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Full text of "Lexique roman; ou, Dictionnaire de la langue des troubadours, comparée avec les autres langues de l'Éurope latine"

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LEXIQUE  ROMAN 


otr 


DICTIONNAIRE 


m  LA  LANGUE  DES  TROUBADOURS, 


COIVPABÌB 


AVÉC  LES  AUTRES  LÁNGUES  DE  L'EUROPE  LATINE. 


TOME  I. 


DE  L'IMPRtMERIE  DE  GRAPELET, 

RUE    DE    VADOItARO,     R*  9. 


LEXIQUE  ROMAN 

ou 

DICTIONNAIRE 
DE  LA  LANGUE  DES  TROUBADOURS, 

AVEC  LES  AUTRES  LANGUES  DE  L'EUROPE  LATINE, 

BE  HonVELLBS  BECHEHCHU  IIISTOIlqlIES  IT  PHILOLOOIIJDES , 
d'dX  EÚDMÌ  DE  Ul  ailMNinB  BOMINB, 

n'oit  noDvEAO  «ao«  des  roáitES  oEictnALBS  des  trodeidodhs  , 

ET  n'BETHAraS  DB  roEMES  DIVER9} 

PAR  M.   RAYNOUARD, 


ii  l'imtitot  moTAL  Di  raiRCi  (icnBám 
tcuiàmtt  Du  uuctnmoM  rr  ■u.lu-littu)). 


TOME  PBEMIEIt. 


CHEZ  SILVESTRE,  LIBRAIRE, 


AVERTISSEMENT. 


LáGATAiRE  de  tous  les  ouyra^  littéraires  et  lexicographiques 
iaissÀ  par  M.  Raynouard,  dont  laffection  a  bien  voulu  me 
confier  le  soin  de  terminer  la  publication ,  ma  première 
pensée,  mon  devoir  le  plus  pressant  a  été  de  remplir  les 
engagements  qu'il  avait  lui-même  contractés  avec  le  monde 
savant ,  et ,  avant  de  publier  aes  autres  ceuvres ,  quelle  que 
seit  leur  importance,  j'ai  dû  songer  à  poursuivre  Timpres- 
sion  du  Lexique  roman ,  suite  et  complément  indispen- 
î«bles  de  ses  immenses  travaux  sur  la  langue  et  les  poesies 
des  troubadours. 


yj  AVERTISSEBIENT. 

J'ai  d'autant  moins  hésité  dans  cette  détermination,  quun 
même  sentiment  de  vénération  et  de  piété  presque  filiale 
m'assure  l'heureux  concours  de  M.  Pellissier,  et  de  M.  Léon 
Dessalles,  actuellement  attaché  à  la  section  historique  des 
Archives  du  royaume;  tous  deux,  après  avoir  secondé 
M.  Raynouard  depuis  un  grand  nombre  d'années  dans  ses 
travaux  lexicographiques^,  veulent  bien  encore  me  prêter 
leurs  soins  et  tout  leur  savoir  pour  accomplir  ensemble  une 
tâche  que  nous  regardons  comme  une  dette  sacrée  envers 
la  mémoire  révérée  et  chérie  de  notre  iUustre  patron. 

L'intérét  que  le  Gouvernement  et  la  maison  du  Roi  n'ont 
cessé  de  porter  aux  travaux  de  M.  Raynouard ,  I'appui  dont 
ils  veulent  bien  encore  .m'honorer ;  enfìn ,  les  précieux 
documents  que  l'obligeance  de  MM.  les  conservateurs  des 

■  Dans  868  Mánoires,  qai  ne  tarderont  pas  à  paraitre  avec  8e8  (^yrea  littérairea, 
M.  Raynonard  parle  avec  iin  toacbant  intérêt  de  la  participatìon  qu'ils  ont  eae  l'un 
et  Faatre  k  8e8  travaax  philologiques;  déjà,  en  1817,  il  avait  dit  à  la  fin  da  discours 
préliminaire  du  tome  H  da  Chou  ou  Poásiu  oiigimalbs  dbs  Tboubadovbs  *.  «  Je  nonune 
«  avec  amitié  et  reconnaÌ88ance,  M.  Pelli88ier,  qni,  depnia  cinq  ana,  étant  occupé 
n  auprèa  de  moi  à  travaiUer  sur  la  langue  romane  et  sur  les  poésies  des  tronbadours , 
n  est  facilement  parvenu  à  entendre  ia  langue,  à  juger  les  autieurs,  à  déchiffrer  et  à 
n  conférer  les  manuscrits  -,  il  sera  désormais  pour  moi  un  zélé,  un  savant  collaborateur.  » 


AVERTISSElfENT.  rij 

muniscrits  de  la  Btbliothèque  royale  cóntìnue  de  mettre 
ì  ma  disposition  y  tout  assure  la  publication  successive  et 
prompte  de  cet  ouvrage ,  fruit  de  vingt  années  de  rechercfaes 
et  de  méditations  profondes ,  si  consciencieusement  élabo- 
rées  par  la  patience  du  génie. 

Lorsqu*une  mort  inattendue  vìnt  frapper  M.  Raynouard 
et  sospendit  Fimpression  du  présent  volume ,  il  commençait 
à  jeter  les  premières  idées  d'un  vaste  travail  sur  l'etude 
philosophique  des  langues  de  l'Europe  latine,  qui  devaít 
servir  de  discours  préliminaire  à  cette  nouvelle  coUection. 

Dans  ce  discours,  M.  Raynouard  se  proposait  de  résumer 
tous  les  r^ultats  de  ses  savantes  recherches  philologiques  et 
(l'indiquer  quelques  nouvelles  découvertes  dues  à  ses  infa- 
tigables  investigations.  Selon  son  heureuse  habitude,  il 
traça  d'abord  le  cadre  de  ce  travail  important  et  neuf ;  par 
malheur,  le  temps  de  le  remplir  lui  manqua. 

Cette  ébauche ,  tout  incomplète  qu'elle  puisse  être ,  nous 
la  donnons  reUgieusement  telle  que  M.  Raynouard  l'a  laissee, 
dans  la  persuasion  que  ces  simples  notes  contiennent  des 


l 


viij  AVERTISSEMERT. 

« 

aperçus  utiles ,  et  avec  I'espoir  que  les  personnes  formées  à 
la  connaissanc^  de  la  langue  romane  par  ses  publications 
precédentes,  pourront  y  trouver  le  germe  de  quelques 


travaux  profitables  à  la  science. 


JUST  PAQUET. 


Passy-lès-París,  i5  févríer  i838. 


RECHERCHES 


PHILOLOGIQUES 


SUR  LA  LANGUE  ROMANE 


GONSIDERATIONS  PRELIMINAIRES. 

Elu  en  1 807  à  1' Académîe  Française  et  déterminé  à  remplir  ìes 
deroirs  que  m'imposait  l'admission  dans  cette  compagnie  littéraire, 
j'obsenrai  assez  long-temps  la  manière  dont  elle  trayaiUait  à  cor- 
ríger  et  à  améliorer  le  dictionnaire  de  la  langue.  J'étudiai ,  je 
recherchai  ayec  patience,  les  ressources,  les  moyens  capables  de 
doDDer  à  ce  trayail  tout  le  perfectionnement ,  toute  Tutilité  que  per- 
mettait  d'espérer  l'état  des  connaissances  linguistiques  qui  avaient 
iàit  tant  d'heureux  progrès  en  Europe. 

Je  reconnus ,  ou  je  crus  reconnaitre  que  notre  langue  était  peut- 
être,  de  toutes  les  langues  modemes,  celle  qui^  par  son  ancien-** 
oetéy  par  ses  yariations  successives,  offrait  le  plus  matière  aux 
observations  philologiques ,  et  qu'il  était  donc  nécessaire  de  l'étu- 
dier  de  plus  haut  et  de  plus  loin  qu'on  ne  l'ayait  fait  jusqu'alors. 

A  mesure  que  le  succès  de  mes  recherches  m'éclairait  sur  ce 

point,  mes  premières  idées  se  confirmaient  et  s'étendaient  progres- 

sîvement,  ct  je  restai  bientot  convaincu  que,  pour  bien  apprécier 

les  mots  et  les  formes  granoLmaticales  du  français  actuel ,  il  fallait 

1.  b 


X  RECHERCHES  PHILOLOGIQUES 

avant  tout  remonter  aux  origines  qu'on  ne  trouve  que  dans  les 
langues  parlées  par  les  troubadours  et  par  les  trouvères. 

Je  résolus  donc  de  me  déyouer  à  un  pareil  trayail ,  en  commen- 
çant  par  la  langue  des  troubadours ,  qui  me  paraissait  éyidémment 
étre  la  plus  anciennemtent  arrétée  et  fixée. 

J'ayoue  qu'en  formant  le  projet  de  faire  connaitre  la  langue  et  la 
poésie  des  troubadours ,  j'étais  loin  de  penser  que  cette  entreprise 
serait  aussi  longue  et  aussi  importante  qu'elle  l'est  devenue  depuis. 

Un  petit  nombre  de  volumes  devait  contenir  les  principales 
r^es  grammaticales ,  un  choix  des  ouvrages  de  ces  poètes ,  et  un 
lexique  qui  eùt  expliqué  les  seuls  mots  dilliciles  répandus  dans  ces 
ouvrages. 

J'avais  à  peine  communiqué  mon  dessein  à  1' Académie  Française 
et  à  r Académie  des  Inscriptions ,  que  le  ministre  de  la  maison  du 
Roi  m'invita  à  lui  exposer  en  détail  le  plan  de  mes  travaux  pro- 
jetés;  je  rédigeai,  à  cet  eflfet,  un  Mémoire  qu'il  mit  sous  les  yeux 
de  ce  prince  que  les  Muses  avaient  consolé  dans  son  exil ,  et  con« 
solèrent  encore  sm  le  trône ;  peu  de  jours  après ,  le  ministre  me  le 
rendit  en  me  di^nt  que  Sa  Majesté  avait  été  satisfaite,  qu'elle 
m'engageait  à  pouì|«suivre  cette  entreprise ,  et  se  chargerait  de  sul>- 
venir  aux  frais  néc«^aires  à  son  exécution.  Un  aperçu  de  toutes  les 
d^(^Bses  convenahlQSÍ  me  fut  demandé ;  je  fis  exécuter  des  specimen 
par  M.  Firmin  Didot;  toutes  mes  idées  furent  acceptées  sans  aucune 
restriction'. 

Be  t816àJ822Ì£publiailes  six  premiers  volumes%  dont  jedois 
indiquer  sdmmairement  le  contenu,  afin  de  montrer  oomment  les 


'  D^abord  il  fut  qaestion  de  poblier  l'oavrage  dans  an  format  in-folio  ;  je  consenre 
esGore  des  specimen  faits  alors  comme  essais.  Ce  fat  postériearement ,  et  sar  ma 
propre  demande ,  ^c  le  format  in-8°  fal  adopté. 

'  Dans  le  principe ,  l'ouvrage  entier  ne  devait  pas  dépasser  six  volumes,  parce  qae 
le  lexiqoe  n^aorait  compris  qae  les  mots  des  poésies  imprimées  des  troubadoars,  mais 
ensuite  je  fus  aatoríséà  étendre  ma  collection  jasqu'à  douze  voiumes,  dont  j'ai  à  pa- 
Llier  les  six  demiers. 


SUR  Là  LAlfGUE  ROirANE.  xj 

autm  six  Tolumes  que  je  publie  aujourd'hui  ne  sont  que  le  com- 
ýhûmí  de  rexécution  du  plan  définitÌYement  arrété ,  et  s'y  rat* 

tacfent  essentiellement.. 

Le  premier  Tolume  offre  cpielques  détails  sur  l'origine  et  la  for» 
natbn  de  la  langue  rustique  romane ,  une  grammaire  de  cette 
luigne  ayant  Tan  1 000 ,  et  une  grammaire  de  la  langue  des  trou- 
badours. 

Après  aTOÍr  ainsi  préparé  le  lecteur  studieux  à  la  cònnaissance 
de  lalangue,  j'indiquai  dans  le  second  yolume  les  anciens  docu- 
ments  qai  lui  appartenaient ,  les  divers  genres  d'ouvrage  >  de  ses 
poètes ,  et ,  par  des  traductions  mot  à  mot ,  j&  facilitai  la  lecture 
<ies  poésies  mémes  des  troubadours* 

I^  troisième  et  quairième  Tolumes  furent  consacr^  à  la  publi- 
ation  de  ces  poésies ,  en  mettant  dans  cette  publication  la  forme 
progressÌTe  que  l'ancienneté  ou  le  sujet  permettait  d'admettre  : 
dans  le  cinquième ,  j'insérai  les  biographies  de  ces  poètes ,  telles 
qne  les  manuscrits  les  foumissent. 

Je  sentis  qu'en  publiant  ces  richesses  littéraires ,  ìl  n'était  pas 
UMlìfférentde  justifier  I'utilité  de  cette  publication ,  et  je  crus  servir 
b  science ,  en  présentant ,  dans  un  tableau  exact  et  presque  entiè- 
ranent  neuf ,  les  rapports  des  langues  de  I'Europe  latine  avec  celle 
dont  jepubliais  la  granunaire  et  les  principaux  documents  poétiques. 
Tel  fnt  I'objet  du  sixième  Tolume. 

En  eomparant  la  langue  des  troubadours  avec  les  autres  lan- 
gKs  néo*IatíneSy  je  reconnus  bientôt  non  seulement  les  rap- 
ports  des  mots  de  ces  diverses  langues  entre  eux ,  mais  encore 
Hdentité  primitÌTe  de  la  plupart  de  ces  mots ;  dès  lors  moh  plan  de 
b  partie  lexicographique  dut  s'agrandir ,  et ,  au  lieu  d'une  simple 
explication  des  termes  employés  par  les  troubadours ,  je  jugeai  in- 
<hspensable  d'embrasser  la  langue  romane  dans  tout  son  ensemble 
et  de  démontrer  la  sorte  d'identité  qui  aTalt  présidé  à  la  lexico- 
gnphie  de  chacune  des  langues  de  FEurope  latine ,  soit  entre  elles  „ 
ioit  aTec  la  langue  des  troubadours ,  la  romane  prOTcnçale. 


xij  REGHERGHES  PHILOLOGIQUES 

Ici  se  préseniait  un  genre  d'amélioration  qu'il  ne  m'était  pas 
permis  de  dédaigner.  Pour  établir  d'une  manière  aussi  instructÌTe 
qu'éyidente  ces  rapports  lexicographiques  des  six  langues  ,nÀ>- 
latines^  je  ne  devais  plus  me  borner  àun  dictionnaire  alphabétîque, 
il  fallut  adopter  une  forme  plus  rationnelle  j  et  qui  ofTrlt  tout  de 
suite  le  résultat  de  ces  rapports.  Je  me  décidai  donc  1  °.  à  placer  les 
mots  romans  par  ordre  de  racine ,  de  famiUe ,  d'analogie ;  2^.  aprè^ 
avoir  exposé  la  dérivation  ou  l'étymologie  j  à  indiquer  les  mots 
analogues  des  autres  langues  néo-latines. 

Ge  trayail  était  immense ;  on  pom^a  en  juger  par  le  résultat. 

])epuis  la  publicatìon  des  six  yolumes  du  Choix  des  Poésies  ori" 
ginales  des  Trouhadours,  j'ayais  établi  tant  d'honorables  corres- 
pondances ,  reçu  tant  de  secours  littéraîres ,  que  je  n'hésitaî  plus  a 
étendre  mon  trayail  sur  l'ensemble  de  la  langue  romane  dans  tous  ses 
rapports  lexicographiques;  le  laps  de  temps  qui  s'écoula  depuis  que 
je  repris  en  sous-oeuvre  mon  premier  trayail ,  et  qui  se  prolongea 
encoi'e  par  des  événements  qui  privèrent  mon  entreprise  des  en- 
couragements  jadis  accordés  par  le  ministère  de  la  maison  du  Roi , 
me  fôurnit  l'occasion  d'appliquer  des  soins  longs  et  assidus  à  l'exé- 
cutioìi  du  t^ouveau  plan  que  j'avais  adopté. 

L'édition  du  premier  Ghoix  étant  épuisée,  je  crus  utile  à  la 
scîence  de  faire  précéder  ce  vaste  lexique  par  de  nouvelles  con- 
sldératfons  sur  la  langue,  sur  sonutilité,  sur  sa  grammaire,  etc. , 
et  surtout  par  diverses  pièces  des  troubadours,  qui  devenaient 
le  complément  nécessaire  de  la  premièi^  publication ,  quoique 
cepeudant  rensemble  de  ce  travail  dût  former  un  ouvrage  complet 
en  lui-méme  qui  pût  suffire  aux  études  des  personnes  qui  ne  pos- 
séderaient  pas  déjk  ma  première  collection. 

Ge  nouyeau  recueil  contient  à  la  fois  des  pièces  de  divei's 
genres  quî  n^avaient  pu  être  insérées  dans  la  première  coUec- 
tion^.€t  de  plus,  de  longs  extraits  des  romans  et  poêmes  que 
j'dvais  seutement  indiqués.  Cette  paitie  sera>  je  l'espère,  accueil- 


SUR  LA  LANGUE  ROMANE.  xiij 

Ue  avec  intérét  par  les  studieux  amateurs  de  la  littérature  du 
moTeii  âge* 

Jc  ferai  précéder  ce  nouveau  choix  de  poésies : 

i\  De  quelques  obseryations  hìstorìques  sur  la  langue  rustique 
romaneytypeprimitify  centre conunun  des  six  langues^e  TEurope 
btine '. 

^*.  Après  avoir  rappêlé  les  faits  historiques  qui  prouvent  la 
filiatíon  des  langues  néo-latines^  j'oífrirai  quelques  observations  sur 
1  etude  philosophique  des  langues. 

3*.  Ce  travail  sera  suivi  de  Fexposé  des  motifs  quí  doivent  porter 
k$  littérateurs  à  étudier  la  langue  des  troubadours ,  aíin  de  mieux 
oonnaitre  et  de  mieux  apprécier  les  autres  idiomes  néo-Iatins. 

4*.  Enfin  y  je  donnerai  \m  résumé  des  règles  grammaticales  de 
la  langue  des  troubadours ,  de  la  romane  provençale ,  en  y  ajou- 
tant  quelques  observations  nouvelles  sur  divers  points  gramma- 
ticaux,  pour  préparer  à  la  lecture  et  à  I'intelligience  des  nouveaux 
documents  poétiques  que  je  publie.  .    . 

• 

OBSERVATIONS  HISTORIQUES  SUR  LA  LANGUE  ROMANfi, 

II  est  reconnu  aujourd'hui  que  la  romane  rustique  se  forma  de 
la  corruption  de  la  langue  latine,  que  I'ignorance  de  ceux  qui  par- 
iaient  encore  cette  langue,  à  Tépoque  de  I'invasion  des  hordes  du 

'  Eq  tête  da  Lexique  roman ,  je  placerai  une  analyse  détaìllée  des  sermenta  de  84^ , 
qoi  pernftettra  de  reconnaitre  les  identìtés  nombreuses  qne  les  expressioiis  de  ces  ser- 
oents  présentent  avec  les  roots  corcespondants  de  ces  six  langues. 

Sans  doute  il  n'en  faudrait  pas  davantage  poor  convaincre  de  l'i^Ientité  primitivc  d0 
oes  diverses  langues,  quiconqne  observerait  sans  próoccupation  ces  mots  nombreux, 
•oit  dérivés  du  latin ,  soit  empruntés  à  det  iaiigues  étrangères  de  Tépoque  et  restés 
^ns  les  Tocabalaires  néo-Iatins. 

Cependant,  poar  ajooter  à  la  conviction,  j'al  choisi  environ  seize  cents  roots,  soit 
dmvés  da  latin,  soit  empruntés  à  des  idiomes  étrangers,  qni,  se  retroavant  identi- 
q^mnent  dans  les  aix  langues  néo-latioes,  attestent  d'aoe  manière  incontcátable  cettc 
conunanauté  d'origine. 


xív  REGUERGHES  PHILOLOGIQUES 

Nord^  et  leur  mélange  .ayec  ces  hordes,  modifièrent  d'une  ma- 
nière  spéciale ,  par  suite  de  laquelle  le  nouyel  idiome  aoquit  un 
caractère  distinct  d'individualité.  On  oonvient  également  que , 
selon  les  circonstances  et  le  besoin,  ce  nouvel  idiome  sut  s'appro- 
prier  les  mots  endémiques ,  restes  des  langues  nationales  pstrlées 
dans  le^pays,  avant  ou  méme  pendant  la  domination  romaine',  et 
les  mots  que  les  hommes  de  l'irruption  mélèrent  au  langage  qu'ils 
trouvèrent  usité  dans  les  contrées  où  ils  s'établirent.  Enfin,  on 
admety  avec  assez  de  vraisemblance ,  que  l'origine  de  ce  type 
primitif  des  langues  de  l'Europe  latine  remonte  au  t;ommencement 
de  notre  monarchie ,  puisqu'il  reste  des  traces  de  son  existence  au 
vi''  et  au  VII*  siècle ,  et  que ,  dès  le  viii*^  les  litanìes  Garoliues  en 
foumissent divers  élémentsmatériellement  incontestables '• 

Mais  si  l'on  ne  révoque  pas  en  doute  l'existence  ancienne  de 
cette  romane  rustique  ^  on  n'est  pas  également  d'accord  sur  son 
influence  et  sur  l'importance  du  rôle  qu'elle  a  joué  dans  la  forma- 
tion  des  langues  néo-latines.  Quelque  soin  que  j'aie  mis  à  démontrer 
la  conformité  de  leurs  éléments  constitutifs ,  la  concordance  de 
leurs  formes  essentielles ,  I'analogie  de  leurs  combinaisons  diverses ; 
malgré  les  rapprochements  nombreux  que  j'ai  établis ,  les  rapports 
souvent  identiques  que  j'ai  indiqués ,  beaucoup  de  personnes  hé- 
sitent  encore  à  croire  qu'elle  fut  la  source  commune  de  ces  dîvers 
idiomes.  Dans  cetétat  de  choses,  etpourdétruirejusqu'aumoindre 
doute ,  j'ai  cru  devoir  entrçprendre ,  pour  la  lexicographie,  ce  que 
j'avais  essayé  defaire  pour  les  formes  grammaticales* 

Et  d'abord,  qu'il  me  solt  permis  de  rappeler  ici  ce  que  je  disais 
dans  I'introduction  à  ma  Grammaire  amnt  Van  1 000 ,  au  sujet 
de  quelques  anclens  vestiges  de  la  romane  rustique  qu'on  trouve 
çà  et  là  dans  les  auteurs  des  vi*  et  vii*  siècles :  «  Je  n'attache  point 
(c  à  ces  diverses  circonstances ,  ni  aux  conjectures  qu'on  peut  en 

'  H  est  important  de  nippeler  qae  ces  UtaAÌes  attestat  formeUemeDt  rexistenoe  de 
la  laogue  romane  à  cettc  époqQe,  même  au  nord  de  la  France,  puiflqu'eUes  étsient 
chantces  à  Soissons. 


StJR  LA  LAN6UE  ROMANE.  x\ 

u  tirer ,  jAm  d^importance  qu'elles  n'en  méritent ,  mais  peut-étre 
«  nú^  pas  dù  les  omettre *•  d 

Cesl  par  oe  motif  que ,  sans  chercher  à  tirer  aucmie  înduction 
èts  paroles  prononcées  par  un  des  soldats  de  Commentiolns  *,  qui 
lODt  évìdemment  romanes  par  leur  composition  lexicographique , 
qae  méme,  sans  m'arréter  au  mot  dáras  ^,  qu'on  ne  peut  contester  à 
ridjome  roman ,  puisqu'il  a  été  constamment  employé  par  tous  les 
aatears  qoi  depuis  ont  écrit  dans  cet  idiome,  je  me  bomerai  à  appe- 
ler  rattentfoíi  sur  denx  passages  des  litanies  Garolines  que  j'ai  déjà 
ciié»  ^y  ou.  VRO  N08  et  Tu  Lo  JUVA.  Cc  Nos  au  lieu  de  nobis ,  répété 
JQsqa'ai  qoatre  fois  dans  le  texte  ^  ce  lo  qni  s'y  trouTe  reproduit 
boít  ibisconsécutÌTes^  appartenaient  incontestablement  à  la  romane 
riBtíqiie^.  De  sorte  qu'k  ne  considérer  que  ces  deux  pronoms 

'  Chmx  dts  Poésies  originales  des  Troubadours,  tome  I,  page  xi. 

*  TOUIA  ,  TDUIA  ,  FAATU,  IBTOIMA.  Ibid. ,  page  ▼ÌÌj. 

*  Ibid,,  p.  xj  et  71« 

*  Cei  litanîes ,  cbantées  sous  le  règne  de  Charlemagne,  comme  leur  nom  le  fait 
aaa  eomprendre,  se  dÌTÌsaient  en  deux  parties  *.  dans  la  première,  le  dergé  invoqnait 
U  Yîer^  et  I9  saints,  et,  à  chaqne  invocation ,  le  people  répondait :  01  a  rao  itos; 
daos  la  seoonde,  le  clergé  príait  ponr  le  pape,  Tempereor  et  les  memhres  de  sa 
Umille,  et  alors  le  peupie  ajoutait  :  tu  lo  juva.  Foye%VImirodm€Uon  à  magram- 
mmrt  avant  Tan  1000 ,  p.  viij. 

*  Le  poeme  sur  Boèce,  antéríenr  à  l'an  1000,  commence  par  nos  ;  on  tronTe  plu- 
sicars  fois  vo  dans  nne  charte  de  947,  déposée  aux  Archives  dn  royanme ,  section  his- 
toríqoe,  J.  879.  Nos  ee  rencontre  également  dans  les  ptns  anciens  monnments  de  la 
langne  française  et  des  autres  lángues  de  TEurope  latíne.  Quant  à  lo,  en  voici  quelques 
nemplet  qni  ne  laissent  aucun  donte  snr  son  emploi : 

Tfmtènêm  Doaàcs  10  eonciicièreiit  im  pères  et  m  mère  à  etcliemir. 

DÌMÌegmês  de  tant  Grégoire,  Hiet.  Ittt.  de  la  Fnrnce,  t.  Xni ,  p.  10. 

CatdMu.  Senbra  u>  milbor  caQiir. 

7V.  cat,  ieìs  Auz.  eass. 

Etfmgmol.  Qoe  toda  U  imÌTertidjul  de  la  yente  lo  ayin  por  padre ,  e  cada  ano  lo  aya  por  scnoor, 

Fuerojmzgo,  |ib.  I,  1. 1,  S-  VIT. 
PortmgiÊÊ0,  11  ab  pof  LO  eS. 

Cmcìou  do  eoU,  doM  nohr$s,  fol.  91. 

b^tm.  Vm ,  clû  boooo  oea  lo  dire. 

GotTT.   D*AllBSO  ,  lett.  111. 


xv)  REGHERCHES  PHILOLOGIQUES 

personnels ,  on  trouve  dans  les  litanìes  Carolines  deux  éléments 
irrécusables  de  la  langue  romane ;  et  de  plus  y  les  autres  mots  ora  , 
PRO  9  Tu ,  juvA  y  soht  à  la  foís  latins  et  romans ;  il  y  a  donc  tout  lieu 
de  penser  que  ces  ,mots.  étaient  aussi .  employés  dans  ces  litanies 
comme  éléments  de  ce  dernier  idiome. 

Après  les  litanies  Carolines/  les  serments  de  842  sont  le  do- 
cument  le  plus  ancien  et  le  plus  important ;  Fanalyse'  exacte  de 
ces  serments  indique  déjà  l'influence  de  la  romane  rustique  sur  les 
lahgues  néo-latines.  L'examen  très  détaillé  des  mots  qui  y  sont 
employés ,  et  qui  précédera  le  Lexique  roman ,  m'autorìse  à  croire 
que  les  râppOTts  identiques  que  cet  examen  signale  entre  les  six 
langues  néo-latines^  dont  la  romane  rustique  a  été  le  type  pri- 
mitif ,  ne  laisseront  guère  de  place  à  de  solides  objectîons  ^  surtout 
si ,  en  les  faisant  avec  franchise ,  on  ne  s'en  tient  pas  à  des  conjec- 
tures  yagues,  à  des  assertions  hasardées,  à  quelques  particularités 
isolées  ou  minutieuses^  au  lieu  de  s'attacher  à  l'ensemble  de  la  ques- 
tion  et  de  fonder  son  raisonnement  sur  des  faits  historiques. 

Je  ferai  une  seule  observation  :  poiu^  ajouter  à  la  conviction  qae 
doit  produire  cet  examen^  il  suffira  de  porter  une  attention  sé- 
rieuse  sur  les  acceptions  identiquement  unanimes  que  la  préposi*' 
tion  A  conserva  ou  adopta  dans  les  six  diverses  langues  néo-latines  \ 

Quand  -on  retrouve  ces  acceptions  diíférentes  et  exactement  les 
mémes  dans  les  six  langues,  je  demande  s'il  est  possible  de  croire 
que  le  hasard  seul  ait  produit  une  telle  concordance ,  une  telle 
conformitéy  et  si  dans  les  règles  d'une  saine  logique,  ce  seul  fait^ 
constaté  par  des  exemples,  par  des  citations  que  j'eusse  pu  multi- 
plier,  ne  suffirait  pas  pour  démontrer  que  toutes  ces  acceptions 
ont  primitivement  été  foumies  par  un  idiome  qui  a  été  la  source 


'  Yoyez  dans  le  Lexique  romanf  verbo  a  ,  les  diflTérentes  citations  qui  proavent  qne , 
dans  ces  sixlangues,  cette  préposition  signiGa  i**.  après,  t^.  ave<;,  5®.  aaprès,  4^.  conime, 
en  qnalité  de,  5^  contre,  6''.  de,  devant,  en  présence  de,  7*.  dans,  en,  8*.  envers, 
à  Pégard  de,  g^  lors  de,  au  moment  de,  10®.  par,  ii*.  pendant,  durant,  i3^.  pour, 
afin  de,  à  l'eíFet  de,  i3'.  selon,  d'après,  conformémentà,  i5*.  sur,  i6*.  vers. 


SDR  LA  LANGUE  HOMANE.  xvîj 

ramimiTìe  où  ont  poisé  toutes  ces  langues.  Au  reste ,  si  j'insiste  sur 
eette  oommunauté  d'origine ,  -  que  tant  de  preuyes  matérielles , 
iuslioríqiBes  et  morales  foumissent  à  l'enTÌ ,  oe  n'est  pas  que  l'adop- 
faOD  oa  la  reoonnaissance  de  oe  point  de  départ  soit  aucunement 
néoessaire  au  sucoès  de  mes  in¥estigations ;  mais  c'est  parce  que 
jai  cm  qa'il  était  de  mon  devoir  4'l^îdtorien  des  langues  néo- 
htÌDesy  d'en  índiquer  la  source;  et  j'ose  croirequ'on  m'aurait  jm- 
paté  à  omìssion  d'avoir  gardé  le  silence  à  cet  égard. 

Âprès  aYOÌr  démontré  que,  sous  le  rapport  le^ioographique ,  de 
méBie  que  pour  les  formes  grammaticales ,  les  langues  de  l'Europe 
latme  rérèlent ,  par  une  infinité  de  relations  et  de  rapports ,  une 
origine  Gonmrane^  il  me  reste  à  foumir  des  preuyes  également 
iirécQsables  de  oe  fait ,  non  ìnoins  positif ,  que  la  langue  des  trou-*- 
badoars  ,  la  romane  provençale ,  avait  l^  première  acquis  le  carac- 
tère  propre  et  spécial  qui  la  distingue,  en  consenrant,  plus  exac- 
teaient  que  les  autres,  la  oontexture  lexicographique  des  mots  du 
tjpe  primitif,  de  méme  que  j  'ai  déjà  eu  l'occasion  de  constater  qu'elle 
Goi  aYaìt  adopté  plus  explicitement  les  formes  grammaticales ;  en 
dautres  termes,  j'ai  à  établir  qu'elle  fut  jfixée  et  méme  perfection* 
Dce  aTant  que  les  autres  langues  néo-latines  eussent  atteint  leur 
fixité  et  lenr  perfectionnement. 

L'éridenee  de  cette  antériorité  résulte  des  monuments  ménies 
de  oette  langne.  Dès  l'an  947 ,  <m  en  trouye  des  fragments  dans 
des  actes  publics  \  II  est  positif  que  le  poême  sur  Boece  est 
d'one  époque  plus  ancienne  que  l'an  1 000.  Mais  ce  qui  permet 
moms  enoore  d'éleyer  du  doute  sur  cette  antériorité,  c'est 
Tétat  de  oette  langue  à  l'époque  où  remontent  les  plus  aneiennes 
poésîes  des  tronbadours  qui  soient  parvenues  jusqu'à  nous. 

Le  style  du  comte  de  Poitiers,  dont  les  écrits  appartiennent  in- 
cootestablement  à  la  seoonde  moitié  du  xi*  siècle,  mérite  de  fîxer 
rattentíon.  Ce  style  est  aussi  olair,  aussi  correct,  aussi  harmo- 

'  Yojct  cî-deMiiSy  page  xt,  nole  5. 
I.  c 


XYÍij  RECBERCHES  PHILOLOGIQtTES 

nieux  que  celui  des  troubadoUrs  qai  briUèrent  póstérieorêmefìt. 
Pour  comprendre  les  Ters  du  comtede  Poitiers,  pour  les  traduire, 
il  n'y  a  nulle  concession  à  faire,  nulle  supposition  à  établir;  il  a 
écrít  comme  écrivaient  au  xiì*  et  au  xiit"  siècle  Bemard  de  Ven* 
tadour,  Arnaud  de  Marueil,  Cadenet,  etc.^  etc. 

Cette  ciroonstance  serait  peu^-étre  suífisante  et  décisÌTe  pour 
faire  admettre  que  dès  le  xi*  siècle  la  langue  des  troubadours  étaît 
fixée  et  méme  perfectionnée ;  mais  oe  qui  ajoute  enoore  à  la  convio- 
tion ,  c'est  cette  diversité  des  formes  poétiques ,  cette  yaríété  des 
combinaisons  de  la  mesure  et  de  la  rime  non  moins  ingénieuses 
qu'heureusement  harmonisées,  qui  sont  aussi  anciennes  que  les  plus 
anciens  monuments  littéraires  connus.  Cet  admirable  mécanisme 
de  Tersification ,  la  divìsion  des  pièces  en  couplets ,  Fart  de  mé- 
langer  les  vers  demesurediffórente,  d'enrichirle  rhytjimepar  reo- 
trelacementy  par  la  correspondance  des  rimes,  soit  dans  le  méme 
couplet ,  soit  d'un  oouplet  à  l'autre ,  et  une  foule  d'autres  omements 
enfin ,  qui  se  reproduisent  dans  tous  leurs  ouvrages ,  sont  autant  de 
preuves  irrécusables  de  I'état  avancé  où  la  poésie ,  et  consáquem- 
ment  la  langue  des  troubadours ,  était  parvenue  long-temps  avant 
les  autres  langu^  néo-Iatines ;  et  si  I'on  yeut  bien  se  rappeler  qne 
le  comte  Rambaut  d'Orange ,  qui  écrivait  dans  la  première  moitíé 
du  XII*  siècle,  parle  dans  ses  vers  des  troubadours  des  temps  passés, 
on  devra  néoessairement  être  porté  a  croire  que  ni  I'art  du  lan- 
gage  poli,  ni  I'art,  non  moins  remarquable  ^  de  préter  à  celdngage 
toiis  les  charmes  de  I'harmonie  par  le  nombre  et  la  cadence ,  ue 
commencèrent  au  comte  de  Poitìers,  c'esf>à-dire  au  ^i*  sièclc. 
Tenons  donc  pour  constant  que  la  langue  des  troubadours ,  la  ro- 
mane  provençale,  sortte  immédiatement  du  type  primitîf,  c'est- 
à-dire  de  la  romane  rustâque ,  se  forma  et  se  perfectionna  avant 
les  autres  langues  de  l'Europe  latine. 


SUR  LA  LANGUE  ROMANE.  xit 

ÉTUDE  PHILOSOPHIQUE  DES  LANGUES. 

Oms  ma  GràiihXirb  gomparée  des  langues  db  l'Europe  latine  % 
jaí  ÌDdiqiié  les  rapports  intimes  et  primitifs^  les  formé^  identìqûes, 
fecaractères  commmis  de  ces  langues  entre  elles;  dans  le  discom^ 
jitfliminaire  placé  en  téte  de  cette  grammaire^  j'ai  signalé  les  rapports 
ptos  particnlîers  de  chacune  de  ces  langues  àyec  la  langue  des 
troubadours ;  et  de  la  sorte ,  je  suis  parvenu  à  formulèr  les  règles 
principales,  au  moyen  desquelles  on  peut  toujours  reconnaître  les 
diffírentes  modifications  que  leur  firent  subir  ces  diyerses  langues. 

0  me  reste  maintenant  a  examiner  quelles  furent  les  causes  qui 
nnenèrent  ces  modìfications  et  comment  elles  s'opérèrent. 

PASS46E   DE   LA    LANGUB   RUSTIQUE   ROMANE   A   CELLE   DES   TROUVÈRES. 

J'ai  essayé  de  prouTCr  dans  mes  Observations  philologiques  et 
aAiniATicAUS  suR  LB  ROMAN  DB  Rou*,  quc  l'ancien  français,  la 
Itngoe  des  trouYères ,  différait  très  peu  de  la  langue  des  trouba- 
<loQn;  je  disais  à  cette  occasion  :  la  prononciation  des  mots  íîit  la 
principale  des  canses  qui  établirent  une  diíFérenoe ,  plus  apparente 
qQeréelle,  entre  ces  deux  langues*  En  efiet,  les  habitants  du  nord^ 
ks  tromrères,  prononcèrent  et  écrivirent  err  e  la  jJupart  des  finales 
etdesassonnances  qui  étaient  écrites  et  prononcées  en  a^  soit  dans 
le  latin  ancien  ou  contHnpu ,  dont  la  rustique  romane  s'était  formée , 
floit  dans  I'tdiome  des  troubadours  qui  en  était  dérivé ;  c'est  ainsi , 
poor  me  bomer  îcî  à  un  seul  exemple ,  que  de  TRiNiTATem  la  ro- 
i^  prínûtìTe  tira  le  substantif  TRiNrrAT  adopté  par  les  trouba- 
^ows,  ct  dont  les  trouvères  firent  trinitot.  II  en  fiit  de  méme  dcs 
^ectifii  verbanx  ou  participes  analogues  r  APPELATiim,  apelat, 
imeo;  MONSTRATicmy  tfONSTRAT,  MONSTR^,  ctc.  Cette  altération 

'  Ud  folmne  m-8%  imprímerìe  de  Firmin  Didot,  ches  Silvestre,  libraire. 
*  Brochure  in-B^  de  lao  paget,  Ronen,  chez  Édooard,  éditeor. 


XX  RECHERCHES  PHILOLOGIQUES 

remonte.  très  haut ,  puisque  ces  deux  derniers  exemples  sont  tirés 
des  lois  de  Guillaume-le-Conquérant* 

Mais  cette  cause  de  diíTérence  n'est  pas  la  seiile  qui  e^dste  entre 
les  deux  langues;  en  effet^  non  seulement  les  finales  en  a  dans  la 
langue  des  troubadours  furent  changées  en  b  muet  par  les  trou- 
yères,  mais  encore  oet  e  muet  rémplaça  dans  leur  langue  les  finales 
en  I  et  en  o  muettes  dans  les  troubadours  ; 

Laiin,  Trouhadours,  Trout^ères, 

SuBmifTiFS.  Edíficium^  edîficî ,  édific^. 

Servîcízim^  servíci,  service. 

Adjegtifs.       Adyersarltt^,  adversarî^  adversair^. 

Usurarlzcr^  usurarí,  usuraire. 

Les  trouyères  employèrrat  aussi  primitÌTement  lo  et  co,  comme 
les  trouliadours,  et  les  changèrent  ensuite  en  le  et  ce. 

U  est  donc  matériellement  vrai  que  pendant  long-temps,  et  dans 
dÌTers  pays^  l'ancien  français  a  conservé  des  traces  incontestables, 
des  signes  évidents  de  l'ancienne  rustique  romane  et  de  la  langue 
des  troubadours ;  tellement  qu'on  pourrait  appliquer  à  cet  état  de 
choses  l'axiome  de  jurisprudence  per  signum  reUnetur  signatum. 

II  me  serait  facile,  sur  un  pareil  sujet,  d'accumuler  beaucoupde 
citations;  mais  je  me  bomerai^  et  je  dois  me.  bomer  à  quelques 
autres  exemples*  JjCs  plus  anciens  monuments  de  la  langue  offrent 
une  foule  d'assonnances  ou  de  finales  qui  jusqu'alors,  dans  la  langue 
des  trouvèresy  s'étaient  conservées  identiquement  les  mémes  que 
dans  celle  des  troubadours.  Dans  le  Roman  de  Rou,  les  finales  en 
AN,  OR,  AL,  os,  qui  appartienncnt  essentiellement  à  la  langue  des 
troubadours ,  se  trouyent  employées  très  communément  en  place 
des  terminaisons  en ,  our,  eur ,  el,  ous  et  eux.  Ainsi ,  on  y  lit 

CRESTIAN  f  PAIAN ,  pOUr  GRESTI^/2^  VKien;  AMOR  f  DOLOR ,  pOUr  AMOUT, 

jH}ìJLeur;  tal,  mortal^  au  lieu  de  Tel,  MORTe/y  glorios,  en  place 
de  Gvotiious  et  GLORieoo:.  Dans  les  monuments  postérieurs ,  cette 
similitude  de  finales  devient  moins  commune;  ipais  les  désinences 
en  OR  et  en  al  se  rencontrent  encore  assez  souTCnt  dans  le  Ronutn 


SfJR  LA  lÀNGUE  ROMANE.  xxj 

duliauiri,  dans  les  poésies  de  Marie  de  France^  et  dans  la  plu- 
part  de$  oavrages  du  xiii*  «iècle. 

Oms  la  romane  primitiye,  plusiem's  sfubstantifs  masculins 
míeDt  k  tcrmînaison  en  aìbb  ,  bire  ,  ire  pour  le  sujet  au  singu- 
Sff,  et  en  auor  ,  edqr  et  idor  pour  les  r^imes  du  singulier ,  le 
flîetet  les  r^imes  du  pluriel.  L*ancien  français  admit  et  con- 
ma  h  tenninaison  erres  pour  le  sujet  du  singulier ,  adour  ou 
RR  poor  les  régimes  du  singulier  et  le  sujet  et  les  régimes  du  plu- 
rìel.  Ainsi ,  de  cantaire  et  camtador  ,  les  trouyères  firent  çhan- 
unes,  CÈjrtadour  ou  CHANT^r. 

Toatefoîsy  quelque  remarquables  quesoient  ces  détails^  ìl  est 
eDcore  des  faits  qui  dQÌyent  plus  particulièrement  fixer  I'attentìon; 
tebfont  oeax  qnì  résultent  de  I'analysedu  Chronicon  Francor^m^f 
qoi  oontient  mi  bon  nombre  de  passages  de  la  Chronique  de 
TarpÌQy  mais  qui  remonte  beaucoup  plus  haut  que  cette  chro^ 
Qiqae.  Dans  ce  manuscrit^  le  mélange  des  deux  langues  se  réyèle 
àdiaqae  page.  Les  morceaux  suiyants,  que  j'en  ai  extraits,  suffi- 
nmt  pour  donner  une  idée  de  ce  mélange  : 

Tita. . . .  feiria  Festoini* . . .  metre. . .  • 

De Ìâtiii  ea  romaiiz  senz  ríma.  • .  •  grant  joia. . .  •  Fredegunda .  • . .  de  poUra 
got. . . .  sa  dama  la  reina  Audoera. .'. .  Andoyera  la  reina  remest  preing. . . .  una 
fla.. . .  eesta  fez. . . .  terra. . . .  per  ayentura.  • . .  destra ....  una ....  tota  cela 
tont....  mia  TÌla. •  •  •  dita  Yictoríaçus.  •  • .  sa  genz  lo . . .  •  batalia . .  • .  fenia .... 
obIíi  latalia. . . .  longîa  aas  Franceis  de  cesfa  ni . . . .  fravaliosa ,  quar  li  saison  de 
^^ermaiiÌGa... .  la  copa«...  nostra  dama. .  •  •  rabaia....  entre  lo.^,»  per 
PMr.« . .  de  la  teira I  etc. y  etc. 

f  bsieors  actes ,  rédigés  dans  le  Bourbonnais  ^  attestent  le  pas- 
age  d'une  hngne  à  Tautre ;  c'est  ainsi  qu'on  lit  dans  ces  actes  : 

1276.  Qne  com  nobla  dama.  •  •  •  a  ma  via  ma  mayson  dè  Lent. .  . .  tant  tost 
tornar. . • .  dita  dama  en  cesta  donation. •  •  •  dita  donationi^ •  • .  nîguna .... 
de  laipHff. .  •  •  testa. .  • .  davant  la  festa. . . . 

MamiscrítdebBiblìoÚièqiierojale,  coté  loSo^-S,  Golbert  4764. 


xxîj  REGHERCHES  PHILOLOGIQUES 

1337,  • . .  i  De  ia  recetta  de  Tain  xzxuji  quatre  seten  de  fromaat,  de  qyal 
blat, ...  los  dessus  oomax. . . .  et  faraj  quíttar, . . .  dilluns  aTaut. . . . 
mil  c.c.c.  tranta  et  set. . . . 

i338.      ....  De  la  acensa.,«.  blat..,«  sozoens,deranxzxij..,.  eoquitta.... 

1339.      . .  •  •  fit  fiiray .  • . .  quitar. ...  e  o. . . .  Tan  mil  xxxix. . , .  de  la  acensa. 

1 3oo Dama  de  Guinegas ....   en  hi  cbatellenia  de  Vemeuil ....  de 

\sL  Porta ,  femma  Odonin. . . .  la  terra. .  • .  a  lla  requesta.  • . .  lo  jor  de  la 
festa. ... 


La  bibliothéque  de  Tours  possède  un  manuscrit  de  la  vie  de 
sainte  Catherine,  en  vers  de  huit  syllabes^  Cet  ouTrage,  tradoit 
en  lángue  provençale  par  Auméric ,  nioine  de  Saint-Michei ,  est 
remarquable  sous  plusieurs  rapports^ 

Le  langage  ófire  un  mélange  de  français  et  de  provençal  très 
tranchéy  et  comme  il  est  vraisemblable  qíie  ce  langage  est  celui 
de  l'auteur ,  il  foumirait  un  exemple  de  coUision  des  deux  langues ; 
c'est-à-dire  y  il  donnerait  la  preuve  de  la  désuétude  où  tombait  le 
provençal  ancien  par  suite  de  renyahissement  successif  du  français. 

II  est  à  noter  que  Tauteur  écrivait  sur  la  limite  des  deu^  langues; 
près  des  bords  de  la  Loire.^  et  que  son  langage^  en  se  détachant  des 
ìnflexions  provençales,  acceptait  les  inflexions  írançaises. 


A  Deu  nos  somes  oonvertiy 
Et  de  tei  nos  parte'm  ici.... 
n  esi  vers  Deus  et  íh  vers  hom.... 
Anc  li  cbarz  ni  la  vesteura, 
rïon  sentít  desJUunmes  l'arsura.... 
De  l*una  part  sunt  li  doctor.... 
Ergoillos  sunt  per  lor  derzia, 
Mais  per  neent  chascuns  se  fia, 
£t  la  dama  de  Fautra  part.... 
La  puceìla  soleta  era.... 


Gesta  puceUa  que  molt  am, 

De  la  qual  eu  et  tu  parbm, 

Ben  veiUoie  et  non  dormîa.... 

Si  a  Funs  son  glaive  trait , 

A  la  dama  trencba  la  testa ; 

El  mes  de  novembre  est  sa  festa...* 

Amia,  ven  segurament 

A  Deu,  cui  as  servi  tan  gent... 

Amia  bella,*douza,  ven, 

Et  non  dópter  de  nuUa  ren. 


Dans  une  charte  déposée  à  la  bibliothéque  publique  dePoitierS) 
qui  confirme  les  coutumes  de  Charroux  en  Foitou^  établíe  par  Au- 


Smi  LA  LANGUE  ROMANE.  xxîîj 

ddxrtỳ  oomt^de  la  Marche  y  on  trouTe  plusièurs  mots  de  la  langue 
dtttroabadouTs  miHés  aTec  oelle  des  trouTeres.  • 

Séftmtíjs.  —  Sagráment....    en   la  disma....  preera....  tenda....   blat.;..  lor 
lodL...  la  oni..«.  ni  vita. ' 

Jí^eeiifs.  —  Tota....  plan...,  negns  honi..,.  esmognt. 
Ferba.  —  Confirmey....  donet. 
Mv.  prepos.  conj.  -»  Solament....  non  alhors....  dementre  qne....  mas....  mas 

fUBt 

Lorsque  j'însiste  sur  le  fait  important  de  ce  mélange  des  deux 
iangoes^  je  suis  loin  d'en  induire  qu'aux  époques  où  on  le  trouve 
encore,  sur  les  limites  des  pays  qui  avaient,  les  demiers,  con- 
servé  les  tracès  de  la  séparation  de  la  langue  oommune  en  deux 
idíomesy  il  existát  pareillement,  dans  le  nord  de  la  France,  des 
restes  aussi  éridents ,  des  traces  aussi  manifestes  de  I'ancienne  com- 
mimaiité  de  langage,  mais  je  crois  que  ce  qui  se  passait  au  xii*  et 
aa  1111«  siècle ,  en  quelques  proYÌnces  du  centre ,  nous  explique 
assee  dairement  ce  qui  s'était  passé  antérieurement  dans  les  pro- 
linoesseptentrionales,  où  souvent  le  changement  opéré  dans  lesìn- 
flexions  des  mots  ne  pénétra  pas  dans  I'intérieur  de  ces  mots,  tandis^ 
aucontraire,  que  lorsqu'il  s'appliquait  à  leur  intérieur,  il  se  fit  d'une 
manîcre  irrégulière  et  capricieuse.  Âinsi,  I'ancien  français,  chan- 
geant  en  e  Va  que  les  troubadours  employaient  dans  les  inflexions , 
dit  MORT^  après  avoir  dit  MORrah,  et  oífrit  cependàntla  singulière 
anomalie  de  conservèr  cet  a  dans  mort£Ilite. 

D  en  fut  de  méme  pour  les  mots  criminal  ,  natural  ,  spiRrruAL , 
dont  il  fit  CRiMiN^L,  NATURd ,  spiRrTueL,  quoiqu'il  gardát  Ya  dans 

aiMlJraLITE,   NATURaLISTE,    NATURaLItÉ ,  SPIRrrUûLISTE ,  SPIRITUa- 

Lfrí,  etc. 

Qoant  aux  anomalies  plus  choquantes  encore  qui  se  rencontrent 
<ians  rintérieiír  des  mots ,  en  yoici  quelques  exemples  qui  suffiront^ 
je  pense,  pour  faire  ressortir  toute  la  vérité  du  fait  que  j'ai  signalé. 

Da  substantif  cABALLK<9^  latin,  était  venu  caval,  dans  la  langue 
*«  troubadours ;  celle  des  trouvères ,  en  changeant  I'a  intérieur 
»  ï,  produisit  cnevAL,  maìs  elle  a  gardé  cAVALÍer,  CAVAu?n>^ 


xxÌT  REGHERGHES  PHILOLOGIQUES 

cK\ÁX£ades  de  méâote»  de  HAvem^  latin,  les  troubMÌonrs  fireet 
NAU  y  que  les  trouyères  tranâformèrent  en  NeF,  en  oonservant  tonte- 
fois  I'a  primitif  dans  nayo/^  NAyire^  vAvJrage,  fixy iguer^  etc. 

Je  terminerai  en  faisant  obserrer  que  ces  anomalies,  quelque 
fréquentes  qu'eUes  soient ,  ne  sont  pas  les  seules  que  présénte  la 
langue  française ;  elle  en  oíTre  aussi  sous  un  grand  nombre  d'autres 
formes,  faciles  à  saisir  quand  on  est  familiarisé  ayec  la  langue 
des  troubadours. 

Maintenant  que  Tidentité  primitiye  des  deux  idiomes  ne  saurait 
plus  étre  mise  en  doute ,  je  vais  essayer  de  démontrer  rutilité  des 
études  philosophiques  appliquées  aux^  recherches  historîques  sur  la 
signification  primitîve  des  mots ,  c'estrà-dire ,  comment , .  par  le 
moyen  des  ressources  qu'elles  foumissent ,  on  parvient  à  suiyre  la 
filiation  de  leujrs  différentes  acceptions,  en  remontant  vers  leor 
orieine. 

Ai-je  k  connaltre  les  moeurs ,  les  usages ,  les  lois ,  le  caractère , 
le  gouyernement ,  etc.,  d'un  peuple  qui  n'existe  plus ,  ou  d'un 
peuple  chez  qui  on  ne  peut  pénétrer  ?  Si  j'obtiens  seulement  le  yo- 
cabulaire  de  leurs  langues ,  il  me  réyèlera  bientôt  diyerses  indica- 
tions  qui  m'aideront  à  prendre  une  idée  juste  de  leur  histoire  et  de 
leur  gouyernement. 

Qu^  lors  des  premiers  établissements  de^  ces  peuples ,  ib  se  soient 
réunis  pom^  oSrir  yolontairement  aux  chefs  des  dons  annuels  quí 
ont  laissé  dans  la  langue  I'expression  de  dons  gratuits  ,]^en  conclus 
qu'ils  ont  été  originairement  libres  et  qii'ils  I'étaient  encore  alors. 
Sî  je  trouye  ensuite  le  mot  d'Aiì)E  et  celui  de  subsidb,  je  reste  con- 
yaincu  que ,  pendant  long-temps ,  les  oíTrandes  des  sujets  ont  été 
encore  yolontaires,  puisque  ADJurofiiuBC.  et  subsidium  expriment 
un  'secours  accordé  librement ' . 


'  Philippe-le»Bel,  dans  des  lettres^patentes  de  i3o3,  s'exprime  ainsi :  «  Qae  tons 
a  arcevesques,  évesques,  abbez  et  autres  prélatz,  doiens,  chapitres,  couvens,  col' 
«cléges,  etc...  ducs,  comtes,  barons,  dames,  damoiselles,  etc...  nons  aident  enla 
«  poursuite  de  la  dite  guerre.  »  Ordonnances  des  Rois  de  France,  1. 1 ,  p,  384-  —  ^ 


SUR  LA  LANGUE  ROMANE.  uv 

Les  molft  suBVBifTioNy  octroi  %  me  paraiasent  aussi  synonymes 
de  leooars  ,  et  me  permettent  de  croire  qu'on  ne  les  obtenait  qiie 
èi  défoaement  des  sujets  à  la  patrie  et  au  prinoe. 

Le  mot  caoimiBUTioiiiS  est  enoore  un  terme  qui  suppose,  de  la 
prt  de  oemc  qni  les  payent  9  unesortede  oonsentement ;  conirí^ 
Imer  ìndìqoe  la  Tolonté  de  celui  qui  s'associe  avec  les  autres  pour 
dooiier. 

Mais  lorBqae  je  rencontre  le  mot  uipositions  ,  je  toìs  le  joug 
fisod  qoi  pese  sur  le  penple ,  et  je  me  dis  que  l'autorité  du  maltre 
s*est  beaucoup  aocme. 

Enfin  les  agenls  de  rautoríté  enlèrent-ils  quelquefois  de  foroe  le 
irílNity  oa persécutent-ils  le débitem* du fisc ?  Je  ne suis plus étonné 
d'enlendre  appeler  maltolte  cette  manière  de  lerer  les  impóts , 
c'estrjhdire  màL-àrpropos  pris ,  injustemeni  enlesfé* 

Je  me  bome  à  donner  ces  exemples  de  la  cqnnaissance  que  le 
seus  prìmìtíf  des  mots ,  soit  qu'on  le  trpuTe  par  dérÌTation ,  soit 
qa'on  le  cherche  par  étymologie  ^  peut  foumir  à  l'inTestigateur 
qui  applique  la  science  de  la  linguistique  à  l'étude  de  l'histoire  des 
peuples  et  des  gouTemements. 

MaÌB  si  la  connaissance  des  choses  dépend  souTent  de  celle  des 
mois  9  on  sent  oombien  il  importe  à  la  fois  de  remonter  à  l'origine 
de  oenx'-oi  et  d'en  suÌTre  la  filiation  au  milieu  des  règles  générales 
qnì  coDstítnent  les  bingues.  Tel  est  l'objet  de  l'étymologie. 


i5s4,  €?hw<^  iy  dÌMÌt  cUiu  aea  lettreSi  également  iasérées  aa  tome  I  des  Ordon- 
jmces  des  Rois  de  France,  page  786  :  «  Comme  nos  genz  aieat  parlé  à  noz  amez  et 

*  líéaiils  les  gena  de  PariSy  et  les  aient  reqnis ,  de  par  noos,  qne  il  noos  vonsiaaent 

*  aidier  à  nostre  présente  gnerre  de  Gascoigne.  » 

' « GoBime  en  cooseil  et  en  traitié  d'siroevesqiies,  éfesqoes,  abbes  et  antres  pré- 
« laz^  dc....  dacs,  CMntes,  barons,  etc....  nons  soit  octrM  de  grace  qne  les  noUes 
« pcrsonnes,  etc....  nons  aident....  en  la  persécntion  de  nostre  gnerre. »  Jbid. ,  p.  4i3. 


I. 


xxvj  RECHERCHES  PHIIX)LOGIQUES 


/ 


ETYMOLOGIE. 


S'il  est  dans  la  science  et  dans  I-étude  des  étymologies  une  partie 
pumnent  conjecturale  qui  conduit  parfois  les  linguistes  dont  le 
désir  est  de  paraitre  habiles,  à  des  explications  aussi  inattendues  que 
bizarres ,  il  existe  aussi ,  dans  la méme  science  ;.une  partie  essentiel- 
lement  philosophique ,  digne  de  l'attention  et  de  l'exameu  des 
hommes  qui  aiment  à  réfléchir  sur  les  besoins  et  sur  les  ressources , 
sur  la  marche  et  sur  les  progrès  de  l'esprit  humain.  II  est  beau  de 
rechercher  et  de  reconnaître,  dans  les  développements  d'une  langue, 
les  caractères  simples  et  naturels  qui  ont  produit  successivement  les 
expressions  devraues  nécessaires  à  mesure  que  les  rapports  de  la 
société  augmentaient ,  et  que  de  nouveaux  besoins ,  de  nouvelles 
idées  manquaient  de  termes  pour  les  développer. 

Mais  ce  n'est  pas  dans  la  théorie  des  raisonnements  qu'il  faut 
chercher  les  preuves  et  les  exemples  de  ces  combinaisons  de  lan- 
gage,  empruntées  à  des  ^léments  primitifs,  d'autant  plus  éton- 
nantes  et  admirables  qu'elles  sont  plus  simples  et  qu'elles  tiennent  à 
des  procédés  logiques ,  naturels  et  vrais,  que  des  savants  n'eussent 
peutrétre  pas  trouvés ,  parce  que  leur  esprit  ne  serait  pas  descenda 
à  des  moyens  si  fa'ciles;  combinaisons  qui  méritent,  en  efiet,  une 
juste  admiration ,  parce  qu'elles  ont  été  saisies  plutôt  que  cher- 
chéesy  accueillies  plutot  qu'enseignées  par  Fignorance  elle-méme; 
car,  il  faut  le  dire,  en  fait  de  langage^  I'ignorance  et  le  vulgaire 
possèdent  le  géniede  I'instincty  génie  qui  n'est  pas  toujours  le  par- 
tage  de  I'homme  que  les  grands  rapports  de  la  société  habituent  à 
des  combinaisons  nécessairement  compliquées. 

Au  lieu  donc  de  raisonnements  sur  la  théorie  de  la  science  éty- 
raologique,  il  faudrait  peul^être  se  bomer  à  expliquer,  par  des 
faits  incontestables ,  conunent  le  peuple ,  qui  parlait  une  langue , 
forma  de  nouvelles  appellations  par  I'emprunt  qu'il  faisait  à  une 
langue  déjà  existante ,  ou  par  la  combinaison  habile  des  mots  de 
la  sienne  propre. 


SUR  LA  LANGUE  ROMANE.  xxvij 

Je  ne  dìrai  rien  de  la  langue  greoque ,  qui  toujours  trouya  sî 

ahoiAinment  dans  son  seul  fonds  les  ressources  qui  lui  furent  néces- 

surts.  Ces  ressouroes  étaient  si  grandes ,  que  c'est  à  cette  langue 

■àne  qoe  les  langues  modemes  empruntent  encore  les  moyens  de 

ffamer,  par  une  heuitnise  combinaison,  4es  objets  d'art,  de 

nieiioe,  etc«,  qnand,  par  l'importation  d'un  mot  grec,  ou  par  la 

réonioQ  de  deux  et  méme  de  plusieurs  mots  de  cette  langue ,  elJes 

oomposent  nne  dénomination  si  exacte  qu'dle  porte  avec  elle- 

Hiéme  sa  définition  évidente. 

Omis  mon  Lexique  ronum,  je  n'ai  eu  recours  au  grec,  pour 
expliqaer  l'origine  d'un  mot,  qu'à  défaut  de  toute  autre  lan- 
^  moins  ancienne  d'où  je  ne  pouyais  le  íaire  dériyery  par  la 
nihm  qn'en  fait  d'étymologie  y  c'est  généralement  la  }Jus  proche 
qoi  aide  le  mienx  à  faire  connaitre  le  sens  primitif  des  mots. 

Je  passe  à  la  langne  des  Romains ,  parce  que  j'ai  à  indiquer  son 
inflnence  étymolc^ique  sur  les  langues  de  I'Europe  latine. 

Dans  les  commencements  de  la  langue  latine  y  les  Romains  furent 
obligés  d'emprunter  les  noms  des  ol]jets  physiques  poul*  étendre  et 
appliqQer  leurs  dénominations  aux  objets  moraux. 

Le  mot  VECus  servit  à  fabriquer  celui  de  pecunia,  qui  signifia 
richessej  monnaie,  soit  parce  que  celui  qui  possédait  des  troupeaux 
étáit  riche,  sòit  paroe  que  les  premières  monnaies  romaines  por- 
taieot  I'empreinte  d'un  boeuf  ou  d'un  autre  animal '. 

Oridepenche  pour  la  premièra  opinion,  lorsqu'il  dit  dans  ses 
Fastes  : 

Ant  pecus ,  anl  latam  dives  habebat  humum ; 
Hinc  etíam  locuples,  hinc  ipsa  pecunìa  dicta  est. 

Ovij).,  Fast.  V,  V.  a4o. 

'  Piine,  Plutarque,  Gaisiodore ,  prétendent  que  l'image  dn  boouf,  de  la  brebis,  du 
poft,  fnt  d*abord  marquée  sur  la  monnaie  d'airain,  d'où  elle  reçut  ce  nom  de  pkcu- 
ni.  Yojcz  auasi  Suioas  et  Isumii. 

Cbez  les  Germains ,  dans  le  moyen  âge ,  avant  Cbarìemagne ,  comme  l'argent  n'était 
pM  oommun,  les  amendes  étaient  prononcées  certo  pecorum  equorumque  numero, 
Ua,  Jacq.  Soaaiaiy  De  ComiL  Vet.  Germ.,  t.  II,  p.  68. 


ziviij  RECBERCHES  PBILOLOGIQUES 

Ge  poète  nous  apprend  auHÌ,  dans  ces  Ters,  qoe  logus^  UeUf 
Urrain,  posaession,  domaine,  prodiiisìt  Locunja  ,  abondartt  en 
possessiont. 

CÌcéron '  et  Fline  *  s'accordoit  à  apjdiquer  à  rabondance  des 
domaînes,  des  terres,  l'exjMCssíon  de  locuplbs. 

Cette  tradition  étfmologique  est  si  exacte  et  si  Traie ,  que ,  dans 
le  moyen  Age,  un  biographe  I'a  conunent^  poiu-  donner  une  idée 
de  la  grande  qoantité  des  domaines  que  possédait  le  comte  Gérard. 

(f  II  avait  sous  sa  domination  un  si  grand  nombre  de  domaines 
«  dai^  diverses  prOTÌnoes ,  qu'en  raison  des  dÌTers  lìeux  (locis) 
n  dont  Ìl  était  plein  (qu'il  possédait  en  abondance) ,  il  ponTait  étre 
«  appeté  TÌche ,  hcuples '.  h 

U  en  fut  de  méme  d'un  grand  nombre  de  mots  formés  successi- 
Tement  par  la  réunion  des  racines  de  mots  différents ,  d^ignant  de» 
objets  mat^riels ,  et  ^ ,  composés  de  la  sorte,  serrirent  à  ezp-i- 
mer  des  ìdées  purement  métaphysîques. 

Ainsi,  da  mot  tehpluh  ,  c'estrà-dire  du  lieu  où  l'on  était  aTec 
réflexion  et  recueiUement ,  se  forma  eonTiiMPLAn,  contempler, 
exprimant  d'abord  l'action  d'étre  re^ctueusement  dans  le  tempie, 
et  ensuite  celle  de  regarder  en  sìlence  les  objets  dignes  d'admi- 
ration. 

De  méme,  le  mot  sidbha.  fît  co/isiderato,  qui  serrit  à  appliquier 
aux  personnes  et  aux  choses  l'action  de  ceux  qui  s'attaohent  a 
obserrer  les  astres. 

Le  substantif  libra  foumit  dei4BeRA.rí,  paroe  qu'il  semble  qoe, 
pour  détibérer,  le  juge  ou  I'opïnant  place  dans  la  balance  les  rai- 
sons  et  les  motifs,  afin  d'adopter  ceux  qui  ont  le  plus  de  poids. 

De  PRO,  en  avant,  et  de  tectum,  loit,  TÌnt  VRomciio,  prote- 
r,ere,  etc.,  etc. 

'  CiCEi.,  Caiilia.  a. 

>  Locopleltí  diceUnt  toci,  boc  ett  agri  plenoi.  Pli*.,  lib.  XVII,  ch,  5. 
'  Tanta  pnedioram  ioca  per  divems  províndu  uib  ditíoae  tenebat,  nt  IpN*  locir  , 
noiliut  p/Miu  erat,  veraci(er  Locir^/M  dicerelnr.  jici.  SS ,  i^ocfaibra,  t.  VI,p.3io. 


SUR  LA  LANGUE  ROMANE.  xxix 

\íwúm  teniics  méiaphysiques  furent  également  créés  par  l'ag^ 
^onéntîon  de  mots  díyersement  contractés. 

Lipréposition  ad  ^  rémiie  à  tbndere^  produisit  attenderb,  parce 
^odm  qoi  aUend  eat  iendu  vers  l'objet  qu'il  a  Tespoir  de  voir 
vmer;  et  la  préposition  BX,  jointe  à  sPBCTARBy  fit  EXPECTARBy 
c'est<4dire  reg€urder  de  loin  pom*  aUendre,  par  la  raison  que 
ractÌQD  de  celui  qui  attend  est  de  regarder  si  I'on  TÌent. 
Soiy  ajouté  à  PLicARBy  forma  supplicare,  plieren  bas,  dessouSy 
tupjMer. 
Oe  Ex  TEMPon^  i7lo  Tint  I'adTerbe  extebiplo;  de  il^  looo, 
njjoa,  sìir4e-champ ,  inconíinent,  etc. 

Poar  exprimer  I'idée  de  I'étemitéy  la  langue  latine  crut  suffisant 
it  pieiìdre  la  durée  de  trois  âges  d'homme ,  jetas  terna  ,  dont 
eliefit  I'adjectif  jetbrnus;  et,  pour  rendre  dans  toute  son  extension 
rid^  de  la  dnrée  sans  fin ,  elle  y  ajouta  I'adTérbe  sempbr  ,  qui  pro- 
<i&i«tSEMPrrERNUSy  composé  de  ces  trois  éléments. 

Quaod  le  mélange  des  peuples  du  Nord  aTCc  les  babitants  des 
Gudes  eat  nécessité  des  rapports  indispensables  entre  I'ancienne 
pfolation  et  celle  que  I'inTasion  amenait,  la  langue  latine^  bien 
OQ  mal  entendue,  dcTÌnt  le  principal  et  presque  I'unique  zûoyen  de 
<»nmiuiication  ^  et  oe  fut  surtout  à  cette  langue  dégénérée  que  les 
^ens  et  les  nouTeaux  babitants  empruntèrent  les  motsxle  l'idiome 
nutiqQe.  (^lquefois  ils  détourhèreht  ou  étendirent  le  sens  pri- 
.  mitif  poiir  exprimer  des  idées  dont  ils  n'eussent  pas  trouTé  facile- 
oMDt  le  terme  propre ,  soit  dans  la  langue  latine  que  parlaient  les 
liabitantsdes  Gaules,  soit  dans  les  langues  du  Nord  qui  étaient  celles 
oes  hommes  de  I'inTasion. 

EmiPLES  DBlfOTS  ROMANS   FORMES   DB   LA   LAN6UB   LATINE,    EN 
ETBNDANT  LBUR   AGCBPTION   PRIMITITE. 

Ainsi  le  mot  latin  PACAREy  apaiser,  exprima  Faction  de  saiis- 
/otre^  par  une  somme  d'argent^  la  famille  de  celui  qui  aTait  été 


RECHERGHES  PHILOLOGIQUES 

taé  injustement.  L'acquittement  de  la  composition  établiè  par  la 
loi  maintint  la  pai^. 

Dans  la  romane  primitÌTe  et  dans  la  langue  des  troubadoiirs , 
PAGAR  íut  employé  dans  racoeption  de  saiisfaire  à  une  deHe,  et  pro* 

duisit,  dans  la  langue  française^  le  mol  pajrer. 

> 

Vos  niî  PAGATZ  d'autrui  borsel. 

Ceicamoiis  :  Car  veì. 

YooB  me  pt^ez  de  la  bourse  d'aatmi. 

Mais  la  langue  des  troubadours  et  ensuite  la  langue  française 
employèrent  aussi  le  mot  PAOARy  PAYERy  dans  I'^cception  primi- 
tive  de  saiisfaire. 

Cordos ,  anel  e  guan 
Solîan  pAGAâ  los  amadors  un  an.  '  ' 

HuGUEs  BiimiT  :  Pns  Ib  dous. 

Cordons,  Mineaox  et  gants  avaient  contame  de  satisfaire  les  amants  tonte  onc  aanée. 

Par  analogie,  le  mot  quietus,  tranquille,  produisit  le  mot  de  la 
basse  latinité  quielare^  quittare ,  quietum  facere',  et  dans  la 
langue  des  troubadours  et  dans  oelle  des  trouyères,  quittar,  quit^ 
ter^  etc. 

Bertrand  de  Bom  avait  été.très  lîé  avec  Henri  au-court-mantel , 
dit  le  ROi-jEUNEy  fils  de  Henri  II  y  roi  d'Ângleterre ;  celui-ci  ayant 
assiégé  Bertrand  de  Bom  dans  son  château  y  le  força  à  se  rendi^ ; 
le  chevalier  troubadour  implora  le  roi  y  au  nom  du  feu  roi-jeune 
son  fils  y  et  le  père  attendri  lui  répondit : 

Eu ,  per  amor  de  lui ,  vos  qdit  la  persona  e  Taver  e  1  vostre  castel. 

Vie  de  Bertrand  de  Bom.     , 

Moi,  par  amour  de  lui,  je  vous  tiens  guitte  pour  votre  personne,  pour  votre  avoir 
et  pour  votre  château. 

'  Estque  soluta  et  qoiita  ab  omnibus  secularibns  servitiis.  íngulfi  hist.,  p.  908-91 1 . 

(ii54}  Dominus  rex  Francorum....  guietavit  omnibus  Chrístianis  qui  debebant 
Judeìs ,  quando  ultimo  ca^ti  fuerunt ,  et  debita  fuernnt  irrotulata ,  tertiam  partem 
totius  debiti  quod  debebant  Judeis....  tertia  pars  quietata  erít  Maituuii,  Thes.  nav. 
anecd.f  1. 1,  p.  984 • 


SUR  LA  LANfiUE  ROIIÁHE.  xxxj 

Qimid  on  achète  un^jet,  on  faít  un  échange  de  cet  objet  ayec 
rajgent  qui  est  le  signe  de  sa  Taleur  réelle  ou  conyenue,  ou  ayec 
imaiitre  objet  équiyalent.  L'opération  de  resprit  de  celuì  qui  achète 
cfsiáAe  sí  coFnparer,  comparare. 

Lemot  csoBfPARÁRE  signifia,  dans  la  loi  Salique,  dans  la  loi  des 
AUemands,  dans  celle  des  Lombards,  dans  les  Gapitulaires  de  nos 
rois'  et  ailleurs,  acheier.  La  langue  des  troubadours  employa^  dáns 
cetteméme  acception,  le  yerbe  analogue  gomprar. 

Qne  car  deu  coMPRAa  qni  car  ven. 

PiEBiR  D^AuvxAcm  :  BeUa  m^es. 

Ta  qne  cfaer  doit  acheier  qai  vend  cher. 

Lancien  français  a  dit  dáns  le  méme  sens  : 

Je  l'aí  or  comparé  chîer. 

FabL  et  Cont  anc,,  t.  III,  p.  54. 

Pom*  distinguer  ce  qui  est  juste  de  ce  qui  ne  I'est  pas ,  la  langue 
roniaDe  emprunta  à  la  latine  ï>ÌKBcrrus,  qui^  au  propre,  signifie 
aHgné,  et  de  ce  mot  elle  tira  dret  ,  droii^  employé  au  moral. 

Et  du  mot  TOÊi'Tus  f  iorduy  qui  esi  déioumé^  se  fît,  dans  la 
langoe  romane ,  par  la  méme  analogie ,  le  mot  moral  tort. 

L  m  des  serments  de  842  a  employé  le  mot  dreit  : 

Gum  om  per  DaBir  son  fradra  salvar  dist. 
Cottne  nn  homme  par  justice  doit  sanver  son  frère. 

E  non  a  deeit  al  fìeu  qu'ieu  ai. 

PiBBia  R06I118  :  Tant  ai. 

^  n'a  pas  droit  an  fief  qne  j'ai. 

Fis  amans  deu  gran  tìmit  perdonar. 

GuiLLAUMi  Bi  Cabbstaihg  :  Lo  joili  qu^ie  ns. 

Toidre  amant  doit  pardonner  grand  tori. 


'  Ab  hospìtibns  snis  pretio  justo  comparet,  Capit.  Ludovic  II  imperaioris,  Balot., 


xnij  RECHERCHES  PHILOLOGIQUES 

Fan  del  dreg  toai  et  del  toet  dreg.^ 

Fic.  ei  Ferí.,  fol.  |5. 

Ut  font  da  droit  iori  et  dn  iari  droit 

BXEMPLES   DB  MOTS   EMPRUNTE8   AUX  LÀlfGUES   DU  NÛRD. 

f 

Jornandès  dit  que  les  Gòths  prirent  pour  leur  roi  Âlaric,  à  qui 
sa  courageuse  audace  avait  fait  donner  depuis  long-teoips ,  par  les 
siens ,  le  nom  de  Báltha  '  ^  c'est-à-^lire  hardi. 

Ce  mot,  qai  désignait  une  qualité  guerrière ,  dut  s'introduire 
dans  la  nouTelle  làngue  à  mesm*e  que  les  yainqueurs  adoptaient 
cette  langue. 

Bautz  entra  dans  la  langue  romane  pour  exprimeryîer^  hardi. 

El  noves  es  En  Rajmbautz  y 

Qae  s  fai  per  son  trobar  trop  bautz. 

Piiiii  D^AuviiGirs  :  Cbantarai. 

Le  neavième  est  sire  Raymbaad,  qai  se  fait  tco^  fier  à  caase  de  son  (art  de) 
troaver. 

L'ancien  français  a  dit : 

Qae  trop  estoìt  baude  et  bardie ,  selon  la  coastame  de  telle  fame. 

Chroniq,  de  France ;  Rec.  des  Hist.  de  Fr.,  t.  TII,  p.  ^08. 

D*an  Asnes  dist  qu'i)  encnntni 

tJn  fier  Lion  ,  s  'el  salua : 

■  Tïix  te  saut ,  firère ,  Diex  te  saut.  >• 

Li  Lians  vist  rAne  si  baui, 

Si  li  respunt  bastivement : 

«  Dés  quant  sommes-nus  si  parent  ?  » 

Masii  j>i  Fiarcb,  Fable  LXIX. 

RiG,  puissani^  /ort,  se  retrouye  dans  plusieurs  langues  du  Nord. 

Les  terminaisons  rix  dans  les  noms  gaulois  jámbiorìxj  P^irìdo^ 

rìxy  etc.,  dans  les  noms  français  Childérìc,  Chilpérìcj  etc.,  dans 

"  Ordinant  saper  se  regem  Alarícum....  qoi  dndom  ob  aadadam  vìrtotis,  Baltha, 
id  est,  audax  nomen  inter  suos  acceperat.  Jomahqbs,  De  reb.  geí.,  c,  29. 


SUR  LA  LAN6UE  BOMANE.  xxxîij 

lesnoms  golhs  Théodoric,  Alaric,  etc.,  n'étaient  irraiseiQblable- 
ment  qa'une  désignatíon  de  pnissanoey  de  forcey  ccnimie  le  rik  des 
Anbes. 
Odrid ,  dans  sa  Tersíon  de  rÉvangiIe  y  traduit : 

De  altasede 
Deposuit  potenUs, 
Par  :  Fooa  hoh  sedale 

ZUtiaz  er  thie  riche. 

Otfaid,  lib.  I^  cap.  7,  v.  5o. 

Lepoète  Fortunat  explique  le  nom  de  Chilpéricy  chilpe,  adju'- 
iar^xiCyfortìs  : 

CmvBmcm  poteos,  si  ioterpretes  barbarus  adait, 
Jdjutor  foTîis  boc  qno^e  nomeii  babes» 

F01TU11AT,  lib.  yin,  poem.  i. 

La  langne  des  troubadours  et  l'ancien  írançais  emi^oyèrent  le 
motiiCy  RICHE9  dans  le  sens  ò&Jbrt ^  puissaiU. 

Serai  plas  ricz  qu'el  senber  de  Marroc. 

AuGiii  :  Per  yos. 

Je  seni  plos  puissant  qae  le  seignear  de  Maroc. 

«        Qae  1  dig  son  bon  e  'I  fag  son  aut  e  aic. 

Aiifiai  01  PsGuiLAiH  :  En  aqnelh  temps. 

Ya  qoe  les  paroles  sont  bonnes  et  les  actions  sont  haates  eìjbrtes, 

Les  RI006  OMBRESy  cu  Espagnc  et  en  NaTarre,  étaient  les  puissants. 
Boschy  Titols  dehonorde  Cathalurvfa,  dit,  page  320 ,  col.  2: 
tr  Let  RICHE8  HOMMES  étaicnt  ainsi  nommés ,  non  pour  étre  riches 

« et  posséder  beaucoup  de  domaines  ^  mais  pour  étre  d'iUustre 

« lignage  et  puissants  *•  » 
I^ns  les  Âssises  de  Jérusalem ,  on  lit ,  au  chap.  220  : 
«  Et  se  îl  avient  que  le  chief  seignor  se  doive  d'aucun  de  ces 

^  iiCHES  HOMES  quc  il  ait  chasteaUy  ou  cité  ou  yille ,  etc.  » 
Une  ordonnance  de  Charles ,  roi  de  Navarre ,  du  26  juio  1 350 , 

porte,  en  parlant  de  PieiTC  de  Luxe ,  écuyer  : 

'  Los  iicis  ■oHHis  eren  aixi  anomenats  no  per  ser  richs  o  tenir  molts  bens  sino 
PQ^  ew  de  dar  linatge  7  poderosos. 

I.  e 


xxxiv  RECHERCHES  PHILOLOGIQUES 

«  Ycelli  avons  fait,  créé  et  ordonné,  faisons,  créons  et  orde- 
i(  nonsy  par  ces  présentes,  rigombre  de  notre  royaume....  que 
H  audit  RiGOHBRB  payc  et  rende  chascun  an,  d'ores  en  avant,  la  dite 

«  RIGOMBRIB.  M 

Monstrelet  a  employé  le  mot  righb  dans  le  sens  defort '  : 
«  Et  y  eut  maint  righb  coup  feru  entre  iceJles  parties.  »  ^ 

C'est  dans  le  sens  de  puissant  qu'il  faut  entendre  et  expliquer  la 
locution  proverbiale :  rig  a  ric  ,  c'est-à-dire  de  puissant  à  piUsscLnt. 
Mais  postérleurement  le  mot  righe  perdit  généralement  cette 
acception  primitiye. 

Et  comment  cette  révolution  s'opéra-t-eUe  dans  le  langage?  c'est 
qu'elle  s'était  d'abord  opérée  dans  les  moeurs. 

Quand  la  puissance  ne  résida  plus  uniquement  dans  la  force 
matérielle,  dans  I'exercice  du  commandement  militaire,  et  que 
l'autorité  de  I'or,  de  I'argent,  la  considération  de  la  propriété, 
soit  terr itoriale ,  soit  industrielle ,  balança  I'autorité  féodale  et  mili- 
taire,  ou  I'action  méme  du  gouTemement,  les  righbs,  ìesfortSj 
ìes  puissants  j  furent  ceux  qui  possédaient  les  domaines,  les  trou- 
peaux,  Targent  et  I'or,  ou  qui  exerçaient  fructueusement  une  vaste 
industrie. 

EXEMPLBS    DE   LA   GOMBINAISON    DE   MOTS    ROMANS    POUR    FORMER    DES 

MOTS  COMPOSés. 

De  MAL  et  d^PTES'  romans,  tirés  du  latih  mal^  et  aptus,  fut 
formé  le  mot  malaptes  ,  malade. 

Le  mot  GAPM AiL ,  composé  des  mots  gap  ,  téte ,  et  mail  ,  malh  , 
maille,  tétedem^iUe,  capuchon  de  maille,  désigna  une  armure 
d^ensive  dont  le  guerrier  couTrait  sa  téte  pour  la  garantir  des 
coups  de  I'ennemi  pendant  la  bataille. 

-  Tomell,  fol.  4o,  ▼•. 

*  Qai  met  sa  ma  al  arayre  e  regarda  dereyre  se,  non  es  aptbs  ni  dignes  davan  lo 
regne  de  Dicu.  Fic.  et  VtrU ,  fol.  99. 

(c  Qoi  met  sa  main  à  la  charme  et  regarde  derrière  soi ,  n'est  apU  ni  digne  de- 
«  vant  le  royaume  de  Dieu.  » 


SUR  LA  LANGUE  ROIfANE.  xxxv 

Ni  auberc  ab  capmiil 
NoD  fon  per  els  portatz. 

Rahbauj)  j>i  Yaquxmai  :  Ges  ai  tot. 

^j  ittiiberl  avec  eamail  ne  fat  par  eux  porté. 

On  lit  y  dans  la  f^ie  de  Bertrand  du  Guesclin  : 

S'avoit  lance  et  esca  dont  l'ouvrage  resplent , 
Le  bacinet  oa  cbief ,  ou  le  camail  se  prent : 
Detontes  pièces  (a  armez  à  son  talent.... 

Et  ▼oit  ses  cbevaliers  blen  armez  de  camaiL.,. 

vtmhae,  les  prétres,  les  chanoines ,  pour  se  garantir  du  froid 
pendant  qa'ils  assistaient  dans  l'église  aux  offioes  religieux ,  em- 
piojèrent  un  oouTre-chef ,  un  capuchon  d'étoffe  imitant  la  forme 
<lii  ciPMAU*  des  guerriers ,  et  le  nom  de  camail  ,  en  su{^rimant  le  p^ 
est  reslé  à  oette  partie  de  leur  habillement.  ^ 

ff,  B.  Ge  qui  suit  n'est  que  la  réunion  de  notes  éparses  laissées  par 
M.  Rajnouard ;  quoique  trop  incomplètes  pour  étre  eoordonnées ,  nous 
iîons  cru  dcToir  les  recueillir. 

DarrÌTa  parfois  que  la  langue  romane,  à  I'aide  d'uii  seul  mot 
qn'ene  emprunta  au  latin^  forma  plusieurs  autres  mots  qui  en 
êtaient  ^alement  les  dérivés;  tels  que  aura,  air,  d'où  furent  tirés 
uii^^  orage,  eisskìSKKr^  essorer,  etc. ;  de  morsuj  ,  qui  produisit 
liaBSy  exprimai^  I'action  de  mordre,  íurent  déduits  mors^/^  mor^ 
ceotti  mcmseUar,  mettre  enmorceaux  y  etc»,  etc. 

Une  foule  de  noms  de  villes  et  de  localités  se  fonnèrent  au 
inoyen  de  la  réunion  de  deux  mots  latins.  Clbrmont  a  été  appelé 
CiABusmo/M  par  les  auteurs  du  moyen  âge ,  et  quelquefois  Clar- 
^om\  ce  qui  prouve  rexistence  de  ce  nom  en  langue  Tulgaire. 

D'antres  se  formèrent  par  de  seules  modifications  ou  suppressions 
delettres;  ainsi  Guiania  TÌnt  éTÌdenunent  ÓLj4q\}itkmky  en  ótant 
I A  par  aphérèse  j  en  changeant  le  q  en  g  ,  et  en  ^upprimant  le  t 
ÌDtéricur. 

'  Fipinas....  cpiaedam  oppida  atqae  castella  manu  cepit...  precipua  fuere  Burbonisy 
^(iUa, CLAimontis.  AnnaL  Pepini,  aiín.  761.  Rcc.  des HisL  de  France^  t.  V.  p.  199. 


XXXV j  REGHERGHES  PHILOLOGIQUES 

Parfoís  aussi  certains  mots  furent  employés  primitÌTement  en 
bonne  part,  et  reçurent  ensuite  un  sens  péjoratif,  tandis  qiie 
d'autres  mots,  pris  d'abord  en  mauvaise  part,  passèrent  à  des 
acceptions  meilleures. 

Bráu  signifîaity  dans  la  langue  romane,  crud,féroce,  et  a  pro- 
duit  en  français  bravb,  synonyme  de  vaUhmU 

G ANTBL  j  dans  la  langue  des  troubadours  y  caivtbau  ^  dans  celle 
des  trouvères ,  ont  signifîé  coin ,  petite  partie  ^  et  le  mot  ejCHAN- 
TiLLon  a  été  formé  comme  diminutif  de  coin  y  d'une  petite  partie  ^ 
qui  sert  de  modèle  et  de  garantie. 

Des  mots  composés  peuTcnt  avoir  produit  des  mots  moitis  oom^ 
posés. 

Ainsi  trespasser,  mouriry  passer  le  demier  pas,  a  vnunembla- 
blement  été  fait  avant  resptuser,  signìfiant  revenir  des  poHeâ  du 
trépa^,  comme  dans  ces  exemples  àyxRoman  du  Renarí,  tome  III : 

De  lai  çuérír  et  respassef, . . . 

Fu  il  guérîs  et  respassés,  '  (p.  220.) 

Gomment,  fait  Renart,  s'il  avient 

Qae  je  aie  respassement 

Je  fausserai  le  aennent*...  (p.  S^^.) 

Si  je  del  mal  puis  respasser,  (p.  338.) 

J'ai  déja  dit  qu'il  est  souvent  utile  d'aTOÌr  reoours  à  rorígine  la 
moins  éloignée  d'un  mot,  pour  en  reoonnaitre  le  seus  dans  l'éty- 
mologie  qu'on  lui  assigne. 

Ainsi^  quoiqu'on  ait  touIu  faire  dériyer  vbreoui/  du  latin  ^erur 
culus  j  diminutif  de  veru ,  réTÌdence  matérielle  prouTC  que  du 
roman  ferrolh,  venant  du  latin  FERRttm^  a  été  formé  en  français 
t)ERROuiL  y  par  le  changement  assez  ordinaire  de  p  en  v. 

Du  latin  scq^uLu^^  la  langue  romane  fit  escuel;  mais  le  mot 
français  écueil,  depuis  qu'il  a  perdu  Fs  initial  du  mot  latin ,  ne 
réveille  «plus  I'idée  de  son  origine. 

On  a  fait  venir  le  mot  français  boucherie  du  latin  boi^ina  caro  ; 
^man  disait  boc,  bouc ,  et  boccáriAi  boucherie. 


SUR  LA  LáNGUE  ROMANE.  xxxvîj 

On  se  serait  également  épai^é  d'inutíles  recherches ,  et  bien 
do  coDJectures  hasardées ,  si ,  pour  expliquer  rétymologie  du 
itAt  fiançaìs  broutbr  ^  on  s'étaít  arrété  au  mot  roman  brotar  , 
iamé  àa  substantíf  radical  brot  ,  jei^  pousse  de  la  plante ' . 

II  en  est  de  méme  du  mot  Irancais  gain  •  évidemment  dérivé  du 
roman  gazánh  ,  ainsi  que  du  mot  atour  ,  yenu  du  roman  A€&>rn  , 
parurej  par  le'changement  si  fréquent  du  d  en  t  ,  et  qui ,  dans  la 
hogae  des  troubadours ,  ayait  produit  ornar  ,  adornar  ,  omer, 
décorer,  etc. 

QoaDd  -poìxr  puitSj  roman  potz^  je  trouve  le  latin  PUT^Etô^  je 
m  mqQÌète  peu  de  savoir  si  ce  mot  vient  de  rallemand  top  ,  par 
aiBstrophe ,  conune  Ta  prétendu  Denina ;  et  quand  je  trouve  rqs 
poor  cheí^al,  il  me  parait  inutile  d'indiquer  que,  dans  une  autre 
hngae  du  Nord ,  le  cheval  s'appelle  ms. 

Poarquoî  cbercher  au  loin  ce  qu'on  trouve  chez  soi? 

U  est  à  remarquer  que  le  mélange  des  conquérants  avec  les  an- 
cìens  habitants  du  pays  d'invasion ,  produisit  parfois  de  doubles 
Doms  pour  certains  objets  d'un  usage  très  conunun. 

C'est  ainsi  qu'en  Angleterre ,  la  conquéte  normande  méla  à  la 
laDgue  des  vaincus  une  foule  de  mots  français ,  lesquels  ne  laissèrent 
pas,  pour  cela,  de  conserver  leurs  équivalents  dans  l'idiome  saxon. 
Par  exemple,  les  noms  de  presque  tous  les  anim^ux  dont  la  chair 
sertde  nourriture,  furent  doubles;  français  quand  ils  élaient  à 
l'état  d'alimentSy  saxons  quand  on  voulait  désigner  I'animal  en 
Tie.  Gette  double  appellation  s'est  maintenue  jusqu'à  ce  jour. 

Ainsi  les  Anglais  nomment  encore : 

VÌTant.  M ort  pour  U  boacherie. 

Le  veau ,  calf ,  veal. 

movlony  sheep^  muUon. 

porc,  hogy  porL 

bonif,  ox,  beef ,  etc. 

'  Vojex,  sor  ces  mots,  les  étranges  coDJectures  du  P.  Labbe,  dans  ses  Étymologies 
<'a  motsjhmçais. 


xxxTÌij  RECHERCHES  PHILOLOGIQtES 

MOTIFS  D'ÉTUDIER  LA  LANGUE  DES  TROUBADOURS, 

AFIN   DB  MIEUX  GONIVAÌTRE   ET   DB   MIEUX  APPRÉGIBR   LES    AUTRBS 

IDIOMES   NÉO-LATINS. 

ÂTant  que  la  règle  qui,  dans  la  langue  des  troubadours,  distinguaít 
les  sujets  des  régîmes  eùt  été  appliquée  à  rancien  français  ^  on  ne 
pouvait  que  fort  diíBciIement  se  rendre  raison  de  beaucoup  de  pas- 
sages  écrits  en  ce  demier  idiome ;  il  arrivait  méme  parfois  qu'on  leur 
donnait  un  sens  entièrement  contraire  à  celui  que  Fauteur  avait 
voulu  exprimer.  Quelques  exemples ,  où  Finversion  semblait  alors 
devoir  nuire  essentiellement  à  la  clarté  de  la  phrase  y  fourniront 
le  moyen  d'apprécier  toute  I'importance  de  cette  forme  gramma- 
ticale  que  j'ai  désignée  sous  le  nom  de  règle  de  l's  *.  ^ 

Dans  le  poème  d'Ogier  le  Danois  on  lit  : 

Hernaut  dc  Nanles  a  li  xois  araisnié. 

Sans  le  secours  de  cette  règle^  ce  vers  sera  toujours  amphibolo- 
gique ;  il  n'y  aura  pas  plus  de  raison  pour  dire  que  c'est  Hernaut 
qui  a  appelé  le  roi ,  que  pour  prétendre  que  c'est  le  roi  qui  a  ap- 
pelé  Hernaut ;  mais  si  y  au  contraire  y  on  fait  l'application  de  la 
règle,  I's  caractéristique  attaché  au  mot  roh  le  fera  reconnaitre 
comme  sujet  de  la  phrase  y  et  dès  lors  on  saura  positivement  que 
c'est  Li  ROi.r  qui  a  araisnié  Hbrnaut  de  Nantes. 

Dans  cet  autre  vers  : 

Le  bo/t  Sjmon  a  fiiit  Pepinj  aparelller. 

Boman  de  Berthe,  p.  174. 

Si  I'on  néglige  de  prendre  en  considération  les  signes  qui  dis- 
tinguent  les  sujets  des  régipies ,  on  sera  convaincu  que  c'est  le  bon 
Symon  qui  a  fait  appareiller  Pépin ,  tandis  que  I's  qui  termine  pÉ- 
PIN5  y  démontre  que  c'est  tout  le  contraire. 

Lì  hardi  les  couarz  devancent. 

GuiLL.  GUIABT,  t.  II,  p.  303. 

'  Voyez  ci-après,  le  Résumé  de  la  Grammaire  romane,  pagc  ihj. 


SUR  LA  LANGUE  ROMANE.  xxxix 

Ce  yers  qaí ,  en  français  moderne  y  formerait  une  amphibologiey 
seoomprend  sans  difficuité.dès  qu'on  sait  que  l'absence  de  l's  carac» 
tmse  les  sajets  pluriels. 

Une  noumce  ennuioit 
Sej  petitr  enfanj  qui  crioit. 

Ysopei  Avionetf  fol.  i. 

Dans  ce  cas  le  sens  peut-étre  serait  encore  plus  obscur  sans  le 
mm  de  la  règle  qui  sert  à  déterminer  le  sujet. 
Et  dans  cet  autre  vers  du  Roman  des  Enfances  d'Ogier : 

K'à  Brunamon  n'ait  nu^  autrex  content. 

Si  on  ne  connaissait  la  règle  grammaticale ,  ne  pourraitron  pas 
tndolre  qu^il  nait  aucune  auire  dispute  ai^ec  Brunamon,  tandis 
qoe  ie  sens  est  :  que  nul  autre  nait  dispute  aç^ec  Brunamon ;  nu^ 
Aiim  indiquant  le  sujet. 

Ce  phéncnnène  grammatical ,  dont  le  mécanisme  y  quoique  fort 
&iinple ,  avait  pourtant  échappé  jusqu'à  nos  jours  aux  observations 
des  philologues  y  offrait  l'immense  ayantage  de  servir  essentielle- 
Rient  à  conserTer,  dans  les  phrases  de  la  construction  la  plus  com- 
ptiqoée,  une  clarté  que  n'ayait  pas  toujours  eue  la  langue  latine 
eil^émey  malgré  la  supériorité  de  ses  formes  grammaticales;  par 
^umple^  en  lisant  ce  vers  de  Plaute  : 

Pentheum  diripuìsse  aïunt  Bacchas , 

n'est-on  pas  portó  à  croire  qu'il  signifîe  :  w  On  dit  que  Penthée  a 
^l^^chiré  les  Bacchantes  ?  »  et  si  on  ne  le  traduit  pas  de  la  sorte , 
nest-ce  pas  uniquement  parce  qu'on  sait,  par  I'histoire  fabuleuse, 
ÇK  ce  furent  les  Bacchantes  qui  déehirèrent  Penthée?  Avec  les 
fcnncs  adoptées  par  les  troubadours  et  les  trouvères ,  cette  amphi- 
'^ogie  n'aurait  pas  existé.  Ainsi  donc,  cette  règle  offrait  le  résultat 
ao  dooble  but  qui  présida  à  la  formation  de  la  romane  primitive  : 
mplicité  et  clarté. 
l^ne  autre  règle  non  moins  importante ,  et  sans  laquelle  on  ren- 
^trerait  beaucoupde  difficultés  qu'il  serait  impossiblede  résoudre. 


x\  RECHERCHES  PHILOLOGIQUES 

c'est  celle  quí  permettaít  de  placer  ta  signifiant  que  aprè»  les 
termes  de  oQmparaison  et  correspondant  au  génitif  des  Latins  em- 
ployé  dans  les  cas  analogues.  Âinsiy  lorsque  YiUehardoain  a  écrit, 
page  1 48  :  <r  Onques  mes  cors  de  chevaliers  miels  ne  se  defendi 
DE  lui.  »  II  n'a  pas  voulu  dire  que  jamais  corps  de  cheçalier  ne 
se  défendit  mieux  dune  autre  personne  qu'iì  a  désígnée  par  lui, 
mais  bien  que  jamais  corps  de  cheifàliers  ne  se  défendit  mieux 
QUE  lui  se  défendait. 

Ges  détailsdoiyent  suífire  pour  faire  sentir  l'importance  de  l'étude 
de  la  langue  des  troubadours ,  sans  laquelle  on  n'aurait  pu  facile- 
ment  se  rendre  compte  des  diíEcultés  que  je  viens  de  signaler. 

Mais  ce  n'est  pas  seulement  sous  le  rapport  de  ses  analogies  gram- 
maticales  aTCc  la  langue  des  trouyèresy  que  la  langue  des  trouba- 
dours  mérite  d'étre  étudiée  et  connue;  les  avantages  qae  présente 
oette  étude  ne  sont  pas  moins  grands  relatiyement  aux  autres  langues 
néo-Iatines.  Farlée  et  perfectionnée  antérieurement  à  toutes  ces 
langues,  elIedeTait  leur  foumir,  etleur  a  fourni  en  effet,  ungrand 
nombre  de  termes  et  de  locutions  auxquelles,  sans  la  connaissance 
préalable  du  roman ,  on  ne  peut  assigner  une  origine  certaine.  II 
y  a  plus,  des  auteurs,  dont  quelques  uns  remontent  au  xiv*  siècle^ 
ayant  non  seulement  parlé  des  troubadours  dans  leurs  ouvrages  ^ 
mais  encore  ayant  rapporté  divers  passages  de  ces  poètes ,  il  est  de 
toute  nécessité  de  se  mettre  en  état  d'apprécier  I'importance  et 
l'exactitude  de  ces  citations ;  quelques  Italiens  méme  ne  s'étant  pas 
bornés  k  les  citer ,  et  les  ayant  mis  en  scène ,  en  les  faisant  parler 
dans  leur  propre  langage,  il  importe  esseotiellement  d'ai  ao- 
quérir  une  notion  assez  exacte  pour  pouYOÌr  se  rcndre  ocHnpte 
du  méritede  ces  sortes  de  compositions,  et  reconnaitre  jusqu'à  quel 
point  les  copistes ,  éditeurs  et  annotateurs  les  ont  respectées  ou  al- 
térées  en  recopiant  les  manuscrits ,  ou  en  en  donnant  des  éditions 
nouTelIes.  Pour  ne  rappeler  ici  qu'un  fait  dont  je  me  suis  déjà 
occupé ,  mais  qu'on  ne  saurait  trop  livrer  à  la  publicité,  dans 
^X.VI*  chant  du  Purgatoire ,  I'auteur  et  héros  de  la  Diviwa 


SUR  LA  LANGUB  ROMANE.  xlj 

ùmMmA,  Duite  mtanroge  le  troubadcnr  Arnaud  Donìely  par  lequel 
il  se  feît  répondre  en  Ters  proTencaux. 

Qn  sait  qae  Dante  ^it  iamiliarisé  ayee  la  langue  des  poètes  du 

BÌiii  de  la  France ,  dont  îl  cite  qudquefoìs  des  passages  dans  son 

oimge  de  la  Yolgarb  Eloqdbnza  ,  et  qu'outre  les  ver»  ínsérés  dans 

b  DnnirA  GoiaiSDiA ,  il  en  oomposa  quelques  autres  qui  sont  par^ 

TeDiB  jusqu'à  nous.  Malheureusement ,  a  l'époqne  où  Dante  publia 

ses  oavrages ,   les  auteurs  ne  pouyaient  surveiller  et  corriger , 

oaaaae  les  procédés  de  rimprimerie  Tont  ensuite  permis^  les  copies 

de  leors  écrits  faites  et  reproduites  en  des  temps  et  en  des  lieux 

difierents;  à  plus  forte  raison  étaìt  -  il .  plus  diffîcile  encore  aux 

oopístes  d'éyiter  les  erreurs,   lorsqu'ils  transcrivaient  des  yers 

oompûsés  dans  une  langue  qu'ils  ne  connaissaient  pa^^  ou,  ce  qui 

était  plus  dangereux  peub^tre,  qu'ils  ne  connaissaient  qu'à  demi  '• 

Aassi,  il  n'est  pas  un  des  nombreux  manuscrits  de  la  DiyiNA 

CoJOfEDU,  pas  une  des  éditions  multipliées  qui  en  ont  été  données, 

qoi  ne  présente  dans  les  yers  que  Dante  préte  au  troubadour  Ar- 

oand  Daniely  un  texte  défîguré  et  Ueyenu  ^^  de  copie  en  copie ,  pres- 

qoe  inintelligible» 

Cependant  j'ai  pensé  qu'il.  n'était  pas  impossible  de  rétablir  le 
texte  de  oes  yers ,  en  comparant  ayec  soin ,  dans  les  manuscrits  de 
Dante  que  possèdent  les  dépôts  publics  de  Paris ,  toutes  les  ya- 
rÛDtes  qu'ils  pouyaient  foumir ,  et  en  les  choisissant  d'après  les 
T^es  grammaticales  et  les  notion&  lexicographiques  de  la  langue 
des  troubadours.  Mon  espoir  n'a  point  été  trompé ,  et  sans  aucun 


*  Sl  Pon  {NMivait  donter  combieix  ces  errenrs  se  propageaient  facileroent ,  je  citerais 
«tre  intres  mi  ^en  d'Amaad  Daniel,  inséré  par  Dante.  dans  son  traité  de  la  Yqlgau 
EuqcnzAy  où  il  est  écrít  ainsi  dans  les  diverses  éditìons  de  cet  ouvrage : 

SoItî  cfaa  MÛ  lo  tobraílan  chcn  aora. 

« 

qne  les  bons  manoscríts  des  tronbadours  portent : 
SoU  Mi  qiM  wi  lo  Bobrafan  quo  m  •orti. 
Semi  je  suii  qui  sais  le  surehagrin  qui  me  surgit. 

f 


xlij      RECHERCHES.PHILOLOGIQUES  SUR  LA  LANGUE  ROHANE. 

secours  oonjectural  ^  sans  aucun  déplacement  ni  chahgement  de 
mots ,  je  suis  parvenu ,  par  le  simpie  choix  des  yariantes ,  à  retron- 
ver  le  texte  primìtif ,  tel  qu'il  a  dû  étre  produit  par  Dante. 

Voici  ces  vers  comme  on  les  lit  dans  l'édition  de  la  Divina  Com- 
MBDiA  publiée  par  le  P.  Pompée  Yenturiy  avec  commentaii^i 
d'après  celle  que  l'académie  de  la  Crusca  avait  donnée  en  1 590  : 

Tan  m'abbelis  votre  cortois  deman , 
Chi  eu  non  puous,  ne  vueil  a  tos  cobrire ; 
.   leu  sui  jámaui,  che  plour,  e  yai  cantan ; 
Con  si  tost  vei  la  spassada  folor 
Et  vie  giau  sen  lej'or,  che  sper  denan. 
Ara  vus  preu  pera  chella  ralor 
Che  vus  ghida  al  som  delìe  scalina , 
Sovegoa  vus  a  temps  de  ma  dolor. 

Texte  rétabli  :  ^ 

Tan  m'abellifl  vostre  cortes  deman , 

Gh'  ieu  non  me  puesc  ni  m  voil  a  vos  cobrîre ; 

leu  sui  Amautz ,  che  plor  e  vaì  cantan  ; 

Consìros ,  vei  la  passada  follor, 

E  vei  îauzen  lo  joj  qu'esper  denan ; 

Aras  vos  prec  ,  per  aquelUi  valor 

Que  us  guida  al  som  sens  freich  e  sens  caUna , 

Sovegna  vos  atenprar  ma  dolor  * . 

Ce  fait  si  remarquable  suflh*a  sans  doute  pour  faire  comprendre 
combieq  peuvent  étre  utiles  l'étude  et  la  connaissance  de  la  langue 
des  troubadours. 

'  R  Tant  nie  plaît  votre  courtoise  demande ,  —  que  jc  ne  me  puis  ni  ne  me  veax  à 
«  vous  cacher ;  —  je  suìs  Àmaud,  qui  pleure  et  va  chantant;  —  soucienx,  je  vois 
« la  passée  folie,  —  et  vois  joyeux  le  bonheur  que  j'espère  ì  l'avenir;  —  mainte- 
«  nant  je  vous  prie,  par  cette  vertu  —  qui  vous  guide  au  sommet,  sans  froid  et  sans 
«  chaud ,  —  qn'il  souvienne  à  vous  de  soulager  ma  douleur.  »  Yoyez  dans  le  Joumal 
des  Savants,  févríer  i83o,  le  commentaire  justiíicatif  de  toutes  les  corrections  áa 
texte  rétabli. 


RESUME 


DE 


LA  GRAMMAIRE  ROMANE. 


OBSERVÀTIONS  PREUMINAIRES. 

LouQDs  je  publìai  la  Graitiinaire  de  la  langue  ramane,  il  ne  s'agissait 
qoe  de  préparer  à  la  leeture  des  poésies  des  Troubadours ,  el  je  me 
boniai  à  exposer  les  règles  qu'il  était  nécessaire  de  connaitre  pour  com- 
prendre  facilement  ces  poésies. 

Depoìs  cette  publication ,  et  à  mesure  que  j'ai  travailié  au  lexique  ro- 
man ,  j'ai  reconnu  que ,  pour  le  rendre  yéritablement  curieux  et  utile ,  il 
était  indispensable  d'y  insérer  les  mots  que  foumissaient  d'autres  docu- 
oients  de  cette  langue ,  surtout  les  ouvrages  écrits  en  prose ,  et  je  n'ai  pas 
bésité  à  donner  à  mon  travaii  une  latitude,  un  déyeloppement,  qui  Ta  aug- 
meDté  de  plus  de  la  moitié. 

CesouTrages,  appartenant  à  diíFérents  pays  et  àdiverses  époques,  ont 
oSsrt  quelques  accidents  grammaticaux  qui ,  sans  rien  changer  aux  règles 
^érales  que  j'avais  déjà  recueillies,  mérítent  pôurtant  d'étre  signalés. 

le  les  ai  done  comprís  dans  ce  résumé ,  avec  d'autant  plus  de  raison  que 
cfêaccidentsgrammaticaux  se  trouvent  dans  des  exemples  dù  lexique  et 
méme,  pour  la  plupart ,  dans  les  nouvelles  poésies  romanes  que  je  publie. 

Cest  ainsi  que  j'ai  dà  indiquer,  dans  le  tableau  des  articles ,  le  ,  sujet 
ao  sÌDgulier,  au  lieu  de  lo  ,  pour  le  masculin ,  et  li  ,  en  place  de  la  ,  éga- 
lonent  sujet  fáminin  au  singulier,  par  le  motif  que  ces  deux  modifications , 
el  qnelqnes  autres  introduites  successivement  par  Tusage  ou  là  prononcia- 
tion  locale ,  se  rencontrent  assez  fréquemment  dans  divers  ouvrages  en. 
pîose  et  en  vers  de  la  fin  du  xiii'  siècle ,  et  dans  les  manuscríts  dont  récri- 
iQte  est  postérieure  à  cette  époque. 


XÌÌ1  RÊSUHÊ 

Je  fenî  remarquer  que  ce  chaDgemeiitcle  déàneace ,  quoiqu'il  n'eiìt  pu 
lieu  régiUÌèrement ,  fut  peut-étre  occasionné  par  le  beaoin  de  distìnguer 
qufllqliefois  rarticle  lo  ,  sujet,  du  méme  article  lo  ,  régime  direct. 

Une  canse  «mblable  fît  probablemcnt  adopter  au  aingulier  I'article  li  , 
féminin  sujet,  landis  que  les  artides  féminins,  régimes  directs  et  úadìrects, 
au  singulier,  conservèrent  lì. 

Dans  ma  grammaìre  j'tTais  déjà  Ìodiqué  des  ,  ás  ,  comme  coDtractioD 
deâ  articlec  dels  ,  als  ;  j  'ajoute  aujourd'hui  ded  ,  deus  ,  et  ád  ,  áds  ,  comme 
eplployés  quelquefois  pour  del  ,  dbls  ,  du,  des,  et  pour  &l  ,  áls  ,  au,  aux. 

Quelques  substantifs  et  adjectifs  reçurent  1'e  final ,  tels  que  om  ,  sarct  , 
hamme,  jaûií>qu'oDécrÌTÌtoiie'j  8UiCTe,ausinKutier,  et  one»,  baiìt« 
au  pluriel. 

Quelques  Dom8,ea  adoptant  cette  nouvelle  désinence,  ne  furent  en- 
ployés  qu'au  plunel ,  tels  furent  ^mes,  vers,  cones,  corps,  atoaies,  gros. 

De  méme ,  ayant  rencontré  aa|ez  fréqnemment  Lim,  lauit  ,  Fun,  pouf 
Lo  vs ,  Lo  mt  ou  l'ds  ,  l'uh  ,  je  n'ai  pas  bésîté  à  {Jacer  ce  mot  dans  le  len- 
tfOB ,  et  à  ne  pqs  rejeter,  dana  ce  nauTeau  choix  de  poésies  romanea ,  les 
vers  où  C8  mot  se  trouve  employé. 

II  en  a  íté  ainsi  de  suibbh  ,  conlractLon  de  sEHHcr  bn  ,  seignmir  sire. 

Je  me  borae  à  ces  iadicatioDS ;  elles  explìquent  assez  le  but  que  je  me 
suis  proposé  en  comprenaDt  ceslégères  modifications  dans  le  résuméde 
la  gtammaire  de  la  langue  romane. 

Je  claiserai  les  règlea  de  cette  grammaire  dans  sépt  cbapitres. 

■  Oa  prit  parfbii  U  tenuiaaiaon  ib  ,  oa  diuit  ouen,  aotun. 


f 


DE  LA  GRAMMAIRE  ROMANE.  xlv 

CHAPITRE  PREMIER, 

ARTICLES. 

t 

lesartícles  romans,  formés  des  nombreuses  contmctìons,  altérations 
etaodìficatîons  des  différents  cas  du  pronom  ktín  illb  ,  é^ient : 

XÂSCULnr.  fémihih. 

furouLUU. 

SoR.      H,  elhS  %  nk,  lo,  le,  1%  le;  la,  il,  iU,  ilh,  U,  \% 

'l,Tl,'lh,  ia. 

Kr.ni.  El,elh,1,lh,lo,r,  k;  la,  l',  Uu 

Bk  las.  Al,  d,  1,alo,aa,  aUfàtf  ala,ar,  à  la. 

Dd ,  de  lo ,  deu,  du, de  V;  de  la ,  de  T,  dela, 

puiaiiu 

Svi.R    EU,  clhs,los,li,a,m, 

«».».       l%Tf,l,Tl,  ìej;  las,  les. 

lis.  nni.  llfl,  as,  aus,  a  los,  a  li,  1s ,  aux;  a  las ,  aux, 

Deb,  des,  deas,  de  los,  de  lî ,  des ;  de  las ,  des. 

Lesaoms  propres  ne  prenaient  point  rarticle. 

0  étiit  parfois  supprimé  devant  ies  subatantifs  et  après  les  prépositions. 

L'article  qvi  préoédait  la  plupart  det  noms  substantifs,  se  plaçait  de 
ittème  to  derant  dea  noms  employés  substantivement. 

Ilsemit  ordinairement  à  distinguer  les  genres ,  les  Mmbres  y  et  queU 
lorfois  le  sajet ,  le  régime. 

CHAPITRE  IL 

SUBSTÀNTIFS. 

Dt  teient  masculins  ou  f (áminins. 

L'artide,  laierminaispn,  les  faisaient  ordinairement  reconnaitre,  et 
^^^iîqaaient  le  singulier  on  le  [durìeL 

'  L^i  et  lc  donble  l  ajoatés,  dans  qaelqaes  manascrits,  auz  artides  ainsi  qu'à  un 
pud  mnnbre  d'autres  mots  romans,  ne  changeaient  en  rien  leur  nature.  Ges  légères 
^-^hbaocs  proTenaient  généralenent  da  syslème  d*orthographe  adopté  par  les 
^V'^'^  mi  de  b  dîlEéraioe  de  la  pronondatioa,  modifiée  sdon  les  pays. 


x)vj  RÊSUMÉ 

Gomme  on  ne  peut  pas  dìre  qu'il  existe  des  càs  dans  les  langaes  dont 
les  substantifs  ne  varìent  pas  leurs  désinences  d'ùne  maniére  cpii  désigne 
ces  cas ,  il  m*a  pani  plus  simple  de  les  distinguer  en  sujbts  et  en  hégimes  , 
avec  d'autant  plus  de  raison  que  la  langue  romane  possédait  une  forme 
caractérístique ,  spéciale  pour  les  distinguer. 

Âu  singulier,  l's  final  attaché  à  tous  les  substantifs  masculins  et  à  la 
plupart  des  substantifs  féminins  terminés  autrement  qu'en  á  ,  indiquait 
qu'iis  étaient  employés  comme  sujets  ^  et  l'absence  de  Vs ,  qu'ils  rétaient 
comme  régimes  directs  ou  indiregts. 

Au  pluriei ,  leis  sujets  ne  receyaient  pas  l's ,  qui ,  au  contr^re ,  s'atta- 
chait  aux  régimes  directs  et  ikdirects. 

Les  noms  féminins  en  á,  sujets  ou  régimes,  ne  recevaient  jamais  au 
singulier  l's  fihal ,  et  l'ádmettaient  toujours  au  pluríel. 

Les  substantifs  qui  originairement  se  terminaient  en  s,  le  conservaient  soit 
au  singulier  soit  au  pluriel,  comme  ops  ,  besoin,  temps,  temps,  vers,  vers, 

Concurremmentavec  cette  règle  il  existait  toutefois  une  forme  particu- 
lière  qui  faisait  distinguer  au  singulier  le  sujet  et  fe  régime  de  quelques 
substantifs  masculins. 

Cessubstantifs  reçurentla  finale  áire,  eib^e,  ire,  comme  sujels  au  singu- 
lier,  TROBÁiRE,  troubadour,  báteyre,  batteur,  servìre  ,*5efyùeur;  et  la 
finaie  ador  ,  edor  ,  idor  ,  comme  régimes  directs  ou  indirecb  au  singulier, 
et  comme  sujets  ou  régimes  au  pluriel ,  r^o^ador,  BAredor,  smyidor. 

L's  ne  s^attachait  jamais  à  ces  sortes  de  substantifs  au  singulier,  parce 
que  la  terminaison  suffisait  pour  distinguer  le  sujet  en  áire,  eirb,  ire^  dn 
régime  direct  ou  indirect  qui  était  toujours  en  ádor  ,  edor  ,  idor;  mais  au 
pluríel ,  qui  avait  toujours  cette  dernière  désinence ,  Ts  marquait  les  deux 
espèces  de  régimes. 

Plusieurs  substantifs ,  par  leur  double  terminaison  masculine  et  fémi- 
nine ,  pouvaient  étre  employés  tour  à  tour  dans  le  genre  qui  convenait  aux 
auteurs  comine  fuelh,  fi/elhá,  Jeuille;  jot,  joyá,  joie;  sbr,  sera, 
soir;  oons ,  domna  ,  dame;  mais  alors ,  pour  ce  demier  substintif ,  ie  pro- 
nom  possessif  qui  était  joint  à  dons  ,  était  mi  ,  ti  ,  si ,  au  lieu  de  ma,  ta,  sa  : 

^l  DONS  ,  SI  DONS  ,  etC. 

En ,  placé  devantun  nom  propre masculin, indiqua une sorte  de  distinc- 
tion  de  la  personne ,  et  signifiait  seigneur,  sire  :  en  Peyrols,  en  Guilems. 


DE  LÂ  GRAMMAtRE  ROMANE.  xlvìj 

Nâ,  an-deyant  du  nom  d'une  femme ,  ayait  la  sì^ification  de  dame, 
hmi :  NA  María ,  nà  Margarìda. 

Cfiflgnes  furent  placés  méme  deyant  les  sobríquets  ou  noms  fictifs  qui 
êuiatdonnés  à  des  personnes  qualifiées. 

h  furent  ajoutés  quelquefois  aux  mots  qualificatifs  sen hee  et  domn a  : 
sdier  E9  Enríc ,  domna  ha  María. 

lASnlMSsait  parfois  l'élision  deyant  les  tioms  qui  commençaient  par  des 
Tojelles :  H'Agnes  pour  ita  Agnes. ' 

Oeménie,enpoésie,  pour  la  mesure  du  vers,  on  écrivait  indifierem- 
ment  qi  on  n  ,  quand  le  mot  précédent  se  terminait  par  une  consonne. 

Enfin  au  lieu  de  Bir,  on  employa  aussi  don  ,  dom  ,  venant  de  domî>iii^^  et 
qoi  iTait  la  méme  signification . 

VERBBS    EMPLOYÉS    SUBSTAHTIVEMElfT. 

A  Texemple  de  la  langue  grecque  et  de  la  langue  latine ,  les  présents  des 
infioitifs  farent  souvent  employés  substantivemeut. 

Comme  sujets ,  ils  prírent  ordinairement  Ts  final. 

Comme  régimes  ils  rejetèrent  cet  s. 

Us  régimes  indirects  furent  précédés  des  prépositions  qui  les  dési- 
^nt. 

Quelqaefois  Tarticle  fut  joint  à  ces  verbes,  soit  sujets,  soit  régimes^ 
qoelqaefois  ils  furent  employés  sans  articles ,  ainsi  qu'on  le  pratiquait  à 
i  égard  des  substantifs  mémes. 

Aqx  verbes  einployés  substantivement  s'attachèrent  comme  aux  véríta- 
Ues  sabstantifs,  les  pronoms  possessifs,  démonstratifs ,  etc. ,  et  tous  les 
diBerents  adjectifs;  en  un  mot,  ces  verbes  remplirent  entièrement  les 
fonctions  des  substantifs  ordinaires. 

Paranalogie,  les  gérondifs  furent  aussi  employéssubstantivement,  et 
dors  ils  étaient  précédés  de  l'article  :  al  pareisseb  de  las  flors ,  au  parais- 
^desfleurs. 


slTÌij  RÉSUMÊ 

CHAPITRE  III. 

•  ... 

ADJECTIFS. 

L'adjectif  roman  s^accordait  en  gehre  et  en  nombre  ayec  le  substantíf 
auquel  il  se  rapportait. 

L'á  final  caractérbait  les  adjectifs  fáminins. 

Pour  indiquer  que  radjectif  masculin  se  rapportait  à  un  sujet  ou  à  un 
régime ,  soit  au  singulier ,  soit  au  pluriel ,  il  suffisait  de  la  présence  ou 
de  rabsence  de  Vs  final. 

Les  adjectifs  communs  aux  deux  genres  ne  prenaient  point  la  termi- 
naison  á,  quand  ils  étaient  joints  à  un  nom  féminin  \  mab  ils  receTaient 
au  singulier  Vs  final  comme  sujets;  et  au  plurìel,  soit  sujets,  soit  régimes, 
au  féminin  comme  au  masculin ,  ils  gardaient  toujours  cet  s. 

Les  adjectifs  terminés  originairement  en  s  le  conservaient  au  singuiier 
et  au  pluríel,  qu*ils  fussent  employés  soit  comme  sujets,  soit  comme 
régimes. 

'  Quelquefois  le  féminin  ajoutait  son  signe  final  á  :  fálj,  TAiM^faux, 
faussei  dans  certains  cas  méme  cet  á  remplaçait  Ts  final :  sk\is,  sÁVia^ 
suge. 

Les  adjectifs  romans  remplissaient  parfois  les  fonctions  de  substantifs. 

Bs  étaient  souvent  employés  impersonnellement  arec  le  verbe  essek  : 
BEL  M^ES  9  U  fnest  beau, 

SouTent  aussi  ils  avaient  des  rágimes  teb  que  ▲ ,  de,  etc. :  Leu  ▲  chan- 
tar,  léger  k  chanter;  paubre  D^aver,  pauyre  lìanmr. 

DB&rAs  DB   COMPAHÀISOlf. 

Ce  fufpar  le  secours  des  adverbes  de  quantité  plus,  máis,  mbhs, 
Mi^LHs^  ÁiTÁifT,  etc,  que  la  langue  romane  exprima  ordinairement  les 
degrés  de  comparaison. 

Si  ces  adverbes  auxiliaires  n'étaient  précédés  ni  de  Tarticle ,  ni  d'un 
pronom  possessif ,  iis  désignaient  le  comparatif,  après  lequel  la  langue 
romane  plaçait  communément  qub  ou  de  ' . 

■  Le  QUi  pouvait  étre  soun-eiitendu. 


DE  LA  GRAMMAIRE  ROMANE.  xlìx 

Pìtffoîs  elle  adopta,  pour  exprìmer  flus  j  la  terminaison  latine  or  ,  et 
iaos  cette  circonstance  er  désigna  le  sujet ,  au  singulier ,  et  oa  les  ré- 
gimes;  au  pluríel ,  le  sujet  et  les  régimes  prírent  la  désinence  or. 

Pasrexprímer  le  superlatif ,  on  plaça  rarticle  ou  le  mot  qui  le  suppléait 
denot  le  comparatif  ou  devant  radverbe  de  comparaison. 

Qoelquefois  les  terminaisons  áire  ,  cire  ,  ire  caractérisèrent ,  mais 
ao  singolier  seulement ,  le  sujet  des  termes  de  comparaison ,  et  alors  ils 
rQçarnit  les  désinences  ádor  ,  edor  ,  idor  ,  quand  ils  étaient  employés 
comme  régimes. 

Quelquefois  aussi,  mais  rarement,  le  superlatif  fut  emprunté  de  la 
finale  latine  issiuus ,  et  prít  la  terminaison  isme  :  áltisme  ,  très  haut ; 
ujcnsME ,  très  saint. 


CHAPITRE  IV, 


PRONOMS. 


§  P'.  PRONOMS  PERSONNELS  ' . 


1"  PERS.  SINGUUEa. 

^m.  leu  y  eu ,  ie  ,  me ,  mi ,  m', 

Kzfi.  MR.    Me  f  mi ,  m', 

^.  oiR.    De  me,  de  mi ,  de  m', 

A  nie ,  a  mi ,  me ,  mî ,  m  , 


t  PERS, 
Scin.  Tu, 


Híc.  Dii.    Tu,  te,ti,  t', 
Bífi.  iifD.    De  tn ,  de  te ,  de  ti ,  de  t', 
A  tu,  a  te ,  a  ti ,  te ,  ti ,  t'. 


PLURIEL. 

je,  moi; 

nos. 

nous. 

moi; 

nos.. 

nous. 

de  moì; 

de  nos. 

de  nous 

à  moi; 

a  I108, 

à  nous. 

îUy  toi; 

vos  •, 

vous. 

ioi,  te; 

vos. 

vous. 

de  toi; 

de  vos , 

de  vous, 

à  toi; 

«  vos. 

à  vous. 

'  Les  pronoms  personneb  qai  indiqnent  la  première  et  la  secQnde  personne ,  sont 
^  Têntables  sobstantifii  qa'on  ponrrait  désigner  par  le  nom  de  suBSTAirrirs  pbbsohhils 
<n  ^  suisTAirrirs  paoiioHiiiAux. 

Ceax  qoi  îndiqoent  la  troisième  personne  sont  des  sobstantifs  i*elatifs  qai  se  rap- 
portnt  toQJoars  à  an  nom  précédent,  et  qa'on  poarrait  appder  suBsrAHTirs  pboromi- 

Un  ULATIFS. 

ToQtefois,  je  me  oonfoime  à  l'asage  en  me  servant  da  mot  pronom. 
*  Gênéralement,  on  se  servait  de  vos  en  parìant  à  ane  seaie  personne. 

I.  8 


1  RÉSUHÊ 

HIÂSCULIN. 

3*  PER8.  snrouLiER. 

sujET.        Ei,cih,a,i,  •     í/. 

RHg.  dib.    E1,  elh,  1,  'lh,  lo,  lui,  r,  U^lai. 

Rb6.  ind.     D'el ,  d'elh ,  de  lo ,  de  li ,  de  l',  de  luí ,  de  lui. 

A  ■  el ,  a  elh,  II ,  l'y  lui ,  a  li ,  a  loi ,  a  l',  à  luL 

PLÛaiEL. 

SujlT.  Bls,  elhs,  'ls,  ii,  ill,  ilh,  '1,  'lh,  ils. 

«     ■  • 

RÌG.  DiR.     Els,  elhs,  'ls,  los,  li,  l',  eux,  il$» 

RÌG.  iNB*     D'els ,  d'elhs.,  de  lor,  ^eux. 

Els ,  a  els ,  a  elhs ,  a  li ,  a  lor,  lor,  .  à  ewc,  Uur, 

FÉMININ. 
SINGULIBR. 

SujET.  Ela,  elha,  ella,  'lha,  el',  il,  '1,  lei,  lejs,  lieys,    elU, 


Rég.  dib. 

La ,  lei ,  lcf s  >  llejs , 

la ,  elU. 

Rbg.  ind. 

D'ela ,  d'elha ,  d'ella , 
De  li ,  de  lei ,  d'ellei , 

De  lejs ,  de  llejs ,  d'elleis , 

d'elU. 

A  ella ,  a  li ,  a  lei ,  a  lejs  ,  a  liejs , 

à  elU, 

PLDRIBL. 

SUJET. 

Elas ,  elhas ,  ellas , 

elUs, 

R£g.  dir. 

Las , 

Us. 

Rbg.  ind. 

D'ellas,  de  lor. 

d'elles. 

A  ellas  ,  a  lor,  lor. 

à  elles,  Uur. 

Se,  si,  s\  se,  soi,  étaìent  employés  au  singulier  et  au  pluriel  comme 
sujets,  ou  comme  régimes  directs  et  indirects,  mais,  dans  ce  dernier  cas, 
avec  les  prépositions  de  oti  a. 

Se  était  quelquefois  employé  pour  a  se,  régime  indirect. 

Souvent  avec  les  verbes  il  était  pris ,  de  méme  que  si ,  dans  un  sens 
neutre  et  impersonnel  :  Esdevenc  se  que ,  il  advint  que ;  si  anet,  il  alla. 

Se  quelquefois  signifia  on. 

En,  ne,  'n,  n',  ^  /ui^  éTeux,  d'elle,  d'elles,  en.  La  langue  romane 

■  A,  devant  une  voyelle  reprend  souvent  le  d  oríginaire;  on  disait  ao  sl,  ad  ella, 
et  quelquefois,  par  euphonie,  az  il,  az  blla. 


DE  LA  GRÁMMAIRE  ROMAIÏE.  Ij 

en  fit  màfe  au  singulier  et  uu  plttriel ,  m  mascúlin  et  an  féminin ,  pour 
d»^r  non  seolement  des  choses  inanìjnées ,  màis  méme  des  personnes. 

I,  T,  Bi ,  ^  luiy  'à  elle,  etc,  furent  «um  employés  ponr  tes  personnes 
coune  pour  les  choses. 

Quelquefois  des  pronoms  personnels  receyaieiit  explicitement  d'autres 
proQomstels  que  eis,  mezeis,  méme;  álthes,  mitre,  etc. :  xi  £is,  môi- 
AâRtf,'EL  Eis,  lui-même;  els  mezeis,  eux-mémes ; yos  ÁLTftEs,  nos  áltres, 
y'm autres 9  nous  autres,  eic. 

ÁFFIXES. 

Un  des  caractères  de  la  langue  romane  fut  d'employer  des  affixes , 

f  e5í-4-dire  : 

M  T  S  NS         US 

r<eprésenlant      me,mi,       te,ti,       se,  si,       mos,       vos. 

EUe  dépouìllait  ue,  ui,  re,  ti,  se,  s£  de  leur  Toyelle  finale ,  et  nos  et 
vos  de  leur  Toyelle  intéríeure ,  pour  attacher  la  consonne  ou  les  con- 
^nnes  qui  restaient  à  la  voyelle  finale  du  mot  précédent  j  et  les  y  fixer  ' : 
No  M  meravill,  ne  uémerueiUe ^  no  t  deus,  ne  te  dois^  no  s  pot ,  ne  se 
p^;  no  Ns  cal ,  ne  vovs  faut;  no  us  vuelh,  ne  vous  veux, 

Nfbt  quelquefois  affixe  pour  ne,  en  . 

Cette  forme  n^était  pas  seulement  une  faculté  accordée  au  poète  pour 
facilìterla  composition  des  vers,  elle  se  trouve  souvent  aussi  dans  la  prose. 

PMUiOMS    POSSESSIFS  *. 

Quand  les  pronoms  possessifs  sont  placés  devant  le  substantif  auquel  ils 
^  npportent ,  sans  étre  précédés  ni  de  rarticle ,  ni  de  tout  autre  signe 
dteonstratif ,  il  faut  les  traduire  par  mon  ,  ton  ,  son  ,  ma  ,  tà  ,  sá  ,  etc. 

*  Qaoiqne  les  manuscríts  présentent  toajoiirs  les  affixes  nnis  avec  le  mot  qui  pré» 
cède,  qnoiqoe  même  j'indiqae  oette  forme  comme  ime  règfe  invaríabley  j'ai  cm 
cepeBdant  devoir  les  détacher  dans  l'impression,  afin  d'évìter  les  difficaltés  qn'offivle 
texte  qnand  ils  restent  confondus. 

'Dms  mes  Obsenfoiionâ  sur  ie  Roman  de  Rou;  je  disais,  en  1829  :  «  On  a  jodi- 
^^Buement  obscrré  que  moh ,  toh  ,  som ,  na  sont  pas  des  pronoms,  attendn  qa*on  ne  lcs 


lij  RÉSUMÉ 

Âu  contraire,  s^ib  sont  précédés  de  l'article  ou  de  tout  autre  signe 
démonstratif ,  comme  cel  ,  vv ,  etc,  ils  signifient  le  mieit  ,  ce  tien  ,  u» 

SIElf  ,  LA  MIElfHE,  CETTE  TIENNB  ,  UNE  SIEMBTE  ,  etC. 

Parfois  ils  sont  simples  adjectifs  et  on  les  traduit  par  mies  ,  tieh  ,  siEir, 

MIEHlfEy  TIEHHE,  SIElf IVE  ,  etC. 

La  préposition  de  ou  á  indique  le  régime  indirect  au  singulier  et  au 
pluriel. 

MÁSCULIIf .  PÉMIlf  IN . 


l'*  PERS. 
SUJET. 

RÌG.  oia. 


SUIET. 


SINGULIXR. 

Mos  j  mieus ,  meus  ; 
Nostres ; 

Mon,  miea,  meu; 
Nostre  ■ ; 

PLURIEL. 

Mîei ,  mei ,  mieu ,  meu  ;  mas ,  mieuas ,  mias. 

Nostre ;  nostras. 


ma ,  mi ,  m  ,  mieua ,  mia. 

nostra. 

ma ,  mi ,  m' ,  mieua ,  mia. 

nostra. 


RÉG.    OIR. 

Mos ,  mieus ,  meus ; 

mas ,  mìeuas ,  mias. 

Nostrcs ; 

nostras. 

2*  PBRS. 

SUfGULISR. 

SUJXT. 

• 

Tos ,  tieus ,  teus ; 

ta ,  ti ,  t',  tia ,  tieua ,  toa ,  taa. 

Vostres ; 

vostra. 

RÍG.    OIR. 

Ton ,  tieu ,  teu ; 

ta ,  ti,  t',  tia,  tieaa ,  toa,  tua. 

Vostre; 

Yostra. 

PLURISL. 

• 

SUJET. 

Tiei ,  tei ,  tieu ,  teu ; 

tas,  tieuas,  toas,  tuas. 

Voslrc ; 

vostras. 

Rég.   DIR. 

Tos,  tieus,  teus; 

tas ,  tieuas ,  toas ,  tuas. 

Vostres ; 

vostras. 

emploie  pas  à  la  place  de  noms,  mais  que  oe  sont  des  adjectíís.  On  les  appelle  possxS' 
siFs  parce  qu^ils  indiquent,  dit-on,  la  possession;  mais  n'indiquent-ils  pas  platôt  h 
relation  à  la  personne  ou  à  Tobjet  dont  il  s'agit  dans  ia  proposition,  c'est-à-dire  I< 
rapport  direct  avec  le  sujet  oa  le  régime  qu'ils  modifient.  L'esdave  qoi  dit  moi 
maílre,  le  captif  qui  dit  ma  prison ,  ne  parlent  pas  de  leur  propriété,  mais  de  ce  qui 
affecte  leur  personne.  Ce  sont  donc  des  adjictifs  prbsonhrls. 

J'ai  cru  toatefois  devoir  conserver  la  dénomination  usitée. 

'  On  iit,  dans  le  Roman  de  Fierabras,  ros,  vos,  poor  HontR,  vostrr. 


DE  LA  GRAHlfAIRE  ROHANE.  liij 

MÁSCUiair.  FÉHININ. 

3rFEtS.  SIIIGUUEA. 

Snn.        Sos ,  sieuS)  seus ;  sa ,  si ,  s%  sia ,  siena,  soa y  sna. 

Lor ;  lor. 

Itt.  BiK.    Son ,  siea,  «eu;  sa ,  si ,  s',  sia ,  sieua ,  soa,  sua. 

Lor ;  lor. 

PLUHIII*.  ** 

kìa.        Slei ,  sei ,  sieu ,  seu ;  sas ,  sienas,,  soas ,  suas. 

Lor ;  ior« 

Ut.  mi.    Sos,  sieus,  seus;  sas,  sieuas,  soas,  suas. 

Lor,  lors ;  lor,  lors. 

Od  trouTe  parfois  moii  ,  toii  ,  soir ,  nosthe  ,  vostre  ,  sujets  au  singulier , 
e(  ïos ,  Tos ,  sos ,  sujets  au  pluriel ,  quoique  la  règle  générale  leur  assig&ât 
bseule  qualité  de  régimes. 

Ma, TÁ,  sÀ'subirent souv^nt  l'élision  devant  les  mots  qui  commençaient 
parime  Toyelle  ou  une  h  muette  :  M^amors,  T'amistatz,  s'honors,  moit 
nmour,  TON  amitìé,  son  honneur, 

sni- 

pronoms  démonstratifs. 

Lespronoms  démonstratifs  romans  furent : 

Gel,  est» 

Aicel,  cest.  * 

Aqnel ,  aquest. 

la  règle  de  Ts  qui  distinguait  les  sujets  et  les  régimes  fut  quelquefois 
^ppliquée  aux  pronoms  démonstratifs  masculins. 

I^  pronoms  féminins  prirent  ordinairement  I^á  final  au  singulier ,  et 
As  au  plurìel. 

Mais  aussid'iL,  pronom  personnel  féminin ,  furent  dérívés  par  analogie 
ciL,  Aicu. ,  etc,  pour  caractéríser  le  pronom  démonstratif  féminin  au  sin- 
golier,  qnand  ce  pronom  était  sujet. 

Par  la  méme  raison ,  leis  ,  féminin  du  pronom  personnel ,  foumit  les 
|>ronoiiis  démonstratifs  féminins  celleis,  selets,  etc. 

Oe  Lux  masculìn  au  singiiiier ,  vint  celui  ,  etc. 


lÌY  RÉSUMÉ 

£t  d'iL  Inasculin  sujel  au  pluriel,  furent  formés  cil  ,  aquil  ,  etc. 

Ges  pronoms  démonstratifsétaient  quelquefoisseub,  et  alors,  dans  leurs 
fonctions  de  relatifs ,  on  les  employait  substantÌTcment ,  ainsi  que  les  pro- 
noms  personnels. 

Plus  souTent  ils  étaient  joints  à  uu  nom ,  et  ne  remplissaient  que  la 
fonction  d'adjectifs. 

Les  pronoms*  démonstratifs  s'appliquaient  aux  objets  animés  et  ina- 
nimés.  Plusieurs  se  modifiaient  de  manière  à  étre  employés  neutralement. 

CEL,    ET    SES    DéRIVÉS. 
MÁSCULIlf .  FÉMIIf  IN . 

SIllGULIBa. 

SujBT.         Gely  selhy  celiii,l  ceUa,cilli, 

Aîcel,  I  aicella,  aîcil, 

.1  I C0.  cet ;  11  'i         I  celUj  cttte; 

Aqud,  (     '       '.  aqaella ,  aquil.        ï         '    . 

\celm-ci,  ^ceile~cif 

RÌG.  BiB.  Cel,  celoì,  [     /  •  »»  cclia,ceUeÌ8.         |  ^n^tL 

Aicel ,  I  aicella , 

Aquel ,  ]  aqueUa ,  aqueUeis, 

PLURIEL. 

SujET.         Gil ,  cels ,  ^  cellas , 

Aicil,  aicels,  I  aiceUas, 

Aqail ,  aquels ,  í  ceux,  ces;  aquellas ,  I  celles,  ces; 

Rbg.  dib.  Els,  los,  \ceujxi,  las,  ScelUs^, 

Ccls,  lceiu>-/à.  cellás,  [  cc/fer-tó. 

Aicels ,  1  aicellas , 

Aqaels,  )  aquellas, 

Les  différentes  prépositions  qui  précédaient  ces  pronoms  ou  les  substantifs 
auxqueis  ils  se  rapportaient ,  faisaient  reconnaître  les  régimes  indirects. 

EST,    ET    SES    DÉRIVÉS. 
MÁSCULIN.  FÉMIHIM. 

SIN6ULIEB. 

SojET.         Est,  \  csta,ist, 

Cest ,  I  cesla ,  cîst ,  _     _, 

f  celui,  ce;  ^  •  .       1  *"*^^  ^^» 

Ri6.  w».  Eít,  [celui-là.  *•**♦  [ceUe-ià. 

Cest ,  l  cestâ , 

*<(uett ,  j  aguesta , 


DE  LA  GRAHMAIRE  ROMANE. 

MASCULIH.  FÉMIHnf. 

PLUAIIL. 

Scin.      Iftyest,  ^  esìMf 

Cîst ,  ccst ,  I  ccstas , 

.     .  ^    ìceux.ces;  ^  \ceUes,cesi 

Aquist  y  aquest ,  I         '       '  aquestas,  I  ' 

Sccuso^i,  yceiles^í, 

I».Dii.E»ts,  [ceux^.  *^*'  [celles^à. 

Gests,  I  cestas, 

Aquests ,  J  acjpiestas , 

Les pronoms  démonstratifs  so ,  àisso  ,  aco  ,  áquo  ,  ce,  ceciy  cela,  furent 
employés  neutralement ,  c'est-à-dire  d*une  manière  indéfinie. 

Cespronoms  étaient  invariables,  et  il  est  à  remarquer  qu'ils  se  plaçaient 
irec  le  Tcrbe  auxiliaire  Esssa  au  singulier  et  au  pluriel :  so  es,  cest; 
ifìm^ce  sont. 

Siv. 

VRONOMS    RELÀTIFS. 

Lorsque  el,  lo,  ellá,  lá,  lor,  etc,  U,  elle,  les,  eux ,  etc,  dési- 
gnaientdesobjets  non  animés  ou  non  personnifiés,  ils  devenaient  pronoms 
relatifs. 

0  et  Lo  étaient  employés  neutralement  comme  relatifs  :  Non  o  farai , 
w  itferai;  no  lo  deman ,  ne  le  demande. 

Ea ,  HE ,  en,  de  cela,  et  y,  i  ,  hi  ,  y,  s'appliquaient  aux  personnes  et  aux 
choses,  sans  recevoir  aucune  modification  de  genre  ni  de  nombre. 

qvij QUE,  etc 

M:iET.        Qui,  qî,  ki,  que,  che,  qe,  ke,  qu',  ch',  k',  q',  c' ;  qui, 
HiG.  Du.  Que,  che,  qe,  ke,  cui ,  qu',  cb',  etc. ;  que,  quoi. 

nXG.  INB.  De  quî ,  de  cui ,  cui ,  de  que,  don ;  de  qui,  de  quoi,  dont, 

A  qui,  a  cui,  cui,  a  que ;  à  qui,  à  quoi,  dont» 

Qui  masculin  pu  féminin  faisait ,  au  singulier  et  au  pluriel ,  la  fonction 

<le  sujel. 

On  ne  le  trouTe  pas  arec  les  pronoms  démonstratifs  employés  neutra- 
leinent ,  auxqueb  s'adjoignait  que. 

Qti,  cui,  étaient  qnelquefois  régimes  directs,  mais  plus  souvent 
■^{imes  indirects ,  et  ordinairement  cut  était  précédé  d'une  préposition. 


vj  RÉSDMÉ 

QuE  serrait  au  singulier  et  au  pluríel ,  au  masculin  et  au  féminin ,  et 
après  les  mots  employés  neutralement :  il  était  également  sujet  ou  régime, 
et  régime  direct  ouindirect^  mais,  comme  régime  indirect,  ilétaitpré- 
cédé  de  la  préposition. 

DoN ,  dòral^  exprimait  la  relation  des  mots  latins  cuius ,  á  quo,  etc,  et 
de  radverbe  db  uitde. 

On  ,  oUyOuqiiel,  en  qui,  faisait fonction  de  pronom  relatif  lorsqu'il  se 
rapportait  aux  personnes  ou  aux  objets  personnifiés. 
'   La  langue  romane  forma  un  autre  pronom  relatif  de  quáliV^  qval; 
placé  après  l'article,  il  remplissait  la  fonction  du  qui,  du  que,  du  cui, 
et  du  DON. 

L^article  de  ce  relatif  qual  reçut  les  modifications  usitées  pour  les 
genres ,  les  temps ,  et  les  régimes  ^  et  quál  reçut  celles  qui  étaient  établies 
pour  les  adjectifs  communs  :  lo  quál  ,  lá  quál  ,  li  quál,  los  quáls,  las 

QUÁLS,   DELS  QDÁLS,  DE  LAS  QUÁLS,  CtC. 

QuE  employé  dans  un  sens  neutre ,  remplissait  la  fonction  du  qvid 
latin.  :  No  sai  que  dire ,  ne  sids  que  dire. 

Le  pronom  relatif  que,  etc. ,  comme  sujet^  était  quelquefois  sous- 
entendu,  surtout  en  poésie  :  Anc  no  vi  dona  ...  tan  mi  plagues,  onapies 
ne  vis  dame  (qui)  tant  me  plút. 

Ce  méme  pronom  était  aussi  employé  en  supprimiant  le  sujet  ou  le 
pronom  démonstratif  auquel  il  se  rapportait,  soit  expressément,  soit  taci- 
tement  :  Qui  en  gaug  semena,  plazer  cuelh,  (celui)  qui  enjoie  sème, 
plaisir  recueille. 

Qui ,  sujet,  était  méme  placé  après  des  verbes  ou  des  prépositions  dont 
il  ne  devenait  pas  le  régime ,  parce  que  ce  régime ,  c'était  le  pronom  dé- 
monstratif  sous-entendu  :  Ley  demostra  a  ....  qui  ha  sen ,  loi  démontre 
á  (cELui)  qui  a  sens. 

On  trouve  la  préposition  et  le  régime  sous-entendus  à  la  fois. 

QuÁL,  GÁL,  quel,  pronom  relatif ,  fut  appliqué  aux  personnes  et  aux 
choses.  n  se  rapportait  toujours  à  un  substantif. 

Qui,  qui,  QUE,  que,  quál  ,  càl,  quel,  que,  quoi,  soit  comme  sujets , 
soit  comme  régimes,  dans  les  difi'érents  genres  et  dans  les  diftérents 
nombres ,  étaient  placés  en  forme  interrogative  :  E  que  val  viure  ses 
amor?  Et  que  vaut  vùfre  sans  amourP 


DE  LA  GRAMMAIRE  BOMANE.  Mj 

paoiioics  iifiyÉFiMis. 

les  ans  fnrent  employéa  comine  substantifs ,  les  autres  comme  adjec- 
t£;  quelques  uns  renqilirent  tour  à  tour  les  deux  fonctions;  il  y  en  eut 
■ne  qni  furent  usités  neutralement.. 

Toici  les  principaux : 

Ob  ,  hom }  se  ,^  on ,  fon. 

QiMZ ,  Qsquecz ,  chaque,  un  ehaeun, 

Cidiui ,  cascmi ,  cac ,  cad ,  chacun,  chaque, 

Dejian,  negon ,  nulh ,  lunli ,  non^ucun,  nul. 

Alqoe,  âleoa  ,  qualqiie,  qualaeam,  qnalaqnôin,  aucun,  quelqu*un,  quelque. 

Altre ,  al ,  altmi ,  autre,  auirui, 

L  DQ ,  Isiin ,  l'áltre ,  Pun,  rautre. 

Eîs ,  meteis ,  mezeîs ,  medes  ,  metes ,  méh^e,  le  méme, 

MaDft,  molt,  mout,  maint,  moult. 

Pliuor,  Irop ,  pUuieurs,  beauieoup. 

Totz ,  tFBStota ,  trestotz ,  îout ,  très-tout, 

Tant,  qoant ,  túnt,  combien. 

Les  pronoms  indétenninés  quecx  ,  usquecx  ,  furent  ordinairement  sub- 
sUotìfs,  mais  aussi  quelquefois  adjectifs. 

CaDUH  ,  CASGUH  ,  HEGUH  ,  DBGUIT  ,  HULH  ,  LUHH  ,  SelOU  qu'Ìls  étaicnt  SUJCtS 

OQ  légimes,  masculins  ou  féminins,  se  modifiaient,  tant  au  singulier 
<p'au  pluriel ,  conformément  aux  règles  établies  pour  les  substantifs  et 
potf  les  adjectifs. 

Altiui  fut  des  deux  genres ,  au  singulier  et  au  pluriel ,  et  s*employa 
^jectiyement  et  substantÌYement. 

PLusoa,  qui  ne  s^employa  qu'au  pluriel ,  fut  également  des  deux  genres, 
^  figara  tour  à  tour  comme  substantif  et  comme  adjectif  • 

Ea,  MVTBis,  BISS4,  METBissA,  s'appliquaient  aux  cboses  et  aux  per- 
MQDes,  et  se  joignaient  quelquefois  à  un  adverbe^  dans  ce  demier  cas, 
^  s  employaient  adverbialement. 

Ton  recerait  au  féminin  W ,  et  faisait  au  pluríel  tuxt  ,  tut  ,  tug  ^ 
^ticH,  totás-,  sujet  ou  régime,  il  se  modifia  d'après  les  règles  qui 
1.  h 


l^iij  RÉSUMÊ 

régissaient  les  adjeetifs.  H  en  fut  de  méme  relatÌTement  aux  pronoms 

TRASTOT,  MÁITT. 

Tous  les  adjectifs  de  quantité  indétermìnés  peuvent  étre  placés  parmi 
ces  pronoms. 

*  • 

CHAPITRE  V. 

■ 

NOMS  DE  NOMBRES. 


CARDmAUX. 

ORDmAUX. 

XASCDLIN. 

FéMINIff. 

Un, 

jftremier. 

premiera. 

Do8, 

s^on, 

segonda. 

Tres, 

ters, 

tersa. 

Quatre, 

quart, 

quarta. 

Ginq , 

quint. 

quinta. 

Seî,  sex. 

seizen, 

seîzena. 

Set, 

seten, 

setena. 

Och,  ot. 

ochen , 

ochena. 

Nov, 

noven. 

novena. 

Dex,  deze, 

dezen, 

dezena.  . 

Vint, 

vintesme , 

ventesma. 

Trenta , 

trentesme , 

trentesma. 

Quaranta , 

quarantesme , 

quarantesma 

Gent, 

oente , 

centesma. 

Mil, 

mille  f 

miUesma. 

NOMBRES    CARDINAUX. 


La  langue  latine  déclinait  tiirus,  duo,  tres  ^  la  langue  romane,  £dèlei 
son  système  d'imitation  ,  distingua  les  sujets  et  les  régimes  dans  un 

DOS  ,  TRES. 

Un  eut  son  féminin  tjna  ,  et  fut  soumis  à  la  règle  de  l's  íinal. 
Dos  fut  régime ,  et  dui  fut  sujet ;  amdos  ,  ambedos  régime ,  et  amdui  su 
jet,  au  masculin. 


D£  LA  GRAMMAIHE  ROMANE.  lìx 

Confonnément  à  la  règle  gén^rale ,  doás  ,  ámdoas  ,  féminins ,  furent 
tour  i  tour  sujets  ou  régimes. 

Teei  fint  sujet  masculin  ^  tees  v  régime  masculin ,  fut  aussi  sujet  et  ré- 
jime  féminin. 

Dans  les  autres  noms  de  nombres  cardinaux ,  la  langue  romane  ne  dis- 

(iû^ue  pas  les  sujets  et  les  régimes. 

■ 

NOMBRES    ORDIirAUX. 

Coinme  sujets ,  ils  prirent  souvent  Vs  final. 

Ceux  qui  finìssent  en  h  quittaient  souvent  cet  n. 

Plusieurs  des  noms  de  nombres  ordinaux  eurent  la  double  terminaison 

E5.0a  ESME,  EISME. 

Dsfurent  parfois  employés  substantivement. 

CHAPITRE  VI. 

VERBES. 
Les  verbes  romans  peuvent  étre  classés  en  trois  conjugaisons  : 

AE  y  ER  OU  RE  ,  IR  OU  IRB. 

La  langue  romane  avait  deux  verbes  auxiliaires  : 

AVER ,  ainnr, 

sasER  ou  ESTAi ,  étre, 

L  auxiliaire  aver  appartient  à  la  seconde  conjugaison. 
Quant  aux  verbes  esser  et  estar  ,  qui  forment  Tautre  auxiliaire ,  estar 
<4>partient  à  la  première  conjugàison,  et  EssERest  à  la  fois  irrégulier  et 

dêfectìf. 


h 


AÉSUMÉ 


AVER «,  AFOIR. 


PuÉillfT. 
PaRT.    PBÌSBNT. 

GiRQirmF. 
Pabt.  passk. 

PnáTáRIT. 


INFINITIF  •. 

Aver 
Ayent 
Aveii 
Aguty  ayut 


avoir 
ayaní 
en  ayant 

€U 


PRáSEMT. 


Aver  agnt ,  avut   avait  eu 
INDICATIF. 

PARPAIT   OOMPOSá. 


Aiy  ei 

fai 

Ai    agut,  avut     fai 

As 

tu  aj 

As                           tu  as 

A 

ila 

A                            aa 

ATem 

nous  apons 

Avem  agut ,  avut   nous  avons 

Avetz 

votts  of^ez 

Avetz                      vous  a^ez 

An,  ant 

ils  ont 

An                            ils  ont 

IMFARPAIT. 

PLUS-QQB-PARFAIT. 

Av  ia 

j'avais 

Avia  agnt ,  avut    fapais 

Avias 

tu  aí^ais 

Avîas                       tu  amis 

Avia 

ii  avidt 

Avia                        il  auait 

Aviam 

nous  atfions 

Aviam  agut ,  avut  nous  avions 

Aviatz 

vous  apiez 

Aviatz                     vous  atríez 

Av  ian ,  en  ,  on 

ils  a^aieni 

Avian                      ils  avaient 

PARFAIT 

SIMPLE. 

PUTUR. 

Aic,  Agui 

feus 

Aur  ai ,  Anrei       faurai 

Agmsty  Agnest 

tu  eus 

Aur  as                    tu  autas 

Ac,  Aguet 

ileut 

Aur  a                     Uaura 

Aguem 

nous  eúmes 

Aur  em                   nous  aurom 

Agueti 

vous  etUes 

Aur  etz                   vous  aurex 

Agueren  ^  on 

ils  eurent 

Aur  an                    ils  auroni 

eu 


eu 


eu 


€U 


'  Quelques  Mss.  offi^ent  i*a  initial  et  mème  ie  b  intérieur  d*HASfii«,  primitif  latin. 
*  Je  place  d'abord  rinfinitif,  paroe  qu'il  serait  impossible  de  se  rendre  raison  det 
tcmps  composés,  si  l'on  n'avait  déjá  connaissance  du  participe  passé. 


DE  LA  GRAMMABIE  ROMANE. 


»»j 


GONDinOlfllBL. 

SÚBJOlfGTIF. 

raisBiTT. 

PnÚENT. 

Âir«> 

faurau 

Aîa 

/aje 

iaras 

tuautais 

Ai  as 

iu  qy^es 

iiria 

il  auraù 

Aîa 

ilaà 

iirîioi 

nous  aurions 

Ai  am ,  AgaiD 

nous  ajfons 

inrìats 

vous  auriet 

Aiate 

vous  ajrez 

Anr  ian ,  ìoo 

ils  auraient 

AJ  an ,  OD 

ils  ajreni 

] 

PAArAIT. 

IMPARFAIT. 

Aoni    agttt 

,  aTut  /aurais           eu 

Agues 

/eusse 

Aarias 

iu  aurais 

Agn  esses 

iu  eusses 

Aana 

il  auraii 

Agues 

ileOi 

Aoríamagnt 

y  avul  nous  aurions  eu 

Agu  essem 

'    mous  eussions 

Aarittz 

vous  auriez 

Agu  essetz ,  Acsrs 

vous  eussiet 

Aariaa 

ils  auraUnt 

Agn  essen ,  on ,  Acson  ils  eusseni 

nrÌBATiF. 

•  •  •  • 

. « ■  • 

Aia      agut,  ayut 

/aye  eu 

Aias 

Ofe 

Aias    agut,  anit 

iu  ajes  eu 

Ait 

qìíil  aii 

etc. 

etc« 

Aiaa,  em 

ayons 

PU7S-i|ini-PAmFAIT. 

Aiatz 

ayei 

Agnes  agut,  avnt 

/eusse  eu 

Aî  an,  oa 

ftUls  aieni 

etc. 

etc. 

Ce  Terbe  auxiliaire  s'employait  qaelquefois  impersonnellement :  loncx 
temps  A,  úy  a  long~temps. 


'  Le  Terbe  avii  et  j^nsienrs  antres  ont  nn  double  conditioniiel  présenl :  Assa,  as, 
A,  AHy  Ati,  A*9  on;  et,  par  analogie,  nii  donUe  oonditioniiel  passé : JUba  AauT, 
ATUT,  etc 


Ixij 


Prìsemt. 
Part.  pRéasifT. 

GSRONDIP. 

Part.  PAMá. 
Prìt^rit. 

Prsssnt. 


Imparpait. 


PaRFAIT  ÌIMPLB* 


Parfait  cqmposé. 

PLDfr-QUE-PARFAIT . 

Futur. 


R£SUMÊ 
ESSER,  ESTAR,  ÉTRE. 

INFINITIF. 
Esser  Estar ' 

Esseot  Estant 

Essen  Esian 

Estat 
Arer  estat 

INDICATIF. 


Sui ,  Soi ,  Son 

Est ,  lest  j  Ses ,  Siett 

Es,  Ez 

^Enxy  Sem 

Etz,  letz,  Es 

Sun ,  Son ,  Sont ,  So 

Era' 
Eras 
Era ,  Er 
Eram 
Eratz 
Eran ,  on 

Fni     • 
Fust 

Fo,  Fon 
Fom 
FoU 
Foren,  on 


Ser  ai,  ei,  Er 
Ser  as 
Ser  a ,  Er 
Ser  em 
Ser  etz 
Ser  an 


Est  ai,  au,  auc 
Est  as 
Est  a^  ai 
Est  am 
Est  atz 
Est  an,  on 

Est  aya 

Est  avas 

Est  ava 

Est  avam 

Est  avatz 

Est  avan,  avon 

Est  ei 

Est  est 

Est  et,  ec 

Est  em 

Est  etz 

Est  eren,  eron 
Ai  estat ,  etc. 
Avia.estat,  etc. 

Estar  ai 

Estar  as    . 

Estar  a 

Estar  em 

Estar  etz 

Estar  an 


áre 
étant 
en  étaní 
été 
auùir  été 

je  suis 
tu  es 
il  est 

nous  sommss 
vous  êUs 
ils  sont 

/éíais 
tu  étais 
il  était 
nous  étións 
vous  étiez 
ils  étaient 

tufus 

a/ut 

nousJUmes 
vous  fúies 
ilsfurent 

fai  été 
foí^ais  été 

je  serai 
tu  sercu 
il  sera 
nous  seronj 
vous  serez 
iis  seroní 


*  On  trouvc  parfois  estbi  ,  istae  poor  sstab  ;  jc  crois  dcTOÌr  les  signaler  ici ,  quoi- 
qae  ISTU  appartienne  plus  spécialement  à  Tancien  français. 


DE  LA  GRAMMAIRE  ROMANE. 


Ixiij 


PiísDTT.  Ser  ia.* 
Ser  ìas 
Ser  ia 
Ser  iam 
Ser  iatz 
Ser  iaoy  ion 


CONDmONNEL. 

Estar.ia 
Estar  ias 
Estar  ia 
Estar  iam 
Estar  iatz 
Estar  ian,  ion 

Auria  estat,  etc. 


Est  ei-a 
Est  eras 
Est  era 
Eat  eram 
Est  eratz 
Est  eran 


je  serais 
îu  serais 

• 

il  serait 
nous  serions 
vous  seriez 
iis  seraient 

feéurais  été 


IHPERATIF. 

• 

* 

PiísntT. 

Si  as 

' 

Est  a 

sois 

Si  a 

Est  a 

soit 

Si  am 

Est  em 

,    soyons 

Si  atz 

Est  atz 

soyez 

Si  an^  Sion 

Est  en ,  on 

soient 

* 

SUBJONCTIF. 

PlásENT. 

Si  a 

Est  e,  ia 

je  sois 

Si  as 

1 

Est  es 

ta  sois 

Si  a 

Est  e ,  ia 

il  SOÌt      ' 

Si  am 

* 

Est  em,  iam 

nous  soyons 

Si  atz 

Est  eu 

vous  sojrez 

Si  an,  Si 

îon 

Est  en,  on 

'  ils  soient 

InPiiriiT. 

Fos 

Est  es 

jefusse 

Fos  ses 

Est  esses 

tufussés 

Fos,  Fossa 

Est  es 

ilfât 

• 

Fos  sem 

■ 

Est  essem 

4 

noús  fussion 

Foi  setz 

Est  essetz 

'  vous  fussiez 

Fos  sen, 

on 

,  an 

Est  essen ,  esson 

ils  fussent 

PllPlIT. 

Aia 

estat, 

ctc. 

faye  été 

I^LC*-QfIE-PARF. 

Agi 

les  estai 

i ,'  elc. 

feusse  été 

'  Ou  Fora,  as,  a,  am,  atz,  an-en-on. 


huw 


■fiSOHÉ 


AR. 


ACriF. 
ÂHAR,  jálMER, 


PaBT.  PÚtElfT. 

GÉmofHMF, 

PlAT.  PAMÉ. 

Pastúlit. 


uiyiivmff* 

Am  «r 
Am  «Dt 
Am«B 
Amat 


mwr  aimU 


Am  as 
Am  a,  Am 

am 

atz 

an  9  OD  9  €11 


faime 
tu  aimes 
il  aime 
nous  aimons 
vous  aimez 
ils  aimeni 


Am  ava 
avaa 
ava 
avam 
avaiz 
avaoy  avon 


imaRFAiT. 

faimais 
tu  aimais 
U  aimait 
nous  aimions 


vous  aimiez 
ilê  aimaient 


IIVDICÂTIF. 

Aì 

ks 

A 

Avem 

Avetz 

An 

Avia 

Avias 

Avîa 

Avîam 

Aviatz 

Avian 


PAmrAiT 
amat 


tuas 
ila 

nmu  affOHs 
vous  avez 
ils  ont 

amat         favais 
tu  aptàs 
il  apait 
nous  apions 
vous  auiez 
ils  ai^aient 


amt 


aimé 


PAIFAIT  tlMPLB 

Am  ei ,  iei 
eity  îest 
et« 
em 
etz 
eren ,  eron 


faimai 
tu  aimas 
il  aima 
nous  aimâmes 
vous  aimâtes 
îìs  aimèrent 


FnrUR   SIMPLB. 

Amar  ai,  erai         faimerai 


as 

a 

em 

etz 

an 


tu  aimeras 
il  aimera 
nous  aimerons 
vous  aimerez 
ils  aimeront 


*  Cette  troisième  personne  prit,  dans  qnelqnes  verbes,  le  c  final  au  liea  do  t,  od 
disait  indifTéremmeiit  ŶKKL%t^  ou  PAftLEtf^  il  parfa,  etc.     . 


DE  LA  GRÁMMAIRE  ROMÂNE. 


IXT 


IlfDICATIF. 

SUBJONCTIF. 

Finnni 

OOMPOSé. 

paÉSBHT. 

Aaai 

amat 

faurai 

aimé 

Am 

e 

quee  ýaim 

ijns 

tu  auras 

es 

tu  aimeJ 

in 

U  aura 

• 

e 

il  aime 

iocm 

nous  aurons 

em 

nous  aimions 

iflitti 

vousaurez 

etz 

vous  aimiez 

ionn 

iis  auront 

en  j 

on 

iis  aiment 

COHDITlOIflfBL. 

P&ífflBHT. 

Ab  arûi ,     era       faimerais 
«riai  f   eras      tu  aimerais 
•ría  ,     eni        i7  aimerait 
aríam  y  eram     nous  aimerions 
aríatz ,  eratz    vous  aimeriez 
arían  ',  eran *   ils  aimeraient 


paisEiVT  on  FUTua. 


• .  • . 


Am  â,  Am 

a 


atz 

en  y  on 


aime 

ft^il  aùne 
aimons 

qu^ils  aiment 


Am  es 
esses 


essem 
essetz 


IMPÁRFAIT. 

que  faimasse 
tu  aimasses 
il  aimât 

nous  aimassions 
vous  aimassiez 


essen ,  on  ,  an  ils  aimassent 


PABFAIT. 

Aoría 

amat 

faurais       aimé 

Aia 

Anrías  ' 

tu  aurais 

Aias 

Ania 

ii  aurait 

Aia 

Auiîafli 

nous  aurions 

Aìam 

Aflríatz 

vousauriez 

Aiatz 

Airian 

iis  auraient 

Aian 

UfPBRATIF. 

PAaFAIT. 


amat 


fajre 
tu  ayes 
liait 


aimé 


nous  ajrons 
vous  ajrez 
iis  aient 


Agaes 

Aguesses 

Agues 

Aguessem 

AguesMtz 

Aguesson 


PLUS-^nB-PAaFAIT. 

amat       feusse       aimé 
tu  eusses 
iieút 

nous  eusjions 
vous  eussie^í 
iis  eiusent 


Ou  Amar  ion.    *  Ou  Amer  ion. 


I. 


Ixrj 


RÉSUMÉ 

DBUXIEMB   COHJUGÁISOir    EN    ER,    OU    RE. 

ACTIF. 


TEMF.R, 

CRAINDRE. 

INFINITIF. 

Présxnt. 

Tem  er 

craindre 

PaRT.  PRéSENT. 

Tem  ent 

craignani 

• 

Géronbip. 

Tem  en 

en  eraignant 

PaRT,  ^ASSÌ. 

Tem  ut. 

snt 

craint 

Prétìrit. 

ÀTer  temut, 

sut  avoircraint 

INDICATIF. 

pr£sent. 

PARFAIT   OOMPOSp. 

Tem ,  Temi 

je  crains 

Ai  temut, 

temsút  fai              erai 

Tem  es 

tu  crains 

Ab 

tuas 

e,  Tem 

il  craint 

a 

il  a 

em 

nous  craignons 

avem 

nous  apons 

etz 

vous  craignez 

'   avetz 

votts  aî^ez 

en,  on 

ils  craignent 

IMPARPAIT. 

an 

ils  ont 

PLUS-i^UE-PARFAIT. 

Tem  ia 

*    je  craignais 

Ayîa  temut 

,  temsut  faêfais         crai 

iá» 

tu  craignais 

Avias 

tu  avais 

• 

la 

il  craignait 

Avìa 

il  atfait 

iam 

nous  craignions 

Aviam 

nous  avions 

iatz 

vous  craigniez 

Aviatz 

vous  atnez 

ian 

• 

ils  craignaient 

Avian 

ils  at^aient 

PARFAIT   SIMPLR'. 

FOTini   S1MVI.B. 

Temi,ei,îei, 

y  8Ì      je  craignis 

Temep 

• 
ai 

je  craindrai 

ist ,  est 

tu  craignis 

as 

tu  craindras 

i  9  et 

il  craignit 

a 

il  craindra 

em,  im 

nous  craignîmes 

em 

nous  craindrons 

etz ,  itz 

vous  craignUes 

elz 

vous  craindrez 

eren ,  eron  »      ils  craignirent 

an 

ils  craindront 

'  Des  verbes  en  Et  subissaient  une  contraction  :  vizsn ,  i;oir,  feisait  vi,  vim  ;  d*autres 
étaient  modifiés  intérieurement :  pbbmdrb,  prtndre,  faisait  pssji,  jim,  5BTS,  etc. 
■  Ou  iren,  iron. 


DE  LÁ  GRAMMÁIRE  ROMANE. 


Ixvij 


INDICATIF. 
FCTUB   GOMPOSÌ. 

inni  temitty  iemsat  faurai 
ivm  tu  auras 

im  ilaura 

iorem  nous  aurons 

imftz  vùus  aurez 

Aanii  Us  auront 


craint 


SUBJONGTIF. 

PRÌSEIIT. 

Tema 

que  je  craigne 

as 

tu  craignes 

a 

il  craigne 

am 

nous  craignions 

atz 

v0Ut  craigniez 

an 

ib  craignent 

CONDITIONNBL. 


PaÂBElCT. 


Tamr 


M»     a 

je  craindrais 

ias,   as 

tu  craiìidrais 

ia,     a 

il  craindrait 

iam,  am 

nous  craindrions 

iatz,  atz 

w>us  craindriez 

ian,  an 

ils  craindraient 

4 

PAmPAIT. 

Aiirit  tcniiit,  VtmÊnXfaurais       craint 
Aorías  tu  aurais 

Anría  il  aurait 

Airíam  nous  tutrions 

Aoríalx  vous  éturiez 

inríaa  ils  auraient 


IMPARPAIT. 


Tem  es ,  Tem  ses 


es ,  Tem  ses 
essem 
essetz 
essen 


je  cratgnisse 
tu  craignisses 
il  craignít 
nous  craignissions 
*vous  craignissi€% 
ils  craigmssent 


PAa^AiT. 

Aia  temut,  Xemsat  fajre 
Aias  tu  ajres 

Aîa  il  aà 

Aif  m  nous  ayons 

Aìatz  vous  ajrez 

Aian  ils  aieni 


craint 


IMPERATIF. 


PAÌfBIIT  OD   FUTim. 


Tcne 

cnUns 

e,Tem 

qv^il  craigne 

cm 

cndgnons 

elz 

craignez 

en,  on 

qu*ils  craignent 

PLUa-^l-PAEfAIT. 

I 

Agnes  temut,  temsaìfeusse         craini 
Aguesses  tu  eusses 

Agaes  ii  eút 

Aguessem  nous  eussions 

Afoesseta  votu  eussiez 

Agmson  ils  eussesu 


Ixviìj 


RÉSUMÉ 

TAOISIÈME    COHJUGÁISOlff    EN    IR    ET   IRE  '. 

ACTIF. 


SEINTIR,  SENTIR. 

INFINITIF. 

PaÉSBffT. 

Sent  if  , 

ire 

sêniir 

Paat.   PaÌSEMT. 

Sent  ent 

sentant 

GÍROlfDIF. 

Sent  en 

en  sentant 

• 

PaRT.    PASSÌ. 

Sent  it 

senti 

PaÌTáaiT. 

Ayer  sentit 

auoir  senti 

INDICATIF. 

PaÉSBlfT. 

PARFAIT  GOMPOSá. 

SeDty  Senti 

je  sens 

Ai 

sentit 

fai             sent 

Sent  is 

îu  sens 

As 

tu  as 

Sent,  Senti 

ilsent 

A 

ila 

Sent  em 

nous  sentons 

Avem 

nous  apons 

Sent  etz 

vous  sentez 

Avetz 

voiu  avez 

Sent  en ,  on 

ils  sentent 

An 

ils  ont 

IMPARFAIT. 

PLUS-i2UB-*PARFAIT . 

Sent  ia 

fe  sentms 

Avìa 

sentit 

favais          sei 

ias 

tu  sentais 

Avias 

tuai^ais 

ia 

il  sentait 

Avia 

il  af^aii 

iam 

nous  sentions 

Aviam 

nous  at^ions 

iatz 

vous  sentiez 

,   Aviatz 

vous  aifiez 

ian 

ils  sentaient 

PARFAIT   8IMPI.E. 

Avian 

] 

ils  apaient 

PUTUR   SIMPLB. 

Sent  i 

je  sentis 

Sentir 

• 
ai 

Je  sentirai 

ist 

tu  sentis 

as 

tu  sentiras 

• 

1 

il  sentií 

a 

il  sentiru 

im 

nous  senitmes 

am 

nous  smtirons 

itz 

vous  sentùes 

aU 

vous  sentirez 

iren,  iron         ils  sentirent 

an 

ils  sentironi 

'  Ges  verbes,  peu  nombrenz,  ôffrent  rarement  des  anomalîeSi  et  ce  qoi  en  íait  no 
classe  à  part,  c'est  qn'en  général  ils  n'olat  qu'un  conditionnel ,  tandis  qae  les  verb( 
des  aotres  conjugaisons  en  ont  régulièrement  deux. 


DE  LA  GRAMMAItlE  ROMANE. 


ìxix 


IHDICATIF. 

ruTum  ooMFOsá. 

ÀBiii   sentít  ftuarai  senti 

Imis  tu  aurat 

lan  il  aura 

nous  aurons 
vous  aurez 
ils  aurorU 


SUBJONCTIF. 

PRÉSENT. 

Senta' 

que  je  sente 

as 

tu  sentes 

a  ' 

íl  sente 

am 

nous  senûons 

atz 

iHtus  sentiez 

an 

ils  sentent 

CONDITIONNBL. 


FMESXNT. 

IIIPAaFAlT. 

Semria 

je  sentírais 

Sent  is 

que  je  sentisse 

iaa 

tu  sentirais 

isses 

tu  sentisses 

ia 

ii  sentirait 

is 

il  sentít 

iam 

nous  sentirions 

issem 

nous  senlissions 

iatz 

vous  sentiriez 

issetz 

vous  sentissiez 

ian 

ils  sentiraieni 

issen ,  isson       ils  sentissent 

PABFAIT. 

PARFAIT. 

Anría    feDtit 

fauraiê         senti 

Aia        sentit 

que  faie            sentt 

Inrâs 

tu  aurais 

Aias 

tu  ayes 

inna 

il  aurait 

Aia 

il  ait 

inríam 

nous  aurions 

Aiam 

nous  ajrons 

Anríatz 

vous  auriez 

Aiatz 

vous  ajrez 

Anrían 

ils  auraient 

Aian^  on 

ils  aient 

IMPERÁTIF. 
FftÌaiNT   OU   FUTUR. 


Seat  i ,  Seot 
1 


etz 
an,  on 


sens 

qi/ìl  sente 
sentons 
sentez 
qu*ils  sentent 


PLU8-QUE-FARFAIT . 


Agnes   sentit 

Agaesses 

Agaes 

Agnesseûi 

Agnessetz 

Aguesson 


que  j  eusse 
tu  eusses 
ileút 

nous  eussions 
vous  eussiez 
ils  eussent 


senti 


'  Ûei  verbes  ont  ce  présent  en  ia.,  ias,  ia,  iam,  iatz,  ian-lon. 


Ixx  RÉSUMÉ 

OBSERVATIONS  SUR  LES  YERBES  ROHAMS.   , 

Je  ferai  d'abord  remarquer  que  le  passif  des  verbes  romans  se  fonnait  en 
joignant  le  participe  passé  de  chaque  verbe  aux  diSerents  temps  et  modes 
du  verbe  esser  ,  sauf  les  temps  composés ,  qui  se  formaient  à  Taide  du 
participe  passé  d'ESTAR  :  ái  estat  amat ,  j'ái  été  aimé.  Les  règles  relatives 
aux  conjugaisons  passives  ne  souffraient  jamab  d'exception. 

Le  lexique  offirant  des  détails  nombreux  et  spéciaux ,  surtout  à  l^égard 
des  anomalies  particulières ,  je  me  bornerai  à  parler  des  exceptions  ou 
anomalies  communes  à  plusieurs  verbes  romans. 

Les  modifications  subies  par  les  verbes  romans ,  en  diverses  personnes 
de  leurs  divers  temps,  consistaient  ou  dans  les  changements  des  dési- 
nences ,  ou  dans  les  changements ,  additions ,  soustractions  de  lettres  inté- 
rieures. 

Les  terminaisons  des  verbes  romans  oSraient  peu  d^anomalies;  en  géné- 
ral ,  ces  anomalies  se  trouvaient :  aux  participes  passés ,  aux  premières  et 
aux  troisièmes  personnes  du  présent  de  Tindicatif ,  aux  premières  et  aux 
troisièmes  personnes  du  prétérit  simple  du  méme  mode. 

Les  modifications  intérieures  s'appliquaient  ordinairement  aux  mémes 
temps  des  mémes  modes. 

iHFimTiFS. 

PRÉSEMT. 

Dans  quelques  verbes  romans  en  er  ou  re,  en  ir  ou  ibe  ,  le  présent  de 
l'infinitif  avait  plus  d^une  terminaison. 

Âîiisî  :  Far  ,  faire  ,  et     PAÍRe ,  fajs0R. 

QoERery  quérir,         QUERre,  et  leurs  composés. 
SBGiar^  lUiVre,  ssore^  et  lenrs  composés. 

DiR,  dire,  etc.,         DiRe^  etc. 

Remìrque.  Quand  une  anomalie  s^explique  par  la  conjecture  très  Trai- 
semblable  que  les  yerbes  ou  elle  se  trouve  yariaient  primitivement  la 
terminaison  de  leur  infinitif ,  cette  explication  ne  doit  pas  étre  rejetée. 

Far  ,  FAiRE ,  étaient  très  vraisemblablement  des  modificatioiis  de  Tinfi- 


DE  LA  GRAHHAIRE  ROMANE.  In} 

DÌdf  primitif  PAZBR,  du  latìn  FÁCBre;  aussi  fah  et  FAimB  n'ayaient-ìls  qu'un 
mème  partìcipe  présent  FAzEifT,  qu'un  méme  gérondif  FázBH  '. 

Deméme,  dans  rhypothèse  inyerse,  si  des  yerbesromans,  tels  que 
ma,  voir,  plázer,  plaire,  etc.,  font  au  futur  de  Tindicatìf  \EÌra£, 
fLwm,  etc. ,  ne  doit-on  pas  admettre  que  ces  yerbes  ont  eu  une  se- 
cofide  lerminaison  au  présent  de  leur  infinitìf  yEÍre^  PLÁire,  quand  méme 
(eDe<i  ne  se  retrouyerait  pas  dans  les  écríts  qui  nous  sont  paryenus  ? 

Le  présent  de  rinfinitìf  pouyait  se  joindre  à  la  plupart  des  préposi- 
tioQs:  A  far,  a  faire^  de  seryir,  db  servir^  per  emblar,  pour  voier,  etc. 

PARTICIPBS   PRÉSBHTS,   GÉRONDIFS,    PARTICIPES    PASSÉS. 

Les  participes  présents  et  passés  n'étant  que  des  adjectìfs  yerbaux ,  fu- 
ifnt  ordinairement  soumis  à  la  règle  générale ,  qui  ótait  à  chaque  adjec- 
lif  latin  la  désinence  caractéristìque  de  ses  cas  *.    ' 

Les  géroDdifs  romans ,  formés  en  supprimant  do  ,  finale  caractéristique 
de  FuD  des  gérondifs  latìns,  demeurèrent  inyariables,  comme  ilsTétaient 
dans  la  laiigue  qui  les  ayait  foupnis  ^. 

Ds  s^employaient  sans  prépositìon ,  ou  ayec  la  prépositìon  Eir  :  aman 
rìu ,  je  vis  ADf  AST ;  me  yuelh  eh  ghajìtah  esbaudir,  me  veua:  en  chan- 
Ti5T  esbaudir. 

Les  paiticipes  latìns,  soit  présents,  soit  passés,  adaptás  à  la  langue  ro- 
BaDe  par  la  suppression  de  la  désinence  qui  caractérisait  leurs  cas,  pa- 
nissaient  quelquefois  manquer  d'analogie  ayec  le  présent  de  Tinfinitif , 
ipiaQd  ce  présent  ayait  subi  la  modìfication  souyent  imposée  à  plusieurs 
autres  yerbes. 

Ainsi  de  cREDEHTem  latìû ,  était  yenu  le  paftìcipe  roman  crezeiît  -,  mais 
te  présent  de  rinfinitìf  latìn  cREDERe  ayant ,  par  des  modifications  succes- 

'  Les  écrìts  des  Yaadois,  qoi  remontent  à  l'an  iioo,  ofirent  de  ces  terminaisons 
dlnfiiiitìft,  qni  ne  sont  plns  dans  les  écrits  postérienrs,  ainsi  on  y  tronve  coMBATer^ 
MAottre,  taner,  rendre,  etc. ,  aa  lien  de  coMBATre,  aumre,  usités  plus  tard. 

'  Les  participes  présents  dont  la  terminaison  fìit  toujours  art  ou  iht,  restèrent» 
tifs  verhaui ,  soumis  auz  règles  générales  de  l's  final,  qoi  étaient  impo* 


Ai  on  n  (ut  la  terminaison  caractérístiqne  de  tons  les  gérondifs  romans. 


Ixxij  RÉSUMÉ 

sives,  prodtiit  le  présent  de  rinfinilif  roman  cuiU|  on  neTeconnaitrait 
pas  d^analogie  entre  les  temps  de  rinfinitî£  : 


Grei&e  ,  présent , 
Gaezen  ,  gérondif , 
GaBztNT ,  participe  présent , 
GaBzuT ,  participe  passé « 


venant  de 


ctûetnsMe: 
caBDBN«ío; 

GBBDBNTém; 
GEBDITUI71. 


La  plupart  des  participes  passés  se  formèrent  directement  par  la  sup- 
pression  de  la  désinence  du  participe  latin ,  quoique  cette  modifica- 
tion  ne  fât  pas  conforme  à  la  modification  tubie  par  le  présent  de  Tin- 
finitif'. 

Un  très  grand  nombre  de  verbes  romans  formèrent  leurs  infinitifs  pre- 
sentS)  leurs  participes  présents,  leurs  gérondifs,  leurs  participes  passés, 
d^aprés  des  règies  d'analogie  aussi  simples  qn^variables. 


PaÉSEMT. 

PART.    PEÌS. 

GÉRQNDIF. 

PABT.   PA88É. 

AR. 

ROM. 

Amar 

amant 

aman 

amat. 

Lat. 

Amare 

amantem  • 

aman^/o 

ER  ou  R£. 

ROM. 

Plazer 

plazent 

plazen 

plaznt. 

Lat. 

Placere 

placentem 

placen^/o 

placitttJ». 

IR  ou  RE. 

ROM. 

Auzir 

auzent 

aoien 

auztt. 

Lat. 

Audire 

audientejn 

audiendo 

auditiMi. 

Comme  la  langue  romane  avait  un  assez  grand  nombre  de  participes 
passés  qui  s'éloignaient  pius  ou  moins  de  cette  forme  ordinaire,  je  ferai 
quatre  classes  des  difi'érentes  exceptions. 

Première  classe.  Elle  comprend  les  participes  passés  qui  avaient  été 
conservés  du  latin ,  sans  autre  altération  que  la  suppression  de  la  dési- 
nence ,  quoique  le  présent  de  Tinfinitif  eút  subi  une  altération  plus  ou 
moins  considérable : 


'  On  B^étonnerait  avec  raison  qae  ie  présent  de  IHndicatif  HAMnEi,  imftrv,  eût  pit>- 
dait  le  partícipe  passé  rat,  bì  i'on  ne  reconnaissait  facilement  qne  hat  a  été  dérí?é 
directement  de  RATum,  et  qne  l'infinitif  rasci,  entrant  dant  la  langoe  romane,  qni 
donna  á  tons  les  infinitifs  de  sa  deuxième  conjugaisou  la  désinence  ri  ou  iif  prít 
cette  terminaîson  aa  et  produint  RASctR. 


DE  LA  GRAMMAIRE  ROMANE 


IxxUj 


PART.    BOM. 

1NF.    ROlt. 

PArr.  LAT. 

mP.   LAT. 

AT. 

Irtt' 

■ 

irascer 

iratum 

irasci. 

Nat 

nascer 

• 

natum 

nasci. 

ABS. 

Ars 

ffrdre 

wsum 

ardere. 

Ans. 

Qaas 

daure 

clansttnt 

claudere. 

littT. 

Ubert 

ubrir 

apertum 

aperíre. 

IPT. 

Escrípt 

escríure 

scriptiim 

scríbere. 

IT. 

Fugìt 

fugir 

fugitom 

fugere. 

ORS. 

Cors 

corre 

cnrsttjn 

currere. 

ORT. 

Mort 

iiiorír 

mortiíiím 

morirí. 

Deuxième  clásse.  Elle  se  compose  des  participes  pasaés  romans  qui, 
daibleor  fonnation,  offrirent  des  modifications  remarquables,  soit  que 
le  present  de  rinfinitif  eút  été  formé  ou  non  d^après  la  règle  générale  : 


AT. 

Tronat 

tronar 

tonitrttm 

tonare. 

EBS. 

Aert 

aerdre 

adhaesum 

adhaerere. 

ES. 

Prgmes 

promettre 

promtsjum 

promittere. 

Pres 

prendre 

preAe/isiim 

prebendere. 

IST. 

Quist 

querre 

quaesitum 

quserere. 

Vist 

▼ezer 

TÌsfim 

TÌdere. 

IT. 

Gomplit 

complir 

completiim 

complere. 

SaUt 

salir 

saltum 

salire. 

Segult* 

segre ,  seguîr 

secutum 

sequi. 

TrabU 

trafaire 

traditiim 

tradere. 

Trait 

traire 

tractum 

trahere. 

BDT. 

Becelrat 

recebre 

receptum 

recipere. 

CUT. 

VÌscut 

TÎure 

YÌctum 

vîvere. 

DUT. 

Mordnt 

mordre 

morsiim 

mordere» 

GUT. 

Begut 

beure 

bibitum 

bibere. 

PUT. 

Romput 

rompre 

ruptiim 

rampere. 

ZUT. 

Giznt 

cazer 

casiem 

cadere. 

TioisiÈME  cLAssE.  Ellc  oSre  les  participes  passés  qui  avaient  éié  formés 
pr  analogie  avec  les  autres  participes  romans,  ou  avec  le  présent  de  Fin- 


'  La  langoe  romaiie  avait  ausai  le  participe  régolier  liAscuf .  -^  *  On  disait  égale- 

I.  k 


Ixxiv  RÉSUMÉ 

finitif ,  soit  que  la  langue  latine  n'eút  pas  un  supin  ou  un  participe  d'où 
ik  pussent  étre  dérivés ,  soit  que  la  nouveUe  langue  rejetát  le  supin  ou  le 
participe  passé  du  verbe  latin  défectif . 


PART.    BOÌI. 

INF.    EOM.              PAftT 

.    LAT.            IIIF.    LAT. 

ERT. 

Uffert 

uffi'ir 

offerrc. 

IT. 

Florìt 

.  florir 

floreseere. 

Lnut 

iuzer 

lucere. 

OLT. 

Tolt 

tobr 

tollere. 

DT. 

Batut 

batre 

batuere. 

Temut 

temer 

tîmere. 

QuATRiEME  cLAssE.  Cetto  demière  classe 
en  AT  des  verbes  romans  qui ,  çhangeant 
entrés  dans  la  conjugaison  en  ah  ,  quoique 
partenu  à  une  autre  conjugaison  latine. 


comprend  les  participes  passés 
la  terminaison  latine ,  étaient 
originairement  ils  eussent  ap- 


AT. 


Adolzat 

Cobeitat 

Oblidat 

Tremblat 

Usat 


adolzar 

cobeitar 

oblidar 

tremblar 

usar 


dulcitum 

cupit^in 

ohlìium 

usum 


dulcescere. 

cupere. 

oblivîscí. 

tremere. 

uti. 


Quelques  participes  passés  romans ,  dérivés  directement  des  supins  ou 
des  participes  passés  de  la  langue  latinç,  subirent  parfois  des  modifica- 
tions  si  peu  importantes ,  et  si  faciles  à  reconnaître ,  que  je  n'ai  pas  cni 
nécessaire  d'en  faire  une  classe  à  part^  tels  sont  entre  autres  : 


BOMAN. 


Facb ,  faìt , 
Destruit , 
Escrîch ,  escrìt , 
Junb,  joînb. 


de 


LATIN. 

factum. 
destructum. 
scrìptum. 
junctifm,  etc.  ' 


'  L*euphonie,  et  même  seulement  l'orthographe  on  hi  prononcîation ,  ont  pu  pro- 
duire  ces  légères  altérations ,  ainsi : 

CT,  FT         ont  été  fadleinent  changés  en  c,  ch  on  t. 
ncT,  etc.  enicH,  etc. 

Quant  à  rintroduction  de  Fi ,  elle  fut  si  commune  dans  les  autres  mots  que  la 
langne  romane  dériva  de  la  langue  latine,  qa*ii  n'est  pas  néoessaire  de  donner  une 
nouvelle  explication  à  cet  égard. 


DE  LA  GRAMM4IRE  ROMANE.  ìxxv 

Queiques  verbeá  romans  avaient  plus  d'un  participe  passé ,  comme : 

G>iy|iie8 ,  conquìst ,  de  Conqueire ,  conqoerer. 

Eiet  j  elegìt ,  elegnt ,  Eleger,  elegir. 

PDor  expliquer  ces  varíétés,  je  dirai  que  de  ces  participes,  les  uns 
aTaieat  élé  foumis  directement  par  les  participes  latins,  et  que  les  autres 
ÍBreDt  formés  par  analogie  d'après  rinfinitif  roman,  ou  d'aprèa  les  infi- 
oidfâ  romans,  quand  le  verbe  en  avait  eu  plus  d'un. 

Qoant  au  féminin  des  participes  passés  romans,  la  terminaison  a 
ao  siognlier,  et  la  terminaison  ás  au  pluríel ,  caractérisaient  ces  adjectifs 
TŶihux  comme  tous  les  autres  \  mais  il  est  à  observer  que  tous  les  parti- 
cipes  qui  au  masculin  se  terminaient  en  t  précédé  d'une  voyelle ,  chan* 
;eaient  au  féminin  ce  t  final  en  d  ,  qui  recevait  Vk  et  Tas  caractéristiques 
dagenre,  amaC^  AMAda^  aimé,  aimée,  etc. 
Cette  règle  était  sans  exceptions« 

INDICATIFS. 
PRÉSEMT. 

Les  trois  conjugaisons  formaient  ordinairement  la  première  personne 
da  présent  de  Tindicatif ,  en  supprimant  la  finale  caractérístique  de  Tin- 
Gnîtif. 

Auar,  TEìier,  vAViir. 

Voici  les  príncipales  modifications  que  subissait  la  règle  générale. 

Cette  première  personne  prenait  très  souvent  un  i ,  et  quelquefois , 
mais  rarement,  un  e  :  kziKe,je  hais;  i>^come ,  je  décowre. 

Quelques  verbes  de  la  deuxième  conjugaison  pouvaient  retrancher  la 
consonne  ipii  restait  après  la  suppression  de  la  finale  er  ou  re  ^  et  y 
^tituer  la  voyelle  i ;  ainsi , 

Dsver        fiiisait  à  la  foìs         dbu  et  dki. 
SAMr  SAP   et  sAi ,  etc. 

Lorsque,  après  la  suppression  de  la  finale  caractéristique  de  Tinfinitif , 
i  restait  detix  consonnes ,  dont  Tn  était  ia  pénultième ,  la  demière  iettre 
fct  ordinairement  supprímée  : 


Ixzv)  RÉSUMÊ 


AR. 

Ell    OU    RE. 

.    IR   OU   &E. 

Chan/ar 

Aten^rb 

Blani/ir. 

ìlAvdkK 

Reni/re 

Seníir.      • 

Quelquefois,  maìs  très  rarement,  Ti  final  de  la  première  personne  da 
présent  en  ei,  était  supprimé  dans  certains  verbes,  tels  que  :  creî,  mes- 
CREÍ^  qui  produisit  CRE ,  mescre,  etc. 

On  retrancha  parfois  la  consonne  finale  placée  après  kv  :  ì.kv%nr,  pro- 
duisit  LAu ,  Aijzîr,  Au ,  etc. 

Souvent  on  changea  des  consonnes  finales  : 

B  en  P.  Tro^ar  fit  trop. 

D  en  T.  Gari/ar  gart. 

ID  en  G.  GoiV/ar  cug. 

Z  en  G  ou  S.  Auzir  adg  ,  aus. 

Des  verbes  conservèrent  ou  reprirent  la  consonne  finale  que  foumi»- 
saitle  verbe  latin  au  lieu  de  celle  qu^offrait  le  verbe  roman. 

ROMAN.  LATIN. 

PrEC  de  PRE^AR  PRECARl. 

Sec  SE^RE  SE^I, 

II  y  eut  encore  d'autres  transmutations  de  consonnes  finales ;  on  les 
reconnaîtra  facilement. 

Quelques  premières  personnes  du  présent  de  llndicatif  furent  termi- 
nées ,  en  auc  ,  comme  vaug  ,  je  vais^ 

D'autres  verbes  prirent  un  c  après  la.  consonne  finale ,  et  sc  après  U 
voyelle  :  TEVC,je  tiens,  vosc,  je  peux,  etc. 

Quelquesuns  eurent  indifTéremment  une  terminaison  en  s,  z,  ^» 
comme  faí,  faz,  fáìz,  jefais, 

L'euphonie  ou  la  prononciation  locale  modifia  souvent  lé  son  de  Vo 
placé  avant  une  consonne  finale ,  en  ue  et  parfois  en  ei  ,  oi : 

TRoear^  trop  ,       fit  aussi       Ttiuep. 

ìHotiÌr,  MOR  ,  MI£«R. 

VoL«r,  VOL,  VU^L,  YUeÌLj  VUOÍL. 

Tohre ,  tol  ,  Tueh ,  tucil  ,  tuoìl, 

As^ez  souvent  la  première  personne  admet  une  modification  intérieuref 
en  recevant  un  i  qui  n'est  point  à  rinfiqîtif :  desBcre,  ou  seguìt^  suiyre, 


D£  LA  GRAlfMAIRE  ROMANE.  Ixxvij 

TÌDt  SEG  ou  SEC ,  qui  fit  aUssi  sÎEG ,  je  suis;  de  querre  ou  querer  vint 

QCIES. 

Toutes  les  secondes  personnes  des  divers  temps  et  des  divers  modes  fu- 
rent  caractérisées  par  Ts  au  singulier  et  le  tz  finales  aupluriel;  il  n'y  eut 
daatres  exceptions  que  le  singulier  du  parfait  simple  de  rindicatif ,  et  le 
angulier  du  présent  de  Timpératif . 

La  plupart  des  exceptions  des  premières  personnes  du  présent  de  Tin- 
dìcatìf  an  singuiier  s'appliquaient  aux  troisièmes  personnes ,  ordinaire- 
mentformées,  comme  les  premières,  par  la  suppression  de  la  désinence 
canctérístíque  de  Tinfinitif . 

Uiie  modification  particulière  à  cette  troisième  personne,  dans  les 
verbe$  en  la  principalement ,  ce  fut  de  prendre  un  s  final ,  soit  en  rajou- 
taj2f,  soit  en  le  substituant  à  une  autre  consonne  :  Lánguij^  il  lùnguit, 
êu  lieu  de  LAirGui ;  sor5,  il  surgit,  au  lieu  de  sotit,  etc. 

Cet  s  fînal  s'attacha  à  des  troisièmes  personnes  de  quelques  verbes  qui 
lavaient  rejeté  de  leurs  premières  ,  quoiqu'il  pút  y  rester  d'après  ia  règle 
ordinaìre  :  Crei5  de  CREis^er,  croitre,  vnis  de  mAiscer,  nattre, 

Qnelques  verbes  terminés  en  hher  qui  faisaient  rarement  iitg  à  la 
première  personne  eurent  assez  ordinairement  iiîg  à  la  troisième ,  cómme 
soFiAÎ^  à.emFfjaiher,  manquer,  DESTREÙig  de  DESTREnAer^  étreindre,  etc. 


PÁRFAIT    SIMPLE. 


Les  exceptions  à  la  règle  générale  étaient  plus  rares  pour  les  premières 
personnes  que  pour  les  troisièmes ,  qui  ófflraient  souvent  des  anofliìalies. 

La  première  personne  dù  singulier  de  la  conjugaison  eo  ar,  ordinai- 
rementen  ei,  prenait  quelquefois  un  i  intérieur;  amai,  amíei,  faimaii 
et,  par  suite  de  cette  modification ,  la  deuxième  personne  reçut  aussi  cet 
I  intérieur  :  amest,  amíest,  tu  aimas. 

Les  autres  conjugaisons  avaient  ordinflirement  la  première  personne 
de  leur  parfait  simple  en  i  au  singulier ,  maìs  parfois  Ts  final  y  était  joint : 
Dis,jedis,Tis,jefis. 

Parfois  aussi  cette  première  personne  dans  la  conjugaison  en  er  ou 
i£,  se  terminait  en  ei  ou  iei  :  Temi,  tEMei,  tEMÌei^je  craignis, 

On  trouye  des  exemples  de  la  terminaison  en  iirc, comme dans retener, 
TEiiER,  vEiriR-,  RETÛic,  fc  retins ,  tinc,  je  tins,  \inc,  je  vins. 


Ixzvuj  RÉSUMÉ 

Les  troisièmes  persónnes  du  singulier  des  verbes  en  br  ou  he  ,  ir  ou  irb, 
offirent  des  modifications  si  nombreuses  et  si  variées ,  que  je  crois  néces- 
saire  de  rassembler  les  principales  dans  un  ordre  alphabétique. 


Ac. 

Ais. 

Aas. 

Aup. 

Aps. 

Ec. 


Eis. 

Ezfc. 
Ebc. 
Eas. 

Es. 

Et. 

Eup. 

Is. 


Oc. 


Ois. 
Olc. 

Ols. 

Ors. 
Os. 


3*   PER8. 

Ac 

Plais 

Ars 

Saup 

Claus 

Cazec 

Sofrec 

Bec 

Dec 

Teis 

Esteis 

Venc 

Uberc 

Ters 

Aers 

Mes 

Ques 

Escondet 

Receup 

Dis 

Aucis 

Enquis 

Moc 

Ploc 

Conoc 

Ois 

Dolc 

Tolc 

Absols 

Sols 

Tors. 

Apos 

Escos. 


iifpiK. 

avcr» 

plazer 

ardre. 

saber. 

claure. 

cader. 

sofrír. 

beure. 

dever. 

tener. 

estendre. 

venîr. 

ubrír. 

terger. 

aerdre. 

metre. 

querre. 

escondre. 

recebre. 

dire. 

aucire. 

enquerre. 

mover. 

placer. 

conoscer. 

oinher. 

doler. 

tolre. 

absolvre. 

soler. 

tordre. 

aponre. 

escoter. 


3*  pxas. 

Plac 

Trais 


Correc 

Sec 
Tec 

Peis 
Sostenc 


Pres 

Sufiret 

Escris 

Fis 

Ris 

Noc 

Poc 

Pois 
Volc 

Revols 


UfFUf. 

plazer. 
traire. 


corre. 

sezer. 
teiier. 

penher. 
sostener. 


prendre. 

sufrir. 

escríure. 

faîre; 

rire. 

nocer. 

poder. 

poinher. 
voler. 

revolvre. 


DE  LA  GRAMMAIRE  ROMANE.  Ixxix 

Qnelques  verbes  oùt  á  la.fois  diffîreates  anooialies  aux  mémes  temps. 
On  a  remarqué  dans  le  tableau  ci-dessus  plazer  et  tbhbr  qui  faisaient 
à  la  troisième  personne  du  paif ait  simple  plac  et  plAis  ,  tec  et  tbis  ; 
j'indiqnerai  en  outre  le  verbe  fazer,  fáire,  far,  faire,  dont  la  troi- 
sième  personne  du  passé  était  à  la  fois  en  is ,  es  ,  etz  ,  ou  ez  ,  e  2  fis  ,  fes  , 

FETZ,  FBZ  )  FE. 

FUTtJR. 

Les  futurs  restèrent  généralement  eonformes  à  la  règle  primitive  de 

lairformation,  qui  consistait,  pour  le  futur  simple,  à  joindre  au  présent 

de  Vinfinitif  des  verbes  romans ,  le  présent  du  verbe  ayer  ,  en  entier  au 

slnQidier  et  à  la  troisième  personne  du  pluriel,  et  en  aphérèse  à  la  première 

et  i  la  seconde  personne  de  ce  méme  plurieb,  et  pour  le  futur  composé , 

á  placer  le  futur  simple  de  cet  auxiiiaire  devant  leur  participe  passé. 

Les  ezceptions  à  cette  règle  étaient  très  rares  ou  s'expliquent  facilement. 

Ainsi,  qiielques  verbes  subirent  la  soustraction  d'une  voyelle  inté- 

ríeore ,  xBieR ,  tenir,  fit  ten rai  ,  et  cette  soustraction  eut  lieu  pour  toutes 

les  personnes  du  singulier  et  du  plurìel. 

L  euphonie  ou  la  prononciation  locale  a  quelquefois  changé  le  futur 
ARAi  en  BRAi ,  on  trouve  AveRAi  pour  amarai.  De  méme,  la  terminaison 
Ai  se  changeait  parfois  en  ei  ,  ce  qui  provenait  sans  doute  de  la  doublè 
temiînaison  ai  ou  ei  ,  première  personne  du  verbe  avbr  ,  au  présent  de 
rindicatif. 

Le  présent  du  verbe  avbr  resta  souvent  séparé  de  Tinfinitif ,  on  disait : 
AXAR  Tai  pour  l'amarai,  je  raimerai,  aucir  m'AN  pour  aucirait  me, 
m'occiront,  etc. 

De  méme ,  les  verbes  aver  et  esser  ,  avec  la  préposition  a  devant  Tin- 
finitìf  des  autres  verbes ,  formèrent  une  locution  qui  servit  à  exprìmer  le 
futur,  comme,  ai  a  guerir,  jf'ai  à  guérir  (je  guérirai),  m^er  a  morir, 
me  sera  à  mourir  (je  mourrai). 

CONDITIOlfNBL. 

Tous  les  verbes  ont  leur  conditionnél  en  ia  ,  ias  ,  ia  ,  etc,  ajouté  à  Tin- 
fintìf. 

'  AflMr  Al,  A8,  A,  Af'BM,  APBTZ,  A1«. 


RÉSUMÉ 
Les  verbesren  ar  eurent  un  double  conditionnel :  Amar  ia  ,  ias,  ia  ,  etc.  ] 

AM  ERA  y  EEAS  ,  ERA  ,  etC. 

Plusieurs  verbes  en  er  ou  re  eurent  un  second  conditionnel  en  gaa, 
tels  que  : 

DOUBLE   CONDIT. 


INFliriT. 

Aver 

Beure 

Gonoscer 

Dever 

Mover 

Kocer 

Plazer 

Poter 

Segre 

Tener 

Valer 

Voler 


Venîr 


avna 

agra 

beurîa 

begra 

conoiria 

conogra 

devria 

degra 

movría 

mogra 

nocerìa 

nogra 

plasería 

plagra 

polría 

fogra. 

segría 

segra 

tenría 

tengra 

valría 

valgra 

yolria 

volgra 

le  VEHIR  , 

eurent  aussi 

venría 

vensra 

PÂRT.    PA88É. 

agnt. 

begut 

conogut. 

degut. 

mogut. 

nogut. 

plagut. 

pogut. 

segut. 

tengut. 

vialgut. 

volgut. 


vengut. 


D^autres ,  tels  que  saber  ,  avaient  a  et  ia,  sabra  ,  sabria. 
Les  soustractions  subies  par  le  futur  eurent  aussi  lieu  pour  le  condition- 
nel. 

IMPÉRATIF  ET  SUBJONGTIP. 

II  y  a  peu  d^observations  à  faire  sur  ces  deux  modes. 

Souvent,  et  surtout  dans  les  verbes  en  er  et  re,  la  langue  romane, 
eomme  le  latin ,  employait  le  présent  du  subjonctif  pour  rimpératif : 
vuLHATz ,  veuiUez, 

Quelquefois  le  présent  de  rinfinitif  remplaça  la  seconde  personne  de 
rimpératif ,  surtout  quand  le  verbe  était  précédé  d'une  négation  :  Huey- 
mais  NON  PLORAR  tant,  désormais  ne  plevres  tant;  am  ríc  bome  no  t  fizaRj 
avecpuissant  homme  ite  te  fie. 

Le  verbe  saber  ,  sayfoir,  prenait  le  ch  intéríeur ,  et  faisait  sapghàtz  , 
sAPCHON,  etc. 

Les  verbes  dont  les  prétéríts  simples  ou  les  conditionnels  avaient  été 


D£  LA  GRAMMAIRE  ROMANE.  Ixxxj 

modifiés  intérieurement  par  des  soustractions  ou  par  des  additions  ^  con- 
seiraient  ces  modifications  à  Timparfait  du  subjonctif ,  comme  ce  mérae 
Terbe  sabbk  ,  qui  faisait  à  ce  temps  savpes  ,  parce  qu'il  faisait  sáup  au 
prétérit  simple  de  Tindicatif . 

Dans  ce  cas ,  les  différentes  personnes  gardaient  leurs  désinences  ordi- 
DÛres.  Seulement  quelques  pays  avaient  adopté  la  désinence  Air  à  la  troi- 
sième  personne  du  pluriel ,  ainsi  on  trouve  passessan  pour  PAss£ssEfr ,  ils 
passassent. 


DES  VERBES  DÉFECTIFS  ET  IRRÊGULIERS. 

Les  anomalies  qui  se  rencontrent  dans  les  conjugaisons  d'un  ^  petit 
Dombre  de  verbes  romans  défeclifs  ou  irrégulicrs  appartiennent  au 
Lexique,  qui  réunira  les  explications  et  les  exemples.  Je  me  bomerai  à 
prpsenter  quelques  observations  sur  un  seul  verbe  de  ce  genre,  anar, 
aUer^  que  je  considérerai  B'abord  dans  sa  conjugaisòn  et  ensuite  dans  son 
emploi  assez  fréquent  d^auxiliairc. 

CONJUGAlSOBi    PU    VEaBE    ANAR. 

L  ensemble  des  temps  de  ce  verbe  fut  évidemment  formé  de  trois  verBes 

différents : 

Anar. 

Ir  venant  du  latîn  lae. 

VaDBR  VADERe. 

La  conjugaison  d'AiïAR ,  dans  tous  les  temps  et  dans  tous  les  modes  que 
les  monuments  romans  nous  ont  conservés ,  étant  entièrement  conforme 
aux  régles  générales  des  conjugaisons  des  verbes  en  ar,  il  suffit  d'en  faire 
robserration. 


I. 


Iixsîí 


Voíci  le  uUema  de  la  coojugaisoo  des  mip»  couvs  óes  deux  autres 


Pftil. 


ijinjiiTiv. 


alUr. 


liaHCATIF. 

PsÉi 

;.  Sf!««. 

Vao,  vacc  , 
Vas, 

VA,Vâl, 

je  vais. 
tu  vas. 
il  va. 

PLOB. 

Vaî», 

ils  vont. 

FfT. 

siirc. 

Ibai 
Iba« 
Iba 

firai. 
tu  iras. 
íl  ira. 

rusn. 

Ibeiì 
Ibctz 

naus  irons 
vûus  irez. 

IsâN 

COlfDITIONFrBL. 

ils  iront. 

MNG. 

Ibia 

• 
IMPÉRATIF. 

jirais. 

SING. 


VaI  \   VAS,   VA, 


va. 


SUBJONCTIF. 

SIIIG. 

Vaza, 

faille. 

PLUR. 

Vazan  , 

ils  aillent. 

ANAR,    COlfSIDÉRÉ    COMME    AUXILIAIRE. 

Ce  verbe  était  auxiliaire  de  deux  manières  : 

La  première,  lorsqu'il  précédait  un  autre  verbe  placé  au  gérondif, 
c'c»t-à-dire  un  participe  invariable  :  No  i  anes  DorTAN ,  /ij  allez  i>or- 


■  L'adjonctioa  du  pronom  personnel  xu,  te,  avec  l'adverbe  h»,  produisit  la  fomic 
rifinarqaable  vai  t*bn. 


DE  LA  GRAHBftAIRE  ROMANE.  Ixxxii) 

UNT  (nedúiUez  pas),  irai  plan heh  , /irái  PLAiGirAifT  (je  me  plaindrai)^ 

»19  DDEN,  Us  TONT  DISAITT  {ils  disent), 

ÌA  seconde  manière  joignait  le  verbe  ah ar  au  présent  de  rinfinitif 
qu'il  régissait  :  Li  ahec  dir,  lui  alla  dire,  iran  cbrcar,  ils  iroht  chbr- 

CHEI,  VAI  li  TRASMBTTRB  ,  VA  lui  TRANSMETTRB. 

REMARQUES. 

n  UTÌTa  fréquemment  que  la  langue  romane ,  à  Timitation  du  latin , 
n  eiprima  point  les  pronoms  personnels  qui  étaient  les  sujets  des  verbes  : 

8IN6DUBR.   * 

l"p£u.  sous-entendu  lEu      ....  dirai  un  vers,  je  dirai  un  vers. 

^  TV       quant  ....  l'auras^,  quand  tv  Tauaras. 

3'  EL       meillers  que  ....  non  cs,  meilleur  qu'iL  n'est. 

iLH      pus  blanca  ....  es,  plus  òlanche  elle  est. 

PLURIEL. 

i'^pus.  Nos     trobat  ....  avem,  troui^é  noxis  at^ons. 

vos     per  so  ....  devetz,  pourcela  vovs  det^ez. 

ELS      tant  messongier....  sun,  tant  mensongers  iLs  sont. 
ELAS    pus  frescas  ....  sun,         plus  fraîcìies  elles  sont. 

J'aiditque  vos  était  presque  toujours  employé  au  lieu  de  tu  \  par  suite 
<le  cette  règle ,  les  verbes  devant  lesquels  vos  se  trouvait  placé  ou  sous- 
^nienda ,  quoique  ne  désignant  qu'une  seule  personne ,  prenaient  le  plu- 
ríel;  et  pourtant  les  adjectifs  qui  se  rapportaient  au  pronom  restaient  au 
^mguiier. 

Ce  fat  aussi  un  caractère  particulier  à  la  langue  romane  que  de  mettre 
<i<^  souvent  au  singulier  le  verbe  auquel  s'attachaient  plusieurs  sujets  : 
^us  e  coRTESLà  mi  platz  ,  soulas  et  courioisie  me  plaìt. 

U  fonne  suivante  est  remarquable  :  ar  ,  aí^ec,  est  considéré  comme 
^OQjonction  :  lo  reis  ,  ar  sos  baros  ,  pueion  e  lor  spazas  geinzon  ,  le  roi, 
^*K  ses  barons ,  montent  et  leurs  épées  ceignent. 

Oq  trouve  parfois  au  pluriel  non  seulement  les  verbes  dont  un  nom 
"Uectif  est  le  sujet,  mais  encore  les  pronoms  personnels  qui  se  rappor- 


.V 


Ixxxiv  RÉSUHÉ 

tent  à  ce  nom  coUectif  :  Amor  blásmon  fola  geht,  amout'  blameht^//^ 
GEST ^  PERT  sa  GEHT ,  quc  no  LOR  secor,  perd  sa  geht  ,  vu  quil  ne  lelr 
aide. 

Pour  suppléer  les  différentes  opératioDS  grammaticailes  qu'avait  né- 
cessitées  chez  les  Latins  Teffet  de  I'action  d'un  yerbe  sur  un  autre ,  la 
langue  romane  adopta  que,  pronom  conjonctif  invariable,  qui  permettant 
an  sujet  du  second  verbe  de  conserver  le  signe  qui  le  caractérísait ,  ota 
toute  amphibologie ,  et  laissa  ce  second  verbe  au  mode  indiqué  par  la 
forme  ordinaire  d'u  discours. 

Employé  par  la  langue  romane ,  ct  par  les  autres  langues  de  TEurope 
latine ,  ce  qle  remplaça  à  la  fois  et  la  forme  gramraaticale  que  les  mo- 
dernes  ont  appelée  la  règle  duQVE  retra^ché  ,  et  les  nombreuses  particules 
qui ,  dans  la  langue  latine ,  étaient  le  lien  de  communication  d'un  verbe 
à  un  autre,  telies  que  lt,  ne  ,  eo  qlod,  quià,  etc. 

Cette  forme  de  la  langue  romane  était,  à  certains  égards,  préférable  à 
Temploi  que  les  Latins  faisaient  de  leur  infinitif .  Elle  ajoutait  à  la  clarté , 
elle  servait  à  indiquer  avec  plus  de  précision  différentes  modifications  de  la 
pensée  et  du  discours.  En  effet ,  les  temps  de  Tinfinitif  latin  n^oílraient  pas 
assez  dc  nuances ,  pour  rendre  cxactement  quelques  unes  des  modifications 
qu'a  exprimées  la  languc  romane ,  modifícalions  qui ,  dans  les  divers 
modes,  distinguaient  si  heureusemcnt  le  présent,  de  Timparfait;  le  prétérit 
simple,  du  prétérit  composé  *,  le  prétérit ,  du  plus-que-parfait ,  etc. 

Quelquefois  le  qve  conjonctif  roman  était  sous-entendu,  maissasuppres- 
sion  n'empêchait  pas  le  verbe  d*étre  placé  au  temps  qu'aurait  exi{^ê  la 
présence  du  que  :  Ben  volgra....  mi  dons  saubes,  Bìenje  voudrais  (que) 
ma  dame  sút;  comme  on  aurait  dit :  Ben  volgra  qve  mi  dons  saubes. 

Je  parlerai  dans  le  chapitre  suivant  du  que  placé  après  les  conjonc- 
tions ,  cu  employé  comme  adverbe  de  temps. 

n  m'eút  élé  facile  d'indiquer  d'autres  modifications ,  soit  accidentelles, 
soit  ordinaires ,  qu'on  rencontre  parfois  en  quelques  modes ,  en  quelques 
temps  et  en  quelques  ])ersonnes  d'un  petit  nombre  de  verbes  -,  j'ai  réservc 
cos  détails  pour  le  Lexiqxie. 


DE  LA  GRÂMMAIRE  ROMANE.  Izxxv 

CHAPITRE  VIL 

ADVERBES,  PRÉPOSITIONS ,  CONJONCTIONS. 

Je  range  sous  un  méme  titre  les  adverbes ,  les  prépositìons ,  les  con- 
jonctions ,  et  les  autres  semblables  éléments  du  discours^  parce  que ,  selon 
le  rang  qu'ilsoccupaieDt  dans  la  phrase ,  leurs  fonctions  changeaient  quel- 
qnefois  :  ainsi  certains  adverbes ,  suÌTÌs  du  qub,  devenaient  conjonctions ; 
ceruines  préposidons  le  devenaient  aussi,  lorsqu^elles  étaient  immé- 
dialement  suivies  du  mémeQUE^  enfin  les  prépositìons  employées  d'une 
maiûère  absolue ,  et  sans  soumettre  un  nom  quelconque  à  leur  régime , 
dereoaient  adverbes. 

Dans  la  langue  latine ,  post  était  tour  à  tour  adverbe  et  prépositìon ,  et, 
suivi  de  QUÁM ,  devenait  conjonctìon  ,  de  méme ,  dans  la  langue  romane , 
etdans  les  autres  langues  de  TEurope  latìne,  il  était  quelquefois  des  mots 
qui  oflfraient  de  pareilies  variétés. 

A  mesure  que  les  adverbes,  lesprépositions  etles  conjonctions  passèrent 
de  la  langue  latine  dans  la  nouvelle  langue ,  ils  reçurent  souvent  Tadjonc- 
tion  d^une  prépositìon  romane ,  et  notamment  des  prépositìons  á  ,  de,  e»  . 

Ainsi  á'uìTus  vint  iiitz,  izîs,  auquel  fut  ajouté  de,  qui  produisit  de 
»3,  DiHs,  dansí  et  méme,  par  réduplicatìon  de  la  préposition  de,  fut 
formé  dediiis  ,  dedans. 

De  sATÎis  latin  vint  satz  ,  qui  reçut  Vk ,  et  forma  ásátz  ,  assez. 

Vebsuj  latin  fit  d'abord  vers,  puis  ves,  vas,  vàrs,  auxquels  furent 
joìntes  les  prépositìons  de  et  en  ,  qui  produisirent  deves,  enves  ,  devás, 
uivAs ,  etc. ,  etc. 

ADVBRBES. 

J'ai  établi  cinq  divisions  au  sujet  des  adverbes  romans. 

La  p&emiere  DivisioN  conceme  les  adverbes  terminés  en  ment,  dési- 
oence  qu'on  écrivait  assez  arbitrairement  aussi  me»  ,  meits  ou  mentz. 

Cette  terminaison ,  qui  caractérisa  le  plus  grand  nombre  des  adverbes 
Tomans,  fut  empruntéc  à  une  forme^tarticulière,  qu'on  trouve  dans  la 


Ixxxvj  RÉSUMÊ 

plupart  des  bons  auteurs  latins ,  laquelle  consistait  à  employer,  comme 
locution  adverbiale ,  Tablatif  absolu  uEìire,  en  y  joignant  l'adjectif ,  qui 
recevait  par  cette  forme  un  caractère  d'adverbialité. 

MENTe  latin  étant  féminin ,  Tadjectif  roman  auquel  il  fut  joint  pour 
former  un  adverbe ,  prit  nécessairement  la  terminaison  á  ,  qui  appartenait 
au  genre  féminin  :  tels  que  FiifaMEmT  ^  ýinement ,  soLaMEHT,  seulemcni, 
VERaMEiVT ,  verìtablement ,  formés  des  adjectifs  fis  ,  fina  ^  sol  ,  sola  ;  veh  , 
VERA,  etc. 

Quand  Fadjectif  était  commun  et  conséquemment  n*avait  qu'une  ter- 
minaison  pour  les  deux  genres ,  cette  sorte  d'adverbe  ne  se  forma  pas 
moins  en  ajoutant  ment  à  cet  adjectif,  comme  cobal,  cordial,  HUMiLy 
humble,  etc. ,  qui  produisirent :  coralmen,  nuMiLMEif. 

Lorsque  plusieurs  adverbes  en  meht  se  trouvaient  à  la  suite  les  uns 
desautres,  cette  finale,  au  lieu  de  s'attacber  à  chaque  adjectif ,  pour  lui 
imprimer  le  caractère  adverbial ,  ne  se  plaça  qu'après  le  demier  :  Parlem 
suAu  e  PLANAMEN,  parloHS  DOUCEMENT  ct  FRANCHEMEN T ;  ct  quelquefois 
qu'après  le  premier  :  Pregar  humilmen  e  lialh  e  devota,  prier  hum- 

BLEMENT  Ct  LOYALEMENT  Ct  DÉVOTEMENT. 

Les  adverbes  en  ment  étaient  quelquefois  précédés  d'une  préposition  : 

EN  BREUMENT ,  EN  bref. 

La  seconde  division  des  adverbes  romans  comprend  ceux  dont  la  ter- 
minaison  n'était  pas  spéciale ,  soit  quHIs  fussent  dérivés  du  latin ,  par  la 
suppression  de  la  désinence ,  comme  ben  ,  bien  de  ben^  ,  pauc  ,  peu  de 
PAuce,  etc. ,  soit  qu'ils  eussent  été  formés  extraordinairement  par  la  lan- 
gue  romane  elle-méme ,  qui  les  avait  appropriés  à  ses  besoins ,  tels  que  : 
PETiy ,  peu ,  TROP ,  beaucoup ,  etc. 

La  troisiême  division  s'applique  aux  adjectifs  employés  neutralement 
en  forme  d'adverbes  :  Gen  fui  per  vos  bonratz ,  gentement^5  par  *vous 
honoré;  ils  prenaient  des  prépositions  :  en  esgur  vauc  com  per  tenebras, 
EN  OBscuR  (obscurément)  vais  comme  par  ténèbres. 

La  qu atrieme  division  indique  la  forme  romane  qui  consistait  à  employer 
souvent  substantivement  plusieurs  de  cesadverbes,  lesquels  devenaient 
alors  sujets  ou  régimes ,  et  méme  recevaient  Farticle  qui  s'attacbait  aux 
substantifs  et  servait  à  les  distinguer  :  del  plus  serai  sofrire ,  du  plus  serai 
souffrant :  al  pus  tost  que  poc ,  a»  plus  tôt  (fue  put. 


DE  LA  GRAMMAIRE  ROMANE.  Ixxxvij 

EDfin  LÁ  cinQiiiÈME  Divisiojy  est  relalive  à  Fusage  des  locutions  adver- 
biales ;  al  meu  álbiiie,  à  mon  aiàs,  mon  escien  ,  à  mon  escient,  mal  mon 
G&AT,  maigré  moi,  etc. ,  etc. ,  dont  rexplìcation  appartient  spécialement 
au  lexique  roman. 

PRÉPOSmONS. 

Les  prépositìons  de  la  langue  romane  se  formaient  souvent  d'un  adverbe, 
sartout  par  Tadjonction  d^une  particule  qui  leur  imprimait  le  caractère  et 
U  foDctioa  de  préposition  ^  elles  devenaient  adverbes  à  leur  tour  lors- 
quelles  étaient  employées  sans  régime,  et  enfin  elles  deTcnaient  aussi  con- 
jonctions  quand  elles  étaient  suivies  d'un  signe  ou  d'une  particule  qui 
Ipur  pennettait  de  servir  de  lien  entre  les  membres  de  la'phrase,  ou  entre 
lesphrases  mémes. 

Lesformes  romanes,  à  Texemple  de  la  langue  latine ,  assujettissaient  en 
{jéoéral  le  substantif  ou  le  nom  employé  substantivement ,  après  une  pré- 
posítion  ,  à  prendre  le  signe  qui  exprimait  et  caractérisait  le  régime  ^  de 
méme,  comme  dans  le  latin,  la  langue  romane  joignit  souTent  à  ses 
rerbes,  et  méme  aux  substantifs  et  aux  adjectifs,  une  préposition  antécé- 
deute ,  qui  quelquefois  se  confondait  avec  ces  noms ,  et  d^autres  fois  y 
était  seulement  adhérente ,  mais  sans  les  soumettre  eux-mémes  comme  ré- 
gimes;  car  alors  ces  prépositions  devenaienl  en  quelque  sorte  des  adverbes : 
SoBBafan ,  sur'chagrin ,  soBRStemer,  sur^crainte. 

D  est  toutefois  à  remarquer  que  la  préposition  incorporée  ou  adhérente 
n'empéchait  pas,  soit  le  substantif ,  soit  le  nom  qui  en  faisait  la  fonction, 
de  prendre  le  signe  du  sujet :  SoBREtemer^  me  fai  languir,  suR-croi/ite  me 
faà  languir,  per  soBREtemer  Tau  defailir,  par  sur-cmiVi£e  a^ais  défaillir. 

Remarque.  La  préposition  de  était  souTent  supprimée  devant  les  noms 
propres:  Jaufre  lo  filh...  DoTOir,  Jaufre  lefils  (de)  Dovon  \  cette  suppres- 
^ion  arait  également  lieu  parfois  devant  des  substantifs  qui  expriment  des 
noms  propres  génériques,  qualificatifs  :  lo  servici...  Nostre  Senhor,  le 
ï^rvicc  (de)Notre  Seigneur. 

De  méme ,  on disait :  Lo  filh. . .  lo  rey,  le  fils (du)  roi,  li  efan. . .  lo  gomte, 
^  enfants  (du)  comte. 


Ixxxviij  RÉSUMÉ  DE  LA  GRAMMÁIRE  ROMANE. 

CONJONCTIONS.  ' 

Presque  toutes  les  conjonctîons  romanes  farent  formées  par  radjonc- 
tion  du  QUE  indéclinable ,  qui  était  parfbís  sous-entendu. 

Je  me  bornerai  à  quelques  observations  sur  les  particules. 

La  langue  romane  adopta  et  ,  conjonction  latine ,  mais  au-devant  des 
mots  qui  commençaient  par  des  consonnes ,  le  t  final  fut  généralement 
supprimé. 

Ni  fut  à  la  fois  particule  conjonctive  signifiant  et,  et  particule  disjonctive 
avec  le  sens  de  ite  \  mais  dans  cette  seconde  acception  îl  y  avait  toujoun» 
dans  la  phrase  la  négation  nojgi  ,  tandis  que,  dans  la  première ,  cette  néga- 
tion  ne  s'y  trouvait  jamais. 

Si  iTON ,  sinon ,  fut  employé  de  deux  manières  :  la  première ,  en  conser- 
vant  rapprochées  ces  deux  particules  pour  en  faire  un  seul  mot  ^  sinoii  *,  la 
seconde ,  en  les  séparant ,  mais  alors  si  fut  toujours  placé  le  premìer :  non 
ho  dic  si  per  ver  non,  ne  le  dis  sinon  pour  vrai. 

Pour  augmenter  la  force  de  la  négation  non  ,  la  langue  romane  y  ]oi- 
gnit  souventdesparticules  explétives  telles  que  gaire  ,  ges  ,  mia,  fás,  res. 

Enfin  cette  langue  eut  aussi  de  ces  particules ,  employées  dans  un  sens 
absolu ,  qu'on  nomme  interjection ,  exclamation ,  et  qui  servent  à  expri- 
mer  les  sentiments  de  surprise ,  de  douleur,  d'admiration ,  etc. ,  teUes  que 
Ai !  ahl  LAs !  HAiLAs !  los  l  hélos  l  etc. 

II  me  resterait  maintenant  à  parler  des  nombreuses  locutions  particu- 
lières  que  créa  Tidiome  roman ,  et  dont  la  plupart  se  rctrouvent  dans  ceux 
de  TEurope  latine ,  mais  comme  je  ne  pourrais  en  donner  ici  qu'une  éno- 
mération  incomplète,  je  préfère  à  ce  sujet  renvoyer  au  Lexique,  quiprésen- 
tera  d'ailleurs  sur  chaque  mot  des  détails  et  dcs  exemples  propres  à  faire 
mieux  connaître  pt  apprécier  les  formes  et  le  génie  de  la  langue  romane. 


NOUVEAU'CHOIX 

DES  POESÌES  ORÌj^^rt^^S  ..y^ 


•       « 


TROUBADOUHS. 


ROMAt^  DE  FLAMEBCÀ'' . 


4 


AxCHiicBAtJB  9  comte  d^  Bou^n-les-Bains ,  a  adressé  an  ilíessage  à  Gui, 
eomte  de  Nemours,  pour  lui  demander  en  marìage  sa  fille  Flamehca. 
la  narration  t^ommence  au  moment  où  le  comte  de  Nemout^,  consultafht 
ses  confidents  sur  ce  message,  leur  expose  sòn  embarras  :  il  désire  depuis 
loog-temps  qu'une  alliance  Funisse  à  Archamhaud ,  ôplais  un  roi  luède- 
mande  également  sa  fille.  Doit-il  sacpfier  s^  afiectiotis  à  sa  vanité  ?  il 
s'exprime  à  ce  sujet  en  des  termes  diclés  par  un  sentiment'|)a{èrdel : 

ìíais  Toil  <{ne  sia  castellana ,  i'aime  mieuic  qn'elle^oit  çhâtelftine , 

E  <{a'ien  la  veia  la  semana  •  pouryn  ^ue  je^á  Yoi^nne  fois  là  semaine 

01  mes  o  Van  nna  Tegada ,  «  *  ^n  le  mois  ou  Tan ,  qne  si  elle  était  reine 

Qne  sî  fos  reina  coronada ,  ^      conronnée ,  de  teUe  sortè  que  je  ne  la 

Per  ul  qne  non  la  vls  jamais.  ,     visfe  j^fl^ais. 


Ses  conseillers  le  fortifient  dans  tes  dispositîons  en  lui  faisasit  Téloge 
d^Archambaud  :  il  n'est  au  monde  meiUeâr  chcvalier,  sa  valeur  est  égale 
à  sa  franchise.  D*ailleurs  ils  font  valoir  une  raison  politique : 

Hais  Tos  faria  de  socors  Le  seigneurArchambapLdvbns  donne- 

£n  Archimbautz ,  s'ops  vos  avia  ,  rait  plus  de  secours ,  sfl^som  vous  était, 

Qq  el  reis  Esclaus  ni  '1  rets  d'Ongria.        <{i\e  le  roi  Esclavon  et  le  roi'de  Hongrie. 

'  On  ne  connaît  de  ce  roman  qn'an  senl  mana8crit,*aà  manquent  le  commencement 
^  U  Gq  ct  qnelques  feaiUeU  de  l'intériear. 

I.  1 


3  ROHAN  DE  FLAMENCA.. 

* 
« 

La  comtessede  Nemours,  aussi  consuUée  par  son  époux,  ne  consent 
poìnt  à  se  séparer  d^une  fille  qui  est  robjet  de  sa  tendre  affection.  Dès 
lors  plus  d'hésitaítipn  :  Robert,  messager  d'Archambaud,  son  seigneur, 
lui  rapporte  une  réponse  favorable« 

Archambaud  se  dispose  à  faire  sa  visite  aa  comte  de  Nemours  et  à'sa 
fille ;  il  donne  ses  ordres  à  cet  effet  { 


tt  Cent  cavallier  serem  ^  ses  plas , 
Quatr'  escudiers  aufa  chastuns ; 
Nos  tuît  portarem  un  seinal ; 
Els  escudicra  seran  egal 
£  de  vestirs  e  de  joven  , 
De  bos  aips  e  d'esenhamen  ; 
Armatz  de  fer  et  entreseinz , 
SeUas  et  escutz  de  nou  teinz 
D'nn  semblan  ^d'ana  color 
Portarem  tut^  e  l'auriflor.  » 

2o  era  sa  captal  senhera 
Qa'ab  tomeis  anava  premiera. 


M  Nous  sevtons ,  sans  plus ,  cent  cheTa- 
liers ;  chacûn  aura  quatre  écuyen ;  noos 
porterons  tous  méroe  marque ,  et  les 
écujei^  seront  pareîls  et  d'hahiUemeots 
et  de  grâce ,  de  bonnes  qnalités  et  de 
politesse;  armés  de  fer  et  enseîgDcs, 
nôtis  aurons  tous  selles  et  écus  teÌDtsà 
neaf^  de  méme  forme  et  de  même  cou- 
leur,  et  l'oríflamme.  » 

C'élait  sa  banniére  príncipale  qdi, 
aux  toumois ,  passait  la  première. 


Lie  comte  de  Nemours,  averti  dela  prochaine  arrivée  d'Archamhaud 
se  prépare  à  te  recevoir  honorablement,  et  parle  ainsi  à  son  fils : 


M Coven  fiiire  gran  cort ; 

Terme  n'avem  petit  et  cort : 
Qu'En  Archimbautz  dis  que  venra  ^ 
Ja  .XV.  jorns  non  tarzara.  » 

Le  fils  lui  répond  : 

<c Nq  us  esmagues , 

Bel  sener  paire,  pro  aures ; 

Assaz  podes  donar  e  metre; 

Ja  nulla  ren  no  us  cal  prometre. 

Assaz  aves  argent  et  aur; 

Eu  vi  l'autre  îom  lo  thesaur : 

De  .V.  anz  en  sa ,  es  cregutz 

Tant  que  )a  non  er  despcbdutz.... : 


M  II  convient  Ae  tenir  grande  conr; 
nous  avons  à  cet  effet  terme  petit  et  pro- 
chain :  puisque  le  seigneur  Archambatid 
dit  qu'il  viendra ,  déjà  il  ne  tardera  pais 
quinze  jours.  » 

■ 

«  Ne  vous  inquiétez  pas,  beau  seigneor 
père ,  vous  aurez  suffisamment ;  voiu 
pouvez  donner  et  dépenser  heaucoup ;  il 
iie  vous  faut  emprunter  aucune  chose 
Vous  avez  beaucoup  d'argent  et  d'or ;  j( 
vis  votre  trcsor  Pautre  jour :  depuis  cin<] 
ans  en  ^à ,  il  s'est  tant  accru  qu'il  iì< 
sera  jamais  dépensé....  Aînsi  il  convîeD 


ROHAN  DE  FLAMENGA. 


Aici  coven  tal  corl  frssam 
Que  Don  fo8  tals  áe  sai  Adam. 

«Trastotz  nostres  amix  mandatz, 
Et  als  enemtx  perdonatz. 
$0D  sai  d'aisi  eu  Alamainha 
^eçiin  baron  qne  ja  i  femainha , 
Qa'a  cesta  cort  non  venga  tost , 
PÌos  rolontiers  no  fiiri'  en  ost.  » 

—  «  Bels  fiJs,  per  Dieu,  no  t  sia  pena ; 
To  0  fiû  tot  et  tu  o  mena.  .  . 

En  f  ol  que  sias  pros  e  larcs ; 
Qmtqaer  .c.  sols,  dona  ^z.  marcs; 
Quit'eù  quer-.v.  dona  l'en  «z. : 
Aiû  poiras  montar  en  pfes.  » 

—  «  Senher,  letras  fassam  e  Iircus ,  . 
iíessages  mandem  bons  e  leus, 

Qa  a  cesta  cort  yengan  ades 

Cil  que  son  de  luein  e  de  pres...,  » 


que  nous  tehions  uif&cour  telle  qu'il  n'en 
fut  pareille  depuis  Adam. 

«  Mandez  tous  nos  amis  >  et.  réconci- 
liez-vous  avec  les  ennemis..  Je  ne  sais 
d'ici  en '  AUemagne  aucun  baron  qui 
y  reste ,  qui  ne  vienne  aussitôt  à  cetle 
cour  plus  volontiers  qu'il  ne  ferait  k 
l'armée»  » 

•—  «  Beau  fils ,  au  nom  de  Dieu ,  que 
cela  ne  soit  une  peine  pour  tol ;  fais  et 
dirige  tout.  Je  veui^  que  tu  sois  preux  et 
gén^reux ;  si  l'on  te  demande  cenl  spls , 
donne  dixmaros;  quit'en  demande  cinq, 
donne-lui-en  dix  r  ainsi  tu  pourras  mon- 
teren  mérit^i» 

—  «  Seigneur,  faisons  lettres  et  brefs , 
mandons  messagers  bons  et  lestes ,  afin 
que  <;^ux  qui  sont  de  près  et  de  loin 
viennent  de  suite  à  cette  cour.  » 


Gnq  messagers  sont  envoyés  de  differentt  cótés. 


Aos  Archimbautz  ges  non  retenc ; 
Tres  joms  avant  lo  terme  venc: 
Gen  fon  a'cullitz  et  oprátz , 
£t  rmos  e  bels  szitHEa  clamatz. 


Maîs  Archambaud  nc  tarda  point ;  Ìl 
tfrrîva  trois  jours  avant  le  terme :  il  fut 
agréablement  accueìlli  et  honoré,  et  pro- 
cìdimé  preux  et  òeau  seigneur» 


A  l'aspect  de  Flàmbnca ,  il  éprou ve  la  passion  la  plus  vive ;  il  désire 
ardemment  de  Tépouser. 
La  cour  plénière  s*assemble  le  lendemain  de  la  Pentecóte. 


Tnt  li  ríc  home ,  per  ufana ,. 
De  .vni.  jornadas  enviro 
I  vengron ,  cascuns  per  tenzo. 


•  Tous  les  hommes  puissants  de  huit 
journées  d'alentour  j  vinrent,  par  osten- 
tation ,  chaçun  à  renvi. 


U  s'y  trouva  un  grand  nombre  de  comtes,  comtors,  seigneurs  et  va- 
Tasseuis. 


Per  miei  la  bela  pradaria , 
^^^scnn  perpren  albergaria : 


€hacun  établit  sa  demeure  parmi  la 
belle  prairie :  il  j  eut  beaucoup  de  teutes 


1 


4 


ROlffAN  DE  FLAMENCA. 


Assaz  i  ac.teadas  e.Û'aps,  -^ 

Et  alcubas  de  divert  draps ,  *  / 

E  paballos  de  manta  gniza  f 

Qae  non  temon'  plnia  ni  biza ; 

De  cniecs ,  de  blancs  e  de  veAneilz , 

N'i  ac  plus  de  .t.  cens  pareils...*. 

De  juglan  i  ot  tan  gn^  rota.... ,  etc. 


et  dé  bârafues ,  et  dç  logis  de  dÌTerses 
étoffes  %t  de  paviUons  de  mainte  £içon , 
qui  nè  craignent  ni  pluie  ni  bise;  de 
bleus  y  de  blancs  et  de  vermeils ,  il  y  eo 
•  eut  plus  de  ci|iq  cents  -pareils....  II  j  eut 

• 

si  grande  troupe  de  )OBglears.... ,  etc. 


A  roccasion  de  cette  magnificence  momentanée ,  le  troubadour  s'aban- 
donne  à  des  réflexions ,  et  finit  par  des  plaìntes  contre  le  peu  de  bonne 
foi  de  son  siècle.  .       * 


•  Non  es  oi  res  mais  fins  liaratz : 
Car  si  conseil  neis  demandatz^ 
Non  trobares  qui  ja  Tvòs  dofi , 
Si  non  i  conois  lo'  sieù  prdh  • 
O  '1  pron  que  es  de  son  amíc , 
O'l  dan  qu'es  de  son'enemio.... 


H  n'est  atLJoardliui  autDe  cbose  que 
pure  tromperie;  'car  méme4&  yoos  deroan- 
dez  cb&seil ,  voîis  ne  tròuverez  îámais  <[iu 
vpus  le  donne,  s'il  n'j'connait  son  profitf 

f  •  s 

.   ou  un  pl'ofit  qui  e^  pour  son  ami  /  ou  tin 
do|limage  qui  eii  pou^  son  ennemi* 


w 

U  retouq)e  à  son  s\^jet,  et  (!ît  que  le  comte  dé  Nemours  présenta  Ar^ 
chambaud  à  sa  fille.  "^ 

No  fes  sçmblan  que  fos  dolenta ;     .  *     .    Clle  ne  fit  pas  'semblant  d'étre  cha- 
Mas  un  pauc  estet  vergonoSa.  .   grîne;  mais  elle  fut  un  peu  boi^teuse. 

Après  quelques  mots  de  politesse ,  Flamenca  dit  àâon  père  en  souriant. 


.^...  «  Senber,'ben  fiiitz  parer 
Que  m  tengas  en  vostre  poder,  ,     « 
Qu'aissi  m  donas  'leogêramen  ; 
Mas,  pos  vos  platz,  ieu  i  coòsen.  » 

D'aicest  consen  tan  gran  joî  ac 
En  Arcbimbautz,  e  tan  1i  plae, 
No  s  pot  tener  que  no  il  preses 
La  ma  e  non  la  l'estreisses.... 

Sinc  evesque  e  .x.  abbat 
FoTon  vestit  ct  adobat , 
Qu'els  atendon  dìns  lo  mostier.... 

Tantost  con  fon  dicha  la  niessa , 
Tuit  van  )iigar  a  taula  messa , 


«  Sèigneur,  vous  faites  bien  paraître  que 
vous  metenez  ên  votre  puissance,  paisqQ^ 
vous  me  donnez  aussi  facilemeni ;  mais  y 
puisque  ceLi  vous  pkít,  moi  j'j  oonsens.  * 

Le  seigneur  Arcbambaud  eut  si  grande 

'  Joie  du  consetitement  de  Flamenca ,  et  íl 

lui  plut  tant ,  qu'il  ne  put  se  contenir  de 

lui  prendre  bi  main  et  de  la  lui  serrer...- 

Cinq  évéques  et  dix  abbés  furent 
vétus  et  parés ,  qiŷ  ìes  attendent  dans 
l'église...» 

Aussitôt  qne  la  messe  fut  dìte,  tous 
vont  jouer  à  table  mise,  et  oncques  pcr- 


ROMAN  D£ 

£t  aac  negus  no  i  perdet , ' 
Car  ben  aparellat  trobei 
,    Tot  so  qae  £>n  obs  al  manîar. . . 

Gar  banc  homs  ni'ac  fraìtura 
De  ren  qne  saupes  cor  pensar, 
Qoe  hoÊgi  deía  desìrar. 

Ed  Arcbimbaut  e'l  coms  serviron ; 
Mab  roeil  d'En  Archimbaut  si  viron 
Soen  e  lai  OD  son  cors  era. 
Prr  so  Tol  cascuns  se  levera , 
innt  luieg  manjar,  de  la  taula. 

L' ji^lar  comensaii  lur  &ula ; 
Soa  estnimen  mena  et  toca 
VuSf  e  rantres  canta  d^  boca. 

Tout  cela  ennuie  Archambaud  : 
enfin  Fheure  désîrée  arrive  : 

Car  U  nueg  jac  ab  la  piucela , 
£  sí  la  fes  domna  noella. 

Phis  d'oeg  joms  durepon  las  nossas : 
L'  bîsbe ,  Tabbat  y  a^  hir  crossas, 
I  an  ben  .ix.  jorns  demorat , 
Et  al  dezen  prendon  comjat 
Evan  s'cn  tnt  al^ramen. 

£a  Afchimhautz  a  '1  cor  jauzen , 
Car  tot  ha  can  vol  ni  desira ; 
De  nolhi  ren  mais  non  consira  y 
Mais  com  pogues  en  grat  servir 
Leis  coî  rd  onrar  e  bhndir. 


FLÁMENCA.  5 

sonne  n^  pepdit^;>:ar  on  trûuva  bien 
apprêté  tout  ce  qiíÌ  Sai  eonvenAble  au 
manger.  ^^     .. 

Car  oncques  bomme  n'j  eut  mauque 
de  rien  qne  la  volonté  sût  penser,  et  que 
bouche  doive  désirer. 

Le  seigneuf  Archambaud  et  le^comle 
servirent;  mais  les  jeux  du  seigneur 
Archambaud  se  toument  souvent  là  où 
était  son  cceur.  Aussi  il  désire  que  chacuu 
se  lève  de  table ,  avant  d'Scvoir  à  moitié 
mangé. 

Les  jongleurs  commcncent  leur  fable ; 
l'un  dirige  et  touche  son  instrumeut, 
l'autre  chante  de  bouche. 

il  attend  la  nuit  avec  impatience^ 

% 

Car  la  nuit  il  jut  avec  la  puc^e , 
Et  si  la  fit  dame  nouvelle. 

Les  noces  durèrent  plus  de  huit  jours : 
les  évéques ,  les  abbés,  avec  lcurs  cros- 
ses,  j  ont  bîen  demeuré  neuf  jours,  et  au 
dixième  ils  prennent  congé  et  s'en  vont 
tous  avec  allégresse. 

Le  seigneur  Archámbaud  a  le  coeui^ 
jojeux  I  car  il  a  tout  autant  qu'il  veut  et 
désire ;  il  ne  pense  désormais  à  nulle  au- 
tre  chose ,  excepté  comment  il  pût  servir 
à  souhait  celle  qu'ìl  veut  honorer  el  con- 
tenter. 


Archambaud  annonce  à  son  beau^père  qu^il  a  le  projet  de  tenir  une 
(our  à  Bourbon ,  et  il  prend  congé ,  avec  Tassurance  que  sa  femipe  y 
irrírera  dès  quHl  sera  prét  à  la  recevoir  dignement. 

Message  mand'  al  rei  de  Fraoza    '  11  mande  un  message  au  roi  de  France 

^frega  1  fort  qne  il  faza  onranza  et  le  prie  beaucoup  qu'il  lui  fasse  rboii* 


Que  a  sa  cort  venga  dese ,  ^     * 
B  la  reÌDa  i  amene ;  * ' 

£  si  '1  p\azû^;^e  anes 
Dreg  per  Nemurs  et  amcnes 
Flameoclia ,  bon  grat  Ten  sabria , 
Per  tos  temps  gazanat  rauria. 
En  tot  Peitau  ni  en  Beiria . 
Non  ha  ÌMiro  cui  non  cnvia 
Messages ,  lettras  e  sagelz , 
Neîs  en  la  marcha  de  Bordelz , 
Ni  dc  Baiona  ni^de  Blaia. 
Non  fon  pros  hom  letras  non  aia; 
Tut  son  mandat,  tut  i  venran. 


ROMAN  D£  FLAMENCA. 

nenr  de  venir  bîentot  à  sa  coar«  et  dV 
amener  la  reine ;  et  s'il  lui  plaisait  d'aller 
droit  par  Nemours  et  d'amener  Flameih 
ca ,  î}  lui  en  saurait  bon  gré ,  et  lai-méme 
lui  serait  acquis  pour  toujours. 


Dans  tout  le  Poitou  et  daos  le  Beny, 
ìl  n'y  a  baron  à  qui  11  n'envoie  me^sagcn, 
lettres  et  sceaux ,  méme  dans  la  marche 
de  Bordeaux  et  de  Ba jonne  et  de  Blaye. 
II  n'j  eut  homme  distingué  qui  n'eut  des 
lettre»^  tous  9Qnt  mándés ,  tous  y  TÌea- 
dront 


On  dispose  la  viUe  de  Bourbon  pour  la  réception  des  étrangers. 


£ntretant  fai  ben  adobar 
La  vila  et  encortinar 
De  luncals  e  de  beb-tapitz , 
De  bels  ampalis  e  de  bels  samitz. 

Aurs  ét  argens ,  deneir  e  drap  , 
Copas  e  cullìer  et  enap , 
£  totas  res  c'om  pot  menar, 
Vol  sia  dat ,  sens  demandar, 
A  eeh  ^e  penre  deinharan..,.. 

Ben  ha  ûig  los  ostals  gamîr^ 
Que  per  re  no  i  posca  faUir 
Legumis ,  civada  ni  cera. ... 
Espic,  encens,  canela  e  pebre... 
y.  cens-plireîls  de  vestîmentas, 
Totas  de  polpras ,  aur  batut , 
£  mil  lanzas  e  mil  escut , 
Mil  espazas  e  mii  ausberc 
Estan  tut  pres  en  un  alberc , 
E  mil  destreir  tut  sojomat. 
Tot  aiso  vol  sia  donat 
Als  cavalliers  c  'armas  penran 
D'En  Archimbaut ,  quan  si  voirau. 


Cependant  il  fait  bien  ofncr  et  encoar- 
tiner  U  viUe  de  draperies  et  de  beauxta- 
pis ,  de  beaux  paUs  et  de  beUes  soieries. 

Or  et  argent ,  deniers  el  vêtements , 
coupes  et  cuillers ',  et  enaps ,  et  toules 
choses  qú'on  peut  emporter,  Archambaad 
veut  qu'on  les  donne,  sans  demande^à 
ceux  qui  daigneront  les  prendre. . . . 

Bien  il  a  fait  garnir  les  hotels ,  aEn 
que  légumes ,  avoine  et  cire ,  épices ,  en- 
cens,  canneUe  ct  poivrene  puisse  y  nian" 
quer  pour  rien.  Cînq  cents  vêtements  pa- 
reils,  tous  dc  pourpre  ,  d'or  battTi,et 
mille  lances  et  miUe  écus ,  miUe  épces  el 
miUe  haubcrts  sont  tout  prêts  en  une  hô- 
tcUerie,  et  miUe  destriers  parfaitemeni 
reposés.  II  veut  que  tout  cehi  soit  Jonni 
aux  chevaliers  qui  prendront  les  arm» 
du  seigneur  Archambaud ,  quand  ils  vou 
dront. 


ROHAN-I^  FLAMENCA.  .7 

TaaH»  la  vtUe  eat  ea  tnouTemeDt ;  enfìn  le  toì  arrive  avec  Fl&mènca, 

i]d'ì1  a  accompagn^e  pendant  sept  ou  huît  lieues. 


On  fait  UD  grand  et  hoaorable  accueilau  roi,  à  la  rei 


ne,  àFlamenca, 


(|ûe&t  suivie  d(!  soa  rrèrej  i^rund  nombre  de  dames  sont  arrÌTces  D^ec 
leroi  et  la  reine;  un  magnifíque  festin  termîne  la  joui 

torr.-iis.  OìM^uM  rien  ue 

ilmie.t  excepté  pauvres  k  qui 

s  [H'nlcs.  y  restat  a6n  qu'il 


Anc  ft  1a  «ort  r 
ìbis  panlire  :•  cn 
So<]ae  i  aobrel  .  c 


nuuiqua  à  la  cenr, 
on  di/nnSl  ceiqui 


Leìeaâem.^iii  <:laíi  \e  juur  <!<:.  la  féte Saint-Jean. 


L'eresqDH  de  Clarmoa  chantet , 
Ìfo^jan  ,  la  messa  maior  i 
Semo  Tes  dencMTe  Senor, 
CoB  Sd  san  Joan  tant  amet 
Qnr  plus  qne  proph^la  1  clamel. 


Ce  }our-lì,   révêque  de  Cleriúont 

chanta  la  grand'messe  j  it  lìt  uu-sermon 

sur  notraSeigneur,  comment  il  aimit  tant 

leseigneurS.  Jeanqu'ìll'appelaplusqiie 

<t  prophèle.  * 


'  Le  roi  fìxa  à  quinze  jours  la  durée  de  la  coar.  Après  la  messe  : 


Tuii  ouems  al  palais  s'en  vei 
Oo  le  manjars  ^n  adobatz. 
Lc  p>laÌ9  &>  e  grani  e  latz; 
X.  milleír  la  pogrciD  caber 
De  cavalliers  e  larc  sezoc, 
Fart  laa  dooas  e  bs  donzellBg 
E  l'autra  gen  qne  era  ab  «Uat , 
Parl  los  doDielz  c'ls  servidors 
Qae  degroo  servir  los  seinors , 
E  part  los  jonglars  eissamen  , 
Qn'era  plus  de  mìl  e  .v.  c. 


Tons  ensemb^e  viennent  au  paláîs,  o& 
le  manger  fut  apprâté.  Le  pidais  fut  ct 
grand  et  spacieux;  dix  miile  ch^&liA's 
pourraient  j  étre  contenus  et  s'asseoir  an 
large  ,  oulre  les  damos  et  les  demoîselles 
ct  l'autre  gent  qtd  était  aveu  elles ,  outre 
lés  damoiseauz  et  les  servÌIeuTS  qni  du- 
rent  servir  les  seigaeurs ,  et  oulre  pareil» 
lemeot  lcs  jungleors ,  qui  étaient  plus  de 
mille  et  ciaq  cents. 


Le  repa*  fut  splendide  et  somplueux. 


Ben  son  servit  a  lur  (alen  ; 
Xas  bcn  ■  ac  plus  de  .v.  cenz 
Qoe  ciscuns  esgarda  e  mira 
nMneuoa,  e,  can  plus  cossira 
^faisoni  sa  capleneDia 


IIs  sont  bien  servis  sclon  teur  d^sir ; 
mais  il  y  en  eut  jdus  de  cinq  cents  dont 
chacun  regarde  et  admire  Flamenca ,  et, 
plos  il  considère  sa  figiire,-scs  manières 
et  sa  beaulé  qui  platt  sans  cesse ,  il  repaít 


H-i 


HOMAir  OE  FLAHENCA'. 


SA  «ilz  ne  ptàs  a  l'esgardar 
E  fai  la  bocca  jejanar...' 

Mout  s'ea  leAia  boca  dejuna. 

Mais  nop  í  d£  «fona  neituna ' 
Nón  Tolgueif  Flamenca  seniblar, 
Qv'aiuiiyin  esuleiliespar     .   ^y 
ftíF  beaUt'e  pÉr  resplandor,     ^  ■^ 
■  Tals  ei  Fiameara  aatte  lor. 

Quar  ton  es  fr^ca  sa  cotors, 
'->3ÌÌÍ  esgart  do(^  e  plen  ^'amors  , 
Siei  dig  plaxent  e  saboros , 
Que  la  b(^zDrs  e  't  plus  pros.... 

Eslet  quaismuda  et  aatoia 

.  ::  Cautrui  beutat  tein  e  esiaza 
*  ï«i  vi*ji  coj^çrs  ,de  sa  fassa , 

&ïdes  ealuriíçafi  c  creis.  ^ 

Anc  de  nulla  reo  oon  si  feis 
Deuscalh  la  fbrmet  t^  geata  ; 
'A^és  'plaï  maÌ5  et  atale«tK 
A  ceh  que  la  vezo  rH  I'auion, 

Qûan  las  donas  sa  beutat  lauzon', 
Ben  podcs  saber  beU  es  ; 
Qn'en  tot  lo  mon  aoa  n'a  ges  tres 
En  qne  las  anttas  s'acordesson 
Que  itel  tot  lur  beutat  lanzesson. . . . 
Que  leis  'noo  Toloa  ges  btasmar, 
Quar  oo  i  Irotxfti  lo  perque ,. . .      n 
Car  si  tao  ni  qu^  u'i  tnri>esso^, 
Ja  no  us  peiiseti  qiie  s'en  laisfcsson. 

Quant'an  manjat,  autra  vet  laron 
Mais  lot  alressi  con  s'estavon 
Remanoa  tul,  e  prendon  vi ; 
Car  vezat  era  en  aisi 

■iSl^esiSiTevon'JÌ  j'tiglar^ 
Cascus  se  volc  laire  anzir. 


re^ui'tler  lít  bi(  ici'iiier  la 


bouchi'. 


Plasieurs  se  lèvent  boui 

Mais  ìl  a'j  ciil  iiucnni 
vuulûi  ressembler  ù  Flameni.'a 
méme  quc  le  soleit  eit  sans 
beauté  et  pour  In  spleadi.'ur,  lolle  íst 
Flamenra  parini  eltes. 

Car  sn  couleur  est  si  fi'BÌ<^,  sé;  rt- 

-  ^,-irds  si  ilouz  et  si  pìeìns  d'tmour,  sfí 

'í.  p.iroles  si  iigréaliles  el  si  ilouceâ ,  qiit  l> 

plus  betle  et  la  plus  méritaDte nstí 

quasi  muetle  et  bonteuse>— .  • 

La  vive  couteur  de  son  viiap,  qn 
JirÌUe  et  (rott  lonỳurs  ptus,  couvn  rt 
efnce  la  beaatéd'autrui. 

Certes  Diet(  ne  se  fit  íâute  de  rito 
quand  il  k  forma  si  geatille;  elU  pl>îi 
et  agrée  louîonrs  plus  i  ceuSqui  )a  voitol 
el  l'eateadeat.  *    v  ■ 

Quand  tes  dames  toneat  sa  buul«, 
vous  pouvez  savoir  certainement  qn'dií 
eit  belle ;  çac,^  tout  le  roondc,  il  n'f ' 
'  pas  trfcis  dames  dont  les  autres  t'sccar- 
dassei)^  i  louer  la  beattté  sans  resiri^ 
tioK....  Eltesne  venteatpointlablàmet, 
caretlesa'7  trouvent  tepourquoi,... "' 
si  ettes  y  en  irouvaient  tant  ni  quanl ,  «f 
pensez  pas  qu'etles  s'en  abstinsseot. 

Quand  les  conrives  ont  mangé,  >!' 
lavent  une  seconde  fois  j  raais  '»' 
demeurent  ainsi  qu'íls  étaient ,  él  i'* 
prennent  le  vin  ;  car  ii  en  ítait  ainsi  tc- 
coiìtumé. 

Après  se  lèvent  tei  jongleiirs ;  cliacii" 
d'eux  voulut  se  finre  entendre.  AlorîMn' 


idmc  aioîras  retentir 
Cordas  de  manta  teiDpradara. 

Qni  sanp  noveUa  violadnra , 
5i  camzo,  ni  descorty  ni  lais , 
Âl  pios  qne  poc ,  aran  si  trais. 

L'ans  viola  lais  del  Cabrefoil , 
£  Ì  antre  cel  de  Tintagoit ; 
Vju  cantet  €:els  dels  fis  amanz , 
Ermtre  cel  qne  fes  Ivans. 
L'us  meaet  arpa ,  Taotre  viula ; 
rns  iantella  ,  l'antre  sinla ; 
Uos  meoa  giga ,  l'autre  rota ; 

Vo5  èn  los  motz  e  l'autr^'la  teta ; 
Vus  estiva ,  l'autre  flestella ; 
L'otmnsay  l'antre  caramella; 
Vú  mandnFa ,  e  l'autr'  acorda 
LosaDterí  al  manicorda. 
Vm  hi  ìo  juec  dels  banastelz , 
Laotre  jngava  de  coutelz; 
L'os  vai  per  sol  e  l'aotre  tomba  4 
L  antre  balet  ab  sa  retomba ; 
Vns  passet  serde ,  l'autre  sail ; 
^íegaas  a  son  mestier  i^mi  faiL 


ROlfAN  DE  FLAMENCA.  9 

entendriez  retentir  les  cordes  de  mainte 
mélodie. 

Qni  sut  nouvel  air  de  viole  y  et  chan- 
son  y  et  descort  et  lai ,  se  ponsse  avant , 
au  plus  qu'il  pent. 

L'un  vielle  le  laí  du  Chèvre-Feuille , 
rautre  celui  de  Tintagoil ;  l'ui}  cbanta 
cenx  des  fídèles  amants ,  l'autre  celui  qtie 
fit  Ivans.  L'un  tiot  la  harpe,. l'autre  In 
viole ;  l'un  joue  de  la  fiûte ;  l'autre  sif- 
fle;  rundirige  la  gigue,  l'autrela  rote; 
l'un  dit  les  paroles ,  I'autre  les  accompa- 
gne  avec  la  note ;  I'un  îone  de  l'estîve,, 
I'autre  du  firestel ;  I'un  de  la  comemuse, 
I'autre  dn  chalumeau;  l'unjoue  de  la 
mandore,  I'antre  accorde  le  psaltéríon 
avec  le  monocorde.  L'un  fait  le  jeu  des 
paniers,  I'autre  jouait  avec  les  couteatix ; 
I'nn  va  par  terre  et  I'autre  tombe ,  I'un 
dansa  avec  sa  cabríole;  I'un  passa  dans 
un  cerde ,  l'autre  saute :  aucnn  ne  man- 
qne  à  son  métier. 


Le  troubadour  indique  ensuite  les  nombreùx  récits  d'exploits  et  d'ac- 
tions  de  diirers  personnages ,  soit  historiques ,  soit  romanesques. 


Qnar  Tns  comtet  de  Priamus , 
£  l'antre  diz  de  Piramns ; 
L*ns  contet  de  la  beli'  Elena , 
Cam  París  I'enqner,  poia  I'anmena ; 
L'aotres  contava  dHJlìxes , 
L  antre  d'Elctor  et  d'Achilles ; 
L'aotre  cootava  d'Eneas 
£  de  Dido ,  con  si  remas 
^T  ioi  dolenta  e  mesquina. 

L'autre  contava  de  Lavioa , 
^411  fes  \o  breu  el  caird  traire , 


Car  Tun  conta  de  Príam:  et  I'antre  dit 
de  Pirame.  L'un  conta  de  la  belle  Hdène, 
comment  Páris  la  sollicite  et  puis  I'em- 
mène;  l'antre  contait  d'Uljsse,  l'antre 
d'Hector  et  d'Achille ;  i'autre  contait 
d'Énée  et  de  Didon ,  comment ,  à  cause 
de  lui,  eUe  resta  dolnete  et  malfaenrense. 


L'autre  contait  de  Lavinie,   commc 
elle  fit  lancer  la  lettre  avec'  le  carrean  à 


w 


&OHAN  DE  FLAMENCA. 


A  la  gaiU  del  aozor  caire. 
Uus  coDtet  d'ApoUonioes , 
De  Tidea  e  d'EUdiodes , 
L'autre  contaTa  d'ApoUoine , 
Com  si  retenc  T jr  de  Sidoine ; 
L'us  contet  del  rei  Alixandrí , 
L'antre  d'Ero  e  de  Leandrí ; 
L'us  dìs  de  Catmns  y  qnan  (bgi 
E  de  Tebas ,  con  las  basti. 
L'antre  eontava  de  Jason 
E  del  dragon ,  qne  non  hac  son. 
L'ns  comte  d'Alcide  sa  forsa , 
L'antre  com  tornet  en  sa  forsa 
Tliillis  per  amor  Demoplion ; 

L'un  dîs  com  neget  en  la  fon 
Lo  belz  Narcis ,  qoan  s'i  miret. 
L'us  dis  de  Pluto,  con  emblet 
Sa  bélla  moUier  ad  Orpheu ; 

L'autre  comtet  dd  Phílisteu 
OoUas ,  con  si  fon  aucis 
Ab  tres  peiras  que  '1  trais  David. 
L'us  dis  de  Samson ,  con  dormi  f 
Quan  DaUda'l  Uet  U  crí. 
L'autre  comiet  de  Hachabeu , 
Comen  si  combaiei  per  Dieu 
L'us  comtet  de  JuU  Cósar, 
Com  passet  tot  solet  la  mar.... 
L'us  dis  de  U  taubi  redonda , 


la  sentineUe  del'aBglé  le  pbs  éle?é.I/ttQ 
conta  d'ApoUonice  j  de  Tidée  et  d'Éléo- 
dcy  l'aulre  contait  d'ApoUoine,  oom- 
ment  il  retint  à  Ini  Tyr  de  Stdoine ;  run 
conta  du  roi  Alexandre ,  l'autre  de  Héro 
et  de  Léandre;  l'un  dit  de  Cadmus,  qnaDd 
il  prít  la  fuite,  et  de  Thèbes,  comineDt 
illabâtit. 

L'autre  contait  de  Jason  et  du  dragoo, 
qui  n'eut  sommeQ.  L'un  conta  la  foroe 
d'Alcide,  l'autre  comment  DémopliooD 
remit  en  ioii  pouvoir  FluUs  par  amour. 

L'un  dit  comment  le  beau  Narcisse  le 
noja  en  la  fontaine,  quand  fl  s'j  min. 

L'un  £t  de  Plùton,  comment  il  déroba 
à  Orphée  sa  beUe  femme. 

L'autre  conta  du  PhiUstin  Gob'ath, 
oomment  il  íut  tué  avec  troîs  pienes  que 
David  lui  lança.  L'un  dit  de  SamsoD) 
comment  il  dormit ,  lorsque  DaUla  loì  \» 
la  chevelure;  Ptautxií>  conta  de  ìíachabée, 
comment  il  combattit  pour  Dien. 

L'un  conta  de  Jules  César,  commeot 
il  passa  tout  seul  k  mer.... 

L'un  dit  de  la  taUe  ronde ,  où  íl 


Que  no  i  venc  boins  que  no  il  responda  n'aniic  pas  un  bon  chevaUèr  que  le 


Le  reis,  segon  sa  connoissensa ; 
Anc  nuil  jom  no  i  &iUi  valensa. 

L'autre  comtava  de  Galvain 
E  del  leo  que  fon  compaîn 
Del  cavaUer  qu'estors  Luneta. 
L'us  dls  de  la  piuceUa  breta  ^ 
Con  tenc  Lancelot  en  preiso  ^ 


roi  ne  lui  réponde,  séíon  sa  connais- 
sance;  car  aucun  jour  fat  vaìUance  nj 
manqua. 

L'aulre  contait  de  Òftnvaiif  et  du  b'on 
qui  fut  compagnon  du  chevaUer  quí  de- 
Uvra  Lunette.  L'un  dit  de  la  demoiselle 
bretonne ,  commeot  eUe  tittt  Lancelot  eo 
príson,  quand  il  lui  dìt  que  non  sur  soa 


ROMáN 

Caat  de  s'âmpr  li  dis  4e  no; 
VmlM9  camtet  de  Persayal , 
Co  reoc  a  la  cort  a  caval. 
Uns  contet  d'Erec  e  d'Enida  y 
yaotre  d'Ugonet  de  Perida ; 

L*iis  eomtaTa  de  Govemail ,' 
Con  per  Trîstan  ac  grieu  trebail. 
L  nlre  comtava  de  Fenissa , 
CoD  tzaiuìr  la  fes  noirîssa ; 
L'qs  dis  dd  bel  descopogut  y 
Erantre  dd  Tenneil  escut 
Qoe  Ljm  trobet  al  nisset ; 

L*aatfei  eontava  de  Guifflet , 
I'os  eontet  de  Galobrenan ; 
L'antre  dis  com  retenc  iin  an 
DÎDS  sa  preison  Quet  senescal. . . . 

L'antre  comtava  de  Mordret ; 
L'bs  retrais  ìo  comte  Duret , 
Gom  fi»  per  loa  Ventres  fidditz , 
E  per  rei  pescador  grazîts. 

L'ns  comtet  l'astre  d'Ermeli , 
L^autre  dls  com  &n  rancessi  y 
Per  geìn  lo  veil  de  la  Montaina. 

L'ns  zetiais  con  tenc  Alamaina 
&arieaiDai|ies  tro  U  parti ; 
De  Ckidovéu  e  de  Pipi 
Gomtava  Tus  tota  restoría, 

L'mtre  dis  con  cazet  de  gloría 
Donz  Lacifers  per  son  orgoil. 

L*n5  diz  del  vallet  de  Nantoil; 
L'avtfe  d'Olivieir  de  Verdu. 

L'os  dis  lo  vers  de  Marcabru ; 

L'antie  comtet  con  Dedalus 
Sanp  beo  volar,  et  d'Icarus, 
Co  Bc^et  per  sa  leujaría. 

Cascos  dis  lo  mieil  qae  sabia. 
Pto  la  mmor  dels  viuladors  ^ 


DE  FLAMENCA.  1 1 

amour ;  Tautre  conta  de  Perceval ,  com- 
ment  il  vint  k  ln  tour  á  cbeval .  L'un  conta 
d'Érec  et'd'Énide ,  l'autre  d'Ugonet  de 
Péríde. 

« 

L'un  eontait  de  Cvouvemail ,  comment 
il  eut  rude  peine  pour  Trístan.  L'autre 
oontait  de  Pbénisse ,  comment  sa  nour-> 
ríce  la  fit  transir ;  l'un  dit  du  bel  inconnu, 
et  l'mitre  de  récn  vermeil  /que  Lyras 
trouva  au  petit  buis ;  l'autre  eoatait  de 
Guifflet ;  l'un  conta  de  Calobrenan  ; 
l'autre  dît  comme  il  retint  un  an ,  dans 
sa  príson ,  Queux  le  sénécbaL 


L'autre  contaìt  de  Mordret ;  l'un  rap- 
porte  du  comte  Duret,  ìcomment  ìl  fìit 
banni  par  les  Yendres ,  et  agréé  par  le 
roi  pècbeur. 

L'un  conta  le  bonbeur  d'Hermélins ; 
rautre  dit  comment  fontles  assassins  par 
l'adresse  du  vieux  de  la  Montagne. 

L'un  retraça  comment  Cbarlemagne 
tint  rAUemagne  jusqu'à  ce  qu'il  la  di- 
visa;  l'un  contaittoutel'bistoiredeClovis 
etdePepin. 

L'autré  dit  comment  dom  Lncifer,  par 
son  orgueil ,  tomba  de  sa  gloire. 

L'un  dit  du  varlet  de  Nanteuil ;  l'autre 
d'Olivier  dc  Verdun. 

L'un  dit  le  Tcrs  de  Marcabrus. 

L'autre  conta  comment  Dédále  sut 
bìen  voler,  et  d'Icare,  comroent  il  se 
noja  par  son  étourderíe. 

Cbacun  ditle  mieuxqu'il  savait.  Par 
la  rameur  des  Joueurs  ie  viole,  et  par  le 


13 


ROMAN  DE  FLAMENCA. 


E  per  brug  d'aitans  comtadon , 
Hac  gran  murmiiri  per  la  sala. 


bruît  de  taiit  de  conteiin ,  il  y  eut  gnnd 
munnure  par  la  salle. 


Tandis  que  les  écúyers  sellent  leurs  cheyaux ,  pour  ouvrír  ensuîte  des 
joutes,  le  bal  commence. 


Ánc  en  Bretaina  nî  en  Franza 
Non  basti  mais  t*an  rica  danza , 
.c.c.  jugbiry  bo  YÌulador, 
Si  flon  acordat  antre  lor 
Qué,  dtti  e  dui ,  de  luein  esteron 
Els  bancs ,  e  la  danza  violeron. 


OncqxlCìs  en  Bretagne  ni  en  Fnnce  on 
n'établit  jamaís  si  beUe  danse;  deuxcents 
jonglcurs ,  bons  joneun  de  viole,  se  sont 
accordés  entre  eux,  de  maniére  que,  denx 
à  deux,  ils  se  tinrent  de  loin  sur  les 
bancs  ,  et  jouèrent  la  danse. 


Le  plaisir  était  sl  agréable,  si  TÌf , 


Que  a  cascun  fon  ben  aris 
Que  totz  yíus  fos  em  Paradis. 


Qu'à  chacun  il  fut  bien  avis 
Qu'il  fílt  toitt  vif  en  Paradia. 


Ici  le  troubadour  a  recours  à  des  formes  épiques. 


Jois  e  Jovens  a  'ls  balz  levatz    - 

Ah  lur  cosina ,  Na  Proesa. 

Cel  jorn  sí  anet  Avolesa 

Ella  mezeisma  soterrar. 

Maiâ  Gobezesá  1  venc  comtar ; 

«  Dona !  que  fas?  Vezes  los  be 

Ballar  e  dansar  antre  se  ; 

Oi!  oì  !.tot  caira  lur  burbans; 
Gcs  quec  jorn  non  er  Sanz  Jobans. 

«  Sadol  so  e  trepon  aora ; 

So  qu'il  dcspendon  autre  plora ; 

Mas  tals  n'i  a  que  ifs  amaran 

Enan  d'u  mes ,  e  planeran 

So  que  an  ara  despendut  » 


Joie  et  Grâce  ont  ouvert  les  bak  ayec 
leur  cousine,  dame  Prouesae.  €e  jour-li 
Lâcheté  alla  elle-méme  ii'enterrer.  Mais 
Convoitise  lui  vint  parler  :  «  Dame!  qne 
fais-tu?  Tu  les  vois  bien  baUer  et  danser 
entre  eux ;  ob !  ob !  toote  leur  magDÌ&- 
cence  tombera;  chaque  jcmr  ne  sert  point 
la  Saint-Jean. 

«  Ils  sont  maintenant  rassasiés  el  ib 
dansent;  un  autre  pleare  te  qu'ils  dé- 
pensent ;  mais  il  j  en  a  tels  qui  W9S 
aimeront  avant  uh  mois ,  et  plaindront 
ce  qu'ils  ont  maintenant  dépensé.  » 


Ces  étres  moraux ,  mîs  en  scène  par  le  troubadour ,  forment  des  pro- 
jels  dc  trouble  et  de  vengeance. 

Lc  béhourt  est  près  de  commencer  :  on  quitte  le  baK 


Bscudier  plus  de  .xxxviti. 
Agron  ja  'ls  cavals  esselatz 


Plus  de   trente-buit    écujers    eureni 
déjà  sellé  les  cfaevaux  et  les  eurent  cou- 


&OMAN 

K  cabeiU  e  •ntmenhatz 
De  sphImiÌj^  e  Ìe  cascayelB.... 

Eo  Ar^îmhantz  non  s'aUîdet  ^ 
Qaar  nav  cenz  e  .lzzzxyii. 
CaTalîers  fes ,  ans  que  s  pauses. 

Al  palaîs  Tengron  tut  de  pes 
£■  cauzas  de  palî  rodat , 

■ 

£t  al  rei  si  son  presentat ; 
£1  reis  doaet  lur  per  estrena 
Qu'cD  amor  fas  lur  maier  pena. 


DE  FLÌMENGA.  iS 

verts  et  dûtiagués  par  des  jigoef  et  des 
grelots....  ■« 

Le  seîgneur  ArchamBaud  ne  s'oublìa 
pasy  car  il  fit  neuf  cent  et  quatre-vingl^ 
dix-sept  chevalîers  avant  qu'il  se  reposât. 

Ils  vinrent  tous  à  pied  au  palaìs ,  en 
chausses  de  pali  rosé  y  et  ils  se  sont  pré- 
sentés  au  roi ;  et  le  roi  I^ur  donna  pour 
étrenoe  qu'en  amour  Siì  leur  plus  grande 
peìne. 


Le  Toi  lui-méme  prit  les  armes.  II  avait  placé  au.haat  de  sa  lance  une 
maoche  qui  excita  ia  jalousie  de  la  reine. 


li  reÌM  non  fes  sembLinsa 
Qne  mal  U  ibs ,  pero  ben  sap 
Qne  la  manega  no  i  es  gap , 
Carsenfaals  es  de  drudaria. 


La  reiue  ne  fit  pas  semblani  qne  ceU 
fût  mal  pour  elle  ,  pourtant  elle  sait  bien 
^e  la  manche  /  ce  n'est  pas  badinage , 
car  c'est  signal  d'amourette. 


EUe  íait  appeler  Archambaud  et  lui  confie  ses  s($upçons  \  elle  veut 
iai  persuader  que'le  roi  est  amoureux  de  Flamenca.  La  jalousie 
est  personnifiée  par  le  troubadour ,  et  elle  commence  à  toarmenter  Ar- 
chambaud- 


Ab  tan  £o  vengntz  us  jnglars , 


Alors  fut  venu  un  jongleur,  et  il  dit 


£  dis  a  'N  Archimbaut  :  «  Bel  senher ,    au  seigneur  Archarobaud  :  «  Beau  sei- 


L)  reis  volla  l'espasa  sener 
A  Tiboat ,  lo  comte  de  Bleis. 
Tibant  sa  m  trames  el  meseis , 
Scner,  si  us  plas ,  que  lai  anes.  » 


gneur,  le  roi  voulait  ceindre  I'épée  à 
Thibaud ,  le  comte  de  BIois.  Thibaud 
m'a  envojé  lui-méme  ici ,  seigneuri  afin 
que  y  s'il  yous  plait ,  vous  j  aUiez.  » 


Archambaud  quitte  la  reine,  plus  mécontent  qu^il  ne  le  fait  paraitre^ 
et  le  troubadour  dit  de  lui : 


Gran  dolor  I'a  A  cor  cndausa , 
Don  non  cng  qne  jamais  reveinha , 
Sî  amors  garir  non  l'en  deinha. 


Eile  lui  a  renfisrmé  au  coéur  une 
grande  donleur,  dont  je  ne  crois  pas  que 
famais  il  reviennc ,  si  amour  ne  daigne 
Ic  guérir.  ' 


i4  RQMAN 

Le  troubadour  fait  pressentir 

Mais  per  contrarí  Vea  garra, 
Quan  le  cuiars  s'aveirara. 

Quan  hn  al  rei  defors  tomatz  ^ 
Le  coni5  Tibantz  fen  adobatz 
Et  ab  Ini  plus  de  .iiii»  cent , 
Que  tut  son  cosin  o  parent. 


DE  FLAMEIfCA. 

ce  i^ui  arrÌTeni  à  ia  fili  dii  podAe. 

Maisy  an  contraire,  i  Ven  gaérira 
quand  le  soup^n  sera  uvétL 

Lorsqu'il  fiit  arrívé  en  delion  yen  le 
roiy  le  comte  Thibant  fìit  apné  cIieYalief, 
et  «v%c  lui  plus  de  qnatre  cents,  qui 
sont  tous  cousilis  ou  parents. 


Les  dames'quittent  à  regr^  le  spectacle  des  joutes,  poor  assister  anx 
T^res.  lie  roi  y  conduit  Flamenca ,  et  la  ramène  ensuite  au  palais,  où 
té  souper  était  servi.  Les  égards  du  roi  pour  Flamenca  ezcitèrent  encore 
la  jalousie  de  la  reine  et  ceíle  d^Ârcbì^mbaud ,  qui  pourtant  prítsur  loi- 
méme  de  n^en  rien  témoigner. 


Eran  totas  e  tuit  lassat 
E  van  jazer  tro  lendema. 


Tontes  et  tous  étaient  lassés,  etiis 
vont  donnir  jusqu'au  lendemaìn. 


Archambaud  affecte  de  se  montrer  magnifique. 


Plus  gen  qne  poc  so  mal  cnbrì ; 
Tot  son  tesaur  gent  adubrí , 
E  largamen  don  e  despen , 
E  saup  li  bon  qui  del  sieu  pren. 

.xYii.  forns  duret  e  plus 
Li  corty  et  anc  no  saup  negus 
Á  quals  dels  joms  mieil  li  estet ; 
Gar  totz  joms  li  corlz  melluret 
Per  conduh  e  per  mession. 

Tut  li  ríc  bomen  e  1  baron 
Si  meraviUan  don  es  pres 
So  qu*  En  Ardiimbantz  a  despes. 

àl  vinten  jora ,  s'en  departi 
Le  reis ,  et  rantre  atressi. 


H  cac|ia  aon  n^  le  plus  habílement 
qu'il  put;  il  otfnrit  avec  grâce  tout  «m 
trésor,  et  il  donne  et  dépense  largement^ 
et  à  qui^prend  du  sien,  il  lui  saitgré. 

La  cbur  dura  dix-sept  jours  et  pluS) 
et  oncques  personne  ne  sut  auqoel  des 
jours  il  lui  alla  mieux  ^  car  cbaque  joor 
la  cour  fut  meilleure  par  festin  et  par 
dépense. 

Tous  les  bommes  puîssants  et  les  Itr 
rons  s'émerveillent  d'où  est  prís  ce  que 
le  seigneur  Arcbambaud  a  dépensé. 

Au  vingtiéme  jonry  le  roi  s'en  sépara 
et  les  antres  anssL 


Le  roi ,  qui  n^éprouvait  pour  Flamenca  que  de  ramitié ,  ne  mettait 
oucun  soín  i  cacher ,  méme  en  présence  d*Archambaud ,  les  tiís  témoi- 
gnsRr»  de  ce  sontiment , 


»••11 


•  Qnan  l*abrasiava , 


Quand ,  devant  les  jeux  d'Archsm- 


BOMAir  D£ 

VexoiiMveîls,  e  UbaÌMT»;     . 
Csr  Begnii  mal  el  bo  i  enten. 

rhasmn»  s'en  Tai  hri  ben  dizent , 
E  tesent  tat  per  ben  pagat 
D'Eo  Ardijipbaut ,  ear  el  a  dat 
Âk  ìvglnrs  tan  qu'el  plus  mendiz , 
5qI  nan  o  joc  y  pot  esser  rics. 


FLAMENGA.  i5 

fMmdy^l  rembrassait  ét  Im  6isáit  des 
caresses).  ear  ii  n'y  entend  àncmi  mal« 

Chacun  s'en  Ta  disant  beauooup  de 
bîen  f  et  tous  'se  tiennent  pour  bien  sa- 
tisfaits  dh  seigneur  Archambaitd,  car  il« 
a  tant  donné  aux  jongleurs  qiie  le  plus 
pauvre,  pourvu  qu'il  ije  lc  joue  pas, 
peitt  étre  riche. 


Archambaud ,  lÌTré  à  lui-méme  ^  est  aa  désespoir. 


E  &  ssren  :  «  Las !  que  m  pensiei 
Qnaa  pm  molUer  ?  Deu !  estraguei , 
£  B0  Bi'estaTa  ben  e  gent? 
Oí!  ío  mal  aion  miei  parent, 
Qaem  cosselleron  qu'ieu  prese» 
Zo  òoa  ad  bome  non  Teno  bes  !  * 

irafem  mf^er,  çioUier....  » 

Soen  Tai  dins ,  soen  Tai  deíbra ; 
DelbnB  art,  dedins  adora.... 
Lo  pater  noster  dîs  seeii 
Dd  simi ,  que  res  non  renten.  •  • . 

E  &i  1  gran  dol  li  genz  estraina  : 
Qun  bom  estrainz  era  intralz  j 
Q  si  fes  mout  a&sendatz  9        "^ 
E  sîhlet  per  captenemeb. . . . 
E  vai  rbantan  tdllueutau.  .. .  •  • 

Dans  Fantra  part  al  sirrent  signa 
Aporton  aiga  per  lavar, 
Car  el  si  Talria  disnar ;  . 
So  ditz  per  tal  qne  bom  s'en  esca; 
issatz  ordis  cora  que  tesca ; 
Car  ades  vai  de  sai ,  de  lai , 
Z  tpiaDt  no  poc  o  suflrir  mai  j 

S  diz  :  «  Bel  sener,  disnas  tos  j 

^ben  cs  tems,  si  ns  platz,  ab  nos?  »».. 


Et  il  dit  souvent  :  «  Hélas !  a  quoi 
pensai-je  quand  je  pris  femme?  Diea! 
j'extravaguai,  et  n'étais-je  pas  bien  et 
convenablement  7  Ofa  !  malheur  aient 
mes  parents ,  qui  me  conseillèrent  de 
prendre  ce  dont  il  ne  viot  pas  4^  bien 
à  lliomme !  Maintenant  nous  avons 
femme ,  femme !  » 

Souvent  il  va  dedans ,  sonvent  il  -^ 
debors ;  au  defaors  il  brûle,  au  dedans  il 
adore.  II  dft  souvcnt  la  patenôtre  du  singe, 
de  maàiére  ^ue  personne  ne  l'entend. 

La  gent  étrangère  lui  fait  grand  cfaá- 
grín,:  quand  uik  faomme  étranger  éteít 
entré ,  lui  se  &isait  très  affairé ,  et  il 
sifiait  par  contenance ,  et  ii  va  cfaantant 
Tïílluruiau, . . « 

D'autre  pait  il  lait  signe  au  domesti'* 
que  qu'on  apporte  l'eau  pour  laver,  car 
il  voudrait  diner;  il  dit  cela  à  reffet 
qu'on  sorte ;  ii  ôurdit  assez  avant  qu'il 
tisse ;  car  il  va  toujo&rs  de  /çà ,  de  là ,  et 
quand  il  sie  peut  supporter  ceU  davan- 
tage,  il  dit  ainsi  :  «  Beau  seigneur, 
dinei^vous ,  s'il  vous  plaít ,  avec  nous , 
car  c'est  bien  l'heure  ». . .  Alors  il  iait 


f6  ROMAM  DE 

AdoBOM  fri  UB  joc  cani 

■ 

Qae  las  deos  monstra  e  non  ri. 

Per  sou  vol  ^  homen  non  veina ; 
Veiaive  Tes ,  de  coi  que  sît  9 
■  Qae  sa  mollier  vol  et  enquer. .  i^  . 
Veiaire  l'es ,  qui  parl'  ap  leis , 
Qne.farÌD  deu.aqni  meseis. 


FLAMBNCA. 

un  jeu  de  diien,  qm  moatreks  denUet 
ne  rìt  pas. 

Selon  sa  volont^ ,  il  ne  vernrìt  aocun 
homme  ;  il  lui  semhle ,  de  qai  qoe  ce 

soit,  qu'il  veut  et  reokerclie  «a  femme 

II  lui  semble  que  quiconque  parrle  avec 
elle ,  doit  la  sédnire  \k  méme. 


Livré  aux*tnu^ports  de  sa  jalousie,  il  croit  n'avoirque  trop  sujet  de 
se  tourmenter  et  de  se  plaindre. 


«  E  per  bon  dreg  serai  cogotz ; 
Mais  ja  non  cal  dire  :  SERAt , 
Qu'ades  o  sui ,  que  ben  o  sal.  » 

A  si  messeîs  fortmen  s'irais , 
Tira  s  los  pels ,  pela  s  lo  cais , 
Manja  s  la  boca ,  lás  dens  lima , 
Fremfs  e  frezìs ,  art  e  rima , 
E  fai  trop  mals  oils  a  Flamenca. 

A  penas  si  ten  que  no  il  trenca 
Saà  belas  crins  luzens  e  claras ; 
E  dls  :  «  Na  falsa ,  que  m  ten  aras 
Que  no  us  aucise ! . . .  » 


tt  Assurément  je  serai  cocu ;  mais  déjì 
il  ne  faut  pas  dire  :  Je  seraí,  car  je  le 
suis  maintenant ,  }e  le  sais  bien. » 

II  s'irrìte  fortement  contre  lui-ménie, 
s'arrachc  les  cheveux ,  sc  pèle  les  joaes, 
se  mange  la  bouche,  líme  ses  dents, 
fremit  et  firissonne;  il  s'enflamme  d 
brûle ,  et  fiiit  de  très  mauvais  yeux  i 
FlamenUU 

II  âe  contient  à  peíne  qu'íl  ne  \^ 
tranche  ses  beaux  cheveux  luisantsc 
clairs ;  et  il  dit :  «  Danae  fausse ,  qui  m 
tient  que  je  ne  vous  tue  I  » 


Après  avoir  exprimé  dans  un  long  monologue  ses  craintes  et  ses  cha 
grins,  11  se  décideenfin  à  enfermer  sa  femme. 


Ja  sabon  tut  per  lo  païs 
Qn'En  Archimb|tutz  es  gelos  fins. 
Per  tot  Alvergne  fiin  cansos 
E  serventes,  coblas  e  sos, 
0  estribot  o  retroencha 


Déjà  on  sait  par  tOQt  le  pajs  que 
^èigneur  Archambaud  est  ua  parfaìt  j 
loux.  Par  toute  I'Auvergne  on  fait  cha 
sons  et  sirventes ,  eou|>lets  et  chants, 
estribot  Ott  retroence  sur  le  seigneur  Â 


D'En  Archimbant ,  com  ten  Flamencha.    chambaud ,  comment  il  tient  Flameo* 

£n  vain  ses  amis  lui  font  des  remontrances  sur  ses  procédés  envers 
femme  \  il  voudrait  la  battre ,  mais 


«  El  batres  que  m'enansara  ? 


N  la  battre   à    quoi  ni'aTancera*-t- 


ROHAN  DE 

Deol  er  en  pln»  doazai  et  meUers? 

Ads  n'er  pliis  amara  epiegers:  > 

Car  tos  tenps  o  ai  auzit  dire 

Qoebatres  non  tol  fol  consire; 

Ads  qiii  castia  ni  ceprep   - 

Fol  cor ,  adoncas  plu^  i  espren ; 

£  00  ten  pro  forsa  ni  tors 

icory  pos  lo  destrein  amors.... 

Mais  en  se^rai  aipiest  cossell : 
•  De  trop  freg  e  de  trop  soleil 

La  prdarai  ben  e  de  fam. .  • . 

« la  no  i  metrai  nuil'  autra  garda , 
Maì  iBÌ  meteis ,  car  plus  fìzei 

yoa  trobaria ,  neis  en  cel. 

5alli  ren  als  non  ai  a  far ; 

Pn«  ai  a  beure ,  a  manjar, 

£  de  cavalgar  sui  totz  las. 

Repausar  m'ai  per  esser  gras ; 

Car  repansar  si  deu  homs  yeils , 

Mais  aatramens  pausera  mielz, 
Car  reils  Iiom  non  pot  repausar 
Can  l'aven  toseta  gardar. 

«  Maís  en  ,  si  puesc,  la  gardarai; 
EagieD  e  forsa  i  metrai  : 
Ea  zo  sera  totz  mos  atnrs ; 
La  tor  es  grans  e  fortz  le  murs ; 
LaÌDS  la  tenrai  ensarrada 
Ab  ona  donzeila  privada 
0  doas  y  que  non  estia  sola  ; 
E  sia  pendutz  per  la  gola , 
51  n'eîs  ses  rtíì ,  neis  al  mostier, 
Per  aazir  messa  ni  mestier, 
Et  adonc  q[ue  sia  gran  festa. ...» 

No  s  lavet  cap  ni  s  rais  la  barba ; 
D'aquella  semblel  una  garba 

I)e  ctvada ,  quan  es  mal  fiicha. 


I. 


FLAMENCA.  17 

Djeu !  en  sem-t^Ue  plus  douce  et  meil- 
lcmr^?  Au  jcontr&ire  elle  en  sera  plus 
amère  et  pîre  t  caren  tout  temps  j'ai  ouï 
dire  ceci,  que  bàttre  n'ôte  foUe  pensée ; 
au  conti^c^,  qui  châtie  et  reprend  une 
foUe  personne ,  alors  plus  eUe  s'en 
épread ;  et  forteresse  ni  tour  ne  sêrvent 
contre  un  coeur,  dès  que  l'amour  i'en- 
cháîne....  Mais  je  suivrai  ce  conseU  : 

«I  3e  la  gorderai  bîen  de  trop  de  froid 
et  de  trop  de  soleil'et  de  fidm. . . . 

.«  Je  n*y  mettrai  nuUe  autre  garde  que 
'  moi-méme ,  car  je  n'en  trouverais  plus 
fìdèle,  méme  dans  le  ciel.  Je  n'ai  nuUe' 
autre  chose  à  faire ;  j'ai  assez  à  boire , 
à  manger,  et  je  suis  tout  las  de  chevau- 
^her.  Je  me  reposerai  pour  étre  gras ; 
car  vieil  homme  doit  se  reposer ,  mais 
je  me  reposerais  mieux  autrement,  vu 
que  vieil  homme  ne  peut  reposer  quand 
il  lui.arrive  de  garder  une  fiUette.  «> 

«  Mais  moi ,  si  je  puis ,  je  la  gardérai ; 
j'y  meltrai  adresse  et  force  :  toute  mon 
attention  sera  en  celtf ;  la  tour  ésthaute 
et  le  mur  est  ibrt ;  je  la  tiendrai  là-de- 
dans  enfermée  avec  une  demoiseUe  amíe 
ou  deux ,  afìn  qu'elle  ne  soit  pas  seule ; 
et  que  je  sois  pendu  par  la  gorge  si  elle 
en  sort  sans  moi ,  méme  à  i'église ,  ponr 
ouïr  Ìa  messe  et  le  mjstère,  et  alors 
qu'il  soitgrande  fétc.  »  ^ 

li  ne  se  lava  ia  tête  ni  ne  se  rasa  la 
bar))e  :  par  cette  barbe  il  ressembia  á 
une  gerl)e  d'avoine  ,  quand  eUe  est  mai 
faite. 

3 


i8 


ROMAN  DE  FLAMENCA. 


FlameiUia  eut  beaucoup  à  soutfpir  de  la  jalousie  d* Archambaud , 

Sos  viiires  val  nieins  de  morir.  Son  vivre  vaut  moins  que  mourír. 

Deux  jeunes  personnes  agréables  sont  enfermées  avec  elle. 


L'una  puQcella  ac  nom  Alis , 
Li  meillers  res  que  hanc  hom  vis ; 
L'aulr^apellet'Iiom  Margarida, 
Que  de  totz  bons  aips  fon  complida. 
Cascuna  fes ,  a  ssom  poder , 
A  ssi  dons  honor  e  plazer. 


Une  damoiselle  eut  nom  Alix,  la  meìl- 
leure  personne  qûe  jamais  on  vit;  on 
appela  l'autre  Marguerite ,  qui  fut  rem- 
plie  de  toutes  bonnes  qualités.  Chacunc 
fìt ,  selon  son  pouvoir,  honneur  et  plaisii 
à  sa  dame. 


Flamenca  captiye  vit  dans  rennuiet  raffliction. 


Aucun  jour  elle  ne  passa  la  porte,  si 
ce  n'est  fête  ou  dimanche,  et  il  uesi 
cbevalier  ni  clerc  qui  alors  pût  pailer 
avec  elle ;  car,  à  í'église ,  il  la  fit  placer 
dans  un  angle  qui  est  très  obscur;  dc 
deux  cotés  il  y  avait  le  mur. 


Negun  jom  non  passet  la  porta  , 
8i  non  es  festa  o  dimergues , 
£  non  es  cavallier  ni  clergues 
Adonc  pogues  ab  leis  parlar ; 
Car,  el  mostier,  la  fes  estar 
En  nn  angle ,  qu'es  mout  escurs  ; 
Daus  doas  partz  estava  '1  murs. 

£t  il  a  disposé  le  local  de  manière  qu'en  posant  au-devant  une  pièce 
de  bois  élevée ,  Flamenca  est  comme  enfermée  ayec  lui  et  ses  damoi' 
selles. 

£lle  n'allait  jamais  à  Foffirande ,  mais  Archambaud  faisait  Tenir  le 
clerc ,  et  il  obseiVait  sa  femme ,  ne  lui  permettant  pas  de  déconvrir  sou 
Tisage  ni  de  tirer  ses  gants. 

Cest  un  jeune  clerc  qui  lui  présente  là  paix ;  celui-ci,  s^il  en  aYait 
renvie  et  Tadresse,  pourrait  la  Toir.  Après  la  messe,  le  jaloux  pressait 
sa  femme  et  les  deux  damoiselles  de  sortir  avec  lui  sans  retard. 

Flamenca  souffrait  depuis  deux  ans  l'injuste  persécutioi\d^Archam- 
baud  et  gémissait  en  secret. 

Les  bains  de  Bourbon  étaient  très  renommés. 


E  no  venia  rancs  ni  clops 
Que  totz  gueritz  no  s'en  tomes. . . . 
Et ,  en  cascun  dels  bains ,  naisia 
Aiga  tan  cauda  que  boUia  : 


Et  il  ne  venait  boiteux  ni  éclopé  qui 
nc  s'en  retournât  tout  guéri. ...  Et ,  en 
chacun  des  bains,  naissaît  une  eau  si 
chaude  qu'elle  bouiHaît ;   d'autre   part 


Daus  Tautn  part ,  nais  aigua  íreia , 
Ab  que  lî  canda  si  reíreia. 


ROMAN  D£  FLâMENCA.  19 

naît  une  eau   froide ,   avec  iaquelle  la 
chaude  se  tempère. 

Des  baÌBs  très  beaux  appartenaient  à  un  particulier  nommé  Pierre 
Gujr^  Archambaud  s'y  était  balgné  quelquefois,  car  ils  étaient  tout 
prcs  de  sa  maison ,  et  méme  parfois  il  y  conduisait  sa  femme ;  alofs  il 
prenait  la  précaution  de  visiter  tous  les  coins  et  recoins  ^  ensuite  il  en- 
fermait  Flamenca  avec  les  deux  damoiselles ,  et  faisait  encore  la  garde 
en  dehors.  Quand  Flamenca  voulait  sortir, 


D  faì  sonar 

k  tts  poncellas  e  tocac 

Un  esqiiîneta ,  que  pendia 

MÌDS  ìûs  bains ;  adonc  venia 

£a  ifthimbantz  per  lui  ubrir, 

£  oon  podia  pas  giquir 

Qoe  Bon  disses ,  ab  fer  sembUn  : 

•  Ecossi  n^isses  mais  uguan.  >• 


Elle  fait  sonner  et  tinter  par  ses  da- 
moiselle^  une  clocbette  qui  pendait  au 
dedans  des  baîns ;  alors  venait  1e  sei- 
gneur  ArchamLaud  pour  lui  ouvrir,  et 
ii  ne  pouvait  pas  se  contenir  de  dire , 
avec  un  air  scvère  :  «  Et  comment  vous 
ne  sortez  que  maintenant  l  » 


Sajalousieiuquiète  le  domine  toujours. 


Ades  vas  los  bains  si  regara , 
Per  vezer  si  faoms  n'issiria ; 
Car  ges  sos  oifa^  ben  cresia 
Nan  lai  agues  home  agut 
£0  an  dels  angles  rescondut. 


H  regarde  toujours  verslesbains,  pour 
voir  si  aucun  horame  n'en  sortiraít ;  car 
il  ne  crojaít  pas  enticrement  scs  yeux , 
de  peur  qu'il  n'y  eût  eu  lù  un  homme 
caché  dans  un  des  coins. 


Cependant  il  y  avait  en  Bourgogne  un  chevalier  d'un  rare  mérite. 


Tan  fon  savis  e  belz  e  pros  , 
(}iie  Absalon  e  Salomos , 
^i  *i  doi  fossan  us  solamenz , 
Encontra  lui  iòran  nienz. 
París  y  Hector  et  Ulixes , 
Que  totz  tres  en  un  ajostes , 
Qnant  a  lui  non  foran  presat , 
Per  sen ,  per  valor,  per  beutat. 


II  ful  si  sage  et  beau  et  preux  qu'AU. 
salon  etSaloroon,  si  ies  denx  n'en  fusseiit 
qu'un  sculement ,  ne  seraient  rien  en 
comparaison  de  hii.  Pâris,  Hector  ct 
Uljsse ,  si  vous  les  réunissîez  tous  troîs 
en  un  seul ,  ne  seraient  pas  prisés  com- 
parativement  à  lui,  pour  le  sens,  pour  la 
valeur,  pour  la  beauté. 


Le  troubadour  se  complait  à  décrire  les  grâces  ct  la  tournure  du  beau 
'i'-Talîer,  qui  avail 


20 


ROMAN 

La  cara  plena  e  colrada ; 
Rosa  de  mai ,  lo  jor  (Ju'es  nada , ' 
Non  es-  tan  bella  ni  tan  clafa 
Que  íbn  b*  colors  de  sa  cara.... 

Fo  noirís  a  París  en  Franza ; 
Lai  apres  tan  de  las  .yii.  artz 
Qoe  pogra  ben  ,  en  totas  partz , 
Tener  éscolas ,  si  volgues , 
Legir  e  cantar,  si  1  plagues. 
Engties.  saup  meilz  d'autre  clergue  ŷ 
Sos  maistre  ac  nom  Domergue; 
Cel  l'ensenet  tan  d'escrimir 
Que  nulz  hom  no  s  poc  si  cobrír 
Que  el-  non  fíer  en  descubert. 
Tam  bell ,  tam  pros ,  ni  tan  apert 
Non  yi  hom  anc ,  al  mieu  semblan , 
Nî  que  fos  aisi  de  bon  gran.... 

Quan  fon  cayalliçrs ,  non  avia 
Mas  .xvn.  ans  et  .i.  dia. 
Le  duc  son  oncles  radobet, 
M.  et  .Dcc.  livras  H  det ; 
Et  autras  .m.  det  l'en  le  reis; 
Et  autras  .m  .  le  coms  de  Bleis ; 
M.  et  .ccc.  l'en  det  sos  fraires ; 
M.  marcs  li  donet  l'emperaires. 
Le  reis  angles  fo  sos  cosins , 
E  det  li  .M.  marcs  d'esteríins. 
Tot  aiso  fo  de  rend'  acisa , 
Que  no  s  pot  perdre  nulla  guiza. 

Fraire  fon  del  comte  Raols 
De  Nivers ,  e  no  fon  ges  sols  , 
Qoant  fon  ab  lui ,  so  pueschem  dir ; 
En  segre  cort  et  en  servir 
Mes  tost  son  percaz  e  sa  renda.  - 
So»  dons  non  hac  sabor  de  venda  ; 
£  qui  trop  fai  son  don  attendre  , 
Non  sap  donar  ni  doin  a  vendre ; 


DE  FLÂMENCA. 

La  fece  pleíne  et  colorée ;  rose  de  mti, 
le  jour  qu'eUe  est  née,  n'est  pas  aussi 
belle  ni  aussi  bríllante.que  fut  la  coaleur 
de  sa  face.... 

n  fìit  nourrí  à  Parîs  èn  France ;  là  il 
apprit  tant  des  sept  arts  qu'il  poarrait 
bien ,  en  tous  lieux ,  tenir  école  s'il  tou- 
lait,  lire  et  chanter  s'il  luí  plaisait.  II 
sut  mieux  ranglais  qu'autre  derc ;  son 
mattre  eut  nom  Domergue.  Celui-là  lui 
enseigna  si  bien  à  escrímÊr  que  nol 
homme  ne  se  peut  tellement  convTÌr 
qu'il  ne  le  frappe  à  découv^t.  A  moa 
avis ,  on  ne  vit  oncques  homme  si  beau, 
si  preux,  si  franc,  ni  qui  fût  d^ausn 
bonne  espéce 

Quand  il  fut  chevalier  il  n'avait  (pe 
dix-sept  ans  et  un  jour.  Le  duc  son  onde 
yadouba ,  lui  donna  mille  et  sept  cents 
livres,  et  le  roi  lui  en  donna  miUeantres, 
et  le  comte  de  Blois  miUe  autres ;  son 
frère  iui  en  donna  miUe  et  trois  cents; 
l'empereur  lui  donna  miUe  marcs.  Le 
roi  anglais  fut  son  cousin,  et  lui  doDoa 
miUe  marcsen  sterlings.  Tout  ceci  íìitde 
rente  bien  assîse,  qui  ne  peut  se  perdre  en 
aucune  manière. 

II  fut  frère  du  comte  Raoul  de  NeverSf 
et  il  ne  fut  pas  seul  quand  il  fut  avec  lui, 
nous  pouvens  le  dire ;  il.mit  tout  son  soin 
et  son  revenu  à  suivre  cour  et  à  servir  Son 
présent  n'avait  pas  le  goût  de  venle ;  car 
qui  fait  attendre  trop  son  don ,  ne  sait  doo- 
ner  et  donne  pour  vendre^  et  si  don  pro- 
mìs  est  aussitôt  donné ,  il  se  dooble  lui* 


ROMA»  D£  FLáMENGA. 


21 


E  $1  dos  promes  es  tost  datz , 
Si  meseis  dobla  e  sos  gratz ; 
E  pos  tan  si  meìllura  dons , 
Per  tost  donaTi  c'uns  ne  Yal  dos ; 
1 1  tost  penre  fai  oblîdar 
L'j^  c'om  trai  al  demandar. 


niéme ,  s^insi  que  ia  recounaissance ;  et 
puis  tant  le  don  s'améliorc ,  par  donner 
tot  f  qu'un  en  vaut  deux ;  et  le  prendre 
tôt  fait  oublier  la  peine  qu'on  éprouve  au 
demander. 


Le  troubadoar ,  pour  peindre  d'un  seul  trait  le  mérite  de  son  héros  y 

dit : 

Eo  im  an  non  agro  escrig 
Sofpe  £uia  en  nn  jom.... 
Astracs  fen  de  ca  vallaría. . . . 

E  gual  a  jostar  s'abandona , 

Htíh  hûm3  en  sella  non  rema ; 
£  cd  |ue  pren  ab  una  ma  , 
Maatenen  de  k  sella  '1  trai.. . . 

Moot  amet  tomeis  e  sembelz , 
I^onas  e  jcm:  ,  cans  et  aucelz , 
£  cavalz  ,  deport  e  solaz , 
Ç  tot  so  qn'a  pros  bome  plaz : 
Tan  Um  bons ,  nou  poc  mellurar. 

Vilelme  si  fes  appelar, 
El  sobrenom  fon  de  Nevers  ; 

CLuìsons  e  lais ,  descortz  e  vers , 
Serrentes  et  autres  cantars 
Sapia  plos  que  nuls  joglars ; 
>eis  Daniel ,  que  saup  gan  ren  , 
No  s  pogr'  ab  lui  penre  per  ren . : . . 

Degns  joglars ,  lai  on  el  fos , 
No  fo  marrítz ,  avols  ni-  bos  ; 
Bels  garet  de  fam  e  de  freg. 
Per  so  si  Taman  tut  a  dreg ; 
Car  totz  los  vest  et  els  encavalga. . . . 
Guîllems  de  Nevers  lo  cortes , 

Qu'era  tan  de  bons  aîps  ples , 

')ue  mfl  cavallier  n'agron  prò , 

t  afora  cascuiis  lcngiitz  pcr  pro  , 


En  un  an  on  n'aurait  écrifc<cqu'il  fai- 
sait  en  un  jour — 

II  fut  heureux  en  chevalerie....  et 
quand  il  s'abandonne  à  jouter,  nul  homme 
ne  reste  en  selle,  et  c^ni  qu*il  prend  d'une 
main ,  il  le  tire  de  la  selle  à  I'instant. 

II  aima  beaucoup  toumois  et  joutes, 
dames  et  jeu,  ehiens  et  oiseaux,  et  che- 
vaux,  déport  et  amusemcnts,  et  tout  cc 
qui  plaît  à  homme  généreux  :  il  fut  si 
parfait ,  qu'il  ne  put  devenir  meilleur. 

II  se  fit  appeler  Guillaume,  et  son  sur- 
nom  fut  de  Nevers.  < 

Ghansons  et  lais ,  descorls  et  vers,  ^ir* 
veutes  et  autres  sortes  de  chants ,  il  ea 
savait  plus  que  nul  jongleur  ;  mêmc  Da^ 
niel ,  quì  sut  beaucoup ,  ne  se  pourrait 
comparer  en  rien  aveè  lui.... 

Aucun  jougleur,  mauvais  ou  bon  ,  ne 
fut  triste  là  où  il  fìit ;  il  les  garanlil  bieu 
de  faim  et  de  froid.  G'est  pourquoi  aussì 
tous  I'aiment  avec  raison ,  car  il  fourntt  ù 
tous  des  hsibillements  et  des  chevaux. 

GuiUaume  de  Nevers  le  courtois ,  qui 
était  ptein  dest  bonnes  qualitcs  que  mille 
chcvhliers  en  eusscnl  assrz,  et  cbaciiu 
d'cux  cn  serait  lenu  pour  preux, 


22  ROMAN  DE  FLAMENGA. 

n'ayaîl  encore  aimé  aucune  dame;  iì  ne  connaíssait  ramour  que  par  les 
livres  qui  en  parlent. 

Instruit  des  malheurs  de  Flamenca ,  il  éprouve  pour  elle  le  plus  vif 
intérét.  L'amour  s'introduit  auprès  de  lui,  lui  inspire  le  courage  et  lui 
indique  les  moyens  d'arrÌTer  jusqu'à  Flamenca  pour  la  délivrer. 

Fort  li  promet  et  assegura  II  lui  promet'íbrtement  et  rassure  qu'O 

Qu'ìl  ìi  dara  tal  aventura  lui  donnera  telle  aventure  qoi  sera  trcs 

Que  mout  sera  valent  e  bona  :  bonne  et  précieuse :  «  Un  fol  jaloux  en- 

tt  Us  fol  gelos  clau  et  rescon  ferroe  et  cache  la  plus  belle  dame  du 

La  plus  bella  dona  del  mon  '  monde  et  la  meiUeure  pour  ravantage 

£  la  meiUer  ad  obs  d'amar,  d'aimer,  et  toi  seul  doìs  la  délivren... » 
E  tu  sols  deus  la  deslivrar....  » 

Mout  es  Willems  en  greu  torment  ŷ  Moult  est  Gtdllaume  en  pénible  toor- 

Amors  lo  pais  de  bel  nient ;  ment ;  amour  le  repait  d'un  beau  rlen; 

Plaser  li  fai  so  qu'anc  no  vi.  plaisir  lui  fait  ce  qu'oncques  il  ne  vitli 

Ben  volgr'  aver  un  bon  devi  voudrait  bien  avoir  uu  bon  devio  qui  lai 

Que  '1  dìsses  so  que  Tavenra.  dît  ce  qu'il  lui  adviendra.  D'un  autre 

De  l'autra  part  non  o  vol  ja ;  côté  il  ne  le  veut  pas ;  il  aime  mieuií  res* 

Mais  vol  estar  ad  aventura  ;  ter  dans  l'incettitude  ;  car  espérance  trog 

Gar  esperansa  trop  segura  sûre  n'a  pas  autant  dè  bonne  saveur  que 
Non  a  tan  de  booa  sabor                    ''       celle  qai  se  mêle  avec  crainte. 
G>n  sil  que  s  mescla  ab  paor. 

GuiUaume  arrive  à  Bourbon  ^vec  une  suite  brillante ,  s'élablit  chez 
Pierre  Guy  ,  maître  des  bains,  dont  répouse,  nommée  Bellepilc ,  esi 
fòrt  agréable , 

E  saup  ben  parlar  bergono ,  Et  elle  sut  bien  parler  bourguignon, 

Franccs ,  e  ties ,  e  breto.  français  et  tfayoîs ,  et  brèton. 

Elle  remarqua  la  bonne  gràce  de  Guillaume ,  et  lui  adressa  tl^ 
compliments, 

Ben  aia  'I  maire  que  us  porlet    '  Bien  ait  la  mère  qui  vous  porta  «t  qui 

E  que  us  noirit  ni  us  alaiet !  vous  nourrit  et  vous  allaita  î 

GuiUaume,  qui  ne  vcul  pas  élre  connu,  fait  dire  parses  gensquil 
est  de  Besancori. 


ROMâN  D£  flamenga. 

II  adresse  à  l'Amour  ses  plaintes  et  ses  espérances : 


23 


« Le  mals  que  m  sent ,  que  mals  non  es , 
Ans  mi  pìas  mais  que  nuUa  res ; 
Ancmais  ses  mal  ta  mal  non  aic  ; 
Mai«  un  proverbi  diso  '1  laic 
Qnieu  ai  proat  aras  en  me  : 
•  Adura  ben  9  aquel  ti  ve  ; 
>  Ádora  mal ,  faà  atertal. ...» 

Âdonc  si  leva  e  seina  si ; 
Sâd  Blaze  pregu'  e  sant  Marti , 
£  saa  }orvi  e  san  Geneis , 
Ed'^ntits  sains  ben  .v.  o  .vi.  , 
Qm  íaroa  cavallier  cortes , 
Qne  tb  Dieu  l'acapton  merces. 


<t  Je  sens  uti  mál  y  qui  n'est  point  un 
mal,  mais  qui  me  plait  plus  que  nulle 
chose.  Jamais  sans  mal  je  n'eus  tel  mal ; 
maîs  les  láíques  disent  un  proverbe  que 
j'ai  maintenant  vérifié  en  moi  :  u  Sup- 
«  porte  bien ,  ce  mal  te  vient ;  supporte 
«  mal ,  il  en  fait  autant.  » 

Aiors  il  se  lève  et  se  signe ;  il  prîe 
saint  Blaise  et  saint  Martiu ,  et  saint 
George  et  saint  Genest ,  et  bien  cinq  ou 
six  autres  saints ,  qui  furent  cbevaliers 
courtois ,  qu*ils  lui  obtienneht  merd  de 
Dieu^ 


Eo  ouvrant  la  fenétre  de  sa  chambre ,  GuiUaume  voyait  la  tour  où 
FUmenca  était  renfermée.  II  gémit  à  cette  vue,  il  se  pâme;  ón  est  forcé 
de  te  placer  dans  son  lit.  Un  heureux  songe  le  porte  dans  les  bras  de  la 
l)elle  captive. 


Non  es  homs  que  dire  pogues 
Lo  deleig  nì  la  benanansa 
Quc  s  dera  per  bon'  esperansa , 
Si  pogues  esser  cominals 
Ahab  plazers  esperitals. 


II  n'est  bomme  qui  pût  dire  le  plaísir 
et  le  bien-être  qu'il  se  donnerait,  par 
bonne  espérance ,  si  un  tel  plaisir  intel- 
lectuel  pouvait  être  commun. 


Gaillaume  s'éveiUe ,  s'HabiUe ,  fait  un  beau  présent  à  son  hote ,  et  ìls 
Tont  ensemble  à  régHse. 


Ei  mostier  es  Guillems  intratz , 
£  quan  si  fon  agenollatz 
Daran  Fautar  de  san  Qemen , 
I><!u  a  pregat  devotamen. 

II  dit^  entre  autres  : 

Una  orason  petita , 

^y  Tensenet  us  san  Jiiermita  , 
Qmdels  .Lxxii.  noms  Deu, 


Guillaume  est  entré  à  l'église,  et 
quand  il  se  fut  mis  à  genoux  devant 
l'autel  de  S.  Clément ,  il  a  prié  Dîeu  dé- 
votement. 


....  Une  petitc  oraison  qu'un  saint 
ermite  lui  enseigna ,  laquelle  est  des 
soixante-douze  noms  de  Dieu,  comme 


1 


ï4  ftOMAN  OE 

Si  con  om  los  dis  en  ebreu 
Et  en  latin  et  en  grezesc ; 
Cist  orazon  ten  omen  fresc 
A  Dieuaroar  e  corajos..:.. 

Quant  GuiUems  ac  l'oráson  dicha  ^ 
Un  sautier  pren  e  ubri  lo ; 
Uti  vers  trobet  de  que  '1  saup  bo ; 

Zo  fon  :   DlLEXI    QUONIAlf. 

«  Ben  saup  ar  Dieus  que  voliam  ;  h 
Ha  dih  soau ;  e'l  librc  serra. 


FLAMENCA. 

on  les  dit  en  hébreu  ct  en  lalin  el  en 
gtjcc ;  cette  oraison  tient  rhomme  dis- 
posé  et  ardent  à  aimer  Dien. 

Quand  GuîUaume  eut  dit  l'oraisOD ,  il 
prend  un  psautier  et  l'ouvre ;  il  trouTa 
un  vers  doùt  il  pronostiqua  bien ;  ce  îaU 
Parce  quej'ai  aìmé. 

«  Dieu  ,;a-t4l  dit  doucement ,  saitbien 
maintenant  ce  que  nóus  voulons ; »  et 
îl  ferme'le  livre. 


Ensuite  il  reconnait  la  placeque  Flamenca  occupe  à  réglise;  interroge 
son  hóte  sur  le  sort  de  la  belle  captive,  et  déclare : 

«<  Si  ben  sai  iégir  mon  sauteri  «  Oui ,  je  sais  bien  ìire  mon  psaatier 

E  cantar  en  un  responsier ,  et  chanter  en  un  recueil  de  répons,  et 

E  dir  leisson  en  legendier.  »  dire  ìsl  leçon   dans  un  recueil  de  lé- 

gendes.  »» 

De  là  GuiUaume  et  son  hòte  vont  dans  un  jardin ,  Guiilaume  entend 
le  rossignol ,  et  couché  sur  la  verdufe,  absorbé,  il  ne  répond  plus  aux 
questions  de  son  compagnon. 


Guiliems  entent  al  rosslnol , 
E  non  au  ren  que  l'ostes  prega ; 
Vers  qu'amors  homen  encega , 
E  l'auzir  e'l  parlar  li  tol , 
E'l  fai  tener  adonc  per  fol, 
Cant  aver  cuia  plus  de  sen ! 

Guillems  non  aus  ni  ves  ni  sen, 
Ni  'is  oils  non  mov ,  ni  ma  ni  boca ; 
Una  douzor  al  cor  io  tocha , 
Qu'el  cantz  del  rossinols  l'adus  , 
Per  qu'estai  cecs  e  sortz  e  mutz. 


Guiliaume  fait  attention  an  rossignol, 
et  n'écoute  rien  de  ce  dont  rhôte  le  prie) 
vmí  est  qu'amour  aveugle  I'homine,et 
lui  ôte  I'ouïr  et  le  parler,  et  le  &it  pren- 
dre  pour  fou,  alors  qu'il  pense  aroìr 
plus  de  'sens ! 

GuiIIaume  n'entend  ni  ne  voit ,  ni  ne 
sent ,  ét  ne  remue  les  jeux ,  ni  maín  oi 
bouche;  une  douceur  que  le  chant  cla 
rossignol  lui  caUse ,  le  touche  au  coeur; 
c'est  pourquoi  il  demeure  aveugle  et 
sourd  et  muet. 


Au  son  de  la  cloche  le  rossignol  se  tait, 

E  de  chant.'U'  del  tot  si  laissa,  Et  il  cesse  entjèremeut  de  chanter, 

Seropre  qu'el  sein  auzi  sonar.  aussitdt  qu'il  entend  la  clochc  sonner. 


ROMAN  DE  FLAMENCÂ.  25 

Gaillatme  et  rhóté  vont  à  la  messe ;  ils  se  placent  au  choeur.  Le  trou- 
badoar  décrít  la  manìère  âontils  ont  été  accueillis ,  quand  ils  passaient 
da  jardÌD  à  Péglisé ;  ils  ont  rèmarqué  une  coutume  du  pays  : 


Al  mostier  s'eii.van  ambedui; 
5oii  trdban  ceDa  ni  cellui  ^     *■ 

Qoe  non  lur  dîga  :  «  Deus  vos  sal !  » 
Usages  es  del  tems  pascal 


Ils  vont  tous  les  deuic  à  l'églíse ;  ils 
ne  rencontreiìt  femme  ni  homroe  qui  ne 
leur  dise  :  «  Dìeu  vous  sftuve !  »  e'est 
Fusage  du  terops  pascal  que  tout  homme 
salue  volontiers» 


Que  volontier  totz  hom  salut. 

De  sa  place  dans  le  chceur,  Guillaume  ponrra  voir  Fiamenca  lors- 
qtt*eUe  entrera.  -Flamenca  arríve ,  elie  s*arréte  un  instant  sur  la  portê ; 
mis  sui  voile  oe  permet  pas  à  GuiUaume  de  distinguer  ses  traits. 

Amour  lui  dit  ì  «  G'est  celle  que  je 
m'applique  à  délivrer,  et  je  veux  que  tu 
t'y  appiiques  bien ;  cependant  ne  rode 
pas  tant  autour  d'elle  qu'aucun  homme 
puisse  s'en  apereevoir;  je  t'enseigperai 
hien  à  tromper  le  malòtru,  fou ,  envieux, 
à  qui  il  conviendrait  micux  de  ne  pai 
exister,  et  je  te  vengerai  du  yoile.  >» 


li  dîs  :  «  Zo  es  aquil 
£a  aii  desiivrar  m'assotil**, 
E  Toil  que  hen  t'i  assotilles  : 
Pcro  ges  tan  no  la  rodÌIieSL 
Qne  nols  homs  s'en  posc'  apercehre  ( 
Ben  t'enseinarai  a  decehre 
Lo  malastroc ,  fol,  enveios , 
A  eoi  f<ira  mieilz ,  si  non  fos , 
£  de  la  benda  t  Tenjarai.  » 

La  dame  entre  dans  le  réduit  que  son  mari  lui  avait  assigné,  ét  comme 
elle  étak  dehout ,  pendant  révangilé , 

Adones  garet  GuiUèms ,  e  vi  Alors  Guillaume  regarda ,  et  vit  sa 

St  dons  que  fon  en  pes  dreisàdà ,  dame  qui  fut  dressée  en  pied ,  et  qui  s'est 

£t ,  ab  la  ma ,  que  s  fon  seinada ;  signée  aveç  la  main ;  elle  a  haissé  un  peu 


Âc  haissat  un  pauc  lo  musel ; 

Los  a£lîhles  de  son  mantel 

Ten ,  ab  lo  pouzer,  davan  se. 
Guiliems  vo^ra  hen  que  jasse 

Âqnel  avangelis  dures , 

Sol  à  Flameélca  non  graves 

Qoan  fon  dig,  la  domna  s  seinet ; 

Giiilleinsla  ma  nuda  miret ,  • 
W\  vei»re  que  toques 
1«  cor  et  am  si  I'enportes: 


I. 


sa  figure ;  avcc  le  pouce,  elle  tient  devant 
elle  les  garnitùres  de  son  manteau. 

GuiUaume  voudraithien  que  cet  évan-- 
giie  durât  toujours ,  pourvu  que  cela  ne 
fíìt  pas  pénihlc  à  Flamenca....  Quand 
il  fìit  dit ,  la  dame  se  sîgna ;  Guillaumc 
admira  la  main  nue ,  et  il  lui  fut  sem- 
hlant  qu'elle  touchât  et  empoHât  le  coeui' 
avec  elle. 

4 


26  ROMâN  DE  FLAMEIfGA. 

Pour  le  baiser  de  paiXi  ua  clerc;  iu>iiimé  Nicolas,  pvétetail  un 


Nicolas  prend  xm  bréviaire  où  il  j  eat 
psautier  et  fajrmqaîre ,  ^?aQgiles  et  orai- 
sons*,  répons  et  versets,  et  leçoás;  avec 
ce  livre  il  donna  la  paix  à  Flamenca) 
(piaud  elle  le 


bréyiaire  : 

Nicliolaus  pren  un  brevíarí 
On  ac  sauteri  et  imnarí , 
Evangelis  et  orazos , 
Respos  e  vcrsetz ,  e  lissons  ; 
Ab  aquel  libre  pas  donet 
A  Flamenca ,  quan  lo  baiset. 

Quand  Nicolas  fnt  de  retour  dans  le  choBur,  Guillaume  s'emparadu 
bréviaíre  et  appliqua  des  baisers  de  paix  à  la  page  qui  avait  reçu  celui 
de  Flaraenca.  Guiilaume  invita  le  prétre  et  le  clerc  Nicohs  à  diner  pouf 
ce  jour-là  et  pour  tous  les  $uivants. 

n  est'de  coutume  en  ce  paysqa-ia 
printemps ,  quand  on  a.  soupé ,  tout  le 
monde  danse  et  se  dtverlit ,  et ,  sdon  le 


El  paos  fon  acostumat 
Qu'el  pascor,  quant  bom  ba  sopat , 
Tota  li  gens  balla  e  tresca  , 
E ,  scgon  lo  tems ,  si  refresca. 
Cella  nub ,  las  roaías  giteron ,  , 
E  per  so  plus  si  deporteron. 

Guillems  e  l'ostes  s'cn  issironr 
En  utf  vergier ,  d'aqui  auzîron 
De  vas  la  vila  las  cansons , 
E  de  foras  los  ausellons. 


teipps ,  se  rafraíchît.  Cette  nuitrli  y  on 
planta  les  mais ,  et  pour  cela  on  s'amusa 
davantage. 

Guiilaume  ct  I'hôte  s'enr  alléreot  dans 
un  verger,  et  de  là  entendirent,  da 
côté  de  la  ville ,  les  chansons  et  par  de- 
bors  les  oisiUons. 


Rentré  chez  lui,  Guillaume  s'abandonpe  à  ses  réflexions :  il  seot  les 
peines  que  cause  Tamour.  Le  troubadout  fait  aussi  ses  reiûarques  sur 
cette  passion ,  et  ajoute  : 

«  Car  Tas  nafratz  pot  garir  Tautre.  »        u  Car  un  blessé  peut  guérir  rautr«.  • 

GuiIIaume  s'endort,  et,  pendant  un  songe  amoureux,  il  a  un  doiu 
entretien  avec  Flamenca,  qui  lui  dit : 


«  E  so  us  conseillarai  breumen 
D'aiso  que  vos  me  demandas : 
Bel  sener,  cel  que  m  dona  pas 
AI  mostier,  si  far  o  sabia , 
Ciig  eu  que  parlar  inî  poiría 


«  Et,  sur  ce  que  vous  mé  demandety 
je  vous  conseiUerai  ceci  eii  peu  de  mots: 
beau  seigneur,  c^Iuí  qui  me  dQnoe  la 
paix  à  réglise,  s'il  savait  le  faire,  je 
crois  qu'il  pourrait  biep.me.  parler  seu- 


tcB  »i  itn  iDOÌ.alcaita  ves^ 

Qinr  ben  siì  que  de  plas  ncr  i  les , 

Et  a  ratiln  ves ,  atendes 

Qne  ja  fol  molet  non  parles 

Ealio  qae  ien  Fagoes  respoat. 

ir  fof  ii  lo  pairlar  etpost ; 

Et  e!s  bains  de  Peîre  Guizo , 

Od  mi  Uin  alcnna  sazo , 

Hom  poiría  íar  nn  pertus , 

SotLlma,  qpe  no  '1  vis  negns, 

Qi'eD  uoà  tambra  resposes ; 

Per  aipi  mos  amix  yetigu^ 

EblttJBS  a  miy  qua^  la  m  sabria,  » 


ROHÂN  DE  n^AMENCA.  3<^ 

lement  un  mot  qudquefois ,  car  je  sais 


bien  que  ríen  de  plns  ne  lui  est  loisible , 
et  à  rautre  fois^,  qu'il  eût  attention  de  ne 
jamais  prononce^  un  seul  petit  mot ,  jus- 
qu'à  ce  que  je  lui  eusse  répondu.  Main- 
tenant  je  vous  ai  expos^  la  manière  de 
parler ;  et  aux  bains  de  Pîerre  Guj,  ou 
je  me  baîgne  qudqnefoís ,  on  poùrrait 
faire,  soustetre,  lin  pertuis,  quepersonne 
ne  v2t,  qui  répondtt' à  une  chanibre ; 
par  lÀ  mon  ami  viendrait  onx  ÌMiins  vers 
moi ,  quand  il  m*j  sauraît.  » 


EDs'éteillant,  Guillaume  atôure  qu'il  exécutera  ce  plan.. 

Le  tronbadonr ,  dissertaiìt  longuement  sur  Famour  ^  fait  cette  ré* 

ilaioD : 


E  qoi  d'amor  es  ben  ferítz , 
Mont  dea  esser  escolorítz , 
Xagres  e  teinz  e  flacs  e  vans  , 
Et  en  als  sta  fort  ben  sans. 


Et  qui  est  bien  frappé  d'amoury  doit 
étre  fort  décoloré  ,'  maigre ,  pâ]e ,  flas- 
que  et  faible  ,^  mais  qu'en  autres  choses 
il  soit  bien  sain. 


Galliaume  fait  de  nouveaux  présents  à  son  hôte ,  à  son  hótesse  \  ìl 
^te  encore  à  une  messe,  où  il  revoit  Flamenca,  et  reste  convaincu 
(|Q  en  loi  présentant  le  livre  pour  le  baiser  de  paix ,  on  peut  adroitement 
hi  glisser  une  parole,  un  mot. 

Lorsqu'il  sort  de  réglise,  il  est  témoin  d'un  usage  qtU  se  pratiquait  au 
pranierjour  de  mai. 


Las  tosetas  agron  ja  tracbas 
^s  maias  qu'el  sera  s  son  fachas , 
E  hr  deyhiolas  canteron  ; 
Tot  dreît  davan  GuiUem  passeron , 
Caatan  mia  halenda  maia 
Qfle  dis  :  «  CeUa  dona  ben  aia 
Qv  non  Cii  languir  son  amic , 

^aon  tem  gcbs  ni  castic 


Les  fiUettes  avaient  déjà  déplacé  les 
mais  qui  le  soir  ont  éié  plantés ,  et  eUes 
chantèrent  leurs  vaudeviUes.  EUes  pas- 
sèrent  tout  droit  devant  GuiUaume , 
chantant  une  calende  de  mai ,  qtii  dit : 
«  Bien  ait  cette  dame  qui  ne  fait  languir 
son  ami,  et  ne  craint  jaloux  ni  réprìmande, 
pour  alleravec  son  cavalier  ên  bois>  en 


28  ROMAN 

Qu'il  Don  an'  a  soo  cavaUîer 
Ea  bosc ,  em  prat  o  en  ▼ergier, 
E  dins  sa  cambra  non  lo  roeney 
Per  9o  que  meílz  ab  lui  s'abene, 

9 

El  gilos  lassa  daus  responda , 
E,  si  parla ,  qu'il  li  responda  : 
Non  sones  mot,  íaitz  Vos  cn  lai, 
Qu'entre  mos  bras  mos  amic  jai ; 
Katenda  maia.  »  E  vai  s'en. 
Guillems  sospira  coralmen , 
E  prega  Dìeu.tot  suavet 
Qu'qp  lui  avere  cest  verset, 
Que  las  tosetas  an  cantat 


DE  FLAMENCA. 

préy  ou  en  vepger^  etpoujcle'conduìredaiis 
sa  chambre,  afin  qu'elle  goûte  mîeux  le 
bonbeur  avec  lui ,  et  laisse  le  jalonx  sur 
le  côtc  y  et  s*il  parie ,  (pi'elle  lui  réponde: 
Ne  sonnez  mot ,  retire^vous,  car  moo 
ami  est  dans  mes  bras ;  c'est  calende  de 
mai.  »  Et  il  s'en  va. 


Guillaume  sonpîre  da  fiiod  da  <year, 
et  prìe  Dieu  tont  doucement  qu'il  yéh« 
fie  pour  lui  ce  vçrsety  que  les  fiUettes  ont 
chanté. 


Par  des  présents  et  par  des  démojQstrations  d*ajaikié,  GuiUaaine  oblieot 
facilŷmjBnt  que  Thóte  ei  l'hólesse  lui  abai^donnent  le  logement  entier,  oii 
il  a  besoin  ,  dit-il ,  d'étre  très  tranquiUe. 

Ensuite  il  leur  déclare,  ainsi  qu*au  prêtre  Justin ,  qu'il  est  chanoine 
de  Péronne,  et  demande  qu^on  lui  rase  les  cheveux  et  qu^on  luifasse 
la  couronne ,  ce  qui  s'exéçute  au  grand  regret  de  tous  les  assbtants. 
II  obtient  de  remplacer  le  cl(^rc  Nicolas,  à  qui  il  fournit  largen^ent  de 
quoi  se  rendre  à  Paris  poiir  y  étudier : 

L*auteur  s*écrie  sur  le  ppuyoir  4e,  rAmoin-,  qui  domine  aixisi  Guil- 
tai^me:  '^ 


Amors  l'a  fag  tondre  e  raire , 
Amors  l'a  fag  mudar  sos  draps , 
Ai !  Aniors ,  Amors  !  quant  saps  ! .  •  • 
Fraire  Willems  s'apataris , 
E  per  si  dons  a  Dieu  sefvis. 
Bep  es  fols  gilos  que  s'èsforsa 
De  guardar  moilHer;  quar  se  forsa 
Non  la  ill  tol ,  ben  la  '1  tolra  geinz. 


Amour  I'a  fait  tondre  et  raser,  Amour 
lui  a  fait  cbangér  ses  babits.  Ab!  Amoar. 
Amour  !  còmbien  tu  sais  ! . . . .  Frère 
Guillaume  devient  patarin ,  ètsertDiea 
en  intentíon  de  sa  dan^e.  BiçR  est  fou  le 
jaloux  qui  tente  de  garder  une  femmei 
car  si  fbrce  ne  la  lui  ravit,  adressela 
lui  ravira  bien. 


GuillauVne  fait  dans  réglise  les  fonctions  de  clerc,  et  Flamenca  étant 
venue ,  selon  la  coutume ,  à  la  messe  avec  son  mari , 


GuUlems  davan  si  dons  estet ; 


Guillaume  s'arréta  devant  sa  dame 


QviD  il  lo  saiifeen  baiset  / 
B  lì  di  suavet  :.Bai  las  ! 
Pero  ges  no  0  dis  tan  bas. 
Qoe  il  íbrt  l)e  non  o  ausis. 
GoiIIems  s'en  vai  humils  e^clis , 
Ecu' aver  moQt  enansat. 
S'd  agaes  ara  derocfaal 
£d  m  tornei  .c.  cavaHiers, 
£  gasuutz  .T.G.  destríers  , 
>(n  ûa  joia  tan  perlbcha. 


ROMAlSr  DE  FLÂMENCA.  ag 

tandis  qu'ellê  baisa  le  psautier,  il  lui  dit 
doucement :  Hélas  !  pourtant  ìt  ne  le  dit 
point  si  bas  qu'elle  ne  YòxâX  trés  hîen« 
Guillaume  s'en  va  BumUe  et  incliné ,  et 
croît  aròir  beaucoup  avancd.  S'il  eût 
alors  rentersé  cent  çbevatiers  en  un 
tournoi,  et  gagné  cinq  cents  destriers,  il 
n'aurait  *}oie  si  paríarte« 


UûbieDtot  il  CTdìxil  que  Flamçnca  ne  rait'  pas  entendu ,  ui  ìl  s'aèan- 
dooDe  aa  découragement . 


&(iis Gmllems  :  «  Las !  c^  nb mor^ ? 
^iBors!  ben  paac  enansat  m'as ; 
▼I.  cnei  Itr  et  ai  fait  as. 
Carbmc  mi'dons  do  m  poc  ausir 
2oqa*íen  ai  dig  ab  nn  sospîr, 
^a  paae  lo  cors  no  m  trasanet.  » 


GuiUamne  dit  ceci :, «  Hâas !  com- 
ment  est-ce  que  je  n^  meurs  pas? 
Amour !  tu  m'as  bien  peu  avancé  :  je 
crus  faire  six  et  j'ai  faìt  as.  Car  oncques 
ma  dame  ne  put  ouïr  ce  que  je  lui  ai  dit 
avec  un  soupir,  tellement  que  peu  ne. 
s'en  falíut  que  le  coeur  ine^défaillit.  » 

Cesimplemot  hélas,  entendu  et  çomprispar  FUn^enca,  ia  met  en 
pandsouci. 

Del  mot  de  Guillem  li  sof^i^c  •  Elle  se  souyient  du  mot  de  Gmllaume, 

£dis : «  Ea  deu  ben  dîr  :  Ai  lassa!...   et  dit  :  «  Moì  je  dois  bîen  dire  i  jFf^ 
IHeos!  e  quc  dis>  que  vol?  que  m  quer?   lasse  !  Efieu !  ct  que  dit-il  ?  que  yeut-il  ? 


^OD  sot  assaz  lassa ,  cativa ! . . . 

Pero  ben  garet  que  tan  aut 

I^on  parlet  que  hom  lo  pogues 

Aozir,  et  avant  que  s  mogues ,  . 

«i  íb  veiaire  que  mndes 

Wor,  el  un  pauc  sospires , 

Aiâ  com  cel  que  a  paor, 

tpois  vergoina  c  calor ; 

^^  sai  donc  que  dire  m'en  deia ; 

^vû  doDc  de  mi  eveîa? 

^^  m  ges  aissi  enquerre  ? 


que  md  demande-t-il?  Ne  suis-rje  pas 
assez  lasse,  malfaeureuse!..!  Pourtant  il 
prit  bien  garde  de  parler  si  faaut  qu'on  le 
pût  entendre^  et  avant  qu*il  s'elGÌgnâty 
il  me  parut  qu*il  cfaangea  sa  couleur  et 
soupira  un  peu ,  comme  celui  qul  a  peur, 
et  ensuite  faonte  et  cfaaleur.  Je  ne  sais 
donc  ce  qu'il  m'en  fiiut  dire  'y^  aurai^-il 
envie  de  moi  ^  voudrait-il  point  ainsi  me 
requérir?  » 


3ft  ROMAN  DE  FLÂÌSNCA. 

Al  dimérgtte,  q^pQt  T^c  li  ora  manchè,  quaad^nt  rheuj»  de  pren"- 


De  pcnre  pas  y  ges  noa  deiçora 
Flamençha  que  non  demandfi» 
Per  cm?  ans  qu'èl  libre  tpques....     . 

A  .Pantacosta ,  dréît  per  jom  / 
GúOlesas  det  paz>  et  ans  que  torn 
Al  capcUa ,  mot  temeros   .        »    . 

A  dig  a  sa  domna  :  Pfa  yoà « 

'    ....  Lendema  que  pas  li  dcty       ~* 
Flaoiencà  li  dis  x  Qu'sn  PUEâc?  suau^ 

4 

Uaîs  el  o  enten  ben  et  au,  * 


dre.  la  p^z^  Fl^menca  ne  tarde  pas  à 

\ìx\  demander  poúr  qfU^  aVant  qu'de 

touchâtle  livre.... 

A  Pentecôte  ,^  exactémént  ce  îour , 
•  ■  \  * 

GuiUaume  donna  la  paix ,  'et  arant  qu'ìl 

retimme  au  prélre  ,  il  a  dit  à  sa  dmne, 

très  craintíf  :  'Ppur  ^oìu^  * 

Le  lendemain  qú'il  hii  donna  la  paìx, 

Flamencá  luí  dit  doucement :  Qu'y  puis' 

je  P.iûais  il  éeqpte-bien  cela  et  enteod. 


GuiUaume  s'adresse  à  Dièu ,  lui  demande  de  fayoriser  ses  voeux  amoa- 
ineux  et  fait  des  promfsses  t  •     ' 


«  Vos  en  dasai  per  fermansa 
Qne-la  renda  qu'ieuid  en  Fransa    / 
Dones  a  gliesas  e  a  ponz, 
Si  m  laissavas  ayer  mi  douE^ 
Ab  son  autrei  et  ab  son  gfat.  » 


<(  Ìe  yous  eû  donnerai  pdur  assurance 
que  ]e  ferais  don  aux  églíáes  et  aux  finères 
pontifes  de  la  rente  que  j*ai  en  France,  sî 
vous  mf  laissiez  ob(epir  ma.damie,  avec 
isoo'COnsenteine&tétavecson  gré.  • 


  roctave  de  la  Penteoâte  y  Guiliaijiige  remplit  ses  fonctions  ac- 
coulumées.  . 


GuiUems  dis  a  sÌ  dons  :  Garik.' 


Guillauìtne  dit  à  sa  dame  :  Guérír. 


Le  jour  dé  la  *féte  Saint-Iean,  qui  fiit  un  samedi»    . 


Get  non  donet  pas  em  petdon 
G^j^lèms  a  si  dbns  aquel  dia ; 
Gar  aissi  con  empres  avia, 
Lî  dis  I  Gofr  81  ?  mot  suavet. 


GuiUaiune  ne  donqa  pas  en  vain  la 
paix  à  sa  dame  ce  jour-là;  car  aiusi 
qu'elle  avait  résolu ,  elle  lui  dit  trcs 
doucement :  CommfirU  ? 


•    ^ 


Le  dimanche  suivant ,  Giiillaume 

A  si  dons  venc,  ab  cor  alegre ,  *« 
Quan  ,Ii  det  pas ;  mas  ges  no  s  fein 
Que  no'l  diga,  suau  :  Psa  Gxm. 


vint  à  sa.dame  avec  le  cceur  jojeux  , 
qnand  il  lui  donna  la  paix ;  máis  il  ne 
se  géna  pas  de  lui  dirè  doucement :  Paf 
adresse. 


Une  des  suìvantes  de  Fiamenca  ^  en  apprenant  ce  mot  y  s'écrie  : 


ROMAN  DE  FLAMENGA.  33 

•  Qiie  ú  buaa  d  temt  antic  «  Que  ai  novs  ínuìoiis  au  temps  auti- 

qae  et  cpie  )e  trouvasse  un  tel  ami ,  je 
croiraìs  hien  que  ce  &X  Jupiter  ou  queU 
qu'un  des  dieuz  amoureux.  » 


Eteatn^aital  amîc, 

Ben  caiera  Jupiter  Cm 

0  alcns  dels  dieas  am<Mros.  » 


Elle  conseille  à  Flamenca  de  profiter  de  roccasion ,  et  de  ne  pas  faire 
comme  les  femmes  qui  repoussçnt  capricieusement  les  hommages , 

E  pois  ellas  penedon  s'en 
Q«B  lo  pentirs  non  yal  nîen; 
Car  qni  non  fes ,  can  £ir  poiría ,    . 
k  nofi  iara  quan  ^&r  volria. 


et  puis  elles  s'en  repentent  quand  le 
pentìr  ne  vaut  rien ;  car  qui  ne  fit,  quand 
elle  poorrait  faire ,  jamais  ne  fera  quand 
elle  Youdrait  faire. 


Gûllaume  rappelle  son  hôte  et  son  hòtesse,  qu'il  avait  éloignés  en 
prétextant  le  hesoin  d^étre  tranquille,  afin  de  faire  pratiquer,  à  leur  insu, 
lecoidoir  qui  deTait  le  conduire  secrètement  au  hain  de  Flamenca. 


Lo  pnunier  jorn  que  plus  parlet 
Ab »  dona,  il  respoudet : 
Pus  L*Ai;  et  il  8Ì  meraYÌUa , 
EBootdousamen  lo  rodiUa,     . 
Si  (pi'ap  l'esgart  si  sou  baisat 
Ur  o3  e  lur  cor  emhrassat ; 
iïfticest  bais  tals  dousor  lur  ven , 
Qne  casclius  pw  garîtz  sî  ten. 


Le  premîer  jour  qu'il  park  encore 
avec  sa  dame,  il  lui  répondit :  Je  raipris; 
et  ^e  s'^merveille ,  ek  trés  doucement  le 
contemple,  tellemenl  que  par  le  xegard 
leurs  yeux  se  sout  baisés  et  ieurs  ceeurs 
embrassés ;  de  ee  haiser  il  leur  vint  teHe 
douceur,  que  cbacun  d'eux  se  tint  pour 
guéri. 


Flamenea  se  dit  qu  elle  est  aulorísée  à  accepter  le  secours  de  cet 
^tranger ,  puisqu'elle  est  enlièrement  ahaudonnée  par  les  gens  du  pays. 
EUe'ajoiite  en  parlant  à ses  suivantes  : 

•  Et  a  m  dis  bui  qu'cNoiEN  a  niES ,  «  Et  il  m'a  dit  aujourd'bui  qu*<7  apris 


Xiis  ancaiu  non  sai  quals  es.  » 

Al  Qiten  joni ,  îll  demandet : 
E  CAL?  Poissas  apres  estet 
Aulm  .vifi.  )oms;  apres  respos 
GtiOìeins:  laETZ.... 


un  mof€n  adroii,  mais  je  ne  sais  encore 
quel  il  est.  » 

Au  buitième  jour,  elle  demanda  :  £i 
lequei?  Ensuîte  il  se  passa  buit  autres 
jours  depuis ;  après  Guillaume  répondit : 
f^ousirez.».. 


Mais  il  ne  put  indiquer  te  lieu. 

Per  so  demandet  l'autre  dia  .  Pour  cela  Flamenca  demanda  l'antre 


;> 


34  ROMAN  DE  FLÁMENCA. 

Flamenca ,  e  no  '1  fbn  ges  pena ,  jour,  et  cela  ne  Ini  íbt  pas  one  pehie, 

Dreg  lo  )om  de  la  Magdalena ,  juste  le  jour  àe  la  Bfadeléîne,  quand  il 

Quan  fon  sazos  ni  luecs  :  E  on?  fut  temps  et  lieu :  Et  oit? 

£  lendema,  GuiUems  respon :  Et  le  lendemain,  Gnillaume  répond : 

Als  banz.,..  Auxòains,,,, 

Flamenca  comprit ,  et  crut  quMl  aTait  quelque  moyen  d'arriyer  aa  bain. 
Sesdamoiselles,.  à  qui  elle  rapporta  la  réponse,  la  pressèreiìt  de  ne  pas 
différer  de  ie  questionner  encore.  Le  mardi  suivant ,  on  célébrait  la  féle 
de  Saint-Jacques  de  Compostelle ,  et  Flamenca  profita  de  roocasion. 

A  cel  jorn ,  Cora?  li  demanda.  A  ce  jour,  elle  luî  demande :  Quand? 

II  fallut  attendre  quatre  jours,  et  au  cinquième,  Guilkmne 

a  fiag  entendre  a  fiût  entendre  à.sa  dame^tieyoar/'n>- 

A  si  dons  qne  jorn  breu  é  gent  ;  -  chain  ei  agréable;  puis  il  s'ôta  de  deraat 

'  Puis  s'ostet  davan  lui  corrent  elle  rapidement. 

Fiamenca  expose  à  son  mari  qtt'elle  est  malade ,  et  qu*elle  a  besoin 
de  prendre  des  bains  \  celui-ci.  va  lui-méme  fiûpe  préparer  le  bain  poor 
le  mercredi. 

Cqiendant,  la  veiUeý  Flamencaest  encore  à  réglise,^ 

E  dis  :  Mi  PLAB ,  aîssi'  com  poc ,  et  dit :  Meplaít,  comme  elle  put ,  et  se 

E  non  saup  dire  plas  gen  d'oc;  sut  pas  dire  plns  gentiment  d'oui;  et, 

Et  un  pauc ,  ab  lo  man  senestrey  avec  la  main  gaucbe,  dle  toucha  un  pev 

Toquet  a  GuiUem  lo'*ssieu  destre....  la  droite  de  Guillaume.... 

Quant  GuîUems  àc  ausît  plaz  mi  ,  Quand  GuiUaume  ent-entendu  il  rne 

De  fin  )oì  totz  le  cors  li  ri.  P^^f  tout  le  coeur  lui  rit  de  joie  pore. 

Le  soir  ,  étant  chez  lui,  il  entendit  son  hóte  donnant  rordredepré- 
parer  le  bain  de  Flamenca  pour  le  lendemain. 

Bans  sa  prison ,  et  en  présence  de  son  mari,  Flamenca  assure  qiiesi 
le  bain  ne  la  guérit  pas  de  sa  douleur,  elle  aime  mieux  mourir  quede 
vivre.  Archambaud  tâdie  de  la  rassurer,  et  lui  prédit  que  le  baín  lui 
sera  salutaire.  II  la  conduit  lui-méme  au  bain ,  examine  avec  soin  tous 
les  recoins  du  local ,  et  ne  trouve  rien  qui  doive  Talarmer. 

Puîs  s'en  issi  e  l'uis  serrct,  Puis  il  sortit  et  fcrma  l'huis,  ct  en 


R0MAN  DE  FLÁMENCA; 


35. 


£t  ab  sì  b  cba  ne  portet. 
Las  doDzdlas  no  s'oUidcron , 
Qosr  aítmn  tost  dins4o  fennoron , 
Ab  noa  iMum  gran  e  fenna , 
Qoe  de  paret  en  paret  ferma* 


emporta  la  def  avec  lui.  Les  damoidelles 
ne  s'ouUîérent  pas,  car  aussitôt  elles  fer^ 
mèrent  rhuis  an-dedans,  aYec  nne  barre 
^nde  et  solide ,  qui  ferme  de  mur  en 
mur. 


Tout  à  coup  on  entefid  un  peu  de  bruît ;  c'est  Guillaume  qui  s'appro- 
che ;  nne  pierre  se  détache ,  ii  entre. 


Davan  sî  donz  s'agenolìet , 
E  dis  L' :  «  Bona,  cel  que  us  íes 
£  tqIc  que  ja  par  non  acses 
De  Imtat  nî  de  cortesia , 
Silrfos  e  Tostra  compannia.  w 
Esoplegnet  lî  tro  al  pes. 

flamenca  li  rèspon  apres  : 
•  Bel  sener ,  cel  qu'anc  no  menii 
EtoI  que  tos  sias  aissi , 
Vo$  salr  e  us  gart  e  us  laìs  complír 
D'aísso  que  us  plai  vostre  desir,  » 


II  s'agenouiUe  devant  sa  dame ,  et  lul 

• 

dìt :  tt  Dame ,  que  celuî  qui  vous  crca 
et  quî  voulut  que  vous  n'eu^siez  jamais 
égale  en  beauté  et  en  courtoisîe  ,  sauve 
vous  et  votre  compagnie.  m  Et  il  la  sup  j 
plîa  jusques  aux.pîeds. 

Flamenca  lui  répond  après  :  m  'Beau 
seîgneur',  que  celui  quî  oncques  ne  men- 
tit  et  qui  veut  que  vous  sojez  ici ,  voys 
sauve  et  voos  garde ,  et  vous  láisse  àc^ 
complir  votre  désir  de  ce  qui  vous  plait.  n 


Après  ces  préliminaires ,  commence  un  colloque  arooureux ,  qui  esC 
ttitremélé  d*embrassades.  GuiUaume  propose  de  se  retiret  par  le  cotí"- 
loir  dans  sa  chambre,  Flámenca  répond : 


«  Belz  dons  amix ,  aici  co  usplaá^; 
len  ini  lai  on  mi  dires  ; 
Car  ben  sai  qn'aissi  m  tomares , 
Sî  podes,  saiva  e  segûra.  » 


«  Beau  donx  amx ,  ainsi  comme  il 
vons  plait ;  j'irai  là  où  vous  me  direzŷ^ 
car  je  sais  bien  que  vous  me  ramènerez 
ici ,  si  vons.pouvez,  saine  et  sauve.  ^ 


Ilsarrivént  bienlôt  dans  une  chambre  magnifiquement  meuUée. 


AdoQcs  a  mot  e  mot  oomtat 
Goillems ,  qui  es ,  nî  cosi  venc , 
^i  enqnal  gnîsa  si  captenc, 
Dnu  que  fo  vengutz  a  Borbo. 

Qoant  il  saup  de  Guillem  qui  fo , 
^2]i  ^n  gaug  en  son  cor  l'en  dona , 
^^e  del  tot  a  luî  s'abandona. 


Guillaume  alors  a  eohté  mot  ù.mot 
qui  il  est ,  et  còmmént  il  vint ,  et  cii 
quelle  maniène  il'se  conduit,  depuis  qu'il 
fiit  venu  à  Bourbon. 

Quand  elle  sut  de  Guillaume  qui  il 
fut,  cela  lui  en  donne  une  si  grande 
joie  cn  son  cueur^  qu'elle  s'abandonne 


36 


ROMAN  DE  FL 


GA. 


Prent  s-  a  son  coll ,  estreg  lo  baisa ; 
De  nulla  ren  maìs  npn  9'esiniua , 
Mas  qne  lo  puesca  pron  serviry 
E  de  baisar  e  d'acullir, 
E  de  far  tot  so  qn'Amors  vol.... 

E  yeramens  l'us  l'antre  ama ; 
Amors  los  émpren  e  Is  âama , 
E  don  a  ïur  de  plazers  tanz 
C'cMidat  an  tot  lùr  affans , 
Que  an  suffert  entro  aissi. 
Aquist  ero  amador  fi ; 
Petit  ne  son  ara  d'aitals  ; 
Mais  no  m^n  cal ,  car  un  sivals 
Ne  conosc.  eu  c'aitals  sería , 

« 

SI  trobes  bona  compannia. 


entièrement  à  lui.  Elle  se  prend  à  son 
cou,  l'embrasse  étroitement ;  elleoes'ÌD- 
quiète  d'aucune  chose,  aî  ce  n'estqa'dle 
le  puisse  servìr  snffisammeot,  en  rem- 
brassant  eten  raccaeiUant ,  et  en  íaisAnt 
tout  ce  qu'Amour  veuL... 

Et  vraiment  Fun  aime  l'autrè;  Amour 
les  éprend-  et  les  enflamme,  et  lear 
donne  tant  de  plaisirs  qu'ils  ont  eDibè- 
rement  oublié  leurs  cbagríns ,  qn'ils  ont 
soufferts  jusqu'iòi.  >Geux-là  étaient  de 
purs  amants  >  il  j  en  a  peu  de  tels  à 
présent ;  mais  je  ne  m'en  soucie ,  car 
j'en  connais  du  moins  un  qui  serait  tel ) 
s'il  trouvait  bonne  compagnie. 


.  II  faut  cependaht  que  ces  amants  se  séparent.  Guillaume  fait  de Jolis 
présents  aux  deux  suivantes ;  il  est  attendri ; 


Mais  el  las  veira  ben  en  bríeu ; 
Gar  FUmenca  retornara 
Als  bains  tot  ora ,  quan  volra  i 
E  soven  si  fara  malauta , 
Quar  tals  malautia  l'asauta. . . . 
Al  meins  .1111.  vesla  semána 
fietomara ,  si  pot ,  al  bains. 


Mais  il  les  verra  bien  sous  peu ;  cir 
Flamenca  relonrnera  aux  bui^s  *  ^^^^ 
beure,  qnand  elle  voudra;  «t  sonfeot 
elle  se  fera  mali^de ,  car  telle  maladie 
lui  plait....  Elle  retoumera  au  bain, 
si  elle  peut  >  au  moins  quatre  fois  b 
semaine. 


En  quittant  son  amant,  Fiamenca  lui  parle  èncore. 


E  dis  :  I*  Bels  dous  amics  1  cortes , 
Mon  aveir  no  us  ai  donat  ges; 
Sabes  per  que?  car  tota  us  den  . 
Mi  meseissa  e  us  abandon,- » 


et  elle  dit :  «  Beau  dour,>amÌ9  courtois,  je 
ne  -vous  ai  point  donné  mon  avoir; 
savez-vous  pouit|uoi  ?  parce  que  je  ne 
donne  toute  moi-méme  et  m'abandonDe 


a  vous.  » 


Marguerite  fit  sonner  la  clochette,  le  jaloux  vint  de  sjiile  ouvrir 
mais  il  ne  pouvait  parler ,  tant  il  était  essoufflé  pour  avoir  couru. 

Flamencadis  s  «  Be  gran  vertut  Flaméiica   ihi  «  Suchez,  scìguc«r 


ROMâN  DE  FLAMENCA.  ^7 

Stpehas,  seaer,  boo  soo  libain;  que  ìes  baÌDS  soDtbons  d'uDe  grande 


Garída  serai  si  mi  bain ,  - 

Qoe  ja  m  sent  dq  pauc-  meliorada } 

Miis  ren  non  val  nna'  vegada.     . 


vertu ;  je  sei'ai  gnéríe  si  je  me  baigne  , 
vú  que  )e  me  sens  áé}k  un  peu  amélio- 
rée ;  mais  une  seule  fois  ne  vaut  rien. 


Qaand  Alix  propose  à  f'lamenca  de  diner ,  elle  lui  répond  joyea- 
sement. 


■  Non  ;  bai  pron  manjat  e  begut , 
Câjitiiian  amic  ai  bui  tengut 
Eotre  mos  bras ,  bella  Elis. 
E  adu  ti  qu'en  iiaradis 
Aia  km  talent  de  manjar?. ... 
Be  flcgnna  ren  non  ai  &m , 
Mzs  de  vezer  celui  cuí  am.  >* 


(I  Non ;  j'ai  assez  mangé  et  bu^  belle 
Alîx ,  quand  )'ai  auîourd'bui  tenv  Inon 
ami  entfe  mes  bras.  Penses-tu  donc  qu*en 
paradîs  on-ait  envie  de  manger?...  Je 
n'ai  faim  d'aucune  cbose,  que  de  voir  celni 
quej'aime.  » 


Après  avoir  épanché  les  sentiments  de  son  coeur,  elleajoute: 


•  Ja  per  lui  no  m  cal  trencar  jonc 
A  San  Joban ,  per  esproar 
S'amliedui  em  en  amor  par. 
ImdQÌ  sem  ben  en  l'aussor  pping 
D'amor ,  e  d'un  dart  egal  pôing.  » 


«  Jamais  pour  lui  je  ne  me  soucíe 
de  couper  jonc  à  la  Saint-Jean ,  pour. 
éprouver  si  nous  somi^es  tous  deux  pá* 
reils  ei^  amour.  Nous  sommes  bien  toys 
deu^c  au  plus  bant  point  d'amour ,  et 
percés  d'un  même  dard.  » 


Flamenca  n'éprouve  aucun  scrnpule ; 


Qoar  baratz  es  e  trícbaria  , 
Qoan  corals  amics  si  faidia 
Eo  50  qué  plus  vol  ni  desira^ 


car  c'est  fraude  et  tricberie ,  quand  ami 
de  coeur  est  refusé,  en  ce  qu'il  veut  et 
désire  le  plus. 


L*auteur  iui  préte  des  maximes  d^une  m'orale  très  relâchée : 


Car  beantatz  faill  e  merces  dura , 
Aissi  con  Ovidis  retraî. 
Tems  sera  que  sii  c'aras  fai 
Parer  de  son  amic  no'l  quilla , 
Jaíia  sola  e  freia  é  veilla, 
£  cil  a  cui  bom  sol  pprtar 
De  nugs  las  rosas  al  lumtar, 
Prr  so  qo'al  matin  las  trpbes  , 


Car  beauté  manque  ét  merci  dure,  alnsî 
comme  Ovide  rapporte.  Uù  terops  sera 
où  celle  qui  maintenant  faît  paraîlre  de 
son  ami  qu!elle  ne  l'appelle ,  sera  cou- 
chée  seule  et  froîde  et  vieiUe ,  et  ceUe  à 
qui  on  a  coutume  de  portcr  pendant  le$ 
.nuits  les  rosés  snr  le  seuil,  pour  qu'cllc 
les  trouvut  au  matin  ,« nc  trouvcra  qiii 


38  aOHÂN 

Noa  trobnra  qui  la  toques. . .. 
Car  dona  es  plus  leu  aaada 
Que  non  es  rosa  ni  rosada ,  . 
Peccat  i  fai  e  gran  fallensa' 
Dona  que  soa  amic  bistensa ; 
E,  per  temensa  de  mal  dir , 
Non  tem  vaus  son  amic  faillîr.'.. 

Gontra  lauzengier  mal  dizen 
Domiia  deu  penre  ardimen ; 
liaiss'  el  ci^idar  y  fiissa  son  be...» 
Que  tot  lo  mon  a  son  dan  sia. 


DE  FLAMENCA. 

la  toucbât..<.  Comme  femme  est  plus 
tdt  passée  que  n'est  rose  ni  rosée ,  elle 
fiiit  péebé  et  grande  favte  la  daroe  qoi 
repousse  son  amî;  et,  par  craiatede 
médisance,  ne  craint  pas  de  faillir  eo- 
vetsson  ami... 

Dame  doit  prendrè  bardiesse  còntre 
le  critique  médisant ;  qu*<^e  le  laissé 
crier,  et  qu'elle  fasse  sòn  propre  bien.... 
Qu'elle  se  moque  de  tòut  le  mònde. 


Le  jeudî ,  Flamenca  retoúrne  au  bain ,  et  GuiUaume  y  arriye  aii$sìtot. 
Tous  passent  dans  Tappartement  de  GuíUaume,  qui  a  amené  Olhoa 
et  Claris ,  ses  deux  écuyers ,  et  il  dit  à  Fiamenca  : 


«  Et  tot  quant  ai  es  gaubz  e  bekis , 
Volgra  cascus  sa  part  n'agues ; 
Lt  miei  donzel  son  joTenseU 
Gortes,  adreit  et  bon  et  bcl ; 
Et  aital  son  vostras  donzellas ; 
E  s'ambeduieron  abellasy 
Atu'íon  ab  cui  si  deportesson.  » 


. «  Puisque  tout  ce  que  j'ai  est  joie  et 
bien ,  je  voudrais  que  cbacan  ea  eût  sa 
part ;  mes  damoisels  sont  jouvenceaui 
couirtois ,  bonnétes  et  l>ons  et  beaux ;  et 
teUes'sont  vos  damoiselles;  et  sî  tous 
deùx  étaient  avec  eUes,  ils  auraient  à  quí 
faire  la  oour.  u 


.Flameqca  se  préte  de  bonne  grace  à  cette  propositiòiì ,  ies  damoiseb 
pardisseut ,  et  chacun  d*eux  emmène  une  des  deux  damoiseUes  qui  ac- 
compagnaient  leur  maitresse. 

Le  troubadour  se  complait  dans  la  desclription  de  la  joie  qu'éproQ^ent 

tous  ces  amants. 

Ces  entrevues  amoureuses  se  renouTellent  souvent  pendant  qaalre 
mois;  Févénement  qui  empécha  de  les  prolonger  davantage  est  uh  àe 
ceux  qui  sont  remarquables  dans  ce  roman. 

Quoiqu'une  lacune,  qui  existe  dans  le  manuscrit,  ne  permette  pas  de 
juger  les  moli&  qui  déterminèrent  Archambaud,  ii  parait  pourtant 
qu'il  y  eut  entre  lui  et  sa  femme  une  explicatiòn ,  à  ìá  suite  de  la- 
queUe  il  lui  reudit  ia  liberté  el  la  produìsit  dans  le  mende,  aumofiieat 


ROMAN  DE  FLAMEN€A.  39 

nêine  oû  ses  rigueurs  envers  elle  enssent  été  excusables,  puisqu'ellé 
aTait  rormé  une  inlrigue  galante. 

Elle  retouma  un  jour  aux  bains,  sans  que  son  mari  se  mit  en  souci 
deTj  accompagner  et  de  la  suryeiUer, 

Enon  Tol  esser  plas  dayiers  et  il  ne  yeut  plusétre  gardíen  de  la  cléf 

Deb  ïmns ,  ni  de  la  tor  poitiers'.     -        des  baîns ,  ni  poitier  de  I4  ttfar. 

GaiUaume  et  ses  damoisels  arrivèrent  bìentót;  Flamenca  leur  apprend 
le  changement  d'bumeur  et  de  caractère  d'Archanibaudy  et.eUe  fait 
se&lir  á  GuiUaume  qu*U  ne  doit  plus  rester  cácbé  à  Bourbon.,  mais  re- 
touner  dans  son  pays  et  poursuÌTre  désormab   sa    carrièi^  cbeya- 

leresqoe. 

•  Et  aatretan  mandares  mi  «  Et  cependant  tous  me  manderes 

Pff  alcitn  adreg  pelegrí ,  par  qnelque  adroit'  pélerin\  par  messa- 

Prrinessage  o  per  juglar,  .  ger  ou  par  jongleur,  tout  Votre  étre  ef 

Tot  Tostr'  esser  e  vostr'  a&r.  »  votre  aíbire.  » 

Qa'on  juge  de  la  tendresse  et  de  la  douleur  des  adieux  de  tous  ces 
amants !  L^espoir  de  se  revoir  au  toumoi  qu'Arcbambaud  se  propose  de 
doDoer  à  Páques  pròcbaines  est  pour  eux  une  sorte  de  consolàtion. 

GoiUaume,  ayant  fait  de  nouveaux  présents  à  son  hóte,  'à  son  há- 
tesse,  au  pretre ,  etc. ,  prit  la  route  de  Nevers;  là  il  apprit  qu'il  y  aTaît ' 
b  guerre  en  Flandre. 

U  parth  avec  trois  cents  cbeyaliers ;  et  U  s*y  distingua  de  mani^e  à 
conquérír  le  prix  de  la  cbeTalerie.  * 

Fbmenca  venc  dese  vezer  Le  père  de  Flamenca  vint  aussitdt  la 

Sos  paires,  quànt  saup  ben  per  ver  voir ,  quand  il  sut  bíen  .pour  vraî.  que 

Qq'Ed  Ardiimbantz  era  garítz  .    .    le  seigneur  Archambaud  était  guérí  et 

£  d'aTcras  desgQosit.  vraimcnt  déUvré  de  la  jalousie. 

Arcbambaud,  qui  entend  vanter  les  exploits  de  GuiUaume  dé  Never^ 
<lêsire  le  connaitre  et  Tinviler  au  tournoi  qu^U  doit  pubiier.  Flamenca 
joQÌt  des  éloges  qu'on  aocorde  aux  exploits  et  à  la  beauté  de  Guil- 

Le  duc  de  Brabant  fit  à  Louvain  un«  toumoi  où  parurent  quatretniUe 


4o  ROMAN  DE  FLAMENCA. 

chevaliere.  Archambaud  s'y  rendit  avec  trois  oents  chevaliers.  II  y 
trouva  GuiUaume  dh  Nevers. 


Guiilem  de  Neyers  lai  trohet ; 
Ab  luî  dese  s'apareillet ; 
Gent  lo  saup  GuiUeins  acullir    • 
Et  en  totas  les  obeMr , 
E  inout  Tonret ,  al  plus  que  poc , 
1$  dÌ3  U  de  tot  qaan  volc  d'oc^ 
Ensems  cavalgonambcdui  ; 
Totz  le  tomeîs  (remis  e  brui.... 
Coírassa  ni  laîmas  de  ferre> 
Perpoinz ,  ausbercs  ni  garbaisos  , 
No  j  ajudaTa  .u.  botos 
A  ciii  Guillems  som  bras  estent 
A  tern^  no  'I  port  mantenent. 
£n  Arcbimbaut  fer  j  tant  gent 
Que  cavalliers  pren  e  reten ,   . 
Cavals  e  cavafljers  gazainnan. 
Mais  no  us  pesses  que  lur  remainnan, 
Ans  o  dofion,  ses  biitentar^ 
A  celz  c'o  yolon  den^andar ; 
Del  tomei  ac  lo  pres  q  laos ,  • 
Apres  GuiUem ,  En  Archimbautz. 


II  trouva  là  GuiUaume  de  Nevers; 
aussilôt  il  se  fit  compagnon  avec  luí; 
Guillaume  sut  bien  raccueiUìr  et  loi 
obéîr  en  toutes  cboses ,  et  il  llionon 
beaucoup ,  .le  plus  qu'il  put ,  et  lai  dit 
d'oui  sur^tout  ce  qu'il  voulut.  Hs  dievau- 
cbent  tous  deux  ensemble  ;  tout  le  toa^ 
noi  frémit  et  retentit....  Guirasse  ni 
lames  de  fer,  pourpoint,  hanbert  ni 
gambeson.,  n'j  aidaìent  deux  boatons 
qne  GuiUaiime  ne  porte  soudain  à  terre 
celui  sur  qui  il  étend  son  bras.  Le  sei- 
gneur  Arcb  'ibaud  j  frappe  si  bieQ  qu  il 
prend  et  retient  cbevaliers,  gagnant  che- 
vaux  et  chevaliers.  Mais  ne  vous  imaginez 
pas  qu'ils  leur  restent ,  au  contraire  'è 
donnent  cela ,  sans  hésiter,  à  ceux  qoi 
veulent  le  demanderr  après  Guillaume, 
le  seigúeor  Arcbambaud.  eût  le  prix  et 
I'bonneur  du  toumoî. 


Archambaud  fit  pubtier  son  tournoi ,  et  invita  GuiIIaume  à  s*y  prê- 
senter. 


GuiIIems  respen  :  «  Ben  j  serai 
Et  ab  vos ,  'sener,  mi  metrai; 
Car  bon  cor  ai  de  vos  servir , 
S'îen  ren  podià  far  ni  dir 

Que  a  vos  fos  ni  bél  ni  bon ; 
Car  sapîas  vostr'  àmix  son.  » 


Guillaume  répond  :  «  J'j  serai  assn- 
rément  et  je  me  mettrai  ^  seignear,  aver 
Yous ;  car  j'a!  bÒn  coenr  de  vous  senrir, 
si  je  pouvais  faire  et  dîre  chose  'qui  vous 
fìílt  agréable  et  utile ;  car  sacbez  que  je 
stlís  votre  ami.  » 


Atcbambaud  vient  à  Nemaurs,  raconte  les  expioits  de  GuiUauine 
devant  sa  femme ,  AIix  et  Marguerite.  Celles-ci  lui  demandeDt  des  ex- 
^lications/  comme  si  etles  ne  connaissaient  Guillauine  que.par  lare- 


ROMAH  DE  FLAMENCA.  4i 

Domiufe.  «  Sans  doute^  dit  Aliz,  oe  chevalier  est  iimoureitìC'9  car  c^esi 
raaour  qui  exeite  aux  grandes  prouesèes.  »  —  «c  Oui ,  il  est  amoureuz  b 
répood  Archambaud;  et,  pour  ne  lajsser  aucune  idcertitude,  il  tira 
d'une  hoile  une  pièce  de  yers  pù  Guiliaume  a  ezprìmé  son  amour,  et 
ajoQle  : 


•  Gd  que  las  salutz  mi  donet , 
Maîs  de  .im.  vetz  mS  preguet 
Koo  Tengneison  entr'  avols  mans , 
Hi  \k  non  las  aosis  Tilans ; 
Cff  de  la  bella  de  Belmont...,  » 


«  Celoi  qui  me  donna  les  saluts  me 
prìa  plus  de  quatre  fois  qu'ils  ne  vînssent 
pas  eu  mécbantes  mains ,  ni  que  viláîn 
ne  les  entendlt  jamaís ;  car  de  la  belle 
de  Behnont..»* 


D  eiisle  ici  une  lacune  dans  ie  manuscrit ;  mais  la  suite  fait  conhaitre 
qo  aax  yers  étaient  jointes  des  miniatures. 


Flanienca  las  salutz  esgarda , 
£  conoc  Gnillem  aitan  ben 
Gom  si  1  yis  ades  davan  se . . 
E  la  iSûsso  de  si  meseissa  y 
Aitan  ben  com  si  fos  ill  eissa. 


Fbmenca  regarde  ies  salntSy  et  oo»> 
nut  Guiliaume  aussî  bien  comme  si  elle 
le  vtt  maintenant  devant  elie ,  et  la  phy- 
sionomîe  d'elle-m^mei  aussi  bicn  corome 
sî  ce  fiit  eil^méme. 


Flamenca  emporte  ces.saluts,  et  c*est  pour  eiie  une  douce  satisfaction 
de  Tecevoir  de  'cette  manière  un  témoignage  de  souvenlr  de  son  amant ; 
soir  et  matin  elle  Ilt  les  saluts  et  contetaple  les  pelntures. 

Cependant  Arcfaambaud  fait  pubiier  son  tournpi ,  et  prie  le  roi  d*y 
assister.  Beaucoup  de  chevaiiers  étaient  venus  avec  le  désir  de  vpir 
Flamenca. 

Un  échafaud  est  dressé  pour  ies  dames  qui  assisteront  au  toumoi. 

Guillaume  de  Nevers  arriva  avec  une  suite  briliante  ^  ii  fit  dresser 
sa  tente  tout  près  de  réchafaud  où  devait  se  placer  Fiámenca.  Archam- 
baud  vìnt  le  visiter ,  et  ils  montrèrent  Tun  pour  Tautre  beaucoup 
d'égards.  Othón  et  Ciaris  accompagnaient  GuHIaume;  ArchamÌMiud 
lear  conféra  la  chevaierie. 


Eq  Archimbautz  aqui  mcseis 
Ad  amdos  las  espazas  seis , 
E^  pcr  lor  amor ,  a  quaranta ; 
h  iU  àm  feroo  ^n  .l. 


1. 


Le  seigneur  Arcliambaud  ceignit  là 
méme  les  épées  à  tous  ies  deux,  ety'pour 
i'amonr  d*eiix  à  quarante^  et  enx  àtux 
firent  cinquante  cheyaliers. 


4a  ROMAN  DE  FLAMENCA. 

Arcbambaud  leur  fit  des  présents  en  armes,  habits,  cbevaux  et  équi« 
pag&,  et  leurpromit  de  leur  donner  plus-encore*,  à  cet  effet  il.iaTÌIa 
Guillaumé  à  faire  visite  à  sa  femme. 

Quand  Quillaume  arriva  au  palais ,  auprès  ^e  Flainenc^ ,  le  roi  lui- 
même  se  leTá.  Elle  accueillit  Guiilaumè  comme  si  elle  ne  Favait  pas 
connu  intimément. 

On  juge  aisément  de  Timpatience  que  GuiUaume  et  Flamenca  ont 
de  se  trouver  en  particulier.  Otbon  et  Claris  ont  retrouvé  Alix  et  IVIar- 
gyerite  \  Flamenca  cbarge  ses  damoiselles  d'apporter  des  gonfanons  ver- 
meîls ,  dont  elle  veut  faire  présent  à  ces  deux  nouveaux  cbevaiiers. 

Flamenca,  après  avoir  fait  et  reçu  de  nouvelles  protestations  d'amoor , 
dit  à  GuiDaiune : 


«.  Bels  dous  amix ,  donc  respondes ; 
Lai  vas  Belmon  cora  anes 

« 

Yezer  cella  qn'es  altan  bona , 
Que  tot  lo  pres  del  mon  lî  dona  ?  » 

GuîIIems  somrís  e  pois  respont  : 
M  Ma  douza  res ,  cil  dc  Belmont 
Taih  bona  e  tam  bella  es 
Que  de  nuUa  re  meins  no  m  pes.  i» 

—  «  Belz  dous  am'ix ,  ben  o  sabîa ; 
Maîs  per  vos  proar  o  disia.  »  - 


M  Beau  doux  ami ,  répondez  donc ; 
quand  allez^vous  là  vers  Belmont  voir 
celle  qui  est  si  bonne ,  qu'on  iui  donne 
toot  le  méríte  du  monde  ?  » 

GuiUaume  sourît .  et  puis  répond  : 
u  Ma  douce  amie ,  cel)e  de  Belmont  est 
si  bonne  et  sî  belle  qne  je  ne  pense  ì 
ríen  moìns.  n 

—  «  Beau  doux  ami,  je  1e  savaîs  bien ; 
mais  je  diaais  cela  pour  vous  éprouver. » 


GuiUaume  est  retoumé  à  sa  tente;  mais,  après  le  souper,  il  revient 
au  palais;  il  était  placé  auprès  de  Flamenca,  et  ils  ne  savaient  eom- 
ment  s'y  prendre  pour  se  voir  et  se  parler  en  secret,  quand  Archam- 
baud  arrive  et  annonce  à  Flamenca  que,  le  lendemain  matin,  il  fera 
des  cbevaliers^  cbargeant  sa  femme  de  cboisir  les  joyaujt  qu'il  doit 
offrir  en  présents,  il  prie  Guillaume  de  Taccompagner,  ainsi  qu'Othon 
et  Qarís,  pour  Taider  de  leurs  conseils.  AIix  et  Marguerite  sont  avec 
Flamenca;  tous  les  six  entrent  avec  Arcbambaud  dans  ia  cbambre  où 
étaient  les  joyaux  \  le  mari  dit  bientót : 


«  leu  m'en  vauc  a  Vostal  del  rei ; 
Vos  cst  tres ,  et  aquist  son  trei : 


«  Je  m'en  vais  à  l'hotel  du  roi ;  vous 
étes  trois,  et  ceux-ci  sont  trois<:  accordez- 


ROMAN  DE  FLAMENGA.  43 

Et  entre-vos  acórdas  vos  .    vous  entre  voas'comnient  vous' distri- 

CoDsi  partas  vostres  cordos.  ^  buerez  vos  cordons.  -» 

II  fait  à  Guillauiiie  des  eieuses  de  le  (juìtter  ainsi.  li*auteur  fait  oh- 
serrer  qu'après  son  départ, 

imors  e  desirs  feiron  garda.  Amour  et  désir  firent  gardé. 

Denx  vers  grattés  et  presque  eBtièrement  eflGBicés  en  disent  beaucoup  et 
trop  au  lecteur;  le  troúbadour  continue  et  termine  son  récit  par  ce  vers : 

De  la  cambra  gausent  issiron.  Hs  sortirent  heureux  de  la  chambre. 

flsrentrèrent  dans  Fassemblée,  et  Tauteur  ne  manqtie  pas  de  faire  les 
Rflexions  que  cette  anecdote  suggère.  . 

Le  lendemain.  matin,  le  tournoi  commence.  Flamenca  a  prqmis  son 
êeharpe  à  celui  qui  le  premier  renversera  $on  adversaire. 

Goillaume  renversa  le  comte  de  la  Marche',  et  retiut  son  cheval  et  soa 
l^mclier.  De  toutes  parts  s'avancent  des  bourgeois  j 

Qn*el  volon  de  sa  man  levar ,  qui  veulent  le  tirer  de  sa  main,  cajr  plu- 

Qoar  mout  i  anon  manlevar.  .  sieurs  j  vont  cautionner.  Mais  il  leur 

Has  el  hir  db :  «  Non  vueiU  qne  m  don   dit  :  «  Je  ne  veux  que  ie  comte  me 
Le  coms  neguna  resemson.  »  dònne  aucun^  ran^n.  » 


II  exíge  qu'il  se  rende  prisonnier  de  Flamenca;  le  comte  de  ia 
.^larcfae  se  met  à  genoux  devant  elle,  lui  offre  de  se  racheter; 

Flamenca  dìs :  «  Sener,  be  mplaz  Flamenca  dit  :  «  Seigiieur,  bien  me 

Qoe  de  preiso  quitis  sias.  ».  plait.qife  vous  sojez  quitte  de  pcison.  » 

EUe  le  charge  de ,  porter  récharpe  à  GuiUaume.  II  remplit  son 
oessage. 

Le  toumoi  continue  ]  plusieurs  chevaliers  y  figurent  successivement ; 
Guilbume  y  remporte  de  nouveaux  avantages ;  il  gagna  seize  chevaux 
de  CastiUe,  et  les  chevaliers  qui  les  montaient  devinrent  ses  prisonniers. 
U  les  adressa  ençore  à  Flamenca,  qui  leor  répondit : 

«  Yostn  preisons  no  m'a  mestier;  « 'Je  n'ai  pas  besoin  de  votre  prison  ; 

^vueil  que  sias  tnt  deslivre.   >»  áu  contraire,  je  veux  que^vous   soyez*. 

tous  libres.  » 


n 


44  HOMAN  DE  FIiA¥EHCA. 

Archambaud  a  auasi  ses  succès. 

L'auteur  déciit  les  eiploits  de  plusieurs  chevalien.  Le  touraoi  cesse 
Ters  le  soir ,  et  recommence  le  leQdemain, 

L'imperfection  du  manuscrit  nous  laisse  dans  rignorâiice  de  la  fin  du 
toumoi  et  du  dénoûment  du  roman. 


REMARQUES  ET  NOTES. 

U  a'7  «  saas  doute  riea  de  oeaf  daos  les  penooníficatioas  des  étres  moraox  que 
raatear  admet  dans  ractioo  du  romaay  tels  que  rAmour,  là  Jálousie,  etc;  ce 
qui  a  uo  caractère  de  oouveautéi  ç*est  l'idée  dú  songe  duraot  lequel  Guillanmey 
ajaht  nn  eolrettea  avec  Flameoca ,  apprend  d'elle-méme  lés  mojeos  par  lesqueb 
ii  pourra  établir  une  correspoodaoce  par  uo  oa  dei|X  mots  'proooocés  tout  bas , 
lonqa*il  portera  la  paix,  en  prSseooe  de  soo  mari ;  et  eosaitey  à  hi  frveur  de  cette 
iotelli^oce  ^  arriver  par  uii  eoaloir  soaterraîn  jtesqu'au'bain ,  óù  elle  sera  sous  la 
garde  extérieure  du  jaloux.  Quoique  ce  moyeo  ait  été  employé  avec  difiGêteoics 
modificatioos  daos  divers  romaos  postérieurs  à  celui-ci ,  rauteur  dé  Flameoca 
paratt  s'eo  étre  servi  d'uoe  maoière  origîoale. 

Le  caractère  da  jaloux  est  tracé  de  maiode  maftre.  II  est  plusieurs  traits  qac 
005  boas  auteurs  cooiiques  o'aaraieot  pas  désavoués. 

Uoe  loi  de  cheyalerie ,.  ou  pluldt  un  usage  qui  ue  se  troave  guère  ÌBdiqué 
aussi  explicitement  que  dans  ce  roman ,  c'est  le  droit  acqoîs  aux  vaìnquean  sor 
la  persoooe,  le  cheval  et  les  armes  du  chevalìer ,  cpii  restait  captif ,  s'il  ne  se 
rachetait  pas. 

Les  titres  de  plasieurs  ouvrages  cités,  eo'parlaot  des  joogleurs  quî  assistent  aux 
fétes  du  mariage ,  oe  soot  pas  la  parlie  la  moios  intéressaote  du  po€me ,  et  ìls 
mériteraieot  des  explicatioos  détaillées. 

Aacuo  passage  oe  permet  de  présumer  la  oom  ou  la  patrie  du  tronbadour. 
JTose  erolré  toutefois  qu'il  o'a  pas  composésoo  romao  pòstérieuremeot  à  ranoée 
i264i  époque  de  l'institution  de  la  Féte-Dieu  par  le  pape  Urbain  IY  ■. 

Qtt'on  sesoavienne  que  GaiUaame  de  Nevers  oe  pouvait  voir  Flameaca  qu'à 
l'église  9  les  jours  de  dimanche  ou  de  iilte. 

Le  troubadoor  désigpe  soigDeusemeot  chacun-des  joars  du  mois.,  de  lu  se* 
maioe,  de  la  féte  où|  peodaat  la  cérémooie  de  la  messe ,  Guilhrame  de  Nevers, 

'  ]£Ile  iox  confirm^  en  i3ii  'pcr  le  coocilê  de  'VIenne. 


HQMAN  DE  FLAMENCA.  45. 

itfl^ilissaiit  les  fi>iictions  de  clerc  deréglise>  V&pproc^aît  de  Flamenca  et  lai 
préscDUit  k  paìz  à  baiser  ;  or ,  il  pe.  cite  pas  la  Féte-pieu,  ni  l'octave  i  11  est 
donc  très  présumable  ^ne  le  troubadoor  a  écrìt  avant  I264' 

Coiiune  ])ltt4Ìeurs  dcs  grandB  personnages  qui  figurent  dans  1«  poeme  onl  Técn 
pendaBt  le  xn*  siède ,  il  est  pennia  de  croire  que  rautenr  Fa  cIhmsì  pour  répoque 
dcMB  actîon ,  et  surtont  pour  celle  du  íameux  loumoi  où  iìs  combattént. 

Je  pense  que  ce  toumoi  n'a  pas  plus  existé  que  l'action  mème  du  rom^,  dont 
fliùtun  dei  plus  beufenx  épisodes ;  mais  j'aime  h  reconnaîtrcy  dans  la  coiApOsition 
derantear,  le  soin  babile  de  cboislry  pour  les  mettre  en  scène  9  des  personnages 
distíiigBés  qui  araient  laisséd'beureuX'  souyenirs  cbévaleresques  ou.bistoríques. 

rai  donc  cm  devoir  rassembler  en  groupes  ces  anti(Jues  preux  qui ,  d'après  le 
traobidoar,  ont  pu,  sans  invráisemUance,  se  rencontr^  à  une  époque  dnxii*  siè- 
de.  k  rapporterai  d'abord  les  passages  où  quelques  uns  sont  désignés  par  leurs 
ooBioa  prénoms  ,.et  par  leurs  qualitás ;  et  ensuite  je  donnerai  seulement  l'ii^di- 
tatìoû  des  titres  de  ceux  dont  le  tnmbadour  n*a  cité  ni  les  noms  ni  les  pvéncHBS. 

ATiaUUI  DB  MAUOVn.  ' 

f 

Ea  AÌMBSi,  dac  d«  NarboBa*  Le  leigiMiir  AyoMri^-dac  ém  ttubomfe. 

ALÍH0N8B  ,  GOMTB  DB  TOULOUSX.  . 

ÀaHí  josttf  lo  ooflM  ÉLmSoêf  AXÍ%  jonter  le  coiftte  AlphonMy  le  meiUear 


UMaDenconie  qoe  nneM  fos;  comte  qoi  oncqnet  fat;  je  le  die  de  oelai  de 

Di  ed  da  ToIoM  o  dîe.  TonlooM.                                         ^           * 

AmHAim  m  BBimLLx. 

L*anin  ftm  Atanits  de  IJeBTfla.  l'antre  fat  ArUaùd  de  BenviUe. 


GABm  DE  MONTPELLIBR. 
Jortet  Gaxii  de  Monpedíer.  .  Gmrin  de  HontpdUer  joota. 

«AUTSBB,   COMTE   DB  BBIBNini. 

«  •  * 

ih  lo  fcatumte  de  Torana  Avec  le  TÌeomte  de  Torenne  jonta'  Gautîery 

JoiicC  GoaticiBy  le  eoma  de  Brenna»  le  comte  de  BriÌBnne,  et  ila  firent  nne  joote 

E  fiBin»  flMMit  eofft«e  jostA.  trèi  oooxtoiae. 

«BOFrBOI   BB   BLAnS. 

Geofre  de  BUie  era  rana ,  L*nn  était  GeoiSroi  de  Blaye,  qdi  oncqnes  ne 

Qm  kaac  mom  oaTalfaet  jiìm,  èheyanciu  k  jenn. 


60NTABIC  ,  COMTB  DB   LOUYAIN. 

Aa  lo  eomte  de  LoTanlc ,  Atcc  le  comte  de  LonTain ,  qn'on  appelaît 

CoB  appdloTa  GontarCc ,  Gontaric ,  alla  joiMer  le  comte  Alpnonae. 

ia(t)oaUr  lo  ooma  AmfoB. 


ROMAN  DE  FLAMENCA. 


OUILLàSKE  DE 


Ab  Ed  Ciitllim  dc  H«otìcr  Arec  1e  «eigncnr  GaìllMimc  JeEcnlin' joou 

JolUt'iGaru  de  Hoapulicr;  Garia  de  Uínilpallier  i  duú  le  BoDrgnignoa 

Bbb  DO  UDp  tin  la  BergoEnoi  n'an  aat  pu  t*Dt  ([a'U  ne  f iiUt  bieatAt  la 

Qas  aon  nipgna*  toat  1«)  uaoa.  er^oDi. 

BDonEa  1)K  llOBIIfE. 

L'iutn  fbo  Dc  de  Hoalna.  L'aatre  ia(  HDgOM  da  RoaÌDC. 

OEOFPIDI  DE   LBSIOHAN. 

Le  conii  de  Flandri*  tiì  ptnocDl   '  Le  comta  di  Plandre  n  piqoant  rapidenent 

Per  miaî  lo  cunp  iinellamant ;  piirmi  le  champ ;  il  IronTe  Geoffnti  de  lÀi- 

Troba  'n  Jin&e  da  Laiiina ....  gnaa . . . .  ]la  *«  'doanoiit  tcli  canpi  í  trsTen 

Tab  «olpa  li  donon  perlaa  t«^u. . ..  leitai^ 

jAirsEUN ,  covM  D'aCBÁiOÁaB. 

En  Archinibaati  e  Janaelis  ,  Le  KÌgDear  Archimlnad  et  *od  cofuìn  Jia- 

So>  coiglialt,  taugroD  dlni  NenDn.  *e}ÎD  tirìranl  dn  cótí  de  Nemoar*. 

MOUN  ,  FIÈU  .  ItD    COHTE    DB    BU. 

Lo  CQBidaBai',  ToalcefO*!*,  Le  cooitc  de  Bar,  Tatre  coMÌn,  at*OB  bin 

E  (O*  ftain*  doQ  Sfolii,  lé  KÌgnear  Molin  ,  ■eroat  diavalier*  deniUB 

Sarao  ciTilliar  cl  aatî.  matin. 


OHEI,    DDC  DE    ■ 
Oautledáx  da  B«rgaiaa.  Onu,  dac  àé  Bonrgogne.  - 

BAOITL,    FRÈtE  l>B  OUU.LÀDNE  DE  IfEVEM. 
^nln  Ibo  dcl  OQIDU  Raob  H  fQiMredo  comtaRaooldeN«*an. 

D*IfaTen. 

THIBAUV,   COMTB'DE'BLO». 

Ab  tao  ía  TeDgDli  nn  jagìan,  Alon  fol  Tann  nn  jon^ear,  el  íl  dil  ao  *d' 

K  di*  ■'H  Arehimhant :  •  Bel  ■anari  gocai  Anhunbuid  :  ■  Baan  aeigneor,  le  roi 

La  nii  ToUa  Teapua  icDar  voaUit  cóndn  l'épía  i  lUbaod,  le  oamte  de 

A  Thibaat,  le  comlc  de  fileii.  -  BIoU.  - 

Ce  comte  de  BloU  éuit  miu  donte  parent  de  GuiUaume  de  Ncrers ,  poisqae , 
à  l'époque  ou  celui-cí  ful  fait  chevalìer ,  dit  le  roinan ,  le  -duc  sou  oucle ,  qul  Inî 
cciguii  t'ípée, 

u.  ct  .iici:.'libruUdet,  lai  docuu  dille  et  Mpt  «iti  Iìttu,  et  Ic  roi 

Et  aatrii  .M.  det  TeD  le  nit,  lai  ea  doDn*  mille  ■atru .  el  la  comte  de  Bloii 

El  ■nlriu  .ff.  le  ooma  da  Bld*.  miUe  ■atiu. 

L'hisloára  fournit  lea  prenvcs  de  l'eziïteDce  de  la  plupart  dc  ces  personnages, 
milîeu  du  xii*  siéclc ; 


ROMAN  DE  FLAMENCA.  4^ 

ireluimlMind  VII,  comte  da  Bourbonnais,  en  ix5o;  •     - 

GttOlaimie  III ,  comte  de  Nevers ,  mort  en  i  i^S ;  GuiUaumo  IV ,  en  i  i6o ; 
Gafllanmc  V,  cn  1168 ; 

ÁTmerí  dc  Narbonne  ne  prit  possession  de  la  vîcointé  qu'en  x  192  ,  lUais  il 
ctait  Dé  rén  le  miliea  da  siècle ; 

Gautíer,coiiite  de  Brienncy  en   11S2; 

Geoffivi  fiadèl  de  Bla  je ,  troubadoar ,  tÌTait  aa  milieu  da  xii*  siécle ; 

Alphonse,  corote  de  Touloose ,  cn  xiifS; 

Geofiroí  de  LcaigDán  oa  Lusignan  naquit  vers  le  inilieu  dn  xn*  sièole ;  il  porla 
qoelqQe  tempe  le  titre  de  comte  de  la  Marche  j  passa  dans  Ìe  Levant  et  devint 
comtede  Japhe  vers  la  fin  de  ce  méme  siècle. 

'Hûbnid  V,  dit  /e  Grand,  meurt  en  ii52,  et  Thibaudy  dit  le  Bon,  lui 
s^iaÀie aussitôt.  N'est-il  pas  remarquable  ({u'on.pnisse  trouver  dans  le  premier 
ceÌQÌ  ({Qi  donna  des  sommes  ciQnsidérables  à  Guillaume  de  Nevers,  qûand  îl 
h  nçí  chevalier,   et  dans  le  secondy  celui  qui  fnt  reçu  chevalier  par  le  roi? 

Tú  anQoncé  qaWtre  lcs  divers  personnages  ainsi  désignés ,  il  v  en  a  plu- 
^  antres  qui  ne  le  sont  que  par  leurs  titres  ;  ce  sont : 

I^  roì  et  k  reine  de  France ,  Le  comte  de  Ghampagne , 

L'éréqiie  de  Qeniiont ,  Le  comtc;  de  Flandre , 

Le  comtc  de  Nemours^  père  de  Fla-      *  Le  comte  de  la  Mardie ,      .  ' 

menca,  Le  vicomte  de  Melun , 

1«  comte  d'Andnse ,    '  Le  comte  de  Bodez , 

I^  comte  d'Auxerre ,  Le  comte  de  Saint-Pol , 

le  comte  de  Bar  ,  Le  sénéehal  de  Senlis, 

Le  seigDCur  de  Gardillac ,  Le  vicomte  de  Turenne. 

^  pent  donc  admettre  que  le  troubadour  a  voulu  célébrer  une  action  passée 
^  le  mìlieu  ou  la  fin  du  lii*  siède. 

Bans  un  passage  que  j*al  cité,  GuiUaume  de  Nevers  fait  allusion  à  I'ordre 
Ks  frères  pontifes ,  institués  par  S.  Bénezeg  à  Avignon ,  à  la  méme  époque.  J'ai 
Tn  pooToir  appTiquer  à  cet  ordre  le  vceu  ou  la  promesse  que  GuiQaume  de  Ne- 
'^  adreise  à  Dieu  de  donner  à  église  ei  à  ponts  les  rentes  qu'il  a  en  France  „ 
i  scs  projcts  d'amour  réussisseut  parfiiitement. 


ROMAN  DE   JAUFRE. 


D'nii  conte  de  bona  maneìni , 
D'azaaU  rason  ▼ertadein , 
De  sens  e  dè  chavahitM , 
D'ardimens  e  de  cortesias , 
De  proesas  e  d'aTentaras , 
Dé  firaiZy  d'efltràinas  e  de  dnras , 
D'asanta,  d^ncontre  e  ^e  batailla  , 
-Podets  auzir  la  comensaiUa.... 
Qae  aíso  800*  noTas  rials , 
Grans  e  ricas  e  natnrals  y 
De  'la  cort  del  bon  reì  Artas ; 
£t  anc  no  8  fÌM  ab  d  negns 
Que  fos ,  en  aqnella  sazon , 
De  bon  pretz  nt  de  mésioó. 
Tan  fon  pros  e  de  gran  TaloF  ^ 
Que  ja  non  morra  sa  lansor ; 
Gar  ja  sempre  seran  retracfaas 
Las  grantz  proedias  qu'el  a  ficbas^ 
£t  li  bon  cavalier  mentagut 
Qu'en  sa'  cort  fbroa  elegut  ^ 
Que  a  la  taula  redonda.  yengron  , 
£  las  proesas  qn'il  mantengron  ; 
G'anc  bom  no  i  venc  conseill  querre 
Per  tal  qne  dreitz  poges  proferre, 
Que  s'en  aties  desconseiUatz ; 
Mais  tortz  anc  no  i  fon  escoltatz. 
Tant  fon  sa  cortz  leals  e  bona 
Que  'negus-  om  tort  no  i  rasona , 
Ni  anc  om  per  cavalaria 
No  i  venc  qu'en  tomes  a  fiidia , 


Ní  per  gaerra  bì  per  batailla. 
Anc  a  ê^  eort  non  trobet  faiUá 
N^;as  bom  per  ren  qne  Tolghes 
Per  quidqe  ops  qu'el  j  Tenghes. 
YesTas  domnas ,  orfes  enfiins , 
PulceUas ,  doozels  paucs  e  gmtz , 
Gant  a  tort  eron  guerreîat , 
Nî  per  fors«  deseretat ; 
Aqui  trobaTon  mantenensa , 
ájtori  j  secors  e  Talénsa ; 
Per  que  deron.  esser  grazidas 
NoTas  de  tan  bon  Inec  issidas , 
£n  patz  e  sens  gab  eacoutadas. 
S  dita  cel  que  las  a  rimadas 
Que  anc  lo  rei  Artns  non  TÌ » 
Mas  contar  tot  pbm  o  auzi 
£n  la  cort  del  plus  bonrat  râ 
Que  anc  fi»  de  negnna  lei  : 
Aco  es  lo  rei  d'Aragon^ 
Paire  de  pretz  e  fiUtz  de  don  > 
£  seiner  de  bon'  aTentura 
Humib  e  de  leial  natura  f 
Qu'el  ama  Deu  e  tem  e  cre 
E  mante  lealtat  e  fe , 
Patz  e  )usticia ;  perque  Deus 
L'ama ,  car  si  ten  ab  los  sieos , 
Qu'el  es  sos  novels  caTaliers , 
£  de  sos  enèmics  gnerriers. 

■ 

Anc  Deus  non  trobet  en  cl  faìlls, 
Ans  a  la  ]H*imera  bataila 


BOMAN 

Per  el  fiidui,  el  a  vencatz 
Ceb  per  que  Den»  es  mescxezutz ;    - 
Per  qae  Deus  Ta  d'aitant  hpnrat 
Quesûbre  totz  l'a  essauzat 
De  pretz  e  de  natural  sen  ,* 
De  gaíUart  oor  e  d'ardimen. 
Aoc  en  tan  joven  coronat 
^on  ac  tan  bon  aib  ajnstat , 
Qn'el  dona.gransdons  Volentiers 
Ajoglarse  a  cbaTaliers; 
?er({Qe  yenon  en  sa  cort  tat 
Âcels  que  per  pros  son  tengut ; 
Ecdijui  rímet  la  canso 
iadydenant  el,  la  raso 
Dír  1  im  cavalicr  estrain , 
Paread*ArtQS  e  de  Galyain, 
D'nn'  aTeotnra  que  avenq 
Ai  rei  ArtQs ,  que  ^an  cort  teno 
A  Cardael ,  nna  Pentecosta , 
On  ad  an  gran  poble  s'ajosta , 
^ersoqo'el  reb  los  en  semon; 
Pane  n*i  renon  a  qui  npn  don. 
Al  jom  d'aqneUa  rica  festa  f 
I^  Ixm  rei  coronet  sa  testa    , 
Etanet^uiir  al  mostier 
U  nissa,  e  tnit  sei  cavalier 
^  la  tauUi  redonda  i  (bròn , 
Qnetngl'  ensegon  etbonoron. 
^  Ibn  monseiner  Galvans , 
I^celot  del  Lac  e  Tristans , 
£1  pros  Ivans,  e  1  naturals 
^i  e  Quezs  lo  senescals, 
Pentral  e  Calogranans  , 
Biges,  ns  cavalier  presans, 
l  Goedis  rapercebutz  j^ 
Uoi  lo  beb  desconegvtZy 
^Caraduis  ab  k  bratz  oort, 
I. 


pE  JAUFI^E.  49 

Tuit  aquist  foron  à  la  cort ; 
Et  ac  n'i  d'autres  mais  gan  ren 
Qu'ieu  no  us  dic  ,.car  no  m'en  soVçn. 
E  quaixt  an  tot  roi*de  auzit , 
Gil  son  del  mostier  eisslt , 
£  son  s'en  el  palais  vengut 
Ab  gautz ,  ab  deport  et  ab  brut , 
E  pueis  comensôn  lor  solatz 
E  cascus  cpmta  so  que  '1  platz. 
Li  un  parlon  de  dn^darías , 
E  1s  autres  de  cavalarias ,      .    . 
E  coii  aventuras  queran 
Aqui  bom  trobar  bis  poiran.    • 
Ab  tan  Quexs  per  la  sala  venc....^ 
£t  anc  no  i  ac  pros  cavab'er 
Que  volentiers  no  ill  fezes  via  ^ 
Carcascussalengatemia, 
Per  sus  vilans  gaps  que  gitava , 
Gar  a  pegun  bonor  non  peitava , 
Que  a  tut  li  meiUor  dizia 
So  que  sap  que  pietz  li  seria* 
Hais  estiers  es  pros  e  cresutz, 
E  cavalers  apercebutz , 
Savis  e  coQoissentz  de  guerra, 
Ricx boins e  seiner de granterra ,  . 
Aconseillatz  et  eissemitz ; 
Mas  siei  gab  e  siei  vilan  dltz 
Li  tolon  de  son  pretz  gran  ren. 
Ab  aitant  denan  lo  rei  veu 
E  ditz :  «  Seiner ,  sazons  seria 
«  De  man  jar  pimais,  sî  us  pUizia.  » 
El  reis  es  se  vas  el  girátz  s   . 
u  Quezs  ^  per  enugz  adir  fos  natz 
«  E  per  parlar  vilanamens , 
«  Que  ja  sabes  vos  veramens 
*      «  Et  avetz  o  vistmftntas  ves, 
«  Qu'ieu  non  manjaría  per  res , 

7 


5o  KOMAK 

u  Que  çort  unt  esfiirsadA  ienga , 

n  Entro  qot  ayentura  jni  venga 

«  0  qnalque  estraigna  noTella 

«  De  cáValer  o  de  pulcella ; 

u  Anatz  sezer  a  nna  parL  » 

Ab  tant  d'enan  lo  rei  m  part , 

Et  es  s'al  solatz  aiendutz 

Que  fon  perla  sala  tengutz.... 

E  an  tan  tengut  lor  solatz 

Quemeidia  fqn  ben  passatz  y 

E  fon  pres  ja  ben  d'ora  nona. 

Ab  aitant  lo  rei  Artns  sona 

Son  nebot ,  monseiner  Galvan , 

E  senpre  el  li  venc  denan. 

«  Neps  j  dìtz  lo  rei ,  fiiitz  ensekr, 

«  Que  ireoi  aventura  cercary 

M  Pueis  qujen  esta  cort  non  venon , 

«  Que  nostre  cavaler  u^  tenon 

M  A  mal  f  car  lor  es  tant  tardatz 

M  Que  ben  degron  aver  manjatz.  » 

E  Galvan  respon  mantcnen : 

«  Seiner,  vostre  comandameb 

«  Er  &itz.  »  Pucxs  ditz  ab  escudiers 

Que  meton  ^llas  als'destriers , 

E  tragon  lor  gamimentz  fors 

Bon  cascu&-puesca  armar  son  cors.... 

E  1s  escudiers  isnellament 

Son  tuit  ves  lors  oslals  veogutz.... 

Pueis  son  li  roncin  atrossat 

De  perpoíntz  e  de  garnisons. 

E  pueis  lo  rei  ab  sos  barons 
Pueion,  e  lor  spazas  ceinzon ; 
E  Is  escodiers  las  armas  prendon 
E  tegron  ves  Brecilianda , 
Una  foresta  qne  mplt  es  granda. 
E  can  la  son  prepn  ^trat , 
E1  rei  a  un  .panc  esooutat , 


DE  JAUFRE. 

E  castia  c'om  nai  sones  motz. 
M  Eu  aug  y  dis  el ,  Inein  .nna  votz 
«  Que  cre  que  gran  mestiers  l*aiiria 
«  Lo  socors  de  sanctá  Maria , 
«  Que  Deu  reclama  mot  soven ; 
«  leu  Ui  vnel  aúar  solamen 
«  Senes  totz  ^utres  compagnos.  » 

—  «  Seiner ,  ans  irai  ien  ab  vos , 

«  Ditz  mosseiner  Gidvan  j  si  us  plas, 
«  Que  sols  no  anaretz  vos  pas.  » 

—  «  Nepsy  dt  lo  rei  y  no  'n  parietz  plus, 
«  G'ab  me  no  i  anara  negus , 

«  E  no  m'en  5onetz  mot  oimaî.  • 

—  «  Seiner  y  ditz  Galvan ,  no  fiirai 
M  Mais  tot  a  vostra  volonU^t.  • 

E  '1  a  son  escut  demandat 
E  sa  lansa ,  pneis  esperona 
Yes  cela  part  on  la  yotz  sona , 
E  y  cant  ac  anat  un  petit , 
El  auzi  esforcar  1o  crit 
MoU  fort  'e  d'estraigna  maniera ; 
Ab  tant  venc  en  nna  ribeini 
E  vi,  al  intrar  d'un  molin  y 
Una  femna  qne  ronp  sa  crin  , 
Ê  bat  sas  mas ,  et  plain  e  crida 
Ajtori,  com  cansa  marida. 
E  '1  reis  es  vengut  volontos  , 
Aissi  com  ome  piatos , 
E  demanda  U :  «  Femna  ,  qne  as  ? 
—  «  Seiner ,  acorelz  me,  si  ns  plas  f 
.    M  C'una  bestîa  grans  et  estraìgna , 
M  Que  venc'per  aqnella  montaîgna, 
M  Mi  manja  el  moli  mon  Uat.  » 
El  bon  rei  a  laintz  gardat 
E  vi  la  bestia  gran  e  fieea , 
Et  auiatz  de  quab  faìsos  era  : 
Maîers  fo  qne  non  es  ns  tanrs , 


B0HAN 

£  siei  pd  son  Telat  e  Miirs  y 
£  1  col  looc  e  la  testa  granday 
£tac  de  conis  iiaa  aaaa  granda  ; 
Eriieflssongro«efteTedoBSy     . 
£  las  dens  gran^  e  1  morre  trooa , 
£  cudImis  longaa  e  grans  pea ;    . 
Xaiors  Qon  es  os  grans  andes. 

B  reis  es  se  meraviUaU 
Cuit  li^TÌ ,  jyoeis  es  se  seinatz , 
£  Tel  ?os  a  pe  desendQt  ^ 
^met  denan  son  pieiu  rescjit 
£tnis  sa  espaza  m^ntenen. 
Mais  b  béstia  no  fes  parven 
(^'dris,  ni  anc  sol  no  s  croDet; 
Áos  teac  lo  cap  din  e  maiijet  j 
A  Baion  gohdas  que  trueia , 
W  Ust  qa'era  en  la  tremueia. , 
£|  caat  el  tì  qne  no  s  movia^ 
^^  ie  y  car  assatz  paría , 
I^labestiaque  non  es  bravai 
^  per  MnidTe  no  s  ^rava ; 
£  a  rea  hs  ancas  donat 
l)e resptsa un colp  de  plat, 
£aiean  no  s  m'oc  per  tan ; 
£1  itis  es  li  vengat  denan , 
£  fes  semUan  cpie  1a  fieris, 
£la bestia parven  que  no  í  vis ; 
£1  reis  a  son  escnt  patisat , 
Epnasal  bon  branc estniat , 
£  pttD  la  ab  amdoas  mans 
^^  \m  conis  qne  son  lon'cs  e  grans. 
Brebesautzegrase  fiMtz, 
£tinesecotet  estortzy 
W«c  sol  no  la  poc  crdlar. 
£1  reis  caiet  son  poing  levaìs 
V^U  volc  sns  e\  cap  fisrir; 
^  utc  non  poc  las  mans  partir 


DE  JAUFRE.  5i 

Dels  coms,  tant  non  las  a  tiradaS) 
Plns  que  si  fimoo  ciaveladas. 
Ey  can  la  bestia  senti 
Qutf  ben  fon  pres,  leva  d'aqui ; 
E  1  reis  estet  ab  cortis  pendnb , 
Fel  et  irat  et  esperdutz. 

E  la  bestía  eis  àià  molî 
Ab  ely  e  tén  son  dreit  cami 
Per  bi  fiorest ,  lai  on  li  plas , 
Totjen  e  snau  e  depas. 
E  mosseiner  Galvan  lo  pros 
Era  si  tertz  am  copagnos  ^       .  . 
Luin  dels  autres ,  en  un'  angarda ;  ' 
Et  ab  aitan  el'  se  regarda » 
E  vi  la  bestia  ferae  gran , 
;    Que  aporta  els  cortis  dènan 
Lo  bpn  rei  sdaoUcl'  apanden. 
A  pauG  non  a  perdnt  'son  sen ,         * 
Epren  autamen  a  crídar : 
«  Cavalier,  anemajùdar 
«  A  inonseiner  lo  r^i  Artus ; 
u  Per  Deu ,  no  s^enfiija  riegus ;    - 
«  Jámais ,  qm  ara  no  1  segonday 
M  Non  er  de  la  tânìa  redonda ; 
'  «  Tnit  screm  per.tradiorsteilgutr, 
«  S  'el  rei  es  per  seoors  perdutz.  n 
Ab  tan  de  rangarda  deissent  > 
E  venc  ves  la  bestia  oorent , 
Qu'anc  non  atendet  conpaignon , 
Non  laisaraiin  colp  no  ill  don  : 
Baissa  la  lansa  per  ferir , 
E  '1  reîs  ac  paor  dè  mórír, 
E  l'escrída  :  ^  Belis  neps  ^  merce. 
«  Non  la  tocs ,  per  aiíior  de  me ; 
«  Qe  st  tu  la  fiers ,  eu  sui  mortz, 
«  E  si  no  bi  toquas ,  estortz , 
\  «  Qtt'eu  la  pogra  ben  aVer  morta ; 


5a  ROMAN  DE  JAUFRE. 

«c  Perque  m  d^tz  moD  cor  e  m  eonoTta       Auta  e  ransta  e  tailant. 


«  Qu'  ela  m  portara  chausiment , 

«  Gar  ieu  lo  1  portei  eissaiiifent 

«  Q'îrats  .non  la  volgui  tocafrŷ 

M  Ni  ella  me ;  perque  mi  par 

«c  Qué  no  m  fara  mial  autramenty 

«  E  laìssa  li  far  son  talent ; 

«  Anc  non  sia  per  ren  tocada 

«  De  null  liome  de  ma  mainada ; 

«  Si  doncs  no  m  v6liti%  ancîr, 

«' E  vos ,  nepr,  anatz  lor  o  dir.  » 

E  Galvan  a  soa  colp  tengut , 

£t  a  l'en  plorant  lespondut  i 

«  Seiner ,  e  cpm  poirai  Sttffiû: 

«  Que  nous  defiendade  morir?  » 

—  «  Neps ,  sab^tz  com  mi-  defendietz « 

«  Solqúe  la  bestia  non  toques.  »    . 

E  el  gita-  pore  sa  lansa , 

E 'âon  escHt  delcol  balante, 

E  a  1  gitat  luen  per  gran  ira , 

Pueis  romp  sos  draps  e  sos  pels  tira  j 

Aitant  com  pot ,  ab  ambas  mans«> 

Ab  aitant  Tristans  et  Ivans , 
Que  àé  Galvan  son  compaigno , 
Son  vengut  de  gran  espero 
Per  ferir ,  lor  l^nsas  baissadas ; 
E  Galvan  a  sas  mans  levadas , 
Et  escrída  :. «  Non  la  feíras , 
«  Segnor!  per  tan  cnn  vos  l'amas, 
«  Qu'el  rei  es  mortz ,  si  la  feres ! 


E  de  segentre ,  dol  ménant , 

Venc  Galvans,  am  sos  compainos, 

Marrítz  e  iratz  e  ploîros. 

E  la  bestia ,  can  fon  sus , 

Yai  s'en ,  que  non  atendet  plus , 

■Daus  tot  k>  mai'er  bans  que  i  sap 

E  gitet  deforas  lo  cap , 

E  '1  reis  pendet  d'aqufen  jos. 

Adoncs  fi)  Galvans  angoisos 

E  siei  conpaignon  atresi , 

Que  cascus  se  ronp  e  s'aucî. 

£  1s  autre ,  que  son  remasnt , 

Auzit  an  dol  et  entendut ;    ' 

E  cascus,  aitan  can  pot,  broca 

« 

E  venon  al  pé  de  la  roca  ^ 
E  prenon  en  sus  a  garf  ar , 
E  viron  lur  seinor  estar 
Als  coms  de  la  bcstia  pendut ; 
Et  an  tant  estrain  dol  mógut 
Que  anc  son  par  non  fon  auzit , 
Ni  per  me  no  us  pot  esser  dit.... 

Galvans  e  Ivans  e  Trístans  , 
Ab  de  cavaliers  no  sai  cans , 
Dizòn  que  totz  bir  draps  penran  , 
Al  pe  de  la  roca  metran , 
Desotz  lo  reì  y  e  |iueis ,  si  cba 
Sus  els  draps ,  jâ  mal  no  s  facha  , 
Pueis  o  an  als  áutres  mandat. 
£  Galvnns  a  lor  o  pregat : 


—  M  Que  faren  doncs?»  ^*  «  Anemapres  «  Seinor ,  laîssem  lo  dol  estar  : 

u  Tant  tro  que  vètam  que  fara ,  «  Aîsi  no  s  pot  ren  acabar, 

«  Qiíe  si  1'  auci,  ella  morm.  »  «  Mais  prengam  tot  delivramentz 

E  la  bestia  suau  e  gent  «  Cadaus  nostre  vestimentz , 

S'en  vai ,  que  sol  non  fes  parvent  «  E  metam  lo  àl  reì  desotz.  v 

Qu'els  vis ;  mas,  plus  dreitz  d'un'  ironda,  Aqui  "mezeis  comenson  totz 

Pucîa  nna/roca  redonda ,  De  manfenen  a  despoiUar, 


HÚUÈS 

E  feins  lors  dnps  apoitar, ' 
Iintels  e  capasy  tot  corenti 
iac  DO  lur  remas  TestìiDent, 
Cansas,  ni  camisa  ní  braga , 
Qoe  casciifl  ades  non  o  traga.   - 
£,  qoao  tnit  despnOlat  se  son  j 
ÌB  £ntz  dc  draps  nn  taL  moloq  j 
Desotz  lo  rei,  qae ,  s  *el  cazes , 
NoB  crei  que  gian  mal'  se  fezes. 

Elabestiay  canto  yi, 
Fes  senUan  qae  s  moges  d'aijai 
Ecnflet  son  cap  nn  petit. 
i^d*aTal  féiro'un  crít 
ifflitestraing  et  moat  angoiasos  ^ 
Emo  se  mes  a  genoillos , 
£pr^o  Den  qn*  el  rei  defenda 
E  qoe  san  e  sal  lo  lor  renda.  . 

£ la bestia  jons  los  pes, 

E  lal  entr^  eb,  e  pueÌB  apres 

liisa  cazer  lo  rei  cfne  tenc 

Aioscoms,  e  ela  devenc 

Caralers  grans  e  beis  e  gena  , 

E  foo  Testîtz  mot  rícamens 

D*escaHaU  tro  als  tabns , 

E  csveogntz  de  genoillono 

Al  rei,  e  dis  li  tot  risen  : 

*  Seiner,  Cûtz  vestir  vostra  gen , 

*  Qne  ben  podon  oimais  manjar, 
<  Qoe  ros  ni  els  non  cal  laissar 

*  Pcr  aTentnniy  car  trobada 
«L'ayetz,  sitot  ns  era  tarzada.  »    * 

Q  reís  es  se  meraYiUatz 
VoQt  ioit  e  gran  ren  ves  seinatz 
^úo,  con  si  es  avengnt, 
^  >  1  caTaiier  conogut  ^ 
QvdelsmeiDors  de  sa  cort  e», 
^pros,  deb  savis ,  dals  cortea., 


DE  JAUFRE. 

Dels  adreitz  é  dels'  aviiiens  ŷ 
Qne  ben  platz  » trestoCas  geoa ; 
Del  ben  apres  e  dels  gaiUart  f 
E  anc  no  ùm  en  Inec  coart ; 
E  dels  amatz  e  dels  onratz , 
£  dels  cuberta  e  deb  celatz, 
E  dels  umìls  e  déls  ^^aizentz , 
£  sap  totz  los  encantamentz 
«  £  las  set  artz  que  son  escrichas , 

Trobadas ,  ni  &chas  ni  dicbas 

E  Galvan  es  vengutz  ab  tant 

A  son  seinor  lo  rei  denant  ^ 

Que  s  cuiet  que  totz  fos  brisatz 

Gar  era  de  tan  ant  tonbatz. 

£  troba  1  san  e  deleeos , 

Alegre ,  jauzen  e  joios , 

£  vi  Ì'encantedor  al>  e1. 

«  Per  ma  fe,  beb  compadns,  dis  e(,' 

«  Azant  nos  avez  encantatz , 

«  G'aissi  &itz  anar  despoiUatz.  » 

E  '1  cavalier  reapon  aíb  taà 

£  ditz  a  monseiner  Galvan. : 

M  Oimais  vos  podetz  l)en  yestir, 

«  Qu  'el  reia  es  estortz  de  morir.  » 

Ab  tan  Galvan  se  part  d'aqui 
E  tuit  li  aútre  atresi ; 

.    E  son  s  'al  vestir  ajustct, 
Mas  negus  anc  no  i  fon  triat : 
Qui  pren  eapa ,  qui  pren  mantel, 
E  pueis  tenon  ves  lo  castd  , 
De  Garduel ,  on  la  cort  es  grans» 
£1  reis.e  monseiner  Galvans  . 
Yan  s'en  primier,  poeia  Fautre  tuit , 
E  meOon  gran  gautz  e  gran  broit ; 

•     E,  cant  son  el  palais  ontrat , 
Fon  de  manjar  apaì'eilat. 
Demandon  aiga  per  iavari 


53 


S(  KOMAN 

Que  9  Tolon  nttrB  «1  nanjar.    - 
Grans  íb  la  ovt  é  rica  e  booa 
£  ac  i  raoota  ríea  pcnena 
De  reis ,  de  conHef  e  de  dncs  t    ' 
E  mosseìner  Gahran  rastracft , 
E  Ivans,  lo  ben  enseinatz. 
Amdni  menavon ,  en  lor  bratz, 
La  reìna ,  a  gnn  léBcr, 
Que  venc  dejosta  1  rei  seior ; 
E  Galvans  sec  de  l'antn  part, 
£t  Ivans ,  ab  fo  cor  gaiUart , 
£  1  s'es  lonc  la  reína*  assts. 
Pueis  an  assati  ^abat  e  ris 
Del  esquem  qne  rencaatador 
A  fait  lo  jom  a  inr'Seinor. 
E  la  reina  GiUafanier, 
£  1  baron  e  ìi  cavalier, 
Qu'cn  la  forest  non  son  agnt , 
Quan  anson  con  es  avengnt^ 
Tenon  ae  mont  per  escamitf 
Car  tuit  no  l'an  vist  ni  anxit* 
An  ne  mout  rit  et  mout  gabat. 

Ab,  aitant  Qnezs  a  aportat 
Lo  prìmier ,'  senes  cansimen , 
Denan  lo  ni ,  mot  ricamen , 
£  pueis  apres  a  la  reína 
A  cui  tota  beutat  aclina ; 
£  anet  sezer  ab  aitant, 
Gar  de  manjar  a  gran  talant. 
Puèis  venon  las  escalsîsoB ,    * 
E  porton  laa  li  dòntelos. 
Anc  nuilla  nt  non  fan  a  dSr 
Qoe  rics  om  a  man)ar  deiir  t 
Gers  ni  cabrols  ni  salvalzioasi 
C'anc  non  Ibron  «  dir  negnnas, 
Gmas ,  austardai  ni  pans,     , 
Signes  ni  ancas  ni  capos , 


DE  JAUFAE. 

Galinas  gnsM  neperflis , 

Pans  barulellàl  ni  bos  fis ; 

Qne  de  tot  i  ac  largament, 

E  eascus  al  ntanjar  s'atent. 

Ab  aitant  il  viron  intrary 

Cavalcan  nn  roncin  liar , 

Dn  doncell  gnn  e  bd  e  gen ; 

E  venc  mot  isarnidamen/ 

•C'ancmais  bomede  mairenat, 
Non  cre ,  visses  mids  faisooat : 

D'espallas  ac  una  brasada  | 

£  can  bela  e  ben  fdanada , 

Oils  clan  e  amoros  rizents  f 

E  cabeils  sann  e  resplandentz  , 

E  Is  bnsses  grosses  e  caintz , 

£  beilas  mans  cdetz  fonnatz ; 

£  fon  delgatz  per  la  centnn , 

E  ben  larcs  perla  Ibroadnn, 

E  ias  cambas  drecbas  e  gnns 

E  'ls  pes  cautz  é  moot  benestans. 

£t  ac  gonella  ben  taiUada 

D'una  braneta  paonada , 

£  causas  d'aquel  mezeis  dnp , 

£  una  garlanda  en  son  cap 

Ben  faîta  de  novdlas  flon, 

'     Et  ac  n'i  de  moltas  colors. 

£  fon  per  la  can  vermeib , 

Car  ferít  li  ac  lo  soleils. 

E  can  fon  en  la  sala  entntz , 

£  del  roncin  cambatentz, 

£1  esgarda  cals  es  lo  reis ;  ' 

Pueis  es  vengutz  aquî  meaeis 

Yes  el  I  alegres  e  joios , 

Et  es  si  mes  dcgenoilos , 

Apres  comensa  sa  nzon : 

H  Aquel  seiner ,  ^  fietz  io  tron  i 

«  E  tot  cant  «s  el  s^le  dona , 


ROMAN  DE  JAUFBE. 
Qoe  solin  se  oon  a  penoiia ,  Qne  foo  conurot  e  aiarrítz ; 


5S 


Sal  lo  rei  e  ceb  c'ab  loi  ton*  » 

— I  Amicx ,  bon'  ^ventnra  m  dooy 
Ditz  b  reîs ,  aqoel  eît  leîiior^ 
Que  vds  digitz ,  seoes  temor, 
Qa'ea  t'  o  darai  mot  Tolontiers.  » 

-« Seioer,  ieiTso  ns  escndiers  » 
Qoe  soD  a  yostra  cort  vengntz » 
Perso  car  mi  for  mentagntz 
Perlomeíllor  rei  qu'el  mon  sia;^ 
£prec  vos  per  santa  Marìa 
0«  D  iazatz  cavalier  j^im  plats.  ^ 
-«imia,  ditx  lo  rei,  sos  estatz 
ElaTitzeanatzsezer,  o 

Qofíiutz  er  a  Tostre  plazer.  » 

-« SeÌDer ,  si  ?os  platz  i  no  íaxai 
TiDqoe  1  pcimier  don  que  us  querai , 
Auen  totz,  me  sia  autreiatz.  » 

-<Afflia,diU,  e  el-te  sii^  datz.  » 

il^aitantelcsleTaUsns 

Enimaojar,  qne  no  i  ac  plus. 
Eo  apres  Tiion  un  Tasal  9 

Iflt  tfmat ,  sobre  son  caTal 

^^fnuì  per  la  sala  venir. 

£  îû  00  cliavalier  ferir 

I^  a  laosa ,  per  la  peitriaa  I 

S  (|e  als  pes  de  l^  reina 

^^  fflort ,  e  pueis  torna  s'ea » 

u  escrida  moat  autamen  1 

*  Malras  reis ,  per  te.  azaunir 

" 0 &tz,  e,  si  m  Tob  íar  seguir ^ 

*  À  negon  caTalier  prezan  | 
•TaaUtdeRugimondeman^ 

'  Q'eu  sui  eel  c'a  tota  ma  vida 

*  îe  Êuû  aital  esTasîda 
*UaD,aljornd'aquesU{ÌBSta.  » 
^  Wi  rei  aclina.sa  testaf 


E 1  donzd  es  en  pes  sailUts , 
Aissi  com  bom  apercebotz> 
Et  es  denan  lo  rei  vengnta 
E  ditz :  «  Séioer  ^  mns  cofînens 
ci  Vos  quier  qne  m  delz  e  gamimens , 
«  Tals  com  sabetzque  m'a  mestier, 
«  E  aegrai  aisel  eavalier, 
«  Que  tant  de  mal  e  tant  d'enuei 
«  Yos  a  fiiit  en  vostfa  oort  ueí.  » 
E  Qnex  ab  tan  a  respondnt  k 
«  Amîcx ,  mais  aurelz  de  vertnt ,- 
«  Quan  vos  seretz  enabriatz»] 
«  Anatz  sezer ,  si  a  vos  platz  ;    • 
«  Quantz  anretz  nn  panc  begnt  mais, 
«  Mont  melltz  en  portaretz  lo  £ais4 
«  Tomatz  sezer  que  us  en  dirai  . 

• 

«  C'ab  aitals  armas  |  qu'eu  o  sai , 
«  Sabretz  miels  cavaiier  afaatre  » 
«  C'ab  espasa  treácant  eonbatre.  » 
El  doinzet  no  i  a  ipot  sonat^ 
Quar  per  lo  rai  so  a  kiasat..«* 
E 1  reis  respondet  tot  irats  s 
«  Quex,  ja  non  t^taretzen  patz^ 
«  Ni  us  laissares  de  mal  adir , 
M  Entro  que  us  en  íasa  giquir, 
«  E  con  podetz  dir  vilánîa 
«  A  nnll  bome  qui  estraing  sia 
«  Yengntz  en  ma  cort  ren  querer?...^ 
—  «  Seiner)  dis  lo  donzd ,  per  Deu  f 
«  Laisas  H  dir  que  non  m'es  greu...; 
«  Ja  a  me  non.  pot  ren  danpnar ; 
«  Mas  failz  me  garnimens  donar 
«  Aîtals  oom  a  yos  .plaiera  ^ 
«  E  segrai  aquel  que  s'en:  va ; 
«  Que  ja ,  tro.qoe  l'aia  tiobaty 
«  Non  manljarai  mais  a  mongn^t.  » 


56 


ROHAN  DE  JAUFRE. 


El  reia  rapon  Hiolt  beUament : 
«  Amîcx  j  melt  ▼olenteÌFament 
u  Yos  darai  annas  e  destrìer, 
«  E  ns  farai  ades  caTallier, 
«  Qir  molt  o  aabete  gen  querer ; 
«  MaÌA  Tos  non  cs  d'a^jnel  poder 
«  Que  Tos  puscatz  ab  el  conbatre, 
«  Qu'en  tota  ma  cort  non  a  qnatre  y  . 
«  Qne  s  pogeson  ves  el  defendre^ 
«  I^i  Fausesson  en  camp  atendre» 
«  E  laissatz  n'i  d'antres  anar, 
«  Car  molt  me  doniì  'a  pesar 
«  S'aissi  Tos  perdia  snbtament ; 
«  Tant  Tos  Tei  bel  e  gran  e  gent !  » 
—  «  Seiner,  adoncx  non  es  grantz  tortz, 
«  Pueis  dizetz  que  grans  soi  e  fortz; 
«  Car  mi  Tedás  que  non  conbata  y 
«  Tomar  mi  Toletz  en  barata » 

El  reis  respon  :  «  Amicx ,  e  tos 
«  L'auretz  y  pueis  tant  n'es  Tol(ento8 , 
«  Pueis  qe  Tezem  que  tan  tos  platz ; 
«  Mas  enans  seretzadobatz 
«  E  seretz  noTcl  caTaliers.  » 
Pueis  apela  dos  escudiers, 
Qne  l'aporton  sa  garntzon : 
Lansa  et  escut  bel  et  bon , 
Elme  e  espaza  trencan , 
Esperos  e  caTal  prezan , 
E  aquìl  an  o  aportat , 
Aissi  co  1  reis  a  comandat. 
E  pueis  &n  lo  donzel  Testir 
E  apres  del  auberc  gamir ; 
El  reis  causa  1  Fesperon  destre 
E  ceing  lo  bran  al  latz  senestre , 
E  a  l'en  bi  boca  baizat , 
Pueis  a  li  son  nom  demandat. 
«  Seiner,  Jaufre,  lo  fiU  DoTon, 


«  Ai  nom  en  la  terra  d'on  son.  * 

E  can  lo  reis  aosi  parlar 
De  DoTon  ^  pres  a  sospirar, 
E  a  respondut  sospiran  T 
«  Cal  caTallier  é  eant  presan 
«  Baron ,  dis  el ,  ac  en  Dotod  ! 
«  De  ma  taubi  e  de  ma  cort  fon , 
«  Pros  caTalliers  et  enseinatz , 
«  E  anc  non  fon  apoderatt, 
«  En  batailla ,  per  caTallier ; 
«  Non  aTÌa  un  tan  sobrier 
«  Ni  tant  fort  en  tota  ma  terra , 
«  Que  tant  tos  mentagntz  per  gQeiTa. 
«  Deus  li  £aisa  Tera  merce , 
«  Si  '1  platz,  car  el  moríc  per  me, 
«  C'us  arqers  pel  pietz  lo  feri 
«  D'un  cairel,  qu'd  cor  li  parti , 
«  A  un  castel  que  conbatia 
«  D'un  mien  gerrer,  en  Normaiìdia.  • 
E  con  il  Tan  aissi  parlan , 
Uns  escudier  adoeis  denaù 
A  Jaufre ,  un  caTal  bausan , 
E  el  pres  l'arson  ab  k  man 
Et  es  sus  el  caTal  salitz ,    ' 
De  plana  terra ,  totz  gamitz , 
E  anc  ab  l'estrep  non  toquet ; 
E  pueis  son  escnt  demandef 
E  sa  lansa ,  e  bom  la  li  dona , 
E  el  la  pren ,  pueis  esperona. 
E  a  1  rei  á  Den  comándat 
E  dels  fidtres  a  pres  com)at ; 
Pueis  eis  de  la  saUt  conens , 
E 1  caTal ,  que  fo  bds  e  gens, 
Yai  s'en ,  a  guisa  d'un  cairel. 
E ,  can  fo  fbras  del  castel , 
Cuiet  lo  caTalier  trobar, 
E  comensa  aul'a  cndar 


BOMAN  DJB  JAUFRE.  57 

A  dos  homes  que  so»  de  pres ;  Tan  cai^  pot  9  de  gt^n  esperon , 

'E  èsGrida  :  «<  Quì  ea ,  hww  9 
«  Que  d'aîtal  orá  tqs  eoBbates?. 
tt.Paeis  no  us  puesc  vezer,  respondes.  »» 


tBuoiy4iptziiaÌ9.sî  sabelZy.,. 
-  On  es  lo  caváUiers  teogutz  « 

■  5í  qoe  pot  es^r  deyengatz ,    . 
I  Aquel  qve  issi  ades  del  ^caste} ; 
iDigïtz  m'o,  si  u^  es  boi^ni  bel.  » 
E  Fus  d'aquels  lespondfel  li : 

■  Disetz  é  d'aquel  quq  ne  issi 
'ScDpre?  era  gamitz  rícamen. 

— '•  Oieu,  ditzél.  — jPerDeu,  vaie'en*, 
« Trop  avetz  laîns  aajornat  f 

« QaeLen  pot  ftver  cavalcat 
•Doail^,  a  tvt  lo  mevstz*  » 
itioocz  fop  JaijCres^mcdt  dôlentz 
£(litz:.if  Per  Grist  vj^  nb  il  valra , 

•  Ni  ja  )an  lueia  non  fugira , 

•  ^i  DD  s  rescondra  tan  preòa  ; 

■  Ads  ceFcaria  tot  lo  jpony  ' 

I  Tao  qoau  es  de  mar  e  de  lerra , 


£  anc  non  auzi'inot  soAaTv 
E  el  pren  enant  ad  anaxy 
Aissi  con  hom  volontaîros ,  ' 
Que  non  és  denren  teúieros, 
Ab  tant  la  bataÌUa  faiUi , 
£  Jaufre ,  can  re  non  auzi » 
Escoula ,  et  es  s'eitancatZy 
£  es  se  mouC  meraveiUatz 
On  son  j  ni  vas  cal  part  tenion 
Gels  que  tan  fort  oe  co|^bation , 
Que  negun  ì&on  au  nr  non  ve. 
Ab  tan  el  garda  denan  se  / 
£  ausi  planjer  e  rofiar. 
Un  cavaUer  e  sospirar; 
E  fon  nafiratz  mot  malamen. 


•Qo^'eanol  Vfobe,  neis  desotz  terra.*»   E  Ja\ifire  venc  ves  bii  corren  9 


Epart  se  d'aqni  ab  aStan, 
Et  es  Teogutz  esperoni^n 
ves  im  camin  gran  e  fei^al , 
^  a  esdau  fresc  atrobat. 
* Aisi,  dìs  el ,  a  mfm  veiaire , 
■  Puset  cavallier^  noaa.gaìre.  » 
E ditzijoc per  aqni  ténra ^  * . 
Aitan  con  resclau  trobara  ; 
E  met  s'd  camin  d'ambladura ; 
«anet  tant  çan  lo  fom»duta , 
Qne  vila  ni  castel  nûn  vi , 
^»  «ïc,  sitot  ben  s'escurzi , 
^o  laissct  pcr  aco  4'anar, 
Carades  se  cuia  tardai**. 
^i  caot  âc  anat  un^it , 
^nant  aozi  levar  tm  crft,,.. 
&  Jaofies  ves  cella  partcor,. 


I. 


*E  trobà  '1  jasen  estendut 
El  3ol ,  e  ac  tant  saac  perdUt 
Que  la  paraula  Tes  &Uida.    . 
EJaufre,*  aitan  can  pot ,  crida : 
«  Cavalier,  'dí|z  e;},  respon  me, 
K  E  digatz  cal  cau3a  'tii  que 
«  T'a  nafì^tz.  »  £  non  Bona  motz 
Ni  s  mou  y  mais  que  fes  dos  sanglótz. 
£  aqui  mezeis  el.s'esten, 
E  l'arma  part  d'el  e  v^i  s'en» 
E  Jaufre ,  cant  vi  que  mortz  es , 
a  Cavfllíerỳ  dÌ5'  el ,  fort  grea  m'és , 
«  Quar  non  puesc  vezer  quì  t'a  mort ; 
it  'Non  sai  si  s'aia  dreit  o  tort. 
«  Yos  68  morts,  mas  per  atrasaig, 
«  Sl  puesc  y  sabrai  qui  o  ,a  lìug,  » 
E  part  se  d'aq^^î ,  taa  can  pot-, 

8 


58  ROMAN 

Un  pauc  Gorçn ,  e  pueìs  de  trot , 

E  a  las  vegadas  amblao. 

E  ades  el  vai  escotan ,' 

Si  ja  poîria  ren  aozìr^ 

Vezer  nî  trobar  ni  sentir; 

E  ren  non  au  de.so  qae  quer, 

Ni  ve  de  que  Ji'es  mal  e  fec 

E  per  'tant  no  s  laîssa  d'tfnar 

Chocosanient  ni  d'escouta& ... 

£  es  s'^êstaneatz  up.  petit , 

E  ab  aîtant  el  a-  auzit  ^ 

Loing  de  si ,  levar  nn  tabust 

Que  íerres  e  aciers  e  fnst 

Menon  tal  brut  e  •tal  tonnen , 

Con  folzers  que^de  cel  desen, 

0  con  si  cascges  ^npeqta.   • 

Ab  aitan  el  gir^  la  festa 

D^l  bon  destrier  ves  cella  p|ut , 

Non  jes  a  guisa  do  coart  ^ 

Ni  ^e  cavaliep  esperdut ; 

Ans  mes  denan  )o  pîetz  l'escUt 

E  la  laUs»  SUs  en  Tarson  ; 

É  pucis  vai  s'en  de  tal  randon  ,. 

C'asatz  par  'cpie  n'aia  desir        ^  ^ 

Que  ja  non  cuia  a  temps  venir.... 
£t  el  vi  denan  se  jazer 
Un  cavalier  mottf  tot  gamit , 
Que  ac  l'elfne  e  1  cap  partit , 
Ab  e^za ,  tro  en  las  dens  | 
£  son  ausberc  es  totz  sancnens. 
Jaufres  a  girat  l'areslol , 
Caut  vi  lo  cavalier  el  sols , 
£  toca  i'eu  ,  mais  el  no  s  mueu , 
£  a  Jaufre  fon  mal  e  greu  : 
tt  A  Dieus !  dítz  el  ^  trobarai  ja 
M  Aquesta  causa  c'aiso  fa  ?  m  ' 
Pueìs  broca ,  tan  can  pot ,  enan  , 


DE  JAUFRE. 

Iratz  è  pleu  de  mal  talan  ; 
E ,  cant^ap  un'  gràot  Jii;ía.  4A»W» 
,.    Troba  un  cavâlior  nafrat 
D'una  lansft ;  per  mièi  lo  cors , 
D^>ntra  eo  outra ,  si  que'dHbrs 
Li  son'  tuit  li  bu4el  salít. 
E  plain  «'a  guisa  de  marit 
Molt  íbrt  f  e  Janfres  s'cstanqviíi 
£  en  apres  li  demanjdet  t- 
«  Cavalier,  ditz  el  ^  di^tz  me 
«t  Que  a  mortz  los  autres  ^  ni  te 
«  Aissi  nafratz  taat  durament , 
«  Car  moutni'eniBerihrirfoitnentu^ 
«  Co'ls  aí  trobfttz  <d!bnaa  mi  mortz? 
«  Non  sai  si  s'es  vostres  lo  toctz , 
«  E  vueirne  saber  veptat.  » 
£1  cavalier  a  sospiijit 
£  re^pon  :  «  Sipinory  pois  saber 
tt  O  volez,  ie  us*en  dir%i  lo  ver : 
«  Estq,uftz,  Id  séinér  de'¥ortfueil , 
tt  Nosa  rnatl» per  son  gmn  ergueîl. 
..    —  n  S  ^piins  botaies  es'?  es  pavaller, 
tt  0  él  mals  e  férs  o  gueïrier, 
«  Que  ren  non  vai  'aUre  queren 
u  Mais  bataiUa  ab  tota  gent?  ■• 
u  Ara  m  digÌBitz  per  caLsazoà 
tt  0  a  fait,.8Ì-Dieii  be  vos  don, 
«  Si  es  vostces  lo*4orlz  o  sléus. 
-^  tt  Sein.er^'ditz  el ,  sinoíi'ajut  Dieus  y 
tt  le  us  en  di^ai4o  vec  .de  -tot, 
«  Que  ja  noB  mentiraî-dA  mat:- 
<t  A  uueg ,  can  no»  de^m  cplgar, 
u  £t  Eslouiz  nos  yenc  ^sautav  « 
tt  Ad  un  Tníeu'castel  aisL  pves; 
«  Qué,  si  de*  )orn§  y  asautcs , 
«  Ja  ueguB  Bûu  Ìbran  eissit  ^ 
«  Ti»ni  lo  sabem  fçr  «l.ardit  ^ 


ROMAN  DE  JAUFBE. 
Mal  e  oi|;oiUoi  e  tobncT';  *    ■  '  '-r  **  Tomar !  oo  fitftti  per  «la  fc; 


«9 


«  Qae  non  pet  tròbar  cavallier    '< 
•.  Ab  amias ,  -qîi'éii-iAgana  guisa 

•  Paesca  (bgir  (|ér  ndD  rausìgâ ;  * 

•  Mas  iios.cnidem  qae  altre  fb$  9 

>  E  issîM  M  castel  ftoicbos. 
«  E  el  laisset  nos  asegiilr  "**  . 

<  Loìsg  del  castel ,  per  tios  ìtsStt} 

m 

•  E  poers  vai  ferír  lo  ppîmer, 

>  Si  quc  i^abarmort  del  desfrier ; 
0  E  Dor  duî ,  can  lo  conoguem  y 

"  Aqni  eia  a  fiigir  preiSem. 

•  £  d  sec  nos  niolf  menasan ;  * 

•  Xas  anc  Do  pc^em  fugir  tan  « 

•  Qoerantre  non,acosseges.,* 
« E  aucis  ìó^  é  pneis  apres 

•  El  Tenc  yes  me  totz  abrívatz , 

•  E  fìii  maiament  menasatz ;    '     . 

-  E,  qoant  ti  que  no  m  pnec  gandir, 
'  Gîreî  me  •  vanc  lo  ferir, 
'  De  ma  lanaa ,  sms  en  réscut, 

■ 

E  d  fer  me  de  tal  vertut 
'  Qae  reScvt  davan  mi  trenquet , 
E  àà  caval  mi  deroqûet , 

•  E  paeis,  ab  Fespaza ,  det  me 
Tals  .iin.  colps  que »  per  mà  fe , 

'  Lo  bratz  e  1  muscle  m'a  trqpcat ; 
"  £  ve  ns ,  seiner,  con  «s  anat.  » 
£  Janfre  pres-  l'a  d^andar : 

•  Sabetz  00  lo  poirai  trobar, 
■  Ni  ves  on  lo  porai  seguir  ? 

—  •  Seiner,  per  Gríst ,  no  us  sai  dir ; 

•  Mais  be  pot  esser  qu'êl  trobetz 

•  EiuBtz  qne  ros  non  o  voLrétz. . 
'  £  toletz  ros  de  son  querrer, 

Qae  no  í  podetz  ren  conqnerrer, 
Bd  leiner,  e  tomatz  vos  ne. 


n  Ans  lo  seguirai  aenoB  fajlla , 
N  Qne  )a  no  i  im'seâs  batáilla; 
ù  Si  '1  trob  f  d*aîso  sia  segyrs* 
(t  Tot  veiraí  qual  cuers-  es  plus'  durs , 
M  Lo  mîeuâ  ò''lo'$ieu8 ,  b  calsr  ferra. 
'  u  Mielâ  d'espaza  ^  cabt  lùec  seraû  d 
Et  ab'aitant  el  pren  cottíjat 
£  laissa  1  caxralier  nafirat ; 
Mas  el  K  pregá  per  merce^:    - 
t<  Seiner,  feltz  un  petit  per  me ,  -  • 
M  Si  iis  platz  'y  vit  ^pCr'amor  de  Dred : 
*  «  Vos  trobáret?  xta  oastel  Aiiea ' . 
u  Aîci  pres ,  e  feitï  o  saber 
.»  Lains-,  qfie  m.vébga  om  querer, 
«  Que  nafratz  son  ínoltvialainent.  » 

E  Jaufres  respont  -mqnteneat :  - 
u  Yolentiets ,  dîta  el ,  o  fei'ai , 
((  E  ja  d'aiso  no  ^9  faliIiniL  n  * 
Pueis  part  se  ^'el  'e  teri  sa  vfá. '  • 
Lai  on  U  es  senblantt{qe  síá.     *- 
JjO  castei.d'aquel  l^valHér,  -^ 

A  cui  auría  gran  mestier    - 
Socors  f  que  tan  pves  es  de  mort  'ý 
Qyc  en  sa  vida  non  'a  conort  j 
Ab  tan  es  |il 'castel  Tcngutz , 
E  a  dos  âervénfz  percebotz , 
Quê  ton  issit  fora*  la  porta ; 
E  cascus  arbaleata  porta. '    '      - 
£  dis  lor  :  «  Baron  ,'DeHS  vos  sal. 
—  u  Seiner,  e  ^  gart  de  tot  msA\  »> 
Respondon  los  serventz  amdos. 
«  Ara  m  digatz,  ditz  el ,  baros , 
u  Sabes  lo  seîner  del  castel  ?• 
u  le  us  o  dirai ,  e  no  m'es  bel , 
M  Ans  vos  dic  que  m'anuia  fort , 
u  Gar  aitals  noyas  vos  aport : 


6o 

«  Vostre  seiner  ai  atrobaty 
M  Pres  d*aisi ,  Tnalameiit  aafrat , 
«  E  amdos  sos  conpaigtios  niortz ; 
u  C'us  cavaUiers  sd!>ners  e  -ferte ,  - 
a  Estobt  de  Vertfbeil  FapeUét , 
«  0  a  iaît  qu'ab  el  s'encontret: 
«  Anafz  per  el ,  c'aisi  ns  o  manda.  » 
En  apres  a  Dien  los  eomanda. 

Pneìs  part  se  d^eh  ooicliosamen 
£  vai  s'en ,  et  aeo  coren 
De  trot  e  de  grail  anUadtìra , 
Tro  fon  en  una  val  escûra. 
E  '1  puég,  eï  deaus  grfnu  e  antz , 
E  el  pueia  s'en  de  gfantz  sautz ; 
E ,  can.  foo  sus ,  preta  a  garar 
Denan  se,  e'-TÌ  un  fuec  clar 
Gran  e  espes  e  resplandent , 
Et  es  totz  ples  entom.de  gent; 
E  dis  que  al  fìiec  8*tn  ira ' 
E  ben  leu  aqui  trobarâ 
Qui  ^  dira  novas  a  son  grat 
D'Estoutz  1o  rnfli  e  de  Taulat ; 
€ar  de  cascu  es  desirn.... 

Ab  tan  ve'l  vos  alfuec  vengutz, 
E  no  i  a  bome  conegutz , 
Mais  ricamens  Ìos  vi  vestitz. . 
E  us  nantz ,  que  fio  molt  petitz , 
Tomeiet  al  foc  un  sisnglar, 
Don  aquella  gent  dec  sopar. 
E  Jaufre  a  lor  demandat.: 
u  Baros  ^  digatz  mi  verilat , 
i(  E  no  -us  o  tengatz  ad  enug , 
«  D'un  cavâUier,  que.,  tota  nug , 
«  Ai  seguit  fi  non  atrob  jes. 
—  «  Amics ,  nos  non  sabem  ^pii  s'es , 
(c  Ditz  l'us ,  e  non  avem  auzit 


ROMAN  DE  JAUFRE. 

«  Nos  lo  sabrem  dire  bmi  len.  » 
'  Et  el  respon  atrestan  ìea ; 
«  Estout ,  lo  seintc  de  Vertfueil  y 
«  0  Taulat  de  Rugfnmn  veiL  » 
E  aquel  respoa  H  mout  gen  : 
«  Amîcx ,  ditz  el ,  tomatz'vt»  en , 
«  Que  s'  Estimti  vos  ttxiba  garait  y 
«  Un  pauc  Pavetz  trop  asegnit , 
«  Que  greu  n'estorserês  de  mort , 
«  Tan  1d  s^i  ieu  sobrier  e  fort ; 
«  Car  non  pot  cavaUier  tróbar 
M  Qu'en  bataitta  'i  puesca  durar. 
«  Que'  tot  aissi' can&os  veses , 

t 

«  Em  siei  pres  e  '1  segem  de  pes  ; 

«  E  non  i  a  negun  de  nos 

«  Que  no  sia  cavaliier  pros ,  . 

«  Que  totz  nos  a  pres  a  merce , 

«  En  bataila,  sobre  sa  fe, 

«  E  devem  lo  de  pes  seguir , 

«  liai  on  li  platz;  ni  can  vol  ir 

«.  En  luec  aventuras  cercar  ỳ 

«  Nos  I'apareillam  a  mnnjar; 

«  Per  que  us  cdseiil  que  ui  entomes. )» 

E  Jaufres  ditz  :  «  No  farai  jes , 

«  Que  non  son  perfugir  vengutz. 

«  Enantz  sera  fraitz  mon  escutz , 

H  E  mos,9ubercs  totz  desmaillatz  , 

«  Et  ieu  tan  duramentz  naGratz 

_  m 

«  Que  non  porai  del  bran  fêrir , 
«  Qu'eu  m'en  torn  hi  voila  fugir.  » 

E  con  il  van  aissi  parlan  y 
Et  Estoutz  venc  esperonan  ^ 
E  vi  'I  cavallier  a  caval 
E  escrida  :  «  Qui  est ,  vasal , 
«t  Qu'enti'e  mas  gens  estas  aisi?  » 
E  Jaufres  respon  :  «  E  vos  qui , 


u  Son  nom,  roas,  quantlo  n'auretzdit,    «  Qu'en  aissi  venetz  maiament? 


ROMAN  DE  JAUFRE. 


6i 


^n  Aeo  Ú  dini  iea  brenmte. 
— <  £s  Tos  Estents?  — *  Oc  Teratniç 
— •  Molt  Tos  «Diai  aaat  qneffen  > 

•  Qoe  tota  nueg  yos  ai  segit  ^' 

•  Qne  Bon  ai  pausat  ni  donnit. 


Si  que  la  ladsa  n'a  'passada  . 
De  raniTii  part  una  brmda ; 
E ,  daus  lo  senestre  costat , 
L'a  tot  son  ausberc  deimailát ; 
Mais  linc  la  dtn  nop  eSYasi. 


— ■  E  a  qne  m  quers?  digatz  m'en  ver.   E  Janíres  fer  Ini  antressi  / 


—I  Per  sOf  dis  el  9  icar  ▼oill  saber 

•  Perq'as  los  tres  cavali^rs  morts ; 

•  Car  pecat  mi  semUa  e  tertz. 
— «  El  iesl'  sai  per  aiso  Tengntz  7 

•  Maîs  Talgra  foses  rèmAnsut» ; 

■  Cor  sol  nn  petit  m'as  trop  quist. 

•  Ab  afol  agiir  ^i  vengbt , 

•  Qoela  testa  perdnbs  ades  * 

«  0 m  s^giras aissi ,  de  pes, . 

•  Con  aqnìst  me  segon  trqtan.       • 

«  Reo  mi  l'escut)  raubere  e  '1  bran  \ 

•  £1  caTal  qne  sai  t'aportet. 

—  •  No  fimi  9  qu'el  bon  rei  m'e  det  ^ 
«  Gan  m'adobet  a  cayallier ; 

•  h  l'escat  non  auras  entier, 

<  Ni  l'auaberc ,  ni  1  caval  og^. 

«  Caias  aver  trobat  enfiui 

'  Qne  pcr  menasas  s'espaventá  ? 

•  Non  as  ;  mas ,  si  fort  t'atalenta , 
«  Esaia  con  o  poìras  fiur, 

■  Que  no  pretz  ren  to  menasar ; 

•  Car  so  dizon  nostr'  anceSsor  ^ 
«  Que  tals  menasa  c'a  paor.  » 
£  Estoutz  es  se  d'el  lonjatz » 

E  Jaufres  s'es  apsreillatz 

Be  la  bataila  qn'el  atent 

PoeîsTenc  l'uns  Ves  l'autre  «oren  y 

Tant  eon  lor  cavals  podon  ir; 

£  Estoutz  vai  Janfire  ferir 
^K^  la  bocla  del  escut » 
Qv  tot  lo  i  a  frait  e  romput  p 


En  l'escut,  c<dp  merflvilols , 

Si  que  1s  estreps  perdet  a&dos ;     *    • 

E  dels  arsons  lo  balanset 

Tan  laîg,  c'a  panc  no  '1  degolet ; 

Al  caser ,  que  tal  colp  feri 

Del  cap  que  totz  l'esaboizi. 

E  mantenen  et  el  sal  sus , 

E  trais  lo  bran ,  no  i  puinet  plus , 

Aissi  con  hom  apercebutz. 

Et  es  vas  Jaufire  conregntz , 

Iratz  e  ples  de  mal  talen. 

E  Jaufre ,  cant  o  vi ,  desen , 

Que  no  vdc  son  caval  giqir, 

Nafrar,  afolar  ni  ausii*, 

E  met  denan  lo  pietz  l'escut. 

Et  Estutz  fer  sns  per  vertul 

De  l'espaza ,  eòm  bom  iratz , 

Si  que  tot  lo  fent  tro  al  bratz , 

E  pueis  tira  lo  brant  vas  se  t 

<i  Per  san  Peîre^  sò  difz  Jaufire, 

«  MaUmen  vos  ìenialz  venjar  9 

ci  Mas ,  si  puesc ,  ie  ns  o  vendrai  cár. )» 

E  vai  sus  en  l'elme  ferír      • 

Tal  colp  que  filec  en  Ai  sailir ; 

Mas  jes  non  l'a  entatnenat 

Plns  que  si  non  l'aghes  tocat. 

Et  Estutz  a  1  si  consegut , 

Qu'el  prlmier  cántel  del  escut 

Li  trenquet  ab  lo  derer  pan 

Del  ansberc ,  e  det  tal  lo  bran 

En  terra ,  que  l'bn  esperon 


62 


&eMÂN  DE  JAUFB£. 


ÎJi  treoqnet)  rásen  lo  taloix.       /" 

£  Jaufire  ^  se'fegiratz ,      '     ! 

S  es  se  Uíioh  'meratiUatz 

Pcr  ìa  ootp ,  cant  lo  vi  tan  gran.  . 

E  va  1  fierirVper  njvil  talan ,     '.   * 

Sfttutz  sva  ett  reliHe  luzent , 

81  qu*en  l'espaza  ùf  p^rvént    . 

Qfie«^îiz  per  meg  loc  eparti , 

Ifais  anc  l'elme  non  esvazî.*... 

«  Gavalliertz ,  malamenì  me  fersj 

tt  Ditz  Jaúfres,-e  ieu  non'sai'con 

n  Son  encantat,  qu'el  colp  que  t  don  ' 

((  Non  pol  ton  elme  entamenar.  »  < 

Ab  tân  el  li  vai  sus  donar, 

Ab  la  mîèîa  espaza  qne  tenc , 

Tan  gran  nn  colp  qu'én  terra  véûc  i 

Aissi  '1  fes  tot  eiasabozîr 

Qa'bl  vezer  li  tolc  e  rauzir. 

£t  Estutz  y  cant  se  Isent  feritz , 

« 

Leva  SU8  tot  eissaborzilz, 

Et ,  aissi  com  bom  que  no  ve , 

.  Guia  '1  cosegre  denan  ^e. 

Jaufire  donet  tal  colp  en  terra 

Qne  la  meitat  del  bran  soterraj 

E  dic  vos ,  si  l'aconseghes  .  • 

Fennament,  que  tot  lo  fendes ; 

Mas  Jaufire ,  com  apercébutz, 

Es  mantenen  ves  el  vengutz 

E  gita  pore<«on  escut 

E  vi  1  bran  et  a  l'enlevaty 

£  volc  l'en  sus  el  cap  ferír} 

£t  Estoutz  non  pot  plus  gandir , 

E  'scrida :  «  Gavallier ,  merce! 

M  No  m'ausias ,  e  pren  de  me 

«  Aital  rezeison  con  volras , 

«  Qne  bea  conosc  que  vencut  m'as.  « 

Jaufre  respon :  «  Mot  volentiers 


« *l)'aufÂi  mei;ce ,  mas  ìioa  esliers 
'  w  Si  vol  fiu*  tòt  50  que  t  diraii 

—  «  Seiner ,  volenlîers  <f 'fand ,      > 
• «  Qné  ja  no  sabretz  sen  querer 

«  Qn'eu  non  fasa  a.  mon  poder.^ 

—  «  A|<as ,  ditz  Jaufire ,  leva  sus 
«  E  iras  t'en  al  rei  Artus  ^ 

%  Laî  ones  ^  melte  en  sa  preisoif , 
«  Ab  lòs  oavaUlers  c*aisi'sòn ; 
«  Mas  tot  aquo  que  tolt  lor  as , 
«  Aissi  con  preissist ,  lo  rendras  , 
«  E  digatz  li  qu'a  lui  t^envf , 
«  E  conta  li  tot  en  aissì 

m 

«  Gom  ieu'ab  armas  t'ai  conquist. 

-^  «  Sèiner  j  mont  volenten^  per  Críst, 

«  Dkz  EstutZy  tot  arso  farai....  » 

Ab.  tan  ^  se  vai  desgamir 
Del  ausberc  et  a  1  fiutz  vestir 
A  Jaufirey-que  s'en  es  gamitz, 
'E  l'ehne ,  qu'es  dars  «  Jbrbitz , 
Apres  en  son  cap  e  lassat^ 
E  pueis  ceîns  lo  bran  al  costat. 
E  'ls  cavallier  son  tùit  vengut 

• 

Deuant  el  e  son  li  rendut , 
XL.  que  son  dé  paratge^        • 
Ricx  hom6  e  de  gran  linatge , 
Qûe  Estutz  avia  tutz  oonques 
Ab  armas  e  '11  menava  pres. 
E  demandon  tot  en  rízent 
A  Jaufre  e  tot  bellAment : 
«  Bel  seiner ,  e  de  cui  diren 
tt  A)  rei  Artus,  canf  Ib  veiren  , 
«  Qui  ns  a  delivratz  de  preson  ? 

—  «  Yos  de  Jaufire ,  lo  fiU  Dozon , 

«  0  digatz,  s'om  vos  o  demanda.  >» 
En  apres  e  el  lor  comanda  • 
Que  '1  fason  son  caval  venir  ; 


ROldLAN 

* 

«  Car  iMp  aì  tarza^id»  segoir  • 

«  Taulat  Aqvel  de  RôigiAìOii  ^ 

«  Qoe  ft'e^  v^i  e  iioii  sai  ves  on  ;^ 

•  E,  s'aisel-pert  perjoa  íoúatf 

•  Qoe  paûai  dfar  a  iaqd  seinor    .  * 
« Lo  rei ,  qoe  sgi  m^a  «nTÌat  ?. 

t  Be  m  poira  tener  pen^or^t  ,v       .  . 

«  Per  coart  e  per  reerenslit.  »  • 

iik  taai 'piseia  deslieurament 

D  caval  c^>in  lí  m  aduîi, 

£l  Efitoatz  e  Is  antre  l^t. 

L'an  nMÌli  de  remaner  pregal/  .  *    ^ 

SÌTaJs  tn  •qne.  agyes  maajM;      . 

£  eJ  ditz,  qpie  non  femanra  , .«  • 

Xija^sipot,  nD.inanja'ra    .  '•  > 

Tn  c*aia  Tanlat  consegat.        '      , 

Et  t  demudat  aon  esoui' , . 

£  sa  lansa  ,.e  na* caváUieray  •  • 

Grans  e  bels  e  fer^^  sobri»i>,    *'  ^ , 

Laraportsi  e  el  la  prepy' . .  • '.    w. 

Paeis  pren  corajat  e  vai  s'  ep.  .** 
Lo  joms  es  dars  e  beb  e  gens  j 

£1  soleîls  leva  resphmdens, 

E  1s  anzels ,  per  la  matinada 

La  matl  qu'espan  la  rosada,   . 

E  per  lo  temps  qn'es  %n  donsor^ 

Chantan  desolm  la  yerdor 

E  s'alegron  en  lor  latin. 

E  Janfre  tenc  son  dretz  camin . 

£  sec  lo  cavallier  Taulat ; 

Qoe  ja  tro  qne  V  aia  trobat , 

5oa  aura  ben  ni  fin  nì  pansa , 

5i  alegrier  de  mdla  causa. 

Et  Estutz,  ab  los  cayalliers 
Que  menava  per  presoniers , 
Vai  s'aatresi  appareiUar 
A  la  cort  del  rei  ad  anar 


DE.JAUFRE.  63 

li^isem  pimais  aquest  estar  ^ 

E  contar  vos  ai  de  Jaùfire , ' 

.Còm  s'eii  v^i  v  qui  non  au'  nî  ve 

Home  .ir.cuij[iQa(^deman  -  '\ 

Del  cìivallfo'qa'il  yai  cercan....: 
»  .  Et  en  áhiû  eften  s»  via^  -  ">    » 

■Ades  gardati  s'el  veiría 

Qui  11  tlísses  nova»  de  Taulat. 

A  t^nt  ac  tm  briiji  annt , 

Vi  una  garda  denan  se ,   .. 

E  5US  un  arbre ,  que  no  cre 

Qu'dt  segle  n'aia  belazor; 

Mas  ben  n'î  pot  aver  maior.        .     «. 
'    E  vi  pendre ,  en  uta  branca ,  . 

Una  lansa  qu'es  tota  blanca ,     .. 

Dç  bèl  fimîse  molt  ben  purada , 
*    E  fon  la  si|s  al  fer  plantada. 
. .  E  cuietise*que  cavallîer      ^   . 
.   Uluh^g^s ,  e  vol  son  destríer 

Vesoella  part  iost«  coren. 
.  E ,  can  foù  al  pe ,  pueia  s'en 

De  grânz  sauts;  e,  quan  fon  I^i  sus , 

Venc  al  albre ,  que  no  i  ac  plus 

Mas  sol  la  lansa  que  i  pendet ;  .  • 

Dont  mout  fori  se  meravillet.... 

E  Jaufre  a  la  bmsa  presa 

E  ionc  r  arbre  la  soa  mesa. 

E ,  can  la.  tenc  ,  pres  L'a  bratidir,  ,. 

Et  a  girar  et  a  sentir, 

E  trobet  la  dara  e  sana 

* 

E  bona  e  fort  e  certana ; 
E  a  dit  que  portar  la  va , 
Que  ja  per  ren  no  remanra , 
E  laisara  la  5oa  aqui. 

Et  ab  aitan  us  nains  issi , 
Qui  estava  tras  un  boíson , 
Petitz  e  dç  laia  faison ; 


1 


64  ROHAN 

Qu'el  îo  cortx  e  gros  et  inflats , 
E  ac  lo  cap  gr«ii  e  1  pels  platz  y 
Que  per  las  êspallas  li  îazoB  ; 
E  las  ceîUas  senbla  qu'pl  tiagon 
Amdos  los  uelz,  tant  las  a  grans; 
E 1  naz  a  plan  e  malestans ,  - 
Que  metre  '1  pogratz  per  la  nar 
Amdos  los  puintz  ses  mai  iar; 
Lavras  espessas  e  morudas ,     , 
£  las  dentz  grossas  e  gregudas. 
E  'is  grenons  loncs  sobre  la  lx>Ga 
E  la  l>arba  tant  gran  j  qtie  toca 
Tro  aval  desotz  la  oentura. 
E  ac  tan  corta  forcadura , 
Que  non  ac  jes  un  palm  entier 
Del  taion  entro  al  bragier. 
E  ac  lo  col  gros  e  espes, 
Tan  cort  c'a  penas  Ten  par  jes.... 
E  Is  mans  a  gisa  de  grapaut. 
E  pres  l)en  a  cridar  en  aut : 
M  Gayallîe^,  mala  sai  vengist ; 
«  Sol  car  la  lansa  tu  presist  ^ 
«  Ancui  n'auras  tal  guîzardon 
«  .Que  senes  tota  íiadizon 
.  tt  Ne  seras  en  fonsas  pendutz , 
«<  E  dejosta  te  tos  escutz.  » 

E  Jaufre  a  '1  nan  esgarat ; 
«  En  nani  mal  íaitt  desfigurat, 
«  Dis  el  y  Yos  j  avetz  mentit.  » 
E  1  nans  a  gitat  un  tal  crit 
Que  tota  la^al  retenti; 
Ab  tant  us  cavalierz  sali 
Gamitz,  en  un  caval  feran, 
E  venc  malamen  menassan- : 
«  Mala  fo  la  lansa  tocada !  » 
E  a  tost  I'  engarda  puiada , 
E ,  cant  fo  sus ,  troba  Jaufre  : 


DE  JAUFRE. 

M  Gavalliery  dis  el ,  per  ma  le, 
«  Trop  as  fait  gran  esvabìda;* 
«  Ben  par  pauc  que  presas  ta  vida. 

—  u  Seiner-,  dii  Ja«fre ,  et  ieu  goq? 

—  u  Eu  dirai  totala  razpn : 
.  n  Aiso  es  la  lansa  qiui  ja 

«  Gavaller  no  la  tocara 
«  G'ab  me  non  la  venga  eonbatre; 
u  E ,  si  '1  pueso  del  caval  abatre , 
«  Ni  ab  mas  armas  conqaeser , 
«  Ja  no  1  cal  puei^  anar  querer 
«  NùUa  rezenson  qu^d  defenda , 
u  Qu'eu  per  ìíáfig  la  gola  no*I  penda, 
«  En  aquestas  foveas  qne  ves , 
u  En  que  n'.  ai  pendutz  .xxx.  e  tres. 
, .  —  «  Ar%  m  digatz  donc ,  per  ta  fe, 
«  Si  negus  te  dama  merce , 
«  Si  la  pot  ab  te  atrobar.* 

—  «  Pc ,  dis  el,  s'ei  veliaiar 
'  «  Una-causa  c'  ai  estatíîda. 

-«  «  E  cal?  —  Qne  jamais  a  sa vida 
«  Non  cavalges  ni  no  s  tolges 
u  Gabels  ni  ongbs  qve  ages, 
«  Ni  non  manjes  pan  dé  fermeDt 
«  Ni  begues  vin ,  ni  vestiment 
«  Non  portes ,  si  dl  no  'i  teisia. 
«  E  si  negus  aiso  íazîa , 
M  Enantz  c'ab  me  se  cpnbates , 
«  Poiria  esser  qne  no  '1  pendes ; 
«  Mas  ja  pueis  colp  i  aura  fidt , 
«  Non  escapara  per  nnll  plait. 
~  «  E  si  no  sai  fiir  vestimentz  ? 

—  «  leu  t'o  farai  mout  ricameatZi 
«  Dîtz  lo  cavallier;  enseigaar, 

«  Teiser  ecozir  e  taillar. 
«  E  digatz  mi  si  &r  o  vols, 
«  0  si  non ,  vengatz  es  tos  dols, 


KOHAN  OE  JAUFKE. 

— «  £y  dis  Jaufire,  non  iarai  reê  «  Aital  merce  cod  tu  ágtiist 

« Qae  Ibrt  greii  o  auría  aprefi. 

—  «  Si  laras ,  car  fbrtz  iest  e  grans , 

>  Âns  que  sîon  passatz  .vii.  antz. 


65 


-«  «  Ja  ,  per  ma  fe  y  ren  no  faraî , 
■  Ditz  Jaufire ,  ans  me  combatrai , 
<  Si  Don  pnesc  escapar  estiers. 

—  «  le  t  deffiy  ditz  lo  cavallters , 
'  Que  ja  meree  son  anrai  mai. 

—  «  Et  ieu ,  dit2  e!>  me  defendrai.  » 
Ab  aitant  l'un  de  l'autre  s  lonja ; 

CalaoaB  cre  c^  anra  yergotgna 

£  itn  dolens  al  partir. 

U  caTadier  anet  ferir 

hián  gran  colp  sus  en  Tescut  9 

Mais  Don  Ta  crolat  ni  mogut ; 

E  si  t  la  lansa  brísada. 

E  Jaafre  a  la  tal  plantada 

Eo  rescat ,  que  tot  lo  trenquet, 

£  ]*auaberc  e  '1  pietz  li  n>mpet , 

Si  qn'el  ftn  ab  del  ûxst  parec 

I^outra  maîs  d'un  paìm  9  e  casec. 

£  Janfre  ,  cant  k>  vi  caxut , 

Teoc  sobr'el  e  tenc  lo  bran  nut, 

£,  can  -n  e'aisi  es  naffatz, 

£s  del  caval  cambaleralz , 

E  dilz  U  :  «  Givallier,  non  cre 

•  Q^  mais  sia  hom  peodutz  per  te. 

—  «  Seîner,  ditz  el,  non :  de  que  m  pesa 
^  Vos  n'aTetz  aegurtat  presa. 

—  «  Segurtat  o  ieu  e  venjansa 

•  Tie  peniai ;  d'  aco  fiis  fiansa 


«  De  totz  aqtiels  que  pendutz  as , 
ct  Tot  altretal  la  trobaras. 
-*—  «  Seiner,  s'ieu  ai  agut  fol  sen , 
«  Mal  cor  ni  avol  cbausimen , 
«  Ja  no  nyeii  voilatz  tos  semblar; 
«  Merce  qoier  e  dec  la  troLar. 
«  líon  vuilatz  c'om  pnesca  rctrairé 
«  Ad  home  de  tant  ric  afaire 
«  Con  vos  es  ,  que  aia  .gendut 
«  Gavallier  de  tant  gran  vertut , 
«  G>n  ieu  ai  estat  longamens.  » 
Ditz  Jaufre  :  u  Per  la  gola  mens ; 
«  Que  tu  non  es  gens  cavalliers , 
«  Ans  est  vilas  e  pautoniers. 
«  Paratje  e  cavalarià 
«  Pert  totz  faom ,  pus  faî  vilania...,  » 

Ab  aitan  l'elme  li  deslasa 
Et  a  1  ia  testa  desgamida ; 
Puis  a  gran  redòrta  coiUida 
Et  a  '1  per  la  gola  liat , 
E  pois  a  las  forcas  menat 
£tka  'n  los  autres  desendutz 
Aitant  can  n'i  trobet  pendatz. 
Et  a  '1  cavallier  pendut  sus , 
Que  anc  non  o  alonget  plus ;    - 
E  dis  li :.  «  Bels  amicx ,  otmai 
«  Iran  segurament ,  so  sai , 
«  Cels  que  per  aisi  pasaran , 
«  Que  de  vos  regart  non  auran.  » 
Ab  tant  el  lo  laissa  pendent 
E  venc  ves  lo  nan  mantenent ,  - 
Aisi  con  si  '1  volgeS  ferîr. 


'  Cades  seras  pendut  ses  failla. 

—  «  Seigiier,  p«r  Dieu,  merce  m  vaiUa!  E  '1  nans ,  qui  '1  vi  ves  si  venir, 

—  «  £  const  potz  merce  clamar ,  Estent  las  mans  e  mes  s'en  cros : 
«  Car  ab  te  non  la  poc  trobar  «  Bel  seiner,  a  Deu  et  a  vos 

•  Nula  bom ,  cant  l'avias  conquist  ?  «  Me  rent ,  et  aiatz  me  merce , 
I.  •       '         9 


66  ROHáN 

«  Qu'ea  noii  ai  ren  for&it ,  perque 
M  Deía  morir,  que,  mal  mon  grat, 
«  Ai  .xiiu.  -ans  aicî  ettat»...  » 
Dítz  Jaufre  :  «  Merce  potz  trobar, 
n  Si  Yols  80  qu^  t  mandarai  íar. 

—  ft  Seînery  per  Dieu,  si  fiu'ai  ben 
((  Que  ja  sol  non  passarai  ren. 

—  «  Aras ,  dis  el ,  doncs  leva  sus  , 
u  E  iras  t'en  al  rei  Artus , 

<(  E  digatz  li  qu'-el  U  Dozon 

u  Li  renvia  e  fai  lî  don 

((  D'aquesta  iansa ,  qu'ai  conquista  , 

u  Que  anc  tan  belU  non  fon  yista. 

u  E  conta  li  de  ton  seignor, 

u  Gon  avia  per  sa  foUor 

u  Aitans  bos  cavaliers  pendutz 

u  Ni  qual  loguer  n'a  receubutz. 

—  u  Seigner,  diz  el ,  ben  o  Ssirai.  >» 
E  Jaufre  dis  :  «  Ara  doncs  vai^  >» 

Aiso  fo  lo  dilus  al  ser, 
Aissi  col  soleils  Vai  jaser ; 
E  la  noitz  fon  bella  e  serena , 
E  la  luna,  qu'es  tota  plena , 
Luzi  dara  de  dia  en  dia. 
E  Jaufre  tenc  tot  sol  sa  via , 
Que  res  no  '1  pot  iar  estancar. 
£1  nans  de  la  lansa  portar 
Nòn  a  pueis  gaire  tardat , 
Que  sol  la  nueg  a  sojornal; 
£  al  bon  matin  es  mogutz 
£t  es  s'en  a  Cardoil  vengutz.... 

Parhirem  de  Jaufre  ueimai 
E  laissarem  aquest  estar ; 
Que  no  s  vol  per  ren  estancar, 
Ni  per  manjar  ni  per  dormir ; 
Tant  gran  talent  a  de  seguir 
Taulat ,  e  tan  n'es  angoissos  ; 


DE  JAUFRE. 

Gat  menbra  '1  de  Quez  Tenoios , 
De  80  que  denan  son  seignor  ' 
lÀ  dis ,  que  de  maior  valor 
Scra ,  cant  er  enabríatz. 
E,  per  aquo ,  s'es  estrunatz 
Que  ja ,  se  pot ,  no  manjara 
Tro  que  conbatutz  se  sera 
Ab  Taulat ;  e  y  si  conquerelr 
Lo  pot,  fara  '1  per  fol  lener 
Quex ,  car  dia  grav.-vibinia. 
Et  en  aisi  el  ten  sa  via 
Entro  que  fo  be  mieia  nueitz ; 
E  vi  denauL  se  dos  grans  paeitz 
Mout  autz  e  d'estraina  maniera  ^ 
On  ac  una  'streta  cariera , 
Per  <Ni  l'avenra  a  passar, 
Gar  autra  via  non  pot  &r. 

Et  aissi  con  s'en  vai  amUan  ; 
Et  us  sirvens  ii  sal  denant^ 
£  fos  espes  e  gros  e  grans  ^ 
E  leus  e  fortz  e  benestans , 
E  lòs  cabels  ac  aut  t«ndatz« 
S  portet  tres  dartz  tan  agutz , 
Tan  afiUatz  e  tan  tailans 
Qne  xas«s  non  «s  plus  ■  trencans . 
Et  anc  no^  ac  aitr'  armadura , 
Mas  gran  coutel  a  la  centura , 
Et  en  son  dos  un  gonéUon 
Ben  fait  e  de  bona  faizon. 
E  crida  :  u  CavaUier,  estai', 
u  Et  escouta  so  que  t  dîrai.  » 
E  Jaufye  es  se  estancatz , 
£  ditz  :  u  £els  amicx,  que  us  platz? 
—  tt  leu  t'o  dirai ,  dis  lò  sirvens : 
u  Ton  caval  e  ton  gamimen 
u  T'avenra  aîssi  a  laisar, 
u  Car  estiers  non  si  pot  passar.  » 


ROHAN 

£t  Janfire  respon  :  «  Gom  ar  ditz? 

•  E  Doa  pot  pasar  hom  garuitz , 
«  Abucz y  dìs  el,  ni  a  cayal ? 

—  «  Sî  fiû  hm  j  mas  en  esta  val 

•  Detz  îea  aver  aqnesta  renda. 

—  «  DiaUes,  iìs  Janfre ^  la  prenda. 
Dis  lo  ûntens  :  «  Si  nOn  a'  fiis 

•  Ab  ben,  ab  ton  mal  lo  fiiras....  w 
Ab  tant  lo  sirvens  s*apareilla 

E  scoot  lo  dart  a  Tanreila  y 

Ai»  con  per  ades  lansar. 

Mtf  Imfire  no  '1  Tole  esperar, 

Qor  jaor  a  de  son  caTal, 

£  Tai  coten  d'amon  d'aval* 

E 1  sînrens  a  Fun  dart  lansat 

E  a  1  tal  en  Teseat  donat , 

Qie  fiiee  e  flama  n'  fies  issir; 

Xas  anc  no  1  poc  jes  envazir. 
£1  fieres  es  se  totz  plegatz , 
£  1  íbst  romputz  et  pesseiatz. . . . 

E  Janfire  estet  un  petit  y 
Qoe  ac  lo  cap  essaboisit 
Del  cdp  €]ne  l'ac  donat  tan  gran ; 
E  pneis  vai  rentom  campeian , 
Et  eiMpicven  oonsi  Ipoges 
Tant  fiur  cfne  rautre  dart  trages* 
Mas  no  s  vol  trop  sobr^  el  ^tar, 
Car  gran  paor  a'de  nafrar 
Son  caval  mais  que  d'autra  ren ; 
Mas  lo  sinrens  s'en  garda  ben , 
Car  maîs ,  so  dis  ^  l'amara  viu. 
£t  es  vengutz  ves  el  de  briu , 
Eo  sa  man  son  dart  embagat , 
£  socot  lo ,  pueis  l'a  lansat. 
£t  escrida :  «  Per  Gríst ,  vasal , 

'  Tot  sai  lassaretz  lo  caval 

«  E  l'aiisberc  e  l'ebne  luzçqt 


DE  JAUFRE.  67 

tt  Et  Fescnt  e  1  bran  eìssament , 
«  Que  ja  res  nò  us  en  tenra  pron.  » 
£t ,  quant  Jaufre  au  la  razon , 
£  vi  venir  ves  se  lo  dart , 

Gìtet  se  totz  ves  una  part 

*»     Can  vi  qu  'eb  .111.  dartz  ac  lansatz , 
Es  se  ves  lo  sirven  giratz  : 
M  Oimai ,  dis  el ,  penrai  veojansa 
<t  De  vos  ab  lo  fer  de  ma  lansa.  »» 
Ab  tant  a  bi  renna  girada 
£  venc  ves  el  lansa  baisada , 
Que  ja  no  se  cuiet  peccar ; 
Mas  lo  sirvetftz  prea  a  sautar 
E  fies  maiers  sautz  e  travers 
Que  non  feira  cabrol  ni  cérs. 
E  y  quant  Jaufire  s'en  fi>  passatz , 
Es  s'a  una  peira  clinatz, 
Que  trobet  denan  se  freial 
Et  agra  l'en  dat  colp  mortal , 
Mas  el  met  denan  se  l'escut 
Et  a  sus  \o  colp  recebut , 
Si  que  la  peira  s'es  brisada ; 
De  tal  vertut  l'a  enviada 
Q  'el  bos  (escuts  es  enclotatz. 
E  Jaufre  fo  feb  et  iratz , 
Gar  lo  sirven  non  pot  consegre , 
Tant  no'I  pot  encausar  ni  segre. 
Aissi  s  va  denan  el  gaaden 
Et  aissi  sal  deslivramen ,  ^ 

Que  non  pot  e^ser  poderos  s 
<c  E  Dieus ,  dis  el ,  rci  gloríos ! 
«  Que  farai  d'aquest  averser  ? 
<c  Tot  can  vei  non  ppetz  un  diner 
M  Si  non  puesc  a  mon  talen  far.  »• 
Mantenen  se  vai  del  propcfaar, 
£  portet  laosa  sobre  man  : 
tt  Ara ,  dis  el ,  er  fiBÌtz  de  plau 


68  ROMAN 

u  De  me  o  de  vos  atrasaitz*  » 

El  sirventz  a  son  coltel  tcaitz , 

Que  portet  gran  a  la  cenfura. 

«  Tot  mi  laisaretz  ma  dreitura  9 

tt  Dís  el ,  ans  que  us  partatz  de  nie> 

—  «  Oc  volentierS)  so  dis  Jaufrei 

«  Ans  que  m  parta  de  tu ,  Tauras 

«  Aital  com  servida  la  m'as.  » 

£  cuia  l'en  aissi  con  ven 

Ferír,  mas  aquo  non  val  ren , 

Qu'a  una  part  es  loing  saiLitz. 

Et  apres ,  com  amanoitz , 

Aissi  con  Jaufre  dec  gírary  * 

Va  sus  en  las  ancas  sautar 

Del  caval ,  et  a  '1  pres  a  bratz 

E  pueis  escrida  :  «  No  us  movatz! 

«  Que  si  us  movetz,  ades  moretz.  » 

E  cant  Jaufre  si  senti  pres , 

Es  maritz  e  no  sap  que  fassa. 

El  sirventz  l'estrein  e  rabrassa , 

Si  que  non  a  de  si  poder 

Ni  s  pot  ajudar  ni  valer. 

Et  en  aissi  et  el  s'en  va 

Ab  el ,  e  dis  que  menar  l'a 

En  tal  luec  on  per  tos  temps  mais 

Aura  marímen  e  pantais , 

Et  en  aura  tant  gran  dolor 

Que  anc  caitiu  no  l'ac  maior, 

Ni  anc  hí^m  non  sofri  tal  pena 

Con  el  fara  ,  lai  on  lo  mena. 

Et  a  l'entro  al  jorn  menat 

Aissi  denan  se  abrossat ; 

E  can  )orn  pres  a  esclarsir, 

E  Jaufre  dis  :  «  Mais  voil  morír, 

«  Per  Deu  que  cel  e  terra  fes , 

M  Que  aquest  m'enmen  aisi  pres ; 

«  Tot  veirai  si  m  poirai  acorre.  » 


DE  JAUFHE. 

E  pueis  gieta  sa  lansa  porre 

E.¥a1  penre  per  lo  brats  dreit , 

Ab  qu'el  tenia  plus  estreit. 

E  a  lo  tan  tirat  e  tort 

Qu'el  coltel  de  Uma  l'a  tolt; 

E  ki8set  lo  en  tertâ  cazer 

Que  de  ren  ìid  s'en  pot  valer. 

E  pueis  pres  ab  amdoas  mans 

Lo  senestre  bratz  qu'era  sans , 

E  tiret  lo  de  tal  vertut 

Que  tot  lo  i'a  del  cor  ronput ; 

E  a  '1  del  caval  derocat , 

Si  qu'a  pauc  no  l'a  degolat ; 

E  pueis  es  a  pe  desendutz. 

E  '1  sirventz  jac  totz  estendutz 

El  sol ,  que  sol  no  s  mou  ni  s  mena  , 

Mas  que  quer  merce  a  gran  pena. 

Dis  Jaufre  :  «  Per  Deu.cui  aor , 

«  Ja  non  aurai  de  raubador 

«  Merce ,  ni  no  la  deu  trobar.  » 

E  vaî  l'amdos  los  pes  trencar. 

«  Ara  us  prec  ,  so  li  dis  Jaufres , 

M  Que  noii  coras  ni  non  sautes , 

* 

•«  Ni  41S  combatatz  ab  cavallier 

u  E  aprenètz  autre.tne^tier, 

tt  Que  aquest  avetz  trop  tengut ; 

«  Mas  greu  m'es ,  car  non  ai  saubut , 

«  Eaans  qu'els  pes  toutz  vos  ages  , 

«  S'avetz  negun  cavaHìer  pres , 

«  Que  tengatz  en  vostra  príson. 

—  «  Seiner,  ben  ai  una  maison , 

«  Dis  lo  servent ,  aqui  de  laî , 

«  On  .XXX.  et  .v.  cavalliers  ai 

«  Eu  mas  preisos ,  en  grans  cadenas  ^ 

u  E  aiso  dis  a  moutas  penas. 

^-  «  Doncx ,  dis  Jaufre ,  totz  los  veirai 

u  E  pueisas  deslivriff  los  ai , 


•  Ctf  DO  s  taing  que  tos  los  teogatz.  n 
Ab  tan  el  ^en  es  laì  anatz 
A  li  maíson ,  qui  fon  uberta ; 
E  demandet  j  a  gran  cuberta , 
á  on  nanet ,  qu'era  portiers  : 

•  Od  son  .xu.y.  cavallíers, 
« Dis  Jauíre ,  cpi'en  prison  estan  ?  » 
ib  ahan  li  respon  lo  nan  i 
I  Gavallier,  be  t  tenc  per  ausar, 
«  Gar  anc  sains  ausest  intrar ; 
«  Mas  aiso  non  es  ardimentz, 
«  Am  c$  folia  e  non  sentz , 
■  Car  laá  Tenguist  e  no  m  sap  bon. 
"  Tai  t'en  ,  per  bon  cooseill  t'o  don , 
«  Eaans  que  yenga  mo  seinor 
t  Caosira  te  a  desonor 

•  0  ti  fara  trop  pietz  d'aucire.  » 
£  Janlre  coniensot  a  rìre , 
£  a  li  dit  tot  en  rízent : 

Amicx ,  mostra  m'isnelament 
Los  cayaliers ,  car  ien  sai  son 
Per  els  deslAnrar  de  preison. 

—  «  Ed  cre  que  tos  i  remanres  , 
Dis  lo  aans ,  ans  qu'els  desliyres , 
£  teiic  Tos  per  fol  e  per  pec , 
Qne ,  !si  mon  seignor  sarus  consec , 
No  us  Tolriatz  esser  vengutz*  » 

Janfre  respon ,  com  perceubutz  : 
Ton  seignor!  no  1  yeiras  jamais , 
Car  ieu  Ì'ai  mes  en  gran  pantais , 
Qu'en  li  ai  amdos  los  pes  toltz ; 
Perqu  'els  caTallier  seran  soltz , 
£t  ta  seras  en  ma  príson ; 
Mas ,  ab  pauca  de  resenzon , 
Escaparas ,  si  toIs  anar 
Lai  on  eu  te  toìI  euTÌar. 

—  «  Seiner,  dis  lo  nan,  per  ma  fe , 


ROMAN  DE  JÂUFRE.  ^  6g 

«  leu  farai  so  que  mandétz  be , 

«  Pueis  aissi  es  demon  seignor, 

«  E  trairetz  oi  de  gran  tristor 

«  Mans  caTallieM  qne  son  dolentz , 

u  E  seran  uei  per  tos  jausentz. 

«  E  i^  sai  estava  per  forsa ,  ^ 

«  Qu'el  m'agra  ben  touta  l'escorsa, 

«  S'ieu  non  feses  tot  son  mandat. 

«  Mas  pus  Dieus  nos*a  deslivrat 

M  E  vos  devem  ben  obezir 

M  So  que  ns  volretz  mandar  ni  dir. 

— -  «  Doncx,  dis  Jaufre,  mena  m  primiers 

«  Et  eseigna  m  los  cavalliers. 

—  «  Volentiers ,  seiner  >» ,  dis  lo  nan^ 
E  senpre  es  se  mes  denan, 
Et  a  '1  menat  en  una  sala 
On  estaTan  en  prison  roala , 
Tríst  e  maríl  e  consiros , 
.XXX.  et  .T.  caTallier  pros , 
Qu'el  sirTent  aTÌa  conques  ; 
Un  a  un  los  avia  pres. 

Ab  tant  Jauíre  es  dins  intralz 
Et  a  1s  caTailiers  saludatz ; 
Mas  negus  no  '1  toI  mot  sonar 
Q'enans  se  prenon  a  plorar, 
E  dizon  tuit  entre  lor  dentz  : 
«  Mala  fon  anc  nat  est  sirTentz 
tt  Que  tan  bos  caTalHers  a  pres.  » 
Mas  mantenent  lor  dis  Jaufires  : 
«  GaTallier,  e  perque  us  ploratz  ? 

—  «  Yai ,  fol,  dizon  eis ,  ben  es  fatz, 
«  Gardemandas  perque  ns  plorem. 
«  Ja  Tes  tu  qu'en  presos  estem , 
«  En  grans  e  feras ,  et  en  estraigna. 
«  Pero  non  a  un  que  no  s  plaigna 
«  E  no  il  sia  greu ,  car  es  pres 
«  Pel  sirTent,  e'anc  maia  nasques  , 


70  ROMAN 

<«  Gar  nos  te  vezem  bel  e  gent. 
«  Ar  entraras  en  tal  tonnent 
«  Gom  nos  estam  ,  so  potz  vezer.  » 
Dis  Janfre  :  «  Dieus  a  |;ran  poder 
«  Que  pot  deslivrar  me  et  vos 
it  D'est  luec  don  estes  períllos ;    ** 
«  Qu'eu  n'ai  presa  per  totz  Tenjanfla 
«  Âl>  m'espaza  en  c'ai  fiansa , 
«  Qu'îeu  ]í  tolgi  amdos  los  pes 
«  E  pueissas  yengi  sai  apres 
u  Tot  dreit  vas  aquesta  maison , 
«  Pet  yos  deslivrar  de  preison....  » 
Ab  aitant  Jaufre  pres  a  dire 
Al  nan  que  pens  tost  co  'ls  deslivre ; 
E  '1  nan  pres  un  martel  desHvre , 
Ab  que  las  cadenas  trenquet. 
Pueis  cascus  en  pes  se  levet 
E  puis  son  se  tutz  endinatz 
Denan  Jaufre ,  e  1  son  livratz 
A'  lui  y  per  far  son  mandámen ; 
£  dizon  tuit  comunalmen : 
M  Seiner ,  ve  us  nos  en  ta  merce , 
«  Far  nos  potz ,  si  vols ,  mal  o  be. 
«  Mandatz  que  t  vol ,  qne  nos  farem 
N  So  que  ns  mandaratz,  sipodem. 
(i  Mandar  nos  potz  a  ton  plazer ; 
M  Gar  nos  n'irem  a  tot  poder 
u  E  (arem  ne  so  que  puscam. 
—  «  Baros ,  dis  Jaufre ,  ieu  vos  am 
«  Totz  ensems ,  mas  Hon  vol  fasatz 
«  Ren  per  me  en  que  dan  aiatz ; 
«  Ni  no  us  man  a  negun  ren  metre , 
t(  Mas  sol  que  totz  vos  voill  trametre 
«  En  la  cort  del  bon  rei  Artus, 
u  E  voill  que  li  contatz  cascus 
«  Gon  ieu  vos  ai  totz  delivratz 
«  D'aquesta  preison ,  e  gitatZ| 


D£  JAUFRE. 

«  £  col  sirvent  pres  vos  tenia , 
«  Ni  per  qual  razon  vos  avia 
«  Pres  ni  vencut ,  per  sa  sobreira ; 
«  Gar  passavatz  per  la  careira , 
«  On  mí  cuidet  4ver  vencut , 
«  Ni  qual  loguer  li  n'ai  rendut, 
9      «  Gar  toutz  li  ai  los  pes  amdos.  » 
Ab  aitan  cascns  li  respos : 
«  Seiner ,  volentiers  anarem 
«  En  la  cort  del  Rei ,  e  direm 
«  Tot  so  que  vos  nos  àvetz  dit ; 
«  Mais ,  pus  tan  nos  avetz  servit, 
«  Servetz  nos  mais,  si  a  vos  platz, 
«  De  sol  aitan  que  nos  digatz 
«  Yostre  nom,  e  no  us  sia  maL  » 
E  Jaufr^  lur  a  dit  aital : 
«  Vos  de  Jatube ,  ìo  fil  Dozon , 
«  Li  áìfaAz ,  que  us  tfais  de  pretson. 
«  Metetz  vos  ades  el  camin , 
«  Que  ja  m'amistatz  ni  ma  fin 
«  Non  aurîatz,  si  non  anatz, 
«  £  mot  a  mot  no»li  'contiitz.  « 
£  '1  nas  dis  a  Jaufre  îauzens; 
«  Eu  lor  rendrai  lor  gamimens 
«  £  'ls  cavals ,  qne  touU  lur  avia 
«  Lo  sirventz ,  e  pueis  en  bi  via 
«  Nos  metrem  senpres  senes  feilw« 

—  «  Ara  doncx  vai ,  si  Deus  tc  vaiUa, 
«  Dis  Jaufre ,  et  aporta  lor 

«  Totas  las  armas  per  m'amor* 

—  «  Ades,  dis  lo  nans,  ofiu*ai.  » 
E  pueis  vas  l'estable  s'en  vai 

Et  amenet  lur  los  destriers 
£  tot  lur  arnes  volentiers- 

Ab  tant  son  puiat  li  vassal , 
Gascus  en  son  coron  caval , 
Et  an.preses  lor  garnimeotZi 


ROMÂN 

E  Janfire  Tai  lot  bdatiiealz 
Ab  ds  trop  anus  d'una  gran  lega ; 
Mts  {nias  loa  amonesta  e  Is  prega 
Qoe  non  fiuson  nnU'  autra  lia  , 
Mas  Ld  dreîtz  on  ^  Um  envia. 
Ek  ds  dinm  que  lai  iran 
Od  lo  lei  Artns  trobaran  ; 
E,  can  agron  nn  panc  anat , 
E  Jaiifire  lor  a  ensîgnat 
Ld  BiTen ,  aissî  ool  laiset  ^ 
Qoe  anc  poeisas  non  s'en  leret , 
Au  estet  en  loc  de  marít. 
Mas  eb  ]i  dizoo  a  nn  crit  i 
«  Fer  ma  fe ,  vos  jairetz  aqui.  » 
Epoxs  tenon  Inr  dreit  cami* 
A]Hes  Te  ns  Jaufre  deralat 
£  a  ben  aon  caval  cingiat*... 
Pnets  pres  la  lansa  e  l'esGut 
Et  es  paialz  desiin'amen 
E  laîssa  Is  eslar  e  vai  s'en. .••..' 
£  see  Tnulat  tost  e  coteniz^ 
Car  ja  non  er  enans  )ansentz , 
Tro  qne  l'anra  trobat  j  de  ren 
Non  aura  ja  pansa  nî  ben.. ..   , 
E  aissi  cl  s'en  vai  tot  gen. 
Ab  ailant  vi  Yenir  coren 
Un  csender  bel  et  azaut ; 
£  ac  esquîsat  son  blisaut 
Tre  aval  desotz  la  centura  , 
E  fes  gran  dol  a  desmesura ; 
E  venc  rompen  ab  anbas  mans 
Sos  cabeb ,  que  son  saors  e  plans , 
E  bat  sa  cara  e  s'esgrafina , 
Sî  qn'el  sancs  cor  per.la  pailrina. 
£,  can  TÌ  lai  Jaufre ,  escrída  t 
«  Pfos  cavalliers,  salva  ta  vida 
«  E  fng  ades  lan  can  poiras.  » 


D£  JAUFRE. 

E  Jaufre  jdcn^&nda  '1  :  «  Que  ás  ' 
«  Amic^,  e  que  t'es  a  veiaire? 

0 

~  «  Francs  cavallìers  e  de  bon  aire, 
«  Fug  ades  per  amor  de  Deu , 
•  u  Q'ancui  le  tardams  ben  leu. 
•«-  «  Amicx ,  e  as  lon  sen  pçrdut , 
M  Dis  Jaufre,  c'aîsîvei  romput. 
tt  Tos  draps ,  ta  cara ,  tos  cabels? 

—  « 'Seigner  i  non  ieu ,  dìs  lo  donzels ; 
M  Ans  o  dic  per  natund  sen : 

«  Fugeli  ades  e  crezetz  m'en. 

—  «  Adoncx  pe|l)oa  m  mandas  {ugir , 
«  Qn'eu  no  vei  ren  mas  tu  venir , 

<i  De  que  m  cailla  paor  aver? 
«  Fols  est ,  e  fas  o  ben  parer.. 

—  «  Seigner,  non  son  jes,-  per  ma  fe. 

—  «  Si  est ,  car  non  vols  dir  perque> 
«  Mi  mandas  areire  tomar. 

—  ft  Seigner ,  per  ta  vida  salvar ! 

—  «  Digatz  mi  doncx  per  cal  razon. 

—  M  JSeigner ,  no  us  sai  dir  la  lazon  , 
«  Ni  la  auria  d'un  an  retracba , 

«  De  cel  que  tal  paor  m'a  íacha 
«  E  que  m'a  mort  mon  bon  seignor ,. 
«  Un  cavaflier  de  gran  valor, 
«  Qne  q^enava  una  piuc^a 
M  Azanta ,  covinen  e  bella , 
«  E  de  ric  paratge  e  de  gran  , 
>  u  Filla  d'un  ríc  comte  Norroan. 
u  E  mena  la  n'oltra  sen  grat , 
«  E  me  a  si  espaventat 
«  Qu'encaras  m'en  £eii  tot  fremir. 

—  «  E  per  so  me  mandas  fugîr, 
M  Dis  Jaufre ,  car  tu  as  paor? 

«  Per  fal  t'ai  e  per  muzador.  >» 

E,  con  il  van  aissi  parian , 
Us  mezeb  venc,  ab^m  enfan , 


7» 


72  ROMAN  DE  JAUFRE. 

Que  aporlet  entre  sos  bras. 

E  una  femna  venc  detras 

Gridan  e  ploran  e  plainen  ^ 

Sos  cabels  tìran  e  rompen. 

E  venc  s'cn  tot  dreit  vas  Jaufre  :  < 

tt  Seigner ,  per  Deu  ti  clam  merce  9 

i<  Lok  sobíran  poesta  Deu , 

«  Que  m'aooratz  e  ifi  rendatz  vieu 

«  Mon  enfant ,  qu!el  mezel  enporta* 

«  Que  m'a  levat  denan  ma  porta. 

—  «  Femna ,  ara  m  digatz  perque 
t<  Lo  t'a  tout  ?  — -  Seigner ,  per  ma  fe , 
u  No  per  ren,  mas  que  li  sap  bon. 
—  «  £no  i  a  nui'  autra  razon  ? 

—  u  Seigner,  no,  fe,  que  deitz  a  Deu. 

—  K  DoncXy  dis  JaufrC)  lo  t  rendrai  ieu 
((  Atrasai^z ,  si  puesc  y  viu  0  mort ,    . 
«  P«s  y  dis  el ,  qu'el  mezel  a  lort.  » • 
E  a  donat  deb  esperos 
Al  caval  e  vai  s'en  cochos 
Yes  lo  mezel  espenman  ,  « 
E  la  femna  sec  lo  trotan. 
E  Jaufires  crida :  it^En  traidos  , 
u  Foi  mezel,  viian,  enoios, 
u  Non  poitaras  minga  l'enfant!  » 
E  '1  li  fes  la  figa  denant , 
u  Tenetz,  dis  el ,  en  vostra  gola!  >» 
E  non  i'en  fes  jes  nna  sola 
Ans  I'en  a  faiclias  maís  de  tres... . 
«  Per  mon  cap ,  vos  o  comprares !  d  . 
Dis  Jaufre  al  mezel  pudent , 
M  Car  îaa  tan  gran  descausiment 
«  Qu'eu ,  si  puesc ,  toirai  vos  la  vida.  » 
E'l  mezel  fon  prep  de  garida 
De  son  ostal  y  et  intra  s'cn. 
E  Jaufre  venc  de  mantenen 
A  la  porta  per  oa  iatret 


E  aqui  mezeis  dcMndet. 

Ab  tan  n'es  ìst  femna  venguda 
Ploran  e  crídan  i  «  Deus,  apidal » 
E  Jauíire  comanda  '1  que  1  tenga 
Sa  lansa  e  '1  caval  tro  qne  venga« 
Ab  tan  es  s'en  laÌQs  intratz, 
L'espaz'  ai  man,  l'oseut  ei  liratz. 
E  la  maison  fon*l)dla  e  grans , 
E  us  mezeis,  fers  e  estrans , 
Jai  en  un  leît  e  tenc  lonc  se 
TJna  piucela  que  non  cre 
Qu'el  segie  n'aía  àelaaor ;     - 
Car  plus  ac  fresca  ia  color 
Que  rosa  cant  es  ades  nada ; 
Et  ac  sa  gon^  esqnintadA 
Tro  aval  desotz  la  tetina , 
Que  ac  pius  biancha  que  farina. 
E  piaing  fort  e  menet  gran  dol 
E  ac  plus  grossesquemoii  «oà 
Amdos  ios  oils ,  tant  nc  ^rat. 
Ab  tan  ve  iis  Jo  mezel  leyiit , 
E  a  una  gran  massa  presa ; 
E  Jaufre ,  qu'el  vi ,  ac  feresa 
Car  io  vi  tau  defigurat: 
Que  ben  ac  de  lonc  un  astat, 
E  d'espallas  doas  brassadas, 
Gros  I0S  brasses  e  mans  enfladas  , 
E  'b  detz  corbs  e  totz  desnozâtz; 
E  fen  per  la  cara  bossatz 
De  grans  bosas  meraveìiioaas ; 
E  ias  cellas  non  son  peiosas , 
Ans  las  a  enfladas  e  duras. 
E  ac  las  pruneilas  escuras 
E  'is  ueiis  trobies  e  grepeilatz , 
Tot  entorn  de  vermeill  orlatz ; 
E  las  gengivas  reversadas , 
Blavas  e  groasas  e  botadas. 


&OHAN  BE  JAUFRE. 
E ac  grans  e  roasu  las  dentz  E  U  camisa  e'l  bragnier 


73 


E  fenncDosas  e  padentz ; 

E  fo  ▼enneìlfl  et  aflamaU, 

Aissi  conii  ns  earbos  creiaatz.*.. 

E  pres  reà  Jaufre  ad  aoar, 

£  demanda  *1 :  «  Qni  sai  t'a  mes  ? 

■  lest  te  vengatz  rendre  per  pres  ?  » 
£  Jaofire  respon  11  ^e  no.        » 

« idoncs  per  qoîna  ociíizo 

« Sad  esl  intrats?  qne  vas  queren  ? 

—  m  Un  mezel ,  qne  B*es  ^  roon  yezen  j 

■  Sams  ìntratz  àh  nn  enfan  • 

•  Qoe  sa  maire  m'a  qoist  plonui  > 
«  Fer  amer  de  Den  y  que  li  renda. 

—  ■  Ben  4robaras  qni  '1  te  defenda , 
<  Fol  TÎlau  V  ple  de  desmeznra. 

—  fien  seguist^la  malavenlora ; 
« Car  anc  per  aiso  sai  intrest , 
«  Ab  sTol  agur  te  levest , 

«  Car  foTt  sera  eorta  ta  vida.  » 
E  tfDC  la  massa  amarvida , 
E  det  Ten  tal ,  sus  en  l'escot , 
Cal  prímier  colp  l'a  abatut. 
£  Tolc  l'en  dar  autre  apres; 
Mas  Janfre  es  levatz  en  pes 
E  fig  al  cotp  qu'el  vi  veniry 
E tcli  ben  ops  lo  fugîr; 
Qiie  tal  vai  la  massa  donar 
Q  sol  que  tôt  lo  fies  croUar . 
£  tola  la  maison  Iremí. 
E  Jaufire  ab  aîtan  saiUi 
E  venc  ves  lo  mezel  coren  , 
E  pren  esfors  e  ardimen ; 
£  a  1  donat  un  eolp  certan 
ib  Tespasa  que  tenc  en  man , 
Con  palm  de  la  gonela  blanea 
li  trenqet  el  polpil  de  Tanca, 
I. 


E  de  las  brâgas  un  carti^, 
Que  no  '1  poc  plus  aut  avenir ; 
£  1  bran  anet  <d-  sol  ferir 
Tal  colp  c'un  palm  s'en  es  intratz. 
E  '1  mezel ,  can  se  sen  nafratz , 
£  vi  '1  sânc  en  terra  cazer^ 
Foh  iratz  e  va  1  reqnerer ; 
E  a  la  massa  al  col  lévada , 
Si  que  Jaufre ,  aquesta  vegadá , 
No  s  sap  gandîr.... 

■ 

Mas  ei  s'es  tras  un  píUrmes , 
Que  non  volc  lo  colp  esperar. 
£  '1  mezel  vai  sus  tal  donar 
Q'el  pilar  a  tot  deslogat, 
Si  c'a  pauc  no  l'a  derocát , 
Que  tota  la  roaison  tremola. 
E  la  pucella  esiet  sola 
Âd  una  parl ,  e  orazons , 
Mans  juntas  e  de-  genoilions , 
£  prega  Deu  mot  timilmen : 
<c  Seiner,  que  nasquest  veramen 
«  De  la  vei^  sancta  Maria, 
u  E  dest  ad  Âdam  compania 
«I  Gan  l'aguist  &it  a  ta  fàiso; 
u  £  sufirist  per  noa  passîo 
u  £n  la-crotz,  on  fuist  clavelatz, 
u  Et  pe^pietz  ab  lansa  nafiratz , 
«  Defen  me  d'aquest  aversier, 
n  E  garis  aqmest  cavallier 
«  De  mort  per  ta  sancta  dousor ; 
tc  E 1  dona  forsa  e  vjgor, 
«(  Consi  1  puesca  apoderar 
«  £  me  de  sa^.  mans  deslivrar.  m 
£  Jaufire  es  enant  anatz , 
Enans  qu'el  mezels  fos  dressatz , 
E  a  1  tal  el  bras  dreit  donat 

10 


74  ROMAN 

G'a  travers  lo  n'a  tot  trencat , 

Si  que  del  musde  l'a  partit ; 

£'L  mezel  a  g&tat  «n  crìt, 

Can  vî  son  bratz  cazut  el  sol ,  ' 

£s  totz  enrabiatz  d&  dol, 

£  venc  ab  aquel  mal  talen 

Ves  Jáúfre ,  mas  el  no  l'ateD ; 

Gar  ben  a  vîst  com  sap  ferir, 

Perque  s  vol  de  son  colp  gandir, 

£  anc  no  s'en  sap  gandir  tan 

Que  no  '1  des  tal  en  espasan 

£1  cap ,  qu'el  fes  agenoillar, 

£  per  la  boca  e  per  la  nar 

Li  fes  un  raig  de  sanc  issir ; 

£  la  massa  vai  tal  ferir 

£1  sol  que  per  mieg  luec  es  fracba. 

£  Jauire  tenc  Tespaza  tracba  . 

£t  anet  ferir  lo  mezel     '^ 

Sotz  lo  genoill ,  si  qve  la  pel  . 

£  la  carn  li  trenquet ,  e  l'os 

Non  era  tan  durs  ni  tan  gros 

Que  tot  no  lui  aia  trencat ; 

£t  a  donat  tal  un  esclat ,  ' 

Gon  s'us  grans  arbres  fos  casutz. 

£  Jaufre  es  coren  vengutz 

£  tenc  sobr'  el  T^spasa  traicba  : 

«  Oimais  y  dis  el  >  er  Ta  patz  facba 

M  De  me  -e  ,de  vos ,  fe  que  us  deig , 

<t  Ar  sai  que  m'estaretz  adreig,  »4 

£  va  Ten  la  testa  ferir 

Ab-i'espasa ,  de  tal  air 

Aìssi  com  estet  en  sezens 

Tot  ìo  fendet  tro  en  las  dens. 

£  1  mezel  aisi  repetnet,^ 

Que  tal  del  pe  el  li  donet , 

G'a  una  part  lo  fes  anar 

£  si  ab  la  paret  lular , 


DE  JAUFRE. 

Que  l'auzir  lì  tolc  e  *\  veier ; 

£t  anet  en  terra  cazer, 

Qu'el  non  poc  plos  parlar  qne  mats ; 

£  'i  bran  es  li  deljnan  cazutz 

Que  no  s  pot  donar  nul  cosseil. 

E  'i  sanc  tot  viu,  clar  e  vermeil, 

L'eis  per  ia  nar  e  per  la  boca, 

£t  anc  no  s  moc  plus  c'una  soea. 

£  la  pucella  es  venguda 

Ves  el',  aîssi  com  esperduda, 

Gan  vi  c'aissi  «era  casutz 

£  jac  el  sol  totz  estendulz, 

£  cuiet  que  mortz  fos  sens  iàilla ; 

£  va  '1  deslacor  la  ventailla 

£  pueis  apres  l'elme  forbit. 

£ ,  can  io  cap  l'ac  desgarnit , 

Jaufre  a  un  sospir  gitat , 

£  ela  non  a  gaire  tardat , 

Mas  vai  coren  per  l'aiga  dara 

£t  a  l'en  gitat  per  la  cara ;« 

Et  el  leva  sus  per  poder 

£  cuiet  I'espasa  tener, 

£  donet  tal  a  la  doncella 

Del  puingy  que  a  terra  venc  ellâ. 

£ ,  si  tenges  l'cspasa  nuda , 

Agra  la  ben  per  míeg  fenduda , 

Tant  la  feri  de  gran  azir., 

Mas  non  cuiet  elia  ferir, 

Qu'el  mezel  se  cuiet  que  fosỳ    ' 

Tant  es  de  son  colp  temeros. 

Aîssi  es  tot  esaboisitz , 

G'ades  cuia  esser  feritz 

£  fìig  per  la  sala  coren , 

Áissi  con  bom  que  non  a  sen , 

Ni  au ,  ni  ve ,  ni  sap  on  s*es. 

£t  es  se  tras  un  pilaf  mes 

£t  estet  s'  aqui  apiiatz; 


f 


AOMAN 

£  teoc  son  eMsnt  ea  son  brate, 

£  met  le  denan  per  cobrír 

Cades  cnia  c'om  Tan  ferír ; 

£  la  pincella  venc  tot  jen 

Ves  el,  e  dis  11  bonamen : 

■  Francs  Gavabers ,  jenta  persona , 

*  Regardatz  e  veiatz  qni  us  soha. 

<  Membre  t  de  ta  cavallaria , 

*  Don  sobre  totz  as  sçignoria , 

*  De  too  pretz  .e  de  ta  valor ; 
t  So  t  cal  aver  oímais  paor. 

*  Oâi  d'enant  lo  pietz  l'escut , 

*  Qa'd  mezel  as  mort  e  vencUt.  y 
£  Jiufre  es  ^e  remenbratz  ^ 

E  tnba  sun  cap  desáhnatz 
Epoeisrespon  a  la  piucelac 

*  Digas  me ,  dìs.el  y  domîsella , 

« Qni  a  rehne  dç  mp^  cap  pres, 
"  Ni  ma  bona  espasa  on.es.  » 
Ba  respon  atrestan  leu : 

<  Sei^,  tDt  vos  <o  rendraî  ieu, 

*  Qne  ns  desannei  lo  cap  per  ben 
^  So  creiatz,  no  per  'autra  ren. 

*  Can  TÌ  qne  tan  fortz  £as  feríts , 

*  Caiei  mé  que  foseU  fejnitz , 

■  £  Tengm  ^^eqipre  4esarmar 

*  U  testa,.e  pneia  aportar 

*  D'aiga  y  qne  na  |;îl6i  sns  corent ; 
"  £  V08  leves  toi  maatenent , 

*  Mas  Tespasa  es  ilemans«da 

■  £1  sol,  no  l'avetz  jes  perduda. 

^  <  Pincella ,  lo  mezels  que  s  /es  ? 
« On  es  anatz?  — $eigner,  morlz  es ; 

*  Âqni  jatz  que  no  s  mou  ni  s  mena. 
tíaufrevcnc  ves  el  a  pena, 

E  ^i  1  iazer  tot  estendut , 
Q<Ka  lo  brati  el  pe  perdut. 


DE  JAUFRE.  ,5 

E  la  testa  tan  kit  partida 
Que  la  cervela  n'es  issida. 
Et  es  se  en  un  banc  asegutz 
Tau  tro  que  fon  beu  rcvengutz ; 
Pueis  vai  per  la  maison  cercant 
Si  poiria  trobar  l'enfant 
Qu'el  mezel,  son  vezent/ne  mes; 
Mas  tan  non  quer  que  n'alrob  ges  , 
De.que  s'es  dolens  et  iratz. 
<(  E  Deus !  dis  el ,  on  es  anatz 
«  Aquel  mezel  ab  est  enian  ? 
«  Piucela ,  a  vos  o  deman , 
«  Si  ja  l'en  agras  vist  issir. 
*-  tt  Seigner,  per  Gríst,  no  us  o  sai  dir, 
u  Dis  ella ,  ni  sai  on  se  sia , 
«  Gar  tan  de  mariment  avía   . 
M  E  tal  paor  d'aquel  mezel , 
«  Que  qui  m  meses  tot  un  'coltel , 
«  No  saubra  qui  so  ages  fait. 
•^  n  Tot  lo  trobarai' atrasait , 
«  Dis  Jauíre,  sàins*o  la  fors; 
«  E  non  pres  un  idiner  mon  cors 
«  Si  ilb  '1  puesç  a  sa  maire  rendre  ^ 
«  Et  al  mezel  l'anta  car  vendre 
«  E  la  vilafûn  que  mi  fes ; 
«  E ,  pus  vei  que  sains  non'  es , 
«  Irai  io  la  foras  qnerer, 
«  Si  '1  poirai  trdl>at  ni  vezer.  n 
E  venc  a  la.porta  de,  trot, 
E  volc  s'en  issir,  mas  non  pot; 
Que  anc  non  sap  tan  dir  ni  far 
Que  la  porta  pogues  passar, 
De  qe  s'es  mout  meraviUatz : 
»    tt  E  Deus !  dis  el ,  sui  encant^tz , 
«  Que  no  puesc  de  sains  issir !  >» 
Ab  tan  cuiet  foras  sailir, 
Mas  anc  non  poc  los  pes  mi^dar 


76 


ROìfAN  DE  JAUFRE. 


Ni  traire  foras  del  ÌDindftr. 

E ,  can  vi  que  no  '1  pot  valery 

Es  se  laîns  tornatz,sezer 

Fels  e  maritz,.que-per  gran  ira 

Piora  e  rofla  e  sospira. 

£t  ab  tant  es  en  pes  leratz 

Et  es  se ,  tan  -«on  pot ,  luinatz 

De  la  porta,  e  yenc  coreu 

E  cuia  saillir  mantenen 

Foras ;  mas  aquo  non  ea  res , 

Que  puinar  i  pogra  un  mes 

0  dos  o  tres  ans  lolz  complitz 

Que  encara  non  fora  isitz..». 

M  A  Dieus !  dis  ej  y  glorios  paire  , 

c<  Gonsi  cuiei  ben  a  cap  traire 

«  So  perque  sai  era  vengutz ! 

«  Mas  ara  vfii  qu'es  remansutz 

«  Mon  pretz  que  ouiei  enantir. 

t(  Maîs  volgra  ab  armas  morir 

(«  0  esser  en  cent  locs  plagatz , 

«(  G'aisi  remaner  enoantatz ; 

«(  G'aras  non  puesc  ieu  plus  valer. 

«  E  Deus  I  perque  m  donest  poder 

u  Que  sai  intres  ni  aueises 

((  Aquest  malfatt  c'aisi  m'a  p)TS? 


E  pueis  troba  n'autra  petita , 

Que  fon  barada  et  estampida 

Dedins ,  et  el  pres  a  sondr 

E  ben  autamentz  a  cridar : 

«  Obre !  M  et  faom  no  1  sona  mot. 

Et  el  fer  e  dona  e  socot 

Tant  epiro  que  tota  Fa  firaichá; 

Pueis  sail  laint ,  espaza  tfaicha , 

Et  a  lai  trobat  lo  giezel 

Que  tenia  un  grân  coutel^ 

Ab  que  avia  mort  .vii.  çuftiis. 

Et  ac  n'i  de.pauca  e  de  grans, 

De  .XX.  e  .  v.  enti^  a  trenta , 

Que  cascui  plora  e  gaimeuta. 

E  Jaùfre  ac  ne  pietat , 

Et  a  tal  al  mezeï  donat 

Del  pe,'qji'en  terrapl  fiii  venir; 

E  puels  volc  rautrm  ves  ferir; 

Et  el  escrída  son  soitMir, 

Gar  totz  tremola  de^paor : 

«  Per  Deu ,  N  enflat  mezel ,  pntaais 

«  Dis  Janfre,  ja  n'  él  vêiretz  mais, 

«  Gar  mortz  es  veramen  de  plan ; 

«  E  vos  perdretz  ades  la  man , 

«  Gela  ab  que  m  fezes  la  ^ga^ 


u  Qu'eu  volgra  mais  qu'el  m'ages  mort ,    «  Que  jamais  no  m'en  farelz  mîga*  * 


n  G'àras  non  ai  ieu  nvl  conort 
«(  Ni  jamais  no  veirai,  so  cre, 
«  Mon  seiner  lo  rei,  ni'el  me.  » 

Aisi  s  pres  a  desconortar. 
Ab  aitant  el  auzi  crídar 
Gran  ren  d'enCans  en  auta  vos : 
«(  Bels  seiner  Deus,  acoretz  nos !-  » 
E  vai  s'en  lai  de  mantenen , 
]^on  ges  suau ,  mas  tot  coren ; 
£t  a  una  porla  passada 
D'una  gran  sala  long'  e  lada , 


E  a  '1  tal  sus  «L  Uàab  iùntiX , 
G'al  prímìer  colp  VtaA  portat, 
El  mezel  es  el  sol  cazut»;  ' 
E  pueis  leva  tatz  tspyírdutB 
E  gila  s'al  pes  de  Jaafre/- 
E  escrída  f  «  Seigner,  merce!' 
«  Aisi  estet  Deus  eu  Ifi^'crdv, 
«  Que  Deus  aia  merce'  de  vos. 
M  Francs  cavaliers ,  no  m'ancisatz , 
«(  Qae  mout  gran  peccai  fariatz ; 
«  Qn'ìratz  e  forsatz  e  mMÌtz 


V 


KOMâN  de  jaufre. 

■  Ai  âquest  set  mfiiiû  delitz ,  .    •     «  Tntres ,  que  ren  sái  forfeses, 


77 


•  E  de  totz  deyia  aital  Êur, 

•  Qo'el  sanc  me  ^izîâ  ajéstar 

•  Mon  seìgner  sains ,  malgrat  meu ; 

•  E  no  os  ment,  íe  que  deg  a  Deu^ 

>  Per  so  qae  baignar  se  devia 

•  Per  garír  de  la  raezelia.  » 

Jììs  Jaafire  :  «  Ara  m  digas  ver, 

•  &  a  vida  vok  remanevy 

•  Si  m  potras  de  sains  gitar. 

—  «0  ieu,  seinei:>  si  Dens  me  gar| 

■  Dise),  s'e  vos  m'aseguratz, 

■  Naotenen  ne  seretz  ^atz; 

'  £  dic  vos  que ,  si  m'aucises , 

•  £  Is  encaotamens  nou  safaes 

<  Qne  son  sains  esquius  e  grans, 

<  Estar  sai  podetz  .c.  mnl  ans 

•  Qne  ja  non  eissìretz  per  ren. 

—  t  Aras  ý  àls  Jaufire ,  m'o  coven 
«  Qne  tu  aissi  m'o  atendras. 

^  •  0  iev ,  per  ma  fe ,  si  Deu  plas , 

>  Dis  lo  mezel ,  mout  volentîers. 

— « An»,  dis  d,  dones  vai  primiers, 

•  Qa'íeatesegraT,  e  gita  tuVn. . 

*-  ■  Setner,  noii  puesc  tan  subtamen., 

•  Car  non  podetz  tan  leu  issir ; 
■  Cancar  vos  er.mais  a  sufrir 

•  De  mal  que  non  avetz  sufert 

—  •  Digas  m'o  tot  a  deseubert 

•  Si  m'en  poiras  gitar  o*non. 

—  «  Seiner,  o  ieu.  ~  Digas  donc  con ; 
<  ^'o  m  iasas  Ysais  entremusar, 

«  Que  m  tarze  e  veil  m'en  .anar^ 

—  «  Seiner,  dis  el ,  si  m'ajut  fes , 
Aquel  que  l'encantamen  fes* 

*  L'establi  d'aquesta  fiiison 

*  Que  totz  hom ,  qu'en  esta  maison 


«  Remaner  l'^venia  pi^s , 

* 
«  Tro  que  rao  seiner  rén  trasia 

«  Que  malament  lo  destrusia. 

«  Mas  sus ,  en  aquela  paret , 

«  A  una  testa  'de  «tozet , 

«  Enclausa  euiUna  fenestra; 

«  E  vos  prendetz  aquela  testa 

«  E  rompetz  la',*dê'mantenen 

«  Ira  s'en  tot  rencantamen. 

«  Mas  beiì  a  ops  que  sías  garnitz, 

M  Que  malamen  seretz  ferîtz.^ 

«  Gar  tota  esta  maison  caira , 

«  E  l'encantamen  fònira. 

Dis  Jaufre  :  «  E  dizetz  mi  ver? 

—  «  0  ieu ,  seigner,  no  us  cál  temer. 

—  «  Tota  via  m'en  voil  garar.  » 
£  va  1  aqui  mezeis  liaf 

Los  brasses  estreit  e  caleat. 
En  apres  el  l'a  tomandal 
A  la  piucela  y  e  dis  li : 
«(  Damisella ,  fiiitz  o  aisi : 
«  Aquest  mezel  me  gardatz  ben 
«  E ,  si  me  ment  de  nula  ren , 
«  A  mala  mort  lo  'n  faitz  morir.  » 
E  pueis  manda  '1  s'  en  tost  issir , 
Et  el  reman  tot  solamen. 
Pueis  lassa  son  elme  luzeu  , 
Et  es  vengutz  a  la  fenestra ; 
E  a  vista  laîns  la  testa 
Azaut'  e  bella  e  ben  faita , 
Et  aqui  eis  el  la  n'a  tracha 
£  va  la  en  un  banc  pausar. 
E  pueis  va  sus  tal  colp  donar, 
Que  tota  l'a  per  mieg  partida ; 
E  la  testa  sail  sus  e  crída , 
E  sibla  e  meoa  tormen  , 


( 


78  ROMAN 

Que  par  quetuitli  elemen 
E 1  cels  e  la  tecca  sSijosti|*. 
E  non  reûian  peira  ni  fusta 
Que  ro9  ab  rautre  bo  9  combata , 
E  que  sobre  Jaiaíre  no  bata 
E  no  '1  fera  de  tal  mesora 
Que  gran  yertut  er  s}  o  dura. 
Et  fes  escur  e  troba-  e  plou  , 
£  Jaufre  esta  que'no  s  mou ; 
Ans  met  Tescut  sus  en  la  testa , 
E  cazon  foiisers  e  tempesta^ 
E  no  i  a  trau  ni  cabrion , 
Teule ,  ni  peira  ni  cairon , 
Que  no  1  don  un  colp  o  un  burs ; 
E  '1  çels  es  trebols  et  escurs , 
E  leva  s'  nn  aurajes  grans , 
Que  tot  ne  porta  en  tronans ; 
G'a  pauc  Jaun'e  non  a  portat , 
Si  non  ages  Dcu  reclaraat. 
E  levet  tan  gran  polveíîera) 
Tal  tabust  e  tal  fumadierày 
Que  no  pogratz  lo  cel  yeser. 
E  prendon  peiras  a  caser, 
E  lams  e  fousers  mout  soven ; 
Et  anet  s'en  ab  aquel  ven 
Tota  aquela  maldicion , 
Que  no  reman  de  la  maison 
Fundamenta  ni  nuUa  res , 
Plus  que  s'  anc  ren  non  i  ages. 
E  Jaufre  reman  totz  cassatz , 
Que  tan  fo  ferítz  e  macbatz 
C'a  peoas  se  pot  consel  dar. 
E  va  s'en  una  part  gitar, 
Car  totz  es  las  e  pesans ; 
£  la  femna  ab  los  enfans 
£  la  pulcella  e  '1  lebros , 
Que  s'eron  luein  d'aqui  rescos , 


DE  JAUFRE. 

En  una  gran  roca  taiUàd»,    - 
An  vist  consi  s'en  es  anadìa 
La  maison  ab  rencantailien ; 
E  son  ves  el  vengut'coren 
E  troban  lo  jazen  tot  las : 
«  Francs  caValiers ,  e  con  estas?  » 
Dis  la  pulceUa  tot  rízen  ^  * 
Et  el  li  respon  ben  e  gen :     •     • 
«  Non  ai  plaga  ni  colp  mortal ; 
«  Mas  mout  aurai  sufert  gran  mtl , 
«  E  voil  m'aici  un  pauc  pausar.  » 
Et  ella  '1  vai  sempre  baisar 
La  boca  e  1s  uels  e  la  cara ; 
Et  ab  aitant  eLse  regara 
Yes  la  femna  qtke  vi  denan ; 
«  Femna ,  dis  el,  as  ton  enfiin? 

—  «  O  ieu ,  semer,  vostra  merce. 

—  <t  Aras ,  djs  el ,  doncs  per  ta  & 
«  T'en  vai  ab  aquesta  pidcella , 

«  Quç  tant  es  avinens  e  beUa, 

«  E  mena  Is  en£ans  e  '1  mezel ; 

(c  B  no  finetz  tro  al  castel 

tt  De  CardoiU ,  al  bon  rei  Artus. 

«  E  prec  vos  qu'el  contetz  cascus 

M  Vostr'  ay«ntura  emper  se ; 

u  E  fiiitz  U'n  gracias  de  part  me.  » 

Pueis  a  son  caval  demandat', 

E  sempre  lo  l'a  amenat 

La  femna ,  que  garat  l'avia , 

Que  l'ac  fait  |)aisèr  tota  via 

De  bel'  erba  fresca  e  creguda , 

E  pueis  a  '1  sa  lansa  rendilda. 

£  vai  son  caval  rednglar; 

Pueis  s'apareiUa  de  puiar ; 

£  la  pulcellavenc  denan 

Tot  humilmen  e  tot  ploran  s 

M  Francs  cavaUers ,  onratz  e  pros , 


ROMAN  DE  JAUFRE. 


79 


•  E  Doo  amreb  yos  ab  nos, 
e  Lai  on  nos  voletz  enviar? 
—  ■  Non  ieu  jes,  que  non  o  puese  fiiry 
Car  tarzar  me  poiria  trop ; 
Aifls  segoirai  cel  que  non  trçp. 
Qoe  ja  enantz  non  aurai  ben , 
51  alegríer  de  uulla  ren, 
Ni  paasa ,  tro  l'aia  trobat , 
Ni  îeinti  lo  rei  a  mon  grat. 
— <  Ânm  digatz ,  fe  que  m  devetz , 
Quies  aqnest ,  c'aisi  queretz 
îafiBrt  ni  tan  cochôsi^mentz?  » 
Elaofresrespon  bonamentz ; 
Mék,  el  a  nooì  Tanlat, 
QM)  a  gran  tort  et  a  pecat , 
Anci  rantr^i^- UB  oiTaUier 
uttc  la  rema  Guilabnier ; 
u.  iea  irai  lo  tant  cercar 
TiD  qne  paesca  l'anta  venjai ; 
0  beo  leu  doUarai  la  mia. 
Eo  aîssi  coD  Deus  vobra  sia ; 
A  cni  el  ne  dara  ,  si  n'aia , 
Al  desastmc  la  pena  caia. 
-- '  Seiner ,  ara  m  digatz  per  Dieu 
Voitre  nom ,  e  no  us  sia  greu , 
Si Qs platz,  que  saber  lo  vuel ; 
^r  cant  ieu  serai  a  Girduel  y 
Denan  lorei  on  anc  no  fiii  I 
h  no  1  sabría  dire  de  cui 
M'ages  (aicba  tant  gran  bonor, 
^i  àt  qmii  tengues  biusor. 
--« MceQa,  ien  ai  non  Jaufre ; 
^i  si  1  reis  demanda  de  me  j 
De  Janfire ,  lo  fill  -de  Dozon , 
^  digatz ,  qne  us .  trais  de  piison ; 
«u  no  sai  ieu  consi  us  n'anes , 


C«r 


non  ayetz  en  que  puies. 


-—  «  Seiner/tot-pQ^  la  vostr'  amçr, 

11  Gui  am  e  teing  per  mon  seÌBorŷ 

«  Li  rendrai  ieu ,  dis  lo  mezel,, 

u  Son  pfdafire  e  son  mantel ,  ^ 

«  Gar  ieu  o  ai  ben  «stuiat.  » 

Dis  Jaufre :  «  Mout  as  ben  parlat.  » 

Et  ab  aitant  el  es  puiatz 

£t  a  'ls  totz  a  Deu  comandatz. 

E  enaissi  el  tenc  sa  via 

Totz  sols ,  sens  autna  compagnia.... 

E  es  totz  las  e  enuiatz , 

Que  tant  es  ferítz  e  machalz ; 

£  tant  a  estat  de  manjar 

E  de  dormir  e  de  pausar, 

G'ades  s'en  cuia  renlinquir, 

Gar  no  s  poUel  caval  tetìir.    . 

Tal  son  a  qu^des  va  dornien 

E  ades  sai  e  bii  volven , 

C'ades  a  paor  de  eazer ; ' 

E  aissi  anet  tro  al  sej ,    • 

Que  non  tenc  cariera  ni  vìa 

Ni  non  ve  ni  sap  on  se  sia, 

Has  lai  on  jon  cavals  lo  mena. 

E  la  nuitz.fipn  bel)a  e  serena, 

Qne  non  es  trebob  ni  escuM ; 

E  es  vengutz ,  pef  aventura , 

En  un  vergier  tot  .daus  de  iparbre  > 

Qu'el  mon  non  cre  que  aia  arbre', 

Per  so  qu'el  sia  bel  ni  bos , 

Que  no  n'i  aia  un  o  dos , 

Ni  bona  erba ,  ni  beUa  flor 

Que  lains  no  a'aia  birgor. 

E  eis  ne  una  flairor  tan  grantz, 

Tan  dousa  e  tan  ben  flairantz, 

Con  si  fos  d'ins  de  paradis. 

E  aitant  tost  co'l  joro  faiUis , 

Els  auzel  d'aqueUa  encontrada , 


8o  ROMAN 

Tot  entom  nn^  grant  )omadA 
S'en  yenon  eb  arbres  jogar , 
£  pueis  comenaon  a  cantar 
Tan  snau  e  tan  .donaamentz « 
Qne  npn  es  negus  eslnunentz 
Que  £isa  tan  bon  escoutar; 
E  tenon  o  tro  al  joru  dar. 

El  yergîer  es  d'una  pulcella, 
Que  a  nom  Bninesentz  labeUa  y  ' 
E  son  castel  a  nom  Monbma ; 
E  no  us  cuidetz  ges  qne  sol  un 
N'aîa  9  q'enantz  n'a  d'autres  motz  f 
Mas  Monbrun  es  io  cap  de  totz 
E  deu  aver  la  seignoria. 
Mas  la  pulcella  non  avia 
Paire  ni  maire  ni  marit  « 

Ni  firaire,  car  tott  son  fenit 
E  roort  e  del  segle  posat ;  '. ,  « 

E  ela  ten  la  eretat, 
Que  non  i  a  autre  seinor. 
E  el  castel  «  grant  ricor 
De  menestrala  e  de  borzes 
E  de  joTet  omes  cortes , 
Que  tot  l'an  son  alegoratz^    . 
E  mantenon  gantz  e  sola^ , 
E  joglars  de  montas  mpii^iras  y  ■ 
Que  tot  jom  9  per  las  careÌFas , 
Canton  ,  trepan  e  baorden 
E  van  bonas  noras  dizen , 
E  Lis  proessas  e  las  gerras 
Que  son  faitas  en  anta^s  terras. 
E  a  i  domnas  ben  enseinadas  9 
Gent  parlant  e  acostnmadas 
De  gent  acuiUir  e  d'onrar 
E  de  totas  proesas  far. 
Tan  an  lor  cors  presantz  e  gais , 
Qae  cascuna  dis  qUe  val  ihais 


DE  JAUFRE. 

De  l'autra ,  e  s  ten  per  phis  bella. 
Ey  si  hom  d'amor  Usapelbu, 
Saben  e  gent  et  jisaut  dir 
0  d'autreiar  o  d'escondir. 
E  el  castel  a  .vii.  portiers , 
Que  cascnn  « «mîl  cavaliers 
Que  garon  .vii«  portas  qne  i  a; 
E ,  cant  nul  bom  çnerFa  lor  fa , 
Aqui  mezeis  son  tuit  ensen»; 
E  aisi  o  a  tengut  long  tems. 
E  caspun  entent  en  amoc 
E  cuia  aroar  ia  méillor, 

'    Per  que  son  totz  pros  e  valent, 
E  enseinat  e  avinent , 
E  cavaUtars  meravillos ; 
Car  per  amor  es  ÌÊxnxh  fim  pros , 

'    Plus  gai  e  dc;  maior  largesa , 
E  miels  s'en  gara  d'avolesa ; 
Car  avols  hom.non  gara  ren 
Que  s  voiUa  digainal  o  ben. 
Perque  son  tuit  abandonat, 
So  sapiatz  ben  en  verítat , 
En  avolesas  far  ni  dir. 
Mas  qui  son.pretz  vol  enanlir, 
Deu  esser  larcs  e  avinens 
£  amoros  a  totas  jens. 
Aital  son  tuit  cil  de(  castel , 
Que  non  i  a  un  lag  ni  bel, 
Que  tuit  non  sion  agradiu , 
£  que  malvestat  non  esquiu. 

El  palais  es  baslit  aitals 
De  grans  peiras  grosSas,  carab, 
E  totz  entorn  claus  et  muratz 
S  menudambntz  ^ontelatz , 
E  las  tor  brunas  ensamentz. 
Et  a  n'el  meig  mout  ricanentz 
Una  autà  e  fortz  e  dreita , 


ROMAIf 

Qe  ja  DOD  er  per  ren  destreita. 

Ea  i  de  dtfnzellos  .y.  cenz , 

Qne  toUs  servon  Brunesentz , 

Ason  plazer^  la  noìtv  e  '1  âía. 

ïas  Bnxoesent2  a  seinoría 

Sobre  totas  de  gran  beutat , 

Qoe  caot  h0pi  anría  eercat 

Tot  est  moD  y  e  pneis  Inentagudas 

Totas  oeUas  que  son  nascudas , 

NoQ  aaria  hom  una  Irobàda 

Tanliella  ni  tan  jen  fennada  ; 

Qaemveils  e  sa  bela  cara 

Fib  oUídar  qui  ben  l'esgara 

rotaseeOas  que  vistas  a , 

Qoe  ja  soi  DO  l'en  menbrara ; 

Car  plnses  íiresca ,  bella  e  blaiica 

Qoe  neos  gdada  sos  en  branoa 

ifîqnerosas  ab  flor  de  l!s; 

Qoe  sol  cni  no  i  ^  xnal  asis , 

DesaTTDent  ni  laig  ostaB. 

iisi  es  ùtita  per  garan 

Qoe  DOD  i  a  ops  mais  nì  meins. 

Esa  boca  ea  tant  plasens 

Qoe  par,  qoi  ben  la  vol  garar, 

Cades digac'om  i'an  baisar. 

E  iora  bellazoT  dos  tans » 

Sas  noo  fo  9  prop  a  de  set  ans  , 

Scs  in  Di  ses  consirier, 

Qne  DOD  pot  aver  alegríer^ 

Ans  rayen,  quec  îom  j  a  lassar 

Catre  m  en  gran  dol  a  fat, 

E  cada  Dueg  leva  s  tres  ves 

Eplora  taaque  lassa  n'es, 

E  aena  on  dol  tan  esquiu » 

Qv  mcraviUa  s'es  con  viu 

E  coD  pot  dorniir  ni  pausar  -, 

^^  los  auzels  VM  escoltar 


DE  JAUFRE. 

.    Del  vergier,  qu'es  al  pc  dei  mur, 
£ ,  cant  los  au ,  esta  segur 
E  dorm  un  pauc  ;  e  pueis  mida 
E  leva  sus  e  plain  e  crída^ 
£  tota  ia  gen  de  la  terra 
Meoan  aquesta  eisa  gerra , 
Que  caseus  plora  e  crìda  e  plain 
Jove  e  vieli ,  petit  e  gran. 

£  Jaufre  ea  cambaterratz 
£  es  s'en  el  vergier  entratz  ^ 
Per  una  pdrta  c'a  trobada  ^ 
Gran  e  Ìietla  e  ben  obrada ; 
£  a  'i  firen  ai  caval  ostat ' 
E  laissa  'i  a  sa  volontat 
Paiser  de  bella  erba  fresca  ^ 
Quei  'i  reven  lo  cor  e  'I  refresca. 
£  pueis  met  i'escut  a  son  cap  ^ 
£  anç  per  broida  ni  pev  gap 
Ni  per  ncgnna  ren  c'ausis , 
Non  laisset  que  non  s'adormis  9 
Car  fort  petít  enten  ni  au 
£  es  se  adormitz  tot  soau. 
£  Brnnesentz  ten  son  soiatz 
Ab  sos  cavaliers  plus  privatz, 
£n  son  palais ,  apres  sopar, 
Tro  que  fon  ora  de  colgar, 
G'a  ditz  :  «•  Partam  eort  oîmais.  *» 
E  tuit  delivron  lo  palais. 

E  pueîs  entra  s'en  Brunesentz 
En  sa  caoìbni  prîvadamentz, 
Ab  cellas  qu'ii  devon  servir, 
£  cuiet  los  auzels  auzir, 
Aisi  con  cada  nu^  si»i  far, 
Que^antavon  a  son  colgar; 
£  no  'ls  au ,  de  que  es  mout  irada^ 
£  dis  que  bestia  es  intrada 
Per  atrasaig  en  son  vergier, 

II 


81 


fo  ROMAN  DE  JâUFRE* 

O  calsqae  eatnios  cavallier,  «  De  te ,  non  ftmra  alegrícr ; 


-# 


<c  Per  mon  ennig  e  per  mo  mal.  » 
E  fa  sonar  son  senescal 
A  una  pnlcella  tot  jent ; 
E  el  es  vengnt  roantenent , 
£  demanda  '1 :  «  G'avetz  ausît? 
—  <(  Fort  nal,  dls  ella ,  m'a  servit 
«  Cels  qu'es  en  mon  vêrgîer  entratZy 
«  Qe  a'h  auzels  espaventatz 
«  Ni  Is  a  faîtz  gequîr  de  cantar, 
«  Que  greu  poirai  oimais  pansar. 
«  E  anatz  vezer  'qui  lai  es  , 
«  E ,  si  es  hom ,  sîa  mort  o  pre^. 


«  Car  anc  intrest  ei»  son  ycfgier 
«  Per  sos  auzels  espaventar 
«  E  Tas  tout  dormir  e  pansar.  • 
So  dis  Janíre :  «  Si  Dens  me  valla , 
«  Non  la  m  menaras  sens  bataih , 
«  O  tro  que  «ia  pron  dormit.  » 
E1  senescals ,  cant  a  anzît 
Que  batailla  quer  e  demanda , 
A  un  dels  escndiers  comanda 
Que  1  íasa  sas  armas  venir ; 
E  Jaufire  es  tomatz  dormir, 
B  dormi  tant  tro  rescudier 


—  «  Domna ,  dis  el ,  mout  volentiers.  »    Ac  aportat  al  cavallter 


E  a  sonatz  dos  escudiers. 
B  cascus  pres  un  gran  brandon 
£  van  s'en  tost  lal  dVsperen. 
E,  cant  sott  el  vergíer  intrat,    * 
An  Jaufre  laîns  atrobat 
Dormen ,  a  son  cap  soa  escut. 
E 1  senescals ,  per  gran  vertut  f 
Sona  Jaufre  c'an  sus  coren; 
Mas  el  non  au  ren  ni  enten. 
E  el  lo  bursa  e  1  socot : 
«  Atrasag  ae  levaretztot^ 
«  Dis  lo  senescal ,  o  i  mores.  » 
Ab  tant  se  resida  Jaufres , 
E  es  se  levatz  en  sezens 
E  respondet  cortesamens : 

«  Francs  cavallier,  per  Dieu  non  sia 
u  Yailla  m  ta  cavallaria , 
«  Tos  pretz  e  ton  enseinamentz , 
«  Laisa  m  dormìr  a  mon  talen. 
—  «  Ja ,  dis  el ,  no  i  dormiretz  plus , 
«  Ans  ne  venretz  ab  me  lai  sus , 
«  Denan  ma  domna ,  si  be  us  pesa ; 
N  Qu'entro  c'aia  venjansa  prcsa 


Armas  e  adug  son  caval. 
E  pueis  crida  :  «  Yai  sus ,  vasal , 
«  Que  cavsiUer  as  atrobat. » 
E  Jaufre  non  a  mot  sonat, 
Aisi  dorm  apreisadament ; 
£  el  lo  socot  e  renpeint 
Tant  entpo  que  residat  Ta. 
E  ,  can  el  vi  qu'enug  ara , 
Respon ,  e  ve  'l  vos  sus  levat. 
«  Cavallier,  dis  el ,  gran  pecat 
«  As  de  nie,  car  no  m  vol  laísar 
«  Dormir,  c'a  penas  puesc  durar, 
«  Tal  son  ai  e  tan  sui  machatz. 
«  £  pueis  veî  que  ta  volontatz 
«  £s  que  t  voillas  ab  me  conbatre, 
«  Si  t  puesc  de  ton  caval  abatre 
«  Laisar  m'as  pueis  dormir?  »— «  0  ieti, 
«  Respon  lo  senescala  ,  per  Dien  ^ 
«  Que  de  me  non  aîas  paor.  » 
E  Jau£re  ves  son  caval  cor, 
E  mes  li  1  fre ,  pueis  a  1  cenglat , 
E  ve  '1  vos  mantenent  puiat ; 
E  es  vengut  de  gran  randon 


SeMAN 
Ves  ìo  senesc^ly  lai  on  fea: 
Elsenescals,  de  gran  áisir,^ 
Yenc  ves  el  e  vai  lo  ferîr ; 
Mas  non  l'a  crolat  ni  nm^t 
E  Jaufine  fer  loy  per  vertut , 
Tal  coip  que  a  terra  Ta  raes. 
«Oimais,  dis  el ,  sol  que  no  us  pes^ 

•  Me  laîsaretz  dormiri  soVre.  » 
Dis  b  senescab  :  «  Per  ma  fe , 

•  0  ien  y  car  assatz  n'aî  razon.  » 
E  pnos  toma  s'en  d'esperon , 
Totz  Tci^ino0  c  totz  iratz. 

£i  eaa  feo  el  palais  intratz , 
În3la  sa  damna  Bruoesen 
Qiiel  demanda  :  «  Yenetz  vos  en? 
■  Qne  aTetz  el  vergîer  trobat  ?  - 
^ « Domna ,  un  cavalier  armat| 

•  Qiie  ja  meSlor  non  cal  querer ; 
« £  donnia  de  tal  poder 

•  Qn'a  penas  lo  poc  residar. 

^  «  £  con  ravetz  laissat  anar  ? 
« Pcrqne  no  1  m'avetz  amenat? 
'  Ja  per  so  non  l'aiatz  laisat , 

•  Qne  ja ,  tfé  qjae  '1  veia  pendut , 

•  Non  manjarai ,  si  Dieus  m'ajut.  » 
E  el  K  respon  s  «  Per  ma  fe , 

•  Bomna ,  non  vol  venir  per  me , 

•  Ni  1  puesc  de  son  dormir  levar. 

—  •  lion!  dis  eUa,  faitz  mi  sonar 

•  A  1a  gaita  mos  cavaUiers ! 

—  «  Domna,  dis  el,  mout  volontiers. 
E  fa  a  la  gaita  crìdar 

Los  cavalliers  et  ajostar ; 
Qae  vengut  ni  a  ben  cinc  cens 
En  petìt  d'ora,  tot  correas, 
E  son  garnitz  en  mieg  la  sala. 
£  Bmnesentz ,  irada  e  mala , 


DE  JAUFBE. 

Dis  lor :  m  Bafon^ ,  us  cavalliers 
«  Mals ,  orgoîllos  e  sobriers  y , 
«  S'en  es  en  mon  vergier  entratz, 
«  Que  m!a  l'auzels  espavftnlatz, 
«  Per  mon  enuig  e  per  mon  mal; 
«  E  no  vol  per  mon  senescal 
«j  Venir  a  me ,  tant  a^  d'orguel ; 
|h  E ,  s'ieu  la  testa  no  l'en  tuel , 
,»•  r  E  no  'l  faitz  morir  a  dolor, 
y  u  Jtmais  non  vuel  tener  honor.  u 
Ab  taot  us  cayaliers  repos , 
G'om  appella  Simon  lo  Ros , 
Bels  e  grans ,  fortz  et  sobriers 
E  meraveilios  cavalliers : 
«  Domna ,  dís  el ,  ieu  lai  irai , 
«  Si  us  voletz,  e,adur  lo  us  ai^ 
«  Si'l  puesc  trobar,  d  viu  o  mort. 
—  M  Seiner,  dis  ela ,  si  vol  fort.  » 
Dis  lo  senescals  :  «  Pcr  mon  cap , 
«  Simon ,  non  o  tengatz  a  gap , 
«  Mout  sap  ben  defendre  sa  capa  ;, 
«  Be  1  tenc  per  pros  qui  la  l'arapa.  h 
E  Simon  es  ab  tant  puiatz 
E  es  s'en  el  vergier  intratz^ 
On  a  trobat  Jaufire  dorment , 
E  escrìda  mout  autament : 
«  Sus ,  cavallers ,  leva  d'aqui, » 
E  Jaufre  ,  no  s  mou ,  que  dormi 
Tant  fort  quc  ren  non  au  qui  1  sona>» 
E  '1  cavalliers  gran  colp  li  dona 
i>    Del  arestol  sus  el  costat ; 
Ab  tant  ve  us  Jaufre  sus  levat » 
E  dis  :  M  Gavallier,  gran  tort  as  , 
«  Gar  ferìt  ni  residat  m'as , 
«  Pos  m'avias  asegurat ; 
M  Pauc  a  ta  fiansa  durat , 
«  Mout  as  faicha  grant  viilania. 


8S 


84  ROMAN 

«  LaisM  m  domir,  per  Dieu  te  sîa ; 
<  Qne  ja  res  que  non  puesc  durar^   • 
«  Tal  son  ai  ^  ni  em  pes  eslar .  » 
So  dÌ8  Simon  :' «  No  i  dormiras 
«  Oimais ,  si  ades  tu  no  vas 
«Abbenamadomnaparlar; 
«  Mal  grat  tieu  tH  iâi^i  anar.  » 
E  Jaufre  ab  aitan  respos : 
«  Ans  er  vist  de  me  e  de  yos 
«  Cals  er  plus  fortz  ni  plus  sobrlers , 
«  Pos  non  puesc  escapar  estiers,  » 
Ab  tant  es  el  caval  puiatz, 
E  es  se  ves  Simon  giratz. 
E  Simon ,  de  gran  volontat , 
Venc  ves  el ,  e  a'l  tal  donat 
Que  la  lansa  frais  en  Tescut ; 
E  Jaufre  fer  lo  per  vertut  | 
Si  que  no  '1  poc  arsos  tener, 
E  va  de  tal  guiza  cazer 
G'ab  un  pauc  non  es  degolatz. 
E  Jaufre  vency  totz  abrivatz, 
'  Sobr'  el ,  qvCá  vol  anar  ferir ; 
Mas  Simon ,  can  lo  vi  venir, 
Escrida  :  «  Givalliery  merce ; 
«  Non  moiia ,  c'aisi  m  rent  a  te. 
^  tt  E  si  t*  asegur  de  morîri 
u  DÌ5  Jaufre  I  laissar  m^as  dormir  ) 
—  «  Oc ,  tot  a  vostra  volontat, 
a  Que  no  us  volgra  aver  tocat , 
«  Pei^Naitan  con  ijeu  puesc  donar.  » 
E  Jaufre  a  1  laissat  estar        * 
E  deisen,  pueis  es  se  colgatz 
Aqui  d'on  si  era  levatz , 
E  aqui  eîs  es  se  adormítz. 
E  Simon  torna  s'en  maritz  y 
Son  cap  clin  e  totz  vergoinoâ , 
E  fon  dereîre  totz  terros. 


DE  JAUFRE. 

E  venc  el  palais  tot  mxtf 
Qne  no  fe^  ta  meitat  d*esdan 
Que  avia  fiiitz  al  eíssir. 
E 1  senescal ,  qu'el  vi  venir, 
Comenset  un  pauc  a  sosire 
E  pres  a  BrunesetUz  a  dire : 
«  Domna ,  frig  s'en  v<^tre  gerríer, 
«  Qne  ve-  us  vengut  lo  ca?allier 
';  •«  E  non  n'a  minga  amenat ; 
á(  leu  cre  que  I'ai  asegurat*  »• 
Respont  Brunesentz :  «  Ja  per  Dieu , 
,«  Vostre  seguramentz  iffn  siea 
«  No  'I  tenra  pron  qu'ieu  no  1  desfiitt, 
«  Enans  que  )a  manje  ni  jasa.  » 
Ab  tant  respos  us  cavalliers , 
Que  foif  un  d'aquels  .Tii.  portiers, 
Que  a  mil  cavalliers  sot  se : 
«  Domna,  si  us  voletz,  per  ma  fe, 
«  Dis  el ,  ien  I'adurai  ades. 
«  Non  es  tan  mal  ni  tan  engres 
«  Qu'ieu ,  mel  grat  sieu ,  nò  'i  vos  adttga^ 
«  Sol  Dieus  volga  qu'el  non  s'eofoga. 
—  «  Seiner,  ja  non  s'enfugira , 
«  Dis  Simoo ,  ans  vos  atendia , 
<c  Que ,  s'ages  talen  de  íugir, 
«  Ja  no  fi>ra  toroatz  dormir. 
«  E  no  I'adugatz  laîamen 
«  Ni  no  1  fiisatz  descausimeD , 
«  Car  mout  serìa  grans  pecatz, 
«  Que  mout  es  pros  e  enseinalz.  » 
Ab  tan  respon  lo  senescal : 
<(  Aisi  m  defenda  Dieus  de  mal , 
u  Com  el  se  defendra  de  vos. 
«  E  non  es  tan  d'anar  cocfaos, 
«  Que  tot  de  pas  no  us  en  tomes.  » 
£  '1  cavallîers  tot  es  demes, 
E  es  s'en  el  vergier  entratz. 


AOMAJN 

E  aissî  eim  Tenc  abiiratz , 
Atrobet  Jaufre  qne  donni , 
£  escrída  :  «  Leva  d'aqm , 
t  GraOiers,  qu'ades  moiras ; 
t  Si  deoao  ma  domna  non  ths !  • 
E  Janfre  non  a  mot  sonat. 
t  Tot  iretz  sns ,  mal  Yostre  grat, 

•  Dîs  lo  cavalîcT9,  per  ma  fe , 

•  É  totz  Tenretz  a  sa  meree 

•  Be  ma  domna ,  non  es  tan  mals ; 

•  Qoe  ja  SÌAìOB  e  '1  Senescals , 
t  Silot  Tos  an  asegttfat , 

•  Vo  of  ?alran.  »  -^  El  a  1  donat 
Taí  cQÌp  «jue  totz  Ta  fag  fremtr. 
EJaafie,  cant  si  sen  feriri 

Leva  sos  ,  lofz  eîsaborzitz  : 
Dieos  y  dìs  el ,  con  fon  escamitz » 
Car  anc  lassei  aqnest  anar, 
Caisi  m  fer  e  m  ven  reisidar. 
E 1  a  gran  dreit  e  ieu  ai  tort, 
Gar  anc  n'escapet  meins  de  JS^ottf 
Pos  nna  ▼«&  m'ac  escamit 
Ifi  de  fizansa  m'ac  mentit.  n 
1  cayalliers  a  escridat ; 
Sqs  iretz ,  Bn  TÌUan ,  enflat ; 
Empachatz,  plen  de  deámesnra , 
Qae  per  Tostra  mal'  aventura 
Sai  întres  qne  tos  es  venguda ; 
Qoe  ma  domna  s^es  irascuda , 

«  Qoe  dels  membres  vos  desfara.  n 

So  dis  Janfre  :  «  Non  Êura  ja , 

«  E  poiriatz  o  dir  plus  jen ; 

«  Car  qni  parla  TÌlanamen , 

*  Aqni  on  non  a  nul  poder, 

<•  Nozer  li  pot  e  non  valer. 

'  £  ien  ai  ne  fort  avol  grat , 

« Car  Tos  ai  doas  ves  lassat 


r 
DE  JÂUFRE.  85 

«  Annar,  que  m  veniatz  ferír; 
«  E  ben  m'en  den  aiso  venir. 
«  E  pueis  vei  que  tan  gran  talent 
«  N'avetz ,  no  us  en  penra  tan  jcnt 
«  Esta  terza ,  sfBeus  m'ajut.  » 
>  Sà  pres  sa  lansa  e  l'escut, 
E  es  delivramentz  puiatz 
E  ves  lo  cavallîer  giratz. 
E  '1  cavallier,  qu'el  vî  venir, 
Venc  ves  el  e  vai  lo  fcrir, 
Sí  que  toAa  la  lansa  brisa. 
E  Jaufre  fer  el  de  tal  guisa , 
Que  rescnt  e  '1  bratz  l'a  passat 
%  rausberc  romput  e  falsat, 
Si  que  la  lansa  '1  met  el  cors 
Que  mais  d'un  palm  en  par  defors ; 
E  anet  en  terra  cazer. 
E  Jaufire  tira  per  poder 
La  lansa ,  sî  que  la  n'a  traiclia 
Que  non  es  fenduda  ili  fraicha, 
Pueis  venc  li  desus  mantenen. 
E ,  can  vi  que  tan  malamen 
Es  naíratz  que  greu  pot  garir : 
«  Oimais  me  laisaretz  dormir, 
«  Per  mon  grat ,  dis  él ,  mal  grat  tieu  , 
«  C'aisi  con  si  t  tolges  toii*fieu 
«  0  t'agues  requist  o  raubat  y 
«  M'avias  tres  ves  residat. 
«  Mas  oimais  non  mi  fiiras  nausa , 
«  Ans  cng  que  dormîrai  a  pausa , 
«  Que  non  m'en  cal  per  te  giquir.  » 
Pueis  desen  e  toma  dormir  \ 
E  '1  cavalliers  es  remansutz 
Nafratz  e  jatz  lotz  estendutz 
El  sol.  E  'ls  escudîers  amdos 
Vengron  coren  ab  los  brafldos , 
Can  lo  viron  aisi  cazut , 


86  ROMAN 

E  da  lo  mes  en  son  eseaX ; 

E  paeís  an  YA  palaîs  portat, 

On  son  11  caTallier  annat. 

E  Bfanesentz,  qa'el  tî  veaír : 

«  Aíso  no  fa  jes  bon  soTrìr,     ^ 

M  Dis  ela,  ans  o  fit  fort  grea , 

«  Cavalliers ,  e  dis  vos  per  Deu: 

«  Se  d'aquest  non  prenetz  venjansa , 

«  Nq^uns  non  es  en  ma  fiansa ; 

«  Gar  Tanta  que  aquest  m'a  faicha 

«  M'er  toCz  tenps  a  mal  retraicfaa , 

«  S'aisi  n'escampa  ni  s'en  va.  » 

Dís  lo  senesoals  :  n  No  sera ,  •' 

«  Domna,  que  venjansa  n'er  jiresa ; 

«  Mas  aquest  es  de  tal  proesa, 

«  E  tan  a  fer  eor  é  sobrier, 

u  Que  ja  per  sol  un  cavallier 

«  Non  er  pres ,  fe  que  deg  a  vos ; 

«  Car  me  e  pueis,Simon  lo  Ros 

«  Deroquet  e  fes  convenir 

«  Qu'el  iaisasem  asatz  dormir. 

«  E  aquest  a  nafrat ,  so  cre , 

«  Per  qu'eu  us  cosseill,  per  bona  fe , 

«  Que  noB  lai  n'envietï  sol  un ; 

K  Car  de  totz  aqnela  de  Montbrun 

«  Uns  e  un^  ¥os  fiuria  aital.  » 

Ela  respon  al  senescal : 

«  Ben  son  gamida  d'avol  gen ; 

«  Anon  la  en  .l.  o  cen , 

«  O  maìs ,  si  mais  mestier  ni  an , 

«  Tof  yerai  si  1  m'en  aduran. 

«  E  qui  de  me  yol  ren  tener 

«  Ni  en  m'amor  vol  remaner, 

«  An  lai  ades  e  tant  non  fuga 

«  Ni  s  resconda ,  c'om  no  1  m'aduga. 

E  '1  cavallier,  can  an  auzit 

C'aisi  o  ditz ;  tuit  a  un  crit 


DE  JADFRC. 

Son  de  la  sala  desendat 
E  son  s*en  el  vergier  vedgat , 
On  an  Jaufre  iormen  tlt>bat. 
E  non  Tan  al  re  demandat ; 
Mas ,  qiû  pet  ayenir  premiers , 
r  Pren  lo  el^quo  volontiers : 
Qni  '1  pren  per  cambas ,  qui  per  bratz, 
Qui  per  cueisas ,  quî  per  costatz , 
Qai  per  espallasý  qui  per  testa ;  - 
E  Jaufire  npn  so  lenc  a  festa. 
Cant  s'es  residatz  e  s  sen  pres  i 
«  Dieus,  dis  elf  soi^quina  gens  es? 
«  Per  vos  mi  clam ,  sanla  Maria. 
«  Baroui  dis  el,  per  Dieu  non  sia, 
(t  E  digatz  me  quina  gent  es , 
«  On  mi  portatz,  nî  que  m  queres , 
«  C'aisi  m'avetz  pres  subtament. 
«  Es  aversiers?  oc  verament, 
«  So  cre,  o  %Iá  esglasiatz, 
«  Pueis  d'aquesta  ora  anatz. 
«  Per  Dieu  e  per  sa  verge  Maire , 
«  Ânatz ,  dis  el ,  en  vostr'  áfílire , 
«  £  laissatz  mi  tomar  dormir. 
—  «  Aîntz,  fiin  il,  vos  er  a  venir 
«  Denant'ma  domna ,  ancar  anueîg, 
«  Que  ns  vendra  caramens  l'ennueg 
«  Que  l'avelz  fiiit  9  l'esvasida ; 
tt  Que  ja  non  iretz  ab  la  vida.  « 

E  en  aisi  an  l'en  puiat 
Sus  en  la  sala  tot  armat, 
On  a  trobada  Brunesentz , 
Qu'es  venguda  ves  el  corentz , 
Cant  lo  vi  aissi  aportar, 
E  a  lo  fait  aqui  pausar. 
»    E  Jaufire  es  en  pes  levatz , 
E  fon  grans  e  ben  faisonatz , 
E  d'ausberc  ricamen  gamitz; 


SOMAN  SE  JÁUFRB. 


87 


E  fó  dars  e  hdM  a  forbHz , 
S  son  elms  clars  e  resplanctenlz; 
E  estet  denant  Bmnesentz  1 
En  pcs ,  et  a  '1  mont  fort  garat; 
E  pueîs  apres  a  1  deman(}at : 

•  Es  vos  aquetqne  tant  d'enueig 

■  E  tant  de  mal  m'a  £giìt  anue^  » 
Jrafire  respont :  «  jDomna  «.non  jea« 
« Inc  DO  foi  qe  mal  vos  íazes » 
«  Eooeig'  no  us  fis  ni  fiirai  )a ; 

•  Âns  Tos  dic  qne ,  si  hom  lo  us  fii^ 

•  Qe  ns  deCbDdrai  a  mon  poder. 
—  «  Aquí  non  dizetz  vos  jes  ver. 

« !íoo  entretz  vos  en  moo  rei^erf 

•  E  tton  m'avetz  un  cavallier 

•  Sî  nafirat ,  que  pres  es  de  mort? 


«  Tco-que  de  Tés  tia  Yeínjada.  ft 
E  Jaufi«  conoc  qu'es  irada  1 
Can  Fausi  en  aissi  patlar, 
E  pres  la  mout  fort  a  garar  i 
Son  fron  e  son  col  e  sa  cara , 
Que  fon  firesca  e  blanca  c  clara , 
Sa  boca  e  sus  oils  plaiseutz , 
Qars  e  amorot  e  rízentZy 
Que  1  sou  ins  el  cor  devallat ; 
Aissi  (on  leu  enamorat. 
On  phis  la  ve  ades  Tagi^a 
E  ades  a  meîns  de  temeiisa 
Dedas  menasas  que  l'au  dir. 
E  »  on  plus  la  ve  afortlf, 
Ades  Fa  meîllor  volontat. 
E  Brunesentz  a  comandat 


—  «  Domna,  vers  es,  mas  el  n*ac  tort  y   C'om  ades  mantenen  lo  prenga 


>  Qoe  m  levava  de  mon  dormir 
«  E  m  venc  tres  vegadaa  ferír 
«  De  sa  lansa,  sus  el  costat. 

•  £  si  A'avia  asegurat 

« E  sobre  sa  fe  convengut , 
« Pos  tot  l'ac  doas  ves  abatut^ 

•  Que  no  m  reìsides  ni  m  mogues 
"  Ni  ms\  m  enueig  no  m  feses. 

•  Mas  s'ieu  saupes  «|ue  vostre  fos  y 
«  E  &M  dos  tans>  plus  enuios 

•  E  plns  mal  e  plus  descauzStz , 
■  Ja  per  me  non  fora  feritz.  n 

Ab  aitan  Bmnesentz  respon : 
«  Per  totz  los  santz  qui  soi^  el  mon , 
«  Dis  ela  y  cant  m'escaparotz^ 
«  Jamais  mon  enueîg  non  fiiretz. 
«  E  dic  vos  que ,  si  Deus  m'ajut, 
«  FoK  aura  en  vos  bel  pendut , 

•  0  bel  erb  o  bel  escasam 

•  £  îa  caans  noa  er  deman 


E  qu'el  desfiisa  o  que  1  penda.  . 
M  0  lo  m  hììz  a  tal  mort  morír, 
«  Qu'eû  puesca  mo  cor  esdarzir.vi' 

E  Jaufire  respon  mantenen  t 
«  Domna ,  tot  a  yostre  talen 
«  Podetz  far  con  a  vostra  guisa 
«  De  mi ,  car,  en  vostra  camisa  y 
«  Senes  totz  aotres  gamimentz, 
u  M'anríatz  conquist  plus  corentx 
«  Que  .X,  cavallier  tuit  armat, 
M  Tant  vos  ai  bona  volontat. 
«.E  s'ie  us  aî  faîtz,  per  non  saber^ 
«  Mal'ni  enueig  ni  desplazer, 
«  Vos  metetsa'n  prenetz  venjansa^ 
«  Que  escut  ni  espasa  ni  lansa 
«  Non  penrai ,  per  vos  aconfendre 
«  Ni  per  vostre  plaser  defendre.  » 

E  Bninesentz ,  cant  l'au  parlar 
Tan  jen  e  tan  ben  razonar, 
Es  de  sa  ira  refrenada , 


88  ROMAN 

Gar  Amors  Ta  al  cor  nafiradá 
De  son  darty  si  que  mantenen 
Perdonara  son  maltalen 
A  Jaufre,  s*el  fos  bel  a  fiir. 
Mas,  per  paor  de  mal  parlar,  , 
Non  ausa  son  cor  descubriry 
E  manda  c'om  l'an  desgarnir 
E  que  mabis  obras  en  £gisa ; 
Mas  pero ,  sitot  lo  menasa , 
Non  vol  son  mal  plus  que  de  se, 
Per  so  que  en  el  conois  e  ve. 

B  Jaufre  dis  :  «t  Domna ,  per  Deu , 
<t  Dat£  me  un  don ,  no  ns  sia  greu.  ^ 
Dis  ela :  «  Si  Dieus  me  perdon , 
u  Non  auretz  de  me  autre  don    ' 
tt  Mas  que  seretz  justisiatz. 
—  tt  Domna ,  si  donaretz ,  si  us  platz 
tt  Que  uo  us  quer  respieg  de  morír, 
M  Mas  sol  que  m  laisesetz  dormir; 
u  Pueis.faitz  de  me  vostre  plaser, 
«  Qu^idta  non  ai  contra  vos  poder.  m 

Aici  respon  lo  senescal : 
u  Domna,  aiso  no  us  pot  a  mal  . 
u  Tornar ;  e  biissem  lo  dormir, 
u  Que  no  '1  £siría  bon  aucir 
u  Tro  c'om  sapcba  qui  es  ni  d'on. 
u  Car  mout  ome  van  per  lo  mon , 
u  Queren  guerras  et  aventúras , 
u  Que  son  ric  e  de  gpran  naturas.  » 
£  Bmnesentz  fes  aparer 
Que  'i  fos  roal,  mas  a  gran  plaser 
So  tenc  qa'd  dis  que  non  l'auziza  ^ 
Mas^a  neguns  en  nuUa  guisa 
No  'i  conseîl  que  l'en  lais'  anar. 
tt  Baron,  si  m'el  voletz  garar, 
u  Sobre  tot  cant  tenetz  de  me , 
tt  Lo  us  laissarai ;  mais ,  per  ma  fe , 


DE  JAUFRR 

tt  Si  no  '1  mi  rendetz  al  maii , 
«  Jamais  m'amistat  ni  ma  fi 
«  Non  aura  negus  a  sa  vida.  n 
Fort  a  la  paraula  escarida, 
E  fort  menasa  c'om  lo  gar. 
«  Domna ,  no  us  en  cal  plus  parlar, 
u  Dîs  lo  senescal ,  a  mon  grat, 
tt  Non  vis  ome  anc  miels  garat; 
tt  Qae  ben  vos  dic  en  ver,  de  plan , 
tt  Qu'ie  'I  gafdarai-,  si  que  deman 
tt  Lo  X»  rendrai ,  non  aiatz  paor ; 
«  Car  non  voiU  perdre  vostr'  amor. » 
Dis  Brunesentz  :  «  £  ieu  lo  lais , 
«  E  garatz  lo  ben  fort  oimats, 
—  «  Domna ,  fort  me  fai  leu  garo, 
«  Dis  Jaufre,  car,  si  Diens  me  gflT} 
,      «  Tant  avetz  en  me  de  poder 
«  Que  miels  mi  podetz  retener 
M  Que  non  faríon  d'autres  mil ; 
tt  £  ja  no  o  tengatz  en  vil, 
«  Qae  m'aguesson  streitz  liat?  » 
E  Brunesentz  a  sospirat 
E  fes  l'un  f  egart  amoros  , 
Que  non  era  tant  somillos 
Jaufìre ,  que  tot  lo  cor  no  *1  saut 
E  trasusa,  mas  non  de  caut, 
Antz  d'amor  que  l'a  escalfat. 
E  'I  senescals  a  comandat 
C'om  fiisa  un  lieg  aportar 
En  la  sala ,  pueis  fes  armar 
Cent  cavalliers ,  que  veilaran 
Entorn  Jaufre  e  qu'el  gardaran. 
E  I'autre  son  s'en  tuìt  anat , 
E  us  sirvens  a  aportat 
£n  mieg  la  sala  un  tapìt , 
£  pueis  a  sus  un  lieg  bastit 
Dc  cousers  e  de  cobertors^ 


ROMAN 

Qoe  jft oon  cal  qoerer  meìUors, 

Car  noila  res  anc  doo  fbn  meins. 

E 1  seDCScal  tot  bonamens 

Veoca  Jaufre,  e  a  'i  menat 

A  lìeg  e  pneis  a  '1  demandat 

Soo  DOia,  ni  que  quìer,  ni  d'on  es. 

« lea  0  dirai ,  so  dis  Jaufires : 

<Dela  oort  soi  del  rei  Artns ; 

■  Per  Diea ,  no  m'en  demandetz  plos 

•  Si  u  platz ,  e  laissatz  me  dormir, 

*  Qoe  no  tts  en  puesc  ara  maîs  dir.  » 
E cs le los  d  leit  giUtz, 

^'  com  era  totz  armatz , 

£  íotz  caosatz  e  totz  vestitz ; 

£  ^  eis  íb  adormitz. 
E  firaoesentz  es  s'en  intrada 

Eb  sa  canibra »  on  s'es  çolgada ; 
Vas  non  pot  paosar  ni  dormir, 
^r  Amon  la  ven  assaiUir, 
Qoela  &i  yolver  e  girar 
E  de  son  lieg  sovent  levar. 
■EDîeus!  dis  eUa,  que  £wai7 
( Con  er  d'aqnest ,  si  Famarai? 

■  Oc  ben  amar,  per  atrasaigy 

'  Qne  mon  cor  m'a  del  ventre  traig  > 
« £  a  m  lains  lo  siea  giquit ; 

*  Qne  tal  turmen  lai  m'a  bastit 

■  E  tal  gnerra  e  tal  tenson 

*  Qa'ades  muer,  car  ab  el  non  son. 

■  Ben  soi  £>Ua  can  aiso  dic 

*  Qu'eu  d'aquest  £B«a  mon  amic  , 

« Cancmab  no  1  vi  nì  saî  qui  sia ; 
<  E  ben  leu  que  tenra  sa  via 
>  Deman  o  Tautre ,  si  l'agrada , 

■  Can  raurai  m'anta  perdonada. 

*  Osta  de  te  aquest  coralje , 
'Que  non  sai  si  es  de  parat)e , 

I. 


DE  JAUFRE.  89 

«  Que  aiso  fiii  ben  a  garar ; 
M  Car,  si  tu  voUas  amar, 
«  Pro  'n  trobarias  de  meiUors  ỳ 
n  De  plus  ricx  e^  de  beUazors , 
«  Que  so  tenrion  a  bonor; 
«  Qu'el  mon  nón  a  emperador 
«  Que  non  s'en  tengues  per  pagátz. 
«  Mas  so  qu'ieu  dic  es  grantz  foudatz, 
y     «  G'om  ne  pusca  meUlor  trobar 
«  Ni  que  tant  &sa  apensar. 
«  Non  a  el  ab  armas  vencntz 
«  Tres  cavaUers  e  abatutz  ^ 
«  De  ma  cort ,  qu^el  mon  non  avia 
«  MeiUors  tres  per  cavaburia? 
«  E  non  es  bels  e  ben  formatz, 
«  E  en  parlan  ben  enseinatz? 
«  Non  ai  que  far  de  sa  rîcor ; 
«  Ja  no  voUl  aquesta  lauzor 
«  C'om  diga  qu'ieu  Tam  per  ríquesa ;      î 
«  Mais  lo  voiU  amar  per  proèsa ,  ^ 

«  Car  tals  es  rics  que  non  val  ren 
«  E  als  pros  vol  tota  jent  ben; 
«  E  tals  cs  rícs ,  que  s'en  pejura , 
«  E 1  pros  ereis  ades  e  meiUora ; 
«  E  tals  es  rics ,  que  viu  aunitz , 
«  E  '1  pros  es  oiiratz  e  servitz; 
«  Tals  es  rics ,  qne  non  es  saubutz, 
«  E 1  pros  es  per  tot  mentagntz; 
«  E  tals  es  rics ,  qu'es  pauc  prezatz , 
«  E  '1  pros  es  servitz  e  bonratz; 
«  E  tals  es  ricSy  que  s  gic  mermar, 
«  E  '1  pros  vol  s'ades  ebaucar ; 
M  E  tals  es  rícs ,  qu'es  temoros , 
«  E 1  pros  es  ades  corajos ; 
«  Tals  es  rîcs,  qu'es  d'avol  paratje, 
«  E  '1  pros  eisausa  son  lignatje ; 
«  Tals  es  rics ,  qu'es  volpilz  provatz , 


90  ROlfAN 

«(  E 1  pros  es  lemutz  e  doptaU ; 
<i  E  tals  es  rícsy  qa'es  d'avol  guisa , 
u  Per  qu'el  pros  Tal,  en  sa  camisa , 
«  Quaranta  rics  d'avol  maneSra. 
«  Doncs  malaTentura  la  feîra 
u  Tota  domna  que  don  s'amor 
«  A  nul  malvatz ,  per  sa  ricor ; 
«  Gar  non  o  fa  mas  per  l'aver ; 
u  Mas  aquella ,  que  s  vol  tener 
«  Ab  los  pros ,  ama  lialmenl , 
«  £  ab  lauzor  de  tota  gent. 
«  Per  qu'ieu  d'aquest  no  m  partirai 
«  Que  senes  di^te  ramarai. 
«  Mas  ieu  non  sai  )es ,  per  ma  fe , 
«  Son  cors  s'  el  s'azauta  de  me? 
M  Si  &  c'assats  o  fes  parer, 
«  Quant  dis  q'el  puesc  meb  retener 
«  Nuda  f  senes  totz  gamimentZy 
,  M  Que  si  eron  ab  armas  centz. 
«  Ben  soi  folla ,  pauc  ai  de  sen , 
«  G'aiso  dic  per  descelamen : 
«  Per  so  qu'el  vol  de  te  emblary 
«  Yai  lo  tu  mezeisa  garar, 
«  G'aisi  noca  potz  tu  dormir.  >» 
Ab  tant  va  s  causar  e  vestir ; 
E  fora  s'en  foras  issida , 
Gant  la  gacha  de  la  ter  crida , 
£  la  gent  levon  per  la  viUa. 
Que  cascus  plain  e  crida  e  quilla , 
E  '1  borzes  e  It-cavallier 
Menon  estrain  dòl  e  sobrier ; 
E  las  domnas  e  las  donzellas 
£  aissi  Brunesentz  ab  ellas 
Son  se  presas  el  dol  a  far. 
£  viratz  lor  pels  deramar 
£  batre  mans  e  romper  caras , 
Que  son  blancas ,  frescas  e  claras. 


DE  JAUFRE. 

E  levon  per  la  sak  tuit 

E  raenon  tal  crít  e  tal  bniìt 

Que  Jaufre  s'en  es  residatz ; 

E  aisi  com  enrabiatz , 

E  son  b'eg  leva  s'en  sezen : 

«  £  Dieus !  dis  el ,  d'aquesta  jen , 

«  Baron ,  e  que  avetz  anzit? 

«  Per  qu'avetz  tan  gran  dol  bastit? » 

E  cascus  ab  so  qe  tenia 

Va  '1  ferír;  e  1  crída  :  «  Non  sia, 

M  Per  Dieu ,  no  m'aucisatz ,  •seinor. 

—  M  En  foi  vilan ,  fill  de  traitor, 

M  Gar  mort  seretz  senes  duptansa.  >• 

Qui  1  fer  ab  cditel ,  qui  ab  lansa , 

Qui  ab  espasa ,  quî  ab  massa , 

Qui  d'ascona ,  qui  de  coinassa ; 

Anc  non  i  ac  neguns  dels  oent 

Non  l'anes  ferir  mantenent 

Un  colp  o  dos  o  tres  o  quatre. 

G'anc  non  auzi  plus  menut  batre 

PairolUers ,  ab  quatre  martels , 

Qu'il  lo  ferum  ab  coultels 

£  ab  espazas  per  poder. 

£  Jaufrè  es  tomat  jazer; 

E  l'aubercy  que  fort  es  serratz, 

E  Is  draps ,  on  s'es  envolopatz, 

An  lo  defendut  e  garat, 

Que  no  l'an  en  nul  loc  nafrat. 

Sil  lo  cuion  ben  aver  mort , 

Aissi  l'an  duramen  e  fort 

Ferít  e  machat  e  batut. 

Ab  tant  ve  us  lo  crît  remansut. 
E  'ls  cavallier  toraon  sezer : 
M  Oimais  no  us  cal  paor  aver, 
«  Fan  cil ,  d'aqu^t  que  s'en  fuga , 
«  Que  sol  non  poba  ni  remuga. 
«  Suau  podetz  oimaîs  dormir, 


ROMAN 

M  Que  no  us  en  cal  per  el  giquir.  » 
E  Jauíire  estet  si  suaii , 
Qu'enten  tot  cao  dizon  e  au  ; 
E  Do  s  YiA  moTie  de  paor, 
Ads  prega  Dien  nostre  Seifptor, 
De  bon  eor,  non  jes  per  esquem ; 
Car  esser  cuia  en  enfem  , 
Tant  lì  son  tuit  mal  compaignon. 
Has  cant  li  memhra  la  iaison 
E  Ìa  bentat  de  Brunissen  , 
Eé  se  meraviDatE  fortmen 
GoD  pot  entre  tan  malas  jens 
Esitf  anl  cors  tant  avinens , 
Aì  tan  bels  ni  tan  benestans : 
Has  Dieus  sai  qne  Fa  donat  tans 
Oe  htm  pretz  e  de  bon  saber, 
Qa'en  totas  causas  a  poder 
Aiitiesi  ek  mala  con  els  bos. 
Ben  er  donc  cel  benauros  | 
Que  s'amor  poira  gazainar 
Ni  bi  poira  nuda  baisar; 
Mas  iea  no  Ui  puesc  conquerer 
Ses  amor  e  ses  fiar  plazer, 
C'ab  forsa  non  la  pucsc  amar. 
E,  sitot  o  podia  &r, 
Amors  forsada  non  es  bona ; 
Gar,  qui  de  bon  cor  no  la  dona , 

Falsa  es,  non  a  durada ; 

■ 

Mas  9  cant  d*amdos  es  altreiada , 
Âmbedui  s'en  podon  jauzir. 
Mas  aiso  no  m  pot  avenir, 
Qu*ela  m  don  de  tan  bon  talen 
S'amor,  com  ieu  l'am  finamen ; 
Car  eUa  non  sap  ges  qui  son^ 
Perqe  no  cre  qne  s'amor  don 
A  bosne,  si  non  sap  qui  sia  f 
Domna  de  tan  gran  cortesia. 


DE  JAUFRE. 

<t  Mas  9  s'eu  poges  tan  remaner 
<c  Ab  ella ,  qe  pogues  saber 
«  Mon  pretz  e  ma  caTaUaria , 
«  Aissi  pot  esser  que  raurîa. 
«  E  aiso  non  puesc  ieu  ges  fiu*, 
u  Si  doncs  non  volia  bansar 
«  Yes  lo  rei  que'  m  fes  cavaliier, 
«  Tro  que  l'aîa  de  son  guerery 
«  Que  tant  aurai  anatquiren, 
«  Faita  pas  o  acordamen*  » 

Aìssi  ab  se  mezeis  parbiŶa ; 
•  E  ins  en  son  cor  remenbraya 
Los  fiûtz  e  'b  ditz  de  Brunesentz. 
Ab  tant  bi  gaita  subtamentz 
Engal  la  meia  noit  escrida , 
E  las  gens  del  castel  resida. 
E  levon  tuit  comunalment, 
Que  negus  son  par  no  i  atent ; 
E  tuit  comenson  a  cridar 
E  pren<m  tan  gran  dol  a  fiu*, 
Con  si  cascus  vis  mort  son  paire. 
Qu'ieu  ni  autre  no  us  pot  retraire 
Lo  dol  ni  '1  plor  ni  1  plain  ni  '1  crit 
Que  aquella  gent  an  bastìt. 
E  Brunesentz ,  ab  sas  donzellas , 
Son  si  el  dol  a  br  enpresas. 
E  levon  per  bi  sala  tuity 
E  an  mout  estrain  dol  mogut ; 
Car  quecz  tortz  sas  mas  e  sos  detz , 
E  fer  del  cap  a  las  paretz^ 
E  laisa  s'en  terra  cazer; 
Tan  autz  com  es ,  per  gran  poder. 
Mas  Jaufre  no  s'es  ges  mc^tz , 
Per  tal  c'aîssî  es  esperdutz , 
Qn'ades  cuia  esser  ferilz. 
Aissi  es  totz  esbalauzitz , 
C'a  penas  enten  ten  ni  au ; 


9» 


ga  ROMÂN 

E  dis  ab  se  mezeis  suau : 

«  Mal  estar  sai  & ,  per  mon  cap  j 

«  E ,  si  Deus  vol  que  ja  n'escap, 

«  Ní  puesc  yius  de  sains  issiri 

cc  Ans  me  laisaria  ferír 

«  De  .x.  lansas  per  mieg  lo  cors  , 

«  0  peceiar  a  menutz  tórs 

«  Qu'ieu  jamais  en  lor  poder  sia ; 

«  Gar  mout  son  d'avol  conpagnia. 

«  Qu'il  non  son  jes  ome  camal , 

«  Ans  son  diables ,  si  Deus  mi  sal  ^ 

«  Que  son  d'enfem  yengut  en  terra, 

«  Que  de  nueg  menon  aital  guerra , 

«  Gan  tota  autra  gentz  deu  pausar ; 

«  Mas )  si  Deus  mi  vol  ajudari 

«  Non  sai  m'atrobaran  deman.  » 

E  ab  aitant  lo  crít  reman , 

Gar  grant  pessa  o  an  tengut. 

E  y  can  fo  ben  tot  remansut , 

Que  non  auziras  mot  sonar, 

El  cavallier  se  van  gitar 

Tom  lo  lieg ,  causat  e  vestit , 

E  aqui  eis  son  adormit. 

Mas  Bmnesentz  no  dorm  ni  pausa 
Ans  a  consirer.d'autra  cjiusa : 
De  Jaufre  com  aia  s'amor, 
Gar  aur  ni  argent  ni  ricor 
Non  presa  ves  el  un  denîer; 
Gar  ancmais  no  vi  cavalier 
Que  tant  en  son  cor  li  plagues  ^ 
Ni  per  que  tant  la  destrenges 
Amors  ,  can  per  aquest  fasia  i 
E  dis ,  si  pot  vezer  lo  dia 
Que  sos  marítz  er  atrasaitz. 
Mas  Jaufre  pessa  d'autre  fiiitz , 
€on  puesca  de  lains  issir. 
E  y  can  vi  Is  cavalliers  dormiry 


DE  JAUFRE. 

Levet  en  son  leit  en  sezens.' 
Mas ,  si  el  saupes  veramens 
L'amor  que  Brunesentz  li  portsi , 
No  1  pogra  fiir  passar  la  porta 
Tota/la  jen  d'aquel  castel; 
Enans  n'i  agra  tal  masel 
Que  n'i  agra  gran  ren  de  mortz ; 
Car  .x.  aitant  fora  plus  fortz  y 
Si  Brunesentz  li  des  s'amor. 
Mas  tal  fereza  e  tal  paor 
A  d'aquella  gent ,  que  lai  son , 
Qne  ja  non  cuia  la  sazon 
Vezer  qe  sia  escapatz. 
Ab  aitant  es  en  pes  levatz, 
E  vi  sa  lansa  e  son  escut , 
C'om  I'ac  a  un  lancier  pendnt ; 
]E  pres  o ,  e  pueis  ten  sa  via , 
E ,  en  aissi  com  s'en  issia , 
El  a  son  caval  atrobat , 
Aissi  com  bom  Tac  amenat , 
Que  anc  non  fon  meins  iìren  ni  sela. 
Aquesta  aventura  fon  bella ; 
E  poia  tot  suau  e  gent , 
^      Pueis  eis  de  lains  belament. 
E,  cant  fo  de  lains  issitz: 
u  Deus ,  dis  el ,  ne  sla  grazitz , 
«  Gar  a  lor  soi  si  escapatz , 
«  Gar  anc  non  cniei  tan  bonratz 
«  Eissîr,  ni  ab  tant  de  salutz; 
«  Mas  mal  m*es ,  car  non  ai  sauputz 
«  De  la  bella  domna ,  qui  es. 
«  Gar  anc  Deus  tan  bella  non  fes 
«  Ni  nula  res  tan  no  m'agrada ; 
«  Mas  tant  a  de  mala  mainada , 
«  G'om  no  s  deu  entr'els  estancar. 
u  Mas ,  sì  m  volgues  s'amor  donar 
«  La  domna ,  de  cui  la  jens  es , 


ROMAN 

•  Totsnols  prefer&unpiqies; 

•  Ab sol  qae  la  tengnei  abme , 

« Res  no  m  pogra  nozeri  so  cre.  V 
Aissî  s'en  vai  totx  sol  parlan. 

E  Bronesentz  traitz  gran  iifiin , 

Ed  la  cambra  on  s'es  colgada; 

Car  Amors  Ta  si  escalfada 

Qiie  Don  pot  dormir  ni  pausar, 

Ki  fà  mas  volyer  e  girar; 

E  ido  pessa  de  Janfre , 

Col  poesca  retener  ab  se. 

E 1  teagnt  aquest  tr^bail 

Tro  fu'el  jom  venc  e  la  noitz  faìl , 

Qoe  la  gaita  desus  escrida , 

£  ia  jen  del  castel  reisida , 

Qne  tnit  escridan  a  un  fiiis. 

£  aoc  no  fi[>  nj  er  jamais , 

£o  teira ,  per  negnirtis  jens, 
Leratz  tals  critz  ni  tals  tormens ; 
Car  tota  la  terra  resona. 
£  Janfre  íer  e  bat  e'  dona 
Ms  esperons  a  son  caval , 
Era  coren  d'amon  d*aval; 
Qne  non  ten  careira  ni  via, 
K  sap  on  s'an  ni  on  se  sia , 
Aissi  es  totz  esbalauzits. 

Ab  tant  es  remausutz  lo  crítz 
£  1  )om  comenset  a  parer ; 
£  Bmneseiftz  no  s  pot  tener 
Qoe  no  s  lev',  e  venc  en  la  sala , 
E  íês  parvent  qne  fos  tn^  mala , 
E  demanda  del  cavallier 
A  aqnéL  qne  troba  prímier, 
Sî  dorm  o  si  s'es  reisidatz. 
«  Domna  ,  dis  aquel,  ben  creiatz 
<  En  ver,  )a  no  '1  veiretz  mais  viu.  h 
Ea  ella  fbn  tant  esquiu 


DE  JÂUFRE.  g3 

G'a  pauc  non  es  enrabiada ; 

E  a  si  sa  color  mudada 

Que  diseratz  que  morta  es. 

E  a  demandat :  «  So  cab  es? 

«  Qni  l'a  mort?  Gon  es  avengut?  » 

E  '1  senescalsifi  respondut :  * 

«  Domna ,  dis  el ,  ieu  o  dirai 

«  Que  ja  de  motz  no  ns  mentirai : 

«  Anoitz,  quant  nos  fom  tuit  levaft, 

«  Aissi  com  avem  costumat, 

«  E  el  demandet  l'aventura ; 

«  E ,  si  agues  la  carn  tant  dara 

«  Gom  es  fers  o  asiers  trempatz-, 

«  Si  fora  el  totz  capolatz , 

c  Aissi  fo  fiîrîtz  duramentz 

«  Que  de  ooips  pres  mais  de  cinc  centz ; 

M  E  ve  '1  vos  en  aquel  licg  mortz. 

—  «  So ,  dis  ella ,  m'enoia  fortz , 

«  Car  en  aissi  es  avengut  ^ 

«  Que  si  'I  m'acses  aital  rendnt , 

«  Con  eu  lo  us  avia  baillat , 

«  leu  m'en  fiira  ma  volontat. 

«  M as  ieu  fui  foUa  e  musarda , 

«  Car  anc  lo  lassei  en  tal  garda 

«  Gon  vos  es ;  que  s'ieu  lo  m'agues 

tt  Ab  me ,  dedins  ma  cambra ,  mes 

«  Ara  lo  m'atrobara  viu.  » 

Ab  tan  venc  ves  lo  lieg  de  bríu , 

Que  tot  mort  lo  cuiet  baisar, 

Car  non  pot  mais  I'amor  celar ; 

E  levá  1  draps ,  e ,  cant  no  1  vi , 

Per  pauc  de  son  sen  non  issi 

C'aissi ,  com  forsenada ,  crída  a 

«  Baron ,  perqne  m'avetz  tráîda  ? 

«  On  es  lo  cavallier  anatz? 

«  Per  Dieuy  mala  'n  fon  enviatz, 

«  E  no  us  o  dic  jes  per  esqern , 


g4  ROMâN  DE  JAUFRE. 

«  Que  j  s'el  n'avioo  ca  enfern 

<c  Gent  millia  diable  portat , 

«  Vos  lo  m  rendretz  mal  vostre  grat ; 

«  0  per  Dieu  o  per  sa  vertat , 

«  Tuit  es  per  la  gola  pendat , 

N  Que  ja  res  no  us  en  tenrá  pron.  » 

Gant  aqml  auzon  la  razon  , 
Son  tom  lo  lieg  vengut  coren  ; 
E1  senescab  primíeramen. 
Leva  'ls  lansols  e  1  cobertor ; 
E ,  cant  no  '1  vi ,  ac  tal  ddbr 
E  tal  ancta  e  tal  vergoina , 
Que  de  totz  los  autfes  se  lonja. 
£  es  s'a  una  part  gitatz , 
Pueis  a  son  vestir  esquiotatz 
Tro  aval  desotz  la  centura. 
«  E  Deus !  dis  el ,  qual  aventura ! 
«  So  con  pot  esser  avengut  ? 
«  Gon  Favem  en  aissi  perdut  ? 
«  Enganatz  nos  a  malamentz ; 
«c  Per  Dieu ,  trop  sap  d'encantamentz 
«  E  d*engans  aquest  cavalliers ; 
«<  Que ,  si  &s  ferres  o  aciers  , 
M  Si  1  Tagram  nos  tot  estendut^ 
«  Tantz  colps  a  anoitz  receubut.  » 
E  Brunesentz  esla  marida 
A  una  part ,  e  plain  e  crida 
E  menasa  son  senescal , 
Que  cuia  ben  que  per  son  mal 
N'aìa'l  cavallier  enviat; 
E  dis  que  :  «  Fort  er  car  conprat , 
«  Que  non  i  a  negun  tan  ibrt  , 

«c  Que  ja  n'estorca  meins  de  mort , 
«  Qu'ieu  no  '1  fasa  cremar  o  pendre. 
— «  Dorona,  ieu  no  '1  vos  puesc  jes  rendre,  E  det  de  bos  ostatges  tantz 
«  Dis  lo  senescab ,  so  vezes  ;  Que  la  domna  n'es  ben  segura 

«  Mas  per  so  car  m'en  descreses ,  Pueis  fìni  aissi  sa  rancura. 


«  Ni  us  pensatz  qu'ie  un  n'aia  mentit, 
«  Yos  farai  aquel  eseondit 
«  Que  nostra  cort  craoissera. 

—  «  Ja,  pcr  Deu,  estiers  nini  sera, 
«  Dis  eUa  ,  mas  qu'el  mi  rendres 
«  y iu  o  mort  j  c'aisi  fon  enpres 
«  Gan  ieu  lo  laissei  per  garar. 

—  «  Doipna  j  e  s'ieu  non  o  puesc  (ar? 

—  M  Si  us  voletz  y  metetz  i  poder. 

—  « leu  non  sai  on  lo  m'  an  querer 
«  G'anc  mais  no  1  vi  ni  sai  qni  s'es. 

—  «  Que  si  m'ajut  Deus  ni  sos  sanS) 
«  Non  auretz  m'amistat  enans 
«  Tro  qu'el  m'aìatz  tomat  aici 
«  Planamentz  on  ien  lo  us  pqui. » 
Mot  malament  l'a  menasat 
Mais  pueis  fon  aissi  addbat, 
Qu'el  e  tuit  li  ecnt  cavallier 
Devon  jurar  que  volentier, 
Ni  ab  lor  vol  ni  ab  lor  grat, 
Non  aion  aquel  enviat* 
E 1  senescals  deu  tot  un  an 
Lo  cavallier  anar  cercan , 
Que  non  deu  én  luec  estancar 
Mas  una  noitz ,  per  nul  a&r, 
Si  doncs  desaize  non  avia 
De  préson  o  de  malautia ; 
E ,  si'l  troba  ^  deu  l'amenar , 
0  si  non ,  en  prezon  lomar, 
Al  cap  del  an ,  ses  tota  £iilia. 
E  deu  s'escondir  per  batailla 
Ves  cui  que  l'en  voill'  apeUar 
Que  non  deu  bome  soanar. 
Aissi  o  joret  sobre  santz 


ROMAN  D£  JAUFRE. 


95 


B  senescalsy  lo  bon  matin , 
Yai  s'en  e  ten  son  dreitz  camin 
Ves  la  cort  del  bon  rei  Aitas. . . . 

in  derein  oimais  contar 
B^  Jaofre ,  com  s'en  va  çotxos , 
Qoe  tan  es  agntE  paoros 
D'aqnella  gent  don  s'es  partitz 
Qa'enqatf  n'es  totz  esbalaazitz. .  * . 
£  Tai  s'en  lot  suan  e  gen ; 
E  Doo  ac  anat  lonjamen 
Q«  ac  nn  bover  encontrat , 
Qvneu  nn  earre  cargat 
DepaD  e  de  eam  e  de  vi. 
£otet en  mieg  lo  cami 
Qa'espenya  c'om  i  passes , 
Qne  a  manjar  lo  solases. 

Àb  tant  Jaafre  yctic  mantenen 
£il  salndat  bdlamen. 
U  bovìer  li  rent  laa  salntz : 
« Seíaer,  dìs  el ,  ben  siatz  yengatz. 

<  Deûendetz  per  bon'  aventura , 
>  Qne  mot  avia  gran  firacbara 

•  De  Tos  e  d'aatre  conpaignon ; 

•  E  per  Diea  no  m  digatz  de  non , 

•  Sí  05  platz ,  e  disnatz  vos  ab  me. 

- « Amics ,  dis  Jaufre ,  gran  merce , 
■  Qoe  no  m  puesc  en  hiec  estancar 

<  Qne  moat  ai  gran  oocba  d'anar. 
"- « Seiner,  per  santa  caritat , 

•  E  per  Deu  e  per  amistat , 

« Vos  prec  e  per  santa  Maria , 

« Si  05  platz,  que  m  fr»satz  compagnia.  » 

E  Jaofre  respon  al  bovier : 

'  Amix,  per  so  car  m'a  mestier, 

•  £  ear  conosc  que  mout  vos  platz , 
'  £  car  tant  jen  m'en  convîdatz , 


E 


per  Tostr  'amor  manjarai, 


«  £ ,  fe  que  os  dág ,  non  mangei  mai 

u  IVes  îoms  a ,  ni  non  volc  o  £ar    • 

«  Tot  per  temensa  de  tardar. 

—  «  Seiner,  dis  lo  bovier,  m^rces.  m 

£  a  la  lansa  e  Fescut  pres , 

£  Jaufre  es  canbaterratz ; 

£  1  boviers  es  s'en  tost  puelatz 

Sus  el  carre,  d'oa  deîssen 

Bon  vin  e  bel  pan  de  fit>men 

£  dos  grosses  capos  raustîtz , 

£  tres  panadas  de  peiditî , 

£  de  senglar  una  gran  anca  , 

£  sa  beUa  toaiUa  bhinca ,  . 

Q'estendet  sus  en  un  bel  prat 

On  ac  un  bel  arbre  foiUat , 

£n  que  s  podion  sotzumbrnr 

Cent  cavaUiers  a  larc  estar; 

£  de  l'autra  part  una  foqt , 

Tota  la  beUazor  del  mont , 

De  bel'  aiga  clar'e  coren. 

£  a  mes  dos  enaps  d'argen , 

Pies  de  vin ,  sus  en  la  toailla 

£  pueis  tota  l'autra  vitaiUa. 

£  Jaufre  anet  desarmar 

Son  cap ,  e  apres  vai  laisar 

Son  caval ,  e  a  '1  lo  fren  tont 

£  a  1  laissat  anar  tot  sout , 

Per  mieg-lo  prat,  l'erba/paissent. 

£  pueis  a  lavat  mantenent 

Sas  mas  e  es  anatz  sezer. 

£  '1  bovier,  de  tot  son  poder, 

A  Jaufre  servit  e  bonrat. 

£ ,  cant  agran  assatz  manjat , 

Pro  e  gen  tro  sus  a  la  gauta 

De  tot  so  que  mais  ior  azauta  , 

Jaufre  demandet  al  bovier  : 

((  Amix,  dis  el,  dc  qual  roestíer 


g6  ROMAN  OE  JAUFRE. 

«  Es  vos ,  ni.  con  ettfttz  aicì  ì  » 

£  anc  lo  boers  noi)  iQenti : 

«  Seìnery  dis  el ,  ieu  sui  boyiers  ^ 

«  Que  deitz  de  .xxx.  caTalliers 

«  A  ma  domoa  tm  alberc  Ìar ; 

«  E  ai  o  &it  apareillar 

«  Al  miel  qae  sai  et  al  gen  ses. 

—  «  Amix,  ara  m  digatz  qui  es 
«  Vostra  domna,  fe  que  m  devetz, 

—  «  Seiner  e  non  la  conoissetz? 

—  «  Non  ieu.  —  Aquo  es  Bruneseatz^ 
«  La  domna  dels  ensegnamentz , 
tc  E  de  bon  pretz  e  de  beutat ; 
«  Qu'en  ella  son  tuit  ajostat 
M  Los  bens ,  c'om  de  las  autras  mentz. 
«  E  a  de  castels  mais  de  centz 
«  E ,  íe  que  us  deitz ,  a  n'i  tal  un 
u  On  esta ,  qu'apell'om  M onbrun , 
«  Qu'esquers  semblaria  d'auzir, 
M  Qui  us  Tolia  la  faizon  dir 
«  Ni  la  riqueza  que  lai  es 
M  De  cavallier  e  de  borzes,  » 
E  Jaufre  estet  un  petit 
En  se  mezeis ,  cant  ac  auzit. 
Lo  bovier  en  aissi  parlar 
E  aisi  lo  castel  lausar, 
E  la  domna  de  sobre  tot. 
£1  cstct ,  que  noa  souet  mot ,» 
Una-nessa  totz  esbaitz , 
E  tenc  se  mout  fort  per  faiUitz ; 
Car  en  aissi  s'en  es  emblatz 
£  ja  9  tro  que  i  sia  tomatz , 
Non  aura  fort  gran  alegrier. 
«  Bels  amix ,  dis  el  al  bovier, 
«  £  m  tarz'  e  voill  m'en  anar. 

—  «  Seiner,  vos  o  podetz  ben  far, 
«  £  nom  de  Deu ,  cant  vos  er  bo ; 


«  Que  gaug  e  alegiier  voS'  do.  » 

Ab  tan  ieva  sus  mantenent , 
£  ven  ves  son  caval  corrent 
£  met  li  1  fire ,  pneis  l'a  cinglat , 
£  ve  1 VQS  aqui  eis  puiat ; 
£  pren  sas  armas  e  vai  s'en. 
£  non  ac  anat*lonjamen 
Que  n'es  ves  lo  bovier  tomatz  , 
£  dis  li :  «  Bels  amix ,  si  us  platz  , 
«  Per  Dieu ,  digatz  mi  veritat 
«  D'una  ren  c'avia  oblidat , 
«  £  no  us  enneig«  —  No  £ira  ja , 
«  Seinery  enans  be  mi  plaira  , 
«  Dis  lo,  bovier,  qe  si  saber 
«  O  puesc ,  de  tot  vos  dirai  ver. 
—  «  Amicxy  la  vostra  gran  merce. 
«  Digatz  me  doncs  ,  per  vostra  fe , 
«  Las  jens  per  que  cridon  tan  'fort.  » 
E 1  boviers  escrida  :  «  A  mort 
«  Non  podetz  anar,  En  vilian.  » 
£  tenc  un'ascona  el  maa, 
E  trames  k  1  de  tal  vertnt 
Que  tota  s  romp  sus  en  l'escuty 
Que  fuec  e  flama  'n  fes  isir. 
£  Jaufre  comens'  a  fugîr ; 
£  1  bovier  venc  ades  cridan : 
«  Per  Deu ,  En  bacalar  truan , 
«  Non  podetz  la  vida  portar.  » 
£  prcs  li  peiras  a  lansar, 
Tant  con  pot,  e  Jaufre  s'en  va ; 
£ ,  can  vi  que  no  '1  consegra , 
Es  tan  dolentz  e  tant  iratz 
Que  sempre  s'es  totz  esquintatz , 
£  es  ab  aquel.mal  talent 
Yes  son  carre  vengutz  corent ; 
Pueîs  a  una  coinassa  presa 
£  dona  sus  ab  brassa  tesa , 


«OMAN 

Taot  tio  ({ae  Ta  tol  peceiat , 

£  tot  cant  a  sas  escaiupat , 

£  quatre  baeus  sobríers  e  fortz ,  . 

Qne  tiravo  1  carre  ,  a  mortzu 

£  Jaufre  es  se  regiratz  , 

E  es  se  fort  meraviUatz , 

Cant  o  vi  ;  e  pren  s^en  a  léfí^  9 

Car  en  aissi  l'a  vist  aaoíre 

Sos  baeos ,  ni  son  carrt  trencar, 

w 

Per  so  car  auset  deinandar 

Del  crít ,  per  que  s  leva  tan  grans. 

Masja  ben  non  aura  enans 

Tro  c'om  la  veritat  l'en  diga  9 

Qa*e$tiers  non  presa  una  figa 

Tot  cant  a  &it  ni  cuia:  &r. 

Eo  aissi  pren  s'en  ad  anar 

Tro  fim  ora  nona  passada  , 

^yA  crit  leva  autra  vegada 

i^ors  e  esquius  e  fers  e  greus ; 

£  dis  Jaafre  :  «  Bel  Segner  Deus , 

'  So  qe  es  ni  qoals  aventura  ? 

«  Poirai  trobar  ja  creatura 

-■  Que  m'o  voîlladir  verament? 

*  Oc ;  tant  o  irai  ieu  qnerent  » 

Aissi  s'en  vai  jent  e  azaut^ 
Qne  no  s'en  laisso  per  lo  caut, 
Per  trebaìl  ni  per  iassetat ; 
Aas  a  tot  lo  jcHm  cavalcat 
Tro  al  vespre ,  c'a  encontratz 
Dos  donzels  ben  encavalcatz  j 
Que  cassavon  ab  esparvers 
£  menon  brachetz  e  lebciers. 
E ,  cant  ▼iron  Jauíre  venir, 
Van  lo  uEiantenen  acvilir 
H  conîauzir  et  invidar : 
'Seiner,  sazon  es  d'albergar 
'  Oimais ,  e  ipn^anretz  ab  nos. 
I. 


DE  JAUFRE.  97 

..    _  u  Moulas  merces ,  dis  el ,  baros , 
R  Que  non  remanria  pjer  ren. 
-<-  (c  Aco ,  fan  cîl ,  si  faretz  ben  ; 
<t  Gar  no  podetz  plus  luein  anar, 
n  Per  so  'c'oimais  puiscatz  trobar 
ic  Yila  ni  castel  ni  cintat ; 
«  Ans  auriatz  ben  cavalcat 
M  Dotze  legas.,  a  tot  lo  meins , 
«  Longas  e  largaí  e  trasens. 
u  E ,  s'ab  nòs  voletz  remaner, 
u  Ja  non  podetz  ostal  aver 
u  Que  hom  de  tan  bon  cor  vos  &ssa , 
«  Ni  bome  a  cni  tan  fort  plassa 
«  Yostre  renianer,  com  a  nos. 
— <  u  Donc  remanrai  ieu  ab  vos , 
«  Dis  Jaufre  ^  pus  tan  vos  sap  bon. 

—  «  Si  Deus  bon'  aventura  ns  don , 

«  Fan  cil ,  mais  vo  'n  savem  do  grat , 

u  Que  si  nos  aviatz  douat 

«  Tot  cant  avetz  ni  podetz  dar.  » 

Aini  s'en  prenon  a  aiiar 
G^nt  e  azaut  e  bellamen , 
-Gaban  e  parlan  e  risen  , 
Tro  qu  'el  soleil  lor'  es  £uUitz. 
Ab  aitant  es  levatz  lo  critz , 
Per  la  terra ,  esquius  e  grans , 
G'omes  e  femnas  e  enfans 
Ploron  e  cridan  autamen  ; 
£  'ls  donzels  amdos  eissamen 
Son  si  enpres  e  an  cridat, 
Gon  si  fusson  enrabiat  y 
O  agueson  lor  sen  perdut. 
<(  Deus  I  dis  Jaufre ,  per  ta  vertut 
u  So  que  pot  esser  d'aquel  crit  ? 
«  Baron  ,  e  qe  avetz  auzit  ? 
«  Per  que  cridatz  ?  avetz  paor  ? 

—  «  Per  Deu ,  En  bacalar  trachor, 


98  ROMAN 

«  Fan  cíl  y  mala  us  passet  lo  col ; 

«  Nos  vos  farem  tener  pcr  fol.  >i 

£  l'un  a  son  esparvier  pres 

Que  no  ac  al  re  que  traises  y 

£  a'l  en  la  cara  ferít. 

£  l'autre  yenc  amanoit  ^ 

£  vî  denan  se  un  lebrío*; 

£  pren  lo  per  lo  pe  deríer, 

£  feri  l'en  de  tal  yertut 

Que  mort  lo  l'a  sus  en  l'escut. 

£  Jaufre  es  se  d'els  partitz 

£  'ls  lo  segon  azaut  ab  critz 

Menassan  :  «  Ja  no  vos  garres , 

«  £n  yilan ,  fil  d'avol  pages.  >• 

£  el  s'es  adoncs  regiratz  , 

£  dis  lor :  «  De  lai  m'o  digatz , 

«  Baron ,  que  sens  &retz ,  so  cre , 

«  £  tolletz  vos  oimais  de  me , 

«  Que  non  voil  vostra  compagnia.  » 

£  ten ,  aitan  con  pot ,  sa  via 

Tro  qu'el  crít  es  totz  estancatz ; 

£  aquil  son  si  refrenatz 

De  lor  ira ,  e  mantenent 

Apellon  Jaufre  bellament , 

Que  torn  ab  els  penre  l'ostal. 

«  Non  farai  ja  ,  si  Deus  mi  sal  9 

«  Dis  Jaufre ,  que  mala  Jens  es  f 

«  Vostre  sia  tot  cant  aves , 

u  Que  no  voiil  vostre  ostal  ni  vos. 

— -  «  Seiner,  per  Deu  lo  gloríos , 

«  Yos  pregam  e  per  amistat 

«  Que  tociietz ,  e  en  caritat ; 

«  £  non  aiatz  paor  de  ren , 

«  Que  tot  restaurarem  e  ben 

«  Lo  mal  que  us  avem  dig  ni  &ig. 

—  «  Baron ,  toletz  vos  de  mon  plaig , 

u  Que  no  m  poiría  en  voSi»fízar. 


DE  JAUFIU5. 

«ç  u  Seiner,  ja  no  ns  en  cal  doptar, 
^  C'aissi  vos  prometem  lialaen 
tt  Mantenensa  ves  tota  jen 
«  Ses  engan  e  per  bona  fe. 
-^  u  Baron ,  dis  el ,  e  ie  us  en  cre 
t\  Po$  tant  fort  m  'o  avets  promes.  » 
£  ve  Is  vos  aJQstatz  totz  tres ; 
Mas  il  lo  castiòn  mout  fort 

« 

Que  si  no  vol  rec^bre  mort 
Jamais  del  crít  non  deman  ren ; 
u  £  disem  o  per  vostre  ben.  » 
Aissi  s'en  van  tnit  tres  ades 
Parlan,  tro  que  (bron  de  pres 
D'un  castel  petit  e  azaut  9 
Dont  li  mur  son  espes  et  aut , 
Tot  entom  menut  bataiQat| 
£  desotz  son  cau  li  vallat , 
Plen  d'aiga,  ona  gran  pescier. 
£  ac  el  pont  un  cavalier, 
Que  fasia  a  un  juglar 
Lo  laìs  de  dos  amans  cantar; 
E  era  paire  dels  donzels. 
£ ,  can  vi  1  cavallier  ab  els , 
Ac  gautz  c  venc  ves  el  corrent. 
£  Jaufre ,  cant  lo  vi ,  desent , 
£  '1  cavallier  a  '1  conzausit : 
«  Seiuer,  dis  çl ,  jen  m'an  servit 
«  Gels  que  vos  an  menat  aci, 
«  Que  ben  a  •vii.  antz  que  non  vì 
«  Ome  estraitz  dentz  mon  ostal  9 
«  Que  m  plagues  tant,  si  Dieus  mi  sal. 
Aissi  n'intron  dintz  lo  castel 
Parlan  de  so  que  lor  es  bel. 
£ ,  cant  foron  intz  ei  palais : 
«  Seiner,  digametz  vos  oimaîs ,  » 
Dis  lo  cavalliers  a  Jaufre ,    ' 
«  £  pausaretz  vos ,  que ,  so  cre , 


ROMAN. 

« NoD  STetz  ueí  gaîre  pausat.  » 
Âb  Uiit  son  li  donzel  entnit , 
Que  corron  a  Jaufre  deagsvmir* 
£d  tpres  íl  viron  issir  t 

Vnaa  canLra  una  pucella 
Innentz  e  fresca  e  bella , 
E  a  un  mantel  aportat 
Ab  que  Janfre  s'es  afublat 
E  im  ooisi  en  que  s'apil 
De  paili  obrat  mout  sotil , 
E  pocts  va  de  lonc  el  sezer 
£  pailaon  a  lor  plazer 
Trocon  lor  dis  :  «  Anon  lavar, 
« CtpareiUat  es  de  manjar.  »» 
àh  tant  Jaufre  es  sus  lcvatz 
E  on  donzds  fon  asermalz 
Qae  Ta  als  mans  aîga  donada; 
£  Ìa  donzeUa  es  anada 
Ves  d  qne  1  servî  âl  lavar. 
Donzdla  y  non  votU'soanar 
Yostre  •ervìsi ,  que  s'el  mieus 
Vos  era  ops,  sî  m'ajut  Dieus , 
leu  1  vos  frria  volontiers 
E  sería  vostre  cavalliers , 
En  tot  loc  on  mestier  vos  fos , 
Que  no  i  atendria  somos. 
—  «  Seiner,  la  vostra  gran  merce , 
Dis  dla  9  car  ben  sai  e  cre 
Qoe  pros  bom  deu  gazardon  rendre 
De  servisi ,  cant  lo  vol  prendre. 
E  car  volontiers  lo  prehctz, 
Cmiosc  que  bon  cor  i  avelz 
De  rendre  doble  gîzardon , 
Si  'n  vezias  Inec  ni  sazon.  » 
iisî  s'en  son  parlan  vengut ; 
A  ]a  tanla  son  s'asegut 
Cds  qae  de  manjar  an  talent  ^ 


DE  JAUFRE: 

E  la  pulceUa  serf  mout  gent 
Jaufre ,  a  qui  a  jent  servit 
E  taiUat  d'un  capon  raustit. 

E  cant  agron  assatz  manjat , 
Pron  e  jen  a  lor  volontat 
£  hom  a  la  taula  levada , 
E  la  doDzelIa  s'es  intrada 
En  la'  cambra ,  per  íar  los  leîtz ; 
E  ía  los  e  a  gran  deleitz, 
E  a  laissat  aqui  estan 
Son  paire  e  Jaûfre  parlan , 
Que  Fanet  novas  demandan 
D'un  ve  ni  qe  va  cercan , 
On  va  ni  de  cal  terra  es. 
«  Be  us  o  dirai ,  so  dis  Jaufres : 
«  De  la  cort  del  rei  Artus  son , 
«  E  mos  paîre  ac  nom  Dozon 
a.E  ieu  Jaufre,  que  vauc  queren 
«  Un  cavaUier,  que  malamen 
«  A  la  cort  del  rei  esvaisida ; 
«  E  non  pretz  un  diner  ma  vida , 
«  Si  no  m  puesc  ab  el  encontrar.  ». 
E  cant  aquel  auzî  parlar 
De  Dovon  es  en  pes  saiUitz : 
tt  Ara  seretz  'vos  ben  servitz , 
u  Dis  el ,  seiner,  que ,  per  ma  fe , 
«  D'un  mes  non  partiretz  de  me 
«  Tro  que  ben  aîatz  sojornat 
«  E  de  tot  mon  poder  honrat. 
«  Vostre  paire  fo  mos  conpains 
«  Plevitz  e  juratz  ben  .vn.  ans; 
«  E  avia  ab  me  covineas 
«  Que,  s'eu  moris  primeîramens, 
«  E  sl  lial  ere  non  avia , 
K  Que  tota  ma  terra  fbs  sia ; 
t<  £,  s'el  moris  enans  queieu, 
u  Que  tot  cant  avia  fos  mieu. 


99^ 


loo  ROMâN  DE  JAUFftE. 

«  E  anc  non  ac  tant  d'amistat  £1  rícs  bom  fies  aportar  Tin 

«  AB  nol  home  de  maÌTe  nat;  £  pueìs  son  s'en  intntz  jazer 

a  Per  qu*ie  us  am  mais  que  ren  «pie  sia  ,   £n  la  cambra ,  on  a  plazcr 


M  E  prec  vos ,  per  santa  Maria , 
M  Qne  remangastz  aici  ab  me , 
u  E  promet  vos  en  bona  íe 
M  G^aissi  com  nn  de  mes  enfiins 
w  Vos  amarai ,  ses  totz  enjans , 
«  £  us  farai  ab  els  eretar. 


Fon  Jaufre  servitz  e  bonratz. 
E  sempre ,  can  se  fon  colgatz , 
Es  se  adormitz  jent  e  suau ; 
Car  nuUa  ren  non  ve  ni  an 
Que'l  (assa  nausa  nî  enueig. 
£  aissi  dormi  tota  nueig 


—  «  Seiner,  dis  el  9  non  o  putsc  ùa,   Suau ,  que  ren  non  a  ansit 


«  Qne  ja  non  anrai  alegríer 

M  De  ren ,  tro  aqel  caTallier 

«  Que  vauc  queren  aia  trobat , 

n  M!  iojomarai  ab  mon  grat 

«  Mas  una  nueg  en  un  ostal ; 

M  £ ,  si  no  us  o  tenetz  a  mal , 

«  Al  bon  matin  tenrai  ma  via. 

—«  «  Amies  9  dis  el  9  per  Deu ,  non  sia ; 

M  Remanetz  ab  me  sol  on  mes. 

—  M  Seiner,  dis  el ,  ja  no  m  parles , 
«  Que  res  no  m  poiria  retener ; 

u  E ,  si  m  voletz  far  mon  plazer, 
M  Ni  servlr  a  ma  volontat , 
u  No  m  relengatz  oltra  mon  grat. 
M  £  d'aitant  £eis  ieu  gran  foUor 
«  £  m  malmen  contra  mo  seinor, 
M  Car  ja  pausa  ní  noit  ni  dia , 
M  Entro  c'ab  lo  cavallicr  sîa , 
((  £  que  m  sia  ab  el  combatutz , 
«  Tro  que  I'us  se  renda  vencutz. 
—  M  Amìx ,  a  tot  vostre  Iczer 
u  Vos  scrvirai ,  mas  gran  plazer 
<(  Mi  feiratz  si  reroanseses. 

—  M  Scincr,  dis  Jaufre ,  non  parlets , 
«  Mas  fatz  lo  lieg  apareiilar, 

H  C'ueimais  cs  ora  de  colgar , 

it  Qu*Icu  m*en  iroi  al  bon  matin.  » 


Del  plor  ni  del  dol  ni  dd  crít 
G'om  la  nneg  per  lo  castel  fes , 
Que  tuit  si  son  lassat  tres  ves ; 
Mas  sus  al  jom  s'es  residatz 
£  es  se  vestitz  e  cauftitz^ 
£  l'ostes  es  levatz  ab  el. 
Ab  aitan  vengro  li  donzel , 
Que  I'aporton  aiga  ab  mans , 
£  oron  que  sans  Julians 
Li  don  bon  jom  e  bon  levar. 
«  Barons ,  dis  el ,  e  Deu  vos  gar ! 
«  A  om  mon  caval  enselat? 

—  M  Seiner,  ans  auretz  pro  manjat , 
«  Dison ,  ans  que  us  partatz  de  nos. 

—  M  Non  aurai ,  fe  que  dei  a  tos  ; 
«  Ni  per  beure  ni  per  manjar, 
«  Dis  el ,  ni  per  nul  autr'  a&r 
«  Non  remanrai  c'ades  Aon  an. 

—  M  Seiner,  per  Dieu  vos  o  deman , 
Dis  rostes ,  e  per  amistat ; 
Que  de  so  que  i  es  adobat 
Entre  mans  sol  nn  pauc  manjets , 
Que  ja  no  os  en  destorbarets, 
Qu'enans  c'om  aia  aresat 
Vostre  caval ,  auretz  manjat.  «» 
Ab  tant  întra  per  miec  la  porta 

La  filla  del  seinor,  c'aporta 


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ROMâN 

Dos  pans  e  un  bel  toaillos ; 

E  apres  venc  ab  dos  capos 

Jent  raiutiu  et  apareillatz 

Uns  cscadiers  ben  enseînatz ; 

E  soo  TeDgot  denan  Jaufirey 

E  dis  :  M  A  manjar  m*er  so  cre.  m 

E  cant  ac  begut  e  manjat 

Pro  e  genty  a  sa  Tolontat, 

Aitant  con  li  plac  nl  '1  fon  bon , 

Om  raporta  sa  gamison; 

E  es  se  rícamen  gamilz , 

E  jmcis  es  de  laias  issitz 

£  i  jvcs  de  tots  comjat, 

£  fe  1  Tos  al  caTal  puiat 

Qoe  l'ac  us  escudiers  adat« 

E  apres  a  '1  dat  son  escut , 

Ptteis  sa  lansa  la  pucella ; 

£  a  li  dit :  K  Amiga  bela , 

•  Diens  mi  lais  ancara  TCnir 

■  En  luoc  on  Tos  puesca  serTÌr, 

«  Qne  mont  Tolontiers  o  &ría-  » 

E  en  aissi  el  ten  sa  TÌa , 

£  sos  ostes  eîs  s*en  ab  el^ 

£  apres  amdui  li  donzd  ^ 

£q  lor  palafres  caTalcan. 

E  van  s'  en  en  aissi  parìan , 

Tro  qne  son  del  castel  lonjat; 

E  Jaufre  ac  en  Tolontat 

Qoe  deman  dcl  crít ,  per  qne  %íblj 

Car  ben  pensa  que  l'o  dira 

Sos  ostes  y  pos  tant  11  profer, 

E  cuia  qne  ja  mals  no  l'er. 

£  en  aissi  el  s'en  anet 

Gran  pessa  que  motz  non  sonet ; 

E  sos  ostes  a  1  demandat : 

•  Consi  anatz  accossirat? 

•  Si  avetz  cossirer  de  ren , 


DE  JAUFRE.  101 

«  Digatz  m'o,  e  fapHz  o  ben. 

—  tt  Seiner ,  dis  Jaufre ,  s'eu  sabia 
«  Que  mal  no  us  fos ,  ie  us  o  diría. 

—  c<  Ja  no  m'er  mal ,  ans  m'er  fort  bon  ; 

«  Qu'estier  engan  o  tracion  , 

«  Non  cs  el  mon  nu]'autra  res 

«  Qu'ieu ,  per  Tostr'amory  non  fczes. 

—  «  Ara  m  digalei  fe  que  m  deTetZ| 
«  Verítat  y  si  fiu'  o  sabetz ; 

«  Per  que  crídan  aquestas  gens 
tt  La  noit  ni  '1  jorn ,  tant  feramens , 
«  Ni  per  que  menon  tan  gran  dol? 
«  Fan  o  forsat  o  ab  lor  toI  ?  i> 

'  £1  caTaller  a  escridat : 
«  £n  bastartZy  plen  de  malvastat, 
«  Vostra  mort  avetz  demandada.  >» 
E  Tcnc  Tes  el ,  sa  man  levada  i 
Qu'el  cuiet  anar  aregnar ; 
£  siei  ûll  prenon  a  cridar : 
M  Tenetz  lo  ^  seiner,  no  us  escap !  » 
R  Jaufire  a  girat  lo  cap 
Al  caTal  e  pren  a  fugir, 
Gant  aiceis  vi  Tes  el  venir 
Gridan  e  menasan  totz  tres  : 
«  Baron ,  dis  el ,  aiso  qui  es  ? 
«  Aver  me  degratz  desfisat. 
«  £s  aiso  la  gran  amistat 
«  Que  m  &retz ,  si  reman  ab  tos  ? 
«  Aiso  es  rams  de  tracios  , 
* «(  G'albergat  m'aTCtz  e  servit, 
N  E  pueis  cuiatz  m'aTcr  trait 
u  Ses  forfaitz ,  que  no  us  ai  de  ren  ç 
«  Fols  es  qui  en  vostr'  alberc  ven.  » 
£  '1  cavalliers  en  ant  escrida  : 
«  Per  Dieu ,  no  portaretz  la  vída !  » 
E  sec  lo ,  tan  can  pot ,  coren 
Sos  cab^  liran  e  rompen. 


102  ROICAN  DE  JAUFRE. 

Tal  dol  a  que  oon  pot  eons^re ,  E  cant  si  foron  ajottatz , 


Tant  no'l  pot  encausar  ni  segre. 
E,  cant  o  vî  y  es  remansatz 
E  a  totz  sos  vestirs  rompntz ; 
E  agra  mort  son  palafre 
Mantenent ,  sî  tengues  ab  que. 
E ,  cant  si  fo  pro  trebaîUatz , 
Feritz  e  batutz  e  machatz , 
A  laÌBsat  aquel  dol  estar, 
€an  YÌ  que  noA  pot  al  re  far, 
E  a  escridat  a  Jaufre  : 
M  Seiner,  dis  el,  tomatz  ves  me, 
«  E  non  aiatz  oimais  paor 
«  Que  mon  mal  cor  e  ma  dolor 
«  E  ma  îra  m'es  trespassada. 

—  «  Assatz  vos  trebalatz  en  bada, 
«  Dis  Jaufre ,  car  ja  m'o  dises ; 

«  Que  )a  no  m  seretz  de  plus  pres 
«  Que  ns  est ,  roas  si  re  m  voletz  dir 
«  Digatz  m'o  si  qe  o  puesca  auzîr. 

—  «  Aras ,  seiner,  íaitz  vos  ensa , 
«  Qu'ie  us  dirai  so  que  us  plazera , 

tt  E  d'aîso  que  anatz  querentz 
«  Yos  dirai  novas  veramentz. 
«  E  non  aiatz  oimaîs  ten^ensa , 
«  Que  us  jur  ma  fe  e  ma  cresensa 
M  E  us  promet  en  ma  lialtat  y 
«  Qu'ie  us  dìga  de  tot  veritat 
«  De  so  que  m  sabretz  demandar ; 
«  £  ja  no  us  cal  de  ren  doptar. 

-<»  «  Doncs  tornarai  ieu ,  dis  Jaufre , 
«  Ves  vos ,  pueis  vos  en  bona  fe 
«i  Me  prometetz  que  m  coseîletz 
«  E  que  enseinas  me  metretz 
«  Del  cavallier  que  tant  ai  quist? 
—  «  Seiner,  dis  el ,  o  ieu ,  per  Grist»  n 
E  Jaufre  es  vas  el  tomatz ; 


Dis  ìo  cavallier :  «  No  us  sia  mai 
«  So  qe  us  «i  fait ,  si  Dîeus  vos  sal; 
«  Que ,  per  la  fe  que  deìg  aDeu, 
«  Tant  m'es  mal  e  estraintz  e  greu , 
M  Cant  aug  l'aventura  retraìre , 
«  Que ,  si  era  mos  fils  o  mos  paîre, 
«  Si  volria  qe  fos  pendutz , 
«  E  per  so  y  si  m  sni  irascutz ; 
«  Seiner,  no  us  sia  miga  fer.  » 
E  Jaufre  respon  li :  «  Nen  er; 
«  Mas  si  m  sabiatz  dir  lo  ver 
«  D'un  cavallier  que  vauc  queren, 
«  Yes  qual  part  \o  poiraì  trobar, 
«  Ja  no  m  sabriatz  novas  comtar 
«  De  qu'ien  tan  vos  saupes  de  grst. 
-—  «  E  qui  es  ?  — «•  El  a  nom  Taulat. 

—  «  Taulat?  —  Oc  aquo  verameatz. 

—  «  E  per  qual  ops  l'anatz  queren? 

—  «  Aquo  us  dirai  ieu  volontiers : 
«  Tant  es  ergoiUos  e  sobríers 

«  Qu'en  la  cort  del  rei  venc  Tautr'ier 

«  E  aucis  bii  un  cavallier 

«  Senes  forfait,  que  non  l'avia ; 

«  Sol  car  a  son  manjar  servia 

«  Al  bon  rei  e  a  la  reina ,' 

«  E  det  li  tal  per  la  peitrina 

«  Que  denan  lo  i  abatet  mort , 

«  £n  que  fes  vilania  e  tort 

«  E  grant  ei^el  e  gran  folor. 

«  E  ieu  quis  al  rei  mon  seinor 

«  La  batailla  d'el  e  de  me, 

«  E  det  ki  m ,  la  sua  merce  f 

«  De  quel  deig  gr'azir  e  lausar ; 

«  Mas  el  me  devria  blasmar, 

«  Si  no  &s  aquesta  bataiUa. 

«  E  dic  vos  ben ,  sens  tota  failla « 


ROMAN  DE  JAUFRE.  io3 

•  Qoe  jamals  lo  lei  ào  Teirai ,  m  Podetz  vos ,  si  yo9  pfadz  ^  panMr 


«  ^i  gaug  ni  deliet  non  aurai , 

«  Tro  que  m  sia  ab  el  conbatatz 

«  £  que  Tans  se  renda  yenculz , 

«  E  tro  c'aia  lo  ver  auzit 

t  Per  que  las  jens  levan  lo  crit.  » 

El  caTalIier  a  respondut : 

■  Sciner,  dis  eì ,  si  Deus  ni'aju|^ 

t  Trop  Yos  es  nies  en  gran  a(an ,  ' 

•  Car  T08  aquest  anaiz  cercan ; 
«  Qoc  aoo  es  us  caTallioEa. 

•  Totzlo  pejor  eT  plus  sobríers 

•  De  qv'iea  anc  mais  ausis  parlar ; 

•  (^âì  mon  no  cre  n'aia  son  par 

•  Ttot  esqnius  ni  tant  estrunat , 
«  Ni  qne  tant  aìa  gazainat 

•  Áh  armas  per  cavalaria,  » 

£  Jaofre  respon  :  «  El ,  so  sia-; 

«  Que  s'ei  cra  dos  tans  plus  fortz 
«  Ja,  tro  q'el  o  ieu  siam  mortz 
«  0  Tencutz ,  pausa  non  aurai ; 
«  Que  si  es  Ibrtz»  ie^.o  Terai. 
«  £  tolletz  Tos  de  son  lausar', 
«  Qoe  aqo  no  m'a  ren  que  far. 

—  «c  Seiner,  Deus  tos  en  don  poder, 
«  Qae  fae  ns  dic  que  si  conquerer 
'  Lo  podetz,  mais  iiuretz  conqoist 

Qne  caTallier  que  aia  vist. 
—  t(  Seiner,  laissem  aiso  estar, 

Mas  si  1  me  sabetz  enseinar, 

m 

Faltz  o  lost  e  no  m'o  tarzes. 
—  «c  Seiner,  dis  el ,  tos  to  'n  ires 
Ueí  toC  iom ,  per  aqnest  camin , 
Qae  non  trobaretz  pan  ni  Tin , 

« 

Castel  ni  villa  ni  ciutat , 
>'i  niiil  bome  de  maire  nat ; 
B ,  caxit  er  sazon  d'albergar, 


M  Sus^n  la  bella  pradaría. 

«  £  deman  y  ans  que  mieg  jom  sia , 

(c  E  Tes  Tenretz  en  una  plaina , 

«  On  a  nna  rausta  montaina ; 

u  £ ,  al  pe ,  Teiretz  up  castel 

«  Azaut  e  jent  bastit  e  beL 

«c  £  defoiras  e  tos  Tcires 

M  Tendas  t^ndudas  mout  espes , 

«  £  caban^s  e  paballons , 

«  Ob  a  caTalliers  e  barons , 

«  Que  son  ríc  e  de  gran  afar ; 

«  £  er  Tos  per  els  a  pa^r ; 

«  Mas  a  neguns  no  sonetz  motz ; 

«  £  y  cant  los  auretz  passatz  totz , 

«  £1  castel  entratz  manteDen , 

«  £ ,  per  neguna  ren  viven^ 

«  Tro  el  palais  non  estanques» 

«  £  desendetz  cant  lai  seretz , 

«  £  laisatz  l'escut  e  la  lansa , 

«  £  non  aiatz  de  ren  doptansa. 

u  Pueis  intratz  tos  ne  en  la  sala 

«  £  Teiretz  lai ,  de  qu'es  grantz  tahi  ŷ 

«  Ud  cavallier  nafirat  jazer 

«  £n  un  leit ,  e  als  pes  sezer 

«  Una  domna  joTen ,  mout  jenta  ^ 

«  Irada ,  ploran  e  dolenla. 

«  £  al  cap  set  una  Teilarda 

«  Que  prenon  del  caTalIier  garda. 

«  £  uon  aiatz  de  ren  temor, 

«  Mas  sonatz  la  domna  major 

«  £  menatz  la  a  una  part, 

«  £  digatz  c'Augiers  de  Gliart 

«  La  us  tramet ,  qu'ieu  ai  nom  aisi ; 

«  Mas  ben  a  .tij.  ans  que  non  tì, 

«  Que  us  diga  del  crít  Teritat. 

«  £  cant  Tos  o  aura  contat , 


/^ 


\ 


io4  ROMâN  de  jaufre. 

i<  Vos  sflbfetx  -ée  Taidat  on  es ,  E'l  casfeel  «  las  alba-gadas 

«  Qne  ja  enans  non  trobares 

«(  Hom  que  al  ren  tos  en  voilla  dir, 

<(  Si  doncs  no  vcdia  morir. 


<i  Ni  iea  no  vos  aus  ren  dir  mai 
«  Que  tal  ira  e  tal  dol  n'ai 
«  Cant  ne  parle  ni  n'aug  parlar,   . 
«  C*ades  mi  vol  lo  cor  crebar. 
-^  t(  Seiner,  dis  Jaufre ,  gran  onor 
«  M'avetz  faeha  e  gnn  amor 
«  Car  aiflsi  m'avetz  adreissat, 
<f  £  sí  us  en  pogues  rendre  grat 
M  Volentiers  o  íàra ,  per  Dieu. 
«  Voletz  mî  mais  ren  dir  ?  —  0  ieu : 
M  Qne  9  si  Deus  vos  laisa  tomar, 
«  Vos  prec  que  tometz  albergar 


£  kis  tendas  e  las  ramadas; 
£  vi'ls  cavalliers  bolegar, 
Que  s  comensavon  a  levar; 
£t  ac  gaug  c'anc  non  ac  major. 
£  fer  e  dona  per  vigor 
A  son  caval  dels  esperos , 
£  vai  s'#D  aisai  totz  cocbos , 
Tro  que  fo  vengutz  en  la  ost, 
E  passa  s'en ,  e<  aquo  tost; 
E  tuit  l'an  mout  fort  esgarat , 
£  dísen  :  «  Pauc  a  sejoniat 
«  Est  cavalliery  so  fai  parer ; 
«  Fort  cochos  ven  so  mal  qaerer: 
M  Ben  a  cavalcat  tota  nuîg 
«  Per  son  dan  e  per  son  «nuig.  * 
E  Jaufrf  au  ben  e  enten 


«  Ab  me ,  e  non  digatz  de  non. 

—  «  Seiner,  dis  Jaufire ,  e  us  o  don ,    Que  diaon  ^  vaàs  non  fes  pacven 
«  Qu'ieu  tom  vcs  vos  penre  Tostal ,  Qu'els  ausis »  e  e^  s'en^aoatz 


«  Sol  Deus  me  defenda  de  mal. 

— -  «  Ar  anatz  per  bon'aventura , 
«  Qu'el  Seiner^  qu'en  tot  a  dreitura 
«  Cant  es  el  mon ,  e  sap  e  ve 
<(  Los  roals  e'ls  bes ,  vos  lais  vcs  me 
«  Tornar,  e  per  sa  pîetat 
«  Abalre  l'erguel  de  Taulat.  » 
E  ab  tant  el  se  part  d'aqui ; 
E  Augier,  aitaut  com  lo  vi 
No  s  mov ,  ans  se  plora  mout  greu 
E'l  seigiMi  e'l  comanda  a  Dieo. 

E  Jaafre  vai  s'en  totz  cochos , 
Totz  alegres  e  totz  joioa.. 
Tal  gaug  a  e  tal  alegrier, 
De  so  que  l'a  contat  Augier, 
Qu'cl  cor  l'en  es  un  palm  levatz.... 
E  aissi  anet  tota  nueg 
Tro  al  ]«m ,  que  a  vist  lo  pueg 


Tant  qu'el  castel  s'en  es  ÌDtratz. 
£  a  garat  tot  environ , 
£  vi  tanta  bella  maison 
£  tant  soliers  «outJben  obratz; 
Mfis  non  lai  a  bome  trobatz  , 
Femna  ni  nulla  crcatura 
Si  obratz  no  i  íbn  en  pencbura. 
Aissi  regaran  ,  ten  sa  via , 
Las  bellas  obras  que  vezia, 
Tro  que  fon  el  palais  vengutz. 
£  es  mantenen  desendutz, 
E  a  mn  caval^iregnat, 
La  lansa  e  l'escut  <pausat , 
£  pueis  a  garat  denan  se 
A  l'un  cora  del  palals ,  e  ve 
Una  porta  obrada  ab  flors 
£  pencba  de  moutas  colors, 
Mout  azanta  e  mout  jen  cuberta , 


ROMAN  DE  JAUFRE. 

E  estet  im  pauc  entniberta. 
£t  es  s'en  lai  yengutz  tot  jen 
£  enpeîs  Ta,  pueis  entra  s'en : 
£  TÎ  lai  nn  Idt,  no  ren  plus, 
E  us  cayalers  jac  desus 
Nífrati,  e  jagon  li  denan 
Doas  domnasy  que ,  per  senblany 
Son  mout  maridas  e  iradas; 
Qae  kir  gantas  an  apiladas 
En  hrs  coides ;  sospiravon 
ìloat  soven  e  lagremavon. 
E  ladire  yenc  ves  la  maior : 

•  dmDM.  yiiaéíf  per  grant  amor 
« Yos  prec,  si  us  platz ,  e  per  merce 

•  Qne  parletz  un  petit  ab  me.  » 
£  dla  lera  mantenen : 

•  Scìner,  dis  eUa ,  parlatz  jen , 

•  Per  Dieu  e  per  santa  Bfaria. 

•  Per  acjnest  cavallier  no  sia , 

•  Qoe  jatz  nafratz  en  aquel  leit ; 
«  Car  lonc  temps  a  non  ac  deleit 
« Ni  alegrier  de  nula  ren. 
—  «  Domna ,  dis  Jaufi« ,  aquo  ben , 

•  E  prec ,  si  us  platz ,  que  m'escoutes : 
«  Angiers  de  Qiart  sai  m  trames 
«  Per  so  qne  m  digatz  veritat 
«  Ea  cal  Inec  trobarai  Taulat , 
«  E  qoe  m  digatz  novas  del  crít 
«  Qoe  tan  soven  aurai  auzit.  » 
£  cant  Jaufre  Fac  demandat : 
«  Seîner,  dis  ella ,  veritat 
«  Vos  dirai  ide  so  que  m  queretz; 
«  Mas,  si  us  platZy  saber  voil  d'on  etz^ 

•  Ni  qe  sai  es  vengntz  querer. 
—  «  Domna ,  ie  us  en  dirai  lo  ver, 

•  E  ja  no  us  o  tarzarai  plus : 
« De  la cort  soi  del  rei  Artus, 

1. 


io5 


«  Que  m'a  de  novel  adobat, 

«  E  soi  vengutz  querer  Taulat, 

«  Que  fes  una  gran  desonor 

«  En  la  cort  del  rei  mon  seinory 

«  Que  feri,  denant  k  reîna, 

«  Un  cavallier  per  la  petrîna , 

«  Si  q'a  sos  pes  l'abatet  mort , 

«  E  pueis  dis  autament  e  fort , 

«  Si  que  tota  la  cort  l'ausi , 

«  Que  cad  an  o  frira  aissi 

«  Per  son  enueìg  e  per  son  mal  y 

«  AI  jom  d'aquella  fest'  anal. 

«  E  ieu  voill  m'en  ab  el  combatre ; 

«  E ,  si  '1  pucsc  venser  ni  abatre 

«  Nî  Dieus  m'en  dona  tant  d'aisina , 

«  Enviar  I'ai  a  la  reina 

«  A  Garduol ,  que ,  a  son  talent , 

«  Prenda  de  I'anta  venjament.  » 

E  la  domna  piora  mout  greu , 

E  respont :  «  Bel  seiner,  per  Dien , 

«  Si  Taulatz  fes  tant  de  sobrcira  ^ 

«  Non  es  jes  aiso  la  prímeira , 

«  Que  gan  ren  en  a  d'autras  fachas  ; 

«  Moutas  armas  a  de  cors  trachas , 

«  A  gran  orguel  e  a  gran  tort , 

«  E  mout  cavaliers  pres  e  mort , 

n  Don  moutas  domnas  son  maridas  y 

«  E  moutas  pucellas  faididas , 

H  E  mout  en&nt  aorfisinat^ 

M  E  mout  regne  deseritat. 

u  D'un  an  non  auría  retrait 

«  La  meitat  del  mal  qu'el  a  fait. 

—  «  Domna ,  dis  Jaufre ,  s'el  es  mals 

«  Ni  orgoiOos  ni  desleials , 

«  A  sos  enemix  fai  amor 

«  Car  orgueltz  ausî  son  seignor ; 

«  E  ,  cant  I'a  pauc  e  pauc  puiat , 

i4 


io6  ROMAN 

u  El  prea  tot  ensems  an  csclat 

K  Tal  qae  )amais  non  lcYanu 

u  Perque  ,  si  '1  trob ,  non  remanra 

«  Qae  non  veia  qu'en  poîrai  &r; 

u  E ,  si  '1  me  podetz  enseinar, 

«  Fatz  o ,  car  mont  Fanrai  cercat , 

<«  B  fiuretz  mi  gran  ambtat. 

—  «  Seiner,  ben  lo  ns  enseinarai , 

u  Dis  ella,  mas  contar  vps  ai 

«  Lo  gran  erguel  e  '1  gran  pecat 

<t  Qu'el  fiii ,  e  la  gran  malyestat 

«  D'aquest  cavalîer  qu'es  aici  j 

«  Que  a  negun  jom  non  pren  fi  ; 

«  Quar  el  Tolria  mais  morir 

«  Que  aquesta  angoissa  soffrir  y 

«  Gar  son  paire  l'aasis  a  tort 

«  E  a  Crguel ,  e ,  cant  l'ac  mort , 

«  Donet  ab  aquest  de  la  goerra 

<«  E  toic  li  gan  ren  de  sa  terra , 

«  E  ancis  li  mout  de  sas  jens 

u  E  el  aafret  tant  malamens 

«  Ab  lansa ,  per  meig  la  peitrina  , 

«  Si  que  detras ,  per  meig  resquina  , 

«  En  fes  un  palm  e  mietz  eissir. 

«  E  pueis  fes  l'en  aici  yenir, 

«  En  sa  preiso ,  on  l'a  tengut 

«  .VII.  ans  aura ,  si  Deus  m'ajot , 

u  A  aquest  primier  san  Joan. 

M  £ ,  a  cadaun  mes  del  an , 

M  Es  laiamens  martiriatz  ; 

«  E ,  cant  es  gnaritz  e  sanatz 

«  De  sas  plagas  e  revengutz , 

«  E  Taulat  es  aici  vengutz 

«  E  fai  a  sos  qussos  liar, 

«  E  pueis  fa  '1  aquel  pueg  puiaT 

«  Baten  ab  unas  coreiadas  ; 

«  E ,  cant  es  sus  ,  son  U  crebadas 


DE  JAUFRE. 

«  Sas  pUigas  denant  e  detry^s 
«  Tant  es  afiniatz  e  las  , 
«  E  pueis  toma  en  recalin , 
tt  E  ye  us  a  quina  dobr  Tia.  • 

E  ab  aitan  Jaufire  respon : 
«  Domna ,  per  totz  los  sans  del  mon  y 
«Moutaaisigranaventoni; 
«  Meravcillas  ai  con  o  dnra 
«  Lo  cavalliers  tan  longamens. 
«  Ara  tn  digatz  d'aquellas  gens 
«  Que  lai  foras  aon  albe^t , 
«  Qui  son ,  si  'n  sabetz  yeritat* 
~  «  Seiner,  dis  da ,  sí  saî  ben  , 
«  Ja  no  us  en  mentirai  de  ren : 
u  Tuit  son  cayalier  qne  son  pres 
u  De  Taulat ,  qui  'ls  a  totz  conqnes , 
«  Ab  armas ,  per  cayalaría ; 
«  E  no  n'i  a  nn  qne  non  sia 
M  Seiner  de  castels  tres  o  quatre , 
«  Que  s  yenon  aici  combatre , 
«  Per  est  cavalier  deliviar. 
«  Mas  anc  negun  non  o  poc  fi^r, 
«  Ni  ien  non  ai  îŷmais  fiansa 
«  £n  cavaler  ni  esperansa 
«  Qu^l  delivre ,  mas  en  Galvaft  ; 
«  Gar  tuit  li  trebail  e  l'afiin , 
u  En  que  rautre  son  &diat, 
«  Son  leu  per  aquest  acabat ; 
u  Gar  el  confon  los  orgoillos 
u  £  fai  socors  als  besoinos. 
—  «  Domna  ,  dis  Jaufire ,  ben  creiatz 
u  Tro  qu'iea  me  sia  fadigatz , 
«  Monseîner  Galvan  no  venra. 
«  Mas  digatz  mi  cora  ci  sera 
<(  Taulatz.  •—  Toletz  vos  d'antre  plaig 
<c  D'uei  en  .viii.  ìorns  per  atrasaig  , 
u  Seiner,  senes  tota  fiiillensa ; 


EOMAN 

« Qe  fium  &r  la  ptAedeasA 
t  il  caTallier  que  jalz  nafiniU  f 

•  Qae  de  sas  plagas  er  sanals. 

•  E,  s'adoncs  sai  T^deU  tonuur, 

>  Polretz  lo  ben  aici  Irobar, 

■  Paeis  diselzipie  Umt  Favets  quist.  » 
Jaofine  respoB  ;  «  Donma  y  per  Crist , 

■  Be  1  Tolría  bobar  enaos , 

« Gar  aqnest  tennes  m'esns  ans; 
I  Tant  ai  de  loi  ^n  volontat 
«Cadfls  t  seriaabflMngrat.  » 
Abaîtna  ÌM  demna  respoo : 

•  SeÊDeTy  ai  Deus e  (ss  m'aon, 

•  S'a  vos  es  loi^es » «  me  es  breos 
«Lotennesy  es  esquieiis  e  grens ; 

>  Qa'enans  ci  cr  qu'iett  no  volria. 
«Percpiey  se )amais no  1  Tezia , 
« Gnmt  onor  m'anria  Deus  bcba 

•  E  de  mot  gnn  catírier  tracba. 
« £  doncs  Boo  es  jes  cominals  > 

S'a  V05  es  bon » es  a  me  mals 

•  Sos  venirs ,  car  anc  nuUa  ves 

•  Nol  TÌ ,  q'irada  no  m  Cezes. 

—  <  Domna »  azn  'n  seretz  janaenU» 

-Bis  Janfre,  s'anc  ne  fesdok^  * 

•  Car  h>  meu  gran  dreitz  e  1  seu  torU 
« E  SO0  ergneils  rabaftramort 
^«Seîner,  dis  ella ,  Dens  o  don ; 

« Qoe  ben  devria  per  nzoB 

•  Ueimais  sos  ei^gnciíilU  femaner, 

•  Car  toU  temps  n*a  firit  son  poder.  » 
Aìssi  an  longamen  ^ariat. 

Âb  tan  Jaufire  adcnaadat 

On  poiria  Taulai  esperar. 
Seiner,  aqni  us  n'er  a  aoar, 
•  Dis  la  domna ,  d'on  ier  mogues  ; 
^  Car  aici  non  atrobares 


DE  JAUFRE.  107 

«  Qai  us  aus  de  nulla  ren  servir, 
«  Si  donc  non  volia  morir. 

—  á  E  aiso  eon  ?  digaU  m'en  ver. 

—  «c  S'a  Taulat  venia  a  saber 

t<  Que  sa  us  agues  019  albergat  1 
«  Per  mort  auria  enviat » 
E  cant  Jaufire  o  a  auritt 
«  Pos  en  aissi  es  establit , 
«c  Domna,  disel,  tomarm'enai; 
«  Mas  be  ns  corenc  qu'ieu  saî  serai 
«  D'nei  en  .¥111.  joms ,  ses  loU  frilla , 
«  Gamiu,  asermaU  debatailla; 
A  Mas  ans  que  prenda  eomjat » 
i<  Si  us  plaU ,  me  direU  veriUt , 
«  Per  que  las  jens  cridon  tan  fi»rt 
«  Ni  per  que  lor  es  mal  de  mort  > 
«  Qui  del  crit  k>r  demanda  ren« 

—  «  Seiner,  aco  ns  dirai  ieu  ben : 
M  Mout  o  fim  per  bona  razon , 

«  Gar  aquest ,  que  jaU  en  prison 
«  NafiraUy  es  lor  seignor  camals» 
«  E  es  lor  aguU  tant  leals 
«  E  tan  bons  e  tant  enseinaU , 
«  Per  que  cascus  n'es  tant  iraU, 
«  E  Unt  n'a  quecx  son  cqr  marrit 
«  Que  per  sa  dolor  fim  b>  ciît 
^  «  Que  sabon  que  soffire  Un  gran. 
«  E  aquo  devon  tener  tan , 
«  Tro  que  Dieus  per  sa  gran  vertut 
«  Lor  aia  lor  sçinor  rendut. 
«  E  y  can  neguns  o  au  reUaire , 
«  Tal  dol  a  que  s'era  sos  paire , 
«  Si  '1  voUa  el  aver  mort. 
«  E  dic  vos  que  non  an  jes  tort , 
u  Que  los  amava  finamen 
«  E  fasia  lor  o  parven , 
«  C'anc  non  fes  a  negun  sobriera , 


io8  ROMAN  DE  JAUFRE. 

«  Tant  era  de  bona  maniera.  Lagainos  e-  esgrapelatx 

«  A  cascun  tenia  razcmSy 

n  Altressi  als  xnals  com  als  bons ; 

«  E  per  aquo  tuit  comunal , 

a  Grant  e  petit  e  bon  e  mal , 

«  Son  dolen  e  trist  e  irat. 

II  E  ai  vos  dicha  yeritat 

«  De  so  que  demandat  m'aves ; 

«c  E^  8Ì  mais  nulla  ren  voles 

«  Que  us  diga,  aquo  £irai  ben. 


E  tot  entom  blaus  e  macfaatz; 
E  las  ceiOas  grans  e  cregudas , 
Lavras  grossas  e  momdas , 
E  longuas  e  amplas  las  dens 
E  taii  rossas  com  aìirpimens , 
Que  l'eisson  deforas  tres  detz. 
E  ac  en  la  barba  peletz, 
E  los  grìnons  loncs  et  canûtz , 
E  brases  plus  secs  que  pendutiy 
—  «  Domna ,  dis  el ,  non  voil  mais  rèn ,  Las  mans  plus  nigras  que  carboa 


«  Mas  oimais  a  Deu  vos  coman.  » 

E  part  se  d'aqui  ab  aitan 

Pueis  eis  del  castel  mantenen 

Iratz  e  plen  de  mal  talen.... 

£  laissa  1  camin  per  on  veno 

E  vi  un  carrairon  que  tenc 

Ves  un  bosc  espes  e  foillut. 

«  Per  aici ,  dis  el ,  son  tengut 

«  Calsque  jens  qu'en  aquest  bosc  son , 

«  Que  i  an  lor  abitacîon ; 

«  E  irai  ab  els  albergar, 

«  Car  atrasaitz  an  que  manjar^ 

«  Car  ses  aquo  non  podon  vivre.  m 

E  vai  s'en ,  e  aquo  delivre 

Per  lo  carrairon  mout  vialz. 

E ,  cant  se  fon  ben  enboscatz , 

Garda  e  vi  en  lo  camin 

Una  veilla ,  desotz  un  p!n , 

Que  jac  e  estet  acdudada. 

£  fo  pelosa  e  raada , 

Magra  e  sicca  plus  que  leina. 

£  9  cant  vi  Jaufre  j  sol  no  s  deina 

Moure ,  mas  que  dreiset  son  cap , 

Que  ac  maior,  senes  tot  gap , 

D'una  orca  de  dos  sestiers 

E  'ls  uels  tan  paucs  com  un  deniers  y 


E 1  mursd  e  1  iSront  e  1  menton 
Negre  e  ruat  e  fironsit ; 
E  'i  ventre  enflat  e  &r8Ìt » 
Espallas  corbas  e  agudas 
Las  cueisas  seccas  e  ruadas » 
Que  non  ac  mais  la  pel  e  l'os; 
E  'ls  genoils  regainatz  e  gros 
E  bis  cambas  secas  e  longas 
E  1s  pes  enflatz  e  grans  las  ODglas, 
Si  que  non  pot  portar  sabata. 
E  ac  almussa  d'escarlata 
Tota  de  sembelin  orlada ; 
Ey  tot  entom  son  cap  liada  j 
Savena  príma  d'un  folieil , 
Ab  que  son  estreit  sei  cabeil 
Qoc  l'estan  ensus  eríssat. 
E  ac  un  mantel  acolat 
D'escarlata ,  ab  pel  d'ermini , 
E  blisaut  de  cendat  sanguini  j 
E  camisa  de  ríc  camsil , 
Blanca  e  príma  e  sotiL 

E  Jaufre  a  la  saludada 
Can  la  vi ,  e  mout  fert  garada 
Sa  faison  e  son  lait  senbbint* 
E  ella  f  can  lo  vi  denant, 
Dis  li :  «  Cavalliery  que  faras? 


ROMâN 

« Toma  t'en  aitent  con  poiras: 

—  «  Domna ,  dis  Jaufire  y  no  fiurai ; 

•  Ja  per  aitan  non  fugîiBÌ 

I  EDtro  qne  Teia  ben  per  qne. 
^  «  Ta  t'en  penedras ,  per  ma  fe  j 

•  Dis  dla,  s'ades  non  o  Seis , 

•  Qoe  can  Tolras  ja  non  poiras ; 
■  h  non  tomaras  sens  gran  dan 
«Escs  ira  e  ses  a£uiy 

•  Tal  con  de  mortz  o  de  prison, 

—  « DoDiiia y  dis  Jaufire ,  e  so  con? 
<— « Yai  enairtz ,  qoe  ben  o  Tevas. 
— «iiaToily  disel,  cem.digasy 

•  Sîni  platz,  qoinas  gentz  sai  estan. 
«-  ■  Cels  qne  trobaras  t'o  diran. 

—  «  Ara  m  digatz  de  vos  ^  qoi  es.  n 
E  la  TeiIIai  lera  en  pes  : 

•  Ta,  ditz  dla^  o  pos  Tezer.  » 
£  laaset  son  mantel  cazer. 
Eacnnagranlansad'aat, 

E tenc  en  la  man ,  per  lo  caut, 
Ua  moscan  ab  qne  s'adns  Tcnt. 

•  Dîens ,  dis  Jaufire ,  a  tos  mi  rent ! 
« Qoi  TÌ  ancmais  aital  figura , 

«  Ni  tant  estraigna  creatura  ? 

—  «  Per  mon  cap ,  peior  en  Teiras  y 

•  Dis  la  TÌeilla,  can  tomaras, 

«  Sîy  per  ton  peccat,  Tas  enant. 

—  «  Ja  no  remanrai  per  aitant, 
«  Db  Janfre,  que  tot  tenc  a  Tcnt 

•  Cant  mi  disses  e  a  nient.  n 
E  ab  aitant  part  se  d'aqui , 
E  paeís  anet  tan  tro  qne  TÌ 
XTna  ^eîsa  assatz  petîta , 

On  senria  un  sans  ermìta 
Aalar  de  santa  Temitat. 
Ab  tant  un  caTalier  armaty 


DE  JAUFRE. 

Âilant  negres  con  es  carbons , 
E  lo  caval  d'eîsas  &izons  y 
E  sa  lansa  e  son  escut , 
Yenc  Tes  Jaufire  per  gran  Tertut 
E  Tai  l'aqui  mezeis  feriry 
Âisi  ton  Tenc ,  per  tal  azir 
Qu'el  e  1  caTal  a  mes  el  sol; 
E .  Jaufire  ac  anta  e  dol , 
Qir  en  aissi  era  cazutz. 
E  lcTa  y  con  apercebutz  y 
E  aqui  mezeîs  trais  lo  bran 
E  Tenc  Tes  el  per  mal  tabin. 
Cuida  1  consegre  denan  se  , 
Mas'jes  no  '1  troba  ni  no  '1  tc  , 
Ni  sap  Tas  cal  part  s'es  anatz, 
De  que  s'es  íoTt  meraTÌllatz. 
E  a  garat  d'amont  d'aTal , 
E  anc  caTalier  ni  caTal 
Non  TÌ ,  ni  nulla  creatura. 
cc  E  Dieus !  dis  el,  cal  aTcntura! 
«  On  es  est  caTalier  tengntz? «» 
E  es  Tes  son  caTal  Tengutz ; 
E  mantenenty  cant  fon  puiatZy 
El  caTalier  toma  Tiatz, 
Totz  apareîllatz  de  ferir. 
E ,  cant  Jaufre  lo  tì  Tenify 
Es  atresi  apareìllatz 
E  Tenc  Tes  el  totz  abrÌTatz , 
Tant  co  1  caTals  lo  pot  portar. 
E  van  si  tan  grans  colps  donar 
C'amdui  son  a  terra  Tcngut ; 
E  Jaufre  lera  per  Tcrtut 
Tost  e  delivrament  en  pes, 
Totz  iratz  e  fels  e  engres. 
E  venc,  son  escut  abrassat, 
Yes  aqud  que  l'ac  derocat ; 
Mas  no  1  troba  ni  '1  ve  ni  l'au » 


109 


110  ROMAN 

Nî  ve  caiieìfa  tii  etcUtt 

Per  on  deia  esser  tengnUy 

£  fon  iratz  e  esperdntz. 

u  Dieus!  dii  el ,  oon  «oi  escaniìtz! 

tc  Con  s'en  es  aitan  lea  fogìts 

«c  Est  cayalíers  y  no  sai  ves  on?    ^- 

«  Trobarai  ja  on  se  rescon,  » 

£  va  gardan  d'amon  d'aval , 

)S  pueis  toma  ves  son  eaval 

£  pueîa ;  e ,  cant  íoa  pQÎalz , 

£1  cavalier  venc  abrivatz 

Siblan  e  bufan  e  brugent , 

Con  fouzers  oan  del  cel  deisent. 

£  ya  ferir  sus  en  rescut 

Jaufire ,  si  que  Ta  abatnt ; 

E  Jaufre  fer  Ini  autressi » 

Que  l'escut  e  'i  eors  l'esTaisi , 

Si  qe  la  lansa  n'a  passat 

Lo  fer  e  del  fiist  la  meital ; 

E  anet  en  tem  cazer, 

C'anc  arçons  m  1  poc  retener. 

Pueis  yenc  ves  el  totz  esdemes , 

Mas  no  '1  troba »  c'anatz  s'en  es; 

£  YÌ  el  sol  jazer  la  knsa 

Que  l'ac  messa  per  mieg  la  pansa. 

«  Santa  Maria  I  on  es  anatz 

«  Aquest  diable,  aqoest  mal  íatz? 

«  Dis  Jaufire ,  eon  ja  l'ai  passada 

«  De  la  lansa  uaa  brassada 

«  Per  lo  cors  e  Vil  íait  cazer, 

«  £  no  1  puosc  trobar  ai  vez^? 

«  Anc  bom  non  ies  mais  aital  goerni ! 

«  len  non  sai  si  s  rescon  sotz  terra , 

«  O  ves  cal  part  s'en  es  fiigitz : 

«  Per  vos  me  dam ,  Sains  Esperitz !  * 

E  anc  tan  tost  non  ibn  pnìatz 

En  son  caval  ni  asennatz , 


DE  JAUFRE. 

Qu'el  cavalier  ìo  venc  fcrir, 
Si  qoe  a  terra  lo  fes  venir. 

£  que  us  ini  al  re  pailaiit? 
Qu'en  aìssá  o  e  tengut  taat 
Tro  qa'd soletb  el )om fidlli, 
Qe  tan  confoa  pe,nolvi; 
Mas  cant  era  puiatz,  tomava 
E 1  £ería  Ibrt  e  1  derocavtf 
E  aqui  meseis  avalia. 
£  Jaufire  per  msAencoma 
Dîs  qne  îamais  non  puiara , 
Mas  qae  tet  de  pes  s'en  ira 
Tro  qe  sia  en  la  capda. 
£  met  la  lansa  sotz  l'aiseU 
Pueîs  pren  lo  eaval  per  b  fireo; 
Ab  aitan  lo  cavalier  ven 
A  pe  y  per  mout  mala  mesora ; 
E  ÌBL  nueilz  fim  nigra  e  oscofa, 
Si  c'a  penas  lo  pot  cbansîr 
Jaufire ;  mas  ^  eant  ìo  aent  veair, 
El  a  messa  el  sol  k  lansa,' 
Pueis  trais  lo  bran  don  a  fiansa 
£  estet ,  l'eacnt  abrasat. 
E 1  cavallier  a  1  tai  donat» 
Aissi  con  venc  totz  esdenes , 
C'a  panc  en  terra  non  Ta  nes, 
£  del  elme  fi»  fbec  eissir. 
£  Jaufire  es  l'anatz  feiir 
Sus  el  mnsdef  per  mal  tden y 
Que  tota  l'espaUa'n  dcissen 
E  del  escut  l'nna  meitat ; 
Mas  fort  a  petit  enansat , 
Car  sempre  fi>  saiiat  e  pres, 
Que  disseras  que  ren  noa  es 
Ni  non  par  que  Taia  tocat. 
£1  cavalier  a  1  tal  donat 
Que  tot  lo  &s  cisaboiair 


ROMAN 

Si  qu'ft  genoîi  \o  ùti  yoiîr. 
E  Jaiiíre  lera  naanteneiì 
E  fer  lo  8Ì  que  tol  l'ofen 
La  testa  tio  ùu  en  las  dens ; 
Mas  moat  si  fb  sanat  corenft» 
Qe  tan  tost  co  1  bran  n'ac  mc^t 
Par  qoe  no  raia  colp  fienit. 
Moot  si  eombaton  malamcnt 
£  moot  ii  Jeron  dorament  . 
De  las  espazae  per  TÌgory 
CoDMMNi  pot  tríar  lo  meiUor. 
Car  lautre  lo  part  tot  e  'i  fien , 
M»  sqm  meseis  se  lepren ; 
El  Gsvalliers  nol  pot  nafiar, 
Mjs  sorent  lo  fid  tralmear.»... 
E,  cam  son  de  l'espasa  las» 
E  ìl  se  eoTon  penre  als  bras* 
£  eai  rns  e  pneis  l'antre  apres ; 
£  fenm  de  pning  e  de  pes 
Per  pietE,  per  oostats  e  per  caras  : 
ÂDc  non  cre  que  TÌs  hom  encaras 
Tan  gran  batailla  ni  tan  fera. 
£1  bos  ofin  qn'en  bà  gleisa  era, 
Ca  tota  la  noita  escontat , 
Car,  a  sa  mala  volontaty 
lÀ  toUm  pansar  e  donnir. 
E  can  non  o  poc  mab  snfiir^ 
Lera  ae ,  Tsi  sas  armas  penre , 
CeDas  ab  qne  se  den  defendre 
Del  diable  e  de  sa  mainada , 
Estola  e  aiga  seinada ,  . 
La  cros  e  1  cors  de  Jesn  Grist ; 
Pneis  Tenc  Tcs  cels  qui  s  son  requist 
Tota  la  noits  tan  malamen  | 
L'aìga  gitan ,  sos  sabns  dizen. 
1 1  caTauer,  q  el  ti  veniry 
Part  se  d'aqni ,  pren  s'a  fngir. 


DE  JAUFRE. 

Tan  con  pot ,  antamen  cri 
E  lcTa  s'nn  anrages  gran 
De  plnia ,  d'auras  e  de  trons. 
E 1  bons  bom  dis  sas  orazons 
£  sos  salmes  j  e  a  Jaufire  pres 
E  a  lo  en  la  gleiza  mes. 
E  '1  cayal  no  i  a  oblidat 
Jaufi^y  ans  l'a  be  estniat 
En  una  mai^n  jent  e  ben , 
£  a  1  donat  cÌTad'e  fen , 
£  fa  li  leit  de  bella  paiUa ; 
E  pueis  deslasa  la  TentaiUa 
E  a  desarmada  sa  testa. 
E  cazon  fidzers  e  tempesta , 
Tota  la  noig ,  e  plon  e  tona 
Tro  al  jom ,  que  I'esquella  sona , 
Qu'el  bons  bom  Tai  la  messa  dir* 
E  a  fait  Jaufie  desgamir ; 
E  j  cant  ac  bonament  cantat  ^ 
DesTCst  se ,  pueis  a  demandat 
A  Janfie  don  es  ni  qne  quer. 
«  Bel  seioery  )a  celat  no  ns  er  : 
«  De  la  cort  soi  dd  lei  Artus , 
«  Si  ai  ben  quist  .tiii.  jorns  o  plns 
«  Un  caTalier  c'a  nom  Taniat , 
«  Que  fes  nna  grant  masrestat , 
«  En  la  cort  del  rei  l'autre  joro. 
«  A  trobar  l'ai  âns  que  m'entorn 
«  Ab  mon  toìI  »  c'aissi  o  convenc 
^    «  AI  rei  mon  seiner  cansai  vanc. 

—  «  AmicSy  ja  no'i  te  cal  cercar 
«  En  sai  9  car  non  se  pot  passar    . 
«  Hom  ni  femna  petitz  ni  grans  , 
«  Ni  o  fes  y  passatz  a  .xxx.  ans. 

—  «  Ara  m  digatZi  seiner,  per  Dieo , 
M  E  no  us  enueig  ni  sia  greu , 

«  D'aquest  cavalier  Tcrìtat ; 


III 


113  ROMAN 

«  Qui  es,  que  tan  bri  se  combat, 
«  E  tant  m'a  requist  malamen? 

—  «  Amix  y  ieu  t'o  dirai  breumen , 
«  Dis  lo  bons  bom ;  mas  non  sabres, 
«  Cant  Tos  o  aurai  dit ,  qui  es. ' 

«  Car  el  non  es  jes  cavalers , 
«  Ans  es  lo  maier  ayersers 
«  Qu'en  infem  abite  ni  sia ; 
«  E  fes  lo  ab  nigromansia    ^ 
«  Yenir  la  maire  d'un  îaian  , 
«  Una  Teila  esquÌTa  e  grans , 
«  Magra  e  secca  e  ruada ; 
«  Non  sai  si  la  us  aTetz  trobada. 

—  4(  O  ieu ,  seiner,  »  so  dis  Jaufres. 
«  Amiz  f  ar  escoutatz  con  es : 

«  La  Teilla  aTÌa  marit , 
«  Un  jaian  mal  e  descbauzit , 
«  Que  a  tota  esta  teira  morta , 
«  Tant  com  una  jomada  porta , 
«  Sai  e  lai ,  aTal  et  amon , 
«  C'om  no  i  pot  trobar  ren  del  mon , 
«  Mas  boscatjes  e  pradarias , 
«  Erms  e  ronsers  e  malas  TÌas. 
«  Si  o  a  mort  e  asermat 
«  Que  tuit  Fome  s'en  son  anat 
«  E  íîigit  per  las  autras  terras ; 
«  Que  non  podon  sofirir  las  guerras 
«  Que  lor  &sia  aquest  jaiantz , 
.  «  Car  ren  no  '1  garia  denantz ; 
«  Mas  cav^Tenc  un  jom  fon  anatz 
«  Non  sai  on  y  e  Tenc  si  nafiratz 
«  Que  a  cap  de  tres  joms  fo  mortz : 
«  Non  era  tan  mals  ni  tan  fortz, 
«  Que  non  s'encontres  ab  peior. 
u  E  la  Teilla  ac  gran  paor, 
<«  Cant  TÌ  que  mortz  fo  son  maritz, 
«  De  se  e  de  sos  Mz  petitz 


DE  JAUFRE. 

«  Que  s'aTÎa ,  que  no  Is  presesson 
«  Las  )entz  e  qne  no  *ls  aucisessim , 
«  £  fes  ci  ab  encantament 
«  Yenîr  aquest ,  c'aissi  defent 
^  «  Aquest  pas  e  aquesta  TÌa*; 
«  Que  per  nulla  ren  c'al  mont  sia 
«  Non  pot  passar  bom  natz  de  maire ; 
«  Ni  Tos  non  o  feratz ,  bel  firaire  , 
«  De  mil  ans ,  s'ien  non  sa  us  aghes 
«  Ab  las  armas  de  Jbesu  Crist  mes; 
«  Car  nula  res  no  s  pot  defendre 
«  Ves  aquestas  ni  res  contendre  ; 
«  Car  aquel  que  las  a  ab  se , 
«  Sol  qu'en  Dieu  aia  bona  fe  , 
«  Nulla  res  no  1  pot  pueis  damnar. 
«  E ,  si  neguns  o  coia  far, 
«  On  plus  sobrìers  er  ni  plns  fertz , 
«  Ans  sera  confondutz  e  mortz ; 
«  Car  me  an  aisi  defendut , 
«  Que  nulla  res  non  m'a  nogat 
«  Enemiz ,  bestia  ni  jaians  , 
«  Oimais  a  ben  .xxiiii.  ans. 
«  Aisi  a  la  Teilla  norítz 
«  Josta  me  sos  enfantz  petitz  , 
u  E  l'enemix  aici  estat 
«  .XXX.  ans,  e  aqnest  pas  gardat, 
«  Si  que  anc  non  si  poc  intrar 
«  Nuls  bom ,  per  ren  que  pognes  far. 
«  E  so  s'en  i  mot  asaiatz , 
«  Que  l'un  son  mort,  l'autre  toraatz. 
«  E  l'enfim  son  d'aqui  eissit 
«  Que  son  gran  e  fort  e  noirìt , 
«  E  son  se  pres  a  mal  afidre 
«  Que  anc  non  fo  peior  ior  paire 
«  Que  aquil  son ,  ni  plus  temsutz. 
«  Mas  l'uns  es  mezeb  deTengutz 
«  E  es  si  partitz  de  son  firaire  y 


ROMAN  DE  JAUFRE. 


ii3 


« C'noa  maisoQ  U  fes  sa  maìre 
« NoD  aai  on ,  ab  encantament; 
n  Mas  mont  lo  Tai  Teaer  aovest. 
>  E  ar  i  es  aos  finaire  anatz  y 

•  Maríts  e  dolena  e  írats , 

•  Que  lor  dis  himi  que  mort  Favîa 

■  Us  caTaLsrs,  non  sai  qui  sia , 

« Car  anc  ren  non  demandei  plus » 
« Has  aîiaDt  ipie  del  rei  Artoa 
«  Lor  aosi  dir  q'era  mogntz ; 

« E  asn  saben  on  s'es  tengiita. 

« £  afad  ra  per  tot  qneren  j 

« Qn'el  cni»  venjar  ▼eramen. 

« EBeas ,  qne  el  mon  a  poder, 

■  Lo  defenda  per  so  plazer. 

— « Seiner,  be  s  de&ndra ,  so  cre ,  j* 

So  11  a  respondnt  Jaufineỳ 

« D'el ,  so  dis  a  mon  Teiaire ; 

«  £  ja  no  1  calgra  tan  maltraire 

« Dd  caTalier  anar  cercar, 

«  Gar  plus  prop  lo  pogra  trobar^ 

■  Qu'îea  ai  desfaitz  rencantamen 
«  E 1  mezel  mort  certanamen  f 

« E  dîrai  Tos  consi  ni  con.  » 

Pueu  conta  '1  tota  la  razon..#. 

«  Âmiz  f  dis  lo  bos  bom ,  no  t  pes , 

•  Bigas  mi  aisi  qni  t  trames. 

—  a  Seiner,  aventora  que  m  m^ha. 


tt  Q'el  rendrai  recrezut  e  mort  j 
<t  Qu'el  cor  tei  sen  certan  e  fort.  » 
Dis  \o  bons  bom  :  «  Oc ,  si  Deu  platss. 
u  Amix ,  anatz  sus  e  lavatz 
<c  Yostras  mans ,  e^  anatz  manjar, 
«  E  pueis  pensatz  de  Tostr'afar ; 
H  Tomatz  tos  en  ^  mentre  que  us  les , 
tt  E  mentre  qn'd  jaiaiitz  no  i  es. 
-^  a  Seioer,  dis  Jaufire^  e  so  con? 
«  Gîtatz  me  de  Tostra  maison ! 

—  «  Non  ieo ,  amix ;  mas ,  per  mou  cap, 
«  Paor  aiy  s'el  jaians  o  sap  j 

<(  Qoe  sai  Tenga  e  tos  en  traga. 

—  <t  Ja  ien  noca  vesta  m&is  braga  y 
n  Dia  Jaufre ,  cant  ja  m'en  traira , 
«  Aitan  can  tìo  mi  tnrfmra 

«  Ni  poiraî  d'espaza  ferír ! 

u  Mas  f  si  us  platz  qe  m  TOÌUatz  sufrír, 

«  Qu'ieu  m'estia  sains  ab  tos 

u  O  a  present  o  a  rescos , 

«  Sol  .Tiu.  ìoms^  e  non  jamais  re, 

«  Amor  ml  faretz  e  gran  be ; 

«  Car  adoncs  m'en  er  a  anar, 

«  Qne  no  i  poiría  plns  estar, 

«  Que  aquel  jom ,  sens  tota  {ailia , 

«  Farai  ab  Taulat  la  bataHla , 

«  Qu'en  aissi  o  ai  couTettgnt^ 

«  E  si  puesG ,  aerai  aten^ot. 


*—  «  Dieus  don ,  s'il  platz ,  que  be  us  en  —  «  Amiz ,  enans  auretz  a  far^ 
«  Dîslobons  bom,per  sa  dousor,  [prena,    «  Dis  lo  bons  bom ,  si  Deus  mi  gar. 


u  Que  moot  ai  de  tos  gran  paor 
«  Qu'el  jaiantz  no  us  trob'al  tomar. 
—  « Seiner,  si  s  toI  ,  ben  o  pot  far, 
<*  Dis  Jaufire,,qoe  no  m  £eiî  temensa; 
«  Car  en  Dieu  ai  ferma  crezensa , 
«  £  el  poder  que  el  m'a  dat 
«  E  el  mieu  dreit  e  '1  sicfa  pecat  y. 
I. 


«  Mas ,  pos  Dens  sai  Toa  a  trames , 
«  Aitant  con  estar  sai  Tohres , 
M  So  qne  sai  es  no  us  er  Tedat, 
«  Ans  er  tos  partit  pcr  meitat. 
— -  «  Seiner,  la  Tostra  gran  merce  ! 
—  «  Amicx ,  non  rendatz  grat  a  me 
«  Mas  a  Deu  quo  us  o  a  trames.  • 

i5 


1 4  ROMAN 

Tant  sejornet  aqui  Jaufires  y 
Tro  que  .viii.  jorn  en  son  passat,, 
E  al  uchem ,  en  pren  comjat 
De  son  oste ;  mas  tota  via 
L'a  demandat  que  si  *1  venia 
L'enemicx ,  con  o  poíria  br, 
Gon  s*en  poirìa  desIÌTFar« 
«  Amix ,  ja  no  us  duptetz  de  ren , ' 
K  Que' ja  no  us  fara  isial  ni  ben , 
M  Ni  o  pot  far  que  us  entornes ; 
tc  Mas  cel  Deus  que  tot  lo  mon  fes 
M  Vos  gart  de  las  mans  del  jaîan !  » 
E  son  se  partit  ab  aitan. 

Yaî  s'en  Jaufre  e  el  remm  , 
Qu'el  seîna  soven  ab  la  man 
E  '1  comanda  a  JheM  Gríst , 
£  aquo  aitant  con  l'a  vist. 
Pueis  entra  s'en  e  vai  cantar 
Una  messa  sus  en  l'autar 
Per  Jaufre ,  de  Sant  Esperìt , 
Que  Dieus  lo  defenda  ^  1  guit , 
Del  jaan ,  s'el  ven  a  plazer. 

E  Jaufre  vai  s'en  per  poder 
Vivatz  e  eisemidaments , 
Aîsi  con  cavallier  valenlz. 
E  non  a  longamen  anaty 
Qu'el  vi  venir  esfellenat 
Lo  jaian  ab  una  pulcella , 
Que  portava  desotz  s'aisella  ^ 
Aissi  con  feira  un  en&nt, 
Plainen  e  autament  crìdant : 
«  Acorretz  mi,  aancta  Marìa !  » 
E  fon  rauca ,  que  tant  avia 
Gridat ,  qu'a  pena  pot  fomir 
Sa  paraula  ni  esclarzir. 
£  son  cstrasat  siei  cabeil 
Qui  lutiron  contra  '1  soleO , 


DE  JAUFRE. 

Aîsi  con  fa  fis  aurs  bmnitz^ 
Que  '1  van  sai  e  lai  espanditz, 
£  sos  blizantz  es  coissendutz 
£  denans  e  detras  romputz; 
£  síei  oil  cLiry  jen  faissonat , 
Son  un  pauc  gros ,  tant  a  plorat ; 
£  tortz  sos  detz  e  bat  sas  mans. 
Ane  mais  non  ausi  crìstìans 
A  nulla  ren  tant  gran  doi  fiir. 
£  pres  vos  Janfre  a  garar, 
Aissi  co  '1  vi  ves  si  venir, 
E  pren  a  crìdar  e  a  dir, 
Aîssi  con  pot ,  moiit  umihnen : 
«  Franc  cavaliers ,  plen  d^ardifflen; 
«  Acorretz  ad  aqnesta  lassa ! 
«  Que  nnlla  ren  non  sap  que  s  £issa 
«  Tant  sui  marida  e  caîtiva , 
«  Gar  mout  m'enoîa  car  sot  vira. » 
E  Jaufre  a  1  caval  girat 
Ves  ella,  que  n'ac  pietat» 
£  pueîs  met  se  l'escnt  denant 
£  la  laasa ,  pueis  ven  brocant 
Yes  lo  jaian  per  gran  vertnt 
£  escrìda  :  «  Si  Diens  m'ajut, 
«  £n  mal  sers ,  maìa  la  toques 
«  La  pnlcella;  laissatz  Tades!  » 
£  '1  jaiantz ,  quan  lo  vi  venir 
Aîssi  gámit  per  grant  azir, 
A  ki  laissada  mantenen  ^ 
£  venc  ves  un  arbre  coren , 
E  va  1  penre  per  nna  branca 
£  tira  'i  I  e  l'arbre  s'aranea. 
£  enans  que  l'ages  levat, 
Jaufre  venc  é  a  '1  tal  donat 
De  la  lansa ,  c'  una  brasada 
L'a  denans  per  lo  pietz  gitada ; 
D'ambas  partz  l'a  tot  esfronsat. 


ROMAN 

E 1  jaiantz a  l'arlirelevat 

E  a  lo  'n  ferít  mantenen ; 

Mas  no  '1  conseguet  fennamen , 

Qoe  tot  Fagra  per  mieg  partit. 

E  si  Ta  tot  eìasaboîsit , 

De  son  cayal  a  terra  mes , 

Qne  ren  non  re »  ni  $af  on  s'es.  ^ 

El  caval  estet  açropitz 

E  Janfire  es  en  pes  saiUits 

MoBt  tost,  pueis  met  la  man  al  bran 

Eni  ferír  fus  al  jaian  i 

Hn  pmc  desobre  la  centura , 

ibTespaza  i{u*es  fort  e  dura  i 

Qne  ben  n'a  mais  d'un  pabaa  portat 

De  la  cara  ,  ab  tot  lo  costat , 

Sî  qa'el  cùt  li  pogratz  vezer* 

E  sanc  eis  ne  per  tal  poder 

Ca  penas  se  pot  consel  dary 

Ní  non  pot  sus  Tarbre  levar. 

Mas  Jaofire  vai  del  pung  ferir 

Sos  en  refane,  per  tal  azir, 

Qa'el  sol  lo  mes  tot  estendut, 

Si  que  tot  ìo  seu  a  perdut , 

Qne  non  an  ni  ye  ni  enten. 

E 1  sancs  totz  vius  dars  e  coren 

L'eis  pcr  las  nars  e  per  la  boca , 

£  aac  no  s  moc  plns  d'una  soca. 

E  Tespaza  es  li  salìda 

Del  pong  e  la  pulcella  crida  ; 

•  Acoretz  li ,  aanta  Maxia ! 

«  Per  aqnesta  marída  us  sia.  » 

E  met  el  sol  ea  abausos 

Sos  brasses  estendutE  en  cros , 

E  met  Ta  terra  e  prega  Dieu 

Sospiran  e  ploran  gríeu  : 

« Seîner,  qnei  per  nos  asalvar, 

•  Horìst  et  laisest  davelar 


DE  JAUFRB. 

«  En  cros ,  et  garíst  Danid 

n  Dels  leons ,  e  '1  fil  d'Israel 

M  De  las  mans  del  rei  Faraon ; 

«  Jonnas  del  ventre  del  peison , 

«  E  Noe  del  peril  de  mar, 

«  E  Susanna  de  lapidar, 

(c  DeAndes  aquest  cavallieri 

u  E  a  me  donatz  so  que  us  qaer.  m 

E 1  jaiantz  es  vengutz  ab  tany    • 

E  a  levat  del  sol  lo  bran 

E  cuia  venir  ves  Jaufire , 

Mas  tant  es  firevols  qoe  non  ve 

Ni  s  pot  movre ,  ans  es  cazutz 

En  ia  plas^a  totz  estendutz. 

E  Jaufire  es  se  remenbratz 

lE  es  mantenen  sus  levatz ; 

Pueis  Vene  ves  lo  jajan  corens , 

Qu'el  vi  el  sol  jazer  adens 

Tot  estepduti  e  tenc  en  man 

La  espaza ,  e  non  jes  en  van ; 

Ads  la  tenc  estreit  e  calcat 

Qu'enans  i  ac  assatz  poignat 

Jaufire ,  qne  tolre  la  poghes. 

E ,  cant  vi  c'aissi  es  conques , 

Tol  li  's  pes  e  laissa  l'estar. 

E  la  pulcdla  va  s  gitar 

Als  pes  de  Jaufre  mantenen  : 

«  Seiner,  cinc  cent  merce  vos  reu 

«  Qir  aissi  m'avetz  deslíyrada.  » 

E  Jaufire  a  la  sus  levaida , 

Que  l'a  aqui  eis  conoguda. 

«  Pulcella  I  dis  el )  Dieus  ajuda  ! 

«  So  q'es  de  vos  ?  con  es  aici  ? 

-f—  «  Seíner,  ieu  diraî  ben  consi ; 

«  Ma  maire  me  menava  er 

«  Per  deportar  en  un  vergier, 

«  Aissi  con  soven  se  sol  far ; 


ii^ 


.    .  BOMAN 

'    iv>Â  iM  il^m  toniar, 
V"  \.>u  ^vuú'  aquest  jaian, 
'  t^  V"  v'  M>  t  per  mout  mal  talan , 
'  h  •«  ut  tro  nici  aportada  ; 
n  MiU  UÌeui  e  Tos  lo'avetz  gardada , 
«  tjus  non  m'a  de  moa  cors  aanida. 
•—  H  Sanla  Marìa  en  sia  grazîda !' 
<•  OU  Janfre,  que  m'a  ítiu  venir 
H  En  luoc  «n  vos  pogec  servir. 

■  Ara  m  digatz  de  rostre  paire, 

■  On  era ,  ni  vostre  dui  fraïre. 

—  n  Seiner,  ea  U  forest  cassar ; 
■t  Mas  mout  mì  fiùtz  meravilar 

n  De  mon  paîre ,  co  1  conoisetz , 

■  Ni  parqne  tant  a  Dieu  giaseti , 

■  Car  m'avetz  serTÌda  en  aiui , 

■  Canc  mais  qe  m  membre  n«  us  vi 

—  <■  Pulcella ,  encar  nou  a  gaìre 

■  Qne  Tos  e  ADgîers ,  vostre  paire , 
>  E  vostre  dui  fraìre  aítaaient 

■  He'scrrísben  amon  talent, 

■  En  vtelr^ostal ,  est  autre  dia. 

—  ■  Bel  leinet,  beneiecta  sia 
«  La  ora  que  vos  í  veognes , 

■  Qae  ane  servisi  ni  ben  vos  fes. 

—  ■  PulceDa ,  ar  podetz  saber, 

■  Dis  JauGre,  qnal  pro  pot  tener 

■  Qoi  volontiers  ser  tota  jen , 

■  Cnns  o  gnitardona  pcr  cen. 

■  No  Mp  bom  qui  va  nî  qui  ven ,  - 

■  Ni  cant  a  mal  ni  cant  a  ben , 

■  Ni  que  l'es  ades  a  renir; 

■  Per  que  fai  ades  bon  servir 

■  0  d'aculir  o  de  parlar 

fa  .  cita  gen . 
ctvisipren, 


DE  JAUFRE. 

■  Esta  laig ,  si  no  1  gîzardona , 
«  S'era  coms  o  maîers  persona. 

—  ■  Seiner  Jaufre ,  dis  la  pncella , 

■  Sî  ns  platz ,  ara  m  digatz  noella  : 

■  Quin'aventura  la  us  adus? 

—  ■  Pulcella,  no  ns  demandetz  plus 

■  De  novas,  car  trop  ai  a  br 

■  Que  gran  paor  ai  de  tarzar. 
•  Assatz  vos  diraî  verilat 

■  Gant  ne  serem  alegorat.  ■ 
Ab  tan  va  1  caval  resenglar 
Pueis  poia ,  e  a  s  &ig  donar 
L'escnt  e  ta  laosa  alsaraent. 
E  pren  la  piusela  tot  jent 

E  a  la  denan  se  poiada, 
Qne  JB  per  el  non  er  laiisada 
Tro  l'aia  a  son  paire  rendnda, 
Qu'el  la  cuia  aver  perdnda. 

Aissí  s'en  vaî  cocbosament 
Ves  lo  castel  de  mantenent 
Oa  ]ai  nafralz  lo  cavallier, 
A  qui  anria  gran  mestier 
Socorf ,  que  vengutz  es  iTaatat 
Ab  sos  sirvens ;  que  l'an  liat 
Las  m^ns  estreit  detrus  lo  dos , 
QuAtre  bacailar  gran«  e  groa , 
Qne  an  grans  quatre  correiadas 
De  cuer  de  cer  mennt  nodadas 
Ab  qu'el  baton,  e  '1  bn  puiar 
Lo  pueg ,  aisai  ton  stdon  &r, 
C'aiss)  to  an  set  an  tengnt. 
E  tant  l'an  trait  foras  lot  nut , 
Pueis  l'an  al  pe  del  pneîg  menat. 
E  quecx  a  sos  brotz  reversat , 
Que  ■'apareìUon  del  ferir. 
Ab  tant  viro  Jaafre  venir 
Uout  tost,  denui  se  la  pucela. 


i 


ROMâN 

Fin  cil :  «  Aqnesl  porta  novda 
t  De  que  que  sia  a  mon  seignor 

•  Caìssi  cayalca  per  vigor.  » 
£  Tanlat  es  sus  en  Faogarda , 
E TÌ  Jan&e,  cant  se  regarda  j 
Qa'es  als  quatre  sirvens  Tengntz 
E  es  s'cn  corren  desendutz ;  • 
Ereac  res  Janfre  per  saber 

Qoe  ren  aitan  cochos  qnerer. 
.  GtTafiier,  dìs  el ,  saber  roill 

•  Ca&  silireira  nì  cal  orgoiU 
•Ts  &ìt  e  ma  terra  intrar  i 
«DteBien,  e  Tai  te  desarmary 

t  Qae  totz  temps  estaras  mais  pres. 
— « SeìneTy  non  farai  y  dis  Jaufires  $ 
5  Irop  TQS  yoletz  un  panc  eochary 

•  Sì  ns  plalz ,  laissatz  me  razonar. 

•  Per  cest  cavalier  soi  yengntc 
« Qoe  devia  esser  batntz ; 

■  E  prec  Tos ,  per  enatinament 
« E  per  tot  Tostre  causiment , 
« Qo'd  laîssetZy  per  amor  de  me , 

•  Siiis  piatz,  efiiretz  i  merce; 

•  E,  s'anc  fes  ycs  vos  malvestaty 
-  Erguell  ni  gnerra  ni  foudat , 

«  Tot  en  aissi  s'en  tomara 
«  Con  Tostra  cort  oonnsera.  » 
Apres  a  Taidat  respondnt : 

•  leu  cre ,  dis  d ,  se  Dieus  m'ajut  j 

•  Que  ta  aias  perdut  ton  sen 

•  Car  aisti  parlas  folamen , 

«  Ni  ditz  c'om  aquest  te  renda. 
«  Âssatz  as  ibrfidt  c'om  te  penda 

•  0  c'om  t'ausia  a  mala  mort! 

--  «  Seînery  vos  i  faríatz  gran  tort , 

•  JHs  Jaufre  y  qu'íeu  no  ai  ditz  ren 
.« Qoe  as  deia  enuiar;  mas  ben ;  ' 


DE  JAUFRE.  117 

«  E  ja  per  tant  no  m  laissarái 
«  Que  no  us  diga  encaras  mai 
M  Qu'el  cavallier  non  aucisatz, 
«  ]E  que  per  amor  lo  m  rendatz , 
«  Ç'ueimais  Payètz  ITop  trcbaiUat. 
-^  «  Yai ,  yiUan ,  trop  t'ai  escoutat ; 
«  Deissent ,  e  vai  te  'desgamir, 
«  Qe  si  no  y  pfop  es  del  mòrír. 
«  E  aquela  pulcella  sîa 
ic  Dels  escudiers ,  car  era  tia. 

—  «  SeineTy  dis  Jaufire  9  non  er  jes  ^ 
«  Car  mout  me  seria  mal  pres 

«  S'era  ak  escudiers  lîyrada ; 

«  Âns  sera  ma  forsa  mermada , 

.«  Qu'eu  non  poirai  del  bran  ferîr, 

«  Qu'ieu  la  lais  forsar  ni  aunir. 

f—  «  E  con?  e  vols  t'ab  me  combatre? 

—  «  Oc,  ans  que  m  lais  aunir  ni  batre, 
«  Ni  esta  pulsella  forsar. 

__  —  «  Ara  yols  tu  t'anta  doblar  ? 
«  Dis  Taulat ,  que ,  si  Dieus  m'ajut^ 
«  Pueis  aurai  al  col  mon  escut 
«  Non  escaparas  ab  la  yida. 
•—  «  Mouta  menassa  ai  auzlda 
«  Ab  aquesta ,  so  dis  Jaufire  ; 
«  Mas ,  per  mon  cap ,  vos  dic  y  so  cre  y 
«  Lo  cayalier  yos  er  a  rendre  ,^ 
f(  E  cuig  yos  ben  l'anta  car  yendrc 
fí  C'al  rei  Artus  fezes  Tauti^ier, 
M  Que  l'aucises  nn  cavallier ; 
«  Mas  ara  sai  ieu  yeramen 
<(  Que  mai  d'orguell  e  de  non  sen 
«  A  en  te ,  qu'ieu  non  aug  retralre ; 
tt  E  non  o  podetz  celar  gaire , 
«  Que  mout  m'ayetz  fort  menasat , 
«  E  eu  o  ai  tot  escoutat 
u  £  sufert  tant  com  yolges  dir . . . . 


âi8  SOMAN 

«  Mas  fe  que  dei  al  rei  Ârtos , 
u  Qe  am  e  ten  per  moa  seignor, 
«  Oimais  no  m  portarai  honor 
1«  Qe  pro  ai  essaiat  ab  ben , 
■n  Ni  no  us  blandirai  de  ren 
«  £  s'es  mals ,  mal  avetz  trobat  » 
A  aqucst  mot  respon  Tanlat  : 
«  Gayalier,  moat  as  pauc  de  sen, 
«  Que  ja  saps  a  ton  csien  y 
«  Que  meillors  .v.  cen  earalliers 
«  Que  tu  non  iest,  ni  plus  sobriers , 
«  Ai  ab  acmas  pres  e  conques, 
—>  «  Anc ut  pan ,  so  dis  JaufineSy 
«  Non  o  metam  tot  en  parlar, 
«  Mas  si  t  TolS|  va  le  tost  armary 
«  E  yeiam  que  Deus  ne  volfa ; 
4»  Qne  ja  enans  ben  no  m'ira 
«  Tro  que  m  sia  ab  te  oombatutz 
a  Que  Fus  sia  morU  e  yeiiGntz.  » 
E  Taulat  respont  ab  ergueU « 
«  Ja  autra  gamîson  non  vuell , 
«  Mas  sol  mon  escnt  e  ma  Unsa ; 
«  Que  tant  te  vei  d'avol  sembUnsa 
«  Que  ja  no  m  voiU  per  te  gsfnir ; 
«  Ans,  si  t  vob,  ne  fai  set  venir 
M  Aitals  con  tu  iest  totz  armatz.  n 
So  dis  Jáuíre :  «  Ço  es  foldats 
«  Que  te  combatas  desgamitz  y 
«  Mas  ben  yirs  erguil  a  tos  dftz. 
«  Mas  tot  en  aissi  con  .vobas 
u  Te  combatas ,  si  en  cor  o  as , 
«  0  si  non  9  vai  te  rendre  pres 
«  Al  rei  Artus ,  que  sa  m  trames ; 
n  Cuna  d'aquestas  t'er  a  far. 
«  Tol  ti  oimais  de  menassar.  » 
Â^  tant  Taulat  s'es  irascutz 
E  es  ves  un  lirvent  vengutz  : 


DE  JAUFm 

«  Aporta»  disel|  moneMUt 

«  E  ma  buifa  y  á  Dieas  t'ajnt ; 
ii  Yai  aitan  com  poins  corea 
M  E  digas  a  aqneUa  jen 
«  Que  lai.fiiras  son  albevgat, 
«  Que  vmgan  un  malanrat 
«  Vezer  morìr  ab  coip  de  laosa, 
«  Qoe  Pescut»  ranberc  e  ia  pansa 
«  Li  voU  a  nn  oolp  esfrondar; 
«  O  si  non  y  no  vueU  mais  portar 
«  Armas ,  ni  £ur  GavaUaria , 
«  Ni  de  domna  aver  seígnoria. » 
El  sirventz  es  d'aqui  mogotz 
E  es  se  en  la  ost  vengutz 
Ab  cavaUiers  que  fiui  gran  dol 
Per  lor  seignor^  que  Taidat  vol 
Far  puiar  Tangarda  batent. 
E  aissi  con  venc  mantenent 
Dis  lor  t  «  Baros ,  anatz  vezer 
«  Un  caititt  qu^ea  veQgut  querer 
tt  Sa  úiorty  que  mos  aeiner  o  mandii 
«  Al  pe  del  puig ,  en  mietz  la  landa.  > 
E  pucis  part  se ,  aitant  con  pot, 
E  intret  el  castel  de  trot, 
On  troba  las  domnas  ploran 
Mout  fi>rt  e  lors  cabeb  tiran. 
E  pres  la  lansa  e  resent, 
Q|ie  vi  a  un  lancier  penduti 
E  vol  s'en  toroar  mantenen » 
Cant  la  domna  maier  lo  pren : 
«  Amix,  dis  ella,  digas  mci 
«  E  non  m'en  mentas ,  per  ta  fe : 
«  D'aqueUas  armas  que  vols  btf 
«  Que'tatit  oorren  te  vei  portar? 
— -  «  Fe  que  dei  a  la  yostr'amor, 
«  Domna ,  port  las  a  mo  seinor. 
—  «  E  a  que  opS|  si  Deus  te  gart? 


ROMÀN  DE  JAUFRE. 


ï'S^ 


—  a  Per  nn  vìlaii  fbl  e  niusart 
«  Qqc  s*es  Yenfptz  ab  d  combatre ; 

•  E,  si  1  Toletz  Tezer  abatre 

•  0  andry  T<»ietz  sai  ades , 

>  Canc  Baìs  no  fo  de  mort  ten  pres. 


Sns  en  1a  pena  de  l'escnt , 
Que  tot  lo  Ya  fratt  e  rompnt , 
Que  TesGut  e  '1  peîtz  e  'J  costat 
L'a  tot  esvasit  e  passat  j 
Si  que  la  lansa  n'es  passada 


— « DienS)  dîs  la  domna,  io  'n  defenda,  De  l'autra  part  nna  brasada 


« E  a  te ,  s'fl  platz ,  car  o  venda , 
<  Car  aìssi  parlas  felamen ! 
'  Caiso  es  aqnel  verameft 
« Qn'i  a  •▼ni.  joms  sai  vi  vemV ; 
« E  Doa  Tol  dú  convent  mentir. 

•  Santa  Xaría  1  gart  de  pena  , 

« £  a  Tanlat ,  c'aissi  s  mafanena , 
■  uoù  de  malnveulura  tan  y 

•  Vmí ,  d'angoissa  e  d'a&n 

•  E  de  trebail  e  de  ddor, 

•  Coo  iea  quier  a  nostre  Seinor.  » 
Ab  tant  es  vengntz  lo  sirven 

i  soa  seinor,  hi  on  Taten. 
E  pres  rescttt  e  pueis  la  lansa , 
Q*eD  son  ergueil  a  tal  fiansa 
Qne  noB  vol  son  ausberc  vestir 
E  a  eacridat :  «  Ven  moriry 
« Vílao  ,  tn  que  sai  est  vengutz.  n 
E  Jaufire  es  ves  el  mogut , 
Cant  aisi  s'auzi  escrídar^ 
Tant  col  caval  io  pot  portar. 
E  fim  iratz ,  que ,  de  feunia , 
L'es  doblada  sa  gaílardia. 
E  TaulatE  venc  de  l'autra  part , 
Peíers  que  leons  ni  laupart , 
E  vai  flerir  per  tal  poder 
Janfre,  qne  no  1  poc  retener 
Sdla  ni  eengbi  ni  peitral , 
Qae  tot  o  trenca  e  vaí  a  mal , 
Qae  ab  tot  Fa  en  tena  portat. 
£  Jaufre  a  '1  tal  oolp  donat 


E  contra  terra  l'a  cosît. 

E  las  gens  cridon  a  nn  crít  : 

«  Santa  Maria !  Santa  María ! 

«  Âbaissatz  en  aquesta  dia 

u  La  felonia  de  Tatilat 

u  E  rerguell  que  trop  a  durat. «» 

E  Jaufre  leva  tot  corren , 

Pueis  trais  l'espasa  mantenen 

E  es  s'en  ves  Tamhl  vengutz« 

Que  jai  el  sol  tolz  estendutz 

E  espadatz  coma  grapaut; 

E  crida,  tan  con  pot,  en  aut : 

«  Gavallter,  per  amor  de  Deu , 

n  Non  mueira ,  que  mout  m'esta  greu  ; 

«  Vailla  m  Deus  e  sanla  Maria , 

«  Que  mort  s<h  per  ma  gran  foDia. 

—  u  Non  est  encaras ,  dis  Jaafre , 

c(  Mas  eoans  que  t  partas  de  me- 

u  0  dìras  en  ver,  ab  mon  grat , 

«  Car  trop  a  tos  erguils  durat , 

«  E  deu  ben  oimais  penre  fin ; 

«  Que  tu  cuiavas  oi  matin 

u  Qu'el  ihont  non  agnes  cavallter 

«  Tan  fort  d'arro^s  ni  tan  sobríer. 

«  £  pros  eras  tu  veramen , 

«  Mas  trop  regnavas  malamen , 

«  Gar  trop  te  donavas  d^orguell , 

«  E  Dieus  non  l'ama  ni  racuell, 

«  E  tu  potz  o  aras  vezer 

«  Qu'ieu  non  son  jes  d'aquel  poder 

«  C'ab  armas  sobrar  te  degues , 


lao  nOMAN 

«  Si  Dieus  airat  non  Vagues ; 
«  llas  y  peç  ta  grant  malaventara  i 
«  T'a  suferta  la  desmesura 
«  Que  fezist  al  bon  rei  Artua , 
M  E  no  1  platz  ({ue  t'en  soffra  pliiStf.;* 
«  E  Deus  tot  per  la  malvestat 
«  Que  d'aquel  cavalîer  fasias  j 
«  Qu'en  ta  prison  nafratz  tenias , 
«  Fes  te  la  cort  del  rei  aunir, 
«  £  me  en  acpiel  punt  venir. 
«  Que  tant  t'ai  jom  e  noit  seguit 
«  Qne  raon  coratge  n'ai  complît  j 
«  De  luein  t'es  acpiest  mal  vengutZtf 
«  Moutas  vefcz  es  hom  confondutz 
«  Per  so  de  que  garda  no  s  pren. 
«  Lonc  temps  aoras  anat  queren 
«  So  qu'as  en  pauc  d'ora  trobat. 
«  Conoisetz  que  mal  as  reînat? 
—  «  0  ieu,  seiner,  e  dam  merce ; 
«  Que  prenatz  segurtat  de  me , 
«<  G'aissi  m  ren  en  vostra  príson  ^ 
«  Goma  pres  e  vencat  que  son.  n 
Dis  Jaufre  :  «  Ab  me  trobaras 
«  Meree ,  pueis  demandada  l'as ; 
u  Mas  iras  t'en ,  c'aissi  o  voU , 
«  Al  bon  rei  Artus  a  GarduoU « 
«  Lai  on  el  es  y  rendre  per  pres,. 
«  Car  l'ancta  no  t  perdon  ieu  ges 
«  Del  rei ,  mas  lo  mal  que  m'as  fait 
«  £  '1  trebail  qne  per  te  ai  trait 
«  Te  perdon ,  aqo  t  fas  saber 
«  Que  del  rei  non  ai  jes  poder^ 
«  Car  lo  rei  es  seinor  de  me 
«  £  penra  venjansa  de  te , 
«  Pcr  honor  e  per  aeinoría* 
~  «  Seiper,  aissi  co  us  volres ,  sia  y 
«  Dis  Taulat  ^  qe  no  î  met  content  ŷ 


DE  JAUFRE. 

«  Mas  tot  sifl  a  vostce  talettt 

«  E  a  merce  de  mon  seignor 
«  Lo  rei ,  a  eui  Deus  fai  boimr. 
«  Seiner,  iaitz  m'un  meje  veoir 
«  Que  puing  en  ma  nafira  gaiír, 
«  Affnéí  qu*el  cavaUier  garía, 
«  Que  mout  a  bona  maîs^a 
h  E  mout  es  sos  sentz  natnrals^ 
«  Qu'el  mont  non  cre  qu'en  sia  aitils 
«  Ni  que  tan  conosca  de  plaga 
«  Ni  miels  a  garíson  la  traga. 
—  «  Jai  dis  Jaufire ,  per  san  Tomas, 
«  Enans  d'aqui  non  levaras 
«  Ni  veras  metje,  per  mon  grat, 
«  Tro  que  aias  merce  damat 
«  Al  cavaUier  que  es  aqui , 
«  E  a  los  auties  autresi 
«  Que  de  ta  preison.sion  sont 
«  Ab  tot  l'ames  que  lur  as  toot^ 
-—  tt  Seiner,  a  vostra  volontat 
«(  Faitz  d'els  e  de  me ,  dis  Tanlat; 
«  Car  vostre  es  totz  mos  poders, 
«  Ma  terra ,  mos  cors ,  mos  avers» 
«  Que  de  tot  vos  don  seinoría ; 
«  Qàe  so  qu'en  volres  far  fait  sia. » 
£  Jaufre  a  s'espasa  mesa 
El  fuere ,  e  a  la  soa  presa 
£  va  lla  testa  desgamir; 
Pueis  a  fait  lo  metje  vcnir, 
Que  l'a  la  plaga  regardada, 
D'aiga  e  de  vin  blanc  lavada; 
E  pueis  an  I'en  un  leit  colgat 
E  an  l'en  al  castel  portat. 

E  Jaufre  a  fiiit  desliar 
Lo  cavaUier  e  desUvrar, 
E  'Is  autres  denan  se  venir; 
E  pueis  fes  a  totz  convenir 


ROMAN  D£  JAUFRE. 


lai 


Cal  boD  re)i  Artos  s'en  iran 
Ab  lor  MÚúoTf  e  porUran 
Taolaty  tro  denon  lo  rei  sia , 
Qoe  prenga  de  la  yìlania , 
A  soD  plazer,  dreît  e  Tenjansa : 
•  E  eontatz  li  la  deamesura 
■  Qoe  fitfia  sens  forfiiiehura 
I A  tqaeL  caTallier  sofirìr, 
-  E  con  l'am  fiiit  langnir....  » 
El  ctTallier  son  se  rendut 
k  ìnSre  y  e  Tan  convengnt 
0«  lot  so  qae  lor  dis  faran , 
Qoe  ji  sol  mot  non  passaran ; 
£  Biis ,  si  mais  en  toI  querer, 
Cascas  en  Cara  son  poder. 
Dis  Jaofire  :  «  Al  re  non  Toil  dir.  >» 
Ab  aitant  toI  se  d'els  partir, 
Caot  \o  seiner  dels  caTalUers 
Qa'cra  àe  Taulat  presoniers 
Li  Tenc  denans  mout  liumilmen  : 
Seiner^  dis  el ,  a  tos  mi  ren 
Me  e  mos  homes  e  ma  terra, 
Per  fiir  contra  totz  homes  guerra ; 
Qne  jent  o  avetz  gazainat, 
Qae  de  tal  Inec  m'avetz  gitat 
On  ai  a  ma  forsa  vescut, 
Car  tant  j  ai  de  mal  agut 
Qoe  mais  mi  Talgra  mort  que  vîda« 
Anc  mais  non  cre  que  fos  ausida 
La  dolor  ni  la  passion 
Qu'iea  ai  tracha  en  la  prison 
On  Tnnlatz  m'avia  tengut  tan , 
E  scs  fbrfiût  petit  ni  gran, 
Que  no  Tayia  de  ren  faig; 
Mas  Dens  e  vos  m'en  avetz  traig. 


«  D'avery  de  terxa  ni  d'onor ; 
tt  Mas  que  us  n'anetz  a  mon  seinor 
«  Lo  rei  Artûs  que  sa  m  trames , 
«  E  a  el  ne  rendetz  merces, 
«  Yos  e  tuit  aquil  caTaliier. 

—  «  Aqno  farem  mout  volontier, 

«  Dis  el  eavallier;  mas ,  si  ns  plalz, 
«  Seiner,  vostre  nom  nos  digatz, 
«  Qne  saber  voill  de  cui  diren 
«  Al  rei  Artus,  can  lo  veiren , 
«  Qui  m'a  de  prison  deslivrat , 
«  Ni  a  vencut  ni  pres  Taulat. 
— *  «  Seiner,  qui  us  demanda  de  me, 
«  Digas  li  qu'ieu  ai  nom  Jaufre. 

—  «  Jaufre,  seiner?  —  Oc  verament. 
«  E  digatz  me  per  entresent 

«  A  Quex  qne  vergona  '1  farai , 

«  El  primier  luoc  on  lo  veiraî , 

«  De  la  vilania  que  m  dis ; 

«  Meils  li  valgra  que  s'en  gîquís.  » 

E  '1  cavaUier  dis  e  coven 

A  Jaufre  qn'el  lo  dîra  ben 

Al  rei  e  a  Quex  so  qu'el  manda. 

En  apres  a  Deu  Ips  oomanda. 

E  Jaufire  a  puis  demandat 

G'om  l'aduga  tot  enselat 

Un  palafire  a  la  pulcella , 

A  la  fiUa  d'Augier,  la  bella, 

Qu'el  jaiantz  enmenava  presa , 

A  cui  la  tolc  per  sa  proesa. 

E  aqui  eis  de  mantenen 

II  an  fiiit  son  comandamen ; 

Car  mout  lo  volon  obesir, 

E  a  toi  son  plazer  servir. 

E  Jaufre  pueia  la  pulcella 


-«  «  Seiner,  dis  Jaufirenz,  ieu  non  quier  E  pueis  ten  soii  camin  ab  ella , 
•  De  vostre  delivTar  loguier  Totz  sols ,  ses  autra  conpaignia , 

1.  i6 


122  ROMAN 

Que  ja  non  anra  ben  tro  8ia 

La  d'on  lo  jaiantz  Ta  mognda , 

E  l'ala  a  son  paire  rendudá. 

E  pueîs  tenra  ves  Brunesentz , 

On  es  sos  cors  e  son  ententz. 

El  camin  s^es  mes  ^  per  on  venc ; 

E  Taulat  ^  aissi  con  conTenc , 

Rent  als  cavallers  gamimenta; 

Que  anc  nnlla  res  non  fon  roeolz 

Gaval  y  escutz  ni  gamis4Mi , 

Que  non  renda  atrestan  bon 

Gon  so  que  avion  perdut. 

E,  quant  tot  lor  o  ac  rendut, 

Meton  8  tnit  ensems  en  la  via , 

E  son  vengut ,  all  ruchen  dîa , 

A  Gardoîl ,  on  lo  reis  s'estava 

Privadamenz,  e  es^oUva 

Una  pulcela  que  s  rancura 

E  s  clama  d'una  desmesura, 

G'uns  cavalliers  li  fai  a  tort , 

Que  la  guerrega  com  per  mort 

E  Ta  touta  tota  sa  tenra. 

E  non  pot  mais  sofrir  la  gerra  , 

Gar  non  l'a  nuilla  ren  l^issat , 

Mas  un  castel  pauc  assejat , 

G'aura  tro  a  un  mes  rendut , 

Que  aîssi  o  a  convengut. 

E  a  mestier  que  o  atenda , 

Si  non  troba  qi|i  k  defenda  ^. 

E  ven  al  rei  querer  secors  : 

<i  Seiner  rei  ArtuSf  de  prelz  flors , 

1«  E  aiso  dison  totz  lo  mons , 

«  G'om  de  vos  non  va  fadions 

u  De  secors  ni  de  vostra  ajuda , 

«  A  vos  soi  per  socors  veâguda , 

«  Per  so  car  m'a  mout  grant  mestier. 

«  Que  m  bailetz ,  si  u$  platz ,  cavalícr 


DE  JAUFRE. 

«  Tal  que  s  combata  per  moii  éreg 
«  Ab  cel  c'aissi  m  ten  en  destreg, 
«  E  que  m  faailetz  tot  le  metlior 
«  De  vostra  cm^t;  c'ab  lo  peior 
«  L'aura'a  &r  qne  sia  el  mon. » 
Ab  aitant  lo  reis  li  respon : 
M  Pulcella  y  sî  Gâlvanz  sa  foi,  * 
u  El  s'en  anara  ben  ab  vos, 
«  O  Ivans ,  o  1  filtz  de  Dovon; 
«  Mas  neguns  d'aqu^  no»  ci  son. 
M  E  pero  8i  sai  n'a  negmi 
u  Que  volguet  aver  tan  d'estran ; 
M  Que  s'en  volgaes  ab  vos  aoar, 
««  Gran  busor  pogra  gazanar.  » 
E  anc  neguns  oon  sonet  molz , 
E  la  pulcdla ,  vezen  totz , 
Escrida :  «  Cavaller,  no  sia! 
«  Per  Dieu ,  no  m'en  tom  abdia, 
M  Non  sia  esta  cortz  desmentîda , 
M  G'om  diga  que  m'en  tom  (aUida! » 
E  negnns  non  a  mot  sonat. 
Ab  tant  viran  venir  Taalat^ 
En  un  lieg  gamit  ripament, 
Entre  dos  palafres  mont  genl. 
E  entom  son  tuit  li  cinc  centz 
Si  gamitz  que  res  non  fon  mentz  ^ 
Que  tuit  son  de  novel  vestit 
E  de  novas  armas  garait. 
E 1  cavallîers  es  totz  primiers 
Qu'era  de  Taulat  presoniers , 
E  vai  s'als  pes  del  rei  gitar : 
«  Seiner,  cel  que  s  deinet  baissar 
«  En  terra,  per  nostr'amîstat, 
u  E  receup  lo  colp  el  costat., 
u  Don  tuit  siei  enemic  son  mort 
M  E  siei  amic  sai  et  eatort , 
«  Yos  don  gaug  e  us  cresca  honor, 


BOMAN  DE  JAUPRE. 

« Aissi  coD  a  tol  k>  raeìUor 

•  Qne  jaauiis  sia  ni  anc  fos.  i> 
E 1  reîs  rapon  x  u  E  Dieoz  sal  vos , 

« Aimcs,  e  cels  cpie  ab  ros  son  > 
"  Qne  tant  veî  qaQnSon  bel  e  bon. 

<  E  Tueli  saber  qulnas  genz  est 

•  Ni  on  anatz ,  iii.qne  qiierest , 

•  Ni  qvalz  bonz  es  aqnest  nafratz. 
**  Seìner  fei ,  aiso  es  Taulatz. 
^«  Taulatz!  dis  lo  rei,  e  so  con? 
— « Seíiier,  Jacnfre ,  lo  fikz  DoTon , 

<  L'»  con<|aist  per  caTaUaria , 
«  Qb  ,1  ma  dom&a  e  a  ves  renvia , 

•  Qoe  prendal&^de  Fanta  qoe  ns  fes 

•  Aital  Tenjansa  c'en  vohes. 


123 


u  E,  si  us  platZy  faitz  l'aissi  venir 

<t  G'a  ela  voiQ  oontar  e  dir 

u  So  que  Jaofrens  per  mi  li  maBda,  » 

Et  aqui  eis  lo  reis  comanda 

A  Quecx  c'aduga  la  reina 

E  »<»  la  r«maDg.  ìMgan. 

En  cambra  domna  ni  donzeUa  y 

Que  nop  veng'  auzir  la  aovella. . . . 

E  la  reina  es  venguda 

El  palais ,  on  s'es  assegudá 

Lonc  lo  rei  Artus,  son  seignor. 

E  no  i  a  domna  de  valor 

Laissada,  beUa  m  donzeUa , 

Que  non  sia  venguda  ab  ella ; 

E  totas  segron  environ , 


->  ■  Ai  Dienal  dis  lo  rei ,  Satití  Esperit !  £  '1  cavaUer  mou  sa  rason  : 


De  hcabe ,  con  a  beo  servit , 
E  de  nm  mal  guerier  hontat  I 
Amiz,  digas  mi  veritat: 
Oa  lo  laseist  ni  on  lo  Tist  ? 
Era  saiis?  — Oc,  seinery  per  Crist, 
Ealegrese  deUchos,  • 
CoD  cavaUerèonratz  e  pros 
E  con  cd  en  eui  i^on  frdU  ren ; 
Âins  iie  pot  bom  miûs  dif  de  ben 
De  sol  el  qne  dels  ántres  totz, 
Que  non  mentiría  de  motz. 
Mas  )a  a  me  nol  cal  bâisar, 
Qn'als  fiitt  e  a  las  obras  p«r, 
Seiner  reîst,  de  Jaufre^  qni  es. 
E  dic  vos  qoe ,  cant  ïiiisires 
Lo  mien  tiebaîi  x  ai'ayentura , 
G>n  Tai  snSerta  aspra  e  dura, 
Tot  vos  faraî  nMiaviUar; 
ìfaft,  seìner,  non  o  deg  ccmtar 
Tro  laa  domna  la  rêina  i  sia 
Ab  lo  miels  de  sa  eonpagnia ; 


«  Domna ,  lo  fíltz  Dovon ,  Jaufre  , 

«  Vos  manda  granz  salutz  per  me 

u  Gon  vostres  boms ,  domna ,  que  es ; 

u  E  a  us  Taulat  aissi  trames , 

u  Que  noo  avion  vostre  amic 

«  Ni  VQs  plus  coral  enemic  , 

u  Plus  ergoiUos  ni  plus  sobríer ; 

tt  E  parec  ben  al  cavaUer 

«  Que  us  aueis  l'autre  jom  denan ; 

M  E  tengra  us  o  aissi  cad  an , 

u  D'aquo  sera  ben  eslronatz. 

u  Mas  JajoSce ,  lo  benauratz , 

«  Que  tant  es  sons  cors  granz  e  rícx , 

u  N'a  venjatz  totz  sos  ennemicx. 

u  E  a  us  ne  íai  aissi  presenty 

u  Per  so  que  prendatz  venjament 

H  De  la  voslra  anta  e  de  lá  mia ; 

u  Que  a  gran  dolor  m'aucisia , 

u  E  dirui  vos  cn  cal  manieira  : 

«<  Per  orgueU  e  per  gran  sobríem , 

u  Que  ren  non  saup  aì  res  per  quc 


124  ROMAN 

«  Aucis  moa  paire ,  e  pueis  pres  me 
«  E  nafret  me  tan  malament , 
«  Si  que  ja  sempre  m'er  parvent ; 
«  E ,  tot  nafrat  y  el  me  tenc  pres 
«  Set  anz ,  e  non  cre  qu'anc  TÎses 
«  Mais  home  en  aìfisi  aucir. 
«  Que  9  cant  m'ayia  iait  garir 
«  E  mas  plagas  m*erou  sanadas , 
«  El  me  fasia ,  ab  coreiadas 
«Batent^un'angardapuiar 
«  E  'ls  mans  detras  lo  dos  liar. 
M  £  y  can  m'avian  sus  poiat , 
«  Batent  e  ferent  mal  mon  grat, 
«  Tot  nutz  e  descals  en  mas  bragas , 
«  E  eron  crebadas  mas  plagas , 
«  Aissi  col  jom  que  fiii  nafratz. 
u  Ye  us  eon  era  marturiatz 
M  Una  ves  cascun  mes  del  an ; 
«  Mas  non  sofria  ieu  sols  lo  dan , 
«  Que  tuit  li  ome  de  ma  terra 
«  Menavan  entr'eb  nna  guerra, 
«  Uìì  plant  et  un  p]or  et  un  crít^ 
«  Que  tant  eron  tríst  e  marrit , 
«  Per  la  gran  dolor  qu'ieu  sofria , 
«  Que  8  lassavon  tres  ves  lo  dia 
«  E  la  nueg  en  gran  dol  a  fiu* 
«  Et  en  plainer  et  en  cridar.- 
— •  «  Dieus  ajvda !  santa  María ! 
«  Dis  lo  reis  |  con  gran  vilania 
«  A  en  aquesta  e  can  laia ! 
«  Ja  Dieus  de  me  merce  non  aia , 
«  S'anc  auzi  tan  gmn  desmesura ! 
—  u  Ancara  i  a  aulra  rancura , 
«  Per  ma  fe ,  dis  lo  cavallîers , 
M  Que  tant  era  Taulat  sobríers , 
«  Fols  et  ergoillos  et  engres 
u  Que  totz  aquestz  c'aici  vezes 


DE  JAUFRE. 

«  Avia  vencutz  e  pres ,  par  me 
u  Car  sol  li  clamavon  merce , 
M  Que  non  m'aucises  aitan  lag, 
«  G'al  re  non  l'avion  forfiig. 
«  Et  anc  no  '1  saubron  tan  clainar 
«  Merce  que  Ui  i  poguesson  trobar, 
«  Tro  Jaufre  l'ac  prea  e  vencut. 
—  «  Anc  mais ,  si  Dieus  e  fes  m'ajat, 
M  Dis  la  reina ,  non  ansi- 
«  CavaUîer  regnar  en  alssi 
«  Ab  tant  d'erguelb  ni  de  fi>udat ! « 
A  aquest  mot  respon  TauLit : 
fc  Donma ,  dis  el ,  ben  ai  agut 
«<  Trc^  d'ergoill ,  mas  tot  l'ai  perdat. 
«  Trobat  ai  metje  natural 
«  Que  m'a  leu  garít  de  gma  mal; 
«  Car  mout  a  gran  mal  en  orgoill 
u  Et  ieu ,  que  ja  mentir  no  voill , 
u  Avia  aitan  de  sobreira 
-    u  Que  anc ,  en  neguna  maneira , 
u  Non  puoc  mal  far,  que  po'lfeses. 
«  Et  es  m'en  tro  aissi  ben  pres , 
u  Que  de  mil  cavallier  en  sns 
u  Ai  mortz  e  sobratz  e  vencutz ; 
u  Que  anc  non  fiii  apoderatz 
«  Ni  non  casio ,  ni  fui  nafiratz 
t(  Que  m'en  laisses  de  cavahar ; 
«  Ni  ausi  anc  en  luec  pariar 
u  De  oavallîer  que  fos  tan  pros , 
f<  Que  s'aguQs  valor  d'autres  dos 
«  Dels  plus  sobriers ,  de  tres  o  quatre, 
««  Que  non  m'anes  ab  el  combatre. 
«  Mout  ai  longamen  percassat 
«  So  qu'ai  en  pauc  d'ora  trobat ; 
u  Que  totz  tempa  ai  quiat  cavalUer 
«  Plùs  ÍDÊi  de  me  e  plos  sobríer. 
u  E,  domna,  la  vostra  merce, 


ROMÂN  DE  JAUFRE. 


125 


« Aî  h  trobftf  iiìeniar  de  me. 
>  E  mme  lo  ré  mon  seinory 
« Qoe  m*enTÎet  tot  lo  -meîllor . . .  • 
<  Qoe  Don  sai  liome  tan  aotfl , 
c  A  cni  la  meitat  en  disses  ý 

•  Qoe  Tolentîers  non  m'anssises. 
I  Mas  Jaufire  ac  tant  Ìe  bonesa , 

■  O'iimilitat  e  de  firanqnèsa 

« Qoe tan  tost  col  clamei merce, 
« La tnhâ ,  e  diraÌTos  de  qoe : 
«TArenneg  e  la  TÌlania , 
« Que  bcha  ni  dîclia  Favia , 
« E7iiial  <pie  per  me  aTÌa-traig 

•  ¥e  perdonet  per  •atrasaig. 

•  Mu  Tanta  quMeu  vinc  aici  &r, 

•  AqiieDa  no  m  ▼oic'perdonar ;  - 
« Qne  dis  «{ne  fiir  non  o  podia , 
« Qne  portar  tos  toII  seinoria ; 

•  Per  qne  m'a  aiei  enyiat ,  - 
« Qae,  tot  a  Tostra  ▼oluntat, 
« £  tot  aissi  con  ns  Tolres , 

•  Yos  e  ma  domna  tos  Tenjes. 

« Mas  mont  son  malament  e  greu 

•  Ifafratz,  vailla  m  merce  per  Dieu. 

■  Francs  reis,  d'nmil  cor  e  de  bon  ^ 
« lías  ja  enjân  ni  tracion  - 

•  No  m  perdonetz ,  ni  ns  o  querai , 
«  Qne  Tolnntiers  m'en  defendrai 

«  Denant  Toa,  qni  m'en  vol  reptar, 
«  Gm  c'aimas  puesca  portar; 
«  Mas,  aeiner,  per  Diens  vos  qneria 
«  Qoe  m  perdonetz  la  vilania , 

«  Lo  forfait  e  Fenvaisimen 
«  Qn'en  vostra  cort  fes  per  non  sen.  >» 
Dis  lo  re}S  :  «  Mout  m'es  greu  a  far ; 
«  001611  qon  sai  con  pnesca  trobar 
«  Ab  mon  cor  que  ja  fin  te  &sa ; 


M  Que  totas  autras  anctas  passa 

«  Aquesta  qu*ieu  anc  receubes. 

—  «  Seiner,  dis  Tadatz ,  ieu  sai  pres 

«  E  nafratz  en  vostre  poder, 

«  E  soi  vengiitz  merce  qnerer 

«  Del  forfait  e  de  lâ  rancnra , 

«  Qu'es  grantz,  e  de  la  desmesur»; 

«  Que  ja  no  ns  cbimera  meifce 

«  Si  no  i  agues  rason  per  qne. 

«  Mas ,  car  i  a  trop  de  rason, 

«  Vos  quier  per  Deu ,  leiner,  perdOn  ! 

«  Gar,  on  maiers  lo  forfaitz  es , 

«  Adoncs  es  maierz  la  merces. 

«  Quì  perdooa  son  maltalen 

«  E  mais  i  fa  de  causimen.  n 

£  '1  reis ,  con  fìrancz  e  de  bon  aire , 

Lo  meiUor  c'anc  ndsquet  de  maire  ,* 

Azauta  s  mais  de  perdonar 

Totz  temps  qne  de  sôbriera  far* 

E  ac  mantenen  perdonat 

Tot  son  maltalen  a  Taulat ; 

E  pueis  preget  tant  la  reina , 
'  Gon  bona  domna  franoa  e  fina , 
^}ue  l'a  perdonat  ensament ;  • 

Gar  ve  qu'el  rei  la  'n  prega  jent. 

Pueis  a  lo  cavallier  pregat , 

G'avia  en  sa  preson  estat , 

Qu'el  perdon ,  pueis  el  li  perdona. 

E 1  cavallier  sol  <not  no  son^, 

Mas  que  pren  fqrt  a  sospirar* 

E  tuît  li  prendon  a  cridar 
-  Qu'el  perdon  pos  qu'el  reis  o  vol. 
«  Barons ,  leus  vos  es  lo  mien  dol 

«  A  perdonar,  car  ren  no  us  costa  ; 

«  Mais  si  neguns  me  fbs  de  josta 

«  E  vis  con  fasia  malamenl 
«  Pniar  en  l'angarda  batent, , 


92$ 


R01L4N  m  JAUFSE. 


«  Las  mant  Uadas  tns  lo  dos, 
t(  Non  a  neguiis  lo  oor  tan  gros 
«  Qae  OQii  plores  de  {Metat. 
«<  E  cascuns  lUs  sa  volontat ; 
«c  Mas  ieu  ^o  lo  rei  mon  seinior 
«  Que  Bo  m'en  parl^  per  «mor 
«  E  SàzBL  m'en  jugv  per  dreg 
«  A  nn  âels  savìs  4^  la  leg.  » 

E'l  reis  lespont :  «  Aquo  «r  &ì|e; 
•«(  Mas  si  us  pbgues  ipe,  senes  platft, 
«  Vm  lo  volgUQies  perdonar, 
«  Mont  vos  en  pogra  maîs  amar. 
—^  «  Seiner  reís » la  morfefde  moa  paire^ 
<f  De  mos  parens  e  de  mon  ^ire  f 
«  E  U  Gonfondement  de  ma  terniy 


«  Gant  dxs  o'ai^als  es  tfiú  (teidoiia. 
«—  «  Seiner  Qoez ,  dts  lo  oavsHieni 
«  y os  perdonalz  fert  vohintiecs ; 
«  Gar  leo  ^btt  «b  hds  perdoa 
«  Gel  qoe  us  &ri  ab  lo  faaston 
«  El  col  9  tal  qile  us  paiva  dettmes , 
«  Ja  tant  ben  no  %s  cn  gardares. 
«  E  Janfre  a  us  per  me  mandot 
«  G'aneara  no  us  es  perdonat 
«  So  qiie'l  diises  draan  lo  rei; 
«Mas,  per  la  bona  fe  qne  us.dei, 
«  Be  us  mavda  qne ,  sitot  vos  loím 
«  G'anoara  ns  en  iani  vergoitta, 
«  E  puesc  o  ben  vo%  en  ver  dir, 
«  Qn'ieu  no  m'azauta  de  mentir. » 


«  E  1s  homes  que  m'a  mort  per  gaefTa ,  E  Qoex  a  clinada  «a  iosta  * 


«  Li  pcrdon ,  per  ia*vostr'ámor ; 
«  Mas  lo  trebail  n!  la  dolor 
«  Qne  a  tort  m'a  frit  softir, 
(<  No  m  pot  jamais  del  cor  eissir. 
«  Que  tant  laí  es  preon  intrada 
«  Quo  jamais  no  m'en  er  gitada  ^ 


E  tton  so  a  tengut. a  festa, 
E  estet  que  non  sonet  mots. 
E  '1  reis  a  1  mandat  dènigil  tou 
Que  fiissa  sa  cort  ajostar, 
De  cels  que  sabon  mteltB  jug^r 
Lo  dreit  qu'el  cavallier  demanda. 


«  Tro ,  per  tal  venjansa  qae  m  plassa,    '  E  Qnex ,  cant  vi  qu'el  reîs  o  Bamia 
«  Sc'om  ttion  vesent,  la  m'en  fassa ;     •  A  o  iait  et  aqup  corrent. 


Que  lŷtz  u'i  a  venir  tal  cent, 
Que  cascuns  sap  do  la  lei'pron 
Et  an  si  &cha  la  razòn 
Tota  contar  al  cavalier, 


M  Que^  aeiner,  anta  corporal 

n  Jamais,  a  bomeque  ren  val, 

tc  Sens  venîanta ,  non  l'ets  del  vêTj  - 

<<  Mas  'als  malvafis  obHda  ejftor. 

t<|  Per  qu'ieu  quier,  ti  ns  pbtE ,  jugament  Del  ctkp  prìmîer  tro  al  derrier, 

«  Que  1  me  fassatz  &r4ia]ment  Que  de  ren  non  lor  a  mentit, 

«  DeJCancta  qn'a  roòn  oors  a  iaitai         Si  oom  avetz  denant  «nrit., 

n  Qu'anc  mais  sa  pars  non  fon  retratta.  «E  cant  tot  lor  o  ac  contat, 


—  <c  Seiner,  dis  Quex  lo  senescal , 
«  Si  |n  sal  Deus^  mottt  estara  mal 
«  Sî  home  altre  dreit  l'en  & , 
«  Pois  pec  vos  perdonat  non  l'a ; 
«  E  pueis^on  ditz  pferaula  bona 


E  il  feron  dir  a  Tauiat 
Sa  razon  tot  suau  e  jent ; 
E  pueis  feron  lor  jugament 
Aital  com  auuretz  conitar  ;   ' 
<t  Qu'el  cavallier  £isijii^mé|iar 


ROMAH 

•  Tanbt ,  laî  on  el  k>  tene  pres  y 
I E  (assa  1  lua  ves  lo  mes 

t  En  rangarda  ImteDt  puiar, 
I  Âissi  con  el  solìa  &r  i 

•  E  tenga  1  lojâsâ  set  aols. 
«Mas,  n1  Tol  perdonar  enantzy 

•  D'aco  1  dona  la  cort  poder; 
tMas  plns  no  Ì'onM  retener.  » 
E  aissi  o  a  conveiigot', 

Qoe  phs  de  nal  c'a  receoffat 
Ko  û  Cotf  m  pfais  de  sobrîera. 
£  pneis  tenc  ab  el  sa  earìera. 

■ 

Aia  iaiisein  aqoest  estar, 

hs  c'acabat  an  lor  afiir. 

Eomtar  tos  aideflaiifré, 

CanMrs  Fa  si  tinft  Tas  se 
^*el  jnamîar  li  tol  e  1  dormir, 
Tot  sobts  e  tot  ésbandîr; 
Car  ades  non  tc  B^onesenz 
E  rai  s'en ,  et  aeo  oûrenSy 
fies  pcr  la  tma  sanput 

Qiie  Janfipe  a  pres  e  Tencnt  ^ 
rergotlloa  carallier  Tanlat , 
£  lor  seignor  a  dedÌTratt^*. 
E1  dol  qne  íasíon  e  l'crit 
Es  renuuisat,  et  an  bastit 
Tal  nn  gang  e  tal  alegríev 
Per  Janfre  lo  pros  caTalHer, 
Con  si  Tcsian  Hoetre  Seignor, 
Tan  li  seram  e  fân  d'onor. 

E  cant  Angiers  de  Gliart  auzi 
Ca  Jauíre  es  pres  en  aissi, 
Pueîn  e  tên  Tes  el  sa  TÌa  y 
Ib  sos  filaqnel  fiin  compagnîa. 
£  mm  ac  minga  caTalcat 
Dc  sa  îoraada  la  meitat , 
(^  Tt  la  pulcella  Tenir, 


DE  JAUFRE.  laj 

Plus  gentz  que  no  ns  sabria  dir, 
GaTalcant  son  bel  palafire. 
E  Tcnc  latz  e  latz  do  Jaufire ; 

■ 

Mas  non  I'a  minga  conoguda , 
Que  ben  la  cni'  aTcr  perduda ; 
Mas  Janfire  conoc  mantenent , 
Et  aqui  mezeis  cl  deiscAt 
E  Tenc  Tes  el ,  aitant  con  pot , 
Alegres ,  de  saut  e  de  trot. 
E  Jaufire,  caiít  lo  tì  Tcnir, 
Deîssra ,  e  Tan  se  con)au9Ìr. 
Et  Augiers  a.dig  a  Jaufire  : 
«  Seiner,  Tostal  prenelz  ab  me, 
tt  Aîssi  eon  xn'avez  conTengul. 
.  «  Mas ,  pueis  no  us  tì  ,  ai  roout  perdut ; 
«  G'uns  jaianz  m'a  ma  fiUa  enblada , 
M  E  non  sai  on  lâ  s'a  menada , 
«  Ni  Yas  on  la  puesca  qnerer, 
M  Ni  non  puesc  alegrier  aver 
«  Ni  gran  gang  de  neguna  ren ; 
«  Ans  Tos  dic  que,  cant  m'en  soven , 
«  Per  pauc  d'ira  lo  cor  no  m  fent. 
—  «  Mout  la  garavatz  aTohnent) 
«  Dis  Jaufire ,  segOB  mon  Teîaŷe! 
M  Mas  pos  fiiitz  es  ^  qui  'n  pot  afedîve? 
M  Aisso  vos  n'era  adarenir  f 
u  Qui  pot  s'aventni^a  fugir? 
u  E  pos  non  pot  esser  cobrada  ŷ 
«  leu  ai  ab  armas  gazanada 
H  Atrestan  avinen  pnlcella , 
M  Et  aitan  bona  et  aitanbella         « 
u  Gon  Tostra  fiUa  Tcramenz, 
«  Que  es  d'atrestan  bona  genz ; 
«  E  dar  la  us  ai ,  si  1a  vololz, 
u  S'en  luec  de  fiUa  la  tenetz. 
u  E  dic  vos ,  cant  la  veiretz, 
«  Que  ja  meintz  non  la  preisaretz 


/ 


ia8  ROHAN 

«  Gon  vostra  fiUa  CBOÌatz. 

—  «  E  9  seiner,  perque  m'en  pariatz? 

«  Dis  Angìer,  que  non  es  aqueila , 

«  En  est  mon ,  domna  ni  donzcDa ) 

«  Que  tant  agues  de  bon  solatz , 

M  Ni  de  que  tant  fos  liom  pagati , 

«  Ní  ian  jent  saupes  aculir 

«  Totas  genz ,  ni  en  grat  servir, 

«  Seiner,  con  ma  fiUa  fasia. 

«  Perque  jamais ,  tan  con  vius  sia , 

«  Sens  eUa ,  gran  gaug  non  aurai.  » 

Dis  Jaufire  :  «  Si  auretz ,  so  sai , 

«i^  non  auretz  pron  qui  la  us  dona 

«  Aitan  beUa  et  aitan  bona?  » 

Ab  lant  el  la  va  desUar, 

E  Augier  la  pren  a  garar 

E  a  lá  sempre  conoguda  : 

«  Bels  seiner,  dis  el ,  Dieus  ajuda ! 

«  On  avetz  ma  fiUa  trobada? 

«  Per  JDieul  con  Favetz  deUvrada? 

«  Si  us  platz ,  digas  m'en  verìtat.  » 

E  Jaufre  a  To  tot  contat 

« 

Del  jaian-,  con  l'es  avengut, 
Ni  en  cal^isa  l'a  vencut , 
Ni  con  'conbatet  ab  Taulat 
€'al  tú  Artus  l'a  enviat ; 
E  del  cavaUier  qu'era  pres , 
Gol  deUvret  ni  ool  trames 
Al  bon  rei ,  ab  los  .y.  centz 
Gamitz ,  si  que  res  non  es  mentZn 
Gontat  l'o  a  tot  en  aissi, 
Que  anc  de  ren  no  l'en  menti , 
Gon  ieu  vos  ai  dénant  contat. 
Et  en  aissi  an  cavalcat , 
Pnrlan  d'aquo  que  lor  fon  bel , 
Tro  que  foron  pres  del  castel 
D'Augier,  que  fa  primìer  entrar 


DE  JADFRE. 

Sof  dos  fils,  per  apareiUar, 
Gonsi  a  gran  procession 
Recipian  lo  fiU  Dovon. 
E  U  s'en-  son  prímier  entrat , 
E  an  per  lo  castel  mandiit 
Que  tuit  n'escon ,  per  &r  honor 
A  Jaufire ,  coa  a  lor  seinor. 
E  tuit  s'en  son  foras  isnt , 
Gent  aresat  et  gent  gamît; 
E  an  el  castel  Jaufre  mes  , 
Que  anc  maior  honor'mm  presy 
Qu'il  l'an  facha  de  lor  poder ; 
E  aqui  estet  aquel  ser. 
E  no  us  dirai  l'arezament, 
^Lo  manjar  ni  servisi  gent 
Que  sos  hostes  U  fes  la  nueg, 
Que  tomaria  us  a  enueg. 
El  matin ,  tan  .tost  col  jora  par, 
A  mandat  c'on  l'an  ensselâr 
Son  caval  e  tenrà  savia. 
«  Seiner,  dis  aos  hostes ,  non  sia  ; 
•«  Per  Dieu!  si  us  phitz,  remanetz 
«  Per  sojomar,  que  lasses  etz , 
«  Gar  trop  avetz  gran  afiin  trag. 

—  «  Si  anarai  per  atrasag , 

«  Dis  Jaufire,  car  de  ren  que  sia 

«  Non  aurai  sojora  nuit  ni  dia , 

«  Tro  sia  a  Monbran  tomatz; 

«  Gar  aqui  es  ma  volontatz , 

«  Mos  oors^  mon  saber  e  moa  sentz ^ 

«  E  sol  que  plassa  a3ranesentz, 

«  Sojoraarai  aqui  un  mes , 

«  O,  tant  mi  pot  fiir,  dos  o  tres. 

—  «  Seiner,  e  no  us  pot  hom  aici , 
«  Dis  Augier,  servir  altresi 

«  Con  a  Montbran  ?  si  farai  ben  ^ 
N  Car  sainz  non  a  nuUa  ren 


ROMAN  DE  JAUFRE. 


!?.( 


«Nott  siji  yostre  raîels.^qiie  mîeil. 

•  E,  setner,  renuuieu ,  per  Dea.... 
—  ■  Seîner,  tot  aisso  tenc  per  pres 

•  Qae  m  proferetz ,  so  dis  Jaufres , 
« Cu  coiiosc  que  bon  cor  n'avetz ; 

<  Mas ,  sî  l>en  servir  mi  voletz, 

<  i  Tolootat  ní  a  plazer. 


N  Que  ja  per  ren  non  remanrîa , 
«  G'a  autra  part  sos  cors  li  tira.  » 
E  Jaufre ,  cant  o  au ,  sospira  : 
n  Pulcella ,  vos  avetz  dît  ver ; 
M  Ben  sabetz  parlar  a  plàzer 
K  E  servir,  sì  que  n'avetz  grat. 
«  Perque  m'en  avetz  gazainat , 


No  m  pregues  malft  de  rcmaner «  Si  que  jamais ,  tant  cant  vìnmi, 


E  cint  Aiigien  l'an  afortir  : 

■  Seîner,  no  us  o  fa  jes  bon  dir 

« OìiDais  y  e  ye  ns  m'en  tot  laissat , 

« E  Uu  n'a  Tostra  volnnti^.  » 

E  coo  il  Tan  aissî  parlan , 

U  jNiIsella  ac  entretan 

Un  paon  raustit  e  lardat 

£  ricamenE  apareiUat; 

E  veac  mantenent  ves  Jaufre : 

« Seioer,  dis  eila,  per  qia  fe, 

>  Vos  quier,  esta  vostra  pulcella , 

•  E  non  men  cpii  aissi  m'apella , 

•  Qa'enanz  que  os  movatz ,  vos  dimes 

■  De  so  c'aparelbat  sal  es.  » 

£  Jaufire  respon  :  «  Yoluntiers. 

^  «  Per  Dien,  filla,  so  dis  Augiers, 
Hais  volgra  Facses  demandat , 
C'aitressi  us  o  agra  dònat, 
Que  remanes  aissi  ab  nos 
Per  sejomar,  un  mes  o  dos. 

—  «  Seiner,  noo  m'o  dara  ben  leu , 
E  ja  sabetz  miebe  vos  que  ien 
C'om  non  den  tal  causa  querer 
Que  s  pense  que  non  puesc'aver ; 
£  aiso  no  s  pot  acabair. 
Que,  s'ien  saupes  qve  ab  pregar 
Lo  sai  pognes  br  remaBer, 
Be  i  mostrara  tot  mon  poder ; 
Mas  ben  sai  c'aitant  me  perdria , 
I, 


«  De  vos  servir  no  m  recreirai ; 
«  E  dic  vos  que  negun  afar 
«  Non  auria  tan  gran  ni  tan  car, 
«  Qu'ieu  tot  non  o  biisses  per  vos , 
«  Si  sabia  que  ops  vos  (bs. 
—  «  Seìner,  la  vostra  gran  mercc , 
«  Dis  la  pulcella,  que  ben  cre 
«  Que  m'avetz  bona  voluntat , 
«  Que  o  aî  vist  e  ben  provat.  » 
Ab  tant  an  l'aiga  demandada , 
E  unz  donzek  l'a  aportada ; 
E  s  lavon ,  pueis  son  se  disnat. 
E  us  sirvens  a  amenat 
A  Jaufre  son  caval  denant. 
E  ve  '1  vos  levat  ab  aìtant 
E  non  a  lonc ,  comjat  a  pres ; 
Que  a  Dieu,  que  tot  lo  mon  fes , 
A  la  pulcella  comandada 
E  pueis  lola  l'autra  maiaada ; 
E  es  puiatz  de  mantcnen , 
E  pren  sas  armas  e  vai  s'en. 
E  sos  bostes  vai  s'en  ab  el , 
E  siei  fiU,  que  son  gran  doozel. 
E  an  en  aissi  cavalcat 
Parlan  ,  tro  mieidîa  passat , 
De  Montbrun  et  de  sa  faison 
E  de  las  domnas  qne  lai  son 
E  dels  bons  aibs  de  Brunesentz, 
Dels  faitz  e  dels  enseinamentz , 

17 


i3o  ROMAN 

De  sa  bontat ,  de  sa  larguesa , 
De  son  gent  cors ,  de  sa  proesa 
£  del  son  gran  enseînamentz , 
Don  se  meraviUa  la  jentz , 
Con  tan  de  pretz  ni  de  beutat 
Son  ensems  en  leî  ajostat. 
Dis  Augiers  :  u  Non  pot  bom  blasmar 
u  Al  res  y  mas  car  non  vol  amar, 
«  Ni  anc  jom  no  s'en  entremes. 
—  «  Gomplida  fora ,  dis  Jaufrens , 
«  S'en  amor  agues  son  entent ; 
a  Gar  s'en  aissi  pert  son  jovent 
(t  Dols  er  e  danz  e  granz  peccatz. 
«  Mala  fon  anc  tan  grantz  beuUlz , 
<(  Don  tant  home  son  enveios , 
«  Si  calsacom  non  es  joios !  » 

Aissi  s'en  van  entr'els  parlan. 
E  ab  aitan  lor  saill  denan 
Lo  senescal  de  Brunesen  , 
Que  a  Jaufre  anat  queren 
A  CarduoU ,  on  a  vìst  Taulat 
E  Meliantz ,  que  desertat 
Avia  estat  tan  longamentz , 
£n  preson,  ab  d'autres  .y.  centz. 
Tant  l'a  e  sai  e  lai  cercat, 
Que  ve  '1  vos  ab  el  ajostat. 
E  Augiers ,  can  lo  vi  venir, 
Conoc  lo  e  va  '1  conjauzir, 
£  demanda  'I  com  es  aqui. 
£  '1  senescal  dis  li  consi 
Quer  Jaufre,  ni  con  l'a  tant  quist; 
£  dis  li  que  mal  a  lo  vist , 
Si  no  '1  pot  a  Monbrun  menar, 
Que  sens  el  no  i  ausa,  tornar, 
E ,  si  o  fa ,  vengutz  es  mal. 
Augiers  respon  al  senescal : 
«  Seiner,  trobat  avelz  Jaufre , 


DE  JAUFRE. 

«  Que  ye  '1  vos  agul,  per  ma  fe., 
«  £  cre  que  n'el  puscatz  menar 
«  A  Monbrun ;  anatz  l'en  pregar 
«  £  ieu  pregar  l'en  ai  ab  vos. 

—  «  Per  Dieu ,  mout  i  dìses  que  pros! 
«  Dis  el ,  e  disses  me  amor, 

«  Que  no  m'an  podetz  dir  maior.  >» 
Ab  tant  es  a  Jaufre  vengntz, 
£  a  '1  dicbas  motz  granz  salutz 
De  part  sa  domna  Bmneseutz, 
Et  apres  de  totas  sas  jentz : 
«  Que  mout  yos  voh'ion  yezer. 
«  £ ,  seiner,  si  us  ven  a  plazer, 
«  Prenetz  a  ma  domna  l'ostal , 
«  £  si  non  ab  s(tf&  senescal ; 
«  £  prec  vos  o  per  amistat.  » 
£  Jaufìre  a  fort  sospirat , 
£  respon  ab  aquel  sosptr  : 
«  Seiner,  e  com  o  podetz  dir 
u  C'ab  vostra  domna  ni  ab  yos 
«  Prenda  l'ostal ,  car  Díeus  en  cros 
«  Noca  fon  aivc  plus  trebaiUatz , 
«  Ni  plus  feritz ,  ni  plus  macatz 
«  Con  ieu  lai  fìii  non  sai  perque; 
«  £ ,  on  plus  clamava  merce , 
«  Adonx  era  ieu  plus  batutz, 
«  Plus  trebaiUatz  e  pîetz  yengutz. 

—  «  Bels  seiner,  car,  sl  Dieu  mi  gar, 
«  D'aiso  ns  podem  ben  razonar^ 

«  Dis  lo  senescal ,  que  tant  era 
«  Nostr'aventura  dura  e  fera, 
«  Nostre  trebail,  nostra  dolor, 
«  Que  sufriam  per  mon  seinor ; 
«  Per  que  tuit  eravam  marrít 
«  £  per  el  fasiam  lo  crit 
«  Que,  I'autra  nuit,  vos  ausîs  fiure. 
«  £ ,  si  fos  mos  fils  o  mon  paire 


ROMAN 

•  Qoe  raTentim  demandes , 

« TaD  n'aTÎa  mon  eor  engpres 

•  No  1  garîra  sanz  Jnlìanz 

«  Qa'ien  j^on  rancîses  de  mas  manz , 
■  Si  pognes  prímiers  avenir. 

<  Mas  mis  tos  avetz  &itz  giqnir 
« Lo  crit  e  1  dol  c  .1  mariment 

«  E  ns  avetz  dat  esbandiment , 
0  Car  aretz  mon  seinor  gitat 

<  De  preson  e  yencut  Taulat , 
«  E  m  domna  si  alegrada 

« Qne  jamais  non  sera  irada ; 

•  ÌBs  fer  meillory  si  ns  pot  Tezer, 
« líí  íar  servisi  ni  plazer 

« Qne  si  Nostre  Seinor  vesia. 
« E  prec  Tos ,  per  santa  Maria , 
« Seiner,  si  ns  platz ,  e  per  meree 
« Qae  ns  n'intretz  el  castel  ab  me. 

—  «  Fatz  o ,  seiner,  »  so  ditz  Angiers 
E  Jaufre  respont :  «  Yolontiers , 

« Si  m  Tol  de  Bmnesentz  garar, 

•  Qne  ja  ren  no  m  pnesca  for&r, 
« Ni  retener  oltra  mon  grat , 

«  Ni  ab  ma  mala  volontat. 

—  «  Seiner^  aisso  pren  sobre  me , 

•  Schn  Den  e  sobre  ma  fe , 

«  Qne  ma  domna  non  vos  íara 
«  Qne  plazer,  oc  tant  con  poira. 

—  «  Ar  anem  doncs  a  bon  aur, 
%  E  Diens  don  la  meiUor  agur 

«  Qne  non  kî  ac  a  rautra  ves.  » 
Dis  lo  senescah :  «  Si  aures, 
a  Seìaer ;  d'aiso  no  us  cal  temer, 
«  E  ien  vauc  m'en  per  far  saber 
«  A  ma  domna  que  vos  venetz.  » 
Dis  Jaofre  :  «  Fort  ben  o  dissetz; 

•  E ,  sì  segur  lai  puesc  entrar, 


DE  JAUFRE. 

.«  E  eissîr,  cant  o  volrai  far, 
«  D'oc  e  de  non  m'o  tornetz  dir  ^ 
«  Qu'ieu  non  voill  ancara  morir.  » 
Mas  aisso  dis  tot  per  esquem , 
Qu'el  fons  de  mar  o  de  enfern 
S'en  entraría  tot  corentz , 
Sol  que  lai  saupes  Brunesentz. 

Lo  senescàl  s'en  vai  coren ; 
E  Jaufre  tot  e  suau  e  gen 
Lo  sec ,  de  Brunesen  pensan , 
D'oras  en  autras  sospiran , 
De  son  cors  e  de  sa  beutat , 
Que  l'a  destreit ,  pres  e  liat , 
Si  que  non  a  de  si  poder, 
Ni  cuia  la  sazon  vezer 
Que  ab  ella  puesca  parlar, 
Son  mal  ni  sa  dolor  mostrar. 
S'ella  non  pensa  del  garír, 
Jaufre  pensa  ades  morír. 

Aissi  s'en  vai  totz  enpensatz. 
E  '1  senescals  es  s'en  intratz 
A  Monbrun ,  tan  con  pot  baten , 
E  venc  s'en  denant  Brunesen. 
E ,  cant  lo  vei ,  es  esbaïda 
E  es  coren  en  pes  saillida ; 
E ,  antz  qu'el  disses  autra  ren , 
Demanda  s'el  cavallers  ven , 
Ni  si  Ta  trobat ,  ni  on  es. 
u  Domna ,  dis  el ,  leu  lo  veires. 
—  «  Consi  leu?  aisso  que  vol  dír? 
«  Gom  ausses  denant  me  venir 
«  Sens  el ,  que  no  '1*  me  menasses  ? 
«  Si  m'ajut  Dieu  ni  santz  ni  fes , 
«  Ben  dic  que  mal  o  fon  anc  Êlilz. 
«  No  m  cnietz  aver  esquem  traitz : 
«  Tot  m'atendretz  mos  covincnz 
«  O  ja ,  pcr  Dieu ,  aurs  ni  argens 


i3i 


]32  ROMAN  DE  JAUFRB. 

«  No  us  garra  non  siatz  pendutz ,  —  «  Vos  lo  veîretz  anc  uì ,  per  Biea! 


«  Que  per  so  es  tan  tost  vengutz 
«  Que  us  cuies  que  m  fos  oblidat : 
«  Non  es ;  ans  o  aures  comprat.  » 
£1  senescal  respont  ab  tant : 
«  Ben  parlatz  a  vostre  talant , 
«  Domna,  et  a  vostre  plazer; 
«  Mas  ieu  n'ai  fait  tot  mon  poder 
«  Del  cavalier,  c'ai  tant  cercat 
M  Que  pres  d'aissî  l'ai  amenat; 
«  E  ,  si  '1  voletz  «segurar 
u  £t  al  eissir  et  al  intrar, 
«  Que  no  1  (ases  mal  ni.'l  forses , 
«  Yenra  sai ,  mas  estiers  non  jes. 

—  «  £  con  o?  a  paor  de  me? 
«  Aras  sai  e  conosc  e  cre 

«  G'aîsso  es  esciuern  que  m  disses 
«  Qu'el  aia  paor  qu'el  forses ; 
«  Ja  per  me  non  sera  forsatz. 

—  «  Ara  doncs ,  domna ,  apareillatz 
«  Vostre  palais ,  e  (aitz  issir 

«  Vostras  jentz  per  el  aculhiri 
«  Qu'ieu  tornarai  ves  el  ades. 

—  «  Dreitz  nientz  es  so  que  m  dises , 
tt  Dis  BrunesentZy  que  per  ma  k 

«  Ja  no  us  partiretz  gaîre  de  me 
«  Tro  qu'ieu  sapcha  per  veritat 
«  S'es  vers  so  que  m'aves  contat. 

—  «  Domna ,  vers  es ,  fe  que  dei  vos. 

—  «  No  m  faitz  acreire  plus  que  gos , 
«  Qu'el  sagrament  m'avetz  passat , 

u  Que  m  degratz  aver  amenal 
«  Lo  cavaUier,  et  es  tomatz 


«  Dis  lo  senescals ,  ab  mon  grat. 
«  E ,  si  n'avetz  grant  volontat , 
«  Seguetz  me  e  faitz  ensdar,^ 
«  £  faitz  per  est  castel  mandar 
«  Als  cavaliers  qu'iescon  la  fors ; 
«  E  aia  cadauns  oon  cors 
«  Vestit  et  aresat  mout  gen ; 
«  E  menatz  de  pulceUas  cen , 
«  De  tals  c'a  vos  fason  honory 
«  E  n'aiatz  de  Jaufre  lausor. 
—  «  Ara  avetz  vos  ben  pariat ,  » 
Dis  Brunesens.  Et  a  mandat 
C'om  l'aduga  son  palafren 
Enselat,  aissi  con  conven , 
E  pueis  apres  las  cent  pulceUas 
De  sa  cort  totas  las  plus  beUas , 
Las  plus  pros,  las  j^us  enseinadaS| 
E  son  totas  enseros  puiadas. 
Pueîs  viratz  puiar  cavaliers 
Els  palafires  et  els  destríers ; 
E  'b  menestrab  e  l'anira  gent , 
Tuit  a  un  &it  cominalmenty 
Corron  carieras  escofaar ; 
E  viratz  lor  apareUlar 
Palitz  e  samitz  e  cendatz , 
Don  fo  '1  castelz  encortinatzi 
Si  que  non  pogratz  oel  vezer ; 
Ni  ja  el  mont  non  cal  querer 
Riquesa  que  aqui  non  sia ; 
Car  a  enueg  voa  tomaria 
D'auzir,  et  a  me  de  contar, 
E  per  aiso  lais  m'en  estar. 
E  dirai  vos  de  Branescn 


«  Sens  el  ^  de  que  uz  es  perjuratz. 

—  «  Domnn ,  uon  son ,  c'adug  lo  us  ai.  Con  ieis  del  castel  ricamen  , 

—  «  Vos  o  disses ;  mas  ieu  non  l'ai ,  Ab  donzeUas ,  ab  cavaUiers. 

»  Ni  l'aug.  ni  '1  vegy  de  que  m'es  grieu.  E  'is  senescals  vai  s'en  primìers 


&OMAN 

E  eDa  sec  lo  cavalcan , 

Eq  un  bel  palaíre  feran , 

On  hom  de  caTalcar  no  s  àoì ; 

E  amUa  sì  que  par  qae  vol , 

Azant  e  jent,  dreit  e  suauy 

C'a  pena  an  hom  aon  esclau; 

E  fim  Testida  ricament 

D'on  sisclaton  molt  avinent; 

E  sìei  cabei  delgat  e  sanr 

SoD  gent  estreit  ab  nn  fil  d'aur ; 

E sa  beUa  cara  plaizent, 

Oa  anc  non  ac  a&itament , 

Aoz  es  ben  fina  per  natura 

Qne  nnlla  sazon  non  pejura 

Pias  al  matin  que  al  colgari 

Mas  ben  la  vei  bom  meiUorar ; 

fidosi  e  meoet  clardat, 

Qae  toit  en  son  enluminat 

Ceb  qne  ranavon  enyiron» 

E  ac  un  capel  de  paoa 

En  son  cap  mes ,  per  la  calori 

E  portet  en  man  una  flor 

Molt  bella  et  molt  ben  flairan ; 

E  en  aissî  vai  s'en  pensan 

Com  poira  Jaufire  retener, 

Ni  co  1  fiura  son  cor  saber, 

Ki ,  cant  er  ab  el,  que  '1  dira  , 

Ni  de  cal  guisa  respondra  : 

«  Si  m'escomet  de  nulla  reoy 

•t  Ades  li  respondrai  ab  ben ; 

«  £ ,  si  s  dama  car  lo  tenc  pres  | 

«  Vì  del  mal  qne  ma  gentz  li  fes, 

«  Vi  car  lo  meoasei  a  pendre , 

«  D'aisso  consi  m  poirai  deflendre  7 

•  Ab  blandir  et  ab  gent  parlar, 

«  C'aissi  pot  bom  tot  cor  domptar; 

•  £,  si  Dieu  platz,  ieu  domptarai 


DE  JAUFm  i33 

n  Aquest ,  tanz  plazers  li  dirai.  » 
E  Jauíres  venc  de  l'autra  part 
Parlan ,  que  s  cuìa  que  fort  tart 
Poira  Brunesen  convertir, 
,    Ni  pensa  que  puesca  avenir 
Qu'eUa  per  ren  s'amor  li  don , 
Gir  tant  es  de  bdla  faisson 
E  tant  es  ríea  de  eorage 
E  de  terra  e  de  linage ; 
E  a  pauc  non  es  desperatz ; 
Mas  en  aisso  s'es  afermatz , 
Que  dis  que  non  es  aes  meree , 
Pos  totz  autres  bens  a  en  se: 
M  Doncs  non  poira  ella  snffirir 
«  Que  m  veia  per  s'amor  morír, 
«  Que  mortz  sui  o  tota  l'aurai ; 
«  Mas  merce  n'aura ,  si  a  Dieu  phd»  » 
'E  aissi  anet  longamen 
Pensan ,  qu'en  altre  non  enten  , 
Tro  que  vi  Brunesen  venir, 
Per  cui  el  es  en  tal  consir, 
E'i  senescals  vene  tot  oorentz  : 
«  Seiner,  ma  domna  Bruoesentz 
«  Es  aici  tot  per  vostr'amor. 
«  Per  so  que  us  fiisa  mais  d'onor, 
«  £  vet  la ,  que  us  ven  acuiUir.  » 
«  Dis  Jaufre  :  «  Bel  £ai  a  grazir.  » 
Ab  tant  Brunesentz  es  venguda , 
Que  molt  coindamen  lo  saluda , 
E  Jaufires  ella  eissament , 
E  apres  tota  l'autra  gent, 
Cavalîers ,  domnas  e  pulcdlas , 
Car  molt  n'i  avia  de  bellas. 
E  Brunesentz  l'estent  la  flor  : 
<t  Domna ,  dis  el ,  per  vostr'amor 
«  La  penrai ,  pos  vos  la  m  donatz.  » 
E  pueîs  cavalcon  latz  e  latz 


t34  AOMAN 

E  las  gentz  estan  entorn  els  , 
De  cavaliers  et  de  donzels , 
De  pulcellas  et  de  borges. 
E  tant  i  estavon  espes 
Com  no  i  pot  nulla  ren  parlari 
Si  fort  non  l'aven  a  cridar ; 
Don  enneia  fort  a  Janfre 
E  a  Brunesen  mais,  so  cre; 
Gar  non  son  en  luec  on  parlar 
Poguesson  mieltz  de  lor  afar. 
E  en  aissi  son  s'en  vengatz 
A  Monbmn ,  oa  an  receubutz 
Jaufire  a  gran  procesion. 
Pueis  Brunesenz  e  siei  baron 
An  l'enmenat  sus  el  palais ; 
E  non  cre  que  vis  bom  anc  mais 
Mieb  apardlat  de  manjar; 
Mas  non  m'o  letz  ara  contar, 
Gar  enant  fai  meiUor  auzir ; 
E  per  aquo  voili  m'en  giquir. 
E  cant  agron  assatz  manjat, 
II  an  lor  solatz  comensat , 
E  Jauíre  a  lor  o  mogut 
Gon  s  n'anet,  cant  l'agron  batut , 
E  con  sos  ausbercz  lo  gari 
E  '1  drap ,  que  res  non  l'esvasi. 
Pueîs  demandet  del  cavallier 
Qu'el  venc  residar  el  vergier 
Tres  ves  e  '1  venia  ferir, 
S'  es  garitz  o  si  s  pot  garir? 
Dis  lo  senescals  :  «  Ben  gara , 
«  Seiner,  que  ja  mal  non  aura ; 
M  Mas ,  per  la  fe  que  dei  a  vos , 
«  Enantz  n'i  eron  vengut  dos , 
«  Qu'ieu  e  Simons  eram  vengut , 
n  E  par  a  cascun  en  l'escut ; 
«  Que  cascuBS  voidet  los  arsos 


DE  JAUFRB. 

«  E  n'ac  l'elme  et  l'ansberc  terros 

«  E  de  totz  aiceb  de  Monbrim 

«  Feratz  aitrestal  nn  e  un 

«  Entro  qu'ieu  dis  que  lai  anasem 

«  Tuit  ensems  e  que  us  n'amenassem  , 

«  E  doncs  cre  que  acses  paor. 

—  «  Oc  ieu ,  que  anc  non  l'ac  maior, 

«  Dis  Jaufire ,  si  m  sal  Dieus  ni  fes. 

«  Diable  cugiei  m'aguesson  prcs , 

«  Que  sai  fosson  d'infem  issîtz , 

«  Cant  vos  vi  entom  mi  gamitz. 

«  Mas ,  cant  m'agron  sai  sus  puiat , 

«  Ni  ae  ab  ma  domna  parlat , 

«  E  vi  son  cors ,  so  m  fon  avis 

«  Que  fos  ab  Dieu  en  paradis , 

«  C'anc  de  ren  pueis  non  ac  temensa  ; 

«  Enantz  vos  dic ,  per  ma  crezensa  , 

«  Qne  sol  qu'ela  s  tengues  ab  me , 

«  Res  no  m  pogra  nozer,  so  cre.  » 

E  Bmnesenz  a  suspirat ; 
E  a  tant  ficbament  garat 
Jaufre  et  aitan  dousament, 
Qu'els  oils  dins  el  cor  li  desent ; 
E  a  eUa  puiet  el  vìs 
Lo  sanc  del  cors ,  sî  que  rogis. 
Amdui  son  malamen  nafrat 
D'un  dart  qu'es  d'amor  enpennatz , 
Don  bom  non  pot  son  colp  vezer, 
Ni  garaimentz  no  '1  pot  tener 
Tan  fer  prim ;  mas  lo  colps  es  gros  , 
Que  no  i  a  mezoUa  ni  os , 
Yena  ni  nervi  que  no  '1  senta. 
Aissi  nafra  can  l'atalenta 
Durament  e  gent  e  suau , 
Que  non  ve  om  sòn  colp  ni  l'au , 
Ni  jamais  sanat  non  sera  , 
Mas  per  aquel  qu'el  colp  fera. . . . 


ROIIAN 

Amdiii  son  d'aquest  dart  ferit , 
Et  amdui  seran  leu  garit , 
Sol  qn'ensems  sian  ajostat  y 
Car  cascus  n'a  gran  Tolontat. 

El  palais  tenon  lor  solatz , 
E  cascus  conta  so  que  '1  platz. 
Mas  Brnnesentz  ni  au  ni  ye 
Faitz  ni  ditz,  mas  cels  de  Jaufire , 
Ni  eo  ren  altre  non  enten ; 
Don  plaing  e  sospira  soven , 
E  trassal  e  fremís  e  mor, 
E  pcnsa  ades  en  son  cor 
Can  poira  la  sazon  Tèzer 
00161  puesca  entre  sos  bratz  tener. 
£  Janfrenz  plaing  de  rautra  part 
E  mor  et  esconpren  et  art, 
Cant  ye  son  cors  gai  e  cortes , 
Qu'ades  mor  car  ab  el  non  es. 

Aissi  an  aqnel  jom  estat. 
£  Bmnesenz  a  comandat 
C'om  fiissa  leitz  apareiUar, 
Qu'ira  jazer  e  repausar ; 
Car  la  calors  que  n'es  anada 
L'a  un  petit  de  mal  greyada* 
Poeis  Tenc  a  Jaufire  mantenent 
E  dis  lî  tot  suau  e  gent : 

•  Seiner,  tos  tos  n'iretz  jazer, 

«  E  Dìeus  don  tos  anoit  bon  ser, 
«  E ,  al  matin ,  meillor  leyar, 
«  Qtt'ieu  m'irai  autressi  pausar. 
.  Mas  paor  ai  que  us  enfugatz 
n  Anca  noitz,  can  serem  colgatz, 
«  Aissi  con  Fautiu  ves  fezes. 
—  «  Non  fiuai  ja ,  so  dis  Jaufres , 
«  Qne ,  si  m'ajut  Dieus  ni  sos  sanz  9 
«  Anz  sai  estaria  .x«  anz 

•  Que  m'anes  senz  vostre  conjat 


DE  JAUFRE.  ,35 

«  Ní  meins  de  vostra  volontat.  » 
Dis  Brunesentz  :  a  En  bona  ora  ! 
«  Que  miels  m'en  tenrai  per  segura , 
«(  Et  miels  dormirai  plus  segur.  »» 
E  laisset  lo  en  bon  aur. 
E  es  s'en  ab  aitant  intrada , 
E  íes  castiar  sa  mainada , 
Qué  non  fason  bruida  ni  nausa 
E  que  laisson  dormir  en  pausa 
Jaufire ,  si  com  pro  cavallier, 
Que  ben  cre  que  I'aia  mestier. 

Jaufre  an  ricament  colgat 
En  un  lieg  gent  apareillat, 
En  que  pogra  suau  dormir, 
S'amors  no  'I  vengues  assaillir. 
Mas  ves  amors  non  pot  valer 
Benestansa  de  ben  jazer; 
C'aitant  ben  dormína  en  pailla 
Totz  bom ,  pueis  amjors  lo  trebaiUa» 
£  el  es  ne  si  trebaÌUatz 
Que  cent  ves  s'es  la  nueit  giratz , 
Que  non  sent  si  jatz  mol  o  dur^ 
Ni  gaire  non  esta  segur ; 
C'ades  pensa  de  la  £dsson 
De  Brunesen,  cal  cor  li  fon  ; 
Que  totz  sos  iaitz  e  totz  sos  dita 
L'a  el  cor  sagellatz  e  escritz. 
E  pensa  s'en  nuUa  maniera , 
Poira  ja  conoisser  carriera 
Col  puesca  son  cor  descobrir, 
Ni  I'amor  c'aissi  'I  £û  languir. 
E  y  cant  a  pron  pensat ,  no  i  ve 
Via ,  mas  de  clamar  merce.... 

Aissi  tota  la  nueig  se  plais 
E  estet  en  aquel  pantais 
Que  anc  de  sos  oîUs  non  durmi. 
E  Brunesentz  plaing  altressi , 


x36  ROMÁN 

E  sospira  soven  e  grieu , 
E  prega  amor  e  puis  Dieu 
Qae  d'aquei  mal  consei]!  li  don , 
C'aissi  rauci  contra  rason.... 
€ant  tota  noit  ac  pron  pensat , 
Al  matin ,  tan  tost  col  jom  par, 
Ella  vai  vestir  e  causar, 
£  es  s'en  la  sala  intrada  , 
E  manda  levar  sa  mainada 
G'adobon  de  manjar  corren , 
Aissi  que  res  uo  i  sîa  men  ; 
Pueis  vai  a  la  gleisa  orar. 

E  Jaufres  pensa  de  levar, 
A  cui  es  sa  joia  creguda , 
Gant  Brnnesen  a  conoguda 
Al  parlar,  que  fai  dousament. 
El  senescals ,  ab  d'autres  cent , 
Son  a  Jaufre  vengut  servîr, 
Aitant  co  podon ,  al  vestir. 
E ,  cant  fon  vestitz  e  causatz , 
E  s'a  cara  e  sas  mans  lavatz , 
Pueis  vai  la  messa  escoutar. 
E  Brunesentz ,  qui  '1  vi  entrar, 
Es  si  escalfada  d'amor 
Qne  per  un  pauc  ves  el  non  cor, 
Qu'en  pes  se  levet  de  sezentz ; 
Mas ,  per  parlar  de  malas  jentz , 
S'en  es  a  gran  pena  tenguda ; 
Mas  per  o  sa  calor  li  muda, 
Qu'el  sancs  del  cors  l'es  en  la  cara 
Poiatz ,  que  par,  qui  ben  la  gara , 
Que  Deus  la  fes  per  meraveiUas. 
E  ac  un  prim  filet  de  cillas  9 
Negre  e  sotil  e  delgat , 
Natural  e  ben  fiiisonat , 
Que  non  ían  pellatz  ni  tondutz. 
E  Jaufires  es  si  esperdutz , 


DE  JAUFRE. 

Cant  la  vi ,  que  Bon  sap  que  s  diga ; 
Mas  que  pensa  que  trop  li  tríga 
Que  'I  puesca  son  cor  descobrír ; 
E  soven  isson  grieu  soapir. 

Aissi  an  la  messa  escoutada ; 
E  pueis  ies  s'en  ab  la  maînada , 
E  apres  ics  s'en  Brunesentz 
E  de  domnas  mais  de  douzcentZ| 
Gent  ve^idas ,  si  com  lor  tais ; 
E  son  s'en  poiat  el  palais ; 
E  an  comensat  lor  solatz ; 
E  Jaufres ,  com  ben  enseinatz , 
Ya  de  lonc  Brunesen  sezer ; 
E  anc  no  'I  fes  tan  de  plazer, 
Gan  s'en  es  ioncella  vengutz; 
Mas  el  estet  si  esperdutz 
Que  so  que  ac  la  noit  peosat 
Que'i  disses,  li  Ghi  oblidat, 
Aissi  1  fes  cambiár  son  sen  ^ 
Car  amors  li  tol  ardimen , 
Que  li  sol  creisser  e  donar 
En  lotz  autres  locs  e  doblar. 
Mas  Bmnesentz  I'a  si  vencat 
Qu'el  ùd  estar  si  esperdnt 
Que  sol  non  sap  on  que  s'en  prenga  1 
Ni  1  pot  dir  son  cor  ab  la  lenga  9 
Qu'ades  a  paor  de  morír, 
Perque  non  l'ausa  son  eor  dir. 
En  aissi  estet  nn  gran  briu 
E  a  Brunesen  fon  esqaiu, 
Car  el  non  la  'scomet  primien. 
r     Ey  cant  vi  qne  non  er  estiersy 
Amors  li  dona  gaiUardia, 
Que  'i  vol  tan  dár  d«  seinoría 
Qu'ella  parle  prímeirament ; 
E  dis  li  tot  suau  e  geot  s 
«  Seiner  Jaufire,  vottra  venguda 


ROMAN  DE  JAUFRE. 


187 


«  Nos  a  nostra  joia  creguda 
«  E  ns  a  tout  ira  e  consîrer 
«  E  donat  gaug  et  alegríer. 
«  M olt  aTem  gazanat  per  vos , 
« Ben  aia  la  terra  don  fos 
« E  '1  rei  ArtuB  qui  sai  us  trames 
« E  vostr'amiga ,  lai  on  es  I 

—  «  Oc ,  dis  el,  domna ,  cant  raurai , 
«  Que  ben  dic  qu'eocaras  non  Tai. 

—  «  Aiso  non  pot  esser  per  ren , 

•  Tant  a  en  vos  proesa  •  sen , 

f  Qne  vos  non  aiatz  bon'  amiga  ! 

—  •  EUa  m'a  ^  mas  ien  non  l'ai  miga ; 

>  Domna ,  per  que  non  es  jes  mia : 

•  Non  o  dirai  tro  que  o  sia. 

.—  «  E  sap  ellá  que  siaU  sieus  7 

~  «  Domna  ,  non  sai ,  si  m'ajut  Dieus , 

«  Non  o  a  ges  per  me  saupnt, 

«  S'ella  non  so  a  conogut. 

—  «  D'aiso  non  la  'n  podetz  reptar ; 
«  Qne  si  Yos  non  voletz  mostrar 

«  Yostre  mal ,  que  disetz  qu'es  fortz , 
«  Si  'n  mcHretz ,  de  cui  er  lo  tortz  ? 
«  Non  miga  sieus ,  que  vostites  er : 
■  Cní  íbcs  a  ops,  ades  lo  quer. 

—  «  Domnai  vers  es ;  mas  la  potensa 
«  Qn'en  lei  es  me  dona  temensa 

«  Tal  que  non  Faus  querer  s'amor ; 

•  Qu'el  mon  non  a  enperador 

«  Qne  ^  s'amor  non  fos  honratZy 
*i  Tant  es  sobrîera  sa  beutatz , 
«  Sos  paratjes  e  sa  ricors. 

—  «  Aisso  qne  us  aug  dir  es  foUors , 
«  Que  ja  rei  ni  emperador 

«  Aian  seinoria  en  amor 
«  Plus  que  s'an  l'autra  jenz  cortesa. 
«  Amors  non  esgarda  ríquesa ; 
I. 


«  Bons  aipsy  bons  prelz ,  qui  'b  pot  aver, 

M  An  en  amor  mais  de  poder 

«  C'avers  ni  terra  ni  linnatje. 

«  Molt  bome  son  de  gran  paratje 

<t  Qoe  non  valon  un  fais  de  paiUa , 

«  Ni  tals  q'es  ricz  y  una  mezaiila ; 

«  E  per  so  non  tengatz  celat 

«  Yostre  cor,  que  &retz  foldat, 

«  C'aitant  de  pretz  e  de  valor 

tt  Avetz  que  be  us  deu  dar  s'amor 

«  Tota  domna  j  sia  qui  s  voiUa 

M  E  l>en  tain  que  ab  se  us  acoilla. 

—  «  Domna ,  dis  el ,  vostra  merce , 
«  Car  vos  platz  que  digatz  de  me 

«  Tant  de  lauzor  ni  tant  de  ben , 

«  Car  de  gran  benestar  vos  ven ; 

«  Mas  si  us  platz  que  m  voilatz  valer, 

«  Qu'ieu  sai  que  vos  n'avetz  poder 

«  Ab  ceUa  que  m'a  en  iMiiLia 

«  E  n'a  tota  la  seinoría 

«  E  que  m  pot  fàv  morír  e  vivre , 

«  Gazainat  m'aures  a  deUvre. 

—  «  Seinery  bon  gazainar  vos  fa , 
«  E  ja  en  me  non  remanra 

«  Per  ren  que  ieu  puesca  dir  ni  Ùìt.  » 

E  Jaufires  pres  a  sospirar 

De  molt  preon ,  pueis  a  parbit : 

M  Domna,  dis  el,  per  amistat 

«  Yos  prec  per  Dieu ,  e  per  merce  ^ 

«  E  prendetz  m'en  en  bona  fe , 

«  Que  m'en  acorratz  liaUnen 

M  Ses  enjan  e  ses  falUroen. 

—  M  Seiner,  dis  ella ,  ie  us  o  convenc 
M  Sobre  cel  Dieu  qu'en  terra  venc , 

M  Per  nos  y  el  costat  penre  plaga , 
M  Qu'ieu ,  si  puesc ,  a  cap  vos  o  traga 
<(  £  lialment  m'en  entremeta 

18 


i38  ROMAN  DE  JAUFRE. 

«  E  que  tot  mon  poder  ì  meta  ; 
«  Ja  no  U8  en  cal  doptar  de  ren. 
—  «  Domna ,  oimaîs  vos  en  cre  ben , 
«  E  non  m*en  tengatz  per  enîc , 
«  Sî  us  platz,  car  tant  fort  vos  o  dîc 
«  C'anc  mais  en  savi  ni  en  toì 
«  No  passet  la  boca  n'el  col, 
R  Domna,  aisso  qu'ie  us  diraî  ara ; 
«  Car  tant  m'es  aquest'amor  cara 
«  Qu'enans  mi  laissera  escorgar ; 
«  Mas  oimais  no  m'el  cal  celar  : 
«  Yos  est  cella  q'ai  encobida , 
«  Yos  est  ma  mortz,  vos  est  ma  vida , 
«  Yos  est  cella  que  a  delivre 
«  Me  podetz  fiir  morir  o  vivre ; 
«  Yos  est  ceUa  que ,  ses  enjan , 
«  Am  e  tem  e  cre  e  reclam ; 
«  Yos  est  mos  gaugs ,  mos.  alegriers  , 
«  E  vos  est  totz  mos  consirers  ; 
u  Yos  est  mos  delietz-,  mos  solatz ; 
«  Per  vos  ai  gftug  clint  sui  iratz ; 
«  Yos  es  cella  que  m  pot  valer 
«  E  que  m  pot ,  si  s  vol ,  descazer ; 
u  Yos  est  cella  per  cui  mi  dam ; 
«  Yos  esl  cella  per  cui  aflam  ; 
«  Yos  est  cella  de  cui  mi  lau ; 
tt  Yos  est  cella  qui  ten  la  clau 
«  De  tot  mon  ben ,  de  tol  mon  mal ; 
M  Yos  est  cella ,  si  Dieus  mi  sal , 
«  Que  m  pot  fiir  volpil  o  ardit 
^(  E  si  s  vol  I  pec  o  eissamit.  » 
A  Na  Brunesentz  so  que  vol ; 
Que  de  so  de  que  plus  se  dol 
E  mais  en  est  segle  desira , 
De  que  soven  plain  e  sospira , 
Se  fai  molt  carament  pregar. 
Aissi  sab  jent  son  cor  cellar. 


Molt  a  gran  gaug  de  so  que  au , 

E  dis  a  Jaufre  tot  suau  : 

«  Seiner,  ben  sabetz  escamir 

«  E  gent  parlar  e  plazer  dir, 

«  Aiso  dizes  tot  per  plazer 

«  Qu'ieu  non  aì  jes  tant  de*  poder 

«  En  vos ,  co  us  aug  dir,  ni  1  quartoD. 

—  «  Si  Dîeus  bon'aventura  m  don', 
«  Domna ,  si  avetz ,  senz  mentir, 
tt  Mil  tantz  mais  qu'ie  os  no  sabrìa  dir. 

—  «  Aiso  fiii  fort  leu  essaiar; 
«  Car  si  vos  mi  voletz  amar 
«  Aissi  con  dizes  finamen , 
«  Trobat  avetz  qui  lialmen 
«(  Yos  amara  e  sens  enjan. 
«  Mas  ieu  vaoc  nna  ren  doptan 
«  E  ai  ne  pron  bona  rason  : 
«  D'una  molt  laia  mespreson 
«  Que  es  en  est  segle  venguda  , 
«  Per  que  es  cortesia  perduda 
«  E  amors  toraada  en  nient, 
«  Que  tal  dis  que  ama  que  ment 
«  E  'n  fiii  semblan ,  qu*el  fiiitz  no  t  es , 
tt  Qu'el  mon  non  a  quatre  ni  tres 
tt  Que  amon  aissi  lialmen , 
tt  Com  il  dizon  ni  fan  parven. 
«  Per  que ,  si  puesc ,  m'en  gardarai , 
«  Que  ja  a  home  non  darai 
tt  M'amor,  si  fi>rt  ben  no  m  conven , 
tt  Que  jamais  per  mal  ni  per  ben 
tt  Per  autra  no  s  partra  de  me.  » 
A  aquest  mot ,  respont  Jaufre  : 
tt  Domna ,  ben  sai  que  dreit  n'avetz 
tt  E  es  vers  tot  so  que  m  dizetz , 
tt  Qu'els  orgoillos  mal  en^inatz , 
tt  Fals  fegnedors ,  outracuiatz , 
»  Confondon  amor  e  fan  tant 


ROMAN  DE  JAUFRE. 
Per  que  domnas  s*en  van  garant ;  «  Et  cant  cl  no  i  pot  avenir, 


139 


Mas  ellas  non  fiin  a  reptar, 

Car  d*els  mon  tot  lo  malefltar ; 

Gar  ves  ellas  £m  los  enjans 

Per  qne  sobr'els  pros  toma'l  dans. 

E  pneis  vos  platz  qn'ie  us  o  covenga  y 

Ja  non  diretz  ren  ab  la  lenga 

Ni  ns  sabretz  ab  lo  cor  pensar 

De  covínent ,  qu'en  deia  £sur, 

Qn'ieu  no  us  en  fiissa  per  un  tres , 

La  sazon  que  vos  o  volres , 

Be  meillor  cor  qu'ieu  no  us.o  dic. 

—  ■  Aissi  us  tenrai  ieu  per  amic  ^ 
Dis  Bninesens ,  et  per  seinor 
E  en  aissi  auretz  m'amor. 
E  ve  us  lo  covinentz  qals  er, 
Qne  voiU  qne  m  prendatz  a  moiler ; 
E  pneis  poiretz  plus  lialment 
De  me  far  a  vostre  talent , 
E  mielz  venir  e  mielz  anar, 
Ses  tot  repte  de  malestar, 
De  lausengiers  contrarios  y 
Qne  ves  amor  son  enoios 
E'n  fim  moutas  partir  a  tort. 
Mas  aquesta  non  part  ses  mort , 
Qn'en  aissi  Ta  Dieus  establida  , 
Per  qne  non  pot  esser  partîda. 
E'y  si  us  platz  c'aîtal  covinent 
Me  volbatz  fiur  tot  bonament , 
En  la  man  del  bon  rei  Artus , 
Ja  no  us  en  demandanii  plus. 
Car  el  a  pulcellas  en  garda , 
E,  qni  roal  lor  fiú,  non  se  tarda 

« Ora  ni  terme  ni  sazon , 

«  Car  sempre  cobra  guizardon ; 

•t  Ja  non  er  tant  mals  ni  lan  pros 

«•  Sol  qu'el  ne  sia  poderos. 


tt  Fai  l'als  pros  chavaliers  seguir 
«  Que  son  de  la  Taula  redonda ; 
t<  Aissi  a  pullceUas  aonda , 
«t  E  a  domnas ,  quan  perdon  terra  : 
u  Negona ,  per  patz  ni  per  guerra , 
«  En  son  poder  non  penra  daQ , 
«  D*on  que  veaga  ni  on  que  an.  » 

E  Jaufi^ ,  cant  o  au ,  respon 
Ab  un  gran  sospir  de  preon  : 
«  Domna ,  dis  el ,  si  m'ajut  Dieus , 
<c  Tant  m'es  aquest  covinentz  leus , 
«  Dous  e  amoros  e  plazenz , 
«  Que  greu  serai  enantz  jausenz 
«  Ni  aurai  alegríer  de  ren ,. 
«  Ni  noit  ni  jom ,  pausa  ni  ben , 
u  Tro  qu'en  aissi  com  o  dissetz 
«  Sia  fiiitz ,  pois  vos  o  voletz.  » 
E  Bninesens  respon  aissi  : 
«  Yoletz  o  doncas  en  aissî  ? 

—  «  Oc  ieu ,  domna ,  molt  volontos . 
tt  C'anc  ren  non  fis  plus  desiros 

«  Ni  de  tan  bon  cor,  per  ma  fe. 

—  «  Doncs  vos  fys  ieix  seii|er  de  me , 
«  De  tot  cant  ai;  e  de  m'amor^ 

H  D'aver  e  d'omes  e  d'onor, 
«  De  tot  vos  dop  la  seinboria. 

—  «  Domna ,  ieu  voill  que  sialz  mia, 
«  Mas  ja  ren  del  al  re  non.  voill ; 

1«  E  no  us  o  tengatz  a  orgoiU,. 
u  S'ieu  non  vpill  penre  la  riqueza , 
«  Q'anc  uQu  sai  venc  pec  cobeseza 
«  D'aver,  de  ierra  ni  d'onor, 
«  Mas  plainamen  per  vostr'amor 
u  Que  desir  mais ,  si  ni'ajut  Dieus , 
«  No  fiitz  qíic  totz  io  mons  fos  micus. 
ic  Mas  en  garda  peurai  la  teira 


i4o  ROMAN  DE  JAUFRE. 

«  E  'ls  homes  derendraî  de  gucrra ,  E  Jaufire  ab  los  cavallîers , 

«  Tant  com  poírai ,  de  mon  poder. 
—  «  Foldatz  es  qui  us  vol  plus  querefy 
((  Dîs  Brunesens ,  «i  Dieus  m'ajnt.  n 
E  aisso  a  Qoecx  convengut. 


Brunesens  dis  que  parlara 
Ab  sos  homes  e  lor  dira 
La  paraula  tot  coindamen , 
Que  ja  sol  non  &ra  parven 
Que  n'aia  de  ren  volontat. 
E  a  8on  senescal  sonai 
£  dis  li  que ,  si  de  manjar 
£s  adobat ,  fiissa  cridar 
Que  venga  qui  manjar  volra ; 
£  el  respon  qne  faltz  sera. 
Ab  aitant  venc  un  cavallier, 
Solamentz  ab  son  escudier ; 
E  venc  per  la  sala  batent , 
£  es  desendulz  mantenent , 
E  venc  s'en  dreitz  ves  Brunesentz : 
«  Domna ,  salutz  mais  de  cìnc  centz 
u  Vos  aport  de  part  mon  scinor, 
«  Melian  de  Mont  Melior.  » 
Dis  Brunesentz  :  «  Ben  siatz  yengutz , 
«  Que  mout  me  plazon  las  salntz 
«  De  mon  bon  seinor  Melian ; 
«  £  aurìa  mout  gran  talan 
<c  De  sa  visla ,  si  li  plagues. 
—  «  Domna ,  fort  breument  lo  veires , 
«  Dis  lo  cavalliers ,  so  us  afi , 
«  Que  non  es  gaire  loing  d'aici. 
«  Atrasaitz  saî  quier  a  manjar 
u  E  sî  us  platz,  fatz  o  adobar, 
«  Que  per  so  sa  m'a  enviat.  » 
£  Brunesenz  a  escridat : 
«  A  sellas,  cavalier!  a  sellas!  m 
£  pueîs  eîs  s'cn  ab  sas  pulcellas , 


Que  cascun  lo  sec  volontíers. 

£  non  an  gaii^  escavalcat , 

Ni  non  son  del  castel  luinat , 

Que  an  vistas  doas  donzellas 

Solas ,  que  non  ven  bom  ab  ellas , 

En  lor  palafres  cavalcan. 

£  aneron  sovent  torcan 

Lor  oils ,  que  agron  del  plorar 

Trebols  e  vermeîis  del  torcar. 

E  van  sospíran  e  plainen , 

£  aquo  taenut  e  soven. 

E  Janfre  a  las  saludadas 
£  a  lor  novas  demandadas 
De  Melian ,  s'es  lotng  d'aqui. 
£  la  una  respondet  li 
Sospiran  e  tenc  sos  oils  bas  : 
«  Seiner,  bon'aventura  aias 
«  Que  nos  no  us  saben  ren  contar 
«  De  Mclían ;  qu'el  nostr'  afer 
u  Nos  es  tan  greus  e  tan  cozentz , 
M  Que  ns  tol  totz  autres  pensamentz. 

—  «  Pulcella ,  e  con  es  tan  cars , 
«  Dîs  Jaufire ,  aquest  yostr^afars  ? 
«  Saber  o  voill ,  diguas  m*en  ver. 

—  «  Seiner,  pos  o  voletz  saber, 
«  La  vertatz  vos  n'er  contada  : 
u  leu  sui  una  deseretada 

u  D'aver  e  d'omes  e  d'onor, 

«  Per  so  que  non  voîU  dar  m'amor 

«  A  un  cavallier  de  mal  plag, 

u  Que  po  i  a  nultz  autre  forlag, 

«  Mal  enseinat  e  mal  adreit, 

«  Que  a  peccat  me  tol  mon  dreit 

«  £  a  tort,  ses  forfaichura ; 

u  £  ieu  non  trob  que  ma  dreichura 

«  Defenda  ves  lo  sieu  gran  tort. 


ROMâN  de  jaufre. 


lai 


E  lea  voiH  jnais  recebre  mort 
Ea  «utFa  tem^ie  us  odic^ 
Qae  ja  d'd  Cptfsa  mon  aouc 
Ni  ja  ea  son  poder  mi  tenga. 

-^  «  An  m  digas ,  si  hea  voi.  Teii^ , 
Dîs  Janfre,  «i  non  es  agnda 
Al  rà  que  a  domnaa  ajodii, 
E  las  pnlcdlas  en  p^to  ten? 
-  «  Seìner,  dis  dla,  si  soi  ben ; 
Mas  anc  oonseiQ  non  i  ti^ebei  j 
Tant  no  1  foeri  nî  1  dcmandei 
Ab  caralier  ni  ab  son  filL  » 

IHs  Janfre  :  «  Ben  m'en  mem?îll  s  . 
On  era  doacs  Galyan  anatz» 
Ni  Ivans  lo  ben  easeinatï^ 
Baedîs  lo  pvas  ni  Tnstanz» 
Perceral  ní  Gdognaantz , 
Lancelot  dd  ìmc  ni  Esecx^ 
Caradneil  e*l  seneflcab  Qnex? 
Non  eron  em  la  eort  aqnût? 


M  Tant  n'aug  dir  de  bona.binzor; 

«c  Qa*el  m'acorra  ab  noatre  Seiaor 

«  Ab  sol  que  Diens  lo  m  lais  trobar, 

«  Qu'el  m'acabé  tot  mon  affiir; 

«  Qu'el  a  EsUmt  lo  mal  Teiicot  y 

«  E 1  Brnn  de  k  feasa  péndnt, 

«  E 1  sirvent  amrt,  ipi'el  pas  gsrava, 

«  On  om  j^BS  ranbar  non  passava , 

«  E 1  mexe) »  qne  taat  era  fÇBaatz , 

«  Qae  fasia  ancîr  loa  enfrnlz , 

«  A  sdlMat  e  vcncût  e  mort. 

«  E  un  jaian  sofaríer  e  foct 

«  Aucis,  per  la  fiUa  d'Angíeri 

«  E  s  combalet  ab  l'avcnicr.' 

«  E  a  Taidat  venent  a  pies 

«  E  a  bi  oort  del  rei  tEames, 

«  E  Mdian,  qne  pres  teiiîa 

«  Ab  ciac  cens  en  sa  compagnia 

«  De  cavallier  meraviUoz. 

M  Tant  es  Jaufires  bonratz  e  pros 


—  «  Seiner,  d'aquo  aan  sai,  per  Crist,    «  Que  sai  que  ja  aon  fsiiria 


Lo  ver,  si  i  enui  o  non, 
Que  no  'b  conosc  ni  saí  qni  son ; 
Mas  ien  fis  mon  dam,  ansent  totz, 
E  anc  neguns  non  saBet  molz. 
Qu'ien  sai  si  n'i  agues  negm 
Que  volgnes  aver  tan  d'estrun 
Ni  volgues  son  pretz  essaucar, 
Qn'el  s'enantíni  de  parlar ; 
Car  ja  pros  bom  aon  tarzara 
De  parlar  lai  on  loc  serâ ; 
Has  lo  malvais  esta  aegur 
Aqui  on  troba  xen  d'atiuv 
«  Aissi  soB  de  la  goi%  partida ; 
£  vauc  queren ,  coma  mariday 
Un  cavaUier  qu'a  nom  Jaafre , 
M  Eo  cui  ai  mon  cor  e  ma  fe , 


«  Que  mon  dreit  m'ea  triaria.  » 

Aissi  respondet  Bmnéseas 
Tot  suavet  entre  sas  dens  t 
«  Pulcellai  ben  pariatz  en  fol, 
«  Car  qui  per  forsa  no  1  aii  tol^ 
«  N'aurai  ieu  tot  so  que  m  dcsir 
«  Enanz  qu'd  lais  de  me  partir. 
«  Car  qui  ten  so  que  vol  e  ama 
«  E  pueis  lo  gicy  a  tort  se  clama , 
«  Si  n'a  desaise  ^i  fiaebuia. 
«  Anatz  querer  vostr'aveatura 
«  En  autre  loc^  sí  ns  pbUz ,  amiga ; 
<«  Que  d'aquest  non  menaretz  minga.  » 

E  Jaufire  parlet  ab  aitan  : 
M  Mout  m'enueia  de  vostre  dan^ 
«  DonzeUa ,  e  mont  me  sap  mal. 


i42  ROMAN 

«  E  dic  TM  ben,  n  Dieus  mi  sbì  , 

m  Si  non  foft  per  lo  miea  afiir, 

«  Qa'ieB.ai  tant  coclios  e  tant  car 

«  Qu'ien  ades  ab  tos  m'en  anes  ^ 

«  Gar  iea  soi  aqoel  qae  queres. 

«  E  deffendrai  tos  vcluntiers  y 

<c  £  serai  yostre  cavaliers  ^ 

«  Gint  lo  miea  afiir  aurai  fiig ; 

u  Mas  ja  enantz  per  negon  plag 

«  Non  empenrai  autra  batailla. 

—  «  E  senher  Jaofre !  Dien  mi  vailla  y 

Dis  la  donzella  tot  ploran , 

«  Que  tant  vos  ai  anat  cercan 

«  E  tant  ai  de  respeit  en  vos 

«  Qae,  si  m  sal  Dieas  lo  gloriosy 

«  Greu  m  poiria  hom  fiir  entendre 

«  Qne  ja  autre  m  pogues  deffendre. 

«  Seinery  fiitz  •  per  Dieu  vos  sia, 

«  Que  no  i  ai  respeit  mas  quart  dia ; 

u  E  si  adoncs  non  ai  ajuda  j 

«  Tota  ma  terra  ai  perduda. 

«  Que  ja  pueis  non  venga  negus, 

«  Que  si  venia  '1  rei  Artus , 

«  Ab  lo  poder  qu'el  pot  menar, 

«  No  m  poiría  ma  terra  tomar; 

«  E  er  me  morir  a  dolor 

«  Per  firachura  de  valedor,  » 

Dis  Jaufre  :  «  Non  aiatz  temensa ; 

«  En  Dieu  aiatz  fierma  cresensa , 

«  Donzella  y  qu'd  vos  pot  valer 

«  Fort  leu ,  car  el  n'a  ben  poderi 

«  E  fara  o  i)en  a  mon  grat.  « 

Ab  tant  el  vi  venir  Taulat 

Entre  dos  paUufres  anUan , 

E  de  seguentre  Melian 

Ab  sos  cavaliers  tot  de  pas. 

E  Jaufire  cor  ves  el  vias 


DE  JAUFRB. 

E  Brunesentz  de  gran  eslais; 
Et  anc  non  cre  qae  vis  hom  mais 
Tal  joi  menar  ni  tál  baudor 
Com  il  an  menat  entre  lor. 
£  Jaofire  pueis  e  Melian 
Van  s'en  ves  lo  castd  parlan  y 
£  de  l'autra  part  Branesente, 
Apres  venon  lasaatras  jentz. 
E  Meliantz  a  lor  contat 
Dd  rei  i  com  I'a  rendut  Taulat 
»     E  com  &8  en  sa  cort  jutjar 
Qu'el  fiissa  cada  mes  puiar 
Taulat  en  l'angarda  batenty 
E  qu*d  tenga  tot  eissament 
.VII.  ans  com  d  Ta  tormentat. 
Mas  pueissas  Ta  assegurat 
E  pueis  dis  li  dd  rei  Artus , 
Qu'el  sduda  cent  ves  e  plus 
E  la  reina  dos  aitanz : 
«  E  ja  non  auran  gaag  enanz 
«  Ni  alegríer  de  nulla  ren 
«  Entro  que  us  aîon  vist  ni  ben.  » 
Pueis  demandal  de  son  afar, 
Com  er ;  si  jamais  vd  tomar 
Ab  bon  rei  que  tant  lo  desira ; 
E  Jaufire  responte  sospira 
E  a  garat  ves  BronesentZy 
E  dis  :  «  Si  tomarai  breomentz  y 
«  Ab  c'un  pauç  aia  sojoraat 
«  En  est  castel  ^  que  moat  m'agrat. 
«  E  deg  vos  ben  tener  lauzor, 
«  Car  mout  mi  an ,  per  vostr'amor, 
«  Gent  acoiUit  totas  las  jentz; 
«  E  de  ma  domna  Branesentz, 
«  Laus  me  de  son  gent  acaîUir.  «* 

Aisi  se  son  parlan  vengut 
£1  castel ,  on  son  desendut. 


ROMAN 

£  trobon  jent  aparefllat 

De  manîary  e  pueis  an  hyat 

E  son  s'asegut  beUament 

Per  ÌMs  taulas  conunalment. 

Ji  DO  ns  cal  novas  demandar 

Del  }ent.servìr  que  lor/es  fiir 

BnmesenlB ,  ni  1  gent  acoîUicf 

Cir  hom  no  us  o  poirîa  dir^ 

&  loDga  pena  no  i  metia ; 

Abs  nitan  vos  dic  tota  vîa 

Qa*d  mon  non  es  neguna  res 

Pcr  so  c'òm  manjar  en  iLegoes , 

K  a  la  boca  fos  plasentz ,  * 

Qoe  no  n'í  agues  largamentz. 

E  cant  agron  a  lor  plazer 

Pro  man jat ,  et  a  Inr  lezer, ' 

II  son  de  la  taula  Jevat 

E  son  s'al  solat  ajustat , 

Qoe  fim  per  la  sala  tengutz. 

E  MelianU  es  s'assegutz 

Ab  Jaiifire ,  luein  a  una  part. 

»  Seiner,  dis  el ,  si  Dieus  vos  gart  j 

«  Dîgas  me  co  us  es  tant  tarzatz , 

«  Que  non  est  a  la  cort  tomatz 

«  Del  bon  rei »  que  tant  vos  desira?  » 

E  Jaufire,  cant  o  au ,  sospira y 

£  acpio  greu  e  de  preon  , 

Puets  a  cap  de  pessa  resp^n  : 

•  Seinery  dis  el ,  per  sejornar 

m  M'a  £ut  Bruneseatz  estancar 

«  Aisai  f  on  m'a  per  vostr'amor 

«  Gent  servit  et  a  gran  bonor.  » 

DIs  Melians  :  «  Ara  m  digatZy 

«  E  non  m'o  celetz ,  si  l'amatz ; 

«  Car  ien  non  puesc  ben  acabar, 

«  Perque  non  m'o  de^etz  cclar. 

—  «  SàagTf  ben  l'am ,  so  ditz  Jaufire 


DE  JAUFRE.  143 

«  E  ai  bona  razon  p^er  que , 

«  Tant  m'a  gent-servit  a  plazer. 

«  Per  que  uq  ii  deg  nul  mal  voler, 

«  Ans  lí  devria  mout  servir, 

«  Si  ja  'n  podia  en  loc  venir. 

•p*  «  len  non  0  dic,  dis  Melian, 

«  D'aquest'ampr ;  mas  qne  us  deman 

«  Si  vobriatz  sa  drudaría^ 

-—  «  Seiner^  o  ieu  j  s'eser  podia , 

«  Que  nula  ren  tan  non  desir,    - 

«  Mas  aquo  no  s  pot  avenir ; ' 

«  Qu'el  mon  non  a  emperador 

«  Que  non  fi»s  onrafcz  de  s'amor. 

«  Per  qu'ieu  seria  outracuidatz 

«  Si  no  m  tenia  per  pagatz 

«  De  s'amor,  tant  es  beUa  e  pros ; 

«  Mas  sivals  en  serai  joios » 

«  Pos  vei  c'al  rc  non  puesc  aver» 

—  «  Si  auretz ,  que  i  metrai  poder^ 

«  Dis  Melians,  que,  sens  duptar^ 

«  La  us  fiirai ,  ab  tot  cant  a ,  dar.  » 

Aissi  o  an  entr'els  parlat. 
Ab  tant  ve  us  Melian  levat 
E  venc  s'en  dreilz  a  Brunesent , 
Lai  on  la  vi  sezer  tot  gent. 
E  Bnmesens,  ^'el  vivenir, 
Levet  se  per  el  aculir; 
Pueis  van  a  una  part  sezer 
E  parleron  ab  lor  plazer. 

Dis  Melians  :  «  Ben  es  bonrada , 
ic  Brunesentz,  car  de  vos  s'agrada 
«  Cel  que  a  tot  lo  pretz  dèl  mon ; 
«  E  non  o  dic ,  si  Dieus  m'aon , 
«  Per  mensonja  ni  per  plazer, 
«  Mas  per  so  car  o  sai  en  ver. 
«  E  vos  si  us  o  sabetz  assatz , 
;      «  Gar  ben  cre  que  ausit  aiatz 


i44  ROHAN 

n  Las  granz  proesa»^qa*d  a  fachas  ^ 
«  Ni  com  las  a  ben  a  cap  tracbas. 
«  E  ja  al  re  non  agues  &ig 
«  Mas  car  me  a  de  preson  traig ,    . 
«  S'en  devetz  vos  &r  per  m'amér^ 
M  S'ieu  yatl,  marit  e  seinor.  » 

B  Bmnesentz  respon  tot  gen 
Aissi  con  cella  que  ab  sen 
Si  sab  attut  d'amor  cubnr 
Que  la  fai  plaincr  e  hngnir, 
E  dis  per  sa  paranla  feiner  s 
«  Ben  sai  e  conosc,  bel  itîner, 
«  Que  de  vos  tenc  tot  ao  qne  ai 
«  E  vostra  ani  tant  can  viorai , 
«  Que  sotz  Dìm  non  ai  nais  seioor. 
«  E  vos  devetz  mi  per  amor 
«  Conseillar  et  a  bona  fe , 
«  E  dac  tal  marit  qne  a  me 
«  Sia  onrat  e  bons  a  mas  gent, 
«  Qu'ien  n'ai  eslat  tan  longameoz 
«  Pcr  vos  e  n'ai  mont  soannatz 
«  De  rics  e  de  pros  e  d'onratz. 
«  E  ieu  aquest  anc  mais  non  vi 
«  Ni  anc  mais  parlar  non  ausi 
«  Ni  vi  bome  de  son  linbage  , 
«  Ni  non  sai  si  es  de  parage. 
«  E  ira  s'en  per  aventmray 
«  C'amorz  d'aital  bome  non  dura. 
«  Anlz  fraing  plns  d'oiMi  retoitifaa 
«  E  fìig  plus  qne  solek  de  comba. 
«  E  ien  non  sat  oti  lo  m  queses , 
«  Ni  en  que  lo  m'en  destreisses, 
«  Si  s  n'anava  ni  m'escamia ; 
«  E  tota  genz  m'en  gabaria 
«  E  vos  no  i  auriatz  bonor. 
—  «  D'aquo  no  us  cal  aver  paor, 
«  Dis  Melians  y  qu'ieu  'I  conosc  tal ; 


DE  JAUFRE. 

«  Tan  franC|  tan  fin  e  tan  liai 

«  Que  ja  non  fiora  malveslat ; 

«  Que  cant  bom  auria  cercat 

«  Tot  est  moui  pcr  terra  e  per  mar, 

«  Non  s'en  poîria  bom  meHMifaf . 

—  «  Seinber,  dìe  Brunesentz^  non  sat 

«  Qu'ieu  en  diaaes ,  mas  tot  íerai 

«  Qu'en  vo1b0Iz,  sia  mal  o  ben, 

«  Que  no  U8  en  desdifat  de  reo; 

«  Car  lo  mieu»  affar  vostres  es 

«  E  Vos  gasrdati  com  d  fiffe».  » 

E  puis  dis  tot  snani  e  gen , 

Que  nuUa  res  neo  ù  eoten: 

«  Bel  seiner  Mdiaii ,  per  Dîea , 

«  Sitot  vos  era  laal  e  grieu  j 

«  Si  m'o  faria  iea  atressî.  » 

Amdui  se  parton  en  aiasi. 

E  Meliantz  a  fiûg  cridar 

Parlament  e.  fes  ajostar 

Las  gens ,  e  a  lur  o  moatrat , 

Si  que  tuit  o  an  autreiat 

E  lor  es  bon  e  lor  agrada. 

Mas  Brunesentz  s'en  feîn  irada , 

Cais  que  de  marit  non  s'agrat ; 

Mas  si  o  avioD-tttit  jarat, 

Si  'n  seria  perŷurs  cbaacuns. 

E  dis  qu'en  man  del  rei  Artos 

Vol  sia  fidt  pos  aissi  es. 

E  tuit  dizon  9  «  Bon  es[!  bon  es!  » 

Parlarem  de  Jâufie  ueimais : 
La  bniida  es  grans  el  palais 
Dels  cavaliers  e  dels  baros , 
Que  tuit  son  d'anar  volontos. 
Et  Melian  a  br  mandat 
Qu'ades  sion  apareillat 
Tuît  aquel  que  anar  volran  , 
Qtte  d'aqui  a  dos  joms  movran. 


ROMAN 

Sempre  ▼iratz  appareiUar 

Taat  ames ,  tantz  garûiiiientz  clar, 

Tantz  bels  ausbercs ,  tant  bels  escatz 

Tanta  espaza ,  tant  ehns  agutz , 

Clârs  e  forbitz  e  f asplandentz , 

E  tantz  enaps  d'anr  e  d'argentz  ^ 

Tantz  beltz  mnls  e  tant  palafre 

Qoe  no  ns  er  contat  per  nie. 

Ni  d^  yestirs  iio  m  met  en  pllit,' 

Qa'ea  dos  îoms  non  an  al  re  lait  ^ 

Mas  ades  cosir  e  tailhar 

Drap  de  ceda  e  grís  e  var, 

Cembeli  e  ricx  draps  de  grana  3 

ÌDc  mais  gens  a  maior  ufana 

Non  s'aparelberon  d'anar, 

£  Melians  a  fait  menar 

Tanlat  lai  on  el  lo  tenc  pres  ; 

E  pneb  aon  se  tciit  ensems  mes 

£t  camm  ab  gran  alegrier. 

E  soo  comtat  ìà  cavaUier 

Solamenz ,  ses  la  autra^enzŶ 

Tria  milia  e  cine  oens  y 

£  ben  mil  et  cino  eent  donzeUas  j 

E  a  i  ben  mil  domnas  ab  ellas. 

Tres  joms  an  en  aissi  cavalcat 
E  per  jornadas  albergat 
£ ,  al  qnart  jora ,  il  son  vengnt 
En  nn  bel  prat  vert  et  foìUnt' 
D'erba  fireSca ,  de  bellas  flors , 
Don  issi  moiit  booa  flairors. 
£1  prát  es  dauâ  tot  environ 
Deb  bellas(\rs  arbroB  del  mon 
£  el  mieg  a  nna  fentana 
Gran  e  preonda ,  dara  e  sana , 
Don  s'azaigaaqueïLa  prada,- 
Que  dura  de  miieia  jomada. 
E  HeliaDtz ,  jfer  la  verdor 


D£  JAUFRE.  145 

De  VeAsi  e  per  -la  ireseory 
E  per  la  fiaiifir  qu'en  eissi , 
,      Dis  que  albergaran'aqui ; 
£  car  i  a  d'áiga  viutat , ' 
An  o  tnit  eqsems  antreîat 
£  tendon  lur  tendas  aqùi. 
£  Jaufre  ab  aìtant  auzr 
T7na  causa  que  foft  planta 
£  crídava  sancta  María 
£  Deu ,  ab  plans  motr  angoissos  ^ 
Aitant  con  pot ,  eh  auta  vos. 
£  Jaufre  crída ,  cant  ò  au  i 
«  Da  m  mas  amias ,  qiie  lai  m'en  vav 
M  On  aug  aquesta  votz  erída)*.  » 
Dis  Melians  :  u  leu  voíl  anar 
«  Ab  vos.  —  NonÊiretz ,  dis  Jauíre , 
«  I^i  vos  ni  autre ,  per  ma  fe.  » 
£  es  se  mantenen  garaitz 
£  pueis  es  el  caval  salhitz ; 
E  pren  la  lansa  e  I'escut 
£  va  s'en  en  lai  per  vertut. 
£  ^'enc  s'en  tot  dreit  Ves  la  fon  , 
On  ve  que  s'auci  e  s  confon 
Una  donzella  e  s'esgmfina 
Sa  fresca  cara  e  'sa  peitrína , 
£  romp  sos  pels  e  sos  vestirs , 
£  dis  ab  angoissos  sospirs 
Tot  mantenen  que  vis  Jaufre  : 
K  Seiner,  per  Dieu  aiatz  merce 
«  D'una  domna  qne  nega  aissi ! 
«  Seiner,  per  Deu ,  acoretz  li ! 
«  Que  grantztala  e  granz  dolors 
M  Er,  s'en  aissi  mor  ses  socors. 
«  A  esta  fon  era  veuguda 
«  Bainar,  e  I'aiga  es  creguda- 
«  Que  non  sol  esser  ('an  preonda. 
M  Franc  cavalier,  per  Dieu  I'aonda 

'9  . 


i46 


ROMâN 


te  A  la  plus  belia ,  a  la  plus  bbnca, 
«  A  la  plus  pros ,  a  la  plos  franoa 
M  E  tota  la  plus  enseinada 
«  Que  anc  fon  ni  ja  sia  nada* 
tt  Jamais  non  er  de  nullas  genz. 
«  Domna  de  tan  bon  complîmenz.  » 

E  Jaufîre  gara  yes  la  fon , 
E  prop  de  se ,  non  jes  preon , 
E  el  yi  la  domna  negar 
Una  vetz  sorzer,  autra  intrar. 
E  deissen  de  gran  yolontat 
E  'pueîs  a  l'arestol  girat , 
'Que  la  ciiia  ves  el  tirar ; 
£  ve  que  no  i  pot  adestrary 
£  fàì  s'enant ,  aitan  con  pot. 
£  la  donzeDa  venC  de  trot , 
E  a  '1  tal  de  la  man  donat 
Qu'intz  en  l'aiga  Ta  balansat, 
Aissi  con  era  totz  garnîfz 
E  totz  causatz  e  totz  vestîtz. 
£  pueis  apres  sal  la  donzella 
E  la  domna  n'intra  s'  ab  ella , 
Aissi  s'en  son  iûtrat  tut  tres. 
Oimais  a  pro  quc  &r  Jauíres  : 
Mout  es  l'aiga  granz  e  preons 
£  Jaufire  es  casutz  als  fons , 
Aissi  com  era  totz  armatz. 
E  '1  cavals  es  totz  enrabiatz , 
Cant  ne  vi  son  seinor  intrar. 
Aissi  com  si  saupe9  parlar, 
Srama  e  crída  et  endilha 
£  plaîng  se  que  fon  meravilha. 
Anc  bestia  non  fes  tan  gran  dol ; 
Qu'el  grata  e  fer  e  mor  lo  aol , 
Pueis  gita  1s  pes  e  venc  correDt 
Tro  a  la  fon ,  et  toma  s'en. 
E  cant  ac  assatz  trebaiLlat 


DE  JAUFRE. 

E  pnon  corregnt  per  \a  pait  y 

Lo  senescals  de  Brunesentz 

0  a  vist  e  venc  a'en  conretitz 

A  Melian  totz  esperduta 

E  dis  li :  »  Janfrenz  es  perdutz ! 

«  Câls  aventura  lo  ns  a  tout , 

u  Que  son  caval  vei  anar  sout  ? 

(c  Yeiam  si  ja  1  porem  acorre.  » 

Aqui  vÌFiítz  cavalier  corre 

Ves  bi  fon  ,  de  gran  esperon ; 

Pueis  menon  tal  dol  ^  cant  ku  son , 

Que  jamais  sos  parz  non  er  faûtz. 

E  Melianz  es  ablesmatz 

Casutz ,  si  que  non  pot  paiiar, 

Cant  lo  caval  vi  sout  amir. 

E  sieì  cavalier  tríst  e  mom 

Son  li  vengut  coren  entom, 

Que  Tan  d'aiga  fresqn*  arosat , 

Tant  que  parlar  a  recobrat 

E  pueis  pren  a  plaÎDer  Janfre...* 

Ab  altatit  ves  la  fon  s'en  ven 

Corren ,  si  con  enrabíatz> 

Totz  sancnentz  e  tolz  esquintatz. 

E  fora  s'en ,  aissi  com  vcnc , 

Gitatz  lainz ,  can  lo  retenc 

Un  cavalliers  qu'el  pren  a  brptz 

£  dis  :  «  Seiner,  no  us  ausisatz 

«  Ni  voilatz  nos  autres  aucir, 

«  Car  tuit  i  poiríam  saiUir, 

«  Que  ja  neguBS  non  eissiría ; 

«  Conortatz  vos  y  per  Dieu  no  s  sÌA«  ^ 

E  'ls  autre  s  son  vengut  corren 
Tant  con  podon  ves  el  baten, 
E  an  lo  lonjat  de  la  £bn. 
£  el  se  fer  del  puing  d  firon , 
Pueis  plaing  Jaufre  tan  dolsament 
Que  fagn'a  plorar  mais  de  cent. 


ROMAN  D£  JAUFRE. 


i47 


£  Bmnestiimies  s'en  vengada    . 
En  sa  tenda ,  c'om  Vttc  tendada ;  . 
E  aa  lo  crit  que^io  levat, 
Paeis  a  nn  escudier  soiiat : 
«  Sa  Taî  y  amìcx »  dîgas  nû  tost 
«  Cals  es  lo  dols  d'aquil  de  l'ost? 
•^  «  Domna ,  aag  dìr^  don  son  iratz , 
« Qu'en  Ifí  ibnt  es  Jaufre  negatz. 
—  «c  Sancta  María !  so  consi  ? 
«  leu  m*en  vauc  negar  atressi , 
« Qae  ja ,  per  Dieu ,  90I  no  i  morra !  *> 
Etû  sen,  tan  con  pot,  en  la 
Tots  Am  sen  Toutai  correnz; 
£  de  domnas  mais  de  cinc  cenz 
Sepm  la ,  tan  con  pot  cascuna  j 
Mas  no  i  pot  consegre  neguna. 
E  cant  fo  a  la  fbn »  escrída  : 
«  Oa  est  Jauffe?  »  Pueis  es  salida 
Lain2y  pes  )oatz,  tot  mantenent; 
Mas  lo  sîeus  senescals  la  prent 
Per  los  pels ,  que  soa  espanditz , 
Aîssî  com  hom  amanoitz , 
E  tnûs  1a  defcra  per  forsa. 
£  ab  aitant  lo  crít  s'esforsa  : 
Lai  vìratz  donzellas  plorar, 
E  domnas  plaîner  e  crídar, 
E  rompre  eaiBS  e  cabels 
Acavalliers  e  a  donzels. 
«  Jaufre!  Jau£re!  dis  Brunesentz, 
«  Cap  de  totz  bons  enseinamentz , 
«  Franc  cavallier  et  amoros , 
«  Sobre  totz  d'armas  poderos , 
«  Qui  vos  a  mort?  sabran  bom  dir? 
«  Per  Dieu!  anc  ret  no  ns  poc  aucir 
«  Ses  tracioa  o  ses  malesa^ 
«  Tant  avia  en  vos  de  proesa. 
«  Jaufire ,  ieu  remanc  escaroida 


«  Eu  vostra  mort ;  mal  aia  vida , 
«  Gar  segucotre  vos  sa  m  reten  1 
«  E  mal  aia  mort ,  car  non  ven ! 
«  Mort ,  e  on  te  poirai  seguir, 
«  Pos  tu  non  vols  a  rae  venir? 
u  £  consi  puesc  demandar  on  ? 
«  Non  iest  ab  Jaufre  en  la  fon  ? 
«  Si  est  ben ,  no  m'en  cal  duptar. 
«  Donc  me  vauc  ieu  lains  gitar.  >• 
E  leva  s  com  ^rabiada , 
E  fora  s  ben  laintz  gitada , 
Gan  lo  senescals  la  retenc 
£  Augier ,  que  correns  y  venc  , 
Que  l'an  a  penas  retenguda. 
E  ela  crîda  :  «  Dieus  ajuda ! 
«  Amicz  Jaufre ,  on  est  anatz? 
«  Francz  cavallierz  et  enseinatz 

« 

«  E  de  totz  beqestars  complitz  ^ 

«  Yos  porlavatz  cl  cor  escrítz 

«  Totz  bens  que  us  garavon  de  faiUa  i, 

«  Jamais  non  er  oms  que  vos  vailla ! 

«  Yos  m'aviatz  d'ira  gitada , 

«  Mas  en  maior  m'avelz  tornada; 

«  Yos  m*aviatz  gran  gaug  donat , 

«  Ai  kssa !  can  pauc  m'a  durat ! 

«  Mas  la  d<^or  m'aura  durada , 

«  Que  totz  temps  maîs  viurai  irada ; 

«  Mas  fort  sera  corta  ma  vida.  » 

£  es  se  tal  del  poing  ferida 

En  las  dentz ,  que  las  fai  sancnar ; 

Pueîs  pren  sa  cara  a  esqyintar 

£  romp  sos  cabels  saurs  e  plans« 

Mas  Augiers  li  vai  penre  'ls  manS| 

Que  tot  en  plorjin  la  castia  s 

«  Bela  domna ,  per  Dieu  non  sia ! 

«  Aiatz  de  vos  eissa  merce , 

«  G'aisso  non  ten  pro  a  Jaufre. 


i48  ROMAN 

«  No  us  TOÎUatz  aissi  còoibndre.  » 
E  Brunesens  no  1  pot  respondre , 
Qa'entr^els  brasses  H  cai  pasmada ; 
£  pogratz  aver  cavalcada 
Una  lega  ans  que  parles ; 
E  pueis  a  dit : '«  Amix ,  on  es  ? 
«  Mort  o  YÌu  vos  volgra  veser, 
u  Baisar,  abrasar  e  tener.  n 
E  pueis  fer  s'en  la  cara  si 
Qu'el  cuer  se  romp  e  'I  sanc  n'issi ; 
Apres  laìssa  s  cazer  el  sol , 
Anc  res  non  menet  aital  doL 
E  '1  senescals ,  tot  en  ploran , . 
£  Augìer  la  van  conortan. 
E  an  la  a  forsa  menada 
En  sa  tenda ,  on  l'an  colgada 
£n  un  leit  tot  suau  e  gent ; 
Pueis  tomon  ves  la  font  corrent. 
A  la  font  cs  tornatz  Augiers , 
E  ac  entom  tantz  cavalUers 
Que  tuit  ploron  Jauíre  e  plainon 

E  rompon  lors  cabels  e  frainon 

Granz  es  lo  dols  e  'I  plors  e  1  crítz: 

Totz  lo  plus  joios  es  marrítz, 

Que  tuit  ploron  cominalment » 

£  quex  se  ronp  c  s'escoissènt. 

Mais  Venç  I'araivesques  Gales , 

Mout  savis  e  mout  ben  apres, 

Qu'el  prezica ,  c  a  lor  dit : 

«  Seirior,  nos  atrobam  escrít 

«  Que  Dieus ,  de  tot  cant  es  seiner , 

«  Tot ,  cant  li  platz ,  pot  destreiner ; 

«  E  sieu  es  tot  et  el  lo  fes , 

«  E  si  ara  a  Jaufre  pres  ^ 

«  Far  lo  pot  en  aissi  col  sieu , 

«  E  a  vos  non  deu  esser  grieu ; 

«  Gar  de  cascun  es  poderos 


DE  JAUFRE. 

tt  E  non  w>l  perdonar  a  nos 

«  So  que  ndn  perdonet  a  se. 

«  £  si  negiins  amet  Jaufre , 

«  Non  fiissa  dol,  que  pron  no'I  ten ; 

M  Mas  que  fassa  per  s'arma  befi , 

«  E  pf  ec  Dieu  e  sancta  María 

«  Qu'el  meta  én  sa  compania. 

<c  E  ieu ,  totz  temps  tant  cant  viurai  y 

«  Don  li  part  els  beiis  que  farai , 

«  E  aissi  deu  o  fiur  cascuns ; 

«  E  si  bon  con5el  sap  neguns, 

«  Don  lo ,  e  laissatz  aqud  dol, 

«  C'oimais  no  1  faretz  per  mon  vol. » 

Gant  I'arcivesque  ac  parlat , 
Vc  us  Melians  en  pes  levat , 
E  dis  ;  «  Seinor,  bon  conseU  dona , 
«  Aissi  con  bonrâda  persôna , 
«  L'arcivesques ,  que  mout  dis  ben 
çt  Qu'el  dols  a  Jaufre  pron  non  ten , 
«  E  nos  creissem  nostra  dolor ; 
«  Mas ,  si  tuit  o  voletz  ,  seinor, 
«  Trametam^  que  non  aia  plus , 
M  Messatges  al  bon  rei  Artus , 
«  Que  'I  digon  con  es  avengut 
tt  Ni  con  avem  JauQre  perdut. 
«  E  nos  esperem  en  est  pnit 
«  Los  mesatjes ,  tro  sìon  tornat, 
tt  £  augam  del  rei  que  dira.  » 
E  tiiît  dison  que  bon  sera 
Qu'el  rei  sap  gan  ren  d'aventuras , 
Gar  tot  l'an  li  'ti  venon  de  duras ; 
E  el  dar  nos  a  atrasaitz 
Gonseil ,  e  sabrâi  cdn  es  íaitz. 
Li  message  son  elegnt 
£  lo  matin  son  se  mogut. 

£  Jaufre  pensa  d'autr'afar ; 
Quc  las  donzeUas,  ses  mal  fiu*, 


ROMAN  DE  JAOFRE. 

L'dn  ins  passat ,  jter  mei  la  fon , 
En  la  gensor  temi  del  mon , 
On  a  molt  e  plain  c  montannas  y 
Vals  e  Gombas  e  bellas  planas  y 
Àigas  e  boscages  e  pratz , 
Villas  e  castels  e  ciutatz ; 
ì[as  tot  es  erms  t  Toitz  de  gens  > 
C'ons  cavaliers  mals  e  cozCns 
0  a  tot  confondut  ab  guerra , 
tforta  e  gastada  la  terra. 
Ela  donzella  tot  suau 
Disa  Jaufìre  :  «  Seîner,  Dieu  lau, 

in  ns  ai  ieu  etí  mon  poder ; 

A  bome  non  dei  grat  sayer, 

Mas  a  ma  art  ^  a  mon  sen. 

leu  sai  aquella  que  tan  gen , 

Yos  ▼ÌDc  querre  secors  ploran 

Del  gran  trebail  e  del  afan 

Qae  m*a  &it  Felons  d'Albarua , 

Uns  malvais  bom  cui  Dieua  destrua ; 

Car  cavaUjers  nçn  es  el  mia  r 

Ni  o  par  que  que  bom  s'en  dia  , 

Qn'el  mon  non  a  ipíus  mal  enpost 

Que  fezes  vibinia  plus  tost. 

Qu*ei  a  maior  testa  d'un  bou  « * 

E  quex  deis  oîlz  plns  gros  d'un  oUf 

E 1  firoDt  n^eravilbos  e  gran , 

E 1  nas  quicbat  e  maléstan  y 

Lavras  espessas  e  morudas 

E  las  dentz  grans  ,  mal  assegudas , 

£  maìov  gulo  d'un  laupart , 

Qoe  fendut  n'a  daus  quaqua  part 

Tro  sots  lás  aurelbas  aval , 

E 1  col  a  guisa  de  caval. 

£  es  amples  per  los  costatz 

£  pel  ventre  gros  et  enflatz  / 
Cambas  platas  e  malestantz 


'49 


«  E  las  coissas  grossas  e  gràntz; 
n  Anc  bom  non  vi  tan  fera  ren. 
«  £  ieu ,  seîner ,  dîc  o  per  ben , 
«  Per  so  que  no  us  fassa  temor, 
«  C'a  totas  gens  fai  tal  paor 
«  Que ,  d'aitant  col  vezon  veni  r, 
«  No  s  podou  tener  de  fugir ; 
«  Qu'estiers  non  cònquer  el  negun 
«  Per  batailla  ni  per  estrun. 
«  E  ve  us  9  seiner,  con  es  anat , 
«  Que  non  m'a  nulla  ren  laissat , 
«  Mas  un  castel  c'sti  reiengut 
«  E  deg  I'aver  deroan  renduty 
«  C'aissi  o  ai  en  coviilen , 
«  E  me  mezeissa  eîssamen, 
«  Si  Dieus  e  vos  no  m'en  ajnda. 
u  E  ieu  volria  esser  penduda 
«  An  que  m  tenga  en  sotz  poder !  » 
Dis  Jaufre  :  «  E  dizes  mi  ver  ? 
-—  «  0  ieu ,  seíner,  si  m'ajut  fes. 

—  «  Aras  donx ,  po^u'en  aissi  es , 
«  leu  m  combatrai  per  vostre  dreg; 
«  Mas  vos  non  o  fezes  a  dreg 
«  Car  en  aissî  sa  m'avetz  mes , 
«  Que  Brunesentz  sai  ben  que  n'es 
«  Morta',  o  ella  s  n'aucira. 

—  u  Seiner,  ja  d'aiso  non  mora , 
«  Dis  la  donzèlla ,'  mas  irada , 
«  N'es  mout  ab  tota  sa  mainada ; 
«  E  d'aquo  sera  leu  garìda ; 
«  E  ieu  fora  totz  teraps  marîda 
«  Si  non  fos  lo  yoslre  socors , 
tt  £  fora  ben  maiers  dolors 
«  Qu'ieu  fos  morta  'que  s'ella  plora  ŷ 
«  Que  n'er  garida  en  breu  d'ora.  » 
Tot  aitan  con  pot  lo  conorta. 
Ab  tant  son  vengut  a  la  porta 


iSo  ROMAN 

Del  casfel  que  1a  âomna  lea ; 
E  can  Jaufre  vi  que  per  ren 
Non  er  estiers ,  es  s^apagatz 
E  es  s*en  el  castel  iutratz. 

Lo  casteU  es  fortz  e  ben  claus 
De  bons  muFS  y  e  '1  vallat  son  caus  9 
Plen  d'aiga ,  en  roqua  taiUada^ 
£  sus  a  petit  de  maìsnada. 
£  cels  qoe  lai  son  albergat 
L'an  moul  gtntament  convidat 
£  l'an  mout  ricament  servit 
D'aquo  eis  que  bd  es'petit ; 
Que  tan  lai  ac  pauc  de  vianda 
Que  non  avion  mais  a  randa , 
Mas  cant  lur  s'es  ops  lendeman 
De  cam  e  de  vin  e  de  pan. 
£  aquo  an  la  noit  manjat 
£  pueis  son  ae  tut  gent  colgat. 

El  matin  9  cant  lo  dia  par, 
Jaufre  comensçt  a  Içvar ; 
£  cin  fon  vestitz  Aausatz 
E  sa  cara  e  sas  mans  lavatz , 
Prega  pueis  sancta  Maria 
E  '1  sieu  car  fil ,  que  '1  don  bon  dia 
E  que  1  don  I0  dreit  retener 
De  la  domna  per  soo  plaser. 
Pueis  bi  nn  preire  revestir 
E  a  1  £iit  una  mesH  ^^ 
Del  Sant  Efiperít  dignameïit , 
£  el  ufiri  un  marc  d'ai^ent. 
E  cant  la  messa  fon  fínida 
E  Jaufi«  l'ac'en  pes  ausida , 
Seína  s'  et  eis  s'en  totz  )auseiì«  - 
£  pueis  apres  las  autras  gens ; 
£  es  se  soi  Ú  mur  puiatz , 
£  la  domna  ab  el  latz  e  latz , 
Per  veser  si  Fello  venra ; 


DE  JAUFRE. 

Que  si  yen ,  bataiQa  n'anra , 
D*aquo  pot  esser  ben  certan. 
Pero  si  en  el  non  reman , 
Gar  Jaufre  n'es  ben  corajos , 
Car  l'amors  lo  fiii  eonsiros 
'De  Brnnesen  qu'ensus  I0  tira ; 
Per  quQ  goven  plaing  e  sospira. 

Aissi  an  sus  el  mur  estat 
Gran  pessa ,  et  an  pron  parlat 
De  totz  los  affar  de  la  terra, 
Gon  es  lot  confondut  per  guem 
E  con  es  lot  mort  e  gastal. 
Ab  aitant  a  Jaufire  garat 
£  vi  venir  per  una  plaina 
De  cavalliers  una  compâina. 
<(  Domna ,  dis  el ,  ve  us  cavalliers ; 
M  Seria  aisso  vostres  guerriers? 
M  Veiatz  si  ja  H  conoisseretz. 
--*-  tc  Seiner,  áìs  ella ,  b6n  i  etz ; 
(t  Aquo  es  el  que  ven  premiers, 
<i  L'enemicx  de  Dieu ,  l'aversiers. 
—  «  Aras  doncx  laisem  lo  veoir, 
u  E  auzirem  que  volra  dir. 

£  Fellon  venc  s'apropian 
Oel  ca6tel,'tot  suau  amblan  , 
£  portet  en  man  'un  aucel 
Mout  bon'  el  avinent  e*bel. 
£  non  es  maier  d'un  austor 
E  ja  no  1  cal  querer  melhor. 
Lo  col  a  pauc  e  '1  bec  espes , 
PIus  trencant  qûe  rasors  non  es; 
E  Is  Tolars  loncx  que  '1  sobrebaton 
De  mieg  pe  e  la  coa  '1  passon , 
Las  cambas  grossas  e  1s  pes  fi)rtz , 
Don  a  moltz  auzels  pres  e  mortt- 
£  cant  fon  al  pe  del  castel , 
El  vi  gruas  en  un  pradel 


ROMAN 

Qae  paissûm  eiitro  a  cent  9 
E  d  tol  la  long^  -Goneiit 
Al  aiizel  e  laissa  '1  volar* 
E  el  las  Tai  revíronar 
E  pneis  poia  de  tal  poder 
Capenas  lo  pot  hom  vezer; 
Ecant  lai  fon  ben  atit  poiatz.y 
£  el  deìssen  totz  abrivatz 
Tes  las  groas  e  £e&  nn  çrît 
TaL  cp'd  plus  sortz  Fa  ben  anzit ; 
B  pôs  estet  en  alas  sns. 
Ab  iaiit  Fcilon ,  qne  no  i  ac  plus , 
Tesc  m  ias  gmas  e  pres  s'en 
laot  can  li  plac ,  a  son  talen ; 
£  paeii  apres  siei  compaignon  y 
Qoe  no  i  ac  tant  avol  garqon 
Qae  no  'n  portes  aitant  con  poc , 

Que  anc  negona  non  se  moc 

Plos  qne  si  fosson  totas  mortas 

0  liadas  ab  granz  redortas. 

E  can  ii*an  a  lor  volòntat  y 

£  FelioD  a  rauzel  sonat , 

£  el  li  es  tomatz  el  pon. 

So  dîs  Jaufre  t  u  Sí  Dieus  ni'aon , 

•  Mout  a  cortes  aucei  aissi 

•  Qae  anc  boms  mais  tan  ric  non  vi ; 
«  Sì  1  podia  peore  ni  aver, 

«  No  'n  penria  negun  aver 

•  Que  no  'i  dones  al  rei  Artus , 

"  Si  Bieus  vol  qu'ien  ja  tom  la  sus. 
—  «  Seìner,  si  tomaretz  breumen ,  » 
Dis  la  donzelia  tot  rizen  ^ 
«  Ab  gran  gaug  et  ab  aiegrier, 
«  Ab  raucel  et  ab  mon  guerrier, 
« Qu'er  vencutz ,  en  Die^  n'ai  ma  fe , 
« E  el  peccat  cpie  a  de  me.  » 
Ab  tant  Fellon  venc  a  ia  porta^ 


DE  JAUFRE*  ,5, 

Ab  i'aucely  qu'en  la  man  porta, 
E  crida :  «  Vos  que  est  lai  sus , 
«  Deìsendetz  tost  a  me  sa  jus , 
«  E  la  putans  esca  sai  fors , 
«  Que  tant  m'aura  vedat  son  cors 
«  Qu'ades  er  als  garçons  iivrada , 
'^a  Ais  plus  sotils  de  roa  mainada , 
«  C'a  mos  ops  non  ia  voii  ieu  ges.  ^ 
Ad  aquest  mot  respont  Jaufres 
Tot  jen  e  simplament  e  plan : 
«  SeindTy  si  sai  avetz  putan , 
«  Ja  de  sains  no  us  er  tenguda  , 
«  Anz  vos  er  mantenen  renduda) 
«  E  digatz  la  m  qu'ades  i'aures.  » 
Dis  Fellon  :  «  Ben  sabetz  qui  es. 
«  Yostra  domna  voil  que  m  rendjitz 
«  E  'i  castei  en  ben  et  en  patz , 
«  Si  con  m'avetz  en  oovinen. 

—  «  Ar  avetz  parlatz  d'avinen , 
«  Dîs  Jaufre ,  que  per  atrasag 

«  Lo  covinen  que  us  avcm  &g 
«  Atendra  volontîers  cascuns, 
«  £ ,  sî  us  piatz ,  non  demandetz  pius. 

—  «  Ara  doncx  mi  rendelz  ades 
«  Lo  castei  e  ia  domna  apres , 

«  G'uei  me  deu  esser  tot  reodut , 

M 

«  C'aîssi  m'o  avetz  conyengut, 
«  0  aia  qui  s  combata  ab  me. 

—  «  Seiner,  ara  m  digatz  per  que , 
«  Dîs  Jaufre,  o  voletz  aver? 

—  «  E  vos  donx  non  sal>et2  io  ver? 
«  E  d'on  -diables  es  vengutz? 

«  Per  la  gola  seretz  pendutz; 
«  No  i  a  ai  re ,  mas  car  lo  voili. 

—  «  Ais^i  dises  vos  gran  orgoill  ^ 
tt  C'ab  forsa ,  car  la  pedetz  far^ 

«  Voietz  tan  laig  deseretar 


iS2  aOMAIf 

•  «I  Una  piikeUa  tríst  e  imArsa , 
«  Car  yesetz  qae  no  us'pot  fiur  forsa. 
«  Dreit  V08  fÌDra ,  e  ren  non  als , 
«  Ei^  oort  quc  sia  corainals 
«  £t  ab  dreit  deu  ben  escapar. 
«  E  si  aisso  non  voletz  far, 
«  Garnetz  vos  9  car  ja  de  bataiUa 
«  Non  trobarctz  en  ella  (aiUa ; 
«  Car  tant  a  saî  e  lai  cercat 
«  C'un  cavalier  Ta  Dieus  donat 
«  Tal  que  mantendra  sa  dreicbura. 
— -  «  Fort  as  dîcba  gran  desmesura , 
u  lU^pont  Fellon ,  si  Dieus  m'ajut. 
«  Da  m  ma  lansa  e  mon  escut 

■  - 

«  E  mon  elm  e  ma  gamison 
«  £  m'  espasa  don  tan  baron 
«  Al  mortz  e  romputz  e  trencat,  >» 
Pueb  a  son  aucel  comandat 
A  un  escuder  avinent , 
E  es  se  garnitz  mantenent^ 
E  pneis  escrída  (ant  con  pot : 
«  lesca  defors  aquel  arlot 
«  Que  contra  me  s  fai  batailliers ; 
«  Ara  para  í^^  cavaliers !  » 
£  Jaufre  ab  petit  d'esclau 
Gamic  se  tot  gei^t  e  suau ; 
Pueis  eis  s'en  ibras  totz  gamitz 
E  fon  seînatz  e  benesitz 
Per  la  dcsnAa ,  per  l'autra  gent , 
Qne  pregon  Dieu  mot  buxnibnent 
«Lors  pielz  baten ,  de  ginolbos : 
«  Seiner,  qui  us  laisses  en  la  cros 
«  Vostras  mans  per  nos  davelary 
u  E'l  costat  ab  lansajiafrar, 

» 

«  Yos  donatz  a  Jaufi«  poder 
«  Con  puesca  Fellon  conquerer.  » 
Amdui  son  gamiten  un  prat 


D£  JAUFtUe;. 

Cavallief  cug  que  a  trobat 
Fellons ,  non  es  tan  ergolhos 
Tal  qu'el  laissara  consiros. 
FeDons  a  garat  denan  se 
£  'vi  estar  el  camp  Jaufre 
Gamitz  mout  eissemidamen : 
«  Yilan  y  dis  el ,  et  as  ton  sen , 
«  Can  te  cuias  ab  roé  combatre? 
«  Que  9  si  eratratz  .xx.  et  .mi. , 
«  Si  seriato  vos  tuît  pres  e  mort.  > 
Di&  Jatdìre  :  «  Yos  avete  gran  tort, 
«  Que  s'eÝavatz  tmp  pius  sobncrs 
«  £  s'icu  era  una  escudiers  ^ 
«  Ses  binaa  e  senes  eMut  1 
«  Si  us  rendria  mort  o  vencut. 

—  u  Ara  y  dis  Fanoii ,  aug  bon  gap. 
(i  Digas  mi ,  vilan ,  per Jlon  cap, 

<(  Quins  boin  iest,  ni  on  af  estat, 
u  Ni  con  t'  es  presa  voluntat 
«  Que  t  voillas  combatre  a  me? 

—  «  Seinery  ieu  soi ,  so  dis  Jaoftf  y 
«  De  la  cort  del  ben  rei  Artus , 

«  E  a  m'en  enviat  sa  jus 

«  A  la  domna ,  que  la  defenda , 

u  Tant  tro  que  bom  son  dreit  li  reo<h; 

«  E  ieu  fiuai  ne  mon  poder. 

— •  u  Ben  est  vengutz  ton  mal  qaereT) 

«  Dis'FelIon ,  e  de  ton  seinor; 

«  Dic  te  que  jes  non  t  ten  d'amoT} 

«  Ans  ti  vol  mal  certanamen, 

«  £  a  t'o  aaaatz  fag  parven , 

«  Car  per  batailla  sa  t  trajnM) 

u  Qu'en  mans  de  tal  bome  t'  a  mes 

« ,Que  t  £aira  ab  dolor  morír. 

-—  M  Aco  non  val  ren  que  t'ang  dir^ 

«  Di^  Jaufre ,  auz  o  tenc  a  vent  \ 

«  Ma9  8Ì  en  patz  e  bonament 


/ 


BOMAN  DE  JAUFRE. 
« Vob  rendre  e  senes  bataîUii ,  Mas  ranberÊz  li  gari  la  mauea 


i53 


«  Tro  en  la  derríera  mezailla » 
« So  qne  as  a  la  domna  tont^ 
« len  t'en  laissarai  anar  sont, 
« Ses  raal  qne  non  anras  de  me 
«  E  &ras  i  ben  e  merce. 

—  «  Âras  y  dis  Fellon ,  ang  bon  plag, 
« Qn'ien  YoLrìa  mais  aver  trag 

«  Lo  cor  a  pessas  d'intz  lo  ventre 
« E  pneis  li  budel  de  segnentre 
<  Qne  t'en  laisses  aissi  anar ; 
s  Caissi  m  cuiavas  escapar 
« ib  gent  paclar  et  ab  merce. 

•  Fon  faras  ja ;  que ,  per  ma  fe  , 

« Oimais  f  pos  t'ai  en  mon  poder> 
«  Non  penría  jes  tot  Faver 

•  De  la  terra  dd  rei  Artus.. 

—  «  Onnais  non  t'escontarai  plus , 
«  Qne  fols  dis  et  ergoiUos  as, 

•  Dis  Jaufre,  e  £eû  que  poiras 
«  E  gara  t  ben  de  me  oimais.  » 
EiÌMper  lopratuneslais ; 
Mas  sos  cavals  non  es  jes  fortz, 
Anz  es  fenitz  e  de  £un  mortz, 

Qne  .Txn.  joms  a  que  non  manjetblat 
Hi  al  re  mais  qn'erba  de  prat. 
Ab  tant  met  se  denan  Tescut 
£  venc  ves  Fellon  per  vertut. 
E  Felion »  can  lo  vi  venír, 
Gibre  s'et  es  l'analz  ferír ; 
E  a  'l  ferít  de  Ul  vertut 
De  la  lanaa ,  sus  en  l'escut , 
Qu'el  e  1  caval  met  tot  el  plan. 
E  Janfre  no  '1  feri  jes  en  van , 
Aoz  lo  ferí  de  tal  poder 
Qu'el  fer  fes  d'intz  rescut  parer, 
Si  qn'el  bratz  d'ontra  en  outra  tranca ; 
I. 


Qtt'es  bon  e  fortz  e  ben  serratz. 
E  cant  si  sent  aissi  nafiratz , 
A  mantenen  la  lanàa  fraicha 
E  del  escut  e  del  brat  tracba ; 
Pueis  venc  ves  Jaufire ,  totz  iratz , 
E  Jaufre  fon  en  pes  levatz 
E  tenc  la  bona  espaza  el  man. 
«  Per  Dieu ,  dts  el ,  En  vilan , 
«  Yostre  derier»  joms  es  vengutz 
«  Qu^caras  uei  seretz  pendutz.  » 
E  cuia  1  ab  terra  cozîr ; 
Mas  Janfre ,  que  sap  descemir, 
9es  un  saut ,  et  a  '1  tal  donat 
Al  caval  qu'el  cap  n'a  portat , 
Si  qne  tot  mes  en  un  molon 
El  mieg  del  prat  el  e  Fellon. 
Oimais  son  a  pe  per  egal ; 
Ara  parra  cel  que  mais  val. 

Can  Fellon  vi  son  caval  mort, 
Venc  ves  Jaufre  íratz  mout  fort , 
E  dis  :  «  Per  Deu ,  mal  sai  vengnes , 
«  En  vilan ,  fil  d'avol  pages , 
«  Que  per  la  gola  atrasaig 
«  Seretz  pendutz ,  ses  autre  plaig  y 
«  Que  ja  de  vos  non  sera  pres.  » 
E  levet  son  bran  demanes , 
E  a  'n  donat  a  Jaufre  tal , 
Sus  en  l'elme  y  si  qu'el  nasal 
Li  a  trastot  desdavelat ; 
E  Jaufre  a  '1  tal  colp  donat 
De  la  espasa  si  que  la  man 
Li  trenquet ,  e  caset  el  plan 
La  bona  espasa  de  Jaufre. 
E  Fellons  sol  ni  au  ni  ve , 
Quant  vi  que  sa  man  a  perdut , 
Gella  ab  que  tenîa  l'escut ; 

20 


i54  ROMAN 

E  venc  ves  Jan&e  mantenen , 

Iratz  e  plen  de  maltalen ; 

E  va  1  ferir  de  tal  azir 

Sus  en  Telme ,  si  qué  issir 

Ed  fes  flamas  de  fuoc  mout  grans. 

£  Jaufre  a  fiiit  dos  santz  grans 

Yes  Fespasa  qne  el  camp  fon  ; 

£  cant  aisso  a  vist  Fellon  , 

Venc  denant  ella  atressi 

Et  anc  penre  no  la  1  giqnî  ^ 

Anz  anet  Jaufire  encausan 

Mout  fort  e  ferament  cridan  ; 

«  Cavallier,  ren  te  per  vencut , 

«  Pos  non  as  mas  sol  ton  escut*  « 

£  venc  sobr*  el ,  son  bran  levat , 

Mas  Jaufre  a  rescut  parat , 

Que  non  vol  son  ccJp  esperar, 

C'un  panc  se  pogra  trop  tarzar  ; 

E  det  li  tal  sns  que  trencat 

Li  n'a  tota  l'una  meitat. 

«  Cavallier,  so  li  a  dig  Janfire , 

«  Trop  vos  metetz  desobie  me , 

«  E  cant  mout  m'anretz  encanaat 

«  Si  serelz  a  derrier  sobrat. 

—  H  No  serai,  so  Ta  dig  FelloD, 

«  Enans  vos  rendrai  gnizardon 

M  Dels  grans  colps  que  m'avetz  donatz. 

E  venc  ves  Jaufre  totz  iralz  , 

E  a  'l  cuiat  trastot  partir ; 

E  va  tal  en  terra  ferir 

Ab  son  bran ,  que  n'a  soterrat 

Sotz  terra  mais  de  k  meitat. 

E  Jaufre  ac  gaug ,  cant  o  vi ; 

E  a  vi%t  son  bran  denan  si 

E  a  l'enlevat  mantenent » 

E  aco  mout  tost  e  corrent ; 

Pueis  vcnc  ,  de  mout  gran  voluntat , 


DE  JAUFBE. 

Yes  Fellon ,  escnt  abnissat. 
£  FeUon ,  cant  )o  vi  venir, 
Comenset  a  Janíìre  a  dir : 
«  Seiner,  prec  vos  per  gnrn  merce 
«  No  m'auciatz ;  prendetz  de  me 
«  Rezenso  aital  co  ns  volres.  » 
Adoncas  cant  anaí  Janfres 
Que  Fellon  se  tenc  per  vencnt , 
Venc  vcs  el ,  con  apercebut, 
E  pres  li  l'espasa  del  man ; 
Pneis  a  1  dit  tol  snan  e  plan  s 
«  Seiner,  pois  qne  en  aissì  es , 
«  Vos  vos  n'iretz  rendre  per  pres 
«  A  la  domna  que  gnerreiada 
«  Aviatz  e  deseretada , 
«  Per  far  totas  sas  volontatz. 
«  E  si  aîssi  o.antreiatz, 
«  En  aissi  pioiretz  escapar. 
—  «  Seiner,  aissi  con  vos  mandar 
«  M'o  volretz,  o  voil  fidre  tot, 
«  Que  ja  non  vos  desdirai  mot. » 
Ab  tant  sonet  soa  cavf  Uiers 
Fellon ,  que  s  rent  per  presoniers 
A  ÌSL  domna  d'aqael  castel : 
«  Baron ,  dis  el ,  per  to  m  «pel; 
«  Ben  conosc  qpoie  a  gi«n  peocat 
»   «  Avîa  son  pais  gattat 

«  A  la  domna  qu'cst  cavallier 
«  Si  amenet  per  batallîer, 
«  Qne  m'a  en  aquest  camp  vencnt; 
«  E  par  ben,  qu'el  man  ai  perdnt 
«  E  vauc  me  metre  en  sa  prisoD.  » 
Ab  tant  venc  el  castel  Felloii. 
E  cant  fon  el  castcl  veogvtz , 
Jaufre  fo  mout  ben  receobnti. 
E  Jaufre  dis :  «  Fassa  on  vemr 
<t  Un  metge  per  Fellon  garir; 


ROMAN 

« PiaeÎB  fiiia  tosU^  maiidamen  j 
« Domiia ,  c'aisfti  m'o  a  en  conven » 
« Que  lot  so  qne  vobea  mandar 
« Deu  mendie,  ses  ren  pa^r.  » 
Ab  tant  ve  us  lo  metge  vengot  \ 
E  Ti  Feilon  moul  esperdut , 
E  a  1  sas  plagas  regardadas , 
D'aiga  e  de  vin  Llanc  lavadas, 
Pueis  an  lo  en  un  lieg  cdgat. 
Ab  ailant  la  domna  a  sonat 
Dos  escudîers  alcgramens : 
•  laion  ,  analz  tost  e  correns 
I  Lai  en  cd  caslel  qne  vezes , 
«E  non  remanga  per  nul  pres 
« Qne  non  aîam  pro  que  manjar. » 
Ab  taht  prenon  s'en  ad  anar ; 
E  an  fiûlz  amenar  moutons » 
Bons,  porcs  e  gruas  e  paons 

E  gan  len  d'antia  salvazina , 

Ctr  moat  n'eran  en  bona  alzina. 

Gant  lo  manjar  fim  aoermalz 

Lavon  tnit ,  pnis  son  s'asetatx 

E  manjeron  mout  voloi|tier. 

Gent  los  serron  li  escndier. 

E  cant  agroD  assala  manjat, 

Pro  a  tola  lor  volontat^ 

Jaoire  se  levet  lots  pciiQÌers, 

E  apres  lotz  los  cavalliers 

Son  vengul  denant  lor  seinor. 

E  Jaufre  ac  mout  gran  dolor 

Intz  en  son  cor  e  pensamen , 

Car  non  era  ab  Brunesen ; 

E  venc  ab  la  dinnna  parlar 

Con  puesc'  a  Bmnesentz  tornar, 

E  la  domna,  qu'el  vi  venir, 

Levet  se  per  d  aculir 

E  a  1  asegnt  de  lon  se 


DE  JÂUFRE.  Íi55 

E  somris  cant  a  vist  Jàufre , 

E  dîs  :  «  Seineri  ben  sai  per  Deu  , 

«  Que  l'estage  d'aissi  us  es  greu ;' 

«  Mas  ie  us  dic  ben  en  verítat 

«  C'aissi  cum  em  tuit  ajostat 

M  Serem  ab  Brunesen  deman , 

«  E  aisso  promet  vos  de  plan. 

-*-  cc  Domna  ^  k  vostira  gran  meice  i » 

So'lí  a;  respondut  Jaufre ; 

«  Mas  l'aucel  prec  me  frzas  dar, 

«  Que  a  Fellon  vi  aporlar, 

«  Que  donar  l'aî  al  rei  Artuss 

«  Aquel  ne  voil  e  non  ja  plus. 

—  «  Seineri  aquel  vos  er  rendulz«  » 
Ab  aitanl  il  s'en  son  vengut 

Denant  Fellon  |  que  jatz  nafratz , 

Jaufre  et  ella  latz  et  latz; 

E  dis  la  domna  a  FeUon : 

tt  Seineri  a  Jaufi^  fil  Dovoq , 

«  Vos  prec  que  donetz  vostre  aucel , 

«  Gel  ab  que  cassetz  el  pradel 

«  Las  gruas  que  li  cavallier 

«  Viroa  e  nos  autres  legier.  » 

Fellon  dis :  «  Domna  |  del  aucd 

«  Podetz  fiur  so  que  us  sia  bel 

«  E  de  me  traslot  ensamenti 

tt  Que  soi  per  vostre  mandament.  n 

La  domna  dis ;  «  Al  bon  matin , 

«  y oil  que  ns  metam  el  dreit  camin  i. 

«  Per  anar  a  la  cort  d'Artus ; 

«  E  cant  serem  puiat  lai  sus  | 

«  Nos  trobarem  en  nostra  via 

«  Dompnas  e  gran  cavallaria , 

«  E  irem  mieb  acompainal. 

—  «  Domna ,  a  vostra  voluntat 
«  Me  podetz  roenar  on  volretz  i 

«  Aissi  con  sd  qu'es  vostre  pretz.  » 


i£^  AOMAN 

Ab  jiìifnìí  soD  partit  d*aqui 
Jatifre  e  la  domna  atressi ; 
E  an  fait  lo  vin  aportary 
E  rpueis  son  se  anat  colgar. 

Tan  tost  col  jorn  fon  dedaratz , 
Jaufiie  s'es  vestitz  e  causatz ; 
E  serviron  li  dos  donzeb , 
E  d'aulres  que  vengron  ab  ek 
An  li  aportat  d'aiga  clara , 
Don  lavet  sas  mans  e  sa  cara. 
E  pueis  vai  al  mostier  orar, 
E  cant  venc ,  mandet  ensellar 
La  domna  un  bel  palafire 
En  c'anes  cavalcant  Jáufre. 
E  mentre  tan  que  li  escudter 

Torcon  e  encellon  destrier^ 
La  domna  los  fetz  totz  disnaì^ 

Mas  ja  d'aco  non  voil  parlar, 

Que  trastot  fon  a  lor  talen , 

Asaut  et  acermadament. 

Ab  aitant  an  apareillat 

Un  leit  y  on  au  Fellon  colgat ) 

E  meto  '1  sobre  dos  cavab , 

E  passon  ios  puegs  e  las  vals 

E  son  vengut  pres  de  la  fon. 

Ab  tant  la  domna  vai  amon 

E  a  lor  si  apareillat 

Lo  pas  j  que  trastuit  son  passat ; 

E  cant  son  tuit  puiat  lai  sus , 

Li  messajei  c'al  rei  Artus 

Eron  anat  j  son  tuit  vengut. 

E  can  an  dita  la  salut , 

Gonton  so  que  lor  mandet 

IjO  rei  Artus  e  comandet ; 

E  contet  o  l'uns  en  aissi 

Con  aras  ausirctz  de  mi : 

«•  Domnn ,  manda  iis  lo  rci  Artus 


DE  JAUFRE. 

«  Qu'ei  dol  non  vofllatz  menar  p^us 

M  E  atendetz  aissî  Janfre ; 

«  Car  calqu'aventura  1  rete  y 

«  Que  non  es  mortz  nî  confondutz.  b 

E  Brunesentz  a  'b  enlendutz 

Que  ac  mout  gran  gaug  e  sobrìer. 

Ab  tant  ve  us  un  escudier* 

Que  dis  novas  a  Melian  t 

«  Seiner,  ieu  vei  bi  cavalcan 

n  De  caval|iers  entro  a  cent.  » 

E  Melian  tost  e  eorrent , 

Tot  a  pe ,  va  de  vas  la  fon ; 

E  non  ac  anat  gaìre  lon , 

Que  el  a  Jaufre  conogut. 

Ab  tant  Janfires  es  dessendut 

E  van  s'estreiner  e  baisar, 

E  comenson  s'en  a  anar 

Davas  la  tenda  tot  correns  , 

En  que  jasia  Brunesens. 

E  Brunesens ,  qu'el  vì  venir, 

Ac  tal  gaug  que  no  1  pot  mot  dir, 

Mas  qu'el  va  mantenen  baìsar, 

£  fes  lo  josta  saasetar 

E  daus  I'autra  part  Melian. 

E  '1  gaugz  fon  a  sobrìer  mout  gran , 

Que  a  1  senescal  e  Augier 

E  tuit  li  autre  cavaUier. 

E  cant  se  ibron  asetat  y 

Brunesentz  primier  a  parlat : 

«<  Seìner  Jaufre  ,  gran  marimen 

A  M'aviatz  donat  e  cosen , 

fi  So  us  promet  ben ,  si  Dieus  m'ajnt, 

«  De  vos  que  aviafn  perdui, 

«  Non  sabiam  consi  ni  con , 

tc  Mas  que  eravatz  en  la  fon  , 

«  De  que  tuit  eravan  marit ; 

t\  E  per  so  qu'eravatz  gamitz 


BOMAN  DE  JAUFRE.  1^7 

«  Mas  ieu  en  cuici  csser  morta 

«  Tot  per  lo  dol  que  per  alsnon » 

Ab  aitaQt  an  pies  coinjat 
E  son  s'en  toìt  ensems  anat 
Tro  a  la  tenda  a  Bnmesenz. 
E  non  fan  autres  parlamenz , 
Mas  qne  cascnns  s'en  es  analz 
En  cel  loc  on  fon  albergatz. 

Gant  venc  al  matìn ,  qu'el  jorn  par, 
E  II  manderon  d'ensellar; 
E  cant  an  lor  araes  plegat , 
E  il  son  el  camin  intrat 
De  Carduoil ,  o  1  reis  Artus  es. 
Ab  aitant  Melian  e  Jaufires 
Ab  .Yiii.  d'autres  se  van  armar 
E  van  a  Cardueii  asautar, 
E  vengron  tro  pres  del  portal. 
Ab  aitant  Quecx ,  lo  senescal , 
S'es  apareillatz  e  garnitz 
E  es  fors  del  castel  ìssitz ; 
E  venc  aconseguent  Jaufire  | 
E  dis  :  «  Mal  fon  fait ,  per  ma  lc , 
«  CavaUier,  car  aissi  vengues !  » 
Ab  aitant  giret  se  Jaufres  , 


•  Nos  era  veíaire  a  tntz 

« Qae  tro  a)  Ìûq  fossetz  «áMitz.  » 

E  Janfire  a  lor  tot  epntat 

Coo  fim  ni  consi  es  aoàt 

£  cant  tot  lor  o  ac  coatat , 

Ab  aitant  e  il  son  levat 

E  son  s'cn  vengnt  a  Fellon , 

Qu'eFa  dedintz  son  pavallon 

Qae  boni  li  avia  tendut, 

On  jasia  mont  esperdnt ; 

Caraitant  fort.era  nafivtz 

0«  mais  non  cnia  esser  sanatz. 

Elidonma  era  ab  Fellon 

0«  Janire  passet  per  la  fon , 

E  cant  a  vista  BmneseB , 

I«vet  se  tost  de  manteifen , 

E  a  1s  mont  gen^  acompainatz 

£  ab  aitan  son  s'asetatz. 

E  Brnnesentz  pres  li  a  dir : 

« Domna ,  ben  tos  die  ses  mentiry 

■  Ben  d^ratz  aver  desfizada 

<  He  e  tota  ma  cavalcada  | 

« Ans  qne  Jaufire  n'acses  menat 

« Aissi  a  mala  volontat. 

— « Domna,  prec  vos,  pcr  gran  mercCy   E  conoc  Quec  lo  senescal , 


« Qne  no  ns  sia  mal ,  car  Jaufre 
•  Fae3tom,eiiiiai«nduda 
■  Ma  tenra  c^avia  perduda  , 
« Qae  m  tollia  aquest  a  tort , 
« Don  dei  esser  alegra  fort ;      "^ 
«  Car,  domna ,  vos  n'es  leu  garida , 
« Mas  ieu  fijta  totz  temps  marrida 
« Si  mos  ciisteb  li  fos  rendutz 
«  Ni  moç  €ors  en  fos  confondutz.  i* 
E  Branesentz  a  1  respondut : 
«  Paeís  qu'en  aissi  es  avengut , 
«  Pbtz  mi  car  aissi  n'es  estorta ; 


E  a  1  dit :  u  Vos  venetz  plns  mal !  » 

E  el  mes  se  denant  l'escnt 

E  broca  ves  el  per  vertut ; 

E  Quecx  f  qu'el  vi  ves  si  venir, 

Cobre  s'et  es  l'anatz  ferir, 

Que  tota  sa  lansa  briset. 

£  Jaufre  minga  no  s  peccet , 

Antz  li  det  tal  sus  en  l'escut 

Que  tot  lo  l'a  frait  e  rompnt , 

E  a  1  del  caval  derocat 

Sî  qu'a  pauc  non  l'a  degollat. 

E  y  cant  se  vol  en  pes  levar. 


i58  ROMAN 

Anet  á  uaa  part  tomliar. 

«  Qiiex,  era  conoc  ben  e  cre 

u  Que  es  ïbtìn  ! »  so  dis  JanlTe. 

Ab  tant  va  1  caval  aregnar 

E  comensa  rep  a  menar, 

E  tuît  U  autre  cavallier 

Grîdon  a  Jaufire  :  <  Ja  non  er 

«c  £n  aissi  menat  la  caval  I  • 

E  venc  brocan  per  mieg  la  val 

Ves  Galvan ,  que  a  conognt  i 

«t  Galvan ,  a  vos  sera  rendnt 

«  Lo  cavàls  que  a  altre  non.  » 

Galvan  conoc  Jaufire  al  son , 

E  mantenen  va  l'abrassar ; 

E  ac  gang  cant  ne  vì  tornar, 

Quex  a  pe  de  vas  \o  castel. 

E  a  totz  los  autres  fon  bel , 

E  prenon  s'a  tneravilhar 

Cant  il  lo8  viroa  abrassar. 

Ab  tant  un  escndier  entret 

El  castel ,  c'al  rei  o  contet 

Que  Jaufire  es,  lo  fil  Dovon. 

«  Gom  Jaufire?  »  lo  reis  li  respon. 

—  «  Seineri  el  ès ,  st  Dieus  me  gar, 

«  Qu'el  vi  ab  Galvan  abrassar, 

«  E  deroquet  lo  senescal 

«  A  junta  lai  en  un  conil.  «> 

E  '1  reis  ac  gaug  e  &i  cridar 

Als  cavalliers  que  ensellar 

Fasson  ades  per  aculhir 

Jaufre  que  ven ,  «  So  ausem  dîr.  * 

Ab  aitant  lo  reis  es  poiatz 

E  eis  ne  fors  ben  compainatz ; 

Que  ben  foron ,  si  Dieos  raî  sal , 

Mil  e  .DGC.  tuit  a  caval , 

Estiers  los  autres  a  derrîer, 

Qu'eron  borzes  o  mercadier. 


DE  JA0PRE. 

E  non  a  gaire  cavalcat 
Qu'el  reis  al'  senescál.trQÌbat. 
E  cant  lo  vì  a  pe  venir, 
Gomensa  'i  aqui  eis  a  dir : 
«  QuecSy  e  com  es  eandiaterralz? 
«  Avetz  vostre  cavai  prestalz?  » 
Quex  I  cant  l'ausi ,  fi>n  irate  inrt 
E  non  so  tenc  a  nul^deport 
«  Seiner,  ben  podetz  fiur  etquern ; 
1  Mas  tuit  li  diable  d'enfem 
«  Mi  rompol  ool,  si  mais,  per  crit 
«  C'om  fiuià ,  m'en  serai  ganiit » 
E 1  reis  ac  gaug  e  pres  i'a  dir : 
«  Quex  y  non  deu  om  tant  asegoir 
«  C'om  l'en  &S8a  aunitz  toniar.  » 
Ab  tant  Quex  s'en  pren  ad  anar, 
Que  non  vol  plns  lo  rei  auzir, 
Qu'iratz  es  de  so  que  l'au  dir. 

Ab  aitant  ve  us  MdUan  j 
Brunesen ,  Jaufire  e  Gahran , 
Que  son  ab  lo  rei  ajustat. 
E  '1  reis  es  pròs  e  enaeinat  j 
£  a  Brunesen  saludada 
Et  apres  tota  sa  mainada  y 
Pueis  a  dit  a  Jaufiiv  aital : 
«  Jaufire  I  Quex ,  nostre  senescal , 
«  Avetz  oi  laig  envergonit 
«  De  son  caval  que  us  a  giquit. 
—  «  Seîner,  so  li  a  dit  Jaufre , 
«  Yos  sabetz  si  1  tortz  esTde  me. 
«  Seiner  reis ,  cant  iett  m'enanti 
«  Segre  Taulat  |  qne  oolp  feri 
«  Al  cavallier,  per  la  peitrina , 

«  Que  el  aucis  denan  la  reina , 

• 

«  E  Quex  dis  :  CarU  auretz  begut, 
«  Amicx,  maiâ  auretz  de  ^rtut, 
«  E  ieu  dar  voj  n'ai  ab  VeMp. 


BOMAN 

>  Mas  ien  li  car  vendera  1  gap, 
«  Seiner  reis ,  ú  noa  toB  per  roa 

•  If  on  es  tant  mab  ni  enoîos ; 

«  Mas  el  sap  ma  lansa  com  fior, 

•  Qoe  laissat  m'en  a  son  destrier. » 
El  reis  l'a  dit :  «  Non  m*es  jes  mal , 
«  Janfine ,  si  Diens  m^a  jiit  ni  m  sal ; 

•  Eiuiantz  m'es  bon  qné  n'es  aonita 
« Per  soa  gaps  e  per  sos  fbls  ditz.  » 
Ab  tant  son  eL  castel  ▼engol 

£  soft  el  palais  dessendstà 

Eìareina  es  çissida 

lk  sa  cambra ,  moat  ben  ganiida , 

àh  de  domiias  entro  a  cent, 

£  Tenc  s'en  el  palaia  DMmt  gent. 

Áh  aitant  ^tz  los  GaraUiers 

LeroB ;  e  Janfre  tot  priaiiers 

Es  ▼engatz  denan  la  reina 

Qae  ac  la  color  fresca  e  fina. . 

£  la  domna  ibn  mot  cortesa , 

Fnnca ,  enseinada  et  apresa ; 

Sahidet  Jaofre  tat  prímiers 

£  totz  los  autres  eaTallier»* 

£  paeis  soB  s'a  ona  pert  mes 

La  pros  reina  e  Jaofires. 

£  1  reis  sec  de  latz  Bnuieseiilz, 

la  domna  dels  enseinanentz; 

£  toit  li  aatre  atressi 

Solason  las  autras  êqm, 

La  reina  dis  a  Jaafires  : 

«  Seiner,  moat  tos  reo  grantL  merces 

«  Del  senrisi  qoe  m'avetz  íaig, 

«  £  dic  Tos  ben  per  atrasaig 

«  C'anc  non  receap  maiers  hooors  , 

«>  If  i  anc  reis  ni  empcradors 

f«  No  poc  fiiiffe  plus  ricz  presentz 

•^  G>m  de  Taulat  e  dels  .t.  cenlz 


DE  JAUFRE.  }Sg 

«  GaTalliers  c'aissi  me  trameses. 

—  «  Domna ,  so  li  a  dit  Janfres , 
M  D'aisso  gracias  no  m  rendatz ; 
u  Qu'eacaras  soa  apareíUatz, 

«  Sí  negun  per  fol  ardimen , 
«  Per  ríquesa  o  per  ibl  sen  , 
«  Vos  cuiaTa  desmesarary 
«  Ben  fi)s  fis  de  l'anta  Teajar. 

—  «  Seiner  Jaufiie ,  ara  m  digatz ,. 
«  Aqaesta  domna  c'ameoatz , 

«  Qui  es ;  car  moat  mi  par  bonrada  ^ 
«  Franca ,  cortesa  et  enseinada. 

—  «  Domna ,  aisso  tos  dirai  ieu  ben  , 
«  Qttc  ja  ao  us  mentírai  de  ren : 

«  Aquesta  a  nom  Broaesentz , 

«  La  domna  dels  ensdnamentz ; 

«  E  a un  castel  moat  cortea, 

«  On  son  caTalIier  e  borjea 

«  Plus  de  .XX.  milia  casatz; 

«  E 1  castel  es  Monbran  cbunatz 

«  E  a  'a  d'auires  entro  a  treata , 

«  E  aoo  cuit  que  bom  m'en  desmenta  ^ 

«  Doa  pot  aTcr  bea  ses  aid  cost 

«  Ceot  millia  bomes  ea  ost 

—  «  Per  ma  fe ,  rtca  fiemaa  es ,  i» 
Dis  la  reina  a  Jaafrcs* 

«  Ara  m  digatz  per  qoe  es  aissi 
«  Vengoda  ?  »  £  Joafre  li  di : 
«  Domna ,  aisso  os  diniî  ieu  ben  , 
«  Que  ao  iis  m«&tinD  de  ren  s 
«  Melian ,  aqnest  caraUier 
«  Qu'era  de  Taulat  presonier^ 
«  M'a  aquesta  domn'a&rmada 
«  Ab  'sa  terra  qu'és  moat  bonrada  f 
«  Que  la  dei  peore  a  nMrfber; 
«  E  per  so  tnit  ist  caTalIier 
«  Soo  a  esta  cort  ajostat ; 


i6o  ROMAN 

«  E  ieu  non  voil  plag  tan  honrat 

«  Far,  âomna ,  sens  vostre  sabeut 

u'E  de  mon  seiner  eîssament 

«  Lo  rei ,  que  m'a  fait  cavallier.  » 

E  la  reina  Guillalmier 

Fon  d'aisso  que  au  mout  pagada. 

E  08  se  mantenen  levada , 

Que  vol  a  Brunesentz  parlar, 

E  comenson  s'en  a  anar 

De  ves  ella  suau  e  gent. 

Ab  tant  Bmnesens ,  mantenent 

Que  vi  la  reina  venîr, 

Levet  se  per  eV  acoUiir 

E'l  reis  es  altressi  levat ; 

Pueis  tuit  ensems  son  s'asetat : 

La  reina  pres  Bmnesen  y 

Jaufre  pres  lo  rei  eîssamen. 

«  Domna  Bnmesentz ,  gran  honor 

«  Avetz  facha  a  mon  seinor 

«  E  a  mi  y  car  aissi  vengues, 

«  E  dic  vos  ben ,  si  m*ajut  fes , 

«  Que  fort  mi  platz  e  son  pagada. 

«  E  anc  mais  domna  tant  honrada 

«  Non  fon  en  neguna  cort  mais 

«  Gon  vos  seretz,  si  Dieus  mi  lais 

«  Faire  so  c'a  lui  sia  bon  y 

«  E  îes  non  avem  mal  rason*. 

—  M  Domna  y  la  vostra  gran  mercé ,  » 

Dison  Brunesentz  e  Jaufi«, 

«  Que  als  nostres  faretz  honor, 

«  Car  los  cors ,  Tavers  e  l'honor 

«  Podetz  penre,  cant  vos  volres.  » 

£'1  reis  respon  :  «  Vostras  merces  y 

M  Que  tant  nos  avetz  dit  e  fag , 

«  Que  ben  podetz  per  atrasag 

«  £n  aquel  luec  meseis  pausar 

«  Quç  ïio  us  en  cal  de  ren  duptar. 


DE  JAUFRE. 

-^  «  Seiner  teis ,  so  dis  Bruheseas , 

«  Jaufire  et  ien  avem  convens 

«  Que  mi  deu  penre  á  molher, 

«  E  eu  el  per  marît  drecfaurier; 

«  Que  aiasi  lo  ai  covengnt  y 

«  E  voii  c'aissî  si'  atendut , 

«  Seiner  reis,  en  vostre  poder 

«  E  de  ma  domna  lo  plaser.  » 

Lo  reis  ditz  :  «  Ben  platz  est  abr, 

«  E  si  a  vos  autves  bon  par, 

«  leu  us  dirai  consi  o  farem ':        • 

«  Sol  .VIII.  joms  nos  esperyirem 

«  Que  ma  cort  sia  ajustada ; 

«  Que  Brunesentz  es  taat  honrada 

«  E  domna  de  tan  gran  valor 

«  Que  ben  lî  tain  tota  honor. 

—  «  Seiner ,  k  vóstra  gran  merce , » 

Dison  Bmnesentz  e  Jaufre. 

Ab  aitan  I9  rei  a  mandat 

Hessages  per  tot  son  r^at, 

Que  vengon ,  ses  tota  £dlia , 

Cascuns  cavalliers  ab  s'amia 

O  ab  sa  molher,  si  el  l'a , 

A  la  gran  cort  qu'el  reb  tenra...i. 

El  reis  fes  cridar  mantenent 

A  la  gacha  qu'fes  en  la  tor 

Que  corn'  ades  lo  com  maior, 

Que  totz  hom  ^ue  volra  manjar 

Ki  rícs  vesiimens  gasaìnar 

0  bonas  armas  o  destrier, 

0  que  voilla  esser  cavallier, 

Yenga  aissi,  qu'ieu  lo  man; 

E  la  bada  fes  son  coman. 

Ab  aitant  la  bada  a  crídat 
Si  com  lo  reis  a  comandat , 
'  Si  qu'en  son  vengut  el  palais 
.zx>  milia^  so  cre,  e  imits. 


ROMAN 
£  canl  tuit  foron  ajnstat , 
Lo  rícs  reb  s'es  apareillat , 
La  rÌGa  corona  en  sa  testa , 
Qoe  anc  en  canson  nî  en  gesta 
Anc  maÌ6  tan  rica  non  ausis ; 
Car,  aissi  col  soleil  losis  j 
Loziron  las  peiras  qu'i  son. 
£1  reis  sonet  lo  £11  Dovon^ 
Qoe  Tenga  sezer  de  lonc  se ; 
E  cant  fon  aseirtatz  Jaufire , 
L&  reina  fies  eissament 
Belooc  se  sezer  Brnnesent. 
Bi  leins  oomenson  a  sonar 
hs  la  missa,  qne  yol  cantar 
Lo  bon  aroeTesque  Gales. 
Ab  aitant  lo  reis  e  Jaufres , 
Caat  o  auson ,  levon  oorrens 
E  la  reína  e  Bmnesens  . 
E  tnit  li  autre  eayallier ; 
E  yan  s'en  denan  lo  mostier.... 
E  cant  son  yeqgut  al  mostîer, 
AoMnenson  lo  mestier;  • 
E 1  bon  reis  Artus  a  mandat 
Qn*om  iassa  un  carre  cargat 
Acjni  yenir  d'aur  e  d'argent, 
E  que  tuit  ofiran  largament, 
Trastnit  sil  que  penre  volran , 
Qne  pneis  n'i  yenra  atrestan. 

El  bon  arceyesque  Gales 
A  fiiit  Bmnesen  e  Jaufires 
Aqui  yenir  denant  l'autar ; 
E  pres  a  c^scun  demandar 
Si  al  un  del  autre  agrat : 
E  amdui  an  n'o  autreiat. 
£  cant  lo  mestim  fon  fenitz , 
Lo  reî  s'en  es  primiers  issitz 
ft>  Janfre,  que  es  mout)oîoSy 


DE  JAUFRE. 

Apres  ab  los  autrês  baros^ 
E  la  reina  eissamentz 
Ab  la  cortesa  Brunesentz, 
£  pueis  las  autras  atréssi. 
E  vengron  se  tuit  en  aissl 
£1  palais  ab  gran  alegrier;. 
E  pueis  mandon  li  cayalier 
Als  escndiers  que  ensdar 
Fasson ,  qu'il  yolon  biordar» 
Els  escudier  tot  mantenen 
An  amenat  deliyramen 
JjOs  cayab,  e  son  tnit  puiat. 
E  cant  lo  beiortz  fon  mesclatz , 
Yiratz  estar  domnas  a  estras^ 
Per  bs  murs  e  per  las  fenestras, 
Que  tant  i  estayon  espes 
Doncellas ,  sîrveûtz  e  Borzes 
Que  y  si  neguns  lai  fos  cazutZy 
Ja  non  leyara  yin ,  so  cutz. 
£  cant  agron  pron  biordat, 
De  manjar  fon  aparoillat. 
£  la  bada  pres  a  crídar 
A  totz  que  yenguesson  manjar. 
E  mentro  tant  qu'el  cayallier 
Yenon ,  Lucans ,  lo  boteiUiers , 
Yenc  ab  .xx.  miUia  donzels 

■ 

Totz  vestitt  de  sendatz  yermeils ; 
E  aporteron  a  lors  cols 
Toailons  blancs  e  príros  e  mols , 
Bacins  d'argent  e  copas  d'aúr ; 
Anc  hom  non  vi  tan  ríc  tesaur»... 
Pueis  a  las  domnas  aporteron 
Lo  manjar  cels  que  mandat  n'eron 
E  als  cavalliers  eissaraent.... 
E  Is  joglar,  que  son  el  palais  , 
Violon  descortz  e  sons  e  lais 
£  dansas  e  cansonz  de  gesta; 

21 


[6i 


i62  ROMAN  DE  JAUFRE. 

Jamais  non  veira  homs  tal  festa. 

E  toit  escoltavon  joglars 

Per  la  sala,  si  qu'els  manjars 

N'an  laissat  per  els  a  auzîr. 

Ab  aitant  il  viron  venir 

Un  escudier,  mout  autament 

Cridan  e  mout  esqnivament ; 

«  Ad  armas ,  seinor !  via  sns ! 

«  E  pens  dadefendre  cascus 

tf  Son  cors  per  sa  vida  salvar.  » 

Ab  tant  lo  reis  l'a  fiiit  sonar, 

E  demanda  '1 :  «  Amicx,  que  as? 

-*  «  Setner,  per  que  m'o  demandas  ? 

«  Mas  levatz  tost  e  no  i  poines , 

«  Que  paor  ai  que  no  us  tardes.  - 

—  «  Com  tardar?  di  m  donx  que  as  vîst. 

—  «  Seiner,  no  us  o  s^i  dir,  per  Crist , 
u  Ni  puesc  tant  soi  espaventatz ; 
«  Car  ades  m'en  era  anatz 
u  Per  deportar  fors  del  castel ; 
u  Ab  tant  venc  volan  un  auzel 
u  Sobre  me  et  a  pauc  no  m  pres ; 
u  Mas  estortz  en  sui ,  Dieu  merces , 
u  Car  sol  nous  poiria  retraire 
u  Sa  faison  nuls  faoms  natz  de  maire  ; 
u  Qu'el  bec  cre  que  aia  maior, 
u  E  non  o  dic  per  la  paor, 
n  Que  no  son  .x.  palra  los  plus'gran 
u  Quc  fosson  fiût  oi  a  mil  an ; 
«  E'I  cap  plus  gros  d'un  gran  vaisel. 
u  E  'ls  oils  son  tan  dars  e  tan  bel 
«  Que  semblon  que  cariHmclc  sta ; 
«  E  Is  pes  a  maîors ,  ses  fallìa , 
u  Que  non  es  aquela  porta. 
u  Dieu  en  grasic  que  l'ai  estorla 
u  Ma  vida ;  car,  senes  mentir, 
u  Non  fui  mais  tan  pres  de  morir. 


—  u  Per  Deu ,  dis  lo  rei ,  verament 
«  Veirai  s'aqnest  dis  ver  o  ment  I  y* 
Apres  a  sonat  un  donzel : 
«  Aporta  m  mas  armas ,  »  dis  el. 
Ab  aitant  Galvan  e  Janfires 
E  Melians  vengron  totz  ties 
Denan  ìo  rei ,  qne.  s  vol  armar, 
Qne  vol  fors  al  auzd  anar, 
E  dizon  :  «  Seiner,  nos  irem 
«  Ab  vos  e  a)udar  vos  em, 
tt  Si  I'aucel  vos  apoderava 
«  De  neguna  ren ,  ni  us  forsava.  n 
So  dis  lo  reis  :  «  Ja  non  parles , 
«  Que  ja  ab  me  non  anares 
«  Yos  ni  nul  autre ,  mas  sol  ieu. 
— ti  Bel  seiner,  non  sîa ,  per  Dien ! 

—  «  Non ,  m'en  crezes ,  »  lo  reis  lor  dt. 
Ab  aitant  et  el  se  gami 
D'auberc  e  de  sobreseinal 
E  d'ebne  clar,  ab  gran  nasal , 
E  d'escut  Cort ,  bd  e  lusent 
E  de  bran  dar  e  resplandcnt ; 
E  tot  a  pe  el  tenc  sa  vîa 
Fors  del  castel ,  si  ja  el  veìria. 
E  '1  cavallier  son  se  gamitz , 
Mas  non  son  ab  ìo  rei  issitz 

Que  an  paor  que  no  1  fes  mal 

E  cant  fon  foras  del  castd 
Lo  reis ,  c  el  a  vist  l'auzel ; 
E  es  se  mout  meravilfaatz 
E  gan  ren  vegadas  seînatz. 
E  comenset  suan  e  gent 
Vcs  l'auzel  venìr  mantenent , 
L'cscut  el  bratz,  l'espasa  el  man ; 
E  l'auzel ,  tot  suau  e  plan  , 
Esten  sas  alas,  e  semblet. 
Qu'el  volgues  ferìr  ab  lo  bec  ; 


ROHAN 

E 1  reis,  cant  o  vi ,  ab  lo  bran 
Cuíet li  dar un  colp  denan;    ^^ 
Mfts  Fauzel  s'en  es  ben  gardaiz 
E  fes  panren  que  fos  iratz , 
E  aqui  eis  tot  demanes 
Es  levatz  sus  eC  â  'î  rei  pres 
Per  mi^  los  brasses  entrenan 
E  tira  1  sus  tost  ea  Yolan ; 
E,  ab  lo  bec ,  trais  li  del  tnan 
L'espasa^  e  casec  el  plan. 
El  cavallier,  cant  aisso  TÌron , 
Cnloii  mout  fort  e  lor  pels  tiron 
Enmpov  lors  yestks  e  frainon 

Moat  salvaîamen  e  plainon 

E  Janfre  giret  son  escut 

Eson  bran  que  tenia nut, 

E  es  se  trastotz  esquintatz. 

E  crídet :  «  Hala  fui  anc  natz , 

« Seiner  Deu  I  pos  non  pnesc  valer 

•  Â  mon  seinori  ni  n'ai  poder  l  » 

Ela  reina  venc  ploran, 

Sos  cabels  rompen  e  tiran 

E  tuit  li  autre  cavalier 

Fan  tan  gran  dol  e  tan  sobrìer, 

Qne,  si  gairelor  ten  durada, 

Toat  sera  lor  vida  annada. 

E  rausds ,  sai  e  laî ,  tot  dreit  y 

Volet  e  tenc  lo  rei  estreit , 

E  las  domnas  e  1  cavallier 

Eron  pels  pratz  e  per  vergier, 

Que  pregavon  per  gran  donssor 

Dieu  que  lor  rendes  lor  seinor. 

E  l'aucels  comeas^a  poiar 

Eo  6US,  e  iladola&r; 

E  cant  fon  aut  puiatz  en  sus , 

£1  laiss'  annar  U^  rei  en  jus , 

E  venc  coren  de  mout  gran  briu/ 


DE  JAUFRE.  i63 

AdonC  fan  dol  íer  et  esquia  , 

E  corron  de  mòut  gran  poder 

Aqui  on  lo  reis  dec  cazer, 

Qu'el  volgron  recebre  els  mans ; 

Mas  l'auzel,  que  non  fon  vilans,' 

Gira  s  ves  lo  rei  e  a  1  pres 

E  tira  1  sus  tot  demanes. 

Adoncas  comenson  a  far 

Dol  c'anc  bom  non  ausi  son  par  : 

«  Seiner,  si  ìíé  platz,  rendetz  lo  nos , 

<(  Ver  Dieus  paire ,  reis  glorìos , 

«  San  e  sal ,  per  vostra  meroe !  » 

Adonc  dis  un  coms  :  «  Aioiatz  me  , 

«  E  laissem  aquesta  dolor 

«  E  aquest  clam  et  aquest  plor, 

«  E  &ssam  cinc  bous  amenar 

«  E  aqui  eis  escortegar, 

«  E  lai  lueng  fassam  los  tirar; 

«  E  aqui  eis  venr'a  manjar 

«  L'auzel ,  pueis  tost  de  mantenent 

«  Venra ,  segon  mon  ecient , 

«  Als  bous ,  qúe  veira  el  camp  mortz ; 

«  E  aissi  lo  reia  er  eslortz.  » 

E  tuit  ensems  an  autreiat 

Lo  conseil  qu'el  ricx  boms  a  dat. 

E  feron  los  ci&c  bous  venir 

E  aqui  eis  fan  los  aucir. 

E  podetz  vos  en  ver  pensar 

Que  non  penon  el  masel  &r. 

Ab  aitant ,  qui  miels  poc ,  si  pres 

AIs  bues  tirar  tot  demanes 

Luein  d'aqui  una  balestrada ; 

Mas  ben  se  debaton  en  bada  , 

Que  I'auzels  sols  non  fes  parvcii 

Qu'el  vis ,  mas  tot  viasamen 

Tenc  sa  vîa  e  pauset  se 

En  una  tor,  e  mes  lonc  se 


j64  roman 

Lo  boD  reí  qu'era  tut  gunitz. 
Adoncas  fon  leratz  lo  critz , 
Que  ben  cuideron  c'ansîses 
Lo  rei  laî  sus  e  qu'el  manjes. 
Mas  rauiel  non  a  Yolontat , 
E  cant  se  fon  nn  pauc  pansat , 
El  leya  sus  e  a  1  reî  pres 
E  porta  1  ves  un  bosc  espes , 
Que  dura  ben  .xx.  legas  grantz , 
C'opies  ni  femnas  ni  enfSuitz 
Non  auson  de  paor  estar ; 
Gar  serpz  e  leons  e  seng^ 
E  mouta  bestîa  salvaja 
Avion  laintz  lor  estagia. 
Adoncs  an  tan  gran  àcA  mognt 
Que  mais,  so  m  par,  non  er  tengut.. 
E  l'auzeb  ^  per  una  rìbeira , 
Tenc  am  lo  bon  rei  sa  careira  ^ 
E  intret  el  castel  aissi 
Que  anc  hom  ni  femna  no  *l  vì. 
E  es  s*en  el  palais  intratz 
E  a  1  bon  rei  aqui  pausatz. 
Pueis  l'auzel  derenc  cavallier 
Bels  e  grantz ,  fbrtz  e  sobríeri 
E  es  Yengutz  de  genoDlos 
Yes  lo  reî  e  dis  :  «  Seiner  bos , 
«  Prec  yos  per  Dieu  e  per  amor 
«  Que  me  perdonetz  la  gran  paor 
«  Qu'ieu  vos  ai  íaita ,  c'anc  tan  gran 
M  Non  l'agues  mais  ^  a  mon  senblan. 
£1  reís  conoc  l'encantador, 
Qu'en  sa  cort  cavallier  meiUor 
Non  a  ni  d'arm&s  tan  presat ; 
£  a  1  sus  per  la  man  levat 
E  a  1  dit :  u  Tot  vos  o  perdon  , 
«  Has  com  sera  de  miei  baron 
M  Que  van  d'aoon  d'aval  corren? 


DE  JAUFRE. 

—  «  le  1s  ímà  venir  manlaien.  » 
Ab  aitant  eis  del  castd  tost 

E  venc  volan  sobre  la  ost; 
E  tuit  escrídon  :  «  Ye  ns  l'anzd 
«  Que  s'en  vai  de  ves  lo  castd; 
«i  E  a  en  calque  loec  pausat 
«  Lo  rei  o  ben  len  l'a  Tnanîal.  » 
E  intra  s  n'el  castel  de  pes 
L'auzd  e  Is  cavallier  apres ; 
E  son  s'en  el  palais  intrat , 
Ûn  an  lo  bon  rei  atrobat 
San  e  sals  e  sens  encombríer ; 
E  fod  ab  aqnel  cavalUer 
Qu'els  a  1  jom  aissi  encantatz 
E  1s  ía  totz  anar  esquintatz. 
E  la  reina  e  Galvans 
Son  vengut  al  rei  denans 
E  demandon  li  s'a  nul  mal. 
E 1  reis  ditz  :  «  Non  ,  si  Dieus  nû  sal, 
«  Mas  tant  que  paor  ai  aguda ; 
«  Mas ,  merce  Deu ,  tost  Tai  perdoda.  > 
E  k  reîna  GuiUalmier 
A  dit  aitant  al  cavallier : 
«  Seiner,  ben  vos  dic  veramen 
«  Que  ja  nou  fiiretz  tan  de  ben 
«  A  vostra  vida ,  com  de  mal 
«  M'avetz  uei  fidt ,  si  Diens  mi  sal; 
«  Que  non  cre  qu'a  tota  ma  vida 
«  M'en  sia  la  paor  issida. 
N     —  «  Domna ,  laissem  aisso  estar, » 
Dis  lo  rei )  e  a  fait  sonar 
Son  senesoal  de  manténen , 
Que  es  vengut  tost  e  coiren 
E  demanda  1 :  «  Seiner,  que  us  plitz? 

—  «  Anatz,  dis  el,  tost  e  viaU 
ft  Aval  el  borc ;  fiiitz  aportar 

«  Totz  los  draps  que  poiretz  trobar, 


•  Qn'ds  Testm  ^  ^e  son  dniaiiitat , 

■  Per  me  ^  Tofll  sîon  esmeiìdat.  » 

Q  senesoals  tost  d'e^peron , 

Gant  m  ausida  la  rason , 

Es  moQt  tost  el  borc  devalatz , 

E  a  totz  los  dnpîers  mandatx 

Qne  fiisson  el  palais  portar 

TotB  los  draps  de  color  e  rar  - 

C<an  pnesca  trobar  ni  ayer; 

Qne  msuatenen ,  a  lor  phzer, 

E  a  tola  ior  volontat , 

SaiB  aqni  mezeis  pagat« 

Eafoi  mezeis  li  boijes 

io  bSx  cargar  tol  demanes 

.?.  carres  trastotz  de  eendatz , 

E  .T.  de  samit  orfresatz , 

E  .x«  del  meillor  drap  de  grana  • 

Qae  cristiani  ni  cristiana 

Anc  en  nq;ana  terra  tì. 

E  .zx.  cargaeron  n'atressi 

De  Tcrtz  e  de  rics  stsdátbns 

E  de  palis  ben  faitz  e  bons* 

E  en  aissi  son  s'en  intratz 

El  palais,  on  an  descargatz, 

E  per  los  tapìtz  lor  estendon 

Lì  mercadierSy  c'alrei  los  Tendon, 

E  a<{m  meseis  fin  cridar 

Lo  reb  qae  qni  toI  fiir  taiUar 

Yestìrs  ^  qa'd  Tcnga  ll  draps  caosir 

E  apres  fiunt  1s  bom  oosir. 

£  qne  ns  iria  al  re  dizen? 

Qae  nm  fieron  nnl'  antra  ren 

Tuit  li  sartor,  ni  1  cosenders , ' 

Mas  Tostirs  fiir  ids  caTaOiers 

E  a  las  domnas  eissamenz. 

Jaroais  non  sera  Tcramenz 

A  negnna  cort  tant  taiUat 


DE  JáUFRE.  i65 

Tantz  bon  pali  ni  tant  cendat, 

Ni  dat  tant  d'aur  ni  tant  d^Argèn , 

Ni  tant  bel  ames  eissamen ; 

Car  enueg  seria  d'ansir 

Qoi  trastot  tos  o  Tolia  dir 

Dels  Testimentz ,  ni  dels  grans  dons 

Qn'el  reis  a  faitz  a  sos  barons.;..^ 

E  Tpil  Tos  de  Janfine  contar, 

Que  fes  al  bon  rei  Artns  don 

Del  aozel  que  ac  de  Fellon. 

«  Seineri  tenetz  aqoest  aucel 

«  Que  anc  mais  tant  bon  ni  tan  bel 

«  Non  ac  ni  ab  tant  de  Talor 

«  Còms  ni  reis  ni  emperador.é*.  » 

El  rei  Artns  a  raucel  pres  . 

Ea  soa  poiog ,  e  dis  a  Jaufres : 

«  Per  Dieu !  mout  tos  ai  que  grasir 

«  Jaufire ,  e  gaa  reu  a  serTÌr, 

«  Que  anc ,  en  trastot  mon  TÌTent , 

«  Non  fetz  bom  tant  onrat  present 

«  Con  Tos  y  en  tant  pauc  de  sason , 

«  HWetz  &it  senes^guûardon 

«  Que  de  me  no  n'aTetz  agut; 

«  Has ,  si  Diens  me  dona  salut , 

«  Non  sera  ja  en  oblit  mes. . 

—  «  Seiner^  la  Tostra  gran  merces , 

«  Que  totlo  ben  e  la  bonor 

«  Qu'ieu  ac,  «einer,  e  la  Talor 

«  Grasisc  a  Deu  premierament 

«  Bt  apres  a  tos  eissament. 

«  E ,  seiner,  si  us  Ten  a  plazer, 

«  Yolem  al  bon  matin  tener 

«  Nostra  Tia ,  e  que  m  mandetz 

«  So  que  us  plasera  ni  us  Tolretz ; 

M  Car  mon  cors  e  tota  ma  terra  y 

^^  f 

M  Per  fiir  contra  totz  bomes  goerra , 
«  Podetz  penre ,  can  tos  volres.  » 


i66  ROMAN  DE  JADF&E. 

El  reîs  respon  :  «  Vo$tra|.iii^oeft ,  «  PlananMntz  con  la  vostra  terra  > 


«  Que  mais  mi  puesc  lausar  de  vos 

«  Que  de  cavaUier  qae  anc  fos^ 

«  Nì  que  mais  en  ma  eort  vengues. 

«  E  îeu  prec  vos,  amîx  Jaufres, 

«  QO/e,  per  moiner,  non  obliiles 

«  Esta  cort ,  que  non  sai  tomes ; 

«  Gar  non  a,  si  Dieus  me  perdon , 

«  El  mon  cavallier  pi  baron 

«  A  cni  plus  voleniiers  fases 

«  Ben  ni  honory  ei  m'ajut  £es« 

—  «  Seîner,  la  Tostia  gran  merce,  » 

So  li  a  respondut  Jaufre; 

«  (f  a  totz  mos  jorns  voil  tener  car 

«  Vos^  seiner,  ^  tot  Tostr'a&ri 

«  E  fiir  serrisi  e  plaaer, 

«  Tant  cant  yÌTa»  a  mon  poder.,..  » 

Gant  venc  al  matin ,  qu'el  jom  par, 
Jaufivs  a  mandat  enselari 
E  Melians  tot  eissament  ( 
E 1  reis  Tenc  tot  suau  e  g^nt , 
El  palais  9  can  sì  fon  levatz ; 
E  a  '1  cavalliers  saludats , 
Quel  rendon  tot  gent  las  salutz. 
E  1s  escudier  son  tuit  vengutz , 
Gavalcan  els  rossins  trossatz. , 
Destranz  los  cavals  ensdatz, 
El  reis  vi  'ls  escudiers  veniry 
E  comenset  a  Janfre  a  dir 
E'a  Melian  atrestal : 
«  Baron,  dis  el,  si  Dieus  mi  sal, 
«  Be  m  plagra,  si  esser  pogues 
«  G'a  tota  ma  vida  agues 
«  Aquest  solatz,  aqueí  deport; 
«  Greiatz ,  bon  mi  fora  mout  fort. 
«  E  voil  vos  una  ren  pregar, 
«  G'aissi  tengatz  tot  mon  afar 


«  Per  £ir  contra  totz  homes  guerra. 

—  «  Seiner,  la  vostra  gran  merce,  m 
Dîson  Mdian  e  Jaufre;  . 

«  Gar  nos  e  truitot  cant  avem 
«  Es  vostre.  e  de  vos  vdem 
«  Tener  la  tecra  e  rom»*, 
«  E  us  vglem  tener  per  seinor, 
«  Tant  cant  vinrem  ,  a  bona  k, 

—  «  Baron ,  la  vostra  gran  m«rce.  • 
Ab  aitaât ,  tot  suau  er|^t, 

Yenc  la  reiij^a  e  Bnmesent 
EI  palais  ,  can  foron  levadas ; 
E1  bon  reis  a  las  ssdudadas 
E  las  antras  tol  atressi; 
Poeis  ensems  pueìon  tuitaquî 
EIs  palafies  e  ds  destriers 
G'ameneron  }or  eseudiers ; 
Pneis  tuit  ensems  tenon  lor  via. 
E  'I  bon  reís  &s  lor  compania. 
E  la  reina  eissfumen , 
Tot  per  ronor  de  Bnmesen. 
E  en  aissi  an  cavaloat 
Gan  ren ,  cant  Jaufire  a  pregat 
Lo  rei  e  Fa  dit  t  «  Si  a  vos  platz ) 
«  Seiner,  oimaia  voi  en  tomatz: 
«  Que  pron  avetz ,  vostra  merce , 
«  Ab  nos  anatz ,  »  so  dis  Jaufre. 

Ab  tant  se  gîret  Bruneàen 
y es  la  reina ,  e  tot  gen 
Pres  comjat ,  e  dis  li  aitan  : 
«  Ma  domna ,  a  Bjeu  vos  eoman , 
«  E  a  Deu  tot  primieiraroeiit 
«  Grasisc  I'onor  e  rooFament 
«  Qne  vos ,  domna ,  e  moa  seinor 
«  M^avetz  fiiita  e  la  honor; 
«  E  non  avetz  hdme  tan  vil , 


ROMAN 

« En  reltn  cort,  nì  tan  sotíl, 
« Sol  qae  vostre  reclam  tengnes , 
« Qae  ben  conDÌsser  non  pogues 
<Lo Ihmi  corqnens  ai  desernr, 
« S'en  loc  cn  podîa  yenir.  » 
£  h  FeÌD«  dis  tot  gent : 

■  LaTostra  meree ,  Bmnesent, 
■Que  aítan  no  ns  poirìam  fitr 

■  Qae  nos  pocsem  gmSardonar'*^ 
«k gnn  lionor  ijae  a  Janfire 

■  Faita  a  noa,  yostra  merce.  v 
Àbtant  lo  reis  s'es  estancatàs 

£  a  Is  totz  a  Dea  comandatz ; 
Eafinmesen  mont  pregada 
QK)  ú  negnna  res  ragrada , 
Dcsatenra  ni  rcn  cn  qner, 
QQesolmande  un  escttder..*.. 
« yostra  merce  ,  dìif  Bronesentz, 
« Semer,  car  ben  sai  Teramentz 
« Que  m  farìatz  trastot  mon  plazer ; 
« E  aretz  vos  o  fait  parer , 
« Per  qne  m'en  ayetz  gazainada 
«Miels  qne  si  m'aYÌatz  comprada.  » 
Ab  aitant  lo  reis  l'dffaset , 
Bpaeìs  a  Deu  la  comandet. 
£  son  se  partit  en  aissi ; 
fArnnesentz  tenc  son  cami 

%ui  e  rìsen  e  parlan 

Al>  Janfre  et  ab  Melian. 

E  an  tot  lo  jorn  cavalcat 

Tro  lo  ser,  que  son  albergat 

B/ffaty  cant  en  la  fent  perderon 

lanfre,  dont  mot  se  trebalheron. 

^ai  son  ]a  noit  albergat. 

B  matiny  can  foron  leyat^ 

t  il  manderon  enselar. 

Ab  aitant  il  ▼iron  puiar 


DE  JAUFRE.  167 

Sus ,  per  mieg  la  font ,  nnasgens 
Que  aporteron  mòut  presens , 
Sus  en  carres-  et  en  satunien ; 
£  apres  vengron  cavallîers 
En  qu*en  pot  ben  aver  .ccc. , 
E  de  domnas  mais  de  cinc  cens. 
E  ab  aitant  vene ,  cavalcant 
^Sus  en  un  palafire  ferant ,  - 
La  dômna  que  passet  Jauire 
L'autr'ier,  per  míeg  la  font,  ab  se^. 
E  venc  primîera ,  denant  totz , 
Que  anc  a  hom  non  sonet  motz , 
Mas  que  deissen  el  mieg  dd  prat. 
Ab  aitant  iTaufires  a  garat 
E  pres  a  Melian  a  dir  : 
a  Helian ,  &ssam  tost  garnir 
«  Nostras  gens  et  apparallar; 
«  Gar  ben  creiatz  que  encantar 
tt  N08  vol  aquesta  teramentz  ; 
«  Gardatz ,  veiatz  cals  esturnientz 
«  A  Aportat ,  e  que  vol  dir$ 
-«  Ben  sapchatz  qu'ela  us  vol  trair.  »» 
£  aqui  mezeismantenen* 
Garniron  se  fort  toat  e  jen; 
£  esteron  appareiUat , 
G'als  primiers  mptz  fossou  puiat. . . . 

Ab  aitaut  feron  descargar 
Los  carres ,  on  venc  lo  manjar,  '' 

E  apres  trastot  l'autre  ames , 

t. 

Gant  que  ops  ni  mestiers  lor  n'es.         * 
E  cant  tuit  foron  descargat , 
La  domna  lor  a  pueis  mandat 
^  Que  fasson  la  tenda  fermar, 
Gar  hom  no  i  poîrìa  durar 
Ses  emfarà ,  car'  fiu  grau  calor. 
E  prenon  se  tuìt  li  seinor 
A  las  pergas  ades  dreìssar 


/ 


i68  ROMAN  D£  JAUFftB. 

E  preon  sus  levra  fennar  ;    .  DJs  la  doDiDa  :  «  No  os  çal  doptar 


Pneís  metoa  la  tenda  desos. 

E  dora  ben ,  ses  mentir,  plus 

De  mieia  lega  ses  duptar, 

Qne  anc  srfkb  np  i  poc  intrar. 

Pneis  i^pareîDon  mantenen 

Las  taolas  tol  viassamen, 

£  meton  las  toalbas  sus 

E 1  pan,  ab  tot  lo  sobre  pluS) 

Que  a  )as  taulas  mestier  fon« 

Pueis  no  i  ac  nnlh'antra  rason , 

Mas  que  la  domna  volc  anar 

De  vas  Janfre  per  envidar. .  ^ .« 

E I  cant  Jaufre  e  Mdian , 

E  Is  autres  qn'entom  els  estan , 

Att  Tist  tot  so  qne  agron  faig 

jE  raGm  el  trebail  c'an  tr«ig ^ 

Prenon  se  a  miravilbar 

Gon  tan  leumens  o  pogron  far^ 

Qu'en  dos  jorns  non  o  agron  fait 

Dos  tantz  de  ^gsaj.  per  atrasait. 

B  vìron  las  domnas  yeiiîr 

E  il  prendon  a  desgarmri 

E  comenson  suau  e  gent 

Ves  ella  venir  mantenent.. 

E  la  domna  a  Is  sidudatz 

E  pueÌB  apres  a  1  demanáalta : 

I  Baron ,  e  con  eravalE  gamitz? 

«  Cuiavatz  que  us  acsem  traitz? 

-—  «  Non  9  domna ,  mas  cant  vim  venir 

«  lios  carres  ni  las  genz  issir 

«  E  las  donmas  e  'ls  cavalliers , 

«  Per  mieg  la  font  y  en  lorsdestriersi 

«  Gniem  nos  ben ,  senes  duptar, 

«  FeQonz  fes  que  s  Yojgnes  venjar 

u  Ae  me ,  domna,  car  lo  venquei 

u  E  per  so  car  pres  lo  us  rendei.  » 


«  D'el  ni  d'autre  y  si  Pieus  n^i  gar, 
«  Que  ns  puefca  negun  dantener, 
«  Tan  non  auria,de<poder. 
—  «  Domna,  la  vostra  gsan  ni^e, » 
Diaon  Melian  e  Jaufi«« 
«  Seiner  Jaufre,  îett  sui  aissi 
M  Yenguda  per  vos ,  so  us  afi » 
«  Per  íàr  servisi  et  honor 
«  B  als  autres ,  per  vostr'amor. 
«  B  noi|  ai  ges.  mala  razon^, 
«  Gar  vos  es  cd  que  de  prìson 
«  E  d'anta  e  de  uarríitaen 
«  M'avetz  estorta  veramen*  ••  •  • 
«  E  prec  voS|  per  enseinamen, 
«  Yos  e  ma  domna  Brunesen « 
«  E  Melian  tot  atressi , 
«  Ab  cels  que  son  ab  vos  aissi , 
«  YoiUatz  I  si  us^Iatz ,  ab  me  manjar; 
«  Gfir  fait  vos  ai  apareillar 
«  De  disnari  enantz  qne  us  movats 
«  £  prec  que  de  non  no  m  digatz. 
*^  tt  Bomna ,  so  1  vespondet  Jaofre , 
«  Est  maodament  avetz  en  me , 
«  Que  non  es  luec  i  ai  Deus  mi  gar) 
«  En  que  vos  no  m  pocses  menar, 
«  Si  us  voliatzi  al  cap  del  mon , 
«  E  bén  desotz  terra  preon. 
-—  «  Seineri  la  vostra  gran  merce, 
«  Gar  en  Deu  ai  ma  bona  fe 
tt  Que a  vos  nia ^ostr*amic 
«  Non  venga  per  me  nul  des^c.  » 
•  Ab  aitant  son  d'aqui  mognt 
E  son  s*en  tnit  ensems  vengnt 
Ab  ella ,  lai  on  adobat 
Fon  lo  disnar  apareillat. . . . 
E  cant  agron  assatz  manjat 


Pron  a  toU  lor  volontat , 

La  domiia  ytnt  denan  Jaufre , 

E  annet  se  aezer  lonc  se. 

E  Jaufre  pres  foit  a  garâr 

La  tenda  e  mout  a  lansar, 

Qae  ancmais  tan  beMa  non  yi. 

£  k  domna  respondet  U.... 
Seiaer  Jaofrey  ie  ns  voil  donar 
Aqnesta  tenda,  c'anc  sa  par 
Non  yi  anc  negDDS  crestiaiis , 
Sanzins ,  JusieQS  rì  pagans. 
El  iea  dir  Toa  ai  la  fritsson  s 
Las  peifas,  qtt'entens  eUa  son, 
Soa  aitab  com  ausires  dir)-   - 
Que ,  si  fasiate  tot  venir  • 
Lo  íuoc  c'om  poiria  tri^ry 
No  'n  poiria  una  cremar. 
E  del  drap  vos  voil  dír  aitan ; 
Que ,  si  plovia  lot  un  an 
Tan  d'aîga  co  n*a  en  la  mar» 
No  i  poiría  gola  passar. 
E  la  tenda  e1  garnimen 
Pot  portav,  so  «8  dic  vetoMnen  > 
Un  carre  ab  mais  d'autrfanies* 

—  «  Per  Dìeo ,  domna ,  bo  dia  Jaufres, 
Mont  a  aissî  onratpteBéttt; 
E  jamaîs ,  a  tót  mon  vrvent,  * 
Hom  no  1  pet  lar  de  me  partir 
Tro  al  joni  qtta  deia  morir ; 
E  ieu  voilmotit  lotèner  ear, 
Per  voatr'amor,  si  Diens  mi  gar, 
E per  la  vosirá  gran  valor....  •> 

Cant  la  domna  lor  ac  donat 

Trastot  aisfiò  et  a«treiaty 

Es  sus  levada  manfenent , 

E  apdlet  mont  antament 
I. 


ROMAN  DE  JAUFRE.  169 

Un  sieu  cavallier,  Gondentaur  t 

«  Fai  m'aportar  Fargent  e  Taur 

«  Que  sai  sns  avem  aportat , 

«  Que  mantenen  sera  donat 

«  Als  cavalliers  que  aissi  son , 

«  Per  amor  Jaufre  fil  Dovon.  m 

E  Gondentaur  fes  aportar  - 

Denant  trastotz  e  descargar. 

E  que  us  tria  al  re  disèn? 

Anc  no  i  remas  aur  ni  argen , 

Copa  nî  escttdeb  apres , 

Que  trastot  no  lor  o  dones.... 

«  Domna ,  so  dis  Jaofr^,.  per  Deu, 

«  Me  digatz ,  e  no  us  sia  greu, 

«  Yostre  nom ,  car  saber  lo  voil ; 

«  E  no  m'o  feengata  a  crgoil , 

«  Gar  mont  me  devría  pesar, 

«  Si  de  vos  aosia  parlar^  > 

«  De  cui  deg  tener  gran  laufior 

«  Per  lo  don  e  per  la  honor 

«  Que  m'aveta  fiita ,  qu'anc  tan  ^n 

«  Non  la  pres  iiom ,  a  mon  senbkn , 

M  E  non  saìsrìtt  en  Vct  dir 

«  Vostre  nom ,  senes  tot  fiûilir. 

«  Per  que  us  prec ,  si  ua  ven  a  plazer, 

«  Domná ,  qtt'el  me  digatE  en  ver. 

—  «  Jaufre ,  no  us  sera  ja  eelatz , 

«  So  dis  la  d<mma ,  mas  vertatz 

«  Yos  n'er  dicha ,  et  es  me  bel : 

«  leu  Sui  la  frida  de  Gibel ;  - 

«  E  '1  castel ,  on  vos  fes  ab  me ,  ' 

«  A  nom  Gibaldac ,  e  non  ere 

«  Qu'el  mon  n'^ia  tan  ben  serat 

«  De  murs ,  ni  tan  fort  bataillat*..* 

«  E  ai  vos  dicha  veritat. 

•^  a  Domna ,  la  vostra  gran  merce ,  » 

'MÍ 


]  70  ROHAN 

So  lí  a  respondut  Jaufre, 

Gint  ac  la  domna  sa  rason 
Dicha  a  Jaufre  fil  Dovoa , 
Jaufreff  s'es  levatz  sus  en  pes, 
E  trastuit  U  autres  apres , 
E 1  manda  :  «  Faitz  tost  ensellar, 
«  E  trastot  vostr'  ames  plegar, 
M  C'ueimais  no  us  cal  aver  paor 
t<  Que  ns  fassa  gran  mal  la  calor.  » 

Ab  tant  ameno  'ls  escudiers 
Totz  los  palafres  e'ls  destrìers. 
E  son  se  tuit  ensems  puiat ; 
Mas  Brunesentz  pren  comjat  . 
Ab  Melian  et  ab  Jauíre ; 
Pueis  non  feron  null'autra  re , 
Mas  que  son  el  camin  entrat  y 
£  an  tot  lo  jorn  cavalcat.... 
£  pueis  tenon  tcs  lo  castd* 
Ab  tant  la  maire  del  mesel 
E  del  jaian ,  que  deL  vergier 
Enportet  la  filla  d'Augier, 
Can  Jaufre  lal  tolc ,  e  'i  mes  mort, 
Non  era  tan  mals  ni  tan  ibrt , 
Venc  ves  Monbrun  vivassamen 
Ab  .X.  cavalliers  solamen , 
Que  s  venc  metre  eu  son  poder 
De  JauGre ,  per  (ar  son  plazer. 
E  pres  a  cavalcar  mout  tost ; 
Ab  «itant  vi  venir  la  ost , 
E  es  se  girada  mantenen ; 
Pueis  de  son  palafren  deissen , 
£  venc  tost  a  pe  ves  Jauíre , 
E  cridet  fort :  «  Seiner  merce! 
«  Per  Dctt  sia  ass^urada, 
«  Que  non  sia  deseretada> 
^  Seiuer  Jaufre ,  tan  can  viurai , 


DE  JAUFRE. 

«  Ni  no  moira ;  car  estat  ai 
«  Una  domna  de  mont  gran  valor, 
«  E  mout  ai  agut  gran  honor ; 
«  Mas  tot  m'es  iornat  en  derrier, 
«  Car  mos  fiU  c'aucises  l'antr'  ier 
«  No  m  podon  mais  consd  donar!  » 
E  Jaufires  la  pres  a  garar, 
Que  l'a  sempre  conognda  : 
M  E ,  domna ,  dis  el ,  Deus  ajuda , 
«  Est  vos  aquella  que  l'aiitr'  ier, 
«  Cant  me  combatei  raversery 
«  Trobei  desotz  lo  pin  jazen? 

—  «  leu  soi  aquella  veramen« 

—  «  Aras  doncas ,  so  dis  Jaufi'e , 
«  Yos  coman  fassatz  tant  per  me, 
«  Si  voletz  esser  affisada , 

«  Que  morta  ni  deseretada 
«  Nou  siatz  per  nul  cavalliery 
«  Que  ostes  del  pas  l'aversier, 
«  Que  non  puesca  negun  mal  br    • 
«  A  home  que  voiUa  passar, 
«  E  que  pnescon  seguramentz 
«  Yenir  en  las  terras  las  gentz 
«  Que  n'an  estat  tant  eissillatz 
«  E  tant  lonc  temps  deseretatz. 
«  £  per  o ,  ùje  vos  ai  aitan 
«  Que  totas  las  gens  vos  tenran 
«  Per  domna ,  aitan  oon  viures. 

—  «  Seiner,  la  vostra  gran  merces, 
«  Qu'ieu  o  fiurai  tot  veramen, 

«  E  ses  negun  alongamen.  » 
Pueis  Jaufi^  oomanda  l'apres 
Que  en  son  palafire  puies 
E  que  entr'el  castel  manjar ; 
Pois  dema  poira  s'en  anar. 
El  castel  son  intrat  trastnig 


ROMAN 

De  Monbrnn ,  on  fa  ^r  conduig 
firaoesentz ,  c*anc  non  fon  tan  ric 
yist  per  home  paubre  ni  rìc.... 
E  cant  trastnit  agron  nianjat , 
Li  jogìar  son  en  pes  levat ; 
£  cascnns  pren  son  estniment, 
E  comenset  tan  donsament 
Per  mieg  lo  palais  a  anar. 
Adoncs  viratz  en  pes  levar 
Domnas ,  c'anc  negnna  tener 
Non  s'en  poc ,  per  negan  aaber, 
Bel  dous  son  qne  fan  restmmen , 
Qne  cascnna  mout  s'i  enten. 
Ecant  si  foron  deportat 
Grau  pessa ,  Jaufre  a  sonat 
Soo  senescal,  e  pres  Fa  dir  : 
« Anatz ,  fatz  me  viatz  venir 
« En  mieg  del  palais  un  tapit ; 
■  E  non  lai  remanga  saroit , 
«  Ni  escarlatfl  nî  cendat 
« Qn'ades  non  sion  aportat , 
« E  l'aur  e  l'argeiít  atressî.  » 

Ak  tant  aquel  se  part  d'aqui , 

E  a  iait  mout  tost  son  mandat. 

E  cant  tot  ò  ac  aportat , 

Jau£res  s'es  levatz  sus  en  pes , 

E  senet  c'on  mot  no  i  sones , 

Car  dîre  lor  vol  son  agrat ; 

£  ab  aitant  tuit  son  calat. 

Pneis  a  totz  los  joglafs  tríatz , 

E  als  tan  ricamens  pagatz 

Qne  cascun  s'en  vaî  mout  joios.' 

E  apres  donet  als  baros 

E  a  las  domnas  altressi , 

Que  anc  el  tapit  non  jaqui 

Escudella  ni  bel  enap , 


DE  JAUFRE.  171 

Escarlata  ni  autre  drap 
Que  trastot  non  lor  o  partis. 
Non  cre  que  anc  neguns  oms  vis 
Tan  ricamens  a  bom  donar, 
C'anc  neguns  non  se  poc  blasmar.... 

Ab  aitant  veus  la  noitz  venguda , 
E  el  palais  ac  mout  gran  bruda ; 
E  Brunesentz  a  comandat 
Que  sîon  tost  apareiUat 
Li  leit;  pueis  iran  se  pausar, 
G'ueimais  es  ora  de'  colgar. 
£  las  donzellas  son  levadas , 
E  son  en  la  cambra  intradas 
Per  los  leitz  a  apareillar ; 
E1  cavallier  van  se  colgar 
Per  lor  ostftls ,  mas  solament 
Melìan  ab  tota  sa  gent 
Es  remazùtz ,  et  es  colgatz 
Els  leitz  c'om  l'ac  a*pareillatz. 
Pueis  Brunesentz  es  se  n'intrada 
En  sa  cambra  tota  privada ; 
E  pueis  Jaufre  es  se  n'intratz  : 
Apres  ve  1  vos  ensems  colgatz. 

Ara  son  Brunesentz  e  Jaufres 
Amdui  ensems ,  et  anc  per  res 
Neguns  no  s  cuiet  en  vertat 
Pogoes  esser,  tan  tost  colgat 
Foron ,  que  pogues  esser  ver, 
Tant  n'avia  cascun  vt>ler ! 

So  dis  Jaufres  a.Bfunesen  : 
tt  Amiga ,  ar  s»  veramen 
M  Qu'es  complit  so  que  desirat 
tt  Auraî  tant  e  cobezeiat ,  ' 
«  Que  fos  ab  vos  prívadamentz. 
— -  tt  Seiner,  so'l  respon  Bmnesentz » 
M  A  rai  sap  dos  aitans  plus  bon  , 


172  ROMAN 

«  Sí  Dieus  bon'  âventara  m  don  > 

«  E  n'ai  mon  oors  plus  alc^t 

«  Trastot  per  la  vostra  amistat.  » 

Aissi  jagron  aqnella  noit  y 

Que  anc  rés  non  lor  íes  enoit 

De  ren  qne  lor  plagnes  a  (ÌEff. 

£  lendeman ,  can  lo  jom  par, 

Son  levat  sus  suau  e  gent. 

Ab  aitan  Jaufre  mantenent 

S'en  es  vengutz  a  Melian , 

Que  leve  s  sus  e  puis  iran 

Ausir  la  messa  al  mostia'. 

H  Dieus !  e  oon  ea  tant  matinier?  »> 

So  li  pres  Melian  a  dir, 

M  Que  ja  soliatz  tant  dormir ! 

«  Mas  ieu  sai  que  mal  vos  enui'  er 

«  Lo  cant  dels  aucels  del  vergier, 

u  Que  an  cantat  tota  la  nueit 

«  Per  tal  que  us  fesesson  enneit. 

—  «  Ara  9  Meiian ,  dis  Jaufre » 

n  Ben  podetz  íar  esquem  de  me ; 

N  Mas  ben  cre  nna  ren ,  e  sai 

«  Que  calque  jom  m'en  venjarai.  » 

Âh  tant  es  vestíta  e  causatz  i 
E  apres  a  sas  mans  lavalz. 
E  van  s'en  deves  lo  moslier 
E  tuit  li  aolre  cavallier. 
E  apres  vat  s'en  fimnesentz , 
Ab  las  domnas  lol  «issamentz. 
E  cant  son  vengiidas  al  Hiostiery 
A  comensat  sempre  '1  «lestier ; 
£  no  cre  ragoesson  fait  tal , 
Neis  si  fos  Pasca  o  Nadal ; 
Mas  il  o  fan  iot  per  Tonor 
Branesen  e  de  lor  seinor. 
Apres  ,  cant  fon  lo  mestíers  ditz , 


DE  JAUFRE. 

Son  trastuit  del  moslier  eissilSy 
E  son  s'en  el  palaìs  intrati 
'  On  trobon  jent  ap«reill^t 
E  cortesamen  de  manîar. 
E  anc  non  feiûn  mais  lavari 
E  son  s'asegut  mantencn 
Per  las  tauUs  cominalmiro. 
E  ja  non  &s8am  lonc  sermoii  f 
Que  anc  galina  nì  eapon 
Ni  nulla  res  non  fim  a  dir 
Qne  nuib  boms  a  manjar  desir. 
E  cant  agron  aBsalz  manîat  j 
Yeus  Melian  en  pes  levat , 
£  dis  a  Jaufire  qae  anar 
S'en  vol  al  caslel  on  eslar 
Fai  Taulat,  qu'es  nafiralz  e  pres': 
«  Gar  deman  es  lo  caps  del  mes , 
«  Qu'el  deg  fcr  I'angarda  puiar 
«  Baten ,  com  el  sol  de  me  fSu*. 
— -  «  En  bon  aur,  so  dia  Jaufires ; 
«  Mas  ieu  us  voil  pregar  una  res : 
«  Que  per  m'amor  li  perdonetz 
«  Sol  .II.  ans  I  que  mal  no'l  fiuretz.  • 
E  a  li  tant  dit  e  pregat 
Entro  que  lo  i  ae  autreial ; 
Pueis  dis  Melians  c'om  ensel , 
Que  tenra  deves  lò  caslel. 

Ab  tant  vengron  li  escudiers 
Que  amenon  als  cavalliers 
Trastotz  los  cavals  enselatz. 
£  enantz  que  i  fiosson  puiatz , 
Melian  a  comjat  pres 
De  Brunesen ,  e  pneis  el  es 
Mantenent  el  caval  jpuiatz , 
E  pueis  es  el  camin  intratz ; 
E  remas  a  Munbran  Jaufires ; 


ROMAN 

E  esgardatz  si  l'es  ben  pres. 

Ar  pr^em  tuit  commalnieiit 
Que  €el  que  ?enc  a  naissement 
Per  totz  nos  antres  a  salvar, 
Que,  sil  platz,  el  deing  perdonar 
A  cei  qu'el  romantz  comenset ; 
E  a  aqoel  qae  l'acabet 


DE  JAUFRE. 

Don  de  tal  maniera  reinar 
En  aijaest  siegle  e  estar, 
Que  sia  al  sieu  salvament. 
Amen  digatz  cominalment. 

Aquest  bon  libre  es  fenitz : 
Dieus  en  sia  totztemps  grazitz. 


173 


ROMAN  DE  GERARD  DE  ROSSILLON. 


L'auteur  a  prís  pour  sujet  de  ce  roman  la  rivalité  et  les  longucs 
querelles  d'un  roi,  qu'il  nomme  Charles-Martel ,  et  du  comte  Gérard 
de  Rossiilon ,  que  parfois  il  qualifie  aussi  du  titre  de  duc. 

Si  l'on  prétendait  que  cet  ouvrage  a  été  composé  dans  le  but  de 
.  consacrer  le  souvenir  d'un  fait  historique,  il  faudrait  du  moins  avouer 
que  le  poète  n'avait  qu'une  connaissance  imparfaite  des  événements 
qu'il  a  voulu  retracer.  Je  laisse  à  d'autres  le  soin  de  relever  les  erreurs 
de  détail  que  le  poême  contiendrait  dans  cette  hypothèse;  je  me  bor- 
nerai  seulement  à  dire  que  les  auteurs  de  deux  romans  français  de 
Gérard  de  RossiUon,  dont  l'un  est  en  prose  et  l'autre  en  vers,  ont 
avancé,  avec  assez  de  vraisemblance ,  que  le  nom  de  Charles-Martel 
a  été  substitué  à  celui  de  CharÌes-le-Chauve '.  Yoici  comment  le  pre- 
mier  s'exprime : 

cc  Combien  que  j'aie  lu ,  dit-il ,  ung  Rouman  qui  dit  que  Charles- 

«  Martel  fu  celi  qui  le  chaça  hors  de  ses  teires saulve  la  grâce  de 

(c  l'auteur,  il  me  semble  que  ainsi  faire  né  se  peut;  car  onques  Charles- 

«  Martel  ne  fu  roy  de  France,  mais  seulement  régent Enoore  dit 

(c  le  Roman  moult  d'auitres  choses ,  que  il  baille  et  met  pour  notoires, 
a  lesquelies ,  seion  le  iatin,  je  ne  trouve  point  estre  vraies  *.  » 

Le  poète  fait  ia  méme  remarque  en  ces  termes : 

« II  est  désormais  temps  d'entrer  en  ma  matière , 
ii  Et  de  vous  raconter  comment ,  par  quel  manière , 
<(  Girart  de  Rossilion  fìit  sept  ans  c|iarbonniers , 
((  Futif  de  son  pays ,  n'en  fut  point  parsoniers. 

'  Yoyez  Smner,  Catal.  (M)d.  Mss.  BibL  Bemeos. ,  p.  i84  à  aao.  ^  "  Ms.  de  la  Bibl> 
du  Roi ,  »•  7Î124.  Fonds  dc  Golbert ,  1904.  t  yoI.  in-fol. 


r 


ROMAN  D£  GÊKAKD  DE  ROSSILLON.  i>]5 

«  Qialles ,  le  Blz  Loys ,  tout  ce  ly  pourcliassa , 

«  Son  pays  ly  toUit  et  tout  hors  Ten  cbassa. 

«  Cil  Challes  fut  nommé  ^  sachiee ,  Challes  le  Chauvez ; 

«  Petit  aToit  coleur,  qui  estoit  ung  pou  fauves , 

«  La  cronique  en  latin  aihsi  le  me  raconte. 

«  Ciìz  qui  fit  le  Romant  en  fait  Ung  aultré  conte , 

tt  £t  dit :  Challes  MAftTRÀUL 

«  Âncor  dit  moult  de  chouses  qu*il  baiUe  por  notoires 

a  Que,  selon  le  latin ,  je  ne  trouve  pas  Yoires ; 

c(  Et  po.uroe  au  latín  me  veulz  du  tout  aordre, 

c(  Que  en  plusieurs  mo«stiecs  *  le  lisent  la  geiit  d'ordre.  * » 

Bien  que  cette  mépHse  puisse  être  attribuée  à  rignorance,  il  semit 
pourtant  possíble  que  ce  ne  fût  qu'une  erreur  volontaire;  et  que  le 
romaDciery  sacrífiant  la  vérité  bistorique  à  reffet  dmmatique,  eût 
choisi  de  preférence  le  personnage  de  Cbarle&'Martely  4ont  le  caractère 
convenait  mìeux  sans  doute  à  la  YÌgueiu*  de  soQ  imaginatioa  et  à  la 
nidesse  de  son  génie  poétique. 

C'est  qu*en  effet  cette  vigueur,  cette  rudesse,  se  révèlent  partout 
dans  lepoême,  et  le  caractérisent  fortement  au  fond  comme  dans  la 
forme.  La  composition^  le  style,  la  langue,  tout  est  vigoureuz  et  rude, 
parfois  même  un  peu  dur,  mais  toujours  énergique. 

Ces  ^pialités  et  ces  défauts  sont  autant  de  présomptio^s  en  faveur  de 
laflcienneté  de  Touvrage,  qui,  sous  ce  rapport,  est  uu  des  monuments 
importants  de  la  littérature  romane. 

Je  n'ea  donnerai  toutefois  qu'une  andyse ,  me  bománt  à  citer  des 
fragments  ,  attendu  que  les  incorrections  du  texte  ne  me  permettent 
pas  de  reproduire  tout  ce  qui  pourrait  présenter  de  rintérêt. 
Le  manuscrít  du  roman  de  Crérard  de  RossiUon  est  unique  et  incom- 

'  L'antenr  du  roman  provençal  dit  cqpendant  ansii  qa'il  emprnnte  les  faits  de  son 
'écit  à  la  chroniqne  latine,  «pii  se  trcmve  dans  les  monastères? 

Am  cnm  dits  reMriha  qo^  es  els  mostiers.  (Fol.  87.) 

*  Denx  Mss.  de  la  Bibl.  de  la  Facolté  de  Médecine  de  Montpellier,  cotés  H:  Vm 
^and  in-4*9  •<>"•  ^c  n*  a^S»  l'«atre  pctit  in-4*,  sous  le  n*  349- 


1^6  BOMAlf  DE  GÊRARD  DE  ROSSILLON. 

plet ,  le  commeiiceiiiènt  manqite.  Les.  trois  premìers  Ters  de  oe  qui 
reste  paraissent  étre  la  fin  d'un  disconrs  dans  lequel  le  roi  de  France 
se  plaint  à  ses  barons ,  probablement  de  Gérard : 

«  Lo  reierme  de  Fransa  desfai  e  despersona , 
«  E  ieu  no  i  ai  plus  de  Ihui  que  la  oorona. 
«  More  ieu  lo  cuh  mermar  tro  aqua  roina.  » 

  ces  plaintes  Tiberts ,  Tun  de  ces  barons ,  s'écrie : 

«  Mal  aia ,  ditz  Tiberstz ,  qui  mot  en  sona , 
«  Mas  qui  a  fol  talant^  aqnel  respona 
«  Entro  siom  a  Sans ,  desobre  lona.  » 

La  scène  change  tout  à  coup ,  après  les  six  premiers  vers.  Le  roí 
Charles  et  ses  barons  n'y  sont  plus.  G'est  une  entrevue  de  Gérard  a?ec 
la  Reine :  entrevue  qu'on  peut  regarder  comme  la  demière  partie  de 
l'exposition  dont  le  commencement  n'existe  pas. 

Lendema  se  partiron  engal  lo  jor. 
G.  trais  la  reina  desotz  un  aubor  \ 
Ab  se  i  menet  .n.  comtes ,  Ihui  e  sa  sor. 
«  Que  m  daretz  tos  ,  molher  d^emperador, 
«  D'aques  *  camge  c^ai  fah  de  vos  a  lor, 
«  6e  sai  que  m'en  tenetz  per  sordeior?  »  ^ 

— - «  Senher,  mas  de  gran  pretz  e  de  valor. 
«  Yos  m'avetz  fah  reina ,  e  ma  seror 
«  Ayetz  preza  a  molher  per  mi'  amor^- 
«  Bertalai  e  Gervai,  tos  doi  comtor, 
«  Yos  m'en  siastz  ostatge  e  Ihôi  auctor^ 
«  E  Tos  f  ma  cara  sor,  ma  confassor, 
«  E  sobre  tot  Jhesu  lo  Redemtor, 
«  Que  m  do ,  ab  aqiiest  anèl ,  al  duc  m'amor, 
«  E  Ihi  don  de  mon  oscle  raurìaflor, 
n  Que  mai  Tam  que  mom  paire  ni  mo  senhor....  v 

'  (sic)  II  faat  lire  aquesU 


ROMAN  DE  6ÉRÂBI)  DE  ROSSILLON.  177 

Aisi  diiret  tostems  l'atnòrs  d'amdos , 
Ses  nuUia  malvastat  que  hanc  i'fos, 
Mas  bona  volontatz  e^ens  rescos.  ^ 

Pero  si  en  fo  .K.  tant  ereios , 
Tot  per  autra  oucaison ,  que  Ihi  me  sos , 
E  'n  fo  al  duc  tant  fers  e  tant  iros , 
Qu'elh  en  feiro  batalhas  per  plas  erhos. 

Charles,  ainsi  excité  par  la  jalousie,  saisitla  première  occasion  clc 
manifester  sa  haine.  II  confère  avec  ses  barons,  et  comme  ils  hésîtent, 
ìl  s'élance  vers  cent  jeunes  comtes  qu'il  aperçoit  au  loin : 

E  brochet  lo  caval ,  ab  els  s*aculh : 

a  Cassa  aurem  en  ribiera,  erbatge  o  fulh  y 

«  Mais  val  aissi  anar  qu*estar  dins  sulh.  » 

—  «  Don ,  cavalgua  abando  e  nos  aculh , 
f(  É  quer  onor  e  terra  e  dona  e  tulh; 

cc  No  t  guerisca  tesaurs/tors  ni  capdulh.  » 

—  «  Yos  mi  donatz  coselh  tai  cum  ieu  vulh  ^ 
«  No  n'i  a  un  tan  paubre,  s'am  mi  s'acuihy 
«  No  'lh  done  quan  voba  de  cor  ni  d'ulh,  » 

Pour  mieux  réussir,  la  ruse  est  mise  en  pratique ;  sous  le  prétexte 
d'une  partiede  chásse,  Charles  traverse  les  Árdennes,  et  va  s'établir 
devant  Rossillon. 

Entro  a  Rosiiho  no  tenc  sa  regna  ^ 
Defors  los  murs  albergen  desus  Tarena , 
£  &n  lor  cavab  corre  per  la  varena  ^  •  • 
Vecvos  comensada  la  guerra  prumairana  : 
A  ionc  temps  durara  aquesta  pena.... 
Sus  totz  homes  es  .K.  reis  eveios, 
Ni  anc  non  vi  nulhs  hom  tan  orgolhos. 
Sotz  Rosilho  albergo  els  pratz  erbos 
E  fan  tendre  lor  traps ,  seisanta  e  dos , 
E  en  cascu  ác  pom  d'aur  resplandos. 
I.  ^3 


178  român*  pe  gérard  de  rossillon. 

Lo  reb  yì  lo  castel  tan  cobeitos, 

E  jura  Damidríeu  lo  glorios : 

«  Si  era  lai  desus ,  cum  soi  sa  jos, 

«  No  seria  .G.  coms  poderos !  » 

Aqui  ac  .1.  donsel  masip  e  tos , 

Que  Ihi  respon  tres  mot  contrarios.... 

Quant  au  .K.  M arteb  la  contraria. ... 
Âpelet  .1.  donsei  de  sa  partia.... 
*       «  Bemart ,  Tai  m*a  .G.  si  1  me  convia , 
«  Bernart  lo  filh  Ponso  de  Tabaria ; 
«  Jlenda  mi  del  castel  la  sephoria , 
«  Qu'ieu  i  Yolrai  laissar  la  donselia. 
«  E  si  far  non  o  yoI  ,  qu'el  me  desdia , 
«  Ja  no  Yeira  passar  .xxx.  et  .1.  dia.... 
ft  S'ieu  pendre  no  lo  fatz,  ja  reis  no  sia.  » 

Lo  donseb  es  montatz  e  tec  sa  Yia , 
E  .K.  fetz  orgulh  e  galaubia.... 

Ab  tan  yccvos  Bernart  lo  filh  Ponso , 
E  saludet  lo  gen  en  sa  razo  : 
«  Dieus  te  sal,  .G.  coms,  cum  ríc  baro. 

—  «  Amics,  e  Dieus  vos  gar,  el  Ihi  respo. 
«  Yos  me  semblatz  mesatge  de  par  .K. 

—  «  Si  Dieus  m'ajut ,  ditz  ' ,  e  ieu  si  so. 
«  leu  vos  dirai  sempreras  don  vos  somo  : 
«  Qe  YO  'l  redatz  lo  castel  e  la  maiso; 

«  E  si  Yos  desdizetz  .1.  mot  de  no 

«  Ja  no  veiretz  la  festa  de  Roazo ! . . .  » 

G.  au  lo  mesatge  tant  airant  * 
Que  es  dressatz  en  pes  i  ^  a  parlat : 
«  Bemart,  tu  t'en  iras  au  .K.  trap , 
«  E  digas  mi  al  rei  per  que  m  debat , 
«  Quar  tenh  de  lui  tot  mon  dugat ; 
«  Non  irai  a  sa  cort  de  tot  estat. 

•  {sic)  11  faudrait  qu'il  y  ent  diiz  el.  —  •  (sic)  Mais  la  rime  pronve  qnc  c'esl  ane 
erreur  de  copiste,  et  qu'il  faut  lire  airai,  —  .'  (sic)  Très  souvent  pour  et. 


ROMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON.  179 

«  Mas  no  me  saì  de  sen  tant  estragat 
a  Que  'lh  reda  lo  eastel  per  tal  foldat. 
<c  Ja  Dieus  non  aia  m*arma  en  poestat , 
a  Si  abans  no  so  mil  homo'  en  cám  jutgat.... 
«  Ábansas  m'ausiria  que  loh  gurpis. 
<i  El  me.metra  Tasetge,  si  cum  tu  dis ; 
ic  Mas  el  no  me  penra  tan  cum  sia  vis ! 
^  '(  Moit  fara  gran  vilatge,  s'el  m'evais.  » 

Al  derier  mot ,  .G.  ditz  so  veiaire  : 
«  Rosilhos  fo  tostemps  al  vil  mon  paire , 
((  E  si  'l  m'a  autreat  nostre  emperaire  «       *     « 

'  «  E  tota  autra  onor  tro  en  Sanh  Fraire : 

(( No  l'en  fara  servizi  lo  fiihs  ma  maire. 
((  Lo  castels  es  be  fahs  e  '1  murs  de  caire ; 
(( leu  no  lo  tenh  de  lui  ni  de  son  paire. . . . 
«  Quatre  nebòtz  ai  pros  que  tuh  so  fraire : 
((  Lo  sordige  l'en  pot  feunia  faire.... 
«  B. ,  so  ditz  .G.  I  era  t*en  vai  ^ 
«  E  dijas  mi  al  rei  que  mot  mal  fai.... 
«  Non  irai  a  sa  cort  tan  quan  viurai....  » 

£n  apprenant  cette  réponse ,  Charles  devient  tout  noir  de  colère. 
II  convoque  aussitót  ses  barons,  et  fonne  le  siége  de  Rossillon.  Le 
premier  assaut  est  repoussé  avec  succès  par  le  comte. 

E  .G.  ac  tal  decha  qu'anc  no  s  gamit, 
Ni  om  de  sa  mainada  no  'lh  defalhit. 
Ab  .iin.  .G.  dels  seus,  qu'els  son  elit^ 
Armat  d*ausberc  e  d'elme*k  fors  son  issit, 
E  .K.  e  li  seu  son  esvasit. 
Aquesta  prumiera  vetz  no  s'en  gausit : 
Ausis  lor  a  .G.  manh  franc  doosel ; 
Son  gonfaino  enporta  de  sanc  vermeilh, 

*  (sic)  Le  copiste  a  mis  ici  un  o  pour  on  e. 


i8o  ROMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON. 

E  correc  Ihi  per  l'asta  tro  al  arteilh : 
Non  a  nulh  hom  ab  se  no  s  meraTÌlb. 

Malgré  cet  avantage,  prévoyant  un  long  siége,  Gérard  mande  ses 
auxiliaires ;  mais  en  méme  temps  il  commet  une  grande  faute , 

Que  fai  de  sos  borses  los  murs  garnir 
E  preia  lor  que  velho.... 
((  E  si  .K.  vos  vet  sai  asalhir, 
((  Gitatz  rocas  e  peiras  de  tal  air 
((  Que  los  fasatz  areires  lonh  resortir....  n 
..;.  Anc  no  lor  en  membret  a  sopartir. 
Qm  ac  genta  molher,  vai  i  burdír  \ 
Cel  qui  ac  s'amia ,  vai  i  dormir; 
Yan  s'en  per  lo  castel  trastuh  jazir. 
No  i  auziratz  parlar  ni  mot  brugir, 
Ni  gacha  frestelar,  ni  corn  bondir. 
Era  son  mout  leugier  a  escarnic  : 
E  lo  gartz  se  levet  que  'Is  vai  trair, 
K.  e  sa  mainada  dedins  culhir. 

Ce  traitre ,  nommé  Richier,  était  maréchal  de  Gérard. 

A  Deus !  com  mal  esta  a  bon  guerier, 

Que  de  filh  de  vila  fes  cavalier 

E  fai  en  senescal  o  coselhier, 

Cum  fetz  lo  coms  .C  d*aquel  Richier, 

Cui  el  donet  honor  gran  am  molher.... 

K.  pres  Rossilho  ses  porta  firacha.... 

Lo  coms  .G.  jasia  en  una  tor.... 

E  lo  coms  reisedet  de  la  frìor, 

E  entendet  la  nosa  e  la  crior 

Que  fan  la  fors  donsel  e  varvassor, 

E  estranh  e  privat ,  gran  e  raenor  *, 

E  rechamo  .G.  lor  dreh  senhor. 

£  vest  ausberc  i  clme ,  que  ac  fort  cor, 


ROMAN  DE  GÉRARD  D£  ROSSILLON.  i8i 

E  pres  escut  e  lansa  que  ac  meUiQr ; 
Lai  on  sap  spn  cayal»  sela  part  cor^ 
Ja  Ten  traio  foras  .m.  lecaor ; 
A  cascu  fetz  yolar  la  testa  por. 
Puis  es  montatz  lo  ccMns  de  gran  yigor. 
Per  una  porta  pauca  que  sap  menor, 
S'en  es  issiht  lo  coms  de  gran  îror; 
E  apela  lo  rei  prejur '  trachor. 

Quant  la  mainada  .K.  intra  pel  mur» 
E  la  nuhs  era  negra,  e  fai  escur ; 
E  perprçndo  las  ruas  for  e  adur, 
Si  que  no  i  remas  om  negus*... 
La  mort  .G.  no  parle  o  no  la  jur. 
Per  upa  pauca  porta ,  pencha  ab  asury 
S'en  eis  lo  coms  «G.  qui  qu'el  rancur ; 
E  sos  cayals  l'enporta  de  tal  aiq^ur, 
Non  cuh  que  milher  bestia  d'erba  paslur.... 

» 

Gérard,  blessé  en  route  par  un  damoiset  da  parti  de  Gharles, 
arrive  à  Ayîgnon.  U  y  est  rejoint  par  Boson  et  Séguin,  qui  lui  amènent, 
lun  mille  chevaliers,  Tautre  huit  cents;  et  par  Foulques,  qui  conduit 
(lix  mille  guerriers  nourris  dans  les  niontagnes  de  la  Lombardie. 

Set  comtes  i  ayia  e  un  marquei  *; 

B.  parlet  prumiers  que  fiu*  o  dei : 

tt  Coms  y  yecsi  taa  mainadas ,  yeno  a  tei.  » 

A  .G.  fo  tan  bo  qne  dresset  sei.... 

Puis  los  fetz  asezer  totz  entom  sei : 

H  Yos  estes^  mici  amic ,  fe  que  vos  dei , 

((  Miei  home  e  miei  paren  en  cu  ^  ne  crei. 

«  Perdut  ai  Rosailho  a  gran  deslei ; 

((  L'autre  ser  lo  m  tolc  .K.  per  son  boteì.  v 

—  tt  Or,  ditz  cascus,  de guerra!  îe  us  i  segrei.  ».... 

—  «  Irem  a  Rossilho  tener  tornei , 

'  (uc)  ÍÀxzperjur, —  *  Ici,  comme  daos  quelcpies  auties  cas,  lcs  formcs  grammaticalcs 
(ics  mots  sont  sacriûécs  à  la  rimc.  ^  '  Cc  mot  cst  francaisy  liscz  c(z.  —  *  (sic)  Pour  cui. 


i8a  ROMAN  DE  GÉRARD  D£  ROSSILLON. 

«  Car  ieu  no  pretz  ma  pUia  mia  .i.  bolei.  » 

G.  si  pres  don  Folques  et  don  Boso , 

E  segui  lo  yescomte  de  Bezanco ; 

A  una  part  los  traihs  a  un  rescos : 

«  Yos  es  tuh  miei  amic  e  mieî  baro, 

(c  Fazetz  dire  la  fora  a  sels  que  i  so 

tt  Que  albergen  ek  pratz ,  sotz  Ayinho  -, 

<(  Mas  no  i  tendan  trap  ni  payalho. 

u  Estanquen  ior  cayals ,  gen  los  somo. 

«  Fazetz  dire  als  borses  per  un  garso 

u  Que  lor  fassan  ia  fors  gran  Ihiuraso  * 

((  Qu*elh  trobaran  de  Terba  per  lo  cambo.  » 

Apelet  don  Fouchier  lo  marcanso  :... 

tt  Dijatz  Gilbert  al  comte,  garda  s'en  do  • 

«  Del  bosc  de  la  forest  de  Montargo , 

«  Que,  quant  yeira  leyar  un  fumanso , 

«  El  traméta  sembel  a  Rossilho. 

tt  Sio  .c.  chayalier  ab  un  peno, 

«  Que  feiran  al  portal  a  dreh  bando , 

((  £  tuh  escriden  :  .K.  trachor  felo ! 

tt  E  puis  yos  entornatz  yas  scorpio 

((  E  ilh  yos  segran  sempres  a  espero 

tt  E  nos  yendrem  detras  per  lo  sablo.  si 

Aissi  Ih'o  ditz  .G.  e  Ih'o  despo : 

((  Aitan  penrem  de  lor  com  nos  er  bo..... » 

Era  auiatz  de  .G.  la  galaubia. 

Non  cuiet  de  sa  pláia  que  re  Ih'en  sia; 

D'una  faisa  de  pali  se senh  e s  Ihia, 

Causet  se  e  s  yestit  com  far  solia , 

E  monta  en  un  cayal  de  bona  auria ; 

Non  cor  tant  .i.  cayals  com  amblaria , 

E  son  .xxy.  .m.  en  sa  paria.... 

Al  Leo  del  Roine  raigua  an  passada 

I  a  Masco  Soana  toh  trayersada. 

Ceia  nuh  albergeron  jos  en  ia  prada , 


ROMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSIi;.L(»f .  ]83 

.    Entro  lendemaa.a  la  jofnada. 

Per  miei  Calo  s'en  passo  de  gran  diada ; 
.    Sotz  Montagut  albergen  sotz  Tencontrada , 
■.    D*aqui  n*ac  a  Dijo  regna  tirada ; 
-    Defors  los  murs  albergen  lonc  la  talhada , 

E  dero  als  caTak  erba  a  dvada. 

Guilelmes  d'Estoun  ac  gen  senada ; 

Gardo  los  pas  del  bos  e  la  ramada, 

Que  res  non  pot  passar  que  sia  nada 

Que  a  .R.  non  sia  noTa  comtada. 

Ans  que  sapcha  lo  rêi  ni  sa  mainada 

En  sera  mout  sa  gens  greu  percoladá. 

près  avoir  passé  sous  ChâtiUon ,  Gérard  et  son  armée  arri  vent 


s-;o. 


^     Si  fan  a  Montargo  un  fum  bastir, 
Gilbert  de  son  esgart  lo  s  pot  causir. 
Gomenset  sa  mainada  a  esbaudir : 
«  Irem  a  Rossilho  per  assalhir  : 
«  Armatz  yos  ,  chayalier,  so  tos  yulh  dir, 
«  E  denant  a  la  porta  sembel  furtíir. 
«  De  .G.  farem  novas  .K.  auzir, 
«  E  tal  re  li  cuh  far  de  que  sospir.  » 
Geilh  no  foron  mas  .c.  que  s  van  garnir. 
Per  una  porta  pauca  s*en  yan  issir. 
-  rx  -^ ' '      Gilbertz  guidet  los  seus  per  una  TaL... 
_^^  £  van  a  Rossilho  bastir  assal, 

.2'<  .^'  *       E  Gilbertz  de  sa  iansa  fier  al  portal 
.   .-    >        E  escrídet  lo  rei  trachor  e  mal.... 
y.  ^.         E  lo  reb  totz  prumiers  salh  al  chaTal , 
.;^  X^        E  pres  escut  e  lansa  qu*anc  no  ques  al. 
Per  la  porta  s*en  iessen  tot  cominal ; 
No  foro  que  «x.  .m.  aquelh  reial. 
E  lo  reis  Tenc  prumiers  plus  que  de  sal ,  ^ 
E  escridet :  «  Gilbert ,  fugìr  que  yal !  » 


ir     - 


'lt,  í-* 


î' 


i84  ROMAIH  DE  GÉRARP  DE  ROSSILLON. 

Pendant  que  Charles  poursuit  Gilbert ,  Gérard  survient : 

Lai  escridet  .G.  e  sa  companha. 

Aqui  'lh  prumier  non  an  asta  no  franha ; 

Aqui  lor  mostra  1  coms  de  sa  barganha. 

Âh  espasas  se  moven  dol  e  malanha  \ 

K.  escrida  als  seus  :  a  L'encaus  remanha! 

<i  Traitz  nos  a  Gilhert,  qui  qu'i  s'en  planha.  » 

E  cuiet  s'en  tornar  per  delatz  Saina 

Quan  .G.  l'avent  lonc  la  montanha 

E  correc  lo  ferir  e  la  companha. 

Après  un  combat  opÌQÌâtre ,  la  victoire  se  décide  en  faveur  de 
Gérard. 

£1  tems  que  fulha  e  flors  par  en  la  rausa 
Fo  facha  la  batalha  sot  Peira  Nausa.    . 
La  mainada  al  rei  no  se  repausa  ^ 
K.  si  traish  areires  ab  gen  desclausa, 
£  .G.  pren  lo  camp,  que  far  o  ausa.... 

Era  s'en  vai  lo  rei  sotz  Carbonel , 
Gasso  e  lo  coms  Jaufres  latz  lo  ramel  *, 
£  .G.  e  li  seu  fan  lor  masel. 
Retegutz  n'an  detz  vius  que  an  castd, 
Tres  .c.  e  .nu.  vint  en  un  tropel. 
G.  lor  ditz  paraula  que  lor  fo  bel : 
N  Pos  Dieus  0  a  volgutz  e  sanh  Michel 
«  Que  nos  aiam  vencut  .K.  Martel, 
(( Non  devem  enchausar  oimai  sembel ; 
((  Tornem  nos  en  esems  vas  lo  castel.  » 

Pendant  que  Gérard  rentre  dans  RossiIIon,  Folques  rencontrc  le 
traître  qui  fuit. 

Lo  tracher  del  castel  s'en  vai  ganden , 
E  Folques  fo'Ih  denan  a  un  penden. 
A  una  pescadoira  de  Saina  ven , 


^  ROMAN  DE  GÉJUIU)  DE  ROSSILLON.  i85 

Lo  nautonìers  qu'el  mena ,  lo  mescreen , 
Cui  Ricbier  ac  batùt  e  fab  sanglen , 
Quant  el  reconoc  Folque,  ac  cor  jauzen  ^ 
E  traversa  la  nati  son  escien 
De  tal  briu  fier  a  terra  quètota  feii  ^ 
E  Folques  quant  lo  yi,  lai  yenc  pongen; 
No  ihi  laissa  que  parle  ni  que  conten , 
Per  los  cabelhs  lo  pren  iradamen , 
.    Contra'i  cayal  lo  mena  amont  al  ven^ 
A  unas  autas  forcas  cuh  qu^el  presen  \ 
Aqui  branlara  mai,  so  crei ,  al  Ten ; 
E  yecTos  del  trachor  pres  vengaiuen.  • 

Cependant  Gérard,  sur  le  bruit  que  Charles  rassemble  de  nouvelle& 
troupes,  tient  conseil,  et  se  décide  à  envoyer  Folques  en  parle- 
mentaire. 

F.  part  dél  coselh ,  venc  al  ostal ; 

C.  baro  io  seguero ,  seu  natural , 

Ytecomte  e  comtor  e  ric  captal. 

El  los  trais  el  arcvout  d'^n  veirial : 

ii  Senhor,  franc  chavalier,  no  vos  dic  ai ; 

(^Per  ver  so  mesatgiers  de  cort  reial : 

«  Era  vulh  qu'entendat  lo  be  e'l  mal. 

a  Cascus  meint  dos  chavals,  plus  na  ihi  cal ; 

n  Ja  non  portarem  mala,  ni  ren  aital. 

cc  Latŷ  nos  iran  en  destre  nostre  chaval. 

«  Ausbercs  blancs,  jaserans,  elme  a  cristal , 

«  Espazas  d'aur  antivas,  escut  leial, 

«  Lansas  trencans  forbidas,  peno  cedal....  » 

Folques  joint  le  roi  à  Orléans : 

Aimes  intra  el  pal^itz  detian  lo  rei , 
Que  parlava  ab  Terric  i  ab  Jauirei ; 
Fo  i  Gaces  de  Drues ,  Ugues  de  Brei., 
Galerans  de  Sanhlitz  ab  Godafrei, 
I.  24 


i86  ROMAN  DB  GÉRARD  DE  ROSSILLON.  ^ 

E  parlaven  del  coBite  Albert  de  Trei  $ 
Que  .G. /pres  rautr'ier  al  gráo  tornei. ... 
Aimes  intra  e  saluda  e  ditz  al  rei :    ' 
ii  Senher,  ¥ecyos  .F.  que  ven  a  tei , 
(( ,E1  s'aconduh  de  meî  e  e  ma  fei , 
«  E fara yasitotz  drehsenes mercei.  » 
E  .R.  respondet :  «  Mout  mal  o  crei.  » 

Après  bien  des  dífBcultés,  Folques  arrive  jusqu'à  Charles. 

,  • 

Ah  tan  yecvos  .F.  e  Manasier, 
Angerran  e  Ponso  de  Belvesier, 
Yolen  la  fi  det  plah  amentaTÌèr. 
«  Senher,  vecvós  .F.  que  venc  arser. 

—  a  leu  hoc ,  so  ditz  coms  .F. ,  merce  querer 
«  De  part  .G.  moa  oncle,  en  bui  m'esper. 

«  Don  per  que  vols  al  comte  guerra  movèr  ? 

«  Quar  tals  no  s'en  esclaira  per  son  saber ,. 

«  Qu'elh  voh^a  ajudar  de  son  poder. 

«  No  nos  fassatz  vostra  ira,  reis,  apparer.... 

«  Yos  comenses  la  guerra ,  failzla  tazer, 

«  E  retenetz  .G.  e  son  aver. 

«  Non  creatz  lauzengier  per  son  saber, 

«  Qar  nuls  om  ta  grán  fah  nò  pot  mo ver. 

—  «  Si  Dieus  m*ajut ,  Don  .F.,  trop  parlatz  bén : 
«  leu  en  farai  aquo  que  (ar  coven  ^ 

«  Si  .G.  Rossilho  en  alluc  teri. ... 
«  leu  li  tolrai  .m.  mas  de  son  terren , 
ft  N'aura  ta  fort  castel  que  lion  esclen , 
«  Alta  tor  que  non  bris  e  no  pessien. ...» 
Prumiers  parlet  Don^ec,  \o  filhs  Baisen  : 
«  Don  reisy  trop  pienassar  non  prètz  nîen.... 
«  Ja  uou  perdra  lo  coms  forn  ni  molen , 
«  Erbatge  de  sa  terra,  forre  hi  fen  ^ 
«  E  si  guerra  voletz ,  auretz  la  ben  ^ 
«  E  batalha  campal,  s'o  vos  coveri, 


ROMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON.  187 

«  Qae  be  rica  liom  en  or.iiafraU  pel  sea....  y» 

—  «  3eiiher,  so  diu  Don  .F. ,  yecYos  lo  drèh 
«  De  j>art  .G.  io  comle... .- 

«  Si  el  Yos  aí  fah  tort  que  far  noii  deh , 
«  D*aco  Yos  farem  dreh  aqui  meseih....  » 

Foulques^  après  lui  avoir  énuméré  les  droits  respectifs  de  Charles 
ct  de  Gérard,  ajoute  ensuite,  en  présenta^t  un  gánt  au  roî : 

«  Senher,  prendel^  es'  gan  que  ieu  vos  esten : 

«  De  part  .G..  mon  onele  dreh  vos  prezen , 

«  Que'si  el  vos  a  fafa  tort  son  escien , 

«  D'aquo  vos  fara  dreh  a  çausimeir. 

«  Serem  a  l'oslajar  chavaler  .c. 

«  Que  .1.  no'n  menlira  per  anr  ni  per  argen , 

«  Ni  no  dira  hausia  per  re  vìven , 

ii  Abans  en  dira  ver  son  ecien. 

—  «  Mal  aia ,  ditz  lo  réis ,  qui  est  gan  pren 
«  Tro  que  fassa  de  ^erra  .G.  tazen. 

—  «  So  non  er,  respon  .F. ,  a  so  viven ! . . . 
«  Jurero  que  penrias  nuptialmen 

«  Filha  d'emperador  del  Grieu  manen ,        ^ 

«  E  .G.  sa  seror  tot  aisamen  ^ 

«  Â  sqn  ops  la  jurero  Ihi  setf  parea; 

«  Tomavan'  s'en  areires  alegramen ; 

«  Tu  lor  aniest  encontra  ab  onimén. 

«  Aquel  es  vers  traire,  son  ecíen , 

«  Que  laissa  sa  moiher  e  I'altrùi  pren , 

«  Cum  tu  fezist  la  toa ,  reis  mescreen , 

«  E  tolguist  a  .G.  àa  bevolen....  » 

f 

Cette  entrevue,  toute  de  récriminatión ,  se  termíne  par  unc  décla- 
ration  de  guerre. 

«  Senher,  so  ditz  Dons  .F. ,  nos  en  irem , 
«  E  so  que  sai  ausim  lai  comtarem  ] 

'  {sic)  Pour  est,  Cette  absence  da  t  est  évideimiient  h  faatc  do  copiste. 


i88  ROMAN  D£  GÊRARD  DE  R06SILL0N. 

ft  Plah  ni  dreh  ni  amor  non  portaretn 
((  A  Poti  .G. ;  al  çomte  o  retraìrem , 
((  £n  sa  pleniera  cort  o  numtiaTem. 
((  Yos  avetx  ajostat ,  nos  mandarem ; 
((  Eis  plas  de  YaUïero  lai  vos  yeírem ; 

<(  E  i'ombreira  on  cor  l'aigua  d'Arcen , 

..  .  > 

((  Si  ij)ans  podem  estre,  si  passarem.  » 
E  .K.  respondet :  ((  Or  plevirem  : 
((  Cei  en  cui  remanra ,  ta  lonh  se  s'estrem 
«  Que  pas  la  mar  a  nau  e  puis  an  s'en.  » 
E  .F.  respondet :  k.Nos  o  fassem.  » 

« 

Au  retour  de  Folques  à  Rossillon,  Gérard  se  prépare  à  la  guerre; 
ct  Charles  marche  vers  les  plaines  de  Yalbeçon. 

Molt  fort  son  gjran  li  plan  de  V albero  : 
Grans  .im.  leguas  duro  en  un  rando  ŷ 
No  i  a  mal  pas  ni  plancba ,  bos  ni  gaso. . . , 
K.  Martels  chavalia  a  Avalo  ^ 
Cuiet  lo  castel  penre ,  mas  res  no  fo. 
En  un  puh  es  Folchiers  io  marcanço , 
Ab  lui  .M.  chavaler  que  motso  bo  ; 
Cuiet  l'ost  escachar,  mas  res  no  fo ; 
Perq  sL'l  sap  io  reis  e  siei  baro , 
E  mandet  lor  çn  l'ost  a  cels  que  i  so. . . . 
Davas  l'un  cap  ç'enmtren  dins  Valbero. 
Aqui  viratz  dressar  tan  pavalho , 
Tant^seinhadeguiasetanpeno;        . 
Mais  de  .vii.  leguas  dura  la^perpriso. 
Diratz ,  s'els  vesiatz  per  plan  cambo , 
Que  anc  pui '  en  est  segle  tals  gens  no  fo. 

Co  fo  a  un  dilus ,  quan  i'alba  par, 
Que  pratz  pren  a  flurir,  bos  a  folhar, 
K.  fetz  .XXX.  ^railes  esems  sonar  ^ 

'  (sic)  Lisez  puis,  Ge  mot  se  trouve*  plosieurs  fois  êcrit  sans  s. 


KOMAN  DE  GÉRARD  DE  ftOSSILLON.  189 

Lhi  cora  foro  d'evori  gran  e  perclar. ... 
J/ost  pren  á  somopir  ralenar ;.  * 
Anc  no  yit '  tan  meniit  undas  leỲar, 
Cum  Tiratz  h^s  ensenhatz  al  ven  anar.  - 
K.  dins  Yalbero  los  f^tz  guídar, 
Lai  on  feiro  restom  fort  i  amar. 
Cel  que  acpii  caec  non  poc  le vàr ; 
Ni  pui's  a  son  alberc  no  poc  tòrïiar. 
L'estoms fo  fortz  e  fers ,  cum  ausiretz. ... 

\ 

La  bataille  s'engage : 

Breto  e  Ihi  Gasco  son  per  engànsa  f 
Lor  escalas  yan  joindre  senes  doptarisa. ' 
Yiratz  tant  escut  franger  e  tanta  lansa ,  ^ 
Tan  yassal  de  caval  faire  voiansa.... 
Tan  destríer  milsoldor  preiìdo  quitansa , 
Qu'anc  pui  de  lor  senhor  n'agro  cobransa..». 

Bigor  et  Proensal  vengon  essems, 
E  son  davas  .Ç.  entre.dos  renxs. 
Davas  .K.  Norman  e  Potorenxs!...*  . 
Lor  escalas  van  joindre ,  c'us  non  téfrens. 
Yiratz  escutz  traucare  jazerens ,  * 
£  tanta  testa  ab  elme  caer  es^ms : 
Mais  de  .x.  .m.  resten  m'ort  e  sanglens 
.£  per  puis  e  per  plas.e  per  rodens, 
Que  dolens  en  fo  .K. ,  lo  rei  de  Rems, 
£  .G.  en  sospira,  qu'es  moui  tenens, 
£  pretet  Damidríeu.que  nos  reens  : 
ft  Senher,  hui  me  ajuda  no  i  perda  Hqn.  » 

Yecvos  per  miei  rêstprn  lo  vilh.Draugo, 
Lo  paire  Don  .G. ,  Toncle  Folco , 

'  {sìc)  Lisez  visi,  —  *  Les  Lorraias.  Le  copistc  a  mis  évidemment  uu  P  pour  un  /. 
Les  Lorrains  sont  de  nouveau  noounés  plus  bas. 


igo  ROMAN  DE  GÉRAIU>  DE  |10SSILL0N. 

£  sis  eV  chavaJi  bai  qu^ac  de  Maco ; 
Âo  vestit  un  ausberc ,  gran  firemilo.... 
I  ac  lassat  .i.  elme  de  barato ,     >  - 

Obrat  ab  aur  i  ab  peiras  tot  d^evìro  ỳ 
Plus  resplau  que  estela  que  UuiU  el  tro.  . 
E  ac  cencha  la  'spasa  de  Marbio  > 
Escut  portet  e  laQsar  de  Marbio  $ 
E  venc  los  sautz  meaatz  pel  plan  cambo.... 

Vecvos  lo  duc  Terric  dénan  ..K.  ;  , 
n  Don  reis,  conoissetz  vos  est  Bergonho  ? 
{(  So  es  Draugues.  lo  vilhs  4e  Rossiiho^ 
«  Lo  paires  don  .G. ,  l'oncle  Folco; 
«  £1  me  tolc  ja  ma  terra  e  ma  reio ; 
«  Set  ans  n'estiei  faiditz  en  un  boiaso. 
«  Tenetz  me  per  revit  a  vglplho, 
«  Pos  bataiha  demanda,  s*ieu  no  lah  do.  » 
E  .R.  respondet :  cc  le  us  abi|indo , 
(( Trop  n^avetz  pretz  lonc  terme  de.v^igaso.  » 

Yecvos  lo  duc  Terric  del  renc  partit , 
E  sis  el  alféran  amoravit ,  • 

E  ac  dè  bQRas  armas  son  cors  gârnit  î  • 

E  venc  los  sautz  menutz  pel  prat  flurit.;.. 

Mancés  e  Ângevi  e  Torónjatz , 
Gelh  foro  davas  «^.  .xx.  .n.  armatz  : 
Vestit  los  blan'cs,  ausbercs ,  ehnes  lassatz , 
Sos  los  elnies  endis  e  enbronchatz. 
De  gran  batalha  far  van  cossirat, 
Cum  veltres  en  cadena  que  es  amorsatz, 
Lo  coms  Jaufres ,  lor  senher^  los  u  gtddat 
Per  mieh  k>  ga  d'Arcen  oltr'a  .passatj 
En  apres  passet  «R,  e  sos  bamatz.... 
Adonc  és  e  la  sela  .F,  poiatz , 
£  sobre  uná  asta  nova  s'es  apoinatz  ; 
Tornet  s'en  vas  ios  seus  e  ditz  lor  :  «  Patz  ! 
((  Senhor  íranc  chavalicr,  or  m'escoltatz  : 


ROMAN  DE  GÉRÀIU)  DB  ROSSILiON.  19 

«  Quant  sereU  en  restorh  ab  ds  meaclatz , 

'.  <  , 

a  Feretz  i.aiicifltx  ç  d^rocatz ,     > 

(c  Tant  qne  TOfi  en  siatz  d^crftra  passatz , 

tt  E  puis  trastoh  easems  sobr'eb  tornatz  ^ 

«  Mais  iral  assatz  proesa  que  malyastatz.  )i 

E  siei  home  re^ndo  :  «  Que  predicatz  ? 

«  Mas  anem  los  ferìr  davas  totz  latz.  1» 

Adoncas  fo  restom  fort  abduratz. 

Bos  e  .F.  e  Segais  e  li  melhor 

Foro  mais  de  .xx.  .is.  comensador. . 

Yiratz  d'anr  e  d^amr  ta  gran  lugor , 

D^asier  e  de  Temitz  tal  resphtndor, 

Tanta  lansa  trencan  ab  aiiriflor, 

E  tan  donsel  adreh  envaidor. 

En  apres  so  veBgut  Ihi  feridor, 

Pons  e  Ricartz  e  .G>tnes ,  bon  ponhador. ... 

D'aquesta  reiiegarda  yos  tnii  ailctor 

Que  so  seisanta  .m.  abdurador, 

Que  so  be  de  sembel  apropchádor. .  • . 

Or  chavalgua  .G.  ab  .gran  baudor 

Contra  .K.  Martel  Temperador  -, 

E  .K.  Tenc  vas  Ihui  ab  sa  feror  : 

VecYOS  una  enguansa  de  gran  dolor. 

Lai  on  las  òz  s'éncontren  en.un  plan  bel , 
No  i  ac  fossat  ni  barra ,  bos  ni  ramel ; 
Ângevi  van  prumier  e  Ifai  Mancel , 
Lo  coms  Jaffers  d'Angieu  e  Torongel. 
Ab  .G.  so  .XX.  .M.  en  un  sembel ; 
No  n'i  a  un  trop  Tilh  ni  barbustel , 
Bos  e  ^F.  e  Seguìs  en  so  capdel.;.. 

D'iras  que  ac  .G.  son  pres  es  tals : 
No  soparti  dels  seus  ni  bos  ni  mals. 
Auiatz  la  reiregarda  delá  Proensals , 
Que,s'en  passo  iatz  Ihui  per  us>  pradals  ] 
E  so  áeisanta  .m.  en  bos  cavab, 


19?.  ROMAN  DE  GÊRABD  DE  ROSSILLON. 

£  Dons  Odíls  Iqs  guida ,  lo  rixs  çaptals , 
En  restorn .qoa  fo  fortz ,  fers .ercampab. 
De  lansas  e  d'espasas  fán.  cobs  mortals  ^  - 
Si  que  Ihi  .K.  n'an  gurpitz.estals ,    ^ 
Aitant  cum  pogra  trajre  .i.  arcs  manals. 
E  Teris  dîtz  a  .K.  :  «  Non  em  engals , 
«  Baiiatz  mi  trenta  .m.  dels  plus  cabals ; 
«  Ab  els  er  deps^rtitz  lo  bes  e  'l  mals.  » 
El  reis  si  fetz  Bavièrs  e  lies-tals 
Que  non  sab^per  ferir  plus  naturals. 
Terris  portet  lor  ^nha^  us  duxs  reials , 
£  vengro  tuh  essems  ioncs  unas  Tals ; 
Huimab  non  er  eslitz  io  plus  vassab. 
Desertan  per  io  cam ,  fan  gran  inasil , 
Aisi  van  per  l'estorn  cùm  estorbil.... 
Ah  tan  vecvos  venir  Cels  dé  Bergonlia , 
E  .K.  ab  los  seus,  que  ac  de  Tremoûha  '^ 
Fan  enforçar  Festorn  e  la  fort  ponha. 

£r  chavalgua  «G.  ab  sos  amics , 
Ab  companhas  lonhdanas  d'autrès  pais. 
No  porten  en  batalha  ni  va^  ni  gris,. 
Mas  bliautz  de  color  talhatz  ^  asis;. 
Desu3  fer  i  acier  que  relhusis, 
£  asur  e  vemis  que  resplandis. 
G^^  .F.  e  Bos  l'amanavitz ,      ' 
Pons  e  Richartz,  e  Coines  e  Otis ; 
E  so  .GGGc.  M. ,  qu'el  bri^us  o  ditz ,         ^ 
Abdurat ,  de  batalha  voluntairis. 
Sotz  los  eimes  enbronc  ios  caps  encljs , 
Atendero  que  .K:.  los  esvais. 
Si  fara  el:  semprer'a ,  ben  én'so  fis. 
D'amon ,  per  miei  un  puh ,  laiz  un  consis , 
Dissen  .K.  Martels  de  Sanh  Danis , 

'  On  peut  lire  aussi  Cremonha. 


ROMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSaLON.         193 

Lhi  Bavier  e  Ihi  SaÌDe  e  Ihi  Lectis, 
Alaman ,  Loorenc ,  Ihi  esforcis. 
Terris  portet  lor  senha ,  us  ducxs  marques , 
Lai  los  guidet  el  camp  que  es  fluritz.... 

L*estors  fo  fort  e  fers,  cum  auzetz  dir : 
No  podo  las  companhas  gaire  sofrir.... 
Comenso  a  lassar  e  a  morir^ 
Lhi  lassat  a  pauzár,  e  %  fresc  yenir ; 
E  .G.  lor  escrìda  del  evair, 
E  .K.  pregua  '1  seuâ  del  esbaudir. 
A  Dieus !  cum  son  cochat  ben  del  ferir  \ 
De  terras  alienas  vengro  morir !... 

L'estorn,  qu'avetz  auzit  amentavir  \ 
£k  plus  loncs  jorns  de  mai  fo  fah  per  ver, 
£  duret  tro  la  nuh  mesclan  au  ser, 
•"Que  soleilh  vaî  colgar.... 

Sans  doute  la  bataille  se  serait  prolongée;  " 

Mas  una  aura  levet,  per  Dieu  voler, 
Fortz  e  fera  e  mala  ^  fetz  atemer, 
Que  .K.  vi  sa  senha  a  fuc  arder, 
£  .G.  de  la  soa  carbos  caer. 
Per  signes  que  lor  fetz  Dieus  aparer, 
La  batalha  e  restorn  fi^n  remaner. 

Les  hostilités  cessent,  et  la  paix  est  conclue  '. 

G.  a  Rossilho  torna  son  aire  -y 

En  Proensa  s^en  ván  .F.  e  siei  fraire, 

K.  lo  reis  en  Fransa  si  s'en  repaire. 


'  (sie)  Lîsez  amentatfer,  ponr  la  rìme  et  poar  l'exactitade  grainmaticale.  —  *  Ici 
se  trotm  nne  tíaiupcflitìon  :  da  fol.  5i ,  il  faut  passer  au  fol.  4i-  La  partie  interca- 
Ìée,  qui  comprend  da  fol.  3a  au  fol.  4o,  doit  être  placée  imniédiatement  après 
le  fol.  45. 

I.  u5 


194  ROMAN  DE  GÉRARD  DE  RÛSSILLON. 

A  peine  la  bonne  intelligerice  est-elle  rétablie  entre  lés  deux  advcr- 
saires,  qu'on  apprend  que  les  âarì'asins  vietinent  de  passer  les  Pyrénées. 

Prumiers  (parlet)  '  Emaus,  que  tenc  Gironda : 

«  Senher  reis,  vostra  onors  no  m'es  aonda 

c(  De  sai,  davas  Espanha  m'as  fah  esponda  \ 

((  Assalhen  me  paia  de  tot  lo  monde....  » 

Ducs  de  Narbooa  parleC  cum  bar ; 

((  Cuiatz  Tos  per  mal  faire  vos  agan  car?... 

((  Quant  aniest  en  Espanha  ta  ost  guidar, 

((  £  ieu  portiei  ta  senhay  per  capdelar, 

((  Eu  tot  lo  peior  loc  que  potz  trobar. 

((  M'as  laissat  e  Narbona  que  ieu  tenh  car ; 

«  Assalho  me  paia  d'olti*a  la  mar....  » 

Aqui  es  montat  .K.  cors  ainos  , 
E  tramet  sos  mesatges  tost  d'eviro ,  «^ 

E  mandet  sos  baros  e  'ls  varvassors , 
Cel  en  ac  .xy.  .m«  en  .iiii.  joms, 
E  foren  ajustat  a  Ihui  a  Tors.... 
Els  prims  joras  foncs  de  mai  qu'el  temps  aonda , 
Que  .K.  se  combaC,  sobre  Giranda, 
Ab  paias  de  Clavia ;  una  gen  bhmda 
I  ac ,  i  d'Africans  verte  cutt  îronda.  . 
Angelras  de  Saría.,  cui  cs  mapmonda , 
Adutz  aicela  geii)  cui  Dieus  cofundal... 
Quan  .G.  sorslo  coms,  per  val  preonda 
Lansa  portet  trenoan » targa  reonda ; 
Sa  'scala  sors  prumiera ,  o  la  seonda. 
Adonc  fo  la  batalhâ  aîta  preonda ; 
Del  sanc  qu^en  vai  e  mar  vèrmelha  es  Tonda. 
Anc  no  vistes  un  tei  que  si  raricur, 
Quan  .G.  ajostet  lo  coms  as  lur ; 
Anc  no  Vîstes  báro  tan  pros  î  dar, 


*  Parlet  n'est  pas  dans  k  texte;  il  a  été  ajouté,  entre  denx  paretithèses,  ponr  coin- 
pléter  la  mesure  du  vers  et  faciliter  rintelligence  du  sens. 


ROMAM  D£  GÉRARD  D£  ROSSILLON.  njS 

Ni  proesa  de  comte  que  taa  melhur .  • . . 
A  bi  Quh  escursea  vencut  sou  Turc.    . 

Ce  succès  coutribua  à  lier  d'amîtié  Charles  et  Gérard;  mais  unc 
I)er6die  de  Boson  détruisit  la  paix. 

So  fo  a  un  dilus,  prîm  jom  selmana, 
Que  .K.  tenc  sacort  gran  e  'aforsana 
En  sa  sala  a  Paris ,  qu'es  yilha  anquana. 
Quan  lo  reìs  ac  mangat,  dort  meriana  ] 
Lhi  donzel  van  burdir  a  Ul  quintana , 
Aval  sot  la  ciptat ,  a  la  fontana.... 
Sob  Paris  la  ciptat ,  en  un  cambo , 
Quintana  i  an  bastida,  por  traìso; 
Fetz  la  Bos  e  Seguis  de  Besanco. . . . 
'  Lhi  filb  Terric  lai  porten  verguas  peladas ; 
La  mainada  Boso  targuas  rodadas. 
Sotz  lor  gonelas  an  branhas  safradas. 
A  Sanh  Germa  an  fah  lor  receUdas ; 
Aqui  lor  an  las testas  del  brucs  cebradas..., 
Lo  duxs  Terris  d'Asquana  s'en  vol  anar^ 
Non  sab  mot  de  la  mescla  quan  1  ausi  far, . 
Ni  de  sos  petitz  filhs  que  tenc  tan  char. 
Lai  n'esanatz  lo  dux  per  desmesclar; 
Bos  e  Seguis  rencontren ;  que*l  van  cerquar, 
£  baisseren  las  lansas  e  van  Ihi  dar.... 
Que  la  vida  de  Ihui  no  pot  durar 
Tan  c'us  de  sa  mainada  Ihi  puseaaidar.... 
K.  auzit  la  mescla,  issi  au  crit, 
Demandet  sop  ausberc  i  a'l  vestit; 
Trobet  e  mieb  la  via  lo  dao  delit. 
Bos  e  Segnis  e'lh  seu  s'en  30  fugit. 

Hiierry  avait  tué  le  père  de  Boson  à  la  bataille  de  Yalberon ,  et 
c'était  pour  venger  cette  mort  que  Boson  yenait  de  le  frapper;mais 
outre  que  cette  actiôn  ctait  déloyale  en  elle-méme,  c'était  un  outragc 


196  ROHAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILIX)N. 

pour  Charles,  dont  Thierry  était  le  beau-frère,  et  sur  le  terrítoire 
duquel  le  meurtre  ayait  été  commis.  II  accusa  Gérard  de  complicité, 
et  voulait  lui  déclarer  la  guerre. 

K.  mandet  los  prínceps  totz  e  sa  gen, 

E  vengro  en  a  lui  entro  a  c... 

«  Cosselhatz  me,  senhor,  per  Dieu  amor, 

(c  Per  .G.  vos  o  dic  mon  bausador.... 

«  Quar  lo  jom  que  ac  manjat  e  ma  maiso , 

<(  S*i  qossentit  la  mort  de  mon  baro  y 

n  Del  dtic  Terric  a  farla  traicio , 

c(  Qu'en  ma  cort  lo  m*an  mort  las  mas  Boso. 

(c  leu  no  sai  chavalier  ni  mal  ni  bo 

a  Que,  si*l  en  dèsdizia  un  mot  de  no, 

<c  Que  ieu  no  Ten  preses  mal  e  felo....  » 

II  iinit  par  se  décider  à  lui  envoyer  préalablement  un  message  pour 
Tengager  à  venir  s'expliquer  devant  lui.  C'est  Pierre,  fîls  de  Gauthier, 
qui  en  est  chargé : 

Lo  gran  cami  tec  Peires  lo  plus  plenier.... 
Las  jomadas  que  fai  comtar  non  quier  j 
Intret  en  Rossilho  pel  pon  prumier, 
E  dissen  al  arcvout,  sot  lo  clochier.... 
Sa  *spasa  comanda  son  escudier, 
E  puis  intret  orar  dins  lo  mostier.... 

Après  avoir  prié,  il  se  présente  devant  Gérard. 

G.  dresset  em  pes  quan  Peiro  vit, 
E  pres  lo  per  lo  ponh ,  lat  si  Tacit  \ 
Demandet  Ihi  de  .K.  quant  en  partit. 
E  si  el  sab  tals  novas  que  aia  auzit.... 
A  Paris  lo  laisset,  so  Ihi  dit : 
((  El  te  manda  per  roi  que  ieu  te  covit 
<(  Qu'el  teus  cors  lai  parlet  e  cossentit 


ROMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON.  197 

«  Del  duc  Terrìc  d'Ásquana,  quan  el  murit. 

«  Anc  uns  non  o  parlet  ni  non  o  fit , 

«  Si  noU  fas  de  ta  terra  trastot  faidit, 

«  Que  lo  reis  t'en  monrra  guerra  e  destrit.  » 

E  .G.  quan  l'auzit  ac  cor  marrit.... 

«  Peire,  sabs  autras  novas  de  part  lo  rei?  » 

—  «  Aquelas  que  ieu  sai  celar  no  dei, 

«  Quar  mos  senher  te  mande,  e  ieu  dic  tei, 

«  Que  Ubi  anes  dreh  far  en  sa  mercei , 

c(  A  Saissos  o  a  Rems  o  a  Sanh  Romei,  ' 

«  E  mena  de  tos  omes  melhors  ab  tei ; 

«  E  no  cuietz  vos  mia  que  tos  plaidei 

«  Cum  om  deu  faire  cpmte  de  vostra  lei.  » 

— • «  No  fara ,  ditz  ,G. ,  si  no  m'i  vei : 

«  Qui  mal  senhor  mercega,  greu  pena  trai.  » 

Le  messager  va  prendre  du  repos. 

Ab  Aimeno  vai  Peires  per  alberjar, 
Ab  un  ome  que  sab  gen  conrear. 
Son  chaval  e  son  mul  fetz  establar, 
Son  ausberc  e  son.elme  ben  estoiarŷ 
Quan  taUas  son  garnidas ,  ilh  van  menjar. 
Det  Ihi  carn  de  cabrol  e  de  cinglar 
E  manhta  volatiria  e  peis  de  mar^ 
Det  Ihi  pimen  a  beure  e  bon  vin  clar. 
£  Peires  fon  totz  las  de  cavalgar; 
Quan  li  lìeh  son  gamit  si  van  coljar. 
Det  Ihi  una  donzela  a  tastonar. 
Gela  nuh  se  jac  Peires  tro  au  jorn  clar 
Que  se  vit  ben  vestir  e  gen  causar ; 
Puis  anet  al  mostier  messa  escoltar ; 
E  .G.  sos  baros  a  fahs  mandar. 

On  décide  qu'il  n'ira  pas  à  la  cour  du  roi  pour  lui  faire  réparation , 
atteodu  qu'il  n'a  approuvé  ni  conseillé  la  conduite  de  Boson. 


198  ROMi»  DS  G£KAIU>  DE  R0S$ILL0N. 

<(  P^îre)  t^U  Veo  iras  a  lo  sftnhor, 
K  A  .K.,  roi  4e  Fraosa,  evipeFador. . . . 
<(  E  fai  vas  Ihui  de  roi  l'anseatador : 
«  Quan  Bos  aacis  Terric ,  so  malfailor, 
«  Que  non  parlet  ab  nii ,  m  ieu  ab  lor  ^ 
«  Resieut  no  Ibi  donieii  citsle^  ui  tor, 
«  Per  que  sìa  forfahs  vas  mo  senhor....  » 

— '  «  Si  m*«ŷot  Dieust  dìtx  Peires»  er  ai  ieu  gah 
«  Quan  dûM '  9ue  al  rei  n'avetz  tort  fah. 
«  Pos  tan  ben  o  dizet  anem  al  plah 
<i  Qu'aura  lo  reis  de  Fran^  aquest  mieh  mah, 
«  E  seran  i  siei  comte  e  siei  abah 
«  Que  Jutgaran  lo  tori»  si  tu  Tas  fah*  » 

Un  propos  de  Pierre  irrite  Boson,  qui  veut  le  frapper,  mais  il  est 
retenu  par  Foulques.  Après  beaucoup  de  menaces,  Pierre  s'éloigne  *. 

Peires  partde  .G.  iradameu.... 
Vas  Sanh  Danis  te  YÌa,  o  'I  reis  l*aten. 
K.  au  las  matinas,  jorns  esclarzis , 
li'arciavesque  Amieus  la  messa  ditz. 
Quan  .K.  Tac  auzida ,  defors  s^en  ieis  ] 
De  sobre  un  fadestol  se  fo  assis , 
Entom  Ihui  Ihi  baro  d'aquel  pais... . 
Ab  tan  Peires  dissen ,  e  .K.  ris. 

Le  rapport  de  Pierre  entendu ,  Charles  se  touroe  vers  sa  suite , 
et  dit: 

«  Donzel  de  ma  mainada ,  tenetz  vos  char  ^ 
.«  Qui  volra  d*esta  guerra  me  ajudar, 
«  No  s  pot  en  mon  aver  ges  fadiar.  n 

'  (sic)  Plusieurs  fois  poar  dizetz.  Le  z  a  été  évidemment  onblié  par  le  copíste. 
—  ^  Autre  transposition :  du  fol.  49  il  faut  passer  au  fol,  58  jnaqn'au  foL  61 ;  on 
itîvient  ensuite  au  fol.  5o  jusqu'au  fol.  5'j ;  entre  les  fol.  60  et  61  se  trouve  nne  lacune 
qui  parait  être  de  deux  pages. 


ROMAN  DE  GÊRARD  DE  ROSSILLON.  199 

Lhi  chavali^  s*ai  prendo  a.alegrár, 
L'us  rautre  a  aìitir  e  a  Tantar ; 
A  .K.  fo  mot  ho  qu'els  âu  gahar. 
E  lo  jorns  foti  lûrnatt  at  aTesprar ;. 
Huimai  n'es  temps  ni  om  de  plaideiaV*. 
Hh  demanden  de  Taigua  e  van  menjar, 
E  van  per  temps  jàzelr,  per  man  letar. 
Gela  nuh  se  jac  .K.  tro  au  jorci  clar. 
Quant  ac  la  messa  auzida,  si  va  'nmontar, 
E  fetz  dire  a  cascu  que  s'an  armar. 
Qui  ac  son  hon  caval ,  fai  rencelar ; 
Qui  a  ausherc  ni  elme,  no'l  v<»i  laissar. 

II  part ;  au  quatríème  jour,  il  se  Irouve  devant  Mònlmélis. 

Sohre  .0.  u  »K.  quait  jmi  jagut, 

E  son  a  Moatàmdiqiie  Ui*a  tolgvt. 

Al  .V.  jom  n'ac  mes  «G.  agut 

Que'lh  ékÊ,  de  Montnmdli  que  Uì*a  loAgiit. 

Vec  lo  vos  tan  dolen  e  irascut 

Qu'el  coms'no  ditz  paraula  are  nascut, 

Entro  que  vi  venir  .F.  son  drut. 

Gérard  se  concerte  àVec  ses  áttìis.  II  est  décidé  qtl'un  message  sera 
envoyé  à  Charles.  Ce  méssage  part,  ét  se  rend  auprès  du  roi.  Pendant 
quon  est  en  pourparlers,  Bégue  défie  Pierre,  qui  paraît  tout  prét  à 
accepter  ie  combat : 

<c  Que  pros  fàVtts ,  dil2  Bec ,  isi  me  entèn» , 
«  E  que  folá  de  batallia  si  a  tort  ià  pirens. 
«  So  soi  pres  a  iMslrar^  comhatens.... 
«  Quan  Terrfes  fo  els  pratc  mortz  e  èaiftglefis  ^ 
«  Que  .G.  no  'i  paiiet  ni  fò  cossens, 
«  Ni  am  lui  no&  fo  pres  nufe  parlamens. 
—  «  No  soi  per  90)  diifc  Peires,  mos  esdeni; 
«  Ja  per  mi  non'  er  dihs  fak  sagramens.  y» 


200  ROHÂN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON. 

E  .K*  li  a  dih :  «  Don  Bec,  tu mens; 
«  De  la  mort  de  Terríc  fon  el  jauzenSy 
c(  E  la  parlet  e  volc  e  fo  cossens , 
4c  E  parti  de  ma.  cort  cum  mescreens  y 
«  Que  non  pres  comjat  el  ni  sa  gens. 
«  Puis  tenc  aqui  meseb  mos  maifazens, 
«  E  lor  donet  recieut  a  Sanh  Florens.. . • 
«  Lai  s*en  anet  Folchiers  e  mos  argens.  n 

Le  défi  n'a  pas  de  suite^  le  message  retourne. 

Bos  e  .F.  e  Gilbert  yan  al  cossellh , 

E  demanden  que  ditz  .K.  lo  feL 

« la  non  er  he  ah  yos,  ni  vos  ah  el , 

«  Si  no  *lh  retz  Rossilhò. . . . 

—  «  Ans ,  ditz  .G. ,  n'aura  lo  cap  vermeil.  » 

Anc  no  vistes  mais  rei  de  tal  orguelh...*- 

De  part  et  d'autre  on  se  prépare  à  combattre,  et  bientót 

La  batalha  comensa  en  quatre  partz.... 
La  hatalha  comensa  lonc  l'aigua  al  port, 
No  i  ac  gardat  mezura  agur  ni  sort^ 
Tot  an  mesclat  essemps  lo  dreh  e*l  tort. 
Non  creátz  de  ferir  que  uns  s'en  deport , 
Qu*en  totz  engins  s'en  van  cerchan  la  mort, 
E  cilh  que  tegro  lo  camp ,  tuh  Ihi  plus  fort , 
No  i  gazanhero  tant  que  .i.  se  conort; 
Quar  non  i  a  ta  gran  dol  no  *n  port. 
\^  Lo  pratz  ac  nom  Sivax,  la  Veiana 
La  rÌYÌera ,  iòn  genta  la  terra  plana ; 
Lo  sols  fon  chautz  e  mai,  la  meriana. 
Lai  viratz  tan  donzel^  cascus  s'afttna 
De  ferir  e  d^aucire,  no  d'autra  ufana. 
M.  en  viratz  jazer  ab  color  vana^ 
Lo  plus  vilhs  n*a  .xn.  ans  ni  pel  enquana. 


ROMAN  DE  GÉRARD  DE  R03SILL0N.  aoi 

Aqui  fo  remembracia  bea'  la  quintana 

E  la  mortz  als  dos  filhs  Terric  d'Asquana , 
Per  que  Tira  reforsa  e  lo  mals  grana.... 

La  bataille  devient  générale.: 

Esta  batalha  fò  un  lus  mandadà 

Que  Ihi  vassal  s'encontren  en  una  prada  : 

Lai  Yiratz  \an  donzels  gola  badada , 

E  tan  ricbe  baro  mort  en  l'estrada» 

A  mal  jom  comenset  e  fo  passada 

Esta  guerra  maidicha  ^  de  Dieu  irada  y 

Quar  Fransa  e  Bergonha  n'es  aveuyada. 

Ai  Dieus !  qual  dol  i  ac  de  la.  mainada 

De  .K.  e  de  .G. ,  que  sTo  jurada 

De  far  dampnatge  gran  de  mort  presada. 

La  mélée  fut  meurtríère ,  sans^  qu'il  y  eût  rien  de  décidé :  seule- 
ment  Gérard  se  retire ,  et  le  roi  couche  sur  lé  champ  de  bataille. 

Receubut  a  .G.  gran  encombrier. 

Or  fai  un  dol  lo  coms  aita  pleiiier : 

Era  plora  Guinhart  e*I  comte  Augier, 

Arman ,  lo  duc  de  Frìsa ,  e  Berenguier, 

E  Bego ,  qu'el  messatge  portet  ráutr*ier, 

E  Landrix  de  Nivers  son  cosselhier, 

E  sobre  totz  .B.  e  Don  Folohier. 

«  Per  Dieu ,,  so  Ihi  dita  Bos  j  plorar  noa  quier ; 

«  Quar  tuh  em  nos  noirit  d'aital  mestier, 

«  Essenhat  i  apres  i  acoustumier, 

«  Que  anc  non  aguem  a  paren  cavalier 

«  Que  moris  e  maiso  ni  e  solier, 

«  Mas  en  granda  batalha  ab  freg  acier.  m 

Cependant  Charles  a  eu  recours  à  des  moyens  insidieux;  avec  de 
Targent  il  a  corrompu  une  partie  des  arois  de  Gérard. 
I.  26 


202  ROMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON. 

Molt  es  dolens  .G.  quan  pert  son  regne.... 
G.  cant  au  las  nom  tiret^sa  frena; 
Quant  vi  yenir  .F.  per  la  varena 
Tot  oblidet  son  dol ,  e  joi  demena. 
Nulhs  no  i  menget  la  nuh  ni  no  i  pres  cena, 
Ni  chavals,  tan  fos  cars,  un  gran  d*avena : 
Assatz  son  éostumier  de  suirir  pena. 

Gérard  et  Folques  commencent  line  guerre  de  partisans  qui  dure 
cinq  années;  mais    - 

En  un  mostier  au  pla,  sotz  Valcolor, 
Abat  i  ac  e  morgues  e  un  prior ; 
Mil  chavalier  lai  entren  per  la  paor, 
G.  los  ars  a  fuc  i  a  calor. 
Venjat  se  fo  de  .K.  Temperador, 
Gran  tort  i  fetz  a  Dieu  son  redemptor. 
No  pot  mudar  Don  .F.  que  adonc  no  plor  : 
4(  Que  esdevendrem ,  ditz  el ,  nos  pechaor, 
c<  Qui  fieltat  no  portam  lo  Redemptor  ! 
(c  No  pot  a  lonc  durar  ses  desonor.  » 

En  effet ,  les  malheurs  ne  tardèrent  pas  à  arriver. 

K.  vi  de  .G. ,  no U  pot  trobar.... 
Mandet  totás  sas  gens  trò  a  la  mar ; 
No  ì  remas  chavalìer,  ni  nulhs  rics  bar, 
Ni  borses,  ni  sirvens  que  pusca  anar : 
Tuh  van  a  Rossilho  per  asetgar. 
Fan  alberjas  bastir  e  traps  dressar, 
E  fan  alhres  razir^  vinhas  trencar  ; 
E  .G.  e  li  seu  s*en  van  armar, 
E  van  los  estomir  e  fors  lansar. 

Une  nouvelle  trahison  livre  encore  le  château  de  RossiUon  à  rìm- 
placable  ennemi  de  Gérard. 


ROHAN  DE  GÉRâRB  DE  ROSSILtON.  ao3 

La  molher  .G.  ac  una  envàosa 
Âncella  de  sa  camhra ,  Tilha  dioBa  ^ 
Pres  las  claiu  de  U  chambra  la  cobeitosa , 

E  det  h.3  ú  porUer  VaToU  persona  -, 

Lo  Iraclier  fo  culvert  veios  e  clvis. 

La  nubs  fo  biuiia  e  negra,  clarlalz  no  i  luUj 

Cel  issí  dcl  castel  per  uii  pertus 

E  venc  al  rei ,  e  dihs  :  n  No  vos  Iraus  ; 

n  De  la  tor  vos  aport  la  clau  del  us.  » 

E  .K.  cant  la  vit  si  s'en  estrus; 

Pres  lo  comle  d'Angieus  e  cel  de  Clus: 

L'us  ac  .M.  chavaliers  e  l'autre  plus. 

Auiatz  d'aquel  gloto  cum  los  condus: 

II  van  aila  suau  que  rc  no  ì  crus.... 

Tro  los  ac  en  la  tor,  el  mui'  de:>us. 

Quaiit  foro  co  la  tor  crido  :  «  Trait  I  » 
£  .G.  residet  lai  on  durmit; 
Vi  lo  castel  arder,  i  au  lo  crit ; 
Ab  lui  foro  trei  comte.... 
D'armas  e  de  chavals  se  so  garnit. 
G.  venc  a  la  porta,  si  la  ubrit.... 
Lo  coms  .G.  s'eii  eis  per  una  porta  : 
Dol  a  de  sa  molher  quar  no  la  'nporla , 
E  Don  Bo3  laisa  al  aulre  tenta  gcn  morlu ! 
Lhí  TÌla  ¥an  cridan  :  aTuh  la  redorla!  n 
Don  Bos  los  vai  ferir  sencha  retorta^ 
E  uo  cuietz  del  comte  qu'cl  se  resorta 
Tro  que  vi  la  mainada  del  rei  plus  forta. 
Don  Bo9  los  vai  ferir  cant  los  conoisj 
El  no  fer  cbavalter  quc  tot  no  frob. 

Rossillon  est  livré  aux  flammes.  Tandis  que  Gérard,  qui  s'cst  rc- 
Irouvc  avec  Gîlbert  et  Foulques  dans  lc  bois  voisin ,  veut,  malgrc  eux , 
relourner  à  la  reclierclic  dc  sa  femnic, 

Esgardct  sus  el  dcatrc  cn  un  cambo, 


2o4  ROMAN  DE  GÊRARD  DE  ROSSILLON. 

Yi  iPenÌT  sa  molher  e  Don  Boso 
Que  la  tenc  deoan  se  sobre  Farso. 
I  ac  per  miei  Tesciit  d^asta  nn  troso ,  * 
E  fors  pendo  las  leagúas  d'on  gonfaino , 
I  autre  per  la  testa  del  saur  gaseo  ^ 
E  no  s'ac  de  sa  espaza  mas  cant  lo  pom. 
<(  Fah  m'avetz ,  dltz  .G. ,  servizi  bo  : 
K  Dieus  mi  do  que  tos  reda  lo  gaerdo !  » 

Gérard  se  retire  à  Djjon,  et  y  raììsemble  une  armée.  Pendant  qu'il 
s'apprête  à  se  venger,  il  apprend  que  le  roi  conduit  lui-même  un  convoi 
à  RossiIIon.  Grérard  l'attaque,  bat  rescorte,  et  s'empare  du  convoi. 

A  Bossilho  s'en  (ui  .K.  lo  reis, 

E  .G.  ab  los  seus  el  camp  remeis' ; 

El  pren  sos  melhòrs  omes  que  el  agneis  : 

c(  Senhors,  cosselhats  mei  per  totas  feis....  » 

Prumiers  respondet  .F. ,  que  savis  es, 

((  Vo'n  prendetz  un  messatge  pro  e  cortes , 

((  E  si  mandatz  al  rei  moltas  merces ; 

(( Tot  li  rendrem  lo  seu,  quan  que  avem  pres.... 

«  Per  que  Tira  e  la  guerra  si  remazes....  » 

G.  creit  ló  cosselh  que  ac  melhor, 

E  que'Ih  dero  siei  ome  e  siei  comtor. 

No  i  volc  trametre  ome  de  gran  valor, 

Que  trop  sap  gran  la  guerra  e  la  iror  ;  ' 

Mas  trames  al  mostier  Sanh  Salvador, 

E  fetz  venir  dels  morgues  tost  lo  prior  : 

<(  Morgues,  vos  m*eri  ireti^  a  mossenhor.... 

<(  E  diatz  li  aisso  per  gran  dolsor.  x> 

« 

Charles  n'écoute  rien.  Gérard  alors  veut  surprendre  RossiUon ;  mais 
un  troisième  traître  est  encore  là.  Un  combat  s'engagc,  et  Gérard  est 
vaincu  et  blessé: 

'  (sic)  Liscz  remas,  Ce  mot  est  sacriûé  à  la  rime  comme  aguis  ei/cis  cpii  terminent 
lcs  deux  vcrs  suivaQts.  U  faut  lire  agues  eìfes^ 


j 


ROÌÍAN  D£  GÉRARD  DE  ROSSILLON.  ao5 

Era  s'en  vai  .G.  molt  solaoiM , 

Quar  i  son  reituisut  siei  bon  pareD ;  * 

Tal  dol  en  a  kì  cor,  per  tot  s'en  oen» 

Sobr'el  cor  del  chaTal  blesniiL  soen , 

E  yen  a  Besanco  al  jom  parten. 

K.  sotz  Rossilho  eb  pratz  díssen  y 

De  man  ricbe  príso  Ihi  fan  preseà. 

El  apelet  Artau ,  e  ditz  Ihi  gen  : 

«  Yescomï  ea  de  Dijo  :  yai ,  si  '1  me  ren  ^ 

II  leu  te  darai  tant  atir  e  tant  argen , 

«  Tub  tiei  paubre  amic  seran  manen....  » 

Artaus  monta  aqùi  eis ,  vai  s'en  pongen, 

Dels  borzes  de  la  yiUa  ab  Ihui  .v.  cen , 

Qu'el  reis  sols  de  preiso  per  eis  coven.... 

Lo  castel  Ihi  redero  tot  verameix. 

D'aquels  que  lai  intrero  prumieramen , 

En  i  ac  un  donzel ,  .G.  paren  : 

Demanda  la  comtessa  e  vai  querçn , 

Dedins  un  monestier  la  troba  oren , 

On  preia  Damedrieu  omnipoten 

Que  guerísca  .G. ,  Ihui  e  sa  gen. 

Lo  donzels  de  bon  aire  pel  bratz  la  pren  : 

tt  Vencut  so  en  batalha  nostre  garen ) 

«  G.  s^en  es  estortz ,  no  saî  comen  \ 

«c  A  Besanco  anet  arcer  fuen.  » 

E  quant  la  dompna  Tau ,  blasmada  esten. 

Après  bien  des  périls,  la  comtesse  parvient  à  rejoindre  son  époux. 
Ils  s  eloignent  ensembie. 

G.  es  en  Ardena  ab  io  seren  ^ 
Non  es  la  chauza  el  mon  don  aia  ben.  • 
Vi  son  chaval  nafrat ,  que  pert  Talen , 
Pres  lo  per  miei  la  regna  del  daurat  frcn , 
E  issit  fors  dels  bosc .  al  mostier  ven. 


n 


ao6  HOMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON. 

Sos  companhs  es  nafraU ,  no  teii  alen ; 
L'ermitas  Ihi  a  fah  hon  lieh  dcî  fen, 
Colget  se  lo  nafrat ,  si  cum'^oyen , 
Vec5'ifai  de  vermelh  sanc  tot  lo  ple  sen.... 
E  l*arma  s'en  parti  del  cfaavalier. 
G.  en  fai  tal  dol,  mentir  non  quier, 
Qu^en  tira  sos  cacbelhs  e  so  vis  fier. 
•Aiiui  non  a  candela  ni  enceasier, 
Mas  la  crotz  e  lo  fuc  e  \ó  brasier : 
La  nuh  vengro  garso ,  lairo  furtier, 
Que  Ih'amblero  sas  armas  e  son  «destrier. 

^t*ès  cette  dernière  mésaventure 

.  .  .  No  sab  qúe  faire  -, 

Mas  clamet  se  dolens ,  chaitius ,  pecbaire ; 
E  Termitas  Ihi  ditz  :  «  No  fassatz ,  fraire ! 
«  Mas  preiatz  Damedrieu,  Ihui  e  sa  maire , 
c(  Que  us  ajut  e  us  cosselh,  que  o  pot  &ire. 
«  Vecvos  aisi  la  via  dreh  a  Rancaire.... 
(i  Trobaretz  rermita  ans  cpie  anet '  gaire. 

—  «  Per  Dieu !  so  ditz  la  dompna ,  lai  vulh  ieu  traire  ŷ 
a  Cel  nos  cosselliara  que  poiren  faire....  »    . 

» 

Venen  a  l'ermita  gen  de  Maradena. 
El  non  ac  drap  vestit ,  mas  pel  chabrena ; 
Trobero  lo  sanh  home  que  per  Dieu  pena, 
Nutz  coides ,  a  genolhs  a  plana  terra , 
E  preget  Mariá  la  Magdalena.... 

« 

Lo  sanhs  om ,  quant  ac  facha  sa  orazo , 
Tronet  *  se  vas  .G.  de  Rossilho  j 
E  venc  se  apoinan  sobre  un  basto  : 
((  Don  estes  ^  vos ,  amic  ?  de  qual  reio  ? 

—  c(  Senher,  so  ditz  .G. ,  de  Rossilho.... 
c(  Tot  per  una  mesclanha  de  sa  maiso , 

« {sic)  LUez  anetz,  —  *  {sic)  Lisez  lornct.  '—  '  Voycz  la  note  de  ia  pagc  i8i . 


ROMAN  DE  6ÊRARD  DE  ROSSILLON. 

h  Que  Bos  auci5  Terric ,  perquc  'l  mals  fo , 

«  Sobre  me  en  mes  .K.  sa  ouchaiso ; 

«  E  pero  no  sofri  anc  traicío. 

«  K.  me  moc  gran  gerra  e  fort  tenso ; 

(1  leu  lo  gitai  tlc  camp. . . . 

«  El  m'en  a  si  retiut  lo  gaerdo , 

"  Que  ma  lionor  m'a  tolla  e  raa  rcio  ; 

<i  En  Ongria  anam  au  rci  Oto. 

II  Mos  chaTals  m'an  amblatz  anuh  lairo , 

"  Er  nos  cove  anar  eoma  peo. 

i(  D'esta  dompna  mc  pesa  que  mala  fo  ; 

«  Per  Dicu ,  si  vos  requier  cosselliazo.  » 

E  l'ermitas  Ihi  ditz  :  u  MoU  l'auretz  bo  ', 

II  Mas  que  anuh  prcndatz  alberja/o.  >• 

Vec  los  vos  alhcrjatz  e  rcmazutz 
Entro  a  lendema  que  solels  tutz , 
Que'Ih  donet  penedensa  lo  sanhs  canutz, 
E  Ihi  del  tal  cosselh ,  si  '1  es  creutz , 
JamaÌ  n'aura  paor  quc  sia  pcrdutz. 
G.  pres  sos  cabelhs,  sils  a  tondulz  , 
E  juret  Damedrieu  c  sas  vertutz 
Que  jamais  no  sera  ras  ni  tondutz 
De  sai  qu'en  sa  onor  cr  revengutz , 
E  de  Bergonha  sia  dux  conogutz. 
Est  sacrameas  fo  aitant  atendutz , 
Que  ío  .xxii.  ans  coms  abatutz. 

Quan  la  nuhs  fon  passada.... 
Lo  sanlis  om  Ihi  a  fah  dc  ben  trenpansa  : 
«  Amics ,  ai  vos  avetz  drccha  creansa  i' 

—  «  Senher,  ieu  aí  en  Dieu  bona  esperansa. 

—  «  S'e  fezesles  au  rei  onquas  laiansa  ? 

—  «  Seiner,  oc.  per  no  cen  e  per  enfansa. 

—  n  Era  aíatz  de  bon  cor  la  repentansa. 

'  (w)  n  fiudrait  ùona,  luais  re»actitudc  est  sícnrit-c  a  U  limc. 


2o8  ROMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON. 

—  <c  Seiner,  ja  noa  penrai  jorn  penitansa 
«  Entro  que  Ihi  farai  de  mort  trempansa  ^ 
<(  Si  jamais  pus  *  aver  escut  ni  lanpa , 

a  En  qualque  luc  penrai  de  Ihai  vengansa. . . . 

—  a  Bos  om ,  cum  en  te  cuiaU  jamaitf  venjar, 
c(  Quan  tu  eras  rics  òm,  de  que  be  par, 

((  Si  f  a  .K.  conquis ,  so  f  auh  nomnar  ? 

—  (K  Senher,  so  ditz  .G. ,  non  quier  celar : 
(( Si  tro  al  rei  Oto  m'en  pus  anar, 

(( E  si  chayal  ni  armas  pus  recohrar, 
(( leu  pessarai.en  Fransa  del  repairari  ' 
(( E  de  nuhs  e  de  jorn.s  a  charalgar. 
(( El  reis  .K.  gran  pas  ira  cassar, 
((  E  ieu  sai  hen  las  fossas  on  sol  venar ; 
f(  Lai  me  cuh  de  son  cors  felo  venjar. 

—  HL  Pechatz,  ditz  Termitas ,  t'o  fa  parlar.... 
((  Angel  &ren  eì  cel  de  gran  vertut , 

a  Per  orgulh  son  diahle  tuh  devengut : 

((  De  lai  on  eras  reis  de  gran  vertut, 

((  Pechatz  t*a  e  orgulhs  si  cofundut, 

((  Que  non  potz  aramír  mas  què  as  vestut. 

((  Enqueras  m'as  tu  dih  e  conogut 

<(  Si  potz  aver  chaval,  iansa  e  escut, 

(( Que  auciras  to  senhor  el  hoi  folhut : 

(( Pechatz  e  Tenamics  t'a  deceuhut. . . . 

((  Bos  om,  ditL  l'ermitas.... 

(( Qu'en  ton  joven  as  fah  tanta  folor, 

(( I  as  en  mal  usat  tota  ta  flor, 

(( Enquera  vols  ausire  ton  dreh  senhor ! 

<(  Ja  puis  non  troharas  clero  ni  sanctor, 

(( Ni  asvesque  *,  ni  apostoli ,  ni  nulh  doctor, 

<(  Que  te  do  penitensa  a  negun  jom !.».  » 

No  pot  mudar  la  dompna  que  adonc  no  plor 

*  {sic)  Pour  pusc,  On  le  trouTe  plusiears  fois.  —  •  {sic)  Lisez  avesque. 


ROMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON.  209 

—  <f  G. ,  perque  fazetz  tan-  jpran  folor? 
«  Perdonatz  tota  gen  mala  iror, 

«  E  .K. ,  nostre  rei  emperador. 

—  n  Dompna ,  o  iéu ,  si  fauc ,  per  Dieu  amor.  » 
E  rermitas  respon  :  <c  Dieu  en  aor, 

ft  E  de  sa  part  me  clam  ton  cofessor. 
<(  Que ,  si  H  fas  de  bon  cor. .; . 
«  Enquer  auras  Jbarnas ,  terra  e  onor.  » 
Era  ih'a  fah  .G.  quan  que  Ihi  quis ; 
Lo  savis  om  n'ac  joi ,  e  si  s'en  ris. 

G^rard  et  la  comtesse  s'éloignent  à  travers  des  sentiers  difficiles. 
Ils  rencontrent  des  marchands  venant  de  Bavière  èt  de  Hongrie ;  la 
comtesse  leur  persuade  que  Gérárd  est  mort. 

Les  marchaqds  vont  porter  en  France  cette  nouvelle ,  tandis  que ' 
le  comte  et  la  comtesse,  après  de  longues  íatigues,  arrívéht  'eiífifi  '  ^ 

A  un  repaire , 

Don  so  mort  de  la  guerira  Ihi  filh  e  'lh  paire. 

Lai  auzissatz  maldire  lo  filh;  la  maire , 

E  maudire  .G. ,  cum  si  fos  laire. ' 

Entre  lo  dol  e  Tira  e  lo  maltraire, 

Si  no  fos  sa  molhér,  no  visques  gaire. 

Ela  es  savia  e  corteza  e  de  bon  aire , 

E  no  paraula  milhs  nulhs  predicaire : 

«  Senher,  laissa  lo  dol ,  si  t'en  esclaire : 

<(  Tostemps  fust  orgolhos  e  guéregaire , 

«  Batalhiers ,  e  engres  de  mal  a  faire ; 

« I  as  plus  omes  mortz  mo  sabs  retraire , 

«  E  los  as  paubrezitz  e  tot  lor  aire : 

«  Era  en  pren  Dieus  justizia^  lo  drehs  jiUgaire. 

«  Membre  te  del  prodome  del  bos !.;.  » 

G'est  ainsi  que  sa  compagne  le  console  ;  mais  bientót  une  cìrcon- 
stance  fâcheuse  redouble  leurs  inquíétudes. 

I.  97 


3IO  ROHA)!f  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON. 

«     * 

Aqui  es  ua  messafges  tres  ier  passat ; 

K;  n*ac  .c.  &ftmes  davas  totz  hitz^ . 

Qui  trobara  .G. ,  ú  ra  menatz , 

D'aur  e  d^argen  Ihi  er  .vn.  vetz  pezatz.. 

c(  Senher,  ditz  la  còmtessa ,  qu'ar  me  creatz , 

«  Esquivem  los  chastels  e  las  ciptatz, 

«  E  totz  los  chavaliers  e  *k  poestatz^ 

f(  Qûe  feunia  es  grans  e  cobeitatz. 

((  Quar,  senher)  vostre  nom ,  si  lo  camgatz.  » 

E  el  Ihi  respondet :  »  Si  cum  vos  platz.  n 

Aqui  mezeis  s'apelet  Jolcim  malvatz . 

Ab.  un  lucrier/felo  es  alberjat^ ;  " 

Gérard  tombe  malade  chez  cet  hôte,  qui,  sans  pitìé,  le  relèguc 
dans  un  coin  ^e  son  habitation,  où  il  demeure  quatre-vingts  jours 
sans  sc  Icver. 

G.  jac  en  Tarvolt ,  no  i  ac  sirven , 
Mas  sa  molher,  qu'el  sierve  molt  dossamen. 

Réduìt  à  la  dernière  ihisère,  Grérard  n*a  pour  vivre  que  le  produít 
du  travail  de  la  comtesse.  Un  homme  se  présente : 

Cel  Ihi  portet  un  drap ,  denan  lo  Uh  ten  : 
((  Domna ,  per  amor  Dieu  omnipoten , 
((  Que  nasquet  per  tal  nuh  en  Besleen , 
a  Me  talhasetz  d'est  drap  un  vestimèn.  » 
Ela  ditz  : '«  Vbluntiera.  »  Sempres  lo  pren  -, 
Talhet  lo  e  1  coset  demantenen.    ^ 
Al  oste  o  comtero  ci  Uh  seu  sirven  : 
«  La  pautoniera  cos  mot  justamen.  » 
El  Ihi  trames  vestìr  d*un  seu  sirven , 
Mandet  que  *1  cozes  tost  e  non  jes  len . 
Ela  ditz  al  messatge  molt  umilmen  : 
((  Amics ,  ieu  en  cos  a  un  plus  manen ,  ' 
((  E  pui  penrai  lo  seu ,  si  tan  m'aten.  » 


ROVAN  D£  GÉRARD  DE  ROSSILLON.  air 

£  cel  o  recomtet  tot  aisamen. 
£1  s*en  Tene  pels  d^raa  Tiaasamen , 
A  leï  de  Satanas ,  iradiiineii , 
E  gîtet  los  de  (ot  ran  maraen. 

Aila  mal  (^estia  no  visles  anc ,  •      ' 

Quargitar  los  a  falis  foras  en  fanh....  I 

Lo  coms  non  ac  vertul  ni  cam  ni  sanc ;  '         | 

La  comlessa  lo  prespermiei  lo  flanc^... 

Us  prodom  los  gardet ,  que  ac  lo  cor  franc ;  '       f 

Feti  de  costa  son  fuc  ostar  un  banc , 
E  feU  llii  faire  lìeh  molel  e  btane  , 
Puis  llii  det  venazo  e  peish  d'estanc. 

La  sanlé  de  Gérard  se  rétabiit;  niais  pendaat  sa  convalescence  il  sc 
d^sole  en  songeant  au  passé.  La  comtesse  le  coDsole ,  et  lâclic  dc  lui 
(iounur  la  force  de  supporter  les  épretives  et  les  soiiHrances  auxcjuellcs 
il  csl  soumis. 

Mon  récit  ne  finirait  pas,  dit  le  poète, 

Viut  e  .11.  ans  fo  si  lo  fortz  gueriers , 
Que  non  ac  de  sa  terra  .iiu.  deniers. 

IVndanl  ce  temps-là  il  fut  réduit  à  faire  le  cliarbonnicr  pour  vivrc. 

Un  jorn  intra  en  us  gas  grans  e  pleniers , 
E  auzit  una  nau  de  cbarpentiers  ; 
E  seguet  tant  la  via ,  per  los  ramiers, 
Que  trobet  a  nn  fuc  dos  ciiarbonîers. 
Li  us  fo  grans  e  lahs  e  tenhs  e  niers , 
I  ac  nom  Garis  Bru ,  Ì'aulre  Raínicrit ; 
Cl  apelet  .G.  e  ditz  prumîers  : 
<<  Amics,  digatz  don  es,  penedensiers  .'* 
«  Qu'ar  portatz  est  carho ,  sialz  coliers , 
n  E  siatz  de  gazanh  drehs  parceriers.  'i 
E  .G.  respondet  :  «  Don,  voluntiers.  ■> 
Ah  .G,  son  llii  dui.  trei  rompanho; 


212  ROMAN  D£  GÊRARD  D£  ROSSILLON. 

Cascus  a  pnes  son  faihs. .  • . 
£  son  issit  del  bosc  per  uu  Qambo. 
Yeno  a  Orliac ,  sotz  Troilo; 
Cascus  seten  denier  ven  son  carbo , 
Cilh  noQ  an  plus  de  Ihui  miga  un  bilho  \ 
G.  vit  lo  gazanh  e  saub  Ihi  bo.  ' 

Er  ihi  do  Dieus  ostal  e  tai  íaaiso , 
Per  que  pusca  venir  a  gariao. 

£  las  f uas  d'Oriiac ,  en  ia  sobríera., 
£n  una  maiso  pauca  e  estremiera , 
£salbergatz  .G.... 

G.  saub  ben  d'Ârdena  la  gran  chariera , 
£1  ac  bona  vertut ,  fort  e  plehiera , 
£  portet  maior  fais  d'uná  saumiera , 
£  vaì  soen  la  via  de  la  ostaliera. 
Aqui  fo  la  comtessa  pui  corduriera , 
Que  anc  no  vistes  de  mas  ta  fazendiera. 
No  i  a  tan  richa  dompna  no  la  requiera , 
De  sas  obras  a  far  no  ihi  profiera  -, 
Don  dizo  Ihi  donzel  e  gens  lichiera , 
Parlen  tot  son  auzen  e  en  dereira  : 
«  Esgardatz  qual  beutat  de  carboniera ! 
((  Si  1  vilas  del  carbo  no  la  fes  niera , 
«  N*agues  ta  genta  dompna  tro  a  Baviera; 
«  E  dona  pros  e  savia  e  bona  obriera. ...» 
Lo  gaanhs  del  carbo  venc  per  talan  ; . 
Ilh  lo  fan ,  cil  lo  porta. ... 

Cela  dura  ainsi  vingt-deux  ans,  comme  l'a  déjà  dit  lc  poètc.  Un  jour 

Que  om  basti  quintana  gran  ,  esforsan ; 
Fai  la  lo  coms  Goltelmes  e  '1  ducs  d'Aiglan. 

Gérard  et  la  comtesse  Berthe  y  vont  avec  tous  les  habitants  d'alcn- 
tour.  La  vue  de  ces  exercices  guerricrs  fait  verser  des  larmes  à  'la 
comtcssc.  Gérard  croit  qu'cHe  rcgrettc  le  sacrificc  qu' cllc  a  fait  pour 


ROMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON.  21 3 

iui ;  íl  n'en  e$í  pourtant  rîen :  mais  elle  pense  que  le  temps  a  dû  apai- 
ser  la  colère  de  Charles  y  et  «ngage  òérard  à  se  rendre  en  France , 

cc  E  si  podetz  trobar  Temperairitz, 
«  A  cui  vos  fostes '  ja  amies  plevitz , 
«  Ja  non  er  ta  fels  .K. ,  lo  seus  maritz, 
«  No  Yos  en  quiera  plah  don  er  garítz.  »  . 
E  .G.  respondet :  a  Ben  avetz  ditz, 
«  E  ieu  lai  m'en  irai»  totz  soi  gamitz.  >i 

Lo  coms  .G.  en  pren  son  cosselh  bríeu. 
£1  ac  h  messa  auzida  a  sanh  Andríeu , 
I  a  preiat  sancta  Maria  e  Dieu  : 
«  Reis  del  cel ,  met  en  cor  al  senhor  mieu 
«  Que  m  perdone  sa  ira ,  el  e  Ihi  sieu , 
«  Per  que  m  renda  m'  onor  e  tot  mo  fieu.  » 

Gérard  se  met  en  route  avec  la  comtesse  :  il  arrivc  à  Orléans,  ou 
ctait  alors  le  roi  Charles  avec  sa  cour. 

Al  dijos ,  a  la  cetia ,  semblan  romieu 

Albeget  a  Orlhes  i  ai  ost'  Arvieu. 

Arvius  li  ostalìers  fon  ben  antb , 

El  apelet  .G. ,  e  si  Ihi  dis : 

«  Don  estes*  V0S9  amic?  de  qual  pais?  ' 

«  Qu'ar  anatz  a  ia  cort.... 

«  E  preíatz  la  reina  que  vos  vestis. 

—  «  Per  Dieu!  so  ditz  .G. ,  soi  mal  apris.  » 

—  «  Senher,  ditz  la  comtessa ,  siatz  parvis , 
«  E  ntf  vos  esmaguetz ,  cars  dos  amis , 

«  Parlatz  ab  la  reina....  » 

Lai  n'es  anatz  lo  coms  molt  a  envís , 
Entr'eb  autres  romieus  .G.  s-asis. 
Ab  tan  vecvos  Aimar,  clerc  de  Páris , 
E  quant  el  vi  .G. ,  fet  un  fin  ris : 

'  [fic)  Ge  mot  est  français .  le  roman  fúífoiz.  -^  *  Vojez  la  note  dc  la  pagc  181 . 


2i4  ROMAN  DE  GÊRARD  DE  ROSSlLLOIt. 

«  Vezetz  aicel-  tntan  áb  cel  cap  grisl 
«  Ben  pogra  gazanhàt  don  el  yiaqnea. ...» 
Lo  clercs  si  trais  ya  lai ,  pel  ponh  lo  pris : 
ci  Don  vila ,  pautonier,  sai  que  quesis  ?. . .  » 
E  leTct  io  del  renc  e  lo  pártist  * 

Gran  joi  èn  ac  .ÌGIr. ,  quan  lo  gurpis ; 
£1  yenc  a  Ìa  comiessa,  e  si  li  dis : 
«  Pechat  nos  a  menatz  en  cest  pa!s.  » 

La  comtesse  le  òalmOŷ  et  lui  rend i'espérance  en  ìuí  remettant  lan- 
neau  qu'on  a  vu  la  reine  lui  donner,  dès  le  commeiicemént  du  poème. 
Avec  cet  anneau  il  s'en  fera  recònnaître. 

Lo  jorns  es  espasatz  e  'i  sers  vengutz. 

Quan  la  nuhs  fò  vengiida,  Tescurs  cazutz^  '/ 

Adonc  fo  grans  la  noisa  e  lo  tabust 

De  monges ,  de  canorgues  e  clercs  menutz.    •. 

La  reina  au  mostier  en  va ,  pes  nutz ;  , 

E  .G.  se  ievet ,  lai  n'es  vengutz 

A  un  altar,  desotz  us  arcsvoltutz. 

Lai  la  trobet  oran ,  ab  pauc  de  Ihutz ; 

Ben  prop  de  lies  si  trais ,  no  se  fetz  mutz : 

<(  Dona ,  per  amor  Dieù  que  fai  vertutz , 

<(  E  per  amor  dek  sanhs  que  avetz  quèsutz , 

n  E  per  .G.  lo  coms,  que  fon  tos  dnitz , 

((  Dompna ,  te  quîer  merce  que  tu  m'ajutz !  » 

La  reina  respon  :  «  Bòs  om  barbutz^ 

tt  Que  sabetz  de  .G.  ?  que  es  devengutz  ? . 

—  «  Dompna,  per  totz  los  sanhs  que  vof  preiatz , 

<(  E  per  amor  de  Dieu  que  adoratz , 

((  E  per  aqtiela  Verge  don  el  fo  natz, 

((  Si  vos  .G.  lo  cointe  si  teniatz , 

((  Qu'ar  me  digatz ,  reina ,  qu'en  fariatz  ?  » 

La  reina  respon  :  «  Bos  om  barbatz , 

((  Molt  fazetz  gran  pechat  que  m  conguratz  : 

«  Donat  volgra  aver  quatre  ciptatz  y 


ROM&N  m  GÉRARD  DE  ROSSII.LON. 
«  Per  que  lo  cona  ft»  Tius  i  aguei  paUi 
a  E  tota  la  hoDor  don  fo  gitaU.  * 
Doncs  s'es  lo  coma  de  IhieB  fah)  plus  príratz , 

E  bailel  Ibi  l'anel,  e  dilz  :  o  VeiaU! 
i<  leu  SDQ  aquet  .G.  don  vos  parlaU.  u 
£  quanl  ela  lo  tenc ,  connc  lo  assatz. 
Adonc  no  i  fo  venres  sanhs  redopdalE , 
En  cel  luc  fo  .G.  .c.  reu  baizaU. 

I  apeiet  Aimar,  clergue  letraU  : 

>i  Cest  om  es  de  ma  terra  noiriU  e  natz.... 
«  QuereU  me  Benacis ,  cil  m'amenaU.  » 
Cel  ditz  :  «  Volunliers ,  dompna.  »  Lai  n'es  anatz ; 
'  FeU  sas  donïelas  traire  totaa  a  un  lati. 

La  reina  pres  .G.  per  lo  col 
E  baiset  lo  soen  ,  que  amar  lo  sol. 
Trais  lo  a  una  part ,  desou  l'arTol , 
E  demandet  Ihi  tot  que  aunr  toI  , 
E ,  cum  el  Ib'o  comtet ,  ac  ne  gran  dol. 
«  Senber,  on  es  ma  sor  ?  —  Dompna ,  lai  for , 
(1  En  rostal  de  Arviu  Talbergador. 
«  Ancmais  om  no  vi  dompna  de  sa  valor. ... 
M  Mas  ela  m'a  guerit  per  sa  dolsor, 
«  E  per  son  bon  cossclb  e  per  s'onor, 
«  E  m'a  saì  fab  venir  ab  gran  paor. 
—  i(  Don  no  vos  esmaguetz  ,  qu'eu  aî  la  flor 
H  Del  cosselh  de  la  cort  l'emperador.... 
n  Non  queiratz  ja  vos  autre  maulenedor ,  >• 

Âpeiet  Benacis  lo  cantador  : 
'I  Atbejatz  est  romieu  Ibui  e  s'oisor  ^ 

II  De  ma  terra  fo  natz  de  la  melbor, 

••  E  foro  d'un  Ihinatge  nostre  ancessor. 

11  E  fazelz  lo  per  mi  tati  celador, 

«  Que  no'l  sapcban  la  fors  cilb  gabador, 

■1  Cbavalier  ni  sirven  lauzenjador.  " 

E  cel  dilz  :  "  Voluntiers,  "  De  joi  lai  lor, 


2i6  RQMAN  DE  GÊRARD  DE  ROSSILLON. 

Dins  sas  cambras  io  mes  en  ia  meliior. 

Lai  intret  la  reina  ab  sa  seror, 

E  remairò  defors  siei  menador. 

No  Tos  quier  ja  comtar  lo  dol  ni  U  plor  ^ 

Non  parti  k  reina  tro  yî  lo  jom. 

La  reine  s'occupe  d'obtenir  le  pardon  dé  Gérard  et  la  restitution 
de  ses  domaines. 

Adonc  fo  io  dÌTendres  que  Dieus  tramis  \ 

La  reina  apelet  lo  bisbe  Âugis : 

«  Senhor,  preiatz  lo  rei  e  sos  amis , 

<K  Per  Dieu,  que  aia  merce  d'aquels  caitis , 

«  Qu'el  a  deseretatz  o  fahs  méschis 

«  E  perdone  totz  cels  e  mortz  e  vis.  » 

E  I'ayesques  si  fetz  a  son  devis 

Lhi  autreiet  lo  reis  quan  que  Ihi  quis , 
E  perdonet  aisi  cum  el  Ihi  quis. 
Er  pot  tomar  .G.  sos  plors  en  ris : 
Enquer  er  de  sa  honor  poestadis. 

La  reine  raconte  à  son  éppux  un  songe  supposé ,  au  moyen  duquel 
elle  parvient  à  émouvoir  le  roi ,  qui  s*écrie : 

<c  leu  Yolria  que  fos  e  sas  e  saua  \ 
«  E  pero  si  me  fetz  guerras.mortaus , 
« I  a  me  i  als  meus  .m.  dols  coraus.  f> 

Cet  aveu  encourage  la  reiné^  qui,  après  lui  âyoir  fait  entendre  que 
Gérard  est  auprès  de  rempereùr  Othon,  ajoute : 

•  •  ' 

«  Reis ,  laissa  I'en  Yenir  en  ta  maiso , 

«  E  per  Dieu  e  per  mi  fài  Ihi  perdo. 

«  EI  te  servira  be  a  espéro  \ 

«  Quar  tos  oms  es,  lo  mielher  de  ta  reio.  » 

De  son  estan  se  mes  a  genolho, 

E  pres  lo  per  lo  pe  e  pel  talo 


ROHAN  DE  GÊRARD  DE  ROSSILLON.  217 

£  tochet  i  sa  boclia  e  so  iMto  ^ 
E  lo  reis'la  'n  dreMt,  e  no  lii'Mub  bo  ^ 
E  de  tot  ((uaii  Ihi  quis  no  *1  dfltt  de  tio , 
E  per  aitan  Ui*a  hh  ratttroiiM) , 
Qu'el  cogaTa  fos  motti  flote  RoadUio , 
On  fo  nafratt  el  pihtt^  soti  lo  tneiito.... 

Le  lendem^in ,  la  cour  s'assemble  :  le  roi  ^t  la  reine  occupenl  deux 
siéges  placés  sur  une  estnde.  Áutour  d'eujt  aont  tous  les  grands. 

Lo  reis  se  dressa  em  pes ,  a  totz  lor  dis  : 
«  Ì)e  «G. ,  aquel  comte  que  fon  faidis , 
"  «  Ben  aretz  toh  aùzit  qu'el  es  fenis  ] 
«  Senhor,  perdonatz  Ihi.... 
«  Plus  salya  en  sera  s'arma  en  paradis. )) 
Toh  ìhi  an  autreiat  quan  que  lor  quis , 
Estiers  lo  coms  Aimars  i  Aimeris. 

Aussitôt  ki  reine  introduit.  le  comte,  dont  rapparítion  inattenduc 
Ciit  regretter  au  roi  d'avoir  pardonné.  Toutefois,  il  résiste  aux  instances 
de  plusieurs  de  ses  barons,  qui  s'efforcent  de  le  faire  revenir  sur  le 
pardon  octroyé.  II  leur  pennet  seulement  de  se  venger  de  Gérard, 
slls  le  jugent  convenable ,  quand  ils  auront  quitté  la  cour*  Un  parent 
du  comte  le  prévient  de  oe  quì  se  passe. 

Instniite  de  tout,  la  reine  iait  partir,  le  soir  mème,  Gérard  déguis^ 
pour  Rossillon ,  oii  dle  ira  le  rejoindre  dès  le  lendemain.  Le  vieux 
Drogon  précède  aon  fils,  et  annonce  son  retour. 

"  Quant  auziro  parlar  de  lor  senhòr, 
No  n*i  a  ta  felo  per  Ihui  non  plor  : 
«  Senher,  quan  lo  veirem  ?  dis  nos  lo  jor. 
—  «  Yenha  '1  vezer  qui  Tama ,  qu*ieu  vau  a  lor ; 
«  £  vos  canonge  e  clerc  Sanh  Salvador , 
«  Fazetz  processio  en  sa  honor ; 
«  E  vos  venretz  am  mi ,  cavalgador.  » 
Aprop  Ihui  son  issit  davas  pontor, 


21 8  ROMâN  D£  GÉRARD  D£  ROSSILLON. 

I  Auchiers  totz  pruoiiers  a  .G.  cor 
£  comtet  Ihi  quai  joi  fan  per  sa  amor. 
G.  monta  el  chaval ,  Tai  contra  lor : 
Lhi  domine  lo  baizén  e  'lh  yarvassor, 
E  borzes  e.sirren ,  gran  e  menór, 
No  V  ac  pauÌNre  ni  ric  Dieu  non  aor. 
Cels  chavaliers  baizet  e  los  plus  drutz , 
E  donzels  galaubiers  e  encregutz  ; 
E  quant  I09  ac  baizatz  e  conogutz  , 
Ab  la  processio  fo  receubutzi, 
E  profers  son  itver  a  las  vertutz. 
E  quant  fo  fors  issitz  dels  arcsvoltutz , 
A  totz  lor  ret  merces  grans  e  salutz. 
Cil  Ihi  dizen  :  <(  Don,  bep  es.yengutz ; 
«  Totz  avem  tos  trachors  mprtz  e  vencutz , 
«  Pér  que  .R.  yas  vos  fos  irascutz  ; 
((  Ja  no  seras  per  ome  mais  conquesutz. 
—  a  Bona  gens ,  ditz  .G. ,  anc  tals  non  fo , 
((  Totz  jorns  m'a^etz  servit  coma  baro.... 
((  Un  servizi  ros  quier  per  gaerdo , 
((  Que  trametatz  viatz  tro  a  Dijo , 
((  Que  venho^  chavalier  e  Ihi  peo 
((  De  Montargo  e  cilh  de  Castilho , 
((  E  vos  j  Ihi  meu  amic  de  Rossilho. 
<(  Era  me  ajudatz....^  » 

E  cilh  Ifai  respondero  tuh  a  un  so  : 
«  Ja  no  trobaretz  un  que  diga  no.  » 
E  lo  reis  sas  comunas  a  fort  somo  > 
Per  anar  metre  setge  ad  Aurido. 
E  la  bona  reina  a  fah  manh  do. 
£  per  .G.  s'alegro  Ihi  Bérgonho, 
Que  Dieus  lor  a  redut,  molt  lor  sab  bo. 

Abans  que  lo^reis  parta  de  son  cosselh  ^^ 
On  que  sab  la  reioa  vassal  donzel , 
Si  1  trames  bon  argen  i  aur  vermelh  ^ 


ROMAN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLOiN.  219 

De  donar  son  sas  tors  e  siei  dentelh 

II  preia  a  cascn  que  s'apareiUi 

Si  cum  d'anair  ab  Ihies  engal  soléilh , 

E  comanda  Bertran  mati  s'esveilh 

La  reine  part  avec  sa  seeur  pour  Rossillon ,  malgré  lcs  menaces 
d'Odin,  Tun  des  barons  de  Charles,  qui  exprime  son  mécontente- 
ineDt  en  ces  termes : 

«  Si  de  mon  enamic  si  fa  guidaire , 
f(  Quan  poirai  Ihi  serai  contrariaire.  » 
La  reina  respon  :  «  Non  digatz ,  fraire !  »  .. 
Adonc  parlet  Pepis ,  sos  fils  Tamaire , 
Us  donzels  de  .xv,  ans,  am  bo^veiaire , 
E  savis  e  cortes  e  bos  donaire : 
«  Cel  qui  vol  aontir  mi  dons  mi  maire , 
«  Si  gar  de  mi  son  cors  et  son  repaire  I  » 
Ab  aquest  mot  se  tazen  per  L'emperaire.' 

Les  barons  de  Charles  cherchent  en  vaiq  à  le  décider  à  la  guerrc  : 
sur  son  refus  réitéré ,  ils  se  mettent  seuls  en  campagne.  Une  rencontre 
a  lìeu  entre  eux  et  Foulques,  qui  se  rendait  auprès  de  son  oncle  :  les 
barons  sont  vaincus,  et  leur  chef  Odin  est  fait  prisonnier.  Cette  af&ire 
setermine  par  rentremise  de  la  reine ':  les  prisonniers  sont  délivrés; 
Foulques  époqse  la  soeur  d'Odin;  le  roi  lui-méipe,  qui  àrrive  à  la  tête 
d'une  armée  pour  venger  la  défaite  des  barons ,  consent  à  unc  trèvc 
dc  sept  ans. 

Dedins  aquels  .Vii.  ans.... 
Quatre  filhs  lo  coms  .F«  de  Aupais, 
E  .G.  en  ac  dos,  don  no  s  jauzis  y 
Quar  Tus  fo  mortz  petitz ,  e  I'autre  aucis.. 

Cependant  Odin  et  les  parents  du  duc  Thierry  s'opposent  par  tous 
lcs  moyens  à  une  paix  définitive.  Gcrard,  dc  son  côté,  ne  ncgtige  rien 
pour  la  conclure. 


220  ROMAN  DE  GtRARD  DE  ROSSILLON. 

G.  mandet  Pepin  privadameii ; 

La  reina  loUh  trames,  pel  rei  oOsmq.  • 

G.  Tenmena  a  Rom^ ,  ah  molt  gran  gen  \ 

Lai  fan  de  Ihui  tan  ric  coronameii 

Que  ancmais  d^emperador  non  ns  tan  gen. 

Roma  Ti^i  receubut  per  tal  coven 

Qu'elh  Ihi  portaren '  dreh  senhoramoi , 

EU  garda  la  onor  hen  e  defen. 

Pei  cossel  Andicas  e  Bedelo , 

An  mandat  a  .G;  i  a  Folco 

Que  adugo  rapostoli  en  lor  reio , 

Per  faire  patz  de  lor  e  de  .K. 

El  i  venc  voluntiers  e  saub  ihi  bo , 

Quar  parens  fo  de  .G.  de  part  Drogo , 

E  .K.  en  irecep  ben  so  sermo; 

Mas  non  o  vt>I  Odins  e  Hii  felo.... 

Non  an  cura  d^l  piah  d*acordazo , 

Ni  negus  no  s^en  mov  de  sa  maiso. 

Charles  cède  enfin  aux  désirs  de  ses  barons :  on  s  arme  de  part  et 
d'autre.  Après  avoir  parcoupu  les  rangs  des  troupes  qu'il  a  réunics, 
Gérard ,  en  rentrant  dans  son  palais ,  rencontre  un  de  ses  enfants : 

Non  a  maa  que  .v.  ana  enquer  passat ; 
Anc  om  wia  vi  tan  hel  de  sflua  etat : 
Tol  s^hi^n  de  .0.  d^l  vi»  fhrma^ 
Pres  io  Qntre  sos  bratz ,  si  i'a  baizat. 
A  Dieus!  perque'l  perdet?  per  quai  pecat? 

Esta  io  coms  .G.  en  son  palatz , 
E  tenc  son  petit  filh  entre  sos  bratz , 
E  juret  Damedrieu  e  sas  bontatí 
Que  ja  non  er  nulh  dia  deseretatz.... 
K  Trop  me  so  longamei^  humeliatz ; 
c(  Mos  enamics  n'es  mai  per  mi  prezatz , 

'  (sic)  LÌ5CZ  poríaran* 


ROMAH  D£  GÉRARD  DE-  ROSSILLON.  aai 

«  Ans  cofiuidrai  glotos  okracùìati.  » 
Gest  motz  fo  diar  tegutt  è  reconitat£, 
E  per  joi  de  son  filh  s'es  alegratz ; 
Mas  elao  sap  lo  dol  que  pres  Ihi  jaU. 
Aqui  ac  un  bavp ,  Gui  de  lUsyel, 
Que  .G.  plos  tenìa  a  son  fiel ; 
Sos  sers  fo,  seneaeab  de  maAli  castèl; 
Qoant  auzit  la  paraida ,  no  Ih'  es  jes  bel, 
Paor  ac  de  la  goerra  que  renod , 
E  tem  qu'el  dux  en  fassa  al  rei  revel; 
E  promes  al  efim  d'aur  un  aucel; 
Pres  lo  entre  soa  hralai ,  sots  so  mantel  y 
Portet  lo  el  rergier,  sotz  un  ramel  *, 
Estendet  Ihi  lo  col  cum  ad  anhel , 
E  trenchet  Ihi  la  gola  ab  un  coltel. 

Âprès  ce  meurtre,  l'assassin  prend  la  fuite,  et  se  dirige  vers  le  canip 
rojfal;  mais,  vaincu  par  les  remords,  il  rentre  dans  le  cháteau,  et 
SToue  son  críme  à'  Gérard,qui  s^  bome  à  le  ch^er.  Pendant 
({ue  la  comtesse  s'abandónne  au  désespoir  avec  soii  époux,  arrive  un 
message  de  ìsl  reine,  qui  annonoe  Fapproche  de  rarmée  ennemie.  La 
bataille  se  livre  le  lendemain :  G^rard  est  vainqueur,  et  Charles  ne  doit 
son  salut  qu*à  la  protection  gèn^reuse  de  Foulques,  qui  non  seulement 
lui  sauve  la  vìe,  maîs  lui  lalsse  encore  la  liberté. 

Le  pape ,  qui  n'a  pas  quitté  Gérard  depuis  le  couronnement  de 
Pépin ,  essaie  alors  sa  médiation ,  et  réussit ,  nòn  sans  difGcultés ,  à 
rétablir  la  concorde. 

Detras  venc  rapostolis  engal  lo  jbr , 
Quar  lo  ser  moe  de  Sans,  áb  la  freidor^ 
Trais  .K.  dentr^efe  seos  un  pauc  en  por : 
(c  Reis ,  noB  creire  oosselh  guereiador, 
«  Orgolhos ,  bobancier  ni  bel  fador, 
c(  Que  aisi  non  an  mestier  lausenjador. 
«  leU  te  conjur  de  Dieu ,  ton  creator. 


2112  ROMÂN  DE  GÉRARD  DE  ROSSILLON. 

((  Que  m  diguas  ton  cosseUi  j  ton  celador. ...» 

E  io  rei  respondet :  «  En  Dieu  asior, 

c(  leu  creirai  ton  cosselh  cnm.mon  doctor'....  » 

Lai  son  mandat  Ihi  princep  e  Ihi  comtor, 

Lhi  duc  et  Ihi  domine  e'lh.varTassor,... 

L'ayesques  dei  mostier  Sanh  Salvador 

Ac  fah  escadafals  «1  papa  ausor . . . . 

E  el  parlet  l)eQ  aut  e  de  Yigor  : 

<(  Escoltatz  me ,  ditz  ei ,  gran  e  menor  ^ 

(('Nos  em  de  sancta  giiesa  Ihi  dreh  pastor.... 

<(  Ostatz  vos  totz  de  guerra  e  de  cramor . . . . 

«  E  tomatz  yos  en  patz  e  en  doisor.  » 

L'éioquence  du  pape,  d'alK>rd  peu  eíBcace,  finit  par  l'emporter.  Ija 
paix  est  conclue.  Gérard  et  ies  siens  rendent  hommage  à  i'ero- 
pereur: 

E  Tapostoiis  o  a  tot  devisat  ^ 
Per  nom  de  penedensa,  a  coinan'dat, 
Que  ias  mas  et  ios  bratz  an  tuh  ievat ; 
Per  nom  de  patz  tener  son  acordat. 
Pusa  celui  maidih  e  denedat,  ~ 
E  tot  partit  de  Dieu  e  desurat , 
Per  cui  sera  jamais  irecomensat.... 
D'aqui  son  departit  ceia  gran  gen , 
E'l  reis  retenc  los  comtes  privadamen , 
E  mena  ios,  ab  sei  del  paiiamen , 
A  Rems ,  on  ia  reina  totz  ios  aten , 
Qu*eis  recep  a  gran  joi  aiegramen. 
E  lo  reis ,  per  so  filh ,  a  Foico  ren 
Tot  io  dugat  d'Asquana,  si  cum  apen.     . 
A  .G.  voigr'en  dar  manh  ric  presen  \ 
Mas  io  dux  non  a  sonh,  ni  re  non  pren , 
Sinon  aucel  volan  o  cha  correo.... 

Quant  .G.  fo  anatz ,  lo  coms ,  en  Fransa  y 
E  ia  comtessa  part  de  sa  pesansa  y 


ROMÂN  DE  GÉRAIO)  DE  ROSSÏLLON.  aaB 

Per  rànna.de  son  filh,  fai  granjenpransa  ^ 
De  son  aver  donar  e  sa.sustansa. 

ê  ^ 

Cependant  la  comtesse,  qui  se  rappelait  les  épreuves  par  oìi  elle 
avaît  passé,  faisait  de  grandes  aumónes,  jet  bátissait  des  églises.  Une  de 
ses  oeuvres  de  charité  faiUIt  à  lui  coûter  cher. 

EUe  avait  remarqué  un  pélerin  hien  paúvre ,  mais  trop  fier  pour  accep- 
ter  des  secoars  sans  les  avoìr  mérités  par  son  travaih  Cet  homme  nour* 
rissaìt  en  même  temps  sa  femme, yieillieparlasouífrapce  et  infirme.  La 
comtesse  eut  pitié  de  lui ,  et ,  n  ayant  dans  son  secret  queson  chapelain , 
ellele  fiûsait  vcnir  pendant  la  nuit ,  et,  pour  un  léger  labeur,  lui  accor- 
jait  un  bon  salaire.  Un  soir  qu'elle  l'avait  mandé,  survint  un  envoyé 
de  G^rard  qui  lui  aqnonçait  la  conclusion  de  la  paix.  Cet  envoyé, 
nommé  Ataîs,  ^tait  chambellaii  du  comte.  II  s'aperçut  de  la  visite 
noctume  du  pélerin,  et,  croyant  en  deviner  le  but,  îl  résolut  dc  par- 
tager  avec  lui  les  favêurs  de  la  belle  comtesse.  Le  matin,  avant  lc 
jom'i  il  s'introduit  dans  sa  chambre,  et  tente  d'exécuter,  par  vioience, 
soo  coupable  projet ;  mais,  indignée  de  tant  d'audace,  la  comtesse  appelle 
da  secours,  et  &it  ehasser  I'insolent  messager.  Plein  de.colère,  Atais  se 
hâte  de  rejoindre  le  comte,  et,  par  ses  récits  calomnieux,  excite  en  luí 
uo  mouvement  de  jalòusie,  qui  s'apaise  bientót  au  souvenir  des  vertus 
de  sa  compagne.  Toutefois,  Gérard  se  rend  en  secret  auprès  d'elle,  et 
épie  ses  démarches  sans  en  être  vu.  II  ne  tarde  pas  à  reconnaître  la 
faosseté  des  rapports  de  son  chambellan.  Ce  pélerin,  en  effet,  n'était 
aatre  que  son  neveu  Boson ,  qui,  étant  allé  combattre  en  Terre  Sainte, 
avait  été  &it  prisonnier,  et  était  revenu  accabié  de  misère. 

Gérard  lui  rendit  tous  ses  domaines ,  et  le  combla  de  faveurs. 

£nfin  la  paix  règne  partout ,  les  amis  de  Gérard  rentrent  tous  dans 
la  possession  de  leur&  domaines ,  et  le  bonheUr  succède  à  de  longues 
aonées  de  combats,  de  détresses  et  de  souffrances. 

^  Era  es  finitz  lo  Ihibres  e  la  cansos 

De  .K.  e  de  .0. ,  los  rizs  baros, 
E  de  .F.  e  de  Bos ,  los  Braimansos. 


aa4  ROMAN  DE  GÌRARD  DE  ROSSILLON. 

Lhi  cop '  si  fimro  fçr  e  engoiftsos , 
Que  de  sai  cpie  de  lai  remanen  blos. 
A  la  fi  yenquet  .R.  G.  e^b  sos, 

.    XXII.  ans  n'estet  pels  bos  erbos , 
Amassan  lo  carbo  ab  dols,  ab  plors; 

.   Pnis  cobret  son  dógat ,  fe  ((ae  dei  tos  , 
E  fo  molt  om  benignes,  religios, 
E  basti  ne  mostiers  sapcbat£  pluros  ; 
Versalai  rabadia  ès  us  dels  bos. 
Plus  de  GCGc.  gUesaH,  ab  orazos, 
Fetz  far  .G. ,  e  Berta ,  la  dona  pros )  ' 
E  dotero  lae  totaa  de  foitz  rix  doa, 
Be  chastels  e  de  Tilas ,  e  de  ricx  maios ; 
Per  totz  meiro  peraonas/  abatz ,  priors. 
Tant  quant  te  la  Bergonha ,  on  es  Dyos , 
I  a  be  pauchas  gleias  mas  de  lor  dos. 
Grans  bes  e  grans  almomas  e  grans  perdos 
Fai  om  en  sancta  gliesa  per  ambedos; 
Quar'ilh  Pan  eretada,  ben  es  razos.... 
Verselai  en  Tabadia  son  sebelit 
Lo  dux  e  la  duguessa ,  si  cum  om  dit  \ 
Auian  tuh  la  chanso ,  gai  e  marih  : 
lihi  gai  per  las  proesas  que  an  auzit , 
Que  de  tota  proesa  sian  plus  ardit; 
E  Ihi  marrih  en  parien  plus  issemit. 

« 

'  {sic)  Lisez  colp. 


CHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS. 


Cl  {loéniG  G&l  à  la  fois  uu  nionumcat  historìquc  et  uu  luoimmcut 
littû'aire  :  il  pcut  douc  être  l'ubjct  cl'un  double  cxamen. 

II  n'enlrc  pas  dauíi  inon  plan  dc  l'apprecier  sous  lc  prcuiier  rap- 
port :  je  iaissc  cc  soiu  aux  cdilcurs  qui  sentiront  l'avautagc  de  lc  pu- 
UiiT  pour  complcter  ta  collection  des  documeuts  historiqucs  reUtîfs 
aia  guerres  contre  les  Albîgcois  '.  C'cst  sculcmeat  commc  ceuvre  lil- 
liTaire,  comme  monument  dc  la  laugue  des  troubadours,  que  j'essaie 
Je  faire  connaîtrc  cetlc  imporlante  eomposition. 

Daus  cc  dessein,  j'ai  dû  mc  borncr  à  eu  cxtrairc  les  rragmenls  les 
[jIus  remarquables  sous  lc  i-apport  de  la  laugue  et  sous  le  rapportdes 
fDimes  litléraiies.  Quoique  ces  fragmeuts  coQlìcnuent  lc  i'éclt  d'évé- 
ucmeDts  récls  et  bicn  conous ,  ncanmoins ,  rimperfectiou  du  manuscrit 
cxigeant  parfois  quc  les  formcs  litléraires  fussent  sacnfìees  à  la  puretG 
(iu  langagc,  j'aí  peuse  que  je  ne  devais  pas  me  dispcnscr  dc  lcs  lier 
cnlre  eux  par  raoalysc  succincle  dcs  faits  intermêdiaires. 

La  traduction,  pi'esqueliltérale,  qui  accompagne  le  tcxte,  facilitcra 
au  lectcur  rintelligencc  et  rapprécíatîon  dcs  passagcs  que  j'ai  elioisis, 
et,  CQ  !e  mettant  à  uiême  de  former  son  jugemeut,  remplacera  les 
oUervations  genérales  que  jc  pourrais  faire  sur  lc  méritc  ct  rimpor- 
<ance  de  I'ouvrage, 

'  J'ippelle  de  tous  nics  vieui  cette  publication ,  doDt  j'ai  dcjà  sigDalé  rutilité  dans 
ic  Jùurnai deí  Savants.  3eni'e\primxis3in$i  tlans  le  a'  de  noïembre  i8â3  :  n  Lescon- 
tiauitran  du  Hrcueil  dc^  Histnriens  dr  France  ont  reconnu  qu'il  maiiquc  ì.  la  collec- 
tinnb  Chronique  rimée,  ou  poemc  de  Guillaume  deTudeb,  r|i>i  acélébré  la  guerre 

'le»  AUngeois M.  Fauriel,  dans  son  Iravail  gur  la  littéralare  dcs  troubadours,  a 

rtnnni  anc  exacte  analysc  du  pocme,  el  en  a  traduit  en  prose  divers  passagcs,  qui 
itinl  regreltcr  fju'il  n'en  ait  pas  traduit  et  public  un  plus  granil  uombre.  u 
I.  2f)* 


226  GHRONIQUE  DEa  ALBIGEOIS. 

J'ai  parlé  de  rimperfection  du  manuscnt;  cette  imperfection  porte 
principalement  sur  le  langage,  qui  souvent  y  est  fortement  altéré. 
Cette  altération  toutefois  ne  doit  point  être  imputée  à  rauteur.  Les 
productions  dés  troubadours,  ses  contemporaius ,  sont  encore  trop 
pures,  trop  correctes,  pour  admettre  qu'à  cette  époque  déjà  la  langue 
commençait  à  se  corrompre ;  mais  on  peut ,  sans  hésiter,  l'attribuer  à 
l'ignorance  et  à  la  négligence  des  copistes.  Deux  fragments  que  je 
possède  donnent  la  preuve  de  ce  que  j'avance.  Ces  deux  firagments 
m'ont  foùrni  des  variantes  heureuses ,  ce  qui  permet  de  supposer  que, 
si  l'on  avait  plusieurs  manuscrits  de  ce  poême ,  il  serait  peut-étre 
possible  de  t^ctifîer  la  inajeure  partie  des  incorrections  qui  se  sont 
glissées  dans  le  seul  qui  soìt  actuellement  connu  '. 

L'un  de  ces  fragmehts,  quoique  fort  défectueux  et  d'une  écriture 
assez  modeme,  m'a  ccpendant  fourni,  dans  le  début  du  poême,  une 
leçon  que  j'ai  cru  devoir  ádopter.  Â  la  place  de  ces  trois  vers  du  ma- 
iiuscrit  complet : 

Mot  es  savis  e  pros,  si  cum  restoria  dit; 
Per  clerçues  e  per  laycs  fo  el  forment  grazit , 
Per  comtes,  per  vescomtes  amatz  e  obezit,  . 

on  lit  daus  ce  fragment :  "        ^ 

» 

Pois  TÌnt  a  Montdlba ,  si  cum  rhestoria  dit ; 
S'i  estet  Qnze  ans ,  al  dotze  s'en  issit. 

Ges  deux  vers  m'ont  paru  offrir  un  sens  bien  préférable,  et  se  lier 
plus  naturellement  avec  les  tnots  qui  suivent :  per  tA  destïiugtio,  etc. 
lls  se  rattachent  d'aìUeurs  parfaitement  à  cet  autre  vers  qu'on  lit 
plus  loin  daps  le  poême : 

MaesCre  W.  la  (chanso)  íist  a  Montalba,  on  fo. 


■  U  ne  s'agit  pas  toutefois  des  mots  qui  terminent  les  vers,  attenda  que  ies  forroes 
grammaticales  de  ces  mots  spnt  systématiquement  sacrífiées  à  rexigence  de  la  ríme. 


GHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS.  227 

Le  méme  fragmetit  m'a  encore  pennis  de  faire  des  changements 
ou  suppressíons  dè  leltres ,  et  méme '  áer  bonnes  coFrections  qu'on 
pourra  apprécier  en  les  comparant  aux  passages  correspondants^du 
manuscrit  complet.  H  contient  en  outrè  quelqae^  vers  quî  ne  se  trouvent 
pas  dans  le  manuscrit  de  la  BjBliothèqùe  du  Roi ,  et  que  je  rapporte  ici 
textuellement  malgré  leúr  défectuosité  \  párce  qu'ils  fournissent  des 
détails  précieux  sur  la  vie  de  rauteur : 

Pér  so  se  n^issit  il ,  cum  á,vez  oit , 
Al  comte  Baudoi ,  cui  Jesus'  gard  e  guit ; 
Vint  el  á  Brunequel,  qu*e  mon  *  goy  raculhit^ 
Puis  lo  fist  far  canonge ,  ses  negut '  contradict , 
Delborc  sainct  Anthoni,  qu'i  Tayoit^  establit 
Ab  maestre  Tecin  que  fort  o  ehantit ,  . 
£  JaaÍTe  de  Peitius ,  qui  lui  pas  non  oblit ; 
Adonc  fit  el  cest  libre,  etc.  . 

Le  second  fragment  a  trait  à  la  condamnation  prononcée  dans.  le 
coDciIe  d'Arles^;  il  est  tiré  d'une  histoìre  manuscrite  du  Quercy,  par 
Guyon  de  MaleviIIe,  sieur  <le  Casals,  qui  écrivait  en  1^00,  et  qui 
mourut  vers  i63o.  On  lit  dans  cette  Jiistoire  le  passage  suivant,  après 
lequel  est  rapporté  le  texte  de  la  décision : 

c  Les  premières  conditions  de  la  susdite  paix  du  comte  de  Tou* 
«lousey  à  lui  présentées,  sont  contenues  emmy  un  nombre  de  cb^n- 
« sons  qui  furent  faites  sui^  les  plus  importantes  occurrences  et  factious 
«de  la  guerre  Albigotte.  Celle  qui  porte  ladite  proposition,  qui  avoit 
c  été  envoyée  fraichemeot  audit  comte  par  le  légat  apostolique ,  dit 
cainsi,  etc.  9  t 

Cefragment  m'a  foumi  également  des  variantes  heureuses,  sous.le 
rapport  de  la  langue. 


'  Gei  yers  font  raite  aax  treÛEè  premiers  ({oe  je  puLlie, «—  *  (sic)  Lìaa  mot,  —  '  l$ic) 
Liies  ntgtm.  —  ^  [síc)  Lièez  opia.  — '  Je  dois  k  comraanicatioii  de  ce  fragmeat  k 
robtigeanoe  de  M.  Lacabane,  employé  aux  manascrits  de  la  Biblìothèqae  du  Roi ,  qai 
s'fft  enpressé  de  mVn  foarnir  ane  copic. 


aa8  CHRONIQUE  DES  ALBIGECHS. 

On  retrouve  éeva.  vers  de  eette  méttte  d^cisioà  du  concile  d'Arles 
dans  Antoine' Dominicy ' ;  mats  loin  de  servir  à  corriger  le  texte,  iis 
démontrent  que  les  copistes  et  les  citaiéurs'se  mettaient  pèu  ed  peine 
de  défigurer  ìk  langùe.  Voici  ces  vers  ^. 

» 

Et  tutj  li  renove5  lo  renou  laiss^ran , 

Et^  se  gazanh  an  pres ,  tot  premier  lo  rendran. 

Les  fautes  graves  i^diquées  par  les  caractères  italî({ues  sont  aiosi 
rectifíées  dans  le  passage  rapporté  par  Guyon  de  MaleviUe : 

£  tug  li  renoer  lor  renou  laissaran , 

E,  si  gazanhan  pres,  tot  premier  lo  reùdran.  ^ 

li  me  reste  à  dire  qùelques  mots  tur  les  &nBei  métriques  de  cet 
ouvrage.  II  contient.environ  neuf  mìlle  six  cents  vers,  divisés  par 
stances  raonorimes,  de  longueurs  inégales.  Chaqiie  stance  se  tennine 
par  un  vers  de  sîx  syllabes ;  ce  petit  vers  final  rime  ordinairement 
avec  la  suivante;  quelquefois  même  il  est  répété  au  commencement 
en  entier  ou  en  partie. 

L'auteur  a  eu  soin  de  fournir  des  détails  sur  lui-mâme  et  sur  son 
poême,  qu'il  n'áppelle  jamais  que  canso  ou  gesta.Gest  en  1210 
qu'iL  commença  cet  ouvrage,  qui  ne  retrace  que  des  événements 
accoi&plis  dans  I'espace  de  temps  compris  entre  qette  époque  et  Tan 
laig  inclusivement.  II  s'arréte  au  moment  oìi  Louis,  fils  de  Philippe- 
Auguste,  va  mettre  le  siége  devant  Toulouse. 

Voici  comment  il  débute : 

El  nom  dèl  Payre  e  del  Filh  e  del  Sant  Esperit, 
Comensa  la  cansos  que  maestre  Guilhem  fit ; 

Us  clércs  qui  fo  en  Navarra ,  a  Tudeia ,  noirit ,  - 

■ 

Au  nom  du  Père  et  du  Fils  et  du  Stiint-*Esprít ,  commeDce  la  chanson  que  fit 
mattre  Guîllaume,  un  clerc  qui  fut  âevé  en  Navarre,  à  Tudèle,  puis  vint  à  Montau- 

'  De  PrcBrogativâ  aìlodiorunif  p.  i63,  édit.  de  i645. 


CHRONIQUE  DBS  ALBIGEOIS.  129 

^    PoÌ8  Tint  a  Mimtalba^  si  cttni  rhesloria  dit. 
S'i  estet  oDxe  ans ,  al  dotie  a'^B  ÌMÌt , 
Per  la  destructio  que  el  conog  e  vit 
£n  la  geomàiarcia ,  qa'el  ac  lonc  temps  legít.  . 
£  Gonoc  qu'el  pcis  er  ârs  e  destruzit 
Per  la  fola  cresensa  qu'avian  consentit; 
£  qm^li  ric  borzes  serian  enpaubreeit 
De  lors  graos  mapentias  don  eran  eriquit ; 
£  que  li  cayalier  s'en  irian  faizit , 
Caitiu,  en  autras  terras,  cossiros  e  marrít,.;. 
Adoncs  fet  aquest  libre,  e  el  meteish  l'escrìt. 
Pos  que  fo  comensats  éntro  que  fo  fenit, 
No  mes  en  aLs  sa  entensa ,  neiff  a  pená  s  dormit. 
Lo  Ubres  fo  be  faitz  e  de  bos  motz  complit  \ 
E ,  si  '1  Toletz  entendre ,  li  gran  e  li  petit , 

I  poires  mot  apenre  de  sen  e  de  bel  dit 

Senhors ,  esta  canso  es  £icha  d'aital  gtûa 
Com  sela  d'Aìitiocha ,  e  ayssi  s  Tersifia , 
Es'a  tot  aitalso.... 

II  entre  ensuite  én  matière,  et  rapporte  que  I'hérésie  s'était  telle- 
ment  «épandue 

1  -  • 

bin ,  comme  dit  rhiâtoire.  II 7  resta  onze  anl ;  au  douzième ,  il  en  sortit ,  à  canse 
de  la  destruetion  qu'il  oonnut  et  vit  dans  la  géomancie ,  qu'il  eut  long^temps 
étodiée.  Et  ál  connut  qne  le  pays  serait  brûlé  et  détruit  pour  la  foUe  croyance 
qu'oB  avait  admise ;  et  que  let  rìohes  boorgeois  seraient  appauvrÌ6  de  lenrs  grands 
bîeiis  dont  ili  étaient  enríoliis ;  et  que  les  chevaliert  bannis,  chétifs)  s'en  iraient 
en d'aulreB  terres  sovcieux  et  marrîs....  Alors  il  fit  oe  livre  1  et  lui4íidme  récrivit. 
Depuit  qu'il  fiit  eommencé  jufqu'à  ce  qu'il  fnt  fini ,  ii  ne  mit  son  applioation  en 
aatre  chose  f  méme  à  peine  il  dormit»  Le  livre  fiit  bien  fiiit  et  composé  de  bons 
tennes ;  et|  si  vous  le  voulez  entendre  >  les  grands  et  les  petitS)  vous  pourrez  j 
apprcndte  beaueoup  dè  bon  tens  et  de  bdles  paroles.... 

Seigneurs,  cette  chansòn  est  faite  de'hi,méme,mánière  que  celle  d'Antîoohe ,  et 
se  venifie  de  méme ,  et  elle  a  tout*à-fait  le  méme  air. ... 


23o  CHRONIQUE  DES  ALBI6E0IS. 

QQe  trastot  Albegés  àvia.  eo  s&  bailîa ; 
Carcasses,  Lauragnes^  tot  la  majoi'  partiay 
De  Bezers  tro  Bordel..». 
....  L'avesqae  dX)sina  ne  tenc  cprt  aramia.... 
Lai  dins  a  Carcasson*^,  on  mota  gent  am; 
Qu'el  reis  d'Arago  y  era  ab  sa'gran  baronia.... 
E  l'abas  de  Cistel,  coi  Diens  amaya  tant, 
Qae  ac  nom  fraire  .Â. ,  primier  el  caa  denant, 
  pe  e  a  caval ,  anavà  disputan 
.    Contra'ls  felos  eretges.... 

£  'ls  Ta  'n  de  lors  paraulas  mot  forment  encausant. . . . 

Peire  del  Castelnou  es  venguts  ab  aitant, 

Ves  Rozèt,  en  Proensa,  áb  so  mulet  amblant. 

Lo  comte  de  Tolosa  anet  escúmeniant 

Car  mante  los  roters ,  qu'el  pais  Tan  raubant. 

Ab  tant  us  escudiers  qiii  fo  de  mal  talant....- 

L'aucis  en  traiciò  dereire  en  trespassant, . 

E  '1  ferït  per  la  esquina  am  son  espeut  trencant , 

E  pueisb  si  s'enfugit.... 

Cant  l'apostolis  saub,  cui  bom  ditz  la  novela, 
Que  sos  legatz  fo  mortat ,  sapcbatz  que  no  'lb  fo  bela.. 
De  mal  talent  que  ac ,  se  tenc  per  la  maicbela , 

Qa*elle  ayait  tout  rAlbigeois  en  sa  puissance,  le  Gircassès ,  le  Lanragais,  tonte 
k  plusgrande  partie,  de  Béziers  jusqu'à  Bordeauz....  Vérèquie  d'Osma  eu  tìnt 
une  Gour  conyoquée....  là-dedans  à  Garcasaonne ,  où  avait  moult  de  gent ,  yu  que 
le  roi  d*Aragon  y  était  ayec  sa  grande  noblesse....  Et  Tabbé.de  Gtteauz,  queBiea 
ainuiit  tant ,  qui  eut  noìn  fi^re  .A.  ,'le  premier  en  téte  deyant ,  à  pied  et  à  cheral, 
allait  disputant  contre.les  félons  hérétiqttes....  et  il  ya  en  les  poursuiyant  très 
foriement  de  lenrs  paroles....  Pierre  de  Gastdnau  est  yenu  çn  méine  temps  vers 
Boussety  en  Proyence^  ayec  son  mulet  amblant.  II  aUa  ezcommuniant  le  comle  de 
ToQlouse,  parce  qú'U  maintient  les  TOQliers,  qui  yont  dérobantle  pays.  En  méme 
temps  un  écuyer  qui  fut  de mauyais  youloir....  l'oCcit  en  trahiscsn  en  pasaantp&r 
deirière,  etle  fra{>pa  par  l'échine  ayec  son  épîeu  tranchant ,  et  puis  s'enfuit.... 

Quand  le  pape ,  k  qui  on  conta  la  nouyelle ,  sut  que  son  légat  íut  mort ,  sachez 
qu'elie  ne  lui  fiit  pi^  belle.  Du  mauvais  vouloir  qu'il  eut ,  il  se  tint  pat  bi  mâchqirej 


GHROHIQUE  DES  ALBIGEOIS.  23i 

E  reelamet  uot  lacme ,  aisel  de  Compoítela , 
E  sant  Peire  de  Roma ,  qae  jatz  en  la  capela. 

U  j  eut  une  assembl^. 

Lai  fo  Id  cosselhs  pres  per  que  s  moc  la  6ela 
DoDt  motz  honies  son  mortz  feiiduti  pcr  la  buela , 
E  maiita  ricadona,  mota  beU  piuzela.... 

Cant  tabas  dc  Cislcl,  la  onrada  persona.... 
Lorac  dat  lo  coselb,  negus  mol  no  i  sona, 
Mas  cant  del  apostoli,  que  mot  fetz  cara  trona  : 
1  Fraire,  so  diu  lo  papa,  tu,  vai  vas  Carcassona 
0  E  a  Toloza  la  gran,  que  se  '  sobre  Guarona, 
R  E  conduiras  las  oslz  sobre  la  gent  felona^ 
B  De  part  de  Jhesu  Crist,  lor  pecalz  lor  perdooa  , 
«  E  de  las  mias  parlz,  tor  prega  e'ls  sermona 
"  Qu'encausan  tos  eretges  de  mest  t'autra  gent  bona.  » 
Ab  tant  ct  s>n  depart  cant  venc  a  la  bora  nona , 
E  ichit  de  la  vila  e  forlment  esperona. 
Ab  lui  va  i'arcevesque  que  ea  de  Tarragona, 
E  aisel  de  LerÌdae  eel  de  Barsolona, 
E  de  vas  Montpeslier,  aicet  de  Magalona , 

ftrfclama  MÌnt  Jacques  ,  celui  de  Compoítelle,  et  saint  Pîerre  de  nome  qni  gîi 
iliotUchapelle.... 

Ld  liii  pría  1«  conseîl  par  qui  se  mut  U  haine  dont  moult  cl'hommes  sont  inortii 
'"«liupar  la  Ledaíne,  el  niaìiitc  piiissantc  dame,  moult  belledamoisdle,... 

Quuid  l'abh^  de  Cîlcaux  ,  l'hononible  personnc...  leur  eut  donnc  lc  conscil, 
"«l  o'y  umne  mot ,  eiceplí  le  pape ,  qui  Gl  imposanlc  figure :  ••  Frôre ,  ce  dil 
'  lc  p»pe  ,  loî ,  vo  vers  Cnrcassonne  et  .ì  Toulousc  la  grande  ,  qui  est  assise  sur 
'  GlrDQoe  ,  ct  tu  conduiras  les  armées  sur  la  gciit  félonnc  ;  dc  la  part  de  Jésus- 
■  ^bmttpardonne-icur  leurs  péthcs.el  dela  mienne  p.irl ,  prie-les  el  serroonne- 
■1"  afin  qu'iU  chassent  les  hérétiques  du  milîcu  de  l'aulre  bonue  gent.  »  En 
■^ie  tmps  il  »'en  êépare  quand  vint  la  ncuvièine  hcurc,  et  sorlit  de  la  vîlle, 
"íptTMiQc  fortemeot.  Avcc  lu!  va  l'nrchevéquc  qoi  cst  de  Tarragonc  ,  ct  celui 
■'v  LcrítU  el  cclni  de  Bnrcelone ,  el  du  còl6  de  Montpellîer,  celui  dc  Maguelonne  , 

'(■úlLiME  let. 


a32  CHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

£ ,  d'otrft  1  porU  d'Espanha ,  aicel  de  PampaloQa , 
£  revesqaes  de  Burcs  e  cel  de  Terrasona*... 

L'abbé  se  rend  à  Gteaux ,  et  déQonce  la  croisade. 

.  •••  Se  crosan  en  Fransa  e  per  totlo  regnat , 
Cant  sabon  que  seran  dels  pecatz  perdonat. 
Ancmais  tan  gran  ajust  no  vis,  pos  que  fos  nat, 

4 

Co  fan  sobr'  ek  eretgez  e  sobr'  els  sabatatz; 
Car  lo  duc  de  Bergonba  s'en  es  ladóncs  crozat , 
£  lo  coms  de  Nevers  e  manta  poestatz.... 

Quant  lo  coms  de  Tolòza ,  e  li  autre  baro  y 
E  '1  rescoças  de  Bezers  an  auzit  lo  sermo 
Que  los  Frances  se  crozan ,  no  cug  lor  sapcba  bo , 
Ans  ne  son  mot  irat ,  si  cum  ditz  la  canso. 
A  un  parlan^en  que  feiro  li  clerc ,  sela  isazo , 
Lai  sus  a  Albenas,,  venc  lo  comte  Ramon. 
Aqui,  s'agenolhec  e  fes  sa  fliction 
Denant  mosenher  Tabas ,  e  'lh  prega  que  'lh  perdon  \ 
£1,  ditz  que  no.fara,  qiue  no.n'avia  don, 


et  y  d'oùtre  Ìes  ports  d'Espagne ,  celui  de  Pampelune ,  et  révéque  de  Buxgos  et  ce- 
lui  de  Terrassa.... 

.....  Ils  se  croisent  en  France  et  par  tout  le  rojaumey.qaand.ils  savent  qu'ib 
seront  pardonnés  des  pécbés.  Oncques.plus  je  ne  vis ,  depuis  que  je  fusné, 
aussí  grande  réunion ,  commeîls  font  contre  les  hérétiques  et  contre  les  ensabatés; 
car  le  duc  de  Bourgogne  s'én  est  «alers  croiséy  et  le  comte  de  Nevers  et  maint 
puissant  seigneur..,. 

Quand  le  comte  de  Toulouse  ,  et  les  autres  barons ,  et  le  vicomte  de  Bézíefs 
ont  entendu  la  nouyelle  que  les  Français  se  croisent ,  je  ne  pense  pas  qu'il  leor 
sache  bon  ,  au  contraire  ,  ils  en  sont  très  attristés ,  ainsi  que  dît  la  chaDSon. 
A  un  parlement  que  firent  les  clercs ,  cette  saîson ,  là  sus  à  Aubenas ,  vint  le 
comte  Raimond.  Là,  il  s'agenouîlla  ,  et  fit  sa  flexion  devant  roonseîgaeur  l'abU; 
etil  pric  qu'il  lui  pardonne ;  luí,  dit  qu'il  ne  fera,  vuqu'il  n'en  avait  pasle  don,  si lc 


CHBCHIIQUE  OES  ALBIGEOIS.  ^33 

Si  \o  papa*  de  Ronà  ^*h  <Miitiuâk  ^if e  i  ^son    ^ 
No  'lh  famn  priiáìêr  *aklque  soluciqn. ... 
Lo  com9  B^en  retoráet  a  ^oila  d^efl|>eron.. 
Lq  ▼escomte^  son  bet,  híerceiare  sdmoh  ' 
Que  no  guerrei'  at  lui ,  ni  no  *ih  mo^^enson , 
E  que  sian  amdui  a  la  defension.... 

Senhors ,  oimais  Vesforsan  li  vers  de  la.chénsò , 
Qoe  fgn  ben  comenseia  l'an  de  la  encarnatio 
Del  senhor  Jhesu  Crìst*,  ses  mot  de  mentizo,' 
C*^avia  .M.  cc.  e  .x.  ans  que  yene  en  est  mon ; 
E  si  fo  f  an  e  mai ,  can  floricho  1  boicho. 
Maestre  W.  la  fist  a  Montalba,  on  fo. 
Certas,  st  el  ague»  aventurao  do,'  ^ 

Co  an  mot  fol  jotglar  e  mot  avol  garso , 
J&  no  Ih  degra  falhir  negus  cortes  prosom , 
Que  no  'lh  dones  cayal  o  palalîre  bretoh , 
Que  1  portes  suavet  amblan  per  lo  sabion , 
O  vestimen  de  seda ,  palí  o  sisclato. 
Mas  tant  yezem  qu*el  setgles  toma  en  crutitio , 
Qùe  'lh  ric  home,  malvatz  que  deurian  estre  pro,' 


pape  de  Rome  et  les  cardinaux  qui  j  sont  ne'  Itii  faisaient  premièrement  quelque 
solutíon....  Le  comte  s'en  relouma  à  presse  d^éperon.  II  supplíe  et  sollicite  le 
TÍcomte ,  son  neveu ,  qn^il  ne  fiitse  ia  guerre  avec  lui ,  ni  lui  suscite  dispute  ,  et 
(pi'ils  soient  tons  deux  sur  la  défénse . ... 

Seigneurs ,  désoimals  se  renforcent  les  yers  de  la  chanson ,  quî ,  sans  mol  de 
mensonge ,  fat  bien  coomiettcée  l'an  dç  nncamation  du  seìgnetir  Jésus-Cbríst , 
qu^l  j  arait  1 2 1  o  ans  qu'il  vint  en  ce  monde ;  et  Tannée  fnt  en  maî ,  quand  fleurîsscn  t 
les  buìssonB.  Hattre  GuiHaume  lá  fit  à  M ontauban ,  où  îl  (ut.  Certes ,  s'il  ayaît  bonnc 
fortune  on  don ,  comme  ont  maînts  extrayagants  jongleurs  et  maints  yîls  go^Jats , 
nol  pradhomme  courtnis  ne  deyraìtjamais  faillir  à  lui  dounçr  cheval  ou  palefroi 
breton ,  qni  le  portât  douceihent  amblant  pitf  ie  sablon ,  ou  vétement  de  soie , 
pâlî  ott  broçard. 'Mais  nous  yojons  que  le  sîéde.tourne  tant  en  rudessc,  que  les 
bommes  pnissants ,  mauvais  lorsqu'ils  devraicnt  étrc  preux ,  nc  veulent  donner  1a 
I.  3o 


234  GHRONIQUE  DES  ALBIGEQIS. 

Que  no  ^olon  dooar'  lo  valent  d'oti  boto ; 
N'ieu  no  lor  cjuier  pas  lo  yalen  d'ua  cafbo  . . 
De  la  plus  ayol  cendre  <}ue  sia  el  fogairo/ 
Domiu  DieuB  los  confonda,  que'feU  lo  cel  ^  'l  Iro^ 

E  santa  Maria  maire  l 

.  •  •  • 

Cependant  le  comte  de  Toulouse  párvient  à  se  réconcilier  avec  réglise ; 
maiscela  n'empéche  pas  rarmée  des  crolsésde  semettreàla  poursuite 
des  hérétiques.  Elte  va  faire  le  siége  de  Béziers : 

» 
So  fo  a  una  festa  xî'om  ditz  la  Maefdalena.... 

Trastota,  entorn  Bezers,  alberga,  sus  rarena.... 

Canc  la  ost  Ménelau ,  cui  Paris  tolc  Elena , 

No  fiqueron  tant  trap  ek  portz/desotz.Miscena« — 

Com  cela  deb  Frances..... 

Non  ac  ,baro  en  Fraqsa  no  i  fes  sa  carantena. 

Âls  baros  de  la  vila  fo  done  malvada  estrena..... 

Âr  auiatz  que  fazian  aquesta.gens  Tiiana, 

Que  son  plus  fol  e.  nesci  que  no  es  la  balena. 

Âb  lors  penonc^ls  blancs ,  que  agron  de  yil  tela , 

Van  corren  per  la  ost ,  cridan  en  auta  alena. 

Cuio'Is  espaventar  c^om  fai  auzels  d'avena , 


valeur  d'un  boaton  ;  ét  moi  je  ne  leur  demande  pas  la  valeur  d'un  charbon  de  la 
plus  vile  cendre  qtíi  .soit  au  fojer.  Que  lè  seigneur  Dîeu ,  qui  fit  le  cíel  et  le  too- 
nerre ,  et  feainte  M arie  mère  y  les  confonde !     .  «    , 

Ce  fut  à  une  féte  qu'on  appelle  \k  Madeleine....  Tput  entièrey  elle  campe. 
aulour  de  Béziers,  sur  le  sable....  que  jamais  rarmée  de  Ménélas,  à  qui  Pàá« 
ravit  Héléne,  ne  planta*autant  de  pavillons  aux  ports,  sous  Mjcènes....  que  celle 

dès  Français II  n'j  eut  báron  en  France  qui  n'j  iìt  sa  quarantaine.  Ge  fut  donc 

mauvaise  étrenne  aux  barons  dc  la  viUe....  Or  oyez  ce  que  faisait  cette  vilainc 
gent ,  qui  est  plus  folle  et  ignorante  que  n'est  la  baleine.  Avec  leurs  pennonceaux 
blancs ,  qu'ils  eurent  de  vile  toile ,  ils  vont  courant  par  i'arméé ,  criant  à  faaute 
baleine,   Ils   pensent  les   épouvanter,   comme  un  homme   (ait  les   oiseaux  dc 


CHRONIQUE  DES  ÂLBIGEOIS.  a35 

Can  los  crida  e  ^ls.uca,  e  sos  drápek  demena 
MaitL,  fcan  fia  jorn  clar.        •    ^ 
Can  lo  rei  dels  jirlotz  los  vit  paloteiar      * 
Contra  l'ost  dels  Françès,  e  braire  e  cridar, 
E  un  crozat'íranceâ  aucire  e  pesSeiar, 
Caùt  l'agron  fait  d'uh^pont  per  'forsa  trábùcar, 
Totz  sos  truans  apela  e  fa  4s  esems  júkar,  . 

En  auta  yotz  escridah  :  «  Anem  los  esarrar.  » 
Tan  tost  com  o  ag  dit/s'en  vau  apareUiar^ 
Cascus  d'una  masséta,  c'al  rés  no  an ,  so  m.par. 
Plus  son  de  .XV.  melia,  que  no  an  que  causar. 
En  camisas  e  en  bragas  comensan  a  anar 
Trastotz  entorn  la  Tila ,  per  los'murs  derocar. 
Ins  ek  valatz  s*abatoa  e  prezo '  s'à  picar 
E  'ls  autres  a  las  pòrtafi  franbér  e  peceiar. 
Li  borzes,.cant  o  .viro ,  prezo  s'a  espaventar ; 
E  cels  de  la  ost  cridan  :  «  Anem  nos  tuit  armar.  9 
Ladoncs  viratz  tal  preicba  a  la  viia  intrar,  . 
Per  .forsa  fan  Ips  murs  al  dins  dezampai^âr,. 

raTotne,  qnand  il  leur  crie  H  les  huche,  et  qu'il  agíte  ses  drapeaux  le  matiii , 
lorsqa'il  finit  îour  claîr. 

Qoand  le  roi  áei  ribauds  les  vit  escannoucher  contre  l'òst  des  Français ,  et 
i^raíUer  et  críer,  et  tner  et  mettre  en  piècés  un  croisé  français ,  quand  ils  l'eurent 
^ìt  par  force  trâ>acher  d'ixn  pont ,  il  appdle  tons  ses  truands ,  et  les  faít  assem- 
Uer,  críant  k  haute  voix  :  «  Allons  les  envelopper.  »  Aussitôt  comme  il  reut  dit ,  iis 
s'en  vont  se  munir  chacun  d'une  petite  masse,  vu  qù'ils  n'pnt  autre  chose,  ce  mc 
semble.  Hs  sont  plus  de  quinze  mille  qui  n'ont  quoi  chausser.  En  chemises  et  en 
hrúes,  ils  ciommencent  à  alier  tous  autour  de  la  ville  pour  renverser  les  murs. 
Ils  s'abattent  dans  les  fossés  et  se  prennent  à  piocher ,  et  ]es  autres  à  brlser  et 
fiacasser  les  portes.  Les  bourgeois,  quand  ils  vireut  cela,  se  prennent  às'épouvanter, 
et  ceux  de  l'armée  críent ;  «  Allons  nous  tous  armer.  »  Alors  vous  verríez  telle 
presse  entrer  (en  marche)  vers  la  ville ,  qu'ils  font  par  force  abandonner  les  murs 

'  (sic)  Plusieurs  fois.  L'exactitude  grammaticale  exige  preno;  preio  n'est  pas  dans 
U  langue  avec  ce  sens-là. 


a36  CBRONIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

E  {emnas  e  efàitt  se  prendo  a  poitir, . 
£  van  s'en  a  la  gleÌ2ii » e  fan  loe  sen|n  sonar :' 
Noan  plaa  on  gandirl 
Li  borzea  de  la  YÌla  vire'lscroiats  Tenir 
E  lo  rei  dels  arloU  t  qQÌ  los  rai  éannr^ 
E'ls  troans  ék  fossalz  de  lotaa  partzaalhir^ 
Ç  los  miirs  pessiar,  e  les  portaá  uhrir, 
£  los  Francea  de  ròsl  a  gran  preiasa  gamir. 
Be  sabon  e  lor  cor^jue  no  s  poiran  tenir. 
Ál  moster  general  van  ilh  plus  tost  fàgir  ^ 
Li  prestre  e  li  çlerc  s'anero  rereslir, 
E  fan  sonar  los  senhs^  cuìn  si  volgu^san  dir 
Messà  de  mortuarum,  per  cors  mort  sebelir. 
Cant  yenc  a  la  parfi ,  noU  o  s  pogron  sofrir  | 

Que*l  truans  no  i  intreason ,  qu^ls  ostals  yan  saûr/ 
Âitals  coU  i  8  volon ;  qûe  be  i  pogipon  causir, 
Cad,aús ,  si  s*o  yol ,  «x* ,  si'l  ye  a  plazer*. 
Li  ribaut  fpron  caul ;  no  an  paor  de  morir : 
Tot  'cant  pogron  trobar ,  vau  tuar  e  aucir, 
E  las  'grans  mamentias  e  pènre  e  sazir. 
Totztemps  ne  seran  ric  y  s'o  po4bn  retenir  \ 

au-dedans,  et  ils  se  prennént  à  enqiorter  femmes  et  en&ntSi  et  s*en  yont  à  Téglise, 
et  font  sonner  les  cloches  :  ils  n'ont  pluB  où  se  préseryer. 

Les  bourgeois  de  ìbl  ville  virent  venîr  les  croîsés  et  le  roi  des  ribauds  9  qiii  les 
va  envahir,  et  les  tniands  sauter  de  toutés  parls'dans  les  fossés,  et  hriser  les 
murs  et  ouvnr  les  portes ,  et  les  Françaîs  de  Tarmée  se  gamir  én  grànde  bâte. 
Bien  ils  savent  dans  leur  coeur  qu'ils  ne  pourront  tenir.  Ils  vont  se  réfbgîer  au 
plus  tot  dans  l'^glise  cathédrale;  les  prétres  et  les  dercs  allérent  se  revétir,  et 
font  sonner  les  cloches',  comme  s'ils  voulaieut 'dire  une  messe  des  morts,  pour 
ensevelir  corps  mort.  Quand  vint  à  U  parfin ,  ils  ne  purent  empécher  cela  t  que 
les  truands  n'y  entrassent,  en  sorte  qu'ils  vont  s'emparer  des  hôteb ,  tels  qu'fls 
les  veulenty  vu  qu'ils  purent  hien  en  choisir,  chacun  dix,  s'il  le  venty  si  ceia  iui 
vient  à  pláisir.  Les  rihauds  (urent  ardents ;  ììs  n'ont  pas  peu»  de  niourir  :  tout  ce 
qu'fls  purent  trouver,  ils  vont  le  tuer  et  occire ,  et  prendre  et  salsi^  les  grandes 
richesses.  Ils  en  seront  riches  à  touf  jamais  ,  s'ils  1e  peuvent  garder ;  mais  en  peu 


CBEONIQUE  DES  4IAIGEQIS.  »37 

Mas  en  breà  de  temiai  kir  e-ar  oba  a  gurpir, 

Qu'el  barnatges  de  fVaiiia  s*eii  Teldra  nffOÚM. 

'  ♦    * 

Les  crois^s  étaieut  conveQus  de  &ire  passer  par  les  anûes  tout  ce 

qui  ne  se  rendrait  pas.  La  YÌUe  fìit  mise  à,  feu  et  à  sang;  oo  n'épargna 

méme  pas  ceux  qui  s'^taient  réfugiâ  dans  les  églisea : 

Que  no'U  poc  gandir  crotz ,  autar  ni  cruzifis. 
E I08  clercs  aucizian  lî  fol  ríbautz  m'endics 
E  femnas  e  efans ,  c'anc  no  cug  us  n'icbb. 
Dieus  recepîa  las  armas ,  si'l  platz ,  en  paradis ! 
C'ancmais  tan  fera  mort ,  del  temps  Sarrazinis , . 
No  cuge  que  fos  faita ,  ni  c'om  la  cossentiis. 
Li  gartz  per  los  osdab  c'an  pres  se  son  assis , 
Que  trobon  totz  d'aYer  é  manens  e  faj^sìs  -, 
Mas  Frances ,  cant  o  TÌron. . .. 
Fors  los  giatan  ab  pab ,  cpm  si  fossan  mastis. ... 

Le  Reis  e  li  arlot  cuieren  estre  gais 
Dels  avers  que  an  près  e  ric  per  totstemps  mais. 
Quant  sels  lor  o  an  tólt,  tug  escrian  a  fais, 
«  A  foc !  a  foc !  »  escrian  li  gartz  tafur,  pudnais. 
Doncs  aporton  las  falbas.... 

de  temps  force  lear  sera  de  le  déguerpìr ,  vn  que  le  baífoBnage  de  FraAce  voudra 
s*enemparer. 

Vu  qae  gtoîz  ,  autel  ni  €niicifix  ne  les.put  garaptir.  Et  le»  fous  ribauds  mendiavts 
toaient  les  dercs  et  fenunes  et  en£uitSy  en  telle  aorte  |  que  je  ne  çroís  pas  qu'ono 
<{ues  nn  seul  en  sortît.  Qne  Dieu  re^goive,  s'il  lui  plaît ,  les  âmes  en  paradîs !  vu  que 
je  ne  pense  pas  que  jamaîs  tant  crud  massacre  ait  été  (aity  du  temps  des  Sarrazins^ 
ni  ^'on  le  consentlt.  Les  goujats  se  sont  établis  dans  les  bôteb  qu'ib  out  pris , 
<{a'ils  trouyent  tous  et  abondants  et  farcis  de  ricbesses  -,  mais  les  Français ,  qnand 
ils  ie  virent....  les  îettent  debors  avec  dcs  pieiiX|  comme  s'ils  jhsseat  des 
mâtins....  ^,     ' 

Le  roi  et  les  ribauds  crurent  étre  joyeux.et  ricbes  à  tout  jamaìs  des  bîens  qu'ils 
ont  pris.  Quand  cenk*cí  les  leur  ont  enlevéSf  tous  s'écrient  k  la  fois:  «<  A  feul 
àfea!  »  s'écrient  les  goujats  fripons,  punais.  Âlors  ils  apporteut  ìci  torches..... 


238  GHROMIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

La  ciutaU  s^en  espren;,  e  leva  s  Feâglais  .• 
La  yiia  ars  trastota  de  lonc  e  de  biais. 
^  Aisi  ars  e  ruipet  Raolf ,  cel  del  Cambrais ,  ^  " 

TJua  rìca  ciutât,  que  es  de^pres  Doais; 
Pûicbas  Ten  blasmet  fort  sa  maire  N' Alazais ,  ^ 

Per  o  el  la  'n  cuget  ferir  sus  en  son  c^ts. 
Cant  cel  sentiro  '1  fûc  y  cascus  areire  s  trais. 
Donc  arson  las  miHzos  e  trastolz  'los  palais ; 
•    Mot  gonios  i  ars ,  mot  elme  e  mot  gambais.-. . . 
E  mota  bona^rauba ,  c'om  cOTe  que  la  láis. 
E  ars  totz  lo  mostiers  que  fetz  maestre  Gervais  \ 
Pel  mieg  loc  se  fendéc  per  la  calor,  e  frais 
En  cazeron  dos  pans. 

Au  bout  de  trois  jours  les  croisés  se  dirigent  sur  Carcassonne ,  où 
se  trouvait  le  vicòmte  dé  Béziers. 

E  lo  vescoms  estet  peb  murs  e  pels  ambans.... 

A  Taspect  de  rarmée  il  réunit  ses  hommes. 

tt  Senbors,  ditz  lo  vescoms,  totz  vos  aparelbatz. 
<i  Anatz  pçndre  las  armas,  en  los  cavals  montatz....  » 
—  «  Per  fe,  ditz  .P.  Rotgiers..., 

*  ...  .  '  • 

-  La  cité  s*enflámnìe  et  répouvante  se  répand.  La  viUe  brâle  tout  entière  en 
long  et  en  biais.  Ainsi  Raoul ,  celui  de  Gunbrai ,  brûla  et  rùina  une  rîchè  cité, 
qui  éât  près  de  Douai ;  pnìs  Ten  blâma  fort*  sa  mére ,  la  dame  AlazaSs ,  à  cause 
de  quoi'il  pensa  la  frapper  sur  sa  jòue.  Lorsque  ceux-«i  sentlreiit  le  fea^  chacun 
se  retîre  en  arríère.  AÌors  brûlent  les  màisons  et  tous  les  palais  ;  mainte  gonnelle 
j  brûle,  maint  heaume  et  maint  gambeson. . . .  et  maint  bon  yéteínent ,  vu  qu*il  fant 
qu'on  rabaìidonne.  Et  brûle  tòut  le  moutier  que  fit  maitre  Gervais ;  il  se  fendít 
par  le  milieu  par  la  chaleur,  et  deux  pans  brisés  en  tombèrent. 
£t  le  Yicomte  se  tint  par  les'  murs  et  par  les  retn^nchements.... 
t<  Seigneurs,  dît  le  vicomte,  apprétez-vous  tous;  allez  prendre  les  armes,  et  moutcz 
«  sur  les  chevaux . . , .  n  —  «  Par  la  foi ,  dil  Pierrc  Rogiers . .  <• .  Par  le  conseil  que  jc  vous 


CHROmQUE  DES  ÁLpiGEOIS.  289 

«  Per.cOBsdh  qa*iai  rçs  do^  la  fors  non  ûsirau.... 
«  Qa*els  Ftftiices,  al  màti,  can  se  serati  dinnatí) 
«  S'apropjaran  ras  ^os^  josta  vostres  fossatz  ^ 
«  L'aiga  vos  Toldran  tobre  don  vos  tuit  abeuvâtz....  » 
A  sèst  cosselh  s'aQordan  traslotz  les  plus  senátz. 
La  gaita  fan  fors  faire  dels  cavaliers  armatz^ 
Trastot  entorn  la.vilaỳ  que  es  mot  fort  asatz ,- 
Que  Karles,  reínperaire,  l^  fortz  reis  coronatz, 
Los  tenc  plos  de  .vn.  raes ,  so  dison ,  asetjatz , 
Qu'anc  no  'b  poc  conqueri^. ...  '     \ 

So  fo  en  aqiiel  mes  c'òm  apela  aost 
Que  fo  a  Carcassóna  tr^stot  èntom  lá  ost. 
Lo  reis  .P.  d'Arago  i  es  vengutz  mot  tpst , 
Ab  lui  .c.  cavaliers  qu'  ame^a  a  son  cost. 
Cels  de  la  ostse  dinnan  e  mangen  cam  en  rost.... 

Ep  un  prat,  dessotz  Taiga^  e  latz  un  bçi  foUiut, 
Ac  lo  coms  de  Tolosa  son  riebe  trap  tendut ; 
Lai  es  mo.senhe'l  reis,  e  liseu,  dechendut.... 
Can  se  foron  dinnat  e  que  agroa  begut , 
Monta  el  palafre  qué  era  bais ,  cr^nut , 
E  intra  en  la  vila  ses  arma  e  ses  escut.... 

«  donne,  vous  ne  soriiriez  pas  lá  dehors.é..  vu  que  les  FraDçais,  au matin ,  quand 
«  ils  aurònt  JAúé ,  s'appibcheront  vers  vous,  contre  tos.  fossés ;  ils  youdront  yous 
«  ôter  l'eau  dont  yous  vous  ahreûvez  tpus....  »  Tous  lés  plus  sensés  s'accordent  à 
ce  consçS.  Ils  font  &ire  le  gnet  dehon.  par  des  chevaliers  armés^  tout  antour  de  la 
TÌUe,  qui  est  moult  forte  heaucoup,  vu  que  Charles ,  l'empereur,  le.fort  ròi  cou- 
ronné,  les  tint  plus  de  sept  moi$ ,  ce  dit-on ,  assiégés ,  qu'oneques  il  ne  put  les 
cooquérìr..,. 

Ce  fút  dans  ce  mois  qu'on  appelle  août  que  l'armée  fnt  à  Garcassonne  tóut 
aotour.  Le  roi  Pierre  d'Aragon  y  est  venu  moiilt  tot ,  avec  luì  eent  cheraliers  qu'il 
amène  Ìi  son  coât.  Geux  de  l'année  dinent  et  mangent  chair  én  rotî....  . 

Dans  ùn  pré,  sous  l'eaQy'et  lc  loag  d'un  bois  feuiUa,  le  çomte  dè  Toulouse 
eot  sa  riche  tente  tendue;  là  est  descendu  monseigneur  lè  roì,  et  les  siens.... 
Qoand  ils  eurent  fiìaé  et  qu'ils  eurent  hu ,  il  monte  siìr  le  palefroî ,  qui  était  hai , 
à  tous  crins^  et  il  cntre  dans  la  viUe  s|ins  arme  etsans  écu....  Le  vicomte,  quand 


24o  €H&ONIQnE  SES  ALBIGBOIS. 

i.0  Tesooms ,  «ftst  lo  tì  ,  eoMlnL  tiii  es  cofmil. ... 
Lo  veiooflis  Ui'a  cMalat  co  K  .^  ^reap» 
De  la  meri  de  BnÌBn,  è  eom  ilh  t'án  pMdat , 
£  com  Ih'  an  soi^  pais  gestal  e  oofendQt. . . . 
«  Yesoomte,  ditx  lo  reis,  dè  tos  ai  gran  peEansa , 
ff  Car  etz  en  tal  trebal  ni  m  ailal  balánsa 
((  Per  unas  fblas  gens  e  per  lor'  fola  erransa. 
«  Aras  no  sai  iea  als ,  mas  cant  de  la  aoordansa , 
«  Si  o  podem  tr<^r,  ab  los  barons  de  Fransa....  n 
—  «  Senher,  ditz  lo  vescoms;  aîssi  co  tos  plaira, 
«  Podets  far  de  la  vìla 4í  de  tot  cant  Ì4i....  d 
Ab  áqnestas  paraalas  el  palafre  monta, 
£  retorna  cn  t- ost :  am  los  Frances  parla. . . .  ' 
Le  reis  lor  a  vetmit  aisso  <fue  parlat  a 
La  dìns  ab  lo  vesoomte, «  far  los  ne  preia.. . . 
Ànc  taní  no  s  n'entsemes ,  hi  anet  sa  e  la , 

« 

Canc  venc  a  fe  porfi.  Ro  ats  no  i  aeaba ,. 
Mas  per  àmor  de  tni  ta  osl  aitant  feia : 
Lo  vescoms ,  ú  dolaes  d'aioels  qne  îl  voldra ,      • 
Ne  laicbaran  ichir  ab  rames  que  i  anra ,  ' 
E  tot  lo  sobrephis  a  lôr  voler  sera. 

il  fe  vit ,  est  acooafn  Tsn  lui. . . .  Le  vìooifite  lai  a  «onté  eonmient  il  lui  est  sdvena 
du  «nftassore  da  Béaaaray  et  conune  ils  i'ont  perda ,  et  «onmé  îls  'hii  ont  gâté  et 
confcndu  aon  psys*^  •«  «  Vkomte ,  dit  le  rsi ,  j'ai  graud  souci  de  vons ,  paroe  que 
«  w»  étesen  paveit  tnicat  et  en  pan^eille  baÌAoce  ponr  de  felles  gena  et  poor  lenr 
«  fiiUe.cnrenr«  Je  im  sais  maánle^nt  asítre  ohoBe,  exceplé  de  raccord,  si  nm^ 
n  pomroii^  le  tmmr,  avéc  les  baronsde  Ffftneé.. . . » ^^  «  Seignear,  dit  le  Titomte , 
«(  ainsi  qu'il  vons  plaira,  vous  pouvez  &ire  de  la  yiUé  'et  de  tout  ce  qn'il  j  a.... » 
áveo  «es  paroles  il  (le  toî)  neate  aar  le  pakfir«i ,  et  ivtoume  à  rannéc;  il  parle 
avec  lei  l'raBçais.  .^«  Le  roi  ieur  a  rsppot^  cè  qii'ii  a  confiSré  .là-dedanB  avec  le 
vicomte ,  et  fiat  ks  en  pne..M 

Qttoquer  tant  il  ae  s'en  eiitremit,  oi  «Ila  ^et  là ,  que  oncques  il  vint  à  la  parfin. 
Aien  aalre  il  n'j'  termioe,  exoeplé  que  par  amom'  de  lui  l'armée  íera  autant :  le 
vioomte,  fui  domième  de  oeux  qu'it  voudra ,  ils  en  laitseront  sortit  avec  le  bar- 
nm  ^'il  y  aura ,  et  toatW  surphis  sera  k  teur  volonté.  Le  roi  dtt  entre  les  deiits : 


CHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS.  241 

Lo  reis  diu  eotre  dens :  «  Aisso  s^ac^bara 
«  Aisi  tost  tso  íis  azes  sus  el  cel  Tolara.  9 
Felos  é  corrosaos  en  la  cÌQtat  torna  ^ 
Al  yescomte  e  als  seus  la  causa  devisa.... 
Lo  reis  .P.  d'Arago  felos  s*en  es  tomatz  ^ 

E  pesa  'i  en  son  cor,  car  no  'b  a  deÚyratz 

Cel  de  la  ost  s'acesman  per  nmplir  los  valatz , 

E  fan  íranher  las  brancas,  e  far  gatas  e  gatz.... 

Si  no  fos  grans  lo  pobles  qué^  i  era  amassatz. ... 

No  foran  ja  per  lor  d'un  an  pres  ni  forsat^ , 

Qne  las  tors  «ran  autas  e  los  murs  dentelhatz ; 

Mas  Faiga  lor  an  toala ,  e  los  potz  son  secatz.... 

Anc  no  triguet  •vin.  joms  qu*els  reis  s*en  fon  toraatz, 

Que'l  mandec  parlamen  .1.  rics  bom  dels'crozatz.... 

Lo  Tescoms  de  Bezers  ìssig  a  parlament. . ». 

£t  commit  rimprudence  de  se  mettre  entre  les  mains  des  croisés. 

Li  borzes  de  la  yilla  els  cavaliers  quU  son , 
E  donas  e  donzelas,  cascus  per  contenson, 
C*anc  no  i  remas  lains  ni  sarjailt,  ni  garson, 
Ni  om  petitz  ni  grans,  femna,  ni  donzelon; 
Trastuit  nut  s*en  isiron  a  coita  d'esperon , 

«  Gela  s*aclièyeni  aussitdt  qu'Hn  âne  sus  au  ciel  yolera.  m  Oatré  de  colère  et  cour- 
roucé ,  il  retourne  k  la  vîlle ;  il  devise  la  chose  au  yicomte  et  aux  siens. ... 

Le  Toi  Pierre  d'Aragon ,  ontré  de  colère  y  s'en  est  retoum^ ,  et  il  lui  pèse  dans 
son  coeur  dé  ce  qu'il  ne  les  a  pas  délivrés....  Gcux  de  rannée  se  préparent 
ponr  remplîr  les  fossés,  et  font  Lriser  les  Branches,  jet  faire  cbattes  et  chats.... 
Sí  ne  fíLi  le  grand  penple  qui  j  était  amassé....  ils  ne  seraient  déjà  par  eux  pris 
DÌ  foroés  d'un  an ,  yu  que  les  tours  étaient  hautes  et  Içs  murs  crénelés;  mais  ils 
leur  ont  ôté  Feau,  et  les puits  sont  desséchés....  Oncques  îl  ne  tarda  huît  jours  que 
le  roi  s'en  fut  retourné  ỳ  qu'un  puissant  homme  des  croisés  luì  ( au  vicomte )  de- 
■nanda  me  entrevue....  Le  vicomte  de  Bézîers  sortît  ponr  rentrevue.... 

Les  boorgeois  de  la  ville  ét  les  chevaliers  qui  y  sont,  et  dames  et  damoiselles , 
cbacon  à  l'enviy  vu  qu'oncqpes  il  n'y  demeura  là-dedana  ni  sergent,  ni  garçon , 
ni  homme  petit  ni  grand,  femme ,  ni  damoiselet ;  tous  s'en  sortirent  nus  en  loute 
I.  3i 


a42  CHROMIQUE  DES  ALBIOfiOIS. 

En  camisase  en.bragas,  ses  BXáxê,  nsilisQD; 
No  lor  laichfHrpii  traír^  -io  Talént  d*na  boloB. 
Li  un  van  a  'jThoiosa,  li  anXre  ea  Aragon, 
£  Tautre  en  Espajiha,  qui  aTal  qui  amòn. 
£n  la  ciutat  s*en  intrao  U  etwêt  ahandon  9 
£t  garnisson  la  sala  e  la^  loro  e 'l  4p«»joi»^... 

Carcaasona  fon  presa  1  ú  cìm  aVeU  aiuit... . . 
Li  ahas  de  Cistel  non  cuietz  que  a'oUit  \ 
Messa  lor  a  caatada  del  santesme  Eaperil , 
Pois  ditz  que  el  pais  c*an  crpsat  comqneril , 
Yol  c'aia.  manteiienl  .1*  hon  sânhor  estit. 
Lo  comte  dt  Nivers  el  n'ia  asoiMpit ; 
Mas  ao  i  yoìc  anc  remaBdre  ni  estar  ah  jauih  ^uit, 
Ni  lo  coms  de  Sant*-Pol  que  a  n'apres Mutii.*.. 

Lai  en  aicel  cqo^ìU  et  en  cel  parlameni , 
A  uu  riche  haron.  qui  fon  pros  e  valent , 
Arditz  e  eomhatens,  sayis  e  conoissent, 
Bos  cavaUers  e  larcs ,  e  hels  e  aTÌnent , 
Dous  e  francs  e  suaus ,  ah  ho  entendement.... 
Senher  fo  de  Monfort,  de  la  honor  que  i  apeat...« 
Aicel  YoldraA  pregar  traalut  cpmînalmeBt 

hâte^  en  chemises  et  en  braies,  sans  autre  vétement;  îls  qe  leur  laissèrent  empoctèr 
la  valeur  d'un  bouton.  Les  uns  yont  à  Toulouse ,  les  autres  en  Aragon ,  el  Ips 
autresen  Espagne,  qui  aval  qui  amont.  Les  çroîsés  entrent  líbremant  daD«  la 
cité ,  et  gamissent  la  sale  et  les  tours  et  le  donjon,... 

Garcassonne  fut  prisei  ainsi  que  vous  avez  oiu....  Ne  pensez  pas  que  l'abbé  de 
Citeaux  s*oubÌìe ;  il  leur  a  cbanté  une  messe  du  très  saînt  Esprit ,  puis  il  dit  qu'U 
veut  que  le  pays  que  les  croisés  ont  conquis  ait  maintetiant  un  bon  seîgaeur  éln.  II 
en  'a  fait  la  proposition  au  comte  de  Nevers ;  mais  il  n-y  voulut  oncques  demeurer 
ni  rester  d'aucunemaniére,  ni  le  cpmte  de  Saint-Pol,  qu'il  en  a  cboisi  après.... 

Là  j  dans  ce  confieil  et  dan3  cette  déUbémtion ,  il  y  a'un  puisMnt  baroB  qttî  fat 
preux  et  vaiUanti  hardi  et  valeureuiE ,  aage  et  instruît,  bon  chev^lier  et  géné- 
reuZ|  et  beau  et  avcaiaBiti  doux  et  franc  et  paiaible ,  a^^ec  bonne  iaielligence.... 
ii  fut  aeigneur  de  Montfiort ,  du  domaine  quî  eii  dépend....  Ib  yovdFont    prîer 


CHB0NIQUE  DES  ALBIGEOIS.  a43 

Qae  prenda  'l  Tcscomtat  trastot  exvteînrtMDt , 

E  tota  Tautra  terra  de  la  getk  mescrazenf 

i(  Si  farai,  ditz  lo  çoms,  amb  attal  coyinent 

«  Qn*els  princep  c(u*aisi  spn  me  fassan  sagrament 

«  Qne  si  coita  m  venia ,  en  moii  defendement  ý 

«  Me  Tearan  tuit  secorre  amon  somoniment.  » 

—  «  Nos  vos  o  autreiam,  dison  tuit,  leialment....  » 

Cant  lo  coms  de  Monfort  fo  en  Tono'r  assis.... 

Remas  a  Carcássona,  sos  companhos  somon.... 

Per  la  terra  gardar  yas  lai  on  li  saub  bon  \ 

E  lo  coms  de  Monfort,  qui  a  cor  de  leon , 

Remas  a  Carcassona  e  garda  son  prison , 

Lo  yescoms ,  que  mori  apres  de  menazon  ^ 

E  li  malvatz  tafur  e  Tautre  fol  garson , 

Que  no  sabon  Tafaire ,  co  si  ya  ni  co  non , 

So  dizo  y  qu*om  Paucis  de  noitz  a  traicion. 

Dans  cette  occurrence,  le  corate  Raímond  se  décide  à  faire  uii 
voyage  à  Rome. 

Lo  pros  coms  de  Tolosa  aizina  son  afar 
Per  lá  gran  via  longa  que.  cug  que  voldra  fsir. 
Primier  ira  en  Fransa ,  ab  son  cozi  parlar. 


ÔHd  lons  comrnuiéaient  qn'fl  pfeiine  le  Ticomlé  toat  entièremest ,  et  Umte 
l'antre  terre  de  la  gent  mécréante....  «  Sì  ferai ,  dit  le.  comte,  avec  telle  conven- 
■  ticm  qoe  les  priBces  qni  soat  iei  mefasaent  serment  qve ,  s'il  me  Teaaît  presse, 
« en  ma  défense ,  ils  yîendroBt  lons  me  secoarir  à  mon  invitation.  »  —  «  Nous  vons 
•  roctrojons,  disent*ils  tons,  lojalement.,.. »  Xorsqné  le  comte  de  Montfort 
hi  étaUi  dans  la  possessioa....  il  demeure  á  Carcassonne,  invite  ses  amîs.... 
pov  garder  lai  terre  là  vers  oà  il  loi  sut  bon;  et  le  comte  de  Monfert ,  qui  a 
coeor  de  lion  ,  demeure  à  Carcaasonne  et  garde  son  prísonnier,  le  vicomte ,  qui 
■MNnmt  après  de  djsenterie ;  et  les  mauvais  fourbes  et  les  autns  fons  goujats ,  qui 
se  uveol  l'aiaire ,  commeBt  elle  va  et  oomment  non ,  ce  disent ,  qn'on  l'oceit  de 
Bmt,partrabisoB. 

Le  prenx  comte  de  Toulonse  préparé  son  affaire  pour  1e  grând  et  long  vojage 
<r>e  je  pense  qu'il  veodra  bire.  Premiérement  il  îra  en  France ,  paiier  aYec  son 


^44  GHRONIQUE  DES  ALBI6E0IS. 

E  pois  al  empeniire,  si  el  lo  pot  trobar; 
Apres  ab  rapostoli :  totz  losvol  asaiar.... 

L'abbé  de  Cîteauz  cherchè  à  l'ep  dissuader,  mais  il  persiste,  et  part 
avec  les  consuls  de  Toulouse : 

Primer  s'en  vai  en  Fransa ,  e  troberon  joios 
Lo  riche  rei  Felip ;  mas  pois  fo  cdssiros ; 
Per  Tempérádor  Otes ,  lor  fo  apres  felos. 
La  comtessa  de  Campanha ,  qu'es  corteza  e  pros , 
Sela  los  receub  ben  e  motz  d'autres  baros , 
E  'I  pros  dux  de  Bergonha, ,  qiie  'lh  presenta  mans  dos ; 
£  lo  coms  de  Nivers  li  fo  mot  amoros, 
E'I  fe  mant  bo  ostal. 

L*apostoIis  de  Roma  e  tuit  li  cardenal 
Lo  receubro  mot  be  ^  cum  baro  natural. 
Lo  papa  li  donet  un  mantel  principal 
E  un  an^I  d'aur  fi,  que  sol  la  peira  val 
L.  marcs  d'argent,  e  pochas  un  caval. 
Ladonc  dèvengro  els  raot  bó  amic  coral.... 
Cant  lo  coms  de  Tolosa  ac  fait  so  que  Tolia, 
Pren  comjat  de  lo  papa,  e  tenc  mot  tost  sa  via.... 

cousìn ,  et  puis  k  rempereur,  s'il  peut  le  trouver ;  aprés  au  pape :  il  veut  toos  le» 
éprouyer.... 

Preraièpèraent  il  s'eo^  ^a  en  France ,  et  ils  trouvèrent  joyeuz  le  puissant  roi 
Philippe ;  mais  puis  il  fnt  soucieuz ;  à  cause  de  l'empereur  Oihon » il  leur  fiit  aprè& 
félon.  La  cemtesse  de  Champagne ,  qui  est  courtoise  et  pleine  de  mérite  i  celle-Ià 
les  reçut  bien ,  ainsi  que  moult  d'autres  barons ,  et  le  preux  duc  de  Bourgogne,  qui 
lui  présente  maints  dons;  et  le  comte  de  Nevers  lui  fiit  très  affeçtionné,*et  lui fit 
maint  bon  accueil. 

L«  pape  de  Rome  et  tous  les  cardinaux  le  recurent  moult  bîen ,  comme  baron 
naturel.  Le  pape  lùi  donna  un  manteau  principal  et  un  anneau  d'or  fin,>dont 
secdement  la  pierre  vaut  cinquante  márcs  d'argent ,  et  puís  un  cheval.  Alors  ib 
devinrent  moult  boiis  amís  de  coeur. .. .  Quand  le  comte  de  Toulonse  eut  ùáì  ce  qu'il 
voulait,  il  prend  congé  du  pape,  et  tint  moult  tôt  son  chemin.... 


CBRÔNIQÚE  DES  ÁLBIGEOIS.  245 

A  son  retour,  le  comte  eut  une  conférenoe  avec  Montfort ,  le  légat 
et  d'autres  ecclésiastiques.  Sans  d^fiance ,  il  livra-le  cháteau  Narbonnais 
au  légat  et  à  révêque  de  Toulouse. 

Le  roi  d'Aragon  eut  aussi  une  entrevue  avec  le  légat  et  Montfort; 
mais  il  n'y  eut  rien  de  conclu. 

Auprintemps,  Montfort  assiége  et  prend  Minerve;  on  y  brûle  beau- 
coup  d'hérétiques.  II  se  rend  ensuitç  à  Penautier,  où  il  fait  venir  la 
comtesse  sa  femme.  On  y  décide,  en  conseil,  qu'on  attaquerale  cháteau 
de  Terme.  A  cet  efTet  Simon  envoie  chercher  à  Garcassonne  les  ma- 
chines  nécessaires  au  siége.  Un  espion  en  informe  la  garnison  du  châ- 
teau  de  Gabaret.  Pierre  Rogiers ,  commándant  de  cette  place ,  prend  avec 
liii  trois  cents  hommes^  et  va  se  mettre  en  ^buscade.  Le  gouvemeur 
de  Carcassonne  y  qui  I'avait  prévu ,  arriye  à  temps  pour  obliger  Pierre 
Rogiers  à  abandonner  son  entreprise.  Le  convoi  se  rend  à  sa  destina- 
tion.  Le  siége  de  Terme  dure  huit  mois,  sans  qu'on  puisse  s'en  rendre 
maitre.  Mais  une  éptdÀnie  s*étant  déclar^e  panni  les  assiégés ,  ils  se 
décident  à  sortir  de  nuit  en  trompant  la  surveillance  des  assiégeants. 
Ils  s'étaient  tous  échapp&  très  heureusement ,  lorsque  Raimond ,  com- 
mandant  du  château  y  voulut  revenir  sur  ses  pas ,  et  iut  surpris  par  les 
croisés.  La  fuite  des  assiégés  fut  découverte.  On  se  mit  à  leur  poursuite 
tandis  qu'on  prenait  possession  du  château ,  où  on  ne  trouva  que  les 
femmesyqui  furent  bien  traitées.  Gette  circonstance  fut  cause  de  la 
reddition  de  plusieurs  places. 

Peu  de  temps  après,  le  légat  Milon  étant  mort,  le  comte  de  Tou-» 
louse  se  rendit  à  Saint-GiIIes,  sur  Tinvitation  d'Arnaud;  mais  s'étant 
aperçu  qu'on  lui  tendait  des  embûchQS,  il  se  retira.  II  assista  ajussi  aux 
concìles  d'Arles  et  de  Narbonne. 

Poìs  fo  lo  coms  .R.  a  autre.  parlament 
Que  fo  faiu  a  Narbona,  pres  de  la  S.  Vincent. 
Lo  reis  d'Arago  i  f o  e  mota  rica  gent; 

Pais  fiit  le  comte  Raimond  à  une  autre  assemblée  qni  íut  tenue  à  Narbonne  rers 
la  Saint-Yiiicent.  Le  roi  d'Âragon  y  fat  et  tnaint  puiasant  personnage ;  oncqnea  ils 


346  GHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

Oncas  no  i  acabero  que  vallui  un  aîgmlent.  • 
Pois  ne  foro  a  autre  a  Arle ,  mon  ecient. 
Lai  escriusen  en  catta  trastot  lo  jutgament 
Que  bailaran  al  comte,  que  defors  los  atent 
Ab  lo  rei  d' Arago ,  ab  fort  freit  e  ab  vent. 
L*abas  la  Ib'  amarvic ,  vezent  tota  la  gent. .  •  • 
^  Can  lo  coms  tenc  la  carta ,  trastot  celadament 

Apelet  rescriya,  e,  cant  el  la  entent.... 
Lo  rei  d*Arago  apela,  irátz  per  mal  talent.... 
(c  Auiatz  esta  carta  e  restranb  mandament 
«  Qué  m  mandan  li  legat ,  que  i  sia  obedient.  » 
Lo  reis  la  fai  legir  autra  retz  mantenent , 
E  cant  la  ác  auzida  j  dttz  em  patz ,  simplamen  : 
«  Be  fa  i  a  milborar,  pel  paire  omnipetént  I  n 
Lo  coms  totz  cossiros ,  si  que  comjat  no^ptvnt , 
La  carta  e  son  punb-,  que  no  1  respont  nient , 
S'en  yai  en  ye»  Tolosa  y  on  plus  pot  tost ,  corrent ,    ; 
£  poÌ9  a  Montalba ,  a  Moisac  e  Agent.  •  • . 

Lo  pros  coms>de  Tolosa ,  s*en  toma  en  Tolzan , 
E  intra  a  Tbolosa  e  pois  a  Montalban , 
A  Moissac ,  a  Agen ,  la  carta  en  sa  man. 

n'y  conclurent  rìen  qui  yaiUe  un  firait  d'églantíer.  Puîs  ils  (urent  à  une  aatre  à 
Arles,  je  crois'.  L4  ils  éctivirent  sur  charte  toute  la  décìsion,  qu'ils  bai^ 
lérent  au  oomte ,  lequel  les  attend  dehors ,  ainsì  que  le  roi  d'Aragon ,  aTec 
firoid  vif  et  ayec  yent.  L'abbé  la  loi  livra ,  an  vn  de  tout  le  numde....  Quand  ie 
oomte  tint  la  charte,  ansiîtot  en  cachetle  il  appela  l'écrivain  ;  e|y  quand  îl  ren- 
tend....  outré  decolère ,  il  appelle  le  roi  d'Aragon....  «  Écontez  cette  charte  et 
«  l'ordre  étrange  que  les  légats  m'enyoíent  afin  que  )'j  sois  soumis.  »  Le  roi  1a 
íait  lire  sur-le^h^mp  une  autre  fois,  et  quand  ii  l'eut  entendue,  il  dit  avec  calme^ 
simplement :  «  Par  le  Père  tout  pnisaant ,  bien  il  j  £ût  à  améliorer !  »  Le  comte, 
tout  marrì,  tellemtnt  qu'il  ne  prend  pas  congé  (du  roi),  la  charte  à  la  maio, 
sans  lui  rien  répondre ,  s'en  ya  vers  Toolouse ,  le  plus  yite  qu'il  peuti  en  courant , 
et  puis  à  Montauban ,  à  Moissac  et  k  Agen. . . . 

Le  preux  comte  de  Toulouse  s'en  retoume  en  Toulousain ,  et  entre  à  Toulouse, 
et  puis  à  Montauban,  à  Moissac,  à  Agen ,  la  cliarte  en  sa  main.  Partoat  il  b 


GHBOMIQUE  DfiS , ALBIGEDIS.  2^7 

Per  tot  la  Hú  Ugir,  qne  o  Bapchaii  de  pkQ..,. 
La carta ditii aîai^  f&ì  Jo  mot  ptiqiairan ;.    '\ 

m 

Que  lo  coms  tenga  patc  e  ceji  qu'ab  lui  sera», 

E  laisse  los  rotm  o  «ooit  o  demao ;  > 

Reda  Iprs  dreits  als  dercs ,  que  sian  aohiran 

De  tota  aicela  ren  ^ue  li  demandaran ; 

E  giet  de  sa  bailia  totz  los  îuzieQs  trafan ; 

E  'ls  crezens  dels  eretges ,  aquí  on  els  seran , 

Que  loslor  renda  tots,  esotroa  un  an, 

Per  far  tot  lor  plaser  e  so  que  il  voldran. 

£  mas  de  doas  cams  nnls  temps  no  manjaian  ^ 

Ni  ja  draj>s  de  paratge  poiehás  no  Testíran , 

Mas  capas  grossa^  brunas  9  que  mais  ior  duraran . 

Los  castels  e  las  forsas  totas  deroquaran ; 

Ni  jamais  caYalers  no  n'estara  en  plan , 

Mas  deforas ,  eb  camps ,  co  li  autre  vilan.  * 

E  negun  mal  peatge  db  c^mis  no  prendran, 

Mas  cai^t  Ips  velbs  usatges  que  foron  ancian. 

Catre  diners  ToUas  a  cascun  an  daran 

Als  paziers  de  la  terra  que  els  establiran. 

Et  tuit  li  renoier  lo  renou  laissaran  ^ 

fail  Ure,  pour  qn'Us  la  conDaissent  parfâitement....  La  charte  dit  ainsi ,  dès  le 
premier  mot :  què  le  conite  gai'de  paix ,  ainsi  que  ceux  qui  seront  avec  lui ,  et 
^'il  abandonne  les  Toutìers'ou  aujourd'hiii  ou  demain  ;  qtt*îl  rende  leurs  droits 
aax  eleres ,  de  sorte  qu'ils  soient  maitres  de  toat  ce  qu^s  lui  demanderont ;  et  qu'il 
cltuse  de  son  terrítoire  tons  les  jui£i  perfides ;  et  les  crojants  des  hérétiques ,.  là 
<M  iis  seront,  qu'H  les  leur  livre  tous,  et  cela  dans  lé  dâai  d'un  an^  pour  en 
Ure  tottt  lenr  plaisir  et  ce  qu'ils  voudront.  Et  en  aucun  temps  ils  ne  mangeront 
qQededeaz  viandes ,  et  jamais  ensuite  ils  ne  vétíront  étoffes  de  distinction ,  máîs 
grofises  eapes  hrunes ,  qui  leur'  dureront  davantage.  Hs  détruiront  tous  châteaux 
et  ciiadelles;  el  jamais  obevaiier  n'cn  sèra  (ohevanchant)  en  plaine  ,  mais  (sera) 
^Aon ,  anx  chaqips ,  comme  les  autves  vibûns ;  et  ib  ne  lèveroat  aucun  mauvais 
péage  snr  les  chemins,  cxcepté  les  vîenx  nsages  qui&rent  áncîeDS.  Ils  donne- 
niot  chaqne  année  qni|tie  deniers  teolonsains  aux  receyenrs  de  'la  paix  du  pays 
S^'ib  institueront.  Et  tous  les  usvríert  abandonneront  l'usure ,  et ,.  s'ils  ont  fait 


a48  GHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

£  9  si  gazanh  an  pres^  tot  primier  lo  rendraii. 
E  si  'l  <yms  de  Monfort  ni  1  «rozat  que  vendran , 
ûiYalganftobre  lor,  coma  prob  bome  fkn , 
E  si  prendran  del  lor,  ja  no  'ls  o  defendran. 
t^er  laus  del  rey  de  Fransa  del  trastot  passaran. 
E'leoms,  quepas  la mar,  lai  vas lo  flnm  Jordan, 
E  que  estia  lai  tant  cp  li  monge  Toldran , 
O  'I  cardenal  de  Roma ,  o  cel  qu'eb  i  metran. 
E pois ques meta en orde,  al Temple o a Sant  Joan. 
Cant  aiso  aura  fait ,  sos  castels  ii  rendran  \ 
'    E  si  áiso  no  &i ,  del  tot  lo  cassaran  , 
Que  no  *1  remandra  res. 

Li  cazal  de  la  terra,  cavaler  e  borzes , 
Cant  auziron  la  carta-que  legida  lor  es , 
Dizon  que  mais  Yoldrian  estre  tuit  mort  o  pres. . . . 
Doncs  serian  tuit  sers  o  vila  o  pages.     . 
Li  borzes  de  Moicliac  e  sels  de  Agmes  ^ 
Dizon  c'ans Tugirian  per  Taiga  en  Bordaies.... 
O  s'en  irau  estar,  si  lo  coms'o  volgues , 


profit ,  toul  d'abord  .ils  le  rendront.  Et  s\  le  comte  de  Monfort  et  les  croisés 
qui  viendront ,  chevauchent  sur  eux  (sur  leurs  terres) ,  comme  font  des  hoiDiDes 
honnétes,  et  ^  s'ils  prennent  du  ieur,  ils  ne  le  le^  défendront  jamais.  Ib  eo 
passeront  du  tont  par  les  décisions  du.roi  de  France.  £t  le  comte,  qu'ii  passe  la 
mer,  là  vers  le  fleuve  Jourdaîn  i  el  qu'il  reste  là  tant  que  voadront  les  moinesoa 
les  cardinaux  de  Rome ,  ou  ceux  qu'ils  y  commettront.  Et  puis  qu'il  se  mette  dans 
un  ordre ,  au  Temple  oa  à  Saint-Jeao ;  qnand  il  aura  fait  cda ,  on  lui  rendn 
ses  châteaux ;  et ,  s'il  ne  le  fiiìt ,  on  le  chassera  du  tout ,  teUement  qn'il  ne  lui 
resiera  rìen. 

Le».  habitants  du  pajs ,  chevaliers  et  honrgeois ,  qnand  ils  ooíSretit  la  charte 
qui  leur  est  lue ,  dìsent  qu'ils  aimeraient  mieux  étre  tous  morts  oa  prìsoo- 
niers... .  idnsi  íls  seFaient  tous  serís  ou  i^bûns  oa  paysans.  Les  boorgeoisde  Mois- 

sac  et  ceux  de  l'Agénois  disent  qu'ils  fttìfaientflatât  par  eau  en  Bordelais ? 

ou  ils  s'en  tront  demeurer ,  si  le  comte  4e  voulait ,  avec  lui  dans  nne  autre  con- 


CHRONIQUE  DES  ÁLBIGEOIS.  2^9 

Ab  lui  en  antra  teira ,  on  qtte  a  lui  plagues. 
E lo coms ,  cant o  au ,  lor  neret  grans merces. 

Encouragé  par  cétte  'declaratioil ,  Raimond  se  prépare  à  la  rési- 
stance.  Le  légat  en  étant  in'struit,  fa.it  prêcher  une  nouvelle  croisade. 
Après  plusieuçs  incidents ,  les  croisés  font  le  siége  de  Lavaur.  D'un 
autre  coté,  le  comte  de  Foix  marche  contré  cinq  mille  Âll^ands 
qui  se  rendaient  auprès  du,comtede,Montfòrt,  les  taille  en  piàces,  et 
écbappe  aux  croisés  qui  venaient  à.  lotír.secours.  A  |a  prise  de  Lavaur 
Simon  se  venge  cruellement  de  cet  échec.  Peu  de  temps  ap^ès  tout  le 
pays  se  soumet,  à  I'exception  de  Montferrant,  oii  cpmmandait  Bau- 
douin ,  frère  de  Raimond ;  mais  lé  chef  des  croisés  circonvient  si  bien 
ce  seigneur,  qu'il  parvient.  à  lui  faire  trahir  son  frère. 

Des  renforts  éliant  suryénus,  les  croisés  tentent  inutilement  le  siége 
deXouIouse;  ils  rabandótínent  bientôt,  et  se  séparent  à  rapproche 
de  l'hiver.  Sans  les  prétres,  il  est  probable  que  Baimond  et  le  comte  de 
Montfort  auraient  fait  la  paix ;  mais  rieo  n'àyant  encore  été  conclu  au 
príntemps ,  les  hostilítés  reconimencèrent.  La  campagne  fut  favorable 
aucomte  de  Toulouse,  en  telle  sortè,  que,  vers  la  fití  de  la  saison  tout 
le  pays  était  rentré  sous  sa  dominatipa,.  et  que  Simon  s'étáit  vu  forcé 
de  se  retirer  en  Agenois,  oîi  ìl  passa  son  faiver  à  faire  le  siégé  de  Saint- 
Marcel.  L'année  d'après ,  sa  troupe  s'étant  accrue  d'un  grand  nombre 
de  nouveaux  croisés,  il  reprit  la  plupart  des  vìlles  et  des  châteaux 
qui  lui  avaient  été  enlevés«  II  tint  ensuite  une  a$semblee  à  Pamiers, 
où  il  fixa  les  coutumes  du  pays. 

Au  retour  de  la  belle  saison ,  le  roi  à'Aragon ,  mécontent  des  ravages 
causés  par  les  croisés,  et  voyant.qu'on  ne  tenait  aucun  cpmptç  des 
remontrances  qu'il  ayait  faites,  vpulut  s'en  venger  par  la  force^  et,  à 
cet  ef(et,  partit  pour  assiéger  Muret: 

El  bos  reis  d' Aragon ,  desus  son  mialsoldor/ 

tne ,  ôù  qu'il  lui  plairait.  £l  le  comte  y  q^aiid  il  ent^nd  cela ,.  leur  tn  &it 
grands  remercimentt. 
Le  bon  rot  d'Angon,  $ur  son  niilsoadory  est  yenu  k  Huret,  et  y  plante  rorí-* 
1.  3a 


aSo  CBaONlQUB  DES  ALBIGEOIS. 

Es  Yengutz-a  Murel ,  e  pauza  i  rauríflor, 
E  a  raseljat  ab  mot  ric  valvasaor,' 
Qu'els  i  a  ameoat  e  trais  de  lor  hònçr. 
Ûe  cels  de  Catalonha  i  amenet  la  fior, 
,E  de  laì ,  d^Ara^o.trop  ric  combatedor. 
Ben  cuian  ja  no  trobon  en  loc  contrastador, 
Ni  aus'ab  4or  conibatre  hulbs  om  garreiador ; 
£  tramet  á  Tolqza^  al  roarit  sa  seror, 
Cades  venga  a  lui ,  ab  lui  sei  Taledory 
E  que  Tenga  la  osts  e  li  combatedor  {•     ^ 
Qu'el  es  aparelhatz  qú^elh  renda  sa  bonor,        * 
AI  comle  de  Cumenge  e  al  seu  parentor ;    . 
Puis  ira  a  jBezers ,  per  forsa  e  per  Tigor  *, 
No  laissara  croza|t  en  castel  ni  en  tor, 
De  lai  de  Montpesler  çntro  a  Rocamador, 
Que  no  'ls  fassa  morir  a  dol  e  a  tristor.;.. 

AI  capitol  s*en  vai  lo  cohis ,  dux  e  marque^ ; 
A  lor  dig  e  retrait  del  rei ,  que  yengutz  es , 
£  que  amena  gens  e  que  s'a  seti  mes ,     ' 
Deforas,  a  Murel  :  «'Son  las  teiïdas  espes , 
«  Que  el  a  ab  sa  ost  asetjatz  los  Frances.... 

flamme  j  et  ra.assiégé  avec'  .moolt  de  puissant^  yavassearsy  qu'il.y  a  amenés  «t 
tirés  de.leurs  freís.  II  j  aloena  la  flenr  decenx  de  Gatitlogne  et  de  là,  d'Aragon, 
beauconp  de  puissants  guerriers.  II s  pensent  bien  qu'ils  ne  trouvent  jamais  d*a<i- 
versaires  nuUe  párt ,  et  qu'aucun  homme  de  guerre  n'ose  combattre  avec  eux ; 
et  il  mande  à  Toulouse,  au  mari  de  sa  soeur,  qu'il  yienné  à  lui  sur4e-cliamp , 
avec  Ini  ses  partisans ,  et  que  vtcnne  l'armée  aìnsî  que  les  combattantd ;  qu'il  est 
disposé  afio  qu'il  rende  son  fief  au  comte  de  Comminge  et  à  sa  parenté.  Puis  il  in 
à  Béziers,  'par  force  et  par  vigueur ;  il  ne  laissera  ìiTwé  en  châtfMu  ni  en  tour, 
depuis  Montpellier  jusqu'à  Eocamadour,  qu'il  ne  les  iasse  mourir  avec  douieur  et 
avec  trlstesse.... 

Au  capitoulat  s'en  va  le  comte,  dnc  etjnarquis ;  illeor  a  dit  et  nipportý,  toudiant 
le  roi ,  qu'il  est  venu ,  «t  qu'il  améne  gens ,  et  qu'ii  a  mis  le  siége  en  dehors ,  à 
Aforet :  «  Les  tentes sçnt  épaisses,  en  sortequ'il  a  assiégéles Fran^s  avec  son  ost... 


CHROmQUE  DES  ALBIGfeOIS.  25t 

fc  E  cán  la  TÌlaer^preza ,  irem  en  Carcaàci^,' 

«  E  cobrareiá  las  terras,  st  Dieiis  o  a  prdmes*  »       ' 

Cel  i  respondero  :  «  Senher  coms  ^  so.  e»  bes , 

«  S'aisi  s  pot  acabar  co  ilh  o  án  empresj 

(( Mas  li  Frances  so  mal  e  dur  en  totas  res , 

((  E  ap  durs  los.  eoratges  ^'  é  an  cor  leones ; 

«  E  so  forment  iratz ,  car  tamal  lor  es  pres 

a  D'aicels  qne  als  Pnjols  avem  mòrti;  e  malmes-; 

«  E  fasáam  o  de  guiza  que  no  siam  inespres.  d    > 

Ab  tant  coman  ia  ost  li  comador  cortes  j 

C'ades n- iesqiien  trastait,  ab  trastotz  Idrs  arnes.... ' 

ïl  eison  per  lo»  pons  cavaer  e  b'orì^s , 

£  '1  pobles  de  la  yila.  Viatc  e  endemes, 

Son  Tengnd  a  Murel ,  -on  laiseron  rnmes 

E  trop.  bos  garnimens  e  trop  omè  cortes ; 

D&que  fon  grans  pecatz,  si  m'ajut  Dien»  ni  féi , 

E'n«valgmenstotz1omons.  " 

Totz  It>  mons  ne  Tal^  mens ,  de  T6r  o  sapiatz^ 
Car  paradis  ne  fo  destruitz  e  decassatz , 
£  totz  crestianesmes  aonitz  e  abássatz. 
Aras  auiatz ,  senfaors ,  co  fo ,  e  escoutatz. 

«  Et  qnmd  la  yîlle  sera  prise,  nous  irons  en  Gan^ssais,  cl  nous  recouvrepons  les 
«  tems,  si  Dîea'  Ta  promis.  »  Ceiíx-ci  lui  répondirent:  «  Seîgneyr  comte,  ccla 
«  est  bîen ,  s'il  se  pent  áinsi  achever  comme  ils  l'ont  entrepris ;  mais  les'  Fran^ais 
« sont  m^chants  ct  durs  en  tontes  chosés ,  et  ils  ont  dures  leurs  voloqlés ,  et  ils  ont 
*  caem  de  Uons ,  ei  ils  sont  forteìnent  oourrou(:és ,  car  grand  mal  leur  a  pHs  de 
« ecux  qu'aox  Pujols  nous  avons  tués  et  maltraitás ;  ^t  faîsons  cela  de  nianière  quc 
« Dous  ne  sojons  déçus.  »  En  méme  temps  les  corneurs  courtois  coment  Tannée, 
«fin  cpie  iocessamment  tous  sorteni,  avec  tous  leurs  hagages....  Et.  chevaliers  et 
ÌMnugeôis  sortent  par  les  ponto ,  et  le  peuple  Je  la  ville.  Prompts  et  emprcssés,  ils 
sont  venus  á  MUret  ^  ,où  ils  laissèrent  le  harnais-et  beaucoup  de  hous  Apiipemcnts 
et  bcaucoup  d'hommes  courtois ;  de  quoî  fut  grand  péché ,  si  m'aide  Diçu  el  la 
oi ;  et  tout  le  monde  en  válut  moins. 

Tout  le  monde  en  valat  moìns ,  sachez-rle  de  vrai,  car  le  paradis.en  ful 
déchu  et  dépouillé ,  et  toutè  la  chrétienté  honnie  et  ahaissée.  Or  ojez,  seigneùrs, 


252  -  CHRONIQUE  DES  ÁL1ÌIGEOÌ&: 

Lp  bos  reis  d'Arago  fò  a  Murel  asestnats , 
E  lo  coms  de  Sant  Geli,  e  trastotz  sos  bamat^ , 
£  'ls  borzes  de  Tolosa ,  e  la  coininaltaz. 
Bastiren  los  peirers  e  an  los  rcfdressatz , 
£  combaton  Muf el  tot  entom ,  per  tots  latz , 
Que  dins  la  vila  nova  son  tuit  essems  intratz  ^ 
E  *ls  Francés ,  que  lai  eran ,  ande  gQÌza  eoitatz, 
Que  el  oap  del  castel  s'en  son  trastotz  puiate. 
Ab  tant  es  ùs  mesátges  escontra  ^i  reì  anatz  : 
«  Senher  reis  d'Aragon ,  de  vertat  sapiatz 
«'Qùe  l'ome  de  Tolosa  son  d'aitant  avantat^ 
(i  Que  an  presa  k  yìla ,  si  tos  o  autréiatz , 
«  E  trencatz  \o»  solers  e  *k  albercs  barreiatz; 
«  E  an  si  los  Frances  dé  maneira  encausátz^ 
((  Que  el  cap  del  cástel  se  son.  tuit  amagatz.  » 
Cant  lo  rieis  t>  auzi,  no  s'en  te  per  pagatz^ 
Als  cossóls  de  Tolosa  el  es  viatz  anatz , 
E  de  la  sua  part  los^a  amonestatz 
Que'Is  omes  de  Murel  laisso  estarem  patz.... 

Li  Donzel  van  tost  diire  al  oosselb  principal 
Qu'els  fassan  de  Murel  issir  Tost  comunal , 


cpmmentce  fìit,  et  écoutez.  Le  bon  roì  d'Aragon  fìit  disposé  k  Muret,  et  le  comte 
de  Saînt-GiUés  et  tont  son  baronnage ,  et  les  boùrgeóis  de  TouI(inse  et  runiirersa- 
lité'.  Ils  bâtirent  les  pierriers  et  les  ont  dressés ,  et  combattent  Muret  tout  autour, 
de  tous  côtés ,  teUement  cpi'ils  sont  tous.  entrés  ensembie  dans  ia  yîUe  nçave ,  et 
ils  ont  pressé  les  Françaîs ,  qui  étaient  là ,  de  sorte  qu'ils  sont  tous  montés  au  soni' 
met  du  cfaâteau.  En  méme  temps  un  messager  est  alléau  devánt  du  roi :  «  Sei- 
«  gneur  roi  d'Aragon ,  sachez  vraiment  què  les  faommes  de  Toulouse  sont  ayances 
u  d'dutant  qu'îls  ont  pris  la  ville ,'  sî'  vous  l'octroyez ,  et  coupé  les  plancfaers  et 
«  détruit  les  faabitationsý  et  ils  ont  poursuîvi  les  Français  de  telle  maniére  que  toos 
u  se  sont  çacfaés  au  'sommet  du  cfaâteau.  »  Quand  le  ròi  entendít  cela  il  ne  s'eo 
tient  pour  satisfait :  11  est  allé  p'romptement  aux  consuls  de  Toulouse ,  et  de  soo 
autorîté  les  a  avertis  (jn'ils  láîssent  étre  en  paix  les  faommes  de  Murèt.... 

lies  Damoiseáux  vont  tôt  dire  au  conseil  prînclpál  ({u'ib  fassent  sortir  de  Muret 


GHROSflQUE  DES  ALBIGEOI$.    ^  253 

E  que  no  i  trenqúen  plos  ni  barreira  ni  pal , 
Mas  qu^els  laisso^ains  êstar  totz  de  cabal ,         • 
E  qne  s^en  tòrn  casçus  ak  traps  per  so  cabal ; 
Qn'el  bos  reis  ior  o  majxda  ab  cor  emperial  ^ 
Qu'En  Simos  i  TÌndra  ayán  ddl  aTesprar, 
E  Tol  lo  lains.  pendre ,  màis  qu'en  autre  logal. 
EIs  baros,  canl  o  auzo,  eissòn  tuil  comunaL 
E  Tan  s'en  per  las  tendas,  cascus  Tas  son  fogal.... 
E,  cant  agron  manjat,  Tiron  per  un  costal 
Lo  comte  de  Montfort  Tcnir,  ab  so  senjial, 
£  mot2  d'autres  Frances ,  que  tuit  soa  a  caTal. 
^      La  ribeira  resplan ,  co  si  fossò.cristalH, 
Dels  elmes  e  dek  brans^  qu*ieu  dig ,  per  san  Marsal : 
Anc  en  tan  pauca  gent  no  tìs  tan  bon  Tassal ! 
E  intran  a  Murel  per  mei  lo  mercadal  ^' 

« 

E  Tán  a  lasaHbergas,  com  baron  natural  \ 
E  an  pro  atrobat  pa  e  tì  e  camal. 
£  puis ,  a  lendema ,  can  Tiro  lo  jorn^l , 
Lo  bos  reis  d'Arago  e  tuit  li  seu  capdal 
Eison  a  parlament  defora,  en  .i.  pradal; 
£  lo  coms  de  T^oloza  e  de  Foib  atertal, 

Tannée  commune,  et  qn'ib  n*y  brisent  plus  iiì  barrìère  ni  pieu,  mais  qne  1à«« 
dedans  ils  les  laissent  étre  entièrement  tous ,  ét  que  chacun ,  de  son  chef ,  's'en 
retonrne  auz  tentes ;  que  le  bon  roi  le  leur  mande  avec  volonté  impérative.;  vu 
qne  le  seigneur  Simon  j  viendra  avant  la  vesprée,  et  qu'il  veut  le  prendre 
là  dedans  plus  qu'en  autre  lieu.  Les  bâronsVquand  ib  entendent  cela,  sortent 
tcms  ensemble  et  s'en  vont  par  les  tentes,  çhacun  vers  son  fojer...'.  Et,  quand  ils 
eorent  mangé ,  ils  virent  venir  par  une  côte,  ie  comte  de  Montfort ,  avec  sa  ban- 
lúère,  et  beaucoup  d'autresFrançais,  qui  sont  tons  à  cheval. 

La  plaine  re^plendit,  còmoìe  si  ce  fìissent  cristaux,  par  les  heaùmes  et  lea 
cpées ,  en  sorte  que  je  dis ,  par  saint  Marsal :  Oncques  en  si  petite  traupe  je  ne 
Tis  si  bon  guerrier!  Et  ils  entrent  à  Itfìiret  parmi  le  marché,  et  yont  aux  habita- 
tions,  comme  barons  natusels;  et  ils  ont  trouvé  .abondamment  pain  et  vin  et 
viande.  £t  puis,  le  lendemain,  quand  ils  virent  le  jour,  le  hon  roi  d'Aragop  et 
lous  ses  cheb  sortent  à  une  asftemhlée  dehors ,  en  un  pré;  et  le  corate  db  Tòu- 


7.54  CHAONIQUE  JXES  ALBIGEOIS. 

£  k>  comâ  de  Gumenge,  ab  boa  cor  e  leial , 
£  mot  d'autre  baro ,  e'N  Ugs ,  lo  seDescal  j 

£'ls  bories  de  ï'olosa  e  tuit  ii  meneslrat.... 

•>  .  .    • 

Le  roi  preqd  la  parole : 

ic  Senhors,  so  lor  a  dit ,  auìatz,.  qti'o  us  Tulh  monstrar: 
«  Simos  es  lai  vengutz  e  bo  pot  escapar ;' 
((  M^s  pero  eu  tos  TUlh  d'aitant  asabentar^ 
((  Que  la  batalha  er  abans  del  avesprar. 
((  £  vos  áììtres  siats  adreit  per  capdelar,' 
a  Sapiatz  los  grans  colps  e  ferir  e  donar^ 
((  Que,  si  eran  .x.  tans ;  si'Is  farem  trastornar.  »       • 
£  lo  còms  de  Tolosa  se  pres  a  razonar  : 
(( Senher  reis  d*Ârago ,  si  m  Totetz  escoutar . ... 
«  Fassam  entom  las  tendas  las  barreirÌEis  dressar, 
«  Que  nulhs  om  a  cavaí  dins  non  puesca  intrar ; 
«  £  si  veno  ilh  Frances ,  tjue  ns  Tulhan  asautar, 
«  £  nos y  ab  las  balestas  los  farem  totz  na(rar.... 
«  £  poirem  los  trastotz  aisi  desbaratar.  » 
So  ditz  Miquel  de  Luzia  :  «  Jes  aiso  bo  no  m  par 
«  Que  ja  1  reis  d*Arago  fassa  cest  malestar ; 

louse  et  de  Foix  également  et  le  coihtè  de  Gomminge,  avec  coeur  bon  et  lojai, 
ct  bciBucoup  d'antres  barons ,  et  te  seigneor  Hugnes ,  le  sánéchaly  et  les'botirgêoîs 
de  Toulouse  et  tons  íes  arlîsans.... 

M  Seigneurs,  ce  leur  a-t-il  dit ,  óyn,  vn.  <{ué  je  Vous  le  veuv  montrer :  Siinon 
u  est  Tenu  là ,  et  ne  peut  écbápper ;  mais  ponrtaot  je  tous  tcux  ÎDStruire 
«  d'antant  que  la  bataiile  sera  aTant  la  Tesprée.  Et  tous  autres  sojez  ha- 
<i  biles  pour  diríger,  sachez  et  (rapper  et  donner' les  grands  coups,  tu  cpie 
u  s'ils  étaient  dìx  feis  autAnt ,  nour  Ics  ferons  encoce  toumer  le  dos.  »  Et 
le  cotnte  dc  Toulouse  se  prìt  à  parler  :  n  Seigneur  roi  d'Aragon,  si  vous  mt 
M  Toûlez  écouter....  Faisons  autour  des  tentes  dresser  les  barríéres,  de  sorte 
•ique  nul  homme  à  cheyal  Bépuisse  entrer  dedans;  et  si  TÌennent  les  Fran- 
«  çais,  qu'ils  nous  Teuillent  donner  assaut,  etnous ,  aTec  les  balîstes  noùs  les'fe- 
«(  ròns  tòus  naTrer...,  Et  nous  pourrons  ainsi  lés  mettrr  tous  en  déroule.  »  Ce 
dit  Michel  de  Luzian :  «  Ced  ne  me  paraît  pas  bon  que  jamais  le  roi  d*Âragon  frsse 


CHROinQUE  DES  ALBIGEOIS.  Ì55 

«  E  es  motgrans  pecatz,  car  ayetz  on estar;      .     . 
«  Per  Tostra  Tolpilha  us  laichatz  deseretar.  .. 
—  «  Scnhors,  so  ditz  Ip  coms,  als  aob  pusc  acabar; 
II  Er  ssia  co  as.yuUiatzy  c^abans  del  auoitar. 

»  ♦ 

«  Yeirem  be  cab  s'ira  ddrriers ,  al  camp  levar.  » 

Ab  tans  cridan  ad  armas  e  yan  se  tnit  armar ; 

Entro  sus  a  las^portas  s'en  van  esperonar, 

Si  que  an  Ìos  Frances  trastotz  faîts  ensarrar, 

E  per.meia  la  porta  yan  las  lansas'gitar, 

Si  qu'el  dins.  e'ldefora  contendon  sul  lumdár, 

£  s  gieten  dartz  e  lansas,  e  s  yan  grans  colps  donar. 

D'entr'  ambas  las  partidas  ne  fan  lo  sanc  rajar, 

Que  trastota  la  porta  viratz  yermeilbejar. 

Can  aicels  de  la  fora  no  pogron  dins  intrar, 

Dreitament  a  las  tendas  s'en  prendo  a  tomar; 

VeH  yos  asetiatz  totz  essems  al  dinnar. 

Mas  Simos  de  Montfort  fai  per  Morel  cridar, . 

Per.trastotz  los  Qsdals ,  que  iassan  «nsel^r 

E  fássan  las  cubertas  sobr*eIs  cayals  gitar, 

Que  yeiraii  dels  defora  si'ls  pòiran  enganar.... 


<  cetteÌBconyenanoe,  et  c*est  (brt  grande  fatite^  poisque  vcnis  ayez  où  tenir;  par 
« Tolre  lâcbeté  yops  yqm  Uissez  dépouìller.  »  —  «  Seignenrs ,  ce  dit  le  comte ,  je 
«oe  puis  acbeŷer  (de-  dire)  autre  chose;  qu'il  soit  maintenant  conine  you$< 
t  Tondrez  ^  va  qu'ayant  qu'il  fiuse  nuit  nous  yerrons  bien  lequel  íra  lé  demîer  au 
«lever  da  çamp.  »  Alors'ib  crient  aux  armes  et  yont  tous  s'atmer;  jusque  sus 
aox  portes  ils  s'en  yont  éperonnçr,  tellement  qu'ils  ont  fait  énfermer  toûs  les 
Fnncais ,  et  ils  yont  jeler  ies  lances  parmi  la  porte ,  de  sorte  que  le  dedans  et  le 
<kbors  combattent  sur  le  seuil ,  el  se  jettent  dards  et  lances ,  et  se  yont  donner  de 
gntads  coQpSo  D'entre  les  deux  parties  ils  en  font  ruisseler  le  sang,  téllenxent  que. 
▼ous  Terriez  toute  U  porte  devenir  yermeille.  Qoand  ceux  de  là  dehors  ne  purent 
eotrcr  dedans ,  directemeat  aur  tentes  ils  se  prennent  À  retoumer ;  vous  les  voîlà 
to  assis  ensemble  pour  dtner.lf  ais  Siiíion  de  Montfort  fait  crîer  par  Muret ,  par 
^  les  logis ,  qu'ils  íassent  seller  et  qu'ils  fiissent  jeter  les  coovertures  sur  les 
^^beTtux,  qn'ils  verront  de  eeuz  de  dehor»  s'ìls  potirront  les  suiprendre....  Et, 


a56  CHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

E  cant  foron  deTora  y  pres  se  a  sermonar  ^ 

«  Senhoi:s  baro  de'Fransai  nó  us  sei  nulh  cosselfa  dar, 

«  Mas  qu'em  .ven^tztrastnit  per  nos  totz  perilhar. 

c(  Anc  de  tota  ^ta  noit  no  fi  oias  ^perpessàr, 

«  Ni  mei  ^lh  no  donniron ,  ni  pogronr  repanzar  \ 

<t  E  ai  aisir  trobat  e  mon  estuziar : 

I 

,((  Que  per  aquest  semdier  nos  'coYÌndra  passar, 
«  Cançm  dreit  a  la«  tendas ,  com  per  batalha  dar ; 
«  E,  si  eison  defpras ,  que  ns  vulhan  asaltar, 
«  E  si  nos  de  las  tendas  no  'ls  podem  alunhar, 
(( No  i  a  mas  que  fugam  tot  drejt  ad  AutTÌlar. » 
Dltz  lo  coms  Baudois  :  «  Anem  o  esaiar ; 
«  E  si  eisson  defora ,  pessem  del  be  chaplar ; 
«  Que  mais  val  mortz  ondrada,  que  vius  mendiguejar..» 
^h  tant  Foli^uets/rayesques ,  los  a  pres  a  senhar ; 
Guilbeumes  de  la  Barra  los  pres  a  capdelar, 
£  fe'ls.  en  tres  partidas  totz  essems  escalar, 
E  totas  las  senheiras  el  primer  çáp  anar ; 
E  van  dreit  a  las  tendas.    • 
Tuit  s'en  van  a  Wtendas,  per  meias  las  palutz^ 
Senheiras  desplegadas  eUs  penos  destendutz»... 


qnand  ils  fiirent  dehors ,  il.se  prit  k  dire  :  «  Seîgneuri  barons  de  France,  je  oe 
tt  saîs  TOns  donner  aucun  conseîl ,  si  ce  n'est  qae  nous  sommes  tous  venus  poor 
u  nous  meìXjre  tous  en  périL  Oncijues  de  toute  cette  nuit  je  ne  fis  que  réflécliir,  et 
(c  mes.jeux  ne  dormirent  nipurent  reposer;  et  j'ai  imaginé  aìnsi  dans  ipon  médn 
« ter:  qu'il  nous  eoiíyieB<ka  jpasser  par.ce  sentier,  afin  que  noos  allìons  droit  aux 
«  tentes ,  comme  pour  livrer  bataiUe ;  et  s'ils  sortent  dehors ,  qu'ils  veuillent  nom 
«  assaillir,  et  si  nous  ne  pouvons  les  éloigner  des  tentes,  il  n'j  a  plur  qu'â  fttir 
«  tout  droit  k  Hautvîlars.  >»  Le  comte  Bandoin  dit :  «  Allons  essajer  cela ;  et,  s'ils 
«  sòrtent  dehors ,  pensons  à  bien  cbapler ;  car  mieuiç  vaut-  mort  honorablc  que 
«  de  mendier  vivant.  »  Alors  Folquet,  l'évéque,  ìés  a  pris  á  bénîr;  Guìllaume  de 
la  Barre  les  prit  à  organiser,  et  les  fit  tous  échelonner  en  trois  parties ,  et  mar' 
cher  lcs  bannières  au  premier  rang ;  et  ib  vont  droît  aux  tentes. 
'  Ils  s'en  votìt  J[ous  aux  tentes ,  à  trayers  les  marais,  bannières  déployées  et 


CHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS.  257 

EI  bos  reis  d' Arago ,  cant  los  ag  perceubutz , 

Ab  petits  companhos  es  Tas  lor  aleDdùtz , 

E  rome  de  Tolqaa  i  son  tuil  corregutz ; 

Que  anc  ni  coms,  qì  reis  non  fon  de  ren  creutz , 

E  anc  non  saubon  mot ,  tro  'ls  Franc^  son  vengutz  ^ 

E  yan  trastuit  en  lai  on  fon  r^  conogutz ; 

E 1 ,  escrida  :  a  Eu  so  1  r^is  I  »  Mas  no  i  es  entendutz  , 

E  fo  si  n^alâment  e  nafratz  e  ferutz , 

Que  per  mieia  la  terra  s'es  lo  sancs  espandutz  ^ 

E  r  ora  s  cazec  mortz  aqui  totz  estendutz. 

E  Tautre ,  çant  o  viron  y  teno  s  per  deceubutz.     , 

Qui  fug  sa ,  qui  fug  U ,  us  no  s'es  defendutz.... 

£  Torae  áh  Toloza ,  c'als  traps  son  remazutz , 

Estero  tuit  essemps  malament  desperdutz.... 

E  'I  pobles  de  Toloza ,  e  lo  grans  e  '1  menutz , 

S^en  son  trastuit  essems  ve^raiga  corregutz.... 

L'aiga,  qu*es  rabineira^  n'a  negatz.... 

Mot  fo  grans  lo  dampnatges  e  *I  dols  e  *I.  perdementz  , 
Cant  lo  i;eis  d'Arago  remas  mort  e  sagnens , 
E  mot  d'autres  baros  -,  don  fo  grans  raunimens 
A  tot  crestianesme  e  a  trastotas  gens. 

penons  étendus....  Le  bon  roî  d'Aragon  ,  quand  il  les  ent  aperçus,  avec  un  petit 
Dombre  de  compagnons  s'est  dirígé  vers  eox,  et  les  bommes  dé  Tòulouse  j  sont  tous 
toiirus  'y  vu  qu'oncqùes  ni  comte ,  ni  roi  il  ne  iut  cru  en  aucnne  maniére ,  èt  ils  n'en 
sorent  mot  oncques ,  jusqu'au  moment  où  les  Françáis  sont  venus;  et  (ceux-ci) 
▼ont  tons  par  lá  oii  il  fìit  reconnu  roi ;  et  lui ,  il  s'écríe  :  «  J^  suts  le  roi ! '»  Mais  il 
d'j  est  pas  entendu ,  et  il  fut  si  malement  et  blessé  et  firappé  que  le  sang  s'est 
répandu  parmi  la  terre ;  et  alors  il  tomba  mortlà,  tout  étendu.  £t  les  autres,  quand 
^  virent  cela,  se  tieanent  pour  déçus.  Qui  íuit  çà,  qui  feit  là ;  pas  un  ne  s'est  dé- 
fendn.... ;  et  les  hommes  de  Toulouse ,  quì  sont  demeurés  aux  tentes ,  furent  tous 
«Dsemble  malement  éperdus.. .. ;  et  le  peuple  de  Toulouse,  et  le  grand  et  le  menn , 
s'en  sonttous  ensemble  courus  vers  l'eau....  l'eau,  qui  est  rapide  ,  en  a  nojé.... 

Très  grand  fut  le  dommage  etla  doulenr  et  la  perte,  quand  le  roi  d'Áragon  resia 
OHTt  et  saignant ,  et  beancoup  d'autres  barons ;  dont  íiit  grande  la  honte  pour 
tonte  la  cbrétienté  et  pour  toutes  gens.  Et  les  hommes  de  Toulouse,  to^s  cour- 
I.  33 


258  CHRONIQUE  DES  ALBIGBOIS. 

E  Is  omes  de  Tholoza ,  totz  iratz.e  dolens  ^ 

.Aicels  qui  son  estortz ,  qae  no  son  remánens , 

S'en  intran  a  Totoza,  dedins  los  ba^oie]i&» 

En  Symos  de  Montfort ,  alegres  e  jauzens , 

  retengiit  lo  camp ,  don  ac  mans  gapniioens. ... 

E  lo  coms  de  Tolosa  es  iratz  e  dolens ,  - 

£  a  dig  al  capitoi ,  e  aquo4)assaniens , 

Qu'al  mìelhs  que  els  puescan  fiissan  acordamens ; 

Que  ei ,  ira  al  papa  far  sos  querelhàmens , 

Qu'En  Simos  de  Montfort ,  ab  sòs  mals  ^cauzimens , 

L'a^  gitaC  de  sa  terra  ab  glazios  tnrmens. . 

Pueib  issic  de  sa  terra ,  e  sos  filhs  idiamens: 

E  'is  bomes  de  Toloza ,  cum  caitietts  é  dolens , 

S'acordan  ab  En  Simo  ,  e  li  fan  sagramens , 

E  redo  s*a  la  gleiza  a  totz  bos  canzimens. 

Avant  de  prendre  possession  de  Toulouse,  Simon  envoie  un  messagí! 
au  fils  du  roi  de  Franccf,  qui  vieut,  et  entre  triomphalement  dans  la 
ville,  à  la  tête  dès  croisés/  Op,  comble  ensùite  tes  fossés,  ei  le  prince 
retourne  auprès  de  son  père ,  qui  ne  se  montre  pas  trèâ  satisfait. 

Pendant  que  les  choses  vont  ainsi  à  Toulouse,  le  comte  et  son  fils 
arrivent  à  Rome ,  au  moment  où  allait  se  tenir  le  concile  de  Làtran' 

dc  I2l5. 

Cant  la  eortz  es  complida ,  es  mot  grans  lo  ressos. 
Del  senhor  apostoli ,  qu'es  vers  religios , 

roQcés  et  dolents ,  ceux-lÀ  qui  sont  échappés ,  qui  ne-sant  pas  restants ,  rentreot  «ì 
Toulouse ,  dans  les  maisons.  Le  seigneur  Simon  de  Montfort ,  alégre  et  jojeux  * 
a  retenu  le  camp ,  dont  il  6ut  maints  équìpements....  $t  ie^comte  de  Toulouse est 
courroucé  et  dolent ,  et  il  a  dit  au  capitoulat ,  et  cela  tout  bas  ,  que  au  mienx 
•qu'ils  pourront  ils  fiusent  accord ;  que  lui,  il  ira  au  pape  &ire  ses  plaintes  de  ce  que 
le  seigneur  Sîmoo  de  Montfort,  ayec  ses  mauyais  procédés,  l'a  chassé  de  sa  ierre  avec 
douloureii^c  touru^nts.  Puìs  il  sortit  de  sa  terre ,  et  son  ^  également.  £t  les 
hommes  de  Toulouse,  comme  chéU&  et  dolents,  s'accordent  avec  le  seîgneur  Sinoii, 
et  iui  font  serments,  et  se  rendeut  à  réglise  avectoutes  sortes  de  bons  ^gards. 
Quand  la  cour  est  réunie.,  grand  est  le  retentissement.  Du  seigaeur  pape ,  qui 


GHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS.  »59 

Lai  fo  faitz  lo  coDcilis ,  e  la  legacios 
Dels  prelatz  i^e^lieza ,  que  lai  foron  somos 
Cardenab  e  ayesqaes ,  e  abatz  e  priors , 
'£  comtes  «  vescomtes  de  motas  tegios, 
Lai  fo  '1  coms  de  Tholosa  e  sos  6ls  bek  e  bo&, 
Qu'ez  yengutz  d'Engláterra  ab  petitz  cumpanbos ; 
E  trespassec  per  Fransa ,  per  motz  locs  perilhos  \ 
Car  gent  N  Arnaut  Topina  l'i  menet  a  rescos  y 
E  s'es  Yengutz  a  Roma,  on  es  sagracios, 
E  mandec  rapostolis  que  reconciliatz  fos ; 
Qu'anc  no  nasquec  de  maire  nuih^  plus  avinens  tos , 
Qu'el  es  adreitz  é  savis  e  de  gentils  faisos , 
£  del  milhor  linage  que  sia  ni  anc  fos.... 
£  fo  î  '1  coms  de  Foih  qu'es  avinens  e  pros. 
£  denant  Tapostoli  gietan  s'a  genolhos 
Per  recobrar  las  terras  que  foron  dels  pairos. 
L'aîpostolis  regarda  Tefant  e  sas  faisos^ 
E  conosc  lo  Unalge,  e  saub  las  falbizos.... 
De  pietat  e  d'ira  n*a  'i  òor  tant  doloiros 
Qu'en  sospira  e  'n  plora  de  sos  olhs  ambedos. 
Mas  iai  no  val  als  comtes  dreitz  ni  fes  ni  razos.... 


est  vraì  religîenx,  là  iut  fait  le  còncile,  et  la  députation  des  prélatis  de  réglise,' 
ra  que  U  fiirent  appelés  cardinaux  et  éváqnes  et  abbé*  et  priears  et  oomtes  et  vi- 
comtes  de  maintes  régîons.  Là  fut  le  comte  de  Toulouse  et  son  fils  bel  -  et  bon , 
qai  est  yenu  d'Angleterre  avec  peu  de  compagnons ,  èt  traversa  parmi  la  Fraiice, 
pv  maints  lieox  périlleux ;  car  le  seigneur  Amaud  TcMpina  I' j  guida  bien  en 
secret,  et  il  est  yenu  à  Rome ,  oìi  est  la  sanctifiovtion  ;  et  oommanda  le  pape  qu'il 
fiìt  récondlié  ;  vu  que  onoques  ne  naquit  de  mére  auoun  enfánt  plus  avenant,  vu 
qv'i]  est  bien  élevé  et  sage ,  et  de  gentiUes  façoos,  et  du  meiQeur  lignage  qui  soit 
ni  fìit  jamais....  Et  7  fut  le  còmte  de  Foìx,  qui  est  avenant  et  preux.  Et  ils  se 
ìelteot  à  genottx  devant  le  pape  pour  recouvrer  les  terres  qui  (urent  des  ancétres. 
^  {Mpe  oonsidére  renfiint  et  ses  (a^as ,  et  connut  la  racct  et  sut  les  fiiutes. . ..  De 
pilic  el  de  cbagrín  il  en  a  lc  cocur  si  a£Bigé  qu'il  en  soupire  et  en  pleure  dc  scs 
<^<^Qiyeux.  Mais  lá  ne  vaut  aux  comtes  droit,  ni  foi,  ni  raison.,..- 


26o  CHRONIQUE  DES  ALBÌGEOÍS. 

Mas  denant  rapostoli,  car  es  temps  e  sazos, 
Se  leva '1  coms  de  Foih ^  e  aonda  U  razos'.... 

Cant  lo  coms  se  razona  desobre  '1  paziment , 
Tota  la  cortz  Tescouta  e  Tesgarda  e  Tentent. 
£  ac  la  color  fresca  e  lo  cors  coTÌnent , 
E  venc  al  apostoli ,  e  dih  li  belament : 
«  Senh^  dreitz  apostolis ,  on  totz  lo  nion  apent , 
((  Et  el  loc  de  sent  Peire  e  '1  seu  goYernament , 
«  On  tuit  li  pecador  devon  trobar  guirent , 
«  E  deu  s  tener  drechura  e  pàtz  e  judjament  ^ 
«  Per  so  car  i  est  pauzatz  al  nostre  salyament ; 
«  Senher,  mos  diitz  escota  e  totz  mos  dreit  me  rent ; 
«  Qu4eu  mé  posc  escondire  e  far  yer  sagrament 
«  Canc  non  amei  eretges  ni  nulh  hom  mescrezent , 
«  Ni  yolh  ja  lor  paria ,  ni  mos  cors  no  *ls  cossent. 
«  E  pos  la  santa  glieza  me  troba  obedient , 
«  Soi  yengutz  en  ta  cort  per  jutjar  leialmeut , 
«  Eu ,  e  4  rics  coms  mos  senher,  e  sos  filhs  ichament , 
«  Qu'es  bels  e  bos.  e  savis  e  de  petit  jovent , 
«  E  anc  no  fe  ni  dig  engan  ni  falhiment. 


Mais  devant  le  pape ,  car  c'est  le  terops  et  la  saison ,  se  lève  le  comte  de  Foix ; 
et  raison  lui  abonde.. . . 

Lorsque  le  comte  prend  ia  parole  sur  le  pavé ,  toute  la  cour  l'éconte  et  le 
regarde  et  lui  préte  attentiou.  £t  îl  eut  la  couleur  fratcbe  et  le  corps  conve- 
naUe ;  et  il  vìnt  au  pape ,  et  luî  dit  bellement :  «  Seîgneur  )aste  pape  ,  où  tout  le 
M  monde  aboutìt,  aínsí  qil'au  lieu  de  saint  Pierre  et  à  son  autoríté ,  où  tous  les 
«  pécheurs  doivent  trouver  pfotection,  et  doit  se  tenîr  droiture  et  paix 
u  et  justîce  ,  parce  que  tu  j  es  placé  pour  notre  salut ;  seigneur,  écoute  mes  pa- 
tt  roles  e;t  me  rends  tous  mes  droits  ^  vu  que  je  puís  me  îustîfier  et  faire  vrai  ser- 
(c  ment  qu'oncqucs  je  n'aimai  hérétiques  ni  aucun  homme  mécréant,  ni  ne  veux 
«  jamais  leur  société,  ni  mon  coeur  ne  les  approuve.  £t  puîsque  la  saìnte  Eglise  mc 
K  trouve  sonmis ,  je  suis  venu  eu  ta  cour  pour  étre  jugé  loyalement ,  moí ,  ét  le 
i<  puissant  comte  mon  seignenr,  et  son  iils  aussi ,  qui  cst  bel  et  bon  et  sagc  ct  (le 
u  tendrc  jeunesse ,  et  oncques  ne  fít  ni  nc  dit  fourbcric  ni  fausseté.  Et  puisque  le 


r 


GHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS.  261 

«  E  pos  dreh  no  rencuza ,  ni  razos  no  .H  teprent , 

«  Si  non  a  tort  ,ni  colpa  a  nulha  re  vivent , 

«  Be  m  fai  gra,ns  merayilhas  per  que  ni  per  cal  sent 

«  Pot  nulhs  prosom  suffrir  son  dezeretament. 

«  E  lo  rica  comsmos  senher,  tm  grans  honors  apent , 

«  Se  mezeis  e  sa  terra  mes  el  teu  cauziment , 

«  Proensa  e  Tholosa  e  Montalba,  rendent; 

((  E  poih  foron  Ihivrat  a  mort  e  a  turment, 

((  Âl  peior  enemic  e  de  peior  talent ,  - 

«  Â  'JN^  Simon  de  Montfort ,  que  'ls  Ihia  e  los  pent 

«  E  'ls  destrui  e  'is  abaicha ,  que  merces  no  i)ì'en  prent. 

A  E  pos  se  foron  mes  el  teu  esgardament, 

((  So  Tengutz  a  la  mort  e  al  perilhament. 

«  E  ieu  meteis ,  ric  senher,  per  lo  tieu  mandament , 

«  Rendei  'I  castel  de  Foih ,  ab  lo  ríc  bastimént ; 

(I  E  'I  castels  es  tant  fortz ,  qu'el  mezeis  se  defent ; 

(I  E  ayia  i  pa  e  vi  pro  e  carn  e  froment , 

«  E  aiga  clara  e  dousa  jos  la  rocha  pendent , 

«  E  ma  gentil  companha  e  mot  clar  garniment ; 

«  E  no  U  temia  perdre  per  nulh  afortiment. 

tt  E  sap  o  'I  cardenals,  si  m'en  vol  far  guirent, 


0  droit  ne  l'acGuse ,  nî  raíson  ne  le  reprend ,  s'îl  n'a  tbrt  ni  &ute  envers  nulle 
"  cliose  vìvante ,  bien  me  &it  grandes  sorpnses  ponrquoi,  ni  ponr  qnel  mottf,aucan 
« pnidlHmimepentsoufinr  son  exbérédation.  Et  le  puìssant  comte  mon  seigneur,  de 
« qni  grands  fie6  relèvent ,  se  mit  Inì--méme  et  sa  terre  á  ta  discrétion ,  rendant 
•  la  Proyence  et  Toulouse  et  Montauban  ;  et  puis  ib  furent  livrés  à  mort  et  k 
« t<rannent ,  au  pire  ennemi  et  de  pire  désir,  au  seigneur  Simon  de  Hqntfort ,  qui 
« Ìes  ganotte  et  les  pend  et  les  détruit  et  les  abaìsse ,  vu  que  merci  ne  lui  en  prend. 
"  Et  après  qu'ils  se  íurent  mis  sous  ta  sauyegarde ,  ils  sont  venus  à  la  mort  et 
« au  péril.  Et  moi-méme,  puissant  seigneur,  par  ton  ordre,  je  rendis  le 
•>  château  de  Foix ,  avec  le  snperbe  bfttlment ;  et  le  cbâteau  est  si  fort  qu'il  se 
>  défend  lui-méme ;  et  il  j  avait  pain  et  vin  assez,  et  chair  et  froment ,  et  eau  claire 
"  et  douce  sous  la  roche  pendante ,  et  raa  noble  compagnle  et  manite  bríllante 
<  annare  ;  et  je  nc  craîgnais  de  le  pcrdre  par  aucun  effbrt.  El  le  cardinal  ic  sail , 


362  CHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

((  Si  cum  eu  lo  IhHrrei;  qui  aital  no  '1  me  reut , 
(( Ja  nulhs  om  no  s  deu  creire  e  nulh  bel  ooTenent.  n 
Lo  cardenals  se  leya  e  respondet  breument ,. 
E  yenc  al  apostoli ,  e  dìg  li  belameut : 
«  Senher,  so  qu^el  coms  ditz ,  de  sol  .i.  mot  no  i  ment , 
«  Qu'ieu  receubi  '1  castel ,  e  'l  Ihiyrei  Yerammt ; 
((  E  la  mia  prezensa  i  mes  son  establiment 
((  L'abas  de  sent  Tuberi. 
((  L*abas  de  sent  Tuberi  es  |»t>s  .e  gent  abits , 
<i  E  *1  castels  es  mot  fortz  e  ben  e  gent  gamitz ; 
«  E  "1  coms  a  bonament  Dieu  e  tu  obezit.  » 
Ab  tant  se  leya  em  pes ,  car  estec  ben  aizitz , 
L'eyesques  de  Tholosa ,  de  respondre  amaryitz  : 
(( Senhors,  so  dUz  l'ayesques,  tug  auzetz'que  1  coms  ditz , 
((  Qu'el  s'es  de  la  eretgia  delhÌTratz  e  partitz : 
((  Eu  dic  que  de  sa  terra  fo  la  mager  razitz ; 
((  E  el  los  a  amatz  e  yolgutz  e  grazitz , 
(( E  totz  lo  seus  comtatz  n*era  ples  e  farzitz. 
((  E  '1  pog  de  MoQtsegur  fo  per  aital  bastitz 
(i  Qu'eMos  pognes  defendre,  e'b  hi  a  cosadntitz* 
((  E  sa  sor  fo  eretja,  cant  moric  sos  Ufuritz , 

«  s'il  veut  m*en  faîre  garantìe ,  comment  je  le  iìvrai ;  qni  ne  me  le  rend  pas  dc 
n  méme ,  jamais  aucvn  bpmme  ne  doit  ayoir  ùn  en  aucane  belle  promesse.  «  Le 
cardinal  se  lève  et  répondit  brìètement,  et  yint  au  pape,.et  loi  dit  beUemeDt : 
«I  Seigneur,  en  oe  qne  dit  le  oomte ,  il  n'y  ment  pa^  seolement  d'un  mot ,  vu  qae 
(« je  reçus  le  cbâtean  et  ie  liyrai  vérítaUemeat;  en  ma  práBence  l'abbé  de  Saiot- 
u  Tbibérj  j  mit  sa  gamis(m. 

« L'abbé  de.  Saint-Tlitbéij  est  preiiz  et  bîen  fiuná ,  ei  le  château  es( 
•  trés  fort  et  bten  et  convenablement'poannii  y  et  le  comte  a  fidèlement  obéi  è  Diea 
«  et  à  ioì.  n  Alors  Tév^ue  de  Tonfeuse,  empressé  de  répondre,  se  lève  sor  pieds , 
car  ii  <e  tint  bien  à  l'aise':  a  Seignemrs,  ce  dit  l'évéque,  vous  entendez  tons  cc 
<«  ({ue  dit  le  comte  ,  <pi'îi  s'est  détaché  et  séparé  de  l'faérésie  :  moi ,  je  dis  <pie  la 
«  plus  grande  racioe  fiit  de  sa  terre ;  et  iiles  a  aimés  et recherchés et  agréés , et 
M  tout  son  comté  en  était  plein  et  fiu'ci.  Et  le  Puy  de  Montségur  fi^t  bâli  de  tellc 
«  Ìa^on ,  (|u'il  lcs  pût  défendre ,  et  il  lcs  j  a  soufferts.  £t  sa  sceur  fut  hMti(pie, 


CHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS.  263 

fi  E  estec  poih  a  Pamiaft  plus  de  .111.  ans  oompHlz ; 

«  Ab  sa  mala  doctrina ,  nl  à  mans  convertitz. 
«  E  los  teus  peregris ,  per  ciri  Dieus  fo  servitz , 
cc  Que  cassavan  eretges  e  rotiers  e  faizitz , 
<(  M'a  tans  mortz  e  trèncatz  e  b'rizatz  e  partitz  , 
«  Que  lo  cams  de  Montjoy  ne  remas  $i  crostitz 
ff  Qu'encara'n  plora  Fransa ,  è  tu  'n  remas  aunitz. 
«  Lai,  fpras,  a  la  porta ,  es  tals  lo  <iols  e'l  critz 
«  Dels  orbs  e  dels  faiditz  e  d'áicels  meg  partítz , 
«(  Que  negus  no  pot  ir ,  si  no  lo  mena  guitz. 
«  E  cel  q\ie  los  a  mortz  ni  brizatz  ni  cruichitz 
«  Ja  no  deu  tenir  terrá,  c'aitals  es  sos  meritz.  » 
N.  Âmaud  de  Yilamur  es  sus  em  pés  salhitz, 
E  fo  ben  entendutz  e  gardatz  e  auzitz  \ 
Pero  gent  se  razona;  no  s'es  espaorzitz : 
c(  Senhors ,  s'  ieu  saubes  qu'el  dans  fos  enantitz 
«  Ni  qu'en  la  cort  de  Roma  fos  tant  fort  enbrugitz 
a  Mais  n'i  agra  per  yer  ses  oihs  e  ses  narritz.  » 

—  «  Per  Dieu ,  ditz  Tus  a  Tautre ,  est  es  fols  et  arditz ! 

—  (c  Senher,  so  ditz  lo  coms ,  mos  grans'dreitz  m'esconditz, 


<*  qiiand  numrut  soii  miiri,.et  elle  resta  depuis  à  Pamiers  plus  de  troîs  ans  accomplís ; 
« a¥ec  sa  mauyaise  doctrine ,  elle  j  en  a  conyerti  plusieurs.  Et  tes  péleríns  ,'par  qut 
m  Dìeii  SaX  servi  9  qui  pourchassaieni  hérétiques  et  routiers  et  bandits ;  il  en  a 

•  tant  tués  et  ma9saGré&  et  mutilés  et  mis  en  piéces ,  que  la  campagne  de-  Mont- 
« joie  en  demeura  tellement  recouyerte  que  la  France  en  pleure  encore ,  et  tu 
« en  iiemenres  honni.  Lè ,  déhcurs ,  à  la  porte,  est  tel  le  demi  et  le  cri  des  orphe- 

•  Uas  et  des  bannis  et  des  mutilés  ,  que  nul  nepent  aller,  si  ne  le  mène  ua  gnide. 
«  £t  celui  qui  ies  a  tufe  et  brÌBés  et  écrasés  ne  doii  désormais  posséder  terre  :  vu 
« qne  tel  est  son  méríte.  n  Le  seigneur  Ámaud  de  Yilamur  s'est  dressé  sur  ses 
pieds,  et  fut  bien  éoooté  et  regaàdé  et  entendu;  pourtant  il  parle  gentiment;  ii 
De  i'est  pas  eSnjé  :  «  Seigneurs,  si  j'avais  su  que  le  dommage  fût  mis  en  avant , 
« et  qn'on.  en  dût  fiûre  si  grand  bruìt  k  la  cour  de  Rome,  en  véríté  il  y  en  aurait 
"  pins  sans  jeux  ei  sans  narines.  »  —  «« Par  Dieu !  dît  l'nn  à  l'autre,  celui-4à  est 
*"  fon  et  téméraire!  »  —  «  Seigneurs ,  ce  dit  le  comte,  mon  plein  droit  me  justific, 


264  CHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

((  E  ina  leial  drechura ,  e  mos  b'os  jesperiu  î 

«  E,  qol  per  dTeg  me  jutja,  hieu  so  sals  e  guaritz; 

«  Qu'  anc^  non  amei  eretges,  ni  crezens,  ni  Testitz, 

((  Enans  me  soi  rendutz  e  donatz  e  ufritz , 

((  Dreitamens  a  BolhoUa ,  on  ieu  fui  ben  aizitz , 

c(  On  trastotz  mos  Ihinatges  es  datz  e  sebelhitz. 

(( Del  pog  de  Montsegur  es  lo  dreg  esclarzitz , 

((  Car  anc  no  'n  fni  .i.  jorn  senher  ppestaditz. 

(c  E  si  ma  sòr  fo  mala ,  ni  femna  pecairitz , 

((  Ges ,  per  lo  sieu  pecatz ,  no  dei  estre  peritz. 

((  Car  estec  en  la  terra ,  es  lo  dreitz  devezitz , 

<(  E  car  lo  coms ,  mos  paire ,  dih ,  ans  que  fo  fenitz  , 

«  Que  si  el  efant  avia  qu'e  nulh  locs  fos  marrit , 

((  Que  tornes  en  la  terra  en  que  era  noiritz , 

((  E  qu*el  agues  sos  ops  e  fos  be  reculhitz. 

(( Ê  jur  vos,  pel  Senhor.... 

((  Que  anc  bos  peregris  ni  lunhs  romeus  aizitz , 

((  Que  serques  bos  Yiatges ,  que  Dieus  ha  establit , 

((  No  fo  per  me  déstruitz  pì  raubatz  ni  fenitz , 

((  Ni  per  ma  çompanhia  lor  camis  envazitz. 

((  Mas  d'aquels  raubadors ,  fals  trachos ,  fe  mentitz , 


n  ainsi  que  ma  lojale  droiture  et  ma  bonne  intentìon  ;  et ,  si'  on  me  juge  avec  )e 
«  ÒTOÌt ,  je  suis  sauvé  et  garantt ,  vu  cpie  ìamais  je  n'aîmaî  héréti<pies ,  ni  novices, 
u  nî  profès )  au'contraire ,  je  me  suis  rendu  et  donné  et  offert  directement  à  Bol- 
«  bonne ,  où  j'ai  été  bien  âccuèilli ,  où  toute  ma  race  est  donnée  et  ensevelie. 
«(  Quant  au  Puj  de  Montségur ,  le  droit  est  clair ,  puisque  oncques  je  n'en  fus 
«  seigneur  possesseur  un  seul  jour.  Et  sî  ma  soeur  (ut  m^chante  et  femme  pécfae- 
tc'  resse,  je  ne  dois  point  étre  perdti  pour  son  péché.  De  oe  ({u'elle  demeura  sur 
M  ma  terre  ,  le  droit  est  établi ,  puis(pie  lè  comte',  mon  père,  dit,  avant  qu'ii  fut 
«  mort ,  que  s'il  avait  eníant  quì  (ût  marri  en  aucun  lì^ ,  il  revînt  dans  la 
u  terre  en  lacpiélle  ìl  était  élevé,  et  qu'il  eût  son  nécessaire  et  fût  bien  accuellli. 
«<  £t  je  vous  jure  ,  par  le  Seigneur. . . ,  qae  jamais  bon  pélertn  ni  aucun  romien 
«  accommodant ,  cherchant  les  bonnes  voies  qúe  Dieu  a  établies ,  ne  fnt  par  moi 
n  détruitni  pîllé  ni  occis,  ni  par  ma  compagnie  leur  chemin  envahi.  Maisde  ces  vo- 


CHftONIQUE  DES  AlfilGEOIS.  265 

n  Que  porUTan  las  crotz,  per  qa'ieii  fos.destrusìt , 

(( Per  me  nì  per  los  meus,  no  \  fo  nnlhs  cosseguhz 

(i  Qae  no  perdes  los  olbs  e  'ls  pes  e  'ls  pnnhs  e  'ls  ditz. 

«  E  sal^  me  bo  de  Ipr  qae  ai  moctz  e  délitz , 

«  £  mal  d^aqoels.que  son  escapatz  e  fugitz. 

«  E  dicToSy  del  ayesque»  quetant  n'es  afortitz , 

«  Qu*e&  la  sua  semblansa  fs  Dieus  é  nos  trazitz-; 

«  Qa'ab  cansos  messongeûras  e  ab.  motz  coladitz , 

<(  Dont  totz'bome^  perdutz  que  *ls  èanta  ni  loa  ditz , 

((  E  ab  sos  reproverbis  afiUtz  e  forbitz , 

«  E  ab  los  nostres  dos,  don  fo  enjotglaritz , 

«  E  ab  mala  doctrina ,  es  tant  fort  enriquitz 

«  Cdm  non  auza  ren  diire  a  so  qu'el  contra(Ktz. 

«  Pero,  cant  el  fo  abas  ni  monges  revestitz , 

«  En  la  suá  abadia  fo  si  '1  lums  escurtitz 

«  Qu'anc  no  i  ac  be  ni  pauza  tro  qu'el  ne  fo  ichilz. 

«  E  cant  fo  de  Tbolosa  avesques  elegitz , 

«  Per  trastota  ki  terra  es  taU  focs  espanditz 

«  Que  jamais  per  nulha  aìga  no  sira  escanf itz ; 

«  Que  plus  de  .lí.milia ,  que  de  grans  que  petitz  , 

«  I  fe  perdre las  vidas e 'ls córse 'ls esperitz. 

« lenrs  ,  íaiix  tniitres ,  parjures ,  (jui  povtaient  les  croìzy  par  qoi  je  tas  perdu ; 
■  ])ar  mot  ni  par  les  miens,  n'en  futauc^n  attemtqn'il  ne  perdítles-  jeúx  et 
« les  pieds  et  les  poings  et  les  paroles.  Et  il  me  sait  bon  de  ceux  qae  j'ai  tués 
«  et  détmits ,  et  mal  de  ceuz  qui  se  sont  échappés  et  enfuis.  Et  )e  vons  dîs ,  tou- 
«  chan$  révéqne  ,.(ju'il  en  esttant  fortifié ,  (pie  par  sa  maniére  Dieu  est  tralii  et 

•  mms;  Va  qa'avec  chansons  mensongéres  et  avec  paroles  mielleuses,  par  les- 
« quelles  est  perdu  tout  li(mìme''(piì  ies  chante  et  les  dit,  et  ayec  ses  pityverhes 
« affilés'et  polis,  et  avec  nos  présents,  d(mt  il'fut  faít  jongleur,  et  avec  doctrine 
«  perverse,  il  est  si  fort  monté  en  puissance  qa*on  n'oserien  dîre  à  cç  qu'il  con- 

•  tredit  P(rartant ,  (juand  il  fìit  abbé  et  moine  enfitMpié ,  la  lumiére  (ut  tellement 
« olìscurcie  dans  son  ahhaje.^pi'oncques  il  n'j  ent  bien  ni  repos  jusqu'à  ce  (pi'il  en 
«  (àt  sorti.  Et  quand  il  fot  éiu  évéqne  deToolouse ,  par  tout  le  pajs  est  répandu 
«tel  feu  (pie  jamais  par  aucune  eau  9  ne  sera  éteint;  vu  qu'à  plus  de  dix 
«  mille  ,  tant  grands  qne  petits,  il  fit  perdre  les  vies  et  ies  corps  ct  les  ftmes.  Par 

1.  34 


266  CHRONIQUE  DB&  ALBIGBOIS. 

«  Pèr  la'fe  qu'  iea  yoa  deg ,  al  teus  fkilz  e  ak  iiu, 
«.  E  a  la  caplenensa ,  ^mbla  mieUis  Anlecrist 
(( Que  messatge^  de  Re«ia. 
«  Qu'el  messatga  de  Roma  m'a  dig  e  a,atreiat 
«  Quì'el  se^her  apostolis  me  rendfm  But  eretaf ; 
«  E  jjB,  nalhs  hom  na  m  te^ga  per  nesci  ni  per  fat, 
«  S*  îeU  lo  castd  de  Foih  Tolia  àTer  coluRat) 
«  Qae  Dieus  ne  çab  mon  eor,  co  1  tendria  merohrat. 
H  Lo  cardenala»  ma  seoher,  ne  sab  la  Terilat, 
«  Co  '1  rendei  bonameat  e  eh.  sen  e  ab.  gffat. 
«  E  aicel  que  rete  so  o'om  Ih  a  comandat, 
«  Per  dreg  e  per.  razo ,  U  deu  esire  hlasmat. 
—  «  CAma^  aOí  dìts  jl'aposlolis ,  mot  aa  gent  raxonal 
«  Lo  teu  dreg,  mas  lo  Matre  aa  .i.  on  petil  mermat. 
«  Eu  saubrei  lo  teu  dreg  e  la  lua  bontat^ 
tt  E  si  tu  as  bon  dreg^  oanl  o  aurei  proat, 
«  Cobraras  toa  eástel  aisi  co  Taa  UiimLt. 
«  E  si  la  saata  gleiza  ta  reeep  per  dampnal  ^ 
«  Tu  deuâ  trohar  meree,  si  Dieus  t'a  espirat, 
«  Tat  peoador  maligne ,  perdut  e  encadeifat, 
«  Deu  be  recebre  gUeiza,  si  H  trpba  perilhal, 


«1 U  fiM.qviç  j^¥«ns  àpis^  à  s^  co^v^es  9t  sm  paroles  e^  à  la  condai^,  il  semble 
%  mieux  Anl^c^U^  qne  in^asager  ^  Rpme. 

%  VV)  quiç  ìfi  mes^geir  àfi  RQve  m'a  dît  et  asMuré  qae  le  SfíigQevr  pape  me 
«  reuQjra  iQoa  hér^iige  ŷ  ^t  Qiaiitfei^Ant  qn^  oiidhoname  ae  dbm  tieant  pour  sot  ni 
a  ppujC/foa,  «jL  je  vodUis  %voit  reçoi)ivi:4  le  Qbâtém  (]e  Foiz ;  vnqae  Dieu  en.sait 
M  mop,  coeuc»  comioe  je  le  tie^dcajs.  icmouvenaat.*  l«e  c^rdinal  i  mpn,  seigaeDr»  en 
«  sait  IjL  xéi^iéf  commeut  ỳe  le  rendis  bonuemeut  et^  avec  sens  et  avec  gré,  Et 
«  ccluj.  qoi  r^tieDt  ce  qu'on  loi  ^  coo^é  „  paiç  di;oit  ct  p4j?  raison  ^  il  doìt  ^tre  lìàmè. 
—  u  Comte^  ce.  dit  le  pape,  tu  ^  très  bien,  ^xposé  toi^  ^it«  mais  Im  ^^  «n  pca 
«  afil^u  le  «dtce.  Je  sauxaí  iQn  droit  e^  ta.booté ;  et  si  tu  a^  booi  droit,  q/vand 
«je  raujrai  éprouvé,  tu  recouvreras  ^a  châieau  de  méme  qiiff  tn  l'as  livre. 
u.  Et  $1  la  sainte  Égiisc  te  reçut  pour  condamná ,  tu  dois  trouver  mecci ,  sí  Dieu 
«  t*a  inspiré.  Tout  pécheur  pervers ,  perdu  et  enchaìné ,  rÉgUse  doît  bien  Tac- 


GHRONIQDE  DES  áLBIG£OIS.  267 

«  Si  s  peuQf  db  bon  cor  ni  last.TOlobi'at.  >       '    « 

E  puîs  &  4ig  ak  'aatres  :  «  EttteodetE  est  diisdit, 

«  Car  a  totz  ;valh  Tetntire  so  b  ai  ordcnát : 

«  Qlie  tog  li  meu  dis^iple  anon  enlaminat , 

«  E  porto  foc  e'aigft  è  perdo  e  olartat 

«  E  dossa  penedensa  e  bona  hamilttal, 

«  E* porto>crotz  e  glayi,  ab  qúe  jutjò  itiembrat , 

«  E  bona  (lats  en  trâ'ra ,  e  teìigan  casfetât , 

«  E  que  porto  dreitura  e  vera  carítat  ^ 

«  E  nulha  re  no'  fassan  que  Bieas  aia  yedát. 

«  E  qui  mais  n4  aporta  ^  ni  plus  n'a  preiicat ,  ^ 

«  Non  o  a  ab  niòii  dig  ni  ab  ma  Tolontat.  » 

Ramons  de  Rocafolhs  a  en  attt  escrîdat :' 

«  Senher  dreitz  apostols,  meree  è  pietat- 

ft  Aias  d*ùn  effitn  otfe,  jorenet  íofailat, 

«  Filh  del  onrat  Tcáeomte  que  an  mort  li  croaátz 

«  E  'N  Simos  de  MoQtfort.  Cant  hom  Vi  ac  Ihitrat , 

«  Ladoncs  baicbet  paratges  lo  terfz  o  la  mitat , 

«  E  eant  el  pren  Inartiri  a  tort  e  a  pecat; 

ft  E  no  as  'eà  tit  corl  cardenal  ni  abat 

ft  Agues  milhor  cretensa  a  la  crestiandat. 

«  E  poi  es  mort  lo  paire ,  e  '1  filh  dezeretat, 

« cndBir,  si  dle  le  tMtté  éxposé ,  s'fl  se  repeíit  iè  bon  cc&or  e(  fait  sa  vòlcmté.  » 
Bt  pms  D  a  dit  aox  atrtres  :  «  Écoutex  ce  diácoprs ,  òar  je  vetpt  rappeler  á  ìòni  te 

•  qoe  î'aî  àráùùiiê :  qaè  Uiús  mei  disèîples  aSIeiit  ìlIiiíQÌnés ,  et  portènt  feu  èt  êaù 

•  et  pardon  et  tiaîíé  et  donce  pénitence  et  boáne  fanmílité ,  èt  pottént  ctóit  gL 
« glarre,  áyeC  quoi  ils  jngent  Sagement,  et  bonne  paix  en  terre/et  tíennent  ch'ais* 
« teté ,  et  qn'ib  portent  droitnre  et  vraie  charité ,  et  ne  fassent  rîen  que  Diéu  ait 
« défeadn.  Et  òelui  qui  phis  j  en  apporté,  et  pius  en  á  préché,  ne  Fa  (&ît}  paf  tnòn 

•  ordre  nî  avec  ma'volonté.  »  Raimond  de  RoquefeMl  s'est  écrié  hanfement: 
«  Seigneur  jnste  pape ,  Ajet  merci  et  pìti^  d'un  enfant  orphelîn ,  tout  jenne  exilé , 
« fib  de  nxònoré  vîcomte  qu'ont  fait  périr  les  croisés  etle  seigneur  Siínon  de  ttònt^ 
« fert.  Quand  on  lélni  eut  livré ,  et  quand  il  subit  Ìe  martTTe  à  tórt  et  avec  péché , 
« sdori  rioblesse  déchut  du  tiers  ou  de  la  moïtié ;  et  tu  n'as  en  ta  coUr  çardiiiaÌ  ni 
«  abbé  qoi  eAt  meinenre  eroyance  au  chriátiani^me.  Et  puisque  est  mort  le  père^  et 


368  CHRONIQUE  DES  ALBIGÈOIS. 

f(  Senlier,  ret  li  la  terra  ;*garda  ta  dignitat. 

«  E  si  no  la  ib  vols  rendre,  Diens  te  do  aital.grad 

c(  Qne  sas  la  toai  arma  áias  lo  sieu  pecat. 

«  E  si  np  la  H  Ihiyras  en  breu'jorii  assignat , 

u  Eu  te  clamí  la  terra  e  *1  dreg  e  la  eretat 

ff  Al  dia  del  judici,  on  tuit  serem  jutjat.  » 

—  «  Baros,  ditz  Ttts  a  rautre,  iifot  Ta  gent«encoIpat !  » 

—  «  Amix,  ditz  Tapostolsy  ja  er  be  emendat.  » 
E  son  palaitz  s'en  intra ,  e  ab  lui  sei  prÌTat ; 
E'Ios  comtés  remazo  sus  el  marbre  letrat. 
Ditz  Ar.  de  Cumenge  :  «  Gent  aveili  espleitat ; 
«  Oimais  podem  anar,  càr  tant  es  délhivTat 

«  Qu*ÌAtra  s'en  rapostoUs. » 
L'apostolis  s'enintra  del  pafaitz  en  .i.  ort , 
Per  defendre  sa  ira  e  per  pendre  deport. 
Li  prelatde  gleiza  yengro  a  un  descort , 
Tuit  denan  l'apostoli,  per  tralre  «i.  bel  conort , 
E  enousan  los  comtes  mot  durament  e  fort : 
«  Senher,  si  lor  rens  terra-,  nos  em  tuit  de  ineg  mort ; 
((  Si  la  datz  a  'N  Simo ,  em  gueï*itz  e  estort. » 


«  le  fib  déshéríté ,  seigneur,  rends-lùi  la  terre ;  garde  ia  dignìté.  'Et  si  tu  ne  veox 
«  pas  la  lui  rendre ,  que  Dieu  te  donne  telle  situation  que  tu  aies  son  péché  sur 
M  ton  âme.  £t  si  tu  ne  la  lui  livres  pas  à  jour  prochain  désigné ,  je  te  bàs  appel 
«  de  la  terre  et  du  droit  èt  ^de  I'héritage  au  jour  du  jugement ,  où  tous  nous  seroos 
«  jugás.  »  —  «  Baron ,  dît  l'un  à  Fautre ,  il  I'a  fort  bìen  iuculpé !  »  —  «  Ami ,  dit 
«1e  pape »  avant  peu  il  sefa  bîen  an^endé.  »  II  rentre  dans  soil  palais ,  et  avec  loi 
ses  intimes ;  et  les  comtes  demeurent  sur  le  marbre  gravé  en  lettres.  Amaud  de 
Comminge  dit :  «  Nous  avons  bicn  travaiUé ;  désormais  nous  pouvons:  aller,  car  le 
«  pajpe  est  si  délibéré  qaW  rentre.  » 

Le  pape  se  retire  ddns  un  jardin  du  palaìs,  pour  dbsiper  son  chagrin  et'poar 
prendre  dìstraction.  Les  prélats  de  rÉgtise  vinrent  à  un  discord,  tous.devant 
le  papc ,  pour  tirer  un  bel  encouragement ,  et  ils  accusent  les  comtes  très  dùre- 
ment  et  fort  t  «  Seigneur,  sî'-tu  leur  rendsla  terre,  nous  sommes  tous  à  demi 
«  morts  ;,sí  (u  la  donnes  au  seîgnciir  Simon ,  nous  sommes  tous  guérìs  ct  sauvés;  >* 


CDRONIQUE  DES  ALBIGEOIS.  269 

—  «  Barbs,  ditz  rapostob ,  iicyus  pes  si  m'en  acort.  » 

El  a  ubert  .1.  Ubre ,  e  conosc  .1.  sort       •    . . 

Qu'd  senbor  dè  T^oza  pót  yenir-a  bon  pòrt. . 

II  Senbors ,  ditz  I'apostols ,  en  aiso  m  dezácort .; 

«  Ses  dr^  eses  razo,  cumiarei  tant  gran^tort 

«  Qu'çl  coms )  qu'es  yers  catholics ,  dezerete  a  tort , 

«  Ni  qnelh  tolha  sa  terra,  ni  que'son  dteit  trasport  ?....» 

Folq'uet ,  lo  nostre  evesque ,  es  denant  totz^  prézens, 
E  parla  am  l'apostoli ,  tan  com  pot ,  timialmens  : 
«  âenher  dreitz  apostols ,  cars  paire  Innocens, 
«  Co  potz  dezerelar  aÌ3Ì  cubertamens 
«  Lo  comte  de  Montfort ,  qu'es  vers  obediens  • 
«  E  filhs  de  santa  glieiza ,  e.k>  teus  bevolens. ... 
«  E  tu  tols  li  la  terra....  e 'l^'jb^timens...: 
«  E  aisso  qne.  lh*autreias  es  dezeretamens.u, . . 
«  E  aiso  que  tu  li  donas,  es  non  res e  niens! 
«  Mas  IhÌYra  li  la  terra  totai,  cominafanem., 
«  E  a  Ihni  e  allhinatge ,  ses  tptz  retcipenieDs. 
«  E  si  nò  ialh  das  tota,  qu'el  ne  sìa  teQ|oil^,  -  > 

«  Eu  volh  que  per  tot  passe  glazis  e  fòcs  ardens. 
«  Si  lalh  tob  per  catolic,  ni  per  lor  la'ih  defens , 

--«Bmns,  dlt  le  pape,  qu'il-  ne  yous  pèse  pas  sí  )e.m*en  aocmHie.  »  fl  a 
^'Qvertim  lÌTrey  tet  connut  one  destínée  qne  le  seîgneor  de  Toulouse  peut  venir 
>  boD  port. .«  Seígneors,  dit  le  pape,  en  cecî  je  difl^re ;  sans  droit  et  sans 
« nison,  comment  ferai-)e  si  gradde  injustícetpie  je  désbéríte  à  tort  lé  comtC) 
"<nû  cst  ▼rai  catholìqae,  *eí  qne  je  Ini  enléye  sa  terre,  et  qne  je  transportè  son 
■droit?...  » 

Folqnet ,  notreévéqne,  est  présent  derant  tons,  et  il  parle  aVec  le  pape,  antant 
quQ  penty  hnmblement :  «  Seignenr  juste  pape,  cher  pèré  Innocent,  dmmient 
"  peox-tn  déshéríter  atnsi  perfidement  le  comte  de  Montfort  ^  qní  est  yrài  obéis- 
« saot  et  fib  de  sainte  Église ,  et  ton  bienveiUant....  Et  tu  Ini  dtes  la  terre....  et  les 
'  l^tìments. .« .  Et  ce  qne  tu  lui  octroies  est  déshérence. . . .  Et  ce  que  tu  Ini  donnes , 
"cst  nn  rien  et  néant!  Mais  livre-'lui  toute  la  terre  entíèrement ,  et  à  ini  et  à  sa 
*  'ace ,  sans  aucune  réserve.  El  si  tu  ne  la  lui  donnes  toutè ,  de  sorte  qu'il  en  soit 
"  maitie ,  je  veux  que  partout  passe  glaìve  et  feu  ardent.  Si  tu  b  lui  enlèves  pour 


270  GHRO^IQUE  DBS  ALBIGBOIS. 

«  Eti ,  que  so*tos  ayesqiies  ,.iii  jlir  hé  teramens 

(i  C'us  d'els  non  es  jcatholio ,  ni  no  le  sagranlens* 

cc  E  si  per  aiso'l  dampiias ,  tu  fas  bf  a  pánrens 

o  Que  no.Tols  sa  paria,  ni  t  metnbra  chatiziniens.  % 

Ditz  raraeyesques  d* Aug :  n  Senlìer  rics ,  car,  maueiis , 

«  Âiso  que  ditE  1  avesqUes ,'  qu'e$  sávis  e  sabeni  ^ 

c(  Si  *N  Siúios  peìrtla.leria,  torU  er  e  danlpnamens.'  » 

Cardenals  e  avesques,  arseyesques,  «in»  cens, 

Dizo  al  apostaU  :  u  Senfaer^  Cotz  nos  desmens; 

f(  Nos  avem.  preziqat  e  retrafait  a  las  geua 

ci  Qu'el  coms  R.  es  mals  e  sos  captemens , 

c(  Per  que  no  escairta  que  fos  tefra  tenens«  » 

L'arquidiagues  se  le.va  9  ou^esta  eriseiens , 

Del  Leo  sobr'el  Roinj^i^' é'^itz  lor  duran^eos  : 

«  Senhors ^no platz a Dieu aquest  encuzamens , 

c(  Car  lo  çoms  R.  pres  la  crotz  primeirantens  ^ 

ii  E  defendcusla  gUeiza  y  e  fetz  sos  mandanHrns* 

((  E  si  glieiza  t'encuza ,  que'lh  degra  esser  guireás , 

c(  Ela  n'er  énoplpada,  e  nos  valdrem  ne  mensL...  s 

—  «  Senher ,  dìtz  Tapostobé ;. . 


«  des  catitediqttes ,  et.si,  à^cause  d'eox,  iu  la  hii  iaterdiSf  moi,  qui  Sois  len.áféqne, 
«  je  t^  }ure  bìen  vérit^lemei&t  qu'ancun  d'eux  n'est  eaiholîqiie  et  ne  tient  fcr- 
«  meats.  Et  si  tu  le  coDdanmes  pour  cela ,  tu  faìs  bien  en  apparsnee  cfae  ta  ne 
•(  veux  pl^  «on  allîatice ,  et  ne  te  remémoTe  le  mérite.  »  L'archey^qne  d'Aiicb 
dit :  «  SeigDeur  puissant,  cber,  opnlent,  ce  que  dit  l'évéciiie,  qui  est  sage  et 
tt  instruit,  si  ie  seigneur  Simon  perd  la  terrç,  ce  sera  tort  et  dommage.  ^  Cardi- 
naux  et.évéques ,  archevécjues,  (au  nombre  de}.trois  ceuts,  disentau  pape  t  «  Sei- 
*  l^neur,  tu  nous  démens  totts ;  nous  avons  prdché  et  raconté  aox  gens  qfM  le 
tt  C(«ate  &aimond  est  mécbant  dans  sa  conduite ,  par.  cpioí  il  ne  cenvieadrait  paf 
«  qu'il  fítt  possessenr  de  terfe.  »  L'arclûdiacre  de  Ljon  ftur  le  Rbône,  quí  se  tîent 
aMÌs,  se  Uve,  et  leur  <dit  durement :  a  Se^eurs ,  tette  accosatíon  ne  plait  ^ 
«  à  Dîeu,  car  le  comle  Raimoad  prit  la  croix  toat  d^abord ,  et  il  déSendit  l'Egliie) 
tt  et  exéeuta  ses  cemmandements.  £t  si  l'ÉgUse ,  qui  deyfait  lui  dtre  lavoraUet 
«  l'accuse ,  çfie  ea  sera  blâmée ,  et  nous  en  vaudrons  moins  !••*  »  *—  «  Seîgneiiis , 


CHRONIQDE  DBS  ALBIGEOIS.  27 1 

i(  Ni  dels  Toslfes  pfeùcs  eDgoiehoae  cosens, 
(^Q«efaîtzeiitramongrat««.:  < 

ft  Nì  deh  Toslre  taleila  non  deu  esser  sabens ; 
ft  Que  ane » p^  la  fe  qu'ie  us  dei ,  nò  m'ÌGhie  per  las  dens 
«  Que  lo  édmle  R.  fos  dajapntífx  ni  perdma. 
«  Senhors » ja  recep  glieìsa  pecadors  penedena ; 
«  E  si  es  eneuzatz  pel  nesc^  non  sabena , 
a  Si  anc  fetz  re  vas  Diea.quevlh  si»de^azeiis , 
«  El  s'es  a  mi  rendutz,  so^irana  e  plan&ena , . 
«  Per  far  los  nostres  digs  e  los  nens  mandamens.  » 
Apres  yeac  rarseTesquea  de  Narbona ,  dizens  : 
«  Senher  rics ,  paire  dîgne ,  ara  t'aenda  aenè ; 
«  £  jatja  e  goierM ,  e  na  sias  temens , 
«  Ni  no  t  fassa  «lesptordra  lemensa  ni  argens.  » 
—  «  Baro ,  ditz  Fapostols ,  faitz  eslo  jutjamens : 
«  Que  1q  comfs  es  catolix  e  s  capte  leialmens ; 
«  Mas  En  Simos  tenga  la  4err^. 
«  Simoft  lenga  la  lerra,  áì  Díeus  To  a  pròmes^ 
«  E  nos,  julgèm  lé  dréil  aisi  com  ea  emprés  :  » 
E  el  dicla  e  julja  si  que  tug  l'an  enlea : 
«  Bara,  ieu  dic  del  comle  que  Tcrs  catoUz  es , 


« jîtlepcpe.^.  nidérosprMicalio»»  affligeanlcs  et  ciubanlesyqeeTOUs  ^iies^oiilre 
* ttoa  gcé....  BÌ  de  to^  désirs  je  ne  doi»étre  instniîl;  eat  eooqiies ,  per  la  foi  qne 
«jeToasdois^  il  ae  me  MMrtit  par  lea  denls  que  leeoqitie  Raimond  fût  eoodamné 
•sidéposaédé.  Seîgneurs,  déjè  l'ÉgUae accueiUe  lc&  pécbeurs  repenlants;  ^  s'il 
« est  tccusi  per  les  sots  îgnoraats  ^  si  jamais  3  fii  contfe  Dieu  rieu  quS  lui  soit 
« dt|4aisaBt^  3  s'est  rendu  è  moi,  soupiiant  el  gémîssant^  ponr  ezécuter  ûos  pfroles 
«tt  raes  conaMuidemeBls.'»  Après  tìuI  rarcfaerlêqne  de  Narbonne,  dîsanl  s 
«Paìssant  seî^nene,  digne  père,  maintenant  fabonde  le  bon  sens;  et  jnge  et 
« gMTenie,  el  nesois  pea  craînlif,  et  que  ne  te  fiisae  ^garer  Graînte  ni  argenl.  » 
"^*  Bafoos,  dit  le  pape,  le  jugemenC  èst'rendn  t  c'est  que  le  eomte  est  catho* 
«liqne  et  se  condait  Wjalement;  mais  que  le  seigneur  Simon  pk>ssède  la  lerre. 
•  QaeSimonpossèdelaterre,  st  Dîeuleluia  promÌ8;eliious,  jugeonsledroil  ainsî 
■  qn'îl  esl  eoauneocé.  »  Et  îl  prouonce  et  juge  de  manière  que  touf  Font'entendn  : 
« BiroBa,  je  áa  dn  comte  fjp'il  est  Trat  catholique,  et  sî  le  corps  est  picfaear  et 


272  GHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

fc  E  siH  cors  e^  pec»îre  qì  de.re'sobrepres, 

tt  Que  résperit  s'en  dolha^  ni  s'en  clame,  ni'lh'pes* 

((  Si  'Ji  cQirs  dampna  la  colpa ,  be  Ihi  deu  esser  pres  ^ 

«  E  fas  me  nierayilhaâ  per  que  là'avètz  comes 

«  Cal  comte  de  Montfort  a^signes  lo  pay^,' 

«  Qúe  no  vei  dreitura  per  que  far  o  degues.  -»' 

Ditz  Maestré  Tezis  :  «  Senher,  la  bona  fes 

((  Del  comte  de  Montfort,  a  cui  tan  be  es  perpres, 

((  Can  cassec  k  eretgia,  e  la  glieixa  defes, 

((  Li  devria  valer  que  la  terra  tengues.  » 

—  tt  Maestrci  ditz  lo  pftpa,  el  fa  ben  contrapes, 

((  Que  destrui  los  catolics  engal  dels  eretges :. 

«  Grans  clams  e  grans  rancuite  m'en  ven  e  cada  mes, 

((  Tant  que  lo  bes  Abaicha  e  lo  mals  es  eces.  » 

Per  mei  la  cort,  se  levan  cadadosr,  cadatres, 

Tuit  denant  TaJ^ostoli^'e  poig  an  I9  enquea : 

((  Senher  rics  apostoli ,  ara  saps  tû  cQmes ; 

((  Que  lo  coms  de  Montfort  remas  en  Carcasses  \ 

((  Per  destruire  los  mals ,  e  que  i  mezes  los  bes , 

((  E  casses  ios  eretges  e'is  rotiefs  eUs  Yaldres, 

((  £  pobles  los  catolics  e'is  Normans  e'ls  Frances. 

ci  en  qnelque  cbose  compromis ,  que  rftme  en  stmffre ,  et  s'eú  plalgne ,  et  lui 
»  pèset  Sî  ie  coeiir  condamne  la  fiiute,  bîen  doit  lui  étre  pris;  et.  je  m'étoime 
<c  pcmrquóí  vous  tn'aTez  tourmènté  afîn  qne  j'assignasse  le  pays  au  comte  de 
«  Montfoirt ,  vu  que  je  ne  T(Ms*pas  de  droiture  pour  què  je  dtisse  le  faire.  »  Matbe 
Tezîn  dit :  «  Seigneur.,  la  bonne  foi  du  comte  de  Montfort ,  à  (}ui  tant  de  bien  s'est 
«  att^pbé,  ({uand  il.chassa  Vhérésie  et  défeudit  l'Église,  lui  derraît  mériterqu'ìl 
«  possédât  la  teire.  »  — >•  «  Maitre,  dit  le  pape,  il  fait  bien  contrepoids,  vn  quM 
«  détruit  les  catholiques  à  Tégal  des  hérétifpies  :  grandes  r^lamations  et  grandes 
«  plaintes  il  m'en  vient  en  ehaque  mois,  tcllementquele  bien  £minoe  et  le  maiest 
«  allumé.  w  Au  milieu  de  la  cour,  ils  se  lévent  deux  à  àeux ,  trois  à  trois ,  toos 
devant  le  pape,  et  puis*  ils  l'ont  i^cjuis  :  «  Puissant  seigneur  papç,  maintenant  tu 
«  sais  comment  il  en  est ;  vu  que  le  cou^te  de  Montfort  demeura  en  Carcassái^  pour 
«  détmire  les  niaux ,  ct  pour  qu'il  j  mît  les  biens,  et  chassât  les  hérétiques  et  Ie« 
tt  rontiêrs  et  lcs  Vaudois ,  Bt  propageftt  les  catholiques  et  les  Normandsiet  ies  Frsn- 


GHRONIQUE  J)ES  ALBIGEOIS.  278 

«  E  poichas,  ab  la  croU  ,.el  a  o  tot  çoin(]U)e& : 

((  Agen^e  Caerci ,  Tolzan  e  Albeges , 

((  E  '1  foptz  Foig^  e.Tholoza,  e  Montaljba,  .qu'^1  mes 

((  E  ma  de  senta  glieiza ,  e  la  gleiza  Ta  pres; 

u  £  pos  tans  colps  n'a  datz^e  receubutz  e  presv 

((  E  en  tantas  maneiras  s'en  es  fort  entremes ) 

«  Non  es  dreitz  ni  razos  c'om  araio  ilb  tolgues....  » 

—  «  Bfluro^  ditz  Tapostoti ,  t^o  pos  ■  mudar  npn  pes , 

((  Çar  ergolbs  e  maleza  es  entre  nos  ases. 

((  Nos  degram  govemar,  per  bon  dreit,  tot  cant  es  ^ 

((  £  recebem  los  mals,  e  fam  perír  losbes. 

((  £  si'l  coms  dampnati  era ,  aiso  qu'el  pas  non  es, 

4i  Sos  filbs,  per  que  perdra  la  terra  ni  l'eres  ? 

((  E  ja ,  ditz  Jbesu  Cbrist. ,  que  reis  e  senber  e^ , 

<(  Que,  pel  pecat  del  paire ,  Ip  filbs  non  es  mespres. 

«  £  si  el  o  autreia ,  diirem  nos  que  si  es  ? 

((  £  no  i  a  cardenal  ni  prelat,  tan  plaides, 

((  S'aquesta  razo  dampna ,  qu'el  no  'n  sîa  mespres. 

<(  Enquera  i  a  tal  prolec  que  a  vòs  no  membra  ges  : 

a  Que  cant  las  crotz  primeiras  vengon  \  en  Bederrés, 

«  çaÌ5.  Et  puìs ,  avec  la  croiz ,  il  a  conquis  tout  cela  :  Agen  et  Quercy,  Toulousain 

•  et  Albigeois ,  et  le  foçt  de  Foix  y  et  Toulouse ,  et  Montauban ,  qu'il  mit  ea  maia 
«  de  sainte  Église,  ct  TÉglíse  l'a  pris.  Et  puisqu'il  en  a  domié  et  re^i  et  supporté 
« tant  de  coupSy...  et  s'en  est  fortemeni  entremis  en  tant  de  manières ,  ce  n'est 

■  droit  ni  raisou  que  maintenant  on  le  lui  ôtât ...  » —  «  Barons ,  dit  le  pape  >  je  ne 
«  pnis  cbanger  que  je  ne  pense  qu'orgueil  ainsi  que  perversité  est  assis  panni  nous. 
« Nous  devrîons  gouvernery  par  le  bon  droity  tout  ce  qui  est;  et  npus  recevons  les 
n  manx ,  et  faisqns  périr  les  biens.  Et  si  le  com^  était  condamné  ^  ce  qu'il  n'est 

•  pasy  son  fils,  pourquoi  perdra-t-il  la  terre  e%  l'hcritage?  £t  déjà  Jéaus«-Ghrâsty 

•  qui  est,roi  et  seigneur,  difc  que ,  par  lé  péché  du  père,  le  fils  n'e^t  pas  déehu.  Et 
« s'il  octroie  cela ,  dirons-nous  (néanmoins)  qu'il  est  ainsi  ?  Et  il  n'y  a  oardinal 
« ai  prélat ,  tant  qu'il  plaide ,  s'il  coqdamne  cette  affaire ,,  qu'il  n'en  isíoit  déchu.  II 

■  J  a  encore  tel  antécédent  dont  il  ne  vous  souvient  point :  c'ett  que  quand  les 
<*  preiDÌèrcs  croîx  viorent  dans  le  Blterrois ,  pour  détruire  le  pajs ,  et  qae  Béziers 

*  fííc)  Lisêz  posc.  —  •  (.«V)  Lisez  v'enfçron. 
I.  35 


1 


2^4  CHRONIQUE  DES  ÂI.BIGEOIS. 

tt  Per  destruire  la  terra ,  e  que  Besers  fo  pnes ,    . 
u  L'efans  era  lant  joTes  e  taqt  nescìa  res, '    .  v 
c(  Que  el  pas  no  sabía  que  s'em  ni|Js  ni  be»Ŷ 
u  Mais  volgra  .i,  auzelo  o  .i.  arc  o  «i.  brea, 
tt  Que  no  feira  la  terra  d*un  duc  o^d'un  marqnes. 
«  E  cal  de  yos  'Vencuza ,  si  el.pecaire  uon  es , 
«  Qu'el  deia  perdre  terra  ni  ia  renda  ni  1  ces ?....  » 
De  totas  partz  li  dizon  :  a  Senhcr,  no  teiniatz  ges ! 
((  Anen  lo  paire  e  1  filks  lai  on  promes  li^, 
((  E  al  comte  ^imo  assígna^z  lo  paes ,  ^ 

ff  E  qu  el  tenga  la  terra. 
((  Simps  tenga  la  terra  e  sia  capdelaire.  » 
—  ((  Baros,  ditz  Ji'apostols,  plus  no  la  *lh  posc  estraire ; 
«(  Garde  la  be,  si  pot,  c'om  no  Ten  pusc'araire, 
tt  Car  jamais,  per  mon  grat,  non-er  om  prezicaire.  » 
Ab  lant  pres  rarsevesques  d'Obezin'  a  retraire  : 
((  Senher  rics  apostols ,  adreîtz  e  bos  salvaire , 
((  Si  'N.Simos  de  Montfort  t'a  sai  trames  so  Iraire , 
tt  Ni  ravesque  Folquet  que  s'en  fa  razonaire, 
«  Ja  lo  coms.de  Monfort  no  i-eretara  gaire , 
«  Car  í'onratz  nehs  del  rei  Ten  pot  ben ,  per  dreg ,  raire ; 

<i  îni  pris ,  l'enfiint  était  si  íeone  et  chose  si  innocente ,  qne  lui  pas  ne  saTait  c^e 
«  qtt*étaît  mal  ni  bìen ;  il  aurait  nìieux  aimé  un  oîsillon  ou  nn  arc  ou  un  si£9et , 
«  qu'il  n'aurait  íaît  la  terre  d'un.  duc  ou  d'un  maiquis.  Et  lequel  de  vous  le 
«  dénonce,  s'il  n'est  pas  coupable ,  pour  qu'ii  doive  perdre  la  terre  et  le  reveoo 
t4  etle  cens?...  n  De  toutes  parts  ils  lui  disent :  «  Seigneur,  ne  craîgnez  pas!  Qae 
«  le  pére  et  le  fils  aîUent  là  où  il  lui  est  promis ,  ct  assignez  le  pays  au  comtc 
«  Simon ,  et  qu'il  posçède  la  terre. 

«  QneSimon  possède  la  terre  et  soit  gouvemeur.  «  —  «  Barons,  dit  le  p'ape,  je 
«  ne  pnis  plus  la  lui  enleyer ;  qn'il  la  garde  bîen ,  s'il  peut,  de  manière  qu'on  ne 
tt  puisse  l'en  arracher,  car  jamais,  par  men  consentément,  il  ne  sera  homme  pre- 
«  cbeur.  u  Alors  l'arthevéque  d'Osma  se  prit  à  dire  t  «  Puissant  seigneur  pape  j 
«  juste  el  bon  sanvenr,  quoìque  le  seigneur.  Sîmon<  de  Montfort  t'ait  envojé 
«  ici  son  frère,  et  (malgré)  l'évéque  Folquet,  quî  s'en  fait'le  défenseur,  le  conite 
«  de  Montfort  u'j  héritera   guère ,  car  rhonoré  neveu  du  roi   peut  bieii ,  psf 


CHROliIQUE  DES  ÂLBIGEOIS.  275 

fc  E  si  el  pert ,  per  tort  \  'la  terra  <te  son  paire ; 
«  Ira  doncs  per  Ìo  mon ;  perìlhatz  còma.  laire  ?. . . . 

—  a  No,  so  d£t2  rappstoÌS)  car  ges  no  s  tatíg  a  faire ; 
«  Car  ieu'  li  darai  terra  aital  co  m'er  Teiaire , 

«  Veneisi  ^  e  aquelà  qùe  fo  del  emperaire. 

«  E  si  el  ama  ben  Dieu  ni  la  gleíza ,  sa  inaire , 

«  Qu'et  no  sia  Tas  lor  eì^ulhos  ni  bausaire ,- 

«  Dieus  Ihi  rebdra  Tholosa  e  Agen  e  Belcaire.  » 

Dih  Tabas  de  Bélioc  :  «  Senhér  enluminaire, 

«  Lo  teus  filhs,  reis  engle^  e  lo  teus  cars  amaire, 

«  Qu'es  devengutz  .tos  hom ,  e  t'amá  ses  cor  vaire , 

«  T'a  trames  so  sagel  e  de  hoca  mandaire , 

«  Que  te  rememhre  merces  e'l  jutjamen  de  Daire..,.  » 

—  «  N  abaS)  ditz  Fapostòls,  «u  no  i  posc  al  res  faire  ^ 
«  Cascusdeb  meuá  prelatz  es  contra  me  dictaire.... 

«  Mas  çu  ai  mantas  vetz  auzit  dir  e  retraire  : 

«  Hom  joves  ab  boh  cor,  can  sab  dar  ni  maltraire , 

«  Ni  es  be  afortití ,  recobra  so  repaire. 

« E  sil'efans  es |>rós ,  sabra  be  que deu  faire ; 

«  Car  ja  no  Tamara  lo  coms  de  Montfort  'gaire^  . 

«  Ni  no  '1  te  per  so  filh ,  iri  èi  lui  person  paire....  »' 

"droit,  Ten  cbasser;  ets^ilperd,  àtort,  ía  terre  de  sou  père,  ini-t^ii  donc 
*  par  le  monde^  exposé comrae  un  Toleùr?...  n  —  «  Non ,  çe  dit  le  pnpe,  çar  cda 
"  ne  conyient  à  &irè ;  car  ]e  Itii  donnerai  terre  telle  qu'il  me  sem  avii ,  le  Ve- 
"  naíssin ,  et  celle  qni  fbt  de  rempereaf.  Et  s'il  aime.bìen  Diea  et  rtglise,  sa 
«mére,  qu^il  ne  soif  verseux  arrogant  ni  trompenr/ Dièu  lui  rendra  Toulouse 
« et  Agen  et  Beaueaire.  »  L'abbé  de  Beaulîeu  dit  t  u  Seignèur  éclaií*eur,  ie  roî 

I 

« aoglaís ,  ton  fils  et  ton  cfaet  ami ,  qúi  est  dcrenu  ton  homme ,  et  t'aime  sans  coeur 
« changeânt ,  t'a  transmis  son  sceau  et  mandataire  de  bouclie,  pour  qu'ilte  sou- 

* 

« vienne  àé  merci  et  du  jugement .  de  Daríus....  »  -—  «  Seîgneur  abhé,  dit  le 
«pape,  ienepuis  rien  j  fiiire  autre  chose^  chácun  de  me^  prélatâ  est  pariant 
«contare  moi....  Mais  j'ai  maintes  fois  ovti  dire  et  rapportér  x  Un  honune  jeune 
« avec  bon  eoeur,  «juand  il  sait  donner  et  souffirir,  et  est  bien  délenniné ,  recoúvre 
«Mnrepairr.  Et  si  l'enfantest  preux,  il  saura  bîeh  ce  qu'il  doit  Ìaire.;  car  jamais 
"  le  eomte  de  Nontforl  nfc  l'aimera  beaucoup  ,  ct  il  ne  le  tient  pas  pour  son  fils , 


276  GHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

El  senher -apostots  repaira  del  dictar, 

E 'lb prelat^ de la  glieiza  que  Tan  fait'acòrdar.... 

Yai  lo  coms  de  Tholoza  per^  acomjadar ; 

Lo  comte  de  Foig  mena ,  que  sab  bea  dir  e  far, 

£  troban  l'ápostoli  adnéit  per  escoi],tar-; 

E  lo  coms  s*arailia,  pres  se  a  razònar  : 

«  Sénher  dreitz  apostols ,  cui  Dieus  aina  e  ten  car, 

a.  Be  m  fas  grans  méravilhas  cals  boca  poc  parlar 

ff  Que  nulhs  hom  me  degues  per  dreit  dezeretar, 

«  Qu^ieu  non  ai  tort  ni  colpa  pec  qué  m  dèias  dampnar. 

«  En  ton  poder  me  mezi  per  ma  terra  cobrar ; ' 

«  Er  son  intratz  en  Tonda ,  on  no  posc  aribar, 

«  Qu^ieu  no  sai  on  me  vire,  0  per  terra o  jper  mar.. .. 

«  Ara  s  pot  tótz  lo  mons  a  jlreit  meravilhar, 

<(  Car  lo  coms  de  Toloza  es  datz  a  perilhar; 

«  Qu'ieu  non  ai  borc  ni  yila  on  posca  repairar. 

«  Cant  te  rendei  Tolosa ,  cugei  merce  trobar, 

«  E  si  ieu  la  tengues,  no-  m'ayengra  á  chtmar ;   ' 

«  E  car  la  t*ei  renduda ,  e  no  la  t  vulh  vedar, 

«  Soi  vengutz  al  perilih  e  al  teu  merçeiar! 


«  DÌ  lui  pour  sou  père....  »  Le  seigneur  pape  cesse  'de  parler,  ainsi  que 
les  prélats  de  l'Églîse  ^îl'ont  iait  aceordor....  Le  comte  de  Toolouse  va  poar 
prendre  congé ;  il  méne  le  com'te  de  ï'oix ,  qui  sait  bien  dire  et  agir,  et  ils  tiouTent 
le  pape  dis|)osé  à  ^couter ;  et  le  Comte  se  prosterne^  il  se  prít  i  parler  :  »  Seignenr 
fi  jtiste  pape ,  que 'Dieu  aime  et  tient  cher,  bìen  je  mé  fais  grand  étonne- 
«  ment  queUe  boucbe  put  dire  qu'aucun  homme  me  dut  déshérìter  par  droit} 
u  vu  que  }e  n'ai  tQrt  ni  faute  pour  qu,e  tu  me  doives  .condamner.  3e  me  mis  eo 
«  ton  pouvoîr  pour  recouvrer  ma  ierre ;  maîntenant  je  suis  entré  dans  Ì'onde,  où  je 
«  ne  puis  aborder^  tellement  que  je  ne  sais  ou  je  me  tourne,  oursur  terreou  sur  mer.... 
«(  Mainteoant  tout  le  monde  peui  justement  s'émerveiller  de  'ce  que  le  comte  de 
«  Toulou^eest.livréà  péricliter^vu  que  je  n'ai  bouirg  ni  ville  où  je  puisse  me 
«  retirer.  Quandje  te  rendls  Toulouse,  je  crus  trouver  merci,  et  si  je  la  tenais,  il 
«  ne  m'arriverait  pas  de  réclamer;  et  paree  que  je  te  l'ai  rendué ,  et  que  je  ue  veux 
«  pás  ie  la  défendre,  je  suis  venu  au'péril  et  à  ion  pardonner !  Jamaîs-je  ne  pensai 


CHRONIQUE  DES  Ar.BIGEOIS.  277 

«  Ânc  ncçqgei  vezer,  ni  m  degra  ^lbirar 

cc  Qu'ieu  ab  la  santa  glieiza  pognes'tant  mescabar. 

«  Lo  teus  ditz  e'l  meusL  séns  pí'a  fait  tant  foleiar , 

«  C^ira  no  sai  òn  m'án ,  ni  on  posça  toraar, 

N  Ben  dei  oVer  gran  ira,  can  m'ave  a  pessar 

«  Que  d^autrui  m'er  apenre,  e  ieu  solia  dar! 

«  £  l'efans ,  que  no  sab  ni  falhir  ni  pecar, 

«  Mandas  saterra  toldre,  e  lo  tòIs  decassar ! 

«  E  tu ,  que  deus  paragte  e  merce  gouTernar, 

«  Membre  t  Dieus  e  paratges ,  e  uo  m  laiches  pecar  ^ 

«  Car  tua  n'^  la  colpa,  s'ieu  non  ai  on  estar !,.. , 

—  «  Coms ,  so  ditz  l'apostols ,  no  t  cal  desconortar, 

«  Que  ben  conosc  e  sai  que  m'en  cove  a  far. 

«  Si  m  laissas'un  petit  revenir  ni  membrar, 

«  £u  farai  lo  teu  dreir  e  'i  íneu  tort  esmendar. 

«  S'ieu  t'ai  dezeretat,  Dieus  te  pot  eretar^ 

«  £  si  tu  as  gran  ira ,:  Dieu  f  e  pot  alegrar  ]   ' 

«  £  si  tu  as  per^ut ,  Dieus  t'o  pod  restaurar ; 

«  Si  tu  vas  en  tenebràs  >  Dieus  te  pod  alumnar  *, 

tt  E  pos  Dieus  a  podér  de  toldre  e  de  dar, 

«  De  nulha  re  no  t  vûlhas  de  Dieu  desesperar. 

"  voir,  et  je  ne  devats  m'ìmagìner  que  jç  pusse  tant  déçboîr  ayec  la  sainte  Église. 
« Ta  parole  et  mon  sens  m'ont  &it  faire  si  grandè  folie ,  que  maÌDtenant  je  ne 

■  sais  où  je  m'en  aille,  ni  on  je  puisseTetournec.  Bien  àois-)e  iivoir  grande  peine, 
« qaand  il  m WỲient  à  songer  qu'il  me  &udra  recevoir  d'autmi ,  et  moî ,  j'avais 
« coutmne  de  donner !  Et  l'enfant,  qui  ne  saît  ni  faiUir  ni  pácher,  tu  ordoiines  de 

■  lui  eDlever  sa  teire ,  et  tu  veux  le  chasser !  £t  toi ,  que  doil  diríger  honneur  et 
*"  merci ,  qu'il  te  souvienné  de  Dieu  et  de  l'honneur,  et  ne  me  laisse  pas  pécher ; 
"  car  tienne  en  séra  la  faute ,  si  je.  n'ai  où  me  reposer !...»-»«  G>mte,  ce  dit 
« le  pape,  il  ne  &ut  pas  te  décourager^  vu  que  je  connaîs  et  je  sals  hien  ce  qu'íl 
«me  convient  de  &ire'.  Si  tu  me  laisse$  un  peu  reveBÎr  et  réfléchir,  je  ferai 
« reparer  ten  droit  et  mon  tort.  Si  je  t'ai  déshéríté  j  Dieu  peut  te  donner  héri^ 
«tage;  et  si  tu  as  grâud  chagrín,  Dieu  peut  te  réjòuir;  et  si  tu  as  perdu, 
«Dieu  peut  te  le  réparer;  si  tu  vas  en  tcnèbres  ,  Dieu  peut  t'éclairer ;  et 
"  puisque  Dîeu  a  pouvoir  d'òter  et  dc  donner,  veuiUes  ne  désespérer  de  Dien  en 


278  CUAONIQUE  DES  ALBIGfiOIS. 

((  Si  Dieus  mé  laisa  viure ,  que  po8i>'  a  drait  refihar, 

((  Tant  farei  lo  teu  dreit  euantir  e  mbrar, 

((  Que  de  re  no  ppiras  Dieuni  mi  eocolpar. 
'  ((  £  dig  te,  deb  felos  que  m  volo  eDCUsar, 
.'  ((  Ja  no  tai*zara  gçtire  que^m'en  veiras  venjar. 

«  En  aital  aventura  t'en  posças  retomar 

((  Que ,  si  tu  as  bon  dreit ,  Dieus  t'ajut  e  t'empar ! 

((  E  laissar  m'as  to  filh ,  que  m  vdldrei  cosaelhar 

«  En  cantas  de  maneiraslo  poirai  eretar,...  » 
L'apostolìs  lo  senha  al  seu  comjat  donar, 

E'l  coms  de  Foig  remas  per  sos  dreitz  demandar. 

E.manda  'i  Tapostolis  son  castel  recobrar. 

Ladoncs  se  pres  lo  paire  e  'b  filhs  a  sospirar  : 

Lo  fils  per  lo  remandre,  e  'l  paire  perranar. 

E  lo  coms  eb  de  Roma ,  can  venc  al  dia  clar . 

« 
è 

Après  unp  attente  de  quarante  jours ,  le  jeune  Raimond ,  daus  une 
demière  entrevue,  ayant  reçu  du  piq>e  I'investiture  de  tous  les  domaines 
paternels  qu  il  pourra  reconqué^iry.se  rend  à  MarseìIIe : 

Mas  can  venc  al  oart  jorn ,  veus  venir  un  mesatge  y 
E  saludec  lo  comte ,  e  dig  e  son  lengatge  : 

m 

0 

i<  aucune  cfaose.  Sî  Dieu  me  laîsse  Tivre^  de  manière  que  je  puisse  régner  justemeDl, 
u  tant  je  ferai  ton  droît  'monter  et  domîner ,  (^*en  ríen  tn  ne  pourras  înculper 
u  Dieu  nî  moî.  Et  je  te  dis,  toucbant  les  traîtres  quj  Teulent  m'accuser,  qn'íl 
«  ne  jtardera  guéres  que  tu  m'en  vcrras  venger.  Puisses-tu  tVn  retoumer  en  telle 
«  fortune  que,  si  tu  as*  bon  droît,  Dieu  t'aide  et  te  préserve!  Et  tu  me  laissens 
(I  ton  íìls ,  vu  (pie  je  voudrai  me  consulter  en  combíen  de  manìères  je  pourraî  luí 
((  donner  béritage » 

Le  pape  le  bénit  en  donnant  le  congé ,  et  le.  comte  de  Foix  demeure  ponr 
demander  ses  droils.  Et  le  pape  Ìui  ordonne  de  recouvrer.  son  cbâtçau.  Alors  lc 
pére  et  ie  fils  se  prennent  à  soupirer :  le  fils  à  cause  du  demeurer,  et  le  pére  à  cause 
de  raller.  £t  le  comte  sort  de  Ropne ,  quand.vint  au  )our  clair. 

Mais  quand  vint  au  qttatrième  jour,  voici  venir  un  message ;  et  il  saloa  le  coBite, 


CHRONÏQUE  DES  ALBIGEOIS.  279 

«  Senher  coìds  ,  al  mati  /no  fassatz  lonc  estatge , 

u  Car  \q  mìelbfl  d'Âvinho  Vos  fiiten  ál. ribatge* .  > '.  d 

Lo  mati ,  el  e  '1  filhs  se  meto  ei  viatge. ... 

'E  troba  'b  a  genolhs. ... 

E  lo  coms  los  réoéub ,  e  ilh ,  ab  aìegratge. . . . 

El  coms  joves  tf amet  cartas  e  sageletz , 
Que  tuit  siei  amics  vengan ,  celadament  e  quetz , 
Al  seti  de  Belcaire.  ^  - 

AI  seti  de  Belcaìre  venc  lo  coms  natural , 
Per  meg  la  condamina ,  dretamen  als  portals.... 
Li  Ihivreron  las  portas ,  e'lh  renderon  las  claus. ... 

Sempre  van  las  novellas  dreit  al  comte  Simo 
Qu'el  a  perdut  Belcaire. . . . 
E  cant  au  las  novelas ,  adonc  H  saub  tan  bo 
Com  si  hom  Taguès  mort  N  Amaldric  o  'N  Guio. 

Toutefois,  le  châteáu  étant  résté  entre  les  mains  de  ses  partisans, 
Simon  se  báte  de  courir  à  leur  défeose;  mais  il  tente  vainement  de 
reprendre  la  ville ;  après  plusieurs  combats  très  meurtriers ,  totit  ce 
quil  peut  obtenir,  c'est  une  capitulation  pour  la  garnison  du  fort,  qui 
sortira  sans  annes  ni  bagage.  Cet  éçhec  rirrite,  il  s'éloigne  en  médi* 
Uot  de  sioistres  projets,  et  se  dirige  siur  Toulouse: 

Mas  f  per  tota  la  vila ,  veus  venir  .1.  ressó. ... 

<'t  dit  en  son  latigage  :  «  SeigDeur  comte,  au  lìlatln ,  né  íailes  point  long  séjour,  car 
« le mieux  d'Avignon  vous attend  au  rîyage.. ..  »  Le  matin ,  luî  et  le  fils  se  mettent 
en  marche.*..  et  il  les  trouve  à  genoux..;.  et  le  comte  les  reçut,  et  eux  (le  reçurent) 
wec  joie. ... 

Le  comte  jeunc  transmet  chartes  et  petits  sceâux ,  afin  que  tous  ses  amis  Tién- 
neot,  secrèteroent  et  sans  bniît,  au.  siége  dè  Beaucaire. 

Aq  sîége  de  Beaucafre  vìnt  le  comte  naturel ,  parmi  la  condamine ,  directeraent 
anx  portails....  Ils  lui  Hvrèrent  les  portes,  et  lui  rendîrent  les  clefs.... 

Immédiatement  les  nouTelIes  vont  droit  au  comte\Simou  qu'fl  a  pérdu  Beau- 
caîre....  et  quand  il  apprend  les  nouvelles,  alorsil  lui  sut  aussi  bon  comme  sì  on 
I11!  eât  tuá  leseigneiir  Amaurî  ou  le  seîgneur  Gui. 

Mais,  par  toute  la  ville,  voîcî  venîr  tin  bruit....  que  le  comte  demande  des 


28o  CBRONIQUE  DES  ALBiGEpiS. 

Qu'çl  coDiis  demanda  ostatges/é  yol  e^oiii  los  li  do.... 
'M as mentre s'acosselhan , -per  la  vila ,  iUibatQ , , 
'  La  mainàda  del  cootfe  ^  sirvent  et  donzelo , 
Lor  debrizen  las  arcbas,  e  raveìr  se  prendp... . 
Per  las  carreiras ,  ploran  donas  e  efanso ; 
Mas,  per  tota  la  vila ,  eseridan  en  uti  so  : 
c(  Barosy  prendam  las  armas,  car  vezem  la  aazo 
'  c(  Que  nos  er  a  defen^dre  del  fer  e  del  leo. ...  » 
Per  trastota  la^  vila ,  an  tal  defensio- 
Que  lo  crit  e  la  noiza  e  las  trompas ,  qu'i  son , 
Fan  retendre  e  braire  la  carreira  e*l  tro. 
Monfort !  lor  escridan  Frances  e  Bergonho  *, 
Gels de  lains  :  Tholpsà,  Belcaire  e  Avinho j... 

Tant  duret  la  batalba  tro  se  pres  a  escurzir ;  - 
£  lo  coms  s'en  repaira  ab  ira  e  ab  cossir 
El  castel  Narbones » on  a  'n  fait  mant  sospir. 

4. 

Gependant  révéque  Folquet,  à  raide  de  sa  perfíde  adresse,  a  caliné 
les  habitants ;  mais  le  comte  n'en  est  pas  moins  irríté.  II  prend  des 
otages,  se  fait  remettre  toutes  lesarnies,  ezige  une  énonne  somme 
d'argent,  rase  les  murs  de  la  ville,  et  délibère  méme  s'il  la  iivrera  aa 
piUage  et  à  I'incendie.  II  se  retire  toutefois  en  Gascogne ,  sans  avoir 
accompli  ce  dernier  projet,  y  marie  son  fils,  et  se  rend  ensuite  en 
Dauphiné. 

otages  ,  et  veut  qu'on  les  lui  donne....  Mais,  pendant  q^ie,  par  la  ville,  lesbaroD^ 
délibérent ,  la  suite  du  comte ,  sergents  et  damo^selets ,  leur  brisent  les  coffreS)  ^ 
s^empajrent  de  I'avoir....  dans  les  rue9>  pleurent  dames  etpetits  enfants;m^* 
par  toute  la  ville ,  ils  crient  tout  d'une  voix  :  «  Barons ,  prenona  les  armes ,  car 
u  nous  vojons  la  saison  qu'il  nous  sera  à  défeúdre  du  fejr  etMl^lion....  »  Par  toate 
la  viUe  y  ils  ont  telle  défense  que  le  cjri  et  le  vacârme  et  les  trompes ,  qui  j  soot, 
font  reteùtjr  et  résonner  la  rue  et  ie  cieL  Montfort !  leor  crlent  les  Français  et  Ie> 
Bourguignons ;  ceux  de  là-dedans  :  Toulouse  /Beaûcaire  et  Avîgnón !... 

Tant.dura  la  bafaille  jusqu'À  ce  qu'il  se  prit  à  faire  obscur ;  et  le  comte  se  letírt 
chagrin^et  avec  souci  au  cbâteau  Narbonnais  ,  où  il  en  a  &it  maint  soupír- 


CHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS.  28, 

Sur  ces  eatrefiùtes,  le  vìeux.B,aiiûoml  revient  à  Toulouse: 

Lo  coms  reeeubt  Tolosa ,  car  ih*a  gran  desìrier  ^ 
Mas  no  ì  a  tor,  ni  sala,  ni  amban ,  ni  soler, 
Ni  aut  mttr,  nj  bertresca^.ni  denielh  batalhiçr, 
Ni  portal,  ni  clauzura,  ni  gaita,  ni  portier, 
Ausberc,  ni  armadura,  ni  garniment  entier. 

Une  réaction'  a  lieu :  lès  croísés  sont  obligés  de  se  retirer  dans  le 
chàteau  Narbonnáis.  La  comtesse  de  Montfbrt ,  qiii  s'y  trouve ,  envoie 
ua  messáge  à  son  mari  pour  rinstruìre  de  ce  qui  se  passe.  Sìmon  raar- 
che  sur  Toulouse. 

E'l  baro  de  la  vila  son  ben  aparelhat 
De  ferir  e  d*atendre ,  ab  ferma  volontat. 

Toutes  les  tentatives  de  Sìmon,  pour  s^emparer  de  la  ville,  sont 
sans  succès.  Des  renforts  arrivent  aux  Toulousains,  qui  ne  négligent 
rien  afin  de  résister.  à  leur  ennemi. 

£  parec  ben  a  Tobra  e  als  autres  mestiers , 
Que  dedins  e  defora  ac  aitans  dels  obriers 
Que  garniron  la'  vila  e  *ls  portals  e  'ls  terriers 
E  'b  murs  e  las  bertrescas  e  *ls  Cadafalcs  dobliers 
E  'ls  fossatz  e  las  Iissas.e  'ls.pons  e*ls  escaliers.... 
E  li  Frances,  ensemble,  son  ins  el  camp  salhit.... 

j 

Le  comte  re^t  Toulopse,  ear  il  en  a  graod  désir ;  maìs  il  n'j  a  tpur,  ni  salle ,  ni 
retranchemen^y  ni  plate-forme,  nihant  mur,  ni  bretêche,  ni  dentelure  de  défense,  ni 
portaíl ,  ni  clôture,  ni  gaite ,  ni  portier,  hauhert ,  nì  armure ,  ni  garniment  entier. 

£t  les  harons  de  la  viile  sont  hien  appretés  de  frapper  et  d'atteindre  ^  arec 
fenaevolonté. 

£t  il  parut  hien  k  l'oeuvre  et  aux  antres  travaux ,  vu  que  dedans  et  dehors  il  j 
eut  aiilant  d'ouvriers  qu'ils  garnirent  la  viUc  et  les  portaîls  et  les  terrassements  çt 
ies  mnrs  et  les  hretêches  et  les  douhles  échafauds  et  les  fossés  et  les  palissiides  et 
les  ponts  et  les  escaliers....  ' 

Et  les  Français,  ensemhle,  sont  sortis  dans  le  cbamp....  D'entre  les  deux 
1.  36 


282  CHRONIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

D^eQtr'ambas  4as  partidas-,  se  son  tant  referit, 
Qu'el  çastel  e  la  vila-  e  lo  camps  retendit.... 

De  tòtas  partz  lai  vengon  '  Frances  e  Bergonhos , 
Qu'eb  baros  de  Tholosa  s'entorneron  coitos..T. 
Ab  tant  ilh  de  la  vila,  del  isslrjalentps, 
En  auta  votz  escridan  :  «  Baros,  segudam*  los!...  » 
E  lai  on  s'encontreron ,  leva  s  la  contensos, 
£  fo  crìdatz  Belcait*e ,  Tholpsa  e  Avinhos. 
Li  bran  e  las  gazarmas,  li  cairel  e'Is  hrandos, 
Las  lansas  e  las  massas ,  las  peiras  e'Is  cairos , 
E  li  dart  e  las  apchas ,  las  picas  e'ls  bastosr 
E  las  sagetas  doblas  e'Is  caireletz  dels  tos 
De  tantas  partz  lai  vengon  a  present  e  a  rescos ; 
Non  i  es  tan  malignes,  que  no  sia  doptos.^.. 
E  lo  coms  s*en  repaira  trìst  e  fel  e  iros.... 
EMs  baros  de  la  vila  s'en  repairan  joios.... 

Cependant  rien  n'est  décidé.  De  grands  renforts  survìennent  aux 
croisés,  qui  tentent  inutilement  de  nouveaux  eíForts.  Les  Toulousains, 
de  leur  cóté,  reçoivent  des  troupes.  fraiches,  et  le  jeune  Raimondlui- 
même  vient  se  réunir  à  eux.  Alors  tout  se  dispose  pour  une  afiGiire 
dccisive. 

partis ,  ils  se  sont  si  fortement  abordés  /  que  le  château  et  la  ville  et  le  cfaamp  re- 
tentissent....  ^  > 

De  toutes  parts  là  yinrent  Français  et  BourguignonSy  en  sorte  qne  les  barons  de 
Tonlouse  s'en  retournèrent  empressés....  En  méme  temps  ceux  de  1a  vUIe,  désireox 
desortir,crient  à  haute  voix :  «  Barons,  secourons-les!...  >»  Et  là  où  ils  se  rencon- 
trérent,  se.lève  la'contestation,  et  il  fìit  crié  Beaucaîre ,  Todouse  et  ÀTÎgnon. 
Ijes  glaives  et  les  gnisàrmes ,  les  carreaux  ct  les  brandons ,  les  lances  et  les  masses, 
les  pierres  et  les  quartiers ,  et  les  dards  et  les  haches  ,  les  piques  et  les  bâtons  et  les 
sagettes  doubles  et  les  petits  traits  des  en&nts  vinrcnt  là^  de  tant  de  côtés  visîble- 
mcnt  et  en  cachetté ;  il  n'j  a  pas  si  malin ,  quî  ne  soit  hésîtabt....  Et  le  comte  se 
retire  triste  et  îndigné  et  irrité..,.  ct  lesbarons  de  la  vîUe  se  retirent  îojenx.... 

•  •  Voyez  plus  liant,  pagò  a^S.  —  "  (sic)  Lisez  se^undam. 


CHRONJQUE  DES  ALBIGEOIS.  283 

Lo  coras  àe  Montfort  inanda  :  a.Mei  amic,  ^  Tindretz , 

* 

«  E  anc ,  en  inilhor  ora ,  no  m  yalgueli^ ,  ni  m  valdretz ; . 
«  Ar  empenbeU  lá  gata ,  que  Tolosa  prendretE.*..  » 

N  Arnaut  de  Vilamur,  car  e$  mak  e  guerriers, 
E  fe  garnir  e  emprendre  los  milbors  caYaliers.... 
E  can  foro  essems,  e&  aitals  Tacordiers  ^ 

Dels  baros  de  la  tìU  e  de  los  capdaliers , 
Que  de  la  gata  prendre  sian  cominalers. 
£n  Br.  de  Casnac,  qu'es  bos  e  bçls  parlers, 
Lor  mostra ,  e'b  ese.oba ,  e  dit£  : . . . 
tt  Baros,  vos  de  Tholosa ,  yeus  .Tostre  frontaliers, 
«  Que  U5  an  mortz  fîlbs  e  fraires,  e  dat  mans  cossiriers.... 
<(  Teu  conosc  las  costumas  dels  Francea  bobanciers , 
(I  Qu'ilh  an  garnit£  los  corses  finament  a  dobliers » 
«  E  de  jos ,  en'  las  cambas ,  non  an  roas  los  cauciers ; 
«  E  si'ls  datz  a  las  garras,....  » 
E  ab  aitant  salbiro  íbra,  pels  escaliers.... 
E  escrídon  :  «  Tboloza!  Er  alumpna^l  braziers! 
«  A  la  mort,  a  la  mort!  qu'esser  uo  pot  estiers.  » 
E  de  lai  los  recebo  Frances  et  Berruyers  : 

Le  coratede  Hontfort  commande  :  u  Mes  amis,  vous  vîendrez  ici ,  et  oncques , 
•  en  meiUeure  henre  ,  yous  ne  me  valûtes  ,  ni  me  vaudrez;  maintenant  mcttez  la 
"  cliatte  en  niOQvmnent ,  yu  qiie  vooi  preaflrez  Toulouso..* .  >»  • 

Le  seigneiur  Amattd  de  Yikiiiur,  cár  ìV  est  terrîbln:  et  guerríer,  et  îl  fit  gftmir 
et  appiéter  lct  meiUeurs  ehevaliers..'..  El  qaand  ils  íiirent  ensemble  ,  Vaccíord  des 
barons  de  la  vîUe  et  de  leim'cheb  ést  tel  qn'ils  soient  d'im  commnn  (em- 
pressement)  pour  prendre  la  chatte.  Le  setgneor  Br.  de  Gasnac,  qui  est  bon 
et  beau  parlenr , Jenr  mentre  ,  et  les  instmit ,  et  dit :...  «  Barons  ,  vons  (qni 
«  étes)  de  Toulouse,  voiU  vos  adversaires,  qni  vous  oat  tné  fils  et  firères,  et 
«  donné  maints  soucisi...  Je*  connais  les  usages  des  Fran^is  présomptneux ,  vu 
«qu'ils  ont  gami  les  corps  cpnvenablement  avec  donbliers,  et  dessons,  anx 
« jambesY  il*  n'oot  qae  les  cbaosses;  et  ainsi  tftípfetrAm  aux  cnîsses....  »  Et 
en  méme  temps  ils  sortirent  dehors ,  par  les  escaUers....  et  ils  crient :  «  Tou- 
« loose  1  M aintenant  aUume  le  brasier !  A  k  mort,  á  la  mort !  vn  qn^îl  ne  petit  étre 
« autrement.  •»  Et  de  rautre  côté  les  Français  et  les  Berríehons  les  re^oivent ; 


284  GHRONIQUE  DES  ALBIGECHS. 

«  Montfort ,  Montfort  l  escridan ,  ar  seretz  mensongiers.  » 

E  tai,  on  s*encontrèron ,  es  to  cbaples  plebìerâ.... 

Ab  tant  Tenc ,  vas  lo  comte ,  cridans  us  escuders  : 

fc  Senher,  coins  de  Montfort.... 

tt  Huei  prendretz  gran  dámpnagte. ... 

n  Qu'els  omes  de  Tholoza  an  mortz  los  cavalers.;..  » 

El  coms  trembla  e  sospira,  e  devenc-  trist  e  ners, 

E  ditz  :  fi  A  i  sacrifizi!  Jhesu  Crist  dreilurers , 

«  Huei  me  datz  mp^  en  terra,  o  que  sia  sobrers!...  » 

D*entr!ambas  las  partidas,  es  aitals  lo  flamers 

Que  sembla  vens  o  ploia  o  perils  rabiners. 

Mas  del  amban  senestre ,  dessara  us  arquiers 

E  feric  Gui  lo  oomte ,  sus  el  cap  del  destriers , 

Que  dins  la  cerveta  es  lo  cairels  meitaders, 

E  cant  lo  cavals  vira  ,  us  autres  balestlers.... 

....  Feric  si  En  Gui  els  giros  senestriers , 

Que  dedins  la  carn  nuda  Tes  remazutz  Tacers, 

Que  del  sances  vermelbs  lò  costatz  e'l  braguers; 

E'l  coms  venc  a  so  fraire,  que  Ih^era  plazentiers.... 

Mentr*  En  Guis  se  razoná. ... 

Ac  dins  una  peireira ,  que  fec  us  carpenters; 


«  MoDtfort,  Montfort !  s'écneot-ils ,  maintenant  vous  serez  menteori.  »  Et  là  oà 
ìh  se  rencontrèrent ,  le  camage  est  complèt....  En  méme  temps  im  jécujer  vÌDt 
ver3  \e  comte  en  oriant :  «  Seigneur,  comte  de  Mpntfort....  vous  prendrez anjoor- 
»  d'hui  grand  dommage. ...  vu  que  les  hommes  de  Toolouse  ont  tué  les  cheva- 
(( liers,...  u  Lecomle  frémit  et  soupîre,  et  il  devìnt  triste  et  noir,,  et  dit :  « Ilya 
11  sa'crifice!.  Jésus^brist  juste,  aujourd'hui  donneMûoi  mort  sur  terre,  onqueje 
«  sois  vainqueur !...  »  Entre  les  deux  partis,  l'ardeur  est  telle  que  ce  semble  m\ 
ott  pluie  ou  péríl  de  ravine.  Mais  du  retranchement  gauche-,  un  archer  tire  et 
írappe  ^ur  la  téle  du  destrjcr  du  comte  Gui ,  en  sorte  que  le  traît  traverae  la  cer- 
Velle,  et  quand  le  cheval  toume,  un  autre  arhalétrìer....  frappa  ainsî  le'seigneor 
Gui  au  giron  gauche,  que  racier  lui  est  demeuré  dans  la  chair  nue,  tellement  qoe 
4e  côté  et  les  braîes  sont  vermeils  par  le  sanc ;  etle  comte  vint  A  son  frère,qui  loi 
clait  cher....  Pendant  que  le  seigneur  Gui  par)^....  î)  y  eut  dedans  un  picrnVr. 


GHRONIQUE  DES  ALBIGE0I5.  285 

Qu'es  de  sant  Geniì  traita  la  peira.... 
£  yeufi  tot  dreit  la  peira  lai  on  era  mestiers, 
E  feric  si  lo  comte  sobre  Telm,  qu'es  d^acers , 
Qu'els  olhs  e  las  cervelas  e'ls  caichab  estremiers 
E'l  front  e  las  maichelas  li  partic  a  cartiers  ^ , 
EU  coms  cazec  en  teri^  mortz  e  sagnens  e  niers. 

Cet  événement,  qu'on  avait  d'abord  voulu,  c^cher,  porte  Talarme 
panni  les  croisés ,  qui  se  retìrent  bientót  du  combat.  Cependant  ils  ne 
lèvent  pas  cQCore  le  siége.  Amaury  de  Montfort  est  proclamé  comte, 
La  désunion  se  met  parmi  les  assiégeants;  enfin  Farmée  se  TCtire  sur 
Carcassonne ,  où  on  ensevelit  le  çorps  de  3inion ,  que  les  prétres 
avaient  voulu  faire  canoniser : 

Tot  dreit  a  Carcassona  Tenpoptan  sehelhir,   . 
E  'l  mosler  S.  Nazari  celebrar  e  ufrir. 
E  ditz  el  epictafi,  cel  qui  'i  sab  ben  legir, 

QU  BL  E5  SANS  B  E5  MARTilLS,  E  QUE  njBO  RBSPBlilR, 
E  nilfS  EL  6AIJG  MnLABLE  HERBTAa  E  FLOUR  , 

* 

E  POBTAR  LA  GORORA  E  EL  REGITB  SEZÌR. 

£  ieu,  ai  auzit  dire  c'aisi  s  deu  avenir  :. 
Si  per  homes  aucire ,  jsx  per  sanc  espandir, 
Ni  per  esperitz  perdre ,  ni  per  mortz  cosentir, 
£  per  malhs  cosselhs  creire,  e  per  foc  abrandir, 

qaefit  an  charpentier ;  vu  que  la  pierre  est  lancée  de  saínt  Cernin....  etla  pierre 
vint  tont  droit  là  óù  il  était  besoin  ,  et  frappa  ainâi  le  comte  sur  rheajimé,  qui  est 
d*acier,  qu'eHe  luí  mit  en  piéees  les  jeux  et  les  cervelles  et  les  grosses  dents  ex- 

trémet  et  le  front  et  les  mâchoires  ;  et  le  comte  tomba  à  terre  Qiort  et  saigâant  et 

noir.  '  .     > 

Tout  droit  À  Carcassonne  ils  l'emportent  ensevelir  ,  et  au  moustier  Saint- 
Nìzaire  célâirer  et  offrír.  £t  dit  répitaphe  ,•  ponr  celui  qui  sait  bien  k  lirr,  qu'iV 
tsi  laint  et  esi  mariyr,  et  qu'ildoitressusciier,  et  hériteretjleurir  dans  la  merceilleuse 
joie,  et  porter  la  couronne  et  siéger  au  royaume  (des  cieux),  £t  moi ,  j'ai  entendu 
dire  qu'ainsi  il  doit  advenir :  si  pour  tuer  des  hommes,  et  pour  répandre  du  sang^ 
<!l  pour  perdre  des  âmes,  et  pour  autoriscr  massacres ,  ct  pour  croire  raauvais  con- 


286  CHRONIQUE  DES  ALBI6E0IS. 

E  per  baros  destruire ,  e  per  páratge  àanir, 
£  perlas  terras  tolre,  e  per  òrgol  suffirir, 
£  per  los  mals  escehdre)  e  pel  bes  escantir, 
E  per  donas  aucire ,  e  per  efans  delir ,   ' 
Pot  hom  j  en  aqaest  segle ,  Jbesa  Crist  comquerir, 
^El  dea  portar  corooa  e  el  cel  resplàDdîr ! 

Peu  de  tempa  après,  dans  une  assemblée  générale  des  croisés, 
Âmaury  de  Montfort  réclame  leur  aide  pour  venger  la  mort  de  son 
père.  Au  printemps  suìvant  la  guerre  recommence.  La  majeure  partie 
de  la  campagne  se  passe  en  expéditions  partielles  et  sans  résultat  im- 
portant ,  bien  que  Jes  çroisés  sòient  battus  dans  presque  toutes  les 
rencontres. 

Apres  venc  a  Tholoza  lo  valens  coms  joves , 

Per  defendre  la  terra  e  p<îr  cobrar  Teres  -, 

E  le  coms  N  Amaldrics  s'en  vai  en  Agenes. . . . 

S*es  lo  coms  N  Amaldrics  denant  Marmanda  asses. . . . 

Pendant  qu'il  s'occupe^  du  siége  de  Marmapde.,  Amaury  apprend 
que  Ic  jeune  Rayraond,  qui  avaít  rejoint  le  oomte  de  Foix  dans  le 
Lauragais,  a  battu  un  gros  corps  d'armée  de  croisés,  coniniandé  paf 
Foucault  de  Brézi. 

AI  seti  de  Marmanda ,  es  mesatgiers  vengutz , 
Que  lo  valens  coms  joves  a  los  Frances  vencutz , 

seilsy  et  pour  attiser  incendie,  et  pdnr  détrnire  barons,  et  ponr  lionBÌr  noblessei  et 
pour  voler  les  terres,  et  pour  supporter  rorgaeil,  et  pour  allnmer  les  manxy  et  poar 
cteindre  le  bien ,  et  pour  tuer  les  feinines ,  et  pour  détruire  les  en&nts  ý  on  peut,  en 
ce  monde ,  ooDquérir  Jésus^Glinst ,  il  doit  porter  oouropne  et  lesplendir  au  ciel ! 

Après  vint  à  Tonlouse  le  vaillant  comte  jeune ,  pour  défendre  la  terie  et  poor 
rácouvrer  rbérítaige ;  el  le  comíe  setgneur  Amanrj  i'en  va  en  Agenois....  Le  conite 
seignenr  Amaury  s'est  établi  devant  Marmande.... 

An  siége  de  Marmande \  un  messager  estvenn,  (annon^nt)  quele  yaiUaot  eoiDtf 
jeuue  a  vaincn  les  Français,  et  le  seigneur  Foucaalt  et  1e  seigneur  Jean  et  Ic 


CHRONIQUE  D^  AL3I6E0IS.  287 

E  'N  Folcans  e  'N  Joans  e  'N  Thibaut  retengutz , 
E  los  autres  son  mortz  e.dampnatz  e  destrutz ; 
E  lo  coms  N  Âmaldrics  s'en  es  tant  irascutz , 
Qne  9  per  aiga  e  per  terra ,  los  a  ben  combatutz ; 
E*Ih  baro  de  la  vila  son  aisi  defendutz. ... 

Lâ  résistance  eût  été  couronnée  du  succès,  si  des  renfprts  ne  fussent 
sunrenus  aux  croisés. 

Âpres  no  tarzet  gaire  qu'es  lo  temps  avengutz 
Cardimens  e  folatges  los  a  totz  deceubutz ; 
Qu'el  filhs  del  rei  de  Fransa  lor  es  a'paregutz  ^ 
E  a  en  sa  companha  .xxv.  milía  escutz.... 

L'arrivée  de  ce  prince  jette  le  découragement  parmi  les  assiégés, 
qui  ne  tardent  pas  à  capituler;  leur  soumission,  toutefois ,  ne  les  sauve 
pas  du  malheur  qui  les  menaçait :  iis  sont  abandonués  à  la  discrétion 
des  croisés ,  qui  les  font  massacrer : 

No  i  remas  hom ,  ni  femma ,  ni  joves ,  ni  canutz , 
Ni  nulha  creatura,  si.no  s'es  rescondutz. 
La  vila  es  destruita ,  e  lo  focs  escendutz ; 
Apres  no  tarzet  gaire  que  lo  reis  es  mogutz 
Per  venir  a  Tholoza. 

Eq  apprenant  cette  nouveile,  les  Touiousains  sont  effrayés: 

seîgneur  Tbibaut  reteaus,  et  ( que)  les  autres  sont  morts  et  perdus  et  détniits; 
et  le  comte  seigneur  Amauiy  s'en  est  tant  irrîté ,  que ,  par  eau'  et.par  terre  >  il  les 
4  bien  eombattus  {ceux  de  la  ville) ;  et  les  barons  de  la  vilie  se  sont  ainsi  défen-  ^ 
ditt. . . . 

Après  nieiarda  gnère  que  le  temps  est  advenu  qqe  hardiesse  et  joie  les  ont 
tons  dé^ ;  vu  que  le  fils  dn  roi  de  France  leúr  est  apparu ;  et  il  a  en  sa  compa-» 
gnie  TÌngfci<ÌQq  mille  écus. . .. 

U  n  j  demeura  hommCy  ni  femroe ,  ni  jeunev  ni  blanclii ,  ni  aucune  ctéature ,  si 
ellene  s'est  cacbée.  La  yille  est  d^truite  ,  et  le  feu  allumé ;  aprés  ne  tarda  guére 
^pe  le  Roi  (le  fils  du  Roi)  s'est  mis  en  mouvement  pour  venir  k  Toulouse. 


a88  CHRQNIQCE  DES  ALBIGEOIS. 

E'ls  cossuls  de  la  vila  coìtos  e  Tiassiers, 
TFametoQ  los  messatg^es ,  ben  coitos  e  m^rviers , 
t  Als  baros  de  la  teiras  e  a  totz  los  guerriers : 
Que  nulhs  hom  no  i  remtoga,  ni/siryens,  ni  arquiers.. 
Per  la  vila' socorrer  vengron  .x.  cavalers... 

0 

La  vila  es  establida  dels  baros  finamens.... 
Car  lo  Filhs  de  la  Yerge ,  qu'es  clars  ^  resplandens. . . . 
Gart  razo  e  dreitura^  e*lh  prenga  cauzimens.... 
Qu*el  filhs  del  rei  de  Fransa  ve  orgulhozamens 
Ab  .xzxnii.  comtes  et  ab  aitautas  gjens , 
Que  non  es ,  en  est  setgle ,  negus  hom ,  tant  sabens  y 
Que  puesca  azesmar  los  miliers  ni  los  cens , 
Qu'el  cardenals  de  Roma  prezicans  e  ligens 
Que  la  mortz  e  lo  glazis  an  tot  primeiramens, 
Aissi  que  dins  Tholoza  ni'ls  apertençmens ; 
Negus  hom  no  i  remanga,  ni  nulha  res  vivens , 
Ni  dona,  ni  donzela ,  ni  nulha  femma  prens, 
Ni  autra  creatura ,  ni  nulhs  efans  latens ; 
Que  tuit  prengan  martiri  eu  las  flamas  ardens.     • 
Mas  la  Yerges  Maria  lor  en  sira  guirens , 


Et  les  consuls  de  la  viUe  ,  empressés  et  prompts,  transmettent  des  messagers? 
bien  empressés  et  rapides ,  aux  barons  des  terres  et  à  tous  les  guerriers :  qa'auciui 
hommen'y  demeure ,  ni  sergent ,  ni  archer....  Pour  iecourir  la  viUe  vinrent  mnie 
cbevalíers.... 

s 

La  viUe  est  convenablement  placée  (sous  la  protection)  des  barons....  Paree 
que le  Fils  de  la  Vierge  ,'quî  est  brîllant  et  resplendîssant....  garde  raiaon  et  dioi- 
.  tnre,  et  qu'il  prenne  égard....  Yu  que  le  fils  du  roi  de  France  yient  oi^eilleo- 
sement  avec  trente-quatre  comtes  et  avec  de  si  nombreuses  gens ,  qu'il  n'est,  dans 
ce  monde ,  aucun  homme ,  si  savant ,  qu'il  puisse  estimer  les  mîUiers  et  les  cents, 
i^uxquels  le  cardinal  de  Rome.  (est)  préchant  et  lisant ,  que  la  mort  et  le  glaÍTe 
aUlent  tput  premièrement ,  ainsi  que  dans  Toulouse  et  dans  les  appartenances ; 
qu'ancun  homme  n'y  demeure ,  ni  aucune  chose  vivante  f  ni  dame ,  ni  damoiseUe, 
ni  aucune  femme  enceinte,  ni  autre  créature,  ni  aucun  enfant  tétant;  qiietoas 
prennent  le  martjre  dans  les  flammes  ardentes.  Mais  la  Vierge  Maríe  leur  en  sera 


CHAOJNIQUE  DES  ALBIGEOIS. 

Quei  segon  la^4.mtara 9  repren  los  Calhimens.... 
Gar  Sent  Çérnis  los  gutda «  qiie  non  ^iaoi  temens^ 
Que  Dieiù  e  dreitze  forsa  el  cbms  joYes  e  seàs 
Lor  defendra  Tholoza.  Amen. 


Î89 


protectrìcey  raque^  seloB.  la  jostice/elle.reprendles  fautes....  Parce  que  Saint 
CerDÌB  les  gnide ,  qu'ils  ne  sóieat  craignants,  yaque  Dieu  et  droit  et  fpree  et  le 
comte  jeune  et  inteHigenceletir  défendront  ToìUousè.  AnieD;  ' 


I. 


37 


ROMAN  DE  FIERÀBRAS. 


Lb  sujet  de  cé  roman.,  qui  se  cómposc  d*enviròn  5ooo  yers ,  est  une 
des  expéditions  attribaées  à  Chárlémagne  cqntf'e  les  Sarrasins.  Comine 
dans  la  plupart  des  romans  de  chevalerie  du  cyole  carlovingien ,  on 
y  voit  figurer,  paritii  lés  guerriers  français,  le  céièbre  Roland,  Olivier, 
Oger  le  Danois,  le  tráître  Ganelon,  tandis  que  du  cóté  des  Sarrasins, 
on  distingue  le  héros  du  poême ,  et  quelques  autres  personnages 
qu'on  retrouve  aussi  daqs  plusieurs  ouvrages  du  même  genre. 

Ce  poême  est  écrít  en  vers  dedouze  syllabes,  et  divisci  en  tirades 
monortmes,  ,parfois  assônantes,  de  longueur  inégale;  mais  qui,àla 
differencîe  de  celles  de  la  Chronique  des  Albigeois,  n'ont  pais  de  petit 
vers  fînal.  ^ 

II  n'en  exiàte  qu'un  seurmanuscrit  connu,  trouvé  en  Allemagne, 
en  1824  9  par  le  professeur  Lachmann,  ét  qui,  dit-on,  en  1716,  était 
conservé  à  Paris  dans  le  Monastere  majeur  de  la  congrégation  de 
Saint-Maur,  sans  doute  I'abbaye  de  Saint-Germain-des^Prés. 

£n  zda6,  M.  Emmanuel  Bekker  en  doiina  communicatioîi  à  rAca- 
démie  de  Bérlin,  qùi  l'a  inséré  tout  entier  dans  ses  Mémoires';  il 
en  a  mème  été  tiré  à  part  un  petit  nombre  d'exemplaires,  maís  la 
diifitulté  qu'on  éprouve  à  s'en  procurer  m'a  déterminé  à.extraire 
quelques  fragments  de  ce  poême ,  et  à  le^  intercaler  dans  une  analyse 
succincte ,  qui  puìsse  donner  une  4déé  de  son  enseínble. 

Après  une  sorte  d'ínvocation  à  Dieu  et  à  la  Vierge,  et  après  avoir 

'  En  rendant  compte  de  cette  pablication  daûs  le  Journal  éUs  Siwants,  mars  i85i, 
je  me  saÌ8  fait  un  plaisir  de  féliciter  M.  Bekker  sar  l'exactitade  et  rinteliigeaoe  qu'il 
a  mises  à  reproduire  ce  manascrit,  doat  letexte  est  généralement  pur/  à  qaelques 
incorrêctions  près. 


ROMAN  DE  FIERABRAS.  ^ 

rappelé  uae  préteDdue  destruction  de  Rotoe  par  rémit  BakD ,  ct  par 

son  fils  Fierabras,  rauteurpoarsuitaitasi': 

SenhoFf  ar  escoutatz,  si  tos  platz,  et  áiiiatz 

Canso  de  vcr'yÂloria;  mîtlior  non  auziralz, 

Que  non  es  ges  ntesonja ,  ans  es  fìiia  verlatz; 

TegtimonÌs  en  trac  avcsqucs  et  ubatz, 

Qereues,  mojnes  e  peslres  e  los  sans  honoraU. 

A  San  Denis,  e  Fransa,  fo  lo  rolle  Irobatz^ 

Et  auziretz  lo  ver,  si  m'escoulalz  en  palz, 

Âyssi  cum  Rarles  Mayiies,  que  lant  fo  reduplalz, 

Fo  prcmiers  en  Espanlia  trebulhatz  e  penatz, 

E  conquîs  la  corona  doii  Dieus  fon  coronatz, 

E  lo  digne  suzari  don  fo  envolopalz,  , 

E  los  santes  clavels,  e  'ls  signes  honoratz. 

A  Sont  Denis  en  ío  lo  trezaurs  aporlatz, 

Et  auialz  la  razo,  ayssi  cum  es  vertalz  : 

Karles  a  sos  baros  cn  lu  ost  ameiiutz ; 

Devas  per  tolas  parlz  los  a  totz  asemblatz , 

Que  una  legua  te  )a  ost  per  toU  los  latz.... 

Chartcmagoe  passc  son  arméc  en  revue,  et  se  dispose  á  entreren 
Espagne  : 

Els  vals,  sotz  Morimonda,  es  Karles  albergatz; 

ÌÌo  y  a  Frances  no  sia  mol  be  enlalantalz, 

E  totz  aquels  que  sou  amb  els  encompanhalz , 

De  qucrre  la  corona  don  DÌeus  fon  coronatz, 

E  lo  digne  suzart  on  fu  envolopalz. 

Mas,  si  Jesus  no  'n  pessa,  qu'es  us  e  Irinilatz, 

Ja  no  sera  le  jorn  de  lendema  passatz 

Que  Karles,  l'emperayre,  n'cr  dolentz  et  iratz, 

Car  us  Turc  de  Maragoyle  los  a  tolz  espialz ; 

Can  ilh  devo  puiar,  a!s  Turcïs  s'en  es  analz. 

A  Maragoyle  s  venc  lo  Turc ,  lotz  csfredalzj 

Ab  sa  volz,  quc  ai'  clartL,  a  los  Turcxs  escridalz  : 

•  Senher  rcy  d'Alichandre,  e  v.vm  clz  engannl/! 


^  B0MÁN  D£  FIERABRAS. 

«  L'eiBperayre  de  Fransa.  es  en  la  ÍÉmt  inmiz, 
«  E  trastol  lo  pays  er  ades  degnstalz ; 
«  En  pns  de  mil  parddas  es  pres  el  alacatz^ 
«  Els  Tals,  sotz  MprimoQda,  es  Karles  albeij^, 
c  Ab  tot  aytal  baìnatge  et  ab  aytaos  armatz, 
«  Qoe  anc  noo  tì  áytans  lons  bom  de  mayre  nats.  » 
Can  Tenten  Ferabras,  anc  no  fon  pos  iratz 
Dè  maltalent  et  d'ira^  eses  et  abrazatz; 
Et  estrenb  fort  sas  dens,  et  a  ^ls  somcìls  lcTatz; 
Lnn  ten^ps  no  fon  payas  aytan  fòrt-  corrossatz; 
Et  escridet  sòs  bomes  :  «  Mas  armas  mi  porlatz,  - 
«  E  Tos  autres  apres  manfenent  tos  armati. 
«  Per  aycel  Bafomet,  a  cay  mi  son  donatz , 
'«  Jamay  no  finaray  c'  aoray  Frances.trobalz!  » 
Ara  es  Ferabras  en  un  caval  montatz; 
Cen  melia  cavayers  en  a  ab  si  menatz ; 
.  Lo  firanc  caval  d^panba  fo  mot  gent  essenbatz , 
Pos  de  ^Lz.  bomes  a  mortz  et  afolatz : 
No  1  donaria  lo  rey  per  Taar  de  .x.  ciutatz. 
Cosla  lo  rey  caTalgoa  BrUstamon  ralmiratz. 
Devas  Gontastinoble  s^es  Ip  rey  regardatz , 
E  Tic  sos  castels  ars.e/pres  et  alncatz. ' 
Ab  tant  Teas  un  paya  qu'es  daramen  nafrafie, 
Que  sotz  Tauberc  ne  satb  lo  sanc  Termelb^  bétatz.^ 
Ab  sa  Tdtz  s*es  lo  Tiirc  autamens  éseridati : 
«  Senber  rey  d'Alicbandre,  cnm  elz  deie'retatz ! 
«  Pres  es  Contaslinoble,  els  murs  escrebanlatz ,  ^ 
«  E  tota  la  gent  morta,  c-os  no  n^es  eseapatz, 
«  Mas  ieu  tant  solament  que  m*^  soý  genr  émblatz.  » 
Ad  aquesta  paraula  oay  'del  caval  plasma|z. 
Cant  o  Tic  Ferabras,  mot'ne  fo  esfredaâ..^. 

Fierabras  plaee  uoe  partie  de  ses  trpupes  en  embiíscade ,  taodis  que 
le  reste  marche  à  la  rçncûntre  des.Français,  qui  continUent  à  savao- 
cer,  et  dont  l'aTant-g^rde  est  commandée  p.ar  OIÌTÌcr : 


RDM AN  DE  FIEIUBRAS.  %^ 

Ferabras  d'AlidiaBJtte  fo  de  mot  gran  ferlatŷ 

Sa  terra  vic  mal  méca ,  e  soii  pays  gastat :/ 

D'ira  que  ac  lo  rey  acto'cor  trasuzat. 

Lo  rey  salh  del  verf^er  sos.  son  destrier  -com^; 

Lx.  melia  Tiúrcts  s*eii  son  ab  lay  anat, 

E  n'ac  .u  roelia  ins  el  braeUi  áibagaf ; 

£t  al  rey,  de  Milogre  son  jtrastah-comandat. 

Ferabras  d'Alichajidre  91  un  paegdatalat.     .    - .  -t 

La  batalha  aaran ,  no  sera  trop  tarzat;r 

Olîyier,  lo  f entii,  a  mot  ben  espleytat 

C'ab  .Tu.  meliá,  baros  a  la  val  trespassat..  . 

Lo  castel  era  fortz  e  mot  ben  ayzinat ,  :   . 

E  d'omes  e  de  bestias  era  ple  e  tancál. 

Sarfazis  lay  avia  qu!ero  de  gran:  fertat ,  ,    .  . 

E  de  mpt  gran  riqaeza  eron  resaziat. 

OlÌTÌer,  áb  los  sieus ,  lay  so  per  so  intrat  -, 

No  trobân  Sarrazi  no  Taian  crebantat. 

Descofit  son  paya,  et  a  mort  tuh  lieiirat. 

Del  ayer  que  y  troberò  ^n  cárgat  e  trossat , 

E  salhon  de  la  vila  ah  so  que  an  trobat.      • 

Mas,  si  Jesus  no  'n  pessa ,  tost  lor  sera  cambiat , 

Qu'els  payas  de  la  terra  se  son  tuh  ajustat^ 

6e  soQ  .u.  mriia,  tub  gamit  et  armat* 

A  caval  et  a  pe  <;orro  cum  .forsepat^ 

Porum  arcxs  e  sagetas  e  cayrels  enpenat       - 

E  grans  espazas  corbas  de  bon  acier  temprat^  t 

Al  destreg  d'un  passatge  an  los  Francxs  encontrat. 

Can  Frances  los  perceubro;  mòt  en  son  esfredat. 

Frai^ces  e  Sarrazi  si  son' etrescridat. 

No  y  a  mas  del  ferir,  tan  si  son  aprosmat. 

Lay  ác  mant  cotp  de  lansa  e  d'espaza  donat, 

'E  mant  escut  fendut  e  maot  ausberc  falsat. 

OlÌTÌerlos  abat  cutti  hom  faŷ  am  fiius  bUt;  • 

Pus  menat  los  trabucâ  que  no  plou  en  estat. 

Mas  us  paya  lay  venc  que  porta  un  mâlrat; 


394  ROMAN  DE  FIERABRAS. 

Non  passaran  li  nostre  tro  n'aia  mant  tuat. 
Olivier  yenc.panben  sul  bansa  abrÌTat^ 
E  ean  yic  cel  diablé,  qu'  es  lie  ta  gran  fertàt, 
Brandis  la  bona  lánsa  eta  1  cairal  YÌratv 
E  yenc  vas  lo  paya  de  tan  gmn  yolontat 
Que  dètras  las  e^atlas'  li  a  lo  fer  pássat , 
E  1  paya'  chay  a  terra ,  cóstac  '1  pas  abauzat ; 
Pus  de  .vn*  .c.  Frances  li  son  diesus  pàs^t, 
Ab  lòs  pes  deb  cavals  rata  tot  enbudelat. 
Can  la  payana  gen  yiro  que  mort  los  hi  ábat, 
lia  batalha  grupiro ,  fligei^  s*<en  son  tomat ; 
'Per  puegs  e  per  mo&tanhas  s'en  van  desbaratat. 
Olivier  fer  e  broca  Talferan  de  bon  grat ; 
El  punh  tenc  Autaclara  am  porii  d'aur  ìiielat; 
Cel  cuy  cpssiec  a  colp ,  mot  a  pauc  de  santat. 
Dels'  morts  e  dels  oafratz  Toìnan  tot  enjoncat , 
Que  de  .l.  melia  no  s^en  ison  .xx.'  tornat. 
Pero  soxjue  portero  no  an  ges  oblidat; 
Tot  an  pres  e  cargat,  e  y  son  encaminat.  - 
Mas  car  o  coitìpraran  ans  qué  si'  avesprat, 
Queanc  no  feyron  preza  don fossen  pus  irat.... 

Cette  aflaire  est  à  peÌQé  terminiée,  que  ravant-garde  -se  voit  tout  à 
coup  assaillie  par  de  nouvelleâ^  troùpes  payetines ,  aiixquelles  se  joigneDt 
celles  qui  s'étaient  embusqiiées.  Le  combatest  long  et  douteux,  maisii 
9ê  décide  enfin  en  favetu*  des  Français  par  rarrivée  de  Charlemagae, 
qui  delivre  Olivier  atteint  de  plusieurs  bléssures: 

L'emperayre  de  Fransa  es  als  traps  repay ratz , 
Et  el  e  siey  baro  an  lors  cors  desarmatz.  . 
Kárles  fo  mot  dolens  d'OUvier  qu'es  nafratz. 
Lo  filh  Raynier  de  Gennes  dissendet  mot  iiafiratz; 
Del  sanc  què  a  perdut  li  fo  sos  vis  mudatz. ' 
Lo  payre  lo  dezarma ,  per  qui  fo  mot  amatz'; 
Entorn  le  icor  li  ieys.lo  6anc  vermelh,  betatz. 


ROMAN  DE  FIERABRAS;  agS 

Lo  duc  Hftyiìier  de  Gennes'a^  .v.*  iDéìgesjDQandati:. 
OlÌTÌer  an;UTat  per  flancxs  e  per  castaU;' 
Paeys  U  cerean  lo  cors  enviro  pertôtz  lotz ;  .. 
Los  budek  troban  sas ,  no'ls  a  entamenatr : 

>  ■  • 

Mas  lo  veri  tpobeto  .dd  fer  enjirerìnatz.. ' 

Lo  coins  no.  s  potjsufrir,  ab  tant  el  s'efi<;olcatz; 

No  pot  vezer  son  payre ,  ab  taût  s'en  es  anatz.  - 

î*er  lo  comt'  Olivier  es  lo  rey  mot  iratz, 

Dels  joves  caváyerà  es  gran  esquern  levatz, 

E  ditz  que  mays  no  'is  preza.  dos  deniers  moiiedatz' ; 

Mot  valo  mays  los  vieths  que  Ìos  joves  assatz. 

Can  RoUans  rentendet,  el  n'es  mpt.corrossatz, 

Si  o'a  per  pauo  jio  ditz  al  rey  :  a  Yós  himentatz.  » 

Ad  una  part  si  tray  totz  d*ira  alumnatz. 

Ab  ac[uestas  paraulas  lo  rey  s'^ei^  es  intratzs 

Senhors ,  auiatz  bo  sen ,  si  'nteudre  '1  voUatz ; 
La  chanso  es  ben  fayta;  melhor  no  rauziratz^ 

Ferabras  d'AUchandre  fon  dolens  et  iratz ; 
Areyre  s^en  repayra,  sos  Turcxs  a  encontratz; 
Can  el  los  vic  venir  ayssi  desbaratatz ,      .        . 
Am  sa  votz,  queac  clara,  s'es  en  aut  escridatz  : 
fc  Bare,  ditz  el,  qui  us  a  ayssi  desbaratatz?  » 
—  «  Per  Bafomet,  bel  senher,'  Karles  e  sos  barnatz. 
fc  Morts  lay  es  Esclamar ,  jamay  no  lo  veyrátz , 
«  E  Tenas  de  Nubia  e  lo  rey  Trifauatz^ 
a  Que  de.L.  melia  non  a  .x.  escapat^.  »  .  ^    , 

Aqui  jagro  la,  nueyt  tro  'I  jorn  fo.  esclayratz.  , 
Endreyt  I'alba  del  jorn ,  can  parec  la  clartatz , 
Ferabras  ap^let  Brullan  de  Monmirátz 
E  lo  rey  Moredas  e  dek  autres  assatz  : 
«  Baro,  ditz  F^abràs,  ayssi  dreyt  m'esperatZy 
«  Qu'entro  'susr  que  ieu  torn ,  d'ayssi  no  vos  partatz ; ' 
«  Car^  per  aycelBafom,  a  cui  mi  soy  douatz^ 
cc  Jamay  no  fináray  c^auraý  Frances.trobatz^' 
cc  E  s'teu  no  vengi  m'antá ,  mot  ne  seray  iratzl  » 


2§6  aOlÌAN  DE  nERABRAS. 

£t  ek  ta  re^ndat  :  «  Si  com  tos  cottMiidaU.  » 
Ferabras  part  d'aqur^  sos  homeà  a.laycháts. 
Lo  boû  qavál  4*.E8panha  li  Tcnc  to(tz  ^saidatt, 
Et  el  no  y  punhèt  gayre^  que  tost  ea^us  puìatz. 
Marimonda.traspai»a9  don  li  monsrson  ramatz  : 
Jamay  no  $nara  Fraoces  aura  trobatz ... . . 

L'empereur,  au  milieu  de  âes  chevaliersy  se  plaint  de  rimprudence 
d'Olivier,  qui  a  (été  sur  le  point  de  perdr^  l'année  en  se  laissant  sur- 
prendre.  Tandis  qu'il  parle^     . 

L'emperaỳre  de  Fransa  s^es  pres  a  regardar, 
E  vic  Lo  Sarrazi  en  l'engarda  montar. 
Jamays  de  pus  rìc  home  non.auziretz  parlar. 
De  las  tors  de  Palerna  si  fay  senhor  clamar, 
E  si  anet  per  forsa  en  Roma  guerreyar j 
E.tuh  cels  de  la  terra  letz  asi  renegar. 
£  car  las  gens  no  y  s  vòlgro  am  luý  s^nhoreyar, 
El  fetz  destruire  Roma  e  Ms  monestiers  gastar. 
Mort^  ky  fo  Tapostoli ,  li  legat,  é  li  bar^ 

Si  'nportet  la  coroná  que  tant  fay  ad  amar,    *  • 

■>         .       .  .  — 

E  'I  signe  e  'ls  clávels  don  si  fetz  clavelat, 
E  'npprtet  lo  en^uen  don  Dieus  si  fetz  onchar/ 
E  'I  ver  sante  suzàri  don  si  fe  'nvolopar. 
Ferabras  d'Alichandre  se  fázìa  clamar. 

•  •  • 

Fierabras  s'apprpche  du  camp  des  i^hrétiens ,  et  défié  lui-méme  les 
plus  Vaillants  ^chevaliers  de  Charlemagne': 

Lo  Sarrazi  dissen  désota  ralbre  folhát^ 
De  las  armas  que  porta  a  sofn  cors  desarmat ; 
A1  caval  lol  lo  fre ,  làycfaa  Tanar  pel  prat. 
Ab  sa  votz  9  què  ac  clara ,  autamens'  a  crldat : 
«  On  iest  Kvaries  de  Fransa?  mòt  t'áuray  apelat^ 
>  ((  Envia  m'e  Tengarda  Olivier,  ton  prívat, 
«  O  Rollan  to  nebot  ah  lo.cor  abdnrat 


ROHAN  DE  FIEHABHAS. 

n  Si  'n  trametuz  àeh  autres ,  dels  miihors  del  barnat , 

<t  E  sian  .111.  o  .im. ,  no  scraii  rerudat.  n 

E  can  l'entendet  Rarles,  si  a  son  cap  crollal. 

Richart  de  jVormandia  a  lo  rer  apetat : 

(.  Senher  duc ,  dilz  lo  rey,  ja  no  m  sîa  celat ; 

n  Conoychelz  vos  cest  Turc  que  lant  aura  cridal?  u 

—  n  Senher,  so  dilz  Richart,  ieu  vo  'n  diray  verlal ; 
II  So  es  la  pus  ric  home  don  oncas  Tos  parlat, 

<i  No  nasquet  SarrazÌ  de  la  sua  fertat : 

<i  -íio  preza  rey  iii  comle  un  denier  monedat.  » 

Can  Karles  l'entendel,  si  a  son  cap  croUat. 

L'emperayre  de  Fransa  es  forlmen  esmayalz, 
£l  apela  Rollao  :  n  Bel  neps,  car  no  y  anali;?  •> 

—  n  Senher,  so  diu  Rollans,  e  per  que  ra'en  parlalE? 
ic  Que  per  aycel  Senhor  que  Dieus  es  apelatz, 

«  Car  mays  amaria  esser  ades  totz  desmembralz , 

«  Que  ieu  preies  mas  armas,  ni  que  lay  fos  anatz; 

«  ler,  can  payas  nos  vengro  al  deslreyt  dels  fossatz, 

«  L.  melia  foro,  lors  vertz  elmes  lassatz, 

H  Manh  gran.  colp  lay  donem  e  'n  rcceuhem  assatz  ■-, 

H  Olivier,  mon  companh,  lai  fo  greumen  nat'ratz, 

«  Can  TOs  nos  securelz  am  vos  riche  harnalz, 

II  E  payas  s'en  fugiron,  lors  fres  abandonnatz; 

«  E  can  fora  a  las  loljas  et  als  traps  retornatz, 

M  E  vos  prezelz  a  dir,  per  qu'ieu  soy  mot  íratz, 

u  Que  los  viels  feyron  miels  que  li  jove  assalz. 

n  E,  per  l'arma  mon  payre,  non  es  hora  víeus  ni  natz, 

«  Que  sia  de  ma  companha,  que,  s'el  lay  fos  analz, 

«  Que  ja  fos  may  per  mî  soslengutz  ni  amalz.  » 

—  «  A  ,  glot !  ditz  l'emperaïre  ,  cum  iesl  desmesurali !  « 
Karles  lenc  son  gan  destre,  que  fr»  ab  aur  ohralz, 

E  feric  ne  Rollan  en  Iravers,  per  lo  natz, 
Qu'apres  lo  cop  n'ichic  lo  sang  vermelh,  hetatz, 
Rollans  a  mes  la  ma  al  bran  que  ac  al  Iat2-, 
Ja  ferira  son  oncle  si  no  s  fos  perpesolz. 

38 


a^B  ROMAN  DE  FIERABRAS. 

K  Ay  Dicius!  so  a  dit  Rarles,  e  camfioy  vergonhatz! 

«  Car  cel  mi  toI  aùcire  que  raos  neps  es  clamatz! 

((  Davas  toU  homes  degra  per  luy  esser  amatz. 

II  Ja  Dombre  Dieu  no  plassa ,  qu^en  la  crotz  fo  ievatz , 

«  Que  el  puesca  tant  vieure  qu'el  jorn  iia  passat^.  » 

Et  Qscrida  :  «c  Frances ,  ara  tosl  lo  m  liatz , 

II  Jamays  no  cug  manjar  tro  sia  desmembratz.  » 

Can  Frances  Tentendçro ,  totz  foro  esmayatz ; 

Non  lay  n'ac  tan  arditz  c*avan  sia  anatz. 

Lo  rey  ab  sos  baros  si  s'es  pres  a  parlar  :  «   . 

m  Ay  Dieus!.so  a  dih  Karles,  que  tot  as  a  jutjar, 
«  leu  no  say  qui  m'azir  ni  qui  m  deia  amar ; 
«  Qu^eu  tey  que  cel  mi  falh  que  m  degra  ajudar.  i» 

—  a  Senhery  dit^  lo  duc  N  Aymes,  aysso  laycbatz  estar  : 
A  Enans  mVnviasetz  al  Sarrazi  justi^r.  » 

—  «  No  say,  so  ditz  lo  rey»  qui  m  puesca  envitr.  » 
Âr  enclina  son  cap ,  e  pren  si  a  pensar. 

Olivier  jatz  nafratz ,  lo  gentil  e  lo  bar,    , 
Us  messatge  li  venc  las  novelas  cumtar, 
Coma  Rollans  si  volc  ab  son  oncle  mesclar. 
Olivier  n*ac  tal  dol,  de  sen  cuida  raviar, 
Al  pus  tost  gue  el  poc  si  comens'  a  levar. 
Can  lo  conis  fo  en  pes ,  sos  flancxs  pres  a  gardar  ^ 
De  son  blizaut  de  seda  fes  up  pan  esquinsar,  * 
Pueys  s^en  fay  totz  sos  flanczs.isnelamen  bendar, 
E  apelet  Guari  que  vic  latz  si  estar  : 
(c  Vay,  si  mi  fay  mas  armas  sus  ayssi  aportar, 
«  Montarey  e  L'engarda ,  al  Sarrazi  justar.  » 

—  d  Per  Dieu,  senher,  no  sia,  so  ditz  Guari  lo  bar  ^ 
«  Yos  vos  voletz  aucire  e  vos  eys  afolar, 

«  Si  .vos  prendetz  las  armas ,  Dieus  pens  del  retqmar.  d 

—  «  Yassal,  ditz  OKvier,  tot  so  laÌQhatz  estar, 

«  Luns  hom  no  s  deu  tarzar  de  son  pretz  ichausar, 
«  Car  ieu  ìo  dreyt  de  Karle  vueih  tos  temps  razonar, 
«  £  no  U  faiiray  tant  cum  puesca  durar, 


ROMAN  DE  FIERABRAS. 

u  Pus  ìeu  vey  los  Frances  ayssi  espaventar. 

fl  A  la  cocba  pot  hom  son  amic  esprovar. 

■<  Vay,  aporta  m  mas  armas;  no  piiesc  pus  demorar. 

—  «  Senher,  so  ditz  Guari,  aysso  m"es  mal  per  far; 

'■  Mot  (loleiis  o  faray,  pus  iion  o  puesc  vedar.  » 

Sas  armas  li  portel  ses  pus  de  detnorar, 

Et  Olivier  s'armet,  cuy  que  deya  pezar. 

Lo  filh  Raynier  de  Gcnnes  mot  ricament  s'armet ; 

(iuari,  sos  escudiers,  sas  causaa  li  causet^ 
Et  apres  del  armar,  son  auberc  li  lassel. 

Lo  coms  seys  Aulactara.  que  mot  forlmen  amet; 
Lo  blanc  caval  d'Espanba  Guari  li  amenet. 
Can  Olivier  lo  vic,  do  sa  ma  lo  senbet. 
Lo  coms  pres  lo  deslrier,  sus  lo  dos  li  montel , 
Per  k  cînta  de  seda  Tescut  al  col  pauzet; 
Pueys  a  pres  son  espieut  qae  Guari  li  baylel. 
Lo  fìlh  Raynier  de  Gennes  als  eslrieups  s'ufíquet 
Per  ayssi  gran  vertul  que  los  estrieups  pleguct. 

Lo  filh  RaynÌer  de  Gennes  el  caval  es  montalz, 
Et  a  cinla  s'espaza  al  sencslre  costatz. 
L'escut  ac  a  son  col,  el  cap  l'elme  gemal. 
El  a  senbat  son  cors,  a  Dieu  s'es  comandatz. 
Comjat  pres  de  Guari ,  ab  tant  s'cn  es  anaU; 
Entro  al  trap  de  Karle  no  s'es  pas  arestatz. 
Lai  trobet  lo  duc  N  Aymes  e  l'ostout  Guilamalz, 
E  dels  bavos  de  Fransa  e  dels  princeps  asalz. 
Lo  coras  RoUan  lay  fo  corrosos  et  iralz; 
Mas  mot  forl  si  penet .  car  sí  fo  paleyatz 
Am  Karle,  lo  sieu  oncie,  que  tant  era  onratz; 
Ar  feyra  la  batalha  volontiers,  so  sapjatz. 
Trop  s'es  larzaiz  lo  ducxs,  e  tart  s'es  perpensali 
C'OlivÌer  la  fara,  qui  qu'en  sia  iratz. 
Ah  tan  vecvos  lo  comtc  que  venc  totz  abrivalz ; 
Entro  al  trap  de  Karlc  no  s'es  pas  restancalz, 
E ,  lay  on  a  vist  Karle ,  cl  s'cs  enrazouatz  : 


1 


3oo  ROMAN  DE  FIERAHIAS. 

«  Emperayre  de  Fran^a ,  senber  de  grans  bontatz ,  ' 

«  Ja  a  pus  de  .ni.  an»  e  complitz  e  panaUe 

K  'Qu'ìea  prezl  compaáhìa  ab  Roltao  j  lo  lauzatz , 

c(  Pueis  doû  agui  del  ▼oàtre  doa  deniers  mcMiedatz, 

(í  Mas  ara  lís  prec  que  m  sia  gazardo  aquttats*  » 

-^  ft  Yolontiersy  ditz  \o  rey,  per  mon  grinbobarbatz, 

«  Aytan  tost  cum  serem  en  Fransaretocnatz, 

«  Ja  no  m  queriretz,  de  que  no  us  sia  donatz, ' 

((  De  borcxs  ni  de  castels  ni  de  ricas  ciutatz.  » 

—  «  Senher,»  ditz  Olitiersv  no  us  deman  als  ^  si  us  platz , 

«  Ma^  que  m  detz  la  balalha  d'aycel  desbateyatz....  » 

-—  «  Olivi^,  30  ditz  Kacles ,  as  to  sen  cambiat  ^ 

«  Qu'enqueras  de  tasplayas  no  t'a  luns  bom  sanat; 

K  .Yay,  bels  amicxs,  areyre,  repausa  t^en  ton  trap.... 

K  No  t'i  laycbari'  anar  per  Taur  d'una  ciutat.  » 

Ab  tan  si  dress'  en  pes  Gaynela  et  Aldrat  \     , 

Cel  Senbor  los  cofonda  quelo  mon  a  creat! 

No.triguet  pueys  dos  ans,  so  ditz  bom  per  yertat, 

Que  trabiro  los  Pars,  li  fáls  tracbor  proat, 

Don  els  duy  pueys  morirò  a  dol  ct  a  TÌltat. 

K  Senber,  so  a  dit  Gaynes ,  çoquers  non  ay  parlat ; 

K  Yos  nos  avetz  e  Fransa  un  juljament  donat : 

K  Que  so  que  los  duy  auian  deu  esser  autrayat, 

K  Sitot  no  y  es  lo  ters,  per  so  no  er  passat  \ 

(f  Nos  juljanl  d*OIÌTÌer  :  per  dreyt  es  acordat 

K  Qu'el  fassa  la  batalha  ab  to  desbateyat.  » 

Qin  lo  rey  los  enten,  tot  lo  sen  a  mudat; 

Per  mot  fer  talen  mal  a  Gaynes  esçai'dat : 

K  Gayne,  so  a  dit  Karlea»JDieus  ti  done  ibai  fat, 

c  E  cels  de  tOB  litnage  sian  d^retat, 

K  Car  per  ta  culvertia  as  Olitier  jutjat ; . 

K  Et  ieu  Tuelh  quVI  lay  an ,  ja  no  er  trastornat ; 

K  Mas  per  aycel  Senhor,  qu'es  Dieus  e  trinitat, 

«  Que  si/1  es  mortz  o  pres,  tasapjas  per  Tertat 

((  Que  ieu  ti  faray  pendre  coma  Uyro  proat , 


ROMAM  DE  FIERABRAS.  3oi 

«  E  trasluh  tíey  paren  seran  deserelal.  « 

—  n  Senlier,  ditz  GayDelo,  Dìeus  oe  gar  mon  bainat!  » 
Pueys  ditz  enlre  sas  dens  cuendamens  a  celal  t 

1  Ja  Dombre  Dìeu  no  plassa,  lo  rey  d«  majestal, 
i<  Que  jamay  el  ne  lorn'  a  lola  sa  elat....  » 

—  "  OlÌTÌer,  dilz  lo  rey,  Dieus,  per  sa  pietal, 
,                n  Ti  sia  en  ajuda  del  paya  desfezal.  n 

Olivier  part  pour  combaltre  Fiei-abras ;  celui-ci  a  trois  épées,  Bap- 
lismc,  Graman  et  Florence,  et  de  plus  il  porte,  suspendas  aux  arçons 
|de  sa  selle,  deus  pctits  barils  remplis  du  baume  qui  avait  scrvi  à 
Bindrc  Jesus-Christ;  tout  homme  blessé  est  guéri  dès  rinstant  qu'il 
peut  en  boire.  Après  quelqucs  pourparlcrs,  le  guerrier  Maure,  ({ui 
d'abord  ne  voulait  pas  se  mesurer  avec  Olivier  parce  qu'il  l'avait 
reconnu  blcssé  ,  luî  ppoposc  genéreusement  de  boìrc  du  précicux 
baume;  le  gucrrier  chrétien  refuse.  I^  combat  s'cngage ;  Olivicr, 
>%ibli  par  les  blessures  de  !a  veille ,  ^prouve  d'abord  du  désavantagc ; 
mais  du  même  coup  d'épée  ayant  renversé  Fierabras  et  Irancbc  la 
courroie  qui  attaclie  les  barils,  il  s'en  emparc,  boit,  guérit  soudain,  et 
lei  jette  à  la  mer.  Dès  ce  moment  la  partie  devìent  plus  égale : 

Ferabras  d'Âlicbandre  a  son  cotp  azesmat, 
E  feric  Olivier  un  colp  desmeiurat , 
C'uti  cartier  de  la  coí'a  li  abatet  el  prat, 
£  dels  cabels  del  cap  li  a  un  pauc  ostat : 
Dami  Dieu  lo  gueric  que  ges  no  l'a  plagat. 

El  comte  feric  luy 

Et  albiret  son  colp  et  a  '1  ben  azesmat, 
So  que  tencdel  escut,  a  denant  si  levat; 
Si  aut  a  Ferabras  araont  son  bran  levat, 
Que  tot  si  descubric  lo  flanc  e  lo  coslal. 
Olivier  lo  perccup,  et  a  'I  faen  avizaL; 
Al  relrayre  lo  fier  de  son  bran  aceyral , 
Per  desolz  la  mamela  li  a  un  colp  donat. 
E  lo  coms  s'afiquet,  c'avia  lo  cor  iral; 


I 

J 


3o2  ROM AN  lìE  FIERABRAS. 

Pres  d'Un  palm.  de  la  carn  11  a  racier  treocat, 

C'a  perpi^c  los  budels  ùo  sòn  defors  sauCal; 

Mas  anc  no  y  a  bndel  mâlmes  ni  *ntamenat. 

Lo  sanc  dé  gran  rabey  ne  chay  e  mìeg  là  prat. 

Auiatz  de  Ferabras  cum  fo  dé  graii  fertát : 

Anc  sol  no  s  deohet  planher,  tan  ac  de  segurtat ; 

Contramon  yas  lo  cel  á  ades  'esgafdat : 

De  Jesu-Crist  li  membra,  lo  reyde  majéstat^ 

Del  yer  Sant  Es]perit  Tac  Dieus  enluminat. 

Olivier  àpelet,-  merce  li  a  clamat. 

«  Gentils  hom,  no  m*  aucias  per  la  tua  bontàt^ 

«  £  si  m  mena  a  Rarle,  lo  bon  rey  coronat, 

«  Qu'ieu  Tos  promet,  bel  senher,  è  us  jur  per  liautat 

«  Que  ieu  tenrày  la  fe  de  la  crestiantat , 

a  E  us.  rendray  la  corona  e  U  signe  honorat 

ft  E  las  dignas  relequias,  don  ay  lo  cor  irat 

«  Per  so  car  ieu  las  prezi ,  caytiiá ,  malahurat  : 

f(  C'aysso  m*en  es  vengut,  so  say  de  veritat, 

«  Oliviers ,  gentil  senher,  ayas  mi  pietat : 

ii  Car  s'ieu  muer  sarrazi,  enquers  fer  reproat.  » 

Au  moment  où  Fieì*abras  se  convèrtit,  une  troupe  de  Sarrasins  dé- 
busque  d'un  bois,  et  s'empare  d'ÒIivier  et  de  quelques  autres  cheva- 
licrs,  qu'ils  enunènent  ct  fivrent  à  Balan ,  malgré  les  efforts  des  Français 
accourus  à  leur  secours.  I|s  sont  enfennés  dans  une  tour  obscure,  oìi  ils 
périraient  si  Floripar,  soeur  du  guçrri^r  Maurè ,  ne  venait  à  leur  aide : 

Ab  tan  veus  Floripar,  là  filha  Talmirat; 
Anc  pus  gentìl  donzela  no  vic  lutih  home^  nat^ 
De  la  sua  faytura  vos  diray  veritat : 
Ac  lo  cors  bel  e  dreyt  e  ben  afaysonat ; 
La  carn  avia  pus  blaûca  qu'evori  repafat , 
E  la  cara  vermelha  cum  roza  en  estat , 
£  la  boca  petitá,  e  ienc  las  dens  sèrrat, 
Qu'ela  avia  pus  blancas  que  neu  can  a  gelat  \ 


nOMAH  DE  FIEHABRAS. 
E  cenh  una  correya  de  seda  de  baudral ; 
La  fineia  fon  rica  de  fìii  atir  eineral. 
Jaluns  hom  que  la  cinte  noo  anra'l  pel  mesclat, 
Nî  ja  de  lunh  yeri  non  er  enpoysonat, 
E  si  avia  .iii.  jorns  o  .mi.  dcjunat, 
Si  auria  el  son  cors  del  tot  resaziat; 
La  donzela  avia  Olivier  escautal ; 
De  la  camhra  salic,  e  davala'l  degrat; 
Ab  lieya  -xv.  pieuzclas,  de  mot  gran  parenlat, 
Vengudas  son  al  loc  on  payas  son  irat. 
«  Digalz,  c'avelz  vos  aulres?  e  no  m  sia  celat.  » 

—  II  Dona ,  pres  es  vos  írayre ,  Ferabras  lo  lauzal  1  » 
Ab  tan  forou  li  <lol  del  tot  renovelal 

Floripar  auU  la  crida  que  meneron  lí  bar 
Que  eron  en  la  carcer  lo  payrc  Ferabras, 
Lo  carceríer  apela,  e  vay  lí  demandar  : 
«  D'on  so  li  cavayer  que  aug  lay  gaymentar?  » 
Respon  lo  carcerier  :  n  Be  i>s  o  volray  comtar, 
«  Dona,  Ìlh  son  de  Fransa,  segon  ^ue  aug  gabar. 
«  Homes  son  del  rey  K.arle  que  no  develz  amar, 
«  Emperador  de  Fransa  que  el  sL  Tay  nomnar  \ 
«  Cilb  so  que  ajudero  vostre  frayre  nafrar. 
«  Un  n'  i  a  enlr'  els  autres  que  fay  fort  a  lauzair  : 
*  Luns  hom  no  vic  de  carn  pus  format  hacalar. 
(I  Cel  conquis  Ferabras  a  batalha  ,  so  m  par.  » 

—  tt  Brustamon,  dis  la  bela,  fay  mi  ah  lor  parlar....  » 

—  n  Dona,  dis  Brustamon,  vos  no  y  podetz  parlar, 
«  L'almiran  vostre  payre  m'o  a  fayt  aBzar....  » 
Mas  Floripar  Irames  un  ciri  alumnar-, 

Ela  venc  a  la  carcer,  si  la  fetz  desfermar; 

Son  cap  a  mes  dedins ,  e  si  s  pres  a  gardar  : 

Vn  ciri  tenc  davant  que  fort  reluzic  clar ; 

Los  Frances  que  lay  foro  comenset  apelar  : 

«  Senbors,  d'on  elz  vos  autres.'^  no  m'o  vulbalz  cclar.  < 

Et  ela  li  respondero  :  n  Be  us  o  volrem  comtar  : 


3p4  ItOMAN  DE  FIERAB&AS. 

«  Nos  «la,  dona ,  de  Fraiisa.,  dis  OK^r  lo  bar, 
((  £t  em  home  de  Karle,  qi^e  taiit  fay  a  l&iuar, 
«  L'almiran  nos  a  faytz  en  esta  tor  sarrac 
*  n  Et  al  fons  de.^ajiis^  e  uo  y  podém  dûrar  : 
«  Dami  Dieu  aos  ajut ,  q[ue  n&  a  totz  a  jutjar. 
(c'Doiia ,  si  a  tos  piay^-faytz  nos  dar  a  manjar.  n 
So  respon  Floripar  :  «  Yos  sabetz  ben  parlar, 
(c  Mas  a  totz  cOYenra  e  plevir  e  jnrar  . 
(c  Qu&Tos  faretz  tot  so  qQ-ie  us  volraý  demandar, 
((  £  d'aysso  m'aydareiz  qti'iett  vos-  vòlray  preyar.  » 

—  «  Certas,  dis  Olivierf  be  us  volem  fiansar 

((  Que  ja  no  us  falirem  per  nos  membres  trencar.  ^ 
((  £  si  podem  la  sus  als  Sarrazis  montar, 
((  £  que  nos  donetz  armas  que  nospuscam  portar, 
((  Nes  farem  a  .u  las  testas  trabucar.  n 

—  «  Yással ,  dÌ9  Floripar,  en  fol  vos  aug  gabar, 
n  £  val  may  bon  caiar  que  no  fay  fol  parlar.  » 
•^  ((  Dona,  so  dis  Berart,  cel  que  sap  ben  cantar, 
((  Nota  mot  volontiers  per  so  mal  oblidar.  » 

—  (X  Per  Bafbm ,  dis  la  bela,  be>us  sabetz  razonar. 
«  leu  np  say  qui  vos  etz,  ni  no  us  puesc  adesmarŶ 
((  Mas  ieu  cug  c'am  piuzela  sabriatz  vos  jogar.  » 
So  dis  Guiihot  rescot  :  «  Be  sabetz  devinar.  » 

So  respon  Floripar  :  a  Ben  er  a  esprovar.  » 

Cependant  Charlemagne  charge  Bx)land  et  six  autres  pairs  de  se 
rendre  auprès  de  1'émir  pour  le  sommer  de  se  (aire  fhrétien,  ct  de 
lui  remettre  la  sainte  croix  et  les  autres  reliqueS  qu'il  a  en  sa  possessioo. 
De  son  cóté,  Balan  adressc  à  cet  eihpereur  quinze  rois  sarrasins  poar 
lui  proposer  de  se  faire  mahométan ,  et  de  lui  rendre  son  fils.  I^^ 
deux  ambassades  se  rencontrent  et  se  livrent  combat ;  tous  les  Sarrasio> 
sont  tués  à  I'exception  d'un  seiil ,  qui  revient  en  toute  hâtc  raconter 
la  fatale  aventure  à  rémir.  Bientót  après  Roland  et  les  pairs  s'acquitteot 
de  leur  mission;  ils  courent  les-plus  grands  dangers,  et  soot  surle 


ROHÌH  DE  FlfiRA^US.  3o5 

poìnt  d'êtreiBÚà  mort,  torsqoe  Florípar  s'eD  empare,.et  les  coDduit 
daa)  son  palaís ,  oti  ìls  retrouveat  les  ebeTalÌen  qu'elle  y  tenait  enfer- 
més,  (11  attendant  le  moment  de  ieur  délivrance. 

Can  nostre  baro  foro  en  la  cambra  intrat, 
RoUad  vic  Olivier  e  si  l'a  enbrassat ; 
E  si  s  feyro  li  aulre,  que  be  lor  venc  en  grat.... 
«  Senhors,  dis  Floripar,  a  mi  vuelh  qu'entendatt  : 
i<  leu  Tuelh  que  tuh  ensemble  vostra  fe  m  pleviaU, 
"  Que  faretz  so  qu'icu  vuelha,  ses  totas  falsetatï.  » 

—  11  Volontiers,  dizon  tuh  :  veyam  que  demandatzP  » 
Flortpar  abraset  Ririiar  de  Normandia. 

'I  £  cum  avelz  vos  nom?  no  m'o  celeU  vos  mia.  » 

—  d  Dona ,  so  dilz  Richart ,  no  us  o  celaray  mìa  : 

a  Hom  m'apela  Rieharl ;  natz  suy  e  Normandia n 

Floripar  pres  Rollan  per  lo  nolz  del  haudralz  : 
o  E  cum  avetz  vos  nom,  franc  cavayer  roembratz.-'  » 
-^  II  Dona ,  so  dis  Rollan ,  mos  nom  no  us  er  celatz : 
u  Hom  m'apela  Rollan,  can  soy  per  dreyt  nomnatz, 
II  E  soy  nehotz  de  Karle,  e  suy  de  sa  sor  natz.,..  w 

—  II  Senbors,  dis  Floripar,  !uh  m'avetz  afìzatz.... 
II  le  us  deman  per  maril  un  cavayer  onratz , 

II  GuÌ  a  nom  de  Berc;onha,  rar  fort  es  heU  armatz.  » 

—  H  Pieuzela,  dis  Rollan,  a  vostras  volontati; 
o  Non  a  enlr'  el  e  vos  ,nii.  pes  meiuratz.  » 

—  d  Senhors,  dis  Floripar,  ara  doucxs  lo  m  fermatz.  h 

—  B  Veoetz  avan ,  Don  Gui ;  ia  molber  vos  fermatz.  » 
,                — n  Scnhors,  dis  En  Guio,  ja  tos  non  o  vulhati, 

n  Que  ja  ferme  molher,  ni  sia  moUieratz., 
,  B  Si  Rarle  no  la  m  ferma,  lo  hon  rey  coronatz.  » 

Can  l'enlen  Floripar,  tot  lo  sanc  li  's  mudatz, 
E  jura  Bafomet  :  «  Si  vos  no  m'  i  fermatz , 
n  leu  vos  faray  totz  pendre,  o  sereti  desraembratz,  n 

—  i>  Cozi .  so  dis  Rollan ,  faytz  nostras  volontatz.  » 

—  fl  Senher,  so  dis  En  Gui.  avssi  cum  vos  VQlhalz....  « 

3.) 


3o6  ROHAN  DE  FIERABRAS. 

—  «  Ay  Dieu!  dis  Florípary  to  'n  sias  honoratz; 
«  Ar  ay  la  re  del  monde  que  pus  avia  amaty 
<(  E  faray  mi  per  luy  bateyar  de  bon  grat, 
tt  E  creyray  Jesu  Crist,  lo  rey  de  majestat.  » 
Lo  bras  li  met  sul  col,  si  l*a  fort  abrassat^ 
Mas  no  l'auza  bayzar,  car  uo  n*a  comjat, 
Per  so  car  es  payana,  que  be  *lh  vengra  a  grat. 

Les  Sarrasins  décQUvrent  ce  qui  se  passe,  et  essaient  vainement  dese 
rendre  maîtres  des  Franç^is,  qui  se  fortifient  dans  une  tour  avec  Floripar, 
dont  la  ceinture  a  la  vertu  de  leur  procurer  tous  les  aliments  qui  leur 
sont  nécessaires.  Uu  enchanteur  est  chargé  de  dérober  cette  ceinture. 
II  parvient  à  s'en  rendre  possesseur  pendant  le  sommeil  de  la  prin- 
cesse,  mais  frappé  des/charmes  de  Florípar,  il  ose  aspirer  à  un  succès 
plus  coupable  et  plus  sáduisant;  soudain  elle  s'éveiUe,  s'écrie;  on 
accourt;  renchanteur  est  mis  à  niort,  et  jeté  à  la-mer  avec  laceinture. 
Florípar  s^aperçoit  trop  tard  de  ce  malheur.  De  leur  côté ,  ne  voyant 
pas  revenir  renchanteur,  et  pressentant  le  sort  qu'il  a  éprouvé,  les 
Sarrasins  tentent  inutilement  un  assaut;  mais  bientót  après  les  vivres 
manquent  aux  chevaliers. 

Falitz  lor  es  lo  vis ,  la  carn  e  'l  pa  e  *1  blatz. 
Las  pieuzelas  an  fam  ,  ab  gen  cors  honoratz^ 
Floripar  s'espalmet,  que  tan  a  grans  beutat^ ; 
Gui  Tanet  redressar,  sos  novels  maridatz.... 
cc  Baro,  so  dis  le  comte ,  prec  vos  que  m'entendatz : 
«  Paya  nos  an  sains  en  estz  murs  esserfatz.,.. 
«  Iscam  nos  en  defors ,  los  auberczs  endossatz, 
II  £  cercarem  vitalha  ab  los  brans  aceyratz; 
«  Mays  am  morir  defors  que  dins  vieure  famatz !  » 
£  Frances  respondero :  «  Tot  so  es  veritatz....  » 
Tost  et  imelamen  an  lors  escutz  cobratz, 
£  portan  lors  espazas  als  senestres  costatz; 
Venguh  son  als  estables,  lors  cavals  an  trobatz ; 
Li  comte  i  montero ,  als  estrieups  son  ficatz , 


ROHAIT  DE  FIERABRAS;  307 

E  puers  na  a  U  porta,  lo  pont  es  daTalatz.... 
Lt  comte  caval^ero  encootraTal  I09  pratx , 
E  Turc  e  Satrari  \vj  foren  ajnstttti. 
£  ralmiran  Balan  ies  aval  regardalz . 
Et  a  vistE  nostrescomlea  suls  deslriers  sojornati. 
L'almiran  apelet  BruUan  de  Monmiralz, 
Sortibran  de  Coímbres  e  dels  aulres  asatz. 
n  Baro,  dis  l'almiran,  quinh  cosselli  mi  donalz? 
11  Lay  cavalgan  Franccs,  lors  golfaynos  lcvatz, 
«  E  s'am  vida  n'escapan,  mol  en  seray  iratz, 
I'  Car  aquels  sou  li  eomte  qu'estan  dius  enserralz.  i> 
Can  pajas  l'entendero,  mot  si  son  lost  armatz; 
E  Frances  s'eslaychero ,  lors  fres  abandonatz ; 
Dels  esperos  donavo  als  dcístriers  sojornatz. 
Rollan  crida  :  a  Monjoya!  baro  ,  ara  lor  dalz!  » 
Âb  son  espieut  trencan  el  n'a  .x.  trabucalz. 
Cascus  de  nostres  comtes  sì  s'es  hen  esprovatz. 
Ab  tan  veus  Clarìon  ah  .sx.  melia  armatz^ 

Neps  era  l'almiran,  e  de  sa  seror  natz 

Mot  fo  sobriers  l'eslorn  dels  cavayers  membraLz^ 

Mas  payas  son  cregulz  ,  los  malvatz  renegalz 

E  Frances  s'en  repayro  belameus  per  los  pratz  ; 
Avenlura  lor  venc,  Dieus  en  sia  lauzau! 
Al  repayrar  qu'els  feyro ,  an  ,xx.  saumiers  Irobatz , 
Que  de  vi  que  de  blat  e  de  carn  sou  cargatz. 

Ilss'en  emparent;  maís,  assaillis  de  toules  parls,  ils  sont  forcés  de 
ies  abaodonner.  Olivier,  ccpeodant,  parvient  à  se  rendre  inaìtre  de 
quelques  provisions.  Par  malheur,  l'un  d'eux  est  tué ,  et  Cui  dc  Boiu^ 
gogne  est  fait  prisonnier.  Le  lendemain ,  les  Sarrasins  se  disposent  à  Ic 
pendre,  maîs  Roland,  qui  s'esl  apcrçu  de  leurmouvenient,iiiarche  à 
soD  secours  avec  ses  compagnons ,  et  le  délívre  : 

Entro  sus  a  las  forcas  tlollan  no  s'es  restatz ; 

A  'N  OuÌo  de  Bergonha  sos  huelhs  a  desbendatz , 


"^*'Á 


3o8  ROMAN  DE  FIJSRAHUS. 

E  lo  liam  trénquet  mb  que  fora  peogalZi . . . 

Lo  caval  li  tneaet  que  fo  del  reoegaft , 

E  cridet  a'N  Guioc  «  Gizi,  ara  moiitatz.  » 

RoUau  dis  a  'N  Guio  :  «  Prop  de  mt  ìcaTalgaU 

«  Tant  entro  que  agam  armas  don  BÌats  armatz.  » 

— -  f(  Bel  senher,  dìs  Eti  Gui,  %i  cum  tos  coumndatz,...  » 

Lay  comensa  l'estom;  ja  maior  non  Teyratz.... 

Rollan  fier  un  paya  que  ac  nom  Falsabratz , 

E  donet  U  tal  colp  qu*el  eap  es  lay  sautatz; 

£  RoUan  a  cridat :  «  Cozi,  ar  vos  armalz ; 

«  Yeus  aychi  belas  armas;  tantost  vos.adobatz.  n 

Domentre  qu'En  Gui  s'arma ,  eft  pels  autres  gardatz : 

De  RoUan  e  dels  autres  es  totz  environatz. 

Lo  coms  saUi  sul  caval,  can  fo  apareUiatz, 

Et  es  de  plana  terra  sus  la  seh  montatz. 

Als  comtes  escridet :  «  Senbors ,  ara  lor  datz , 

V  Car  moslrarai  a  Turczs  cum-  lor  sui  escapatz. ...» 

Pres  d'una  balestada  an  payás  recmlatz. 

Trops  n4  ac  de  batutE  e  mortz  e  de  nafiratz. 

Mas  Sarrazi  si  arman  a  lotjas  et  a  tnps, 

De  .XX..  meUa  payas  es  Tasaut  refresoat. 

Après  des  efForts  înouîs ,  ils  parTÌennent  non  aeulen^ent  à  se  débar- 
rasser  de  tous  oes  assaiUants,  mais  encore  ils  «*emparent  d'un  convoi 
de  vivresqu'ils  amènent  heureuseriient  dans  la  toúr.Chemin  faisaot, 
ils  rencontrent  et  emportent  avec  eùx  le  corps  de  celui  qui  avait  élé 
tué  )a  veiUe.  Dès  qu'îls  se  voient  des  subsistances  assurées  pour  deux 
moiS)  ils  cherchent  à  fáire  connàître  leur  position  h  rempereur.  RichanÌ 
de  Normandie  est  <^argé  dii  message,  et  afiâ  qu'il  puisse  s'éloigner 
sáns  que  les  Sarrasîns  le  voient ,  )es  chevaliers  font  une  sortie  : 

E  can  Richart  los  vic  ab  ios  payas  mesclatz 
Part  si  de  lor  pluran ,  et  es  encaminatz. 
Per  mieg  los  traps  de  Tost  s'en  es  mot  tost  passatz.... 
E  Frances  s'en  repayro  entro  sus  als  valàtz ; 


BOHA»  DE  FIBRAB&AS.  Sag 

Pei  fore'  an  Sarrazis  arcyre  reculaU.  « 

Intran  s'en  en  la  tor  e  le  pont  es  levatz ,  I 

Puers  van  a  las  feneslras  dels  palaytz  denlelhalz; 
Viro  lo  duc  Ricbart  cV  toti  los  Turcis  pasati. 

Mais  Ìl  est  aperçu  et  poursiiivi.  Bientót  tn£me  son  cheval  s'abat  . 

sous  lui,  et  il  est  atteint.   Le  premicr  Sarrasin  qui  se  présente  est  I 

le  roi  Clarion ,  qu'il  a  le  bonheur  de  tuer;  sou  deslrier  lui  fourait  Ìe  < 

moycn  d'échapper  à  la  troupe  qui  suivait  ce  Roi.  IcÌ  une  circoustancc 
<]ue  l'art  du  poète  a  su  inénagcr,  augmente  considérablement  l'cmbarras 
âes dievalìers  restés  avec  Floripar.  Le  cheval  de  Ricbart  s'csl  relevé,  et, 
malgré  tous  les  cfforls  dcs  Sarrasins ,  il  est  parvcnu  à  regagaer  la  tour.  | 

En  le  revoyant  les  chevaliers  ne  doutent  pas  de  la  mort  de  fìichard ,  et 
déplorent  sa  perte  tandis  qu'ÌI  sc  dirige  tranquillcment  vers  l'cmpereur. 
Cependaot  Balan,  qui  voudrait  vengcr  la  mort  de  son  neveu  CiarÌon, 
expGdÌe  un  messagerà  Golafre,  cliargc  de  gardcr  le  ponl  de  Martiplc 
paroùdoit  passer  Ricbard.  Le  iiiessager  le  devance,  et  lout  estdisposé 
potir  I'arrêter,  lorsqu'un  miracle,  opérc  en  sa  favcur,  le  délivrc  de  tout 
dangcr.  Mais  pendant  qu'il  se  háte  de  se  rendre  auprès  dc  l'empereur,  | 

Gaaelon  et  les  siens  tentent,  avec  succcs,  de  jetcr  le  découragement  | 

lians  tous  les  cceurs ,  et  font  si  bien ,  qu'ils  décident  Charles ,  dcsolé ,  u 
lever  le  caoip  el  à  retourner  en  France.  | 

Ara  s'en  vay  la  ost  per  un  gran  deruben ;  ■ 

E  Kar)es  legardet,  e  devas  orien 

Richart  de  Normandia  vìc  venir  fort  punhen. 

Felz  restancar  la  ost,  que  non  ane  avan.,..  . 

Ab  tant  vecvos  Richart  que  ac  lo  cor  valhan  ,  1 

Denant  l'emperador  diclicn  del  alferan.  I 

Lo  rey  lo  saludet  e  vay  li  demandun  :  i 

"  DigatE,  pcr  amor  Dieu,  c'avel/  fayt  de  Rotlan  \ 

H  Ni  dels  aulres  barosi'....  »  I 

—  «  En  Agremonift  so  ,  cn  una  tor  mot  gran , 

I'  E  teno  'ls  asetgal  .ccc.  melia  payan....  n 


3io  ROMAN  DE  FIBRABRAS: 

Gin  Rarles  entendet  Richart  de'Nonnaiidia, 
No  fora  pus  jauxens  per  tot  Taìir  de  Sp*ia; 
E  jura  San  Denis ,  cuy  adora  e  pria , 
Que  Gaynes  e*l  sieu  son  ple  de'gran  bauzia.... 

Ab  vals  sotz  Marimonda  es  la  ost  arestada. 
Lendema,  gt^an  mati ,  can  l'alba  fo.crebaday 
Comandet  le  rey  Rarles  sa  gen  que  fos  armada. 
Doncxs  s'armero  Frances,  ses  lunha  demorada.... 
Richart  de  Normandia  ab  la  cara  membrada 
Donet  lo  caval  negre ,  ab  la  sela  dauráda, 
Al  duc  Raynìer  de  Gennes  ses  lunha  recobrada; 
E  pueys  a  belamen  sa  gent  adordenada ; 
A  for  de  mercadiers  Ta  mot  ben  arrezada. 
Cascus  portet  son  bran  sotz  sa  capa  fiblada. 
V.  cen  cavayers  foro  de  bona  gent  armada, 
Lors  saumiers  aculhiro ,  van  s'en  per  mieg  la  prada. 
Riehart  anet  premiers,  car  be  sap  Fencontrada. 
Anc  entro  a  Martiple  no  y  ac  regna  tirada. 
Rarle  s4  embosquet  pres  d'una  balestada 
Ab  sa  ricacompanha,  que  menet  ben  armada. 

Sous  leur  déguisement  ils  essayent  de  passer  le  pont  que  Golafre  £iit 
relever  au  moment  oìi  quatre  d'entre  eux  venaient  de  le  traverser.  £t 
comme  il  veut  les  punir  de  tant  d'audace  j  ils  le  tuent  et  ouvrent  passage 
à  toute  Tarmée;  après  un  long  combat,  pendant  lequel  il  est  quelque 
temps  prisonnier,  Charlemagne  finit  par  s'cmparer  de  la  ville,  grâces 
surtout  à  la  valeur  de  Fierabras,  désormais  dévoué  à  rempereur. 
L'émir  en  apprenant  la  nòuvelle  du  succès  des  Français,  entre  en  fureur 
contre  ses  Dieux : 

E  venc  tost  e  corren  a  la  bafomayria ; 
Tal  ne  det  a  Bafom  sus  la  testa  dauria, 
Tota  la  lì  trenquet  e  to  cors  li  debria , 
E  pueys  can  o  ac  fayt ,  envas  luy  s'umelia. 


ROBUN  DE  FIEIUBRAS.  3ii 

Dam  sou  désespoir  il  ordonoe  nn  nouve)  assauL  Les  assiégés  font 
d'autant  meilleure  contcnaiice  que  Floripar  leur  a  tnontrc  et  faít  tou- 
cher  h  couronne  d'épines  et  les  clous  sacrés.  Cependant  l'assaut  devient 
terrible,  et  lcs  niachines  renversent  un  pan  de  muraille  de  la  tour. 
Dans  cette  extréraitíí 

Rollan  etOlivier  el  Âugier  s'en  intra; 
En  una  cambra  vengro  on  Tervagan  esta ; 
Cascus  pres  un  dieu  d'aur,  a  son  col  lo  cargua. 
Hollan  tenc  Apoli,  de  Unsar  s'ayzina, 
Jos  en  la  prieysa  maior  aU  payas  Ìo  lansa; 
Et  Augier  tenc  Margot,  aval  lo  balansa; 
Olivier  tenc  Lupi,  contraval  levîa; 
Duc  N  Âymes  de  Bavier  Barom  lor  batansa. 

Les  paîens  efírajrtìs  reculent,  et  l'assaut  est  suspendu.  Toute- 
ío'ìì  un  démon  ranime  le  rourage  abattu  dc  l'emìr,  qui  revient  à 
lí  charge  et  presse  si  vivement  les  Français  qu'iU  soat  près  de  succom- 
ber.  £a  ce  moment 

Dux  N  Ayraes  esgardet  lay  vas  una  enconlrada-, 
La  senha  Sant  Senís  a  mot  ben  avizada.... 
u  Senhors,  so  dU  le  duc,  franca  gcn  honorada, 
o  Tola  nostra  dolor  es  liueymay  espassada....  » 

Les  Sarrasins,  instruits  de  l'approclie  dos  Français,  se  préparcnt  à  les 
rícevoìr.  Avaot  de  livrer  bataillc ,  Cliarles  fait  proposer  à  Balan  de  se 
láire  chrétien,  sur  son  refus,  le  combat  s'cngage : 

La  batalha  fo  grans ,  longamens  a  durat ; 
Ja  foran  li  Frances  malamen  mescabat, 
SÌ  no  fosscn  lí  comte,  cuy  Dieu  done  santat. 
Ab  tant  veus  noslres  comles  de  la  tor  avalatz, 
Aval  dins  los  eslables  an  lors  cavals  trobalK ; 
Cascus  a  pres  le  sieu,  mantenent  so  montatz, 
E  prcndo  lors  esculí  e  lors  espieutz  cayraU. 


3ia  K01IáN  DB  FIERABBiS. 

Florìpair  la  corleia  a  en  aat  escrídal : 

«  Senhprs,  Jesus  yos  guil,  ìo  rey  de  majertal! « 

Li  baro  s'en  anero  punben  tub  abriyat  \ 

De  grans  colps  a  ferir  so  ben  entalental 

Paya  fuio  RoUan ,  can  Tan  ben  azesmat; 
Los  colps  de  Durandart  los  an  espayenlate, 
Paya  son  descofit  e  tub  desba;ralal.  •  • . 

L'almiran  tìc  sos  bomes  fugir  toU.deseofitr.... 
Tenc  respasa  el  punh ,  e  fo  pros  et  ardis. 
Amont,  per  mieg  son  elme,  fier  Hugo  de  Paris» 
Entro  sus  a  las  dens  fo  fenduU  e  partis. 
Apres  a  morl  Jaufire,  En  Jaques  de  SantUs, 
En  Gari  d'Albafort ,  Folcaut  de  Sant  Denis. 
L'emperaire  o  vic;  mot  mal  fo  talenlb.... 
De  Joyoza  lo  fier  Karles ,  rey  de  Paris. 
No  *1  póc  entamenar  Pelme,  tan  fo  masis; 
Sus  en  Varso  denan  dicben  lo  bran  forbis, 
£n  doas  partz  li  a  soq  destrier  mieg  partit.. 
L'almiran  cbay  a  terra ,  mas  tost  es  sus  salitz ; 
PerdesoU  Temperayre  a  son  caval  aucit, 
£  lo  rey  salh  en  pes  cum  vasal  afortiu. 

Karle  e  Talmiran  son  abduy  avalaU , 
Ab  lors  brans  aceyraU  si  son  ben  encontraU. 
L'almiran  fo  pus  grans  que  Karle  un  palmat. 
Los  escttU  d^ambedos  son  rou  e  delrencaU ; 
En  .Y.  Ipcxs  de  la  carn  es  noslre  rey  plagau. 
Enpero  Temperayre  no  Ta  g^  refudat , 
Cun  colp  li  a  donal  sus  en  relme.Tergat, 
Las  peyras  e  las  flors  en*  cazo  per  lo  'prat; 
Mas  la  cofa  fo  forU ;  no  l'a  entamenat ; 
E  lo  bran  escalampa  que  pus  bas  a  locat. 
L*espero  li  a  prop  del  Ulo  redonhat. 
a  Paya,  dis  remperayre ,  mot  mas  buey  Irebalhal; 
«  Mas  si  Bafom  avias  per  Jesus  delayohal, 
((  Per  amor  de  lo  filh  li  rendray  reretal.  » 


ROMAN  DE  PIERABBAS.  3,3 

Cui  ralninin  l'eoteo ,- tot  lo  sen  a  mudil; 
Ab  panc  oo  a  ab  dflna  reaipera|re  mangal..,. 
'      GraD  Golp  dopa  a  Karle  sus  son  elme  gemat. 
Lo  bran  dichen  »  térra  per  mot  nista  fertat  -, 
A  terra  s'cs  ficaU  pus  d'un  pe  mezural ; 
Al  relevar  que  felz  lo  biaii  a  pesseyat. 
Can  ralmiran  o  vic,  mot  n'ac  lo  cor  irat ; 
La  targua  que  porlava  lanset  e  mieg  del  pryt. 

I!  salsit  Chartes  et  l'auraìt  étoufïé  si  Roland .  Olivier  et  d'autres 
clievaliers  ne  s'étaient  avanccs,  et  n'avaient  pris  et  désamié  l'émir. 
Cdte  círcoDstancc  décìde  la  batnitle  en  favtur  des  Français.  Les  Sarra- 
iifli,  voyant  leur  chef  prisonoier,  fulent  dc  toutes  parts,  ct  Cbarles 
Oitre  (tans  Agremoine.  Le  lcndemain  il  renouvelle  à  Balan  la  propo- 
íition  de  se  faire  chi-ctien,  mais  ni  les  menaces  de  l'empereur  ni  les 
ptièrcs  de  Fierabras  ne  pcuvcnl  rien  aur  ce  coeur  endurci.  Alors 

Florîpar  escridet  :  «  Karle,  que  demoratr.  1"  '■' 

«  El  es  us  vers  diable,  lanlost  lo  deslivratz; 
II  A  mi  no  cal  si  inor,  mas  Eu  Gui  mi  donatz.  >> 

—  n  Bela ,  dis  Ferabms ,  vos  avelz  torl ,  si  us  plaiit ; 
«  Ja  es  el  noslre  payrc  e  nos  a  engenratz ;,.. 

n  leu  volrla  aver  de  mos  membres  talbatz 

■i  Per  so  qu'el  fos  en  fons  lavatz  e  bateyatz « 

—  «  Senher  paTre,  dis  ela,  per  que  no  ns  bateyatz? 
n  Car  ges  no  val  Bafom  .11.  deniers  monedatz; 

«  Mas  cel  es  veray  Senber  qu'en  la  crolz  fo  levatz, 
(I  Si  'n  luy  avetz  fìzansa  .  bon  gueren  tos  n'agralz.  >i 

—  H  Vay,  dts  el ,  putanela ,  laycba  m'estar  en  palz ! 
«  leu  no  creyray  Jesu  ,  qu'el  non  a  potestatz. 

«  Pasat  a  .v.  .c.  ans  que  fo  crucificatz. 

o  Mal  aia  qui  'l  creyra  que  sia  resussitalz.  » 

Can  Ferabras  l'auzic,  dolens  fo  et  Ìratz. 

«  A  Karle!  mon  bel  senber,  faytz  ne  so  que  us  vulbatz.  » 

l-'émir  est  mis  à  mort.  Floripar  reçoit  le  baptême  et  s'unit  à  Gui  de 


3i4  ROHAN  DE  FIBRABRAS. 

Bourgogne.  Le  royaume  d'Espagne  est  parugé  eiitre.Fierabras  et  son 
beau-frère;  Floripar,  de  son  cóté,  reniet  à  Charles  la  couronoe 
d'épines  et  les  autres  reliques  dont  elle  était  déposîtairé.  La  auit  sui- 
vante,  Tenipereur  eut  un  songe  qui  s'expliqua'dans  la  suite  par  la 
trahison  de  Ganelon ,  pendant  une  áutre  expédition.  Tout  étant  ter- 
miné,  Charles  et  son  armée  reprennent  le  cheniin  de  la  France. 

Tan  van  per  lor  jórnadas  tro'fóro  a  París, 
Cascus  s'en  vay  avan  ,lay  on  era  noyris , 
£  Karle  s'en  anet  al  mostier  Sant  Denis : 
Las  reliquias  lor  mostra  del  rey  de  Paradis. 
X.  avesqnes  lay  ac  e  d'abatz  .xxxvi. 
E  .iiii.  arsivesques :,  de  noblos  e  gentils 
Lo  barnatge  lay  fo  d'Orles  tro  a  Santíis. 

Al  baro  Sant  Dénis  fo  fayta  rasemblada ; 
Aqui  fo  la  corona  partida  e  lauzada ; 
Una  partida  *n  fo  aSant  Denis  donada , 
Us  clavel  atretal ,  so  es  vertat  provada ; 
A  Compienha  lo  signe  a  la  gUey^a  onrada. 
De  la^  santas  reli^uias  fo  fayta  devisada  ^ 
Bel  present  ne  fe  Karle  per  Fransa  la  lauzada. 
A  la  honor  d.e  Pieu  n^es  manta  gli^yza  honrada. 
La  festa  dè  Santlis  fo  per  ayso  trobada. 
No  triguet  mas  .iii.  ans  qu'  Espanha  fo  gastada* 
Lay  fo  la  trassio  dels  .xii.  Pars  parlada ; 
Gaynes  los  ne  vendet  a  la  gen  desfezada, 
Don  pueys  fo  ab  rosis  vilmeii  la  carn  tirada. 
Lo  somi  s'averet,  mala  fos  Tencontrada. 
Ja  tracher  luenb  ni  pres  no  deu  aver  durada. 
Bon'  es  d'aquest  romans  la  fi  e  rencontrada 
E  '1  mieg  loc  e  per  tot ,  qui  be  l'a  escoutada. 
A  Dieu  nos  coman  totz.  M