos  jours.  Ils  annoncent  d'immenses 
transports,  de  grands  accidents  d'érosion,  dont  nos  rivières  ac- 
tuelles sont  incapables.  La  catastrophe  qui  en  a  amené  la  forma- 
tion, vraisemblablement  le  soulèvement  des  Alpes  principales,  a 
été  rapportée  au  diluvium  dont  le  récit  est  exposé  dans  la  Bible, 
et  cependant  en  Europe  on  ne  trouve  pas  dans  ce  dépôt  de  débris 
humains,  qui  s'y  seraient  aussi  bien  conservés  que  ceux  des  élé- 
phants et  de  tous  les  animaux  retrouvés  dans  les  alluvions 
anciennes. 

M.  Boucher  de  Perthes,  il  est  vrai,  et  plusieurs  géologues  après 
lui,  ont  annoncé  avoir  découvert  dans  les  alluvions  anciennes  des 
débris  humains  et  des  silex  taillés  indice  d'une  industrie  à  ses 
débuts.  Malgré  cela  la  question  est  loin  d'être  résolue,  car  M.  Elie 
de  Beaumont  en  admettant  la  découverte  de  débris  provenant  de 


—  120  — 

l'homme,  rapporte  le  dépôt  au  milieu  duquel  on  les  a  trouvés, 
non  pas  aux  alluvions  anciennes,  mais  à  des  dépôts  sur  les  pentes, 
postérieurs  à  celles-ci. 

C'est  au  milieu  des  cailloux  roulés  de  ces  alluvions  anciennes, 
qu'à  cinq  mètres  au-dessous  du  sol,  ont  été  découverts,  par  des 
ouvriers  qui  exploitent  une  carrière  de  sable  appartenant  à 
M.  Faron  Plicque ,  dans  la  Varenne  de  Meaux,  les  fossiles  sui- 
vants : 

1°  Deux  molaires  d'éléphants,  mesurant  18  centimètres  de  lon- 
gueur sur  16  de  hauteur  et  6  de  largeur,  dents  à  couronne  plate 
et  dont  les  lames  d'ivoire  ressortent  par  un  éclat  nacré  du  massif 
de  carbonate  de  chaux  qui  leur  sert  de  lien. 

2"  Plusieurs  fragments  d'os  plats  dont  la  substance  spongieuse 
a  au  moins  6  centimètres  d'épaisseur.  Qu'on  rétablisse  par  la 
pensée  la  table  osseuse  avec  ses  deux  lames  de  tissu  compacte,  et 
on  aura  des  os  tellement  épais,  qu'ils  répondront  à  l'épaule  seule 
ou  au  bassin  d'un  pachyderme.  Ces  fragments  osseux,  ainsi  que 
les  dents  ci-dessus  décrites,  ont  dû  appartenir  à  une  espèce  d'élé- 
phants bien  supérieure  en  taille  à  tout  ce  que  nous  connaissons. 

3°  Le  radius  d'un  carnassier  comme  un  loup,  une  hyène:  cet  os,  qui 
provient  d'un  animal  bien  plus  fort  que  ceux  de  l'époque  actuelle, 
donne  la  mesure  frappante  des  révolutions  qui  ont  passé  sur  tous 
ces  fossiles.  Après  avoir  été  brisé,  il  s'est  trouvé  fiché  par  un 
bout,  dans  une  position  voisine  de  la  verticale,  au  milieu  d'une 
eau  qui  est  devenue  tranquille  ;  chargée  de  principes  incrustants, 
cette  eau  a  recouvert  la  partie  libre  de  l'os,  d'une  couche  de  car- 
bonate de  chaux  pure,  de  o  millimètres  d'épaisseur;  puis,  l'os 
dégagé  et  entraîné  par  un  fort  courant  est  venu  se  placer  au 
milieu  d'un  lit  de  cailloux  roulés. 

4°  Un  fragment  trouvé  par  M.  le  curé  de  Villenoy,  dans  la 
Varenne  de  cette  localité,  et  que,  par  sa  courbure  ainsi  que  par 
la  direction  de  ses  fibres,  on  peut  rapporter  au  bois  ou  à  la  corne 
d'un  animal. 

5"  Une  assez  grande  quantité  d'un  bois  fossile  ressemblant  au 
châtaignier. 

6°  Une  pyrite  de  sulfure  de  fer,  de  la  forme  et  du  poids  d'un 
boulet  de  canon,  pyrite  assez  semblable  à  celles  qu'on  trouve  en 
assez  grande  quantité  dans  le  terrain  crétacé. 

A  quelle  origine  faut-i]  rapporter  ces  divers  objets? 

Dans  les  terrains  formés  les  premiers,  et  en  particulier  dans  les 
terrains   houillers,  en  dehors  des  coquillages,   on   ne   rencontre 


—  121  — 

guère  comme  fossiles,  que  des  végétaux  monocotylédonés  tels  que 
fougères  et  cycadées  gigantesques,  et  des  poissons  sauroïdes, 
espèce  vorace  dont  les  dimensions  énormes  n'ont  pas  d'analogue 
à  l'époque  actuelle. 

Au  milieu  des  couches  du  terrain  jurassique,  on  voit  apparaître 
des  plantes  dycotyledonées,  puis  des  poissons  sauriens  et  des 
reptiles  toujours  de  dimension  gigantesque. 

Avec  le  terrain  crétacé  inférieur,  arrivent  des  oiseaux  de  l'ordre 
des  échassiers,  et  les  sauriens  sont  remplacés  par  les  squales, 
sorte  de  requins,  deux  à  trois  fois_  plus  grands  que  ceux  de  notre 
époque. 

Le  terrain  parisien  nous  montre,  un  grand  nombre  de  plantes 
dycotyledonées  et,  outre  les  espèces  animales  signalées  dans  le 
terrain  crétacé,  certains  mammifères  aux  formes  massives,  tels 
que  l'anoplothérium  et  le  paléothérium,  dont  les  restes  trouvés 
dans  les  carrières  de  Montmartre  ont  tant  servi  à  la  gloire  de 
Guvier. 

La  mollasse  nous  fournit  les  mastodontes  aux  formes  sem- 
blables à  celles  de  l'éléphant,  mais  de  dimensions  bien  supérieures. 

Il  est  intéressant  de  remarquer  que  ces  mastodontes  avaient  la 
couronne  des  dents  hérissée  de  pointes  coniques,  au  lieu  d'être 
plate  et  unie  comme  celle  des  molaires  que  vous  avez  sous  les  yeux. 

Entin,  à  l'époque  du  terrain  Subapennin  et  jusqu'à  la  catas- 
trophe qui  amena  la  formation  des  alluvions  anciennes,  vivaient  ces 
éléphants,  rhinocéros,  loups,  etc.,  dont  vous  avez  des  restes  sous 
les  yeux,  animaux  bien  supérieurs  par  la  taille  à  ceux  qui  existent 
dans  les  forêts  d'Afrique  et  d'Asie,  et  contemporains  de  ces  élé- 
phants à  longs  poils  qu'on  retrouve  intacts,  par  bancs,  sur  les 
bords  de  la  mer  glaciale. 

Je  ne  sais  si  je  dois,  en  terminant,  hasarder  une  hypothèse  sur 
la  manière  dont  ces  fossiles  d'un  poids  relativement  considérable 
sont  arrivés  au  milieu  de  la  Varenne.  Peut-être  les  animaux  dont 
ces  fossiles  proviennent  ont-ils  péri  en  cet  endroit,  entraînés  par 
les  eaux;  peut-être  leurs  restes  ont-ils  été  apportés  là  par  des 
glaçons,  comme  il  est  admis  que  le  furent  ces  blocs  erratiques  re- 
trouvés par  toute  l'Europe  à  la  surface  du  sol,  et  loin  des  chaînes 
de  montagnes  auxquelles  leur  composition  les  rattache. 


—  123  — 

NOTE 

AU  SUJET  D'UNE  LETTRE  AUTOGRAPHE  DE  COLBERT, 

PAR    M.     SOLLTER, 
Membre  fondateur  (Section  de  niclun). 


Le  31  octobre  1659,  Colbert  écrit  de  Nevers  une  lettre  au  car- 
dinal Mazarin.  Cette  lettre  écrite  et  signée,  il  ne  la  trouve  pas  à 
son  gré,  la  laisse  de  côté  et  en  fait  une  autre  qu'il  expédie  et  qui 
parvient  à  son  adresse.  Plus  de  deux  cents  ans  après,  la  première 
lettre  se  retrouve  à  Melun,  au  milieu  d'autres  papiers  sans  valeur 
et  de  provenance  inconnue,  dans  la  boutique  d'un  revendeur. 
Puis,  utilisée  comme  enveloppe  d'une  substance  comestible  ou  plu- 
tôt d'un  ingrédient  culinaire,  d'un  morceau  de  beurre  enfin,  s'il 
faut  appeler  les  choses  par  leur  nom,  elle  passe  dans  les  mains 
profanes  d'une  ménagère,  qui,  rentrée  au  logis,  s'empresse  de  la 
jeter  au  feu.  Un  courant  d'air  éloigne  heureusement  le  papier  du 
foyer;  quelqu'un  l'aperçoit  par  hasard,  en  parcourt  le  contenu, 
enlève  les  traces  de  souillure  et  me  le  donne.  Voilà  comment  je 
possède  du  grand  Colbert  la  lettre  autographe  ainsi  conçue  : 

((  Neuers,  ce  dernier  octobre  1659. 
»  J'ay  l'esprit  tellement  remply  de  confusion,  de  chagrin  et  de 
))  désespoir  que  je  ne  scay  que  dire  à  V.  E'^  —  Je  suis  comblé  de 
»  ses  bienfaits,  toute  ma  famille  a  receu  et  reçoit  continuellement 
»  des  marques  de  sa  bonté  ;  la  confiance  que  V.  E'=^  a  bien  voulu 
»  avoir  en  tous  ceux  qui  portent  mon  nom  est  connue  de  tout  le 
»  monde,  et  néanmoins  il  s'en  trouve  un  qui  a  esté  capable  de  la 
))  trahir  —  et  je  finis,  m'estimapt  indigne  de  prendre  la  qualité 
»  ordinaire  de  très  fidel  serviteur  de  V.  E'^  —  Colbert.  » 

Il  se  rencontre  presque  toujours  dans  la  vie  des  grands  hommes, 
et  le  plus  souvent  au  début  de  leur  carrière,  un  jour  oii,  par  suite 
d'un  événement  fatal  qu'ils  n'ont  pu  prévoir  ni  empêcher,  tous 
leurs  projets  d'avenir  semblent  devoir  être  renversés  et  anéantis. 
Tel  fut  pour  Colbert  le  jour  où  il  écrivit  à  Mazarin  la  lettre  que 
je  viens  de  rapporter. 


—  124  — 

Voici  dans  quelle  circonstance  :  Colbert  du  Terron,  cousin- 
germain  de  Jean-Baptiste  Colbert,  était,  grâce  à  sa  protection, 
intendant  do  Mazarin  dans  son  gouvernement  de  Brouage,  en 
Saintonge.  C'était,  dit  la  chronique,  un  administrateur  actif, 
habile  et  plein  de  ressources  ;  à  cause  de  ses  éminentes  qualités, 
Colbert  l'avait  investi  de  toute  sa  confiance  et  l'initiait  à  ses  vues. 
Pendant  que  Mazarin  poursuivait  avec  la  cour  d'Espagne  ces 
longues  et  difficiles  négociations  qui  se  terminèrent,  le  7  no- 
vembre 1659,  par  la  signature  du  traité  des  Pyrénées  et  du  contrai 
de  mariage  de  Louis  XIV  avec  l'infante  Marie  Thérèse,  le  jeune 
roi,  obéissant  à  l'impulsion  de  son  cœur  bien  plus  qu'à  la  raison 
d'État,  entretenait  un  doux  commerce  avec  Marie  Mancini,  nièce 
du  cardinal.  Cette  ardente  italienne,  douée  d'une  médiocre  beauté, 
mais  d'une  physionomie  fine  et  attrayante,  avait  su  inspirer  au 
roi  une  passion  si  vive  qu«Sa  Majesté  amoureuse  en  vint,  dit-on, 
jusqu'à  proposer  à  Mazarin  d'épouser  sa  nièce. Cette  délicate  pro- 
position dût  singulièrement  flatter  l'orgueil  du  cardinal-ministre. 
Cependant,  soit  désintéressement  (une  fois  n'est  pas  coutume), 
soit  prévoyance  d'un  danger  à  venir,  il  se  donna  de  garde  d'accé- 
der au  vœu  inconsidéré  de  l'adolescent  monarque.  If  fit,  au  con- 
traire, de  concert  avec  la  reine  Anne  d'Autriche,  tous  ses  efforts 
pour  rompre  une  liaison  dont  l'existence  pouvait  faire  avorter  son 
double  projet  d'alliance  avec  la  cour  de  Madrid.  Aussi,  avant  de 
se  rendre  à  la  frontière  pour  conférer  avec  l'ambassadeur  d'Es- 
pagne, prit-il  la  précaution  de  séparer  les  deux  amants,  en  exilant 
sa  nièce  à  La  Rochelle.  Les  paroles  d'adieu  de  Marie  :  «Vous  êtes 
roi,  vous  pleurez  et  je  pars!...  »  n'eurent  pas  le  succès  qu'elle  en 
espérait.  Louis  fut  attendri,  mais  il  la  laissa  partir.  Ne  pouvant 
plus  se  voir,  on  s'écrivit,  et  l'intermédiaire  complaisant  de  la 
correspondance  fut  ce  Colbert  du  Terron,  dont  Mazarin  avait  fait 
son  intendant  et  qui  résidait  dans  la  jolie  ville  de  Brouage,  à  six 
lieues  de  La  Rochelle.  Le  rusé  cardinal  l'apprit  ou  s'en  douta.  Il 
lit  à  du  Terron  la  défense  formelle  de  remettre  à  sa  nièce  aucune 
lettre  du  roi.  Mais  l'intendant  de  Brouage  eut  la  faiblesse  de  déso- 
béir, et  il  remit  à  Marie  Mancini  deux  billets  et  un  petit  chien,  que 
Sa  Majesté  lui  avait  envoyés  avec  ordre  exprès  de  les  rendre  dans  le 
dernier  secret.  Malheureusement  pour  lui,  Mazarin  en  fut  informé 
et,  sous  l'impression  du  plus  vif  mécontentement,  il  écrivit  à 
Colbert,  les  20  et  22  octobre  1659,  deux  lettres  où  il  qualifiait 
sévèrement  l'action  de  son  cousin  du  Terron,  et  l'accusait  de 
l'avoir  commise  dans  le  but  de  parvenir  à  une  grande  fortune. 


—  125  — 

C'est  alors  que  Colbert,  blessé  dans  ses  sentiments  d'honneur 
et  d'affection,  effrayé  des  conséquences  fatales  que  la  désobéis- 
sance de  son  cousin  pouvait  entraîner  au  préjudice  des  intérêts 
politiques  et  des  siens  propres,  trace  ces  quelques  lignes  dans 
lesquelles  il  marque  sa  confusion,  son  chagrin  et  son  désespoir, 
au  souvenir  de  tant  de  bienfaits  récompensés  par  une  trahison,  et 
qu'il  termine  soudain,  comme  si  l'énormité  de  la  faute  le  rendait 
muet,  en  se  déclarant  indigne  de  prendre  la  qualité  ordinaire  de 
très-fidèle  serviteur  de  Son  Éminence.  Cette  lettre,  courte  mais 
expressive,  peignait  très-bien,  ce  me  sembl