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Full text of "Chansons provençales"

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1< 

I! 



i ♦ 



CHANSOIYS 



PROVENÇALES 



l>E 



VICTOR GELU 



i 

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i 



DEDXIEME EDITION CONSIDERABLEMENT AUGMENTEE. 



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i 



—■""•i'i$p*®>ŷîìj' "*"' — 



i' 



MÂRSEILLE. 

LAFFITTE ET ROUBAUD , LIBRAIRES -ÉDITF.URS , 

ALLÉES DE MEILHAN , 18. 

1856. 



\ \ ♦ > 'J 

X : 



f*^"J , ".fï^t^ Oìlfdlfu 



GHANSONS PROVENÇALES. 



MARSEILLE, TYPOGRAPHIE JULES BARILE , RUE PARADIS , i5. 



CHANSOÌVS 

PROVENÇALES ,"' 



IIIIOH íîÌÊLlJ. 

T 



DETiSIÈME ÉDITION C0N31DÉHAGLEMEM AUGHENTÉE. 



LAFFITTE ET ROL'BAUD , LIBRAIHES -ÉDITEDBS , 
ALLÉES DE HEILHAN , 1R. 



'/ 



THE MEW YORK 

POBUC UBRARY 

266635 \ 

A8TOH, LENtX AND 

TU-DJSN F0UN3ATI0NS 
H 1926 L 



i— i j 



To«/ exemplaire non revéíu de la sigmture de l'auteur 
sera poursuivi en contrefaçon. 



• • • • *■ 






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•> * 



CÏÏÀNSONS PROVENÇALES. 



AVERTISSEMENT 

DE LA PREMIÈRE EDITION 



Ces Chansons n'étaient point destinées 
à Timpression. L'ou s'en apercevra facile- 
ment en les lisant. II a fallu des instances 
bien vives et bien souvent réitérées pour 
me déterminer à les publier. Mais* avant 
de franchir ce redoutable premier pas , 
jéprouve le besoin irrésistible de hasarder 
quelques explications en faveur de ces ba- 
gatelles. 

L'idiome provençal se meurt. Au train 
dont va le siècle , faisant rafle impitoyable 
des mceurs . des usages , du caractère , des 
costumes et du langage anciens , en don- 
nant à tout et à tous une teinte régulière- 
ment uniforme et pâle , avant trente ans 
cette langue sera aussi difficile à expliquer 
que la langue des hyéroglyphes pour les 

1. 



LaffUts 12 Jan.1926 



6 AVERTISSEMENT. 

quatre-vingt-dix-neuf centièmes de notre 
population marseillaise. Malgré le succès 
mérité des charmants ouvrases de notre 
poôte populaire , on ne trouverait pas dans 
notre ville , à lheure qu'il est , cent per- 
sonnes qui pussent lire couramment ses 
productions , encore moins en écrire dix 
lignes sous la dictée d'une manière correcte. 
Déjà les jeunes gens nés depuis 1815, ceux 
surtout qui ont reçu quelque instruction , 
n'y entendent plus rien. Et quel profond 
mépris , quelle horreur cette génération 
affecte pour l'idiome de ses pères ! 

Certes, c'est arriver mal à propos que de 
venir, en 1840, offrir un Recueil de Chan- 
sons Provençales à ce public dédaigneux , 
dont je vois la bouche prête à se tordre pour 
faire fi ! et lui dire : 

« Lecteur, tu es habitué à la poésie har- 
monieuse des grands écrivains de notre 
époque, aux vapeurs mielleuses, à la pé- 
riode désossée de leurs innombrables imita- 
teurs. Et bien ! voici des vers qui , la plu- 
part n'ont d'autre mérite que Ténergie de 



AVERTISSEMENT. 7 

la pensée et la brutalité pittoresque de 
l'expression. 

» Jai choisi mes personnages parmi ces 
enfants de la populace marseillaise que tu 
ne connais pas. J'ai pris plaisir à dépeiudre 
leur physionomie sau vage et caractéris tique. 

» Plusieursde nos compatriotesonttracé, 
avant moi, des portraits analogues aux 
miens ; mais leurs tableaux , quoique sou- 
vent spirituels , ne sont pas toujours vrais. 
En voulant idéaliser leurs sujets, ils leur 
ont donné une allure et des formes fanlasti- 
ques qui leur sontétrangères. II faut quitter 
le gant jaune pour disséquer notre Bohé- 
mien , pur sang Phocéen : l'a-t-on fait ?.. . 
II faut s'asseoir au besoin sur la borne pour 
décrire le carrefour. Comme je m'y étais 
assis , moi , bien souvent et de longues 
heures durant mon enfance, je n'ai eu qu'à 
évoquer mes souvenirs pour voir poser de- 
vant moi'le Crocheteur, le Manouvrier, le 
Plongeur, le Lazzarone de Rive-Neuve , le 
Garçon boulanger , le Savetier , et autres 
individus de même espèce. 



8 AVERTISSEMENT. 

» Voilà mes héros. Voilà les êtres que j'ai 
essayé de sculpter en relief avec leur geste 
grossier, leur voix de buffle, leur parole 
rude , leurâpre discours dont le mécanisme 
échappe à toutes les combinaisons de la 
linguistique. 

» Ces gens-Ià jurent souvent. Ils ne peu- 
vent pas dire vingt mots sans y íntercaler 
au moins huit blasphèmes. Je les ai fait 
jurer quelquefois. Ces gens-là pensent , 
comme Tâne de la Fable , que leur ennemi , 
c'est leur maître. lis le répètent à tout 
propos et à tout venant : je l'ai répété après 
eux. Ils croient que cet ennemi est pour 
beaucoup dans leurs misères. lls haïssent , 
ils envient toutce qui est au-dessus d'eux. 
Je nai dissimulé ni leur haine , ni leur 
envie , l'envie surtout , ce cancer du 
pauvre ! Qui le croirait? Ces gens-là, par 
intervalles, font preuve d'eutrailles ; par 
intervalies aussi jai iaissé voir leurs en- 
trailles. 

» Après tout, mes héros valent-ils bien 
un peu la peined'être éludiés. Aujourdhui 



AVERTISSEMENT. 9 

que l'on recherche avec tant d'avidité les 
types étranges , pourquoi ne jetterait-on pas 
un coup-d'oeil sur ces enfants perdus de la 
nature , sur ces prodiges d'excentricité? » 

Et si la curiosité lemportant sur le dé- 
dain systématique , on se décide à lire mes 
bluettes, que de choses à blàmer l'on y 
trouvera ! 

Idiotismes locaux inintelligibles , impré- 
cations afiFreuses , gravelures impardonna- 
bles , détails ignobles ; la prosodie , la syn- 
taxe , l'orthographe estropiées sans pitié , 
sacrifiées comme à dessein ! Outrage aux 
moeurs , outrage aux lois , outrage au bon 
goût, outrage aux fonctionnaires publics! 
Que de défauts , grand Dieu ! que de délits ! 
que de crimes qui vont m'attirer, à coup 
sûr, des reproches sanglants et la réproba- 
tion universelle ! 

D'abord , mes héros sontMarseillais avant 
tout. Ils ne pensent point en français pour 
s'exprimer en provençal. Ils parlent le pa- 
tois de Marseille et non la langue , si langue 
ilya^teUequ'eHedoits'écrire. Leurdialecte 



1 ATEBTISSEMENT. 

est celui des rues , des qnais et des halles. 
U n'a rien à démêler ni avec le dictionnaire 
de rAcadémie , ni avec la grammaire pro- 
vençale. Au reste, cette grammaire, si elle 
existe , ou même si elle a jamais existé , 
que peut-elle être aujourd'hui , sinon une 
introuvable rareté bibliographique ? 

Si , en dépit des puristes , jai , dans plu- 
sieurs passages de mes compositions, sauté à 
pieds joints sur toutes les règles de la gram- 
maire, de la prosodie et de l'orthographe 
provençale, c'estquel'étudem'aappris que 
tel terme et telle phrase de l'idiome local , 
écrits suivant la règle , perdaient la moitié 
de Ìeur valeur, ou ne signifiaient plus rien. 

Et, chose singulière, j'ose avancer (les 
vieux Marseillais tant soit peu lettrés et at- 
tentifs comprendront ma pensée etpourront 
affirmermon dire) , jesoutiensqueles traits 
Ies plus heureux , les images les plus sail- 
lantesde mes chansons, se trou vent ordinai- 
rement renfermés dans ces idiotismes spé- 
ciaux qui feront peut-étre donner au diable 
les trois quarts de mes lecteurs. 



AVERTISSEMENT. 4 4 

J'ai pris mes héros au dernier degré de 
l'échelle sociale , parce que notre patois ne 
pouvait être placé convenablement que dans 
leur bouche, parce qu'il exclut toute idée 
de grâce et ne peut bien rendre que la force ; 
parce que ce dialecte est brutal et impé- 
tueux comme le vent de nord-ouest qui lui 
a donné naissance et lui a imprimé son ca- 
chetd'ouragan ; parce que nos femmeselles- 
mèmes, qui sont pourtant si jolies, devien- 
nent laides quand elles arliculent ce lan- 
gage diabolique ; parce que les dégoûts , les 
ennuis , les coeurs usés et blasés , parce que 
la mélancolie , la mignardise , les soupirs , 
les élancements, les passions volcaniques, 
les descriptions coloriées au vert et au bleu , 
tout , enfin , ce qui compose le bagage litté- 
raire de notre époque , tout cela , dis-je , 
personnifié différemment et rendu en vers 
provençaux, ne pouvait êtrequ'une mas- 
carade inqualifiable. 

A propos de détails ignobles , je rappel- 
lerai le tableau du Jeune Mendiant de Mu- 
rillo. Lenfant y est occupé à une chasse 



\ 2 AVERTISSEMENT. 

que je n'ai osé faire exécuter à aucun de 
mes lazzaroni , et pourtant les connaisseurs 
s'extasient journellement au Louvre devant 
l'oeuvre du grand maître espagnol. Je sais 
bien que le génie sert d'excuse à tout et que 
je ne puis pas invoquer cette excuse. Mais 
lorsqu'une peinture est empreinte de vérité, 
provint-elle du dernier des rapins , pour- 
quoi les hommes sagesnel'absoudraient-ils 
pas , comme ils ont absous Toeuvre enfantée 
par le génie?... 

Quoiqu'on en dise , un recueil de chan- 
sons ne doit pas être précisément un livrede 
morale. Mon royal devancier Salomon , le 
sage par excellence, était déjà de cet avis 
il y a troismille ans ; il l'a prouvé dans plus 
dun exemplequeje pourrais citer au besoin 
pour ma justification. Je me suis permis 
quelquefois des locutions plus que grave- 
leuses , c'est vrai ; mais quand mes person- 
nages ont employé Texpression crue qu'ils 
ne savent jamais adoucir, ils n'ont pas eu 
l'intention de provoquer le scandale; ils 
ont suivi limpulsion de leur nature excen- 



AVERTISSEMENT. 43 

trique; ilsn'ontfaitque laisser tomber, sans 
malice, de leurs lèvres, les termes de leur 
vocabulaire usuel. Si bienquemescouplets, 
quelquefoiscyniquespar la forme , n'en sont 
pas moins tout à fait chastes au fond. 

Les moeurs n'ont point à souffrir de ce 
prétendu cynisme. Le provençal admet 
peut-être encore plus de licence que le latin. 
Tel mot français révolterait justement la 
pudeur, qui, traduitpar un synonyme local, 
n effarouchera pas la prude la plus austère. 
J'aichantérondement mes passages les plus 
scabreux devantdes personnes honorables 
de tout âge et de tout sexe , et toules onl ri 
de bon coeur sans jamais manifester le 
moindre scrupule au sujetde mes hardiesses 
cyniques. Bien certainement aucun de mes 
gros mots n'a fait et ne fera jamais penser 
à mal une jeune fìlle. 

Et qu'on n'aille pas me prendre pour un 
septembriseur, au moins ?. . . Ami de la paix 
et de Tordre établi autant que qui que ce 
soit, lorsque j'ai formulé l'anathème déma- 
gogique de nos truands, j'ai voulu plaisan- 



44 AVERTISSEMENT. 

ter et non point faire un appel violent aux 
mauvaises passions de la multitude. H est 
convenu que l'homme déteint toujours un 
peu sur son oeuvre. Si j'ai déteint quelque 
part , ce n'est point sur les passages dont je 
viens de parler ; bien sûrement. 

J'ai accolédes épithètes peu évangéliques 
au nom de nos premiers magistrats. Mais à 
chaque instant du jour, dans nos marchés 
et sur nos places publiques , n'entendons- 
nous pas un feu roulant d'épigrammes tout 
aussi peu chrétiennes décochées vers la 
mème adresse? Est-ce à dire que la consi- 
dération de nos administrateurs doive ou 
puisse en recevoir la moindre atteinte ? 

Eh ! mon Dieu ! que serait la chanson 
sans l'opposition, sansla plaisau terie , sans 
leparadoxe, sansl'extravagance! Plusune 
exagération est outrée , plus elle s'en em- 
pare avec ardeur. Aussi son hyperbole est- 
elle ordinairement innocente, parce qu'à 
force de vouloir se grandir, elle devient 
burlesque au point de ne plus pouvoir ètre 
prise au sérieux, 



AVERTISSEMENT. 45 

J'ai vu de bons vieillards de Tancien ré- 
gime , de ces âmes timorées que le souvenir 
seul de 93 fait tomber en syncope , rire aux 
éclats et battre des mains aux boutades 
anti-sociafes de mes héros. Or, si ces gens- 
là , si des hommes qui jusqu'en 4840 ont 
conservé ia queue en tressesur la tête, n'o- 
sant plus la laisser pendre sur les épaules , 
rìent de mes plus terribles imprécations , 
/qui pourrait s'en effrayer? 

Mais, dira-t-on encore, en admettant 
que les personnes sensées veuillent bien 
excuser assez la forme de vos maximes 
brutales pour ne point les prendre au sé- 
rieux , les terribles originaux que vous 
nous dépeignez ne voudront-ils jamais s'en 
étayer ? Ne chercheront - ils jamais à en 
poursuivre les conséquences ? 

Rassurez-vous. . . Blème , Nicou , Guïen , 
Jourian , Troumbloun , Tebelein lou sou- 
taire, toutes ces bètes sauvages dont j'ai 
esquissé le portrait, n'apprendroutjamais 
mes chansons. IIs ne savent pas lire. 

Entre eux tous , Gargamèlo seul est à 



46 AVERTÏSSEMENT. 

même de comprendre toute la portée du 
langage que je lui ai prêté ; mais Gargamèlo 
est une organisation délite ; Gargamèlo a 
des sentiments élevés. Gargamèlo prospère ; 
'û est en train de bâtir sa fortune pyrami- 
dale : il n'est plus dangereux. 

Et maintenant , quelque ridicule que 
puisse paraître aux yeux de beaucoup , une 
préface (ainsi que plusieurs qualifieront 
malignement cette justification ) , pour des 
choses aussi futiles , pour des chansons ! 
puisqu'il faut les appeler par leur nom , 
j'ajouterai que je ne me suis pas senti le 
courage de rènoncer à cette faiblesse. 

Eh ! quel père voudrait lancer dans le 
monde son enfant chéri sans l'appuyer de 
quelques mots de recommandation ! 

^ictoh GELU 



22 Avril 1840. 



AVERTISSEMENT 



DE LA PRÉSENTE ÉDITION 



Ce qui était vrai en 1840, se trouve 
de la dernière évidence en 1855. Dans 
cet espace de quinze années le discrédit de 
ridiôme provençal a fait des pas de géant. 
La langue pittoresque de nos pères , nous 
la voyons de jour en jour plus honnie et 
plus délaissée. II n'y a pas un mois que le 
fils d'une Cacane denos halles et d'un porte- 
faix cossu , jeune étourdi dont ses parents 
ont fait un élégant parisien , disait , en 
jetant un regard de mépris sur mon re- 
cueil imprimé qu'il feignait de ne pouvoir 
déchiflfrer : Mais mon Dieu ! c'est de l'arabe 
que cela ! 

Outre les causes générales qui devaient 

amener infailliblement ce résultat , il s'en 

est présenté une toute particulière , et plus 

déterminante que les autres : Les fourbis- 

seurs de gallicismes ont fait irruption dans 

2. 



i 8 AVERTISSEMENT. 

le sanctuaire national d'où ils ont délogé 
les chantres aborigènes. Depuis la publi- 
cation de mon petit livre, en avril 1840, 
les poètes provençaux ont surgi par cen- 
taines. L'article a beaucouptrop abondé sur 
place pour ne pas être fort avili. Les mets 
les plus fortement épicés , la bourride , 
l'ayoli et même la bouillabaisse pimentée 
des Catalans finissent à la longue par écoeu- 
rer tout comme les plus fades préparations 
culinaires. Faut du patois , pas trop n'en 
faut : l'excès en tout est un défaut. 

Vers ces derniers temps , quelques-uns 
de nos modernes troubadours ont proposé 
de soumettre nos différents dialectes pro- 
vençaux à une orthographe uniforme. A ce 
sujet , divers systèmes mis au jour par des 
cerveaux d'initiative , ont été vaillamment 
appuyés ou combattus avec plus ou moins 
de verve , d'esprit , de bon sens et même 
dérudition transcendante. La tentative 
était courageuse ; mais elle avait le mal- 
heur de s'attaquer à un problème insoluble : 
elle n'a point abouti. Chaque trouvère a 



AVERTISSEMENT. \ 9 

continué à se servir d'une méthode et d'un 
vocabulaire à sa guise ; et nous avons vu 
notre langue vulgaire acquérir en peu de 
temps une richesse de mots fabuleuse. 
Charles Nodier dit quelque part que la 
langue des Ànges n'a que trois mots et que 
ces trois mots peuvçnt représenter trois 
millions d'idées , tandis que nos langues 
bâtardes , entées sur nos langues officielles , 
auront bientôt trois millions de mots qui ne 
pourront pas rendre trois idées. 

Totalement étranger à ces díscussions de 
grammaire et de linguistique qui me sem- 
blent au moins intempestives , j'ai cru 
devoir user d'un moyen très simple pour 
éviter toute confusion orthographique , 
en écrivant mes chansons. Je parle, moi , 
le provençal marseiilais que ma mère m'a 
appris à bégayer quand j'étais à la ma- 
melle, sous les beaux jours du premier 
empire , en 1 808 et 1 809. A cette époque , 
tous mes compatriotes , grands et petits , 
sans aucune exception , parlaient encore le 
bon, le large, le grenu provençal dont le 



20 AVERTISSEMENT. 

Dante avait, dit-on , failli'se servir cinq 
cents ans auparavant pour ciseler son épo- 
pée de Titan. Alors , et même plus tard, tout 
franciò était un étranger et partant un en- 
nemi pour nous tous, enfants de la vieille 
bourgade nord , nés dans la rue du Bon- 
Pasteur, et devenus écoliers primairesde M. 
Ghabaud , le magister bossu de la place des 
Grands-Carmes. Alors, devant le tribunal 
civil , un témoin , pêcheur de profession , 
interpelé par le juge sur sa nationalité, 
pouvait répondre naïvement , sans exciter 
dans la salle d'audience aucune rumeur 
railleuse : Nani, moussu, sieou pa Francé: 
sieou de San-Jan . Etceprovençal, quin'est 
certesjamais frelaté dans mes vers, pour 
le rendre plus facilement lisible et compré- 
hensible , je l'écris exactement de la mème 
manière qu'on le prononce, etcomme si c é- 
tait de Titalien , sans aucune lettre inutile. 
Cet instrument-là est bien vieux , j'en 
conviens; mais il est encoresolide. Entre les 
mains de quelqu'un qui en connaît à fond 
toutes les ressources et qui sait les manier, 



AVERIISSEMENT. 21 

il peut créer encore des oeuvres d'un vif 
intérêt. II n'a rien de commun avec le 
fouillis de phrases métisses dont le public 
est rassasié. II offre une puissance inouïe 
pour rendre avec vigueur et originalité 
les sensations , les besoins et les désirs 
de notre classe tout à fait inférieure , la 
seule à présent qui se serve encore de 
notre dialecte primitif, et qui lui ait con- 
servé toute sa sauvage pureté. Aussi ai-je 
continué à mettre en scène, à peu près 
exclusivement , les Parias de mon pays 
natal.... 

Depuis rapparition de mes premières 
chansons , des évènements d'une portée 
immense ont fait explosion parmi nous. 
L'Encelade populaire s'est agité, et le 
vieux continent européen a tremblé tout 
entier durant plus d'une année jusques 
en ses fondements. Cette terrible secousse 
a paru donner un cachet spécial de vérité 
et d'actualité au langage de mes héros déjà 
connus du public. Comme le plus grand 
nombre de mes pièces inédites se trouve 



22 AVERTISSEMENT. 

avoir encore la même tendance , je tiens 
à ce que Ton sache que ces pièces ont 
été composées bien avant la révolution de 
Février. Parmi les personnes qui , depuis 
sept ans , ont entendu ces chansons , les 
unes m'ont fait l'honneur de me considé- 
rer comme prophète , tandis que beaucoup 
d'autres , me dénian t le don de seconde vue, 
ont insinué que je voulais après coup me 
donner des airs de divination et que mes 
dernières compositions avaient toutes été 
inspirées par le bouleversement de 1848, 
II n'en est rien pourtant. Dans mes études 
de moBurs populaires , je ne me suis jamais 
préoccupé de la circonstance. J'ai cherché à 
être peintre fidèle , je crois y être parvenu 
quelquefois ; et je me suis trouvé prophète 
sans m'en douter. Mes camarades savent 
fort bien que la chanson intitulée : Lou 
Tramblamen date de septembre 1841. lls 
pourraient attester au besoin que depuis 
cette époque tout le cercje de mes con- 
naissances intimes a souvent fredonné des 
fragments de cette pièce , retenus par coeur 



AVERTISSEMENT. 23 

à forcedemel'entendrechanter Cecin'est 
pas incroyable puisque le dernier couplet 
de Fenian é Grouman , qui en dit pour le 
moins aussi gros que Lou Trarnblamen , 
datede1838, et qu'il a été imprimé en 
1840. 

Au reste, que l'on ne cherche point, 
dans ces peintures énergiques , ce que je 
n'ai jamais pensé à y mettre. Jaime un 
peu à philosopher, et parfois je me fais 
illusion jusqu'à me croire juge impartial. 
J'ai tâché de mettre à nu , sous une forme 
essentiellement rude, quelques-unes des 
plus tristes passions de l'humanité souf- 
frante. Après avoir creusé profondément 
mon idée , je me suis contenté de peindre 
des tableaux ressemblants , saus afficher 
nulle part la prétention d'en rien conclure. 
J'ai fait comme un président de cour crimi- 
nelle à la fin d'un procès ; j'ai résumé les 
débats en quelques refrains , laissant au 
grand jury le soinde décider sur la question. 
Et d'ailleurs , en ces matières ardues , celui 
qui ne pense point comme moi ne sait peut- 



u 



AVERTISSEMENT. 



être point la vérité , que je ne sais pas non 
plus. 

Homo sum : humani nihil à me alienum puto. 

Je chante sur tous les tous la plainte du 
faible , de la victime , du pauvre enfin : 
cette lamentation éternelle qui retentit sur 
la terre depuis que rhomme y existe, et 
qui , je le crains bien , ne finira qu'avec 
Tespèce humaine. Mais, tout en psalmo- 
diant quelques versets de ce douloureux 
Miserere , si je comprends les niveleurs , et 
si mon vers paraît souvent leur être sym- 
pathique , cela ne m'empêche point de 
m'expliquer aussi les conservateurs et de 
les juger in petto sans amertume. Tout 
individu qui souffre aspire à changer de 
position : c'est dans la nature. Vous avez 
beau dire au blessé étendu sur son lit de 
douleur : ne bouge pas ! tout mouvement 
te serait nuisible à toi et nous dérangerait , 
nous autres ! L^instinct est là toujours, bien 
autrement impérieux que votre froide rai- 



AVERTISSEMEMT. 25 

sod. A moinsd'unecompression irrésistible, 

le patient remue spontanément, parcequ'il 

lui semble qu'en seretournant sur sa couche 

i\ va être aussitôt soulagé. Âu contraire , 

tout possesseur d'un bien-être quelconque 

deyient partisan fanatique du statu quo 

qui lui aSsure sa position. Pourquoi chan- 

ger. quand on est bien? Ce statu quo 

est la seule chose que le conservateur 

comprenne, la seule qu'il exalte, la seule 

quil soit capable de défendre , même avec 

rage, dans l'occasion. De là cet abtme 

infranchissable , cette haine aveugle d'une 

part, cette envie féroce de l'autre. De là 

cette querelle à tout jamais inextinguible 

entre le riche et le pauvre.... Cela est 

ainsi ! . . . La chanson le dit d'une façon plus 

ou moins piquante ; mais il n'est pas plus 

donné à la chanson d'envenimer ce mal 

qu'il ne lui est donné de le guérir... II est 

passé le temps des Orphée ! . . . La lyre n'a 

plus aucun pouvoir sur les bêtes farouches ! 

C'est tout au plus s'il iui est permis de 

bercer parfois quelques indifférents civili- 

3 



26 AIERTISSEMENT. 

sés , et de verser une goutte de baume sur 
des plaies trop cuisantes... Quoiqu'il en 
soit , même dans mes écarts les plus furi- 
bonds , même lorsque j'ai prêté la parole à 
des tigres affamés, je ne pense pas avoir 
jamais perdu de vue au fond le principe 
sacré de toute morale , la base immuable 
de toute loi , divine et humaine : • 

Ne fais point à autrui ce que tu craindrais de la pari 
d'autrui. 

Fais à autrui ce que tu désirerais de la part d'autrui. 

Malgré l'innocence de mes intentions , 
je n'espère pas que mon livre puisse arriver 
jamais jusqu'aux salons. A part de rares 
exceptions , les curieux même de ces lieux 
privilégiés ne veulent point se donner la 
peine de le lire. Les femmes en ont peur. 
On a tant dit aux hommes du monde , aux 
véritables dispensateurs des réputations : 
Fi ! l'horreur ! c'est ruisselant de démago- 
gie ! que la plupart d'entr'eux ont fini par 
en croire mes détracteurs sur parole , et 



AVERTISSEMENT. 27 

que je me suis vu excommunié sans rémis- 

sion par la presque unanimité des amateurs 

méme les plus intrépides. II est pourtant 

déplorable de se voir condamner ainsi sans 

défense et sans appel par une foule d'in- 

justes Aristarques qui jugent sur l'étiquette 

du sac , sans jamais avoir disséqué avec 

conscience , que dis-je ? sans avoir jamais 

lu , peut-être , un seul de mes couplets. 

Aussim'estimerais-je heureux si quelque 
lettré influent , dégagé de toute prévention 
malveillante , osait un jour se dévouer pour 
tous, et cberchait posilivement à quoi s'en 
tenir sur les prétendues abominations de 
ma muse. Je serais bien aise que cette 
personne eût la patience de lire au moins 
deux fois , avec une attention sérieuse , 
mes chansons les plus virulentes. Pour peu 
qu'il approchât de la quarantaine , ou qu'il 
l'eût dépassée , s'il possédait à fond le vieil 
idiôme marseillais , et si , dans le cours de 
sa vie , il s'était frotté quelquefois à la plèbe 
de nos quartiers démocratiques, cet arbitre, 
j'en suis persuadé, changerait bientôt d'avis 



28 AVERTISSEMENT. . 

sur mon cotnpte; et sa coaviction entraî- 
nant celle de beaucoup d'autres , l'ana- 
thème qui pèse sur mes humbles flons- 
flons ne tarderait guères à être partout 
révoqué. En me lisaut avec soin , on rira 
souvent ; plus souvent encore on trouvera 
matière à réíléchir; mais on ne rencontrera 
nulle part ni le dégoût , ui l'horreur. 

Quon me lise donc : c est mon ambition 
suprême. Si elle est déçue , j'en serai 
mortifié, sans doute... Mais, après tout , 
c'est peut-être encore assez , pour que l'on 
se souvienne de nous, que d'avoir écrit, 
même dans une langue qui achève de mou- 
rir, deux ou trois chansons , une seule , si 
l'on veut, quiserved'organe àdespeines pro- 
fondes, et d'écho aux cris d'angoisse de toute 
une classe malheureuse. On a été vrai une 
fois : votrepropre coQur vous le dit; quel- 
ques esprits d'élite seplaisent à le reconnaî- 
tre tôt ou tard... Et cela fait compensation 
audédain systématique des précieux. 

VlCTOR GEIiU. 

31 Janvier 1855. 



GHANSONS PROVENGÀLES. 



FEttlAN É QROIJMAN. 



Air : Suzon sortait de ton village. 

Touei leis souar ma bousso de maire 
Mi renourié : sies un voourien ! 
Aimes mangea bouen , voues ren faire ; 
Un jou feniras maou , Guïen ! 

Lou feniantugi, 

Lou groumandugi 
Àn de tou ten desavia leis jouven ! . . . 

Maire , li dieou , 

Pa tan bedeou , 
Per v'escouta , dé mi leva la peou ! 
Basto que lou marteou proucure 
De que chiqua... rame qu'a fan ! 
Qu'es pa fenian , qu'es pa grouman , 
Qu'un tron de Dieou lou cure ! 

3. 



30 CHÀNSONS provençales 

A luego de neisse canaïo , 
L'enfan d'un paoure ouvrié massoim , 
Perqué sieou pas sorti deis braïo 
D'un negoucian vo d'un baroun ! 

leou , tan coouvasso t 

Oh ! que vidasso ! 
Oh ! que challa ! s'avieou agu de ploun ! 

Vouaddé-milié ! 

Particulié ! 
Ti Toourieou fa juga , lou restelié ! 
Mai foou que Guïen si mesure ! . . . 
S'oou-men m'avien fa capelan !.... 
Qu'es pa fenian , qu'es pa grouman , 
Qu'un tron de Dieou lou cure ! 

L'iver , lou bou deis dé vou siblo ; 
L'estieou , de suzou sia nega : 
Ana un paou manegea la tiblo, 
Leis man gobi , lou san giela ! 

Mai en goguèto, 

A la guinguèto , 
Rire , canta , gusegea , fa tuba ; 

Pui la broucheto , 

Pui leis carteto, 
Pui eme Chouazo oou lié si radassa ! 
L'a ti v'un bregan que mi jure 



DE VICT0R GELU. 31 

Qu'aco es pa lou plesi deis san ? 
Qu'es pa fenian , qu'es pa grouraan , 
Qu'un tron de Dieou lou cure ! 



L'an passa , doou ten deis Carèno , 
Éri rede coumo un palé : 
Juna , per ieou es troou de peno , 
E surtou juna per Nouvé ! . . . 

Oou courretié 

Zou ! trei camié : 
N'en retireri mei nouananto pié ! 

N'agueri proun 

Per un capoun ; 
Ero de buerri ! m'ané eis vint oungloun ! . . . 
Qu voou jouï foou qué n'endure : 
Fasieou gin-gin lou lendeman ; 
Mai es egaou : qu'es pa grouman 
Qu'un tron de Dieou lou cure ! 

Mi fa suza leis bassaqueto 
Quan vieou certein richas booumian , 
Per espragna quoouqueis peceto , 
Pati doou souen e de la fan ! 

Es pa peca 

De s'espïa 



32 CHANSONS PROVENÇALES 

Quan lou besoun vou li reduise pa í 

Manges un uou , 

viei couguou ! 
E poues avé dé gamato de buou ! . . . 
Voues pa que lou mesquin marmure 
Quan lou Cresus vieou en mandian ! 
Qu'es pa fenian , qu'es pa grouman , 
Qu'un tron de Dieou lou cure ! 

E noueste cura , que san cesso 
Oou prone ven degoubïa 
Contro la taoulo e la paresso ! : • • v • 
Dé l'oouzi mi fa tremoura ! 

L'isto pa ben , * 

Oou citouïen , 
Dé coumanda lou juni eis parrouassien ! 

Es tou redoun, 

À sè mentoun , 
Lou nazarè rouge coumo un pebroun ! 
Foou qué ma testo si madure , 
Qué li dirieou : ô cbarlatan ! 
Creido pu leou : qu'es pa grouman , 
Qu'un tron de Dieou lou cure ! 

Yui cadun parlo poletiquo : 
M'en meli pa , l'entendi ren ; 



DK VICTOR GELU. 33 

Mai s'en fasen la repebliquo 
Lou paoure avié toujou d'argen ! 

S'en pa triman , 

Avié tou l'an 
Bouen lié, bouen vin, bouen fricò, bouen pan blan, 

Leou , leou , dirieou : 

Vengue un fusieou ! 
Espooutissen leis reis , marrias de Dieou ! 
E que la repebliquo dure : 
Sieou lou proumie' de seis rouffian ! . . . 
Qu'es pa fenian , qu'es pa grouman , 
Qu'un tron de Dieou lou cure ! 



Octobre 1838. 



VINT-IJN-CEN-» , RAN< 



Le crocheteur qui s'est rendu si fameux à Marseille , 
sous le nom de Vint-un-cen-fran , devait florir vers 
Tannée 1809. Toute la ville s'est occupée longtemps, 
et les hommes d'un âge mûr se souviennent encore des 
prodigalités burlesqueroent royales de ce personnage. 

II avait gagné à la loterie une somme de deux mille 
centfrancs qui lui semblait ne devoir jamaisfimr, etil 
trouva moyen de la dépenser fimfmílques jours. Puis il 
retourna tranquillejBMfit l. ses crochets. 

Le jpo&ie iTTiabitude de Vinl-un-cen-fran , était sur 
Ja place extérieure de la Porte-d'Áix, à Tendroit méme 
où a été construit rArc-de-Triomphe , quinze ans 
plus tard. Là , il existait alors un égoût qui traversait 
la chaussée. De chaque côté du graûd chemin , un banc 
de pierre servait de parapet à Tégoût. G'est sur ce banc 
que les crochetenrs avaient coutume de s'asseoir ou <le. 
secoucher, en attendant les commissions. 



Am de la Vieille, opéra de Fétis. 

Nicou, vint-un-cen-fran !... que veno!. 
Vint-un-cen-fran , bouen robeiroou ! . . . 
Vint-un-cen-fran ! . . . ta camié es pleno 
De louei d'or eme d'escu noou !... 
Quan trou-de dieou n'a de dougeno? 



36 CHANSONS PROVENCALES 

i* 

Bessai quaranto, qu va soou?... 

Aco si qué n'en soun , dé boou ! . . . 
Avié resoun dé mi dire , moun paire : 
Poues pa trachi ? bouto à la loutarié. 
L'a ren de taouper tira doou chantié 
Lei paourei gen coumoleis acabaire... 
Sian eme Dieou ! . . . aven dé que jouï : 

Vint-un-cen-fran per fa bouï ! 

Aro , lei quiti , leis braieto : 
Sieóu pu riche qu'un remplaçan ! 
N'ai proun carregea de receto 
Per un marri tècou de pan ; 
M'avè proun souven fa ligueto 
Dé vouestei saqué d'argen blan , 
Ta de voulur de negoucian ! . . . 
Aro , lou voou fa passa , l'enterigou ! 
Per mi glounfa la tripo , aro , aï de pié ! — 
Lou ganchou oou boïou ! oou boïou lou païé , 
Qué m'an rendu pu linge qu'un charnigou ! 
Sian eme Dieou ! . . . aven de que jouï : 
Vint-un-cen-fran per fa bouï ! 

Per pousqué mangea de becasso 
Oourieou vendu mei douei roustoun 
Senso troou faire la grimaço. 



DE VICTOR GELU. 37 

Jugea : moun mïou guletoun 

Es dé marlusso à la matrasso , 

Vo ben dé testo de' mooutoun ! . . . 

Àro , voou briffa mies qu'un Moun ! 
Ai boueno den ; soourrai faire ma pleguo : 
A la Reservo , à Vitou doou Farò , 
Voueli neda din dé pous dé fricò ! . . . 
M'en voou garça , dé poulé , per lei breguo ! . . . 
Sian eme Dieou ! . . . aven dé qué jou'i : 

Vint-un-cen-fran per fa bouï ! 

Sounco mi vien , à Meissemino , 

Ieou qu'èri toujou tan pegous , 

Leis botto , leis gan , la faquino , 

Lou flame corsé dé velous , 

Lou jabò , leis roun , la badino , 

Serai plu Nicou lou puïous , 

Alor ; farai ma par d'espous ! . . . 
Fouesso diran : qu'es aqueou Coumissari !!!... 
E su lou por sounco voou proumena , 
Rasa dé fres é ben requinquïa , 
Leis Gateiroou m'en diran dé : Canari ! . . . 
Sian eme Dieou ! . . . aven dé qué jouï : 

Vint-un-cen-fran per fa bouï ! 

Sieou tan porta per la fumèlo , 

E pa mouïen d'atrouba plan ! 

4 



38 CHANS0NS PROVENCALES 

Pa uno bougro dé maquarèlo 

Que mi vouguesse per galan ! 

Toutei , traviran la parpèlo , 

Disien : qué voou , lou mouar dé fan ? 

Mai esto fé , garo davan ! 
A mei ginous foou toutei qué lei vigui. 
La pelanchoué Nanoun mi dira plu : 
Vai ti fa pendre , espia ! buai dé tu! 
Coumo rira , vui , sounco la coutigui ! . . . 
Sian eme Dieou ! . . . aven dé qué jouï ; 

Vint-un-cen-fran per fa boqï ! 



Voou bouliversa tou Marsïo! 

Emmerdi Gobè , Tibodò ! 

Ah ! ti n'en voou foutre en pooutïo 

Dé croyançur dé moussurò ! 

Oou Pounchu , à la Coumedïo , 

N'espessarai , dé matalò ! 

Sieou T Amperour ! ai d'espegò ! . . . 
Nicou tamben la mandara , la cano ; 
Ah ! n'ana veire un brave , dé pelaou ! 
Sieou proun Briqué per garça fué à l'oustaou ! 
Cregni degun ! sieou lou bourreou deis crano ! 
Sian eme Dieou !... aven dé qué jouï : 

Vint-un-cen-fran per fa bouï! 



DE VICTOR GELU. 39 

Gè Tescoubiié , que s'esfrayo : 

Nicou ! mi di : foou gooubegea ! 

Soun pesan leis barrien dé païo : 

Va sabes , n'as proun manegea ; 

Vai plan ; ooutromen ta granaìb 

Oouras ben leou escudela ! 

— Sieou-ti Gavoué , per boussegea ! 
Quan durarié qu'un mes, moun bordelagi, 
Un mes , doou men , oourai fa lou moussu ; 
Mourras mandian coumo as toujou viscu , 
Tu !... leisso-mi, couïoun dé caguo-à-ragi !... 
Sian eme Dieou ! . . . aven dé qué jouï : 

Vint-un-cen-fran per fa bouï ! 



Février 1839. 



L'AGAZO 



Durant toute Tannée 1838 et une partie de 1839 le 

sol de Marseille, dans les principaux quartiers, a été bou- 

leversé par trois Compagnies d'éclairage au gaz. Ghacune 

de ces entreprises a fait pratiquer des tranchées parti- 

culières pour ses tuyaux de conduite. La Gompagnie 

Méridionale avait établi son usine à gaz sur le boule- 

vart des Dames, tout près de la vieille tour Sainte- 

Paule. Les pêcheurs de coquillages prétendaient que le 

résidu de cette fabrique , coulant vers la Joliette , avait 

infecté Tanse de ce nom , puis toutes celles des environs. 

Au point que le poisson en aurait contracté d'abord un 

goût de résine fort désagréable, et puis qu'il aurait fini 

par abandonner tout-à-fait nos parages. 

Air : Ha'iss' les femmes qui voudra. 

Souto la capo doou souleou 
L'a d'urous que lei fieou dé pipi. 
Qué ti dirai ? viro pa beou ! 
Despui toun viagi , brave Zipi , 
Soun desesca , tei poourei quiqui ! 
Nous an foutu lou coou parfè , 

Oh ! mai dé qué maniero ! . . . 
Aqueou mangeo-san dé Pouarfè , 

Aqueou brandur dé Mèro , 

( Douei restan dé galèro ! ) 

4. 



42 CHANSONS PBOVENÇALES 

Per desavia nouste péis , 

Pa counten d'estraïa la brazo •, 

Nous an fa veni dé Paris 

Un lume qué li dien l'Agazo. . . 

Mai sé sabies cé qu'es l'Agazo ! 

Bougro d'Agazo ! 

Putan d'Agazo ! 



Magino-ti qu'ei gran quartié 
Vies uno longuo tirassiero 
Dé gro foutraou dé bistortié 
Qu'aclapoun dé siei pan dé terro ; 
Alin dedin l'a la matiero. 
Es pa d'oli ; es pa de seou ; 

Diria pa qué bouleguo , 
Esquïo mai qué d'argen vieou ! . 

Vira l'uei , fa uno lèguo. 

Aquelo si, qu'empeguo! 
E dé suito qué ven la nué , 
Din dé veire coumo d'avazo 
Vies espousqua un jué-d'aiguo dé fué. 
E vaqui cé qu'es , soun Agazo ! . . . 
N'ai plen leis doousso , dé l'agazo ! 
Bougro d'Agazo ! 
Putan d' Agazo ! 



DE VICTOR GELU. 43 

Meme à l'enclaou de Moussu Tian , 
Oou camin dé la Joulieto , 
Dé Franciò , dé breguetian 
Fabriquoun la droguo secrèto. 
N'en counoueissi pa la recèto ; 
Mai duou restre urt mooudi pouioun ! 

Soun jus , lon la muraïo , 
Rageo pu negre qu'un carboun ; 

Eissoto s'esparpaïo , 

Pui , la mar va rabaïo ; 
E doou Barri eis Enfiermarié , 
Su lei pouncho vo din leis craso , 
Sé fas un pei , es dé fumié : 
V'a tou poustifera FAgazo ! 
poustèmo dé Dieou d'Agazo ! 
Bougro d'Agazo ! 
Putan d'Agazo ! 

Ai la pratiquo d'un Moussu 
Qué paguo ben , mai qu'es pa tendre ; 
Mi crompo fouesso mourre-du , 
E tou lou pei qué pouedi prendre 
Lou dimècre vo lou divendre. 
Adavanzier, dé fieoupelan 

Avieou fa ma banasto , 
La pouarti leou à moun chalan , 



44 CHANSONS PROVENÇALES 

N'en douarbe vun , lou tasto , 
E subran mi di : basto ! 
Voues m'empouisouna , maquareou ! 
As esca dé quitran , zé gazo ! . . . 
Oou large ! é vengues plu , bourreou ! 
Vaqui cé qué m'a fa l'Agazo ! . . . 
O pessin dé fremo d'Agazo ! 
Bougro d'Agazo ! 
Putan d'Agazo ! 

En soutan d'ooussin , ten passa , 
En fen per aqui quoouqueis muscle , 
Nous arribavo d'amouessa 
Noueste goouzié , quan sentié l'uscle , 
Vivian chin-cherin senso ruscle ; 
Mai , per lou coou , adieou mei uou ! 

Adieou , blanquo mounisso ! 
Adieou flamei basse dé buou ! 

Toumban dé la tooulisso ! 

N'an garça la sooucisso ! 
N'avié pa, proun doou Ginouves , 
Mouestre bandi qué nous escrasa, 
Per acaba lou Marsïes 
Li foulié encaro soun agazo ! . . . 
A Gèno ! leis marchan d'agazo ! 
Bougro d'Agazo ! 
Putan d'Agazo ! 



DE VICTOR GELU. 45 

Aro , qué faran Tebelein , 

Chèchi , Jané , Mècle , soun fraire , 

Cieouclé , Mietaioun , Gèto , Nin ? 

Qué faran toutei lei soutaire , 

Per pa mouri dé fan , pechaire ! 

Pouden plus restre escoubiié , 
Tan-paou espïo-rosso : 

An arrenta aquelei mestié 

En dé gouapou à carrosso , 
Qué doou paoure fan bosso ! 

Ensin , per mettre d'oli oou blé , 

Sé sa micaniquo noun raso , 

Fourra qu'alounguen lei cin dé , 

E va duourren à soun Agazo ! . . . 

guïoutinuzo d'Agazo ! 
Bougro d'Agazo ! 
Putan d'Agazo ! 

Mai vendra ben , lou tramblamen , 
Per nou tira dé la misèri ! 
Clapié dé piaffou ! vou daren 
Eme vouesti borneou dé ferri , 
Alor , d'Agazo un fier cristèri ! . . . 
Vouei , oouré bèlo creida oou lar , 

V'aplatiren la figuo ! 
Foou qué d'Agazo lou petar 



46 CHANSONS PROVENÇALES. 

Devesse seis boutiguo , 
N'en fasse millo briguo ! . . . 
Alor , tamben à noueste tour 
Diren : Zèno ! pa balïazo ! . . . 
Nous a suça nouesto suzour ; 
N'a voula noueste pan , l'Agazo ; 
Mai vui noun revengeo l'Agazo ! 
Vivo PAgazo ! 
Vivo l'Agazo ! 



Mars 1839. 



L.EIS AOUBRE DOOU €OCS. 



On a commencé à abattre les arbres de notre Grand- 
Cours le mardi-saint, 26 mars 1839. L'opération a été 
entièrement terminée le vendredi 12 avril suivant. Ces 
arbres , encore magnifiques , pour la plupart , avaient , 
dit-on , été plantés dans le courant de l'année 1765. 

Am : Dieu loul puissant par qui lc comestible. 

La frenizien mi pouigne l'avelano 1 
Ma fé dé Dieou ! nouestei Consou fouirous 
Vien plu luzi l'estèlo Tremountano : 
Fan deraba leis beis oume doou Cous ! 

Paourei Mitroun qué la suzou devoro 
Aquito avian un paou d'oumbro , l'estieou ; 
Nou la leva ! foou doun qué siguen Floro? 
S'anan resti , Caramantran dé Dieou ! 

Lou jou , la nué brazié su la casaquo : 
Àvan la mouar seren dedin Tinfer ! 
Coumo voulè qu'aganten pa la flaquo ? 
Es troou verai : lou fué lacho leis ner ! 

Sé quaouquei fé s'atrouvan en patrouio , 
Enchancrissian , doou diminche oou dilun , 



48 CHANSONS PROVENÇALES 

A l'aveni dé longuo faren chouio ; 
Leis bossou van nou seca lou petun. 

Leis passeroun anaran eis Alèio 
Per s'espragna la ragi doou souleou ; 
Mai leis Mitroun è leis fio à lieourèio 
Mounté pourran faire soun San-Micheou ! 

Leis Bouquetiero , eme seis grans estori , 
Seis parapluegeo é seis gouarbo dé flou , 
Deis viei cepoun perdran leou la memori ; 
Naoutrei , qu'oouren per carma la doulou? 

Pamen lou Cous èro noueste eiretagi ; 
Dé pèro en fieou , despui deso-sè-cen , 
Si li venian refresca lou couragi , 
Faire dé testo , è chima l'eigarden. 

Oh ! lou morbin mi pouigne l'avelano ! 
Ma fé de' Dieou ! nouestei Consou fouirous 
Vien plus lusi l'estèlo Tremountano : 
Fan deraba leis beis oume doou Cous ! 

Lou gro Loouren , noueste mestre dé palo , 
Mi di : Jourian , qué serto dé brama ? 
Ieou ti la voou amouessa , la cigalo : 
Escouto-mi ; seras leou clavela. 



DE VICTOR GELU. 49 

Pitoué, s'avies un pessu dé lituro, 
Soouries d'abor qué teis cavo tan aou 
Soun dé taceou davan l'architeturo 
Qu'an desparti su lou fron deis oustaou. 

Demando vo eis taiaire dé peiro , 
Qu'es soun mestié ; elei ti va diran : 
Quan voou basti qué l'architètro gueiro 
Per fin qué ren li tape soun davan. 

Nouesteis encian feroun uno falipo ; 
Oouríen degu leissa tout aco nus ; 
V'a leou coumpré , tamben , Meste Felipo ; 
E nous a di : vite oou soou aqueou brus ! 

FigunHi la bèlo proumenado , 
Sounco lous Cous sera debaguegea ; 
Què dé pertou l'oouran mé dé calado , 
Què li veiras l'agazo lampegea ! 

Lou souar , alor , sé vas eme Rouseto 
Su leis bancaou , caligna , darnagas ! 
Lei passeroun ni mai leis dindoureto 
Ti vendran plu caga dessu lou nas. 

Teis aoubre , pui , avien toutei lou verme ; 

Enca siei mes tou serié esta pourri : 

5 



50 CHANSONS PROVENÇALES 

Va sabes ben qu'ero rouiga , soun germe ? 
Va visies pa coumo eroun nequeri ? 

Leis an toumba per ti soouva la trouncho ; 
N'ères temouin : quan venié lou mistraou , 
N'avié toujou quoouqaun qué partié en pouncho. 
Vai , proun vo tar t'oourien mé à Tespitaou ! 

Ensin , Jourian, creze-mi : resto à nuno, 
Sabes qué sieou jamai esta rouyous ; 
Mai an resoun leis Prieou dé la Coumuno 
Dé coundana leis viei oume doou Cous. . . 

— Pèro Loouren , vou parla coumo un libre ; 
Ieou , pouedi pa m'espliqua din lou fin ; 
Mai , foutu-Dieou ! es-que' sian doun pa libre 
Dé si lagna , s'aven lou gro pegin ! 

Senso cerqua leis uei darnié Foourïo 
Vou respoundrai : qu'es aco tan courous? 
N'avian pa proun dé carriero , à Marsïo ? 
N'avian pa proun dé gran camin pooussous ? 

Leissi pima davan d'uno muraio 
Cademicien , pintre vo frejourié : 
Leis beis oustaou , qué soun per la gusaio ? 
Qu'es , dé pilastre , oou garçouu boulangié ! 



DE VICTOR GELU. 51 

Eimarié mies lou fuiagi d'un aoubre , 
Quan la calou li ven leva l'aren , 
Qué vin palai dé frejaou é dé maoubre 
Toutei raia coumo un cuïé d'argen. 

Qué mi canta dé saven , dé beluro ! 
L'ai oouzi dire en aquelei booumian 
Que lou mïou ché-d'uvro dé mouluro 
Es ren , respè doou dedaou d'un aglan ! 

Dia qué leis oume avien plu gé dé sabo ; 
Pamen , n'ai vi toumba deis tres par doues : 
Avien lou couar pu rouge qu'uno rabo ; 
£ dé ma vido ai vi tan flame boues ! 

Meste Loouren , vè ! coouqua fouero l'iero , 
Perqué via pa mounté voueloun veni : 
L'aven fa poou eme nouesto bandiero , 
E lei foussa cerquoun dé nou puni ! 

V'en souvenè ? quan fé baboou la Santo , 
N'avièn bourra dessu lei ome blan : 
Li garcerian uno fiero tramblanto ; 
Es soun revenge , aco , deis viei bregan ! 

Aro , lou Cous semblo uno lichofroïo 
Qu'an alesti per nou faire toourra. 



52 CHANSONS PROVENÇALES. 

Dé noueste maou juguoun lei bouenei voïo ; 
An seis bastido , elei , per si challa ! 

Aro si dien : segu ! voou ben la peno 
Qué d'espoumpi , boulangié vo maçoun , 
Qué dé marrias vendur dé chèr umèna 
Aguoun d'oumbragi oou fouar dé la sesoun ! 

Coupa Taco ! adrou su la canaïo ! 
Ah ! lei fena demandoun dé plesi ? 
Grezïa lei ! la marrido peissaïo 
Es pla goustous qué quan es ben fregi ! . . . 

Oh ! lou verin mi pouigne Favelano ! 
Ma fé dé Dieou ! nouestei Consou fouirous 
Vien plu luzi l'estèlo Tremountano : 
Fan deraba leis beis oume doou Cous ! 

Mai 1839. 



IiEl liVMB K LOU PRICO. 



Am : Au temps heureux de ia Chevalerie. 

Meste Manuei cregne tan la sorniero 
Qué mangeo ren , per mies veire , à soupa : 
Uno tartiflo , un pouarri ; tristo chiero , 
Mai siei calen ; osquo per la clarta ! . . . 
O massacan ! qué la pitanço abounde ! 
Lou gus tamben s'imple , senso pegoun. 
Dé lume n'a toujou per tou lou mounde ; 
Mai dé frico n'a jamai proun. 

Per benezi moun cabanoun d'Endoume 
Si sian trouva deso-noou portafai , 
E mi disien , lei fleou ; d'abor , Guieoume , 
Eicito foou dé quinqué ; l'a d'espai... 
Mooudi dé Dieou ! lou ciele vou prefounde 
Parlen doou gi , deis dindo , dé i'artoun. 
Dé lume n'a toujou per tou lou mounde ; 
Mai dé frico n'a jamai proun. 

Coumo ! avè poou dé manqua la soupapo ! 
L'aze , à la grupi , a t'i dé candelié? 



54 CHANS0NS PROVENÇALES 

E va soou trin , counten qué dê la trapo 
L'aguoun pouarju per soourra lou perié. 
Lou chin quan voou rouiga l'ouesse , s'escounde 
Brando la quoué s'a feni soun mouroun. 
Dé lumé n'a toujou per tou lou mounde ; 
Mai dé frico n'a jamai proun. 

Nouestei Sendy soun d'animaou bijarre : 
M'an fa ranchi dé ciargi , per ma par , 
Un miech-escu , la festo dé San-Piarre : 
Tou jus lou près dé cin lieouro dè pouar. 
D'aquel escla , lou patroun , qué n'en tounde? 
Pa tan dé ciero , é moustou cambajoun ! . . . 
Dé lume n'a toujou per tou lou mounde ; 
Mai dé frico n'a jamai proun. 

Dien qu'estou ten es lou sieoucle dei lume , 
Perqué si vi din leis mendre caffè , 
Pa un morpienò qué noun liege é noun fume ; 
Lei Barbabou fincou parloun Francè ! . . . 
Belo avarié qué lou riche semounde 
Su l'estouma quan nou tiro un sedoun ! 
Dé lume n'a toujou per tou lou mounde ; 
Mai dé f rico n'a jamai proun . 

Qué guzarié d'engraissa dé boudori 
Per mascara de' troué dé papié blan ! 



DE VICTOR GELU. 55 

N'en voulen plu , de' libre , cTescritori ; 
Vouestei saven soun toutei dé fenian ! 
Qué su lou quei Piarreto mi segounde : 
Mi curarien Tarmari , seis liçoun ! 
Dé lume n'a toujou per tou lou mounde ; 
Mai dé frico n'a jamai proun. 

Youei , dé pertou fabriquoun dé bougïo ; 
Dé nué Pagazo attaquo lou souleou ; 
Mai paou à paou restreignoun leis boutïo ; 
Mai quienze pié d'un mousselé d'agneou ! 
Mai lou gazan , en tantou , qué si founde ! 
Sé vian pu clar, fen fouesso pu pichoun ! 
Dé lume n'a toujou per tou lou mounde ; 
Mai dé frico n'a jamai proun. 

Qué proufitan dé seis manifaturo ? 
Sé lei vapour aduen doou Lenguedo 
Milo bestiaou per nouesto nourrituro , 
Brulan lou seou ; mai gardoun leis gigo ! . . . 
Cagan dé dré ; la barro nou counfounde , 
N'esbarluga ! . . . douna-nou dé bouioun ! 
Dé lume n'a toujou per tou lou mounde ; 
Mai dé frico n'a jamai proun ! 

Juin 1839. 



IiA IiOCTABIÉ 



La loterie , qui avait déjà subi des modifìcations assez 
importantes au commencement de 1830 , a été , comme 
chacunsait, défìnitivement supprimée à partir du pre- 
mier janvier 1836. Tout le monde a justement applaudi 
à cette mesure , hors le menu peuple , dans Fintérét 
duquel elle a été prise. Ainsi , cette chanson n'est point 
un anachronisme , comme sa date pourrait lc faire 
supposer. Les regrets qu'elle exprime ne sont que 
Técho des plaintes quotidiennes de nos ouvriers. 

Air : Français, quel estce chevalier? 

Poues faire la crous oou bouenur ; 

Ti poues ana debooussa à l'Ourso ! 

Tu tamben , capelié foulur . 

Sies enredi , senso ressourço. 

Leis Roudrigou , fasur dé lei , 

De teis souvè prenen mesuro , 

N'an sachu ravoueira lou crei 

Dins un decrè caffi d'orduro. 
Toussan , mourras pouscri su d'un fumié : 
Per fa dé bla plu gé dé loutarié ! 

Ti rapèles qu'untei regrè , 

Oou lué doou fuoutre , quan dé sedo 



58 CHANSONS PROVENCALES 

Fougué basti leis cicorè : 

Semblaves uno pero bledo. 

Enca, per releva l'aïé , 

Ti restavo oou men lou quaterno. 

Vui , toun mitou fa pecouïé : 

Es escouelado , la citerno ! 
Toussan , mourras pouscri su d'un fumié 
Per fa dé bla plu gé dé loutarié ! 

E pui ti fan aqueou varun ! 
Ti venoun dire qué lou pople , 
Sé voou mangea de bouei fassun , 
- Foou ni qué jugue , ni qué pople ! 
Pouedoun plu chiffra sei milien , 
Elei : n'an per dessu la testo ; 
Mai gardaran la permissien 
En boúrso dé doubla soun resto ! . . . 
Toussan , mourras pouscri su d'un fumié : 
Per fa dé bla plu gé dé loutarié ! 

La saquo plato , erian counten 
Dé pantaia fino boumbanço ; 
Ogro ! vou couestavo pa ren 
Noueste songi dé beneranço ; 
E nou venè derevïa ! . . . 
Treboura la souleto joïo 



DE VICTOR GELU. 39 

Qu'aguessian gaou de choourïa ! . . . 

Adieou leis forço ! adieou la voïo ! 
Toussan , mourras pouscri su d'un furaié : 
Per fa dé bla plu gé dé loutarie' ! 

Sé nou quichavo troou , lou fai , 

Courrian uno bïeto escrieoure 

En disen : sangeara , bessai ! . , . 

Bessai, sant espouar qué fa vieoure!... 

Mai noun : toujou seren esclaou ; 

Din seis plesi l'a ren de nouestre , 

Tité , dra fin , varlé , chivaou , 

Àccaparraran tou , leis mouestre ! 
Toussan , mourras pouscri su d'un fumie' : 
Per fe dé bla plu gé dé loutarié ! 

Ah-tè ! massacro-ti , crestian ! 

Carculo su teis bouiabaisso ; 

De' la soupo dé teis enfan 

Rouigno lou deimo per sa caisso ! 

J)é teis espragni , esten malaou , 

Pagaran pa trei medecino , 

L'interes é lou capitaou ! . . . 

Fa lou coumourun , ta deblino. 
Toussan , mourras pouscri su d'un fumié ; 
Per fa dé bla plu gé dé loutarié ! 



60 CHANSONS provencales 

f* 

M'an pa demanda moun avis 
Per arsouna sa lei mooudicho 1 
Que l'oourieou di : ta dé boutis î 
Voulè que la bourro sié richo? 
Leva cin liar dessu lou pan ; 
N'agouté plu tan leis ooulivo , 
E leissa-nou quaouquei fé l'an 
La galioto en prouspetivo... 
Qué sé nou foou creba su d'un fumié , 
S'çstordissen eme la loutarié. 

Oh ! carita ! rendè nou lo ! 

Sabè? nou maquo, la courregeo! 

Rendè nou l'espouar doou gro lo; 

Dei malurous bressa l'envegeo ! 

Quan lei nistoun an lou mouqué , 

Li refusojamai, sa mèro, 

Dé muscardin ni dé jugué ; 

Un paou dé bono à la misèro !... 
Qué sé nou foou creba su d'un fumié , 
S'estordissen eme la loutarié ! 

Juin 1839. 



IiOV PKGOU 



Vai ! beou manteou é belei braio 
Cuerboun mai dé peou dé canaio 
Qué leis estori fìcela 
Qu'an lei pègou , per si tapa ! 

Epttre de mon «mi A B. 



Am : Je commence à m'apercevoir. 

A rapor qué din lei lacoun 

Logi en chambro garnido , 

Tou lou mounde mi crido 

Que sieou un caïman , un capoun ! 

Cadun m'adoubo ; 

Mi fan la loubo ; 

Mi coucharien ben leou à coou d'escoubo. 

Doou Pouen de peiro ei Caraman 

Mi dien : i ! Blème , lou Damian ! . . . 

Sieou piaffou , vouei ; mai vouestei negoucian ! 

Tur, Judieou, Crestian, Grègou, 

Angles, Francè, Galiègou, 

Blème es un san respè d'aquelei pègou ! 

6. 



62 CHÀNS0NS PROVENÇALES 

Blème voou gaire , es proun verai : 
Counouei la manipolo ; 
Ei Frèro de Pescolo 
Fasié peta fouesso artirai. 
Duro cervèlo , 
E den cruèlo , 
Per Iou bouiroun èro piegi qué grèlo , 
Cagatroué , Breca , Pataclé 
L'an fa esquineto en milo endré 
Per espooussa figuiero é pesseguié ! 
Mai sé parla dei Grègou , 
Dei negoucian Galiègou , 
Blèine es un san respè d'aquelei pègou ! 

Esteti mómo , dessu lou queí 
Ài porta la roumano , 
E ti n'ai vi de crano ! 
Mi n'an empré lei gen dé lei ! 
Chasquo pesado , 
Uno esparrado, 
E boou pu fouar qué vin dé mei mesado ! 
Lou portafai guincho de l'uei , 
Lou pesadou souarte l'estuei , 
E fa bouqueto en creidan : cin-çan-vuei ! . 
Oh ! sé parla dei Grègou , 



DE VlCTOa GELU. 63 

Dei negoucian Galiègou , 
Blème es un san respè d'aquelei pègou. 

Moun paire , mestre escoubiié 
Qu'eimavo esquicha l'agi, 
Mi leissé en eiretagi 
Sei couesto oou lon é gran goousié : 
Quaouquei souenaio ; 
Maî sa mitraio 
Entre meis man es esta fué dé paio ! 

Dien : qu buou ben Dieou lou beni ; 
Ieou , qu'ai tan begu , sieou mooudi ! 
Per sussista foou qué fassi ranchi ; 
Mai sé parla dei Grègou , 
Dei negoucian Galiègou , 
Blème es un san respè d'aquelei pègou. 

Passé per uei moun san Crespin ; 
Aro si qué m'en penti ! 
Poudieou restre un leventi , 
E sieou lou jugué dei Bachin ! . . . 
Lou pies mi fumo , 
Tan l'aiguo es sumo ; 
Paoure oousseloun , mi resto pa uno plumo ! 
Tamben , per mi bagna lou bè , 
Foou lou souffre ; foou lou campè , 



64 CHANSONS PROVENÇALES 

Foou Fendigò , lou sucre , lou cafè. . . . 

Mai se parla dei Grègou , 

Dei negoucian Galiègou , 
Blèrae es un san respè d'aquelei pègou. 

Qué voulè dé la quoué d'un pouar 
Tira menin plumachou ? 
Foou qué visqui Gavgphou : 
Lou bras qué pissi es mita mouar ; 
Sieou cardalino , 
Plen dé vermino , 
En boulegan l'oues mi traouquo l'esquino. 
Eme dé tan marris ooutis 
Pa mouien dé chiqua l'arris : 
M'engini doun per ben cala mei thys ; 
Mai sé parla dei Grègou , 
Dei negoucian Galiègou , 
Blème es un san respè d'aquelei pègou. 

pinto-moffi dé judieou ! 
Cregnes pa la pepido ; 
Tei glori soun fassido , 
E fas lou quècou mai qué ieou ! 
Equé ti manquo? 
Ta camié es blanquo , 
As busquichèlo é fielé su la planquo !... 



PE VICT0R GELU. 65 

S'avieou tan dé graisso ei roustoun 

Lun dé voula senso besoun , 
Deman serieou lou Jèsu dei lacoun ! . . . 

Mai parlen plu dei Grègou , 

Dei negoucian Galiègou , 
Blème es un san respè d'aquelei pègou ! 



Septembre 1838. 



(> 



LOU CBIN-NAIVA-POUN. 



• Air : Je 8uis mattre d'équipage. 

D'un viagi dé milo lèguo 
Pu luen que lou fiermamen , 
Revenieou ver lei coulèguo 
Dé la Vileto éd'Aren. 
Touei meis encian cambarado , 
Sablounié vo pescadou , 
Mi douneroun serenado 
En soupan co dé Rebou. 

L'agué de cur : si canté Panrièto ; 

Dé saoutenler jugueroun doou viouloun ; 
Mai qué dien sei salineto 
Per lou matalo Troumbloun ? 
Gé dé mesiquo basseto 
Senso lou chin-nana-poun , 
Moustou lou chin-nana-poun ! 
Osquo ! lou chin-nana-poun ! 

Lou lendeman , coumo quatre 
Countan dé mi regala , 



68 CHANSONS PROVENCALES 

Mi remouquonn oou Gran-Tiatre 
Mounte dounoun l'opera. 
Mi disien : qu'untei cantaire ! 
Tou d'avouas doou fué dé Dieou ! 
E dé fremo , bouen coumpaire , 
Que fan la barbo ei chichieou ! 
La basso-taïo a un crus d'uno barriquo 
E l'aouto-contro un piveou dé loutoun. 
E pui oousiras la cliquo 
Dei troumpeto é dei rounfloun ! . . 
— Gé dé basseto mesiquo 
Senso lou chin-nana-poun. 
Osquo ! lou chin-nana-poun î 
Moustou , lou chin-nana-poun ! 

Acoumençoun soun ooubado : 
La fumèlo fa lou ga , 
Vo buou à la regalado ; 
L'ome a lei miraou creba : 
Soun duor es su la rodo : 
Foulié per lou sousteni 
Dé tirassur dé coumodo ; 
Mai visia qué d'agouni ! 

Leis abiqué creidavoun : c'è maziquo ! 

Aplooudissien à s'enfooucha lei poun ! 
Ieou mi chaspavi la biquo ; 



DE VICT0R (JELC. 

Mai mi fasié pa mangeoun. 
Gé dé basseto mesiquo 
Senso lou chin-nana-poun. 
Osquo 1 lou chin-nana-poun ! 
Moustou , lou chin-nana-poun ! 



69 



Tout aco voou l'abitudo : 

Oouré bèlo v'estudia ; 

Vou fourra toujou d'ajudo 

Per pousqué ben va destria. 

Jouïssè ; vou voueli creire ; 

Maï alor d'ounte preven , 

Dessu tan qué va van veire , 

Qué fouesso li sentoun ren? 
Cadun coumpren lei cavo manufiquo : 
Berbi, pastras, moussi, mestre, segoun. 

Lou souleou , qu lou cratiquo ? 

Lei sour aouvoun lou canoun ! 

Gé dé basseto mesiquo 

Senso lou chin-nana-poun. 

Osquo ! lou chin-nana-poun ! 

Moustou , lou chin-nana-poun ! 

Magina vouestei cantuso - 
Su lou pouen , quan leis unié , 



70 CHANSONS PROVENÇALES 

Lei pla-bor é la cambuso 
Crenïoun dé brefounié. 
Magina dé contro-basso , 
Dé tiro-vin , dé fluité , 
Eme aquelei brando-biasso 
Qu'amoueloun tan ben Parqué ; 
E diga-mi , sé sabè la fusiquo : 
Curbira-ti l'aragan , soun voun-voun? 
Lou bouffé qué Dieou fabriquo 
Soueno mai qué cen bassoun. 
Gé dé rounflanto mesiquo 
Senso lou chin-nana-poun. 
Osquo ! lou chin-nana-poun ! 
Moustou , lou chin-nana-poun ! 



Mai vengué lou ciele en lagno 
N'embornia dé seis uiaou , 
E touqua su la mountagno 
Lou tambourin dei grapaou : 
La chavano si desclaro 
Lou soou tramblo souto ieou , 
E moun founfoni fara encaro 
Dire cebo oou tron dé Dieou ! 

Àssagea un paou sé poudè ana dé piquo ; 

Freta vou-li , roussignoou dé saloun ! 



DE VICTOR GELU. 74 

Per sibla voueste cantiquo 
Dé bouenasso avè besoun. 
Gé dé basseto mesiqno 
Senso lou chin-nana-poun. 
Osquo ! lou chin-nana-poun ! 
Moustou , lou chin-nana-poun ! 

Vou fa reboumba ; vou touesse ; 

Vou grato lei cascaveou ; 

Jusqu'à la meouio deis ouesse 

Vou trepano lei bouteou. 

Pouigne tan lou caguo-ei-braio 

Qué si cardo coumo un lien. 

Ti-n'a gagna , dé bataio , 

Despui la revoulucien ! 
A l'estrangié n'a foutu , dé couliquo ! 
Ti n'a destrui , dé raquin dei Pountoun ! 

 chapla lou Brètaniquo 

Mies qu'un troué dé canioun. . . . 

Oh ! la basseto mesiquo 

Qu'es aqueou chin-nana-poun ! 

Osquo ! lou chin-nana-poun ! 

Moustou , lou chin-nanâ-poun ! 

Octobre 1839. 



I,OU MIBORAIIO. 



áir : Au seuil noir de ces vieux portiques. 

Àven recu sa santo estreno : 
Un jué dé pes ben pounçouna ; 
Troubaio propro à rançouna 

Lou jaséla gareno. 
Dé tron dé noun empachatieou 
Qué degun li coumprendra gouto ! 
Leis an tira , m'a di Pecouto , 
Doou catachiarme dei Judieou ! 
En m'en serven perdi moun amo ; 
Foou pacho eme quaouque demoun : 
N'an empega lou Miroramo ; 
Jèsu-Maria ! paouro Mioun ! 

Lou recalieou dé ma cassoro 
M'escaoumo plu ; sieou vieio à bou ; 
E per emprendre soun babou 
Mi fourrié ana à Fescoro ! 
Farieou beou veire , à la Tata , 
Su Santo-Croua , promier article , 



74 CHÀNSONS PROVENÇALES 

Braquan mei resto dé bericle , 
E vin tetaire à mei cousta ! 
Sabi pa , mancou , cTuno damo , 
Dire en Francè lou coutioun , 
E n'empega lou Miroramo ! 
Jèsu-Maria ! paouro Mioun ' 

Es feni : per lou samentèri 
Din quatre jou quiti moun ban . 
Segu mi pourrira lou san 

Soun bourreou dé mistèri ! 
Ten benurous qué mi visies 
La priouresso dei Partisano , 
E l'esclussi dei pu Cacano , 
ten dé glori ! mounté sies ! 
Dezanzado doou Tiroramo , 
Qué m'avié chapa lou bouioun , 
M'an empega lou Miroramo , 
Jèsu-Maria ! paouro Mioun ! 

Nouesto vergo èro pa proun drecho , 

Dé la redreissa prenoun souein ; 

A nouesto mancho an mes un pouein ; 

Ero pa proun estrecho. 
Mai elei , mestre doou poudé , 
Ren li bridara sei caprici : 



DE VICT0R GELU. 75 

Su sa balanço dé justici 
Pourran toujou douna doou dé.... 
Aco n'en soun , dé finei lamo ! 
Ah ! fai benoua d'un quarteiroun : 
T'an empega lou Miroramo ! 
Jèsu-Maria ! paouro Mioun ! 

Qu'a fa la lei , a fa l'engambi : 

Per fugi lei controvencien 

Que ploouran dé soun invencien , 

En qu foou qué m'arrambi? 
Gargantuan dé Capourié ! 
Mai qué v'a fa , la pepelaço , 
Qué jusqu'ei mieto dé sa biaço 
Li pren , vouesto couquinarié? 
L'interes publi leis enflammo ! 
Coumo gardian dei picaïoun , 
N'an empega lou Miroramo ! 
Jèsu-Maria ! paouro Mioun ! 

An pensa : plu dé sourdo oourïo : 
Anfin , à Touro d'ooujordui , 
L'aoubre nouveou pouarto soun frui 

Meme jusqu'à Marsïo. 
— Nani ! lei Carme , San-Loouren , 
La Plano , la carriero Novo , 



76 CHÁNS0NS PROVENÇALES 

E San-Jan dien qué vouesto esprovo 
A jura la guerro oou bouen sen . 
Oouzè : pertou lou pople bramo : 
Via rire qué lei parpaioun , 
E n'empega lou Miroramo , 
Jèsu-Maria ! paouro Mioun ! 

L'escrivan dé la fouen Marouno 

Mi di : Coumaire , aco es pa un maou : 

Vou veiré plu toumba doou baou 

En croumpan la coutouno. 
Din chasque emperi doou gro grun , 
Per desbueia la tablaturo , 
Lei pes , la lenguo é la mesuro 
Sentè qué duvoun restre qu'un. 
— Coumo ! L'Empèri qué n'afamo , 
L'oougea defendre , viei menoun ! 
N'an empega lou Miroramo ! 
Jèsu-Maria ! paouro Mioun ! 

Foou qué la terro si prefounde ; 
Quan leis ome dé religien 
Soustenoun Taboouminacien , 

Marquo la fiu doou mounde ! 
A bello prècha, moussu Gay, 
Ai leis ooussiden d'espouvanto ; 



DE VICTOR GELU. 77 

Es entamena , l'an quaranto ! 
Flourira plu lou mes dé Mai ! 
Déjà l'angi negre prouclamo 
Qué Dieou noun nèguo lou pardoun ! 
N'an cmpega lou Miroramo ! 
Jèsu-Maria ! paouro Mioun ! 



Janvicr 1810. 



A LA RMQUO ! 



Air : Les tìusses m'ont rendu visite. 

Es arriba deis Ilo en quaranteno 

Lou bastimen qu'adué moun mourouné ! 

Dilun matin ensacarai l'ooubeno ; 

Faren lou conte , é Moussu Freissiné 

Mi crachara Iei piarre oou bassiné. . . . 

As ruissi un coou , Gargamèlo , en ta vido ! 

Ruissiras dous ; douarbe leis acubié ; 

Fai parouli ! la fortuno ti crido : 

L'a proun lon ten qué fures lou gibié ! 

Riche marchan vo paouré poulaïé ! 

Zou ! Gargamèlo : à la risquo ! à la risquo ! 
Moougra qu'eier fousses marri pegò , 
Ooujordui vuno é deman quatre brisquo , 
E senso avé recour ei matagò , 
Din quaouqueis an fas lou vié dei magò. 
Vies saluda chasque souar à la Logeo 
Milor Barriquo eme Milor Âouffié : 
Eisa l'orguei per lei gro nas derogeo ; 



80 CHANSONS PROVENÇALES 

E perqué pa tamben Milor Groulié ! 
Riche marchan vo paouré poulaïé ! 

Vaqui cé qu'es : voulè saoupre, foou vieoure, 
Cresieou , bedè ! qué l'escoulian coussu 
Qué parlo fin é qué soou ben escrieoure 
Avié soulé lou mouele deis escu : 
Lou foun doou flascou èro pa enca begu. 
Vague'-à l'azar ! qué l'azar es avugle l 
Ooussan lou gus dessu la galarié , 
Remarquo pa quan dé coou dé bizegle 
Manquo à sa gruio, à soun verbo groussié. 
Riche marchan vo paoure poulaïé ! 

Aro , ai la claou doou secrè dei miracle ! 
Voou Tatrouva lou bouen Dieou endormi ! 
Eri neissu per faire un espetacle ! 
Lou san mi brulo, é mi senti freni 
Quan moun cerveou devoro l'aveni ! . . . . 
Qu'a d'estouma si tiro dé la foulo : 
N'ai sè fé troou per pa restre premie'. 
Sé m'an caga su d'un mouroun dé groulo, 
Lou Dieou Crestian sorté d'un restelié ! . . . 
Riche marchan vo paoure poulaïé ! 

Laissa passa Gargamèlo ! fè plaço ! 
Ooutourita, negouciap, par\engu, 



DF, VICTOR GELU. 81 

Vite 1 en douei double ! à ginous , chin dé raço ! 
Lipa la man qué vous a soustengu ; 
E sigué fier dé n'estre ben vengu ! . . . . 
Lou vïadou m'a servi d'escabèlo 
Per mi lança mounté van lei ratié ! 
Brouncharai plu , mancou , d'uno semèlo ; 
Voueli ma par dé touto mangearié ! 
Riche marchan vo paoure poulaïé ! 

Serai richas ; mai ingra , mai brícouni , 
Noun ! dé bouenur plouraran touei lei mieou ! 
M'en souvendra toujou dé Bagatouni ; 
Dé la placeto ounté , nistoun , venieou 
Fa la patincho é jugua là-ti-vieou ! . . . . 
D'argen massi foou l'oustaou dé moun pero ; 
Tapazo en blo seran seis escalié ; 
Foou dé diamah la chambro dé ma mèro , 
Dé queiroun d'or caladi lou Panié ! . . . . 
Riche marchan vo paoure poulaïé ! 

Noueste péis jangouero à foun dé calo : 
Dé marriassas lou suçoun jusqu'oou san ; 
Mai Gargamèlo es eici ! dé Tespalo 
Turto la chiurmo ; adieou lei devouran ! 
Cadun sa chouio , é sa íìolo , é soun pan ! 
Trabaiadou qu 7 a fugi la pratiquo , 



82 CHANSONS PROVENCALES 

Vou lagné plu : soun duber mei chantié ! 
I : lei Bachin ! oou fué lei micaniquo ! 
Vengue dé bras ! tout un mounde d'ouvrié ! . . . 
Riche marchan vo paoure poulaié ! 

Voou alounga Marsïo en esplanado 
Dé la Tourreto à la couelo d'Araou ! 
Millo casteou en peiro finoulado 
Reluziran su l'aiguo doou Canaou ; 
Farai vergougno oou Cor Municipaou ! 
Soun Marca noou , pieouzeou blesi, varaïo ; 
En m'amusan li planti dé pounchié ; 
Per tua lou ten bastissi la muraïo 
Qué duou cencha la Visto é San-Ginié ! . . . 
Riche marchan vo paoure poulaïé ! 

Leis avalouar qué tirassoun vouaturo 
Per proumena sei chivaou gris é blan , 
Prochi dé ieou faran maigro figuro 
Sounco oou Fada meni Caramantran 
Din moun carrosso atala d'arafan ! . . . . 
Qué crèbo-couar per elei ! qué regali 
Per ieou , sounco lou pople tout entiá , 
Jitan dé flou coumo davan lou pali , 
Mi creidara : glouaro à n'eou ! beni sié ! . . . 
Riche marchan vo paoure poulaïé ! 



DE VICTOR GELU. 83 

E sé lou sor mi disié : toumbo-bèlo ! 
Sé doou tramplein mi foulié debana , 
Maginaré beissai qué Gargamèlo , 
Su lou fusieou parten coumo un dana , 
Lou cabestran s'anarié enfremina ? 
Pa tan couioun ! uno chouno , ê naveguo ! 
Sabi Tinguen d'aquelo maladié : 
Quan as agu lei man facho dé peguo , 
Li poues rascla , n'a toujou dé grapié. . . . 
Riche marchan vo paoure poulaïé ' 



Février 1840. 



GHÀNSONS INÉDITES. 



LOU PABIilfill 



àir : Votjage, voyage qui voudra. 

En travaian coumo uno besti 
Desempui lou ten dé la pas , 
Paou à paou s'es enfla , moun viesti ; 
Mi sieou sentu lou boussoun gras. 

Ai pensa : tiro en terro ; 

Mando oou boues la galèro : 

Oustaou é bastidoun , 

Àro n'as proun.... 

Mai Polito es un sugè rare , 

Foou lisqua soun enducacien ; 

Souarte d'en pensien , 

Qué vague à Paris ; 

8 



86 CHANSONS PRONENGALES 

En vian dé péis , 
Fara soun camin , 
Vendra fin lapin.... 
Acrè , massacan ! 
Suzo lou malan ; 
Oouras la crèmo dei galan. 
Lazare , Lazare , 
Fai toun fieou Parisien.... 

Reven ; m'escrieou soun arribado ; 
Courri oou Cochou , dijoou passa ; 
L'atrobi ma bèlo pipado 
Qu'avié crento dé m'embrassa; 
En li sooutan oou couele 
Vieou qué tiravo mouele : 
Polito , mai sies tu ? 
Tu , tan pounchu ! 
E ben ! m'agrado , toun endare ! 
As Tèr d'un preguo-dieou d'Ensen 
Faran sensacien 
Din nouestei quartié 
Tei mouninarié ! . . . . 
Respouende : vréman , 
Mon pero é sarman ! . . . . 
Nou se revouarroun , 
Nou separleron.... 



DE VICTOR GELU. 87 

E dieou , en bacelan moun fron : 
Lazare, Lazare, 
Toun fìeou es Parisien ! 

Jugea sé lou couar mì soounavo : 
Moun bou dé barro Franciò 
Eme lou buai arremarquavo 
M a camié bluro é moun calò ! . . . 
Ah ! paoure ! mi digueri : 
Polito es qu'un arlèri , 
Un morpien cougourdié , 
Un perruquié ! 
M'oourié leou tratta dé barbare . 
Dé viei mouzi , d'ome dé ren ! 
Qué counsoulacien ! 
Tan dé bei souvè ! 
Tan dé gran proujè , 
Qué s'envan en fun , 
Qué toumboun en frun ! . . . 
Tamben ti va foou : 
Es Dieou qué va voou , 
As maou mesura tei lansoou ! 
Lazare, Lazare, 
Toun fieou es Parisien ! 

Diminge , su la Canebiero , 
En brasseto dé sei Piarrò , 



88 CHANS0NS PROVENÇALES 

 lou rescontre dé sa mèro , 
Qué li di : bounjou , tintarlò ! . . . 
— Qu'il é don céto Damo , 
Polito ? — céto famo ? 
C'é misé Tereson , 
Notro souion ! . . . . — 
E la Muso ! crèsè qué charre 
En vian lou frui dé l'embicien 
Qu'es ma puuicien ! . . . 
Àquel estorneou, 
Marchan d'estampeou 
Èier su lou quei , 
Bouffan coumo un Rei , 
M'es vengu turta 
Senso mi parla 
E lei coulèguo dé canta : 
Lazare ! Lazare ! 
Toun fieou es Parisien f 

Sei botto, qu'an gé dé tacheto , 
Ti trooucarien mîes qu'un guiouné ; 
Sei braïo sembloun douei brouqueto 
Vo douei petadou doou Cané. 

Lou quar d'uno faquino 

Li bïo leis es |uino ; 

Su la testo a un orsoun 



DE VICTOR GELU. 89 

Lei puou en lon ! . . . . 
Un saïou , bouen ! basto qué carre ; 
Mai l'abi dé la coumunien , 

Qué tron d'invencien ! . . . 

Sei dé soun plaqua 

Dé gan enciera ; 

Pouarto un mantelé 

Dé cascarelé, 

Qu'a memo façoun 

Que' sé Teresoun 
Mettié en coulas soun coutïoun ! . . . 

Lazare , Lazare , 
Toun fieou es Parisien ! 

S'arrapo à l'uei coumo arapedo , 
Vo bindouço su Testouma , 
Oou bou d'uno chasso dé sedo , 
Un mouceou dé veire carra. 
Seis ounglo , su l'espalo , 
Ti mantendrien la balo , 
Mai qu'un bé dé jaquò 
Ti fan lou crò ! . . . . 
Lou matin , foou qué si prepare ; 
Foou qué s'escure leis arpien 
Uno ouro lou men ; 
Pui si fa rasa ; 

R. 



90 CHANSONS provençàles 

Pui si fa frisa ; 
Pui quan a lou su 
Lis é ben vouignu , 
Ti parte en \iran 
E va samenan 
Mai dé prefun qué Demoussian ! . . . 
Lazare ! Lazare ! 
Toun. fieou es Parisien ! 

Quan Fentendi qué si pessuguo 
Dé poou dé lacha quaouque escar , 
Ma facho es pleno dé beluguo : 
beffe ! espliquo-ti doun clar ! 
Sabè pa sé galegeo ; 
Diria qué bartounegeo 
À sangea soun fielé 
Contro un siblé — 
Foou qu'à la longuo si repare 
L'assan de la prenounçacien , 
E sarro leis den ! . . . 
Aprè quienze mes , 
Doou bouen Marsïes 
Soou plu degruna 
Lei mò tan grana ! 
Moussu TAUeman ! 
Li parles crestian 



UE VICTOR GELU. 94 

E demando lou droguoman ! . . . 
Lazare, Lazare, 
Toun fîeou es Parisien ! 

De' secrè per faire fortuno , 
N'en soou , apparo lou couffin ! 
En si proumenan din la luno 
Crei accampa dé gro bouffin. 
Tooulié qué conto à milo , 
Mai qué Moussu dé Pilo , 
Fabriquo lei milliar 
Dé soun sicar ! 
Doou jus de' coude s'es avare , 
Espragno pa sa prouvisien 
D'enmaginacien. 
Desticulara , 
E carculara 
Qué mei quatre soou 
Mi cousteroun troou ; 
Qué per englouti 
Dé poulé resti * 
L'a qué d'avé gros appeti. . . . 

Lazare , Lazare , # 

Toun fîeou es Parisien ! 

S'es coumo aco qtié leis adouboun 
Dins aquel affrous Paradis , 



1 



92 CHANSONS PROVENÇALES. 

L'aze mi quïe sé l'escouboun 
Lei petouro doou caguo-nîs ! . . . . 
L'einè , Dieou t'amancipe ; 
Qu t'a fa qué ti lipe ! 
Dé bedin dé bedò , 
Vai ! saouto oou clò ! 
Fran qué la maigro noun separe , 
Ti li veirai à la racien , 

Cassaire d'engien , 
Amo en ploun massi , 
Mié-fooudieou passi , 
Ihgra croyançur , 
Fenian , sot emblur ! . . . . 
Voues qué toun bouné 
Si counserve né , 
Foou qué Jané reste Jané ! . . . . 

Lazare ! Lazare ! 
N'as troou d'un Parisien ! 



Juillet 1840. 



VIEIO QCEBHO 



Allocution adressée à l'un de ses neveux par un vieux 
batelier du quartier Saint-Jean , dit Machoferri , ancien 
marin de l'empire , amputé à Trafalgar, et prisonnier 
des pontons d'Angleterre. 

Cbanson composée à propos des bruits de guerre nés 
dutraité de Londres, du 15 juillet 1840, de la quadru- 
ple alliance contre Méhemet-Ali , de l'exclusion de la 
France de ce traité , et de ses préparatifs militaires de- 
puis le commencement du mois d'août. 

Air : du vaudeville des Frères de lait. 

Tu , pichouné , qu'as passa tan dé libre , 
Es doun verai cé qué dien lei papié : 
Qué lei vesin an roumpu l'aquilibre ; 
Qué n'an ouardi dé tour dé soun mestié ; 
Qué sian loucha per dé faribustié L... 
Oh ! cien dé Dieou ! . . . doou paoure Machoferri 
Lou gro coudoun qu'esquichavo lou pies , 
Si pourra foundre oou bor doou samentèri ! . . . 
Zou ! guerro à mouar ! adrou su leis Àngles ! 

Qué n'ai counta , dé marquo , su ma taïo , 
Senso pousque dire : seras paga ! . . . . 



94 CHANSONS PROVENÇALES 

Mai luze enfìn lou jou dé la bataïo ! 
^ro li sian oou Santus ! . . . . foou sala 
tqueou gigò qu'ai leissa à Trafarga ! . . . . 
Souto Destein m'an demouli moun paire ; 
M'an derena moun ouncle davan Bres ; 
En Aboukir m'an chabi mei douei fraire ! . . . 
Zou ! guerro à mouar ! adrou su leis Angles ! 

De treitarié nouesto Franço es pui lasso ! 

N'en a pa proun doou cor doou gran Pilò ! 

Li foou dé san per escarfa la traço 

Qué l'empegué l'atou dé Vaterlò ! . . . 

Fara rapi , s'es estado capò ! 

Soun pa enca mouar touei lei viei patrioto ! 

E n'a grïa dé fourniguié dé fres. 

Aven d'escu per cin cen galioto ! 

Zou ! guerro à mouar ! adrou su leis Angles ! 

Alerto , enfan ! arma-mi dé coussari : 
A moun bateou dounaré lou remou. 
Sé n'an brusqua quaouquei bèto din Carri , 
V'ensignarai lou camin dé Plimou ! 
Fen cachafué dei veisseou dé Pormou ! 
Su sei pountoun mounte ai ploura famino , 
Li voueli battre un artichaou à dès 



DE VICTOR GELU. 95 

Doou cagatroué dé ma cambo roubino ! . . . 
Zou ! guerro à mouar ! adrou su leis Angles ! 

De' vouestei mèro an vira lei cervèlo : 
L'ai vi , lou ten , qué sei bloundin testié , 
Lei Marc-Ántouano é nouestei dameisèlo , 
Rouffianegean ensemble ei pescarié , 
Fasien lou brandou , enliassa d'ooulivié ! 
Counsouela-nou d'aquelei farandouro, 
Enfan ! vengea lou pople Marsïes 
Doou Cremezin qué l'a pita l'amouro ! . . . 
Zou ! guerro à mouar ! adrou su leis Angles ! 

Pouignè ! sabra ! mordè ! qué la picosso 
Tor à traver rebrounde en moulinan 1 
Si cresoun du perqué tiroun la bosso ; 
Mai du qué du , quan serien dé juran , 
Vouestei boulé , bouta , lei trooucaran ! . . . 
E digué plu coumo l'enciano troupo : 
La gardo meur ! vui , duvè faire mies : 
Foou pa peri ! li foou trempa la soupo ! 
Zou ! guerro à mouar ! adrou su leis Angles ! 

Aquestou coou l'arriban jusqu'à Loundre ! 
Vai ! uno fé qué sian descooussana , 
Fièro pieouzèlo , oouras bèlo t'escoundre : 



96 CHANSONS PROVENÇALES 

Ti la mettren la testo din lou sa ; 
Coumo tei sur t'anan despieouzela ! 
Doou pavaïoun qué su vin capitalo 
 desplega sei trei superbe les , 
Yendras lipa lei darno triounfalo !... 
Zou ! guerro à mouar ! adrou su leis Angles ! 



Août 1840. 



IMCIBNÇO. 



Air : Dans ce Paris plein <for et de misère. 

Trento-sèt an ei Sueio , à l'Oousservanço , 
À Santo-Paoulo eme à TAdoubadou , 
En dian souven : poou pa peri la Franço ! 
Ai empiela dé moutto à moun sadou. 
Paoure Pacienço ! aro qué venes ranci , 
Dé toun reflein oouras lou dementi ; 
Per lou carboun dé peiro emmalaouti , 
Vui , toun destin es dé mouri d'estranci ! 
Anen , Pacienço : avalo lou boucon ; 
Ti lou mordries, n'en sérié pa pu lon. 

Quan mi l'an mé , lou faou-noun dé Pacienço , 

Eri d'aploun , degourdi , fres é gai ; 

E chasque jou mi vouignieou la councienço 

D'un escandaou dé mous , oou Viei Palai. 

Vui , sabi plu lou camin doou Racati ; 

Sieou troou erous d'avé dé brigadeou , 

E pinti plu qué d'un jaoune morveou 

Cin coou per mes lei traveto doou pati ! . . . 

9 



98 CHANSONS PROVENÇALES 

Anen , Pacienço : avalo lou boucon ; 
Ti lou mordries , n'en serié pa pu lon. 

Despui qu'aduen soun arseni dé coko , 
Dé mai en mai la plago mi recoui ; 
Oou cavalé plu ni coquo , ni moquo ; 
Toutei mei mouele an mié pouce dé roui ! 
Lei femelan empuroun l'uçandïo : 
À seis oustaou , din lou pichoun Bavò , 
Dei fugueiroun sa pesto es lou pivò ; 
Aougeoun tratta la rusquo dé bordïo ! . . . 
Anen , Pacienço : avalo lou boucon ; 
Ti lou mordries , n'en serié pa pu lon. 

Nou leis an pré lei bras à l'engranagi , 
Lei charreiras Liounes é Parisien , 
Quan si soun di : qu pito fa gavagi ; 
Foou enventa dé centenaou d'engien. 
Mai qué riguen , sé la vermino plouro , 
Quan li segan l'erbo souto lei pè , 
Grègou toujou ! per parla san respè , 
S'engreissaren meme dé sei petouro ! . . . 
Anen , Pacienço : avalo lou boucon , 
Ti lou mordries , n'en serié pas pu lon. 

Lou fabrican serquo l'aconomïo , 
E ben ! alor, qu'es qué l'empacharié 



DE VICTOR GELU. 99 

Dé fa d'espragni en brulan ma senïo 
Per sei vapour é sei raffinarié ? 
Tiro parti jusquo dé la pu-fino : 
Dé sa brutici un calitro es pu chier 
Qu'un tourabareou dé moutto en plen iver ; 
Mai testo aqui ! l'an clava seis eisino I 
Anen , Pacienço : avalo lou boucon ; 
Ti lou mordries , n'en serié pa pu lon. 

An estendu dé Morgieou à Menpenti , 
Din lei caranquo , oou bor dé noueste gou , 
Dei Crotto Aren , dé TAtaquo à Girenti , 
Soun vilen dra mortuoron dé pertou. 
Negre manteou , imou dé tan dé larmo , 
Oh ! sé poudieou coumanda lou ven Lar ! 
Bouffo , roumpu ! devoro , galavar ! 
Acrè ! dirieou , vengeo-mi , qu'ai gé d'armo ! 
Mai noun , Pacienço : avalo lou boucon ; 
Ti lou mordries , n'en serié pa plu lon. 

Quan dé sizampo , oou Carnavas , tou pale , 
Senti canta mei den din moun fanaou , 
E qu'en passan mounte si douno bale , 
Li vieou suza lei vitro doou gro caou ; 
En tremouran dieou : oou foun dé l'abìme 
Qué t'a poussa? cé qué fumo adamoun 




Ç4 

%>i* 



400 GHANSONS PROVENÇALES. 

E fa ragea sei miraou : lou carboun ! . . . 
Alor, alor ! lou coumpreni , lou crime ! 
Mai noun , Pacienço : avalo lou boucon ; 
Ti lou mordries, n'en serié pa pu lon. 

Es doun escri ! dé-longuo à touto vèlo 
Abordaran sei pincou doou cuou pla ! 
Viran la proué su sei tristei penèlo , 
Jamai l'Angles n'en pourra gé couela ! 
N'en vendra gé , de guerro , dé delugi ! 
Veiran la fin de seis inoundacien ! 
Agouttaran sei pousaraquo , à Lien ! 
Punira pa , Dieou , tou soun capounugi ! . . . 
Oh ! noun , Pacienço : avalo lou boucon ; 
Ti lou mordries , n'en serié pa pu lon. 

Viei , rius é crus , senso ami , senso asilo , 
M'accampara , bessai , la Charitè : 
Din sei forneou , per surleva ma bilo , 
Veirai luzi soun incro poutitè. 
En mooudissen la clarta qué m'affusquo , 
La leissarai , ma peou , à l'espitaou. 
Siou tan fava , qué moun darnié badaou 
L'espirarai senso senti la rusquo ! . . * 
Anen , Patienço : avalo lou boucon ; 
Ti lou mordries, n'en serié pa pu lon. 

Novembre 1840. 



FBIilPO 



Au mois d'août 1814, lors du débarquement à Marseille 
de la famille d'Orléans , à son retour de Sicile , un jeune 
garçon de dix-sept à dix-huit ans , du nom de Philippe, que 
toute la ville avait pu voir tantôt décrotteur, tantôt com- 
raissionnaire , tantôt marchand d'oublies , tantôt porte- 
romaine , et plus souvent encore crieur de bulletins , 
fut recueilli par M me d'Orléans-Penthièvre , duchesse 
douairière , qui l'emmena avec elle à Paris. 

Ce jeune homme était doué, dit-on , d'une intelligence 
peu commune. Sa noble bienfaitrice lui fit donner une 
éducation distinguée dont il a dû profìter. Le pauvre dé- 
crotteur est aujourd'hui M e Philippe Dentend, notaire 
du roi , à Paris. Or, voici comment on explique l'origine 
de cette fortune romanesque. 

En 1795 ou 1796, vers les derniers temps de la dé- 
tention à notre fort S l -Jean , des ducs de Montpensier 
et de Beaujolais, frères du roi actuel, la mère de notre 
Philippe fut chargée de quelques soins domestiques au- 
près des jeunes princes. Gette femme , mariée à un M. 
Dentend , orfèvre en chambre à la Grand'Rue , n'était 
plus jeune, et même elle n'avait jamais été jolie. Cepen- 
dant , il s'établit peu à peu des relations intimes entre 
elle et le duc de Montpensier. Si bien que lorsque çelui- 
ci partit pour aller rejoindre son frère aîné aux États- 
Unis, il laissa la femme Dentend enceinte de ses oeuvres. 
C'est , du moins , ce qu'assure la chronique scandaleuse 
de Tépoque. 

Le duc, àson départ , confia l'enfant à venir aux soins 
de M. Catalan , alors Consul Américain à Marseiile, Ce 

9- 



402 CHÀNSONS PROVENCALES 

fonctionnaire reçut en méme-temps une somme consi- 
dérable , et il lui fut promis une subvention annuelle pour 
élever notre Antony d'une manière convenable et fournir 
généreusement à tous ses besoins , en attendant le mo- 
ment opportun où les d'Orléans pourraient réclamer ce 
rejeton. 

L'enfant nâquit , grandit et grossit , choyé d'abord par 
M. Catalan, qui le négligea plus tard et finit par l'aban- 
donner tout à fait , soit que la subvention ne lui fut plus 
versée régulièrement , soit que la gigantesque fortune de 
Napoléon fit regarder au Consul Américain comme une 
absurde chimère la possibilité d'une Restauration. Quoi- 
qú'il en soit , notre Philippe , repoussé par ses parents 
de Marseille qui le voyaient d'assez mauvais oeil , et 
délaissé par le Consul , son protecteur, notre Philippe se 
trouva bientôt dans la rue , où beaucoup de nos compa- 
triotes l'ont rencontré millc fois , alerte , frais, épanoui, 
rubicond , carré , blondin , frisé , et fouettant l'air de 
son nez Bourbonien. Et toujours fìer, quoique long- 
temps déguenillé , il exerça , durant plusieurs années , 
ses trois ou quatre chétives industries de l'humeur du 
monde la plus philosophiquement joyeuse. 

Et il est resté dans la rue jusqu'au jour où sa bonne 
et digne grand-mère l'y a ramassé , à sa rentrée en 
France. 



Am du vaudeviile final de Michel et Christine 

Qué jabò ! 

Qu'estrambò ! 
Ta plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

Felipo , 

Quinto fripo ! 
Tu , l'enfan dé Misè Babò ! . . . 



DE VICTOR GELU. i 03 

Chi , l'entenderes l'Estarloguo 
Quan mi digué : caspi ! qué pei ! 
Qu'es neissu toun mourra pa boguo : 
Salu ! cousin-german doou Rei ! . . . . 
Fran , Carambò , Raffeou é Pissarotto , 
En si truffan penseroun : lou mesquin 
Sera toujou vendur dé bulletin ; 
E pamen la vies , ma balotto ! 

Qué jabò ! 

Qu'estrambò ! 
T'a plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

Felipo , 

Qu'unto fripo ! . . . 
Tu , l'enfan dé Misè Babò ! . . . 

Erian eilato su lou Barri , 
S'attaquavian oou bataïoun: 
Trei gendarmo eme un Coumissari 
Mi pescoun , é vague oou viouloun. 

Mi vieou perdu , counoueissen leis Àpotro ; 

Creidi , Messies, pieta ! sieou pa michan ! 

Foou gé dé maou : sieou Felipo Dantan ! 
E dé suito mi fan dé votro ! . . . 

Qué jabò ! 
Qu'estrambò ! 



104 CBANSONS PROVENÇALES 

T'a plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

Felipo , 

Qu'unto fripo ! 
Tu , l'enfan dé Misè Babò ! . . . 

Mi menoun à la Prefeturo 

Davan lou Dugou qué reven : 

Oh ! qué tramblun ! eou m'asseguro ; 

Mi pouarge la man en risen. 
A soun signaou , Coumissari , gendarmo 
Passoun per uei , é s'atrouvan soulé. 
Ero moun ouncle ! . . . oou pouein qué lou piqué 

Despui d'alor mi pouarto l'armo ! 

Qué jabò ! 

Qu'estrambò ! 
T'a plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

Felipo , 

Qu'unto fripo ! . . . 
Tu , l'enfan dé Misè Babò ! . . . 

Va creiries ? douei superbei damo , 
Uno , vieio , qu'a tan bouen èr , 
L'aoutro , jouino , é fouesso pu flamo , 
M'embrassoun , mi loumoun soun chier !. 
La ran-mama semblo la Boueno-Mèro : 
Oourieou vougu saoupre l'Ave-Maria , 



D£ VICTOR GELU. 105 

Quan en plouran s'es messo à marmura : 
Es tou la facho dé soun pèro ! 

Qué jabò ! 

Qu'estrambò ! 
T'a plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

Felipo , 

Qu'unto fripo ! . . . 
Tu , l'enfan dé Misè Babò ! 

Mettoun oou lissieou moun cieragi 

E mei bouigneto , é moun camboï ; 

M'arnesquoun mies qu'ei Roumavagi 

L'ai vo lou muou dé sant Aroy. 
Qu'unt api noou , remarquo ! é qué limaço ! 
paoure Chi , quan mi sieou vi tan beou , 
Mi sieou chaspa per senti s'èri ieou , 

En m'amiraian din sei glaço ! 

Qué jabò ! 

Qu'estrambò ! 
T'a plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

Felipo , 

Qu'unto fripo ! . . . 
Tu , l'enfan dé Misè Babò ! ^ 

Dooura coumo d'Avesque en capo , 
Per mi refresca lou barquieou , 



406 CHANSONS PROVENCALES 

Lei proumié moustardié doou Papo 
A taoulo soun dré darrié ioou . 
Un gro Moussu lou souar mi desabïo 
Caouffo moun lié, pui Tembaimo dé mus ; 
E sei Mouazò si dien : es pa camus ; 
Mai qué richo fìsolomïo ! 

Qué jabò ! 

Qu'estrambò ! 
ï'a plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

Felipo , 

Qu'unto fripo ! . . . 
Tu , l'enfan dé Misè Babò ! . . . 

A la boouduffo , ei bïo , ei bocho , 
Esten vun dei pu fin nitar , 
Fasieou dé globou dé mei pocho , 
E disia : sies cresta , bastar ! 

Restre bastar , qué rodo ! quan sia mince ! 

Foou escupi sei parmoun per un soou ; 

Basti dé pouen su lei vala quan ploou ; 
Mai aro , m'en garci ! sieou Prince ! 

Qué jabò ! 
Qu'estrambò ! 
T'a plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 
Felipo , 



DE VICTOR GELU. 1 07 

Qu'unto fripo ! . . . 
Tu , l'enfan dé Hisè Babò ! 

Faouto d'un caffouchou , pecaire ! 

Senso cuberto é senso fué , 

Su l'aouguo , ei baoumo doou Gran-Caire , 

Ti l'ai battudo tan dé nué ! 
Mai poou veni Pluvioso é Vantoso , 
Passerouné ; creses qué la battrai 
A moon casteou , mounte penecarai 

Su mei coueissin caffi dé roso ! . . . 

Qué jabò ! 

Qu'estrambò ! 
T'a plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

Felipo , 

Qu'unto fripo ! . , . 
Tu , Tenfan dé Misè Babò ! 

Qué dé crèto dé coou dé sabre 
L'aboouminablo varminié , 
M'a regla dessu moun cadabre , 
Tan qué l'a tengu coumpainié ! . . . 

Ai proun souffri ! mi mordré plu , cebeto ! 

Cacaraca dei pu noble mourroun 

Cregnirai plu blaveiroou ni fleiroun 
Qué dei sucé dé sei babeto ! 



408 CHANSONS PROVENCALES 

Qué jabò ! 

Qu'estrambò ! 
T'a plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

Felipo , 

Qu'unto fripo ! . . . 
Tu , l'enfan dé Misè Babò ! . . . 

A chivaou , en ran dé bataïo , 
Oou davan dei tambour-majou , 
Oou lué dei clicleto en tarraïo 
Tendrai Pespazo, quaouquejou! 

Alor vendré lei vouala per moun conte ; 

Vé n'emplirai , dé chaple dé papié ! 

Voueli cuerbi lou famous Castagnié ! . . . 
Oh ! moun istouaro sera un conte ! 

Qué jabò ! 

Qu'estrambò ! 
Ta plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

Felipo , 

Qu'unto fripo ! . . . 
Tu , l'enfan dé Misè Babò ! 

Ai dé bla per lei santeis obro , 
O coulèguo qué tira oou mur : 
Pouarto-roumano , gus, manobro, 
Marchan d'armana , decroutur 



DE VICTOR GELU. 409 

Buvè ! treissa ! guèto é bosso mortalo ! 
Dé vouesto peou descordura Fooussó l 
Engouargua-vou dé barrieou dé glacé ! 
Frèro ! s'u mouà qué ze regalo ! 

Qué jabò ! 

Qu'estrambò ! 
T'a plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

OFelipo, 

Qu'unto fripo ! . . . 
Tu , l'enfan dé Misè Babò ! 

Dessòuto leis ar de triounfle 

Duven passa deman matin ; 

Siguè brave ! foou qu'aco rounfle ; 

Mai creide pa : jita peirin ! 
Qu'es dé manda lei dardeno à palado , 
A tiro-puou ! . . . misèri ! . . . su lou Cous 
Lei double louei faras vira de' dous 

Ramarciant à toun cambarado ! . . . 

Qué jabò ! 

Qu'estrambò ! 

T'a plu qu'aqueou roun , ma pipo ! 

Felipo , 

Qu'unto fripo ! . . . 

Tu , l'enfan de' Misè Babò ! 

10 



• 



410 CHANSONS PROVENÇALBS. 

Ghi , ma famïo si languisse : 
Adieou ! si veiren bessai plu. 
Mai sounco vun dei tieou patisse , 
Sabes l'adresso doou Boumbu. 
Conto su ieou , fegi , couar , san é tripo ! 
E quan vendras teis oubli à la zoua , 
Sé per sambi cantes : vivo lé Roua ! 
Àjusto en soungean à Felipo : 

Qué jabò ! 
Qu'estrambò ! 
T'a plu qu'aqueou roun , sa pipo ! 
Felipo , 
Qu'unto fripo 
Per lou fieou dé Misè Babò ! 



Février 1841. 



BOtJKNO-VOYO. 



Am : Dans le serviee de ÏAutrichc. 

Eme Lissandro lou sarraire , 
En esten qué lou boues va gaire , 

Fen dé carcu 
Sé buven miegeo à la taverno , 
Blagan de' cé qué nou councerno 
À la chuchu. 
Li dieou : coulèguo , as bèlo avé de croïo ; 
Sies , coumo ieou , ren qu'uno boueno-voyo ; 
Es pa per tu quó fan courre lei joìb ! 
— Leisso bouï , respouende , fincou oou bou ! 
Ancra vo gus , vai , bouen Vitou , 
L'arribaren toujou : 
Àncra vo gus , Tarribaren toujou. 

As pa agu l'uei ! quan lou cor-mestre , 
Un finochou qué li soou restre , 

Un manelas , 
Dé voulado t'a di : coumpaire , 
Eicito oouré gran cavo à faire ; 

Seré pa las ; 



112 CHANSONS PROVENÇALES 

L'as respoundu : bouta , sigué pa en peno ! 

Es pa moun fouar lou travai à dougeno ; 

Ieou , d'un plateou n'ai proun per ma quienzeno ! 

— Leisso bouï , coulèguo , fincou oou bou ! 

Ancra vo gus , vai , bouen Vitou , 
L'arribaren toujou : 
Ancra vo gus, Parribaren toujou ! 

As leou fini ta semanado : 
Lou dilun fas la carougnado , 

E lou dimar , 
Quan ti fourrié rintra en campagno , 
Sies demouli per la castagno , 
Li vies plu clar ! 
Lon dé ta serro ai vi dé taranino ! . . . 
S'as un buqué plaqua su leis esquino , 
Qué ti faran toun biai é ta platino ! 

— Leisso bouï , coulèguo , fincou oou bou ! 

Ancra vo gus , vai , bouen Vitou , 
L'arribaren toujou : 
Ancra vo gus , l'arribaren toujou. 

Per fa resquïa la sarrïo 
Sies pa counten d'uno boutïo 

A chicouloun ; 
Muou artera , senso cooussano 



DE VICTOR GELU. 443 

Escoularies lei damajeano 
A plen jarrroun ! 
Pui lei chinouas , l'anisado , l'andayo , 
Lou roun , lou punch , lou cougna , taïo ! taïo ! . . . 
Bugues pa tan , mandri : crompo dé braïo ! 

— Leisso bouï , coulèguo , fìncou oou bou ! 

Áncra vo gus , vai , bouen Vitou , 
L'arribaren toujou : 
Ancra vo gus , Tarribaren toujou. [ 

Tan signa ta fueio de routo ; 
Mai poues pa faire bancarouto : 

As qué vin pié ! 
Plu gé dé crèdi à la gargotto , 
E foou qué visques dé garrotto , 
En fusardié ! 
Su lou crestian partiras per l'Afriquo ; 
Si va degli , senso jus , ta barriquo ; 
Sé voues fuma , foou qué seques tei chiquo ! 

— Leisso bouï, coulèguo , finquo oou bou ! 

Ancra vo gus , vai , bouen Vitou , 
L'arribaren toujou : 
Ancra vo gus , Parribaren toujou. 

Deja devales dé la biguo : 

Toun capelé semblo uno figuo 

10. 



1 1 4 CHANSONS PBOVENÇALES 

Doou pecou touar ; 
Un mié travè dé dé dé crasso 
Luze su ta negro tignasso 

D'entarro-mouar. 
Quas , entrecuei , aquito , qué ti pende? 
Es dé vin blan , moun paoure treisso-lende ; 
Mai es pa aco qu'oou mai pende oou mai rende ! 
— Leisso bouï , coulèguo , fincou oou bou ! 
Ancra vo gus , vai , bouen Vitou , 
L'arribaren toujou : 
Ancra vos gus, Parribarentoujou. 



A toun coupo-cuou dei diminge 
Si li pendrié coumo à toun linge , 

Milo cuïé ; 
Lou fré ti dounara la rampo 
Sounco sies abïa dé pampo 
Vo dé papié. 
E sounco vies , chasque jou dé ta vido , 
Dei gourrinò ta misèri asseguido , 
N'en courriras dé fiero , dé bourrido ! 
— Leisso bouï , coulèguo , fincou oou bou ! 
Ancra vo gus , vai , bouen Vitou , 
L'arribaren toujou : 
Ancra vo gus , Tarribaren toujeu. 



DE VICTOR GELU. 445 

Ei portafai vendras dé bouffo ; 
Ti la chooupinaran , la couffo , 

raffala ! 
T'acclaparan dé chichibèli ; 
Per lei vendur dé santibèli 
Seras mouela ! , . . 
Tu qu'aoutrei fé trevaves lei borduso , 
Qu'as carina douei faroto estiruso, 
Esfrayaras l'escaboué dei sabruso ! 

— Leisso bouï , coulèguo , fincou oou bou ! 
Ancra \o gus , vai , bouen Vitou , 

L'arribaren toujou : 
Ancra \o gus, l'arribaren toujou. 

Ah ! nouzo-ti lei ribouletto ! 
Tu qu'as goouvi tan dé forchetto 

En dejunan ; 
Tu qu'as foundu tei parpaíolo 
A sucegea pageou é solo , 
Lou é marlan , 
Lei plouraras tei bei moumen dé poumpo , 
Lei fin chodè troou groussié per ta troumpo , 
Quan oouras plu galetto , pan ni poumpo ! 

— Leisso bouï, coulèguo, fincou oou bou ! 

Ancra vo gus , vai , bouen Vitou , 
L'arribaren toujou : 
Ancra vo gus, l'arribaren toujou. 



416 ÇHANS0NS PROVENÇALES. 

E pui , lou fan ti nequerisse ; 
Pui Lissandro foou qué perisse 
Courao un viei chin ! 
Su lou revès dé quaouquo baoumo 
Tarremarquaran fa la paoumo 
Senso chacrin ; 
E pui diran : sabè ben Barbo-Salo 
Lou vaquo-bouen? a creba dé la galo : 
Eier oou souar Van jita à Portugalo ! . . . 
— Leisso bouï , coulèguo , fincou oou bou ! 
Ancra vo gus , vai , bouen Vitou , 
L'arribaren toujou : 
Àncra vo gus , Tarribaren toujou. 



Juin 1841. 



LOtJ TRAMBIiAHBlV 



 propos de l'échauffourée populacière , dite complot de 
la Villette , qui a eu lieuà Marseille le 24 mars 1841. 

Air : La France ne ptrira pas, 

Fouero ! lou san qué noun resto a lou bouei ! 
Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 
Fouero ! bouchié , gras dé nouesto coudeno! 
Fouero ! à soun tour lou bestiaou pren lou fouei ! 

Mourou , ti oounoun trento soou , 
Quan vas debarqua dé matiero , 
Lei mestre dé ta sabouniero 
Qué t'an dé louei lei plen peiroou. 
Enca ti duves creire erous 
Sé ti rougnoun pa la jornado ! 
Lei traïte , emé soun teta dous , 
Ti l'empugnoun senso poumado , 
Senso poumado ! . . . 

Fouero ! lou san qué noun resto a lou bouei ! 

Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 

Fouerô ! bouchié , gras dé nouesto coudeno ! 

Fouero ! à soun tour lou bestiaou pren lou fouei ! 



418 CHANSONS PROVENCALES 

M'es dé latin , ieou , soun babou : 

Moun engien dé longuo li clavo ; 

E souven pensi : qu'unei cavo ! 

Jamai ajusta lei douei bou ! . . . 

Aqueou trafi poou plu dura : 

Foou qué sange , vo qué tou pete ! 

Lou tron dé Dieou lei va cura ; 

Garo ! qué Mourou si li mette ; 
Vouei , si li mete ! . . . 
Fouero ! lou san qué noun resto a lou bouei ! 
Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 
Fouero ! bouchié , gras dé nouesto coudeno ! 
Fouero ! à soun tour lou bestiaou pren lou fouei ! 

Sé jusqu'aro ai agu , rascas , 

La favo senso jouïssuro , 

Qu'oou men douni ma mouardiduro 

Su lou rouiaoume dei richas ! 

Ieou sieou juste : pa tou per un ! 

Es naoutrei qué loouran la reguo , 

Pui , apanaou é coumourun , 

V'arrapatou! daïse, coulèguo! 
Daïse , coulèguo ! . . . 
Fouero ! lou san qué noun resto a lou bouei ! 
Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 
Fouero ! bouchié , gras dé nouesto coudeno ! 
Fouero ! à soun tour lou bestiaou pren lou fouei ! 



DE VIGTOR GBLU. 419 

Ti l'ai tan coucha , lou marlus , 

Despui qué vivi dé rapuguo ; 

Mi sieou tan nourri dé lachuguo, 

Qué sieou glounfe coumo un perus ! 

Tan qu'ai pouscu teni l'aren , 

Âi pati senso dire cebo. 

Esperavi lou tramblamen ; 

Vui qu'es vengu , lou peze crèbo ; 
Lou peze crèbo ! 
Fouero ! lou san qué noun resto a lou bouei ! 
Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 
Fouero ! bouchié , gras dé nouesto coudeno ! 
Fouero ! à soun tour lou bestiaou pren lou fouei ! 

Eier , oou coou dó miegeo-nué , 

A Toustalé doou Traou-dei-Masquo , 

Misè Mandino la Tarasquo , 

N'a tira lei carto oou gran juó ! 

Enfan , nous a di , bouen espouar ! 

Lacha lou grame ei cervouranto ; 

Sia bouniqué ; piquaré fouar. 

Dé mousquo , enfan , qu'oouré la Santo ! . . . 
L'oouren la Santo ! 
Fouero ! lou san qué noun resto a lou bouei ! 
Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 
Fouero ! bouchié gras dó nouesto coudeno ! 
Fouero ! à soun tour lou bestiaou pren lou fpuei ! 



120 CHANSONS PROVENÇALES 

Sapur, Calobre , TAgacin, 

Nazou , Ratoun , Naveou , Mesiquo , 

Touei leis ome dé la fabriquo 

An prepara sei picouoin. 

Lou pies pelous , lei pè descaou , 

E tezan lei ner dé sei pougno , 

Foou oouvi lei braïo à miraou 

Creida : zou ! saïo ! à la besougno ! 
A la besougno ! . . . . 
Fouero ! lou san qué.noun resto a lou bouei ! 
Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 
Fouero ! bouchié gras dé nouesto coudeno ! 
Fouero ! à soun lour lou bestiaou pren lou fouei ! 

Noun manquo pa dé moustachu 
Qué saboun l'estè doou sarvici , 
E qué n'ensignoun l'ezarcici 
Dei fusieou à l'ooutis pounchu ! 
Counta dessu vouesteis arquin : 
Faran pa mies qué meste Moucho ; 
Per li crevela lou blesquin 
Soouren l'estrassa la cartoucho ! 
Sian dé Cartoucho ! . . . 

Fouero ! lou san qué noun resto a lou bouei ! 

Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 

Fouero ! bouchié , gras dc nouesto coudeno ! 

Fouero ! à soun tour lou bestiaou pren lou fouei ! 



DE VICTOR GELU. 4 24 

La cuecho si menara du : 
Boulegan pa per canta messo : 
Tamben s'atrovo dé cabesso 
Din nouesto bando dé perdu ! 
L'a ni gouapou , ni Cidavan 
Qu'aguoun fa soun libre dé conte : 
Qué li garço ! leis armo en man , 
Un sabounié voou mai qu'un Conte ! 
Ben mai qu'un Conte ! . . . 

Fouero ! lou san qué noun resto a lou bouei ! 

Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 

Fouero ! bouchïé, gras dé nouesto coudeno! 

Fouero ! à soun tour Iou bestiaou pren lou fouei ! 

Per generaou aven Sapur ; 

Nouste pouarfè sera lou Garri ; 

L'Agacin sera coumissari ; 

Esperi lou nouman peiur. 

L'a plu ren qu'un posto à soougi ; 

Va qué pinto à moun caratèro ; 

Per malur sabi pa liegi , 

Porcas dé disqui ! serieou Mèro ! . . . 
Serieou lou Mèro ! . . . 
Fouero ! lou san qué noun resto à lou bouei ! 
Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 
Fouero ! bouchié , gras dé nouesto coudeno ! 

Fouero ! à soun tour lou bestiaou pren lou foueì ! 

tl 



422 CHÁNSONS PRGVENÇALES. 

Qu n'a n'en mete : aqui la lei ! 
La troumpetaren din la Franço ! 
En esparpaian la fínanço , 
Pourra pita , lou pichoun pei. 
Sé Paris si voou pa clina 
L'a lei pegoun dei jou dé festo ; 
Sé Marsïo voou reguina , 
Brulan lou por , é coupo testo ! 
Ecoupotesto! 

Fouero ! lou san qué noun resto a lou bouei ! 
Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 
Fouero ! bouchié , gras dé nouesto coudeno ! 
Fouero ! à soun tour lou bestiaou pren lou fouei ! 

Lou viei radassaire Reynié 

Mi ven dire : espoousso-salado , 

Vies pa qué lei quatre façado 

Doou coumplò veiran l'agounió ! . . . . 

Merdo ! cé qu'ai di , v'ai ben di ! 

Per Cocolein , per uno pruno , 

Coumo qué Mourou sié estordi , 

Uno fé rede , a fa fortuno ! 
À fa fortuno ! . . . . 
Fouero ! lou san qué noun resto a lou bouei ! 
Fouero ! sansu , qu'avè la gorgeo pleno ! 
Fouero ! bouchié , gras dé nouesto coudeno ! 
Fouero ! à soun tour lou bestiaou pren lou fouei! 

Septembre 1841. 



DE VICTOR GELU. 423 

(N. B.) Àucun lecteur attentif ne voudra, je 
pense , m'imputer à crime les exagérations sau- 
vages de la pièce qui précède. C'est dans l'excès 
mêtne de sa brutalité que cette peinture de moeurs 
doit trouver sa justifìcation , car un sujet pareil , 
ainsi traité, peut fournir une leçon utile. Et 
d'ailleurs , Tironie , en certains passages , y est 
trop significative pour que Ton puisse se mépren- 
dre sur la pensée qui a inspiré cette composition 
en 4841 , il y a dájà plus de quinze ans. 



SKBI TCR ! 



Air : Ah ! si Madame me voyaií ! 

Sooucissò, qué ven doou Levan , 
M'a counta qu'à Coustantinople 
Lei pu pingre queinzou doou pople , 
Selon la lei dei Maoumetan , 
An dé niado dé femelan. 
Lei testo li fan la cambeto, 
Elidien : passa ! lei farçur!.... 
Ieou , qué m'an bategea Brouqueto , 
Ieou , lou pu caou dei Lamanur, 
Oh ! qué desastre , s'èri Tur I 



1 



124 CHANSONS PROVENÇALES 

Dé pertou cerqui dé toupin 
Per apparia ma cabucèlo ; 
Sieou capitani dei vanèlo, 
Sîeou TAntecris dei libertin , 
Enca li perdi moun latin ! 
Dès mataou per uno campano , 
Din noueste pe'is dé malur ! 
Eilavaou , per un , vin Surtano ! 
Oh ! qué desaslre , s'èri Tur ! 
Oh ! dé mei bouteou ! s'èri Tur ! 



Coumo soun rare , mei vouaddé ! 
Ieou , qu'ai d'aiguo-for din lei veno , 
Quan lei Braiasso tiroun peno 
D'un paou vouigne seis escudé , 
Dé forço mi suci lou dé ! 
Vo mi soubri , quan voou oou yici , 
La rousto dé quaouque chiqur, 
S'a jàbo li foou mei brutici ! . . . 
Mai qué desastre , s'èri Tur ! 
Oh ! dé mei bouteou ! s'èri Tur ! 

Qué poou pista , Tome d'esteou ? 
Dé repetiero , dé lanuso ! 



DE VICTOR GELU. 125 

Dé chambriero , dé cigaruso ! 
Lei chivaou dé boues , lei baceou 
Soun lei mïou dé sei mouceou ! 
Mai lei fin Nini deis eimagi , 
Qué sa bèbo a l'èr tan mouqur , 
N'en pessuga dé moírtaragi ! 
Oh ! qué desastre , s'èri Tur ! 
Oh ! dé mei bouteou ! s'èri Tur ! 



Ren qué dé veire un coutïoun , 

Senti bouï lei ramichèli ; 

Ren qué dé fresta sei charchèli , 



E veirieou battre dé sissolo 
Ei Duvèsso doou Gran-Seinur , 
Qué juguarien dei castagnolo ! . . . 
Oh ! qué desastre , s'èri Tur ! 
Oh ! dé mei bouteou ! s'èri Tur ! 

Eme sei raoubo à la Sicè , 
Dé pampaieto d'or broudado , 
A ma barbo , lei coouquïado 
Qué marchoun su lou pié francè , 



426 CBÁNSONS PROVENÇALES 

Cantarien lou Salamalè ! 
Dejà rababeou dé romanço , 
Oourieou dé coulèguo doou cur 
Tan raistoulin dé corpouranço ! . . . 
Oh ! qué desastre ! s'èri Tur ! 
Oh ! dé mèi bouteou ! s'èri Tur ! 

Sieou proun soulide doou jarré ; 
Bloundo , negresso , bruno , rousso , 
Viando dó velous tanti douço ! 
Zuei vieou , nas fiela , menin trè , 
Va menarieou tout adarrè ! 
Pepieou moufflu din sei babouchou , 
Ginous redoun — Dia dé bouenur ? 

Oh ! qué desastre , s'èri Tur ! 

Oh ! dé mei bouteou ! s'èri Tur ! . . . . 



S'as ben sachu rampli toun role , 
Sooucissò di qu'es ben pu drole : 
Lei capelan d'aqueou péis 
Ti respouendoun doou paradis ! 

Qué toun cabudeou si desfiele , 

Sies recounoueissu 

Vun dei sans Angi dé toun ciele ' . 



• • 



DE VICTOR GELU. 127 

Oh ! qué desastre , s'èri Tur ! 
Oh ! dé raei bouteou ! s'èri Tur ! 

Mai pui , veici lou pu pouri : 
Amoun l'a dé ta dé fumèlo , 
Toujou flourido , toujou bèio , 
Qué soun bouen noun es lei Zouri , 
É qu'an leis Angi per mari. 



Oh ! qué desastre , s'èri Tur ! 
Oh ! dé raei bouteou ! s'èri Tur ! 

Sé sabieou qué lei secula 
Mi mitounessoun aqueou vèzou , 
Lun d'estre devò raèzou-mèzou , 
Oou Dieou dei Mamalou, Rhallah , 

Farieou vu 

Mi pourrien dire Nigodèmus , 

Renega , machoueto , empoustur : 

Oh 

Oh 

Oh 



Rhalli-Rhallah ! qué d'orèmus ! 
qué desastre , s'éri Tur ! 
dé mei bouteou ! s'èri Tur ! 



Novcmbre 48U. 



PICHOUN FAI 



Am : Quand on ne dort pas de la nuit. 

Ai dé cuisso coumo dé plò ; 
Ai douei bras qué sembloun douei tanquo ; 
Ai boueno esquino , sieou raplò ; 
Souspezi vounze-cen tilò ; 

Es pa la mousquo que' mi manquo. 

• 

E sieou força , ieou , Touano Buou , 
Promié mestre dé bosso angleso , 
De' dire per dé puou dé cuou : 
Pichoun fai tamben dé lun peso. (bis.) 

Din noueste foussa de mestié 

Qu si n'en tiro es pa uno rosso. 

Dé marino sieou charpantié : 

Lou matin , quan voou oou chantié , 

Mi soun dé plumo aisso é picosso. 

Mai lou souar, en ooussan l'ooutis , 

Ai moun jarré qué si destezo ; 

Pleguo coumo un reifouar boutis : 

Pichoun fai tamben dé lun peso. (bis.) 



4 30 CflANSONS PROVENCALFS 

Soupavian co dé Vooucansoun , 

E senti que moun barrieou vesso : 

Accoumençavoun lei cansoun , 

Mai courri , creidan oou charroun , 

Cerqua la premiero travesso. 

Lei tripo mi fasien glou-glou , 

Per douge figuo Marsïeso 

Qu'avieou mangea , fran doou pecou ! 

Pichoun fai tamben dé lun peso. ( bis.) 

En m'atrouvan oou descuber, 
D'avé boustiga la negresso , 
Mi viéou souspré par lou grant èr ; 
Garci lou can ; é gé dé cler 
Dessouto la crous fa tan d'esso. 
Mi disieou proun : Buou , ten ti du ! 
Mai qu^unteis uou ! . . . dé pò dé frèzo ! 
Uno chiquo m'oourié estendu. 

Pichoun fai tamben dé lun peso. ( bis.) 

» 
Dé la Majou , mount'es Toustaou . 

Portan soun nabou à la pousso , 

Jusquo darnié Moussu Guiaou . 

La fremo va coumo un chivaou 

Qué voou gagna la cherpo ei cousso. 

Cargui Tenfan en revenen ; 



DE YIGTOR GELU. 1 31 

Arribi ; Goutoun mi mespreso : 

Touano , mi di : sies suzaren ! 

Pichoun fai tamben dólun peso. (bis.) 

Quan feri plan eme Goutoun , 

Avié lou mentoun à crouseto , 

Dé gro bouteou , gento façoun , 

Un beou corché , courous couiffoun , 

Escarpin à fino rouseto. 

Qué bouçnur dé si marida ! 

Zou ! piquo-lí su la mortèzo ! 

Mai lou retour doou san , fada ! 

Pichoun fai tamben dé lun peso. (bis.) 

Goutoun aimo dé proumena , 

Aimo la danso , aimo la verso ; 

Ieou , ren d'aco mi poou ana , 

Àimi quá mous , carto é dina ; 

giian gaire dé la memo merso. 

Ah ! sieou un pouli pistoulé 

Per la bindoussa lon dei tezo ! 

L'ai troou tirassa , lou boulé ! 

Pichoun fai tamben dé lun peso. (bis. ) 

M'a coua cin moussi din quatre an ; 
Per engrana tan dé pieoutairc , 
Fqou n'esquarri dé caraman 



\ 32 CHÀNS0NS PROVENÇÀLES 

Senso si veire un soou davan ! 
E Buou es sadou dé l'araire. 
Prendrié dé pebre en lavaraen , 
Qué dirié basto à la foutèzo ! 
Dé nourrigoun lou todi es plen. 
Pichoun fai tamben dé lun peso. (bis.) 

Foou pui qu'uno peremounié 

Per aduerre la maou-parado. 

Lou picacouano , lei soounié 

S'ajudoun à toun agounié ; 

Petes pu sé qu'uno arencado. 

Siei à la barro portaran 

Toun paqué d'ouesse , alor , Niquèzo , 

E su lou bor doou traou diran : 

Pichoun fai tamben délun peso. (bis.) 



Août 1842. 



LBl VOUATURIN 



A propos de deux arrêtés municipaux concernant lc 
tarif et le règlement de police des voitures de place , 
affichés à Marseille le quatorze septembre 1842. 

Air : *lu Comfe Ory , vieille chanson. 

Pole , curo ta coumodo ; 
Foou qué devengues lisqué. 
Leou , anen , fai fouero blodo ; 
Emerguo-mi Tabiqué. 
Ensin va voou l'ordounanço 
Dé Moussu Mas-Counsoula. 
Es ditado ta santanço , 
E t'atroves encala. 

As vi sa lei escricho 

Dessu trei milo afficho. 

Vouaturin , Vouaturin , 
T'an gasta toun trin. 

A proun papié , soun estori , 

Per tapissa un paro-ven. 

Louei a pres un torticori 

Eier en mi lou liegen. 

12 



Í34 CHANSONS PROVENÇALES 

Oou mitan d'uno marrèlo , 
En carra su d'aco lon , 
Vies negregea la sequèlo 
Dei près qué ti fan affron. 
Emé sei tiromètro , 
Emé sei miramètro , 
Vouaturin , Vouaturin , 
T'an gasta toun trin. 

A quaranto pié lou viagi, 
An jugea qu'èro enca troou ; 
T'arrouinoun , sies oou pïagi : 
Ti lei taoussoun à vin soou ! 
Eme aco foourra qué fuze 
Ta carriolo , oou camin ; 
Qué dei chivaou lou puou luze ; 
Qué sieguoun senso verin. 
L'amendo dei pessègui 
Fourra qué la mastegui ! 
Vouaturin , Vouaturin , 
T'an gasta toun trin. 

Ten ta facho é tei man netto ; 
Ten toun linge toujou blan ; 
Plu d'aié ni dé cebetto : 
Sa sentou va qu'ei peisan. 



DE VICTOH GELU. 435 

Doou galifou la fumado 
Emportuno lei Moussu : 
N'en laches gé dé gourado 
Davan lei gen doou pessu. 

Lou taba leis entesto ; 

La chiquo es maou ounesto ! 

Vouaturin, Vouaturin, 
T'an gasta toun trin . 

Tu qué tan eisa ti faches 

Dei ca\o à rebucitè , 

Âro , Pole , foou qué saches 

A foun la cevelitè. 

Qué ta fleoumo si counserve ; 

E sé roumpies un issieou , 

Lou ciele ti san-preserve 

Dé jura lou noum dé Dieou ! 
Tout oou mai sé lei riche 
Ti passoun quoouquei : fiche ! . . . 
Vouaturin , Vouaturin , 
T'an gasta toun trin . 

Sies soumes eis enquivoquo 
D'un ta dé mandian suspè. 
Per dé marchan dé barloquo 
Ti vies manqua dé respè. 



436 chansons provencales 

Un Moufflianti ti tutegeo , 
Foou souffri seis embarras. 
T'an restreignu la courregeo , 
Fai lou mouar souto lou bas. 

Hu ! dia ! vai ! meno , meno ; 

Mai quistes plu l'estreno ! 

Vouaturin , Vouaturin , 
T'an gasta toun trin . 

N'en voues uno pu se\èro? 
Ti dien , en beou parouli , 
Qué t'an garça lou cooutèro 
Ren qué per lou ben publi ! 
Mai doou pople dé Marsïo 
N'en soun doun plu , lei couchié ? 
Soun bandi dé lafamïo ! 
Soun pa tan qué dé quichié ! . . . 

Quan fè tira , mascaro ! 

Oou men creida-nou : garo ! 

Vouaturin , Vouaturin , 
T'an gasta toun trin. 

Sé faoutes à la counsigno ; 
Dé cé qué t'es coumanda 
Sé t'escartes d'uno ligno , 
Dé suito sies amenda. 



DE VICTOR GELU. 437 

D'abor, à la bimbarrado , 
L'Espetour ti fa un proucès : 
Gagnes pa per tei bugado , 
E t'assassinoun dé frès ! 

Dé paga ti derangeo ? 

Allè ! la caguo-mangeo ! 

Vouaturin , Vouaturin , 
T'an gasta toun trin. 

Tendra pa soun ordounanço ; 

Oh ! noun segu , tendra pa ! 

Mi n'an douna Tassuranço , 

Lei pu famous avouca. 

La patento dei ramasso , 

Dei coumpagnoun lou libré , 

Va pa ei Prince de la chasso 

Qué voueloun avé soun dré ! 
Lei pilo d'uno barquo 
Soun pa dé saoutenbarquo ! . . . 
Vouaturin, Vouaturin, 
T'an gasta toun trin. 

E s'ooulenen pa justici , 
Su lei pouen doou terradou , 
Per castiga sei malici 
Manquo pa debooussadou ! . . . 



4 38 CHANS0NS PROYENCALES. 

Vo leis Ajouein vo lou Mèro , 
Sounco n'en meni quoouqu'un , 
Pataflaou à la rivièro ! 
Lèvo-t'aco doou petun ! . . . 
L'an vougu , lou desastre , 
Li cerquaran d'emplastre ! . . . 
Vouaturin , Vouaturin , 
T'angasta tountrin. 



Septembre 1842. 



LOU BOUES DB CUQEO 



Air : du Juif-errant , de Labarre. 

Ti va dieou : mi voues pa creire , 
Ro , sies testar coumo un muou ! 
T'attaques à Moussu Peire , 
Ro : li leissaras doou puou ! 
Ro , Pa gé dé boues dé Cugeo 
Piegi qué noueste palai ; 
Quan es lou gouapou qué jugeo 
Lou paoure a toujou lou fai ! . . . 
Lu mi va rena ; 

Mai avieou troou la ragi 
D'ana oou viagi ; 
E sieou coundana 

Per trei jugi corna ! . . . 

Enragea , pleidegea : 

Sia jugea : sia grugea ! 

Ieou m'engini , viri , vogui ; 
Ài moun foun dé milo sa ; 
 cin soou pèço lei logui 
Per lei negoucian dé bla. 
Mi n'en pren quaranto pocho 



•5* CXAS9HI5 l*OTESÇ4LES. 

V* Ws Ajoocùi to loo Mèro, 
Sjgdc* n>o meni quoouqunn 
feuflioaìhrìiièf*! 
L*K^V*dooapetun!... 
L'iniouoi, londesutre, 
Lí CÊrqmnn «Tetnphstit!... 
Tomtnrm , Youtturin , 
Tm cisu toun trio. 



St3t*lLΫ | 



i.»i: i»«im Uti «tlQBO. 

Ain : rfu Jtúf~err<mt , de Ubarre. 
Ti va dieou : mí voues pa creire , 
Ro , sies testar coumo un muou ! 
T'attaques à Moussu Peire , 
Ro : li leissaras doou puou ! 
Ro , l'a gé dé boues dé Cugeo 
Piegi qué noueste palai ; 
Quan es lou gouapou qué jugeo 
Lou paoure a loujou lou íai ! . . . 
Lu mi va rena ; 
Hai avieou troou la ragi 
D'ana oou viagi ; 
E sieou coundana 
Pertrei jugicorna!... 
Enragea , pleidegea : 
Sia jugea : sia grugea 1 

Ieou m'engini , viri , vogui ; 



140 CHANSONS PROVENÇALES 

Moussu Peire , dins un mes ; 
Leis estraio , é d'anicrocho 
Mi paguo , quan sian oou pres... 
 n'un tan gro pei 
Li garça Pensacado , 
Tarounado ! 
Mïou mi parei 
Lou secousde lalei... 
Enragea , pleidegea : 
Sia jugea : sia grugea ! 

Doun , voou prendre la counsurto 
D'un ome àé gabiné ; 
S'espliquan , é n'en resurto 
Qué moun fatou es clar é né. 
Dé soun counseou dé judici , 
Oou proucurour , d'en proumié , 
Per gramaci Tescupissi 
Trento rodo dé darrié. 
En sorten mi di : 

Bouto , leisso mi faire t 
Seras fraire. 
Toun couquin mooudi 

Ti Tanan espedi... 

Enragea . pleidegea : 

Sia jugea : sia grugea! 



DE VICT0R GELU. 4*4 



L'avouca taïo sei plumo , 
Graffino sei gran cayèr , 
E la barbo ni n'en fumo , 
Tan es beou soun pledoyèr. 
L'ussié qué gueiro la volo , 
Dé plesi freto sei man. 
Lou papié marqua barrolo ; 
Qué dé negre su dé blan ! 

N'oourié dé qué empli 

Uno largeo paiasso 
A douei plaço ; 
E , fisa vou-li ; 

L'atroubaria pa un pli ! . . 

Enragea , pleidegea : 

Sia jugea : sia grugea ! 

L'ai sentudo , la moustardo , 
Dé Nouvè jusqu'à San-Jan ! 
Ni n'en ai mounta , dé gardo , 
Din sei bureou d'escrivan ! 
M'emprenien lei reveranço , 
Entandooumen , chasque jou , 
Mi tiravoun , lei gavanço , 
Sei fusado dé loungou ! . . . 
Qué dé roumpimen 
Dé testo ! dé despenso , 



H2 CBANSONS PROVENÇALES 

Dé pacienço! 
Què dé san bouien 
Avan lou jugeamen ! . . . 
Enragea , pleidegea : 
Sia jugea : sia grugea ! 

La questien dé mei dardèno 
A la fin ven à prepaou ; 
Lou brandaba s'entameno 
Vis à vis doou tribunaou ; 
Mai d'un paire dé famïo 
Quan l'esclarcissoun lei dré , 
Touto la chiurmo roupio : 
Qu'espera dé douarme-dré ! . . . 
Tamben , lou madu , 

Lou cbeffe de la bando , 
Nou remando ; 
Di : tout entendu , 

Sies tu , Ro , qn'as perdu ! . . . 

Enragea , pleidegea : 

Sia jugea : sia grugea ! 

La facho nçgro dé sugeo , 
Escambarlan un abroué , 
Lou voulur doou boues dé Cugeo 
Oou men t'arribo d'aproué !. . . 



DE VICTOR GELU. 4 43 

Sies piastra , voues ren entendre , 
As toun couteou é bouen bras ; 
Sia soulé , ti poues defendre : 
Lou sagattes é t'en vas !... 
Oou palai , lou fus 
De ta minço fortuno 
Si degruno : 
Foou resta cbutus , 
E sorti nus é crus ! . . . 
Enragea, pleidegea: 
Sia jugea : sia grugea ! 



Ah ! qué Tavieou ben pu bèlo , 
S'eme quatre coou dé poun , 
Avian fini la querèlo , 
A la modo dei capoun ! 
Qu'arrisquavi? quaouquei boffo ? 
Douei rageado dé boudin ? 
Doou capeou la vieio coffo ? 
E passavi moun morbin ! 
Mài dé sei varbaou 
S'embendèli la plaguo 
Qu'estoumago , 
Un tian d'aiguo-saou 
.Garira pa moun maou ! . . , 



4 44 CHANSONS PROVENÇALES 

Enragea , pleidegea ; 
Sia jugea : sia grugea ! 

Gagnoun la crous dé merite , 
En fasen aqueou mestié ! 
Ah ! pu leou manda lei vite 
Oou poussieou , su d'un fumié ! 
Qué li rounfloun à soun centre , 
Portaran tor en degun ; 
Si doublaran plu lou ventre 
De la peou d'un paou cadun ! 
Davan l'enemi 

Tou sorda qué soumïo 
Si fusïo ; 
E d'apoustumi 

Decoroun dé momi ! . . . 

Enragea , pleidegea ; 

Sia jugea : sia grugea ! 

La mangeanço qué noun saouno , 
Fè mies , fè n'en dé lampien ! 
Dé soupre la camié jaouno 
En tout aquelei payen ! 
Planta lei oou bou dei biguo 
En rangiero , lon doou Cous ; 
Sounco lou fué lei coutiguo , 



DE VICTOR GELU. 1 45 



Lou pegoun sera moustous ! 
E qu'en souveni 
Dé Tisemple esfrouiable , 
Lou minable 
Pousque plu veni 
Redire à l'aveni : 
Enragea , pleidegea : 
Sia jugea , sia grugea ! 



Novembre 1842. 



13 



A.BI MGBBCIN. 



Am : De la Leítre de change , opéra. 

Ai 1 ai ! ai ! dé moun roumatime I 

Ei ginous m'an mé lei farrou : ' 

Semblo qu'un diable , per mei crime , 

En si truffan dé mei doulou , 

Mi gratuzo lei petadou ! 

La maladié s'announço bruto ; 

Meis ouesse cantoun catalan . . . 

S'enmagino qué sieou pa blan , 

Uno vesino bazaruto ; 

Courre oou cirurgien à la muto. . . 

Eri dedin Fourrour 

Quan vengué lou dooutour ; 

Talamen Tai lou ti , 

Qué toujou m'èri di : 
Sounco vies broussa toun pessin , 
Qué sentira lou jooussemin , 
Fèli , leou-leou soueno Catin ; 
Mai gardo-ti dei medecin ! 



1 48 CHANSONS PROVENCALES 

Doou ten qué batieou la campagno 
Din lou regimen dei febrous , 
Mouissaro ei pato d'uno aragno , 
Davan darnié dessu la crous , 
Lou cirurgien chaspo inoun pous. 
Pui visen Catin qué plouravo , 
Li di : vou li sia presso à ten , 
Ma boueno , aco n'en sera ren ; 
Mai enca un paou avia la favo , 
Lou paoure Fèli li passavo ! 

Sé suivè mei counseou , 

Aro respouendi d'eou. 

Escouta doun eissò 

Senso n'en perdre un mò ! . . . 
Sounco vies broussa toun pessin , 
Qué sentira lou jooussemin , 
Fèli , leou-leou soueno Catin ; 
Mai gardo-ti dei medecin l 

Via pa qué Fèli si mouzisse 
En travaian ei tanarié? 
Aquito Timou Tespoumpisse ; 
Sa viando deven pourridié. . . . 
Voou ren per eou aqueou mestié. 
A quaranto an ooura lei gouto; 
Sera bouffi , blème , moullias ; 



DE VICTOR GELÚ. 149 

Ponrra plu faire carna\as , 

Pa mancou soouta su lei mouto. 

Seis esquino faran la vouto. 

Sera plen de fleiroun , 

Dé berbi , dé carboun ! 

Dei coou d'arno , sa peou 

Ooura Tèr d'un creveou ! . . . 
Sounco vies broussa toun pessin , 
Qué sentira lou jooussemin , 
Fèli , leou-leou soueno Catin ; 
Mai gardo-ti dei medecin ! 

A l'aveni fourra , nia bèlo , 
Qué Fèli siegue mies souigna ; 
Qué s'enviraoute dé flanèlo , 
Qué vague plan dé s'enroouma ; 
Qué si meinage Testouma. 
Foou plu qué mange ni marlusso , 
Ni pouar, ni lieoume , ivicûûulé. 
Ren qué dé cuisso dé poulé , 
Dé vedeou , dè pei qué si suço ! . . . 
Catin lou coupo en fen leis usso : 

Sé fen tou ce qué dia , 

Moussu , sian desavia ! 

Nou cresè bouenamen , 

La maire dé Targen ! 

13. 



4 50 CHANSONS PROVENCALES 

Sounco vies broussa toun pessin , 
Qué sentira lou jooussemin , 
Fèli , leou-leou soueno Catin ; 
Mai gardo-ti dei medecin ! 

L'ordouno d'uno boutïetto 
D'un sirò coulou de safran , 
Qué simplamen uno briguetto 
Qué n'en dounes à n'un crestian , 
Dá suito li caïo soun san ! 
Li mescloun , din d'aquelo droguo , 
D'opion , d'arseni , d'argen-vieou , 
E ti dien qu'es la man dé Dieou ! 
Qu'es un baime qu'a fouesso foguo.. 
Tan trouva aqueou leis estarloguo ! . . . 
N'ai pré qu'un mié cueié , 
M'a rouiga lou goousié ; 
Pensa un paou sé moun pies 
Sé n'es ensentu mies ! . . . 
Sounco vies broussa toun pessin , 
Qué sentira lou jooussemin , 
Fèli , leou-leou soueno Catin ; 
Mai gardo-ti dei medecin ! 

Catin pouarto à l'abouticari 
Un plé qué degun soou liegi : 



DE VICTOR GfCLU. 454 

N'adué dé poudro per lei garri , 
Dé flou dé caou , d'alun , dé gi , 
E dé sablo per mi fregi ! 
Aprè , mi rebouquo lei botto 
D'emplastrc dé grano dé lin ; 
M'engouarguo doou souar oou matin 
Dé sa tisano dé garrotto ; 
E ti n'empassi dé balotto !... 

Quan m'a ben sacregea , 

Ben soouda , ben purgea , 

Moussu lou cirurgien 

Parlo d'oouperacien ! 
Sounco vies broussa toun pessin . 
Qué sentira lou jooussemin , 
Féli , leou-leou , soueno Catin ; 
Mai gardo-ti dei medecin ! 

Mi di dé pa avé l'amo enquieto : 
Qué mi fara gaire dé maou ; 
Souarte dé l'estui sa lanceto , 
Eme un beou mancbe dé couraou , 
Taïa , luzen , qué fasié gaou ! 
En galegean à sa manièro , 
M'amarro lei quatre quartié 
Qué coutoun lei mountan doou líe' ; 
Pui mi traouquo une boutouniero 



152 CHANSONS PROVENÇALES 

Largeo coumo la gatouniero. 

Soun couteou din moun flan 

Brulavo , en mi gielan ! . . . 

Toumberi mita-cué; 

Visieou rouge ! . . . èro nué ! . . . 
Sounco vies broussa toun pessin , 
Qué sentira lou jooussemin , 
Fèli , leou-leou soueno Catin ; 
Mai gardo-ti dei medecin ! 

Aprè siei mes Moussu San-Romo 
M f a pui lacha ; mai sieou pouri ! 
Sembli zatamen vun su-omo 
Qu'a plu qu'à bada per mouri , 
E soua-disan m'a ben gari ! . . . 
Ai plu pa un crin su la cabosso ; 
Per bras douei bletto dé fenou ; 
Sieou plu qu'un marri peiroou rou. 
Tou dezanza coumo uno rosso , , 
Pouedi plu marcha senso crosso. 

Ai perdu lou senti , 

Lou souen é l'apeti ; 

Oou mendre mouvamen 

La tre-suzou mi pren ! . . . 
Sounco vies broussa toun pessin , 
Qué sentira lou jooussemin , 



DE VICTOR GELU. 153 

Fèli , leou-leou soueno Catin ; 
Mai gardo-ti dei mcdecin ! 

Fin fìnalo dé sa manuvro , 
Lou cirurgien , pa troou crentous , 
Per si paga dé soun ché-d'uvro , 
Mi mando un certein bìe dous , 
Qué mi prevoquo uo fier degous ! 
Lou conte soulé dei remedi 
Mounto douei pielo d'escu noou ; 
Cen vesito à cinquanto soou , 
Douge louei d'or per tres assèdi ; 
E su d'aco pa un liar dé crèdi ! . . . 

Din la gorgeo doou lou , 

Ieou , bouen travaiadou , 

Qu'èri dessu meis uou , 

L'ai leissa tou lou puou ! . . . • 
Sounco vies broussa toun pessin , 
Qué sentira lou jooussemin , 
Fèli , leou-leou soueno Catin ; 
Mai gardo-ti dei medecin ! 

Quan uno besti es pa troou lesto , 
Chin , ga , buou , mooutoun vo chivaou , 
Fran d'avé tout-à-fè la pesto , 
Emé la dieto é lou repaou , 



154 CHANSONS PROVBNÇALES. 

Si passara doou manechaou. 
E Pome malaou s'abandouno 
A la graci d'un arpagoun , 
Qué per H chiqua tou soun ploun , 
Un an oou lié si lou mitouno , 
Ti l'estroupié , ti Vempouisouno ! . . 

Ah ! sé ven lou malan , 

Mete-ti leou d'à plan , 

Fèli , ten ti tapa ; 

Buou d'aiguo , manges pa ! 
E sé vies broussa toun pessin , 
Quan sentira lou jooussemin , 
Fèli, leou-leou soueno Catin ; 
Mai gardo-ti dei medecin ! 



Avril 1843. 



l'ooutboua 



Air : AmÌ8. la matinee est belle. 

Puto dé mouar I es-ti poussible ! 

Si nega dedins un pechié ! 

Oou trebuqué lou pu vesible 

Sieou pesca per un bregadié ! . . . 

Gaspar , toun souffre eme ta colo 
Va poues jita ei chin ; 

Lei gardi dessu cen mieirolo 

T'an mé lou grampin ! . . . 
Mourrai qu'un coou sé passi moun morbin ; 
Mai dei gabian foou qué vigui la fin ! 

A cabrimè su la demito 
Qu'escaro lon dei boulevar , 
Âvieou un agachoun aquito , 
Mounte oourieou agoutta la mar. 
Bouen , pa chier , é grosso mesuro : 

La flou dei mouissoun 
Li devessavo lei doubluro 

Dé touei sei boussoun... 
Mourrai qu'un coou sé passi moun morbin , 
Mai dei gabian fpou qué vigui la fin ! 



156 chàhsons provencàles. 

Eme dé tèlo enquitranado 
Din ma croto avieou fa un coundu , 
Qué dé defouero , à la voulado , 
Emplié mei bouto senso embu. 
Quan l'embulan tavanegeavo , 

Dessu l'embruni , 
Tranquille , Gaspar si soungeavo : 
Oh ! li poues veni ! . . . 

Mourrai qu'un coou sé passi moun morbin ; 

Mai dei gabian foou qué vigui la fm ! 

Mon proumié chimur dé boutïo , 
Espien paga per mi tira , 
Tan mi chaspo , tan mi choourïo , 
Qué fenisse per m'entarra. 
Coumo un couscri dessu la taoulo 

L'atabli moun jué; 
Lou secrè dé ma gatamiaoulo 

Leou-leou sigué cué ! . . . 
Mourrai qu'un coou sé passi moun morbin ; 
Mai dei gabian foou qué vigui la fin ! 

Doou ten qué secavi ma miato , 
àquzì un bastreinglo san parei ; 
L'embulanço arribo é m'esclato 
Ma guinguèto oou noum dé la lei. 



DE VICTOR GELU. 457 

Á la testo dé la bregado , 

L'espien , moun bourreou , 
Encitavo sei cambarado 
À faire bordeou ! 
Mourrai qu'un coou sé passi moun morbin ; 
Mai dei gabian foou qué vigui la fin ! 

Ai vi lei sorda dé la soundo , 

À fueq-à-san din moun celié , 

Faire peta toutei lei boundo , 

Espessa tou moun moubîlié ! 

Lou chooupin doou chan dé bataìo 
V'oourié fa gemi : 

Moun vin, en gisclan dei futaïo, 
Avié gé d'ami ! 
Mourrai qu'un coou só passi moun morbin ; 
Mai dei gabian foou qué vigui la fin ! 

Dien qu'ai merita la poutenci 
En faribustegean l'Ooutroua , 
E sieou esta la prouvidenci 
Dei mesquin , graci à mei benoua. 
En tooussan à dous soou lei miegeo , 

Qué dé pies tara , 
Per s'estre gava dé bouregeo , 

Ai reviscouria !... 



158 CHANS0NS PROVBNÇALES 

Mourrai qu'un coou sé passi moun morbin ; 
Mai dei gabian foou qué vigui la fin ! 

Eh , vouei ! vivo la controbando ! 
A jàbo oou men soou desparti t 
Lei ben qué lou ciele nou mando : 
Lou paoure a dejà troou pati . 
Quan, faouto d'un chiqué, s'estigne 

Dins un maou dé couar , 
La crèmo dé soun san vou tigne 
Vouestei papafar ! . . . 
Mourrai qu'un coou sé passi moun morbin , 
Mai dei gabian foou qué vigui la fin ! 

Tou moun beou gazan qué li passo 
Entre coupïo é jugeamen! 
M'an arrouina, lei chiquo-estrasso : 
Mai qué n'en fan dé tan d'argen ! . . . ^ 
Moun paqué dé bïé dé banquo , 

Tou , ver é madu , 
Lou frui dé vint an dé nué blanquo , 
Tout es counfoundu ! . . . 

Mourrai qu'un coou sé passi moun morbin ; 

Mai dei gabian foou qué vigui la fin ! 

Aquelo conto ! li la gardi ; 
Proun vo tar mi revengearai. 



DE VICTOR GBLU. 4 59 

Es pan benezi dé tua un gardi : 
Sieou desavia , m'en souvendrai ! 
Senso ana champeira dé jugi 

Per puni Judas , 
Li voueli deraba lou fugi 

E rouiga lou nas ! . . . 
Mourrai qu'un coou sé passi moun morbin ; 
Mai dei gabian foou qué vigui la fìn ! 



Octobre 1817. 



Jk MOUSSU JOOUSSBMIN. 



Quan richas é lettru , ministre , prince é rei 
T'an enebria d'incen , t'an nouma san-parei ; 
Quan lei villo , a couffin , t'an jita dé courouno , 
Ieou , quècou dé Marsïo , en ti venen loouza , 
Ai proun poou dé ti \eire aoujordui mespresa 
Mei façoun de marrias , moun verbo à la capouno ! 
Mai sé sieou espïa , brutaou , senso camié , 
Quan tu , d'or, dé satin , dé velous fas fumié , 
Ti n'en oouffenses pa ! vai l tamben applooudissi 
Eme mei grd baceou toueï negre dé brutici ! . . . 
Din ma paouro loouvisso ai qué quatre portrè : 
Cornèïo , Berengié , Lafontèno é Molièro ; 
( Mai grans ome , va vies , soun pa d'ome d'esprè) 
Tu cinquieme oou mitan ti voou mettre en rangiero ! 
Ieou suiven moun draioou é tu toun gran camin , 
T'aimi , sieou fier dè tu , moun noble Jooussemin ! . 
Prouvençaou é Gascoun a^ en la memo maire : 
Minable vo sapa foou doun qué siguen fraire. 
En ti fen coumplimen ai bèlo parla raou : 
Moun avouas ven doou couar, seguti fara gaou. 

Février 1848. 

M. 



TACHBTO 



Air : De la Treille de sincérilé 

Tacheto , 
Arriè toun escoubeto , 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa l'or à plen pous ! 

Lou segoun dé la Zozefino 
A grati mi pren à soun bor ; 
Anan din lou péis dei mino 

Cava lei traou mounte ven Tor : 
Aquesto nué quittan lou por, 
En siei mes , s'ai lou ven d'à poupo , 
Peravaou , oou bou dé la mar , 
Meis indès , per couina la soupo , 
Seran trei lingoun , pes dé mar ! . . . 

Tacheto , 

Arriè toun escoubeto , 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa Tor à plen pous ! 



164 CHANSONS PROVENCALES 

Qu rrTa foutu dé poletiquo 
Menado per dé massacan ! 
Qu m'a foutu ta repebliquo 
Qué nou refuso un troué dé pan ! 
Ieou voueli pa mouri dé fan ! 
Mandrouno oou couar dé peleganto, 
Meirastro à Testouma passi , 
Ti renègui ! sies pa la Santo ! 
La nourrisso dei san-souci ! 

Tacheto , 
Arriè toun escoubeto , 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa l'or à plen pous ! 

Sian tratta dè descaladaire 

S'en rasclan din lei valadé , 

Dei queiroun enfoouchan l'escaire : 

Ensin toujou sian lei cavé , 

E lou pastre mangeo l'avé !... 

Lei gouapou , lei portur d'espazo , 

A plesi van tou devessa 

Per lou Canaou é per l'Agazo ; 

Mai degun li douno soun sa ! . . . 

Tacheto , 
Arriè toun escoubeto , 



DK VICTOR GELU. 465 

Toun crochou , tei claveou rouious , 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa l'or à plen pous ! 

Adieou lou mestié dé rasclaire ! 
Nouesto mitraio es oou degai : 
Ân publia qué l'estrassaire 
Duou plu gé croumpa d'artirai ! . . . 
Moussu l'Ajouein es un bel ai ! 
Noun garço la pouliço ei trousso ; 
Souar é matin sian arcela : 
Aven repousso su repousso ; 
Poueden plu gratta lei vala ! . . . 

Tacheto , 
Arriè toun escoubeto, 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa Por à plen pous ! 

Grananué mi disié : Tacheto , 
Restes eici ? songeo qu'un buou 
Caguo mai qué cen dindoureto : 
Oouras bèlo bagna lou puou , 
Seras jamai qu'un vié dé muou. 
Crei-mi , rascas ! i ! lei couliquo ! 
N'an proun di qu'erian d'espoumpi : 



466 CHANS0NS PROVENCALES 

Vengue d'or ! vivo TAmeriquo ! 
Lou Pèrrou ! lou Missipipi ! 

Tacheto , 
Arriè toun escoubeto , 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa Tor à plen pous ! 

As qu'à ti beissa per n'en prendre 

Aqui , selon la Libertè ; 

Mai sé fas ren , poues ren pretendre 

Es la lei dé l'Égalitè ; 

E pui , qu'unto Fraternitè! 

Quan sies malaou , cadun t'ajudo ; 

Ti revengeoun quan sies maqua ; 

Ti prestoun tamis é cornudo ; 

T'amoueloun toun pi, s'es brequa.^. 

Tacheto , 
Arriè toun escoubeto , 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa l'or à plen pous ! 

Parté lou jou dei barricado : 
Si soou pa cé qu'es devengu , 
Grananué , moun viei cambarado ; 



DE VICTOR GELU. 467 

Mai s'oou gran pouaire a pa begu , 

L'es eilavaou , dé ben segu. . . 

Dien proun qu'es un endré dé fèbre , 

Calada dé ser verinoué ; 

Bah ! perié du , dé roum , dé pebre , 

Sies saouyo I fai tira , pitoué ' 

Tacheto , 
Àrriè toun escoubeto, 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa l'or à plen pous ! 

Sounco luzoun lei pampaieto 
Din loû gurdus qu'oourai troouca , 
Oh ! Dieou ! qu'unei cascareleto ! 
Qu'unt-aoubre dré ! senso touca 
Doou pet oou soou , ni m'embrounca ! 
E sounco piqui su la roquo , 
Quan sentirai qué fara : din ! 
Cresè qu'aquel uou à la coquo 
Lou roumprai eme iou pegin ?. . . 

Tacheto , 
Arriè toun escoubeto , 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
. A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa Tor à plen pous ! 



468 CHANSONS PRO>ENÇALES 

Es qué sera pa d'or dé Luquo , 
Coumo lei boutoun dei moussu ! 
Travessaríeou pa la Sambuquo 
En n'ayen vun saqué dessu ! 
Sera d'or fran , d'or doou pessu ! 
Sera rous coumo un chevu d'angi , 
Rous coumo lou roun doou souleou , 
Rous coumo uno grueio d'arangi , 
Rous à n'en veni rababeou ! 

Tacheto , 
Àrriè toun escoubeto , 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
Á toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa l'or à plen pous ! 

Per ajuda lei patrioto , 
De douge pèço dé canoun , 
Alor , armi ma galioto, 
Qué dé la poulèno oou timoun 
Ooura ni ferri , ni loutoun. 
Foou lou fèni dei merevïo 
Per li carga tou moun tresor : 
Doublagi , mà , cable , cavïo , 
Ancro , soourro , tou sera d'or ! 

Tacheto , 
Arriè toun escoubeto , 



DE VICTOR GELU. 169 

Toun crochou , tei claveou rouious ; 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa l'or à plen pous 1 

E sounco retouarai deis ilo , 
Sé lei bandi , voulur dé mar, 
M'attaquoun , foussoun-ti dès uùlo , 
Amarra su moun ban dé quar , 
Leis esperi ! garo à soun lar ! 
Mi cárdarieou à l'arrambagi , 
Coumo un tigre desespera ! . . . 
Oou resto , ai fa vu : dé l'ooufragi 
La Viargi mi preservera ! . . . 

Tacheto , 
Arriè toun cscoubeto , 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa l'or à plen pous ! 

E pui voou à la Boueno-Mèro , 

Sapa mies qué l'enfau d'un per ; 

Li foou presen dé doues bandíero 

E d'un manteou lour perl'iver... 

Ma nèço li dira lou ver ! . . . 

Pui foou basti la catcdralo 

Mounte chascun \ en respeta 

15 



470 chánsons provençales. 

Ma galioto san rivalo 

Pendudo en l'èr dessu l'oouta ! . . . 

Tacheto , 
Arriè toun escoubeto , 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa l'or à plen pous ! . . . 

Mai aqueou ta dé paourei diable 
Qu'oouran pa ruissi coumo ieou : 
Tan dé rasclaire , dé minable , 
Qué mi yeiran d'un uei soutieou , 
Li fourra ben pouarge doou mieou : 
Esten gran soci eme lou Mèro , 
Farai sa pas ; pui , d'escoundoun , 
Samenarai per lei carriero 
Fouesso mouceou dé mei lingoun... 

Tacheto , 
Arriè toun escoubeto , 
Toun crochou , tei claveou rouious ; 
A toun calò poues fa la crous : 
Vas rabaïa l'or à plen pous ! 

Gènes, Juillet 1850. 



u ■" r *- 



JAN-TRBPASSO. 

CONTE. 



Jan lou Patu , Mar Espelé , 
Nin Cougourdo , touei tres bastidan àé Ceyresto , 

Touei tres renouma per soun blé , 
Degoubïan oou fres , un jou dé festo , 
 mouar fasien navegua lou siblé ; 

Coumo trei ga borni blagavoun , 

E d'affuscacien allumavoun , 
Tan l'avien en touei tres ben coupa lou fielé. 

Cougourdo , qu'èro lou pu jouine , 

E si cresié tamben lou pu malin , 
Oh ! di : frèro , mi ven un pantai dei surfin ! 
Se' voulè qué faguen uno fripo dé mouine , 

Juguan un barrieou dé bouen vin , 

Quienze tiero dé pan à testo , 
Uno cano en cadun sooucisso vo boudin , 

Dé chouïo uno grïado ounesto , 
Anfin un apanaou dé pachichoï , per resto , 
En qu maginara lou souvè lou plu grò ! . . . 
Lou proumié soougira lei bouffin à sa tcsto 
E lou radié dei tres pagara tou l'escò ! . . . 



\ 72 CHANSONS PftOVENÇALES 

Tout-aro lei s'anan mesura , lei cabesso , 
Sé mi Toougea teni , moun escoumesso ! . . . 
Vou va? toucan?. — va ! va ! toucan lou pichoun dé ! . . 
— Qu'accoumenço, viguen ? ieou? — ò ; sies lou cadé. 

E ben , vourrieou avé dé milien dé miliasso 
Tan coumo l'a dé crin su toutei lei tignasso , 
Tan coumo l'a dé lume adaou ei fiermamen , 
Tan coumo l'a dé grun dé sablo su la terro , 
Eme dé goutto d'aîguo à la mar, ei riviero , 

Doou souleou levan oou pounen ! . . . 

Vourrieou qué chasquo fueio d'aoubre , 
Ghasque baou de roucas, chasquo peiro dé maoubre 
Siguessoun vo bïé de banquo , vo diaman ; 
E tout aco n'avè per mangea ren qu'un an ! . . . 
Ài feni ! di Cougourdo , eme un ton triounfan : 
Coulèguo , à voueste tour d'assagea la gatado; 
V'esperi : lacha-mi cadun vouesto petado ! . . . 

Es dé fè qu'avié mé din Testoupo un dei sieou : 

Lou fron plissa , Puei pensatieou , 
Su lei breguo dé Jan , Mar Espelé chamavo 
Un marri troué d'escan per debana soun fieou ; 
E si grattan darnié roourïo , marmura^o : 
Qu'un animaou pelous ! marodicien dé Dieou !... 
Cerquò , chaspo , carculo ; à la fin si decido 



DE VÏCTOR GELU. 173 

D 'enregua la sieouno oou mitan , 
E di : \iguen un paou s'eici l'ooura la vido !... 

Vourrieou coumo un gara fa Tuniver tou plan , 
E caffi la mita , doou soou finqu'eis estèlo, 
Dé caissetin ; noun , mies , dé sa dé fino tèlo ; 

E pui vourrieou qué touei aquelei sa 
S'emplissessoun d'agueïo à pa pousquè troussa... 

Qu'aquesteis agueïo , uno à vuno , 
En cen fumeou, lou men, dedin chasquo coumuno, 
Servissessoun lou jou , la nué , per cordura 
Dé saqué dé quadruplo é dé doubloun carra ! 
E qu'aqueou clapié d'or, qué trooucarié la luno , 
En garbiero alesti , propramen empiera , 
Siguesse tou beou jus lou grieou de ma fortuno ! . . . 
Ben entendu qu'oourieou lou dré, qu'oourieou lou souein 
Dé gé gita d'agueïo ooutan qué mettrien pouein ! . . 

Mar si taiso , suvere é serieou coumo un papo , 
E Cougourdo repren : m'as cuerbi ! sieou foutu ! . . 
Pui , si viran à Jan qué risié souto capo : 
E ben ! qualo noun dies , cambarado Patu? 
As bèlo touesse en l'èr tei narro é tei babino ; 
Aro si tratto plu dé faire la gallino ; 
Rescasso Mar, sé poues ! ai clava : ven à tu ! . . . 

Jan , alor, gassaïan la trouncho dei douei caire : 

45. 



174 CHANS0NS PROVENCALES. 

Vou cresè fouesso du , li di , paourei charraire 1 
Cadeou qué voulè emprene à foueire à voueste paire! 
Mai sabè pa què Jan es bayle dé Taraire ! . . . 
Cougourdo a fa lou pouen : s'es pré barlan dé rei ; 
Tu , Mar, as barlan d'as ; é Jan , qu'a l'uei, lou pei ! 
Gardo barlan carra ! . . . Jan es lou san parei ! . . . 

Mi fa peno dé vou ya dire , 
Perqué dedin lou foun sia dé braveis enfan; 
Mai eissoto , aprè tou , n'es qu'un conte per rire , 
Mi l'oouré pardouna pa pu tar qué deman : 
Vourrieou qu'un fué dé Dieou touteidous vougrïesse, 
E qué voueste souvè , dé chascun , mi restesse. 



Octobre 1852. 



LEI9 AJUDO. 



Air : De Préville tt Taconnct. 

Si , qu'èro un ome aqueou paoure Espinassi , 
L'oste doou pouen per dessu San-Maceou ! 
Un demama , qué lei sabié , sei graci ! . . . 
En tarounan , dessouto soun capeou 
Si li poudié cueï dé bouei counseou. 
Lei carbounié , qué n'avien Tabitudo , 
Per remisa co d'eou venien en jun , 
Coumo s'avié douna civado é fun ; 
E mi disié : voues trouva fouesso ajudo , 
Li ? foou avé dé besoun dé degun. 

Disié tamben : voues surveni ? travaïo , 
E sigues Tur , pitoué ! per separa 
La nué doou jou l'a pa gé dé muraïo. 
Ti fas agneou? lou lou ti mangeara. 
Toujou la peiro oou clapié toumbara. 
En masquegean lei mountado soun rudo ; 
Mai rouiguo men la suzou qué l'alun ; 
E pui , oou bou , ti vies su toun trentun ! 



476 CHANSONS PROVENÇALES 

Din lou jambin voues trouva fouesso ajudo , 
Li ? foou avé dé besoun dé degun . 

Jouven bounias, alor, perlou plouraire 
Doou vo tres an la routo avieou tengu. 
Varlet é gus , mi soucitavi gaire 
D'aquelei mò , ben vertadié , segu ; 
Mai desempui m'en sieou ensouvengu ! . . . 
Lei jooussemin , su moun poouce qué mudo , 
Dé mei fanfan tigroun lou mascarun , 
Aro ; é souven redieou eme amarun : 
Din lou jambin voues trouva fouesso ajudo , 
Li? foou avé dé besoun dé degun. 

« 

Oou cabaré taïavi la vandomo , 

E pa un briqué m'oougeavo manteni ! - 

A moun entour visieou certein fantomo , 

Qu'avien tou Tèr dé mi vouïé chabi , 

En servissen ei pountou dé sambi. . . 

Su lou tapis la volo es estendudo ; 

Alor, n'en voues dé saqué , dé varun ! . . . 

Li , dé mita? Li , va ! . . . tout en coumun ! . . . 

Din lou jambin voues trouva fouesso ajudo , 

Li? foou avé dé besoun dé degun. 

Sieou vun dei prieou per mounta d'aquipagi ; 
Rendrieou dé pouein ei pu fin maquignoun. 



DE VICTOR GELU. 177 

Quan li foou lume ei fiero, ei roumavagi , 
Leou-leou qué sian coumpaire ê coumpagnoun ; 
E sabi tou : soun contro eme soun proun. 
Vieiei rounchèlo oou pes dé Tor vendudo , 
Maigre carcan qué raquoun lou paiun , 
L'a pa dangié dé n'encapa quoouqu'un ! . . . 
Din lou jambin voues trouva fouesso ajudo , 
Li? foou avé dé besoun dé degun. 

À Maoumoucha si prenen dé querèlo 
Eme un testar qué voou jamai coupa. 
Si senten jus , saouto à la taravèlo ; 
Boumbi su d'eou ; sigué leou acclapa : 
Avieou pa agu besoun dé m'estroupa. 
Entre mei dé ti semblavo uno arudo ! . . . 
Lei mulatié qué li vien lou tramblun , 
Creidoun : granroun ! quicho , Li ! zou ! masclun ' 
Din lou jambin voues trouva fouesso ajudo , 
Li ? foou avé dé besoun dé degun. 

Per Touei-lei-San avieou carga dè boutto ; 
Lou gran camin dé fres èro empeira : 
Moun caviié , vis-à-vis dé la Moutto , 
S'aplanto sé, pisso ; voou plu tira. 
Senso ranfor vai t'en paou demarra ! 
Fasieou lou lan ! . . mei besti soun forbudo , 



<78 CHANS0NS PROVENÇALES 

Mouestras dé Dieou ! . oou couteou ! . tout én frun ! 
Ái avala ! . . . cin ranfor oou lué d'un ! . . . 
Din lou jambin voues trouva fouesso ajudo , 
Li ? foou avé dé besoun dé degun. 

Un paou pu tar, erian vounze à la tiero ; 
Tenieou la testo en fen moun penequé 
Su moun brancan , oou daou dé la Mihiero : 
Per fè d'azar, en dormen , mi touqué, 
D'oouzi troutta dé gendarmo un piqué. 
E doou chaffaou quan la gardo es vengudo , 
Eri su pè ; mai darrié ieou , ben lun , 
Lei coou dé fouei fasien soun repetun. 
Din lou jambin voues trouva fouesso ajudo , 
Li ? foou avé dé besoun dé degun. 

La counoueissè , bessai , la lei nouvèlo 
Qu'ei carretié n'ordouno lou fanaou : 
Un souar lou ven m'amouesso 1a candèlo ; 
Lou courrié passo é mi dreisso varbaou ; 
Avieou foutu lou pè din lou mourraou ! 
Erousamen Neno la poussarudo , 
Lachan douei mo per ieou à Moussu Brun , 
Lei proutetour mi roumpoun lou petun... 
Din lou jambin voues trouva fouesso ajudo , 
>Li ? foou avé dé besoun dé degun. 



DE VICTOR GELU. 179 

Un aoutre jou , ben pu piegí canulo ! 
Per ooublida dé faire sa racien 
Oou marriassas qué ten la bassaculo , 
Sa maou empli qu'ai vi mangea dei lien , . 
Ai troou de pes , sieou en controvencien ! . . . 
Coumo sentieou moun affaire perdudo , 
D'un viei gava foou vouigne lou fassun , 
E sei bureou per ieou fan fuech é fun. . . 
Din lou jambin voues trouva fouesso ajudo , 
Li? foou avó dé besoun dé degun. 

Toumbi malaou ; pa un porcas mi ven veire ! 
M'oourié fougu dé gen per mi vïa , 
Per fa moun lié , per mi pouarge moun veire , 
Per touesse oou men moun cazò remïa : 
Noun. Tou soulé mi leissoun bataïa ! . . . 
Quan meis ami juguoun eis escoundudo , 
Oou gro Cura , per un simple rounflun , 
Trento pachaou van coouffa dé prefun... 
Din lou jambin voues trouva fouesso ajudo , 
Li? foou avé dó besoun dé degun. 

Esten à cuou , m'an refusa lou crèdi 
E manechaou , é charroun , é bastié. 
Faouto dé souein é faouto dé remèdi , 
Ai vi peta moun pu beou limounié. 



480 CHANSONS PBOVENÇALfiS. 

Faouto d'arnes ai perdu moun cordié ! . . . 
Dé meis angles , vui , cadun mi saludo , 
M'an semoundu lei louei à coumourun : 
Ai eirita d'un ouncle doou gro grun ! . . . 
Din lou jambin voues trouvà fouesso ajudo , 
Li ? foou avé dé besoun dé degun. 



Avril 1853. 



DOQOU 



Am : Du trio de Frontin mari-garçon. 

Es qué v'oourié pres à prefa 

Dé nous ensigna lei priero , 

Noueste bregadié lou Mooufa , 

Poulissoun à la Gran-Carriéro? 
Fas canta vespro ei creidaire dé nué : 
Osquo , Mooufa ! vai ! counoueissi toun juc ! . . . 

Dogou taïo souven la messo ; 

Mai a troou begu dé bouioun 

Per pa destila la sagesso 

Doou Pater noster dei couioun. 

Dire eis angi : manda mé-n'en ! 

Su la plumo vanta la païo ; 

Tasta lou pous à n'un vilen 

Per soourra vouesto caço-maïo : 
Prendre oou serieou Touiìour d'un Fariber ; 
Camina dré quan toutei fan la ser ; 

Dire oou mestre : s'eria moun bogou , 

Ieou si qué serieou bouen patroun ! 

Vaqui cé qu'es , suivan lou Dogou , 

Un Pater noster dé couioun. 

16 



\ 82 CHANSONS PROVENÇALES 

Dé moun mestié dé forgeiroun 
Vint an avieou tengu boutiguo ; 
E dé l'aoubo oou souleou tremoun , 
Li fasieou crento à la forniguo. . . 
Sieou souspesa per un entreprenur , 
Qué m'embalé din soun segoun malur !.. . 
Eou si sache' vouigne lei boto ; 
Ieou mi fougué vendre moun foun 
E marqua ma premiero noto 
Doou Pater noster dei couioun . 

Tou moun butin l'ai escampa 

Per estre à l'envès dé la modo : 

En japan Dogou mordié pa ; 

Sentia lou pies souto sa blodo ; 
L'incro suzou rescrivié su soun fron : 
Li mandes beou ! as pa lei couesto en lon !... 

Pamen es veouze d'esperanço ; 

S'es soubra ni poudro ni ploun , 

E marcandegeo sa pitanço ! . . . 

O Pater noster dei couioun ! 

Pourtan , ce qué foou deveni ! 

Ti semblo d'avé fa subrouesse ; 

Sies enca du , plen d'aveni , 

Pui , un beou jou , lou maou ti touesse ! . . 



DE VICTOR GELU. 4 83 

Alor, adieou la barquo é lou mestié ! 
Dé mai en mai ti vies cour é coustié. 

Sies enroula din la guzaïo : 

Foou ameina toun pavaioun , 

Quan lei gava ti dien : travaïo ! . . . 

Pater noster dei couioun ! 

Si veire ensin estoumaga 
Per d'avare enfan dé chichourlo , 
Qué mangeoun pa per noun caga , 
Àco vouei qué vou destimbourlo ! 

M'an repepia , lei rougnur dé porcien : 

Esquicho-ti ; mesuro tei racien ; 

( Contes pa nouesteis estouffado ) 
Qu duou plu ren n'a toujou proun ; 
Tou duoute es cavo counsacrado ! . . . 
Pater noster dei couioun ! 

Fai ti gaffetou d'un ussié ; 

Mette-ti din la controbando ; 

Trisso dé pebre eis epicié ; 

(Sian plu doou ten dei Jan d'Olando. ) 
Din la barriquo , anfin , bouen ome Jo , 
Vai retoumba lei jarroun é lei po 1 . . . 

Bouleguo-ti ; cerquo d'entriguo , 

Tout en benissen lou san noun , 



484 CHANSONS PROAENÇALES 

Lou noun dé Dieou qué ti castiguo ! . . . 
Pater noster dei couioun ! 

Oou pres dé iuetanto escu l'an , 
A forço dé rampa , sieou gardi ; 
A la casso dé l'ome blan , 
Sé lou ten es ben sour , m'azardi ; 
E quaouque souar, en d'endré sounoumbrous, 
Serai pouignu ; mai senso avc la crous ! 
E passi , mu coumo la dindo , 
En m'apouncheiran lou mentoun , 
Pensan , quan lou relogi dindo , 
Oou Pater noster dei couioun. 

Moun capeou pounchu , moun booudrié , 
Moun espadroun , ma carabino , 
Mi dounoun quasi l'èr guerrié : 
( Es dé fè qu'ai marrido mino ! ) 
Contro lei tron , la grèlo é lou mistraou , 
Ai qué ma roupo eme moun viei fanaou ! . . . 
Alor flaquisse ma vouas fouarto , 
E m'en vaou , dé garapachoun , 
Marmoutegean dé pouarto en pouarto 
Un Pater noster dei couioun. 

Dogou troquo lei tapajur : 
Dormè , prince dé la coumuno ; 



DE VICTOR GELU. 485 

Dogou vou saouvo dei voulur : 

Dormè , pourri dé la fortuno ! 
Dogou patisse , é soou proun qué deman 
Lou bourraré , sé vou pouarge la man ! . . . 

Mai sounco deviran Pestofo , 

Pourra vous aprendre , en presoun , 

Coumo counsouelo un filosofo , 

Lou Pater noster dei couioun. 

Quan vian ruissi ren qué lei chin , 
Jugi , dedin vouesteis ooudienço , 
Din vouestei missien , capouchin , 
Perqué . nou precha la councienço ? 
Dia : fè lou ben é trouvaré lou ben : 
Es l'avangilo , es la lei , bravei gen ! . . . 
E , pecaire ! lou Nini plouro 
Per gagna vouestei picaioun , 
Jus quan Dogou creido leis ouro ! . . . 
Pater noster dei couioun ! 

La lei , lou sabre de la lei , 
Mount'es , s'un paoure lou reclamo ! 
Fran dé restre en man d'un gro pei , 
Coupo dei douei cousta, sa lamo ! 
Âquel ooutis , enventa per lei gran , 
S'en serviren quan lei gus lou faran !... 

1G. 



486 CflANSONS PROVENÇALES 

Vouesto lei ! quan Dogou li songeo , 
Lei dès arteou li fan mangeoun ! 
Es la pu grosso dei messongeo 
Doou Pater noster dei couioun. 

Lou fournié raoubo su lou pan ; 

Lou rouanié rouigno su la tèlo ; 

Lou bouchié volo su soun ban ; 

Lou bedò quisto à la capèlo. . . 
Qué d'artera , boudieou ! qué dé marrias ! . . . 
Senso parla dei groumandassassas ! . . . 

La sinagoguo douno isemple 

A la siquelo dei mooutoun ; 

Batte mounedo , din lei temple , 

Doou Pater noster dei couioun. 

Ái oousi dire à n'un peysan , 

Ouneste prieou dé R** ## ; 

Ti duroun mai qué seis enfan , 

Aco soun pa dé pouli paire ! . . . 
Souenoun lei cla... lou fieou si languissié ; 
Li dien : es mouar ! — èro ten ! viei sorcié ! . . . 

Ah ! jugua li dé pastoralo ; 

Fè-li dé prone , dé sermoun ! 

Per elei qu'es vouesto mouralo ? 

Un Pater noster dei couioun ! 



I 



DE VICTOR GELU. 4 87 

Trei coou mèro , à prepaou d'argen , 

Sa mouïè , gento é ben prouvido , 

Dei lagno dé sei belei gen , 

Dins un biaou va nega sa vido ! . . . 
D'or é d'argen ! . . . d'argen é pui mai d'or ! . . . 
N'en sia goulu ! . . . pui soumbra din lou por ! . . . 

Aoutrei fé la pesto èro ei vilo ; 

Aro souquo lei vilageoun ; 

Plu mancou la fremo s'ooupilo 

Oou Pater noster dei couioun. 

Noun ! quan sia riche , es pa tou di ! 

Uno terro voou men qu'un paire ! 

Qué lou meinagié sié mooudi , 

S'aimo mies soun pouar qué sa maire ! 
Veire dormi dé bei nistoun oou bres , 
Qué sié surtou lou sublime interes ! 

Un jou , senoun , quaouque espetacle 

Doou mounde fara cen taioun ! . . . 

Vaqui la crèmo deis ouracle , 

E noun un Pater dé couioun ! 

Septembre 1855. 



MARLVSSO. 

Air : Je n'ai point vu ces bosquels de laurier. 

Escrieou d'abor dé l'ancro doou tinchié : 
Voou mai pourri qué resta din la Chino ! . . . 
Booutuza ! tout ome senso un pié , 
Dessu la terro , es un mouar qué camino ! . . . 
Quan pourries estre un miraou dé putan , 
As mïou sen enca qué boueno mino ; 
Sies du , sies jouine é sies gro travaian ; 
Dieou t'a prouvi doou couteou é doou pan : 
Per qué jamai degun t'esquiche , 
Booutuza, moun bouen;, fai ti riche. 

Ti voueli ben : sabes qué si sian vi 

Cuou é camié , trei crous , eme toun paire ; 

Quan tremounté , sigueres moun pupi ; 

T'ai mes ei man l'agueio d'embalaire... 

Veici lou ten d'encouarda toun balò. 

Vies gé dé fleou , vui , din lei calignaire ! 

Tou morvelous cerquo un pichoun calò : 

Halur à tu sé faoutes lou gro lò ! . . . 

Per qué jamai degun t'esquiche , 
Coumpren Marlusso , é fai ti riche. 



4 90 CHANSONS PROVENÇALES 

Sabes quan voou l'estrasso é lou lingar ; 
Hai songes-ti quan l'a dé merevïo 
Din lei toundu qué fan ben lou peirar, 
Din lei roussé coulou dé la cassïo?... 
Aquélei louei qué garçoun à paqué , 
Tan dé tranto-an , su Tooussin d'uno fio, 
E qué souven juguoun contro un mouqué, 
Sé n'as besoun , vai n'en quèrre un saqué ! . . 
Per qué jamai degun t'esquiche , 
Coueste qué coueste , fai ti riche ! 

Din toun carrè , balalin-balalan , 
S'à n'un ressaou toun coli si destaquo, 
As troou d'espri : t'attrovoun massacan ; 
Sies un souleou : ti trattoun dé moucaquo ; 
As un couar d'or : dien qué sies un ingra ! . . . 
Oh ! mai qué vici é qué chancre , sies taquo 
Qué s'en-va plu , paoureta ! paoureta ! 
D'un amperour faries un abeta ! . . . 

Per qué jamai degun t'esquiche , 
Coueste qué coueste , fai ti riche ! 

Troves vin bras à pousqué t'apuya , 
Sé sies maqua d'un tuoule per carriero ; 
Mai s'as foundu , sé ti vien espïa , 
Adieou secous , pounchié , coulèguo é frèro ! . . 



DK VICTOR GELU. 194 

Lei bei premié sentiras tei paren 

Tescarrassa dé sei den dé vipèro ! 

Ensin lei lou , quan la ragi li pren , 

Mangeoun lei sieou gué toumboun en courren. . . 
Per qué jamai degun t'esquiche , 
Coueste qué coueste , fai ti riche ! 

Per ti gari l'enroouma doou cerveou , 

Alor, plu ge' dé troué dé rescalissi ; 

Gé dé counieou qué lîpe toun morveou ; 

Gé d'ami fran qué ti rende justici ! . . . 

Gé dé maneou , tampaou , senso tresor ! . . . 

Maí s'an mouien d'estraia tei brutici, 

Dé t'aplati , d'enverina tei tor , 

Seran brutaou lei San-Jan bouquo d'or ! 
Per qué jamai degun t'esquiche , 
Coueste qué coueste , fai ti riche ! 

Buves ta tasso oou cafè doou Bloundin ; 
Su tei repas ti foou ben uno pipo ; 
Dé tens en ten vas ei Frèro-Martin 
Escotisson partagea quaouquo fripo. 
Dé la galèro aco poou counsouela ; 
Mai lei cacan li vien ren qué falipo : 
Sies mesteiroou , neissu per emballa , 
Ramo , marrias , é pcnses pa oou challa ! . . . 



492 CHANSONS PROVENÇALES 

Per qué jamai degun t'esquiche , 
Coueste qué coueste , fai ti riche ! 

Lou fré , la fan , n'en foou avé pati 
Per saoupre plagne un paoure din sei peno. 
Dé tei chacrin s'estoumagara-ti , 
Aqueou poupu qué tou l'an fa carèno ?. . . 
Dé lou prega fai simplamen lou ges , 
Tambourinan dei dé su sa bedèno , 
Lou mourre é Fuei boudenfle dé mespres , 
Ti cantara : qué mi voues? qué mi dies?... 
Per qué jamai degun t'esquiche, 
Coueste qué coueste , fai ti riche ! 

Su tei cepoun ti vèirien esparra , 
Series mortaou coumo Guichar Pibrouîgno; 
Oouries la pesto , oouries lou colera , 
Quinto-e-quatorze , é la galo , é la rouigno : 
Dieou pa dé noun , bessai , dé ti fugi 
Qu'uno boueno amo aguesse enca vergougno; 
Mai s'uno fé saboun qué sies fregi, 
Fas poou , fas maou , fas degous, fas rougi!... 
Perqué jamai degun t'esquiche , 
- Coueste qué coueste , fai ti riche ! 

Alor, n'en poues espera , dé salu 1 
Viroun dé bor tou roun , din lei travesso ; 



DE VICTOR GELU. \ 93 

Oou ciele nieou ti fissoun dé poueiu blu ; 

Gé d'esquiroou iei trepasso en souplesso. 

Ti vien veni dé lun? prenoun lou trò. 

Li vas d'à proué? pougeoun eme finesso. . . 

Tu , benezi , blede coumo Piarrò , 

Oougearies pa mancou li lacha un rò ! . . . 
Per qué jamai degun t'esquïche , 
Coueste qué coueste , fai ti riche ! 

Fai ti sensaou dei devò pistachié ; 
Lou subrejou trevo-mi leis egliso ; 
Saouço toun fron dedin lei benichic : 
Lei piquo-pies ti soouvaran la miso. . . 
Per escala d'unei devessoun tou , 
Mai lei santas dien qu'cs uno soutiso : 
Qué dei douei man rapiamus en douçou , 
N'a tan qué foou per nouza soun pecou ! . . . 
Per qué jamai degun t'esquiche , 
Coueste qué coueste , fai ti riche ! 

Din lou bouenur counservo toun aploun. 

Es pa lou tou d'encapa dé bei role : 

Ooublides pa , s'acampes fouesso ploun , 

Qué lou parterro es un animaou drole. 

Per fa sa verso , un lour descadena , 

Aimo surtou qu'un gardian lou cajole. 

17 



494 CHANSONS PROVENÇALES. 

Ensouven-ti qu'à cen milo fena 
Âs toun ben-estre à faire pardouna ! . . . 
Per qué jamai degun t'esquiche , 
Fai ti brave , sounco sies riche. 

Lei malurous , à toun entarramen , 
Lou peze gro , ti faran la counduito. 
Lon doou camin , qué dé benedicien 
Ti mandara , lou mounde dé ta suito ! . . . 
Ieou , à ma mouar, Fooura gaire dé doou ; 
E tou beou jus sé diran trei menuito : 
Tè-vè ! Marlusso a plega ?. . . li va foou ! . . . 
Ero , aprè tou , qu'un viei mandian dé troou !.. 
Per qué jamai degun t'esquiche , 
Booutuza , moun bouen , fai ti riche ! 



Janvier 1854. 



JAQCE FlttOCN. 

CONTE. 



Su la fin dé l'ancien regime , 

En iuetanto-sè , lou pu tar , 
Entre lei negoucian counoueissu fìn reinar 
E per lei pacho d'or coumo vun dei sublime , 
A Marsïo , Pavie' Moussu Danis Foucar, 
L'assoucia dei Messies Cucurni , dei Menime. 
Mai sé per soun gazan li visié toujou clar , 
En fè dé l'escrituro èro jus ! . . . pichoun crime , 
Mi diré, per quoouqu'un qu'a siei vèlo su mar... 

Senso counta sei bri doou Levan é d'Afriquo , 
Soun superbe trei-ma , la Fidèlo Mouniquo , 
Li fasié ben per an douei fé , lou men , 
Lei viagi dé Borboun é dé la Martiniquo : 
Ero un beou troué dé boues ; lou rei dei bastimen. 

Su d'aqueou bor tenié per subrecargo 
Un viei farçur, Meste Jaque Figoun , 
Mié matalo , mié coumis , mié segoun , 
Qué , din lou ten , marlussiaire à Mazarguo , 
Avié fa quoouquei soou en venden dé poutarguo. . 



<96 CHANSONS PR0VENC.4LES 

Foou vou dire qu'eis ilo aquestou boulegoun , 
Lei vento é leis acha , raenavo tou rejoun. 
Sei responso toujou cooussigan la demando , 

L'espedicien ploouvié su la coumando. 
Senso estampeou , senso artirai , 
Souven Farribavo , oou coumpaire , 
Dé chapla dins un jou dé toumbareou d'afaire 
Ren qué doou sacrebieou qu'abravo soun travai. 
Tamben, MoussuFoucar, charma désoun toutobro, 
Si deleguavo en vian lou marlussiaire à Fobro, 

E si disié : Foourieou fa forgea esprè , 
Serié pa pu mouscous , segu , ni pus adrè ' . . . 

Un coou , pamen , Fesclussi vengué sourdo 
Dessu Fespri pounchu doou digne serVitour ; 
Sa foguo li jugué lou pu singulié tour 

En li fen bouaro à la grosso cougourdo 
Uno goulado un tan si paou troou lourdo ! . . . 
Moussu Dooufin, Fami dé noueste negoucian , 
Un jou li di : ma fremo a un coou su lou timpan ! . . . 
Voou-ti pa , bouen Danis , qué li crompi dé singe 
Per si n'en espassa lei san jou dei diminge , 
A lei faire soouta oou capeou 
Davan lei vesin doou casteou ! . . . 
Dei mino , dei pousturo é pui dei cabriolo 
Que' vou fan leis ome dé boua , 



% DE VICTOR GELU. 197 

Hosino mi n'en di lei foulié lei pu drolo !... 
Ben mai ! di qué pourrien liegi la santo-croua ! . . . 
Anfin , qué relevan la crèmo é la paraoulo , 
Mies qué nouestei pissoué lou singe serve à taoulo ! . 
Tu qu'as tan lou bras lon amoun , se' ti plaisié 
D'escrieoure quatre ligno oou peis dei moucaquo 
Per countenta lei gous dé ma fouelo mouïè , 
M'ooussaries un beou fai dé dessu la casaquo ! . . . 
Nouste Houssu li di : Dooufin , ben voulentié ! . . . 
Degun mies qué Figoun poou trouva toun afaire. 
Deman l'espedirai quoouquei mo dé bïé ; 
Sabes coumo es : seras leou les ; leisso nou faire ! . . 
— Vaben ! . . . lou lendeman, quan ven per mettre à coua, 
Moussu Danis , veici l'escri que' s'enmagino , 
En cresen d'espragna Pabi dé san Françoua : 
« Mon ser Figon , la-bà ó boua de' té colino 

» Procuro toi 4 O & monino 

» Toi memo a bor te me le soignera 

» E dé retour te me le menera 
» Como y me fot ce betto a la fain de Taneo 

» Sarço moi lé san perdro uno zourneo. 
» Signé Foucard. ...» Trei mes aprè , Jaque Figoun 
Recebe aquestou pli dedin sei chantïoun... 

Jugea sé toumbo mouar, s*es candi , é sé chifro 

En vian d'ordre parié , lou brave luetenen ! 

17. 



198 CHANSONS PROVENÇÀLES 

Quatro o cin monino escri tou d'un tenen 
En noumbre , oou lué dé mo separa zatamen , 
Fasien quatre-cen-cin moucaquo , en boueno chifro ! . . 

tron dé Dieou ! di Jaque : ô double Dieou ! 

Un cargamen d'animaou foulatieou , 
Qué tou soun lai cadabre es ren qu'un argen vieou! 
U n cargamen entié ! . . li penso pa , lou mestre ! . . . 
Tan fres oourié déjà toumba din lei jacò ! . . . 
Mai coumo li pourrai arrima tou acò ! . . . 
Mi van ti galegea, lei gen ! . . qu'unt escooufestre ! . 
Pamen foou l'ooubéi , qué sieou soun chin bassé : 
Es un particulié qu'a lou couiouna sé ; 
Sera cé qué sera... vooul'espedi soun noli 
A lagardi dé Dieou qué respoundra dei coli !... 

E moun Jaque , suivi dé trento bracounié , 
Doou matin jusqu'oou souar barrolo la campagno, 

Furno lei boues , escalo lei mountagno , 
Pertou calo dé lequo à soun malin gibié. . . 
La casso duré proun. . . mai emé dé pacienço , 
Quan plagnè pa la peou , enca men la despenso 
Lou prouverbi va di : tou vou ven jus à pouein : 

Oou bou doou mes Jaque avié soun apouein. 
Alor fa fustegea lei quatre-cen-cin gabi 
Per clava vun à vun sei sooutaire nouzabi ; 
Empielo tout eisso , vou v'assieouno à plesi , 



DE VICTOR GELU. 199 

Si piroo dé marqua lei titou su lei i ; 

Epui s'embarquo, é fa sa travessado 
Senso géd'avarié ni mai dé reM'rado. 
Sa lettro din la pocho é touei lei singe à bor, 

Arribo anfin à Marsïo cn bouen por. . . 
A resouna , s'amarro à quei , sangeo dé viesti , 
Pren un mouceou , fa douna ei besti , 
Jito sa chiquo , é va , rede coumo Artaban , 
S'esclarci dé sei conte emé soun negoucian : 

Bounjou , mestre ! . . - bounjou , Figoun ! as fa bouen viagi? 
— Vouei , ramarciant à Dieou ; es pa aqui Pembarras ! . . . 
Qué vou dirai , Moussu , duvè avé un fier couragi ! . . . 

Coumo? — ah ! m'en sieou soubra dé lagno é dé trecas ! 
Quatre-cen-cin nioucaquo su lei bras ! . . . 
Mai mounté plaçaré tout aqueou mortaragi ! 

Quatre-cen ! . . . qué mi dies , Jaqùe? - vouei, quatre-cen : 
Esescri. bendébouen? \ouei,patroun! - oousso-anen ! 
Ti truffes ! - nani-pa ! — t'ai coumes dé mounino 
Quatre \o cin , lou mai , qué moun ami Dooufin 
Voou n'en faire rcstrcno à Madamo Dooufino; 
Mai qué venes canta , tu , dé quatre-cen-cin . . .? 
— Moussu Danis , ma testo es franquo dé granaïo ! 

Mountépapié soun , barbo caïo : 
Veici voueste papié ! quatre , zèro , pui cin , 
Fan ti quatre-cen-cin ? vouei ou noun ?. . . Tartemiquo , 



200 CHANSONS PROVENCALES. 

Se vou la pinti maou , doou men n'ai la pratiquo ! 
Esten jouine, sabieou dé couar moun gran librè ; 
E pouedi enca dita tou mileime adarrè ! . . . 

Alor Moussu Foucar resto un moumen à n'uno , 
Pren soun fron din sei man , si mando un coou dé poun 
E di : quatre cen cin mounino ! oh ! qu'uno ! qu'uno 
Mi n'empegues aqui , moun paoure viei Figoun ! . . 
Mai servirié dé ren dé sorti la feruno : 
Lou tor qué poues avé mi douno pa resoun. . . 
Per aro foou soungea dé gari nouestei plaguo : 
A Paris ai d'ami din lei grandei Madraguo ; 

Li semoundrai toun ficbu cargamen ; 
En li vouignen lei dé l'esquïarai la baguo : 
Poou estre un bouen baza per lou gouvernamen , 
Qu'eisso li pintarié sei jardin d'agramen. . . 
E coumo tou malur a quooucarren d'utile, 
D'aquestou tiraren sa pichouno liçoun : 
Oouré bèlo estre adrè , riche , souignous , abile , 
Sé sia troou ignouren , peca per la façoun ! 
Touei dous dé la lituro avian quasi la glori ; 
Mai piquen-si lou pies é touquen-si la man : 
Ieou ai fa moun gro cho ; tu , Jaque , moun enfan , 
Per leis aoubre doou Cous as pré dé cooulé-flori. 

Septembre 1854. 






MARTEOU 



Air du vaudeville úe Jean Monet . 

Moun capourié , Meste Oouraci , 
Mi di : Marteou , paoure enfan , 
As uno foutudo graci 
A cousta dei femelan : 

Quan Citè 

Vo Zovè 
Ti quistoun quoouquei babetto , 
Tu li vas garça dé couetto ! . . . 
— Qué voulè? sieou un capoun ! 
Foou l'amour à coou dé poun. 

Ieou qué vivi din la fanguo , 
Esten curaire dé pous , 
M'istarie' dé fa la languo 
Coumo un lisqué d'amourous l . . . 

Dia : Marteou , 

Qué bourreou ! 
Toujou pessuguo é boustiguo , 
Turto, quicho, mouarde, embriguo... 



202 CHANSONS PROVENÇALES 

— Què voulè? sieou un capoun ! 
Foou l'amour à coou dé poun. 

Sabè ben qu'emé d'estoupo 
Si fa gé dé taffeta : 
Ai l'uei moudourrou qué coupo , 
Lou goousié plen dé tarta ; 

Ai lou ges 

Dé l'enves , 
La peou negro é Parpo rudo ; 
Sieou pu bru qué mei cornudo ; 
Qué voulè ? sieou un capoun ! 
Foou l'amour à coou dé poun. 

Sieou bastar coumo moun pèro : 
Qu m'oourié mubla lou su ?. . . 
Quan lou fam tuegué ma mèro , 
A douge an, mettieou dessu : 

Ni soulié , 

Ni camié ! - . . 
A sèt an cueieou dé petto ; 
A vin , poussi lei brouvetto. 
Qué voulè? sieou un capoun! 
Foou l'amour à coou dé poun. 

A Jarré , per Pandecousto , 
Per Pasquo , lon doou Bachas , 



DE VICTOR GELU. 203 

Din lei roun mounte si gousto 
Voou debooussa lou frecas ! 

Per San- Jan , 

A Maïan , 
Voou apaïa leis Alèio 
Dé ginesto é dé pansèio. . . 
Qué voulè ? sieou un capoun ! 
Foou l'amour à coou dé poun. 

Per derraba la cassïo , 
Senso li dire : ooublizè ! 
A la fïo pa tan fio 
Qué creido : fenissè ! fè ! 

Un nebla 

Poou mouela ; 
Mai un ferri dé cervèlo 
Beou qu'aouve : grègou ! bacèlo ! . . . 
Qué voulè? sieou un capoun í 
Foou Tamour à coou dé poun. 

Ieou dirieou : « Madameisèlo 
» Crèsi qué m'avè enmasqua : 
» Si poou-ti restre tan bèlo ! 
» Vè ! sieou ome à n'en brequa ! 

« Li vieou blu ; 

» Mangi plu ; 



204 CHANSONS PROYENÇALBS. 

» Chasquo nué dé vou pantaï , 
» Sé vou vieou passa , varaï ! . . . » 
Oousso-anen ! sieou un capoun ! 
Foou l'amour à coou dé poun. 

Ieou dirieou : « Ma santo facho , 
» Lou tiqueta dé moun couar 
» V'es cooucien qué sé fen pacho , 
» N'ai per la vido é la mouar ! 

» Bouen nini , 

» Soouva-mi ! 
» En pounchié couta dé chaquo 
» Contro moun pous qué s'aclapo ! . . . » 
Oousso-anen ! sieou un capoun ! 
Foou Tamour à coou dé poun. 

Bouen nini farié Tescouto 
Oou chila dé meis apeou. 
Ah-tè ! la campano es routo ; 
Vai ti fa roumpre , Marteou ! 

Ti va foou , 

Patatoou ! 
Fignoulaire dé tendresso , 
Traouques din la secaresso , 
Oousso-anen ! sieou un capoun ? 
Foou Tamour à coou dé poun. 



DB VICTOR GELU. 205 

En fen vira ma carrèlo , 
Quan dé coou mi sieou crcsu 
Qu'un jou 

Sian está 

D'abeta 
Dé dormi doou ten dei pâto ! . . . 
Aro qu'a mangeoun si grâto ! .. . 
Qué voulè? sieou un capoun ! 
Foou Tamour à coou dé poun. 

Mai espouscara , la flamo , 
Sounco ven lou gro pelaou ! 



Qué voulè ? sieou un capoun ! 
Foou l'amour à coou dé poun. 

Sieou groussié coumo un pan d'ouardi ; 
Sieou pu ferouge qu'un lou ; 
Mai sé graffini , sé mouardi , 

18 



206 CHANSONS PROVENÇÀLES 

Es-ti ma faouto , aprè tou? 

Mounte soun 

Lei liçoun 
Qué m'oourien rascla la grueio ?. . . 
Qué s'apren dedin lei sueio?... 
Qué voulè ? sieou un capoun ! 
Foou l'amour à coou dé poun. 



Octobre 1854. 



IiOV CBBDO DB CASSIAN 



Air : Du Palais des papes , de Merle. 

A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li u tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Ti souvenes , Vidaou , dé dèso-iué-cen-trento ? 
Doou ten qu'cres pitoué dei palroun pescadou ? 
Mi courries à Taprè , lun d'avé poou ni crento 
Doou sorcié maou pigna , Pespouvantaou doou gou ! 
En bivaquan la nué lou lon dé la pantiero , 
Dei cavo doou passatouei dous resounavian , 
E su toun jouine espri luzié , din la sorniero , 

Lou Crèdo dé Meste Cassian : 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Ben que' fousses cadeou , alor, ti deleguaves 
Dé m'oouzi desplega lei mistèri dé l'èr ! 



208 CBANSONS PROVENCALES 

Buvies toulei mei mo ; souventei fé boumbaves : 
Cassian , mi fasies , semblo qué dia lou ver ! . . . 
Aro sies un saven ! as treva leis escolo ; 
T'an apré lou desdein deis encian , ei tubé ; 
E ti parei foulié dé fisa ta boussolo 

Oou \iei qué soou ni À ni B. . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Enfan ! rigues pa troou dé Cassian , doou gro pastre 
Soun plan es lou soulé mounte vèsse l'espouar ! . . . 
L'a dejà cinquanto an qué liegi din leis astre : 
Moun silabèro d'or garisse dé la mouar ! . . . 
Menavi rescaboué dé Louei dé la Varruno 
Dei couelo dé la Nerto à fe Baoumo-Borboun , 
Lou souar qu'ai devina lei secrè dé la luno 

Su la battarié dé Niouloun ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; Tome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Maduro avan lou. ten , ma testo , qué vies blanquo , 
A glena quaouquei gran dedin chasque gara. 



i 



DE VICTOR GELU. 209 

Mies qué lou marguiié qué rounflo su sa banquo 
Ai souven tria dé grame ei sermoun doou cura. 
Dei prepaou dei moussu , dei cansoun dei femèlo , 
Dei questien dei nistoun , surtou , mi sieou nourri : . 
Tan qu'un secrè nouveou coutiguo sa cervèlo 

Lou senigran voou pa mouri ! 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; Pome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Vidaou , l'a quatorze an , parties coumo nouvici ; 
A bor doou Souverein revenes timounié : 
Un marin dé l'Eta duou avé dé judici , 
Eou qué su tan d'esteou a vi la brefounié ! 
S'à teis ouro dé quar lou ven a tira mouele , 
As ben agu fissa , dé teis uei espandi , 
Lei millien dé millien dei vïolo doou ciele : 
Mestre , t'oourien jamai ren di ?. . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
Enmouren regrïan ; l'ome, quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou flrmamen ! 

Midies qué toun major crei ren d'uno aoutro vido ; 

Qu'en chaplan nouesto peou , Vooutis doou medecin 

18. 



310 CHANSONS PROtENCALES 

L'a jamai trouva l'amo , é qu'uno fé goouzido , 
Ta carcasso voou tan coumo aquelo d'un chin ! . . . 
Mai la lenguo dé fué qué pouigne toun cadabre , 
E ti creido : toujou mountaras ! lanço-ti ! 
Serié qu'un marri blé nega dins un salabre ! . . . 
Moun fieou , toun major n'a menti ! . . . 
A peri tout entié, qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Lei capelan ti dien : cantaras dé gran-messo 

Duran lei secula , sé vas oou paradis ; 

Mai songeo qu'à Tinfer la pouarto es proun espesso ; 

E si passo qu'un coou su sei pouen levadis ! 

Lou Signour, noueste pèro , alestirié la brazo 

Per nou faire fregi touto l'eternita ! 

Noun , pitoue' ! tou devò qu'armo Dieou d'uno espazo , 

S'es pa jan-foutre , es abeta ! . . . 
À peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; Tome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Ta mèro ti disié tamben qu'oou precatori 

Couelan nouestobugado , un paou fouarto en lissieou , 



DE VICTOR GELU. 24 4 

Per pousqué doou tineou sorti né courao vori , 
Digne dé figura davan leis uei dé Dieou. . . 
Hai souven , per malur, toun linge a tan dé qrasso 
Qué bouïes , oou peiroou , un ten fouero resoun ; 
Surtou qué per lava toun gorbiné d'estrasso 

Ti fan paga chier lou saboun ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou fìrmamen ! 

• 

Es differentamen qué lei cavo si passoun. 
Sieou zèro ; mai degun m'a servi dé bouffé ; 
E coumo ni l'esfrai ni Tembicien m'ènliaçoun , 
Vieou l'abus dé l'ecès é doou manquo dé fé. 
Toun major, toun cura , ta mèro soun dé plagne : 
N'a vun qué fa mestié dé toujou menaça ; 
L'aoutre crèbo d'orguei ; foou qu'aquesto si lagne : 

Suivoun touei tres un cuou dé sa ! . . . 
A peri tout entie , que' servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; Tome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen I 

Dieou mandan sa semenço ei ciele , à Tavanturo , 
Coumo lou bastidan qué sameno soun bla , 



2<2 CHANSONS PROVENÇALES 

Lou gran s'esparpaié lon dé la vouto bluro : 
Qu s'enregué d'eici, qu s'enané d'eila. 
Nouesto grano encapé dé toumba su la terro : 
Aqui rescountrerian noueste premié relès, 
Mounte tan dé doulou duvien nou fa la guerro 
Jusqu'oou suari , despui lou bres ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

m 

Mai lou darnié badaou pa pu leou nous escapo , 
Sian saia aperamoun senso cro ni palan ; 
Aven entamena nouesto segoundo etapo ; 
Anan mai espeli su d'un globou pu gran ! 
Aqui sian dejà mies : aven lou cor dé ferri , 
Vin pan d'ooutou , lei bras emé lei ner d'acié ; 
Creignen ni cirurgien , ni droguo , ni cristèri : 

Counoueissen plu la maladié ! 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qui li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Oou lué dé roupïa su la baouquo, ei feniero , 
Lei mendre dei varlé dormiran assousta 



DE VICTOR GELU. Î43 

Din dé superbei salo , à fenestro en crousiero , 
Su dé lié pu mouflu qu'aqueou dé Fouresta ! 
Davan nouestei casteou lou ríban deis alèio 
Sera tou tapissa dei flou deis arangié ; 
E tou l'an cueïren dé couiBn de dragèio 

Eis aoubre dé nouestei vargié !... 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Aqui rouigaras plu dé galetto mouzido ; 
Ni lieoume mita crus , ni jamboun troou morfi ; 
S'as sé, li buouras plu tan paou Taiguo pourrido 
Mounte oouran destrempa lei troué d'estoquofi ! 
Pa l'oumbro doou rouli dé San-Micheou à Pasquo ; 
Enca men d'aragan à t'escrasa lou pouen ! 
Ven d'à-poupo toujou ! sentiras la bourrasquo 

Qu'en la pantaian , din tei souen ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan , l'ome , quan (^pareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou íirmamen ! 

Adelà fourra plu qué tout un pople laoure 

Per gava finqu'eis uei quaouquei pouar à Tengrai ; 



2Í 4 CHANSONS PROVENÇALES 

M 

Aqui Pooura plu gé dé riche , ni dé paoare ; 
Ni saven , ni bestias; ni beou pitoué , ni lai ! 
Seren toutei parié souto la memo bacbo ! . . . 
Pu gai qué dé jouven qu'an chima Iou claré , 
Oouren nouste bouenur escri dessu la facho , 

Coumo s'érian oou cabaré 1 
A peri tout entié , qué servirié àé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Per qué sachoun lou gous dé la vaquo enrabiado , 
Lei richas marri-couar gardaran lei mooutoun ; 
Li faren soupira touto uno semanado 
Un platelé d'espeouto , un pan senso corchoun ! . . . 
Mai sian pa dé bourreou ! aprè dous an d'esprovo 
Li pouargiren la man per si mettre à l'abri. 
Alor, à sei despen oouran senti la provo 
Qué l'ome es ren , s'a pa souffri ! 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou iirmamen ! 

A cin-cen-milo lèguo oou dessu dei tounerro , 
Sé nou prèn fantasié dé durbi lei journaou , 



DE VICTOR GELU. 245 

Li veiren lei travai qué nouesto ancieno terro 

Fara, per si servi dei forço de l'uiaou. 

Coumo l'aplooudirian , soun assaou dé couragi 

Dei reire-pichoun-fieou é dei reire-nebou , 

Qué voudran counqueri lei nieou à l'arrambagi , 

S'à la fin n'en venien à bou ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

A peno acoumençan la premiero efcistanço , 

Per aco vies degun dire : ai dejà viscu ; 

Mai sounco relachan ei por dé beneranço , 

Qué d'ami si battran per nou vouela dessu ! 

Coumo si souvendren , alor, d'aquestou mounde 

Mounte avian estraia lei claou dé l'aveni ! 

Oou centredei souleou é quan lou maou s'escounde , 

Fa tan bouen dé si souveni ! 
A peri tout entié, qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Aqui retrouvaras ta mèro é sei caresso , 

Ta bloundo Madeloun , tei coulèguo doou bor , 



246 CflANSONS PROVENÇALES 

Toutei lei Rouvenen teis ami dé joueinesso , 
Toun enquié dé cura , toun payen dé major ! 
Qué delici ! oou raitan áé l'urouso famïo , 
Sé passes en brasseto emé toun viei Cassian , 
Dé dire à toun dooutour candi dé merevïo : 

E-ben ! mi semblo qué li sian ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ? 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forge pa per ren : 
En inouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou fìrmamen ! 

Alor dei bouenei gen fenira plu la festo !... 
Mai lei tigre , dé qué si voudran rapela? 
Semblaran d'estrangié ! degun li tendra testo 
Perqué viroun toujou l'aiguo din sei vala ! 
Leisso leis arpagoun ti tratta d'imbecile : 
En ti fasen cheri , moougra tou soun mespres , 
Vidaou , places tei foun mies qué lou pus abile : 

Oou milo per cen d'interes ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , quá li vi tan lun , nou forgé pa por ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Noueste segoun repaou si poou nouma grant-arto 
Si li sian radassa iué-cens an , per Jou men ; 



OE VICTOR GELU. 247 

Hai dé tou l'univer duven suivre la carto , 
Anan cerca pu lun d'aoutrei refrescamen. 
Uno tresiemo fé doun retournan oou viagi : 
Oou bou d'un vira d'uei qu'à peno aven dormi T 
Si revïan adaou, ben pu fìer é pu sagi , 

Ei saliver dé l'enfini ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan , l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Qué parles dé Paris ? dé sei lume d'agazo ? 
Deis Inde ? dei tresor dé la Califournié ! 
Lei tiatre dé couraou , lei palai dé topazo 
Serien nouestei poussieou , sé fasian dé fumió ! 
D'estèlo doou tremoun , coumo aquelo dei Magi , 
Brularan su lei ciergi , à nouestei proucessien ! 
Quan alluminaren , à nouestei roumavagi, 

Oouren dé luno per lampien ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan , l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Din lou gouffre dei mar, d'un soulé coou d'espalo , 
Mies qué dé pei furan , soutaren oou pu foun. 

19 



248 CJUNS0NS PROVENÇALES 

Travessaren l'espai eme dé largeis alo 
Pu vite qu'un boulé qué souarte doou canoun! 
Senso si li rima vieouren din la flamado ; 
Seren dé pèt-en-cimo enviroouta dé rai ; 
Noueste cor sentira l'ooudou dei ginouflado ; 

Seren dé tourre dé cristai ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié de' neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Qué nou fàran alor sei belei micaniquo ! 
Sei boumbo , sei veisseou , sei globou , sei vagoun ! 
Sei pistoun , sei vapour, sei souenaio eletriquo! 
Tan dé jugué dé mouar entre man dei pichoun ! 
Tan d'engien fabriqua per si roumpre lou couele , 
Que' lou paoure mooudisse é paguo dé soun san , 
E qué soun enventour, quan fenisse pa ei fouele , 

Es segu dé mouri dé fan ! . . . 
A péri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan jiispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen 1 

La jalousié deis ome é sei bruteis entriguo , 
Coumo s'en truffaren , quan seren tou-puissan ! 



DE VICTOR GELU. 219 

Per quaouquei pessu d'or s'escaloun à la biguo , 
Trouvaren à manès lei mouloun dé diaman ! 
S'à la retiro-puou deraboun d'espouleto , 
Dé capeou galouna , dé mitro dé satin , 
Qué sera tout aco , senoun dé pampaieto 
Su d'un lai viesti d'arlequin ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Mai alor qué bouenur d'oublida la coulèro ! 
Dé jouï doou printen senso apranda l'îver 1 
Dé dire ei capouchin qu'esfraieroun ta mèro : 
Reveran , bouffa-li su lei brasié d'infer ! 
Dé dire à Hadeloun , quan lou pies li ressaouto : 
Din noou-milo an d'eici , gento caligneiris , 
Coumo vui , per passien ti mangearai lei gaouto , 

E toujou mordrai frui requis ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Mountan , mountan toujou dé planeto en planeto ; 
Doou camin dé San-Jaque ei plano doou souleou. 



920 CHANSONS PROVENCALES. 

Leissan à man senèquo un clapié áé coumeto... 
E su chasquo estacien sian pu fouar é pu beou ! . . . 
Tanti-aou creignen plu qué la testo nou vire : 
Talamen sian parfè courririan su d'un fieou ! 
Vian tou ; counoueissen tou ; pouden tou ; per tou dire 

Anfin , Vidaou : sian eme Dieou ! . . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou firmamen ! 

Mestre, t'ai amarra su l'ancro d'esperanço : 
Vai acaba ta pleguo entre leis afama , 
E quan oouras feni ta vido dé soufranço , 
Vene trouva Cassian ei péis enbeima. 
Doou calici dé feou poues escouela lei gouto : 
T'ai coupa lou bastoun qué ti duou sousteni ; 
Parti premié ; veiras mei piado su la routo ; 

M'agantaras à Tembruni. . . 
A peri tout entié , qué servirié dé neisse ! 
Dieou , qué li vi tan lun , nou forgé pa per ren : 
En mouren regrïan ; l'ome , quan dispareisse , 
Va pupla leis estèlo oou foun doou fìrmamen ! 

Novembre 1854. 



UGMONI 



Air : Amélie , hélas .' rnoins fière. (Visiteà Bedlam.) 

Oh ! din qu'unei taranino 

S'èro embuia moun espri, 

Quan suivieou , à la dooutrino, 

Lei liçoun dé pèro Ooudri ! 

Ben lun d'estre fran demoni , 

Mi cresieou qué lou bouenur 

Ero dé dré per lei toni , 

Lei beà, leis enfan dé cur ! 
Mai despui qu'en fasen mei classo 
Oou mitan dei destermina, 
Ai \i lei bouen porta la biaço, 

Mi sieou di : siguen fena ! 

Qué sertodésigena? 

Mangeo-merdo es lou crentous ; 

Qu si gèno ven gibous ! 

Coumo l'amendo abelano 

Ero duro, é facho oou tour, 

Louiso , uno bèlo crestiano, 

Moun pieouzelagi d'amour ! . . . 

Li vieou la burbo fassido 

19. 



222 chànsons provencales 



* 



Su la fin doou segoun mes. 

M'avié counsacra sa vido, 

E la planti din l'empes 

Coumo sortieou à la carriero, 
Dé Testro, eme un cris dechira, 
Louiso partié testo premiero — 

Mi sieou pa mancou vira. . . . 

Vai, Demoni! fai tira! 

Mangeo-merdo es lou crentous ; 

Qu si gèno ven gibous ! 

Dessena qu si trebouero 

Dé tan paou ! . . . dé ren de tou ! 

La mestresso qué jangouero 

Es qu'un marri pissadou. 

Si ramplisse é pui s'embriguo : 

Dei tarraio es lou destin. 

Ieou n'enfremini lei briguo , 

Sé toumboun su moun camin 

Qué ma fortuno s'aquilibre : 

L'a plu qué ieou din l'univer ! 

Ai vint an ! sieou malin ! sieou libre ! 

Lou mounde entié m'es duber ! 

Ai fa pacho eme Tinfer ! 

Mangeo-merdo es lou crentous ; 

Qu si gèno ven gibous ! 



DE VICTOB GELU. 223 

A fougu chiffra dé testo 

Per escala mounte sieou ! 

L'ai tesado, l'ooubaresto, 

Per pesca quaouquei chichieou ! 

Enfan d'un varlé d'estable, 

Sensalò dei carretié, 

Mi sieou tirassa minable 

Lon-ten coumo rassetié ! 
Quan chascun ti nèguo lou credi, 
Qué dé pertou foou faire chi, 
Mettries proun man ei gran remedi ; 

Mai s'à peno poues trachi, 

Lou mouyen de fa ranchi ! . . . 

Mangeo-merdo es lou crentous ; 

Qu si gèno ven gibous I 

Pinateou eme Simoni, 

Dousmoounié dejà cala, 

Mi venoun dire : Demoni, 

S'assoucian ; nou foou de bla. 

Nou n'en tendras à bel-eime 

Mouyenan la coumissien 

Doou cin ; es un pouli deime : 

Countan su ta discrecien ! . . . . 
Es counvengu.... sieimes si passoun; 
Lou bla proumé, Tai proucura. 



224 CHANSONS PROVENÇALES 

Entantou mei tourdre s'estrassoun ; 
E ben leou li restara 
Ren qué leis uei per ploura.... 
Mangeo-merdo es lou crentous ; 
Qu si gèno ven gibous ! 

Ai gratta su sei fatturo 
Leis esconte à chapelé ; 
L'ai rouigna su la mesuro, 
En fourran mei cavalé ; 
Ài crevela din sa tuello 
Dé peiretto de la mar; 
Ai mela din sa richello 
De moundïo jusqu'oou quar ! 
Tamben, oou bou de la campagno, 
Tenieou quaranto millo fran 
Deis assoucia fouele dé lagno ; 
M'en duvien encaro ooutan ; 
E poousavoun soun bilan ! 
Mangeo-merdo es lou crentous ; 
Qu si gèno ven gibous ! - 

Leissi ni pielo ni maio 
En qu passo à moun tamis : 
Ai mé Bounaou su la paio 
En li serven dé coumis. 



DE VICTOR GELU. 225 

Bounaou counouei la musiquo, 

Talen dé gagno-peti ! 

Voou plu ren per domestiquo : 

Soun cerveou es entouarti. 
Si lougara tambourinaire. . . . 
S'èro men rede, pagarié 
Per estre moun ome d'affaire ! . . . 

Mai Demoni n'en ririé : 

Oou large ! leis avarié ! . . . 

Mangeo-merdo es lou crentous ; 

Qu si gèno ven gibous ! 

S'ai croumpa la marchandiso 

Pres-courren ei fin voulur 

Qu'an fleira din ma remiso 

L'entrepaou doou recelur, 

Eis aprendris doou rapiamus 

Qué chichounoun su l'impos, 

Li dieou : senso cataplamus, 

Crèbo en dintre lou depos ! 
Que d'abïo din moun eissame ! 
Per meissouna lou plen pouigné 
Ensin mi passi dé Tourame .... 

Qu refuso lou bigné, 

Lou menaci doou couigné. 



226 CBÀNSONS PROVEHCALES 

Mangeo-merdo es lou crentous'; 
Qu si gèno ven gibous ! 

Gè d'ami qué noun chabisst : 

Couesto dé lei manteni. 

Qu m'empacho, l'espooutissi ; 

Qu m'ajudo, n'es puni. 

Resto dré, tu, qué m'assèti I. . . 

Sies oou quicha dé la claou? 

Tan-pis ! foou qué mi H metti ! . . . 

Sies moun frèro ? m'es egaou ! . . , 
Parles doou san, dé la famïo? 
Ieou, mei paren mi soun suspè 
Quan mi despassoun la cavïo. 

Jouine é viei, senso respè, 

Caouqui tou souto lei pè ! . . . 

Mangeo-merdo es lou crentous ; 

Qu si gèno ven gibous ! 

Aníìn ai mounta la pouncho 
A la barbo dei fada ! 
Su leis aiguo lei pu founcho 
Lou raquin pourra neda ! 
Ai fouesso peiro plantado, 
E lou coffre ben prouvi : 
Dé senti lei cambarado 



t>£ VlCTOft GELU. 227 

Qué n'escumoun, sieou ravi !.... 
Agneou ! vanta vouestoinoucenço, 
Voueste ounour, vouesto boueno-fé : 
Lou fassetoun dé la councienço ! . . . 

En vou aerran , ome fè , 

Sa senglo vous estouffé ! 

Mangeo-merdo es lou crentous ; 

Qu si gèno ven gibous ! 

Lou Demoni, quan s'amuso, 

Es prevò dé porcarié : 

Oou poussieou ! vengue dé guzo ! 

Su la testo lei flourié ! 

Vieouten-si dedin la fanguo ! 

Lei maleroué van brounca, 

E soun cor fara restranguo 

Per lou vin qu'oouren raca ! . . , 
Ieou, mei vouaddè lei pu sublime 
goun d'invencien dé gro farçur : 
Jouïssi qué dei sale crime ! 

Entrelardi moun bouenur 

Dé plesi d'escarrissur ! 

Mangeonuerdo es lou crentous ; 

Qu si gèno ven gibous ! 

Senso fé, pui impoucrito : 
, Jtfei vici soun assorti. 



228 CHANSONS PJtOVENCALES 

Tou viei diable ven ermito : 
Singearai lou counverti. 
Lei beni dé ma parouasso , 
Qu'incensoun lei louei tara, 
Segu mi gardoun ma plaço 
Souto l'envan doou cura. 
Sera curieou , sounco m'attali 
Eme Oouber lou controbandié , 
Per souspesa lei flo doou pali ! . . . 
Presiden dei marguiié, 
Serai lou san doou quartié ! 
Mangeo-merdo es lou crentous ; 
Qu si gèno ven gibous ! 

Déjà li sieou à la sousto ! 

Qu's qu'oougearié m'accusa ? 

Li mitounarieou sa rousto : 

Serié tan leou escrasa ! 

Qué voularié qué coumbini, 

Sieou troou ouneste : ai ruissi ! . . . 

Lou bestiari qué dooumini 

Si counfounde en gramaci ! . . . 
Dooumina ! sensacien parfèto ! 
Dooumina meme su lei prieou ! 
gies ben pu dous qué la Ninèto 1 

Qrguei qué m'aoussps ei nieou , 



DE VICTOR GELU. 229 

Sies un delici dé Dieou ! 
Mangco-merdo cs lou crenlous ; 
Qu si gèno ven gibous ! 

E pamen moun su frouncisse ; 

Moun chevu s'es enrari ; 

Tou beou jus moun pous glatisse ; 

Qu soou despui qu'ai plu ri ! 

Foou pieta , tan veni maigre ! 

Sieou en guerro eme lou souen ; 

Moun Malaga mi semblo aigre ; 

Lei peti-pié soun plu bouen ! . . . . 
Ah ! qué danreio dé ressourço 
Jouven, imour-gaio é santa ! . . . 
Dooumagi qué manquoun en Bourso ! 

Sé si poudien broucanta ! . . . 

Sé poudieou lei fa peta ! . . . 

Mangeo-merdo es lou crentous ; 

Qu si gèno ven gibous ! 

E ma pichouno Angelino 
Qué foou istruire oou couven ? 
L'aimi tan ! . . . Es uno espino ! 
Qué dira sounco reven ?. . . 
Deis engoueisso dé sa mèro 

Si douto pa, boueno-di ! 

20 



230 CHANSONS PROVENÇALES. 

Mai, en estudian soun pèro, 
Sá coumpren qu'es un bandi ! . . . 
Triste bessai en qu m'acipi ! . . . 
Dei sentimen qu pouarto doou, 
Pleidegeo plu su lei principi .... 
Metten qué li fagui poou, 
Ma fío n'ooura dé troou ! 
Ai rendu soun sor urous : 
Qu si gèno ven gibous ! 



Février 1855. 



VEOCZO MfiGl 



Air : i4 la frontière ! (de Bérat, ) 

Eier as passa la reformo : 
Avian degun per n'ajuda , 
Cadé : sies bastí din lei formo ; 
As tira trege, é sies sorda ! 
Lei coucho-buou , su nouestei terro , 
Fan soun rabai per la tuarié ; 
Li vas garni sa boucharié , 
Moun bel agneou ; vas à la guerro , 
Paga Timpos dé ma misero ! 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Qué cresto mai tan de famïo ! 
L'aboulissé , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsïo ! . . . 
Es pa la lei : es uno ourrour ; 
Es un decrè dé la Terrour ! 
Es lou couteou dé la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

Oou bou dé vounze an dé mariagi , 
Toun pèro , en mouren , m'a leissa 



£32 CHANS0NS PROVENCALES 

Sèt orfelin doou pu bas iagi 
Senso uno pielo din lou sa. 
Ai esenta per privilegi 
Toun einè, lou garo-bouen-ten , 
E vui , Cadé , tu , moun soustien , 
Ti venoun prendre à veouzo Mègi ! 
Mi n'es mouar cin ; saouvi lou piegi ! . . 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Que cresto mai tan dé famïo ! 
L'aboulissé, noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsïo ! . . . 
Es pa la lei : es uno ourrour ; 
Es un decrè de la Terrour ! 
Es lou couteou dé la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

Quan leis avesque , aprè la messo , 
Oou noum d'un Dieou enverina , 
Venoun benezi la jouinesso 
Qué parte per s'entresoouna ; 
Quan nou cantoun sei merevïo 
S'a ben gaffouia soun sadou , 
Coumo un chin dé Tadoubadou , 
Din lou san jusqu'à la cavïo , 
Suzoun , qué plouro , es uno empïo ! . . . 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 



D£ VICTOR GELU. 233 



Qué cresto mai tan dé famïo 1 
L'aboulissé , noueste bouen rei 
Si suivié plu dedin Marsïo ! . . . 
Es pa la lei : es uno ourrour ; 
Es un decrè dé la Terrour ! 
Es lou couteou dé la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 



Oou pounchoun dé ta baiounetto , 
Pitan la glori per broumé, 
Ei gouapou vas faire esquinetto 
Senso gagna un troué dé plumé. 
Sé doou plan-pè dé la canaio 
Eis oouturo de l'eml)icien 
N'escalo vun su d'un millien , 
Lou forniguié dé la pessaio 
Resto bordïo dei bataio. . . . 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Qué cresto mai tan dé famïo ! 
L'aboulissé , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsïo ! . . . 
Es pa la lei : es uno ourrour ; 
Es un decrè de la Terrour ! 
Es lou couteou dé la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

20. 



234 CHANSONS PROVENÇALES 

Àgroumandi dé tei despouio , 
Sé l'enemi , din toun endré , 
Venié per ti cerca garrouio 
E sacregea tout adarré , 
Alor dirieou : guerro d'outranço ! 
Cadé , piquo-li doou gro bou ! 
Roumpe lou Russou ! mangeo-lou ! 
Mai dé bounias qu'an ta croyanço , 
Tan lun li porta la souffranço ! . . . . 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Qué cresto mai tan de famïo ! 
L'aboulisse , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Harsïo ! . . . 
Es pa la lei : es uno ourrour ; 
Es un decrè dé la Terrour ! 
Es lou couteou dé la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

Meste Mouscou , lou viei moundaire , 
Qué sian vesin , é qu'a servi , 
Souven nous a counta , pechaire , 
Lei desastre mounte s'es vi . 
Quan mi figuri soun armado 
Perdudo oou foun dé Pestrangié , 
Tan de malur , tan dé dangié 
Qué m'estanaioun mei pensado , 



DE V1CT0R GLLU. 235 

N'en sieou à la desesperado ! . . . 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Qué cresto mai tan dé famïo ! 
L'aboulissé , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsïo ! . . . 
Es pa la lei : es uno ourrour ; 
Es un decrè dé la Terrour ! 
Es lou couteou de la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

Testo su coué , coumo d'anchoïo , 
Embarquoun à bor d'un vapour, 
Qu'ei grossei mar sa patto es goïo , 
Lei vitimo doou chan d'ounour ! 
Foueitado per la tremountano , 
Din lei negro nué dé febrié , 
Su lou pouen l'oundo t'embornìé ; 
Ti li remouques senso vano , 
Vieoulé coumo uno merengeano ! . . . 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Qué cresto mai tan dé famïo ! 
L'aboulissé , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsïo!... 
Es pa la lei : es uno ourrour ; 
Es un decrè dé la Terrour ! 



236 CHANSONS PROVENÇALES 

Es lou couteou de la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

Ensin carga jusqu'à la boundo , 
Oou premié coou dé l'aragan , 
Voueste bastimen si prefoundo , 
Engloutissen milo crestian.... 
Pa uno craturo qué survesse 
Dé la malo-desoulacien ! . . . 
Oourai pa la counsoulacien , 
Fran qu'un jou lou gouffre entié vesse , 
Dé saoupre mounte soun teis ouesse ! . . . 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Qué cresto mai tan dé famïo ! 
L'aboulissé , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsïo ! . . . 
Es pa la lei : es uno ourrour ; 
Es un decrè dé la Terrour ! 
Es lou couteou dé la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

Metten qué débarques escape 
A noou-cen lèguo doou peis , 
Cadé , foou qué la mouar t'arrape : 
Toumbes en plcn dedin lou tris ! 
Pa pu leou t'an nouza Tamarro , 



DE VICTOR GELU. 237 

Prenes lei massacre à prefa ; 
Su dé mesquin qué t'an ren fa 
Courres dé-suito douna barro : 
Doou ten ti juguoun dé fanfarro ! . . . 
Dien qu'es la lei : aiTrouso lei 
Qué cresto mai tan dé famïo ! 
L'aboulissé , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsïo ! . . . 
Es pa la lei : es uno ourrour ; 
Es un decrè dé la Terrour ! 
Es lou couteou de la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

Sé l'ordre dé toun capitani 
Pouarto : en-avan ! é mouestro-ti ! 
Li poues jamai respouendre : nani ! 
Es toun mestié d'estre espoouti ! 
Jarretoun din lou bouiabaisso , 
Dei ballo creignes lou siblé ; 
Mai à la grèlo dei boulé 
Duves espino , car é graisso : 
Brandaras pa souto sa raisso ! . . . 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Qué cresto mai tan dé famïo ! 
L'aboulissé , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsìo ! . . . 



238 CHANSONS PROVENÇALES 

Es pa la lei ; es uno ourroup ; 
Es un decrè de' la Terrour ! 
Es lou couteou dé la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

Tout espïa , la cheino oou couele , 
Dei Russou ti \ieou presounié , 
Senso maire qué ti counsouele 
E soulage toun agounié ! . . . . 
Su tei pas moun espri vooutegeo : 
Buves Taiguo dei gour fangous ; 
As dé carogno per ragous ; 
Ti vieou estendu din la nègeo , 
Tou maqua dé coou dé courregeo ! . . . 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Qué cresto mai tan dé famïo ! 
L'aboulissé , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsïo ! . . . 
Es pa la lei ; es uno ourrour ; 
Es un decrè dé la Terrour ; 
Es lou couteou dé la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

Ti soouvaries dé la tempesto , 

Dei geou , doou Russou , dei canoun , 

La pourras-ti fugi , la pesto , 



DE VICTOR GELU. 239 

Fleou dé Dieou qu'a gé dé pardoun ! . . . 
Mura , lun dé tei cambarado , 
Dé poou qué H gastes l'ave , 
Din lou cbambroun d'un Lazaré , 
L'espiraras , ma bèlo niado , 
Priva fíncou d'aiguo-signado ! . . . 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Qué cresto mai tan dé famïo ! 
L'aboulissé , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsïo ! . . . 
Es pa la lei ; es uno ourrour ; 
Es un decrè dé la Terrour ! 
Es lou couteou dé la trípièro 
Oou couar dei mèro ! 

Sabi plu gé d'aoutrei prièro : 
Jèsu , garda moun Benouni ! 
Goï ni manché su d'eiciviero 
Qué lou vigui pa reveni ! 
T'ai fa dire leis avangilo ; 
Mai tan dé paoureis inoucen 
Qu'eme uno cambo, un bras dé men , 
Si tirassoun din nouesto vilo . . . 
Oh ! sé ma fé t'èro inutilo ! . . . 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Qué cresto mai tan dó famïo ! 



240 CHANSONS PROVENÇALES 

L'aboulissé , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsïo ! . . . 
Es pa la lei : es uno ourrour ; 
Es un decrè dé la Terrour ! 
Es lou couteou dé la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

Escounde-ti : foou pa qué parles ! 
Avan tou duves escapa. 
Lei mestre diran qué desartes : 
La lei doou Signour va di pa ! . . . 
Qu'es qué reclamo , la patrio? 
Buai ! dé sei dré taqua dé san ! 
Per ieou , la Franço es moun enfan ! . . 
Sei dré ! . . . . Suzoun ni la poourïo 
N'an pa mancou leis escourïo ! — 
Dien qu'es la lei : affrouso lei 
Qué cresto mai tan dó famïo ! 
L'aboulissé , noueste bouen rei ; 
Si suivié plu dedin Marsïo ! . . . 
Es pa la lei : es uno ourrour ; 
Es un decrè dé la Terrour ! 
Es lou couteou dé la tripièro 
Oou couar dei mèro ! 

Mai 1855. 



CHANSONS FRANCAISES. 



I.A CIVILMATION. 



Am Demonami Charles G ... 

Vive le siècle des lumières ! 

11 a créé la femme-auteur , 

Les lois sages , les moeurs austères , 

Le gaz, les rails-roads , la vapeur, 

L'infínitésimale dose , 

La charte-constitution ! . . . 

jour de Dieu ! la belle chose 

Que la civilisation ! . . . 

Le genre humain a rompu sa lisière ; 

II croit n'avoir plus besoin de teter , 

Et veut trotter 

Sans l'aide de sa mère : 

Chimère ! chimère ! 

21 



242 ghànsons françaises. 

Pour remédier aux fredaines 
De nos modernes demi-dieux , 
Nous avons journaux par centaines, 
Bien vrais , bien consciencieux. . , 
Le méchant parfois les suppose 
Des marche pieds d'amhition ; 
Mais jour de Dieu ! la belle chose 
Que la civilisation ! . . . 
Le genre humain a rompu sa lisière ; 
II croit n'avoir plus besoin de teter, 
Et veut trotter 
Sans Paide de sa mère : 
Çhimère ! chimère ! 



Mon père était un imbécille , 
Se dit Mathieu : suer trente ans 
Et mourir gueux ! . . . c'est si facile 
De s'enrichir en notre temps ! 
Quand l'or pleut pour le niais qui pose , 
Tout tréteau vaut un million. 
jour de Dieu ! la belle chose 
Que la civilisation ! . . . 

Le genre humain a rompu sa lisière ; 

Jl croit n'avoir plus besoin de teter, 
Et veut trotter 



CHÀNSONS FRANÇAISES. 243 

Sans l'aide de sa mère : 
Chimère ! chimère ! 

Une mère , la pauvre femme ! 
Pour manger, livre son enfant 
Aux baisers d'un vieillard infáme , 
De lubricité haletant. 
II ne peut plus cueillir la rose : 
Mais il en souille le bouton. . . 
jour de Dieu ! la belle chose 
Que la civilisation ! . . . 
Le genre humain a rompu sa lisière ; 
II croit n'avoir plus besoin de teter , 
Et veut trotter 
Sans l'aide de sa mère : 
Chimère ! chimère ! 

Quel fou n'aime à trancher du sage? 
Quel morveux ne fait vanité 
De se trouver vieux avant l'âge , 
Le coeur flétri , le corps gâté ? 
Quelle âme , naïve encore , ose 
Avouer une illusion ?. . . 
jour de Dieu ! la belle chose 
Que la civilisation ! . . . 
Le genre humain a rompu sa lisière ; 



244 CHANSONS FRANÇAISES. 

II croit n'avoir plus besoin de teter , 

Et veut trotter 

Sans Vaide de sa mère : 

Chimère ! chimère ! 

Plein de dégoûts , las de misère , 
L'homme , à la fin , s'en va jeter 
Dans le courant d'une rivière 
Le poids qu'il ne sait plus porter . . . 
Et puis à la morgue on expose 
Son corps en putréfaction... 
jour de Dieu ! la belle chose 
Que la civilisation ! . . . 
Le genre humain a rompu sa lisière ; 
II croit n'avoir plus besoin de teter , 
Et veut trotter 
Sans Taide de sa mère . 
Chimère ! chimère ! 



Mars 1838. 



LEU DARICOTS. 



Am : Ce quej'éprouve en vous voyant. 

Grand amateur de mets exquis , 
Je rends hommage , quand je dîne , 
A l'art divin de la cuisine. 
J'aime le saumon , la perdrix ; 
Je savoure le fin salmis. 
La bécasse fait mon délire ; 
J'aime le turbot , Téperlan ; 
On me roûrait pour un faisan ; 
Et cependant , faut-il le dire ? 
Au plus friand de ces morceaux 
Je préfère les haricots. 

Mon légume est avec honneur 

Cité dans nos fastes de gloire : 

Pour bien des gens il est notoire 

Que notre immortel Empereur 

Aimait ce plat à la fureur. 

Et si dans mainte et mainte affaire 

21 



246 chànsons frànçàises. 

Rudement il frotta le dos 
A ses implacables rivaux , 
C'est qu'avant tout préliminaire , 
Pour s'inspirer, notre héros , 
Se lestait bien de haricots. 

Colomb, Faudacieux Génois, 

Dont la tète ardente et profonde 

Sut deviner un nouveau monde , 

 la barbe de tant de rois 

Qui l'avaient rebuté vingt fois ; 

Colomb osa bien faire voile 

Vers Thémisphère des cocos , 

Rien qu'avec trois méchants vaisseaux , 

Son génie et sa bonne étoile , 

Des enragés pour matelots , 

Et quelques sacs de haricots. 

Outre mesure on a vanté 
Pacôme , Antoine , Paul , ermites , 
Et ces milliers de cénobites 
Qui , dans le désert de Scété , 
Se morfondaient d'austérité. 
Voyez un peu le beau miracle ! 
Loin des fripons , des fous , des sots , 



CHANSONS FRANÇAISES. 247 

Vivre à l'abri de tous impóts , 
Etre écouté comme un oracle , 
Durer cent ans exempt de maux , 
Et se nourrir de haricots ! 



L'église , qui veut notre bien , 
En nous imposant l'abstinence , 
Rattacha plénière indulgence 
A ce devoir de bon chrétien. 
Futrce calcul? je n'en sais rien. 
Comme précepte d'hygiène 
J'approuve fort ce canon là. 
Yrai païen les jours de gala , 
Xu moins une fois la semaine 
Je donne raison aux dévots , 
Car je suis fou des haricots. 

Lorsque Phiver sera venu 
De sa neige blanchir ma tête ; 
Lorsque ces riants jours de fête 
Où le bonneur me fut connu , 
Sans retour auront disparu ; 
Quand je n'aurai plus sur la terre 
Que des souvenirs pour amis ; 
Vieux , infirme , accablé d'ennuis , 



248 GHANSONS FRANÇAISES. 

Encor bénirai raa misère 
S'il me reste , au soir du repos , 
Les caresses de mes marmots 
Et ma salade aux haricots. 



Avríl 1838. 



L% miVAISB 



Air : Epoux imprudent , fils rebelle. 

Rien n'est , dit-on , inutile sur terre : 
Tigres, vautours, reptiles venimeux , 
Rois , médecins , famine , peste , guerre , 
Sucs corrosifs , acides vénéneux ; 
L'Etre-Suprême a fait tout pour le mieux... 
Mensonge amer ! détestable fadaise 
Que l'optimisrae est fou de nous conter. 
De bonne foi , qui pourra me vanter 
L'utilité de la punaise ? 

Après avoir doté sa créature 
De riches dons , d'ineffables trésors ; 
Après avoir de l'humaine structure 
Organisé les merveilleux ressorts , 
Et peint du ciel les magiques décors , 
Dieu , qui parfois se permet l'antithèse , 
Dans un accès de caprice brutal , 
Pour nous jouer un tour original 
Nous fit cadeau de la punaise. 



250 CHANSONS FRANCAISES. 

Lorsque Noé , voulant peupler son arche , 
Eut à choisir entre raille animaux , 
Par quelle erreur le digne patriarche 
Déroba-t-il à la rage des eaux 
L'insecte affreux , tourment de son repos ! 
Le mastodoute a péri dans la glaise ; 
L'érudit seul peut parler du saurien ; 
Grâce à Noé , le torrent diluvien 
N'a pas englouti la punaise ! 

Alphonse dix , à bon droit nommé sage , 
Disait parfois : ce monde est de travers ! 
Âh ! s'il m'était donné , pour mon usage , 
De fabriquer un nouvel univers , 
Que d'envieux , de lâches , de pervers , 
J'en exclurais ! . . . et puis , par parenthèse , 
II ajoutait , notre auguste penseur : 
Comme je crains beaucoup les maux de coeur, 
J'anéantirais la punaise. 

Encor , du moins , si l'équité divine 
Egalement eût voulu répartir 
A ses enfants cette horrible vermine ; 
Si les mortels devaient tous en pâtir ; 
Mais non : le riche a pu s'en garantir ! 
C'est au grabat que sa faim elle appaise : 



CHANSONS FRANÇAISES. 254 

Fléau du pauvre , effroi de l'artisan , 

Elle s'arrête au seuil du courtisan : 

Lit doré n'a point de punaise ! 

Père Eternel , écoute la prière 
Du malheurenx qui t'implore à genoux : 
C'est déjà trop que l'homme , en sa misère , 
Même au milieu des ébats les plus doux , 
Soit dévoró des puces et des poux ! 
L'infortuné choîra dans la fournaise 
Si ta bonté ne lui prête secours : 
Daigne épargner un blasphème aux amours ; 
Délivre-les de la punaise. 



Avril 1838. 



LE VIN DCJ CRU. 



àir : Clochette, ma clochette. 

Jadis , d'un ton acerbe , 
Certain gourmet bourru , 
Dans un malin proverbe 
Tança les vins du crû. 
J'ai sur la conscience 
Ce lardon détracteur 
Et veux rompre une lance 
Pòur venger leur honneur... 
Vraiment la bile inspire 
Propos bien incongru ! 
A moins d'être en délire . 

Peut-on maudire 

Ce bon vin du crû ! 

Ce vin qui te dégoûte , 
Tu devrais le bénir , 

Car tu lui dois , sans doute , 

22 



254 CflANSONS FEANGAISES. 

Plus d'un beau souvenir : 
Ta première maîtresse , 
Ta première chanson , 
Et ta première ivresse , 
Et ton premier juron ! . . . 
Vraiment la bile inspire 
Propos bien incongru ! 
A moins d'être en délire , 
Peut-on maudire 
Ce bon vin du crû ! 



Plaisir, gaîté, folie, 

Bouce simplicité , 

Fine plaisanterie , 

Candeur , naïveté , 

Extase , élans , bien-être , 

Esprit facile et dru , 

Chacun peut vous connaître , 

En s'abreuvant du crû. 

Vraiment la bile inspire 

Propos bien incongru ! 

A moins d'être en délire , 
Peut-on maudire 
Ce bon vin du crû ! 



CHANS0NS FRANÇAISEft. 255 

D'une terre chérie , 
produit bien-airaé , 
En vain la raillerie 
Ta honni , diffamé. 
En dépit de ton juge , 
Tu n'es pas moins reste , 
Depuis l'eao du déluge , 
Seul vin de vérité. 
Vraiment la bile inspire 
Propos bien incongru ! 
A moins d'étre en délire , 

Peutron maudire 

Ce bon vin du crû ! 



Las ! tout n'est qu'imposture 
Au siècle où nous vivons ! 
L'homme ingrat dénature 
Du ciel les plus purs dons ; 
Et d'un poison chimique 
Arrosant son menu , 
Du bon goût il se pique 
En dénigrant le crû. 
Vraiment la bile inspire 
Propos bien incongru ! 
A moins d'être en délire , 



956 CHANSONS FRANÇAISES. 

Peut-on maudire 
Ce franc vin du crû 1 

Préférer au solide 
La couleur ou l'éclat ; 
D'un breuvage perfide 
Le fumet d'apparat 
A la chaleur sincère 
Du plus franc des amis , 
Buveurs , est-ce là faire 
Preuve d'un goût exquis ? 
Vraiment la bile inspire 
Propos bien incongru I 
A moins d'être en délire , 
Peut-on maudire 
Ce franc vin de crû ! 

Que très-haut l'on renomme 
Chypre , Tokai , Xérès ; 
Moi je n'y trouve , en somme , 
Que déboire et regrets. 
Le mal au coeur me gagne 
Quand trois coups j'en ai bu ; 
Sans battre la campagne 
J'avale hectodu crû. 
Vraiment la bile inspire 



chànsons françaises. 257 

Propos bien incongru ! 
A moins d'être en délire , 

Peut-on maudire 

Ce franc vin du cru ! 

Tant qu'à Sparte on sut boire 
Les vins de l'Eurotas , 
L'on y connut la gloire 
Et les Léonidas. 
Et si Lacédémone 
Perd sa fière vertu , 
C'est dès qu'elle abandonne 
Brouet et vin du crû. 
Vraiment la bile inspire 
Propos bien incongru ! 
A moins d'être en délire , 

Peut-on maudire 

Ce franc vin du crû ! 

Avec toi mon grand-père , 
Type des bons vivans , 
Egaya sa carrière 
Plus de quatre-vingts ans. 
Ami de ma jeunesse , 
Donne-moi comme à lui 
Une verte vieillesse . 



258 CHANSONS FRANÇAISES. 

Libre de tout ennui. 
Et quand de plier l'aîle 
L'instant sera venu , 
Si j'ai besoin de zèle , 
Sois moi fidèle 
Vin chéri du crû . 



Mai 1838. 



IìA LOI SOMPTUAIRE. 



DODBLE PÉTITI0N A LA CHAMBRE DES DÊPUTÊS. 

Am du vaudeville de la Partie oarrée. 
LE RICHE. 

Notre costume a besoin de réforme , 
Prenez-y garde , honorables élus ; 
Car son tissu, sa couleur et sa forme 
Déjà chez nous ont produit trop d'abus. 
Nous réclamons votre aide tutélaire 
Pour çonjurer bien des calamités; 
Faites-nous donc une loi somptuaire , 
Messieurs les députés. 

LE PAUVRE. 

D'un voile saint Timpudeur se décore ; 

L'étroit collet du petit Champion* 

Ne peut cacher Torgueil qui le dévore ; 

Sous un rabat couve Tambition. 

Du magistrat l'hermine qu'on vénère , 

Recouvre , hélas ! bien des iniquités ! 



260 CHANSONS FRANCÀISRS. 

«t 

Faites-nous donc une loi somptuaire, 
Messieurs les députés. 

LE RICHE. 

Rangez la plèbe en vingt catégories; 
Imposez lui l'habit comme le cens; 
Àux seuls Crésus laissez les fantaisies ; 
Livrée à tous , hormis pour les puissants. 
Eh quoi ! bientôt le mince prolétaire 
Irait vêtu comme nos sommités ! 
Faites-nous donc une loi somptuaire , 
Messieurs les députés. 

LE PAUVRE. 

Donnez la pourpre aux gens de la justice ; 
Aux courtisans les chausses d'Arlequin , 
Le rouge fauve aux limiers de police , 
Et le vert sombre à qui n'a point de pain. 
Prêtre , revêts la bure au sanctuaire : 
Tes cheveux blancs seront mieux respectés. 
Faites-nous donc une loi somptuaire , 
Messieurs les députés. 

LE RICHE. 

Les jeunes gens ne veulent plus de maître : 
II faut mâter ces hardis parpaillots , 



CHANSONS FRANÇAISES. 264 

Et les tenir , au moins , pour leur bien-être , 
Jusqu'à trente ans sanglés dans leurs maillots. 
Nous saurons bien les forcer à se taire, 
Quand ils auront bras et pieds garrottés, 
Faites-nous donc une loi sornptuaire, 
Messieurs les députés, 

LE PAUVRB. 

Simple fichu te rend assez jolie , 
Et pleurs de sang ne sauraient le tacher ; 
Ce cachemir qui cause ton envie , 
Jeune Betty , garde-toi d'y toucher ! 
Ce cachemir, enfant ! n'est qu'un suaire 
Où Fon coudra ta soif de vanités ! . . . 
Faites-nous donc une loi somptuaire , 
Messieurs les deputés. 

LE RICHE. 

Votre de'cret à la hiérarchie 
Redonnera les droits qu'elle a perdus. 
Dieu ! quèl malheur , si notre monarchie 
Voyait encor tous les rangs confondus ! 
Si de nouveau le char quittait ròrnière , 
Que pour le coup nous serions maltraite's ! 
Faites-nous donc une loi somptuaire , 
Messieurs les députés, 



262 CHANSONS FBANÇAI8ES, 

LE PAUVRE 

Jusqu'au tombeau, malheureux, l'on te navre ! 
Va ! comme un chien descends-y , sale et nu : 
La soie et Tor recevront le cadavre 

Du riche ingrat , du faquin parvenu 

Ah ! le niveau doit régner sur la bière , 
S'il est proscrit de nos sociétés ! . . . 
Faites-nous donc une loi somptuaire , 
Messieurs les députés. 



Octobre 1838. 



LBti imPÉivrricNft. 



Am : Ùieux ! qu'un seuljour éblouissant ma vue, 

A quatorze ans , pour mainte espièglerie 
Mis hors la loi du senat lycéen , 
Mon professeur àit un jour : je parie 
Faire amender notre petit vaurien. 
Voyons , Pauline reviens à toi ; raisonne. 
Moi , raisonner ' c'est bon pour les pédans l 
Jamais sermon n'a corrigé personne : 
Convertisseur , vousperdez votre temps. 

Fuis ies garçons , ma fille , dit Gertrude ; 
 tes dépens , sinon , tu sentiras 
Combien ils sont pétris d'ingratitude , 
Traîtres , menteurs , sans pitié , scélérats ! . . . 
Jáais , grand-maman , iui répond la friponne : 
Vous les avez écoutés , ces méchants .... 
Jamais sermon n'a corrigé personne : 
Convertisseurs , vous perdez votre temps. 

Eh ! quoi ! toujours la menace à la bouche ! 
De nos bienfaitstù voudrais t'indigner, 



264 CHANSONS FRANÇAISES. 

Toi , plébéïen ! ta vanité farouche 
Ne saura donc jamais se résigner ! 
Appaise-toi ; nous te ferons l'aumône ; 

Un hôpital recevra tes enfants 

Jamais sermon n'a corrigé personne : 
Convertisseurs , vous perdez votre temps. 

Pour adoucir les peines de tes frères 
L'huile et le baume est remis en ta main , 
Prêtre : as-tu soin de toutes nos misères ? 
Périrais-tu pour sauver ton prochain ? 
De tes vertus montre-nous la cotìronne : 
Sais-tu calmer ton coeur, vaincre tes sens?..., 
Jamais sermon n'a corrigé personne : 
Convertisseurs., vous per.dez votre temps. 



N'écoute :point une aveugle colère ; 
Pardonne à ceux que tu voulais punir , 
O roi ! ce sont tes enfants ; sois bon père : 
II est si.doux de se faire bénir ! 
Poirr écarter les poignàrds de tontrône 
Bonté vaut mieux que vingt mille sergents . 
Jamais sermon n'a corrigé personne : 
Convertisseurs , vousperdez votretemps. 



Pour rinfini lorsqu'un de nous détale, 
S'il espérait se tenir accroché 



CHANSONS FRANÇAISES. 265 

Long-temps encore à la planche fatale , 
Vraiment contrit dirait-il : j'ai pe'ché ! 
Sans nous frapper tant que la foudre tonne , 
Nous sommes tous d'affreux impénilens. 
Jamais sermon n'a corrigé personne ; 
Convertisseurs , vous perdez votre temps ! 



Octobre 1838. 



n 



E,K CANAL DE MAMBIEJLB. 



Am : Oui , /e» conviens , Gillette est hienjolie. 

Décidément tu gagnes la partie : 
Tes envieux sont réduits à quia ; 
Fils de Paride et vieille Massilie 
Tu peux cbanter enfin Palleluia. 
Le ciel a beau vouloir y mettre obstacle ; 
Sur tes rocs nus , sur ton sable natal 
Les oasis vont fleurir par miracle : 
On t'a permis de creuser un canal. 

Mais aujourd'hui que tout cadeau s'escompte , 
II faut payer des bienfaits aussi grands. 
Tes magistrats ont déjà fait leur compte ; 
II est nourri : dix millions de francs ! . . . 
De tes Riquet pour stimuler le zèle , 
Cent mille écus enfleront le total. 
Courage , allons ! vide ton escarcelle : 
On t'a permis de creuser un canal. 

Dieux ! quels gros choux ! qùels navets ! quelles raves, 
Dans ton terroir , immense potager ! 



268 CBANSONS FRANÇAISES. 

Combien les fruits mûriront plus suaves 
Au riche Eden qui sera ton verger ! 
Mais ces trésors le luxe s'en empare ; 
On les ravit à ton humble régal ; 
Plus abondant , le fruit devient plus rare : 
On t'a permis de creuser un canal. 

Depuis vingt ans si ton heureuse ville 
Poijr ses travaux a faute d'ouvriers , • 
On y mettra bon ordre , sois tranquille : 
L'on va créer usines par milliers .... 
Le paupérisme a gangrené la terre , 
Sans t'imprimer son stigmate fatal ; 
Plus tard , hélas ! fuiras-tu cet ulcère ! 
On t'a permis de creuser un canal. 

L'édit du prince a commuê ta peine : 
Dorénavant de faim tu dois pâtir ; 
Jadis la soif te mettait hors d'haleine ; 
Tu souffriras toujours , pauvre martyr ! 
Car chaque goutte en ton verre épanche'e , 
Payant la dîme au fisc municipal , 
Te coûtera de pain une bouchée : 
On t'a permis de creuser un canal. 

Mais , diras-tu , ce trib'ut qu'on prélève , 
Combien de temps ai-je à le supporter ? 



chànsons françaises. 269 

Puisqu'à mes frais le monument s'élève , 

Me sera-t-il donné d'en profiter ? 

Oh ! sur ce point que ton coeur se rassure : 

Si le destin te préserve de mal , 

En dix-neuf cent tu boiras de l'eau pure : 

On t'a permis de creuser un canal. 



Noverabre 1838. 



23. 



LfcS POUMONS 



Air : Unpage aimait lajeune Adèle. 

Quand l'Éternel , ennuyé de lui-même , 
Eût arrondi tous les orbes divers , 
Par l'effet seul de son vouloir suprême , 
II harangua notre immense univers. 
Son premier mot fut un coup de tonnerre 
Qui fit tourner l'infini sur ses gonds. 
Pour mettre en branle une telle charnière , 
Dieu dut avoir de terribles poumons. 

Un pur esprit est un nom qui nous choque : 
Être sans corps peut-il s'imaginer ? 
Quand Dieu sprtit père Adam de sa coque , 
C'est son portrait qu'il voulût dessiner. 
Aussi d' Adam les cris épouvantables 
Terrifiaient mammouths , tigres , lions. 
Pour subjuguer ces monstres formidables , 
Dieu lui forgea de terribles poumons. 

Les \ieux Romains , maîtres de l'ancien monde 
Où leur orgueil se trouvait trop serré , 



272 CHANSONS FRANÇÀISES. 

Àuraient-ils pu déployer leur faconde 
Dans des salons de vingt pieds au carré? 
En longs éclats leur voix retentissante , 
Frappant l'écho de leurs vastes forums , 
Electrisait la foule mugissante , 
Tant ils avaient de terríble6 poumons. 

Tout est changé : Phomme honnit la force ; 

Du poids des ans Hercule est éreintó. 

Si notre siècle a poli son écorce 

C'est aux de'pens de sa virilité. 

De nos castrats , loin de percer la nue , 

Le cri n'est plus qu'un bruit de mirlitons ; 

Et Téloquence a perdu sa massue ; 

La voix de bronze et les rudes poumons. 

Les défenseurs de la chose commune , 
Nonchalamment viennent balbutier , 
Petits propos à la même tribune , 
Où rugissait Mirabeau , mâle et fier. 
Plus d f orateurs ! . . . de la flamme sacrée 
S'en vont mourant les derniers lumignons. 
Nos Démosthènes ont besoin d'eau sucrée ; 
Nous n'avons plus de terribles poumons. 

Et que m'importe, à moi , que votre presse , 
Stentor bavard , vous prête ses cent voix ? 



CHANS0NS FRANÇAÏSFS. 273 

Que du canon la foudre vengeresse 
Proclame au loin les arguments des rois ? 
Que de vos cors la spirale sonore 
Aille ébranler les forêts et les monts ? 
Je ris de vous , impuissant matamore : 
Vous n'avez pas de terribles poumons. 

Vers le néant notre âge s'acbemine : 
Songez-y bien , vous qui vous épuisez 
A reconstruire une vieille machine 
Dont les ressorts pour jamais sont brisés. 
Malgré tout Tart de votre mécanique 
Nul ne viendra cueillir où nous semons. 
L'humanité , sans remède phtisique , 
Au premier jour va cracher les poumons. 



Novembre 1838. 



DELPHINE 



SOUVENIR DES VACANCES DE l'áNNÉE 1819. 



àir : Fanl l'oublier, disait Coleííe. 

Loin des ennuis du séminaire 

Courant explorer le bonheur , 

Je vis Delphine , tendre soeur, 

Qui bientôt m'aima plus qu'un frère. 

Au mois qui môrit le raisin 

Et fait reverdir la pelouse , 

Je la trouvai sur mon chemin. 

Elle avait quinze ans , et moi douze. 

Dès cet instant , d'aucun trésor 

Mon âme ne fut plus jalouse ; 

Et depuis lors j'en rêve encor. 

C'était une humble paysanne 
Pouce et fraîche comme son nom , 
Ne connaissant d'autre horizon 
Que Phorizon de sa cabane. 



276 CHANSONS PRANÇAISES. 

Elle s'étonnait , simple enfant , 
Qu'à mon âge on pût savoir lire. 
Dieu ! qu'elle me croyait savant ! . . 
Non , je ne pourrais jamais dire 
Combien pour le petit Victor 
Était gracieux son sourire ; 
Mais depuis lors j'en rève encor. 

Si j'essayais l'apprentissage 
Du pénible travail des champs , 
Qu'elle avait des regards touchants 
Pour aiguillonner mon courage ! 
Souvent , moi , superbe écolier , 
De ma main blanche et potelée 
J'ai fait trident pour son fumier 
Sans que la vanité blessée 

M'inspirât l'ombre du remords 

Vrai : j'étais fier de ma journée. 
Et depuis lors j'en rêve encor. 

Le soir , aux heures de veillée ., 
A-t'elle ri , toutes les fois 
Que du jus , pressé par ses doigts , 
Ma figure fut barbouillée ! 
Je m'irritais d'un tel affront ; 
Elle disait : tiens , je suis bonne ; 



GHANSONS FRANÇAISES. 277 

Voici , pour essuyer ton front , 

De gros baisers une couronne. . . . 

Ai-je bien effacé mon tort , 

Méchant sournois? voyons , pardonne .... 

Ah ! depuis lors j'en rêve encor. 

Un jour , sur l'âne de Delphine , 
Portant à moudre un sac de grain , 
Nous cheminions vers le moulin ; 
J'étais en croupe : on Timagine. 
Au détour d'un étroit sentier 
Notre monture , hélas ! s'emporte ; 
Je serre , tremblant écuyer , 
Delphine en mes bras demi-morte ; 
Et de mon eiïroi le transport 
Emut son coeur de telle sorte 
Que depuis lors j'en rêve encor. 

De nos plaisirs brisant la chaînc , 
Quand le devoir nous sépara , 
Comme chacun de nous pleura 
Cette ineffable quarantaine ! . . . . 
L'an d'après j'accourus joyeux 
Quand revint le mois des vendanges ; 
Mais Delphine avait , dans les cieux , 

24 



278 GBANSONS FRÀNÇÁISES. 

Pris sa place parmi les anges .... 
Et moi je désirai la mort ! . .. 
Tant mes regrets furent étranges 
Que depuis lors j'en rêve encor. 



Février 1839. 



L'ORieiNAL. 



Á MON NEVEO , LE JOUR DE SON BÁPTÊME, 



Am des Scylhes et dcs Amazones. 

Petit neveu qui souris à la vie , 
Comme la fleur , un matin de printemps , 
Le coeur ému si ton oncle marie 
Des airs de fête à tes vagissements, 
Après t'avoir auguré bon voyage 
II reprendra le maintien doctoral 
Pour te prêcher la morale du sage , 
Car ton parrain est un original. 

II te dira : filleul , si ton aurore 

Apparaît belle à nous tous qui t'aimons , 

La mienne , hélas ! fut bien plus belle encore , 

Et cependant je rime des chansons ! 

Le même écueil peut-être te menace : 

Que mon malheur te serve de fanal. 

II est bien dur le pain de ma besace ! 

Et ton parrain n'est qu'un original. 



280 CHANSONS FRANÇAISES. 

11 te dira : ma jeunesse naïve 
Avait rêvé la réputation , 
Et maintenant que l'âge mûr arrive 
Je dois pleurer ma vaine illusion. 
Àrdent cerveau fort souvent nous égare : 
Enfant , veux-tu prospérer? sois banal ; 
Car ton parrain voulait être homme rare , 
Et ton parrain n'est qu'un original. 

II te dira : chacun a quelque chose , 
Comme Chénier , qui lui brûle le front ; 
Mais insensé mille fois qui suppose , 
En l'écoutant , que tous applaudiront ! 
Des sots flatteurs , va ! l'encens asphixie 
Fils de meûnier ainsi qu'aiglon royal : 
Quatre nigauds me crurent du génie , 
Et ton parrain n'est qu'un original. 

11 te dira : du ciel qui m'a vu naître , 
L'azur un jour me devint ennuyeux , 
Et je partis , inhabile , sans maître , 
Croyant trouver Cocagne en d'autres lieux. 
Désabusé , souiïrant de ma méprise , 
Je retournai vers le foyer natal : 
On m'y fêta ; mais la place était prise .... 
Et ton parrain n'est qu'un original ! 



CHANSOire FRANÇAISES. 281 

II le dira : Tamour vrai d'une mère 
Verse du baume aux plus vives douleurs : 
Détresse , ennuis , honte , rien ne Paltère ; 
Pour tous les maux il a toujours des pleurs. 
La lienne est juste , intelligente et tendre : 
Titres sacrés au culte fílial ! 
Hoi. . . . grand-maman n'a pas pu me comprendre, 
Et ton parrain n'est qu'un original. 

II te dira : petit , de par le monde , 
Que d'étourdis , indociles au frein , 
Jettent la pierre à l'ami qui les gronde 
Comme au hibou criant sur leur chemin ! 
Adolescent , écoutez votre père : 
C'est l'ange saint qui vous garde du mal ! 
Trop tôt le mien disparut de la terre , 
Et ton parrain n'est qu'un original ! 

II te dira : de la persévérance ! 
C'est aujourd'hui la reine des vertus. 
Contre le sort j'ai manqué de constance , 
Et mes travaux ont tous été perdus. 
Le charlatan qui hâble sans relâche , 
Sait se bâtir un large piédestal. 
On perd courage à mesurer sa tâche : 
Et ton parrain n'est qu'un original. 

24. 



282 CHANSONS FRANÇ4ISES. 

II te dira : par esprit de système , 
Loin de t'offrir des cornets de bonbons , 
J'ai préféré , le soir de ton bapteme , 
Te dédier ces austères leçons. 
Fais-en la loi de tes jeunes années' ; 
Conserve-le, ce cadeau baptismal : 
II Taut au moins dix livres de dragées , 
Car ton parrain est un oríginal. 

Va , mon enfant ! que le ciel te conduise ! 
Grandis tranquille au giron maternel ; 
Et puissions-nous te revoir à l'église 
Sanctifier le serment solennel. 
Si jusqu'alors Dieu permet que je vive , 
J'irai m'asseoir au banquet nuptial , 
Et tu verras que je suis gai convive , 
Car ton parrain est un original. 

Les ans fuiront. . . Courbé sur ma béquille 
Et chevrotant au milieu de tes fils , 
Tu m'entendras leur redire , en famille , 
Ces quelques vers qu'à présent je te dis. 
De ton berceau j'aurai longue mémoire ; 
Et , vieux conteur, d'un ton patriarcal, 
Je conclûrai : petits , veuillez m'en croire : 
Triste métier que d'être original ! 

Mai 1839. 



LB FBÈRE ANACBÉON. 



Supplique chantée la veille de ma féte dans une réu- 
nion d'amis qui ra'avaient donné le surnom de Frère 
Anacréon. 

Air à'Aristippe. 

Ne croyez pas me chatouiller Toreille 
En accolant à mon obscurité 
Ce nom divin dont la magie éveille 
Au sein des coeurs pensers de volupté. 
Quoi ! m'imposer le cygne d'Ionie 
Comme parrain , à moi , chétif oison ! 
Débaptisez , mes amis , je vous prie , 
Débaptisez le Frère Anacréon. 

Quelques couplets enfantés avec peine 
Méritaient-ils cet honneur éclatant? 
Vous supposez des trésors à ma veine , 
Gueuse qui vit sans un denier comptant. 
De tous les feux dont brille le génie 
M'est-il échu plus d'un tiède rayon ? 
Débaptisez , mes amis , je vous prie, 
Débaptisez le Frère Anacréon. 



284 CHANS0NS FRANÇÀISES. 

Anacréon , le favori des Grâces , 
Pour son filleul m'aurait-il avoué ? 
Puis-je prétendre à marcher sur ses traces , 
Moi, gros rustaud , des Grâces bafoué ! 
Quand je veux plaire , Amour, hélas ! me crìe 
Vous grimacez , mon pauvre Céladon ! 
Débaptisez , mes amis , je vous prie , 
Débaptisez le Frère Anacréon . 

Dans un festin , le front orné de roses , 
Me vîtes-vous , agaçant des houris , 
Leur murmurer tout bas ces tendres choses 
Dont la douceur provoque le souris?... 
En brandissant le thyrse de l'orgie 
J'ai conservé Tallure d'un Teuton. 
Débaptisez , mes amis , je vous prie , 
Débaptisez le Frère Anacréon. 

Savez-vous bien qu'au milieu des plùs sages 
11 resplendit , le sage de Téos ? 
Qu'il fit aimer , par ses rians adages, 
La vertu même au tyran de Samos ! 
Et du manteau de sa philosophie 
Vous affublez ma débile raison ! 
Débaptisez , mes amis , je vous prie , 
Débaptisez le Frère Anacréon. 



CHANSONS FRANÇAISES. 285 

Du beau vieillard qui fut mon homonyme 
Toute la terre a répété les chants. 
Le doux écho de sa lyre sublime 
Résonne encore au bout de trois mille ans. 
Deriiain , l'oubli , fauchant ma poe'sie , 
Dans son linceul aura cousu mon nom. 
Débaptisez , mes amis , je vous prie , 
Débaptisez le Frère Anacréon. 

Oh ! qu'il est lourd , à ces heures de fête , 
Le poids du nom que vous m'avez donné ! 
Qu'il est petit , frères , votre poète ! 
Liliputien pompeusement prôné. 
Oyez plutôt combien il balbutie 
Merci vulgaire à tant d'affection. 
Débaptisez , mes amis , je vous prie , 
Débaptisez le Frère Anacréon . 

Juillet 1889. 



CHBIBTB BLBlftON ! 



Cette chailson a été coraposée à l'occasion de la fôte 
de Napoléon , et chantée le quinze août devant une réu- 
nion de vieux soldats qui a pris l'Empereur pour patron 
et s'intitule assez singulièrement : Société des Endormis. 

Air : Ceal le pîaisir qui vous invite. (Lestocq.) 

Des vieux Gaulois nouveau Messie , 

Toi qui ppur fortune à ton fils 

Léguas ces paroles de vie : 

Tout pour le bonheur du pays ! 
Grand Empereur, ta France bien-aimée 
Lève vers toi ses deux bras suppliants ; 
Elle périt : sauve Tinfortunée ; 

Prends pitié de ses enfants ! 

Vois : depuis le jour qu'à sa haine 

L'impie Àlbion t'immola, 

Que hor^te ou malheur nous advienne , 

Chacun se dit : s'il était là ! . . . 
Grand Emperenr , ta France bien-aimée 
Lève vers toi ses deux bras suppliants ; 
Elle périt : sauve l'infortunée ; 

Prends pitié de ses etifants ! 



288 CHANSONS FRANÇÀISES. 

S'il était là , chaque misère 
Aurait du pain pour se nourrir. 
S'il était là , tout prolétaire 
Sur un beau lit pourrait mourir. 
Grand Empereur , ta France bien-aimée 
Lève vers toi ses deux bras suppliants ; 
Elle périt : sauve l'infortunée ; 

Prends pitié de ses enfants ! 

S'il était là , de la licence 
Réprimant l'essor indompté , 
Le sang d'une foule en démence 
Ne rougirait plus la cité. 
Grand Empereur , ta France bien-aimée 
Lève vers toi ses deux bras suppliants ; 
Elle périt : sauve Tinfortunée ; 

Prends pitié de ses enfants ! 

Notre jeunesse qui s'égare 
Suivant son vol audacieux , 
Sans redouter le sort d'Icare , 
Près de lui parcourrait les cieux. 
Grand Empereur , ta France bien-aimée 
Lève vers toi ses deux bras suppliants ; 
Elle périt : sauve Tinfortunée ; 

Prends pitié de ses enfants ! 



CHANSONS FRANÇAISES. 289 

Plus de prodige en notre histoire ! 

L'égoïsme nous mord le coeur ; 

Nous ndiculisons la gloire ; 

Seul le veau d'or est en honneur ! 
Napoléon , ta France bien-aimée 
Lève vers toi ses deux bras suppliants ; 
Elle périt : sauve rinfortunée ; 

Prends pitié de ses enfants ! 

De tous côtés l'orage gronde ; * 

Pour le.fuir nous courons sans but ; 

Ah ! sur Pabîme où va le monde 

Jette une planche de salut ! . . . 
Grand Empereur , ta France bien-aimé" 
Lève vers toi ses deux bras suppliants ; 
Elle périt : sauve Tinfortunée ; 

Prends pitié de ses enfants ! 



Août 1839. 



-25 



JLB MMMRIL DE l/lLOTIC 



Air du vaudeville de la fìobe et des Botte*. 

Humble artisan , nécessité le cloue 

Dès son jeune âge , au banc d'un atelier. 

De la fortune il voit tourner la roue , 

Insoucieux de jamais l'enrayer. 

Tous ces plaisirs qu'achètent les richesses , 

Sans les goûter il atteindra la mort ; 

Le sot oisif dédaigne ses liesses ; 

Mais regardez ce pauvre , comme il dort ! 

En vous disant ses châteaux en Espagne , 
De leur candeur vous serez égayé : 
Pain quotidien moins noir , bonne corapagne , 
Travail sans fin et justement payé ; 
Gerbe nouvelle à sa couche de paille , 
La paix de l'âme et ia santé du corps.... 
Cupides gens que le désir tenaille , 
Regardez donc ce pauvre , comme il dort ! 

Point de douceur , point de joie au barbare , 
Car à l'enchère on a mis les amours ; 



292 CHANS0NS FRANCAISES. 

Car l'amitié , spéculatrice avare , 

Veut centupler l'aumóne d'un secours. 

Où sont les fleurs dont le parfum l'énivre 

Et mêle un charme aux peines de son sort? 

Qui donc le plaint , Papplaudit , Taide à vivre? 

Pourtant voyez ce pauvre , comme il dort ! 

Pour grimper seuls au sommet de Péchelle 
Tant d'enragés vont mordre leur voisin ! 
Lui , l'escabeau d'une caste cruelle , 
II va chercher ò qui tendre la main. 
Toute détresse a part de son salaire .... 
Ah ! de Brutus le blasphème avait tort ; 
Non , la vertu n'est point une chimère : 
Regardez donc ce pauvre , comme il dort ! 

Que Téclair brille , aussitôt le pilote 
Commis au soin de la société , 
Tremblant d'effroi , crîra : garde à l'Ilote ! 
Garde au fléau de la propriété ! 
Pâles d'horreur à la voix du ministre , 
Tous nos Crésus murent leur coffre-fort 
Pour le ravir à la trombe sinistre ; 
Mais regardez ce pauvre , comme il dort ! 

Pourquoi frémir de sa rude ignorance? 
L'instinct lui montre , à défaut de raison , 



CHANSONS PRANÇAISBS. 293 

Ce grain , perdu dans la vaste balance , 
Qui de vos nuits contient l'affr^ux poison. 
Ne craignez rien : il a vu l'insomnie 
Vous torturer sous vos draps tissus d'or ; 
Vous le croyez bourrelé par Tenvie : 
Eh ! regardez ce pauvre , comme il dort ! 

Et maintenant , misanthrope féroce , 
Parce qu'un jour triompha Poppresseur , 
Poursuis le ciel de ta logique atroce ; 
Crache vers lui ton dilemme moqueur. 
Quand , chaque soir, à l'oreiller d'Auguste , 
Vient bourdonner la peur ou le remords , 
Toi , qui prétends que ton Dieu n'est pas juste , 
Regarde donc ce pauvre , comme il dort ! 



Août 1839. 



25 



Jk M. AN' 



Amateur de péche , à son cabanon d'Arenc, la 
veille de sa fête. 



De tes gentils enfants les caresses naïves , 
De modestes désirs que peu sait contenter , 
De sincères amis qui viennent , gais convives , 
Chez toi , de temps en temps rire , boire et chanter : 
Que Dieu joigne à ces biens la santé d'un ermite , 
De longs jours , de l'espoir, des fruits pour ton labeur, 
Et le bonheur réel aura trouvé son gîte 
Dans ta cabane de pêcheur. 



Janvier 1843. 



MOIV DBSSERT 



Dédicace à trente de mes camarades de jeunesse qui 
ont été mes premiers souscripteurs et m'ont offert un 
banquet, le vingt-six juillet 1840, pour y solenniser la 
distribution des premiers exemplaires de ma première 
édition. 

Ain : Contentons-nous d'une simple bouteille. 

Par la frayeur ma muselte engourdie , 
N'osait soufller qu'en petit comité ; 
Mais dès demain elle va , plus hardie, 
Jeter le gant à la publicité. 
Comment trembler? vous m'avez dit : courage ! 
Fort du concours que nous t'avons offert , 
Viens au grand jour produire ton ouvrage ; 
Viens de tes fruits orner notre dessert. 

Pour un écu la fleur de ta cuisine ; 
Per un gro-nas lou pastaire Jourian ; 
Pour un écu les grâces de Delphine ; 
Per un gro-nas fincou VinLun-cen fran !. . . 
D'autres piments mêle's de sucs d'abeille , 
Pour un écu , dites-vous : c'est peu cher ! 



296 CHANSONS FRANCAISES. 

Sans mesurer l'ampleur de ta corbeille , 

Nous voulons mordre aux fruits de ton dessert. 

Malgré les traits qu'a lancés le poète 
Sur les chansons et les diners du crû, 
Vous accourez à ce repas de fête , 
Le cceur allègre et chaud , en nombre dru. 
Bordeaux pourtant ignore ce domaine ; 
Ici ragoûts , rótis , vins et concert , 
Tout est du crû , tout produit indigène ; 
Tout , jusqu'aux fruits de mon humble dessert. 

A vous , amis , je devais ces prémices : 
Tous mes refrains viennent-ils pas de vous? 
Si j'ai failli , vous fûtes mes complices; 
Je m'inspirai de vos rires de fous. 
Joyeux témoins de mes premières armes , 
Si désormais Tespace m'est ouvert , 
Je dois bénir ces énivrants vacarmes 
Qu'en vos banquets souleva mon dessert. 

Les voilà donc , ces rimes vagabondes ! 
Octroyez-leur un gracieux accueil : 
Que des pédants , puis , les trouvent immondes , 
Seul , votre appui suffit à mon orgueil. 
Vienne le blâme , à l'ombre de votre aîle , 



CHANSONS FRANÇAISES. 297 

Sûr aujourd'hui de me voir à couvert , 

J'y braverai la critique cruelle , 

Ce ver rongeur des fruits de mon dessert. 

Bientôt , hélas ! ô mes jeunes convives , 

De nos chorus le bruit aura cessé ; 

Et de plaisir ces heures fugitives 

Ne seront plus qu'un fragment du passé. 

S'il vous souvient de cette dédicace , 

Autour de moi quand tout sera désert , 

Oh ! dans vos coeurs faites-moi quelque place 

En savourant les fruits de mon dessert. 



Juillet 1810. 



LETTRE A BÉRANGER. 



A M BÉRANGER, poète, à Tours ( Indrc-*et-Loire ) . 

MONSIEUR BÉBANGER , 

Venir après mille autres vous soumettre encore 
des vers , c'est hardi , je le sens ; c'est inconve- 
nant , je le crains. Aussi le coeur me bat bien fort. 
Cependant il me semble avoir quelques raisons 
passables à alléguer pour atténuer le mauvais effet 
de ma hardiesse. Yeuillez , s'il vous plaît , juger 
vous-même de leur mérite. 

Depuis 1 822 je n'ai cessé de lire , de relire , 
d'étudier, de méditer, de débiter et de chanter 
les productions de Béranger. Je les sais toutes 
par coeur. Depuis le Roi d'Yvetot jusqu'à YAdieu 
aux chansons , il n'en est pas dix que je n'aie 
redites trente fois , et j'en citerais plus de cent 
que j'ai répétées à ne plus pouvoir calculer com- 
bien souvent. Imaginez-vous que, grâce à Bé- 
ranger, j'ai fíni , avec ime voix assez maussade , 



300 LETTRE à BÉRANGER. 

par acquérir une certaine réputation locale de 
chanteur estimable. 

J'ai dit Béranger à l'ouvrier ; je l'ai dit à rhom- 
me de loisir ; je l'ai dit au marchand , à l'homme 
instruit , à l'esprit intelligent comme à l'âme sim- 
ple , et tout ce monde l'a apprécié. Béranger est 
l'écrivain de tout le monde. 

Béranger résume pour moi Lafontaine, Molière, 
Corneille , Bacine et Jean-Jacques. Piquant et naï- 
veté , connaissance profonde du coeur humain , 
majestéde pensées , suavité d'images , limpidité de 
style , philosophie haute et consolante , je trouve 
tout en lui. Béranger c'est ma bibliothèque , mon 
encyclopédie. Béranger c'est mon ami le plus 
cher. 

Unjour, mes camarades (les flatteurs!) me 
dirent : fais donc aussi, toi. II est impossible 
qu'un cerveau qui comprend si bien notre admi- 
rable poète , n'enfante pas quelque chose de re- 
marquable. . . II ) a un an de cela . Je cédai à la ten- 
tation ; j'essayai , j'essayai. J'ai déjà essayé vingt- 
cinq fois. On m'a complimenté , c'est l'usage. Je 
ne m'en suis ni trop ému , ni trop bouffi. Toute- 
fois j'ai pensé : ces vers qui ne sont rien, ne 
pourraient-ils pas te servir de prétexte pour con- 



LETTRE A BÉRANGER. 301 

verser quelques instants avec ton auteur favori ! . . . 
Si tu lui écrivais ! . . . . s'il te répondait I . . . . si dans 
trente ans tu pouvais montrer à ton fils où à ton 
neveu une lettre de Béranger ! des observations 
critiques , des corrections , des conseils signés de 
sa main ! . . . mais ce serait à en devenir fou de tes 
vers , quelque médiocres qu'ils soient. 

J'ai choyé long-temps cette ide'e qui m'a fait 
cent fois monter le rouge au visage ; mais la peur 
de paraître fâcheux m'avait jusqu'ici empêché de 
Pexéeuter. Aujourd'hui , enfin , je me hasarde , 
espérant que Béranger saura trouver, dans quel- 
que repli de son bon coeur, un peu d'indulgence 
pour excuser ma démarche. 

Voici donc le quatorzième , le dix-septième et 
le vingt-cinquième des essais dont je viens de 
parler. Serez-vous assez bienveillant envers un 
inconnu pour vous occuper de lui dix minutes ? 
Serez-vous assez généreux pour lui manifester 
cette bienveillance ? 

Je ne suis rien qu'un simple commis, heu- 

reux de gagner ma vie en travaillant. Et bien ! si 

quelqu'un m'offrait à choisir entre un lingot d'or 

et une réponse de Béranger , vîte , vîte , je di- 

rais : (je sais pourtant ce que vaut la richesse ! ) 

26 



302 LETTRE Á BÉRANGER. 

je dirais : tout ïor pour toi ; mais... quelque:> 
mots de lui ! 

Be'ranger ! ne dites point que mon audace est 
absolument impardonnable ! ne condamnez pas 
sans pitié comme importune la causerie familière 
du plus fervent peut-etre de vos disciples , de 
votre admirateur passionné , 

Victor Gelu. 
Marseille, l er septembre 1839. 



A la suite de cette lettre étaient transcrites les trois 
chansons : Delphine , L'Enfant de VEmpire et Le Som- 
meil de Vllote. 



RÉPONSE DE BÉRANGER. 



J'ai mis un peu de temps à vous répondre , 
Monsieur, parce qu'il en a fallu à votre lettre 
pour me venir trouver en Normandie chez mon 
vieil amiDupont (de l'Eure). Je vousremercie 
d'avoir bien voulu me coramuniquer vos chan- 
sons ; toutes trois m'ont fait grand plaisir, et je 
ne m'étonne pas des applaudissements qu'elles 
ontobtenus. Si j'osais, je vous reprocherais de 
négliger un peu la rime ; et puisque vous chantez, 
je vous reprocherais aussi de ne pas mettre tou- 
jours la coupe de vos phrases en accord avec la 
coupe de l'air. Mais ce sont là de petites taches 
que vous éviterez facilement. Je n'y aurais pas 
pris garde moi-même dans des chansons qui ne 
m'auraient pas satisfait autant sous d'autres rap- 
ports. De nobles sentiments, de tendres pensées 
vous ont inspiró des traits heureux exprimés avec 
grâce et facilité. Sous votre vers bat un coeur 
généreux et patriote qui me rend fier, Monsieur, 



304 RÉPONSE DE BÉRANGER. 

de la sympathie que vous voulez bien me témoi- 
gner. Je pourrais reprocher à votre lettre , beau- 
coup trop aimable , des louanges dont Fexagéra- 
tion a dû vous laisser quelque remords. Mais dans 
une première visite faite à un homme de mon âge , 
on croit ne jamais s'incliner assez. Si vous me 
connaissiez mieux , vous sauriez , Monsieur, que 
ma vieille expérience rabat terriblement des élo- 
ges qu'on m'adresse. J'y suis pourtant très sen- 
sible quand je vois que , comme ceux que con- 
tient votre lettre , ils sont dictés par une bienveil- 
lance sincère et par le souvenir du peu que j'aï 
fait pour servir la cause nationale. 

Recevez donc mes remercîments , Monsieur , 
et l'assurance de ma considération distinguée , 

Signé : Béranger. 
15Septerobre 1839. 

Rougeperriers par Neubourg (Eure.) 
 M. Victor Gelu, boulevard deia Paix , 15. 

MARSEILLE. 



GLOSSAIRE ET NOTES 



POUR LES 



CHANSONS PROVENÇALES. 



26. 



GLOSSAIRE ET NOTES. 



FENIAN E GROUMÀN. 



Bousso. Au propre , blague à tabac. Au fìguré , 
cerveau creux. Niais. Stupide. 

Bedeou. Boyau. Imbécille. 

Coouvasso. Grand flandrin. Paresseux. 

Vidasso. Augmentatif de vido. Large , joyeuse 
vie. 

Qué challa ! Quelle jouissance ! quel délice ' 
probablement du Maschallah ! arabe. 

Vouaddé-millié ! Exclamation de jouissance. 
Àu propre , ces mots qui viennent on ne sait d'où , 
mais que les polissons emploient dans leurs ébats 
sur la plage , expriment la sensasion d'un hom- 
me qui nage avec volupté. Au figuré , ils ren- 
dent les sensations du mortel trois fois heureux 
qui se pâme dans un océan de délices. 

Lei Careno sont les galas des fêtes de la Noél. 
Du calen de la crêche. En substituant le R au L , 
selon l'usage provençal. 

Faire gin-gin. Cest grelotter. 

Degouhïa. Au propre, vomir copieusement. 
Au figuré , parler beaucoup et avec une grande 
volubilité. 



308 GLOSSAIRE ET NOTES. 

Vui cadun parlo politiquo. Ce terrible der- 
nier couplet est la conclusion brutalement logique 
de toute la cbanson . II doit paraître d'autant moins 
dángereux qu'il estplus effroyablement énergi- 
que. Je ne sache pas qu'aucun lecteur judicieux 
ait jamais fait un crime à Barbier de sa Curée. 

Octobre 1838. 



VINT-UN-CEN FRAN. 



Nicou. Diminutif de Dominique. 

Un boou est un coup de filet heureux , une 
pêche miraculeuse. 

Tira doou chantié, Sortir d'embarras. 

Quita lei braieto. Déposer les insignes de sa 
profession. Abdiquer. Dans nos fêtes de village, 
nos lutteurs, nos coureurs et nos sauteurs en re- 
nom portent d'ordinaire un çaleçon à grelots ou 
braieto , qu'ils conservent avec orgueil tant qu'ils 
sont vainqueurs à ces jeux gymnastiques. Ils sont 
moralement tenus de s'en dépouiller et d'en 
faire hommage au rival qui parvient à les vaincre. 

Sieou pu riche quun ramplaçan ! Les rem- 
plaçants militaires e'taient déjà fort chers en \ 809 
et i 81 0. Pour un gueux de crocheteur, un vendu 
de cette époque devait être l'idéal du Crésus. 

Fa ligueto. Faire h figue. La nique. 

L'enterigou. L'agacement des dents. 



GtOSSAIRE Er NOTES. 309 

Lou charnigou est un chien lévrier à oreilles 
pendantes. 

Vitou doou Farò e'tait un traiteur fort en vogue 
sous FEmpire. Son établissement était situé même 
sur la plage de l'anse du Pharo , que l'on comble 
en cemoment pour y établir les chantiers de cons- 
truction de nos navires. Les Magdelaines y af- 

fluaient. 

Meissemino. C'est le nom d'une tavernière de 
la place intérieure de la porte d'Aix. Elle existe 
encore aujourd'hui et elle continue à tenir son éta- 
blissement qui a déjàplusde quarante ans de date. 

Lei gateiroou sont les porteuses de poisson , et 
par extension , toutes les femmes de la halle , 
moins les cacanes. 

Lei pelanchoué sont les fileuses de coton , ainsi 
nommées du pelanehoun ou duvet qui s'attache 
à leurs vêtements de travail. 

Grobè. Commissaire de police très redouté à 
Marseille , sous l'Empire. C'était un véritable 
Croquemitaine pour les trois-quarts de notre po- 
pulation. Beaucoup de bonnes femmes n'enten- 
daient pas prononcer son nom sans faire le signe 
de la croix. Non seulement il était détesté comme 
fonctionnaire public , mais sous le rapport des 
moeurs il avait encore une réputation affreuse. On 
le disait giton effréné. La populace cynique carac- 
térisait brutalement ses vices en disant de lui : 
Gobè pren sei lavamen eme uno sasso. Révoqué 
en \ 8\ 4 , il alla se faire bouquiniste sur la place 
des Prêcheurs , à Aix , où il est mort oublié. Son 
malheureux collègue Arnoux , dit la Victoire , 
quoique moins haï , fit une fin plus triste. II fut 



310 GLOSSAIRE ET NOTES. 

massacré le vingt-cinq juin dans les vallons de 
Cassis , tout près du Logisson , par les égorgeurs 
de<815. 

Tibodò. Thibaudeau , ancien conventionnel ; 
plus tard comte et sénatenr de l'Empire , puis 
préfet des Bouches-du-Rhône. 11 était exécré de 
notre populaire , que , du reste , il ne ménageait 
guères. U faut dire aussi qu'il succédait à Charles- 
Delacroix dont le souvenir est encore sympathique 
à notre ville. Thibaudeau est aujourd'hui pair de 
France. II doit être fort vieux. 

Lou Pounchu. C'est le Pavillon-Chinois Waux- 
hall qui était établi sur la place Royale , là où 
est maintenant la Bourse provisoire. Après avoir 
eu ses jours de splendeur , il n'était plus fréquenté 
que par les marins et les filles publiques. II a éte 
démoli en i 824. 

Manda la cano. C'est faire explosion. 

Unpelaou. Un pêle-mêle, un bouleversement 
radical. 

Briqué. Briquet était un paysan qui assassina 
son maître à la campagne et en jeta le cadavre 
dans un puits. Ilfut rompu vif peude temps avant 
la granderévolution. On a remarqué que ce fut le 
dernier crîminel qui ait subi ce genre de supplice. 
Ce nom d'assassin est depuis lors très usité à 
Marseille ; mais il ne se prend point en fort mau- 
vaise part. II sert a désigner un homme très au- 
dacieux , un casse-cou , un cerveau brûlé qui 
n'aspire qu'à l'impossible. Durant plus de cin- 
quante ans , le chemin aujourd'hui dénommé de 
Lodi , derrière Notre-Dame-du-Mont , a été appele' 
chemin de Briquet parce que la campagne , théâtre 
du crime , y était située. 



GLOSSAIRE ET NOTFS. 31 4 

Gè. Diminutif de Joseph. 

Lei barrien dé paio. Jusqu^en 4 824 la place 
extérieure de la porte d'Aix a été la place de la 
paille. Les crocheteurs qui y stationnaient , tra- 
vaillaient surtout au transport des bottes de paille 
etdefoin. 

Boussegea. Boursicoter. 

Février 1839. 



L'AGAZO. 



Lou pipi est le leno des anciens Romaîns. 

Zipi. Corruption du prénom Joseph. 

Pouarfè. Le nom de préfet , estropié. 

Estraia la braso c'est faire beaucoup plus 
de bruit que de besogne. GaspiHer en pure perte 
des ressources précieuses. 

Aquelo empeguo ! Littéralement : celle-là 
colle ! C'est une de ces mille exclamations qui , 
traduites , n'ont plus aucun sens , mais qui sont 
très expressives par J'accentuation énergique que 
les vieux Marseillais savent leur donner. 

Moussu Tian. Marchand de bois dont Tenclos 
a été plus de quarante ans entre le chemin de la 
Joliette et le boulevard des Dames, en face de la 
rue Etroite , à côté de la fameuse tour Sainte- 
Paule. II a ce'dé la place, en 1837, à l'usine à 
gaz de la Compagnie Méridionale. 

Breguetian. Batelcur, banquistc , saltimban- 
que , ehariatan de carrefour. 



342 GLOSSAIRE ET NOTES. 

Lou Barri. La falaise éboulée , depuis l'extré- 
mité de la place de la Major, en face de la rue 
Jean-Galant , jusqu'au fossé du forl Saint-Jean , 
sous la Tourrette. 

Leis Enfiermarié c'est le nouveau Lazaret, au 
nord de la ville. Le peuple lui a conservé le nom 
que portait anciennement l'établissement sanitaire 
situé aux Catalans. Ge dernier quartier est encore 
appelé quartier des Vieilles Iníìrmeries dans les 
actes administratifs. 

Crazo. Aboutissant de ^allon. Ànse. Calanque. 

Faire un pei c'est pêcher du poisson. Dans 
Tidiome vulgaire on emploie beaucoup ce proven- 
çalisme qui substitue partout le verbe faire au 
verbe actif spécial à la circonstance. Ce mot est 
la chevilie ouvrière du discours marseillais , son 
verbe par excelleuce. 

Adieou meis uou ! En d'autres termes : adieu 
panier ! vendanges sont faites. C'est peut-étre 
une vieille allusion aux ceufs de Perrette la 
laitière. 

La mounisso. Les munitions de bouche. Le 
pain. 

Adieou flame basse dè buou ! À l'angle ouest 
de la rue Saint-Ferréol et de la Canebière , on 
voit tous les jours , depuis quatre heures du ma- 
tin jusqu'à midi , une vieille-vieille femme , ac- 
croupie sur un escabeau , devant une petite 
table vermoulue , se chauffant les mains à une 
cassoro (gueuxenpoterie)etqui, de temps immé- 
morial, vend auxmanoeuvres, journalîers,Génois, 
crocheteurs , etc. , toutes sortes de viandes cuites 
provenant de la desserte des grandes maisons. 



GLOSSAIRE ET NOTES. 313 

On dit communément que les domestiques des 
quartiers riches apportent à la vieille marchande 
ces rogatons dans un bas. De là ce nom de basse 
donné par métonymie à ces viandailles que l'on 
nomme arlequins , à Paris. 

La sooucisso. La boulette avec laquelle on em- 
poisonne les chiens errants. 

Tebelein. Nom propre , ou peut-être sobriquet 
provenant du fameux Ali Tebelain , pacha de 
Janina. 

Chèchi. Corruption de François. 

Mècle. Corruption de Barthélemy. 

Cieouclè , Mietayoun. Sobriquets. 

Gèto. Diminutif de Joseph. 

Nin. Diminutif d'Àntoine. 

En dé gouapou à carrosso. L'entreprise du 
balayage de la ville , exclusivement pratiqué jus- 
qu'en 4827 par les affreux escoubiié qui travail- 
laient chacun pour leur propre compte , a été mise 
au concours et adjugée , à cette époque , à une 
compagnie dont les membres ne manquaient pas 
d'une certaine importance sociale. Les escoubiié 
se sont vivement émus de ce changement. L'un 
d'entre eux, nommé Charlon , dans un transport 
de rage , a tué deux employés de la nouvelle ad- 
ministration , et blessé trois gendarmes. Pour- 
suivi par la force armée depuis la rue Thubaneau 
jusques à la Plaine Saint-Michel , il a íini par y 
être abattu comme une bête féroce. En se défcn 
dant il e'tait parvenu à tordre le sabre qui lui a 
donné le coup de grâce. 

Mettre d'oli oou blè. Garnir la lampe. Se sus- 
tenter. 

27 



344 GLOSSAIRE £T NOTES. 

Clapié dè piaffou. Littéralement , monceau de 
filous. 

Creida oou lar. Crier à l'aide. 

Lafiguo. Le nez. 

Zèno ! pa balïazo ! Gêne ! pas de balayage ! 
Exclamation dont se servent les enfants au jeu de 
gobilles , lorsque l'un des joueurs a sa bille en- 
terrée ou cachée. 

Mars 1859. 



LEIS AOUBRE DOOU COUS. 



Seren Floro. Nous serons victimes. 

Enchancrissian. Terme de métier. Lorsqu'en 
mêlant l'eau avec la farine , en frasant , l'ouvrier 
boulanger n'opère pas assez vivement , la pâte ne 
peut plus obtenir d'ordinaire un velouté parfait. 
Elle demeure toute ratatinée. Le mitron alors a 
enchancri. 

Faren chou'io. Quand le mitron quitte le pétrin, 
quand il estanquo avant d'avoir suffisamment tra- 
vaillé sa pâte , il fait chouïo. Le pain de la fournée 
reste bas , rabougri et d'une couleur très foncée. 

Lei bossou. Les maîtres. 

Amouessa la cigalo. Rabattre le caquet. 

Meste Felipo. Sa Majesté Louis-Philippe I er , 
roi des Français , qui est fort peu respecté , en 
général , de ses bons Marseillais naturellemenl 
enclins à rirrévérence et au sarcasme. 



GROSSAÏRE ET NOTES. 315 

Leis uei darnié Voourïo. Ou bien midi à qua- 
torze heures. 

Frejourié. Tailleur de pierre dure , dite pierre 
froide , à Marseille. 

Coouqua fouero Viero. Sortir de la question. 
Battre la campagne. Lorsqu'un cheval ou un 
mulet foule le blé sur Paire , s'il s'écarte du cer- 
cle où sont les gerbes , sè caouquo fouero Viero , 
son travail n'aboutit plus à rien. 

Faire baboou. C'est poindre et disparaître su- 
bitement. L'éclair fait baboou. La Galate'e de 
Virgile qui fuit derrière les saules et désire étre 
vue , fait baboou. La santo , la république , íit 
baboouen 4830. 

N'avien bourra dessu leis ome blan. Au bon 
temps des émeutes , de ces accès de fìèvre pério- 
diques qui ont suivi la révolution de Juillet , les 
garçons boulangers ont joué un certain rôle à 
Marseille. Chauds partisans des idées démocra- 
tiques (ils nous viennent presque tous du dépar- 
tement du Var, où ces idées sonl en grande fa- 
veur ) , ils faisaient très souvent , en corps , des 
promenades républicaines dans les vieux quar- 
tiers , drapeau tricolore en tête , et chantant à 
pleinevoixlaMarmV/aise.Cesexcursionsbruyan- 
tes au milieu du foyer de Popinion légitimiste 
avaient, sinon Papprobation , du moins la tolé- 
rance de Pautorité supérieure qui n'était peut- 
être pas fâchée de faire un peu d'intimidation 
inoffensive vis-à-vis des anciens fanatiques du 
drapeau blanc. 

Si chala. Au propre , jouir d'une magnifique 
perspective , et encore, se balancer à l'escarpo- 



346 GLOSSAIRE ET NOTES. 

lette. Au figuré , se livrer à tous les plaisirs ima- 
ginables. Les saveurer avec délices. 

Espoumpi. Terme de mépris. Au propre , il 
signifie un corps quelconque imbibé d'eau. Au 
figuré , il dit ce que ne pourrait rendre aucun 
mot français. Mais ici il faut encore Taccentuation 
marseillaise. Elle est sublime pour le dédain. 

Qué dè marrias , etc. Depuis bien long-temps 
le Cours est devenu la promenade favorite , le 
quartier-général de beaucoup d'ouvriers , et sur- 
tout des garçons boulangers et des maçons. C'est 
aussi le poste de prédilection des pocho-grasso , 
cordons-bleus du plus mince calibre , et celui des 
agents subalternes des remplacements militaires. 

Lapeissaio. Le menu fretin. La vile multitude 
de notre compatriote M. Thiers. 

Avril 1839. 



LEI LUME É LOU FRICO. 



Meste Manuei. A Marseille on a Fhabitude 
d'appeler familièrement Meste Manuei , Maître 
mauvais-oeil , ou borniclé , tout individu qui a la 
vue faible ou malade. 

Osquo ! Interjection approbative équivalent au 
bravo ! italien. Au propre, Yosquo est la coche 
que Pon fait sur une taille de boucher ou de bou- 
langer. 

Lou gi. Le vin , en argot marseillais. 



GLOSSAIRE BT NOTES. 347 

Uartoun. Le pain. Ce mot est grec. II nous 
\ient directement des Phocéens. Mais il n'y a plus 
guères que nos Blème qui s'en servent. 

Fa ranchi. Voler. Àutre terme d'argot. Du 
grinche parisien. 

Moustou. Bon. Excellent. 

Morpienò. Cette qualification n'a rien de bien 
grossier dans la bouche d'un*portefaix. Par ex- 
traordinaire le mot de ce diminutif est plus brutal 
en français qu'en provençal. 

Barbabou. Surnom commun à tous les habi- 
tants mâles du quartier Saint-Jean. C'est aussi le 
nom provençal d'une herbe à salade dont la ra- 
cine est le salsifis ou la scorsonère. On ne sait 
trop pourquoi ce sobriquet a été appliqué aux 
paroissiens de Saint-Laurent , à tous les pêcheurs 
arrière-neveux de Pythéas. 

Boudori au lieu de bou d'oli par substitution 
du R au L. Outre pleine d'huile. C'est ainsi que 
l'on qualifie parmi les Gueioume tout homme 
gros , gras et fainéant. 

Piarreto. Diminutif de Pierre. 

L'agazo attaquo lou souleou. Le gaz défie la 
lumière du soleil. 

Un pié c'est un sou. 

Fairepichoun. Manger à très petites bouchées 
un morceau de pitance. 

Cagan dé drè. Quand un portefaix a travaillé 
plus qu'un cheval toute la journée , il ne peut 
plus lui rester aucune souplesse dans lesarticu- 
lations : partant caguo dé drè. 

Mai 1839. 

27. 



348 GLOSSAIRE ET NOTES. 



LA LOUTARIÉ. 



Faire la crous. Le MarseiHais primitif fait la 
croix sur quelque fchose qu'il quitte pour jamais 
de gré ou de force. Un amant fait la croix à la 
maison de sa maitresse , dont il s'éloigne pour ne 
plus y revenir, qu'il aime encore ou qu'il n'aime 
plus. L'ouvrier chapelier Toussaint va faire la 
croix au bonheur auquel l'abolition de la loteríe 
le contraint de dire un éternel adieu ; de même 
qu'il a pu faire la croix sur l'atelier de tel ou tel 
fabricant avec lequel il aura eu des discussions 
sérieuses. 

Debooussa à l'Ourso. C'est à Tanse de l'Ourse, 
sous les ruines de TObservance , près l'abattoir 
de la Joliette , qu'était la voirie , il n'y a pas bien 
long-temps. On dit d'un homme désespéré qu'il 
n'a plus qu'à aller se précipiter à TOurse. 

Un roudrigou. Un grison , un vieux reître , 
fin matois. 

Caffi d'orduro. En terme de chapellerie , tout 
défaut dans le feutre provenant de Touvrier, 
s*appelle une ordure. 

Fa dé bla c'est amasser du bien. Le blé , pour 
le pauvre dont le pain n'est jamais assuré , est la 
première de toutes les richesses. 

Lou cicoré. En argot, le chapeau. 

Lou mitou. Le nez. Probablement de mitan , 
parce que le nez est au milieu du visage. 



GL0SSA1RE ET NOTES. 349 

Fapecouïé. Quand la figue est mûre au point 
de commencer à se dessécher, elle penche sur sa 
queue. Âinsi le nez d'un malheureux sans espoir 
s'allonge outre mesure. Fapecouïé. 

Titè. Poupée. Femme galante. 

Choourïa. Choyer. Différemment , guetter , 
épier. 

Arsouna. Terme de chapellerie. Feutrer le 
poil au moyen des cordes d'arçon. Arsouna la 
lei c'est donc la rédiger pour la soumettre à la 
discussion. 

Boutis. Terme injurieux qui a plusieurs signi- 
fications, une entre-autres fort cynique, tirée 
d'une comparaison avec les raves lorsqu'elles sont 
creuses. Dans ce cas, giton est son synonyme 
francais. 

La bourro. La matière dont on fait le feutre , 
pour dire la chapellerie , les chapelien. Encore 
une métonymie : notre patois en fourmille. 

La galioto. Diminutif de galion. Navire qui 
autrefois apportait en Europe l'or et l'argent des 
mines d'Amérique. 

Un paou dé bono à la misèro ! Toute frian- 
dise , tout morceau succulent , toute douceur est 
une bonne en provençal. Au iìguré , la loterie 
e'tait donc réellement ùne bonne pour la misère. 
D'autant plus que , comme toutes les sucreries 
vous laissent un dégoût, des aigreurs dans la 
bouche et sur l'estomac , elle finissait aussi par 
laisser plus d'un regret aux fervents de son culte. 

Juin 1839. 



320 GLOSS4IRE ET NOTES. 



LOU PÈGOU. 



Lou Pègou est , en argot , le larron des quais. 
De hpègre parisienne. Dans le jour il fait main- 
basse sur toutes les marchandises qui se trouvent 
à sa portée. La nuit il vagabonde et couche dans 
les chalans et les accons couverts. 

Lou Pouen dé peiro était situé à lentrée de 
Rive-Neuve , au commencement du Canal. Depuis 
1 842 il a été remplacé par un pont tournant en 
bois. ( Note de \ 855 . ) 

Lei caraman. Lesboisflottantsqui étaientdans 
le port , à gauche , immédiatement après le chan- 
tier de construction de Rive-Neuve. Depuis l'a- 
grandissement du bassin on les a transportés à 
Tanse du Pharo. Jusqu'en 4 844 toute cette partie 
du quai de Rive-Neuve , dcpuis la machine à 
mâter jusqu'à la terre des Prud'hommes ( bassin 
de Carénage ) , a été la terre classique des Blème 
de tout poil. Mais aujourd'hui ils doivent avoir 
disparu. ( Note de \ 855. ) 

Caïman. Monstre de fainéantise qui se vautre 
jour et nuit dans la crapule, comme l'amphibie 
dansla boue. Telle est, je pense, Torigine de 
cette dénomination ignominieuse de caïman , in- 
fligée par nos travailleurs du port à tous les vaga- 
bonds qu'ils voyaient grouiller autour d'eux. 

Damian. Ce nom dériverait-il de Damiens 
l'assassin de Louis XV ? ou du gamin de la capî- 



GLOSSAIRE BT NOTES 3H 

tale ? quoiqu'il en soit Damian dè logeo , Pègou , 
Piaffou , Queinzou sont autanl de synonymes 
du franc-vaurien sans aveu. 

Galiegou. Espagnol de la Galice. 

Counouei ìa manipolo. II sait jouer des mains 
avec adresse. 

Lei Frèro de l'escolo. Les Ignorantins 

A propos dei Frèro dè Vescolo , quoique je sois peu 
leur homme , je ne puis re'sister au désir de ra- 
conter une anecdote où l'un d'entre eux figure 
d'une manière tout à fait digne. ( C'était avant la 
révolution. ) 



MON PÈRE A L'ÉCOLE CHRÉTIENNE. 



Parmi lesdivers incidents de son enfance, il 
en était un surtout que mon père aimait particu- 
lîèrement à nous raconter. Jé m'en souviendrai 
toute ma vie avec plaisir ; et je le crois assez tou- 
chant pour intéresser même le public. 

Mon grand-père n'était point assez fortuné pour 
faire élever son fils au collège ni non 'plus chez 
un instituteur en vogue. Aussi Tenvoyait-il tout 
bonnement à Técole chrétienne ; et cette éduca- 
tion , plus que modeste , satisfaisait pleinement 
tmites les vues d'ambition paternelle que le 



322 GLOSSÁIRE ET NOTES. 

grand-père Gelu pouvait avoir surson fils unique. 
Dans ce temps-là les boulangers faisaient de leurs 
enfants des boulangers , et non point des avocats , 
des médecins, des ingénieurs ou des artistes. 
Peut-être ce système d'ancien régime valait-il 
bien le système actuel. 

C'était en 1780. Mon père avait alors neuf 
ans , et il faisait ses études chez les Frères de 
Técole chrétienne , autrement dits Frères Igno- 
rantins. 

Un jour le Frère Moniteur fut obligé de s'ab- 
senter pour deux heures. II confia , selon son 
habitude , la surveillance de l'école au plus âgé 
des élèves. Après avoir bien recommandé à tous 
les enfants la tranquilité et l'application pendant 
son absence , il sortit , en promettant une belle 
image pour celui qui , à son retour, lui serait 
désigné comme ayant été le plussage. 

Voilà donc tous mes marmots qui . alléchés 
par cette promesse de Timage précieuse , cessent 
tout à coup de chuchoter, ferment leurs livres , 
fixent leurs regards au plafond de la salle , et 
croisent dévotement les bras sur la poitrine avec 
un air de recueillement et de componction inef- , 
fables. A les voir dans ce maintien , on eût dit 



GLOSSAIRE ET NOTES. 323 

un choeur de petits Chérubins en extase devant 
la Divinité. 

Mon père seul , au lieu de s'étouffer pour re- 
tenir son soufïle , et de se mettre en quatre pour 
imiter l'allure des bienheureux , poursuivit brave- 
ment Tétude de sa leçon ainsi que le gribouil- 
lage de ses barres et de ses 0. 

Cependant le Frère revient et trouve tous les 
enfants dans l'attitude décrite. 11 interroge le 
marqueur sur la conduite des petits e'coliers. 

« Cher Frère , répond le raarqueur , nul d'en- 
» tr'eux n'a bougé ni parlé depuis votre départ. 
» IIs ont tous e'té bien sages , excepté pourtant 
» Victor Gelu qui n'a cessé de faire du bruit en 
» étudiant et en écrivant. » 

II disait vrai, Tirapitoyable marqueur. Mon 
père , sans égard pour Texemple édifiant de ses 
camar^des , et jugeant autrement qu'eux de la 
recommandation du maître , avait , depuis la sortie 
de ce dernier, appris par cceur deux grandes pages 
dp son catéchisme et griffonné trente lignes d'O 
et de jambages. Toutes choses qui avaient ne'ces- 
sité des mouvements , des soupirs, des frôlements 
de papier, des grincements de plume , un mur- 
mure presque continuel du bout des lèvres. Et de 
là le bruit dont on racci^sait. 



324 GLOSSÀIRE ET NOTES. 

— Victor Gelu , approchez ! . . dit le maître d'un 
ton solennel et presque sévère. . . Victor Gelu , 
plus mort que vif, approche en tremblant. II 
jette un regard de douleur sur ia férule appendue 
au fauteuil du Frère. Celui-ci, néanmoins, au 
grand étonnement du pauvre Victor, ne se hâ- 
tait point , comme à Tordinaire , deporterla main 
vers Tinstrument terrible. 

— Voyons votre cahier d'écriture , dit grave- 
ment le Moniteur. . . II examine le cahier avec 
attention , et puis il ajoute : ces lignes de barres 
et surtout ces lignes d'O ne sont pas encore tout 
à fait sans reproche ; mais elles valent mieux que 
les dernières. Allons, c'est bien !, .. 

Comme le Frère ne plaisante jamais, mon 
père , en lui entendant prononcer le : c'est bien ! 
le regarde avec des yeux. ébahis , sans oser croire 
à la sincérité de l'éloge. Bientôt pourtant une 
tape amicale sur la joue et un sourire plein de 
Jbienveillance le rendent à lui-même. 

— Aprésent, mon enfant, continue le Frère 
avec douceur , récitez-moi ce chapitre du caté- 
cbisme. Mon père , entièrement rassuré , récite 
alors avec aplornb les deux pages qu'il venait 
d'apprendre. Quand il a fini , le maître l'embrasse 



GL0SSA1RE CT NOTES. 325 

avec effusion ; et pendant que Victor Gelu laisse 
tomber de grosses larmes de joie sur la couverture 
de son livre , le Frère lui dit : 

« Très bien , mon ami , très bien 1 Voici l'image 
» que j'avais promise au plus sage , et que vous 
» seul avez méritée par votre intelligence et par 
» votre application. De plus , voici la croix de 
» mérite. Vous la porterez jusqu'à ce que , dans 
» l'école, quelqu'un de vos condisciples s'acquitte 
» de son devoir mieux que vous. Et cela ne sera 
» pasde sitôt, pourvu que vouscontinuiez comme 
» aujourd'hui. C'est bien !... je suis très content 
» de vous. Aussi , dorénavant lorsque je serai 
» obligé de m'absenter, vous surveillerez l'e'cole 
» à ma place ; vous serez marqueur. Vous avez 
» compris qu'être sage , c'est étudier ; qu'être 
» sage ce n'est pas faire des grimaces , mais cher- 
» cher à s'occuper utilement. Bien, mon cher 
» enfant , très bien ! Tâchez de ne jamais oublier 
» que l'amour du travail est la première de toutes 
» lesvertus. Allez... » 

Victor Gelu ne l'a point oublié. Bon père ! il 
est mort à lapeine en travaillantpour ses enfants. 

Août 1852. 



28 



326 GLOSSAIRE £T NOTES. 

Lou bouiroun. La maraúde des fruits , résul- 
tat inévitable de l'école buissonnière. 

Cagatroué , Breca 9 Pataclé. Sobriquets. 

M'an fa esquinetto. M'ont fait la courte échelle. 

Faire bouqueto. Faire la petite bouche. Sou- 
rire imperceptiblement. 

Lou cin-çan~vuei est trop vrai. Cela s'est vu et 
cela se voit — 

Un de mes bons amis , conteur pittoresque à 
un degré superlatif et garçon d'esprit , quoique 
négociant - armateur et quoique chaud enthou- 
siaste de mes chansons , assistait , il n'y a pas 
bien long-temps , à un festin quasi nuptial. Les 
convives, aunombre de vingt-cinq, appartenaient, 
pour la plupart , au commerce de deuxième classe. 
II se trouv^it aussi parmi eijx trois peseurs jurés , 
un entre autres dont le nom m'échappe , et que 
j'appellerai Simon. Ce M. Simon est un de ces 
hommes faibles qui ont le travers de rougir de 
leur profession ( tput en la défendant unguibus et 
rostro, si quelqu'un Tattaque) , et qui se rengor- 
gent en parlant de leur famille , ancienne et 
bonne , mais ruinée par la révolution. 

Au dessert on chanta à la ronde et mon ami 
dut , quand vint son tour, payer sa dette. On lui 
demandaune de meschansons : elles étaient déjà 
connues de plusieurs convives. Comme on lui 
avait laissé la faculte du choix , mon ami , sans 
doute par une jnnocente malice /le fit tomber sur 
lapièce inXiiúìée Lou Pègou . Les deux premiers 
couplets réjouirent fort les dîneurs , et furent 
accueillis Tun après Tautre par des bravos for- 
midables. M. Simon o^a seul protestar de son 



GLOSSAIRE ET NOTBS. 327 

blâme énergique contre ce joyenx tutti d'applau- 
dissements. II soutint que c'était mauvais genre 
de paiier patois , et que le chanter était du der- 
nier ignoble. II trouva ma composition ordurière , 
canaille au supréme degré et souverainement 
indigne de l'honorable réunion. Mais comme mon 
détracteur était seul de son avis , on le laissa dire, 
et le chanteur se mit bravement en devoir d'en- 
tonner le troisième couplet. Dès le premier vers 
dece terrible troisième couplet , M. Simonavait 
froncé le sourcil ; pendant toute sa durée il ne fit 
que murmurer et trépigner ; enfin quand il en- 
tendit : 

Lou portafai guincho de l'uei , 
Lou pesadou souarte l'estuei 
E fa bouqueto en creidan : cin-çan-vuei ! 

notre peseur bondit sur sa cbaise. Son indigna- 
tion éclata en termes du dernier mépris et en 
imprécations furieuses contre l'auteur de la chan- 
son. II paria même, horresco referens ! de me 
dénoncer au procureur du roi pour faire punir 
mon audace sacrilége. J'avais , selon lui , outra- 
geusement diffaméla respectable communauté des 
peseurs publics.. .. Tout le monde riait de sa co- 
lère , et plus on riait , plus il s'exaspe'rait. Tous 
les autres convives demandaient à grands cris la 
fin de la chanson , et iui vociférait : non ! non ! 
avec tant de violence que les éclats de sa voix 
couvraient presque toutes les autres clameurs. Je 
ne sais trop comment tout cela eût fini , si mon 
ami , qui est bon diable au fond et qui craignait 



328 GL0SSA1RE ET NOTES. 

pour Firascible peseur une attaque d'apoplexie , 
n'avait eu pitié de sa colère. Non seulement il 
refusa de continuer le chant maudit ; mais encore 
il entreprit de faire venir M. Simon à résipiscence 
à ce sujet ; et il y parvint. 

« M. Simon , lui dit-il avec douceur, pourquoi 
vousfâcher tout rouge d'un conp de fouet général 
qui ne peut vous atteindre vousindividuellement? 
vous n'êtes pas floueur , vous ; c'est connu , que 
diable ! laissez donc passer cette plaisanterie , 
quelque mordante qu'elle >ous paraisse, sinon 
vous donneriez à tous ces Messieurs une triste 
idée de votre savoir vivre. Un galant homme , 
un homme de bonne maison , comme vous , se 
mettre en fureur pour une vétille pareille , pour 
un couplet de chanson ! ah ! M. Simon ! vous 
n'y réfléchissez pas ! 

« Sousl'Empire, en 4 81 0, poursuivit mon ami , 
les cordonniers de Marseilie s'étaient réunis pour 
celébrer ia Saint-Crépin, Aumomentoù ils en- 
traient en corps dans l'église de Saint-Martin pour 
y entendre la grand'messe , l'organiste de cette 
paroisse, subitementetsingulièrementinspiré, se 
prit à exéciiter Tair : 

Le Jour dc Saint-Crépin , 

Mon cousin , 
Les cordonniers sc frisent. 

« En effet , ils étaient tous beaux comme des 
calices. La spirituelle fantaisie de Torganiste , 
loin deleuragréer, lesrenditfurieux. Levirtuose 
fut insulté et frappé ! il y eut scandale dans le 



GLOSSAIRE ET NOTES. 329 

lieu saint ! — Que voulez-vous? interrompt M. 
Simon : c'étaient des cordonniers ! 

« — Six mois plus tard , reprend mon ami , 
arrive la Saint-Yves, fête des robins. Toute la 
gent avocassière se rend cérémonieusement à la 
cathédrale pour y assister à la grand'messe.d'u- 
sage. Mon maître organiste ( il s'appelait Mathieu , 
je crois ) , en voyant arriver la corporation des 
hommes de palais , joue spontanément l'air de 
Camille : 

Ami si tu fais bicn , et si tu veux m'en croire , 
Ne va pas , ne va pas à la Forêt-Noire ! 

« M. C ### , avoué, l'un des assistants, sere- 
tourne avec vivacité du cóté de l'orgue et dit assez 

haut à l'un de ses collègues : bon b ce musi- 

cien!... L ### , il faut absolument l'inviter à 
dîner avec nous aujourd'hui !... — Vous avez 
raison , dit alors M. Simon à mon ami. M. C ### 
était un homme de bon sens et d'esprit qui savait 
vivre. Mais c'était un avocat ! les cordonniers 
n'étaient que des rustres , des imbéciles ! » 

La leçon avait porté fruit. Depuis lors , M. 
Simon le peseur ne parle plus de me poursuivre 
correctionnellement. Ii lui est même arrivé d'écou- 
ter le troisième couplet tout entier du Pègou sans 
frémir. ( Note de \ 845. ) 

Esquicha l'agi. Ecraser sous la dent le grain 
de raisin. Au figuré , gobelotter. 

Un leventi. Un beau , un merveilleux , un lion 
comme on dirait en français , aujourd'hui. 



330 GLOSSAIRE ET NOTES. 

Un Bachin est un Génois. Us ont presque tous 
le prénom de Jean-Baptiste. Dans le dialecte de 
Gènes , Baptiste se dit Bachiehin , et par abré- 
viation Bachin. De là ce nom de Bacbin qui est 
devenu à Marseille une injure très grave , parce 
qu'il.désigne un Génois , et que pour tout bon 
Marseillais un Génois est un peu moins qu'un 
chien . 

L'aiguo es sumo. Les eaux sont basses. De 
l'italien scemare , diminuer , décroître 

Foou l'endigo , etc. Encore une application du 
verbe universel faire. Lorsqu'un industriel de Ia 
jauge de Blème a fait son coup , il lui arrive de 
crier à quelqu'un de ses camarades : 6 Galouhê! 
6 Saoupo ! ai fa lou souffre ! e'est-à-dire , j'ai 
dérobé cette marchandise ; je l'ai cachée ; elle est 
en sûrelé. 

Gavachou. Equivalent de Pègou. 

Lou bras qué pissi. Provençalisme. EUipse. 
Què pour : avec lequel ou par lequel. On dit : lou 
couteou què coupi moun pein ; lei crosso qué 
marchi din ma chambro , Veissado qué garachi, 
etc. Quant à Texpression elle-même , lou bras 
quèpissi n'arien d'ordurier.C'esttoutbonnement 
le bras droit que Blème veut indiquer ici par une 
figure appropriée à son grossier langage ordinaire. 

Chiqua l'arris. Les Mercures du plus bas étage 
mangent le riz ; c'est-à-dire ils vivent du produit de 
leur triste industrie , comme font les Mercures du 
grand monde. (II y a partout de ces êtres là. Les 
Grecs en avaient fourré jusques parmileurs Dieux.) 
Mais ceux de la rue ont besoin de qualités phy- 
siques que Blème se plaint de ne point possédêr. 



GL0SSA1RR ET NOTES. 331 

Cala mei thys. Tendre mes filets. Le thys est 
un de ces mots , aujourd'hui fort rares , qui nous 
viennent directement de Phocée , et qui ont tra- 
versé vingt-cinq siècles et dix langues sans alté- 
ration aucune. 

est intraduisible . C'est Tun des 

termes les plus débraillcs du vocabulaire des 
Pègou. 

Lafontaine a mis en scène un dans 

l'unde sescontes 



Hais nous sommes déjà bien loin du temps de 
Lafontaine; et les moeurs, depuis, ontfait.de 
tels progrès que ni le mot ni Taction ne peuvent 
plus se dire. L'épithète cynique ne peut plus ser- 
vir aujourd'hui qu'au plus sale des truands Mar- 
seillais pour exprimer son mépris féroce. 



Quècou. Diminutif Génois deFrancesco. Dans 
leur haine sauvage contre les Bachin , les 
Marseillais de la vieille souche ont trouvé piquant 
de faire de ce prénom, très commun chez les 
Liguriens , le synonyme de voleur. 

Septembre 1839. 



332 GLOSSAIRE £T NOTES. 



LOU CHIN-NANA-POUN. 



Rebou. C'est le nom d'un gargotier de la plage 
d'Arenc qui était fort en vogue chez les ouvriers, 
sous la Restauration. Les sablonniers et les pê- 
cheurs y passaient tout leur temps qui n'était pas 
pris pour le travail , et même durant leur travail 
ils y fesaient plus d'une pause. 

Uanrièto. L'ariette , la chanson. 

Dé saouto-en-Vèr. Des gringalets. Tous les 
artistes armateurs ne peuvent qu'exciter la pitié 
du rude matelot Troumbloun. Aussi emploie-t'il 
toute sorte d'expressions dédaigneuses pour les 
quálifier. 

Basseto. Agréable , charmante , délicieuse. 

Lou Chin-nana-poun. Onomatopée. La musi- 
que militaire , dont les cuivres et la grosse-caisse 
sont la base. 

Lei chichieou. Les oiseaux. 

La fumèlofa lou ga. A moins d'être une chan- 
teuse de génie ( chose beaucoup plus rare qu on 
n'a Fair de le croire aujourd'hui qu'il suffit d'être 
primardonna pour faire partout crier au miracle), 
toute femme chantant sera toujours un. chat qai 
miaule, pour un enfant de la nature. 

Lei miraou creba. La voix éraillée. Quand les 
enfants ont pris une cigale , ils lui grattent , sous 
le ventre , ce qu'ils appelient les miroirs , pour 
l'exciter à chanter , et dès que , nonobstant le 



GLOSSAIRE ET NOTES. 333 

frottement de ce tablier cuirassé , la cigale cesse 
de se faire entendre , ils disent qu'elle a lei mt- 
raou creba. 

Dè tirassur dè coumodo. Pour nos hommes 
du petit peuple , la première de toutes les voix , 
la seule qu'ils estiment comme digne du mâle , 
c'est la basse. Chez eux , une voix de ce registre 
qui fait trembloter les notes les plus graves , 
imite jusqu'à un certain point le bruit d'un meu- 
ble lourd que Ton traînerait sur le sol d'un appar- 
tement. Tirassa la coumodo est donc le sublime 
du chant pour ces organisations fortes qui se sont 
appelées nervi parce qu'elles sont réellement tout 
nerfs- 

Leis abiqué. Les petits habits. Les freluquets. 

Berbi. Ce sont les dartres. Horrible sobriquet 
infligé , l'on ne sait pourquoi , par les Marseillais 
à tous les paysans de leur banlieue. 

Breffounié. Tempête affreuse. Ouragan. 

Dé tiro-vin. Le trombonne , qui a un peu la 
forme du syphon à décanter le vin. Dans son 
Paysan au théâtre , Cheilan décrit cet instru- 
ment d'une mariière très plaisante , en quelques 

mots. 

Brando-biasso. Porte-besace. Gueux , fai- 
néant. C'est encore une aménité du yieux marin 
à Tadresse des artistes rausiciens qu'il considère 
comme tout-à-fait inutiles et partant souveraine- 
ment méprisables. 11 dira au besoin : la mouar 
na pa fan dè tout aqueou sequgi ! 

Lou tambourin dei grapaou. Le tonnerre. 

Mounfounfoni. Aufiguré, ma symphonie, mon 
concert. Au propre , le founfoni est une mando- 



334 GLOSSAIRB ET NOTES. 

line , un instrument de musique à cordes , sans 
archet. 

Ti na gagna, dé bataio ! A preuve , la Mar- 
seillaise , mais la Marseillaise vraiment militaire , 
et non celle d'orchestre. 

Octobre 1839. 



LOU MIRORAMO. 



Lou Miroramo estle myriagramme, estropié par 
Mioun. Le système métrique des poids et mesures 
a été , dans Marseille , ngoureusement imposé , à 
l'exclusion de tout autre , à partir du \ cr janvier 
1 840. Ce système si simple , si parfait et si com- 
préhensible , n'en a pas moins rencontré , dans 
son application , une résistance très vive chez nos 
dames des halles et marchés. On dit les Bretons 
fort tètus et très entichés de leurs vieux usages. 
Mais il est difficile de se les imaginer aussi obstine's 
pour les coutumes que nos Marseillaises de la 
vieille roche. 

p### Babè , est une femme très connue 
depuis \ 81 8 au cours Sainlr-Louis et à la halle 
Delacroix. Elle a conservé vingt années durant , 
de fort beaux yeux bleus , un port de reine , des 
dents de nacre, unejambe de'licieuse , une taille 
ravissante ; et ií lui reste encore un pied mignon , 
une force de bceuf et une langue cruellement 
affiiée. 



GLOSSAIRE KT NOTES. 335 

Mioun. Trois ou quatre géne'rations de Mioun 
fruitières se sont succédées au coin du Courset de 
la Grande Rue , à cóté de la fontaine des Méduses, 
qui vient de disparaître avec elles. La dernière de 
cesMioun est morte depuis peu , à l'âge de soixante- 
quinze ans , aussi haineuse pour toute innovation 
que sa trisaïeule qui avait complimenté Louis XIV 
au temps de Nioselles. La mère de la Mioun que 
nous avons connue , causait un jour avec un de 
ses compères lettrus, vers l'époque du Direc- 
toire. Le compère cherchait à lui expliquer les 
dénominations des mois du calendrier républicain. 
Mioun interrompt vivement son interlocuteur, et 
lui indiquant d'un geste impudemment dédai- 
gneux son.... antérieur et son postérieur, elle 
lui dit avec cet accent qui n'appartient qu'aux 
poissardes : Tè ! vaqui pluvioso è vaqui vantoso ! 

La Tata. La maîtresse d'école qui , moyennant 
un sou par jour, garde et soigne tous les enfants 
qui lui sont confiés , fìlles et garçons , pèle-mêle , 
jusqu'à Tâge de sept ans inclusivement. Elle les 
nettoie de son mieux , et cherche à leur incul- 
quer les premiers éléments de la lecture , comme 
elle sait. Les Tata s'en vont aussi : elles ont été 
remplacées par les salles d'asile en plusieurs 
endroits. 

Santo-Croa. A Marseille , dans le vieil abécé- 
daire des commençants , une croix précède les 
lettres majuscules de Talphabet. De là le nom de 
Sainte-Croix donné à ce petit livret. 

Lei Cacano sont les patriciennes de la halle. 
II n'est pas de duchesse au monde qui ait plus 
d'orgueil dans Tâme , un pied plus délicat , et 



336 GLOSSAIRE BT NOl'ES. 

relativement , plus de recherche dans la mise , 
plus de luxe dans la toilette que telle Cacano des 
poissonneries vieille et Charles Delacroix. 

Verguo. Balance à un seul bassin et à romaine, 
avec peson. C'est un ustensile de très grand 
rapport aux mains des repetiero. 

Faire benoua. Frauder, tromper, tricher. 
Probablement quelque mari benoit , plus ridicule 
ou plus évidemment benoit que tant d'autres , a 
donné lieu à ces dictons qui s'appliquent à toutes 
sortes de duperies , mais surtout aux infìdélités 
conjugales. 

Qiïa fa lei a fa l'engambi. Qui a fait la loi 
a crée' en même temps l'embarras , la chicane. Au 
propre engambi signifie croc en jambe. 

Lou gro grun. Ce qui est cossu , important , 
considérable. Allusiou probable aux épaulettes à 
graines d'épinards. D'un autre cóté , les haricots 
et autres légumes à cosses , quand ils ont de gros 
grains , sont les légumes par excellence , soun 
doou gro grun. 

L'escrivan de la fouen Marouno. De temps 
immémorial, l'écrivain publicde laplace Maronne, 
entre la rue des Fabres et celle de l'Etrieu, a été 
l'oracle de toutes les femmes de la halle. 

Moussu Gay. Curé actuel de la paroisse Saint- 
Laurent, successeurde M. Bonafous, qui avait 
éte' quarante ans l'idole de ees vieux quartiers. 

L'an quaranto. Dans une ville aussi vieille 
que Marseille , il est impossible de ne pas ren- 
contrer une foule de vieilles persuasions , de vieux 
préjugés , fort peu rationnels sans doute , mais in- 
destructibles. L'an quarantc a sérieusement ef- 



GLOSSAIRE ET NOTES. 337 

frayé au moins trente mille âmes de notre popu- 
lation. 

Janvier 1840. 



A LA RISQUO ! 



A la risquo ! Espèce (Tinterjection qui signifie : 
au hazard ! à tout risque ! va-tout ! 

Moun mourounè. Mon petit tas, mon petit 
magot. 

Moussu Freissiné. M. Fraissinet, Pun des 
príncipaux banquiers de Marseille. 

Lei piarre. Les espèces. 

Leis acubié. Au propre , ce sont les trous pra- 
tiqués à la proue des navires pour y faire passer 
lecâble. Aufiguré, lesyeuxtoutgrandsouverts. 

Riche marchan vo paoure poulaïé ! est un 
dicton fort usité parmi les joueurs ; il dit expres- 
sément d'une manière anecdotique : tout ou rien ! 
par allusion à un petit marchand de volaille qui 
tint bon un jour de veine, à la Vendôme , et de- 
vint riche d'un seul coup. 

Un pegò. Un cordonnier. Encore une figure 
tirée de la poix. 

Lei Maíagò sont les esprits follets , les démons 
de la nuit. 

La Logeo. La salle de la Bourse , àl'Hôtel-de- 
Ville. 

29 



338 glossaire et notes. 

Milar Barrique eme Milor Oouflìé. Deux riches 
négociants de Marseille , M. A*** et M. M***, 
ainsi surnommés , l'un de son atelier de tonnel- 
lerìe , l'autre de sa fabrique de sparteries. Nous 
avons aussi Milord Prune et Miîord Coton que 
Gargamélo aurait encore pu rappeler. 

Attrouva lou bouen Dieou endormi. Trouver 
l'occasion on ne peut plus belle. A la lettre : 
trouver Dieu endormi et pouvoir tout se permettre 
impunément, tout, même^e que l'on n'oserait 
point, si Dieu veillait. 

Bagatouni. Désignatîon populaire de nos vieux 
quartiers et surtout du quartier des Grands- 
Carmes , habité par un grand nombre de Génois. 
C'est de ces derniers, sans doute , queprovient 
cette terminaison italienne. 

Placeto. Petite place ou carrefour. 

La Patincho ou lou Saouto-Tur. Le jeu du 
cheval fondu ou coupe-téte. 

Là ! ti-vieou ! Jeu d'enfants qui a quelque ana- 
logie avec le cligne-musette. Je n'y ai point vu 
jouer ailleurs qu'à Marseille. 

Lou Panié. Le quartier du Panier entre 
l'Hôtel-Dieu et la Butte des Moulins. 

Soun Marca-noou , pieouzeou blezi , varaio. 
Le Marché-neuf des Capucins, dont la corniche a 
croulé avant même qu'on eût achevé de la poser. 
Depuis lors , il a été nécessaire d'étançonner tout 
l'édifice , pour en terminer la construction. 

La muraio qué duou cencha , etc. Le mur de 
ceinture projeté pour l'octroi , qui doit englober 
tout le territoire de notre commune. 

Sei chivaou gris é blan. Allusion au brillant 



GLOSSAIRE Er NOTES. 339 

équipage de M. F ### qui va presque toujours à 
pied , lui , tandis qu'il fait conduire à la prome- 
nade ses voitures \ides, attelées de magnifiques 
chevaux gris pommelés , pour les e'taler à l'en- 
vieuse admiration du public. 

Sounco. Contraction de aèun coou, si une fois. 
Lorsque. 

Lou Fada. Le liltoral de la mer, à droite du 
Prado, sûr la plage. Cequartier possédait deux ou 
trois anciennes guinguettes , qui existent encore , 
et qui étaient fréquentées par les ouvriers amis 
du lundi , bien avant l'établissement de la grande 
promenade , de la Bambla , de l'Alameda mar- 
seillaise. 

Toumbo-bèlo ! Jeu d'enfants qui consiste à 
frapper sur les mains d'un camarade pour en faire 
tomber ce qu'elles contiennent. D'après les lois 
de ce jeu tout ce qui échappe des doigts est de 
bonne prise pour l'adversaire. 

Uno chouno. Un plongeon. 

Fachodépeguo. Enduites depoix. Encore le 
verbe universel faire. 

Février 1840. 



LOU PARISIEN. 



Lapas. La paix de 484 4. 

Tira en terro. Se retirer des affaires. Tirer la 
barque sur le rivage , comme cela se pratique à 
l'entrée de l'hiver, sur le littoral de la Méditer- 
ranée , depuis l'antiquite'. 



340 GLOSSAIRE ET NOTES. 

Prègo-dieou. Espèce de sauterelle verte asseí 
commune dans la banlieue de Marseille. 

Bou dé barro. Enfant de la barre. La barre 
est l'arme du portefaix , son outil spécial. 

Francïò. Qui parle d'habitudele français avec 
l'accent du Nord. Le Francïò est souverainement 
antipathique au Marseillais pur sang. U n'y a guères 
que le Génois qui lui inspire une aveçpion plus 
grande , et après le Gavot , c'est encore le Francïò 
qui lui paraît le plus ridicule. A la vérité le Franctò 
rend avec usure au Marseillais haine et dédain. 
Àu reste , depuis 4 832 , les choses ont bien chan- 
gá : les vieux Marseillais sont maintement débordés 
par les Franòïò: et ce mot n'a presque déjà plus 
cours , sauf dans quelques ruelles aux environs 
de TOratoire. 

Lou buai ! équivaut au pouah ! français. Lou 
buai est donc le mal au coeur. Les Marseîllais font 
au besoin des substantifs de tous les mots ; flèche 
de tout bois. 

Lou calò. Diminutif de la calotte. CoifFure en 
feutre fort en usage parmi les hommes de peine. 
Les pêcheurs à la ligne s'en servent aussi pour 
enfermer leurs amorces. 

Unarlèri. Extravagant qui est bien près de la 
folie complète. 

Un cougourdié ! Être vain et présomptueux , 
bouffi et creux comme une courge , une cilrouille. 

Unperruquié ! Pas plus à Marseille qu'ailleurs 
ces pauvres perruquiers n'ont jamais obtenu gran- 
de considération. Unperruquié, au figuré, chez 
nous, est un sot , un fat , un individu sans consis- 
tance. 



GLOSSAIRE ET NOTRS. 341 

Piarrò. Saltimbanque. Sauteur. Coureur. Du 
Pierrot de la comédie italienne. 

Tintarlò participe dufreluquet, du muguet, du 
calicot , de l'écolier, du saute-ruisseau , auxquels 
ils s'applique également bien. Mais c'est un terme 
de caresse ; il ne se prend point en mauvaise part . 

La Muso. Que peut avoir de commun la Muse , 
cette gracieuse progénituredu Dieudes beaux-arts, 
avec le métier très utile , sans doute , mais archi- 
prosaïque des portefaix? La Muse est cependant 
le nom par lequel ils désignent leur corporation. 
C'est aussi le bureau de leur syndicat ; et lorsque 
quelqu'un d'eux se repose en attendant son tour 
de travail , il fait muso. N'y aurait-il pas , dans 
ce singulier rapprochement , quelque amère épi- 
gramme contre 1 inanité des préoccupations artis- 
tiques et littéraires ? 

Tacheto. Très petites pointes à tête large et 
plate qui servent à ferrer les chaussures demi- 
fìnes, de pacotille. 

Moussu Demoussian. C'était le premier et le 
plus ancien parfumeur de notre ville. Son magasin 
était situé rue Canebière , 1 4 , en face de la rue 
Saint-Ferre'ol. Alasuite d'unlitige qui a duré 
assez long-temps entre ses héritiers directs ou 
collatéraux , se proclamant tous à la fois ses 
seuls et uniques successeurs , Tun d'entr'eux , 
ayantobtenu gain de cause, a fait inscrire surson 
enseigne , au dessous d'un soleil ardent , l'or- 
gueilleuse devise de Louis XIV : Nec pluribus 
impar /.... M. Demoussian, parfumeur, ancien 
magasin, dont le nom était si répandu à Marseille, 
a dû mourir vers i 823, 

29 





I 



342 GL0SSA1RE £T NOTES. 

Dè bedin dè bedò, saouto oou clò. Clopin- 
clopant saute au trou : traduction littérale en fran- 
çais de cuisine.Termes dont se servent les enfants 
qui poussent dans un trou à terre des noyaux d'a- 
bricot avec le travers du doigt indicateur. 

Croyançur. Fier comme un marchand de craie 
et de plâtre. Croyançur et eougourdié sont syno- 
nymes. Le premier de ces surnoms appartient aux 
habitants d'AUauch , etlesecond aux habitants 
d'Aix. II y a beaucoup de carrières de craie et de 
plâtre aux environs d'Allauch. On dit de quel- 
qu'un qui fait l'important : es ana Araou : a 
carga dé croyo. Le terroir d'Aix abonde en cour- 
ges énormes. 

Mié-fooudieou. Demi-femelle. Le tablier et le 
chapeau désignent figurément Thomme et la 
femme. 

Foou qué Jané reste Jané ! C*est une solution, 
( peut-être la soule non désastreuse ) du terrible 
problème qui menace la société , et contre lequel 
elle viendra sebrisertot ou tard , si Jané ,Gros-Jean , 
ne veut plus consentir à demeurer Gros-Jean. 

Juillct 1840. 



VIEIO GUERRO 



Passa dè Hbre. Lire des livres. Répéter plu- 
sieurs fois cette lecture du commencement à la fin. 
Les enfants et autres apprentis lecteurs qui épèlent, 
ne peuvent lire que dans un seul livre , leur sylla- 



GLOSSAIRE ET NOTES. 343 

baÌTe. Pour un homme de la force du patron Ma- 
choferri , c'est donc une marque de grande 
confiance aux lumières de son jeune neveu que 
de lui dire : Tu , pichouné , qiïas passa tan dé 
libre ! Tu es savant ! tu peux lire les papiers 
publics : lei papié ! 

Sian loucha. Nous sommes floués. 

Machoferri. Les vieux marins de la République 
et de l'Empire étaient tout à la fois durs et âpres 
comme le mâchefer. 

Adrou ! doitêtre une corruption duharo ! des 
Normands. U a la même signification et presque 
la méme'consonnance. 

Lou Santus. Le moment suprême. Gette íìgure 
esttiréedela Messe. Dans leur dialecte imagé, 
les Marseillais mêlent sans scrupule le sacre' et le 
profane. 

Lou Gran-Pilò. C'est Napoléon, dontles An- 
glais nous rendaient les restes , au moment même 
où ils cherchaient à nous duper par le traité du 
quinze juillet 4840. Certes , sijamaisquelqu'un 
a mérité d'être appelé le Grand-Pilote, c'est à coup 
sûr TEmpereur , bien qu'en définitive il n'ait pas 
pu conduire la barque à bon port. Mais qu'im- 
portent les revers ! Les vieux soldats, les anciens 
compagnons de l'homme du Destin, ne l'ontja- 
mais jugé cet homme ; iis l'ont toujours adoré. 

Sé nan brusqua quaouquei bèto din Carri. 
Sous PEmpire , les Anglais venaient surprendre 
et bruler souvent des embarcations dans les 
petits ports de la côte. Ilsfaisaient tranquillement 
de l'eau aux fontaines du quai , à Cassis ; et plus 
d'une fois il leur est arrivé de capturer des na- 



344 GLOSSAIRE ET NOTES. 

vires de quelque importance jusques sous le canon 
de nos batteries. Mais Machoferri n'est pas homme 
à avouer ce fait humiliant pour son orgueil na- 
tional. U neparleque de quelques bèto. C'est, 
après le nègiuhchin , la plus petite de toutes nos 
embarcatïons, 

Âquelei farandouro! Qui ne se souvient ou 
qui n'a entendu parler des fêtes populaires don- 
nées aux Anglais par les Marseillais en 4 84 4 et 
1 84 5? De l'engoûment de nos dames de tout âge 
et de toute condition pour ces bons alliés ? Du fré- 
nétique enthousiasme de nos chevaliers du Lys ? 
La chronique scandaleuse s'est lassée à répéter 
les exploitsamoureux dei bloundin iestié dans une 
ville où , avant i 816, le type flavus était rare et 
où , depuis lors , il est devenu presque commun. 

Pita Vamouro. Happer un bon morceau à la 
barbe d'autrui. 

Juran. Le nom de géant , estropié. 

Fooupaperi ! II ne peut pas admettre l'alterna- 
tive de vaincre ou de mourir, Machoferri ; il veut 
à toute force aller battre un entrechat à dix sur 
les pontons de Portsmouth , avec le tronçon de sa 
jambe amputée- 

La testo din lou sa ! Comme le Scapin de Mo- 
lière, et tu seras réduite à merci. 

Août 1840. 



glossáire et notes. 345 



PACIENÇO. 



Lei sueio , sont les fosses à fumier du boule- 
vard des Dames. Malgré les re'clamations les plus 
nombreuses et les mieux fonde'es , des depôts con- 
side'rables d'immondices et d'engrais restent en- 
core aujourd'hui entasse's dans ce lieu; et cela dure 
peutrêtre depuis le siége de Marseille par le Conn&- 
table de Bourbon. Singulier encens à laisser fumer 
pendant trois cent quinze ans sur la place même qui 
a été immortaliséepar nosamazones duXVP siècîe. 

L'Oousservanço. L'ancienne église del'Obser- 
vance , derrière l'hospice de la Charité , sur le 
bord de la mer, à l'anse de l'Ourse. Construite 
vers le milieu du siècle dernier, elle n'avait ja- 
mais été entièrement achevée , quant aux détails 
d'ornementation. Elle eûtpu devenir laplusbelle 
église de notre ville , sans la grande révolution 
qui commença à la ruiner. Un M. Romieu , fa- 
bricant chapelier, l'acheta , disait-on , au prix de 
dix-neuf mille francs et la íìt de'molir en 4 821 . 
On prétendait , dans le temps , que les matériaux 
lui avâient rendu plus de cinquante mille écus. 

Santo-Paoulo est la fameuse tour Sainte-Paule 
du siége de 1525. II n'en reste plus que la base 
entre le boulevard des Dames et le boulevard du 
Belloy. 

L' adoubadou . L'abattoir public contigu à Tan- 
tique porte de la Joliette. Les environs de cet 



346 GLOSSAIRE ET NOTES. 

abattoir, les ruines de l'Observance et de Sainte- 
Paule ainsi que les débris de plusieurs couvents 
en ruines, fort nombreux dans ces quartiers, sont 
occupés par des tanneries et par des ouvriers qui 
fabriquent les roottes de tan. 

Ti lou mordries , ou lou couparies , nen serié 
pa pu lon. C'est Targument irrésistible de qui- 
conque prêche la résignation. 

Lou mous. Le vin non encore fermenté , le 
moût. Par extension , toute sorte de vin , et parti- 
culièrement tout gros vin , est du mous ; c'est 
aussi celui auquel donnent toujours la préférence 
nos rouges-trognes du ruisseau. 

Lou viei Palai. La rue de ce nom , où était situé 
anciennement le Palais de justice , va de la place 
du Terras à la Plate-Forme et derrière les Grands- 
Carmes. 

Lou Racati. Morceau de viande. Ce nom est 
probablement un corrompu du rogaton français. Au 
chemin de Belle-de-Mai , au bout de la rue Tu- 
renne , en face du cimetière , il existe encore une 
ancienne guinguette appelée lou Racati. Autrefois 
elle était très-fréquentée par tous les ouvriers des 
quartiers Nord de Marseille. Cette guinguette a 
beaucoup perdu de sa prospérité première. 

Lou brigadeou. La bouillie de farine. 

Ni coquo , ni moquo , ni feu , ni lieu. La coquo, 
dans les ménages ruraux , est un corbillon en osier 
cloué sur la table de la cuisine et contenant le go- 
belet qui sert à toute la famille pour boire. La 
moquo est le roseau appendu au plancher et ser- 
vant pour y accrocher le calen. 

Loupichoun Bavò. Lorsque le quartier Beauvau 



GLOSSAIBE £T NOTES. 347 

fut construit, vers la fin de Pancien régime, sur 
les terrains de l'arsenal de marine, c'était leplus 
beau quartier de Marseille; aujourd'hui encore 
il peut soutenir la comparaison avec ce qu'il y 
a de mieux et de plus nouveau dans la ville basse. 
Depuis soixante ans , les femmes du peuple , par 
antiphrase , appellent Petit-Beauvau tout í'arron- 
dissement des Grands-Carmes , le plus sale de nos 
immondes vieux quartiers. 

La sisampo. Toute bise , tout vent froid. 

Girenti. Lou casteou Girenti y château Gerin , 
étaitunemaison de campagne en ruines qui exis- 
tait encore en 1 81 5 dans l'anse des Tamaris , à la 
Villette. On trouvait quelque chose du genre ita- 
lien dans cette construction , et elle avait dû ètre 
établie sur un pied seigneurial. Dans monenfance 
elle servait de refuge à beauconp de pauvres fa- 
milles Génoises. II n'en reste plus vestige depuis 
que le Lazaret a été agrandi en 1 823. 

Seis inoundacien. Állusion aux terribles inon- 
dations qui ont failli détruire Lyon dans les pre- 
miers jours de ce mois-ci. 

Poutitè. Méchante drogue. 

Novembre 1840. 



FELIPO. 



Estrambo. Enthousiasme , bruit, vacarme. 
T'a plu qu'aqueou roun ma pipo ! Un polis- 



348 GLOSSAIRE ET NOTES. 

son, undécrotteur de quinze ou seize ans qui a une 
pipe avec un culot bien noir, est aux anges ; il se 
croit un homme et se rengorge en conséquence. 

Uno fripo. Un festin. Au figuré , une bonne 
fortune , un avantage inespéré. 

Chi. Diminutif de François. 

Fran , Carambo , Raffeou é Pissarotto , 
noms et sobriquets burlesques des camarades in- 
times de Philippe. 

La Balotto. Diminutif de balo. La fortune , le 
magot. 

Lou Bataioun. Labataille des enfants, à coups 
de pierres.Une chose qui n'a point été remarquée, 
et qui en vaut pourtant la peine , c'est que , de- 
puis la grande révolution , toutes lesfois qu'il y a 
eu en France quelque remue-ménage politique , il 
y a eu aussi recrudescence de fureur parmi les en- 
fants pour ce jeu dangereux du bataillon . En i 81 4 
et 1 84 5 , c'était un véritable délire. L'autorité 
dût intervenir et prendre des mesures sérieuses 
pour empêcher ces combats dont les grands gar- 
çons avaient fini par se mêler. Les enfants de 
TEmpire n'ontpoint encore oublié les Turquins 
et les Mazettes, Guelfes et Gibelins au petit pied 
des écoles primaires de ce temps-là. 

Mi fan dé votro. Me font des révérences , des 
courbettes. Par abréviation de la formule de salu- 
tation : votre serviteur. 

L'api. L'habit, le frac. 

La limaço. La chemise. 

Uno mouazo pour les commères de la place aux 
OEufs , est une demoiselle jeune , jolie , élégante 
et dédaigneuse. Ce seul mot de mouazo comprend 
toutes ces idées. 



GLOSSAIRE ET NOTES. 349 

Un nitar. Un enfant très adroit à toutes sortes 
dejeux. 

Un globou. Un ballon gonfle'. 

Lei baoumo doou Gran Caire. Cavite's natu- 
relles et factices qui existaient encore, il y aquinze 
ou vingt ans, le long des falaises , de la pointe de 
la Major à celle du Lazaret , surtout à 1 anse de 
TOurse , dite du Grand-Caire. Elles servaienl la 
nuit de refuge à beaucoup de pauvres diables. Les 
hótes de ces cavernes s'y faisaient des lits d'algue 
sèche assez convenables sous le rapport hygié- 
nique , pendant la saison chaude ; mais l'hiver, 
par les vents du mistral , la place ne de\ait pas 
êtretenable. Aussi ces repaires ont ils été aban- 
donnés pour les chalands et les accons du port. 
Ces nouvelles tanières sont probablement moins 
saines ; mais elles sont bien mieux abritées. Et 
les misérables dont le ventre est souvent creux , 
redoutent beaucoup plus le froid que l'ordure ou 
l'air vicié. 

Passerouné. Terme de caresse. Petit passe- 
reau. 

Labattrai. Sous entendu : la générale. Battre 
la générale , trembler. 

Cebeto ! Particule explétive. Interjection qui 
donne de la vigueur à la phrase patoise et ne peut 
point avoir d'équivalent en français. Le mot si- 
gnifìe : petitoignon, 

Lei clicleto en tarraio. Au front d'un régiment 
qui défile , on voit souvent une troupe de gamins 
précéder les tambours et accompagner les batteries 
des caisses du cliquetis de crecelles improvisées 
au moyen de tessons de poterie. Les gamins, dans 

30 



350 GLOSSAIRE ET NOTES. 

notre ville , sont gamins peut-être plus que partout 
ailleurs. 

Lei voualà. Les bulletins-nouvelles que Ies 
crieurs publics colportaient dans les rues sous 
l'Empire. Leur annonce íìnissait toujours par ce 
crí : le voilà ! le voilà ! et le papier a conservé le 
nom de voilà. 

Castagnié. Nom donné par les royalistes , en 
i 81 4 et 1 84 5 , à Bonaparte et à ses partisans , 
par allusion aux châtaignes que l'île de Corse 
produit en très grande quantité. 

Lou glacè ! Quel est l'homme né à Marseille et 
éle\è démocratiquement, comme nousFavonstous 
été nous autres âgés de trente à trente-cinq ans , 
qui ne se rappelle avec délices et l'eau à la bouche 
le glacè dé Meste Alègre? Ce fameux glacé d'un 
blanc douteux ou d'un rose pâle , que notre four- 
nisseur bien-aiméfabriquait en plein vent sur le 
Cours Saint-Louis , à l'entrée de la Canebière , et 
qu'il nous servait dans de petits verres d'un sou 
et de deux liards ! Fè un paou bada , Meste 
Alègre !. . . Oh ! oui , il était bon ce glacé ! bien 
meilleur encore que l'eau de réglisse bue au garri 
chez Mioun des Méduses. 

Leis ar dé triounfle. Les guirlandes de ver- 
dure dont on avait décore' presque toutes les rues 
de Marseille, à la paix de \ 84 4. 11 y en avait une 
très grande quantité de fort bon goût. Mes plus 
vieux souvenirs m'en rappellent un entr'autres, 
de la place Janguin , où les Cacano de ce marché 
avaient marié le lierre et les oeufs avec un pitto- 
resque qui charmait mes yeux de sept ans. 

Jita peirin ! Jetez , parrain ! C'est le cri des 



GROSSAIRE ET NOTES. 351 

polissons qui suivent les voitures de baptéme pour 
arracher quelques sous au parrain. Ce pauvre 
parrain ! Ses quêteurs importuns ne lui épargnent 
pas même les injures en cette occasion ! Peirin 
couguou ! A la eorno oou cuou ! A louga Vábi ! 
etc. , etc. 

Fa vira dé dous. Jouer à croix ou pile avec 
de gros sous. Nos quècou s'adonnent avec frénésie 
à ce jeu. U est plus expéditif encore que la Ven- 
dôme et que le Baccarra. 

Lou Boumbu. C'est Louis XVIII qui était énor- 
me , comme on sait. Un gros homme , un homme 
obèse , est un boumbu. 

Vivo U Roua ! Comme tous les pauvres du 
monde , comme les mendiants frères-lais , comme 
les poètes , les marchands d'oublies ont l'imagi- 
nation à l'affût des circonstances , qu'ils exploi- 
tent dans leurs discours. En 4 84 4 ils cherchaient 
à amorcer les chalandsen criant : oublià la zoua ! 
vivo léroua ! marsan d'oubli ! vivo Louï /... 

La rime n'est pas riche et la style en est vieux... 

Et bien ! cela faisait plaisir au bon peuple , et il 
pitait. 
Babò. Diminutif d'Elisabeth. 

Février 1841. 



BOUENO-VOYO. 



Lissandro. Alexandre. 

A la chuchu. Àla sourdine. En cachette. 



352 GLOSSAIRE ET NOTES. 

Lei joio. Les prix des fêtes de village. Lei 
darnié anpaleijoio. Traduction libre du : tardè 
venientibus ossa. 

Ancra. Ancré. Solide. En fonds. 

Manelas. Augmentatif àemaneou. Adulateur, 
vil complaisant. 

La castagno. L'indolence qui recherche le 
far niente italien. 

Lei chicouroun ou chicouloun sont de petites 
gorgées. 

Taio ! taio ! C'est-à-dire : marque ! marque 
une coche sur la taille , comme font les portefaix 
à chaque transport qu'ils effectuent. 

Fusardié. Tireur de fusées. Pique-assiette qui 
\it aux dépens du tiers et du quart. 

Su lou crestian. Quand la chaussure est usée 
au point d'être percée en dessous , on marche sur 
la peau , sur le chrétien. 

Lou coupo-cuou. La carmagnole. 

Gourrinò. Diminutif de gourrin. Libertin de 
bas-lieu. Vaurien. Mauvais sujet. Espiègle. Mé- 
chant. 

Lei bouffo sont de \igoureux soufflets appli- 
que's à un individuqui gonfle expressément ses 
joues pour recevoir les coups. II existe à Marseille 
trois ou quatre pauvres malheureux qui font mé- 
tier de se laisser asséner pour un sou une lourde 
bouffo sur chaque joue. L*on trouve aussi à Mar- 
seille un assez grand nombre de misérables qui 
achètent , moyennant un sou , le triste plaisir de 
frapper à tour de bras sur la face d'un crétin. 
On ne voit ces atrocités stupides que dans notre 
ville. C'est le passe-temps par excellence des 



GLOSSAIRE BT NOTES. 353 

crocheteurs désoeuvrés. Ces barbares ne compren- 
nentpas que desjeux pareils les placent bien au- 
dessous du bourreau ! Et pourtant, à l'occasion, ils 
ne manquent ni de coeur ni de bon sens. 

Lei chichibèli sont des fragments de papier ou 
d'étoffe ou de bois que l'on accroche aux vête- 
ments de quelqu'un. Les enfants et les mauvais 
plaisants suivent la personne ainsi désignée aux 
risées de la foule , et ils crient : oh ! lou chichi- 
bèli ! bèli ! beli ! bèli ! 

Lei santi-bèli sont les figurines en plâtre que 
vendent dans nos rues les Piémontais et les Luc- 
quois , en criant : santi belli ! belli santi ! 

Nouzo-ti lei ribouleto. Fais un nceud à tes in- 
testins puisque tu cours risque de ne plus manger 
ton soûl. 

Ti nequerisse. Te dessèche. T'épuise. 

Fa la paoumo. Etre à Tagonie. Quelques ins- 
tants avant de mourir, et même quand ils souffrent 
du froid , les petits oiseaux se pelotonnent dans 
leurs plumes, et s'arrondissent comme une paume. 

Portugalo. Autrefois la voirie était à la Joliette. 
La porte de ce nom , qui était la principale entrée 
de la ville , s'appelait aussi Portugalo de Porta 
Gallica , porte française. De là ce nom de Portu- 
galo donné plus tard à tous les lieux de voirie 
indistinctement ; l'Ourse, le Pharo, les Catalans 
et autres. 

Juin 18-H. 



30. 



354 GLOSSAIRE ET NOTES. 



LOU TRAMBLAMEN. 



Mourou. Le Maure , le noir. Ce sobriquet pro- 
venant du teint de celui à qui on veut l'appliquer, 
est fort répandu chez les mancuvriers. 

La rnatiero. La soude factice. 

Clava, Au propre , se fermer la bouche à clef. 
Au figuré , jeter sa langue aux chiens , désespérer 
de deviner le mot d'une énigme. 

Lafavo. Leguignon. Au propre , lafête du 
gâteau des rois. 

Lou rouiaoume. Le gâteau des rois dei richas 
sur lequel l'ouvrier savonnier Mourou veut donner 
sa mouardiduro. Le bien-être , les jouissances 
matérielles que procure toujours la fortune. 

Lou coumourun. Le comble de la mesure. 

Coucha lou marlus. Donner la chasse au mer- 
lan. Au fìguré , vivre misérable , tirer le diable 
par la queue. 

Lou peze crèbo. Le poids crève. L'indignation 
ne peut plus être conteuue ; elle éclate. 

Lou Traou dei Masquo. Quartier rural près la 
Belle-de-Mai , qui a tiré son nom d'un égoût place' 
même à l'intersection du chemin de ce hameau 
et du boulevard Mouren. U me souvient que quand 
nous étions tout petits , le coeur nous battait fort 
en passant devant le Trou des Masques , surtout 
quand nous retournions du bouiroun. La pensée de 
Misè Mandino la Tarasquo ou de toute autre 



GLOSSAIRE ET NOTES 355 

stryge , sa devancière , nous faisait frissonner de 
terreur. 

N'a tira lei carto oou gran jué. Nous avons 
encore à Marseille beaucoup de vieilles nécroman- 
ciennes tireuses de cartes ; leurs exercices sont 
diversement tarifés. Le petit jeu coûte un franc , 
mais le grand jeu ne se paie pas moins de cent 
sous , et dans les occasiorís suprêmes , tous ces 
grands enfants qui pullulent aux vieux quartiers 
de notre ville primitive , ne manquent jamais de 
recourir au grand jeu pour lire plus sûrement dans 
Tavenir. 

Lacha lou grame ei cervouranto ! Lâchez de 
la ficelle aux cerfs-volants. Le vent est favorable : 
déployez-vous ! largue la grand-voile ! 

Sapur, Calobre , YAgacin , Nazou , Ratoun, 
Naveou, Mesiquo. Sobriquets des savonniers, 
camarades de Mourou. 

Lei braio à miraou. Les pantalons de travaii, 
qui ont des pièces carrées aux genoux et aux 
fesses. L'étoffe de ces pièces est ordinairement 
plus fraîche , elle a une couleur plus foncée que 
celle du reste du vêtement ; et comme la couture 
forme une espèce de rebord qui semble encadrer 
la pièce , ces pantalons sont appelés braio à mi- 
raou , ainsi que Thomme qui les porte , et ce par 
une double métonymie qui a bien son côté pitto- 
resque . 

Zou ! saio-la! Abord des navires, sur les 
quais , dans les fabriques , et dans tout chantier, 
chaque fois que plusieurs hommes ont à réunir 
leurs efforts pour mouvoir ou soulever un fardeau 
quelconque , soit à Taide de poulies , soit au moyen 



356 CiLOSSAIRE ET NOTES. 

de leviers , il y a toujours parmi eux un conduc- 
teur qui , pour faire concorder tous les efforts , 
crie à des intervalles mesurés : zou ! saio- la ! 
c'est-à-dire : sus ! tire ! force ! 

La cuecho. L'entreprise , par métaphore. 

O-damn. Noble , de Pappellation des républi- 
cains , pendant la révolution. Ci-devant étail une 
qualification injurieuse alors ; mais les choses ont 
bien changé depuis, etquoiqu'il parle avec mépris 
des ci-davan , je suis bien sûr que Mourou ou 
tout au moins sa femme et sa soeur conservent au 
fond du coeur beaucoup de considération pour le 
privilége de la naissance. 

Loulibredéconte. Pour nos Marseillais illettrés 
(et ils sont encore fort nombreux), le livre de 
comptes, soitun cahier d'exercices surlesqualre 
règles de Farithmétique , c'est le monumentum 
cere perennius d'Horace. Un père a fait de son 
fìls le plus immense éloge dès qu'il a dit : a fa 
soun libre dé conte ! Un livre de comptes calligra- 
phié avec amour , bariolé d'encre de toutes cou- 
leurs , relié ensuite en parchemin et marbre' sur 
tranche , lui semble un diplôme d'immortalité. 

Porcas dè disqui ! Les Provençaux , en gé- 
néral, blasphèment le nom deDieu d'une ma- 
nière horrible. Probablement quelqu'un d'eux, 
moins brutal ou moins osé que le commun de ses 
compatriotes , pour concilier le besoin de jurer 
avec le respect qui lui restait encore pour la Divi- 
nité , aura déguisé le nom de Dieu au moyen de 
la terminaison isqui ; et ce mode de jurer aura 
fini par acquérir une certaine vogue , même chez 
les blasphémateurs les moins timorés. Ce ser : * 



GLOSSAIRE ET N0TES. 357 

un peu Thistoire du Jarni-Dieu ! d'Henri IV, qui 
devint plus tard Jarni-Coton ! sur la rcraontrance 
de son confesseur, le Père Colon , jésuite. 

Radassaire. Ouvrierqui neltoieavec un écou- 
villon les barriques d'huile. 

Espaousso-salado. Maladroit qui n'est bon à 
rien qu'à secouer la salade. 

Lei quatre façado. L'échafaud soit pour la dé- 
capitation soit pour l'exposition. A Marseille , 
on élève cette horrible machine sur la place Saint- 
Louis ; de sorte qu'elle fait face au Cours , à la rue 
de Rome , à la rue Noailles et à la Canebière. Chcz 
le peuple inventif ces qualre façades aux quatre 
points cardinaux ont servi à de'signer Tinstrument 
du supplice. 

Sié estordi. Soit tué. 

Coquolein. Le bourreau qui fonctionnait à 
Marseille sous la terreur, s'appelait Coquelin Le 
nom de ce terrible officier ministériel est reslé 
à tous ses successeurs. 

Septembre 1841. 



S'ÈRI TUR! 



Sooucissò. Sobriquet du cousin de Brouqueto, 
le pilote Lamaneur, héros de cette chanson. 
Sooucissò a déjà fait plusieurs voyage dans le 
Levant comme matelot. Brouqueto , allumette , 
u'a pas eu le même avantagc. 



358 GLOSSAIRE ET NOTES. 

Pingre. Maigre , chétif, sans considération. 

Lei testo. Les rnaîtresses. 

La cambeto. Le croc en jarabe. 

Oh ! dé mei bouteou ! Provençalisme. Excla- 
mation qui ne s'emploie guères que pour exprimer 
les sensations de douleurs violeîites. Oh ! dè ma 
den ! oh ! déma testo ! Ici c'estTextase du plaisir 
que cette locution veut rendre. 

Leis escudè. Emplâtres résineux qui s'appli- 
quent surla poitrine et sur le bas-ventre. Ils sont 
ordinairement noirs et de forme ovale. Ici rem- 
ploi de ce terme fìguré était indispensable. Le 
mot propre eût été impossible. 

Lei Braiasso. Les Turcs , et en général tous 
les Orientaux, qui portent de larges braies. 

Lou vici. Ce nom de vice donné aux mauvais 
lieux et aux tripots par la populace elle-même , 
ne pouvait certaihement pas être mieux choisi ni 
plus expressif. 

Rousto. Volée de coups. 

Chiqur. Mercure de bas étage. 

A jàbo. Gratuitement. 

Mei brtftici. Au propre et au fìguré, mesor- 
dures. 

Lei charchèli sontles joyaux , les falbalas, les 
volants ; tout Tattirail , tout le clinquant d'une 
toilette féminine. 

Désissolo. Des entrechats. De deux notes de 
musique si et sol. 

Voilà 

un mot qui peut être articulé hardiment devant 
toutes les femmes , tandis que son équivalent 
français ne peut plus même étre prononcé en 



GLOSSAIRES £T NOTES. 359 

public devant des hommes. II en est ainsi de toute 
cette chanson, où, grâce à la bizarrerie énergique 
de la langueprovençale, il aété possible, quoique 
très diflìcile, de rendre très brutalement le délire 
de la passion érotique chez une nature ardente 
et grossière , sans jamais employer un seul mot 
obscène. 

Què toun cabudeou si desftele. Delille aurait 
dit : que le fil de tes jours soit tranché, etc. 

Vun dei sans Angi dè toun ciele. Le Paradis de 
Mahomet, promis surtout aux hercules érotiques. 

Escarpissur. Qui déchire. Qui met en charpie. 

Mèzou-mèzou. Coussi-coussi. 

Lou vèzou. La perspective. Ces mots nous 
\iennent des Génois. 

Mamalou. Pour Osmanlis. 



Nigodèmus. Nigaud. Benêt. 

Novembre 1841. 



PICHOUN FAI. 



Un plò. Un billot de bois. 

L'aisso. L'herminette des charpentiers. 

Vooucansoun. C'est le nom d'un cabaretier 
de Rive-Neuve fort achalandé. 11 est Grenoblois 
comme son homonyme, le célèbre mécanicien des 
automates. 



360 GLOSSAIRB ET NOTES. 

Creida oou charroun. Crier à l'aide. Cette 
locution doit avoir été introduite dans notre patois 
par les rouliers et Ies postillons. Dès qu'il survient 
quelque accident à leur véhicule , iís n'ont rien 
de plus pressé que de re'clamer le secours du 
charron le plusproche. De là sansdoute le dicton. 

La negresso. La dive bouteille. 

Dessouto la crous fa tan d'esso. Les croix 
d'église en me'tal sont trop lourdes pour un enfant. 
Les petits clergeons qui les portent dans les céré- 
monies religieuses de peu d'apparat , sont d'ordi- 
naire surchargés de leur fardeau. Quand la force 
trahit le zèle de ces faibles desservants, ils va- 
cillent , ils serpentent en marchant. Ils décrivent 
des S tout comrae un homme ivre. 

Quunteis uou ! Fa d'uou c'est faire de grands 
efforts pareils à ceux de la poule qui pond. On dit 
plaisamment de quelqu'un qui plie sous le faix : 
sembloun dé bocho seis uou. Ceux du charpentier 
Buou étaient encore plus gros, puisqu'il les com- 
pare à des pots de fraises. 

Moussu Guiaou. M. Guiaud , le médecin des 
fous, dont Pétablissement est situé derrière la 
Vierge-de-la-Garde , sur le chemiri du Roucas- 
Blanc. Les environs fourmillent de cabanons où 
les ouvriers vont par myriades passer le dimanche 
en famille. 

Qan feri plan. Faire plan c'est se mettre 
d'accord avec une maîtresse. Faire agréer ses 
hommages et ses voeux , comme disaient les vau- 
devilistes de l'Empire. 

Lou mentoun à crouseto. Le menton à fossette. 

Un beou corché. Le crochet d'argent, pour les 



GLOSSAIRE ET NOTES. 361 

eiseaux , est la parure , le bijou indispensable à 
toute femme ôu fille d'ouvrier qùi a vingt frahcs 
à sa disposition. 

Couiffoun. Bonnet rond , sans barbes ni men- 
tonnières. II a remplacé la Coquette , ce gracieux 
échaffaudage de tulles et de dentelles qui devait 
coiffer si délicieusement nos jeunes grand'mères. 

La verso. La valse. 

La memo merso. Le même acabit. La même 
trempe. Mersoesi le mot italien marchandise, 
merce. 

Lou picacouano. Le purgatif l'ipécacuanha 
dont le nom est airisi défiguré et ne pouvait man- 
quer de Têtre , par le vulgaire. 

Uno arencado. Un hareng-saur. 

Pichoun fai dé lun peso. Ce proverbe , d'un 
sens profond , comme tous les proverbes ( non 
rimés ) , est fort répandu chez nos bonnes gens 
de la vieille roche plébéïenne. 11 est incroyable 
le nombre des maximes de sagesse connu de 
ce monde là. Sur ce chapitre , le premier venu 
de nos patroun Coouvin pourrait en remontrer à 
Salomon et à Sancho-Pança. 

Août 1842. 



LEI VOUATURIN. 



Cura la coumodo et douna un coou dè pe oou 
gardaraoubo sont deux locutions synonymes qui 
signifient : mettre ses plus beaux habits. 

31 



362 GLOSSAÎRE ET NOTES. 

Lisquè. Elégant. L'ouvrier lisqué est Panti- 
pode du nervi. On aurait grand tort de confondre 
ces deux types qui n'ont absolument rien de 
commun. 

Moussu Mas Counsoula. M. Consolat , maire 
de Marseille , qui signe Max. Consolat et qui peut 
être tout aussi bien Maximilien que Maximin et 
que Max , est plaisamment appelé Moussu Mas 
Counsou/a par ses administrés illettrésqui croient 
avoir raison de se plaindre de ses arrêtás. 

Tan gasta toun trin. On t'a bouìeversé ton 
ornière. 

A proun papié soun estori. L'affiche des ar- 
rête's municipaux relatifs aux voitures de place 
était d'une dimension énorme ; beaucoup plus 
longue que le placard colossal d'une représenta- 
tion dramatique à bénéfice. 

Marrèlo. Jeu d'enfants. Carré long sur lequel 
deux diagonales sont tirées de manière à former 
deux triangles unis au centre par la pointe de 
leur sommet. C'est l'échiquier des gamins. 

Lei pessègui. Au figuré , par antiphrase, les 
ruades. 

Galifou. Pipe orientale , pipe de Calife. Par 
extenstion , tout brule-gueule , même le cachim- 
baou plébéïen. Avec cette difference que ce der- 
nier mot s'emploie à la campagne et celui de 
galifou surtout à la ville. 

La rebucitè. Le rebours. Ce mot nous vient 
des Génois. II est pourtant du pur Marseillais. 

Lou ciele ti san preserve, et même ti san dè 
Dieou preserve ! est un provençalisme où lespar- 
ticules explétives sont accumulées pour donner 



GLOSSAIRE ET NOTES. 363 

plus de force à la recommandation. Cette formule 
ne peut pas se traduire exactement en français. 

Un mouflianti , un poca roba sont des termes 
empruntés aux patois Italiens. Ils signifient : un 
piètre sire , un va-nu-pieds. 

Lei quichié sont les sangsues dupaisiblebour- 
geois et de l'hospitalier artisan de Marseille. Ce 
sont des gens , depuis le père nourricier de votre 
tìls jusqu'au cousin issu de germain de la belle- 
soeur devotrefermier, qui hasardentconstamment 
une sardine pour pêcher un thon , un ceuf pour 
un bceuf . Ils s'abattent par nuées , comme des 
corbeaux, sur notre ville, à lafoire Saint-Lazare 
et aux fêtes de la Noél. Le peuple ne les ménage 
guères dans ses lardons ; mais il n'a point encore 
cherché à s'exonérer de cette lourde contribution 
indirecte. Quichié se traduit en français par : 
celui qui pressure. 

Mascaro ! En sous-entendant un autre mot 
presque aussi noir et beaucoup plus sale. Cette 
ellipse cynique est le digne pendant de pinto- 
moffi. Ces deux injures font partie essentielle des 
aménités ordinaires de nos héros de carrefour. 

La caguo-mangeo. La prison , où jusques au 
dix-neuvième siècle, le détenu a pourri dans une 
oisiveté filneste , sans jamais pouvoir faire autre 
chose que satisfaire ses besoins naturels. La poésie 
brutale du bas peuple sait trouver des mots qui 
sont expressifs et durent au souvenir 

Lei ramasso. Les filles publiques. 

Lei prince de la chasso. Les voituriers de 
place peuvent se qualifier princes du fouet. Ils ont 
mené le public bon train durant assez long-temps 



364 GLOSSAIRE ET NOTES. 

pour avoir mérité ce surnom. La chasso est la 
corde fine et serrée , la petite ficelle que les voi- 
turiers attachent au bout du fouet et qui le fait 
claquer. 

Saoutenbarquo. Saltimbanques. Banquistes. 

Su lei pouen doou terradou. Jusqu'à ces der- 
niers temps tous les ponts de notre territoire sur 
Jarret, sur l'Huveaune et sur le ruisseau des 
Àygalades ont été d'affreux casse-cous ; plusieurs 
le sont encore. Aussi ne sepassait-il pas semaine 
sans accident grave sur ces passages étroits et 
ardus comme le chemin du Paradis. II y a deux 
ans , M. R***, l'un de nos principaux négociants, 
a été précipité avec sa voiture du pont de Saint- 
Giniez. II s'en est tiré sain et sauf ; mais sa jeune 
domestique y a péri , et le sinistre a fait sensa- 
tion. Aussi comme le nombre des équipages s'ac- 
croît chaque jour, on commence à reconstruire 
ces ponts. 

Septembre 1842. 



LOU BOUES DE CUGEO. 



Dans Tancien régime et sous la république , le 
bois de Cuges , sur la route de Marseille à Toulon , 
était ponr le moins autant fréquenté des voleurs 
et autant redouté des voyageurs que la fameuse 
forêt de Bondy , aux environs de Paris. On dit 
proverbialement d'un lieu dangereux, d'un coupe- 



GLOSSAIRE ET NOTES. 365 

gorge : es un boues dé Cugeo. La rueLatour, sûr 
la Place-Royale , a été appelée le Bois de Cuges , 
par les Marseillais , parce que durant de longues 
années, et surtout à Tépoque ou florissait lou 
Pounchu , on n'a pu la traverser le soir, et que 
maintenant encore on ne peut y pénétrer la nuit 
sans être arrêté par les femmes sans nom . Le Palais 
de Justice est aussi un Bois de Cuges , le coupe- 
gorge sans comparaison, pour notre caustique 
populace. 

Gouapou , gros bonnet , homme hupé. 

Ana oou viagi , sauter le pas , risquer le paquet. 

Ro , le prénom Roch. Lu , Luc. 

Moun fatou. Mon fait , mon affaire , peut-être 
aussi mon destin , selon que le mot est corrompu 
du factum ou du fatum des Latins. 

Uno rodo dé darrié. Une pièce de cent sous. 
les autres pièces d'argent sont les petites roues. 

Seras fraire. Dans les fêtes de village , aux 
jeux d'adresse ou de combinaison , dès que l'un 
des concurrents a rempli les premières conditions 
du programme , il est reconnu fraire; il a Tespóir 
d'obtenir le prix pourvu que dans Tépreuve défi- 
nitive , en se desfrairan avec tous ses compéti- 
teurs déjà reconnus frères comme lui , Tadresse et 
la chance ne lui fassent point défaut. 

Gavanço. Equivalent de Gargantua. 

Abrouè. Haie vive , buisson. 

Tarribo d'à proué. Vient t'attaquer en face , 
par la proue. 

Lou sagattes. Tu le frappes , tu le perces. Pro- 
bablement du latin sagitta. 

Uno rageado déboudin.Un saignementde nez. 

3i. 



366 GLOSSAIRE ET NOTES. 

Gagnoun la crous dè merite , etc. Ge couplet, 
ainsi que le dernier, paraîtront plus qu'exagérés à 
ceux qui ne réfléchissent pas que tout plaideur a 
vingt-quatre heures pour maudire ses juges. Hon 
industriel les maudit à sa manière. En pareille 
occurrence , les gens du beau monde peuvent 
être plus sobres d'imprécations barbares , mais ils 
n'en sont pas beaucoup plusdébonnaires pour cela, 
et ils gardent rancune , tandis que Roch est essen- 
tiellement oublieux ; sa colère n'est qu'un fuè dé 
lenguo. 

Novembre 1842. 



LEI MEDECIN. 



Petadou. Bâton de sureau dont les enfants ex- 
traient la moélle , et dont ils se servent pour 
lancer des boulettes d'étoupe. Ils placent une de 
ces boulettes de chaque côté du petadou , auxdeux 
orifices , puis au moyen d'une baguette qu'ils in- 
troduisent de force dans le canon et qu'ils appuient 
vivement contre la poitrine , ils chassent la bou- 
lette qui fait partir celle du côté opposé , avec un 
certain bruit. L'os tibia a quelqu'analogie avec le 
petadou. 

Cantoun Catalan. Rendent un son pareil à 
celui d'une cloche , d'un plat , d'un vase fêlés. 
Les Marseillais ont probablement tiré cette méta- 
phore du chant nazillard et fêlé des pêcheurs 
cátalans. 



GLOSSAIRE ET NOTES. 367 

Sieou pa blan. Je suis dans de sales draps. 
je cours un grand danger. 

Bazaruto. Commère bavarde et tatillonne. 

Courre oou cirurgien. Notrebon peuple nefait 
aucune distinction entre le chirurgien et le mó- 
decin. Depuis lesgrandes guerres de l'Empire , le 
nom de chirurgien avait laissé plus d'impression 
dans l'esprit des masses. C'est pourquoi on dit 
plutot un chirurgien qu'un médecin. 

L'ourrour. Le délire de la fièvre. Corruption 
du mot erreur. 

Talamen l'ai lou ti. Àvoir le tic contre quel- 
qu'un, c'est Tavoir en grippe. 

Sounco vies broussa toun pessin. C'est un 
fort mauvais signe , au dire des bonnes femmes , 
lorsque au début d'une maladie aigué , et surtout 
pendant le malaise plein d'angoisses qui précède 
les violents accès de goutte et de rhumatisme , 
Purine se trouble et qu'elle prend l'odeur de la 
violette et du jasmin. Qupisso clar, fa la figuo 
oou mègi , disent encore les Barbabou du Cas- 
teou Joli. 

Fèli é Catin. Félix et Catherine. 

Davan darnié dessu la crous. Comme Saint- 
André, sens devant derrière sur la croix. Mé- 
taphore pour indiquer une position très-fâcheuse. 

Lei goutto. En parlant de cette terrible affec- 
tion, les Provençaux illettrés ne se servent jamais 
de son nom qu'au pluriel. Ils croient que le mal 
provient de Tépanchement de quelques gouttes 
d'une humeur corrosive dans les articulations en- 
dolories. 

Lei coou d'arno. Les piqûres du ver, de la 



368 GLOSSAIRB ET NOTBS. 

leigne. Au figuré , le levain des galanteries de jeu- 
nesse , qui reste latent de nombreuses annáes 
dans le corps , et le rend ensuite vermoulu lors- 
qu'arrive le déclin de l'âge mûr. 

Leis usso. Faire les usso à quelqu'un , c'est le 
regarder de travers , torvis oculis. 

La man dé Dieou. On ne saurait trouver en 
français d'image aussi heureuse pour qualifier un 
remède tout-puissant, une panacée infaillible ; et 
ce nom appliqué à une combinaison formidable 
des poisons les plus actifs , devient singulièrement 
ironique. 

Un plé que degun soou liegi. Les ordonnances 
de médecins sont ordinairement illisibles , même 
pour un lecteur expert ; à plus forte raison pour 
nosgens de métier qui onttoutes lespeines du 
monde à déchiffrer les lettres moulées. 

Mi rebouquo lei botto. Elle me recrépit les 
deux jambes. 

Balotto. Boulettes et pilules sont toujours des 
balotto , en provençal. 

Ben saouda. Bien soudé , bien étamé par tou- 
tes les préparations métalliques qu'on lui a fait 
avaler. 

Taia, luzen, quèfaziè gaou. Qui faisait plaisir 
à voir, tellement il était bien ciselé et reluisant. 
II est de fait qu'on ne peut se défendre d'une sen- 
sation bizarre, qui ne manquecependantpasd'une 
espèce d'attrait , lorsqu'on examine d'un oeil cu- 
rieux ces terribles instruments d'acier aux étalages 
de nos couteliers en renom. Beaucoup de per- 
sonnes avouent avoir éprouvé cette sensation. 

Qué coutoun. Qui calent, qui assujettissentles 



GLOSSAIRE ET NOTES. 369 

dossiers du lit , comme on cale les roues d'une 
charrette. 

La gatouniero. Trou pour les chats. 

Brulavo en mi gielan. Cela est tout-à-fait 
exact. On dirait du íer de Topérateur que c'est 
toutàla fois une langue defeu et unejlame de 
glace qui vous traverse les fibres. 

Moussu San /f***. C'estle nomd'un médecin 
de notre ville qui vient de mourir bien vieux , 
après avoir été presqu'un demi siècle l'Esculape 
vénéré de nos vieux quartiers. 

Un SurOmo. Corruption de YEcce-Homo de la 
Passion. 

Douei bletto dè fenou. Deux baguettes de fe- 
nouil sont bien peu solides. 

Leis assèdi sont les consultations entre gens 
de l'art. Du latin accedit. 

Eri dessu meis uou. J'étais sur ma couvée , à 
mon aise , au niveau de mes petites affaires. 

Lou malan. La crise , les mauvais jours , la 
maladie. Du malanno italien. 

Mete-ti leou d'àplan. Mets-toi vite à plat de lit. 

Avril 1843. 



L'OOUTROUA. 



Pechié. Pot en terre à contenir du vin. Pichet. 
Bregadiè. D'octroi. 



370 GLOSSÀÍRE ET NOTES. 

Grampin. Crochet , grappin d'abordage. Au 
figuré , jeter le grappin sur quelqu'un ou quelque 
chose , c'est s'en emparer de vive force. 

A cabrimè su la demito. A califourchon sur 
lalimitequi confronte lesboulevards.... A Mar- 
seille plus peut-être qu'en aucune autre grande 
ville , la contrebande sur les liquides est immense. 
Ce qui fait surtout que chez nous la fraude a pris 
des dimensions fabuleuses , c'est que la ville 
n'ayant point de mur de ceinture , Toctroi est 
obligé de faire garder un espace de douze kilo- 
mètres au moins de circonférence , par des pré- 
posés échelonnés çà et là. Presque tous nos guin- 
guettiers , contrebandiers enragés , ont profité de 
ce vice de situation pour déjouer avec pîus de fa- 
cilité la surveillance de l'administration. Ils ont 
tous placé leurs établissements soit à cheval sur la 
limite de Toctroi, soit à de trè&-petites distances en 
dedans comme en dehors de la ligne. De cette 
manière la contrebánde est on ne peut plus aisée. 
Et dans une position pareille , à moins d'être un 
saint de bois , tout marchand de vins doit être 
fraudeur incorrigible. 

Gabian. Au propre goéland , oiseau aquatique. 
Au figuré, terme de mépris par lequel les Marseil- 
lais désignent les préposés de Toctroi. 

Morbin. Dépit violent, accèsde colère quipeut 
aller jusqu'à la frénésie. Du morbus latin. 

Agcbchoun. Poste de chasseur à l'affût pour at- 
tendre le gibier au passage. La guinguette de 
Gaspard était pour lui un excellent agachoun puis- 
qu'à son dire il y aurait pu débiter toute Teau de 
la mer, si cette eau avait été du vin. 



GLOSSAIRE £T NOTES. 374 

Lei mouissoun. Les moucherons du vin nou- 
veau. Au figuré , les buveurs. 

Li devessavo lei doubluro , etc. Celui qui en 
estarrivé à sondernier sou, retourne parfois la 
doublure de ses goussets pour s'assurer qu'il n'y 
a point oublié de menue monnaie. Ainsi faisaient 
toujours les clients de Gaspard , tant ils étaient 
contents du vin de leur hôte : bouen , pa chier é 
grosso mesuro. 

Eme dé ièlo enquitranado, Ce moyen de fraude 
a été pratiqué par un brave homme , fort connu à 
Marseille. Quand la mèche a été évenlée , le frau- 
deur était déjà fort riche. 

Embu , prand entonnoir en bois , cylindrique 
et plat en dessous. On s f en sert pour remplir 
les grandes futailles. 

L'Embulan , garde de l'ambulance. C'est la 
patrouillegrise de Toctroi. L'Embulan est le gen- 
darme , le rnouchard , le sbirre , Targousin , la 
bête noire de tous nos cabaretiers à califourchon. 

Tavanegeavo dessu Vembruni. Papillonnaiten 
bourdonnant , sur la brune. 

MichoouriOy mechoie , me caresse , me cajole. 
Dans un autre sens , m'épie , me guette. 

Gatamiaoulo. Chatte-mite. Fin matois. 

Miato. Ivresse. 

Esclata. Faire effraction. Faire voler les portes 
en éclats. 

Lei sorda dè la soundo. Les préposés de 
Toctroi se servent d'une sonde en fer très-longue 
et très-aigûe pour fouiller les chargements de 
certaines charrettes, tels que charbons , terre , 
pierres , chaux, etc. 



372 GLOSSAIRE ET HOTES. 

Bouregeo. Bouillie de farine. Ce terme est sur- 
tout employé par les campagnards. Les ciladins 
se servent du mot brigadeou. 

Reviscouria. Ragaillardir. 

Chiqué. Doigt de vin pur. 

S'estigne. S'éteint, se meurt d'inanition. 

Papafar. Galimatias. Pancarte , loi , placard , 
édit, affiche, arrêté impopulaire. 

Chiquo-estrasso. Aupropre, jongleurquiavale 
de l'étoupe. Àu figure' , terme de mépris qui sert à 
caractériser tout-charlatan, même le^bureaucrate. 

Es pan benezi dé tua un gardi. Nos artisans 
et nos industriels du petit commerce peuvent être 
brutaux quelquefois ; mais loin d'être cruels , ils 
sont, en général , doués d'un coeur excellent. Ce- 
pendant il semble que pour eux ce soit une action 
méritoire que d'éreinter un garde d'octroi, un pre'- 
posé des douanes , un agent de police et un gen- 
darme. Tous les enfants de la nature confondent 
facilement la licence avec la liberté , et tout ce 
qui leur représente des idées de gêne et de com- 
pression , les effarouche et les exaspère. On aura 
beaucoup à faire pour corriger cbez eux cette ma- 
nière de voir affreusement injuste , mais instinc- 
tive. . . Peut-être les tribunaux ne tiennent-ils pas 
assez compte de ces erreurs populaires et de ces 
préjugés sucés avec le lait , lorsqu'ils sévissent 
avec tant de rigueur contre les braconniers accusés 
de rébellion par la gendarmerie... II est bien de 
punir , mais on l'a dit avec beaucoup de raison 
depuis que nosmoeurs se sont adoucies et nos lois 
humanisées : il serait encore mieux de prévenir 
les délits , en éclairant les masses. ^ 



GLOSSAIRE ET NOTES. 373 

Champeira. Au propre, poursuivre à travers 
champs. Au figuré, réclamer avec instance. 

Octobre 4847. 



A MOUSSU JOOUSSEMIN. 



Ces vers ont été lus à Jasmin d'Agen , le \ 
février 1 848 , à la suite d'un dîner que nous lui 
avons donné chez Roux , restaurateur, rue Thu- 
baneau , douze de mes camarades et moi. Depuis 
cette soirée Jasmin a souvent répété que nulle 
part , à Marseille , il n'avait été mieux traité sous 
le double rapport du confortable gaslronomique 
et de l'appréciation littéraire. En effet , le dîner 
était délicieux , et les convives étaient la plupart 
amateurs d'élite en littérature. 

Au dessert, Jasmin me pria de chanter. Avant 
de lui rien donner du mien , je lui débitai son 
poème : Lous Dus Frays Bessous , que j'avais 
appris par coeur depuis peu. Pendant ce récit , 
Jasmin ne tenait pas sur sa chaise, tant il semblait 
vivement e'mu. Quand j'eus fini, ilvintm'em- 
brasser avec transport à plusieurs reprises, et r me 
dit : a Oh ! Monsieur ! je n'avais jamais bien senti 
que j'étais un grand poète : je viens de le com- 
prendre en vous entendant ! » 

Lettru est plus qu'un lettré. C'est un docte , 
un homme considére' pour son vaste savoir. 

Marrias. Synonyme exact de truand, 

32 



374 GLOSSAIRE ET NOTES. 

Lei baceou. Les battoirs. Les larges raains du 
quècou. 

Loouvisso. Mansarde. 

Lei grans ome d'esprè. Les faux grands 
hommes. Les grands hommes pour rire. Cette 
traduction à peu près littérale ne peut pourtant 
pas bien rendre l'ironie de la qualifîcation pro- 
vençale. 

Draioou. Petit sentier. Contraction du dimi- 
nitif italien stradicciuolo ; c'est possible. 

Minable vo sapa. Déguenillé ou cossu. 

Faire gaou. Faire joie. II est malheureux que 
le' français n'ait pas d'équivalent à ce provença- 
lisme. 

Février 1848. 



TACHETO. 



Tacheto. Petite pointe. Sobriquet de mon Ras- 
claire. 

Lou péis dei mino. La Californie , dont les 
merveilles , habilement exploitées par la presse 
Anglo-Américaine , sont venues tout-à-coup don- 
ner, dans l'ancien monde , un essor prodigieux à 
t'imagination des masses besogneuses. Depuis 
juillet \ 848 , la quatrième page de tous nos jour- 
naux français est presque exclusivement envahie 
par une foule d'annonces et de prospectus , tous 
relatifs à des sociéte's d'exploitation des mines 
d'or de la rivière El Sacramento. L'émigration 



GLOSSAIRE ET NOTES. 375 

européenne est immense. Les espérances sont 
fabuleuses. 

Leis indès. Les trépieds sur lesquels on pose 
la marmite , la easserole ou la poéle , lorsqu'on 
veut cuire au bois , sur nos potagers. 

Qué m'a foutu dé poletiquo , etc. Jusqu'en 
1 848 , la classe bohémienne de notre population 
ne s'était jamais occupée ni directement , ni 
indirectement de politique. (Le pauvre a-t-il une 
patrie ?) Mais il paraît que le suffrage universel est 
venu modiíier même le moral granitique de ces 
gens-là. 11 n'estpoint rare à présent , d'entendre 
les Blème , les Nicou , les Tebelein et les Tacheto 
discourir avec quelque bon sens de la chose pu- 
blique. Ces nouveaux citoyens se plaignent sur- 
tout amèrement de la violation des promesses qui 
leur avaient été prodiguées aux jours de la grande 
effusion , en mars et avril 1 848. 

Mandrouno. Comme les mots changent d'ac- 
ception avec le temps ! Celui-ci , matrone , qui 
était donné chez les Romains, à leurs dignes mères 
de famille , à leurs Véturie et à leurs Cornélie , 
est aujourd'hui chez les Marseillais une expression 
d'affreux mépris. Uno mandrouno est littérale- 
ment une pourvoyeuse de mauvais lieux du plus 
bas étage. 

Peleganto. Mince lambeau de chair adhérent 
à un fragment de peau presque desséchée. 

Descáladaire. C'est ainsi que la population 
vraiment marseiilaise , celle pur sang, denomme 
les héros de juillet et de février ainsi que tous 
les révolutionnaires exhubérants. En général , ces 
grossiers apotres de l'avenir sont loin d^être cn 



376 GLOSSAIRE £T NOTES. 

odeur de sainteté auprès de notre classe quasi 
moyenne ( celle des ouvriers rangés qui aspirent 
à devenirartisans). Quant aux classes bourgeoise 
et supérieure , c'est bien pis ! 

Per lou canaou éper Vagazo. Depuis plus de 
douze ans , toute la surface du sol de Marseille a 
été souvent bouleversée , et elle l'est encore au- 
jourd'hui , par les tranchées du gaz et du eanal. 
Ces travaux n'ont pas toujours été exécutés avec 
assez de soin et de précaution pour ne pas com- 
promettre quelquefois la se'curité des passants ; et 
rarement du moins ont-ils été poussés avec assez 
d'activité pour nepas entraver trop longtemps la 
circulation. Tachetoy a pris garde. 

Adieou lou mestié dè rascìaire ! II y a quetques 
années M. Marius Massot , alors premier adjoint 
de la mairie , fit publier et afficher un arrêté qui 
prohibait sévèrement Tindustrie des Rascìaire y 
par la raison que leur crochet, en déchaussant les 
pavés des ruisseaux et rigoles , exposait nos rues 
à être ravinées par les pluies torrentielies de Vé- 
quinoxe. Assurément Tarrêté de M. Massot e'tait 
fondé et judicieux ; mais les gagne-petit auxquels 
cette mesure rigoureuse enlevait leur pauvre mor- 
ceau de pain noir , ne pouvaient pas s'y résigner 
sans murmures et sansimprécations. Ventre affamé 
n'a pas d'oreilles. 

Grananué. Petit lézard gris. C'est le sobriquet 
du grand camarade de Tacheto. 

I ! lei couliquo. Au diable la colique ! la peur ! 
cet I ! est un provençalisme très-expressif et très- 
pittoresque qui n'a point d'équivalent en français. 

Lou Pèrrou ! ìou Missipipi ! Tacheto^zs plus 



GLOSSAIRE ET NOTES. 377 

que son entourage n'a encore retenu le nom de la 
Californie, et il ne le prononce pas, mais plu- 
sieurs fois, et depuis long-temps, il a entendu des 
mousses et des novices au long-cours , enfants de 
sa connaissance , parler du Pérou et du Mississipi 
comme de rfontrées fabuleuses où les montagnes 
sont toutes d'or. Áussi, à proposdu nouvel Eldo- 
rado , tous ces noms-là doivent-ils revenir en mé- 
moire à l'enthousiasme du pauvre Rasclaire. 

Selon la libertè. Dans ce couplet , Tacheto pa- 
raphrase à sa manière la fameuse légende : Li- 
berté. Egalité. Fraternité. ressuscitée en février, 
qui ne sera jamais , hélas ! qu'une légende! 

Lou jou dei barricado. Le 22 juin 4 848 . Cette 
journée déplorable qui vit reparaître à Marseille 
l'insurrection armée et les barricades oubliées 
depuis Nioselles , a semblé être le sanglant pro- 
logue des terribles journées de juin , à Paris. 

Lou gran pouaire. L'Océan , qui est , sans 
contredit , un immense sceau d'eau. 

Pampaieto. Paillette d'or. 

Gurdus. Mot d'argot provençal. Corruption 
de gour qui signifie grand trou , grande excava- 
tion naturelle ou factice , remplie d'eau. 

Cascareleto. Cabriole. 

Fa l'aoubre drè. Marcher sur les mains. 

Lor dé Luquo. Le similor. Le chrysocalque. 
11 est probable que cette expression nous vient de 
la monnaie de Lucques. Sans doute l'or monnayé 
de ce duché n'est pas d'un titre meilleur que l'ar- 
gent de ses écus ; ceux-ci sont refusés partout à 
l'étranger. Les Marseillais ne veulent point en 
entendre parler. 

39. 



378 GLOSSAIRB ET NOTES. 

La Sambuquo est un bois traversé par la route 
départementale entre Saint-Zacharie et Saint- 
Maximin , tout près de la Sainte-Baume. Ce bois 
est fameux par le brigandage qui s'y pratiquait sur 
une \aste échelle , ainsi qu'à l'Esterel , au bois 
de Cuges et aux Taillades , au tempa»de Gaspard 
de Besse. C'est aussi dans ces parages que la 
mauvaise queue des fuyards du Directoire a laissé 
des traces sanglantes de son passage, à l'époque où 
le Nadi , de sinistre mémoire , les Pierré Mouton 
et les ChtmordoùUrVala infestaient toutes nos 
grandes routes depuis les gorges de la Bourdon- 
nière jusqu'au pont du Yar. 

Ai fa vu. Quoique rirréligion commence à 
gagner la populace de nos grandes villes méri- 
dionales , les îazzaroni de notre port n'en ont pas 
moins conservé une certaine foi en la protection 
de la Sainte-Vierge. II n'y a rien que de très-na- 
turel à voir Tacheto , àla veille d'un long voyage 
sur mer, aller faire un vu à la Bonne-Mère. Ce 
voeu lui sert d'égide ; il a fait vu , il ne craint plus 
aucun danger. La Viargi lou preservara. 

Ma nèço li dira lou ver. Ordinairement ce ver 
est une pièce de douze à vingt alexandrins qui 
sort de l'échoppe d'un écrivain public ou du cer- 
veau de quelque congréganiste en train de faire 
ses humanités au petit séminaire. On fait ap- 
prendre le chef-d'oeuvre par coeur à quelquejeune 
fille de cinq ou six ans ; puis , quand la procession 
de la Sainte-Vierge passe , ou bien lorsque la fa- 
mille va faire ses dévotions à la chapelle de la 
Garde , on hisse l'enfant sur une table , et là , il 
récite sa leçon en levant alternativement chacun 



GLOSSÀlRE £T NOTES. 379 

de ses bras avee une précision toute mécanique. 
Les Cacano sont aux anges quand elles peuvent 
íaire direle verh quelqu'une de leurs petites filles. 
Un jour Catin R***, dont il a été question quel- 
que part dans mes chansons , et à qui l'on avait 
beaucoup vanté ma Muse , vint me demander un 
ver pour sa filleule. Elle croyait me faire un cer- 
tain honneur, et elle m'appela maou gracieou , 
parce que touten riant de bien bon coeur de sa de- 
mande , je refusai obstinément d'y acquiescer. 

Foou basti la catedralo. Quand ce ne serait 
que pour voir son navire d'or suspendu sous le 
dôme de la nouvelle cathédrale , Tacheto , à son 
retour, est bien capable de faire bâtir à ses pro- 
pres frais cette fameuse église dont la construction 
pre'occupe si vivement aujourd'hui toutes les sa- 
cristies de notre ville. 

Un uei soutieou. Un ceil sournois. Un obìì 
d'envie, 

Gran soci eme lou Mèro. L'ami intime , Pin- 
séparable du Maire. 

Gènes. Juillet 1850. 



JAN-TREPASSO. 



Jan-trepasso signifie Jean qui dépasse tous les 
autres. Jean le necplus ultra. Ce conte est un res- 
souvenir de nos causeries d'enfant, dans lesquelles 
par de splendides nuits d'été , à la campagne , 



380 6LOS8A1RB ET NOTES. 

donnant l'essor à notre imaginative de dix ou 
douze ans, nous faisions assaut d'exagérations 
phénoménales avec les petits paysans du voisinage. 

Lou patu. Sobriquet. Synonyme de lourdaud. 

Espelè et Cougourdo. Áutres surnoms. 

Bastidan. Paysans de la campagne. U existe 
une difference morale assez notable entre les 
paysans campagnards et les paysans villageois. 
Ceux-ci sont plus vaniteux et ceux-là beaucoup 
plus goguenards et souvent aussi plus madrés. 
Les Gaspard-l 'avisé pullulent parmi les paysans 
bastidan. 

Lou blé. Àu propre, la mèche. Àu figuró, la 
langue. 

Lou siblé. La parole. 

Coumo trei ga borni blaguavoun. Locution 
proverbiale qui s'applique aux grands parleurs. 
Quand les chats , la nuit , commencent leur infer- 
nal concert , ils ne peuvent plus finir. 

D'affuscacien allumavoun. Us flamboyaient , 
tant ils étaient animés dans la conversation. 

Lou fielè. Le frein de la langue, que les sages- 
femmes coupent aux nouveaux-nés. On dit fami- 
lièrement d'un babillard que la femme qui lui a 
coupé le filet a bien gagné ses cinq sous. C'est le 
taux de Topération. 

Un pantai. Une pensée. Un songe. 

Lacano, mesure ancienne, valait deux mètres. 

La chouïo. La tranche ou la cótelette de mou- 
ton grille'e. 

Lei pachichoï sont les desserts des quatre men- 
diants : figues , noix , amandes , raisins secs. 

Lei bouffìn. Les grosses bouchées. 



GLOSSAIRE tr NOTES. 381 

Lou radié. Le dernier. Les Provençaux tout- 
à-fait incultes disent assez commune'ment darnié 
pour derrière , darrié ou radié pour dernier. 

L'escoumesso. La gageure. Du scommettere 
des Italiens. On ne se sert plus guères de ce terme 
qu'au village. 

Toucan loupichoun dé. L'enlacement du petit 
doigt aété jusqu'à cejour, dans nos contrées, 
Tengagement sacré , le sceau inviolable de tout 
pacte , pour les enfants et pour les hommes de la 
nature. 

Tignasso. Chevelure abondamment fournie et 
très-mal peignée. 

La gatado est )e travail du paysan , fait en 
dehors de la journée , aux heures perdues. Par 
extenstion , la tâche. 

La petado. Au propre , le crottin du cheval , 
dumuletet del'âne; etmême detoutpachyderme. 
Au fíguré , et dans la bouche de Cougourdo il 
s'emploie pour sortie , bordée , discours , apos- 
trophe. 

Din Vestoupo. Danslepétrin.Dansrembarras. 
comme un chat dans Pétoupe. 

Chamavo. Udemandait, il implorait par signes. 
Aux jeux de cartes à quatre chama c'est indi- 
quer ; jeter une couleur pour en avoir une autre 
de son partenaire. De l'Italien chiamare. 

Quun animaou peìous ! Pour dire : quel hom- 
me terrible ! C'est une métaphore rustique qui 
nepeut. jamais être prise en mauvaise part , bien 
qu'elle soit singulièrement brutale. Dans la posi- 
tion et dans la bouche de Mar Espelé , cette apos- 
trophe est un compliment flatteur pour Cougonrdo . 



383 GIOSSAIRE BT NOTES. 

Enregua la sieouno. Mettre en ligne sa pensée. 

ífeici l'ooura la vido. Si je pourrai trouver 
de quoi vivre ; si ce que j'ai à dire en \audra la 
peine. 

Dè caissetin ; noun , mies : dé sa de fino tèlo. 
Parce que la toile occupant moins d'espace que le 
bois , c'est autant de place ménagée en sus pour 
y contenir les louis d'or et les doublons. 

Lou grieou signifìe tout à la fois le germe et le 
coeur. Le germe de toutes les semences-graines 
est un grieou , de même que le coeur de tous les 
choux , de toutes les salades et autres herbacés 
est aussi un grieou. 

M'as cuerbi.Tu m'as couvert; tu m'as dépassé; 
tu m'as vaincu. 

Faire la galìiho. Faire le joli-cceur , la cane , 
le goguenard . Caqueter comme une poule qui \ ient 
de pondre. 

Rescassa. Saisir au bond ou à la volée. 

La trouncho. La tête. Le chef du tronc. 

Vou cresè fouesso du ? Vous vous croyez bien 
forts? 

A fa lou pouen. II a monté le coup, comme font 
lesgrecs aux cartes , en leur donnant une légère 
courbure à Tendroit propice pour que le joueur 
qui coupe , taille nécessairement au pont. 

A Vuei , lou pei ! Le particulier y voit clair. 
Es demama. 11 est sevré. Soou sei priero. 
Toutes ces locutions désignent un luron expert en 
finesses , un dégourdi clairvoyant. Quand îepois- 
son est frais et vifon le reconnaît surtout à Téclat 
de l'oeil. De là cet idiotisme fort répandu sur 
notre littoral et dans les environs. L'accentuation 



GLOSSAIRE ET MOTRS. 383 

et le geste qui ì'accompagnent toujours ònt un 
cachet d'énergie inexprimable. 

Octobre 1852. 



LEIS AJUDO. 



Espinassi , Voste doou pouen. L'auberge de 
Long , dit Espinasse , qui vient de fermer, était 
situee à la Barrasse , presque vis-à-vis la grande 
minoterie de M. Jéróme Borrelii. Elleavait eu, 
comme beaucoup d'autres hôtelleries de son aca- 
bit , une grande vogue au bon temps des char- 
retiers. Depuis que les grands chemins ont e'té 
améiiorés , depuis qu'ils sont entretenus avec 
soin , les communications étant devenues beaucoup 
plus faciles et plus rapides , tout a été changé dans 
les anciennes habitudes des ^oituriers. Dans un 
rayon de trente et même de quarante kilomètres 
aux alentours de Marseille , Ies charretiers de nos 
contrées font leur voyage dans les vingt-quatre 
heures , sans avoir besoin de découcher. Áussi 
les auberges de rouliers n'ont-elles presque plus 
de raison d'être ; et elles s'en vont peu à peu en 
attencjant que le chemin de fer vienne leur donner 
le coup de grâce. 

Si li poudié cueï dé bouei counseou. Les gens 
de la campagne cueillent une infinité de choses : 
ils cqeillent un compte ; ils cueillent une maille ; 
ils cueillent jusqu'à un conseil spus le chapeau , 



384 GLOSSÀIRE ET NOTES. 

c'est-à-dire sur les lèvres d'un de leurs anciens. 
Trouvez donc en français quelque tournure de 
phrase aussi pittoresque. Dumarsais , grammairien 
et rhéteur distingué de Marseille , avait bien rai- 
son de dire qu'il se faisait plus de tropes en une 
heure à la halle ou au marché que dans toute une 
année à l'académie. Et les figures employées par 
les barbares ont bien une autre vigueur que celles 
des savants. 

Li. Diminutif de Louis. J'ai connu un certain 
Li, charretier d'Aubagne , vieux Roger-Bon- 
temps , dont lesouvenir n'est pas tout-à-fait étran- 
ger à cette chanson. 

Masquegea. Courir toute la nuit. Faire un tra- 
vail excessif et sans relâche. 

Lou trentun. Les vêtements du dimanche et 
de6 fétes carrillonnées. 

Lou plouraire. Sobriquet carastéristique d'un 
riche fermier du canton de R***, roulier par 
occasion, et Gaspard l'avisé, Demama, par excel- 
lence. 

Vertadié. Vrai. Véridique, Ce mot vieillit. II 
a pu nous venir des Áragonais , nos vainqueurs au 
moyen-âge. En espagnol , la vérité est vertad. 

Lou poouce. La tempe , le point précis où Ton 
sent la pulsation de l'artère : du pouls français, 
Selon les bonnes femmes et le vulgaire, ce point 
serait l'endroit le plus sensible de toutes les par- 
ties du corps , le siége principal de la vie. Quel- 
qu'un reçoit-il à la tête un coup sérieux , de suite 
on s'écrie : Ah ! moun Dieou ! U piquesse oou 
poouee , lou sequavo ! 

Lei fanfan. Les face6. Le haut des favoris 



GLOSSAIRE ET NOTES. 385 

quand ilsfrisaient naturellement. La mode des fan~ 
fans date de4789.Elle|est venueaveclarévolution; 
et à l'inverse de sa compagne , elle est encore en 
grande faveur auprès de beaucoup de villageois. 

Lei Jooussemin sont les cheveux blancs, tant 
qu'ils sont clair-semés sur une chevelure toute 
noire. 

Taiavi la Vandomo. Ce terrible jeu de hasard 
qui a fait tant de ravages dans nos contrées , se 
jouait encore avec fréne'sie il y a peu d'années ; il 
commence pourtant à perdre de son prestige : la 
coutume a pris une autrc direction. 

Lei pountou. Les pontes. Les adversaires du 
banquier à la Vendôme et autres jeux de hasard. 

Sambi. Appeau à la chasse du petit gibier. Âu 
jeu , c'est un grec , un faux frère qui fait con- 
naître par des signesconvenus les cartes du joueur 
derrière lequel il est placé. 

Sieou vun deiprieou. Je suisTun des premiers, 
des maîtres , des plus forts. 

Quan li foou lume. Je leur démontre que j'y 
vois clair, et que je ne puis être dupe d'aucune 
de leurs ruses. 

Lou contro eme lou proun. Le contre et le 
pour. Le fond du sac. Le derrière du rideau. Le 
dessous des cartes. làproun , qui dans son accep- 
tion ordinaire signifie assez, est.une corruption 
de la préposition per, pour. 

Rounchèlo et carcan sont l'un et l'autre syno- 
nymes de vieille rosse. 

Lou paiun. La paille de blé, hachée menue. 

Maoumoucha. Sobriquet d'un ancien voiturier 
de charbon qui a tenu pîus de vingt-cinq ans une 



Í3 



386 GLOSSAIRE ET NOTES. 

auberge en face de la campagne Menpenti , au 
chemin de Toulon , avenue de Castellane. De- 
puis rextension des limites de l'octroi jusqu'au 
pont de Jarret, cet établissement a étéconverti 
en maison bourgeoise. U était très-connu et très- 
fréquenté de tous les charretiers de la Provence 
méridionale. 

S'estroupa. Retrousser les manches de la che- 
mise. 

Uno arudo est une fourmi aîlée excessivement 
longue et tenue , dont on se sert dans nos cam- 
pagnes pour amorcer certains pièges à petits 
oiseaux. 

Gran roun! Quand deux individus de notre 
infime plèbe en viennent aux mains , il arrive 
presque toujours que les spectateurs , camarades 
ou non des combattants , loin de s'interposer pour 
les séparer, fonnentle cercle en criant : granroun! 
leissa faire ! C'est ainsi que nos enfants de la na- 
ture continuent à pratiquer en petit le jugement 
de Dieu ; et comme leurs nobles devanciers du 
moyen-âge , on les voit constamment se ranger 
du côté des vainqueurs. Vce victis ! partout et 
toujours ! 

La Mouto est une grande campagne entre 
Saint-Loup et Saint-Marcel. Les légitimistes y don- 
nèrent un banquet politique à Porateur Berryer, 
en 4833. 

Fasieou lou lan ! . . . oou couteou ! . . . tout 
en frun ! Je faisais feu et flamme. . . Je joue du 
couteau. . . Je déchire mes bêtes. . . Je les mets 
en lambeaux. 

Ai avala. J'ai dévalé. Je suis parti. 



GLOSSÀIRE ET NOTES. 387 

Vounze à la tiero. Bien souvent les charre- 
tiers sont plus de onze et même plus de trente à 
la fìle, sur la route d'Aubagne à Marseille. Qu'ils 
dorment ou non , il est rare de les voir se déran- 
ger pour faire place, tant qu'ils n'y sont pas con- 
traints par l'arrivée du courrier ou de quelque 
gendarme. 

LaMiiero. Moulin à farine et scierie de marbre, 
près du pont de la Reynarde , sur l'Huveaune. 

La gardo doou chafaou. La garde de l'écha- 
faud. Haine, mépris et injures pour le gendarmel 
Tous les villageois et plus encore tous les charre- 
tiers ont sucé ces principes avec le lait. Le gen- 
darme est leur bête noire ; et ils l'exècrent d'au- 
tant plus que c'est le seul être au monde qui leur 
impose. Que de malédictions ! Quelle guerre à 
outrance ! II est étonnant qu'en décembre 1 851 , 
un seul de ces militaires ait pu se tirer sain et 
sauf de la bagarre. 

La lei nouvèlo. Ce règlement est assez ancien. 
On l'avait laissé tomber en désuétude. En le re- 
mettanten vigueur on a surtout agi dans l'inte'rêt 
direct des charretiers. Ils en convienneut bien un 
peu; mais ils trouvent aussi que cette loi les 
expose à de fréquentes contraventions. Et de là 
les blasphèmes. 

Lou pè din ïou mourraou. J'avais donné dans 
le guópier. C'est à peu près la signifícation du 
dicton provençal. Mais quelle différence de force ! 
ces idiotismes locaux sont bien souvent de véri- 
tables massues. Un seul de leurs coups suffit pour 
vous assommer. 

Neno. Diminutif de Magdelaine. 



388 GLOSSAIRE ET NOTES. 

Lou niarriassas qué ten la bassoculo. II y a 
beaucoupde vrai , maîheureusement , dans l'aceu- 
sationque le charretier Li porte ici contre les em- 
ployés de la bascule municipale ou préfectorale. 
II s'est vu de nos jours plus d'une fortune scanda- 
leuse amassée par de simples commis et emplôyés 
d'administration, au moyende tripotageset d'exaò- 
tiôns déplorablcs. On cite des noms propres dans 
le public. Tel préposé de bascule aux appointc- 
ments annuels de huit ou neuf cents francs , s'est 
retiré au bout de trois ou quatre ans d'exercice , 
avec un avoir de cent cinquante à deux cent mille 
francs. C'est fabuleux et révoltant. Mais qu'im- 
porte ! puisque le succès absout de tout aujour- 
d'hui. 

Lei lien. La vermine. 

Un gava. Un ríchard. Un repu. 

Vouigne lou fassun. Graisser la patte. 

Cazò. Gilet de tricot , à manches. 

Pachaou. Femelle indolente. 

Bastié. Synonyme de bourrelier. Les bêtes à 
bât disparaissent de jour en jour de notre pays où 
les muletiers sont déjà devenus presque une cu- 
riosité. Le nom de Bastié a bien vieilli. II n'y a 
plus guères que les ^ieux voituriers qui s'en ser- 
vent encore quelquefois. 

Lou cardié est la bète qui vient après le li- 
monier. cordié et caviié sont la même chose. 

Meis Angles. Mes créanciers. Mes ennemis. 
Long-temps encore ces trois mots seront syno- 
nymes pour les enfants du peuple. 

Avril 1853. 



GLOSSAIftB £T NOTBS. 389 



DOGOU. 



Propos oiseux , sermons stériles , banalités 
naïves , démarches vaines , promesses illusoires , 
protestations hypocrites , regrets et récrimina- 
tions inutiles , notre populaire appelle tout cela 
des Pater noster dei couioun. 

Mooufaet Dogou. Sobriquets. 

Poulissoun. Agent de police. 

Lei creidaire dè nué dontl'institution remonte 
au moyen âge , ont duré à Marseille jusqu'en 
4854. 

Taio lamesso. Manque la messe. Les enfants 
dísent : taia l'escolo . 

La. caço-maio. La tire-lire. 
. fqriber. Philibert. Mauvais sujet. Vaurien. 
Flôueùr. Flibustier. 

■ 

' Un Bogou. Un homme de peine. 

""■•'-" Soun segoun malur. Certains loups-cerviers 
appellent cyniquement Ieurs malheurs , plusieurs 
faillites qui, bien exploitées, ont fini par les rendre 
millionnaires. A mon premier malheur , disait un 
de ces probes Crésus, je proposai 75 p. /°. Mes 
créanciers jetèrent les hauts cris. Ils voulaient à 
toute force me faire condamner aux travaux forcés. 

! A mon second malheur, je me contentai d'offrir 
50 p- o/°- On fut beaucoup moins intraitable. A 
mon troisième, je parlai du 25 p. /°* L'on 
commença à me saluer avec quelque considération . 

33. 



.«: 



390 GLOSSAIRE ET «OT£S . 

Enfin , à mon quatrième , je ne proposai plus que 
5 p. /°. Dès-lors on s'inclina profondément devant 
moi. Je fus proclamé le modèle des galants- 
hommes. 

Incro. Acre. Noir aussi. 

Li mandes beou. Tu cognes dur. 

Fa subrouesse. Au figuré , s'ossifier. Se durcir 
au point de paraître impérissable. 

Cour é coustié. Doublement malheureux ou 
maladroit , viser au but et frapper tout à la fois 
à court et de cóté. 

Qué mangeounpaper nouncaga. Ilssont telle- 
ment avares qu'il s'abstiennent de manger, dans 
la crainte de rendre par le bas ce qu'ils ont pris 
par le haut. 

Estouffado. Synonymeaffaibliduma/itr expli- 
qué cnlessus. 

Gaffetou. Factotum. Recors d'huissier. C'est 
une corruption génoise de notre Jan-fai-tou. 

Jan-d'Olando. Sans-souci. Indolent. Flegnta- 
tique comme un Hollandais. 

La Barriquo. L'affreuse tonne municipale des 
vidangesquotidiennes. Elle a succédé sans tropde 
mieux aux antiques Passares. Deux ou trois fois 
par jour elle affecte d'une manière abominable 
les nerfs optiques et olfactifs des habitants de 
Marseille. La plupart d'entr'eux sont persuadés 
que si l'administration le voulait bien sérieuse- 
ment , il lui serait possible de supprimer à tout 
jamais ces odieuses barriques et de les remplacer 
d'une manière convenabie en fort peu de temps. 

Bouen homme Jo. Sans doute par allusion au 
sage sublime dela Biblc , nous disonsd'un soulîre- 



GLOSSAIRE ET NOTES. 394 

douleurs sincèrement résigné : Es lou bouen ome 
Jo. Seulement lenombrede ces hommes prodiges 
devient de jour en jour plus restreint. 

L'ome blan. Tous les quinze ou vingt ans , 
tantót dans un quartier de notre ville , tantot dans 
un autre,il apparaît certains hommes blancs, fan- 
tômes , loups-garoux , qui semblent avoir pris à 
tache d'effrayer de leurs cris lugubres les passants 
attordés. On prétend même que des personnes ont 
éié quelquefois maltraitées par ces loups-garoux. 
Mais le plus souvent ils n'ont d'autre but que de 
favoriser la contrebande. Les crieurs de nuit et les 
ambulants de l'octroi leur font la battue. En 4 824 
un de ces hommes blancs a terrifié six mois du- 
rant tout le quartier depuis la porte d'Aix jusqu'à 
Saint-Martin. Activement traqué , il futenfinpris 
par un garde nommé Glaoudou qui le terrassa 
après l'avoir blessé d'un coup de feu. C'était tout 
bonnement un pauvre fou que l'on fut obligé d'en- 
voyer à Saint-Lazare. ... En i 852 , tous nos 
journaux ont retenti des méfaits prolongés d'un 
autre homme blanc loup-garou. Ce dernier han- 
tait le boulevard Chave et ses aboutissants , de la 
plaine Saint-Michel à Jarret. Peut-être e'tait-ce 
encore quelque contrebandier déguisé en spectre. 
Quoiqu'il s'attaquât de préférence aux femmes , il 
avait , dit-on , bousculé plus d'un homme. Après 
avoir fait beaucoup de bruit , il a fini par dispa- 
raitre tout à coup sans que Ton ait su ce qu'il avait 

pu devenir C'est surtout pendant les nuits 

bien noires que ces singuliers maniaques aiment à 
prendre leurs ébats. 

Sounoumbrous. Sombre. lsolé. Dangereux. 



392 GLOSSMBE ET NOTES. 

La rouppo est la houppelande du Directoire et 
du Consulat. Remplacée par le carrick , sous 
l'Empire, elle est venue finir mise'rablementsur les 
épaules de nos crieurs de nuit, en 4 840. Deux ou 
trois ans plus tard les Lions de juillet l'ont res- 
suscitée , mais beaucoup plus courte , sous le nom 
de paletot-sac. Nil novi sub sole. 

Pourri dè la fortuno. Enfant gâté de la fortune. 

Perqué nou precha la councienço ? La vertu 
est, sans contredit , une bien belle chose, puisque 
les méchants eux-mêmes sont tous obligés de se 
couvrir de son manteau , lorsqu'ils veulent faire 
illusion à la multitude ; pourtant il est affreux de 
penserque , dans notre société , telleque les excès 
de la civilisation l'ont faite , tout homme qui veut 
être sincèrement honnête et vertueux, nepeut 
être que dupe ou victime. Ceci est un lieu com- 
mun ; mais il a son poids. 

Lou nini. Le tendron qui pleure chaque nuit 
pour gagner au prix de son infamie l'áumône que 
lui jette quelquefois un grave moraliste. 

Ai oousi dire à nun peysan. Les propos af- 
freux de ce métayer de R*** : aco soun pa dè 
poulipaire. . . etc. , etc. et : èro Vouro ! sont réelle- 
ment historiques. C'est aussi dans la même loca- 
lité qu'une jeune mère de famille dans l'aisance 
s'est suicidée , parce qu'étant devenue enceinte 
de son quatrième enfant , ses grands parents lui 
reprochaient avecamertume cettegrossesse.... A 
R*** chacun possède quelque peu de bien. Sur 
une population de trois mille âmes , on n'y trou- 
verait pas cent indigents : aussi la soif du gain , 
l'âpre convoitise y sont-elles plus ardentesque 



GLOSSAIRE ET NOTES. 393 

pariout ailleurs , dans nos en virons. Un paysan de 
ce canton préfère presque toujours son porc à sa 
raère. 

Souquo. Heurte. Attaque. Frappe. 

S'ooupilo. Se passionne. 

Un jou , senoun , quaouque espetacle. Quand 
tous les bons sentiments de la nature sont cons- 
pués; quand les désirs de jouissance sont uuiver- 
sels et effrénés ; quand le pauvre n'a plus ni foi , 
ni résignation , on en est à se demander avec ef- 
froi si la société peut durer ainsi , et Ton tremble 
qu'uu cataclysme épouvantable n'engloutisse tout 
d'un moment à l'autre. 

Septembre 4853. 



MARLUSSO. 



Dans notre ville le métier d'emballeor est exercé 
exclusivement par les Marseillais pur sang. L'em- 
ballage de morue est l'une des branches les plus 
importantes de cette industrie. Dèslors, levieil 
ouvríer, mentor de Booutuza, Baltbazar, pouvait 
bien avoir le sobriquet de Marlusso. 

Lou tinchié est le pot au rouge qui sert aux 
emballeurs pour marquer les colis. 

La Chino. Le dénûment le plus absolu. La 
misère. 

Miraou dè putan. C'est ainsi que nos anciens 
Marseillais qualifient encore brutalementunjeune 



394 GLOSSAIRE ET NOTES. 

beau garçon adonné aux filles de joie. Le Fran* 
çais n'a point d'équivalent à cette expression éner- 
gique. 

Travaian pour tra\ailleur. Provençalisme qui 
fait un substantif d'un participe* 

Cuou è camié. Cul et chausses des vieuxGau- 
lois. Oreste et Pylade. 

Trei crous. Trente ans. Quand nous serons à 
dix , nous ferons une croix. Ainsi font nos cita- 
dins : ils comptent les années par donble lustre , 
qui leur fait uno crous. Arrivé au dernier degré 
ascendant de sa carrière , que de fois le quadra- 
ge'naire Marseillais ne dit-il pas avec un profond 
soupir : ah paoure ! sieou din mei cin crous ! 

Tremounté. Quand le soleil se couche , il tra- 
monte , comme disent les Italiens , de qui nous 
tenons cette figure , appliquée ici à la vie de 
rhomme. 

Estrasso et lingar. Termes spéciaux du mé- 
tier. II y a trois qualités difîérentes , trois choix 
danslamorueàemballer : Vestrasseto, Vestrasso 
et lou lingar. Ce dernier, ou morue verte, est le 
morceau par excellence. Ilest, du reste, assez 
diffîcile de s'en procurer : rara avis in terris! 
même chez les emballeurs. Aussi nos vieux gour- 
mands de cabanon se lèchent-ils les lèvres lors- 
qu'ils parlent d'une branlade bien réussie , faite 
avec du lingar véritable. 

Lei toundu. Les pièces de cent sous à Teffigie 
de Bonaparte , premier consul , avaient été ainsi 
appelées après Marengo , lorsque le petit caporal 
se fut fait tondre. Depuis lors le nom de toundu 
est resté à cette monnaie , bien que les successeurs 



GLOSSÁIRE ET NOTBS. 395 

de Napoléon n'aient pas tous été des tondus ; tant 
s'en faut. 

Qué fan ben loupeirar. Quand la morue cuite 
est bien charnue , bien blanche et qu'elle se dé- 
tache en larges écailles , on dit qu'elle fait bien 
lou peirar! On a la bouche pleine de ce mot , 
peirar ! De même l'écu de cinq francs tout neuf 
rend un son métallique et produit au toucher une 
sensation qui rappelle le son et le toucher des 
pierres à fusil. 

Coulou dé la cassïo. Le jaune de Tor imite 
parfaitement le jaune de la cassie. 

Tranto-an. Joueur effréné. Par métonymie 
nos ouvriers ont appliqué à tout homme passionné 
pour lejeuce nom de trente ans y du fameux me'- 
lodrame de Victor Ducange. Cette oeuvre dra- 
matiquea toujoursété etelle restera probablement 
toujours populaire. Que de spectateurs elle a fait 
frémir depuis 1 827 ! Castigat horrendo ou ter- 
rendo mores , dirait un pédagogue latiniste : et 
pourtant ce drame n'a corrigé personne, Converr 
tisseurs , vous perdez votre temps. 

L'ooussin d'uno fío, quoiqu'intraduisible en 
synpnyme décent , n'en est pas moins un mot 
très naturel et très convenable dans la bouche 
du vieux Marlusso. 

Mouqué. La coqueluche. Au figuré , ironique^ 
ment , la syphilis. 

Lou carrè. L'ornière. 

Balalin-Balaìan ! Interjection imitative qui 
rend bien le balancement de la voiture dans une 
ornière profonde. 

Afassacan. Au propre, pierre bonnepourasr 



396 GLOSSAIRE ET NOTES. 

sommer un chien. Caillou brut. Moêllon à bâtir. 
Au figuré, lourdaud. Maladroit. Stupide. Ce 
mot me remet en mémoire un bon vieux prêtre 
que mes camarades et moi nous avons fait enrager 
plus d'une fois, dans notre enfance. II a dû mourir 
presque centenaire, en 4823 ou 4824. On l'ap- 
pelait Lou Pèro Faou. Depuis un temps immé- 
morial il était chargé du ser\ice des inhumations 
à la paroisse des Prêcheurs à laquelle il était at- 
taché... II me semble ls voir encore , précédé à 
grande distance de son acolyte , quand il retour- 
nait du cimetière. II était gros et conrt; il axait 
l'air rageur, le bonnet sur Toreflle, la démarche 
piétinante , la face rouge comme une arbouse, 
l'oeil très-petit , mais très-vif , la tête pelée comme 
la pomme d'ivoire de sa canne. II me semble l'en- 
tendre encore lorsque , arrivant tout essouflé près 
du cul-de-sacdela rueSainte-Barbe,aupoint d'in- 
tersection de la rue des Chapeliers , il s'arrêtait 
en criant de loin el d'une voix encore vibrante au 
clergeon porte-croix : pichò, aplanto-ti guépissi ! 
Le père Faou n'avait jamais été un aigle : il ne sè 
faisait aucun scrupule d'en convenir. Lorsqu'il 
se présenta pour être ordonné prêtre , son évêque, 
peu satisfait, sans doute, des résultats de l'examen 
qu'il lui a\ait fait subir, faisait beaucoup de diffi- 
cidtés pour lui conférer la prêtrise ; mais le jeune 
diacjre Faou ditauprélat : Mounsignour, sabiben 
qué sieou un massacan ; mai quan un maçoun 
bastisse un bel oustaou , sè li mette dé beleipeiro 
dè tai 9 li fa tambenpassafouesso massacan. Vou 
nen foou dè massacan à VÊgliso : é ben ! ieou 
n'en sgrai vvn !. . . et grâce à la naïveté jtje sa 



GL0S8AIRE BT NOTBS. 397 

remarque , l'abbé Faou fut ordonné prêtre , quoi- 
que massacan. 

Moucaquo. Macaque. Le plus laid des singes. 
En Provençal , tous les singes , ainsi que tous les 
laiderons humains , mâles et femelles , sont des 
moucaquo. 

Escarrassa. Carder. Déchirer avec des dents 
de fer. 

Gè dé counieou què lipe toun morveou ! Au 
figuré : point de femme , ni mère , ni soeur, ni 
maîtresse qui te mange de caresses. Âu propre , 
c'est encore du franc-parler du vieux Marlusso. 
Tout cela se dit et s'entend parfaitement sansscan- 
daliser qui que ce soit et sans éveiller aucune pen- 
sée sale , dans le milieu où vit cet ouvrier. 

Lei San-Jan-bouquo-d'or. Ces faux Chrysos- 
tômes dont la franchise atroce se complaît à vous 
accabler au jour du malheur, et qui ne manquent 
jamais d'ajouter, en vous lançant le coup de pied 
de Tâne : c'est que moi je suis franc ; moi j'ai le 
coeur sur la main ; ieou sieou San-Jan-bouquo- 
d'or ! 

Lou cafè doou Bloundin. Le café des Arts , 
sur le Cours , entre la rue des Fabres e.t la rue 
de l'Etrieu. De 1815 à 4834, M. C***, dit le 
Blondin , a fait une fortune considérable dans ce 
modeste établissement. Ill'ouvrait à deux heures 
du matin , et avant huitheures, ily avait déjà dé- 
bité deux mille tasses. C'est du moins ce qu'il a 
assuré plusieurs fois. Pendant la nuit et jusques 
au petit jour, son café était le rendez-vous des 
messagers et des partisannes. Dans la journée , et 
jusqu'à onze heures du soir, il était trèsassidument 

34 



398 GLOSSAIRB ET NOTES. 

fréquenté par les artisans Marseillais de la vieille 
souche. 

Lei Frèro ilf*** d'abord petits traiteurs, puis 
aubergistes de la rue Thubaneau , en < 827 , au- 
jourd'bui propriétaires du grand hôtel de Pro- 
vence , sur le Cours , ont , dans les diverses 
phases de leur honorable fortune , toujours con- 
servé la clientelle des portefaix , des emballeurs , 
et autres ouvriers cossus , en train de gala. 

Escotisson. Pique-nique. 

Cacan. Richard bouffi et dédaigneux. 

Mesteiroou. Homme de métier. 

Qué mi voues ?... qué mi dies?... Demandez 
à un nerf brutal quelque chose qu'il soit loin de 
vouloir faire pour vous , à coup sûr il vous ré- 
pondra en chantonnant sur un ton diabolique , 
avec un accent d'ironie implacable : què mi 
voues ?. . . qué mi dies ? 

Esparra su tei cepoun. Broncher en glissant. 
Vaciller sur tes jambes avinées. 

Mortaou. Ivre-mort. 

Guichard Vibrouigno. Balayeur de rues , 
fort connu à Marseille sous l'Empire et au com- 
mencement de la Restauration. II était de pre- 
mière force dans son métier et tellement adròit 
pour la cueillette et la manipulation qu'il pouvait , 
avec son eisadetto , lancer un. . . canelas à travers 
les deux anses de son couffín sans même les tou- 
cher. A distance , c'est presque aussi fort que la 
pomme de Guillaume-Tell... Guichard gagnait 
beaucoup d'argent et il en buvait une grande 
partie ; aussi ne se de'grisait-il jamais. Quelques 
^nnées après la mort de ce balayeur ivrogne , 



GLOSSAIRE ET NOTES. 399 

Carvin , musicien du Grand-Théâtre , le mit en 
scène dans une petite comédie provençale fort 
gaie , intitulée : Meste Barna , marchan dè vin 
ei Gran-Carme. Certainement cette pièce sans 
prétention a bien son mérite. On y trouve de 
í'entrain , du naturel , une franche gaîté , et un 
cachet de couleur locale inconnu jusqu'alors et 
oublié depuis. 

Pougea. Terme de marine. Tourner la barre 
quand le vent est tout à fait contraire. Faire avant- 
arrière ou volte-face. 

Blede. Livide et taché comme un fruit trop 
mûr qui commence à se décomposer. 

Pistachié. Libertin. Coureur de bonne&-for- 
tunes. 

Piquo-pies. Ceux qui affectent de se frapper la 
poitrine coràm populo. Les contritspar calcul. 

Lour descadena. Hormis peut-être à Saint- 
Laurent ou dans quelques-uns des vieux quartiers 
non encore envahis par les Bachin , il ne reste 
probablement pas à Marseille cent enfants de la 
ville qui sachent qu'en marseillais un ours est 
un lour. 

Loupeze gro. Le cceur gonflé. 

Tè-vì ! Interjection très usitée que le français 
pourrait rendre par : tiens ! . . . vois I . . . seulement 
le mot français se traîne , tandis que l'expression 
provençale est rapide comme la foudre. 

A plega. 11 est mort. 

Janvier 4854. 



400 GLOSSAIRE ET NOTES. 



JAQDE FIGOUN. 



Lei Menime. Le couvent des Minimes , sous 
l'ancien régime , était situé à l'extrémité de la rue 
de ce nom , tout près de la plaine Saint-Michel. 
Ii a été démoli pendant la grande révolution. II 
n'y a guères plus de quinze ans que l'on voyait 
encore quelques ruines du cloître dans la rue 
Saint-François de Paule. La rue des Minimes , 
qui aboutissait au couvent , est large et belle. Au- 
trefois elle a été habitée par de riches négociants. 

En fe dé Vescrituro èro jus. Bien certaine- 
ment cette allégation n'est ni un conte fait à plai- 
sir, ni même une exagération. Sous l'ancien 
régime, et jusqu'en 1830, il s'est vu àMarseille 
plus d'un chef de bonne maison commerciale ab- 
solument illettré. M. Maximin M* ## , qui est 
mort sous la Restauration , et dont le nom est reste' 
si justement populaire dans notre ville , ne con- 
naissait littéralement ni A ni B. Cela ne l'empê- 
chait point de faire tout par lui-même , et de dicter 
simultane'menttoute sa correspondanceà plusieurs 
de ses secrétaires (ainsi qu'on le rapporte de 
Jules Ce'sar). Cela ne Ta pas empéché non plus de 
lai&ger à ses enfants une fortune immense , qu'il 
avait loyalement gagnée dans la fabrication du 
savon et dans les spéculations les plus vastes et 
les mieux combinées. Aune époque où personne 
encore dans Marseille ne parlait la langue fran- 



GLOSSAIRB ET NOTES. 401 

çaise , il n'était pas rare de rencontrer de riches 
armateurs , infinirnent capables sous tous les au- 
tres rapports , mais très peu verses , comme M. 
Denis Foucard, dans les secrets de la syntaxe et 
de l'orthographe. 

Siei vèlo. Six navires. Métonymie. 

Marlussiaire. Pêcheur de merlan. Emballeur 
de morue aussi. 

Poutarguo. Espèce deca\iar fait avec les oeufs 
du poisson mulet ou muge. On pressed'abord très 
fortement ces oeufs ; on leur fait subir une fermen- 
tation ; ensuite on les coniit dans le vinaigre. Et 
puis on les prépare en petites tablettes plates et 
oblongues. Les pêcheurs de Mazargues fabri- 
quaient autrefois ce condiment. Aujourd'hui il 
nous vient surtout des Martigues et des autres 
petites localités de l'e'tang de Berre. II faut une 
très longue habitude pour pouvoir user de la pou- 
targue sans répugnance. Comme le caviar russe 
elle a un goût singulièrement nauséabond. 

Leis Ilo. Toutes les colonies françaises tant 
insulaires que continentales ont été, jusqu'en 
1 830 , appele'es indifféremment leis Ilo par les 
purs Marseillais. 

Boulegoun. Homme remuant. Ce mot se prend 
assez souvent en mauvaise part ; mais l'accentua- 
tion peut aussi bien des fois lui donner une signi- 
fication favorable. 

Mena rejoun. Tout conduire avec ordre , pré- 
cision et économie. Ne rien laisser péricliter par 
sa négligence. 

Cooussigua. Pincer avec le pied. Plus parti- 
culièrement marcher sur les talons.de la personne 

34. 



402 GLOSSAIRE ET NOTfiS. 

qui vous précède. Encore un terme bien simple , 
bien usuel , et qui ne peut cependant pas se tra- 
duire exactement. 

Lou sacrebieou. L'ardeur. Les Provençaux , 
qui jurent beaucoup, parce qu'ils sont très-ardents, 
ont fait ce substantif d'un juron très énergique. 

Qu'abravo.Qui allumait. Le verbe abra vieillrt; 
on n'en fait plusguère usage que dans le terradou, 
et plus d'un Marseillais ne parlant d'ordinaire 
que le patois , ignore sans doute que l'esquo 
abrado est l'amadou qui a pris feu. 

Si deleguavo. Se délectait. 

Mousoous. Fougueux. 

L'esclussi sourdo. L'éclipse sombre. La dis- 
parition complète. 

Bouaro à la grosso cougourdo. Avaler une 
bourde. Donner dans le panneau. Se tromper 
grossièrement. 

S'espassa. Se divertir. Se récréer. 

Relevan lacrèmo. Sauf le saintchrême quicons- 
titue le chrétien , et Télève au-dessns de la bête. 

Pissoué. Le populaire de Marseille appelle fa- 
milièrement pissoué la femme en général. Tout 
fournit son contingent à notre langage figuré : 
les vices et les vertus comme les qualités et les 
défauts physiques. On sait que les pissoué lâ- 
chent facilement le superflu de la boisson. De là 
cette appellation sauvage du beau sexe. 

Lamouie. Proprement 1 epouse ; de la moglie 
des Italiens. 

Meitre à coua. Préparer rincubation. Au fi- 
guré , méditer sur ce que Ton a à dire ou à écrire ; 
chercher l'inspiration. 



GLOSSAIRE ET NOTES. 403 

Labi dé san Françoua. On dit proverbiale- 
ment de quelqu'un qui parle ou écrit mal le fran- 
cais : qu'il déchire la robe de Saint-François. 

Toumba din lei jacò. Tomber dans les ga- 
naches. Yieillir subitement avant l'âge. Perdre la 
boule. Rabâcher commefont les perroquets. 

Lou couiouna sé. La plaisanterie sèche et 
amère. 11 se dit d'un homme qui n'entend pas la 
raillerie. 

Furna. Fureter. 

Cala dé lequo. Tendre des pie'ges , des lacs. 

Nouzabi. Noué. Rachitique. 

Assieouna. Ranger avec beaucoup de soin. 

Si pimo. 11 se pâme. 

Lei titou su leis i. Les points sur les i. II est 
à présumer que le mot titou nous vient du tilde , 
signe typographique aujourd'hui très-peu usité en 
français , mais qui sert bien fréquemment aux Es- 
pagnols pour indiquer l'omission d'une lettre et 
surtout du 6 devant la lettre N, quand cette der- 
nière doit être prononcée Gne. 

Uno revirado. Uneindisposition. Unemaladie 
peu sérieuse. 

A resouna. 11 a arraisonné aux bureaux de la 
Gonsigne , à l'entrée du port. 

Ma testo es franquo dé granaio. Mon cerveau 
est vierge de plomb. Je ne suis pas fou. J'ai tout 
mon bon sens. 

Mountepapié soun barbo caio. Contre destitres 
la chicane caille. Elle cède; elle est force'e de 
mettre les pouces. Ce proverbe est très-usité. Le 
français ne peut guères en rendre la pittoresque 
énergie. 



404 GÌ0SSA1RE ET NOTFS. 

Lou gran librè. La grande table de Pythagore. 

Resto à n'uno. Garde le silence. C'est peut- 
être une ellipse qui nous vient de niuno et niuna 
deè Italiens. Stare à niunaparola. Nos vieillards 
emploient fréquemment cette locution resta à 
nuno. 

Sorti la feruno. Préparer la férule pour frapper . 
Au figurc , gronder. Se mettre en colère. 

Lei grandei Madraguo. Àu propre , la grande 
pècherie des thons. Figurément, la scène du 
grand monde , où lespuissants tendent aussi leurs 
filets sur d'immenses espaces pour y pêcher autre 
chose que du poisson. 

Baza. Achat en bloc. Espèce de marché à 
forfait. 

Lipintariè. Peindrait. Ornerait. Lemotchaus- 
serait , quoique bien trivial , et même parce que 
trivial rendrait encore mieux le vrai sens de 
pintarié. Va què pinto ! c'est parfait ; c'est à 
merveille ! 

La lituro. Pour les Marseillais incultes , la /i- 
turo comprend toutes les connaissances élémen- 
taires que l'on enseigne dans les écoles primaires : 
la lecture , Técriture etles quatre règles de l'arith- 
métique. 

Ungro cho. Proprement, un grand écart au jeu 
du cheval fondu , que l'on nomme en provençal 
la patincho ou lou saouto-tur. Au figuré , c'est 
une grande faute , une lourde bévue. 

Per leis aoúbre doou cous as pré dé cooulé 
flori. Et vice-versà. Tu as pris Vaugirard pour 
Bome , un goujon pour un thon , un oeuf pour uu 
boeuf. Dans ton appréciation naïve, tu t'es pres- 



GL0S8AIBE ET NOTES, 405 

que trompé du tout au tout, en plus comme en 
moins. Avant < 839 , alors que le grand Cours de 
Marseille était encore orné de ses ormes majes- 
tueux, cette locution originale faisait image pi- 
quante. En effet, à cause de leur couronne , ces 
arbres en floraison ne ressemblaient pas mal à 
de gigantesques choux-fleurs ; et quand le large 
bassin des Méduses réflétait encore leurs bour- 
geonsprintanniers, l'antithèse burlesque ci-dessus 
rappelée venait toujours bien , à la suite d'un 
quiproquo énorme. 

Septembre 1854. 



MARTEOU. 



Capourié. Chef de brigade de paysans ou d'ou- 
vriers. Piqueur. Contre-maître. 

Meste Ôouraci. On appelle familièrement ainsi 
un homme d'un âge mûr, qui a le maintien em- 
pesé et le ton sentencieux. 

Citè, Zovè. Félicité et Zoé. 

Quista. C'est quêter. 

Couetto. Tape. Taloche. 

Capoun n'a point en provençal la mêrne si- 
gnification que son correspondant français capon. 
Un capoun est surtout un va-nu-pieds , un gueux, 
un misérable , plus encore au physique qu'au 
moral. 

Fa ìa languo. Faire le beau parleur. 



406 GLOSSAIRE £t NOTES. 

Lisqué. Jeune garçon et surtout jeune artisan 
élégant dans ses manières , sucré dans son lan- 
gage et recherché dans sa mise. 

Moudourrou. Sournois. Bourru. Maussade. 

L'arpo. La main. 

Mubla lou su. Meublé la cervelle, au fíguré. 
Lou su , proprement dit, n'est que le sommet de 
la tête , le sinciput. 

Metlieou dessu. Lorsqu'on décharge les blés 
des navires sur les quais , le manouvrier qui rem- 
plit avec des cabas les chevalets à mesurer, met 
dessus , en termes de portefaix. 

A Jarré, per Pandecousto. Durant de longues 
anne'es , aux secondes fêtes de Pâques et de Pen- 
tecôte , les bords du Jarret , entre Saint-Pierre 
et les Chartreux, et les bords du ruisseau des Ay~ 
galades , au lieu dit le Bachas , entre les jardins 
d'Arenc et ceux du Bas^Canet, ont été envahis par 
tous les lisquets, tous les nerfs, tous les ferris et 
toutes les filles de sèt-ouro de Marseille et de ses 
faubourgs. Cette jeunesse , toujours folle et sou- 
vent brutale jusqu'à la férocité , se livrait , sur ces 
points , les jours dits , à des ébats tellement im- 
pétueux et grossiers, à des jeux de mainstellement 
audacieux , que la police a été plus d'une fois 
obligée d'intervenir pour empècher des rixes sé- 
rieuses. Plus tard , Touverture du Prado ayant 
attiré sur ses allées , dans les grandes solennite's , 
une bonne partie de ces bruyants promeneurs, les 
fidèles du passé ne se sont plustrouvés en nombre 
pour bousculer à tort et à travers. Un jour, alors, 
la force armée a fait acte de vigueur pour protéger 
Tordre public, et les ferris désappointés sont allés 



GLOS&AIRE ET NOrES. 407 

transporter ailleurs leur turbulence déjà radoucie. 
Le Jarret et le Bachas sont aujourd'hui à peu près 
déserts , même aux fêtes carillonnées. 

Per San-Jan> aMaian. La jeunesse fougueuse 
du Jarret et du fìachas venait aussi étaler à la 
foire aux fleursde laSaint Jean d'été , surleCours 
et aux allées de Meilhan , ses excentricites hrutales 
de la promenade champêtre. Elle s'y est même 
hasardée inipunément à peu près jusqu'en 4846. 
Mais dans l'intérieur de la ville , des désordres 
aussi intolérables ne pouvaientpasêtre supporlés 
bien longtemps. Dès qu'on s'est plaint , et avec 
trop de raison, du scandale , l'autorité a sérieuse- 
ment voulu y mettre fin. Le gendarme et le fan- 
tassin , llanque's du policeman en e'charpe , ont eu 
bientôt raison des perturbateurs les plus obstinés ; 
et maintenant il est à peu près possible de traverser 
les alléjes , le jour de la Saint-Jean , sans se voir 
arracher de vive force Tarbuste ou le yase de fleurs 
dont on vient de faire l'acquisition. 

La eassïo. Ce bouton d'or si délicieusement 
parfumé , ne brille déja plus dans nos prome- 
nades à la bouche de nos piquanles grisettes ! . . . 
ainsi l'ont voulu les progrès de la civilisation. 

La fïopa tan fïo. Désignation ironique de la 
femme que Ton appellerait jen franjçais une demi 
vertu. Mais, comme toujours , íly abeaucoup plus 
de sarcasme et d'énergie dans la qualifiqation pro- 
ven^çale. 

ÌJn nebta. Se dit , au propre , des fruíts niellés 
ou brouïs. Au figuré , un nebla est un avorton , 
un homme incomplet. 

Un ferri. Un homme de fer. Ce sont les en- 



408 GLOSSÀlRE ET NOTES. 

fants de la populace eux-mêmes qui ont imaginé 
de s'appliquer par de hardies eHipses ces dénomi- 
nations expressives de ferri et de nervi. . . . tel- 
lement ils se savent durs et forts, 

Grègou ! Dire : grègou ! à un casse-cou , c'est 
Texciter en le bravant ; en le mettant au déíi de 
faire acte d'audace ou de folie. 

Brequa. Broncher. 

Uno chapo* Un fragment de billot de bois re- 
fendu à la hache. 

Chila. Sifflerenimitantiesappeaux, àlachasse 
au poste , au moyen d'un petit sifflet de fer-blanc 
appelé chilè. C'est un instrument de forme ronde, 
de la dimension d'une pièce de deux francs et plus 
épais du double. II est creux et percé d'un trou 
au milieu. Le chilé rendassez bien le gazouille- 
mont des oisillonsu 

La campano es routto. Àdieu , panier ! ven- 
danges sont faites. 

Patatoou. Lourdaud. 

Cuou-couzu. À Marseitle , dans la classe ar- 
tisanne aisée , ies jeunes filles les plos réservées , 
les mamans les plus graves et les plus pieuses 
même, nese font aucun scrupule d'appeler cuou- 
couzu tpute bégueule outrée , toute prude ren- 
forcee ; mais ce mot , tout à fait innocent sur les 
lèvres de nos honnêtes bourgeoises , redevient 
horriblement cynique dans ia bouche du farouche 
Marteou. 

Lou ten deipâto. Le temps des jouissances 
brutales. Le moment des ré volutions , où les hommes 
de la trempe de notre puisatier donnent l'essor à 
tous les rêves imaginables de leur-concupiscence 
/orcenée. 



GLOSSAIRE ET NOTBS. 409 

Lou gro pelaou. Legrandcataclysme. Legrand 
bouleversement social auquel aspirent avec ardeur 
toutes les mauvaises natures , et que tous les es- 
prits réfléchis regardent avec effroi comme inévi- 
table. Dî taletn avertite casum ! 

Un menin. Une jeune femme accomplie de tous 
points , en beaute , en grâces et en vertus. Un 
menin dè satin. Provençalisme. Ellipse : vierge 
enchanteresse vêtue de satin. 

Octobre 1854. 



LOU CREDO DE CASSIAN. 



La croyance si consolante que je prête ici au 
vieux berger Cassien , a été l'un des rêves les 
plus chers de mon adolescence et de ma jeunesse. 
Et dut-on prendre en pitié mon ingénuité , j'a- 
vouerai sans honte quecette croyance est devenue 
plus tard la persuasion de mon âge viril. En fouil- 
lant dans mes plus anciens souvenirs pour y cher- 
cher quelque sujet de composition attrayant , j'ai 
trouvé celui-ci et je l'ai mis en ceuvre... J'avais 
toujours été fort étonné de ne voir trace de ce 
système dans aucune de mes lectures. Mais depuis 
que ce petit poéme est écrit , j'ai appris que Jean 
Reynaud avait publié dernièrement sur la même 
donnée un livre magnifique intitulé : Terre et Ciel. 
J'ai su que Georges Sand , dans la conclusion de 
son ouvrage YHistoire de ma vie, avait professé la 
même croyance ; ( et mon obscure Musette aurait 
pu s'énorgueillir en songeant qu'elle avait entrevu 

35 



410 GLOSSAIRE ET NOTES. 

les hautes régions de la vie future de compagnie 
avec de tels esprits ! ) Enfin , j'ai lu dans les 
Commentaires de César, que le dogme de la 
transmigration des âmes et de la perfectibilité in- 
définie et progressive , telle que l'entend Cassien , 
formait la base de la religion Druidique. César 
ajoute que grâce à Tinfluence de cette foi salutaire , 
les Gaulois , nos ancêtres , ignoraient le mal de 
la mort. (11 y avait bien de quoi , en effet ! ) 

Pitoue. Jeune gars. Les mousses des patrons 
pècheurs sont toujours appelés pitoué. 

Lou Gou. Le golfe. La baie de Marseille. 

La pantiero. Le chemin ou le sentier de ronde 
tracé pour le service de la douane sur la crête des 
falaises et des collines qui bordent presque tout 
notrelittoral. 

Treva. Fréquenter. 

Lei tubé. Les estaminets. 

Lou Silabèro. Petit livret dans lequel les en- 
fants apprennent à épeler les syllabes. On l'ap- 
pelle aussi Sainte-Croix . 

La Varruno est une ferme assez importante 
située au milieu des collines arides qui s'étendent 
depuis le vallon de la Nerthe , à Pentrée du grand 
tunnel duchemindefer, jusqu'auPlandesPennes. 
C'est aussi dans ces montagnes , et sur le versànt 
septentrional, que se trouve la Baoumo Borboun , 
à peu de distance de la station du pasde Lanciers. 

La battarié dè Niouloun est au fond du golfe , 
en deçà des collines du Rove , tout près du vallon 
de la Nerthe. 

Lou senigran. Le grand-père. Le vieillard. 

Voou pa mouri. On demandait un jour à Vir- 
gile s'il y avait au monde quelque chose dont 



glossàire et notes. m 

l'homme ne put jamais se lasser ni se dégoûter. 
Le poète répondit : Nihil , prceler intelligere. 
Notre dicton populaire : la vieio voulié jamai 
mouri , n'a pas d'autre signifîcation , au fond, 

Lou Souverein est un de nos vaisseaux de 
ligne de 4 20 canons. Le maître-timonnier d'un 
tel navire doit étre un personnáge important pour 
tous les bohémiens de la côte , et même pour un 
pâtre quelque peu philosophe. 

Uestem. Le récif. L'écueil. 

Mestre. Sous-entendu timounié. 11 y a tout 
à la fois de la flatterie , de la bienveillance et un 
peu d'ironie dans cette appellation employée par 
le \ieux Cassien vis-à-vis du ci-devantptfotie. 

Lou salabre est une truble , engin de pêche , 
espèce de panier-filet en forme de pain de sucre , 
entouré d'un cerceau et emmanché d'un bâton. 
On fait aussi des salabre en gaze pour la chasse 
aux papillons. 

La baouquo. Pettt jonc de marais fort abon- 
dant sur les bords des étangs des Bouches-du- 
Rhône. Les paysans hachent cette juncacée et s'en 
servent comme de la paille pour leur litière. Ils 
la conservent soit en garenne dans les granges , 
soit en meules énormes dans les champs. 

Fenestro en crouziero. Les anciens châteaux 
et les anciennes maisons de campagne de quelque 
importance ont conservé la croisée que les nobles 
du moyen-âge nous avaient rapportée d'Orient , et 
bien que cette forme d'ouverture ne soit plus 
usitée depuis une centaine d'années pour les villas 
modernes , notre vieux patriarche Cassien ne peut 
manquer de considérer la croisée comme un signe 
de grandeur. 



44 2 GLOSSAIRB ET NOTES. 

Fouresta. M. le marquis de Foresta et son pit- 
toresque château des Tours , construit à mi-cote 
en facedu village de Séon-Saint-Henri , sont trop 
connus dans notre territoire pour ne pas avoir 
souvent occupé la pensée de Cassien. 

Lei Rouvenen. Les habitants du Rove , toute 
petite commune isolée dans les montagnes au nord- 
ouest de notre golfe. Cette localité produit du lai- 
tage excellent , qui est très-recherché des Mar- 
seillais. Le Rove est l'Arcadie de notre départe- 
ment. Ses enfants valent mieux encore que ses 
recuites. Le vieux Cassien n'est point tant imagi- 
naire qu'il en a l'air. En cherchant avec attention, 
on pourrait rencontrer plus d'une part son idéal 
dans les âpres solitudes où vont brouter les chèvres 
du Rove. 

En brassetto. Bras dessus , bras dessous. 

Saliver. Ciel ouvert. 

Lei pei furan. Les gros poissons. Les poissons 
monstrueux. 

L'espai. L'espace. 

La biguo. Le mât de cocagne. 

A manès. A profusion et sous la main. 

Afagantaras à Vembruni. Tu me rejoindras 
ce soir à la brune. 

Novembre 1854. 



DEMONI. 



Taragnino , et taranino suivant la prononcia- 
tion marseillaise. Au propre, toile d'araignée. Au 



GLOSSÁIRE BT NOTES. 41 3 

figuré , vapeur qui trouble la vue. Brouillard qui 
obscurcitlesidées. 

La dooutrino. Le catéchisme des enfants pour 
la première communion. 

Pèro Ooudri. M. Audric, vieux brave prêtre 
qura été fort long-temps curé de Saint-Barnabe , 
et plus tard des Aygalades. S'il n'est pas mort à 
rheure qu'il est, il doit être aumoins nonagénaire. 
H. Audric a fait de nombreux élèves dans ces 
deux paroisses etdans leurs environs. Sa mémoire 
y est en vénération, et c'est justice. II serait à 
désirer que tous ses confrères lui ressemblassent. 

Demoni. Démon. Affreux mauvais sujet. 

Toni. Candide. Niais. Benêt. 

Bia ou Bea. Bienheureux. Dévot adonné au 
mysticisme le plus exalté. 

Fena. Forcené. Ce mot ne peut pas se rendre 
exactement en français. II dit tout à la fois plus et 
moins que ses équivalents de cette langue. 

Mangeo^merdo es lou erentous. Demoni est 
relativement assez cultivé ; d'ordinaire il s'observe 
et sait garder de la décence dans ses propos. 
Maistoutes lesfois qu'il se parle àlui seul , et qu'il 
ne craint pas de se compromettre , son naturel de 
bohémien reprendledessus. Demoni devient alors 
cynique dans son langage autant qu'il l'est dans sa 
conduite. Quand il lui arrive de jeter le masque 
ou de s'oublier, il retrouve aussitôt sur ses lèvres 
toutes les ordures du vocabulaire des voyoux qu'il 
bégayait étant enfant dans les écuries où son père 
servait de palefrenier. C'est ce qui explique la cru- 
dité de certains passages de cette chanson. A 
sujet diabolique , ironie atroce. Facit indignatio 
versum. 

35. 



41 4 GLOSSAIRE ET NOTES. 

Qu si gèno ven gibous. Dicton forl usité à Mar- 
seille dans la classe des bons artisans. 

La burbo. Le ventre. Les entrailles, en patois 
de roulierbrutal. 

L'empes. L'empois. Áu fìguré , l'embarras. 

Quéjangouero. Qui gémit ; qui geint. Geindre 
etjangouera sont exactement synonymes. 

Ooubaresto. Petit íilet de chasse tendu sur un 
arc en forme d'arbalète. 

Trachi. Se dit au propre de tout végétal qui 
croît et se développe heureusement. Au figuré , 
Thomme qui ne peut pas trachi se traîne miséra- 
blement sans arriver au but ; rien ne lui réussit. 

Faire chi. Se dit d'une arme à feu qui rate. 

En fourranmeicavalé. Cettefraude, celles in- 
diquées dans le couplet et beaucoup d'autres en- 
core ont e'té pratiquées dans le commerce. Loin 
de les blâmer sévèrement , le public en rit ; les 
plus rigides en parlent avec une ironie noncha- 
lante qui ressemble fort souventà une approbation 
tacite. II est triste de le dire ; mais il est bien vrai 
que la masse se blase peu à peu sur tout ce qui est 
inique, même sur l'improbité flagrante. II semble 
que chacun ayant besoin d'une ample dose d'in- 
dulgence , nul n'ose plus faire éclater 

Ces haines vigoureuses 

Que portent aux méchants les âmes généreuscs. 

Oou quicha dè la claou. Âu moment fatal. Á 
la dernière extrémité. 

Lei peiroplantado. Les maisons. Les construc- 
tions en maçonnerie. 

Què nescumoun. Qui écument de ragc cn- 
vieuse. 



GLOSSAIRE ETNOTES. 445 

Lou fassetoun. Au propre , la petite casaque , 
chemisette des enfants au maillot. 

Lei flouriè. Au propre, louflourié est la pièce 
de grosse toile qui recouvre la lessive dans le 
cuvier. Au figuré, c'est le vêtement indispensable. 

Souto Venvan doou cura. Sous la chaire , qui 
est ordinairement placée au dessus du hanc des 
marguilliers. 

La ninèto est l'un des cinquante mille noms 
du peché de la chair. 

Glatisse. Donne de très-faibles pulsations. 

Lou jouven. La jeunesse. 

Fapeta. Filouter. Escamoter. 

Uno espino. Fine-mouche , railleuse et diffi- 
cile à manier. 

Trisie bessai en qu m'acipi. Littéralement : 
triste peut-être auquel je me heurte. 

Février 1855. 



VEOUZO MÈGI. 



La reformo. Le conseil de révision. 

Lei coucho-buou. Les conducteurs qui vont 
prendre le bétail au marché pour le mener à Ta- 
battoir. 

Espa la lei : es uno ourrourl eXc. , étc. Bella- 
que matribus detestata 9 disait Horace, il y a dix- 
neuf cents ans : le coeur maternel ne peut pas 
changer. La veuve Mègi est une fcmme de la 



416 GLOSSAIRB ET NOTES. 

halle , qui est née avec le siècle. Elle est pauvre ; 
elle est mère , et elle est Marseillaise. Son cri est 
celui de la nature, compliqué du souvenir des fêtes 
de la paix en 4844 et 4845. Toutes nos mères 
sont Yendéennes. 

Lou couteou dé la tripiero. Couteau à double 
tranchant. 

Garo-bouen-ten. Ce mot en provençal ne se 
prend que dans la pire acception. U signifie plutot 
un mauvais sujet fìeffé que proprement un Roger- 
Bontemps. 

Broumé. Espèce d'appât. Viande ou fressure 
en bouillie que l'on jette à la mer pour attirer le 
petit poisson en abondance autour du bateau où 
l'on pêche à la ligne. 

La peissaio. Le menu fretin. 

Cerca garrouio. Chercher noise. Du garbuglio 
des Italiens. C'est aussi le grabuge français. 
Manzoni a donné le nom d' Azzeca-garbugli à l'un 
des personnages de son magnifique roman : / 
Promessi Sposi. 

Meste Mouscou , lou viei moundaire. Ce vieux 
facteur de meûnier a existé , et peut-être vit-il en- 
core. II est connu comme le loup blanc en Rive- 
Neuve , à Marseille. Je me suis trouvé souvent avec 
lui de 4 839 à 4 844 , à Saint-Loup , où il allait 
passer régulièrement tous les dimanches et les 
fêtes. Chacun Taimait, ce brave Mouscou. Sa 
conversation ne manquait pas d'attrait ; et plus 
d'une fois j'ai écouté avec beaucoup d'intérêt ses 
récits pittoresques de la terrible campagne de 
4812, qui lui avait valu son surnom significatif . 
Je croisqu'il avait étó fait prisonnier à la Bérésina ; 
et comme il avait blanchi de bonne heure , ses ca- 



GLOSSAIRE ET NOTES. 417 

marades disaient de lui : Es ana à Mouscou , a 
adu la nègeo su la testo. 

Sa patto es gdio. Quand la mer est très-mau- 
vaise , il arrive que les roues des bateaux à vapeur 
ne peuvent agir que d'un seul cóté. 

Ti li remouques. Tu t'y traînes. 

La merengeano. L'aubergine. 

Voueste bastimen si prvfoundo. Âllusion à la 
douloureuse catastrophe de la Sémillante. Cette 
frégate de soixante canons, commandée par le 
capitaine Jugan , officier de haut mérite , e'tait 
partie de Toulon pour la Crimée le 1 4 fóvrierl 855 . 
Elle était montée de trois cent cinquante hommes 
d'équipage et transportait en outre cinq cents pas- 
sagers militaires avec des munitions pour l'arme'e 
d'Orient. Surprise, à la hauteur de la Corse , par 
un ouragan d'une violence inouïe, comme les plus 
vieux marins de ces parages ne se souviennent 
pas d'en avoir vu depuis soixante-dix ans , il pa- 
raît que toute manoeuvre lui e'tait devenue impos- 
sible. Le 16 février, à onze heures etdemie du 
matin , la frégate, emportée par une force irrésis- 
tible , est allée se briser en mille pièces sur les 
écueils de l'îlot Lavezzi , dans les bouches de Bo- 
nifacio. Tout a été instantanément englouti et 
broyé. Pasun seulhommen'a échappé audésastre. 
Ce n'est guère que dix jours après le sinistre qu'il 
a été possible de recueillir uue partie des cadavres 
des naufragés : environ trois cents. Us étaient tous 
déíigurés d'une manière horrible et entièrement 
nus, sauf celui du capitaine et celui de Taumónier . 
Le premier avait conservé son uniforme , et le se- 
cond ses bas noirs. 

Lou tris. Le hachis. Aussi le gachis. 



418 GLOSSAIRE ET NOTES. 

Douna barro. Courir sus. 

Jarretoun. Petit poissoiu 

Niado. Couve'e- 

L'aiguo signado. L'eau bénite. 

Moun Benouni. Mon Benjamin. Mon bien- 
aimé. 

Leis Avangilo. Prières spéciales que nos mères 
font dire à la messe par le prêtre qui impose Tétole 
sur la tête de leurs enfants pour les préserver de 
quelque danger imminent. Ces avangilo , selon 
les tendres mères , ne peuvent manquer de porter 
bonheur. Áussi dit-on plaisamment à quelqu'un 
que le guignon poursuit sans trève : Ah ! vai ti 
fa dire leis avangilo. 

Tan dè paoureis inoucen ! Depuis Ie mois de 
janvier, il arrive régulièrement de la Crimée à 
Marseille deux et quelquefois trois paquebots à 
vapeur par semaine. Chacun de ces bateaux nous 
apporte deuxcentcinquante ettroiscents malades, 
amputés ou convalescents , le trop plein des am- 
bulances de Kamiesch et des hôpitaux militaires 
de Constantinople. L'aspect de ces pauvres vic- 
times de la guerre que l'on porte sur des civières, 
ou qui se traìnent sur des béquilles dans nos rues, 
au milieu de la foule , est peu fait pour donner du 
coeur à nos mères de famille. 

Leis escourïo. Les égouttures. Les eiïondrilles. 

Mai 1855. 



FIN. 



TABLE. 



CHANSONS PROVENÇALES. 



TKXTE. MOTE9 



Avertissement de la première édition. Pag. 5 

Avertissement de Tédition présente • . 17 

Fenian é Grouman 29 307 

Vint-un-cen fran 35 308 

L'Agazo 41 311 

Leis Aoubre doou Cous 47 314 

Lei Lume é lou Fricò 53 316 

La Loutarié 57 318 

Lou Pègou 61 320 

Lou Chin-nana-poun 67 332 

Lou Miroramo 73 334 

A la Risquo ! 79 337 

Lou Parisien 85 339 

Vieio Guerro 93 342 

Pacienço 97 345 

Felipo 101 347 

Boueno-Voyo 111 351 

Lou Tramblamen 117 354 

S'èri Tur! 123 357 

Pichoun Fai 129 359 

Lei Vouaturin .... 133 361 

Lou Boues dé Cugeo 139 364 

Lei Medecin 147 366 

L'Ooutroua 155 369 

A Moussu Jooussemin 161 373 

Tacheto 163 374 

Jan-Trepasso 171 379 

Leis Ajudo 175 383 

Dogou... ., 181 389 

Marìusso 189 393 



TBITB. R0TE9. 

Jaque Figoun » Page 195 400 

Marteou '. 201 405 

Lou Crèdo dé Cassìan 207 409 

Demoni 221 412 

Veouzo Mègi 231 415 

CHANSONS FRANÇAISES. 

La Civilisation ,, Page 241 

Les Haricots 245 

La Punaise 249 

Le Vin du crû 253 

La Loi Somptuaire . . 259 

Les Impénitents 263 

Le Canal de Marseille 267 

Les Poumons . , 271 

Delphine 275 

L'Original 279 

Le Frère Anacréon 283 

Christe Eleison ! 287 

Le Sommeil de Hlote 291 

A M. Antoine M"\ , 294 

Mon Dessert 295 

Lettre à Béranger 299 

Réponse de Bérangcr 303 

Glossaire et Notes 305 

Mon père à TEcole Chrétienne 321 



FIN DE LA TABLE.