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Full text of "Traité de chimie anatomique et physiologique normale et pathologique, ou, Des principes immédiats normaux et morbides : qui constituent le corps de l'homme et des mammifères"

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HUWUMU 

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TRAITÉ 


DE 


CHIMIE  ANATOMIQUE 


ET  PHYSIOLOGIQUE. 


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On  trouve  chez  les  mêmes  libraires  : 


Do  HiCBOSGOPE  ET  DBS  nuECTioica  daos  leurs  applications  k  ranatomie  et  à  la 
pathologie,  suivi  d*une  Classification  des  sciences  fondamentales,  de  celle 
de  la  biologie  et  de  Tanatomie  en  particulier,  par  le  docteur  Ch.  Robin. 
Paris,  1849,  1  toI.  in-8''  de  450  pages,  avec  23  fig.  intercalées  dans  le 
texte  et 4  pi.  gravées.  7  flr. 

Tableaux  d'anatowe,  comprinaot  retpqié  <le  toutes  les  parties  à  étudier 
dans  Torganisme  de  Thomme  et  dans  celui  des  animaux,  par  le  docteur 
Ch.  Robin.  Paris,  1850,  in-4*',  10  tableaux.  3  fr.  50 

Rechbbches  sdb  un  appabeil  qui  se  trouve  sur  les  poissons  du  genre  des  raies 
et  qui  présente  les  caractères  anatomiques  des  organes  électriques,  par  le 
docteur  Cn.  Robim.  Paris,  1347,  in-S""  avec  2  pi. 


PEiiraiTATioiis,  liièse  de  Qonoonrs  pour  l*agrégatieo  tn  blrtolre  naturelle 
lédicale,  présentée  et  soutenue  à  la  Faculté  de  médecine  de  Paris  en  1847, 

(O     J_       •    M 


D» 

médicale 

in-4°  de  41  pages. 


Des  YÉGiTAirx  qui  cBoiflBBiT  sub  l*hoiuib  et  les  animaoK  viTants,  par  le  doc- 
teur Ch.  RoBni,  fumoetle  édition^  corrigée  et  considérablement  augmentée. 
Paris,  1853,  1  fort  vol.  in-8'  avec  12  pi.  gravées. 


Sous  presse  pour  paraître  fin  de  1853. 

Tbaité  d^anatomie  génébale  normale  et  pathologique  chez  Thomme  et  les 
principaux  mammifèrfs  ^distoire  jâes  éléments^ anatomiques  des  tissus  et 
Histologie),  par  le'idD^tûif  (!p.\AoBiK./^jvol;iii-V,  accompagnés  d*un  atlas 
de  40  pi.  gravées/  l  '  ' 


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Paris.  —  Imprimerie  de  L.  Martinet,  roe  Mignon,  B. 


TRAITÉ 


DE 


CHIMIE  ANATOMIQUE 

ET  PHYSIOLOGIQUE 

NORMALE  ET  PATHOLOGIQUE 

OU 

DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  NORMAUX  ET  MORBIDES 

QUI  GOHsnniEirr  lb  cobps  de  L*HOiniE  et  des  hahhifères, 


PAR 


Ooctear  en  mrdecine  et  docteur  es  tciencei. 
Professeur  agr^R^  à  la  Facnltd  de  médecine  de  Paris,  Professenr  d^anotomie  gi^nérale, 
AiCMB  interne  des  nopitaoz  de  Paris,  Elève  lauréat  i  l'Ecole  pi  atiqiie  de  médecine.  Membre  des 
•ociélésde Biologie,  Philomalique,  Entomolopiqueet  Anatomique  de  Paris, Correspondant 
de  PAcadcmie  médico'chirurgicale  de  Stockholm  ; 

ET 

F.  ITERBEUi, 

Docteur  en  médecine,  Clief  des  truranx  chimiques  h  rinstiliit 
oalional  agronomique,  Professenr  dé  chimif,  Btembre  de  la  Société  de  biologie  de  Paris, 

et  de  la  Société  helTCtiqne  d^hisloire  naturelle. 

Chymia  egregia  ancilla  medirinie;  non 
ulia  priur  domina.  (LuiD,  Traité  tiu 
scorbut^  Paris,  17S6, 1 1,  p.  78).  j; 

ACCOHPAGNR   d'un   ATLAS  DE  45   PLANCHES   GRAVÉES,    EN   PARTIE  COLORIÉES. 


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'<}j<ViW^^y^    PARIS, 

CHEZ    J.-B.    BAILLIÈRE, 

LIBRAIRE     DE     l'aCADÉMIE     NATIONALE     DE     MEDECINE, 

RUE   HAUTEFEUILLE,    19; 
A  LONDRES,  CHEZ  H.  BAILLIÈRE,  219,  REGENT-STREET  ; 
A  NKW-TORK,  CHEZ  H.  BAILUÈBB,  290,  BROADWAY  ; 
A   MADRID,    CHEZ   C.    BAILLT-BAlLLfÈRE,    CALLE  DEL  PRINCIPE,    H. 

1853 


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•  • 


PRÉFACE. 


§  I.  —  Le  bat  de  cet  ouvrage  est  de  mettre  les  aoato- 
mistes  et  les  médecins  à  portée  de  connaitre  exactement  la 
constitution  intime  ou  moléculaire  de  la  substance  organisée 
en  ses  trois  états  fondamentaux,  liquide,  demi-solide  et 
solide.  Le  sujet  de  ces  trois  volumes  est  Texamen ,  fait  au 
point  de  vue  organique,  de  chacune  des  espèces  de  corps  ou 
principes  immédiats  qui ,  par  leur  union  molécule  à  molé- 
cule, constituent  cette  substance. 

Ce  n'est  pas  encore  l'étude  de  la  matière  organisée  elle- 
même  qui  est  faite  ici;  c'est  celle  des  parties  qui  la  composent. 
La  substance  elle-même,  envisagée  en  ses  diiïérents  états 
liquide  et  solide,  puis,  dans  ce  dernier  cas,  considérée  au 
point  de  vue  de  la  forme,  consistance,  couleur,  etc.,  qu'elle 
prend,  sera  examinée  dans  un  ouvrage  dont  la  publication 
suivra  immédiatement.' Mais  il' était  indispensable  de  faire 
Teiamen  préliminaire 'dëïm'atèriaùx'qûr  Fa  ^composent;  pro- 
céder anatomiquement  ôt'iiov'ra  point  de  vue  chimique, 
contrairement  a  ce  qu*orîtf' toujours*  fait  jusqu'à  présent, 
était  non  moins  indispèU^abfcf.   «"  -  " 

Par  conséquent  donc ,  il  y  a  dans  ce  traité  des  faits 
nombreux  qui  se  rapportent  d'une  manière  exclusive  aux 
principes  immédiats  pris  eu  eux-mêmes,  d'une  manière  isolée; 
comme  si  leur  étude  formait  une  science  distincte  et  n'était 
pas  une  partie  de  l'anatomie.  Il  en  est  beaucoup  d'autres 
qui,  pour  être  compris,  exigent  une  certaine  connaissance  de 


VI  PRÉFACE. 

ranatomie  générale,  savoir^  des  éléments  anatomiques,  des 
humeurs,  des  tissus  et  des  systèmes  organiques. 

Le  plan  de  l'ouvrage  n'a  été  conçu  que  dans  le  cours  de 
toutes  ces  études.  C'est  en  les  poursuivant  qu'a  été  reconnue, 
par  expérience,  l'impossibitité  de  les  achever  d'une  manière 
utile  à  la  physiologie  normale  et  pathologique;  impossibilité 
qui  a  amené  un  retour  en  arrière  et  l'exécution  du  présent 
traité.  Aussi,  bien  qu'il  soit  écrit  de  manière  à  préparer  celui 
qui  doit  embrasser  le  reste  de  i'anatomie  générale,  il  y  a  une 
liaison  telle  entre  les  subdivisions  de  cette  science,  qu'il  est 
impossible  de  comprendre  complètement  l'une  sans  connaître 
un  peu  les  autres  ;  quelque  expérimenté  qu'on  puisse  être  du 
reste  en  chimie^  quelque  riche  que  soit  la  mémoire  en  détails 
onatomiqucs.  C'est  donc  ce  Traité  (TancUomie  générale^  qui 
sera  le  complément  de  celui-ci,  qui,  ainsi  qu'on  le  voit»  en 
est  le  prélude  en  même  temps  que  la  première  partie. 

Vainement ,  physiologistes  ou  médecins ,  nous  cher- 
cherions à  nous  passer  de  connaitre  ce  qui  constitue  la 
matière  dont  sont  formés  les  organes  que  nous  étudions  à 
l'état  sain  et  à  l'état  morbide  ;  à  nous  passer  de  connaître 
comment  et  en  quelle  proportion  ces  matériaux  sont  unis  et 
surtout  quels  sont  ceux  qui  entrent  et  ceux  qui  sortent.  Bien 
des  fois  on  i'a«tfo4$,*efeL  toiis:lea*j|Au^  chacun  cherche  à 
8*éviter  ce  travail:  «Mm  ceux  quT croient  simpliGer  les  choses 
par  des  omissions,  oii  wt  la  ^mf^^^n  de  notions  diverses  en 

•  ;•  !  ...  • 

un  seul  ordre  d'idéestontité-conduitsà  des  résultats  scienti- 
Gques  et  pratiques  qu;oli^H3ui<dtre'nulr;  tellement  nuls  même» 
que  tout  homme  qui  envisage  sérieusement  la  réalité  se  sent 
aussitôt  détourné,  par  cet  exemple,  de  suivre  la  même  voie. 
Que  l'on  réQéchisse  un  instant  au  caractère  des  altéra* 
lions  que  nous  observons  dans  les  muqueuses  ou  autres 
tissus;  que  l'on  songe,  d'autre  part,  a  la  nature  moléculaire 
des  phénomènes  de  nutrition,  et  l'on  reconnaîtra  bientôt 


PRÉFACS.  VU 

qu'il  n'est  pas  une  parcelle  de  la  substance  organisée,  fût- 
ce  même  un  granule  microscopique  »  dont  nous  ne  devions 
connaître  la  composition  au  moins  approximativement.  Or^ 
rétude  seule  des  principes  immédiats  peut  conduire  à  ce  but) 
car  la  première  chose  à  connaître,  c'est  de  savoir  quels  sont 
le  nombre ,  la  nature  et  la  proportion  des  principes  qui 
constituent  telle  ou  telle  partie  du  corps. 

Ce  qui  précède  suffit  déjà  pour  montrer  que  le  sujet  est 
le  plus  abstrait  de  tous  ceux  qu'embrasse  Tétude  de  Torga* 
nisation  ou  anatomie.  Cela  ressort  surtout  de  ce  fait  qu'il 
8*agit  de  l'examen  des  espèces  distinctes  de  corps  qui  sont 
unies  moléculairement  de  manière  à  former  la  substance 
organisée ,  muscles,  tubes  nerveux ,  sérum  du  sang,  etc. 

Pourtant  déjà  nombre  de  faits  sont  assex  généraux  et  asseï 
évidents  par  eux-*m6mes  pour  être  facilement  saisis,  et  pour 
qu'il  ioit  possible  d'en  faire  application  sans  aucun  besoin 
de  recherches  spéciales. 

Tel  est  celui  de  l'existence,  dans  toute  parcelle  de  la  sub* 
stance  organisée,  de  principes  immédiats  appartenant  à  trois 
ordres  ou  classes  différentes ,  unis  molécule  a  molécule  : 

1**  Des  principes  cristal lisables  d'origine  minérale,  qui 
sortent  de  l'organisme,  au  moins  en  partie  quant  a  la  masse, 
tels  qu'ils  étaient  entrés  ; 

â'Des  principes  cristallisables  se  formant  dans  l'organisme 
même  et  en  sortant  généralement  comme  corps  excrémen- 
titiels,  tels  qu'ils  sont  au  moment  de  leur  formation  ; 

â*  Des  principes  coagolables,  ne  cristallisant  pas«  dont 
les  espèces  se  forment  dans  Torganisme  même  à  l'aide  de 
matériaux  pour  lesquels  ceux  de  la  première  classe  servent 
de  véhicule ,  et  se  décomposant  dans  le  lieu  même  où  ils 
se  sont  formés,  étant  ainsi  les  matériaux  de  formation  des 
principes  de  la  deuxième  classe* 

En  un  mot,  envisagés  au  point  de  vue  physiologique  en 


VIII  PRÉFACE. 

tenant  compte  de  la  plupart  des  espèces  :  les  premiers 
entrent,  les  seconds  sortent,  et  les  derniers  n'entrent  ni  no 
sortent,  mais  se  font  et  se  défont  dans  Porganismc,  dont  ils 
constituent  la  portion  fondamentale. 

L'étude,  suivie  séparément,  de  chacune  des  espèces  de  prin- 
cipes de  ces  trois  classes,  conduit  naturellement  h  rendre 
compte,  adonner  l'explication,  c'est-à-dire  h  démontrer 
le  mode  d'accomplissement  de  chacun  des  faits  élémentaires 
qui  se  passent  dans  la  substance  organisée.  Ces  actes  que 
manifeste  l'organisme  vivant  se  passent  d'après  certaines 
lois  importantes  à  connaître.  Mais  nous  n'envisageons  habi- 
tuellement ces  faits  que  compliqués  d'actes  mécaniques  ou 
physiques  s'accomplissant  en  même  temps  qu'eux ,  d'où  vient 
que  nous  méconnaissons  trop  souvent  ces  lois  malgré  leur 
importance,  puisque  sur  elles  reposent  toutes  les  autres. 
C'est  ordinairement  pour  avoir  voulu  appliquer  une  formule 
unique  sur  des  choses  différentes  que  nous  nions  qu'il  y  ait 
quelque  chose  de  constant  dans  l'accomplissement  de  ces 
phénomènes  élémentaires  j  par  la  raison  que  nous  ne  voyons 
pas  se  vérifier  ce  que  cette  formule  exprime.  Ni  la  constitu- 
tion de  la  substance  organisée,  ni  les  actes  qui  s'y  passent 
ne  sont  irréguliers  et  indépendants  de  toute  loi;  mais 
seulement  la  manière  jusqu'à  présent  suivie  d'envisager  ces 
faits  et  de  les  exprimer  est  vicieuse,  et  il  s'agit  de  la  changer. 
Il  faut  la  changer  et  le  faire  radicalement  :  tout  éclectisme 
serait  vain  dans  cette  question  ;  ce  qui  ne  veut  nullement  dire 
que  les  faits  rassemblés  jusqu'à  présent  soient  tous  inutiles: 
tant  s'en  faut.  Il  n'y  a  que  les  interprétations  qu'on  en  donne 
qui  soient  vicieuses;  ce  que  montre  l'impossibilité  de  les 
véri6er  dans  la  pratique  médicale  ou  dans  l'expérimentation 
physiologique. 

Les  notions  générales  qui  ressortent  des  détails  contenus 
dans  cet  ouvrage  sont,  avons*nous  dit,  de  telle  nature  qu'elles 


PRÉFACE.  IX 

domioent,  en  tant  qu'existence,  en  tant  que  faits  communs 
aox  éléments  ^natomiques,  tous  les  tissus,  toutes  les  hu- 
meurs 9  etc.  ;  elles  sont  donc  importantes  à  mettre  en  relief. 
En  eflet,  si  la  constitution  de  la  substance  organisée 
existe  d'après  certaines  lois,  on  comprend  tout  de  suite 
qu'il  en  est  de  même  pour  la  constitution  des  différents  ordres 
de  parties  de  l'économie,  éléments,  humeurs,  tissus,  etc.  Ces 
notions  ne  sont  pourtant  que  répandues  ci  et  là  dans  le  corps 
de  l'ouvrage,  sans  être  partout  nettement  formulées,  parce 
que  ce  n'est  que  par  un  examen  en  retour  des  faits  particu* 
liera  qu'elles  ont  surgi.  Nous  allons  continuer  d'exposer  les 
plus  importantes. 

§  11.  —  Il  y  a  un  certain  nombre  de  notions  générales 
ou  abstraites  employées  comme  moyens  intellectuels  et  que 
nous  avons  exposées  dans  les  prèuuinaires  placés  en  tète  de 
Texplication  des  planches,  notions  qui  sont  les  mêmes  dans 
toutes  les  sciences,  qui  s'appliquent  à  toutes  ou  au  moins  à  plu- 
sieurs. Ce  fait  se  rattache  à  une  condition  matérielle  d'exis- 
tence :  c'est  que  la  constitution  cérébrale  a  un  fonds  commun 
chez  tous  les  hommes,  les  facultés  cérébrales  sont  les  mêmes 
dans  chaque  individu  quant  au  nombre  et  à  la  nature;  il  n'y  a 
de  diiïérences  que  dans  le  développement  proportionnel  de 
chacune  et  dans  la  nature  des  choses  auxquelles  on  les  emploie. 

Nous  avons  d'abord  donné  une  échelle,  si  l'on  peut  ainsi 
dire,  des  caractères  que  l'on  doit  cherchera  trouver  sur  toutes 
les  espères  de  corps,  quelle  que  soit  leur  nature  simple  ou 
compliquée,  ou  en  d'autres  termes,  quelle  que  soit  la  science 
qui  s'en  occupe  (page  6).  Cette  échelle  est  susceptible  de 
s'appliquer  sur  tous  les  corps  à  étudier;  il  y  a  naturellement 
certains  caractères  qui  manquent  à  telle  espèce  et  qui  ne 
manquent  pas  à  d'autres  ou  réciproquement ,  mais  c'est  Ih 
précisément  où  se  fait  sentir  l'utilité  de  ce  moyen  général,  à 
l'aide  duquel  on  sait  immédiatement  ce  que  l'on  doitrecher- 


1  PBÉFACB. 

cher  sur  chaque  corps,  et  dans  quel  ordre.  Partant  diss 
caractères  les  plus  simples  pour  arriver  aui  plus  complexes, 
on  peut,  sans  crainte  d'omission  ou  de  déyier,  suivre  en 
outre  la  marche  inverse. 

Nous  allons  voir  peu  à  peu  combien  do  lucidité  entraîne 
avec  elle,  dans  plusieurs  questions  auparavant  obscures, 
cette  coordination  des  choses  à  étudier.  Tracée  primitive- 
ment pour  guider  dans  l'étude  statique  de  l'économie ,  elle 
sert  naturellement  dans  son  étude  dynamique  ;  car  il  n'y  a 
pas  d'acte  sans  condition  d'action,  et  réciproquement. 

Cherchez  dons  un  livre  quelconque  une  marche  suivie 
dans  la  description  d'un  corps,  en  partant  des  choses  les  plus 
simples  pour  arriver  aux'plus  complexes,  et  vous  n'en  trou- 
verez pas.  Tout  est  entassé  à  peu  près  au  hasard ,  sauf  pour 
quelques  espèces  de  composés,  dans  deux  ou  trois  traités  de 
chimie,  et  en  particulier  dans  le  traité  de  M.  Ghevreul  sur 
les  corps  gras. 

§  III.  — -  Nous  avons  prononcé  plus  haut  l'expression 
espèce:  c'est  là  encore  une  notion  générale  applicable  à  plu- 
sieurs sciences,  ce  qu'a  montré  M.  Ghevreul.  C'est  sur  chaque 
individu  des  diverses  espèces  de  corps  que,  pour  les  con- 
naître, on  applique  successivement  l'ensemble  des  caractères 
dont  nous  venons  d'indiquer  la  coordination.  Nous  avons  dû 
définir  ce  qu'on  entend  par  espèce:  c'est  ce  que  nous  avons 
fait  à  la  fin  des  Prolégomènes^  article  YI. 

Il  importe  de  noter  que  le  sujet  exigeait  de  définir  d'abord 
VindividUf  puis  ensuite  l'espèce.  En  effet,  il  n'y  a  d'absolu^ 
ment  démontrée  objectivement,  matériellement,  que  l'exis- 
tence des  individus.  L'individu  seul  existe  objectivement; 
la  notion  d'individu  est  objective.  Aussi  il  y  a  des  hommes 
pour  lesquels  il  n'y  a  que  des  individus;  la  notion  d'espèce 
ne  s'est  introduite  qu'assez  tard  dans  les  sociétés  et  d'abord 
chez  des  hommes  arrivés  déjà  à  un  état  social  assez  avancé. 


PRiPAGB.  XI 

Quant  à  la  notion  d'espèce,  elle  est  subjective ^  cérébrale, 
et»  par  suite,  farie  suivant  le  point  de  vue  où  se  placent  les 
hommes  qui  s^en  occupent. 

La  pensée  intervient  réellement  plus  que  les  faits  venus 
du  dehors  dans  la  notion  d'espèce  :  car  il  y  a  toujours  un  grand 
nombre  des  individus  qui  nous  restent  inconnus,  que  nous 
De  pouvons  observer,  comparer  au  petit  nombre  do  ceux  qui 
habitaellement  nous  servent  à  créer  une  espèce  et  à  en  donner 
la  détermination,  la  détermination  écrite.  Puis  en  donnant  la 
définition  de  l'espèce  en  général,  c'est  après  avoir  lu  beau- 
coup plus  de  ces  diagnoses  spécifiques  que  vu  d'individus, 
que  nous  pensons  et  exprimons  notre  pensée  à  cet  égard. 

Aussi  comme  l'individu  est  susceptible  de  varier  entre  ceN 
taines  limites  suivant  les  milieux  dans  lesquels  il  se  trouve, 
sans  aller  jusqu'à  être  méconnaissable  pourtant,  sans  aller 
jusqu'à  prendre  les  caractères  de  quelque  autre  individu  exis» 
tant,  ainsi  que  le  montre  l'expérience,  il  en  résulte  souvent 
des  hésitations  pour  distinguer  ce  qui  est  race  de  ce  qui  est 
espèce.  Beaucoup  des  individus  rangés  dans  une  même  espèce 
nous  manquant,  n'ayant  pas  été  vu,  on  n*a  pas  de  caractères 
objectifs  ou  extérieurs  suffisants  pour  différencier  les  espèces, 
comme  on  les  a,  lorsqu'il  s'agit  des  individus.  On  est  alors 
forcé  de  les  considérer  dans  le  temps  comme  dans  l'espace; 
de  s'appuyer  sur  la  notion  de  succession  des  individus.  D'autre 
port,  l'expérience  prouve  que  même  dans  les  corps  orga- 
nisés ,  les  plus  modifiables  de  tous  les  corps,  un  individu  ne 
peut  être  transformé  en  un  autre,  sous  l'influence  de  simples 
conditions  extérieures  physiques.  Lorsque  les  influences 
employées  vont  jusqu'à  amener  des  changements  dans  la 
constitution  moléculaire  ou  chimique, dès  lors  l'individu  cesse 
d'être  lui  pour  devenir  autre  ;  il  n'y  a  pas  métamorphose  ou 
transformation,  il  y  a  passage  d'un  état  à  un  autre. 

L'expérience  historique  prouve,  en  outre,  que  la  notion 


XII  PRÉPAGB. 

d'espèce  Tait  partie  des  notions  abstraites  ou  générales  de 
création  humaine,  qui  nous  servent  de  moyens  intellectuels 
d'action  sur  le  monde  extérieur,  après  y  avoir'pris  source  ;  et 
comme  toutes  ces  notions-là,  celle  d'espèce^  étant  relative 
dans  de  certaines  limites,  n'a  rien  de  tout  à  fait  absolu.  Tel- 
lement que,  bien  qu'il  ait  été  impossible  de  transformer  un 
individu  en  un  autre  semblable  h  quelqu'un  de  ceux  qui  lui 
ressemblent  le  plus,  on  est  parvenu  à  obtenir  des  collections 
d'individus  aussi  différents  en  fait  de  leurs  parents  que  ceux-ci 
didèrent  d'individus  rangés  dans  d'autres  espèces.  En  sorte 
que  des  hommes  ont  pu  soutenir,  sans  être  plus  inconséquents 
que  leurs  adversaires,  que  des  espèces  nouvelles  avaient  été 
ainsi  faites  ;  ce  qui  est  bien  différent  de  l'instabilité  par  trans* 
formation  des  espèces  de  l'une  en  l'autre,  dont  on  a  tant 
parlé.  Aussi,  comme  on  le  voit  dans  cette  notion  d'espèce, 
ainsi  que  dans  toutes  les  notions  introduites  par  notre  intel- 
ligence à  titre  de  moyen  de  coordination,  en  un  mot,  dans 
toute  notion  abstraite  ou  subjective,  on  ne  saurait  s'entendre 
qu'en  procédant  du  composé  au  simple. 

Naturellement  ce  qui  est  vrai  ici  en  biotaxie,  l'est  à  plus 
forte  raison,  et  avec  plus  de  simplicité,  en  anatomie,  et  en- 
core plus  en  chimie.  Enfin,  c'est  celte  impossibilité  ex-' 
périmentale  de  transformer  un  individu  en  un  autre,  qui 
donne  de  la  stabilité  à  la  notion  d'espèce,  et  fait  que  dans 
le  langage  descriptif  l'expression  espèce  est  communément 
employée  au  lieu  de  celle  d'individu.  Un  individu  sufBt  habi- 
tuellement pour  représenter  l'espèce,  sans  qu'il  y  ait,  pour 
l'ordinaire,  chance  de  voir  le  raisonnement  fondé  sur  l'examen 
de  cet  individu  seul,  être  entaché  de  nullité  à  l'égard  de 
l'espèce  entière. 

§  IV.  —  Les  articles  des  Prolégomènes  intermédiaires  au 
I^*"  et  au  VI*  renferment  l'exposé  du  sujet  à  l'examen  duquel 
doit  servir  la  coordination  des  caractères  indiqués  précédem- 


PRÉFACE.  XIII 

ment.  Pour  cela,  nous  btods  rappelé  dans  le  tableau  déjà  cité, 
pageGf  quel  était  le  nombre  et  quelle  était  la  nature  simple  041 
compliquée  des  ordres  de  parties  du  corps,  rangés  d'après 
cette  complication  et  sur  lesquels  on  doit  constater  les  diffé- 
rents ordres  de  caractères  énumérés  aussi  dans  ce  tableau. 
Ce  classement  naturel  permet  de  parcourir,  du  simple  au 
composé  et  du  composé  au  simple,  toutes  les  parties  du  corps, 
sans  jamais  rien  omettre.  En  parcourant  ces  divers  ordres 
de  parties,  on  peut  d'un  seul  coup  d'oeil  se  faire  une  idée 
générale,  bien  que  très  nette,  de  ce  qu'est  un  organisme,  de 
Torganisation  animale  ou  végétale,  en  un  mot;  comme  en  leur 
appliquant  chacun  des  ordres  de  caractères,  on  peut  à  chaque 
instant  pénétrer  dans  la  profondeur  de  chaque  question, 
jusqu'aux  moindres  détails  relatifs  aux  principes,  éléments 
ou  tissus,  etc.,  qu'on  étudie.  On  peut  ainsi  aller  et  venir 
de  l'un  à  l'autre,  en  franchissant  l'un  quelconque  d'entre 
eux,  sans  jamais  se  perdre  ni  dévier  dans  cette  multitude  de 
particularités  offertes  par  les  êtres  organisés.  Ce  classement 
qui  n'est  que  rénumération  de  choses  existantes,  rangées  sui- 
vant l'ordre  de  leur  généralité  et  simplicité  décroissante,  ou 
rtce  versdf  tend  à  permettre  à  chacun  de  pouvoir  réunir,  au- 
tant que  possible,  une  aptitude  égale  à  la  culture  des  vues 
d'ensemble  et  à  la  recherche  des  détails  les  plus  minutieux 
destinés  à  infirmer,  confirmer  ou  perfectionner  ces  vues, 
suivant  leur  nature. 

Cette  échelle  des  parties  est  établie  de  telle  sorte  que  ce 
qui  est  commun  aux  éléments  anatomiques  l'est  aux  tissus, 
ce  qui  l'est  aux  tissus  l'est  aux  systèmes,  et  ainsi  de  suite  ; 
mais  il  est  des  choses  communes  aux  tissus  qui  ne  le  sont 
pas  aux  éléments,  communes  aux  systèmes,  et  par  suite  aux 
organes,  qui  ne  le  sont  pas  aux  tissus  ni  aux  éléments.  De 
là  une  grande  simplification  dans  les  études,  puisque  ce  qui 
est  connu  pour  l'un  n'est  plus  àjétudier  dons  l'autre  et  sert 


XIY  PRiFÀCE. 

de  guide  dans  ce  qu'il  yak  examiner  sur  les  autres  parties. 
.  Toutes  ces  parties,  subdivisions  m  l'organismb  ,  tous  ces 
ordres  de  caractères  ne  font  qu'un,  sont  réunis,  font  corps; 
mais  les  besoins  de  l'analyse  en  exigent  la  séparation, 
l'échelonnement  successif.  C'est  pour  ne  pas  avoir  éta* 
bli  cette  séparation,  échelonnement  avec  encbatnement ; 
c'est  faute  de  ce  procédé,  c'est  pour  avoir  voulu  grouper 
en  un  seul  ordre  de  choses  des  objets  différents,  que  l'on 
tourne  depuis  si  longtemps  dans  un  cercle  vicieux  en  patho- 
logie, où  Ton  décrit  sous  un  même  nom  les  choses  les  plus 
diverses,  où  les  notions  générales  sont  exposées  en  même 
temps  que  les  notions  spéciales. 

Chacun  sent  la  nécessité  de  changer,  de  renouveler  In 
manière  d'étudier,  mais  nul  n'en  indique  une  nouvelle;  cha- 
cun reste,  h  cet  égard,  dans  de  vagues  généralités,  nul  n'in- 
dique le  point  de  départ  de  cette  rénovation.  Nous  pouvons 
maintenant  mettre  en  relief  ce  fait,  que  les  caractères  dont 
nous  avons  parlé,  étudiés  sur  les  espèces  do  corps  organisés 
ou  de  leurs  parties,  prennent  une  valeur,  une  importance 
d'autant  plus  grande  que,  parti  de  ceux  d'ordre  mathémati- 
que, on  approche  davantage  de  ceux  d'ordre  organique  ou 
de  structure.  Ceux-là,  en  effet,  étant  entièrement  propres 
auf  corps  organisés,  il  est  naturel  de  trouver  que  c'est 
parmi  eux  que  se  rencontrent  les  particularités  qui  caracté- 
risent essentiellement  Tespèce  organique  étudiée.  Les  carac- 
tères d'ordre  chimique  viennent  ensuite ,  mais  ont  déjà 
moins  de  valeur;  ils  ne  sont  pas  aussi  caractéristiques.  Les 
caractères  d'ordre  organoleptique ,  dont  quelques  uns  une 
fois  mieux  connus,  rentreront  partie  dans  ceux  d'ordre  chi- 
mique, partie  dans  ceux  d'ordre  physique,  sont  moins  im- 
portants; il  en'est  de  même  ensuite  pour  ceux  d'ordre  phy- 
sique, puis  ceux  d'ordre  mathématique. 

L'évidence  de  la  valeur  de  ces  caractères,  croissante  ou 


PRÉPAGE.  XV 

déeroissante,  saivant  qa'on  se  rapproche  on  qu'on  s'éloigne 
de  ceux  d'ordre  organique,  devient  plus  manifeste  dans  Texa- 
men  des  principes  immédiats  coagulables,  que  dans  Tezamcn 
de  ceux  qui  peuvent  cristalliser.  Elle  devient  plus  manifeste 
encore  dans  t'étude  des  éléments,  puis  dans  celle  des  (issus, 
davantage  encore  dans  celle  des  systèmes,  des  organes  et 
inrtont  des  appareils.  En  physiologie  et  en  pathologie,  il  en 
est  encore  de  même  qu'en  anatomie.  Il  est  à  remarquer  que  ce 
D'est  guère  qu'aui  caractères  extérieurs  de  nombre,  de  volume, 
de  aituation,  et  surtout  aux  caractères  physiques,  de  consis- 
tance, couleur,  élasticité,  qu'on  a  donné  le  plus  d'attention  ; 
en  anatomie  pathologique  surtout,  d'où  tant  de  statistiques 
et  de  classifications  illusoires.  Car  on  a  négligé  la  nature  des 
phénomènes,  la  structure  réelle  ou  élémentaire  des  produits 
morbides,  tandis  que  c'est  l'inverse  qu'il  fallait  faire;  or  il 
était  didicile  d'arriver  à  le  nettement  comprendre,  tant  que 
l'on  manquait  d'un  classement  méthodique,  soit  des  parties 
du  corps,  soit  des  caractères  qu'il  faut  rechercher  sur  chacune 
d'elles;  classement  qui  seul  peut  en  faire  sentir  la  valeur. 

§  V.  —  Nous  a? ons  montré  ensuite  que  le  contenu  de  cet 
ouvrage  ne  fait  réellement  aucun  double  emploi ,  ni  à  l'égard 
de  la  chimie,  ni  avec  le  reste  de  l'anatomie.  C'est  ce  que  mon- 
trera ensuite  bien  mieux  le  traité  qui  doit  suivre  celui-ci. 
Chaque  principe  immédiat  est  étudié  ici  séparément  de  tous  les 
autres  et  de  toutes  les  autres  parties  du  corps,  soit  quant  h  la 
part  qu'il  prend  en  propre  k  constituer  la  substance  organi- 
sée, soit  quant  à  sa  formation  et  à  sa  destruction.  C'est  en- 
core la  même  chose  qui  sera  faite  dans  le  Traité  d'ancUomie 
générale  auquel  il  vient  d'être  fait  allusion,  soit  pour  les  élé- 
ments anatomiques,  soit  pour  les  humeurs,  soit  pour  les 
tissus,  puis  les  systèmes. 

Ce  que  nous  faisons  là  est  donc  bien  de  l'anatomie,  c'est- 
i-dire  de  l'étude  de  l'organisation ,  puisque  nous  examinons 


XVI  PREFACE. 

quelle  est  la  constitution  de  la  matière  même  du  corps.  Seu- 
lement, au  lieud*ètre  des  appareils,  organes,  systèmes,  tissus 
ou  humeurs,  et  éléments  anatomiques ,  parties  complexes, 
composées  par  d'autres,  ce  sont  les  parties  mêmes  qui  les 
constituent  que  nous  étudions;  ce  sont  leurs  principes  tm- 
méMats  ou  parties  qui  les  composent  par  union  moléculaire 
réciproque,  et  qu'on  en  peut  extraire  de  la  manière  la  plus 
immédiate  sans  décomposition  chimique. 

Les  tissus  se  divisent  facilement  en  éléments  anatomiques ^ 
fibres,  cellules,  et  une  branche  de  Tanatomie  les  étudie. 
Les  humeurs  se  réduisent  en  principes  immédiats,  leur  étude 
constitue  encore  une  branche  de  l'anatomie;  seulement, 
comme  les  éléments  anatomiques  empruntent  leurs  maté- 
riaux aux  humeurs,  les  principes  de  celles-ci  étant  connus, 
ceux  des  éléments  le  sont  aussi  ;  sauf  quelques  espèces  se  for- 
mant dans  les  éléments  eux-mêmes,  ce  qui  entraine  à  les  ré- 
duire analytiquement  à  leur  tour  en  principes,  comme  on 
Ta  fait  pour  les  humeurs,  bien  qu'au  premier  abord  cela  ne 
semble  pas  nécessaire. 

C'est  ici  qu'il  importe  d'avoir  toujours  présentes  à  l'es- 
prit les  notions  abstraites  ou  générales  qui  servent  de 
guide  dans  l'étude  de  l'organisation  ,  en  nous  faisant 
toujours  envisager  comme  parties  réelles  de  l'économie 
celles-là  seules  qu'on  peut  en  retirer  telles  qu'elles  s'y  trou- 
vent ,  telles  qu'elles  y  remplissent  un  rôle.  Sans  cela  on  est 
inévitablement  conduit  à  prendre  pour  principes  immédiats 
les  acides,  ou  les  oxydes  qui  eux-mêmes  les  composent  et  ne 
remplissent  pour  tout  l'organisme  aucun  rêle  comme  acide 
ou  base  ;  on  est  conduit  à  prendre  pour  principes  beaucoup 
d'autres  composés  chimiques  encore.  Or  c'est  là  précisément 
la  cause  du  vague  dans  lequel  on  est  resté  sur  la  constitution 
de  la  substance  organisée  ;  la  cause  qui  a  empêché  d'envisager 
anatomiquement  les  principes;  qui,   faisant  croire  que  la 


PRÉFACE.  XVII 

chimie  enseignait  tout  ce  qu'on  doit  connaître  h  cet  égard, 
1  hit  si  souvent  prendre  des  raisonnements  chimiques  à  propos 
des  corps  organisés  pour  de  la  physiologie.  Comment  ne 
pas  être  conduit  là  lorsque  l'on  considérait  les  sulfates  de 
potasse  et  de  soude  extraits  directement  du  sang  comme  un 
principe  immédiat,  Tacide  sulfurique  et  la  soude  ou  la  potasse 
comme  autant  de  principes.  On  procédait  aussi  de  même 
pour  les  urates,  pour  les  sels  de  la  bile ,  puis  pour  tous  les 
principes  faciles  à  décomposer  comme  les  substances  coagu* 
labiés,  etc.  C'est  ici,  disons-nous,  qu'il  importe  d'avoir 
présentes  à  l'esprit  les  notions  générales  précédentes,  qui  font 
voir  où  il  faut  s'arrêter  dans  cette  voie  analytique,  s'avançant 
tant  que  l'on  opère  encore  sur  de  la  matière  organisée ,  et 
s'arrêtent  juste  à  l'instant  où  une  espèce  de  composé  cristalli- 
sable  ou  coagulable  est  isolée  de  toute  autre;  car  aller  plus 
loin,  c'est  vouloir  recommencer  ce  qui  a  été  fait  en  chimie. 
Notre  œuvre  est  donc  bien  œuvre  d'anatomie,  mais  ana- 
tomie  portant  sur  des  faits  d'organisation  qui,  une  fois  con- 
nus, le  sont  non  seulement  pour  tout  un  organisme,  mais  en 
même  temps  pour  tous  ou  pour  un  très  grand  nombre  d'êtres 
vivants.  Cela  est  surtout  vrai  pour  les  principes  immédiats, 
moins  pour  les  éléments  onatomiques,  moins  encore  pour 
les  tissus  et  les  systèmes.  D'où  le  nom  d'anatomie  générale: 
car  ces  connaissances  sont  communes  à  un  grand  nombre 
d'êtres.  On  a  aussi  employé  les  termes  d'anatomie  abstraite 
ou  transcendante j  parce  qu'en  effet  il  faut  se  placer  ici  à  un 
point  de  vue  plus  élevé  et  plus  abstrait  quand  on  étudie  ces 
parties-lù  du  corps  que  lorsqu'on  examine  des  organes,  comme 
des  05,  des  muscles,  le  nerf  facial,  etc.,  ou  l'appareil  digestif, 
I  appareil  respirateur,  celui  de  la  vision,  etc.  Mais,  à  part 
^éminentsanatomisteSy  beaucoup  de  ceux  qui  se  sont  placés  à 
uo  point  de  vue  général  ont  tellement  fait  dominer  dans  leurs 
écrits  ce  qui  était  le  produit  de  leur  intelligence,  que  leurs 


XVIII  PnKFACE. 

jicnsées  ne  se  trouvent  plus  en  rapport  avec  les  objets  dont  ils 
parlent.  D'où  est  venu  que  le  public,  autant  qu'il  nous  n 
paru,  considère  trop  les  expressions  précédentes  comme 
synonymes  de  créations  du  cerveau  humain  extra-naturelles, 
pour  que  nous  ayons  pu  les  adopter  sans  inconvénients. 

Le  premier  médecin  qui  a  reconnu  que  Vanatomie  géné^ 
ro/e  était  une  des  deux  moitiés  de  l'étude  de  l'organisation, 
g'étant  servi  de  ce  terme-ci,  il  y  aura  toujours  un  point  de  re- 
père dans  l'histoire  pour  ceux  qui  ne  le  comprendraient  pas 
encore  ;  on  pourra  toujours  recourir  à  ce  qui  est  resté  ana- 
tomiquement  vrai  dans  VÀnaêomie  générale  de  Bichat. 
L'étude  des  éléments  anatomiques,  ainsi  que  celle  des  prin- 
cipes immédiats,  n'est  en  eiïet  qu'une  continuation  de  la  voie 
suivie  par  cet  anatomiste;  appliquée  seulement  à  des  parties 
du  corps  qu'il  n'avait  pu  étudier. 

S  VI.  —  Cette  partie  du  travail  exécutée,  nous  avons 
fait  une  étude  générale  des  caractères  de  tous  les  principes 
immédiats,  envisagés  comme  s'ils  n'en  faisaient  qu'un,  et  nous 
avons  examiné  de  la  même  manière  la  filiation  des  faits  qui 
concernent  cette  étude. 

Nous  avons  également  examiné  les  procédés  d'extraction 
des  principes  et  ceux  qu'on  emploie  pour  les  distinguer  quand 
ils  ont  cessé  d'être  unis  molécule  à  molécule  les  uns  avec 
les  autres,  sans  insister  sur  ce  point,  qui  est  du  reste  résumé 
dans  les  Préliminaires  de  l'explication  des  planches.  Tout  ce 
qui  précède  compose  le  premier  volume.  La  description  des 
principes  envisagés  isolément  est  le  sujet  des  deux  derniers 
volumes.  Il  est  inutile  d'en  parler  ici ,  ce  qui  ne  se  pourrait 
sans  répétitions.  Il  n'en  est  pas  de  même  du  tome  I^. 

Il  est  nécessaire  de  dire  quelques  mots  de  cette  étude 
générale  des  principes,  exécutée  comme  s'ils  n'en  faisaient 
qu'un.  Ces  généralités  ne  sont  pas  utiles  dans  le  laboratoire; 
mais  il  ne  faut  pas  pour  cela  les  croire  inutiles,  comme  le 


PRÉFACE.  X\\ 

pensent  beaucoup  de  personnes.  Elles  servent  de  guide  dans 
l'exposé  des  caractères  appartenant  aux  groupes  de  principes 
d'abord,  et  ensuite  de  chaque  espèce  isolément.  Elles  sont  à 
cet  exposé  ce  que  les  données  abstraites  ou  philosophiques 
fur  reosemble  des  sciences  sont  h  chacune  d'elles.  En  con- 
séquence, elles  servent  d'intermédiaire  indispensable  entre 
ces  données  \es  plus  générales  et  les  faits  ou  détails  eux- 
mêmes.  La  confusion  de  choses  diverses  dans  laquelle  tom- 
bant ceux  qui  croient  pouvoir  s'affranchir  de  cette  nécessité 
vient  précisément  démontrer  leur  importance;  témoin  les 
ouvrages  dont  le  second  volume  parait  avant  le  premier, 
les  détails  précédant  les  généralités  qui  devraient  servir  k  les 
coordonner. 

Cette  description  commune  fait  saisir,  en  outre,  un  cer- 
tain nombre  de  résultats  importants  auxquels  conduit  l'étude 
des  principes  immédiats. 

Nous  allons  formuler  ici  ceux  qu'il  est  essentiel  de  con- 
naître pour  comprendre  plus  facilement  les  détails  minutieux, 
les  notions  abstraites  inhérentes  au  sujet  même  dont  nous 
traitons  ;  ce  qui  est  certainement  une  des  causes  qui  ont  rebuté 
souvent  dans  son  étude,  bien  qu'elle  soit  indispensable. 

§  VIL  —  Un  premier  fait  a  noter  et  qui  domine  tous  les 
autrest  c'est  que  toute  parcelle  de  substance  organisée  est 
composée  de  principes  immédiats  qui  sont  de  trois  classes  ou 
ordres  différents.  La  substance  des  ongles  ne  paratt  même 
pas  faire  exception  à  ce  fait  général,  et,  s'il  y  a  des  exceptions, 
on  ne  les  trouvera  certainement  que  sur  des  produits  très 
secondaires,  puisque  l'urine  elle-même  se  subdivise  en  prin- 
cipes de  ces  trois  classes. 

On  peut  donc  dire,  à  un  autre  pointde  vue,  que  la  réunion 
de  principes  immédiats  de  trois  ordres  ou  classes  différentes 
unis  molécule  à  molécule,  est  la  condition  d'existence  de 
toute  parcelle  de  la  substance  organisée. 


XX  PRÉFACE. 

En  fait,  rien  de  plus  net  que  les  caractères  qui  font  ranger 
les  principes  immédiats  en  trois  ordres ,  sauf  deux  ou  trois 
espèces  de  la  première  classe  qui  présentent  quelques  carac- 
tères communs  avec  ceux  de  la  seconde. 

De  ces  principes  les  uns  sont  identiques  avec  ceux  du  règne 
minéral,  cristallisables comme  eux,  etc.;  de  plus,  ils  en  vien- 
nent et  ils  y  retournent.  Ils  ne  font  que  passer,  sans  s'ar- 
rêter dans  l'organisme ,  sauf  une  partie  de  quelques  espèces, 
les  pliosphates  terreux  chez  les  animaux,  plus  la  silice  dans 
les  plantes. 

D'autres  sont  cristallisables  aussi,  mais  la  quantité  de 
carbone,  d'hydrogone  ou  d'azote  qu'ils  renferment  les  fait 
disHdguer  facilement;  de  plus,  ils  se  forment  dans  l'écono- 
mie, et  ils  n'y  séjournent  pas;  dans  l'organisme  seulement 
se  trouvent  les  conditions  de  leur  formation,  sauf  quelques- 
uns,  comme  l'urée,  qu'on  peut  fabriquer  artiGciellement;  ils 
tendent  k  être  expulsés  aussitôt  après  leur  formation,  ils  sont, 
comme  on  dit,  excrémentitiels. 

Enfin,  il  est  de  ces  principes  qui  sont  coagulables  quand 
ils  sont  liquides,  et  nullement  cristallisables;  ils  se  forment 
et  se  défont  dans  l'organisme,  qu'ils  constituent  essentielle- 
ment. Ils  ne  peuvent  ni  être  formés  artificiellement  de  toutes 
pièces,  ni  être  ramenés  par  l'analjse  à  un  nombre  fixe  et  dé- 
6ni  d'équivalents  chimiques. 

Les  espèces  sont  nombreuses  dans  chaque  classe,  et  se  par- 
tagent généralement  en  deux  et  jusqu'à  quatre  tribus  très 
uaturelles  aussi.  Or,  suivant  que  dans  une  portion  de  la 
substance  organisée  quelques  espèces  de  telle  ou  telle  classe 
l'emportent  en  quantité,  la  substance  organisée  présente  un 
cachet  particulier. 

Constituant  la  partie  principale  de  la  substance  des  élé- 
ments anatomiques  de  chaque  tissu,  les  espèces  de  la  troi- 
sième classe  leur  donnent  le  caclnot  qui  leur  est  propre  et 


PltEFACE.  \\ï 

forment  ainsi  la  partie  fondamentale  de  Torgaiiisnie ,  des 
solides  sartout.  A  elles  seules,  pourtant,  elles  ne  sont  rien,  et 
toujours  des  espèces  de  la  première  et  de  la  deuxième  classe 
leur  sont  unies  molécule  h  molécule,  accessoirement  quant 
à  la  masse,  mais  indispensablement  quant  à  la  persistance 
et  aux  actes.  Serrant  de  véhicule,  les  espèces  de  la  première 
classe  remportent  au  contraire  dans  les  humeurs,  celles 
surtout  qui  sont  récrémentitielles,  et  leur  donnent  leur  ca- 
chet ;  celles  de  la  troisième  ne  sont  ici  qu'accessoires  et  en- 
core plus  celles  de  la  deuxième.  Tels  sont  les  salives,  les 
socs  gastrique  et  pancréatique  ;  fait  en  rapport  avec  leurs 
propriétés  générales.  Formées  dans  l'organisme,  n*y  séjour- 
nant pas,  les  espèces  de  la  deuxième  classe  (associées  à-otlles 
delà  première  classe  qui  sortent  en  servant  de  véhicule)  l'em- 
portent dans  les  humeurs  excrémentitielles,  comme  l'urine, 
on  eicrémento -récrémentitielles,  comme  la  bile.  Les  espè- 
ces de  la  troisième  classe  sont  ici  encore  plus  accessoires  au 
point  de  vue  de  la  masse,  etc.,  que  partout  ailleurs. 

Que  maintenant  on  jette  un  regard  en  arrière  sur  cet 
ensemble  de  faits  démontrés  par  l'étude  de  chaque  prin- 
cipe ,  envisagés  l'un  après  l'autre ,  d'après  Tordre  tracé 
par  l'cnchainement  des  caractères  dont  nous  avons  parlé,  et 
l'on  verra  que  l'on  ne  saurait,  en  effet,  concevoir  un  orga- 
nisme qui  ne  fût  constitué:  l"*  par  des  principes  venant  du 
dehors,  empruntés  au  milieu  ambiant  et  nous  mettant  en 
relation  avec  lui  ;  2^  par  d'autres  principes  formés  au  dedans 
et  retournant  dans  le  milieu  extérieur;  3^  enfin,  par  des 
principes  se  formant  et  se  décomposant  au  dedans,  consti- 
tuant la  partie  fondamentale  de  l'organisme.  Ces  derniè- 
res espèces  de  corps  sont  véritablement  organiques,  jouis- 
sent d'une  certaine  indépendance  à  l'égard  des  autres  prin- 
cipes et  du  monde  extérieur,  ce  qu'elles  doivent  aux  faits 
de  leur  composition  non  définie,  de  leur  non-cristallisation; 


WH  PliEFACE. 


faits  sans  lesquels  Tôtre  serait  une  agrégation  de  composés 
chimiques,  h  l'égal  des  roches  et  des  terres,  et  non  un  or^ 


ganisme. 


C'est  pour  n'avoir  pas  connu  les  actes  lents,  mais  une  fois 
commencés,  se  continuant  dans  toute  la  masse  de  la  sub- 
stance, actes  appartenant  en  propre  aux  substances  organi-' 
ques,  que  les  questions  relatives  aui  maladies  épidémiques, 
contagieuses,  et  ducs  aux  infections  paludéennes,  etc.,  sont 
encore  dans  le  vague.  C'est  pour  avoir  méconnu  ces  faits  que 
des  médecins  ont  pu  être  embarrassés  par  ceux  qui  (admet- 
tait que  des  actes  peuvent,  quant  à  l'intensité,  ne  pas  être  en 
rapport  avec  leurs  conditions  d'accomplissement,  que  des  ef- 
fets ro'nsidérabies  peuvent  être  produits  par  des  doses  inBni- 
mcnt  petites)  ont  demandé  quelle  était  la  quantité  du  prin- 
cipe particulier  absorbé,  dans  le  cas,  par  exemple,  de  la 
transmission  de  la  scarlatine.  Comment,  en  elTct,  résoudre 
mille  questions  infiniment  plus  sérieuses  que  cellc-lè,  si  l'on 
ignore  li*s  propriétés  de  chacune  des  espèces  de  principes  qui 
forment  la  substance  même  de  l'organisme;  propriétés  minu- 
tieuses à  étudier,  peu  tranchées  dans  leurs  lentes  manifesta- 
tions, comme  nombre  de  phénomènes  chimiques,  mais  qui 
n'en  sont  pas  moins  accessibles  pourtant  à  nos  sens? 

§  VIII.  —  Tels  sont  quelques  uns  des  faits  que  nous  en-r 
seigne  l'étude  des  principes  immédiats,  faits  réels  et  faciles  à 
vérifier  par  de  simples  souvenirs  des  notions  familières  à 
tout  le  monde.  Mais,  pourtant,  ils  restent  la  plupart  sans 
application,  faute  d'un  guide  qui  puisse  les  faire  servir  è  l'amé- 
lioration même  de  cette  substance  organisée ,  sans  laquelle 
il  n'y  a  pas  d'amélioration  possible  de  la  santé;  car  celle-ci 
n'est  que  l'expression  générale  de  l'état  de  celte  matière. 

Il  serait  facile  de  conduire  oinsi,  peu  à  pou,  le  lecteur  à 
d'autres  faits  plus  minutieux ,  et  tout  aussi  réels  que  ceux-là. 
Mais  à  partir  du  point  où  nous  sommes^  les  tables  des  ma* 


PRËFAGK.  Xllll 

tières  peuvent  suffire  ;  car  plus  loin  il  faudrait  entrer  dans  la 
description  des  tribus  et  des  espèces.  Ici  même,  malgré  tout 
ce  que  présente  de  minutieux  et  de  difficultés  pratiques 
l'étude  de  ce  sujet,  nombre  de  faits  sont  aussi  positifs  que 
les  précédents.  Mais,  si  beaucoup  de  détails  sont  connus^ 
nous  ne  craignons  pas  de  dire  qu'il  en  reste  beaucoup  è 
connaître,  et,  nous  n'hésitons  pas  à  l'avouer,  précisément 
parce  que  les  plus  importants  sont  déterminés  d'une  manière 
positive.  Rien  de  plus  nuisible,  rien  qui  marque  plus  Tinin- 
telUgeoce  scientifique  que  ce  mode  d'exposition  oral  ou  écrit, 
qui  consiste  à  présenter  toutes  les  questions  comme  arrivées  h 
un  point  tel  qu'on  ne  doit  pas  songer  à  y  apporter  de  cban* 
gement.  Rien  ne  montre  plus  l'ignorance  de  la  valeur  relative 
des  notions  d'ensemble  restant  vraies  pour  le  plus  grand 
nombre  des  principes  immédiats,  par  exemple,  mais  suscep- 
tibles d'être  perfectionnées  dans  les  détails;  d'où  une  aptitude 
de  plus  en  plus  grande  de  ces  notions  à  être  appliquées  à 
nos  besoins. 

L'examen  et  la  découverte  de  quelques  caractères  de  cer- 
tains principes  bien  déterminés  demeurent  encore  à  faire. 
On  verra  surtout  que  les  conditions  de  formation  de  beau- 
coup d'entre  eux,  pris  en  particulier,  sont  h  étudier,  bien  que 
celles  qui  concernent  la  classe  ou  la  tribu  entière  soient  cou- 
nues  d'une  manière  générale ,  d'après  ce  qui  concerne  les 
principales  espèces.  Enfin,  nous  avons  réuni  dans  les  trois 
premières  sections  du  livre  IV  les  corps  dont  l'étude,  en  tant 
que  principes,  est  a  reprendre 'partiellement  ou  totalement. 

§  IX.  —  Nous  venons  de  faire  allusion  aux  conditions  de 
formation  des  principes  immédiats.  Nous  avons  séparé  dans 
notre  livre  ce  qui  concerne  Télude  des  conditions  de  forma- 
tion de  l'examen  de  la  nature  des  actes  qui  la  caractérisent. 
Nous  l'avons  fait  en  raison  de  Timporlance  qu'il  y  a,  à  ne 
|i.is  confondre  ensemble  le^  question»  statiques  et  dynami''* 


XXIV  puefacl:. 

ques;  même  dans  les  cas  où  leur  séparation  exige  le  plus 
haut  degré  d'abstraction,  comme  en  chimie,  par  exemple, 
et  dans  Tétude  de  la  nutrition,  du  développement,  etc.  Cet 
examen,  auquel  pouvait  seule  conduire  l'étude  anatomique 
des  principes  immédiats,  donne  les  résultats  suivants,  énon- 
cés ici  sans  distinction  méthodique  des  actes  et  des  conditions 
d'action,  faute  d'espace. 

La  formation  de  certains  principes  et  la  décomposition 
d'autres  espèces,  s'accomplissant  simultanément  dans  une  sub« 
stance  particulière,  à  savoir  la  substance  organisée  constituée 
comme  il  vient  d'être  dit,  voilà  ce  qui  caractérise  l'acte  orga- 
nique appelé  nutrition.  Les  résultats  généraux  de  cet  acte 
élémentaire  sont  manifestés  extérieurement  à  l'autre  extré- 
mité de  la  physiologie,  par  la  fonction  de  digestion  qui  intro- 
duit  les  matériaux  solides  et  liquides  de  formation,  et  par  la 
fonction  d'urination  qui  rejette  les  espèces  produites  par  la 
décomposition  d'autres  corps,  ainsi  que  les  matériaux  qui 
ne  font  que  passer.  La  respiration  manifeste  extérieurement 
les  deux  actes  ii  la  fois  pour  les  gaz  y  double  fait  qui  repose 
sur  les  conditions  physiques  d'endosmose  et  d'exosmose  des 
gaz. 

On  est  conduit  à  reconnaître  que  les  actes  envisagés  sé- 
parément ,  les  uns  relatifs  à  la  formation  de  certains  princi* 
pes,  les  autres  è  la  décomposition  d'autres  espèces  (dont  les 
éléments  chimiques  servent  h  la  formation  dont  nous  venons 
de  parler),  ne  s*opèrent  pas  d'après  les  lois  des  doubles  dé- 
compositions, de  la  combustion  et  autres  actes  chimiques  ma- 
nifestés par  les  corps  minéraux. 

Il  existe  un  autre  ordre  d'actes  chimiques,  plus  lents, 
plus  réguliers,  plus  calmes  que  les  précédents,  si  Ton  peut 
ainsi  dire;  ils  n'en  ont  pas  la  brusquerie,  l'énergie,  la  fixité. 
On  les  a  nommés  actes  chimiques  indirects  ^  catalytiques 
ou  de  contact.  C'est  d'après  cet  ordre  d'actes  chimiques 


PRÉFACE.  XXV 

que  s'opèrent  la  formation  et  la  décomposition  des  principes 
immédiats ,  de  la  très  grande  majorité  du  moins,  et  surfont 
des  plus  abondants.  En  n'envisageant  qu'un  seul  côté  de  la 
DQtrition  isolément,  celui  de  la  formation  des  espèces  oo 
celui  de  leur  décomposition ,  on  reconnaît  que  chacun  de 
ces  actes  pris  isolément  est  chimique ,  qu'il  se  passe  dans 
l'organisme  des  phénomènes  chimiques,  comme  il  y  en  a  de 
physiques  et  de  mécaniques.  Or  ces  actes  chimiques  sont, 
pour  la  très  grande  majorité,  de  cet  ordre-là;  et  il  s'en  passe 
qoelqoes  uns  qui  sont  des  actes  chimiques  directs  :  ce  sont 
des  doubles  décompositions ,  mais  non  pas  des  combustions. 

L'étude  anatomique  des  principes  immédiats  fait  découvrir 
les  conditions  d'existence  de  ces  actes.  C'est  dans  la  sub- 
stance organisée  au  sein  de  l'économie  qu'on  en  trouve  le 
type  naturel;  c'est  dans  celte  matière  qu'on  les  observe 
avec  leur  plein  développement.  Les  catalyses  apparaissent  k 
l'état  type,  parallèlement  h  Texistence  de  corps  cristallisa- 
blés  ne  se  formant  que  dans  les  êtres  vivants,  à  côté  de  l'exis-* 
tence  de  composés  non  cristallisables  et  de  composition  chi- 
mique non  définie,  se  formant  et  se  décomposant  à  l'état 
naturel  dans  le  tout  dont  ils  sont  partie  constituante.  Il 
faut  venir  les  observer  là,  à  leur  source,  pour  s'en  faire 
une  idée  qui  ne  soit  ni  exagérée  ni  amoindrie. 

C'est  parti  de  là,  que  tout  à  fait  empiriquement  et  avec 
beaucoup  de  confusion,  faute  de  ces  notions  générales  dont 
on  se  moque  quelquefois  :  c'est  parti  de  là  qu'on  a  obtenu 
artificiellement  des  modifications  importantes  de  ces  phéno- 
mènes, à  l'aide  des  principes  cristallisables  d'origine  végé- 
tale sous  le  nom  de  fermentations^  et  avec  les  substances 
coagulables  sous  celui  de  putréfactions;  mais  normalement 
ces  modifications  ne  s'observent  pas  dans  l'économie. 

Lorsque  par  accidentées  conditions  s'y  rencontrent,  le  fait 
a  lieu,  cl  il  est  dit  morbide.  C'est  artificiellement  que  nous 


XXVl  1*U£FACË. 

les  obteoons  d'ordinaire  et  les  modifions;  mais  aussi  ils  ont 
une  intensité  et  un  caractère  de  netteté  qui  ne  se  voit 
pas  dans  Téconomie.  Là  s'observent  seulement  les  actes  dits 
catalyses  combinantes  isomériques  et  avec  dédoublemenêSf 
types  des  actes  chimiques  indirects  ou  de  contact,  en  même 
temps  que  ce  sont  les  moins  énergiques  dans  leurs  effets. 

C'est  l'exposition  de  ces  résultats  et  perrectionnemenfs  i 
l'égard  de  la  chimie  qui  a  nécessité  quelques  digressions^ 
faute  de  les  avoir  trouvés  dans  les  traités  de  chimie. 
.    §  X.  — Il  résulte  de  l'étude  ainsi  poursuivie  pour  chaque 
principe  immédiat: 

1®  Qu'il  y  a  des  espèces  de  principes  qui  naissent  dans 
[^organisme  animal  aux  dépens  de  celles  empruntées  à  d'au- 
tres êtres,  lesquelles  disparaissent  en  tant  qu'espèces; 

2""  Que^  par  conséquent,  l'organisme  animal  n'est  pas 
comparable  à  une  machine  dans  laquelle  on  met  des  maté-' 
riaux  d'un  cÀté ,  dont  les  éléments  arrivés  è  un  autre  état 
ressortent,  d'une  autre  part,  après  avoir  en  seulement  ude 
action  physique  sur  les  parties  de  la  machine  en  passant  entre 
elles,  sans  action  moléculaire  sur  ces  parties  mêmes.  9'il 
en  eût  été  autrement,  l'organisme  végétal  susceptible  dé 
former  des  principes,  eût  été  supérieur  à  l'organisme  animal 
susceptible  seulement  de  les  détruire. 

Pendant  que  se  forment  un  peu  de  chacune  des  espèces 
coagulables  d'un  côté,  une  partie  des  mêmes  espèces  se 
détruit  d'un  autre;  mais  cela  dans  les  parties  mêmes  formées 
de  ces  espèces,  hors  du  sang  ;  en  sorte  qu'il  y  a  dans  ces  par- 
ties, arrivées  molécule  à  molécule,  des  matériaux  qui  forment 
un  peu  de  Tespèce  préexistante,  tandis  qu'il  en  sort  en  même 
temps  un  peu  molécule  à  molécule  formant  d'autres  espèces. 

Ainsi,  loin  qu'il  y  ail  simple  passage  des  principes  qui  ne 
feraient,  en  plus  grande  partie  du  moins,  que  passer  dans 
le  sang  à  l'état  inorgani<|uo  en  quelque  sorte ,  et  y  servir 


PRÉFACE.  XI  VU 

comme  combustibles ,  ils  entrent  bien  molécule  à  molécule 
dans  les  organes  de  Tindividu,  et  s'y  fixent  moléculairement 
pour  un  certain  temps.  C'est  bien  moléculairement  aussi 
qu'en  sortent  les  matériaux  des  principes  azotés  rejetés.  Loin 
de  n'agir  que  sur  une  petite  partie  des  aliments  ingérés^ 
Tassimilation  (passage  d'un  état  spécifique  à  un  autre)  agit 
sur  tout  ce  qui  pénètre  dans  le  sang,  et  le  foie  est  là  pour 
on  premier  acte  (sucre,  etc.),  auquel  iloiïreles  conditioni 
d'accomplissement. 

L'étude  des  principes  immédiats,  arons-nous  dit,  fait 
eonnattre  que  la  constitution  de  la  substance  organisée  est^ 
comme  on  dit,  soumise  à  des  lois  dont  la  cause  première 
nous  reste  inconnue.  Elle  fait  passer  en  revue  tous  les  actes 
élémentaires,  soit  physiques,  soit  chimiques  de  la  nutrition, 
et  par  suite  de  la  sécrétion,  de  l'absorption  ^  etc.,  et  en  outre 
de  la  digestion,  de  l'urination  et  de  la  respiration.  Elle 
montre  ces  actes  élémentaires  soumis  également  à  des  lois, 
fixes  et  invariables,  et  ne  présentant  de  variations  sous  au- 
cane  autre  influence  que  celle  de  conditions  physiques  et 
chimiques  déterminées  ou  susceptibles  de  l'être.  Or  comme 
sur  les  propriétés  de  tissu  et  sur  les  fonctions  de  la  vie  orga- 
nique qui  précèdent,  reposent  toutes  celles  de  la  vieenimalCj 
comme  celles-ci  ont  les  premières  pour  condition  d'existence 
bien  qu'elles  n'en  soient  pas  une  conséquence,  la  connais- 
sance de  ces  lois  apporte  une  grande  netteté  dans  l'examen 
des  actes  complexes  de  l'organisme.  Elle  conduit  à  en  for- 
muler les  lois  réelles,  sans  être  conduit  à  supposer  l'exis 
tence  d'entités  diverses  et  illusoires  pour  se  rendre  compte 
de  faits  ineiplicables;  mais  inexplicables  seulement  parce 
qu'on  ne  les  a  pas  rattachés  à  leurs  conditions  élémentaires 
d'existence,  parce  que  les  lois  de  ces  actes  élémentaires 
restaient  inconnues»  Il  importe  de  noter  qu'en  étudiant  ce 
quri  y  a  de  plus  élomenlairo  dans  Torganismei  nous  n'avont; 


XWIll  PIIËFACË. 

pas  cherché  la  cause  première  de  rcxistcnce  dans  l'éco- 
nomie de  tel  ou  tel  principe ,  le  pourquoi  de  la  présence 
de  tel  sel,  etc.,  plutdt  que  de  tel  autre,  fait  évidemment 
inabordable.  Nous  avons  pris  les  choses  telles  qu'elles  sont, 
et  nous  nous  sommes  bornés,  seule  poursuite  utile,  k 
chercher  quelles  sont  les  conditions  de  pénétration  ou  de  for- 
mation dans  l'organisme  des  diverses  espèces  de  principes; 
k  constater  sur  ces  principes  les  caractères'  d'ordre  physi- 
que et  chimique  qui  rendent  compte  des  actes  manifestés 
par  l'être  entier;  de  manière  à  pouvoir  par  la  suite  modiGer, 
améliorer  les  appareils  et  les  fonctions,  en  modifiant  les  faits 
élémentaires  dont  une  fonction  représente  un  certain  nombre, 
s'accomplissent  simultanément  dans  tel  ou  tel  appareil. 

§  XI.  —  Plus  d'un  lecteur  jugera  sans  doute  notre 
livre  peu  savant,  parce  qu'il  ne  s'y  trouve  guère  de  formules, 
de  discussions ,  d'hypothèses  et  formules  chimiques  sur  la 
formation,  dans  l'économie,  de  l'urée,  du  sucre,  etc.,  ni  un 
certain  nombre  d'hypothèses  nouvelles  et  plus  ou  moins 
séduisantes  sur  ce  sujet.  Nous  pensons  qu'il  s'en  rencontrera 
un  nombre  au  moins  égal  qui  sauront  reconnaître  avec  nous 
le  peu  d'avantages  de  cette  prétendue  manière  de  faire  de  la 
science,  dans  laquelle  on  ne  tient  compte  que  des  arrange- 
ments possibles  des  éléments  chimiques  à  l'aide  des  forpnules, 
sans  prendre  en  considération  la  disposition  anatomique 
intime  des  organes  où  a  lieu  le  phénomène.  Il  suffit  de  voir 
ce  que  sont  devenues  devant  l'expérience  les  hypothèses  de  ce 
genre,  pour  ne  pas  être  tenté  de  continuer  cette  voie. 

Nous  avons  préféré  nous  borner  a  reconnaître  simplement 
la  succession  d'actes  moléculaires  spéciaux,  dits  de  contact 
ou  catalytique  S)  que  présentent  dans  l'économie  les  principes 
immédiats  de  la  deuxième  et  de  la  troisième  classe,  d'où  ré- 
sultent la  formation  des  uns  et  la  disparition  des  autres,  ou 
mieux  leur  passage  d'un  état  spécifique  à  un  autre.  C'est  là 


PBÉPACE.  XXIX 

un  ordre  d'actes  dont  le  type  se  trouve  dans  les  êtres  orga- 
nisés. N'ayant  été  suivis  que  pour  un  petit  nombre  d'espèces, 
on  ne  peut  les  exposer  en  détail  que  pour  une  partie 
d'entre  elles.  Mais,  en  revanche,  on  peut  vérifier  par  Texpé* 
rience  l'idée  générale  qu'on  se  forme  du  fait,  et  partir  de 
l'idée  générale  pour  modifier  cet  acte  en  changeant  les  con- 
ditions de  l'expérience  :  double  vérification  sans  laquelle 
nulle  théorie  ne  peut  être  considérée  comme  exacte  et  k 
laquelle  n'a  pu  résister  aucune  des  hypothèses  chimiques 
auxquelles  nous  avons  fait  allusion. 

Les  faits  que  nous  mettons  à  la  place  de  celles-ci  sont  plus 
relatifs ,  moins  absolus,  et  partant  moins  nets,  moins  sim- 
ples, moins  faciles  à  saisir,  car  le  moindre  changement  dans 
les  conditions  les  fait  varier,  eux  et  leurs  produits;  mais  c'est 
là  le  propre  de  tout  ce  qui  se  passe  dans  l'organisme  vivant 
et  l'éloigné  de  la  machine.  Il  est  fâcheux,  sans  doute,  d'être 
obligé  d'étudier  des  choses  plus  compliquées  que  celles  qu'on 
observe  en  chimie  et  de  ne  pas  voir  ce  que  nous  enseigne  le 
creuset  se  retrouver  sans  modifications  incessantes  dans  l'éco- 
nomie; ce  qui  aurait  dispensé  d'étudier  Tanatomie  et  la  phy- 
siologie, au  moins  générales^  dès  qu'on  aurait  su  la  chimie* 
Mais  il  faut  avant  tout  avoir  le  courage  de  considérer  les 
choses  telles  qu'elles  sont,  ou  sinon  renoncer  ù  s'occuper 
de  cet  ordre  d'idées;  car  alors,  tandis  qu'on  croit  s'occuper 
à  quelque  œuvre  réelle  et  durable,  on  ne  fait  qu'entasser  des 
phrases,  des  signes  et  des  chiffres  éphémères  h  propos  de  la 
réalité  qu'on  laisse  de  côté. 

§  XII.  Nous  avons  dit  plus  haut  (page  vi)  que  cet  ou- 
vrage traite  de  la  première  partie  de  Tanalomie  générale  ; 
nous  devons  prévenir  que  son  étendue  ne  doit  rien  faire  pré- 
juger de  celle  des  autres  subdivisions.  Celle-ci  a  pris  une 
extension  égale  a  celle  de  toutes  les  autres  ensemble,  bien 
que  par  In  suite  elle  doive  naturellement  finir  par  être  la 


XXX  ERRATA. 

]»lus  courte.  La  raison  de  ce  fait  esl  que  :  l""  jamais  ce  sujet 
n'a  encore  éléenvisagé,  ni  analomiquement,  ni  dans  son  en- 
semble; S""  que  nous  avons  dû  mentionner  beaucoup  de 
travaux  qui  n'ont  aucune  valeur  réelle,  bien  qu'ils  aient 
paru  en  avoir  autrefois  :  c'est  ce  que  montrent  nos  histori- 
qoes  et  le  IV*  livre.  Nous  avons  cherché  à  n'en  pas  oublier, 
mais  M  est  facile  de  voir  que  cet  exemple,  nécessaire  aujour- 
d'hui, n'aura  plus  besoin  d'être  imité. 

Noua  n'avons  pas  parlé,  dans  cette'  préface,  des  procédés 
d'extraction  et  d'examen  des  principes  immédiats,  bien  que 
ce  sujet  soit  d'une  certaine  importance.  Il  en  est  question 
dans  les  Prèliiiinaires  du  texte  qui  précède  l'explication 
des  planches  de  notre  Atlas.  La  nature  de  cet  ouvrage  exi- 
geait en  eflet  que  les  espèces  cristallisables  de  principes  im- 
médiats fussent  représentées,  ce  dont  sentiront  la  nécessité 
eeax  surtout  qui  pousseront  leurs  études  au-delà  d'une  simple 
lecture  et  se  livreront  aux  recherches  de  laboratoire.  Aussi, 
guidés  par  l'expérience,  nous  avons  mis  le  plus  grand  soin  a 
la  représentation  exacte  des  cristaux,  dans  les  limites  de  ce 
que  peut  donner  la  gravure,  qui  est  indispensable  en  ce 
genre  de  figures,  et  laisse  peu  à  désirer  ici  dans  la  manière 
dont  elle  a  été  exécutée. 

L'impression  de  cet  ouvrage  a  été  commencée  en  mai  1851 . 
Depuis  cette  époque,  les  feuilles  en  ont  été  déposées  à  la 
Société  de  biologie  à  mesure  du  tirage. 

Paris,  le  25  septembre  1852. 


ERRATA  DU  TOME  PREMIER. 

Page      6,  ligne  4,  aie  lieu  de  :  envisagées,  lisez  :  envisagés. 

—  6,-3,  au  lieu  de  :  Les  aqbs,  comprenant,  liiez  :  2.  Les  aors  compre- 

nant à  propos  des  caractères  d*ordre  organique  IVtu'Ie  des 
▼ariations  de  caractères  lors  de... 
^    65,  —  25,  au  lieu  de  :  connaître,  lisez  :  commettre. 

—  88f  —  10,  au  heu  de  :  Tespèce,  lisez  :  Tindifidu. 


ERRATA.  XXXI 

Page  155,  2*  tableau,  ajoutez  :  42.  Mucosine;  43.  Cristalline;  i&.   Héma- 

tosine;  15.  Biliverdine;  16.  MèlaDine;  17.  Urrosacine. 

—  137, ligne  6,  à  partir  du  bas,  au  lieu  de  :  sur  les  principes,  Usez  :  sur 

les  eoBposét. 

—  1S7,    —  M,  —  au  lieu  de  :  et  des  arti^res  est  modifiée 

quand  on  les  nélange  à,  lisez  :  est  modifiée 
qutad  on  la  aiélaBge  à..* 

—  138,  2«  tableau,  ajouiâÊ  :  18.  Griitaiiioe;  14.  HénatioaÎMi  15.  Biliver- 

dine; 16.  MélaalM;  17.  UrvMMioe. 

—  iël,  —  i^tm  Uâude:dt  Tadde,  des  hipporalcs,  ttc,  Itasx  :  de  Taeide 

urique,  des  hippurates,  de 

—  190,  —    6,  OH  lieu  de  :  snbslance  oigaalqoe,  lta«s  :  substanee  ^ganiitée. 

—  190,  —  15,  AK  lieu  de:  ùu  f  trourc  la  subslaoee  orgtiique,  lUez  :  on 

trMvcdans  tmites  les  parties  du  corps  k  substance  «rga- 
nisée. 

—  190,  afiil.éeraièfft  ligne,  au  litu  de:  sobslance  organique,  liêet  :  substance 

«fanlsèe. 

—  191,  —  i  2  et  31,  même  correction. 

—  tM,  ajaulet  au  tableau .-12.  Cristalline  ;  18.  Hénuitosine  ;  1 4.  Blllf erdlne  ; 

15.  Mélanine  ;  16.  Urrosacine. 

—  117,  4*  afant-dcmière  ligne,  au  lieuds:  ou  animal,  liêêt:  ou  Tanimal. 

—  194,  an  n^  80  du  taUean,  mu  lieu  de:  glyocholate  dt  souda,  lUez:  glyko- 

cbolate  de  soude. 
-  256,  ligne  6,  au  lieu  de;  216,  pages  229  et  280,  Hut  :  $$liS  et  214, 
pages  228,  220  et  280. 

—  1611,  an  titre,  au  lieu  de  :  paopiiÉTés  osa  pateaaTBiiT,  liêet  :  agtbs  qui 

XA!fIPKSTE.*fT. 

—  285,  ligne  6,  au  lieu  de:  i*  condition,  liut  :  f  conditions. 

—  289,  — -  81,  aii/ieii  (le:  Les  autres  sont  aus»i  des, /tsex:  Les  autres  sont  des. 

—  291,  —  14  et  15,  au  lieu  de:  il  est  indispensable  de  le  connaître,  lisez  : 

elle  est  indispensable  à  faire. 
»  297,  au  tableau,  ajoutez:  18.  Carbonate  de  chaux;  14.  Bicarbonate  de 
chaux. 

—  308, ligne 20,  au  lieu  de:  partie  accessoire,  lisez:  partie  préliminaire. 

—  322,  —  3,  au  lieu  de:  Par  analyse,  lisez:  Par  analyse  Immédiate. 

—  363,  dernière  ligne,  au  lieu  de  :  destination,  lisez  :  distinction. 

—  379,  au  lieu  de:  2«  phosphate  de  magnésie,  lisez:  phosphate  de  sonde. 

—  379,  retrancher:  11.  Acide  pneu  m  ique. 

—  381,  au  tableau,  ajoutez  :  4*  Acide  pneumique. 

—  509,  ligne  1,  au  lieu  de  :  parfbite,  lisez  :  par  suite. 

509,  —     S,  au  lieu  de  :  plusieurs,  lisez  :  et  plusieurs. 

—  513,  —    9,  au  lieu  de  :  elle  a  lieu,  lisez  :  elle  agit. 

—  517,  ^  18,  au  lieu  de  :  sucre,  lisez  :  suc. 

^  Q5g^  _    9,  (tu  lieu  de  :  espèce  anatomique ,  lisez  :  espèce  de  substance 

organique. 

—  658,  dernière  ligne,  au  lieu  de  :  se  troufe  ainsi  également  perfectionné, 

lisez  :  se  troufent  ainsi  également  perfectionnés. 

—  659,  ligne  5,  au  lieu  de  :  qu*elte  ne  peut,  lisez  :  qu*elle  peut. 

__  659,  —  23,  au  lieu  de  :  qu*il  en  est  certaines  chez,  lisez  :  qu'il  en  est  chez. 
.  659,  _-  24,  au  lieu  de  :  en  K  combinant,  lisez  :  qui,  se  combinant. 
.  659,  —  26,  au  lieu  de  :  ils  pussent,  lisez  :  qui  pussent. 


XXXII  ERRATA. 


ERRATA  DU  TOME  II. 

Page    ii,  ligne,  13,  aii  lieu  de  :  suifant,  liseï  :  pfécédent. 

—  15,  —  2&9  ou  Heu  de  :  sans  les  connaitre  déjà,  Usez  :  sans  conoallre  déjà 

celleMi. 

—  16,  —  26,  me  /iM  i«  :  des  matériaux  det  autres  parties,  lisez  :  des  parties. 

—  A8,  note  (1),  au  lieu  de:  1791,  lisez  :  181A. 

—  A9,  note  (7),  ajoutez  :  page  937. 

—  61,  ligne  A,  au  lieu  de  :  moléculaires  que ,  Usez  :  moléculaires  ou  dû* 

miques  que. 

—  61,-5,  ott /i^i^e:  actes-là,  lisez:  actes-d. 

—  62,  —  16,  au  lieu  de:  qui.  Usez:  mais  qui. 

—  62,  ~  18,  au  lieu  de:  Mais  elle,  lisez:  Mais  cette  idée. 

— -    6T,  —  19,  au  lieu  de:  eiqu'i  n^offre,  lisez:  et  elle  n^offire. 

—  62,  —  86,  me  lieu  de  :  qui  se  forme,  lisez  :  qui  se  forment. 

—  166,  note  (11),  avant  Ann.  db  cbimib,  ajoutez  :  second  mémoire  sur  la 

transpiration ,  181A. 

—  198,  S*  alinéa,  au  lieu  (2e  :  si  ce  tableau,  liuz  :  si  le  résultat  indiqué  par 

ce  tableau. 
Dans  rentéte  de  la  feuille  15,  au  lieu  de:  cfa.  XIII,  Its«2:  du  XV. 

—  335,  ligne  16  de  la  note  (1),  au  lieu  de:  de  carbonate,  lisez:  des  carbonates. 

—  34A,  —  3,  du  S  949,  au  lieu  de:  margarine,  lisez  :  margarine  des  globules 

de  lait. 

—  344,  —  4,  du  S  949,  au  lieu  de  :  solide,  lisez  :  solide  ou  demi-solide. 

—  853,  —  3,  du  S  959,  au  lieu  de:  la  formation,  lisez:  de  formation. 

—  456,  —  23,  au  lieu  de  :  fig.  2 ,  lisez  :  fig.  3. 

-—  464,  —  20,  an  lieu  de:  montrent,  lisez:  montre. 

—  482,  —  23,  au  lieu  de  :  en  est  la  formule ,  lisez  :  en  indique  le  poids 

atomique. 

—  494,  —  7,  au  lieu  de  :  La  créatine,  lisez  :  La  créatinine. 

—  499,  à  la  synonymie,  ajoutez  :  Urinine  (  Hobnbfbld  ,  Lekrb.  der  pkffâith 

hgischen  Chemie^  Leipiig,  1827,  in-8*,  t.  II,  p.  111). 

—  526,  à  la  synonymie,  ajoutez  :  Uronoxyde  (Huenefdd,  Lehrh»  der  jskjfs* 

Chemie,  Ldpiig,  1827,  t.  II,  p.  161). 

ERRATA  DU  TOME  III. 

—  6,  —    1,  mi  lieu  de  :  savons  de,  lisez  :  savons  du  sang  dans  les  cas  de. 

—  15,  —  11,  AU  lieu  de  :  pileules  sont  remplies,  lisez  :  pileuses  sont  remplis. 

—  51,  me  lieu  de:  L^obsenralion  de  M.  Tavignot,  lisez:  L'observation  de 

M.  Tavignot,  confirmée  par  M.  Lcbert  (Du  synchisis  étincelanU 
Compt,  rend,  et  mém*  de  la  Soc.  de  biologie^  1850,  In-8, 139). 

—  97,  —  19,  au  lieu  de  :  Batyrolèpe,  liuz:  Bolyroléioe. 

—  359,  avant-dernière  ligne,  au  lieu  de  :  Magaus,  lisez  :  Magnus. 
•—  376,  —  2  de  la  synonymie,  au  lieu  de  :  je  tiens,  lisez  :  je  tdns. 

—  383,  au  lieu  de  :  Ce  genre  d^analyse  est,  lisez  :  Ce  genre  d'analyse  oond- 

déré  autrement  que  comme  un  préliminaire  est. 

—  416,  —  29,  au  lieu  de  :  normaux,  lisez  :  bien  déterminés. 

—  502,  dernière  ligne,  et  page  503,  note  1,  au  lieu  de  :  Weiderbusch,  Usez  : 

Weidcnbusdi. 


TRAITÉ 


CHIMIE  ANATOMIQUE 

ET  PHYSIOLOGIQUE. 


PAOUBOOMtHBS. 


1 .—  On  donne  le  nom  de  Prolégomine$  a  renoncé  des  notions 
qu^il  est  nécessaire  de  posséder  pour  comprendre  une  science 
ou  ses  subdivisions^  et  saisir  sa  liaison,  tant  avec  les  sciences 
qui  lui  servent  de  base,  qu*avec  celles  dont,  elle  est  un  des 
points  d*appui. 

Celles  qu'il  importe  de  connaître  pour  comprendre  This- 
tûire  des  principes  immédiats,  pour  être  pénétré  de  sa  néces*» 
site  et  en  saisir  pleinement  le  but,  sont  les  suivantes. 

l"*  U  faut  savoir  que  toutes  les  parties  qui  concourent  à 
constituer  Toi^nisme  rentrent  dans  le  domaine  de  Tana- 
tomie; 

2"*  Il  est  nécessaire  de  concevoir  nettement  quelles  sont  les 
attributions  de  Tanatomie,  de  la  physiologie  et  de  la  chimie. 
Sans  cela  on  rapporte  à  ces  deux  dernières  ce  qui  appartient 
à  la  première,  et  cette  transposition ,  quoique  insignifiante 
en  apparence,  conduit  bientôt  à  une  confusion  dont  les  con- 
séquences sont  de  frapper  de  stérilité ,  au  bout  de  peu  de 
temps,  chacun  des  ordres  d*études  qui  a  été  déplacé.  De  plus, 
on  confond  bientôt  Tobjet  des  études  avec  les  moyens  d'explo- 
ration, moyens  qui  peuvent  être  les  mêmes  dans  des  sciences 
dont  le  but  est  tout  différent. 

S"*  n  faut  démontrer  spécialement  que  Thistoire  des  prin- 
I.  i 


i 


2  PROLÉGOMÈNES.   —  ART.   I**. 

cipes  immédiats  fait  partie  de  Tanatomie,  et  qu'elle  constitue 
Tune  de  ses  subdivisions. 

h^  Il  faut  examiner  les  objections  faites  à  cette  détermina- 
tion cl*4ttribution9  scientifiques  et  répondre  à  ces  objections. 

I*"  Il  ièpoiie^  eonnattro,  d*iprèi  des  exemple!  s^écituX| 
les  avantages  résultant  pour  ranatomie,  la  physiologie  normale 
ou  pathologique  et  pour  laclûmie,derétudedesprincipesim- 
médiats,  qiiandelle  est  faite,  o&,  et  comment  elle  doit  l'être. 

6«  Il  faut  enfin  être  fixé  sur  le  sens  de  certaines  expressions, 
telles  que  celles  de  principes  immédiats^  espèces^  etc.  Comme 
elles  sont  employées  dans  diverses  sciences  avec  un  sens  qui 
n*est  jamais  exactement  le  même,  parce  que,  dans  chacune 
d'elles,  on  se  propose  un  but  différent,  elles  donneraient  lieu 
à  amphibologie  si  elles  n'étaient  préalablement  définies.  Cette 
dernière  précaution,  quoique  peu  importante  dam  certaines 
scienees,  l'est  au  contraire  beaucoup,  comme  l'a  bien  fait  sen« 
tir  M.  Gbevreul,  dans  celles  où  il  faut  incessamment  faire 
application  des  connaissances  chimiques. 

ARTICLE  PREMIER. 

Véîmêm  de  loat  les  ordre*  de  pertSei  qoî  eeneooreat  à  eeoitîtver  l*orf«« 

reafre  deee  les  etIrUmtîoat  de  r«»«toaMtte. 


2.  —  L'ÂNATOviE  est  une  branche  de  la  Biologie  qui  a  pour 
sujet  d'étude  les  corps  organisés  considérés  en  tant  qu'aptes  A 
agir,  à  l'état  de  repos,  et  pour  objet  ou  but  la  connaissance 
de  leur  organisation  ou  constitution. 

Cette  connaissance  pouvant  être  ramenée  à  là  notion  d'un 
certain  nombre  de  faits  généraux  ou  lois^  on  dit  quelquefois 
qoè  ranatomie  a  pour  but  la  connaissance  des  lois  de  Forga* 
nisation. 

Qui  dit  anatomie  ne  dit  pas  nécessairement  dissection  ;  ce 
serait  prendre  le  moyen  pour  la  destination.  Chacun  des 
ordres  de  parties  de  l'économie  présente  quelque  particularité 
dans  l'emploi  des  moyens  d'analyse  anatomique,  moyens  qui 
doivent  être  toujours  appropriés  à  la  nature  des  parties  qu'on 
se  propose  fétodier,  et  au  but  qu'on  se  propose  d'atteindre. 


PARTIB8  QUI  CONSTITUENT  L  OlOANISME.  S 

Déptasant  4oiic  U  sigoîQcation.  étymologique  du  mot  qui  la 
désigne  ,  la  science  qui  a  pour  objet  d'arriver  à  connattre 
Torganisatioa  commence  à  envisager  l'organisme  à  étudier, 
dans  son  ensemble,  comme  un  tout,  tel  qu*il  se  présente  à 
DOUSfpouren  poursuivre  tous  les  caractères  successivement, 
(juek  qu'ils  soient  (i).  Bien  de  plus  naturel,  en  effet,  que  de 
commencer  par  étudier  en  lui*méme  l'organisme  que  l'on  doit 
disséquer,  sous  tous  les  mêmes  points  de  vue  qui  nous  ser- 
vent habituellement  de  guide  dans  nos  rpcharches  sur  toutes 
ses  parties,  telles  que  appareils ,  organes,  systèmes,  etc. 

£n  tant  que  corps,  l'homme  et  tous  les  autres  êtres  ont  des 
caractères  d^ ordre  wmikématique^  c'est^-àrdire,  une  situation, 
des  dimensions,  une  forme,  une  durée  ou  étendue  dans  le 
tempe.  Ib  ont  des  caractères  d'ordre  physique  :  tels  sont  sa 
consistance,  son  élasticité,  poids,  densité,  bygrométricité»' 
température,  couleur,  etc....  Ils  ont  de  plus  des  caractères 
i*9rdre  ekimi^ue  qui  comprennent  :  1*  l'étude  de  l'action 
chimique  des  agents  physiques,  action  toujours  décompc^ 
santé  ;  2"^  des  actions  chimiques  des  .corps  simples  ou  com- 
posés :  ce  sont  des  actions  de  combinaison.;'  9^  l'étude  des 
faits  précédants  conduit  à  reconnaître  que  la  substance  dé 
Torganisme  eit  constituée  par  l'union  de  principee  immédiats 
qui  sont,  les  uns  des'  c(>mpos^  çhinuques  définis,  cristalli- 
sables,  les  auti*es  de%euhsiafu^e  or ganifues  non  cristallisables  ; 
i^  de  la  connaissance  des  principes,  immédiats  on  peut  dé<- 
duire  la  connaissance  médiate  ou  élémentaire  des  corps.  Les 
corps  ont  encore  dea  caractères  d'ordre  orjanolepUque ,  tels 
que  l'odeur,  la  saveur,  etc.. 

Enfin  ils  ont  des  caractères  qui  n'appartiennent  à  aucun  des 
corps  naturels  du  règne  minéral,  sans  analogues  avec  eux;  ca- 
ractères qui  sont  essentiellement  propres  aux  êtres  que  nous 
étudions,  et  qui,  en  raison  de  cela,  ont  mérité  un  nom  particu- 
lier, différent  des  expressions  dont  nous  venons  de  nous 


(I)  Aiufoan.  Tipttt,  léptrer,  dltfter,  cooper  eiaclement;  «*«,   en 
cmyoïitiMi,  asarque  rédaplicitîoB,  répétition  :  dis^ecare. 


h  PBOLÉGOVÈNES.  —  ART.    1*'. 

servir.  La  dénomination  adoptée  est  celle  de  caraetirei  dTardre 
orgamfMe.  Ces  caractères,  pour  le  corps  pris  dans  son  en- 
semble, consistent  en  ce  qu'il  se  divise  en  parties  essen- 
tiellement distinctes  et  d'ordres  divers  quant  à  la  complica- 
tion ;  ou  vice  venàj  en  ce  qu'il  est  constitué  par  divers  ordres 
de  parties,  distinctes  par  leur  simplicité  ou  par  leur  compli- 
cation, laquelle  n'est  pas  la  même  pour  chacun  de  ces  ordres 
de  parties.  Ainsi,  par  exemple,  le  corps  se  divise  en  partiei 
extérieures  ou  super ficieUes^  ei  parties  iniérieures  profondes 
ou  internes. 

Les  parties  extérieures  sont  la  téte^  supportée  par  le  cm, 
qui  repose  sur  le  tronc,  auquel  sont  attachés  les  membres,  et 
qui  est  terminé  par  la  queue. 

Les  parties  intérieures  sont  les  appareils  qui  se  subdivisent 
en  organes,  lesquels  se  groupent  en  systèmes,  divisibles  en 
tissus  et  humeurs,  lesquels  sont  susceptibles  d'être  ramenés 
i  un  certain  nombre  d'éléments  anatomiques  et  de  principes 
immédiats  par  division  successive,  sans  décomposition  chi- 
mique proprement  dite. 

C'est  au  tout ,  formé  par  la  réunion  intime  de  la  totalité 
de  ces  parties,  qu'on  donne  le  nom  d'organisme. 

Voila  autant  de  notions  distinctes  que  présente  l'analyse 
anatomiquede  tout  animal,  et  qu'il  faut  toujours  avoir  présen- 
tes à  la  mémoire,  lorsqu'on  fait  cette  étude,  sous  peine  d'er- 
reurs incessantes  et  de  diverses  natures.  Il  faut  toujours  sa- 
voir, en  traitant  un  sujet  anatomique,  si  c'est  de  l'élément,  du 
tissu,  du  système,  de  l'organe  ou  de  l'appareil  qu'on  parle.  Si 
l'on  se  laisse  aller  à  traiter  de  tous  ces  points  de  vue  à  la  fois, 
a  confondre  toutes  les  considérations  qui  s'y  rapportent,  en  un 
même  chapitre,  il  y  aura  nécessairement  omission  decequirCi. 
garde  l'élément  ou  de  ce  qui  concerne  le  tissu,  lesystème,  etc.  : 
le  sujet  sera  donc  incomplètement  traité,  ou  bien  deviendra 
obscur  parce  qu'on  attribuera  aux  organes,  par  exemple,  des 
notions  appartenant  aux  appareils,  ou  réciproquement.  Si  l'on 
ne  procède  ainsi,  il  est  impossible  de  parvenir  jamais  à  dé- 
gager chaque  sujet  de  cette  multitude  de  détails  inutiles  qui 


PARTIES  QL'l  (;ONSTITUUfT  l'oUàKISME.  5 

\îennent  encombrer  les  descriptions,  masquer  leurs  côtés  im- 
portants et  empdcher  d'établir  entre  eux  la  liaison  qui  seule 
peut  les  rendre  dairs  et  utiles  ou  utiUsables. 

8.  —  Beaucoup  d'anatomisteset  de  physiologistes  surtou 
ont  eu  on  vague  sentiment  de  la  nécessité  de  procéder  de  la 
manière  indiquée  plus  haut  et  ont  commencé  leurs  traités  par 
une  description  zoologique,  une  classification  du  genre  humain 
et  des  autres  genres  d'animaux.  Mais  quoique  Fanatomie  et 
la  biotaxie  se  prêtent  mutuellement  secours,  cependant  rana- 
tomie  précède  la  biotaxie  et  lui  donne  plus  qu'elle  ne  lui  em- 
prunte. La  description  anatomique  du  corps  animal  faite  « 
comme  nous  venons]  de  l'indiquer,  n'est  pas  une  description 
biotaxique.  H  s'agit  ici  d'une  description  des  parties,  sans 
établir  encore  de  relation  entre  la  disposition  extérieure  du 
eorps  et  son  organisation  interne.  Un  tel  mode  de  procéder 
serait  une  application  anticipée  de  notions  anatomiques  sur 
la  structure  des  parties  profondes,  puisque  celles-ci  ne  sont 
pas  encore  étudiées.  Les  descriptions  biotaxiques  supposent 
déjà  l'organisation  connue;  elles  s'appuient  principalement 
sur  l'anatomie  des  parties  extérieures  du  corps,  qu'elles  déve* 
loppent  sous  un  point  de  vue  spécial  et  nouveau  ;  elles  sont 
fiiites  en  mettant  continuellement  en  évidence  les  rapports 
qui  existent  entre  chaque  saillie,  dépression  extérieure,  etc., 
et  les  organes  profonds,  afin  de  réunir  les  êtres  vivants,  d'a- 
près leur  conformation  extérieure,  en  groupes  naturels.  Ces 
descriptions  rappellent  donc  nécessairement  quelques  points 
de  la  description  purement  anatomique  de  chaque  espèce 
de  corps  organisé  ;  mais  ce  rappel  a  lieu  en  ajoutant  inces- 
samment aux  faits  empruntés  à  l'anatomie  de  nouvelles  con- 
sidérations et  de  nouveaux  faits  qui  auraient  été  déplacés  en 
anatomie.  Ce  qui  fait  que  la  description  des  mêmes  parties  est 
dans  un  cas  biotaxique,  tandis  que  dans  l'autre  elle  est  anato- 
mique, c'est  l'esprit  qui  la  dirige,  c'est  le  but  ou  objet  qu'on 
se  propose ,  d'atteindre,  lequel  diffère  dans  les  deux  cas. 

A.  —  En  résumé^  il  faut  donc  étudier  successivement,  de 
Torganisme  considéré  dans  son  ensemble  comme  un  tout  : 


PROLtGOHiMES.  —  ART.   1*'. 


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ATmiBUTlOMS  DE  LA  BIOTAXIE.     .  7 

5.  *^  Après  rétude  du  corps  ainsi  envisagé,  doit  être  fidte 
sous  les  mêmes  points  de  vue  celle  des  parties  extérieures,  tète, 
cou,  etc.;  et  graduellement  celle  des  parties  intérieures  ou  pn>- 
fondes  doitrétre  dans  Tordre  indiqué,  qui  est  celui  de  leur  ëim- 
pticité  et  généralité  croissante.  On  termine  alors  par  l'étude 
des  principes  immédiats ,  dernières  parties  que  l'on  puisse 
retira*  de  l'organisme,  sans  décomposition  diimique,  et  au 
delÀ  desquelles  on  ne  saurait  pousser  la  division  anatomique 
aant  détruire  chimiquement  les  parties  qu'il  s'agit  d'étudier. 
Chacune  des  parties  reproduit  les  caractères  du  tout,  sinon 
hi  totalité  de  ces  caractères ,  au  moins  un  certain  nombre 
d'entre  eux ,  mais  toujours  avec  quelque  particularité.  Ainsi, 
la  description  du  corps  des  animaux  ou  des  plantes  ne  peut 
pas  être  embrassée  par  un  seul  ordre  de  considérations.  Le 
oraps  se  divise  en  effet  en  parties  multiples ,  toutes  d'ordres 
divers  pour  la  complication,  les  unes  plus  complexes  que  les 
autres,  et  celles-ci  plus  simples  que  les  précédentes.  C'est  là 
ce  qui  caractérise  et  constitue  à  la  fois  ce  qu'on  entend  par 
organisation  simple  ou  composée,  selon  le  nombre  des  ordres 
de  parties. 

0.  —  L'anatomie,  ayant  pour  but  la  connaissance  de  cette 
organisation,  a  donc  pour  domaine  ou  sujet  d'études  tous  les 
ordres  de  parties  qui  constituent  l'organisme,  tous  ceux  qu'on 
en  peut  retirer  sans  destruction  chimique  proprement  dite , 
depuis  le  corps  entier  jusqu'aux  composés  qui  h  constituenî 
immédiaismtnl  ^  c'est-à-dire  jusqu'aux  principes  immédiats^ 
Nous  disons  jusqu'aux  composés  qui  le  constituent  immédia* 
Irmefil,  parce  que  la  substance  du  corps  n'est  pas  en  réalité 
constituée  par  de  l'azote,  de  l'hydrogène,  de  l'oxygène,  du 
ouiKme,  du  chlore,  du  soufre,  etc.,  mais  bien  directement 
par  des  corps  résultant  de  l'union  chimique  de  ces  éléments. 

7.  —  Attrihutions  de  la  biotaxie.  • —  On  donne  le  nom 
de  BioUêxie,  ou  de  JcuronorniV,  à  une  sdenes  qui  a  pour 
swjet  les  éirês  organisés  considérés  à  l'état  statique  (en  tant 
qu'elles  à  agir),  #1  fMr  objet  ou  but  la  c^rdination  kiérar- 


8  prolâgomemî;6.  —  km.  i~. 

chique  de  iou$  les  arganûmee  amnus  en  une  eérie  générale 
destinée  ensuite  à  servir  de  base  indispensable  à  l'ensemble  des 
spéculatians  biologiques. 

La  biotaxie  s'appuie  et  repose  sur  ranatoaiie,  elle  la  sup- 
pose conoue  au  moins  quant  aux  faits  les  plus  généraux. 
Ainsi,  par  exemple,  elle  suppose  connu  de  qudle  manière 
s'enchaînent,  se  lient  les  unes  aux  autres ,  tout  en  restant 
distinctes,  les  considérations  anatomiques  relatives  aux  di* 
verses  parties  qui  composent  les  corps  organisés ,  et  dont 
nous  venons  de  donner  l'énumération.  Celles  que  nous 
avons  énumérées  les  dernières  sont  les  plus  générales,  les  plus 
simples,  les  plus  indépendantes  des  autres.  C'est  le  contraire 
pour  celles  dont  nous  avons  parlé  en  premier  lieu.  Elles  sont 
influencées  par  toutes  les  modifications  des  dernières,  bien 
plus  que  celles-ci  par  les  autres.  Toute  modification  du  tissu 
ou  des  humeurs  influe  bien  plus  sur  la  constitution  des  or- 
ganes et  sur  leurs  actes  que  la  modification  de  l'organe , 
considéré  en  tant  qu'organe  de  telle  forme,  de  tel  volume,  etc., 
n'influe  sur  le  tissu.  C'est  qu'en  effet  l'altération  du  tissu  est 
générale,  celle  de  l'organe  est  limitée  à  l'organe.  Néanmoins 
il  y  a  une  relation  intime  et  constante  entre  toutes  ces  par- 
ties, de  sorte  que  l'on  ne  peut  supposer  l'absence  de  l'une 
d'entre  elles,  de  tout  un  tissu,  d'un  système,  de  tout  un  ordre 
d'organes,  d'un  appareil,  des  membres,  etc.,  sans  que  la  mort 
survienne.  Ce  fait  est  prouvé  par  les  anomalies  dans  lesquelles 
nous  voyons  le  développement  incomplet  d'un  appareil  en- 
traîner l'impossibilité  des  actes  des  autres  appareils  ;  entraîner 
la  ,mort  ;  et  de  même  pour  les  anomalies  dans  lesquelles 
manquent  les  tissu  et  système  nerveux  central.  Cette  corréla- 
tion intime  entre  toutes  les  parties  d'ordres  divers,  pour  la 
complication,  qui  composent  chaque  être  vivant,  est  une  con- 
dition d'existence,  un  fait  nécessaire,  un  fait  sans  lequel  l'être 
ne  pourrait  vivre. 

Cette  corrélation  est  supposée  connue  du  taxonomiste,  car 
il  s'appuie  incessamment  sur  eUe.  Elle  est  en  effet  la  même 
eiptre  toutes  les  parties  intérieures  considérées  en  masse 


ATTRIBUTIONS  DIS   LA  BIOTAXIE.  9 

d'une  part,  et  toutes  les  parties  extérieures  du  corps 
d'autre  part»  qu'entre  les  diverses  parties  profondes.  Cette  cor^ 
respondance  entre  la  disposition  anatomiquedes  parties  inté* 
rieures  et  celle  des  parties  extérieures  est  même  bien  plus  in- 
time que  la  relation  existant  entre  deux  ou  plusieurs  parties 
profondes  quelconques.  Elle  est  telle  que  la  disposition  anaio^ 
wique  des  ums  se  iraduit  au  dehors  par  la  disposition  des 
auires^  et  réciproquement^  quant  aux  faits  anatomiques  vrai^ 
mené  fondamentaux.  On  peut  donc,  à  l'aide  des  particularités, 
des  modifications  de  l'une,  saisir  et  juger  les  particularités  de 
l'autre.  En  un  mot ,  puisque  l'ensemble  de  l'organisation  in* 
terne  se  traduit  au  dehors  par  des  modifications  correspon* 
dantes  des  organes  extérieurs ,  étant  donné  un  être  vivant 
connu  anatomiquement ,  on  peut  conclure  de  son  organisa^ 
tioo  profonde  a  celle  d'un  animal  non  disséqué  qui  lui  re»* 
semble  extérieurement  :  d'où  naturellement  on  est  porté  à 
placer  celui^^i  à  côté  du  premier  ;  d'oii  la  formation  des  groupes 
naturek.  La  connaissance  de  ceux-ci  coordonne  et  résume 
de  la  manière  la  plus  synthétique  et  la  plus  naturelle  qu'on 
puisse  concevoir  l'ensemble  des  notions  anatomiques;  tant 
celles  relatives  aux  parties  extérieures  que  celles  qui  se  rap« 
portent  aux  cinq  ordres  de  parties  profondes. 

La  formation  des  groupes  naturels  consiste  à  saisir,  entre 
des  espèces  plus  ou  moins  nombreuses,  un  tel  ensemble  de 
caractères  essentiels  analogues,  que,  malgré  leurs  différences 
caractéristiques,  les  êtres  appartenant  a  une  même  catégorie 
quelconque  soient  toujours  en  réalité  plus  semblables  entre 
eux  qu'à  aucun  des  êtres  d'un  autre  groupe.  Ce  classement 
conduit  i  la  connaissance  expérimentale  d'un  certain  nombre 
de  faits  communs  i  chaque  catégorie  naturelle,  dans  la  ma- 
Bière  dont  pour  chacune  d'elles  est  établie  cette  relation 
entre  le  dehors  et  le  dedans  ;  c'est-à-dire,  entre  l'extérieur 
de  l'être  et  la  disposition  des  appareils,  organes,  systèmes,  le 
nombre  des  tissus  et  humeurs,  et  des  éléments  organiques. 

La  manière  dont  s'établit  cette  relation  constitue  autant  de 
bis  biotaxiques  dont  )a  notion  a  été  acquise  expérimentale- 


10  PR0LÂG0MËNB8.   —  ART.   I*'. 

ment.  Ce  sont  elM  qui,  après  la  formation  des  groupes  nih 
turels,  conduisent  à  la  coordination  de  ceux-ci  en  une  série 
générale,  partant  des  plus  complexes  jusqu'aux  plus  simples, 
ou  réciproquement.  Cette  deuxième  opération  complète  et 
achève  de  caractériser  la  biolaxie  ;  car  elle  ne  saurait  con- 
sister à  former  simplement  des  groupes,  tels  que  genres, 
familles,  ordres  et  classes  sans  les  relier  ensemble.  Dès 
la  coordination  faite,  au  contraire,  la  seule  position  assi- 
gnée à  chaque  être  par  la  classification  totale  tend  spontané- 
ment à  faire  aussitôt  ressortir  l'ensemble  de  sa  vraie  nature 
anatomique,  soit^par  rapport  à  tous  les  êtres  qui  le  suivent, 
que  relativement  à  tous  ceux  qui  le  précèdent;  puis  en- 
suite la  nature  de  ses  actes,  car  à  toute  notion  statique  se 
rattache  une  notion  dynamique.  C'est  par  là  surtout  que  la 
méthode  naturelle  acquiert  un  caractère  profondément  scien« 
tifique  et  devient  infiniment  supérieure  aux  plus  heureux 
artifices  mnémoniques  avec  lesquels  elle  est  encore,  à  tort,  sou- 
vent confondue.  Cette  supériorité  consiste  en  ce  que  la  suite 
des  tableaux  dont  elle  est  finalement  composée  constitue 
réellement,  dès  lors,  le  résumé  à  la  fois  le  plus  exact  et  le  plus 
concis  des  connaissances  biologiques  actuelles. 

Cette  science  peut  faire  juger,  àpriorij  de  la  structure  et 
des  fonctions  d'un  être  non  disséqué  d'après  celles  de  l'indi- 
vidu qui,  l'ayant  été,  se  trouve  placé  près  de  lui.  On  peut 
aussi,  en  raison  de  la  corrélation  des  parties  du  corps  les  unes 
avec  les  autres,  déduire  de  la  dissection  d'un  être  la  place  qu'il 
devra  occuper  près  d'un  autre  qui  lui  ressemUe  extérieure* 
ment,  ou  par  sa  constitution  intérieure  (paléontologie).  C'est 
ce  qui  a  fait  croire  à  tort  que  l'anatomie  et  la  Uotaxie  se 
eonfondaient  en  une  seule  science  ;  mus  chacune  se  proposa 
ttD  but  distinct,  chacune  a  sa  destination  ptopre  et  conduit  ila 
notiondelois  différentes* Toutes  deux,  il  est  trai,.ontpoia*  sujet 
d'étude  les  mêmes  êtres  ;  mais,  nous  l'avons  dit,  la  biotaxîe  tire 
plus  easentieUraieiit  parti  de  la  connaissance  des  organes  exté« 
rieurs,  qui  est  l'auatoime  des  formes  ou  m(H|»hobgiqu0  ;  TaAa- 
toaMeyaucûntraife^in«steaugiêfl>etiti^surl'étudedeifartie< 


ATTRIBUTIONS  DE  l'AITATOHIE,   DE  LA  PHYSIOLOGIE,  ETC.    11 

profondes  et  des  parties  externes  ;  enfin  la  physiologie  exige 
tme  connaissance  aussi  exacte  des  unes  que  des  autres.  Li^ 
Tone  à  Vautre  par  la  nécessité  d'analyser  l'organisme,  ces 
deux  sciences  ont  pourtant  chacune  leur  point  de  vue  spécial  ; 
l'anatoniie  donne  égale  importance  à  la  connaissance  des 
parties  profondes  et  superficielles  ;  c'est  de  la  connaissance 
de  celles-ci  que  la  biotaxie  tire  ses  matériaux  les  plus  impor- 
tants et  les  plus  nombreux,  et,  sauf  les  cas  spéciaux  liti^eux, 
où  la  dissection  devient  nécessaire,  il  lui  suffit  d'emprunter 
â  l'anatomie  interne  cette  notion  :  Qu'il  y  a  une  corréla-^ 
tîon  intime  entre  la  conformation  intérieure  et  l'extérieure. 
Cest  même  de  ce  fait  que  résulte  un  des  immenses  avantages 
de  cette  science,  savoir  :  son  aptitude  fondamentale  à  une 
comparaison  anatomique  et  physiologique,  rapide  et  concise, 
quoique  nullement  superficielle. 

La  biotaxie  est  zoologique  ou  botanique,  selon  qu'elle  s'oe* 
fupe  des  animaux  ou  des  plantes. 

ARTICLE  U. 

AlIvîbiitSoBs  eoiiip«ré«g  de  FaiiAtoinie,  de  hi  phyriologîe  et  de  la  elûmîe. 

8.  —  L'anatomie  a  pour  sujet  tout  ce  qui  constitue  l'éco- 
nomie; et  que  les  parties  soient  solides  ou  liquides,  elles  ne 
concourent  pas  moins  à  la  constitution  de  celle-ci,  elles  ne 
sont  pas  moins  indispensables  les  unes  que  les  autres  à  l'ac- 
complissement  des  phénomènes  que  la  physiologie  étudie. 
Ce  n'est  certes  pas  sur  la  consistance,  sur  l'état  de  fluidité  ou 
de  solidité  des  objets  étudies,  que  repose  la  distinction  entre 
l'anatomie  et  la  physiologie  d'une  part,  entre  l'anatomie  et  la 
chimie  de  l'autre. 

La  physiologie  est  cette  branche  de  la  biologie  qui  a  pour 
SUIET  hê  êtres  organiêés  à  l'itat  dynamique^  considérés  en  action^ 
i  Véîat  d'activité ^  et  pour  objet  ou  but  la  connaissance  des  actes 
qu'ils  exécutent.  Le  plus  général  est  la  nutrition,  qui  carac- 
térise ainsi  ta  vie.  Cette  connaissance ,  pouvant  être  ra* 
menée  A  la  notion  d*un  cc^'lain  nombre  de  faits  généraux  ou 


12  PROLÉGOMÈiNES.   —  ART.   li. 

lois,  on  dit -quelquefois  que  la  pbysiolc^e  a  pour  but  la  coq* 
naissance  des  lois  de  l'activité  organique,  de  l'organisme  en 
action,  des  lois  delà  vitalité  ou  de  la  vie.  Gomme  souvent  on 
a  personnifié  la  vie  pour  en  faire  une  entité  devenue  agent  des 
phénomènes  organiques  ou  vitaux,  il  est  bon  de  rejeter  au 
moins  temporairement  les  expressions  de  loU  de  la  vie^  de 
la  vitalité. 

En  anatomie,  c'est  l'agent  qu'on  étudie;  en*pbysiologie, 
c'est  l'acte  :  vcùlà  ce  qui  sépare  ces  deux  sciences.  Il  n'est  pas 
d'éludé  nette  et  sérieuse  possible,  tant  que  l'on  ne  s'est  pas 
fait  une  idée  précise  de  la  différence  qui  existe  entre  l'état 
statique  ou  de  repos ,  et  l'état  dynamique  ou  d'activité  des 
corps  en  général  et  des  êtres  organisés  en  particulier. 

En  chimie ,  c'est  la  nmtière  brute,  ce  sont  ses  conditions 
d'activité  moléculaire,  puis  les  phénomènes  généraux  et  spé* 
daux  de  cette  activité  qu'on  poursuit  ;  en  anatomie,  c'est  la 
disposition  des  parties  ou  principes  constituant  immédiate* 
ment  la  matière  organisée,  et  cette  matière,  puis  ses  différents 
modes  successifs  d'arrangement  qu'on  étudie. 

Le  sujet  et  Y  objet  des  études  sont  donc  bien  différents  dans 
l'un  et  l'autre  cas  ;  et  nous  disons  le  sujet  et  l'objet,  car  il 
faut  tenir  compte  toujours  de  l'un  et  de  l'autre ,  par  la  raison 
que,  dans  quelques  circonstances  exceptionnelles,  le  sujet 
d'étude  peut  être  le  même,  mais  le  but  différent. 

C'est  ainsi  que  l'otoconie,  qui  est  décrite  en  anatomie,  est 
formée  de  cristaux  de  carbonate  de  chaux  étudiés  aussi  en 
chimie  ;  mais  l'examen  de  cette  poussière  est  fait  dans  un  but 
si  nettement  anatomique,  qu'il  n'y  a  pas  là  un  instant  de  doute 
sur  la  séparation  naturelle  des  deux  ordres  de  recherches.  Ce 
cas,  qui  est  exceptionnel  pour  l'ensemble  dç  l'anatomie,  seprè* 
sente  assez  fréquemment  dans  une  de  ses  subdivisions ,  celle 
qui  traite  des  principes  immédiats.  Aussi  reconnatt-on  que 
c'est  pour  n'avoir  pas  tenu  compte,  dans  les  définitions,  i 
la  fois  et  du  sujet  et  de  l'objet  de  chaque  science ,  de  l'ana- 
tomie  et  de  la  chimie  en  particulier,  que  souvent  on  a  pria 
pour  Tune  oe  qu|  appartient  a  l'Mtre,  et  réciproquement. 


immiTIONS  DB  L*AltATOHlE,   DE  LA  PHtSlOLOGIR,  ETC.    IS 

A.  Nécessité  logique  de  faire  rentrer  dans  Vanatamie  tout 
eefui  fait  partie  de  ses  attributions. 

9.  —  Voulez-vous  d'autre  part,  au  point  de  vue  pratique» 
tvoir  un  critérium  permettant  de  distinguer  immédiatement 
ce  qui  rentre  dans  le  domaine  de  Fanatomie  et  de  ce  qui  revient 
ila  physiologie?  Essayez  de  reconstruire  par  la  pensée  un 
être  vivant  à  l'aide  des  parties  de  l'organisme  décrites  dans 
les  traités  d'anatomie ,  et  supposez-le  mis  en  activité  à  un 
instant  donné.  Vous  verrez  aussitôt  que ,  pour  la  possibilité 
de  cette  actirité,  il  vous  manque  les  liquides  qui  remplissent 
les  vaisseaux ,  qui  humectent  les  synoviales  et  l'arachnoïde, 
qui  gonflent  les  culs-de-sac  glandulaires  et  les  conduits 
excréteurs  etc.  Il  vous  manque  tout  un  ordre  des  parties 
qui  concourent  à  la  constitution  de  l'organisme,  et  sans 
lesquelles  vous  n'avez  qu'une  trame  solide,  sorte  de  squelette 
informe,  impossible  à  se  figurer  en  action.  L'existence  des 
actes  de  l'organisme  ne  peut  être  conçue  tant  qu'on  ne  con- 
naît pas  les  humeurs  ;  mais  dire  d'après  cela  que  l'étude  de 
celles-ci  appartient  à  la  physiologie ,  c'est  faire  un  raisonne- 
ment des  plus  puérils  :  car  évidemment  les  solides  ne  sont 
pas  moins  indispensables,  et  il  se  passe  en  eux  tout  autant  de 
phénomènes  physiologiques  et  d'aussi  importants  que  dans 
les  liquides. 

Nous  sommes  pourtant  obligés  de  mettre  en  relief  de  pa- 
reilles objections,  puisqu'elles  son  t  du  nombre  de  celles  qui  nous 
ont  été  faites  le  plus  souvent  dans  les  discussions,  par  des  noms 
ayant  autorité.  Remarquez  donc  qu'il  est  impossible  de  conce- 
voir un  être  organisé  vivant  sans  un  milieu  dans  lequel  il  puise 
et  rejette  ;  l'un  est  l'agent,  l'autre  fournit  les  conditions  d'ac- 
tirité.  L'agent  à  son  tour  se  subdivise  en  divers  ordres  de  par- 
ties aussi  indispensables  les  unes  que  les  autres  :  d'une  part  les 
solides  qui  agissent  essentiellement;  et  de  l'autre  les  humeurs 
qui  les  maintiennent  en  état  d'agir;  humeurs  qui  sont  les 
conditions  d'action ,  jouant  par  rapport  aux  solides  le  rôle 
que  le  milieu  intérieur  joue  par  rapport  i  l'organisme  total, 
et  enfin  par  lesquelles  s'établit  la  liaison  entre  l'intérieur  et 


là  PROLÉGOMÈNES.   —■  ART.   11. 

rextérieur,  entre  le  milieu  général  et  l'être  organisé.  Que  le 
milieu  général  disparaisse  ou  s'altère,  Tagent  cesse  d'agir; 
que  s'altèrent  les  humeurs  (ce  milieu  de  l'intérieur),  et  tout 
cesse  dans  les  solides,  aussi  bien  que  s'ils  disparaissaient  eux- 
mêmes,  aussi  bien  que  s'ils  étaient  détruits. 

Il  est  du  reste  inutile  d'insister  plus  longtemps  sur  ce  point 
qui  a  déjà  été  traité  ailleurs  dans  des  écrits  qui  ne  sont  que 
rintroduction  à  celui-ci  (1),  lequel  sera  lui-môme  continué  par 
le  reste  de  Tanatomie  générale.  On  ne  peut  en  effet  remettre 
ainsi  continuellement  en  question  des  clioses  évidentes  par 
elles-mèmesdèsqu  on  y  réfléchit  sérieusement^  dèsTinstant  oii 
Ton  applique  à  leur  étude  successivement  la  méthode  analy- 
tique et  la  synthétique ,  sans  l'emploi  successif  desquelles  il 
n*est  pas  de  résultat  sérieux  possible. 

B.  Motifs  généraux  du  défaut  d'exactitude  des  attributiimê 
de  l'anatomie,  de  la  phys^iologie  et  de  la  chimie. 

10.  —  Ainsi  donc  tant  que  l'on  n'aura  pas  présent  à  Tesprit 
qu*à  toute  disposition  statique  ou  anatomique,  se  rattache 
intimement  un  état  dynamique  ou  physiologique  correspon- 
àant,  les  traités  d'anatomie,  de  physiologie  et  de  chimie  cher- 
cheront à  s'arracher  l'étude  d'un  certain  nombre  des  partiea 
des  êtres  organisés.  Mais  chacun  n'arrache  que  des  lambeaux, 
etdece  conflit  résulte  qu'il  n'existe  aucune  bonne  des'"'';  '.'  ,^< 
delà  constitution  d'une  humeur  quelconque,  même  du  sang. 

Dès  Tins  tant  oix  l'on  méconnaît  cette  notion,  on  cesse 
bientôt  de  reconnaître  que  tout  ce  qui  fait  partie  du  corps 
doit  être  étudié  en  anatomie  avant  d'aborder  l'étude  des 
actes  correspondants,  et  il  devient  indifiërent  de  mêler  des 
descriptions  anatomiques  a  l'étude  des  phénomènes  physio* 
logiques  fondamentaux.  C'est  alors  que  l'on  entend  dire 
qu'évidemment  l'anatomie  générale  n'est  de  plus  en  plus 
qu'une  branche  de  la  physiologie,  trait  qui  achève  de  carac* 

(1)  Ch.  Robih,  Du  microscope  et  des  injections,  elG.  (Paris,  1849,  in-8}, 
^tace  et  2*  partie;  et  Tableaux  d'anatomie  contenant  l'énoncé  de  toutes  les 
parUês  à  étudier  dans  k  corpe  de  Vhomme  et  dss  aaimauaf  (Parii,  ISBOp 
iii-4<>),  aYertîMCoieiit  et  10*  tableau. 


ATTRIBimOlfS  vA  L'AMATOMIE,   de  Là  PHYSIOLOGIE,  ETC.    15 

tiriser  raberratîon  que  nous  venons  de  signaler.  Que  Ton 
dise  que  l'anatomie  générale  est  aussi  nécessaire  à  connaître 
pour  faire  de  la  physiologie  que  toute  autre  branche  de  Tanar 
tomie,  le  fait  est  incontestable;  mais  dire  que  Tanatomie 
générale  se  (bnd  de  plus  en  plus  dans  la  physiologie,  c'est 
d*abord  établir  une  opposition  choquante  entre  des  mots  ayant 
une  signification  très  tranchée  ;  d'autre  part,  c'est  retourner 
à  rélat  de  confusion  entre  ces  deux  sciences,  dont  on  a  tant 
de  peine  i  sortir  et  qui  a  tant  nui  aux  progrès  de  toutes  deux  : 
ce  qui  arrive  toutes  les  fois  qu'on  n'établit  pas  une  distinction 
nette  entre  l'étude  des  conditions  d'activité  d'un  6tre  et  l'étude 
de  ses  actes  eux^^mdmes. 

Lè^essus  repose  toute  la  difficulté  contre  laquelle  viennent 
se  butter  obstinément  anatomistes ,  physiologistes  et  chi* 
mistes,  lorsqu'il  s'agit  de  l'étude  des  humeurs  et  des  principes 
immédiats. 

G.  L'un  de  eu  motifs  $$t  qu$  Von  n'a  pas  iiabli  de  disiinc'- 
tion  aeêeM  netie  entre  ce  que  Von  voulait  cannaitre  et  les  moyens 
Ureetê  ou  indirects  employés  pour  acquérir  ces  connaissances^ 

il.  —  Il  y  a  un  autre  motif  qui  fait  qu'on  se  dispute  tou- 
jours à  qui  des  anatomistes,  physiologistes  ou  chimistesi  re- 
vient l'étude  de  ces  parties  du  corps. 

C'est  que  faute  de  notions  sur  l'ensemble  de  la  chimie  et 
de  la  biologie ,  sur  la  différence  qui  existe  entre  l'activité 
jf^éciale  des  corps  organisés  ou  vie,  et  l'activité  générale  de 
la  matière  brute,  on  confond  le  moyen  d'étude  avec  le  but* 

On  sait  que  la  nature  des  procédés  à  employer  dans  l'étude 
d'un  corps  doit  toujoura  être  en  rapport  avec  la  nature  de 
oelui-d  ;  aussi  on  institue  les  procédés  d'exploration  d'après  les 
caractères  del'objeti  explorer  ;  ils  reposent  sur  ceux-ci.  C'est 
mfime  de  ce  fait  que  résultent  toutes  les  difficultés  que  pré- 
sentent l'extraction,  la  préparation  des  organes,  des  éléments 
anatomiques,  et  celles  des  principes  immédiats  surtout,  quand 
on  ne  peut  encore  qu'en  soupçonner  l'existence,  sans  en  con* 
aaltre  d'une  manière  précise  les  caractères.  Il  s'agit  li ,  en 
effet,  d'approprier  par  tâtonnements  un  procédé  à  la  dispo- 


10  PROLÉGOMàlfES.  *--  ART.   II. 

sition  anatomique»  et  à  la  nature  encore  inconnue  de  cet  or- 
gane,  élément,  etc.;  or,  comme  dans  ce  cas  le  procédé  est 
souvent  découvert  avant  le  principe  qu'il  sert  à  étudier, 
on  confond  Tétude  scientifique  de  l'objet  avec  le  procédé 
qu'on  emploie  pour  (aire  cette  élude,  on  prend  l'un  pour 
l'autre. 

n  faut  donc  toujours  dans  chaque  ordre  d'études  distinguer 
la  partie  pratique,  le  manuel  opératoire,  du  côté  scientifique  ; 
il  faut  pouvoir,  quand  il  en  est  besoin ,  séparer  intellectuel- 
lement la  notion  des  caractères  de  l'objet  étudié,  de  celle  du 
procédé  qui  sert  à  les  faire  connaître. 

Chacun  des  ordres  de  parties  du  corps  que  nous  avons 
énoncés  a  un  mode  d'exploration  qui  lui  est  propre ,  qui  est 
en  rapport  avec  ses  différents  caractères  d'ordre  mathéma- 
tique, physique,  etc.  Pour  chacun  d'eux  on  est  parvenu  à 
créer  des  moyens  d'étude  qui  sont  appropriés  à  leur  nature 
et  à  leur  mode  d'union  avec  les  autres  parties  pour  concourir 
à  former  un  organisme,  une  organisation.  En  examinant  l'en- 
semble de  ces  procédés  on  arrive  à  reconnaître  que  leur  com- 
plication et  leurs  difficultés  sont  en  raison  inverse  de  la  com- 
plication des  corps  à  étudier.  La  raison  de  ce  fait  est  du  reste 
fort  simple .  Comme  dans  une  économie  organisée  moins  les  par* 
ties  sont  compliquées,  plus  il  est  nécessaire  que  leur  union  avec 
les  autres  soit  intime,  pour  qu'il  y  ait  homogénéité  suflS- 
santé  dans  le  tout  ;  il  en  résulte  que  cette  union  se  rapproche 
d'autant  des  combinaisons  chimiques,  sans  pourtant  aller 
guère  au  delà  du  degré  de  fixité  et  de  stabilité  de  cet  ordre  de 
combinaisons  qu'on  appelle  dissolution.  Réciproquement,  plus 
les  parties  du  corps  sont  complexes,  plus  aussi  elles  sont  dis- 
tinctes, nettement  et  facilement  séparables,  sans  jamais  tou- 
tefois pouvoir  posséder  une  existence  propre ,  distincte  de 
celle  de  l'organisme  total.  Il  est  donc  tout  naturel  de  voir 
que  dans  ce  cas-ci,  la  vue  seule,  aidée  de  l'emploi  de  quelques 
moyens  physiques  très  simples,  suffit  à  l'étude,  tandis  que 
dans  le  premier  cas  les  procédés  se  compliquent  à  mesure 
que  l'union  des  parties  devient  plu»  intime. 


iTniBOTKKNS  DB  L^HUTOilIE,  DB  LA  PHYSIOLOGIE,  ETC.    17 

C'est  ainsi  que  lorsqu'il  s'agit  de  retirer  d'une  humeur 
ou  d*un  solide  les  principes  inunédiats  qui  le  cœnposent, 
les  instruments  à  employer  sont  presque  tous  ceux  qu'rai- 
ploie  la  chimie.  Mais  malgré  ce  n^»prochement,  l'ensemUe 
des  procédés  reste  toujours  difiérent  de  ceux  dont  on  use  en 
chimie,  parce  qu'il  doit  être  subordonné  à  la  constitution  dea 
parties  organisées  autant  qu'à  la  nature  du  principe  immé* 
diat  qu'on  veut  observer.  Cette  différence  est,  par  suite  de 
cda»  beaucoup  plus  grande  que  ne  le  pensent  généralement, 
et  les  médecins,  et  les  chimistes  eux-mêmes.  C'est  l'emploi  dea 
mêmes  instruments  qui  a  fait  croire  que  les  études  scientifi- 
ques étaient  identiques,  soit  qu'on  étudiât  les  lois  des  com- 
binaisons fixes  de  la  matière  brute  et  cristallisaUe,  soit  qu'on 
eût  pour  sujet  d'étude  la  matière  organisée,  et  pour  objet  ou 
bot  d'arriver  à  en  connaître  l'organisation.  Puis  cet  em{doi 
des  mêmes  instruments  a  si  bien  fait  croire  que  ces  études 
étaient  identiques,  qu'on  a  souvent  omis  de  subcurdonner 
assez  les  procédés  à  la  constitution  anatomique  qu'on  ne 
connaissait  pas. 

D.  Ce  sont  les  moUfs  que  nous  venons  d'énumérer  qui  rendent 
itériles^  four  la  pathologie^  la  plupart  des  résultats  obtenus 
far  Vamalyse  des  solides  et  des  humeurs  morbides. 

12.  —  Ce  sont  là  des  faits  qu'enseigne  l'expérience  ;  ib 
indiquent  la  cause  de  cette  stérilité ,  pour  la  médecine ,  de 
rionombrable  quantité  d'analyses  de  liquides  et  solides  de 
toutes  sortes,  tant  normaux  que  morbides,  renouvelées  nombre 
de  fois  dqpuis  longtemps  ;  stérilité  qu'on  n'a  pas  le  courage 
d'oivisager  franchement  et  hardiment,  faute  de  savoir  que 
mettre  à  la  place  de  ces  résultats,  si  l'on  venait  pour  un  in* 
stant  à  en  bire  table  rase.  En  attachant  une  importance  exa^ 
gérée  à  ces  résultats,  on  les  croit  utiles  pour  la  science,  sans 
da  reste  qu'on  puisse  formuler  cette  utilité  et  sans  se  deman- 
der à  quoi  aboutit  la  science  pour  la  science,  si  l'on  ne  peut  en 
tirer  parti.  C'est  donc  un  fait  capital  en  pratique,  que  d'être 
Uen  pénétré  de  la  nécessité  de  subordonner  les  procédés  à 
U  nature  des  principes,  et  de  savoir  qu'on  doit  connaître  la 


J8  MOLÉGOMtaBS*  •-«  4AT.  Il« 

oonsUtution  anatomique  de  Coule  humeur  ou  tÎBia  dont  on 
v^ttt  mtràire  les  parties  oonstituanteSk 

ISi»^  Ainfii,  en  réHêmé^  chacun  des  ordres  de  parties  de  l'é* 
oonoinie  a  son  mode  d'analyse  anatomique  qpii  lui  est  propre, 
parce  que  la  nature  des  procédés  d'exploration  doit  toujours 
éUra  appropriée  à  la  nature  simple  ou  complexe  du  corps 
qO*OA  étudie. 

Le  premier  degré  d'analyse  anatomique ,  celui  qu'on  em« 
[doie  pour  l'étude  de  l'organisme  pris  dans  son  ensemble  et 
de  Mê  parties  extérieures ,  n'est  pas  encore  de  la  dîMecltoa 
(  Avdtffbttv,  diê^eare  )  ;  c'est  le  plus  simple  :  les  yeux  et  le 
toucher  suffisent.  Il  nous  fait  connaître  que  le  corps  se  divise 
en  parties  extérieures  :  la  tête ,  le  coU)  le  tronèt  etc.i  et 
idld»H)i  en  régions. 

Celte  analyse  de  l'organisme  comprend  ensuite  i  dans  un 
deuxième  degré,  l'analyse  ou  séparation  anatomique  des 
parties  intérieures  ou  profondes  du  corps.  Ici  les  procédés  se 
eomjj^iquent.  Jils  diffèrent  selon  que  les  parties  sont  simple* 
ment  contigues  et  encore  plus  ou  moins  complexes  »  sub« 
divisiUes  en  d'autres  moins  complexes,  comme  les  organes , 
systèmes,  tissus  et  éléments  anatomiqoes  ;  ou  bien  selon  que 
ceux-ci  ne  sont  réductibles  en  parties  plus  simples  autrement 
que  par  décomposition  chimique,  mais  sont  réunies  entre 
elles  intimement,  de  manière  à  former  une  substance  dont 
il  faut  les  retirer. 

Pour  l'étude  des  appareils ,  organes  et  systèmes;  l'analyse 
aoatomique  prend  le  nom  de  iiênciùm^  oar  il  s'agit  en  effet 
de  eéparer,  de  disséquer  les  parties,  afin  de  pouvoir  en  oon* 
alater  la  sibiation,  l'étendue,  la  forme,  la  consistance  *  la 
eMleoTi  etc. 

Dans  l'examen  des  tiaws  et  des  homaors,  c'est  encore  à 
Taide  de  la  disacctîon  qu'on  parvient  à  les  isoler.  Mail 
ka  diiiigenwats,  sous  Tinlluence  de  Faction  chimique,  dei. 
«genls  pk}'$iqiiea  et  des  réatti&  divers,  prenant  déjà  ée  !'»>* 

tteoa,  ainsi  que  réiude  des  impressions  tnctiks,  de  l'odeur» 

h  savenr,  on  ajoute  à  rinqpectîen  ^pie  pemei  de  fisi»  la 


ATTRIBOTIOlfS  M  l'aIUTOIIIB,  D8  U  FHYSIOLOGIE,  ETC.    19 

dissection  proprement  dite,  l'emploi  de  moyens  divers  :  comme 
lafiltration,  pour  séparer  les  éléments  en  suspension  dans  le 
9énnn  ;  b  coagulation»  lacoction,  la  deisiccation,  ractîon  de 
rélaetiîcitéf  des  acides,  des  alcalis,  ete. 

Pour  l'étude  des  éléments  anatomiques  et  des  principes 
iomiédiats,  ce  sont  encore  les  mêmes  moyens;  seulement, 
par  leur  petit  volume  ou  leur  petite  quantité,  les  parties  de* 
venant  invisibles  à  l'œil  nu ,  il  faut  entre  le  corps  étudié  et 
l'odil  interposer  le  microscope  ou  la  loupe.  Mais  pour  leur  ex- 
traction, celle  des  principes  du  moins,  ce  n'est  plus  la  dissec* 
tion  qu'on  emploie  comme  pour  les  humeurs ,  tissus ,  etc.  : 
l'union  des  parties  est  trop  intime,  ce  moyen  ne  suflBt  plus. 
Les  procédés  d'extraction  deviennent  principalement  analo- 
gues à  ceux  qu'on  emploie  en  chimie;  leur  institution  repose 
sur  la  oonnaissance  de  la  disposition  anatomique  des  parties 
d'abord,  et  ensuite  sur  les  notions  chimiques  tant  théoriques 
que  pratiques. 

lA.  —  Nous  venons  de  montrer  d'une  manière  générale 
ce  qui  appartient  à  l'anatomie,  a  la  physiologie  et  à  la 
chimie. 

L'histoire  des  principes  immédiats,  pris  tous  successive* 
ment  les  uns  après  les  autres,  et  poursuivis  chacun  dans  toutes 
les  parties  de  l'organisme  oik  ils  se  trouvent,  n'ayant  jamais 
été  faite,  |on  ne  sait  pas  d'abord  où,  ni  dans  laquelle  des 
sdenees  dont  nous  venons  de  parler  elle  doit  être  rangée. 
A  juger ,  d'après  le  cachet  presque  purement  chimique  des 
ébauches  de  leur  description  qu'on  trouve  ça  et  là,  et  que 
nous  aurons  a  apprécier  dans  la  partie  historique  de  ce  livre, 
il  est  probable  que  c'est  dans  la  chimie  qu'elle  serait  pla- 
cée. Ces  ébauches  se  rencontrent  en  effet,  comme  l'histoire 
des  humeurs,  aussi  bien  dans  des  traités  de  chimie  et  de 
physiologie  que  dans  ceux  d'anatomie.  Ce  qui  précède  s'appli^ 
que  donc  â  tous  les  ouvrages  qui,  sous  les  noms  de  Sêaîique 
cUmifue  des  tiru  organisés ,  de  ChimU  physiologique^  etc., 
renferment  des  tentatives  sur  la  solution  du  problème  anato- 
mique qui  nous  occupe  maintenant. 


!9I 


liTVXE  UL 


li« —  ii^yÀf^  t/t  fus  fhtxipi  qan  «ras  nous  proposons 
il^  dMttUitrftr  Mt  «SKZ  ^f«iàftc«t  fflr  fasHOtaie ,  fl  est  pour* 
tè:ti  wx-^Awàn:  àt  h:  mMtf:  «n  re&ef.  S'3  n*es(  pas  exacte- 
iMtit  ct4BM,  s'il  oMrtîaoe  â  4<r(r  cmisiigé  comme  il  l'est 
ifUtMt  yar  ks  cUmisU»  cC  beaneoup  de  médecins ,  on  re- 
t/iul^  Bée«saîran»t  das  le  mené  qui  frmppe  de  stérilité 
les  Iraranx  dits  d«  cKîmîe  aramale  oa  pIiysiol<^que  ;  on 
reste  alors  farcéiDeiit  dans  ooe  impasse,  dans  laquelle  s'an- 
naleDt  les  plus  grands  efforts.  L*orgamsation  des  êtres  vivants 
cal  encore  si  peu  comme  dans  ses  parties  intimes,  les  plus 
essentielles  mtaie,  que  nous  sommes  placés  dans  la  singulière 
situation  d^tre  obligés  de  prouver  d'abord  que  le  sujet  dont 
nous  allons  traiter  ^partient  a  Tanatomie. 

Le  titre  seul  de  ce  livre  est  chimique»  nous  avons  dû  faire 
cette  concession  aux  idées  actuelles  ;  mais  le  fond  en  est  (M^ 
ganique,  et  la  nous  ne  sommes  pas  sortis  des  limites  de  la 
réalité  anatomique,  nous  n'avons  cédé  à  rien.  Les  moyens 
d'observation  seuls  sont  physiques  et  chimiques,  et  si  comme 
anatomistes  nous  n'admettons  pas  qu*on  aborde  l'anatomie 
sans  savoir  la  chimie,  comme  chimistes  nous  repoussons  toute 
confusion  entre  ces  deux  sciences,  voisines  par  les  moyens, 
maïs  difiërentes  par  te  but. 

Non  seulement  nous  sommes  obligés  de  prouver  queTétude 
des  principes  immédiats  fait  partie  des  études  anatomiques , 
mais  encore,  pour  y  arriver,  nous  sommes  forcés  de  faire 
d*abord  la  même  chose  pour  d'autres  parties  de  l'anatomie. 
C'est  même  pour  ne  s'être  pas  suffisamment  pénétré  de 
ridée  que  les  humeurs,  ainsi  que  les  éléments,  font  partie  de 
l'anatomie  aussi  bien  que  l'histoire  des  organes,  qu*on  se 
refuse  encore  à  voir  dans  l'élude  des  principes  immédiats  une 
subdivision  de  cette  science.  U  serait  du  reste  inutile  de 


ÉTUDE  DB6  PRINCIPES  IMaMlATS.  21 

donner  pour  les  tissus  les  développements  que  nous  allons 
donner  à  propos  des  humeurs,  etc«,  parce  que  pour  eux  les 
mêmes  doutes  n'existent  pas. 

A.  Vituie  de$  kumeun  fait  partie  de  Vanatamie  au  mime 
titre  que  celle  iee  iieeue. 

16. — A  la  suite  des  tissus  on  décrit  en  anatomie  un  groupe 
de  parties  de  Torgànisme  dont  Thistoire  ne  doit  pas  être 
s^rée  de  celle  de  ceux-ci:  ce  sont  les  kumeure  ou  liquides 
de  réconomie.  Leur  état  liquide  ne  peut  pas  être  une  raison 
pour  faire  de  leur  étude  une  branche  spédale  de  Tanatomie» 
oar  ils  sont,  comme  les  tissus,  le  résultat  d'wi^  réunion  d*éU-^ 
mmUê  organiqueê  ^  êùit  de  mimes  eepices^  eait  d'eepieee  dif" 
ffreniesi 

A  Texpression  humeur  se  rattache  comme  attribut  ona^o* 
mique  Tidée  de  mélange  des  parties  élémentaires  qui  les  con- 
stituent. Seulement  dans  les  humeurs  ce  n'est  plus  l'idée  de 
texture^  c'est-à-dire  d'enchevêtrement  avec  arrangement  par- 
ticulier, qui  se  présente  à  l'esprit,  mais  celle  de  mélange  avec 
Hesolution  et  nupension  dans  un  liquide. 

Elles  ont  pour  attribut  physiologique  des  propriétés  vitaks 
purement  végétatives  ou  organiques;  celle  de  nutrition,  par 
exemple,  qui,  chez  quelques  uns  du  moins,  comme  l'urine, 
ne  persiste  que  dans  les  éléments  anatomiques  qu'ils  tiennent 
en  suspension. 

En  appliquant  aux  humeurs  la  marche  analytique  déjà  ap- 
pliquée aux  tissus  solides,  on  arrive  à  reconnaître  qu'eux 
aussi  ne  sont  pas  des  parties  simples  ou  élémentaires,  mais 
qu'ils  sont  décomposables  en  parties  moins  complexes.  Ce 
sont  :  1*  un  liquide^  qui  a  reçu  le  nom  de  sérum  pour  le  sang, 
la  lymphe,  le  pus  et  beaucoup  de  liquides  pathologiques; 
2*  des  éléments  anatomiques  proprement  dits  en  suspension 
dans  le  liquide. 

L'histoire  des  sérums  et  des  liquides  analogues  repose 
presque  entièrement  sur  l'emploi  des  moyens  chimiques.  En 
effisi,  nne  fois  la  couleur,  la  transparence  et  le  plus  ou  moinâ 
de  floiditéde  chacun  d'eux  constatés,  on  ne  peut  plus,  comme 


tt  PR<MjQ0MiaiB8.  *--  ART.  lit. 

OD  le  fait  pour  les  élémmU  anatomiquee  proprement  dits,  tirer 
parti  du  voliimei  delafonne  et  de  la  struetore  peur  les  ranger 
en  espèces  distinctes.  L'emploi  dei  moyens  chimiques  dans 
cette  l^^anche  da  Tanatomie  conduit  à  acquérir,  dfcs  Thistoire 
des  humeurs,  la  notion  de  principes  immédiate,  dont  l'étude 
particulière  ne  peut  être  faite  qu'en  traitant  des  par- 
ties eonstiiiêanUs  éUmentairei  du  e^rpi  ou  éléments,  tant 
éléments  anatomiques  que  principes  immédiats. 

17.  —  Il  est  inutile  d'insister  beaucoup  pour  montrer  que 
rétude  des  hnmmrê  doit  faire  partie  de  Tanatonne  au  mkmi 
titre  que  celle  des  tisaos  proprement  dits.  N^est-il  pas  facile 
de  voir  que  les  uns  et  les  autres  concourent  à  constitua*  lei 
corps  vivants  et  qu'ils  ont  le  même  degré  d'importanœ^  fll 
les  premiers  sont  les  agents,  ils  ne  peuvent  agir  sans  la  pré- 
sence des  liquides  au  milieu  d'enx.  Aussi  les  uns  et  les 
autres  sont  également  indispensables,  nul  n'a  la  préemkieMe} 
l'un  agit,  l'autre  maintient  en  état  d'agir. 

§i  l'on  vouUit  essayer  de  construire  de  toutes  pièces  on 

être  organisé  avec  les  matériaux  dont  l^histoire  se  tmœm 

faite  dans  ïiû^  traités,  on  arriverait  à  avoir  un  corps  qui  ne 

renfermeraîtque  des  solides,  c'e6trA<Ure,duoôté  del'agent,  k 

moitié  des  conditions  nécessaires.  H  faut  excepter  cependant 

les  traités  récents  d'watomie  générale  qui  contiennent  l'his* 

toire  de  la  lymphe,  du  sang  et  celle  du  pus.  Mais  la  saUve,  la 

bile,  le  suc  pai^créatique,  le  lait,  les  mucus  et  beaucoup 

d'autres  liquides  pormeux  et  pathologiques,  où  trouverontrîlt 

leur  place?  iSont^ils  pioins  indisprasaUes  pour  l'accompliasot 

ment  d^  fonctions  que  la  glande  elle-mênaie  ou  tout  autre or« 

gane,  peur  qu'on  aebQrneienfairel'histoireseulementdanslea 

dictiounairesi  quand  toutefois  on  n'omet  pas  d'oi  parler ^  ou 

bien  diMis  les  traités  de  physiologie,  i  propos  des  fonctions  de 

l'organe  qui  les  sécrète?  Est-ce  qu'au  contraire  on  n'a  pas 

besoin  de  connaître  aussi  bien  ces  liquides  que  les  organes 

qui  les  fabriquenli  pour  arriver  i  la  notion  du  nécanisoie  de 

leur  formation  ?  Vu  leur  état  liquide,  on  an  peut  ]^  employer 

de  scalpel  pu  d*4HpiUleii  pour  k»  enalysePt 


ÉTODB  nu  PRIMCIFBS  IMHtlIUTS.  M 

des  etpfolet  et  des  filtres  \  œ  n'est  certes  pis  là  ua  natif  sol» 
fisanl  pour  les  rejeter  hors  de  l'anatcMnie  et  en  faire  une 
branche  de  la  chimie  ou  de  la  physiologie. Ge  sontUpéwlMt 
les  seules  raisons  qui  font  maintenir  un  pareil  d^laœnenk 
Mail  e*est  mettre  d'une  manière  par  trop  puénle  rinstruméat 
i  la  place  de  la  scienee.  Il  est  temps  que  les  anatondstes 
se  mettent  en  état  de  Isire  eux-mAmes  cette  étude  en  apprêt 
nant  Temploi  d'instruments  pour  l'usage  desquds  on  a  DÛté» 
ment  dft  jusqu'à  pvésent  recourir  aux  dûnûstes,  ce  qui  ne 
vent  peà  dire  qu'on  doive  toujours  le  faire,  et^qu'on  doive 
leur  réserver  exclusivement  cette  spécialité. 

On  a  depuis  longtemps  donné  le  nom  à'hygrohjfiê  {itfftr^i 
kummÊT^  kmmdité)  i  l'histoire  anatomique  des  humeurs,  dé» 
rignâtioè  qui;  pour  n'avoir  pas  été  admise  systématiquonenti 
dans  les  traités  d'enatomie,  mérite  entendant  d'ètré  adoptée 
poor  désigner  le  sujet  dont  il  est  ici  question. 

B:  Lêi  partiu  eimêUtuantêê  éléiMntair$ê  di$  eorpê  ou  éU» 
mmi^  organiqmeê  $oni  dé$  éUmenis  anaiamtqueê  et  d$$  prin* 
Ap$$  immiiiaU.  Jawt  iiuin  fait  partit  de  Vanatemiê  eue 
mêmes  titres  que  celle  des  tissus  et  des  hu9Murs;  o*en  est  to 
dereMff  fmrtie. 

18.  — •  Vhistoire  des  parties  eùnstituantes  éUmssUaires^  où 
simplement  des  élé^mnts  du  corps,  forme  la  dernière  branche 
de  l'anatomie  au  point  de  vue  historique  et  la  première  au 
point  de  vue  scientifique. 

Elle  emhresse  la  description  de  toutes  les  parties  du  corps 
irriiuetHles  en  parties  plus  simples  y  anutomiquemmt  parlant^ 
c'esl4-dif^  sans  décomposition  chimique,  Ce  sont,  par  eonsé- 
quent,  les  corps  que  conduit  à  reconnaître  le  dernier  degré  de 
la  saine  analyse  anatomique. 

Ces  parties  du  corps  irréductibles  sont  celles  qu'on  appelle 
PARTIES  coHSTrruANTBS  ÉLÉMENTAIRES ,  OU  simplement  partisê 
êensHiuànteSf  ou  élimsntSy  par  la  raison  qu'une  fois  ces  parties 
ceimaes  en  suivant  la  marche  scientifique,  on  n'a  réellement 
phis  de  parties  nouvelles  à  étudier,  mais  seulemmt  leurs  nou- 
veem  grmipêedMte  et  arrangem^ti  sous  ferme  de  tissus,  sys- 


Sft  PROLÉGOllàNES;  —  AIIT.  III. 

tèmes,  organes  et  appareils.  L'étude  de  ces  parties  véritaMe- 
mentélémentaires,  pour  lescorpsorganisés^estledemier  degré 
auquel  on  puisse  pousser  V analyse  anaUmique.  Ce  sont  les 
derniers  corps  formant  un  tout  unique,  et  nettement  détep- 
minés,  vers  lesquels  on  puisse  ramener  tous  les  êtres  organisés; 
et,  dans  le  système  des  spéculations  organiques^  ils  constitoent 
le  véritable  équivalent  logique  de  Fidée  molécyie^  esuAwm* 
ment  adaptée  à  la  nature  des  spéculations  inorganiques. 

19. — Eléments  anaUmiques. — On  arrive,  avons-nous  dit,  i 
reconnaître  l'existence  et  les  caractères  des  corps  irréductibles 
anatomiquement,  par  l'emploi  de  deux  moyens  principaux  em* 
pruntés  aux  sciences  inorganiques,  équivalents  l'un  à  l'autre, 
mais  applicables  essentiellement,  l'un  aux  tissus,  l'autreanx  hu- 
meurs. Le  premier  est  physique,  l'autre  est  surtout  chimique, 
et  tous  deux,  étant  appliqués  à  l'étude  statique  des  corps  or- 
ganisés ,  font  par  conséquent  partie  des  procédés  anatinm* 
ques.  Dans  la  pratique,  ces  deux  procédés  sont  constamment 
combinés  l'un  à  l'autre,  mais  suivant  l'état  solide  ou  liquide 
des  substances  étudiées,  c'est  toujours  l'emploi  de  l'un  ou  da 
l'autre  qui  domine. 

1*  L'un  de  ces  procédés  consiste  dans  Y  usage  dumicrùteofe^ 
dontl'emploi  est  complètement  indispensable,  vu  la  petitesseda 
ces  corps  qui  tous  sont  invisibles  à  l'œil  nu.  Appliqué  à  l'étude 
des  solides,  il  fait  reconnaître  qu'ils  sont  formés  de  corps  tris 
petits f  irréductibles  sans  décomposition  chimique^  les  derniers 
auxquels  on  puisse  ramener  les  tissus  par  Vanàlyse  aiuiloMH 
jfue,  doués  de  caractères  géométriques  ^physiques  et  chimiptes^ 
comme  tous  les  corps  quelconques^  mais  avec  des  partieulsh 
rites  qui  n'appartiennent  qu'à  eux  et  qu'on  étudie  sous  k 
microscope.  Ils  ont,  déplus,  des  caractères  spéciaux  de  struc- 
ture ou  caractères  d'ordre  organique,  ains^que  des  proprié- 
tés vitales  corrélatives  à  ces  caractères. 

Au  point  de  vue  scientifique,  ce  sont  :  des  corps  trispeHtê^ 
présentant  un  ensemble  de  caractères  géométriques  ei  pkysi- 
ques  tout  à  fait  nouveaux  et  sans  anaiogues  dans  le  ripiM 
minéral:  caractères  qui,  quoique  variatles  de  l'usi  A  ratUrt, 


ttVm  MSB  PRINCIPES  lllllfDIATS.  25 

leur  iomi  i<mt  à  fmt  propres^  et  ils  i(mi  formés  pmr  la  eam-- 
Unaieam  de  jiusieure  prineipee  immédiate  tris  cmnpieàee.  On 
leor  a  donné  le  nom  A'élémente  anatomiquee;  quelquefois  on 
les  appelle  simplement  élémenie  des  tissus. 

Les  tiéments  anatomiques  sont  les  Téritables  agents  des 
corps  organisés;  ce  sont  eux  qui,  réunis  de  diverses  façons, 
agissent  en  eux ,  qui  jouissent  des  propriétés  fondamentales 
que  manifestent  ces  êtres.  Tons  sont  solides  ou  demi-solides. 
En  partant  du  simple  au  composé,  une  fois  les  éléments  ana« 
tomiques  connus,  il  n'y  a  plus  rien  de  nouveau  à  étudier  dans 
les  soGdes  que  les  arrangements  nouveaux  que  prennent  ces 
éléments  par  leur  disposition  sous  forme  de  tissus,  de 
ceux-ci  en  systèmes,  de  ces  derniers  en  organes,  des  organes 
ea  aiqpareils,  et  des  aj^reils  en  organisme  unique. 

20. — Principes  immédiats. —  2*  L'autre  moyen  d'explo- 
ration consiste  à  appliquer  des  instruments  d'analyse  ehimique 
•  rétode  des  principes ,  en  ÎBodiflant  les  procédés  d'une 
manière  qui  convienne  à  la  nature  des  subslances  à  analyser. 

C'est  d'abord  et  principalement  à  l'examen  des  humeurs 
que  s'applique  l'emploi  des  instruments  chimiques.  L'état  li- 
quide de  celles-là  permet,  en  effet,  de  séparer  plus  facile- 
ment les  unes  des  autres  les  substances  qui  s'y  trouvent. 
Dans  cette  étude,  les  moyens  physiques,  c'est-i-dirè,  l'emploi 
du  microscope,  s'unissent  constamment  aux  procédés  chi- 
miques. Cet  instrument  amène  d'abord  à  reconnaître  dans 
les  produits  liquides  des  éléments  anatomiques  semblables  à 
ceux  étudiés  parmi  les  produits  solides,  et  dont  l'histoire 
est  déjà  fidte.  Il  montre  de  plus,  dans  le  sang  et  la  lymphe, 
des  éléments  analogues  à  ceux  des  tissus,  mais  non  étudiés, 
et  dont  la  description  doit  être  faite  en  élémentologie. 

Dans  le  cas  des  produits  comme  lorsqu'il  s'agit  du  sang,  il 
hut  d'abord  séparer  ces  éléments  qui  sont  en  suspension,  à 
l'aide  de  procédés  physico-chimiques.  Pour  continuer  l'ana- 
lyse de  l'autre  partie  des  humeurs  qui  est  purement  liquide, 
on  ne  se  borne  plus  à  des  moyens  purement  mécaniques, 
rorame  pour  isoler  les  éléinmts  des  tissus  et  les  placer  sous  le 


20  PHOiiWHiNBS.  -^  ART.   Il|«' 

imeroicope,  ni  eoimM  poar  séparer  les  éléments  en  suspend 
slon  dsns  un  sérum.  Il  (sut  faire  usage  de  ta  chaleur  pour 
isoler  par  coagulation  d*abord,  par  évaporation  eosuito,  ks 
substances  en  dissolution  dans  ees  Uqtiides, 

Parmi  ce$  substances,  du  resta,  il  en  est  qui  se  aépavent 
par  coagulation  spontanée,  telle  est  la  fibrim;  d'autr^as^ 
comme  YattHimine^  ne  se  coagulent  qu'à  l'aide  de  la  ehaleur» 
Une  fois  ces  séparations  effectuées,  l'analyse  anatomique  ne 
peut  plus  se  borner  i  des  procédés  aussi  simples  ;  il  fÎMit  coi^ 
tinuer  en  séparant  encore  les  substances  en  dissolution  dans 
le  liquide  restant.  C'est  ici  que  l'évaporation  gradudia  amena 
le  dépôt  successif  des  substances  les  moins  solubles  d-abord, 
puis  de  celles  qui  le  sont  davantage  ;  ensuite  Fétber,  l'al- 
cool, etc.,  peuvent  déterminer  la  cristallisation  d'autras  suk* 
stances  encore  plus  solubles. 

Or,  comme  on  le  voit,  nous  n'avons  encore  feit  que  pro* 
céder  à  des  divisions  successives,  à  des  séparations  de  aub» 
stances  ea  suspension  d'abord,  en  dissolution  ensoîte,  et  an 
for  et  à  mesure  nous  en  avons  étudié  la  forme,  le  vdukne^les 
caractères  physiques,  chimiques,  et  la  distribution  anatomiqua 
dans  les  différentes  régions  du  corps,  fit  cela  toujours  &  l'aida 
du  microscope,  vu  la  petite  quantité  des  substances  très  nmoh 
breuses  et  qui  se  déposent  en  cristaux  isolés  ou  groupés. 

C.  Le  moit  d'analyse  qui  wnu  fàii  eannatlrê  U$  pr%neip0$ 
immédimii  $H  de  Vanàlyn  anatomipie. 

21.  —  Ya-t-il  rien  là  qui  au  fond,  scientifiquement  «wt 
différent  des  séparations  faites  à  l'aidé  du  scalpel  et  des  aî« 
guilles ,  et  qu'on  nomme  dis$eetiof^.  Est-ee  que  par  hasard  4 
en  appliquant  ces  procédés  à  l'analyse  de  l'urine,  de  Im  biM^ 
du  sang,  etc.,  on  fmiit autre  chose  40a  daranatomia?  eatrM 
que,  parce  qu'au  lieu  de  scalpa  et  de  pinces  on  est  d)li9é^vu 
l'état  Uquide  des  corps,  d'employer  des  eiqMulea,  dea  fiHveaal 
des  éprouvettes  dont  se.servent  les  chimistes,  c'est  d«  k  chMM 
qu'on  ftdt  1  Certainement  ce  n'est  pas  de  la  dÛMSlmii  maai 
c'est  de  Ymnateme,  c'estrè^ira  de  la  dmmmr  im  la  si^ran 
iim  $ueeeÊtifêt  et  la  sipiifieatieii  da  MA  n^a»  eslan 


ÉfVDS  M8  PRINCIPBS  IMHtMATS.  27 

UnfOû  tU^TM  {Mi  m  composition,  marque  réduplication; 
ff^Kiv,  éhinrf  êipmreri  ctmper^  partager).  Que,  ponr  plus  de 
piMaion ,  cm  diae  mnalyie  anatamiquê  de  la  bile,  de  l'urine, 
du  MOg ,  il  n'y  a  rira  que  de  naturel  ;  mais  dire  analyn 
e&tmî^titfMtmitfdu  sang,  deVurine,  etc.,  mienhekimie^  chimie 
phyâiologiquê  de  la  Inle,  ou  microic&pifue^  etc.,  c'est  mettre 
rinstnunent  à  la  place  de  la  chose ,  de  la  manière  la  plus 
ridicule  et  en  m6me  iemps  de  la  manière  la  plus  nuisible  aux 
progrès  de  la  seienoe. 

22.  —  Les  corps  que  nous  venons  de  séparer  des  humeurs 
ootdos  propriétés  très  remarquables.  La  plupart  sont,  comme 
les  âéœents  anatomiques,  des  corps  entièrement  nouveauxy 
c  est-4-dire  n'existant  pas  dans  les  corps  bruts  ;  plusieunî 
font  sans  analogues,  teUe  est  la  fibrine ,  etc.;  il  en  est  qui , 
quoique  nouveaux,  ne  sont  pas  sans  anefojruff  dans  le  règne 
inorganique,  et  qu'on  peut  former  de  toutes  pièces  (acétates; 
oxalatesi  fonniates,  urée,  etc.);  enfin,  ceux  qui  se  trouvent 
a  la  fois  parmi  les  minéraux  et  les  corps  vivants  ont  été  in* 
troduits  du  dehors  tout  formés,  ou  du  moins,  si  ce  sont  des 
sels,  la  base  et  l'acide  ont  été  fournis  séparément  (carbo- 
nates alcalins,  etc.). 

En  un  mot,  au  point  de  vue  historique  où  nous  nous  sommes 
placés,  les  principes  immédiats  sont  Im  àtmien  corps  solides , 
Hquiées  ou  gazeux^  atêxquels  on  puisse^  par  la  saine  analyse 
anatomiquej  ramener  sans  décomposition  chimique  les  dt- 
versée  humeurê^  ei  secondairement  lee  divers  éléments  anato^ 
miques.  En  suivant  la  marche  scientifique,  c'est-&-dirc  en  allant 
du  simple  au  composé ,  nous  voyons  que  ce  sont  des  #uè- 
sUme^  erietaUisahleê  ou  amorphes^  de  composition  chimique 
toujours  tris  complexe^  déterminée^  ou  non^  mais  pouvant  être 
réMtes  m  d'auires  dont  lu  composition  est  définie^  sans  afi*- 
logusÊ  Mec  lee  euhetmneee  minérales^  à  l'exception  de  ceux 
introduite  du  dehors. 

Ces  corps,  les  ws  gazeux  comme  Tacide  carbonique,  l'oxy» 
gèMi  ete.;  les  autres  liquides  (eau,  graisses,  etc.)  ou  solides, 
loaû  en  dissoIutiQn  (alÎHigiiQey  Qbriiie,  sek,  etc.  ) ,  sont  li»n 


28  PROUGOHfeNES.  —  ART.  III. 

certainement  des  parties  eonstiêuantes  du  corps.  Us  en  forment 
en  eflet  les  humeurs  d'une  manière  bien  plus  essentielle  que 
les  éléments  anatomiques  séparés  en  premier  lieu  (globules 
du  sang ,  cellules  d*épiihélium  de  la  bile ,  urine ,  etc.  ) ,  glo- 
bules qui  niianquent  chez  beaucoup  d'animaux.  Mais  ils  ne 
peuvent  pas  être  rangés  dans  la  même  subdivision  de  la 
mérologie  que  les  éléments  ;  car  ils  en  diffèrent  en  ce  qu'ils 
sont  toujours  gazeux  ou  liquides ,  et  en  ce  que ,  lorsqu'ils 
sont  ramenés  à  l'état  solide  par  coagulation  ou  évaporation, 
ils  sont  amorphes  (fibrine,  albumine,  etc.)  ou  cristal- 
lisés. Ils  n'ont  pas  comme  eux  une  forme  spéciale ,  une  ê»s-' 
(ence  propre,  des  propriétés  sans  analogues  dans  les  corps 
bruts. 

Ils  forment  réellement  un  deuxième  et  dernier  groupe 
des  parties  constituantes  auxquelles  on  a  donné  le  nom  de 
principes  immédiats^  principes  organiques^  ou  simplement  de 
principes.  On  peut  désigner  l'histoire  des  principes  immédiats 
par  le  mot  Stœchiologie  (1)  ;  elle  forme  une  branche  de  la 
mérologie  analogue  à  Vélémentohgie  (2). 

(1)  Zro(xccoi^-ov,  principe  ou  élément,  tels  qae  les  entmidaieQi  les  aoeieai, 
savoir  :  Peaa,  Tair,  le  feu,  la  terre,  qui  sont  des  principes  coostiCoauts  et  non 
des  éléments. 

Ce  mot  et  ceni  qui  en  dërirent  se  trooTent  dans  les  Dictionnaires  de 
la  langue  française;  il  est  donné  comme  synonyme  de  s(œcMMiâri0,  oatraitd 
de  la  mesure  des  quantités  dans  lesquelles  se  combinent  les  parties  consti- 
tuantes simples  ou  composées  des  corps.  On  sait  que  le  premier  ouvrage  de 
Bicfater  est  intitulé  SiœcMométrie  ehimiqve.  Il  eût  par  conséquent  appelé 
celte  subdivision  de  Tanatomie  du  nom  de  skechiométrie  oiiatofii^Qiid  o»  or- 
ganique  ;  puisque  nous  étudions  aussi,  quand  il  est  possible,  les  quantités  dans 
lesquelles  se  combinent  les  parties  constituantes  simples  ou  composées  des 
corps  organisés,  et  de  plus  nous  étudions  la  manièfe  dont  ces  parties  eonsti* 
tuantes  s^uoissent. 

(2)  Pour  ces  mots,  voyez  Ch.  Robin,  Tableaux  d'anaUmie  (Paris,  1850,  in-4*], 
préfiice,  p.  14  et  tableau  9*.  Le  mot  élémentologie  est  fbrmé'de  deux  racines, 
Tune  latine,  Tautre  grecque,  ce  qni  n*est  pas  généralement  reçu;  raab  II 
existe  déjà  de  nombreux  exemples  de  ce  fait,  et  Ton  préfère  avec  raison  gar* 
dcr  les  mots  ainsi  formés  que  de  les  remplacer  par  d*aotres  bien  plus  caco- 
phoniques. Ainsi,  par  exemple,  personne  ne  songera  certainement  à  remplacer 
les  mots  00010^10,  ninéralogief  etc.,  malgré  leur  composition  hybride. QuoIqiN 
sentant  fortement  les  inconvénients  du  néologisme  scientifique,  qui  aert  si 
souvent  à  dissinmler  le  vide  réel  dés  idées, >n  imposant  des  noms  étranges  k 


fiTTOE  nBft  PRINCIPES  WllÉDIATS.  20 

L'histoire  de  ces  principes  immédiats  (albumine,  fibrine, 
urée,  créatine,  acide  urique,  cholestérine,  etc.,  etc.),  prise  au 
point  de  vue  de  leur  distribution  quantitative  dans  Téconomie, 
de  l^ir  état  solide  ou  liquide  par  dissolution  directe  ou 
indirecte  :  leur  description  faite  encore  au  point  de  vue 
de  la  part  qu'ils  prennent  à  la  constitution  des  solides  ou 
des  humeurs,  en  signalant,  quand  il  y  a  lieu,  les  particularités 
qu'ils  présentent  suivant  les  races ,  les  ftges ,  les  sexes  ,  les 
divers  états  morbides,  appartient  à  l'anatomie.  Ce  doit  en 
être  la  dernière  subdivision  au  point  de  vue  historique,  et  la 
première  en  procédant  du  simple  au  composé;  elle  appartient 
à  l'anatomie  au  même  titre  que  l'élémentologie.  Gelle-ei 
donne  la  description  des  parties  élémentaires  en  lesquelles  se 
subdivisent  les  tissus.  La  stœchiologie  traite  des  parties 
élémentaires  dont  se  composent  les  humeurs,  parties  qui,  vu 
l'état  liquide  de  ces  fluides,  sont  des  corps  solides  ou  liqui- 
des,  mais  soluUes  les  uns  dans  les  autres,  et  non  des  corps 
essentidlement  solides  et  insolubles  comme  les  éléments  ana* 
forniques  proprements  dits.  Or,  en  définitive,  ces  derniers  ne 
pouvant  être  formés  par  des  principes  autres  que  ceux  des 
humeurs  auxquelles,  ils  empruntent  les  matériaux  d'accrois* 
sonent  et  dans  lesquelles  ils  rejettent  ceux  qui  ont  suflBsam- 
ment  vécu,  il  en  résulte  que,  par  extension,  la  stcechiolo- 
gie  étudie  également  les  principes  que  Ton  retire  en  décom« 
posant  les  éléments  anatomiques. 

D.  Quoique  suhdiviiion  de  l'anatomie^  l'histoire  dee  frin^* 
cipes  immédiate  n'a  pu^  jusqu'à  présent^  être  faite  que  par  des 

to  iciaicei  qui  n'euiteai  pai  ou  à  dei  canctères  saperfidellement  cooniu , 
nous  a?oos  pourtant  adopté  ou  créé  les  eipresslons  précédentes;  car  il  est 
HKfle  de  reooDualtre  que  l*bistoire  des  parties  constituantes  élémentaires  du 
eoipt,  prises  en  géntel  (mérologk),  que  celle  des  éléments  inatomiqnes 
{êémemîologie),  qui  en  est  une  subdivision,  et  que  celle  des  principes  immé- 
diats {stcdckiologie),  qui  en  est  une  deuxitoe  subdivision,  ne  sont  nullement 
dam  ce  cas.  (Test  là  au  contraire  une  division  de  Tanalomie  des  plus  nette- 
neatdéteniiiiiées,  qui  une  fois  traitée,  loin  d^allonger  Panatomie  comme  on 
pourrait  le  craindre,  en  réduit  considérablement  rétendue,  en  faisant  dis- 
paraître des  longueurs  inutiles  et  en  répartissent,  à  la  place  qu*elles  doi- 
fM  ecaifcr,  et  MOI  aa  petit  Mobm,  nombre  de  notions  épinef. 


SO  PBOUQOMtaflS*  *^  AIT.  Uh 

chimiêtes  ;  inconvénients  quiiont  lu  $uit$  de  cette  néceaiti  Mm- 
poraire. 

23.  —  Mais  ii  Thistoire  des  principes  immédials  &it  pirtia 
de  ranatomie  sous  le  rapport  scientifique,  au  point  de  vue 
de  la  méthode  et  quant  au  but  pratique  qu'on  doit  se  propo- 
ser en  la  faisant,  il  faut  reconnaître  d*aulre  part  que  jusqu'à 
présent  elle  n'a  pu  ôtre  faite  que  par  des  chimistes,  et  même 
que  pendant  quelques  années  encore  elle  formera  une  spécia- 
lité d*études  anatomiques.  Mais  dès  a  présent  il  faut  frandit- 
ment  se  placer  au  point  de  vue  anatomique  pour  la  faire,  sous 
peine  de  retomber  dans  la  confusion  qui  régne  à  leur  égard  et 
dont  nous  nous  proposons  de  sortir. 

2A.  —  Motifs  scientifiques  qui  font  que  l'étude  des  jmn* 
cipes  immédiats  n'a  pu  encore  être  faite  que  par  des  cU* 
mistesé —  L'élude  des  principes  immédiats  exige  en  éEhH  dos 
connaissances  chimiques  trop  étendues  pour  que  les  anata« 
mistes,  physiologistes  et  médecins  aient  pu,  jusqu'à  main- 
tenant, les  posséder  à  un  degré  de  précision  suffisant  pour 
aborder  directement  ce  genre  de  recherches.  Partis  gtamw' 
kment  de  l'autre  extrémité  de  l'anatomie,  la  eonunençant 
par  l'étude  des  appareils  et  organes,  par  celle  des  fonctioiis, 
ils  sont  même  rarement  arrivés  (malgré  l'exempte  donné 
d'une  manière  si  énergique  par  Bichat),  jusqu'à  l'étude  dn 
tissus.  A  plus  forte  raison  négUgent-ils  encore  celle  dea  élé« 
ments  et  des  principes  immédiats.  Il  en  est  résulté  que  jamaîa 
la  nécessité  de  bien  connaître  la  chimie  pour  étudier  Fanato- 
mie,  et  par  suite  la  physiologie^  n'a  pu  être  très  «xactameat 
sentie.  Nous  disons  tris  exactement^  parce  que,  malgré  le 
tmnps  donné  à  l'étude  de  la  première  dans  les  études  médi- 
cales, comme  on  part  toujours  de  la  chimie  pour  péoétrer 
dans  la  biologie,  au  lieu  de  se  placer  au  point  de  vue  aiMH 
tomo-pbysîologique,  pour  ensuite  tirer  de  la  chimie  totites 
les  notions  utiles  qu'elle  peut  nous  fournir,  il  est  rare  qu'on 
ne  dévie.  On  finit  par  croire  qu'elle  ne  sert  dficacement  qu'à 
la  pharmacologie  et  à  la  toxicologie.  Là  raison  en  est  que  Té- 
tude  de  lapbysiologieet  celle  delapalhologie  montreatUenlM 


ÉTOtt  tu  PRINCIFBi  tMMiDUTS.  31 

^  1m  déductîoM  qu'on  en  tire  à  l'égard  des  actes  des 
corps  vivants  ne  sont  nullement  applicables  en  réalilé  à 
eeQird,  tant  jqa^on  n'a  pas  étudié  leur  substance,  prise  en 
ede-ûiAaie  pour  ce  qu'elle  est  positivement^  au  lieu  de  procé- 
dsr  à  son  égard  comme  pour  un  composé  représenté  par  une 
fiNrmide  chimique.  Les  chimistes  se  sont  donc  trouvés  seuls 
soflBsamment  préparés  au  point  de  vue  scientifique  pour  abor« 
dsr  eette  ^lude  ;  puis«  comme  d'autre  part,  les  médecins,  né« 
^Bgeant  l'exemple  de  M.  Chevreul,  ne  poussaient  pas  gra« 
dueilament  leurs  recherches  analomiques  jusqu'à  l'élude  de 
la  matière  des  coipi  (organisés,  les  chimistes  encore  se  sont 
trouvés  seuls  pousfeés  à  ftdre  l'analyse  de  cette  mati^  ;  par 
oniosiié  d'abord  et  aspiration  vers  la  découverte  de  l'essence 
ds  ses  phénomènes,  et  enfin  quelquefois  dans  le  seul  but  aea» 
dénoiqae  de  découvrir  des  corps  nouveaux» 

iA.-*^Moiiff  teôhmiqUêê  quiani  êmipéeké  Vétudê  dêêprimcipêi 
iÊmUdi^k  d^êtrê  fuite  pat  d'anim  suvmUs  que  Uê  ohimiiteié 
—  L'étude  des  principes  immédiats  exige  l'usage  fréquent. 
d'un  certain  nombre  des  appareils  dont  on  se  sert  en  chimie  ; 
leur  emidoi  est  même  plus  délicat,  plus  di£Bcile  qu'il  ne  l'est 
dans  cette  science  ;  en  un  mot,  plus  on  pénètre  dans  les 
études  organiques  tant  anatomiques  que  physiologiques,  plus 
se  compliquent  les  procédés,  plus  deviennent  grandes  leur  difli* 
culte  et  leur  délicatesse^  comparativement  à  ce  qu'ils  sont  en 
diimie  et  dans  les  autres  sciences  inorganiques.  Cette  néces- 
nté  d'employer  des  instruments  mis  en  usage  habituellement 
par  les  chimistes  a  fait  que  eux  seuls  se  sont  trouvés  préparés 
à  pratiquer  les  analyses  (anatomiques  par  le  sujet  et  l'objet) 
dm  humeurs  et  des  solides  de  l'économie.  Ce  sont  là  les  prin- 
dpèux  moliCs  techniques  qui  font  que  les  chimistes  seuls  ont 
1^  observer  les  principes  immédiats.  Ce  fait  a  été  de  ceux  qui 
lem"  ont  fait  penser,  ainsi  qu'aux  médecins,  que  réellement 
cette  étude,  ainsi  que  celle  des  humeurs,  appartient  i  la  chi* 
mie,  qn'elle  rentre  dans  son  domaine  et  constitue  une  de  ses 
subdivisions*  Cette  erreur  était  d'autant  plus  naturelle,  que 
ppécisément  m  raison  de  l'ind^mcité  où  se  trouvaient  lea 


32  PROLÉGOMÈMBS.  —  ABT.   lU. 

anatomistes  de  faire  ces  recherches  eux-mâmes,  on  sait  qus 
tous  les  procédés  employés  jusqu'à  présent  ont  été  découyerts 
par  des  chimistes  qui  y  sont  arrivés  par  tâtonnements.  Mais 
ce  sont  des  procédés  anatomiques  dans  lesquels  il  n'y  a  de 
chimiques  réellement  que  les  instruments,  capsules»  filtres, 
et  lampes.  Que  les  chimistes  éminents  qui  les  ont  découverts 
pèsent  bien  toutes  les  raisons  qui  les  ont  conduits  à  créer  ces 
procédés,  et  ils  reconnaîtront  bientôt  que  c'est  par  une  série 
successive  de  transformations  des  procédés  vraiment  chi- 
miques, reconnus  insuffisants  d'après  des  essais  infructueux, 
qu'ik  sont  parvenus  à  les  rendre  utiles.  Qu'ils  comparent  ce 
que  sont  ces  moyens  nouveaux  à  ceux  qu'ils  employaient  en 
premier  lieu,  et  ils  verront  que  ce  qu'il  y  a  de  changé,  c'est 
la  méthode  qui  domine  et  dirige  le  procédé.  Il  s'agit  main* 
tenant  d'aborder  directement  le  problème  à  l'aide  de  celte 
méthode  anatomique,  et,  actuellement  qu'elle  est  découverte, 
il  faut  abandonner  les  tâtonnements  par  lesquels  on  y  est 
arrivé. 

26.  —  Ces  mimM  motifs  scientifiques  et  techniques  font  que 
pendant  quelques  années  encore  Viiude  directe  des  principes 
immédiats  formera  une  spécialité.  —  Du  moins  il  est  néces* 
saire  que  quelques  anatomistes  ou  chimistes  comprennent 
qu'il  faut  qu'il  en  soit  ainsi  jusqu'à  ce  que  les  procédés 
d'analyse  soient  simplifiés  encore  davantage  qu'ils  ne  le  sont, 
n  faut  bien  savoir,  du  reste,  que  cette  nécessité  n'est  que 
temporaire,  et  n'existe  que  sous  le  seul  point  de  vue  d'arriver 
à  perfectionner  les  procédés,  résultat  auquel  des  recherches 
spéciales  conduiront  plus  rapidement. 

L'expérience  nous  a  montré  déjà  en  plus  d'une  occasion 
que  l'étude  expérimentale  de  tous  les  principes  importants  à 
connaître  pour  la  pratique  médicale  et  la  physiologie  est 
beaucoup  moins  bngue  à  faire  qu'on  ne  le  pourrait  croire  en 
voyant  l'étendue  de  leur  histoire  et  la  description  des  pro- 
cédés indiqués  dans  les  ouvrages  de  chimie.  Déjà  les  moy^is 
d'analyse  découverts  par  les  chimistes  ont  été  assez  simpli- 
fiés d'après  les  secours  fournis  par  des  connaissances  anato- 


ÉTUBE  DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS.  SS 

miques  plus  précises,  pour  que  sans  avoir  jamais  pratiqué  la 
chimie,  il  soit  possible  d'apprendre  en  peu  de  mois  à  ex- 
traire toutes  les  parties  constituantes  des  principales  hu- 
meurs et  à  les  étudier  d'une  manière  complète.  Ainsi  il  faut 
donc  se  garder  de  croire,  comme  on  le  fait  encore  aujour- 
d'hui, que  ce  soit  là  un  ordre  de  recherches  inabordables, 
si  ce  n'est  de  la  part  de  quelques  chimistes  spéciaux  ;  c'est 
l'inverse  dont  il  faut  se  persuader. 

D  est  bien  nécessaire  que  quelques  savants  s'en  occupent 
encore  spécialement  dans  le  but  de  perfectionner  plus  rapide- 
ment les  moyens  d'étude  ;  il  faut  même  que  cette  spécialité 
existe  jusqu'à  ce  que  l'on  soit  à  peu  près  certain  d'avoir  dé- 
couvert tous  les  principes  immédiats  qui  constituent  l'écono- 
mie animale,  et  surtout  jusqu'à  ce  que  l'on  ait  fait  disparaître 
complètement  des  ouvrages  classiques  ces  prétendus  prin- 
dpes  appelés  extraits;  mais  il  ne  faut  pas  aller  au  delà.  Déjà, 
nous  le  répétons,  les  procédés  sont  assez  simpliflés  et  devenus 
d'un  emploi  assez  rapide  pour  qu'on  puisse  reviser  d'abord 
tout  ce  que  renferment  les  li\Tes  où  il  est  question  des  prin- 
cipes immédiats ,  ce  qui  est  indispensable ,  et  pour  qu'on 
puisse  prévoir  qu'en  peu  d'années  les  parties  constituantes 
élémentaires  à  découvrir  seront  décrites.  Les  efforts  n'auront 
plus  alors  à  porter  que  sur  des  perfectionnements  généraux 
destinés  à  donner  plus  de  certitude  à  la  prévision  dans  des 
cas  normaux  ou  pathologiques  déterminés. 

E.  Point  de  vue  auquel  il  est  nécessaire  de  se  placer  en 
faisant  des  principes  immédiats  un  sujet  spécial  d'études. 

27. —  Mais  ceux  qui,  anatomistes,  médecins  ou  chimistes, 
feront  encore  leur  spéciaHté  de  cet  ordre  d'études  anatomiques, 
aussi  bien  que  ceux  qui  les  poursuivront  désormais  au  môme 
titre  et  avec  autant  de  facilité  que  toute  autre  branche  de 
ranatomie,  ceux-là ,  disons-nous,  devront  reconnaître  qu'il 
est  de  touto  importance  de  se  placer  nettement  au  point  de 
vue  anatomique  et  qu'il  faut  déjà  connaître  le  reste  de  l'ana- 
toroiepour  étudier  cette  subdivision  dernière. 

Les  chimistes  seuls,  avons-nous  dit,  se  sont  trouvés  aptes 

I.  3 


SA  PnOLÂGOMteES.   —   ART.   III. 

à  ébaucher  Thistoire  des  principes  immédiats,  ou  mieux  à 
pousser  Tanalyse  des  humeurs  jusqu'à  en  retirer  leurs  parties 
constituantes  élémentaires.  Mais  ils  ont  fait  cette  analyse 
chimiquement  et  non  anatomiquement,  et  il  en  est  résulté  de 
graves  inconvénients  tant  pour  la  chimie  que  pour  Tana- 
tomie  et  la  physiologie.  Ces  inconvénients  seront  envisagés 
plus  loin  en  détail  ;  voici  les  seuls  qu*il  soit  besoin  de  con- 
naître ici. 

Agissant  sur  la  matière  organisée,  les  chimistes  ont  cru  de 
bonne  foi  faire  de  la  chimie,  et  ils  l'ont  fait  croire  aux  bio- 
logistes et  au  public  ;  mais  les  chimistes  se  trompent  et  nous 
trompent.  Ils  ont  cru  devoir  opérer  comme  sur  la  matière 
brute,  ils  ont  pensé  que  le  problème  était  le  même,  et  que  le 
but  qu'on  se  propose  était  identique.  Dès  lors  ils  ont  souvent 
brûlé,  altéré  ou  détruit  plus  ou  moins  les  principes  immédiats 
qu'ils  auraient  dû  nous  faire  connaître .  Ils  on  t  analysé  chimique- 
ment et  donné  les  formules  de  substances  organiques  qui  sont 
constituées  par  l'union  de  principes  immédiats  divers,  unis  en 
proportions  indéfinies  et  par  suite  nécessairement  variables , 
comme  si  c'étaient  làdes  composés  fixes  et  déterminés.  Non  seu- 
lement ils  ont  donné  la  composition  de  la  fibrine,  de  l'albumine, 
(ce  qui  se  conçoitjusqu'à  un  certain  point  dans  l'origine  de  pa- 
reilles recherches,  comme  moyen  préliminaire  pour  ensuite 
arriver  à  mieux),  mais  ils  ont  donné  sérieusement  la  formule 
du  tissu  tuberculeux  et  d'autres  tissus  encore,  comme  si  c'é- 
taient là  des  composés  chimiques.  Ils  l'ont  fait  sans  remarquer 
que  depuis  longtemps  on  ne  le  fait  plus  pour  le  suif,  le 
beurre,  etc.,  pour  lesquels  pourtant  on  le  faisait  jadis  à 
l'époque  où  Ton  n'était  pas  encore  parvenu  à  les  réduire  on 
leurs  principes  immédiats.  Ils  l'ont  donné  et  fait  accepter 
pour  bon.  On  conçoit  dès  lors  comment  ils  ont  été  conduits 
i  faire  des  théories  chimiques  sur  la  substance  organisée 
lorsqu'il  s'agissait  de  l'étudier  en  elle-même  expérimenta- 
lement, d'en  étudier  la  constitution  pour  ensuite  tâcher  d'ob- 
server directement,  et  non  d'après  des  déductions  chimiques, 
les  phénomènes  qui  s'y  pasaent. 


ÉTUDE   DES   PRINCIPES   IMlltolATS.  S5 

F.  Motifs  qui  font  qu'il  est  nécessaire  de  se  placer  au  point 
de  vue  anatomique  et  physiologique  quand  on  fait  de  l'étude  des 
principes  imtnédiats  une  spécialité. 

28. — Les  inconvénients  que  nous  venons  de  signaler  sont 
trop  frappants  pour  insister  davantage  sur  la  nécessité  de  les 
éviter  ;  et  on  les  évite  facilement  lorsqu'on  se  place  entière- 
ment dans  son  sujet,  Iorsqu*on  descend  des  parties  les  plus 
complexes  de  Fanatomie,  comme  l'étude  des  appareib,  or- 
ganes, systèmes,  etc.,  à  celle  des  parties  plus  simples.  Dès 
lors  la  chimie  apparaît  au  biologiste  sous  son  véritable  jour 
par  rapport  à  Tanatomie  et  à  la  physiologie.  Elle  lui  appa- 
raît comme  un  puissant  auxiliaire,  comme  un  moyen  utile 
et  indispensable,  d*études  tant  théoriques  qu'expérimentales; 
mais  elle  ne  peut  en  aucune  façon  dispenser  le  biologiste 
d'étudier  en  elles-mêmes  expérimentalement  chacune  des 
faces  nouvelles  sous  lesquelles  se  présentent  la  matière  orga- 
nisée et  les  actes  qui  s*y  passent. 

Ainsi   on    évite  les   inconvénients  signalés    plus  haut 
quand  on  reconnaît   que  Tétude  des  principes  immédiats 
est  une  branche  de  Tanatomie  qui  a  pour  but  Texamen 
des   parties    élémentaires   qui   composent    immédiatement 
la  matière  des  humeurs  d'abord  (matière  qui  est  organisée 
comme  nous  le  verrons),  puis,  secondairement,  celle  des 
solides  qui  est  disposée  sous  forme  d'éléments  anatomi- 
ques.  Nous  plaçant  à  ce  point  de  vue,  nous  cherchons  par 
tous  les  moyens  nécessaires  à  conserver  pendant  l'extraction 
le  principe  tel  qu'il  existe  dans  les  humeurs  ou  les  solides  ; 
d'après  ce  que  fait  prévoir  la  connaissance  anatomique  de 
ces  parties,  nous  évitons  que  tel  corps  soit  altéré  par  un  autre 
qui  l'accompagne,  dans  telle  ou  telle  humeur,  pendant  l'éva- 
poratioo  ou  quelque  autre  opération.  En  se  plaçant  au  point 
de  vue  chimique ,  on  est  trop  porté  à  ne  considérer  que  le 
résultat  final  de  l'analyse  ;  pour  le  chimiste,  en  eifet,  peu  im- 
porte l'origine  du  corps,  peu  importe  qu'il  y  ait  décomposi- 
tion ou  non,  pourvu  qu'il  obtienne  un  corps  défini ,  cristal- 
lisableou  volatil  sans  décomposition. 


36  I^ROLKGOMÊNES.  —  ART.   III. 

Aussi  le  chimiste  vous  dira-t-îl  que  les  principes  qu'on  peut 
retirer  des  corps  organisés  sont  innombrables;  et  il  vous 
dira  en  outre  qu'en  raison  de  cela  il  faut  renoncer  à  l'idée 
d'en  déterminer  le  nombre.  Le  fait  est  vrai  quand  on  se  place 
à  son  point  de  vue  ;  mais  ce  point  d'appui  est  faux.  Raisonner 
ainsi,  serait  vouloir  faire  penser  que  l'on  ne  pourra  jamais  faire 
autre  chose  à  cet  égard  que  des  hypothèses  ne  pouvant  rece- 
voir d'autre  démonstration  que  celle  qui  consiste  à  dire  :  Chi- 
miquement, nous  ne  voyons  pas  comment  les  choses  pour- 
raient être  autrement  ;  donc  elles  sont  ainsi.  Ce  qui  reviendrait 
à  dire  qu'il  faut  renoncer  à  jamais  à  la  connaissance  de  la 
constitution  réelle  de  la  substance  organisée.  Mais  il  n'en  est 
rien.  En  procédant  anatomiquement, nous  dominons  le  sujet; 
la  chimie  nous  apprend  alors  que  les  principes  immédiats 
sont  des  composés  susceptibles  de  se  modifier  sous  la  moindre 
influence.  Ils  perdent  leur  caractères  spécifiques  pour  en  ac- 
quérir d'autres,  soit  par  suite  de  catalyses  isomériques  ou 
avec  dédoublements,  soit  en  s'unissant  à  un  ou  plusieurs 
équivalents  d'eau,  etc.,  etc. 

Notons  d'abord  un  premier  fait  :  c'est  que  ce  facile  passage 
des  principes  immédiats  d'un  état  moléculaire  à  un  état 
d'une  autre  espèce,  est  une  condition  d'existence  de  la  ma- 
tière organisée;  c'est  une  condition  du  renouvellement  de 
ses  principes  par  désassimilation ;  c'est,  en  un  mot,  une 
condition  d'existence  de  la  désassimilation ,  tout  comme  la 
propriété  de  plusieurs  d'entre  eux  de  s'unir  en  toutes  propor- 
tions est  une  condition  de  l'assimilation. 

Notons  ensuite  un  deuxième  fait  :  c'est  que  ces  chan- 
gements ne  sont  nullement  illimités;  on  peut  les  circon- 
scrire, les  ramener  à  un  certain  nombre  de  groupes.  Ils 
ont  pu  rendre  obscurs  quelques  points  de  la  chimie,  ou 
plutôt  les  théories  trop  étroites  et  mesquines  qui  ont  conduit 
à  séparer  arbitrairement  la  chimie  en  organique  et  en  inor- 
ganique; mais  actuellement  déjà  on  commence  à  y  voir 
clair.  Il  fut  un  temps  oii  l'histoire  des  sels  était  tout  aussi 
obscure  que  celle  des  composés  chimiques  qu'on  peut  obte- 


tiVm  DES  PRll^ClPfiS  UOltmATS.  '       S7 

uir  en  opérant  sur  les  substances  retirées  de  Torganisme  ; 
cependant,  pour  les  sels»  on  a  pu  les  ramener  à  un  certain 
nombre  de  groupes  bien  délimités  par  les  caractères  de  Ten- 
semble  des  espèces  qu'ils  renferment.  En  combinant  entre  eux 
d'autres  sels,  comme  du  carbonate  de  magnésie  avec  celui 
de  soude,  etc.,  etc.,  on  peut  aussi  multiplier  à  l'infini  les  sels; 
surtout  si  l'on  tient  compte  de  cette  particularité,  que  sui« 
vaut  les  conditions  où  se  passe  la  combinaison,  le  corps  nou- 
veau aura  une  forme  cristalline  et  des  propriétés  un  peu 
différentes,  d'après  le  nombre  des  équivalents  d'eau  qu'il 
aura  pris.  Malgré  cela,  cependant,  l'bistoire  des  sels  n'est  en 
aucune  façon  obscurcie.  Eh  bien,  il  se  passe  quelque  chose 
d'analogue  pour  les  corps  qu'on  retire  de  l'organisme  :  on 
peut  bien  en  obtenir  un  grand  nombre  de  composés  peu  dif- 
férents,  soit  par  dédoublement,  soit  par  addition  de  quelques 
équivalents  d'eau,  etc.;  mais  déjà  on  sait  dans  quelles  li- 
mites ont  lieu  ces  changements,  et  d'après  quelles  lois  ils  se 
font.  Or,  en  se  basant  sur  ces  connaissances  chimiques,  on 
peut^retirer  les  principes  immédiats  tels  qu'ils  sont  dans  l'or* 
ganisme,  et  éviter  ainsi  ces  modifications. 

Ainsi  donc  ces  changements  sont  des  faits  chimiques  et  non 
plus  des  actes  organiques.  Il  faut  donc  éviter  ces  modifica- 
tions, car  une  fois  qu'elles  ont  eu  lieu,  ce  n'est  plus  un  prin- 
cipe inmiédiat  que  vous  avez,  mais  un  composé  chimique 
plus  ou  moins  intéressant.  Si  vous  n'établissez  pas  cette  dif- 
férence, vous  pourrez  dire  en  effet  que  le  nombre  des  corps 
qu'on  peut  obtenir  à  l'aide  de  substances  organisées  est  in- 
fini ;  mais  alors  bornez-vous  à  faire  des  théories  chimiques, 
car  c'est  de  la  chimie  que  vous  faites,  et  gardez -vous  de 
croire  que  ce  soit  de  la  physiologie  ;  gardez-vous  de  vouloir 
envahir  ainsi  la  biologie,  car  vous  ne  feriez  que  de  la  chimie 
à  propos  d'anatomie  et  de  physiologie,  mais  ni  de  l'une  ni 
de  l'autre  de  ces  deux  sciences,  et  peut-ôtre  pas  même  de 
bonne  chimie. 

29. — Il  est  encore  d'autres  motifs  qui  ne  sont  pas  moins  puis- 
vants,  qui  montrent  combien  il  importe,  dans  ces  études,  de 


nOVÈêOWÈKB».  —  ART.   III. 

se  placer  au  point  de  vue  anatomique  plus  qu'on  ne  Va  fait 
jusqu'à  présent.  Ainsi,  par  exemple,  la  connaissance  de  ce 
fait,  que  les  liquides  de  Téconomie  sont  constitués  par  un  sé- 
rum tenant  des  éléments  anatomiques  divers  en  suspension, 
et  la  connaissance  des  propriétés  de  ceux-<!i,  apprendront  à 
instituer  des  procédés  pour  les  séparer  du  liquide.  La  notion 
de  la  texture  des  solides  et  des  propriétés  de  leurs  divers  élé- 
ments fera  connaître  qu'il  faut  séparer  ces  derniers  les  uns 
des  autres,  au  même  titre  qu'on  sépare  d* abord  les  globules 
sanguins  du  sérum.  D'autre  part,  nous  apprendrons  par  là 
qu'il  ne  faut  pas  plus  considérer  les  tubercules  comme  pou- 
vant être  analysés  chimiquement  et  représentés  par  une 
formule  chimique,  qu'on  n*est  parvenu  à  le  faire  pour  la 
substance  élémentaire  des  os  ou  les  tubes  nerveux. 

L'anatomie  conduit  donc  à  ne  pas  confondre  ensemble, 
dans  les  analyses,  des  substances  diverses,  et,  par  suite,  à  n'at- 
tribuer à  chaque  espèce  d'élément  anatomique  que  les  prin- 
cipes qui  lui  sont  propres ,  au  lieu  de  les  considérer  invo- 
lontairement comme  appartenant  à  plusieurs.  Enfin ,  au 
point  de  vue  technique,  plusieurs  des  procédés  délicats 
mis  en  usage  en  anatomie  viennent  en  aide  à  ces  recherches. 
C'est  ainsi  que  l'emploi  du  microscope,  qui  a  pris  tant  de  préci- 
sion et  de  rapidité  en  anatomie,  étendu  à  l'analyse  anato- 
mique de  la  matière  organisée  des  solides  et  des  humeurs, 
permet  de  faire  reconnaître  aussi  les  principes  immédiats 
qu'on  en  sépare,  avec  bien  plus  de  précision  et  de  rapidité 
que  les  moyens  chimiques  seuls.  Cet  instrument  permet 
surtout  d'opérer  sur  une  bien  plus  petite  quantité  de  sub- 
stance qu'on  ne  le  faisait  autrefois;  en  un  mot,  il  est  de- 
venu indispensable  à  l'étude  des  principes,  parce  que,  dans 
un  précipité  de  petit  volume,  il  peut  faire  reconnaître  la  pré- 
sence de  plusieurs  espèces  de  principes  cristallisables  d'après 
la  forme  de  leurs  cristaux ,  alors  que  les  réactions  chimiques 
de  ceux-ci  ne  pourraient,  vu  la  petite  quantité  de  substance, 
indiquer  ce  fait.  Jusqu'à  présent  on  n'avait  pu  appliquer  le 
microscope  à  la  détermination  des  espèces  de  principes  im- 


ttWE  ras   PmNCiFK»  IMllÉiMATS.  M 

médiats  d'après  la  forme  des  cristaux,  parce  que  celte  étude 
élait  presque  généralement  considérée  comme  vague  et  seu- 
lement comme  objet  de  curiosité,  au  lieu  de  la  rattacher  a  la 
composition  des  substances.  On  éprouvait  aussi  beaucoup  de 
difficulté,  souvent,  à  distinguer  ce  qui  est  crislallin  de  ce  qui 
ne  l'est  pas  ;  on  ne  pouvait  non  plus  tirer  parti  de  cet  aspect 
spécial  que  présentent  sous  le  microscope  certains  cristaux 
des  principes  d'origine  organique,  comparé  à  celui  des  priiv- 
opes  d'origine  minérale. 

30. — Rationnellemen  t ,  ainsi  qu'on  le  voit  d'après  l'ensemUe 
de  ce  paragraphe,  on  devrait  étudier  les  différents  ordres  de 
parties  du  corps,  du  simple  au  composé,  en  partant  de  l'ex- 
térieur de  l'organisme,  des  appareils,  etc.,  pour  arriver  aux 
principes  immédiats ,  au  delà  desquels  cesse  le  domaine  de 
l'anatomie,  au  delà  desquels  on  retombe  dans  la  chimie. 
Ne  pouvant  traiter  de  l'anatomie  d'une  manière  complète, 
mais  seulement  de  l'anatomie  générale ,  nous  avons  dû  pro- 
céder du  simple  au  composé,  nous  avons  dû  partir  des  prin- 
cipes immédiats  pour  arriver  aux  éléments ,  puis  de  là  aux 
tissus  et  aux  systèmes. 

Cette  marche  n'est  pas  la  meilleure  lorsf[u'il  s'agit  d'étudier 
les  corps  organisés  et  non  les  corps  bruts;  des  circonstances 
indépendantes  de  notre  volonté  nous  ont  forcés  de  la  suivre. 
Mais  une  fois  l'étude  des  principes  immédiats  faite  eu 
procédant  ainsi,  elle  aura  l'avantage  de  montrer  plus  nette- 
ment que  le  sujet  qui  va  être  traité  fait  bien  réellement 
partie  de  l'anatomie,  c'est-à-dire  de  l'étude  de  l'organisa- 
tion. C'est  pour  suppléer  à  ces  inconvénients  que  l'un  de 
nous  a  publié  des  Tableaux  (l'anatomie  dont  nous  avons  fait 
mention  plus  haut.  Obligés  que  nous  sommes  ainsi  de  dé- 
montrer que  c'est  bien  de  l'anatomie  que  nous  faisons  (chose 
qui,  si  elle  était  reconnue  comme  elle  devrait  l'être,  nous 
épai^nerait  ces  prolégomènes),  nous  sommes  conduits  à  em- 
piéter un  peu  çà  et  là  sur  des  questions  (|ui  seront  traitées 
<lans  le  corps  de  l'ouvrage. 


41  PROLÉGOMÈNES.   —   ART.   IV. 

ner  cette  forme  de  jugement,  qui  se  complaît  dans  le  vague 
et  rejette  tout  ce  qui  est  net,  tranché,  précis,  pouvant  servir 
de  point  d*appui  sans  donner  lieu  à  divagation  ;  manière  de 
juger  qui  semble  actuellement  le  suprême  de  la  science,  et  qui, 
plutôt  de  rechercher  ce  qui  est  net  et  positif,  susceptible  de 
vérification ,  préfère  tout  ce  qui  sert  à  parler  indéfiniment 
sans  conduire  à  rien  d'applicable.  Il  faut  enfin  s'efforcer  de 
sortir  de  ce  dédale  oii  nous  plonge  la  science  faite  pour  la 
êeienee^  laquelle  ne  fait  que  masquer,  sous  une  vague  ardeur 
pour  le  progrès,  une  secrète  impuissance  envers  les  plus 
utiles  questions,  qui  sont  en  même  temps  les  plus  difficiles. 

B.  Les  objections  dont  nous  allons  parler  provenant  d'une 
àifférence  entre  le  point  de  départ  de  ceux  qui  les  ont  mises  en 
mvant  êi  celui  que  nous  avons  adopté,  il  faut  faire  connaître 
eelui-ei. 

J2.  —  Avec  les  doctrines  changent  les  méthodes,  l'ordre 
et  les  procédés. 

Au  lieu  de  chercher  le  pourquoi  des  phénomènes,  nous  en 
cherchons  le  comment,  qui  seul  conduit  à  prévoir  et  à  modifier 
à  notre  avantage  les  actes  qui  se  passent  en  nous  ou  autour  de 
nous. 

Par  suite  ,  au  lieu  de  suivre  la  méthode  objective ,  nous 
choisissons  la  subjective  ;  au  lieu  de  partir  des  sciences  inor- 
ganiques pour  aborder  l'anatomie,  et  chercher  à  déduire  des 
premières  tout  ce  qu'il  y  a  d'applicable  à  la  seconde,  nous 
partons  de  celle-ci  pour  puiser  dans  les  autres  toutes  les  no- 
tions qui  peuvent  lui  être  utiles.  Dès  lors,  au  lieu  de  cher- 
cher à  déduire  de  faits  les  plus  simples  ceux  plus  complexes 
que  nous  ne  connaissons  pas ,  nous  allons  du  composé  au 
simple.  Conduits  ainsi  à  expérimenter  incessamment  sur 
chaque  corps,  sur  chaque  point  encore  ignoré,  nous  procé- 
dons ensuite  par  induction  ;  et  rien  n'est  positif  que  ce  que 
l'expérience  a  poursuivi  dans  toutes  les  conditions  données; 
marche  lente,  mais  plus  sûre,  ot  surtout  indispensable  lors- 
qu'il s'agit  d'une  chose  aussi  complexe  que  la  matière  or- 
ganisée, aussi  peu  connue  jusqu'à  présent  dans  son  intime 


oBnDGnoim  à  l'étude  ins  miiciPEs.  iS 

eoDStitution ,  et  pourtant  aussi  nécessaire  à  connaître  pour 
le  médecin. 

Par  suite  encore ,  au  lieu  de  suivre  Tordre  ascendant  qui 
Ti  du  simple  au  composé,  nous  suivons  Tordre  ascendant  au 
moins  intellectuellement,  et  par  suite  dans  Tanalyse  anato- 
nuque,  sinon  par  écrit.  Nous  nous  appuyons  donc  constamment 
SOT  les  notions  anatomiques,  physiologiques  et  médicales, 
connues  expérimentalement,  pour  arriver  à  celles  qui  sont 
inconnues.  Nous  le  faisons  en  expérimentant,  plutôt  que  de 
tirer  des  conséquences  trop  absolues,  pour  qu'on  puisse  s'ap- 
payw  sur  elles  dans  la  pratique  ;  pratique  qui  est  le  côté 
malaisé,  difficile,  et  qui  se  développe  même,  en  se  nourris- 
nmt  d'insuccès. 

C'est  cet  ordre  descendant  qui  nous  conduit  à  reconnaître 
que,  parmi  les  principes  immédiatement  retirés  deTéconomîe, 
il  s'en  trouve  qui  sont  cristallisables  et  qui  ont  déjà  été  étudiés 
oi  chimie.  L'histoire  de  chacun  de  ces  corps  pris  d'une  manière 
absolue  a  donc  deux  côtés  :  l'un  chimique,  comme  tout  composé 
défini  quelconque;  l'autre  anatomique,  en  tant  que  principes 
immédiats  de  Téconomie;  comme  en  constituant  immédiate- 
ment la  substance.  En  chimie,  on  les  étudie  ainsi  qu'on  le  fait 
pour  tout  composé  naturel  ou  artificiel ,  quel  qu'il  soit  ;  en  anato- 
mic,  on  les  poursuit  partout  où  ils  se  trouvent  dans  Téconomie, 
sous  les  points  de  vue  de  leur  quantité,  de  leur  durée,  de 
leur  état  soMde  ou  liquide ,  de  leur  couleur,  odeur,  etc.  Si 
Von  ne  sépare  pas  nettement  ces  deux  faces  que  présente 
l'histoire  des  composés  définis  auxquels  nous  faisons  allusion, 
il  faut  s'attendre  à  retomber  dans  la  confusion  dont  préci- 
sément il  s'agit  de  sortir. 

Par  suite,  enfin,  nos  procédés  diffèrent  des  procédés  ordi- 
naires, parce  qu'ils  ne  sont  pas  dirigés  dans  le  même  esprit  ; 
car,  en  les  instituant,  nous  nous  appuyons  constamment  sur 
la  connaissance  de  Tarrangcment  et  de  la  constitution  des  élé- 
ments anatomiques.  Nous  y  joignons  de  plus  Tusage  du  mi- 
croscope déjà  employé  dans  le  reste  de  Tanatomie,  lequel  nous 
rofiduit  à  la  détermination  des  espèces  de  principes  à  l'aide 


des  formes  cristallines,  en  raison  de  ce  fait  que  :  ces  formes 
diffèrent  selon  la  composition  chimique  élémentaire  de  chaque 
espèce. 

33.  —  Avec  un  pareil  changement  dans  les  modes  fonda* 
mentaux  d'élaboration  doit  se  faire  une  révolution  corres- 
pondante qui  fera  changer,  lentement  il  est  vrai ,  mais  qui 
fera  changer  l'aspect  de  l'étude  de  l'organisme  en  repos  ou 
en  action  ;  puis,  par  suite,  se  modifiera  la  face  des  doctrines 
médicales,  lesquelles  reposent  sur  l'idée  qu'on  se  fait  de 
l'économie  et  qui  la  représentent.  Ce  changement  consistera 
à  donner  plus  d'unité  à  toutes  les  idées  dispersées  ça  et  là,  en 
rattachant  toutes  celles  qui  sont  fondées  à  des  états  cor* 
respondants  des  différents  ordres  de  parties  de  l'organisme 
depuis  les  principes  immédiats  jusqu'aux  appareils  ;  en  pre- 
nant en  considération  toujours ,  non  seulement  l'agent  ou 
solide  et  les  conditions  d'action  tenant  à  l'état  des  humeurs» 
mais  encore  en  songeant  aux  états  nouveaux  qui  surviennent. 
Ces  états  nouveaux  tiennent  à  ce  que  les  solides  ne  pouvant 
être  modifiés  sans  que  changent  bientôt  les  humeurs,  et  ré- 
ciproquement, il  survient  à  la  longue,  et  peu  à  peu,  une  dis- 
position générale  nouvelle,  connue  sôus  le  nom  de  diathêse. 

Ce  changement  consistera,  d'autre  part,  à  faire  interpréter 
d'une  autre  manière  les  différents  aspects  extérieurs  des  so- 
lides et  des  humeurs  ;  il  conduira  à  donner  plus  de  précision 
à  cette  interprétation,  car  Tobservation  montre  qu'il  y  a  tou- 
jours une  relation  entre  l'état  des  principes  immédiats  ou  des 
éléments  anatomiques  d'un  tissu  ou  d'une  humeur  et  son 
aspect  extérieur.  Or,  une  fois  faite  l'étude  de  ces  parties 
élémentaires  dans  un  certain  nombre  de  cas  donnés,  la  ma- 
nière d'interpréter  cet  aspect  est  fixée,  elle  devient  plus 
nette;  en  effet,  on  ne  peut  plus  attribuer  celui-ci  i  des 
causes  qui  ne  sont  pas,  et  qui  alors  peuvent  naturellement» 
selon  les  caprices  de  chaque  esprit,  être  supposées  physi- 
ques, chimiques  ou  ontologiques.  C'est  alors  qu'on  peut  dire 
avec  M.  Broca,  que  le  microscope  enseigne  à  se  servir 
de  Tœil  nu;  car  le  dernier  degré  de  Tanalyse  anatomique, 


OBJECTIONS  A   L*ÉTUDE  DES  PRINCIPES.  M 

une  fuis  appliqué  aux  principaux  ordres  d*altérations,  nous 
apprend  à  pénétrer  intellectuellement  jusque  dans  la  profon- 
deur des  parties  altérées;  il  nous  en  fait  juger  Tétat  d'après 
Taspect  extérieur  qu'une  étude  directe  a  montré  lui  être  cor- 
respondant. 

C'est  alors  que  les  idées  physiologiques  et  thérapeuti- 
ques^ inspirées  par  la  vue  du  liquide  d'un  kyste,  le  palper 
d'un  oedème,  la  délimitation  d*une  tumeur,  etc.,  sont  autres 
pour  le  médecin  qui  sait  l'anatomie  générale,  que  pour  celui 
qui  se  traîne  dans  l'ancienne  routine  ;  et  le  premier  peut  sans 
crainte  se  laisser  traiter  de  micrologue  ou  de  visionnaire,  car 
ceux  qui  réagissent  sans  cesse  contre  ce  qui  vient  déranger 
leur  petit  système  artificiel  seront  bientôt  laissés  en  arrière, 
et  il  n'en  sera  plus  question.  Savez-vous  pourquoi  reste  main- 
tenant si  impuissante  cette  anatomie  pathologique  des  or- 
ganes qui  s'arrête  à  leur  superficie  ou  à  celle  de  leur  coupe, 
étude  à  laquelle  on  a  en  vain  cherché  de  rattacher  tous  les 
{Aénomènes  morbides?  C'est  qu'on  a  omis  de  tenir  compte 
de  l'état  des  éléments  des  tissus  qui  sont  les  agents,  ainsi 
que  des  principes  immédiats  des  humeurs  qui  les  traversent  et 
sont  les  conditions  d'action.  Les  hypothèses  les  plus  hardies, 
les  déductions  en  apparence  les  plus  puissantes ,  seront 
vaines  contre  cet  obstacle,  qui  ne  peut  être  surmonté  que 
parle  travail  long  et  malaisé,  mais  fructueux,  que  nous  pour- 
suivons ;  c'est  en  vain  que  vous  chercherez  à  le  remplacer 
par  quelque  chose  de  plus  facile,  il  faut  accepter  la  difficulté 
telle  qu'elle  est.  Notez  bien  qu'avant  d'aborder  le  côté  patho- 
logique, vous  tenteriez  plus  vainement  encore  de  vous  afiran- 
chir  de  l'étude  des  parties  à  l'état  normal  ;  c'est  pourtant  ce 
que  l'on  a  toujours  voulu  faire,  sans  doute  pour  montrer  par 
expérience  l'inutilité  des  travaux  exécutés  sans  méthode. 

C.  Influence  générale  de  la  différence  qui  existe  entre  le 
point  de  départ  que  nous  avons  pris  et  celui  qui  est  commune^ 
ment  adopté. 

34.  —  Les  doctrines  médicales  ont  tendu,  dans  ces  der- 
niers temps,  i  devenir  chimiques,  parce  que  les  médecins 


OlUECTlONb   A    i/kTLUF.   UES   PHINCIPES.  A? 

D.  Inconvénienh  de  la  marche  scientifique  habitufUement 
éditée  dans  les  travaux  du  genre  de  celui-ci, 

35. — Tous  les  travauxdecc  genre,  et  ils  sont  plus  nombreux 
qu'on  ne  croit,  n*ont  servi  a  construire  quoi  que  ce  soit.  La 
raison  de  cela,  c*est  que  toutes  les  fois  que  pour  construire^ce 
qui  nécessite  la  notion  de  rensenible,  on  procède  du  simple 
au  composé  au  lieu  d*adopter  la  marche  subjective,  on  n'ob- 
tient qu'une  accumulation  de  matériaux  incohérents,  dis- 
parates, inutiles,  nuisibles  par  conséquent.  Le  seul  résultat 
réel  des  travaux  chimiques  à  propos  d'anatomie  aura  été  de 
aoontrer  expérimentalement  leur  inutilité,  afin  que  personne 
ne  vint  commettre  la  même  faute. 

Les  faits  acquis  par  Tcxpérience,  et  ils  sont  nombreux  lors- 
qu'il s'agit  d'une  chose  aussi  compliquée  qu'un  être  organisé, 
k  méthode  subjective  les  générahse  par  induction  et  compa- 
laison  ;  mais  elle  commence  d*abord  par  les  regarder  tous 
eomme  contingents,  elle  les  considère  en  eux-mêmes  dans 
Umles  les  conditions,  et  les  coordonne  dans  l'ordre  de  leur 
complication  décroissante. 

De  la  connaissance  des  éléments  anatomiqueson  ne  saurait 
déduire  celle  des  tissus  ;  il  faut  étudier  les  éléments  d*un  côté, 
les  tissus  de  Tautre.  La  connaissance  des  éléments  perfeo- 
lionne  celle  des  tissus,  elle  lui  donne  plus  de  précision  et  de 
profondeur,  puisqu'elle  nous  fait  concevoir  nettement  par 
l'extérieur  ce  qui  existe  ou  se  passe  dans  l'intérieur  ;  mais 
eUe  n'exempte  pas  plus  de  Tétiide  du  tissu  pris  en  lui-même, 
que  l'étude  du  tissu  ne  fait  connaître  les  éléments.  La  con- 
naissance de  la  chimie  ne  peut  exempter  d'étudier  la  biologie, 
et  surtout  d'approprier  les  moyens  à  la  nature  nouvelle  des 
phénomènes  ;  et  quand  nous  dirons  nature  nouvelle,  ce  n'est 
pas  de  l'essence,  question  oiseuse,  dont  nous  voulons  parler  : 
c'est  nouvelle  quant  à  la  complication,  complication  qui  porte 
d'une  manière  corrélative  et  constante  aussi  bien  sur  la  sub- 
stance de  l'organisme  ou  agent  que  sur  les  actes. 

La  connaissance  des  caractères  chimiques  du  sel  marin,  de 
k  créatine,  de  l'urée,  etc.,  n'exempte  pas  de  poursui?re 


hb  PROLÉGOMàNES.   —  ART.    lY. 

expérimentalemenl^  à  nouveau,  sans  rien  déduire  de  ce-  qui 
précède,  tous  ces  composés  dans  l'organisme,  partout  où  ils 
sont,  en  quantité,  en  volume,  état  solide  ou  liquide,  d*en  re- 
chercher l'origine,  la  fin  et  le  rôle  dynamique.  La  notion  com- 
plète de  ces  principes  immédiats  ne  donne  pas  celle  des 
éléments  anatomiques,  pas  plus  que  ces  derniers  connus, 
vous  ne  connaissez  les  principes  qui  composent  leur  substance. 
Mais  la  connaissance  des  éléments  est  indispensable  pour 
l'étude  exacte  des  principes,  laquelle  à  son  tour  perfectionne 
celle  des  éléments  organiques.  Elle  conduit  surtout  à  se  faire 
une  idée  nette  et  précise  des  phénomènes  de  nutrition  que 
présente  leur  substance  et  sur  le  régulier  accomplissement 
desquels  repose  entièrement  la  manifestation  normale  des 
autres  propriétés  dont  ils  jouissent  encore.  Poursuivre  cette 
substance  partout  où  elle  se  présente  avec  quelque  particu- 
larité, reconnaître  à  quelles  proportions  des  principes  qui  la 
constituent,  ou  à  quels  principes  en  particulier  elle  doit  ces 
particularités,  tel  est  le  problème  long  et  difficile  qu'il  faut 
résoudre. 

36. — Il  sera  impossible  de  par>'enir  à  la  solution  des  grandes 
questions  d'anatomie  générale,  de  physiologie  et  de  pathologie, 
tant  que  l'on  ne  saura  pas  de  quelle  manière  ces  principes 
sont  unis  les  uns  aux  autres  pour  former  la  substance  organisée; 
tant  que  l'on  ne  saura  pas  comment  ceux  d'origine  minérale 
sont  unis  à  ceux  qui  cristallisent  aussi,  mais  ne  se  trouvent 
que  dans  les  corps  organisés  ;  tant  qu'on  ne  saura  pas  com- 
ment ces  derniers  se  réunissent  ensemble,  en  toutes  propor- 
tions, pour  former  un  troisième  groupe  de  principes  non 
cristallisables  ;  comment,  enfin,  les  principes  des  trois  classes 
ci-dessus  s'unissent  ensemble  pour  former  la  matière  orga- 
nisée susceptible  de  vivre,  c'est-à-dire  de  renouveler  inces- 
samment ses  matériaux  par  un  double  acte  de  combinaison 
et  de  décombinaison.  C'est  sur  la  solution  de  ces  questions, 
sur  l'étude  des  éléments  anatomiques  et  de  leur  arrangement 
réciproque,  que  reposent  toute  la  physiologie  et  la  pathologie 
générale. 


OMBCnONS   A   L*ÉTUDE   DES   PRINaPES.  A9 

Tant  que  ces  questions  ne  seront  pas  Iraitées  à  fond, 
nous  continuerons  à  rester  dans  une  stérile  agitation  ou 
dans  la  torpeur;  agitation  prise  pour  le  progrès,  torpeur 
prise  pour  la  stabilité,  mais  qui  n*est  que  découragement, 
suite  d'impuissance.  Depuis  l'étude  des  principes  jusqu'à  celle 
des  humeurs  et  des  tissus,  c'est  en  vain  que  vous  demanderez 
a  la  chimie  ou  à  la  physique  de  résoudre  les  questions  qui  s'y 
ra{^rtent,  car  elles  sont  anatomiques  et  physiologiques  :  ana* 
tomiques  en  elles-mêmes  ;  physiologiques  quant  aux  actes  ou 
aux  propriétés  que  manifestent  ces  corps.  C'est  à  nous-mêmes, 
anatomistes  et  médecins ,  qu'il  faut  les  poser  ;  à  nous ,  qui 
manifestons  notre  impuissance  en  réclamant  de  la  chimie  ce 
qu'elle  ne  pouvait  nous  donner,  et  qui  nous  plaignons  à  tort 
de  ce  qu'elle  brûle  ce  qu'elle  devrait  nous  décrire,  lorsque 
cest  à  nous  qu'en  revient  la  description.  Cette  étude,  il  est 
vrai ,  nous  la  devons  faire  à  l'aide  des  instruments  de  la  chi- 
mie,  mais  indépendamment  des  hypothèses  chimiques* 

Ecoutez ,  du  reste ,  ce  que  pense  sur  ce  point  un  chimiste 
profond  : 

cLe  moment  approche,  pour  la  chimie  animale,  où  Texpé- 
rience  qu'on  a  acquise  par  l'étude  des  métamorphoses  qui 
s'opèrent  dans  les  produits  organiques  de  nos  laboratoires 
nous  conduira  à  des  spéculations  chimiques  sur  celles  qui 
s'opèrent  dans  les  corps  vivants,  et  où  les  chimistes,  qui  ne 
fressenient  pas  la  nécessité  de  connaissances  profondes^  spé^ 
ciales  et  détaillées^  sur  chaque  partie  de  la  physiologie  en 
particulier  j  notis  indiqueront  hardiment  quels  sont  les  phéno^ 
mènes  chimiques  qui  ont  lieu  dans  les  actes  de  nature  vitale. 
Cette  espèce  facile  de  chimie  physiologique  est  créée  sur  la 
table  a  écrire,  et  elle  est  d'autant  plus  dangereuse  qu'elle  est 
développée  avec  plus  de  génie  ;  car  la  foule  des  lecteurs  ne 
saura  pas  distinguer  ce  qui  peut  être  exact  de  ce  qui  n'est 
que  possible  ou  probable,  et  de  cette  manière  elle  sera  égarée 
par  des  probabilités,  elle  les  considérera  comme  des  réaUtés, 
et  une  fois  admises ,  elles  nécessiteront  des  efforts  considé- 
rables pour  les  bannir.  La  facilité  qu'il  y  a  à  faire  de  la  cbi- 
I.  U 


oBiBcrmfs  A  L*iïTUH  «M  MimtPBs.  si  ' 

nous  Mt  pta  wcore  atMS  connue  expérimentalement ,  tOÊin* 
(pî^èxi  fond,  constitue  les  actes  d'assimilation  et  de  désassimi^  • 
litkm  de  la  nutrition  ;  nutrition  qui  est  le  plus  général  des  ' 
phénraoènea  de  la  vie  et  en  reproduit  la  définition.  Sur  la^ 
cnuuôasaoce  de  cette  union  et  de  ces  réactions  donc  reposent 
ks  thÀuies  physiologiques  et  médicales  les  plus  fondamen» 
taies;  car  une  théorie  exprime  un  fait  général,  qui  est  le* 
Mvetr  servant  à préwnr^  afin  à* agir.  Si  donc  ces  faits  gêné*- 
raux,  tant  anatomiques  ou  statiques  que  physiologiques  on- 
dynamiques,  si  on  ne  les  connaît  pas,  on  ne  pourra  pas  pré*- 
osîir,  mais  seulement  souptonner^  et  Tonne  réossira qu'autant 
que  la  h|»ard  aura  fait  tomber  juste  le  soupçon.  Mais  on  ne- 
réussira  pas  si  l'on  ne  devine  pas  juste,  ce  qui  arrive  son^ 
vent  ;  aussi  préfëre-t-on  ne  pas  chercher  à  prévoir  :  d'où  le 
mauvais  empirisme,  qui  est  l'étude  de  chaque  acte  morbide 
isolément,  indépendamment  de  ses  conditions  d'existence,  gé- 
néralement appelées  eaufat. 

S8f — 'Ainsi  donc,  partant  de  la  ecmnràsance  des  parties  da- 
corpalea  plus  complexes,  des  notions  organiques  les  plus  lAe*' 
véa8,nou8  descendons  successivement  jusqu'à  reconnaître  que 
rorganîsme  se  subdivise  en  tissus  et  en  humeurs,  ceux-ci  en' 
éléments  eten  principes  immédiats.  De  ceùx-ci,les  uns  se  trou* 
veatdtre  des  composés  définis  cristallisables  :  ce  sont  les  plus 
nombreux,  mais  les  moins  abondants,  quant  à  là  masse.  LeaT  * 
autres  ne  sont  pas  cristallisables  ;  ils  sont  formés  par  union, 
en  toutes  proportions ,  de  quelques  uns  des  autres  ;  ils  sont 
peu  nombreux,  mais  abondants.  Voilà  qui  est  un  fait  expé*' 
rimental,  contingent,  qui  aurait  pu  être  tout  autre,  mais  qui 
se  trouve  être  ainsi.  Puis ,  ces  principes ,  il  faut  les  prendre' 
m  euxHmèmes  pour  ce  qu'ils  sont ,  comme  on  le  fait  pour 
diaque   espèce  d'^ément  anatomique  proprement  dit.  Vu^ 
les  propriétés  de  ces  corps,  il  faut  le  faire  à  Taide  dea 
instruments  chimiques,  mais  indépendamment  de  toute  hypo- 
thèse chimique  ;  car,  en  procédant  chimiquement,  on  détruit 
éléments  et  principes,  tandis  qu'il  fautdédoubler  les  humeurs 
en  principes  généralement  cristallisables ,  las  éléments  ëri 


.( 


52  PROLÉGOMÈNBt».   —  ART.    IV. 

principes  non  cristallisables  ou  substances  organiques;  gé- 
néralement lesquelles  se  dédoublent  à  leur  tour  en  principes 
cristallisables,  comme  le  suif  en  stéarine,  oléine  et  margarine. 
L'état  stationnaire  dans  lequel  nous  sommes  depuis  si  long- 
temps tient  à  ce  qu'on  a  procédé  en  sens  inverse  ;  on  a  déduit 
de  la  physique  et  chimie  à  Fanatomie.  Aussi  peut-être  ces  re- 
marques, résultais  généraux  d'expériences  de  toutes  sortes 
sur  la  matière  organisée ,  seront-elles  peu  acceptées ,  sur- 
tout probablement  par  les  chimistes,  qui  sont  peu  préparés 
à  le  faire ,  leurs  études  ne  s'étendant  jamais  jusqu'à  l'ana- 
tomie  et  la  physiologie  poursuivies  depuis  une  extrémité 
jusqu'à  l'autre  ;  mais  ce  qu'il  importe  surtout,  c'est  que  les 
médecins  le  comprennent. 


PREMIER   ORDRE   d'oRJECTIONS. 


S9.  —  La  première  objection  qui  nous  soit  faite  habituel- 
lement consiste  à  dire  que  :  l'histoire  des  principes  immé- 
diats n'appartient  pas  à  l'anatomie.  Le  peu  de  fondement  de 
cette  objection  se  manifeste  aussitôt  par  l'hésitation  habi- 
tuelle que  détermine  la  demande  de  fixer  sa  situation  dans 
la  hiérarchie  scientifique  ;  mais  ceux  qui  n'hésitent  pas  la 
placent,  les  uns  dans  la  chimie,  les  autres  dans  la  physiologie, 
d'autres  entre  Tune  et  l'autre,  comme  si  l'on  pouvait  être 
assis  entre  deux  chaises  ;  ou  bien  dans  Tune  et  l'autre  à  la 
fois,  comme  si  Ton  pouvait  être  dans  deux  endroits  simulta- 
nément. 

Ces  divergences  ne  manifestent  pas  moins  que  l'hésitation 
le  peu  de  fondement  de lobjection. 

&0. —  !•  La  stœchiologie  doit-elle  rentrer  dans  le  domaine  de 
la  chimie,  parce  que  la  plupart  des  principes  immédiats  s&nt 
des  composés  chimiques  définis? 

Nous  venons  de  montrer  (art.  III  et  IV)  que  parmi  les  prin- 
cipes immédiats  de  l'organisme,  il  s'en  trouve  qui  sont  des  corps 
définis  cristallisables  :  l'histoire  de  ces  corps,  prise  d'une  ma- 
nière absolue,  présente  conséquemment  deux  câtéf»;  mab  ces 


0BJECT10JI9  A  L  £TtDli;  J>K«^  PRIMCIPES.  5S 

deux  faces  sont  essentiellement  distinctes  et  ne  doivent  nulle* 
ment  être  confondues.  En  tant  que  composés  définis  cristalU- 
saUes  extraits  du  corps,  ils  doivent  être  étudiés  en  chimie,  au 
même  titre  qu'un  silicate  ou  un  carbonate  extraits  de  la  terre* 
En  tant  que  partie  constituante  du  corps,  nous  avons  vu  qu'ib 
devaient  être  étudiés  en  anatomie  au)  même  titre  que  toute 
autre  partie  de  Forganisme.  Inutile  de  revenir  sur  ce  fait. 
Cette  objection  repose  donc  en  entier  sur  une  connaissance 
incomplète  ou  inexacte  de  la  détermination  des  attributions 
de  Tanatomie ,  d'une  part ,  et  de  la  chimie  de  Tautre  ;  suite 
nécessaire  d'une  trop  grande  spécialisation  des  études  théo- 
riques fondamentales. 

Et  même,  comme  en  définitive  la  chimie  doit  toujours  être 
faite  dans  un  but  utile  et  déterminé,  il  est  plus  d'un  corps 
dont  l'étude  chimique,  jusqu'alors  presque  négligée  ou  faite 
seulement  à  l'égal  de  celle  d'un  composé  quelconque ,  sera 
au  contraire  poursuivie  d'une  manière  spéciale  et  approfondie  ; 
parce  qu'il  est  reconnu  qu'ils  sont  devenus  plus  importants  i 
bien  connaître,  par  suite  de  ce  fait,  que  ce  sont  des  principes 
immédiats.  C'est  ainsi  surtout  que  la  chimie  proprement  dite, 
on  scientifique,  deviendra  utile  à  la  stcechiologie.  Mais  si 
l'étude  anatomique  des  principes  suppose  faite  leur  histoire 
chimique ,  ces  deux  études  ne  doivent  pas  plus  être  con- 
fondues qu'on  ne  confond  la  physique  avec  la  chimie, 
quoique  l'étude  de  celle-ci  suppose  faite  celle  de  la  première  ; 
pas  plus  qu'on  ne  confond  l'ensemble  de  ces  deux  sciences 
avec  Tanatomie,  parce  que  leur  connaissance  est  indispensable 
pour  les  études  organiques. 

Notez  bien,  d'autre  part,  que  tous  les  principes  immédiats 
ne  sont  pas  dans  le  cas  des  précédents  ;  tous  pris  en  eux- 
mêmes  ne  peuvent  pas  être  le  sujet  de  deux  ordres  d'études/ 
Tun  organique,  l'autre  inorganique.  Tous  les  principes  non 
cristallisables,  de  composition  chimique  indéfinie,  comme  les 
graisses,  l'albumine,  la  fibrine,  etc.,  doivent  être  étudiés  en 
anatomie  et  en  anatomie  seulement  ;  et  cela,  parce  que  ce  ne 
«ont  pas  des  composés  définis  cristallisables.  Il  faut  les  prendre 


"bh  PROLÉGOMÈNES.   —  ARt.   IV. 

en  eux-mêmes,  pour  ce  qu  ils  sont,  et  les  poursuivre  dans 
toutes  les  régions  de  Téconomie,  etc.,  en  examinant  toutes 
leurs  particularités  et  modifications,  cx)mme  on  le  fait  pour  toute 
.autre  partie  de  l'organisme,  les  fibres  musculaires,  les  tubes 
nerveux,  par  exemple,  etc.  Ces  principes  formés  par  Tanion, 
en  proportion  variable  indéfinie ,  de  ceux  qui  sont  crislalli- 
.saUes  et  d'origine  organique  seulement,  présentent,  en  effet, 
quelques  ditTérences  dans  leurs  caractères,  suivant  les  r^ons 
de  réconomie  où  ils  se  trouvent  ;  absolument  comme  tous 
les  éléments  anatomiques  (fibres,  tubes,  cellules,  etc.),  qui  ne 
sont  pas  placés  exactement  dans  les  mêmes  conditions  de 
nutrition ,  de  pression ,  de  mélange ,  de  texture,  etc. 

Ne  croyez  pas  que  parce  qu'on  a  étudié  jusqu'à   pré- 
sent ces  principes-la,  exclusivement  en  chimie  ou  en  phy- 
siologie, il  doive  continuer  d*en  être  ainsi.  L'imperfection  de 
:  leur  histoire  sous  beaucoup  des  points  de  vue  qui  devraient 
être  utiles  en  médecine  :  l'inutilité,  sous  ce  rapport,  de  la 
plupart  des  faits  que  nous  a  enseignés  la  partie  purement  chi- 
mique de  leur  étude ,  montre  assez  que  celle-ci  pèche  par 
.  quelque  côté  important.  Elle  pèche  précisément  parce  que 
.  l'étude  anatomique  proprement  dite  n'a  pas  été  faite  d'une 
manière  satisfaisante,  préoccupé  qu'on  était  par  les  recherches 
'  chimiques. 

Nous  avons  déjà  fait  voir  comment,  pour  n'avdr  pas 
séparé  le  côté  anatomique  du  côté  inorganique  des  prin- 
cipes immédiats  cristallisables,  on  avait  été  bientôt  entraîné 
à  comprendre,  dans  les  attributions  de  la  chimie,  des  corps 
dont  rétude  ne  lui  revient  pas,  puisque  ce  ne  sont  pas  des 
composés  chimiques  définis.  Il  y  a  là  un  vice  d'attributions 
scientifiques  dont  nous  avons  fait  sentir  les  inconvénients,  et 
•  maintenant  qu'il  est  connu ,  cet  état  de  choses  doit  cesser. 
Maintenant  que  l'on  peut  savoir  exactement  à  quelle  subdi- 
vision de  la  science  appartient  l'étude  de  ces  corps  et  dans 
quel  but  elle  doit  être  faite  ;  maintenant  que  les  insuccès  des 
recherches  purement  chimiques  au  point  de  vue  de  l'utilité, 
même  indirecte,  en  physiologie,  nous  sont  parfaitement  con- 


OBJECTIONS   A   LETtDK   DES  PRINCIPES.  56 

uus,  on  De  peut  ni  ne  doit  hésiter  à  faire  rentrer  dans  le  do- 
maine de  Fanatomie  ce  qui  lui  revient,  ni  à  mettre  chaque 
chose  à  sa  place.  La  nécessité  où  Ion  est  de  fondre  dans  la 
chimie  Thistoire  des  substances  organiques  ,  non  cristalli- 
sables,  de  composition  indéfinie,  quand  on  ne  sépare  pas  le 
côté  anatomique  du  côté  chimique  de  Texamen  des  principes 
immédiats  cristallisables,  aurait  dû  suffire  i  elle  seule  pour 
moQtrer  qu'il  s'agit  là  de  deux  ordres  distincts  d'étude. 

&1« — 2*£a  siœckiologie  fCeêirtlle  qu  une  partie  de  la  chimie^ 
parce  que  l'histoire  anatomique  de  chaque  principe  immédiat 
$$t  Uen  moins  étendue  que  la  partie  chimique  de  leur  étude? 

Cette  objection  est  peu  sérieuse  au  fond  ;  car,  qu'importe 
rétendue  relative  de  ces  études  à  côté  du  but  que  l'on  se  pro- 
pûee  d'atteindre  et  que  l'on  atteint  ? 

Dans  notre  livre,  la  partie  anatomique  proprement  dite  de 
rhistoire  des  principes  immédiats  est  peu  étendue  compara- 
tivement à  celle  du  paragraphe  qui  traite  de  leur  extraction, 
laquelle  est  souvent  appuyée  par  des  notions  de  chimie, 
surtout  quand  il  s'agit  d'un  corps  encore  peu  étudié  chimi- 
quement. Il  ne  faudrait  pas  croire  d'après  cela  que  la  valeur 
du  travail  soit  diminuée  sous  le  rapport  anatomique.  Gela 
indique  seulement  qu'entraîné  jusqu'à  présent  par  un  autre 
point  de  vue,  qui  n'a  conduit  qu'à  fort  peu  de  résultats  utiles, 
on  a  négligé  le  côté  important,  le  côté  anatomique.  Cela  in- 
dique que  ce  côté  de  rhistoire  des  principes  immédiats  est  peu 
avancé,  mais  nullement  qu'il  n'existe  pas.  L'étendue  relative 
ira  en  sens  inverse  à  l'avenir,  dès  que  les  procédés  d'extrac- 
tion auront  été  simplifiés;  dès  que,  prenant  chaque  principe 
Tun  après  l'autre,  on  le  poursuivra  dans  toutes  les  parties  de 
l'économie  où  il  se  rencontre,  pour  chercher  à  connaître 
toutes  les  particularités  qu'il  présente  et  le  rôle  qu'il  y 
remplit. 

L'exposé  que  renferme  ce  livre  doit  au  reste  mettre  à  même 
quiconque  sait  un  peu  d'anatomie  et  de  chimie  d'aller  plus 
loin  que  nous.  Absorbé  que  se  trouve  l'esprit  par  la  nécessité 
de  se  maintenir  à  un  \mul  de  vue  méthodique,  indispensable 


96  PROLÉGOMÈNES.    —   ART.    IV. 

pour  retirer  de  travaux  chimiques  de  tous  genres  la  partie 
de  l'histoire  anatomique  des  principes  confondue  avec  son 
côté  inorganique,  nous  avons  pu  omettre  involontairement, 
mais  presque  inévitablement  un  certain  nombre  de  faits  de 
détails.  Hais  il  est  bien  certain  que  se  basant  sur  ce  qui  est 
fait  ici  pour  tous  les  principes,  on  pourra  bien  vite  en  pousser 
rétude  anatomique  à  un  degré  de  précision  plus  grand,  dès 
qu'on  prendra  séparément  chacun  d'eux  pour  Fétudier  à  part. 
A2.  —  3<*  L'histoire  des  principes  immédiats  doit  être  fon- 
due dans  la  physiologie  et  lui  revenir. 

Cette  objection  ne  repose  que  sur  une  idée  inexacte  de  ce 
qui  revient  àVanatomie  et  a  la  physiologie,  point  que  nous  avons 
déjà  traité  plus  haut  (art.  III  et  IV).  Il  est  impossible,  dit-on, 
d'en  concevoir  l'étude  séparément  de  celle  delà  physiologie; 
séparément  des  phénomènes  qui  se  passent  dans  les  humeurs, 
qui  sont  les  parties  essentiellement  actives  et  le  sont  toujours, 
en  sorte  qu'on  ne  peut  se  les  représenter  un  instant  à  l'état 
de  repos. 

Nous  avons  déjà  vu  que  les  actes  qui  se  passent  dans  les 
solides  sont  aussi  importants  que  ceux  qui  ont  lieu  dans  les 
humeurs,  et  l'importance  de  ces  derniers  porte  sur  ce  qu'on 
ne  peut  concevoir  les  autres  sans  qu'eux  aient  lieu  aussi. 

Les  changements  continus  que  présentent  incessamment 
dans  les  humeurs  les  principes  immédiats  au  point  de  vue 
de  leur  quantité  relative,  etc.,  sont  très  réels;  mais  il  n'en 
est  pas  moins  vrai  qu'on  peut  prendre  chaque  humeur  à 
un  état  donné,  et  voir  quels  sont  les  principes  qui  s'y 
trouvent  et  en  quelle  quantité.  Le  tout  est  de  subordonner 
l'analyse  anatomique  du  liquide  à  l'état  physiologique  ; 
en  un  mot,  de  toujours  tenir  compte  de  Tétat  physiolo- 
gique de  l'humeur  au  moment  de  l'analyse,  et  non  pas  de 
considérer  chaque  fluide  comme  un  tout  invariable  et  con- 
stamment le  mémo.  C'est  ce  qu'a  si  bien  fait  ressortir  M.  Ber- 
nard en  montrant  que  puisque  la  bile  est  acide  dans  les 
intervalles  des  digestions,  et  alcaline  pendant,  on  ne  peut 
admettre  que  sa  constitution  soit  la  m^me  dans  les  deux  cas, 


OBJECTlorHS   A   l'ÉTLDE   DES   PRINCIPES.  57 

et  il  faut  en  extraire  les  principes  immédiats  dans  l'une  et 
dans  l'autre  condition. 

Malgré  l'évidente  nécessité  d'étudier  au  point  de  vue  sta- 
tique ou  anatomique  les  principes  immédiaLs,  puisqu'ils  pren- 
nent part  à  la  oon^lt/ufion  des  humeurs  et  des  solides,  au  même 
titre  que  les  éléments  à  la  formation  des  tissus,  nous  avons 
vu  pourtant  des  auteurs  admettre  le  titre  de  chimie  physitH 
logique  et  ne  pas  comprendre  celui  de  chimie  anatomique; 
comme  si  l'un  pouvait  aller  sans  l'autre.  Du  reste,  déjà  nous 
avons  dit,  que  ces  titres  réunis  ou  séparés  sont  aussi  vicieux 
l'un  que  l'autre,  et  que  c'est  de  peur  de  n'être  pas  compris  à 
l'époque  actuelle,  que  cédant  aux  observations  qui  nous  ont 
été  faites  à  cet  égard,  nous  avons  joint  ce  titre  à  celui 
A'élude  des  principes  immédiats. 

Les  changements  continus  qui  ont  lieu  dans  les  hu- 
meurs ,  changements  qui  caractérisent  le  double  mouvement 
nutritif  qui  s'y  passe,  ont  lieu  tout  aussi  bien  dans  les  solides, 
et  le  fait  est  par  trop  évident  pour  qu'il  soit  nécessaire  d'in- 
sister sur  ce  point.  Il  est  bien  certain  que  dans  les  solides  il  se 
passe  également  des  modifications  correspondantes  à  celles 
des  humeurs  sous  le  rapport  de  la  quantité,  etc.,  de  chacun 
de  leurs  principes  immédiats;  car  le  mouvement  nutritif, 
qui  s'opère  par  transport  et  union  et  désunion  des  principes 
immédiats,  s'opère  dans  les  solides  comme  dans  les  humeurs, 
quoique  avec  une  moindre  intensité  ou  rapidité.  Il  n'y  a  là 
qu'une  différence  de  degré,  mais  non  différence  absolue; 
c'est  à  tort  et  faute  de  connaître  suffisamment  la  constitution 
et  les  propriétés  des  éléments  anatomiques,  qu'on  a  pu  croire 
que  les  modifications  qui  ont  lieu  dans  les  humeurs  par  suite 
du  mouvement  nutritif,  ne  se  passent  pas  dans  les  solides. 

AS.  —  4*  L'étude  des  principes  immédiats  doit-elle  être 
placée  entre  la  chimie  et  Vanatomie? 

n  se  trouve,  en  effet,  que  les  principes  immédiats,  vu  leur 
plus  grande  simplicité  que  les  autres  parties  du  corps  (puisque 
celles-ci  sont  constituées  par  ceux-là),  doivent  être  placés  à 
la  partie  inférieure  de  l'anatomie  ;  il  se  trouve  en  outre  que, 


68  PKOLÉtiOMÈNËS.   —   àHT.    IV. 

par  suite  de  cette  simplicité ,  l'examen  de  leurs  propriétés 
exige  remploi  continu  de  connaissances  et  de  procédés  cbi* 
miques  ;  mais  il  faut  de  toute  nécessité  que  cette  place  soit 
nettement  déterminée,  et  nous  avons  suf&sanmient  démontré 
que  c*est  du  côté  de  Tanatomie  que  la  balance  doit  pencher 
et  rester  ûxée.  Des  idées  vagues  là  où  il  faut  précisément  les 
notions  les  plus  exactes,  et  une  vicieuse  détermination  des  at- 
tributions de  la  chimie  et  de  Tanatomie,  ont  seules  pu  faire 
admettre  une  idée  aussi  opposée  à  toute  méthode  scientifique. 

hà.  —  5»  La  stœchiologie  est-elle  une  subdivision  de  la 
science  tenant  à  la  fois  de  la  chimie ,  de  l'anaiomie  et  de  la 
physiologie  ? 

n  faut  d'abord  appliquer  ici  ce  que  nous  venons  de  dire  (i^). 
De  plus ,  il  est  bien  évident  qu'elle  appartient  à  l'anatomie 
par  son  sujet,  qui  est  l'étude  d'un  ordre  des  parties  consti- 
tuantes de  l'organisme,  et  par  son  but  ou  objet,  qui  est  de 
connaître  l'organisation.  I^es  moyens  employés  pour  atteindre 
le  but  sont,  il  est  vrai,  en  partie  ceux  de  la  chimie,  mais  ib 
sont  dirigés  dans  un  autre  esprit.  De  plus,  ce  n'est  jamais 
d'après  les  procédés  employés  que  se  font  les  déterminations 
d'attributions  scientifiques,  puisque  c'est  la  nature  de  Tétude 
mémo  qui  détermine  la  nature  des  procédés.  Ce  qui  la  déter- 
mine ,  c'est  la  nature  simple  ou  complexe  des  phénomènes , 
c'est  la  destination  finale  de  l'étude.  C'est  donc  pour  avoir 
confondu  le  moyen  avec  le  but  que  cette  objection  a  pu  être 
mise  en  avant. 

DEUXIÈME  ORDRE  d'oBJEGTIOMS. 

46.—  Mais,  dira-t-on,  c'est  s'imposer  forcément  des  répé- 
titions que  de  parler  maintenant  du  chlorure  de  potassium, 
de  la  créatine,  de  l'urée,  etc.,  pour  en  parler  encore  en 
traitant  du  sang,  des  muscles,  de  l'urine,  etc.,  et  évidem- 
ment l'histoire  des  principes  immédiats  doit  être  fondue 
dans  celle  des  humeui*s  et  des  tissus  ;  elle  eu  fait  partie. 

C'est  là  un  faible  argument,  et  pour  deux  raisons. 


OBJBGnONS  A  l'étude  DES  PRINCIPES.  69 

9*abord ,  da  moment  où  le  discours  iren  devient  pas 
fatigant  et  désagréable ,  qu'importe  que  l'on  se  répète,  si 
cela  est  nécessaire  pour  que  l'exposition  soit  claire,  et  si 
Ton  est  ainsi  conduit  à  éviter  toute  confusion.  Voilà  pour 
Tordre. 

Mais  fl  y  a  une  raison  autrement  importante  qui  montre  à 
la  fois  qu'il  n*y  a  pas  de  répétition  en  faisant  séparément 
lliistoire  des  principes  immédiats,  puis  celle  des  humeurs;  et 
cette  raison  montre,  de  plus ,  que  ces  deux  sujets  ne  peu- 
vent ni  ne  doivent  être  fondus  en  un  seul.  Dans  l'his- 
tmre  des  principes  immédiats,  il  s'agit  de  poursuivre  cha- 
cun d^eux  (sel  marin,  urée,  créatine,  etc.)  partout  0& 
il  se  trouve  dans  Téconomie  ;  au  point  de  vue  de  la  quan- 
tité absolue  et  relative,  de  sa  durée,  de  son  état  solide  ou  li- 
quide, directement  ou  par  solution  à  l'aide  d'un  autre  corps, 
de  son  origine ,  de  sa  fin,  etc.  Le  principe  est  ici  considéré 
en  lui-même  ;  son  histoire  est  faite  complètement,  par  rapport 
à  Torganisme,  sous  tous  les  rapports,  tant  normaux  que 
morbides;  puis  ensuite  chaque  élément  organique,  chaque 
humeur  ou  chaque  tissu  (fibres  musculaires,  sang,  lymphe, 
bile,  tissu  adipeux,  etc.),  seront  étudiés  sous  les  mêmes  points 
de  >aie  des  régions  où  on  les  trouve,  de  la  quantité,  durée, 
couleur,  odeur,  et,  en  arrivant  à  Ténumération  des  parties 
qui  les  composent,  seront  énumérés  les  principes  qui  les  con- 
stituent. Mais  là  ce  n'est  pas  l'histoire  du  principe  qui  est 
refaite;  ce  n'est  qu'un  rappel  du  nom  et  de  l'état  solide 
ou  liquide  par  dissolution  directe  ou  indirecte.  Réunir  par 
simple  énumération,  les  uns  à  côté  des  autres,  les  principes 
immédiats  les  plus  divers  qui  constituent  chaque  humeur,  les 
envisager  ensuite  spécialement,  s'il  y  a  lieu,  par  rapport  à 
celle-ci,  et  non  relativement  à  toute  autre  partie  du  corps, 
ce  n'est  pas  là  répéter  ce  qui  a  été  dit  à  propos  de  chaque 
principe  pris  à  part.  Envisager  un  certain  nombre  de  principes 
immédiats  différents  par  rapport  à  une  espèce  d'élément  ou 
une  humeur  qu'ils  constituent  spécialement,  ce  n'est  certai- 
nement pas  faire  la  même  chose  que  de  prendre  séparément 


60  PROLÉGOMàNfiS.   —  ART.    IV. 

chaque  principe  pour  réunir  autour  de  lui  tous  les  faits  qui 
se  rapportent  à  son  histoire. 

Dans  rétude  des  tissus  et  des  humeurs ,  tous  les  faits  re- 
latifs à  chaque  principe  sont  dispersés  et  envisagés  sous  un 
point  de  vue  tout  spécial,  et  pour  chacune  d'elles  ils  se  ré- 
duisent à  peu  de  chose.  Dans  l'étude  des  principes,  consi- 
dérés  chacun  comme  partie  constituante  de  l'organisme,  les 
faits,  pris  sous  un  autre  point  de  vue  du  reste,  sont  groupés 
autour  de  lui,  et  d'un  seul  coup  d'œil  on  en  saisit  toute 
l'histoire.  De  plus,  il  est  facile  de  voir  que,  ces  faits  con* 
nus,  l'étude  des  humeurs  acquiert  un  degré  de  précision  et 
de  simplicité  qu'elle  laisse  encore  à  désirer  ;  car  alors  on 
n'est  plus  obligé  de  refaire,  à  propos  de  chacune  d'elles  ou 
de  chaque  tissu ,  l'histoire  plus  ou  moins  abrégée  de  chacun 
des  principes  qui  en  compose  la  substance. 

Ainsi,  d'une  part,  quand  les  mêmes  faits  se  trouvent 
mentionnés  en  stœchiologie  d'abord ,  puis  en  histologie  ou 
en  hygrologie ,  il  n'y  a  dans  ce  cas  que^rappel  et  non  répé* 
tition  ;  ou  bien  ils  sont  pris  sous  un  point  de  vue  nouveau 
qui  exige  la  connaissance  des  précédents.  D'autre  part,  la 
différence  des  sujets  traités,  puis  la  différence  du  but  qu'on 
se  propose,  montrent  que  ces  deux  ordres  d'études  ne  peu- 
vent être  fondus  en  un  seul. 

TROISIÈME  ORDRE    d'oBJEGTIONS. 

&6.  —  Mais,  dit-on  encore,  vous  allongez  indéfiniment  Tar 
natomie;  comment  faire  si  l'on  vient  encore  lui  adjoindre  un 
nouvel  ordre  d'études  ? 

n  n'en  est  rien  pourtant.  Ne  croyez  pas  qu'en  montrant 
qu'il  y  a  réellement  dans  l'anatomie  un  ordre  de  parties  qui 
ne  s'y  trouve  pas  encore  étudié,  et  dont  il  faut  pourtant  s'oc- 
cuper, ou  augmente  la  durée  et  la  difficulté  des  études.  Loin 
de  là  ;  car  il  ne  faut  pas  se  guider,  pour  en  juger,  sur  nos 
livres  actuels,  dont  la  longueur  et  l'aridité  ne  tiennent  qu'à 
la  confusion  de  choses  différentes  et  au  nombre  de  celles  mal 


OBJBCTIOMS  A  L*ÉTVDF.  DES  PRINCIPES.  (51 

classées  qu'ils  renferment;  il  s*agit  maintenant  soit  de  les 
âaguer,  soit  de  les  coordonner,  ce  qui  les  abrège  en  les 
simplifiant.  U  ne  faut  pas  même,  à  cet  égard,  se  guider  en* 
tièrement  sur  ce  livre,  dont  la  longueur  tient  à  la  pénible  né- 
cessité où  nous  sommes  de  combattre  incessamment  des  faits 
encore  admis,  de  donner  pour  chaque  principe  un  historique 
bstidieux,  et  de  faire  Fhistoire  des  principes  qui  n'exia- 
tem  pas,  mais  qu'on  avait  cru  exister  ;  autant  de  questions 
que  nous  avons  dû  traiter,  mais  dont  l'utilité  n'est  qu'ac- 
cessoire et  momentanée. 

D*abord,  en  étudiant  ainsi  chaque  chose  à  sa  place,  la 
chimie  et  Thistoire  des  tissus  et  des  humeurs  se  trouvent 
abrégées  d'autant,  sans  compter  qu'elles  deviennent  plus  com- 
plètes et  plus  précises.  On  sait  en  effet  que  l'anatomie,  au 
point  de  vue  de  la  méthode,  sert,  surtout  en  physiologie  nor- 
male et  pathologique,  à  rattacher  d'une  manière  nette  chaque 
notion  physiologique  à  une  disposition  anatomique  corres- 
pondante, de  manière  à  empêcher  toute  divagation,  toute 
hypothèse  inutile,  sur  la  relation  probable  de  cause  à  effet 
entre  l'état  de  l'organisme  et  l'acte  correspondant.  Il  est  bien 
évident,  dès  lors,  que  les  actes  nutritifs  si  variés  qui  se 
passent  dans  les  tissus  et  les  humeurs  ne  pourront  être  nette- 
ment interprétés  qu'à  l'époque  où  l'on  sera  parvenu  à  déter- 
miner: d'abord  le  nombre  des  espèces  de  principes,   puis 
auxquels  de  chacun  de  ceux-ci  se  rapportent  les  actes  en 
question.  Des  notions  plus  exactes,  plus  organiques,  si  l'on 
peut  dire  ainsi,  sur  les  principes  immédiats,  eussent  certaine- 
ment empêché  de  s'écarter  autant  de  la  réalité  dans  les  nom- 
breuses hypothèses  faites  par  chaque  médecin  sur  la  goutte, 
le  rhumatisme,  etc.,  à  propos  de  l'urée,  de  l'acide  urique,  etc. 
La  pathologie  générale  et  spéciale  se  trouvent  ainsi  également 
simplifiées,  dès  qu'on  peut  et  qu'on  a  soin  de  faire  des  théories 
toujours  en  rapport  exact  avec  les  propriétés  et  la  disposition 
anatomique  des  principes  dans  l'économie  ;  car  c'est  sur- 
tout à  des  modifications  des  actes  nutritifs  et  de  ceux  qui 
s'y  rattachent  secondairement  que  sont  dus  les  phénomènes 


62  PROLÉGOUàNES.  —  ART.  IV. 

principaux  des  affections  morbides  dites  générales,  d'après 
cela  même  que  la  nutrition^  n'ayant  plus  lieu  iQormalement, 
toutes  les  parties  de  Torganisme  sont  nécessairement  ea 
souffrance. 

Il  n*est  personne  de  ceux  qui  ont  parcouru  cette  immense 
quantité  de  travaux  petits  ou  grands  qui  remplissent  les  re- 
cueils, et  dont  les  volumes  se  comptent  par  centaines,  qui 
n*ait  senti  le  besoin  de  coordonner  ces  matériaux  épars , 
lesquels,  lorsqu'ils  sont  de  même  nature ,  se  lient  souvent 
les  uns  aux  autres  par  quelques  points.  L'bistoire  des  prin- 
cipes immédiats  satisfait  à  cette  nécessité  ;  cette  quantité  si 
considérable  d'analyses  de  liquides,  de  calculs,  de  tumeurs, 
se  trouve  ainsi  utilisée  et  chacune  d'elles  trouve  sa  place. 
Tous  ces  matériaux,  enchaînés  les  uns  aux  autres  et  utiliséi 
chacun  selon  sa  valeur,  ne  sont  plus  difficiles  à  retenir;  car 
cette  coordination  fait  que  ce  n'est  plus  à  la  mémoire  nomi^ 
nale  seule  qu'on  peut  avoir  recours ,  mais  encore  à  la  corn** 
paraison  et  i  la  coordination. 

U  s'agit  donc  maintenant  de  coordonner  ces  matériaux  qui 
surabondent  et  de  les  reviser  en  substituant  à  la  méthoda 
ancienne  une  méthode  plus  parfaite  et  plus  précise.  Il  ne 
s'agit  plus  d'en  faire  à  la  hâte  des  compilations  plus  ou  moiot 
confuses  et  dépourvues  de  l'ordre  qui  fait  éviter  les  omissions; 
ouvrages  qui  ont  paru  depuis  quelques  années,  en  Angleterre 
et  même  en  Allemagne,  en  assez  grandnombre.il  faut  que 
chaque  travail  soit  pesé,  et  rejeter  sans  hésitation,  dansl'hi»* 
toire  de  la  science,  le  nombre  considérable  de  ceux  qui,  par 
suite  de  procédés  trop  grossiers  ou  par  toute  autre  raison , 
ne  renferment  pas  de  résultats  suffisamment  certains. 

QUATRIÈME  ORDRE  d'oBJECTIONS. 

47.  — On  nous  reproche  de  rétrograder,  de  faire  reculer  la 
science,  en  repoussant  l'application  des  déductions  chimiques 
aux  faits  physiologiques. 

Ceux  quiaurontsuffisamment  senti  que  l'étude  des  principes 


OBJECTIONS  A    l'ÉTIDR   DES   PRINCIPES.  6i 

immédiats  est  faite  dans  le  but  d'arriver  à  mieux  connaître 
la  constitution  de  la  substance  dont  sont  formes  chaque  tube, 
chaque  fibre  ou  chaque  cellule,  etc.;  ceux  qui,  avec  Berzelius, 
pressentent  la  nécessité  de  connaissances  profondes,  spéciales^ 
diiaiUées^  de  Vorganisme^  pour  traiter  les  questions  pAy^tofo- 
ytfuer,  n'émettront  certainement  pas  une  semblable  objection, 
Ds  reconnaîtront  que  chacune  de  ces  questions  doit  être  étu- 
diée en  elle-même ,  prise  pour  ce  qu'elle  est,  en  tenant  tou- 
jours exactement  compte  de  l'état  des  parties  où  se  passe 
l'acte.  En  eflet,  nous  repoussons  la  logique  déducdve  dans 
ce  cas  ;  mais  nous  employons  celle  qui  procède  par  compa^ 
raison  et  induction.  Par  là,  nous  sommes  conduits  à  généra- 
liser, après  avoir  pourtant  étudié  expérimentalement  chaque 
problème  morbide  ou  normal,  depuis  les  causes  ou  conditions 
de  dissolution  et  de  précipitation  de  la  cholestérine  dans  la 
Inle  et  ailleurs,  jusqu'à  celles  qui  peuvent  donner  à  une  hu- 
meur la  propriété  de  réagir  acide  ou  alcalin  à  des  intervalles 
de  temps  très  rapprochés. 

Mais  de  ce  que  nous  substituons  ainsi  une  marche  plus 
lente  à  celle  que  Ton  avait  cru  pouvoir  choisir,  nous  ne  re- 
tournons pas  en  arrière  ;  car  nous  ne  faisons  que  continuer, 
en  la  complétant  et  en  la  systématisant,  celle  que  le  bon  sens 
pratique  a  toujours  conservée  instinctivement.  Du  reste,  il  ne 
faut  pas  croire  que  ce  soit  un  progrès  que  de  faire  ainsi  des 
applications  directes  des  hypothèses  chimiques  à  la  physio- 
logie; applications  que  bientôt  il  faut  abandonner,  après 
qu'elles  ont  fait  illusion  pendant  un  certain  temps.  Ainsi 
quoiqu'on  paraisse  aller  plus  lentement  en  prenant  une 
voie  qui  force  d'observer  directement  la  matière  organisée, 
de  l'étudier  en  elle-même ,  et  de  poursuivre  chaque  principe 
sous  tous  ses  points  de  vue ,  cette  marche  n'en  n'est  pas 
moins  en  définitive  la  plus  rapide  ;  car  elle  ne  force  pas  i 
abandonner  à  chaque  instant  les  déductions  hasardées,  don- 
nées pourtant  comme  vraies,  définitives  ;  comme  devant  expri- 
mer la  manière  dont  les  choses  se  passent  dans  l'économie 
vivante. 


0&  PROLlU:OMKNES.   —   ART.    V. 

ARTICLE  V. 

Bat  et  avantagef  de  rhistoire  dei  prinoîpei  immédMitc. 

&8. —  Comme  branche  de  l'anatomie,  Thistoire  des  princi- 
pes immédiats  a  naturellement  le  même  but  général  que  Tana- 
tomie,  qui  est  la  connaissance  précise  de  Torganisation. 

Prise  en  elle-même ,  la  stœchiologie  est  une  branche  de 
l'anatomie  qui  a  pour  sujet  Tétude  des  principes  qui  consti- 
tuent immédiatement  la  substance  organisée,  et  pour  but  ou 
objetj  d'arriver  à  connaître  comment  par  eux  est  constituée 
cette  matière. 

Nous  ne  sommes  plus,  en  effet,  à  une  époque  de  la  science 
où  ne  sachant  au  juste  à  quoi  l'appliquer,  dans  quelle  direc- 
tion la  faire,  on  doive  la  poursuivre  sans  se  proposer  un  but 
à  atteindre.  La  science  pour  la  science  a  pu  et  a  dû  être  faite 
à  diverses  époques,  lorsque  découvrant  par  l'expérience  une 
série  de  faits  nouveaux  (comme  ceux  relatifs  à  l'électri- 
cité, etc.),  ne  pouvant  encore  être  rattachés  à  aucun  autre 
ordre  de  phénomènes,  on  sentait  pourtant  la  nécessité  de  les 
étudier.  Mais,  actuellement,  toutes  les  sciences  fondamentales 
peuvent  être  disposées  rationnellement  les  unes  à  la  suite  des 
autres,  d'après  la  complication  croissante  des  faits  dont 
elles  traitent,  de  manière  à  pouvoir  dire  dans  quelles  limites 
chacune  d'entre  elles  est  utile  à  celle  qui  la  suit  ou  la  précède. 
Maintenant  aussi  nous  pouvons  savoir  quelle  est  la  liaison  et 
quelle  est  l'utilité  réciproque  des  diverses  subdivisions  inté- 
rieures secondaires  de  chaque  science,  toutes  classées  d'après  le 
même  principe  que  les  sciences  principales  ;  actuellement , 
enfin,  nous  pensons,  et  cela  dérive  des  faits  précédents,  con- 
naître l'utilité  pratique  de  chacune  de  ces  sciences,  de  même 
que  de  leurs  subdivisions  en  particulier.  Il  serait  donc  oiseux 
et  nuisible,  ce  dont  il  existe  de  nombreux  exemples,  de  conti- 
nuer à  faire  la  science  pour  la  science,  sans  avoir  une  notion 
suffisante  de  l'ensemble ,  qui  permette  de  diriger  tous  ses 
efforts  vers  un  perfectionnement  général,  ou  vers  une  appli- 


BUT  DE  L*iTtJDE   DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS.  65 

cation  spéciale  bien  déterminée.  On  peut  alors,  par  suite, 
appeler  à  son  secours  tous  les  moyens  d'étude  que  prêtent  aux 
sciences  qui  traitent  des  sujets  les  plus  complexes  celles  qui 
envisagent  les  plus  simples,  et  réciproquement. 

On  ne  saurait  donc  étudier  les  principes  immédiats  pour 
eux-mêmes  :  il  faut  chercher  à  les  connaître  sous  tous  leurs 
points  de  vue  pour  mieux  être  pénétré  de  la  constitution  de 
la  substance  de  nos  éléments  anatomiques  ou  de  nos  humeurs; 
ce  qui  nous  fera  interpréter  plus  exactement  les  actes  qui  s*y 
passent.  U  faut  le  faire,  dans  le  but,  surtout,  de  mieux  pos- 
séder toutes  les  particularités  de  la  nutrition^  tant  au  point 
de  vue  normal  qu'à  Tétat  morbide  ;  propriété  d'ordre  orga- 
nique ou  vital  la  plus  générale  ;  propriété  sur  laquelle  repo- 
sât toutes  les  autres  et  dont  une  modification  quelconque 
entraîne  quelques  changements  dans  celles-ci,  soit  la  sensibi- 
lité, la  contractilité,  ou  même  simplement  l'élasticité,  etc.  C'est 
là  le  but  qu'il  faut  se  proposer  ;  et  c'est  alors  qu'on  doit  dire 
que  toute  l'étude  de  la  physiologie  repose  actuellement  sur 
la  connaissance  approfondie  des  principes  immédiats,  et  en 
disant  physiologie,  on  peut  ajouter  aussi,  pathologie  géné- 
rale. 

Nous  ne  voulons  nullement  dire  par  là  que  toute  la  phy- 
siolc^e  réside  dans  l'étude  des  principes  immédiats.  Ce  serait 
là  une  erreur  du  genre  de  celles  que  fait  connaître  la  culture 
trop  absolue  d'une  spécialité  quelconque;  elle  conduit,  en 
effet,  toujours  à  croire  que  celle  qu'on  a  choisie  est  le  fonde- 
ment de  tous  les  autres  ordres  de  connaissances,  lesquelles 
n'en  seraient  que  des  branches  accessoires.  Nous  voulons  dire 
seulement  que  la  stœkhiologie  est  une  subdivision  de  l'anato- 
mie,  indispensable  à  connaître  pour  faire  l'élude  des  éléments^ 
comme  celle-là  est  indispensable  à  Tétude  des  tissus  et  des 
kumeursj  comme  cette  dernière  pour  connaître  les  systèmes; 
et  ainsi  des  autres  jusqu'à  la  notion  d'organisme  en  passant 
parcelle  di  organe  et  à' appareil.  Mais  nulle  branche  de  l'ana- 
tomie  étudiée  isolément  ne  peut  (plus  qu'une  autre  représen- 
ter la  connaissance  de  cette  science  et  exempter  de  l'examen 
I.  5 

r 


66  PROLÉGOViNES.  —  AIT.  T. 

des  autres.  Nous  voulons  dire  encore  que  beaucoup  de  diffi- 
cultés ofiTertes  par  plusieurs  subdivisions  de  Vanatomie,  dont 
on  cherche  la  solution  par  divers  moyens,  ne  peuvent  être 
résolues  que  par  une  notion  exacte  de  la  subdivision  de  Fana- 
tomie  générale  que  nous  étudions.  G*est  ainsi,  par  exemple, 
qu'après  avoir  e^cécuté  la  plus  grande  partie  de  l'étude  des 
éléments  anatomiques,  et  sur  le  point  de  commencer  celle  des 
humeurs,  l'un  de  nous  a  été  forcé  de  s'arrôter  devant  les  dif- 
ficultés incessantes  auxquelles  nous  faisons  aUusioBr  et  d'en 
venir  à  l'exécution  de  ce  travail  qu'il  avait  cru  pouvoir 
remettre  à  plus  tard.  Aussi  c'est  en  vain  que  les  auteurs 
d'anatomie  générale  cherchent  à  éviter  les  erreurs  qu'ils 
reprochent  a  leurs  prédécesseurs,  ils  y  retombent  malgré  eux, 
faute  de  tenir  compte  de  ce  préliminaire  indispensable.  Nous 
voubns  dire  enfin  que  beaucoup  de  notions  physiologiques 
capitales  ^  relatives  à  la  nutrition ,  les  sécrétions ,  absorp- 
tions, etc.  (actes  vitaux  qui  influent  sur  tous  les  autres),  ne 
peuvent  être  acquises  qu'autant  qu'on  s'appuie  sur  la  con- 
naissance de  l'anatomie  générale  et  sur  celle  des  principes 
immédiats  spécialement,  parce  que  c'est  la  partie  la  moins 
étudiée. 

Mais  il  est  du  reste  facile  de  reconnaître  qu'il  est  impos- 
sible d'atteindre  ce  but ,  même  incomplètement ,  si  l'on  ne 
procède  de  l'étude  des  appareils  pour  arriver  à  celle  des  élé- 
ments ;  si,  après  avoir  étudié  les  autres  branches  de  Tanato- 
mie  et  de  la  physiologie ,  on  ne  voit  pas  qu'il  manque  en- 
core, pour  les  posséder  d'une  manière  approfondie  et  jusque 
dans  les  moindres  détails  susceptibles  d'application,  tont  un 
ordre  de  notions  fournies  par  une  autre  subdivision  de  l'a- 
natomie ;  notions  qu'il  s'agit  maintenant  de  chercher  à  ac- 
quérir. 

&0.  —  Les  chimistes,  ne  sachant  quel  but  anatomiqne  et 
physiologique  ils  devaient  se  proposer  quand  ils  étudiaient  un 
principe ,  les  ont  généralement  examinés  sans  direction  dé- 
terminée; ils  ont  fait  de  môme  pour  les  tissus  et  les  hu- 
meurs :  de  là  les  inconvénients  signalés  préeédenuiient  ;  de 


BUT   BE  l'étude  DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS.  67 

U  Tient  encore  que  si  souvent  ils  ont  étudié  les  produits  de  la 
décomposition  des  principes,  croyant  étudier  ceux-ci.  C'est 
pourquoi  ceux  qui  ont  cru  aborder  directement  leur  étude 
ont,  comme  nous  le  montrerons  dans  Thistorique,  tourné  i^ 
eessamment  autour  du  sujet  sans  le  traitei*  lui  -  méme« 
Souvent  Usent  traité  de  tout,  moins  du  sujet  luinmème.  Quant 
à  Ut  direetion  a  prendre,  c'est  dans  Tétude  de  Fanatomie  et 
de  la  physiologie  qu'il  faut  aller  puiser  les  renseignements. 

A.  Avantages  généraux  de  l'élude  des  principes  immédiats. 

50. — U  suiEra  de  rappeler  ici  quelques  faits  dont  nous  avons 
déjà  parlé.  L'utilité  la  plus  générale  de  l'anatomie  est  de  servir 
à  lier  ensemble  des  notions  pbysiologiques  ;  notions  dont  les 
prÎDdpales  sont  toujours  acquises  sans  le  secours  de  Tana- 
iomie  et  sont  ainsi  souvent  connues  avant  les  notions  ana- 
bonùques.  La  connaissance  de  l'agent  organique  ou  anar 
kMQEiique  sert  alors  à  perfectionner  la  notion  de  l'acte  (  fonc- 
tion, usages,  propriétés,  etc.),  en  conduisant  à  rattacher 
à  lui  une  multitude  de  notions  des  phénomènes ,  qui ,  sans 
cda,  tendraient  i  rester  disséminées ,  et  qui,  de  plus,  envisa- 
gées sans  que  l'on  eût  déjà  une  notion  précise  de  l'agent  qui 
les  exécute,  pourraient  certainement  donner  lieu  à  des  diva- 
gations. Aussi  Tanatomie  est-elle  indispensable  à  la  physiolo- 
gie. Laissant  ici  de  côté  les  applications  de  la  première  de  ces 
sciences  à  la  chirurgie  et  à  l'expérimentation  physiologique, 
on  peut  dire  qu'elle  ne  sert  pas  à  autre  chose  pour  la  physio- 
logie proprement  dite,  et  que  c'est  aussi  là  toute  Tutilité  de 
l'anatomie  pathologique  par  rapport  à  la  symptomatologie. 

U  importe  de  savoir  que  ce  n*est  que  très  rarement  que  la 
découverte  d'un  appareil  a  fait  découvrir  une  fonction.  C*est 
ordinairement  l'inverse  qui  a  eu  lieu  ;  et,  dans  le  cas  où  l'or- 
gane a  été  découvert  avant  la  fonction,  il  a  toujours  été  néces- 
saire d'étudier  celle-ci  en  elle-même.  En  un  mot,  on  n'a  jamais 
pu,  de  la  structure  d'un  organe  mort,  déduire  las  actes  qui 
s'y  passent ,  et  l'expérience  montre ,  comme  cela  est  arrivé 
pour  le  pancréas  et  les  glandes  de  Brunner  comparées  aux 
silivaires,  que  les  déductions  possibles  dépassent  toujours  la 


08  PROLÉGOMÈNES.  —  ART.    V. 

réalité  ou  s'en  éloignent.  On  peut  bien,  par  comparaison,  dire 
que  si  telle  chose  se  passe  dans  un  organe ,  cela  tient  i  ce 
qu'il  a  telle  structure,  que  telle  particularité  d'action  tient  i 
telle  particularité  anatomique  ;  mais  on  ne  peut  pas  de  la 
structure  déduire  l'usage.  Ainsi  de  la  structure  en  grappe  de 
toutes  les  glandes  salivaires,  on  avait  conclu  à  une  identité 
d'usage;  mais  Texpérience  a  montré  que  chacune  d'elles  sé- 
crète un  suc  différent,  et  voilà  que  Tanatomie,  guidée  par 
ce  fait,  vient  de  montrer  une  différence  de  texture. 

Ces  faits  sont  applicables  à  l'étude  des  principes  élémen- 
taires des  corps ,  et  il  importe  de  se  rappeler  que  leur  con- 
naissance la  plus  précise  ne  permet  que  des  déductions  phy- 
siologiques très  restreintes,  beaucoup  plus  qu'on  ne  l'a  pensé 
jusqu'à  présent.  En  outre  elle  ne  peut  servir,  comme  le  reste 
de  l'anatomie,  qu'à  empêcher  de  croire  possibles,  par  toute  es- 
pèce de  causes ,  beaucoup  de  phénomènes  organiques  ;  elle 
les  rattache  toujours  à  leurs  conditions  d'accomplissement. 

L'étude  des  principes  immédiats  une  fois  négligée ,  il  en 
résulte  qu'on  manque  d'un  nombre  considérable  de  notions 
indispensables  à  la  connaissance  du  reste  de  l'anatomie  ;  car 
quoique  ne  paraissant  qu'un  préliminaire  des  études  organi- 
ques proprement  dites ,  c*en  est  pourtant  une  partie  indis- 
pensable. Il  est  en  effet  évident  que,  si  vous  ne  connaissez 
bien  quels  sont  réellement  les  principes  qui  constituent  le  sé- 
rum sanguin,  vous  pourrez  rapporter  les  phénomènes  phy- 
siologiques qui  s*y  passent  à  quelque  principe  que  ce  soit,  et 
non  à  sa  véritable  cause,  et  ainsi  des  autres  :  d'où  discussions 
interminables  ne  conduisant  qu'à  de  simples  assertions  sans 
base  expérimentale.  Mais  une  fois  connus  les  principes, 
agents  de  cet  acte,  Tesprit  est  fixé,  des  expériences  peuvent 
être  conçues  et  dirigées  ;  la  physiologie,  puis  la  pathologie, 
peuvent  être  alors  perfectionnées. 

B.  Avantages  spéciaux  de  l'histoire  des  principes  immédiats. 

51.  —  Cet  article,  comme  on  va  le  voir,  est  presque  entiè- 
rement tiré  des  écrits  de  M.  Chevreul,  qui  seul,  on  peut  le 
dire,  a  jusqu'à  présent  nettement  conçu  et  partout  proclamé 


BUT   DE  L*ÉTUDE  DES  PRINCIPES  IMIIÉDIÀTS.  09 

l'importance  de  l'étude  des  principes  immédiats.  Il  serait  im- 
possible d'exposer  avec  plus  d'exactitude  et  de  profondeur 
les  résultats  généraux  et  spéciaux  qui  doivent  être  la  consé- 
quence de  ces  recherches.  Les  faits  qui  suivent  sont  là  pour 
montrer  la  vérité  de  ce  que  nous  avançons,  et,  par  la  suite,  ce 
sera  encore  le  seul  auteur  dont  nous  aurons  à  reproduire  des 
pages  entières,  dontbeaucoup,  écrites  depuis  trente  ans,  pa- 
raissent publiées  d'hier,  tant  est  nette  leur  utilité  immédiate, 
tant  a  été  grand  l'oubli  dans  lequel  on  les  a  laissées.  Cet  oubli 
fera  mieux  sentir  que  tout  autre  argument  la  vérité  du  pas- 
sage de  Berzelius  cité  plus  haut  et  de  ce  que  nous  avons  dit 
sur  les  inconvénients  résultés  de  la  confusion  de  cette  branche 
de  Tanatomie  avec  la  physiologie  et  la  chimie,  ainsi  que  de 
toutes  les  déductions  à  l'aide  desquelles  on  a  voulu  pénétrer 
directement  de  la  chimie  dans  la  biologie. 

52.  —  «  En  recourant  aux  moyens  les  moins  énergiques 
de  l'analyse ,  on  réduit  les  plantes  et  les  animaux  en  des 
frinciptê  qu'on  appelle  immédiats^  parce  qu'ayant  été  séparés 
tels  qu'ils  existaient  avant  les  opérations  chimiques,  on  est  en 
droit  de  leur  attribuer  les  propriétés  de  la  plante  à  laquelle 
ib  appartenaient,  et  de  les  considérer  ainsi  comme  la  consti- 
tuant essentiellement  et  immédiatement.  V analyse  appliquée 
aux  végétaux  et  aux  animaux  de  manière  à  donner  de  tels 
résultats  est  appelée  analyse  organique  immédiate  (1).  » 

53.  —  «  Lorsque,  dit  M.  Chevreul,  des  épizooties,  des  mala- 
dies épidémiques  ou  contagieuses  se  déclarent,  les  pertes  que 
les  premières  occasionnent  parmi  les  animaux  dont  nous  fai- 
sons notre  nourriture,  ou  que  nous  employons  comme  force 
motrice,  la  désolation  que  les  autres  portent  dans  les  popula- 
tions qu'elles  frappent,  le  mystère  encore  si  profond  de  la 
nature  des  influences  qui  se  déclarent  contre  la  vie  des  êtres 
menacés,  sont  autant  de  causes  qui  conduisent  l'homme  à 
chercher  des  lumières  partout  où  il  a  le  moindre  espoir  d'en 

(1)  Cbkvreul,  Analy$e  des  traités  d'économie  rurale  de  M.  Boussingaalt, 
ei  dkogrioêUwre  de  M.  de  Gasparin.  (Journal  des  savants,  octobre  1847» 
p.  377). 


70  PliOLÉGOflfeNEiS.  -^  AHT.   V. 

trouver.  €'est  riors  qu'on  est  souvent  étonné  de  voir  qm  la 
dhimie  ne  réponde  pas  à  une  foule  de  renseignements  qu'on 
lui  demande,  tant  on  comptait  sur  elle,  tant  on  avait  foi  en 
ses  moyens  de  pénétrer  la  nature  des  corps  (1).  » 

Le  savant  chimiste  continue  ainsi  :  c  La  connaissance  des 
désordres  apportés  dans  l'économie  animale  par  l'invasion 
d'une  maladie,  pour  être  scientifique,  exige  que  le  médecin 
définisse  les  symptômes  de  la  maladie;  que  ranatomiste,pa- 
thologiste  et  physiologiste,  constate  les  lésions  qu'elle  peut 
avoir  détenninées  dans  les  organes  des  individus  qui  ont 
succombé  ;  enfin  il  faut  qu'il  examine  les  solides,  les  liquides 
et  les  produits  des  excrétions,  afin  de  constater  les  modifica- 
tions qui  ont  pu  survenir  durant  la  maladie. 

»  En  conséquence,  il  faut  avoir  des  analyses  immédiafes  êe 
toutes  ces  matières  prises  à  l'état  normal ^  afin  qu'elles  servent 
de  TcaiffE  DE  COMPARAISON  pour  les  matières  correspondantes 
prises  dans  les  individus  malades  qu'on  doit  soumettre  à  des 
analyses  analogues.  Eh  bien ,  ces  analyses  destinées  à  servir 
de  terme  de  comparaison,  qui  supposent  des  procédés  assex 
précis  pour  qu'on  puisse  non  seulement  établir  le  dénombre- 
ment, mais  encoi^  des  principes  immédiats  constituant  les 
solides,  les  liquides  et  les  produits  excrétés,  mais  encore  les 
proportions  exactes  où  ils  s'y  trouvent  (2),  nous  ne  les  possé- 
dons pas.  En  eflet,  nous  n'avons  point  encore  réduit  tm  for- 
mules précises  des  procédés  propres  à  déterminer  exactement 
la  proportion  des  principes  immédiats  du  sang,  deTurifte,  de 
la  bile,  du  lait,  etc.,  etc.  De  sorte  qu'un  praticien  parfaîte- 
ment  au  courant  des  manipulations  chimiques  manque  de 
méthodes  écrites  pour  faire  l'analyse  immédiate  d'une  des 
matières  précitées  ;  en  outre,  il  y  a  encore  beaucoup  d'ineer^ 

(1)  Chevkeul,  Rapport  sur  des  ob8erv€ttions  concernant  le  lait  de  wu^èss 
affectées  de  la  maladie  vulgairement  appelée  la  cocote,  présentées  à  VAcadé- 
mie  par  M.  le  docteur  Dodu<*.  —  Comptes  rendus  des  séances  de  l'Académie 
des  sciences  de  Paris,  1839,  t.  VIII,  p.  380-391. 

(2)  «  Car  on  conçoit  qu'il  y  aurait  trouble  là  où  des  principes  e ssenUeb  k 
la  vie  seront  daus  des  proportions  différentes  de  celles  qui  sont  oéoenaires  à 
rétat  normal  de  Tétre  qu'ils  constituent.  »  (Chevreul.) 


BUT    DE  L'ÉnJK  DBS  miNGIPES  imOtDUTS.  71 

tihide  mit  lêê  profriétés  qui  caractérisent  comme  espèces  cer- 
Uins  principes  immédiats  dont  le  rôle  dans  l'économie  ani** 
maie  est  des  plus  importants.  Noos  citons  pomr  exemple  le 
caséum,  la  fibrine,  l'allnmiiiie 

»  Les  oonséquences  d'un  tel  état  de  choses  sont  faciles  A 
déduire,  poar  tous  ceux  qui  ont  quelques  connaissances  chi- 
miques. C'est  faute  d'analyses  immédiates  normales  et  de  for^ 
msUs  propres  à  Us  exécuter  y  lorsqu'à  un  instant  donné  il  faut 
comparer  une  matière  organique  morbide  à  la  matière  orga- 
nique normale  correspondante,  qu'on  manque  de  la  donnée 
principale,  <iu  terme  de  comparaison;  et  la  difficulté  d'attein- 
dre i  ce  résultat  satisfaisant  se  trouve  encore  augmentée  par 
la  petite  quantité  de  matières  qui  est  à  la  disposition  du  chi- 
miste, et  par  le  peu  de  temps  même  où  il  peut  se  procurer 
cette  petite  quantité ,  puisque  les  matières  morbides  sont 
presque  toujours  passagères,  et  que  dès  lors  il  peut  être  dans 
l'irapossibilité  de  vérifier  une  induction  importante  qui  lui 
aorut  été  suggérée  par  des  expériences  faites  sur  les  der- 
nières portions  qu'il  avait  à  sa  disposition  (1).  » 

Pariant  ensuite  de  la  difficulté  des  analyses  immédiates 
normales  et  de  la  direction  qu'il  faut  leur  donner ,  M.  Che- 
yreul  montre  qu'il  est  douteux  qu'un  chimiste,  s'il  avait  à 
f«re  l'analyse  immédiate  normale  du  sang  ou  du  lait,  pût 
justifier  l'existence  dans  ces  liquides  de  tous  les  corps  qu'il 
isolerait.  Il  montre  qu'avant  l'époque  où  il  fit  connaître  que 
les  substances  grasses  sont  formées  de  principes  définis,  réu- 
nis en  toutes  proportions,  on  n'aurait  pas  pu  caractériser  les 
diverses  substances  grasses  qui  se  trouvent  dans  le  sang,  le 
cerveau,  la  bile,  etc.  Ces  substances  s'y  trouvent,  en  effet,  en 
trop  petite  quantité,  et  accompagnées  de  trop  d'autres  prin- 
cipes, pour  qu'il  soit  possible  d'arriver  à  un  résultat  précis. 
Mais  le  but  est  atteint  sans  dîfBoulté,  actuellement  qu'il  est 
{Possible  de  retirer  d'une  manière  immédiate  ces  principes  dé- 
finis cristallisables  ;  ou  bien  de  les  réduire  par  lasapouifica- 

[\)  Cbevreul,  foc.  cH,y  !839,  l.  VUI,  p.  392. 


72  paOLÉGOMàMES.   —  ART.   V. 

tion  eu  acides  et  en  un  corps  neutre  non  saponifiable,  la 
glycérine  :  ceux-ci,  lorsqu'on  les  a  obtenus,  peuvent  servir  à 
caractériser  le  principe  immédiat  cristallisable  aussi  nette- 
ment que  si  on  Tavait  retiré  directement.  Auparavant,  dire 
qu'on  avait  trouvé  une  matière  grasse  dans  un  solide  ou  une 
humeur ,  n'exprimait  que  ceci  :  c'est  que ,  dans  le  sang ,  la 
bile  y  etc.  y  dans  l'alcool  et  l'ither  qui  avaient  agi  sur  certaines 
matières  animaleSj  on  trouvait  une  matière  inflammable  inso^ 
lubie  dans  l'eau  et  soluble  dans  l'alcool  et  l'ither* 

54.  —  c  Nous  concluons  de  ces  faits,  dit  M.  Ghevreul, 
que,  pour  entreprendre  avec  espoir  de  succès  une  analyse  tm- 
médiate  normale  ^  il  faut  être  sûr  d'avance  qu'on  pourra  défi' 
nir  comme  espèces^  si  ce  ne  sont  tous  les  principes  immédiats 
d'une  matière  organique  donnée,  du  moins  les  principaux, 
eu  égard  à  l'importance  de  leurs  propriétés  et  à  la  forte  pro- 
portion où  ils  s'y  trouvent.  Que  si  cette  certitude  manque, 
et  qu'on  ne  recule  pas  devant  de  pénibles  travaux,  il  faudra 
chercher  les  principes  immédiats  qu'on  juge  être  les  plus  anih 
logues  à  ceux  qu'on  veut  séparer  dans  les  matières  animales 
où  ils  sont  le  plus  abondants,  le  plus  isolés,  ou  dans  l'état 
de  plus  facile  séparation,  afin  d'étudier  leurs  propriétés,  d'en 
choi^r  d'essentielles,  faciles  à  reconnaître,  qui  servent  de 
caractères  propres  à  faire  juger  si  les  principes  séparés  d'une 
matière  dont  on  veut  établir  l'analyse  normale  sont  idmti* 
ques  ou  simplement  analogues  aux  premiers.  » 

De  plus,  nous  ne  devons  point  omettre  de  tenir  compte 
des  globules  qui,  simplement  en  suspension  dans  les  liquides 
animaux,  ne  sont  perceptibles  qu'avec  le  secours  de  la 
loupe  ou  du  microscope,  tant  est  grande  leur  ténuité.  Ainsi 
dans  toutes  les  analyses  des  liquides ,  et  même  dans  celles 
des  matières  solides  qui  paraissent  homogènes  à  la  simple 
vue,  il  est  indispensable  de  recourir  aux  instruments  d'optique 
pour  savoir  s'il  existe  des  globules  dans  les  premières,  et  plu- 
sieurs matières  distinctes  dans  les  secondes.  S'il  existe  des 
globules,  ihfaut  les  étudier  comme  matière  indépendante  du 
liquide  où  ils  sont,  et,  si  dans  la  matière  solide  on  aperçoit 


BDT   DB  l'étude  DES  PRINCIPES  IMMÉDUTS.  78 

des  parties  distinctes,  il  faut  les  séparer  mécaniquement  si 
c*est  possible,  ou,  dans  le  cas  contraire,  recourir  aux  réac- 
tifs les  plus  simples,  l'eau,  l'alcool,  Vélher,  etc.... 

Enfin,  si  à  l'aide  du  microscope  on  fixe  la  forme,  le  yo« 
lame,  etc.,  de  ces  globules,  leur  structure  organique,  s'ils 
sont  organisés,  ils  doivent  ensuite  i  leur  tour  être  étudiés 
sous  le  rapport  de  leur  composition  immédiate  ;  mais  cette 
étude  suppose  qu'on  les  a  préalablement  isolés  du  liquide  où 
ils  sont  disséminés  (1). 

Dans  les  conclusions  de  ce  rapport,  M.  Ghevreul  montre 
que  la  commission  n'a  pu  se  livrer  à  des  recherches  vraiment 
ofprofùndits  sur  le  lait  des  vaches  malades,  faute  de  recher- 
dies  du  genre  des  précédentes,  et  propose  à  l'Académie  d'in- 
stituer un  prix  pour  les  travaux  qui  auraient  fait  avancer 
d*une  manière  notable  les  connaissances  concernant  particu- 
liirement  la  distinction  et  la  définition  des  espèces  de  principes 
immédiats  qui  constituent  les  parties  solides  et  liquides  des 
animaux  (2). 

Plus  tard,  M.  Ghevreul  revient  encore  sur  l'importance  de 
cette  partie  de  la  science  et  qu'il  avait  déjà  mise  en  relief 
en  182&  (3),  et  termine  ainsi  : 

€  Nous  pensons  toujours,  comme  en  1824,  qu'il  n'y  a  pas 
de  recherches  physiologiques  complètes  sans  la  connaissance 
des  principes  immédiats,  matières  des  phénomènes  vitaux 
dont  on  veut  définir  les  effets  pour  remonter  ensuite  à  leurs 
causes  prochaines.  Faute  de  ces  connaissances,  les  recherches 
physiologiques  relatives  à  Tétude  de  ces  phénomènes  seront 
incomplètes,  et  tout  auteur  qui,  après  s'être  livré  à  de  pa- 
reilles recherches,  dissimulerait  les  lacunes  qu'elles  présente- 
raient sous  le  rapport  chimique,  préviendrait  les  bons  esprits 
contre  ses  conclusions  (&).  » 


(1)  Chbvuul,  loc,  ca.,  1839,  t.  Vm,  p.  393-394. 

(2)  Cheybeul,  loc,  cit.,  1839,  t.  VUI,  p.  404-405. 

(3)  Chsvrbul,  Considérât,  génér,  sur  l'anal,  inorganique,  io-S.  Parif, 
i%U,passim  et  p.  202. 

(4)  GnvBEUL,  Journal  des  saicants,  1847,  p.  585. 


7à  FROLÉÛOMÈNES.  —  ART.  VI. 

55.  —  Pour  qui  donc  aura  pesé,  selon  toute  iear  vdeor, 
les  remarques  de  M.  Chevreul,  pour  qui  aura  soffisannieiit 
réfléchi  aux  arguments  que  nous  avons  développés  lians  oei 
prolégomènes,  il  restera  démontré  que  tout  ce  qui  6St  traité 
dans  ce  livre  appartient  à  Tanatomie.  Si  l'on  prend  cette 
phrase  d'une  manière  absolue,  il  faut  se  rappeler,  liîen  en^ 
tendu,  comme  nous  l'avons  dit,  que  les  moyens  employés  né* 
oessitent  à  chaque  instant  l'usage  d'instruments  et  deconnais- 
sances  chimiques,  mais  toujours  appliqués  dans  «m  but  orgth 
nique.  On  restera  convaincu  que  c'est  pour  ne  s'être  pas  plicé 
à  ce  point  de  vue,  si  bien  mis  en  relief  par  M.  Ghevrenl,  qm 
la  détermination,  par  les  chimistes,  des  espèces  de  principes 
inmiédiats  est  restée  sans  faire  de  rapides  progrès  depuis  la 
publication  des  écrits  de  ce  savant  ;  mais,  bien  plus,  on  re- 
connallia  qu'en  parlant  d'un  point  de  vue  chimique ,  on 
a  -été  engagé  dans  une  fausse  voie  dont  il  faut  sortir  de 
toute  nécessité.  Il  faut  absolument  en  venir  à  faire  ce  que 
M.  Chevreul  disait  que  les  chimistes  ne  pourraient  certaine* 
ment  pas  s'engager  à  faille  ;  il  faut  en  venir  à  pouvtNr  justi- 
fier dans  le  sang,  etc.,  la  présence  de  tous  les  principes  qu'on 
en  retire,  tout  comme  on  justifie  la  présence  dans  les  mus- 
cles des  fibres  qu'on  peut  isoler  sous  le  microscope. 

Évidemment  il  serait  impossible  de  reconstituer  intellec- 
luellement  la  substance  d'un  être  organisé,  avec  les  principes 
tdis  qu'ils  sont  extraits  de  l'organisme  par  les  chimistes  et 
décrits  par  eux;  car  la  plupart  sont  des  substances  chmiî- 
ques  provenant  de  l'altération  des  véritables  principes  immé- 
diats. 

ARTICLE  VI. 

I>tt  sens  dans  lequel  seront  employées  les  expresffkms  ESPÈCE, 

MlINCIPE    IMMÉDIAT,  eto. 

56.  —  M.  Chevreul  insiste  avec  raison  sur  l'importance 
qu'il  faut  donner  ù  la  détermination  exacte  du  sens  des  mêmes 
termes  employés  dans  plusieurs  sciences  à  la  fois  :  cette  kth 
portance  repose  sur  ce  que  le  sens  des  mots  est  relatif  et  non 


DES  EXPRESSIMS  MPÈGE,  miMGlM  IMMEDIAT,  ETC.       76 

•ImIq.  h  ¥arie  suivant  la  nature  simple  ou  complexe  des 
àOTfs  et  des  phénomènes  ;  il  change,  par  conséquent,  d*uM 
science  à  Vautre.  La  notion  exacte  du  sens  des  expressioas 
est  donc  fort  importante,  lorsqu'il  s*agit  de  branches  d*uQe 
menée  fpn  en  ayoisioe  une  antre  ayant  pour  objet  la  con* 
naissance  d'un  tout  antre  ordre  de  phénomènes.  Nous  devons 
donc,  suivant  les  préceptes  de  cet  éminent  chimiste,  insister 
sur  le  sens  des  mots  etpèce^  variété  et  principe  immédiat. 

67.  -^  c  Dans  les  phénomènes  chimiques,  il  y  a  complioa- 
tion  de  causes  relativement  à  celles  dont  on  fait  dépendre  les 
efiets  purement  physiques  ;  car  non  seulement  la  pesanteur 
agit  en  même  temps  que  l'affinité,  mais  encore  toutes  les 
forces  physiques  anxquelles  on  attribue  les  effets  de  la  dia* 
leur,  de  la  lumièi^,  de  l'électricité  et  du  magnétisme.  Les 
elfets  chimiques  sont  donc  les  résultantes  de  toutes  ces  forces  ; 
et  comme  la  chimie  d^nit  une  espèce  de  corps  par  rensem- 
Ue  de  toutes  ses  propriétés,  le  point  de  vue  spécial  où  eUe 
étudie  la  matière  lui  impose  la  nécessité  de  prendre  toujours 
cet  ensemble  en  considération  :  car  chaque  espèce  de  corps 
est  pom*  elle  ce  qu'est  pour  le  naturaUste  chaque  espèce  de 
plantes,  chaque  espèce  d'animal,  qui  à  ses  yeux  est  repré* 
Betttée  par  un  ou  deux  individus  possédant  aussi  des  carac- 
tères parfaitement  déGnis  et  inséparables  les  uns  des  autres. 

»  Cette  analogie  de  la  botanique  et  de  la  zoologie  avec  la 
chimie  explique  comment  celle-ci  est  en  possession  de  donner 
on  nom  a  tout  corps  qui  n'en  a  pas  encore,  et  de  définir  ron»- 
semble,  les  propriétés  qui  font  le  caractère  à  chaque  oorps 
simple  ou  composé. 

»  La  notion  de  l'espèce,  qui,  étrangère  à  la  physique,  est 
essentielle  à  la  chimie,  sert  donc  de  base  à  la  distinction  de 
Vune  de  ces  sciences  d'avec  l'autre,  en  môme  temps  qu'elle 
établit  tBie  relation'jncontestablc  entre  la  chimie  et  la  science 
ées  corps  vivants,  qui  traite  de  la  dAfinition  et  de  la  classifica- 
tion des  corps  vivants  (4).  » 

(1}  Ghetrcul,  Journal  é^  savants,  1847,  p.  743. 


76  FROLÉGOMiNBS.  —  ART,  TI. 

c  La  preuve  du  peu  d'importance  que  les  diimistes  atta« 
chent  à  leurs  définitions  générales  se  trouve  dans  le  jugement 
que  beaucoup  d'entre  eux  ont  porté  sur  le  manque  de  préci- 
sion de  ces  définitions,  tout  en  les  adoptant  et  y  subordon- 
nant leur  enseignement  que  l'on  écrit.  Ce  fait,  quelque  incon- 
séquent qu'il  puisse  paraître,  s'explique  bien  cependant  par 
les  considérations  suivantes. 

»  Le  but  le  plus  spécial  de  la  chimie  étant  de  réduire,  i 
t'aide  de  l'expérience,  la  matière  en  des  types  définis  par 
leurs  propriétés  et  par  un  nom  spécifique,  l'expérimentateur 
peut,  à  la  rigueur,  atteindre  ce  but  sans  qu'il  lui  soit  néces- 
saire de  définir  explicitement  l'espèce.  De  là,  l'absence  de 
cette  définition  dans  la  plupart  des  traités  de  chimie;  en 
outre,  les  expériences  auxquelles  chaque  espèce  de  corps 
est  soumise  la  placent  dans  des  conditions  d'étude  excessive- 
ment  variées  suivant  les  phénomènes  qui  en  composent  l'his- 
toire. 

»  En  eflet,  vous  ne  pouvez  étudier  les  individus  qu'avec  les 
organes  et  les  facultés  dont  ils  sont  naturellement  doués;  vous 
ne  pouvez  attribuer,  par  la  pensée,  l'organe  d'un  individu  i 
un  autre  individu  d'espèce  difierente  sans  que  l'espèce  que  le 
premier  représente  soit  anéantie,  tant  les  organes  sont  bien 
coordonnés  entre  eux,  tant  les  parties  sont  dépendantes  du 
tout  ensemble,  et  indivisibles  les  unes  des  autres  dans  l'es- 
sence de  l'espèce  représentée  par  les  individus.  Les  espèces 
vivantes  se  montrent  donc  à  un  point  de  vue  fort  différent  de 
celui  où  l'étude  des  espèces  chimiques  envisage  celles-ci,  lors- 
qu'elles entrent  intégralement  en  combinaison,  et,  à  plus 
forte  raison,  lorsque  leurs  éléments  se  dissocient.  C'est  cette 
différence  entre  Tétude  des  espèces  de  la  matière  brute,  ou 
de  la  matière  organisée  privée  de  la  vie,  qui  explique  princi* 
paiement  pourquoi  les  chimistes,  en  général,  n'ont  pas  senti 
le  besoin  d'une  méthode  de  classification  correspondante  i 
la  méthode  naturelle  des  botanistes  et  des  zoologistes,  et,  en 
outre,  pourquoi  le  petit  nombre  des  personnes  qui  ont  cher- 
ché i  appliquer  cette  méthode  à  la  chimie  sans  se  rendre 


DES  BXP1IESSI0NS  KSPÈOE,    PRINCIPE  IMMÉDIAT,   ETC.       77 

compte  à  elles-mêmes  de  la  différence  que  nous  venons  de 
signaler,  ont  échoué  dans  leurs  tentatives. 

58.  —  »  Nous  pensons,  en  définitive,  que  si  rensei- 
gnement de  la  chimie  donné  à  des  élèves  livrés  à  la  pra- 
tique de  la  science  dans  des  laboratoires,  sous  des  maîtres 
balules,  ne  souffre  pas,  pour  cette  pratique,  de  l'omission  de 
la  définition  de  Vespêce^  ni  du  vague  ou  du  défaut  de  précision 
de  plusieurs  définitions  générales,  dont  nous  avons  cité  deux 
exemples,  il  en  est  tout  autrement  de  renseignement  donné 
i  des  élèves  qui,  ne  devant  pas  se  livrer  particulièrement  à  la 
pratiqpie  de  la  chimie,  étudient  cette  science  avec  l'intention 
de  l'appliquer  à  des  connaissances  qui  font  Fobjet  de  leurs 
études  spéciales.  C'est  à  ces  derniers  surtout  qu'il  importe 
d'avoir  des  idées  générales  et  précises  des  sciences  qu'ils  étu- 
dient d'une  manière  accessoire,  puisque,  se  trouvant  toujours 
hors  d'état  de  vérifier  eux-mêmes  l'exactitude  de  ces  idées 
par  la  pratique  du  laboratoire,  et  de  rectifier  ce  qu'elles  peu- 
vent avoir  d'inexact,  ils  seront  exposés  dès  lors  à  l'erreur, 
s'ils  emploient  comme  vraies  des  connaissances  qui  ne  le  sont 
pas.  L'esprit  critique,  qui  se  montre  exigeant  principalement 
dans  les  définitions  et  la  classification  des  matériaux  d'un 
corps  de  doctrine,  nous  parait  surtout  indispensable  aux  pro- 
fesseurs des  sciences  expérimentales  qui,  comme  la  chimie, 
sont  en  voie  de  progrès  incessants  (1).  i» 

A.  De  la  notion  (^'espèce. 

59.  —  Lorsque  nous  voulons  exprimer  que  des  choses  ont 
certains  points  de  dissemblance,  nous  les  disons  d'espiceif  ou 
de  genres  différents.  Lorsque  nous  voulons  expiimer  que  des 
choses  ont  des  points  de  ressemblance,  nous  les  disons  d'une 
même  espèce  ou  d'un  même  genre,  suivant  que  nous  jugeons 
plus  ou  moins  intimes  les  rapports  qu'elles  ont  ensemble  ;  et 
pour  exprimer  que  des  choses  ne  diffèrent  que  très  peu  les 
unes  des  autres,  nous  les  disons  des  variétés  d'une  même  es- 
pèce. Presque  toutes  les  sciences  se  sont  approprié  ces  expres- 
sions. 

r 

(Ij  Cktiiul,  Journal  des  iavarUs,  iS47,  p.  744. 


7S  PROLÉGOMÈNES.   —  ART»  YT. 

60.  —  II  s'en  faut  de  beaucoup  que  les  sciences  aient  toutes 
le  même  besoin  de  définir  rigoureusement  les  mots  genres^ 
espèces,  variétés. 

Ainsi,  en  physique,  cette  application  est  bornée  à  un  petit 
nombre  de  cas,  et  ces  mots  ne  pouvant  rien  ajouter  en  pi^ 
eision  à  la  connaissance  des  objets  auxquels  om  les  impose» 
il  n*est  pas  nécessaire  de  revenir  sur  le  sens  qu'ils  oat  dans 
le  langage  usuel.  En  physique,  par  exemple,  en  parlant  des 
mouvements,  il  est  à  peu  près  indifférent  que  vous  donni^ 
les  noms  de  genre  ou  celui  d'espèce  au  groupe  des  mouvements 
uniformes  et  à  celui  des  mouvements  variés.  La  raison  ^i  est 
simple  :  c'est  que  le  nombre  des  mouvements  unifonnes  oo 
variés  étant  infini,  les  mots  à*  espèce  y  de  variété,  de  gmtr$^ 
n'ajoutent  rien  en  précision  à  l'idée  d'un  tel  mouvement» 
celui-ci  étant  caractérisé  par  la  nature  des  lignes  que  j^ajs 
courent  les  corps,  et  par  le  rapport  des  espaces  parcoavus  au 
temps  employé  à  les  parcourir.  Il  en  est  tout  autrement  en 
botanique,  en  zoologie,  où  l'on  étudie  des  individus  dpuiê 
d'un  ensemble  de  propriétés  inséparables  de  leur  nature;  il 
faut  que  ces  individus  soient  distingués  et  décrits  avec  Bssm 
de  méthode  pour  qu'on  puisse  toujours  renK)nter  de  la  dcMh 
eription  jusqu'aux  individus  qui  existent  sur  le  globe  :  ec 
on  n'arrive  à  ce  résultat  qu'en  faisant  un  emploi  raisomé 
des  mots  espèce,  variété,  genre. 

Enfin,  il  est  des  sciences  différentes  où  les  mêmes  mot^fpnt 
employés  ;  mais  quoique  se  rapportant  à  des  individus»  ils 
indiquent  des  manières  d'être  et  d'agir  différentes  de  ces  indi- 
vidus :  telle  est  l'espèce  dans  le  règne  minéral,  comparée  i 
l'espèce  animale  (1) . 

61.  —  Ainsi  la  notion  d* espèce,  etc.,  étrangère  à  la  fkfr 
sique,  intervient  en  chimie,  pour  la  première  fois,  d'une  WÊr 
nière  claire  et  précise  ;  elle  caractérise  la  séparation  qui  ewHfi 
entre  ces  deux  sciences. 

(i)  Cbevueul,  Consid.  gén,  sur  l'anol,  organique,  in-S.  Paris,  iBit^ 
p.  9-H. 


DES  EXPRESSIONS  ESPÈCE,   PRINCIPE   IMMÉDIAT    ,ETC.       70 

B.  Des  motê  individu,  espèce,  variété  et  genre  en  chimie. 

62.  — En  chimie,  on  donne  le  nom  cI'individu  à  tout  corps 
simple  au  composé  ^  cristallisahle ,  ou  volatil  sans  décomposi^ 
Hon  ni  résidu. 

Tous  les  corps  composés  qui  se  trouvent  dans  ce  cas  sont 
appelés  composés  définis.  Parmi  les  corps  composés  ne  sont 
appelés  individus  chimiques,  et  ne  font  partie  des  études 
chimiques,  que  les  composés  définis;  mais  tous  rentrent 
daos  scMD  domaine.  Dans  ce  que  nous  appelons  un  individu^ 
ce  qui  tombe  sous  nos  sens  n'est  réellement  qu'un  individu 
mgrégé:  un  rhomboèdre  de  carbonate  de  chaux,  un  cristal  de 
créaline,  par  exemple,  sont  une  agrégation  d'individus  iden- 
tiques ,  dont  l'individu  proprement  dit ,  ou  indivisible  sans 
destruction,  est  l'atome  composé.  L'expression  molécule  inté- 
granit  y  étant  appliquée  par  Haûy  à  un  solide  qui  tombe 
sous  nos  sens,  elle  ne  peut  être  confondue  avec  l'expression 
Mtome  composé. 

63.  —  On  donne,  en  chimie,  le  nom  d'ESPÈCE  à  une  coltec- 
tion  d^individus  identiques  par  leur  composition  élémentaire 
et  immédiate. 

L'identité  des  propriétés  fondamentale  (notion  dynamique) 
étant  une  conséquence  nécessaire  et  constante  de  l'identité 
de  constitution' physique  et  chimique  (notion  statique),  on  ne 
doit  pas  les  faire  entrer  ici  en  ligne  de  compte  dans  la  défini- 
tion. Cela  parait  nécessaire  au  premier  abord,  pour  la  dis- 
tinction des  espèces  de  corps  isomères  et  différents  pourtant 
par  leurs  propriétés  ;  mais  nous  verrons  plus  loin  qu'il  n'en 
est  rien,  et  que  ces  corps  diffèrent  soit  par  leur  composition 
immédiate,  soit  par  quelque  particularité  de  composition  en- 
core indéterminée  :  au  fond,  il  ny  a  de  substances  isomères 
fue  sous  le  point  de  vue  de  Vanalyse  élémentaire. 

64.  —  Cette  définition  embrasse  aussi  bien  une  collection 
d'individus  de  corps  simples  que  de  corps  composés. 

Elle  comprend  et  doit  comprendre,  contrairement  à  ce  que 
pensent  beaucoup  d'auteurs,  aussi  bien  les  corps  naturels,  ou 
minéralogiques,  que  les  corps  artificiels.  En  un  mot,  il  n'y  a 


su  PBOLÉGOMÈXES.  —  ART.   VI. 

pas  de  différence  entre  Tespèee  chimique  et  Fespèce  minera- 
logique  ;  pas  plus  qu'il  n'y  a  de  distinction  entre  la  chimie  et 
la  minéralogie  ;  cette  dernière  n'est,  en  effet,  autre  chose  que 
l'étude  des  composés  chimiques  naturels  qui  se  sont  formés 
dans  le  globe  d'après  les  conditions  oix  se  sont  trouvés  leurs 
éléments ,  étude  qu'on  fait  à  part,  au  lieu  de  la  réunir,  ainsi 
qu*on  devrait  le  faire,  à  celle  des  corps  artiûciels  obtenus  par 
les  chimistes  (Berzelius). 

Cette  définition  comprend  et  doit  comprendre  à  plus  forte 
raison  les  composés  définis  d'origine  organique  aussi  bien  que 
ceux  d'origine  minérale.  En  effet,  il  n'y  a  pas  plus  de  chimie 
organique  qu'il  n'y  a  de  minéralogie  ou  cristallographie  or^ 
ganique  spéciale  pour  l'acide  urique,  l'oxalate  de  chaux,  et 
autres  composés  cristallins  d'origine  organique;  lesquels,  dans 
le  cas  de  l'admission  d'une  minéralogie  comme  science 
distincte,  mériteraient  autant  que  le  spath  et  le  quartz 
de  servir  de  base  à  une  étude  des  composés  naturels 
cristallins  d'origine  organique.  Il  ne  faut  donc  pas  faire 
non  plus  de  définition  spéciale  pour  Yespice  en  chimie  orga- 
nique. 

65.  —  c  Quels  que  soient  les  progrès  futurs  de  la  chimie, 
les  composés  que  nous  formons  de  toutes  pièces  et  dans  des 
proportions  définies  seront  toujours  considérés  comme  des 
espèces.  Il  en  sera  de  même  des  corps  que  nous  n'avons  pu 
décomposer  et  que  nous  appelons  simples: ils  seront  tou- 
jours considérés  comme  des  espèces,  lors  même  qu'on  par- 
viendrait à  les  décomposer.  Par  exemple ,  que  l'on  arrive  à 
réduire  le  soufre  en  plusieurs  éléments,  il  ne  cessera  point  de 
constituer  l'espèce  soufre;  seulement  nous  le  placerons  dans 
la  classe  des  espèces  composées,  et  les  sulfures,  que  nous 
considérons  comme  des  composés  binaires,  deviendront  des 
composés  ternaires.  Il  en  sera  du  soufre  comme  il  en  a  été 
de  la  potasse  :  cet  alcali,  qui,  par  la  découverte  de  H.  Davy, 
passait  pour  un  élément,  n'a  pas  cessé  de  constituer  une  es- 
pèce après  qu'il  a  été  réduit  en  potassium  et  en  oxygène.  Le 
caractère  de  spécialité  d'un  corps  (en  chimie)  n'est  donc  pas 


IMB8  BXPBBSSIONS  ESPÈCE,   PRINCIPE  IMMÉDIAT.  81 

changé  par  l'effet  de  son  passage  de  la  classe  des  corps  sim- 
ples dans  celle  des  corps  composés  (1).  » 

66.  —  En  chimie,  on  donne  le  nom  de  variété  aux  indivi- 
dus  d'une  même  espèce  qui  diffèrent  par  la  forme  des  cristaux^ 
par  les  prapriéiés  optiques ,  électriques  ou  autres  propriétés 
stcomdairesdeséckantiUons  choisis  comme  types  de  l'espèce. 

Lors  même  que  ces  modifications  de  forme  vont  jusqu'à  un 
ehangementde  type  cristallin,  comme  pour  le  soufre,  lebiphos- 
phate  de  soude,  le  carbonate  de  chaux,  etc.,  ce  ne  sont  encore 
que  de  simples  variétés,  et  non  des  espèces  différentes,  c  Le 
soufre  et  le  biphospbate  de  soude  se  comportant  respective- 
ment de  la  même  manière  dans  l'action  chimique,  malgré  la 
différence  des  deux  modes  de  cristallisation,  les  chimistes  ne 
feront  jamais  deux  espèces  de  soufre^  deux  espèces  de  biphos- 
pbate de  soude,  d'^>rès  la  considération  que  chacun  de  ces 
corps  peut  affecter  deux  formes  primitives,  différentes,  sui- 
vant les  circonstances  où  il  a  cristallisé  (2).  » 

L'aragonite  ne  doit  pas  davantage  former  une  espèce  diffé- 
rente du  carbonate  de  chaux  rhomboédrique,  c'en  est  seule- 
ment une  variété  de  forme. 

Cette  définition  des  variétés  s'applique  à  la  minéralogie  et 
à  ce  qu'on  appelle  chimie  organique  comme  à  la  chimie  miné- 
rale. A  l'époque  où  l'on  ne  pouvait  pas  encore  reconnaître 
que  ces  diverses  subdivisions  ne  font  qu'une  seule  science , 
Haûy  et  M.  Ghevreul  ont  été  forcés  de  donner  trois  défini- 
tions de  Yespèee  inorganique,  et  autant  de  la  variété.  L'évo- 
lution naturelle  et  continue  des  sciences  en  général  conduit 
à  ne  plus  en  donner  qu'une  seule,  et  ainsi  à  simplifier  à  la 
fois  la  science  et  le  langage. 

67,  —  En  chimie,  le  mot  genre  est  appliqué  à  toute  collée^' 
lion  d'espèces  qui  possèdent  une  ou  plusieurs  propriétés  comr 
mtmefy  très  importantes  ou  très  remarquables. 


il)  Chkvielx,  Consid.  gén,  sur  Vanal.  organique,  in-8    Parig,  1824, 

p.  149. 
>         (S)  CiETilin.,  toc,  cîr.,  1824,  p.  19. 

f.  ^ 


82  PROLÉGOViNK^.  — »  AIT.  Vk 

68.  —  Il  est  aisé  de  faire  sentir  HMântenrat  Fi^UlHié  dea 
distinclions  établies  ci-dessus* 

Il  existe  beaucoup  de  matières  sucrées  cristallisaUes  dans 
le^  végétaux  :  ce  sont  autant  i^indiméus^  agrégea. 

Si  rpn  examine  les  sucres  cristallisables  de  la  eanne»  de  bi 
betterave,  de  la  châtaigne,  on  trouvera  qu'il»  ont  le»  mAbw» 
jNr^priétéa;  on  en  fera  donc  une  99uh  espèce^ 

If^  cmtauux  de  celte  espèce  qui  ont  pris  des  fomea  ma^ 
taUnea  secondaires,  sont  autant  de  variéiéê. 

Si  Ton  compare  à  Tespèco  préeédente  le  sucre  cristidlfsaUa 
du  raisi»»  on  trouvera  que  ce  dernier  ne  peut  être  confondu 
«vec  ^9  et  qu'ijd  diffèrent  entre  eux  ;  on  aéra  conduit  i  feiw 
mer  ainsi  une  seconde  espèce  de  sucra.  D'un  autre  côté,  caa 
dwx  espèces  ayant  une  saveur  douce,  et  la  propriété  de  se 
oonvertk  ea  alcool  par  le  contact  de  la  levure  délayée  dana 
l'eau  ,^  on  en  f6rmera  un  genre. 

«  La  mannite  est  cristaUîsable  ;  sa  saveur  est  douce»  maia 
elk  ne  ienonente  paa;  on  en  fera  une  espèce,  parce  qu'elle 
est  cristalliaable,  mais  cette  espèce  ne  pourra  pas  6tre  réunie 
avec  les  espèces  du  genre  sucre  (1).  » 

Il  serait  facile  de  trouver  nombre  d'exemples  analogues 
parmi  les  composés  chimiqueft  nature  ou  artificiela  d'ori-» 
gine  minérale. 

G.  De  riNMvmu,  de  rssptCB,  d«  la  vâmét*  et  du  oniu 
deuès  ks  eorps  (Mrgamiêés. 

69.  -^  Noua  avons  dit  déjà  que  l'état  dyMmi^  supposa 
l'état  statique. 

Les  lois  cosmologiques  ou  du  règne  minéral  dominent 
celles  du  règne  organique  ou  biologique.  La  vie  et  l'orge^ 
nisation  (deux  chose»  toujours  corrélatives)  supposent  le 
monde;  mais  en  peut  supposer  des  mondes  sana  être  yfir 
vant.  Il  en  résulte  que  si  les  composés  chinûqu^  peuveat  Mm 
conçus  isolément ,  d'une  manière  absolue ,  purement  objec- 
tive ,  sans  tenir  compte  d'autre  chose  que  d'eux-mêmes ,  il 

(i;  Cbivksul,  loe,  ctt.,  1824,  p.  95-9a, 


MBS  EXPRWSIOW    BSPiqB,  MIMIM  IMIIÉDIAT.  8S 

n'en  eal  plus  awn  (fe^  corps  organûèi.  Car  si  TorgiMation 
suisse  le  «onde,  il  iMkt,  dans  um  défini  lion»  lemr  craipte 
des  deux  choses  :  de  Tobjet  ei  du  milieu  où  il  est,  de  Tètre  el 
de  retendue  qu*il  occupe  dans  l'espace  et  le  temps.  En  con- 
sidérant la  vie  et  Vorganisatioik  isoléogient ,  on  est  conduit  à 
donnar  des  définitions  nécessairement  incomplètes,  pui»^ 
qu'elles  ne  tiennent  compte  que  d'une  chose  là  où  il  y  en  4 
deux.  De  là  des  discussions  interminables  ;  de  là  cette  diffi- 
culté apparente  de  définir  tout  ce  qui  se  rapporte  aux  ètrea 
oi^anisés  :  difiBcuUé  qui  tient  à  ce  que  l'on  omet  Tune  dea 
dioses  nécessaires  pour  que  la  définition  en  soit  réellement 
une.  Si  dans  le  raisonnement  et  la  lecture  des  choses  les  pLua 
ordinaires  en  science ,  on  n'est  pas  pénétré  de  ces  Caits  de 
doctrine,  très  simples  en  eux-mêmes,  il  est  difficile  de  ne  pas 
arriver  bientôt  à  confondre  et  à  mêler  les  choses  les  {dus  dispa- 
rates. Maintenant  il  faut  se  rappeler  qu'on  peut  con&idércir 
ks  choses  de  deux  manières  :  1*  ou  bien  du  simple  au  coni- 
posé  d'après  la  méthode  objective  ;  2*  ou  bien  du  général  an 
particulier,  du  connu  à  l'inconnu,  ce  qui  est  la  méthode  subK 
jectiv^.  Cette  dernière  convient  à  l'étude  de  la  biologie,  des 
corps  organisés  ou  complexes,  spéciaux;  Taulre  convient  i 
rétude  de  la  cosmologie,  aux  sciences  inorganiques. 

Partons,  par  conséquent,  d'en  haut,  c'est-à-dire  du  point 
de  vue  le  plus  complexe,  mais  se  rapportant  conséquemment 
au  plus  petit  nombre  de  choses. 

70.  — On  donne  le  nom  d'oRGAMiSATiON  à  l'union  par  disso- 
lution réciproque  et  complexe,  etc.,  de  principes  immédiats 
nombreux  les  uns  à  l'aide  des  autres,  que  présente  toute  sub- 
stance soUde,  demi-solide  ou  liquide,  qui  vit  ou  a  vécu. 

Toute  chose  qui  remplit  ces  conditions  est  dite  :  corpi , 
iukêlance  ou  matière  organisée.  On  donne  le  nom  d'oaGA- 
ais]is.  au  tout  formé  par  la  réunion  intime  d'un  ensemble  de 
parties  organiséaft,  solides  et  Uquides»  d'ordres  divers  quant  4 
la  eooaj4ication,  et  qui  vit  ou  a  vécu  isolément.  Par  suite  de  m 
dernier  fait ,  oa  a  quelquefois  étendu  le  sens  de  cette  ex- 
pression pour  désigner  quelqu'une  de  ces  parties  iaolémeat, 


8â  PROLÉOOMÈNBS.   —  ART.    VI. 

les  éléments  anatomiques  surtout,  qui  sont  de  toutes  les 
mieux  délimitées  :  tels  sont  les  cellules  d'épithélium ,  sur- 
tout vibratile,  les  spermatozoïdes,  etc. 

On  donne  le  nom  de  vie  au  double  mouvement  de  combi«* 
naison  et  de  décombinaison  que  présente  d'une  manière  con- 
tinue et  sans  se  détruire  toute  substance  organisée  placée 
dans  des  conditions  ou  milieux  convenables. 

La  notion  de  vie  doit  intervenir  au  présent  ou  au  passé  dans 
la  définition  de  l'organisation,  parce  que  nous  ne  pouvons  pas 
faire  artificiellement  et  de  toutes  pièces,  à  l'aide  des  matériaux 
chimiques  ou  inorganiques,  de  la  matière  organisée  suscep- 
tible DE  VIVRE.  Nous  en  pouvons  faire  de  susceptible  d'agir 
moléculairement  ou  mécaniquement  (machines),  mais  les  deux 
actes  continus  et  simultanés,  signalés  plus  haut,  n'existent  pas. 

Il  pourra  se  faire  qu'un  organisme  qui  a  vécu  puisse  vivre 
de  nouveau ,  comme  c'est  le  cas  pour  les  Rotifères  qui  ont 
été  desséchés  au-dessous  de  70  degrés,  ou  beaucoup  de  plantes 
et  de  graines  placées  dans  les  mêmes  conditions;  mais  la 
matière  qui  n'a  pas  vécu,  quelque  complexe  que  nous  la  ren- 
dions, ne  pourra  pas  vivre  si  elle  ne  traverse  et  ne  s'unit  mo- 
léculairement à  un  corps  déjà  vivant  :  ce  qu'on  exprime  par 
le  mot  assimilation. 

71.  —  En  anatomie,  on  donne  le  nom  d'iNDrviDU  à  tout 
corps  organisé  ou  organisme  qui  vit  ou  a  vécu  d'une  exis^ 
tence  propre^  et  à  toutes  les  parties  qui  le  constituent  immédia- 
tement. 

Ainsi,  par  exemple,  V organisme  est  un  individu^  et  tous 
les  ordres  de  parties  en  lesquels  il  se  subdivise  sont  autant 
d'ordres  d'individus. 

Il  y  a  des  individus  parties  extérieures  (bras,  jambes,  etc.); 
il  y  a  des  individus  appareils  (sexuels,  etc.)  ;  organes  (mus- 
cles, os,  etc.);  systèmes  (musculaire,  nerveux,  etc.);  tissus  et 
humeurs  (cellulaire,  biliaire,  etc.)  ;  éléments  anatomiques  (fibre 
musculaire,  cellule  épithéliale,  etc.),  et  principes  immédiats 
(albumine,  fibrine,  urée,  créatine,  phosphate  de  chaux,  etc.). 

Les  parties  qui   constituent  immédiatement  l'organisme 


BES   ElI'aBSSlOhS  ESPÈCE,  PBmCIPE  IMMÉDIAT.  8( 

peurent  ne  pas  être  organisées  :  tels  sont  les  principes  im- 
médiats ;  tel  est  le  carbonate  de  chaux  cristallisé  formant 
rotoconie.  Mais  ils  ont  vécu  ;  ils  font  ou  ont  &it  partie  de  la 
substance  organisée;  et  ce  qui  caractérise  essentiellement 
Torganisation,  c'est  leur  mode  d'union  par  dissolution  réci- 
proque et  complexe. 

En  considérant  l'organisme  total,  on  trouve  qu'il  y  a  des 
individuê  simples;  il  y  en  a  d'agrégés  (1),  c'est-à-dire,  dont 
le  corps  entier  est  lui-même  composé  d'individus  réunis  (2). 
Dans  la  plupart  des  Végétaux,  comme  dans  un  grand  nombre 
de  Polypes,  l'individu  est  agrégé,  composé  d'autres  individus 
réimis,  mais  distincts,  différant  des  parties  d'ordres  divers  ci- 
dessus,  qui  constituent  l'organisme,  en  ce  qu'ils  peuvent  être 
séparés  du  corps  commun  sans  en  amener  la  destruction,  et 
peuvent  vivre  indépendanunent  de  lui  (3).  Les  individus  agré- 
gés sont  :  i"  adagrégésy  c'est-à-dire  soudés  seulement  par 
qudque  point  de  leur  corps  (Salpa)  ;  2^^  agrégés  sous  une  seule 
et  même  enveloppe  (Coraux,  Veretillum,  etc.)  ;  3^  agglomérés 
sur  une  partie  commune  vivante  (Sertulaires,  etc.)  ;  à^  adis^ 
dnets  ou  confondus  en  une  masse  charnue  (Éponges)  (h). 

72.  —  En  anatomie,  le  mot  espèce  désigne  une  collection  * 
d'individus  des  parties  constituant  l'économie^  semblables  par 
leur  conformation  et  leur  constitution  immédiate^  laquelle 
entraîne  toujours  une  similitude  dans  les  caractères  extérieurs. 

Ainsi,  par  exemple,  on  fera  une  seule  espèce  de  tous  les 
organismes  formés  par  des  parties  extérieures  semblables, 
par  des  appareils  digestifs  et  autres  généralementidentiques, 
formés  eux-mêmes  d'organes  analogues,  et  constituant  les 
mêmes  systèmes  subdivisibles  en  tissus  et  humeurs  identiques, 
qui  enfin  sont  réductibles  en  éléments  anatomiques  ne  diffé- 
rant pas  les  uns  des  autres. 

(t)  Laobekt,  Rech,  sur  VUydre  el  l'Éponge  d'eau  douce.  Paris,  in-8,  sans 
date,  aYec  allas  de  6  planches  in-fol.;  considérations  préliminaires,  p.  xv. 

(2)  Lamabci,  Histoh'e  naturelle  des  animausr  sans  verfèbres.  Paris,  183.%, 
1. 1,  p.  52. 

(3*  Lavaigk,  loc.  cit.f  t.  I,  p.  52. 

ii]  lAfmaiT,  toc.  cW.,p  xiu. 


Comme  on  le  voit,  la  complicatkm  plus  ^«nde  des  Mm- 
tiA  biologiques,  icomparés  aux  individus  cbiihiqiies,  eiitratM 
itâ  Me  difficulté  el  une  longueur  bien  phis  grandes  4ims  la 
léIcrmiMtion  des  espèces  qu^en  chimie. 

Voili  auttfnt  d'onkes  de  parties  dont,  à  la  riguett^  f tOM- 
lyse  anatomique  devrait  acquérir  successivement  ta  notion 
«vimt  de  6e  prononcer  sur  Tidentité  des  individus,  si  Tekpé- 
rfence  n'avait  conduit  à  reconnaître  que  la  sinrititade  é»m 
les  caractères  extérieurs  coïncide  toujours  avec  l'identité  fon^ 
damentale  de  constitution  élémentaire  qui  est  caractéristiquev 

Mais  encore  est-il  que  les  caractères  de  -ces  différentes  par- 
ties tant  extérieures  qu'intérieures,  tout  en  conservant  Imr 
presque  identité  dans  les  individus  différents,  sont  poartiAt 
susceptibles  de  varier  entre  certaines  limites  d'^efsc^tton^  left 
cela  d'autant  plus  quil  s'agit  de  parties  plus  complexes,  fl 
en  résulte  que,  dans  les  cas  de  variations  extrMnes,  <m  est 
réellement  obligé  quelquefois  de  parcourir  les  dmits  àegth 
de  l'ani^yse  anatomique  qui  nous  (oùi  connaître  ces  mt  or- 
dres de  parties.  Il  n'est  pas  toujours  nécessaire  de  la 
jusqu'à  la  notion  d'élément  anatomique  et  4e  principe  i 
médiat,  parce  que  souvent  l'esprit  se  trouve  fixé  plutôt,  Iftais 
néanmoins  il  est  écs  exemples  de  cette  nécessité. 

Oe  plus,  il  est  une  disposition  de  la  constitution q[iii  vfWt 
eiit9>re  diminuer  la  précision  de  ces  caractères  <et  «oeUe  de  la 
définition  comparée  à  celle  de  l'espèce  dùnûque,  en  niême 
temfft  (qu'elle  augmente  la  diflRculté  de  la  détemmaCiM , 
sans  rien  ôter  pourtant  à  ce  qu'elle  a  de  positif,  sans  rien 
Mer  à  sa  certitude. 

C'est  la  différence  qui  existe  dans  les  deux  appareils  gêné* 
rateurs,  laquelle  introduit  pour  chaque  espèce  aninaiie  et 
végétale  la  notion  de  sexe,  mâle  et  femelle.  Différence  ^i  en 
entraine  de  correspondantes  pour  quelques  uns  des  caractères 
externes. 

73.  —  La  définition  précédente  do  l'espèce  s'applique  d'une 
manière  générale,  également  pour  la  réunion  en  espèces  des 
individus  de  chacun  des  ordres  de  parties  constiUiiBtes  de 


DES  EXPUMlOlfS  ESPÈCE,   PRlMaPE   IMlfÉDUT.  87 

réconomie  ;  il  i^ulBt  de  la  modifier  légèr^nnent  pour  Tappli- 
(pier  spédalement  à  l'ordre  de  parties  dont  il  s'agit.  C'est  ce 
ifat  nous  ferons  au  fur  et  à  mesure  que  nous  abotidtert>nl 
rétode  d*an  ordre  Tioiiveau  de  parties. 

Pluriexeraple,  toutes  les  parties  extérieures  formées  desfnëiMS 
porlioiis*d'ap][»ftreils,etc.,  descendent  ainsi  jdsqu'alix  principe 
inufiédSats  ;  tous  les  appareils  formés  par  des  organes  tsetàr 
UiMes,  "elc.,  etc.  ;  tous  les  organes  de  mêmes  caractères 
eilérieurs  et  constitués  par  des  systèmes  identiques  eux- 
mêmes  formés  de  tissus  et  tumeurs,  ne  différant  pas,étc. ,  etc.  ; 
Mis  lès  tissus  et  humeurs  constitués  pat  les  mêmies  éléments 
et^pnncSpes  immédiats,  etc.;  tons  les  éléments  de  mêmes  dr* 
rvMères  extérieurs  et  constitués  par  les  mêmes  principes 
imfhédiats ,  seront  rémiis  pour  former  autant  d*espècè;s  de 
pàrtSéS  distinctes  constituant  l'économie.  Quoique  les  élé^ 
mettts  anatomiques  soient  les  demières  parties  constituMt^ 
aiiiq[uelles  on  puisse  par  l'analyse  anatomiqueet  suns  décei»^ 
pa^liôn  chimique  ramener  les  tissus  ;  quoique  les  principes 
imitiédiats  soient  les  parties  correspondantes  par  rapport  m&È. 
humeurs,  nous  avons  vu  que,  secondairement,  les  éWtnenls 
peuvent  être  décomposés  en  principes  immédiats,  ce  qui  Crt 
tout  naturel,  puisque  c'est  dans  les  humeurs  qu'ils  puisttrt 
lem^  matériaux  constituants  et  rejettent  ceux  tpH  ont  servi. 

74.  —  Pour  le  cas  spécial  des  principes  immédiats,  le  mot 
i5niiViBt  d^gne  hs  âèmiets  torpst&nstituant  on  ayant  cm" 
stitué  r^jibinème  (auxqueh  i>ft  puisse  put  tannûysè  ûfiàto- 
mique  mumener  la  Èubvtance  orgunisée)  et  jfu'M  ne  peut  subdi^ 
vher  en  plusieurs  s^tes  de  matières  sans  en  altérer  là  nature 
ckiiniqu^. 

Le  mot  ESPÈCE  désignera  toute  tollecfim  d'individus  iden*- 
tiques  par  la  nature  et  l'arrangement  àe  leurs  éléments  chi- 
miques ou  par  leurs  caractères  extérieurs  et  leurs  propriétés; 
car  l'identité  des  propriétés  et  des  caractères  fondamentaux 
est  reconnue  être  une  conséquence  nécessaire  et  constante  de 
l'identité  de  nature,  c'est-à-dire  de  constitution  élémentaire 
et  immédiate. 


88  PROLÉGOMÈNES.   —  ART«   VI. 

Il  se  trouve  que  parmi  les  espèces  de  principes  immédiatSi 
il  y  a  des  composés  chimiques  crislallisabies  ou  volatils  sans 
décomposition  ni  résidu,  et  identiques  par  leur  composition 
élémentaire  et  immédiate  avec  ceux  tirés  du  règne  minéral  : 
telles  sont  les  espèces,  eau,  chlorure  de  sodium,  de  potas- 
sium, etc.  Mais  pourtant  la  définition  de  l'espèce  des  prin- 
cipes immédiats  diffère  autant  de  celle  de  l'espèce  chinodque 
que  celle-ci  diffère  de  la  définition  de  Tespèce  anatomique; 
elle  en  diffère  autant  que  celle  de  Tindividu  chimique  difiire 
delà  définition  de  l'espèce  anatomique. 

Il  faut  en  effet,  dans  ces  définitions,  se  placer  toujours  au 
point  de  vue  de  la  réalité ,  et  tenir  compte  de  ce  fait,  que 
nous  ne  pouvons  pas  faire  artificiellement  de  substance  or- 
ganisée ;  par  conséquent ,  lors  même  que  nous  parvenons  à 
fabriquer  des  composés  chimiques  identiques  avec  un  certain 
nombre  de  ceux  que  nous  pouvons  retirer  de  l'économie  ani- 
male ou  végétale,  tels  que  le  sulfate  de  soude,  l'urée,  etc., 
leur  histoire  ne  peut  pas  être  confondue  avec  celle  de  corps 
faisant  partie  de  la  matière  qui  vit  ou  a  vécu.  Dès  lors»  leur 
définition  tient  compte  de  ce  fait  démontré  précédemment, 
que  certains  corps,  pris  en  eux-mêmes,  présentent  deux 
faces  dans  leur  histoire,  l'une  anatomique,  l'autre  chimique. 
L'espèce  est  principe  immédiat  d'abord ,  par  suite  de  ce  fait 
qu'elle  a  été  constituante  de  l'économie,  et  qu'elle  cesse 
d'être  telle,  ainsi  que  l'a  très  bien  vu  M.  Chevreul,  du  mo- 
ment où  on  la  subdivise  davantage.  C'est  par  décomposition 
chimique  qu'on  parvient  à  la  subdiviser  davantage,  et  non  par 
séparation  et  isolement  successifs  ;  ce  qu'on  obtient  alors,  ce 
sont  des  composés  chimiques ,  mais  non  des  principes  tels 
qu'ils  étaient  immédiatement  dans  l'économie  et  auxquels  on 
puisse  rapporter  les  phénomènes  que  manifestait  la  substance 
vivante. 

Ainsi  donc  :  toute  collection  d'individus  retirés  de  l'éco- 
fioniie,  ot  no  pouvant  être  sulniivisés  sans  décomposition 
chimique  en  plusieurs  sortes  de  parties,  sera  rangée  dans  les 
espèces  anatomiques  d'abord ,  lors  même  que  ces  individus 


DES   EXPRESSIONS  ESI'ÈCE,   PRINCIPE  IMMÉDIAT.  89 

sont  cristaUisables,  etc.;  sauf  ensuite,  selon  le  besoin,  à  voir 
s'ils  ne  sont  pas  identiques  par  leur  composition  élémentaire  et 
QDiÉDUTE  avec  des  composés  obtenus  en  chimie,  ce  que  l'expé- 
rience a  montré  suffisant  dans  cette  science  pour  que  des  corps 
soient  considérés  comme  de  même  espèce.  La  notion  de  com- 
position immédiate  est  nécessaire  dans  la  définition  de  l'espèce 
en  chimie,  parce  qu'il  est  des  corps  dont  l'analyse,  faite  en 
masse,  donne  par  la  combustion,  pour  résultat,  les  mêmes  pro* 
portions  des  mêmes  éléments,  et  pourtant  ces  corps  diffèrent 
par  leurs  propriétés  :  ils  sont  alors  appelés  isomires.  Mais 
en  leur  appliquant  la  méthode  suivie  en  anatomie,  on  voit 
que  la  composition  immédiate  n'est  pas  la  même,  c'est-à-dire 
qne  souvent  ce  sont  des  corps  formés  par  la  combinaison 
d'autres  composés  définis,  mais  en  proportions  différentes. 

76. — En  résumé  : 

1*  La  notion  de  parties  constituantes  de  l'organisme^  qui 
intervient  naturellement  dans  la  définition  de  l'individu  des 
principes  immédiats,  distingue  cette  définition  de  celle  de 
l'individu  chimique  ;  l'origine  de  celui-ci  est  indifférente,  et 
par  suite  la  définition  en  est  bien  plus  générale. 

2^  La  notion  de  l'impossibilité  oà  ton  est  de  subdiviser 
davantage  les  principes  sans  en  altérer  la  nature  est  com- 
mune à  la  définition  de  tous  les  individus  en  particulier,  soit 
des  autres  parties  des  corps,  soit  de  l'individu  chimique  :  ce 
qui  est  évident  par  soi-même ,  parce  qu'une  chose  ne  peut  pas 
être  subdivisée  en  d'autres  choses  plus  simples,  sans  que  sa 
nature  à  elle  en  soit  changée.  Mais  cette  notion  doit  inter- 
venir spécialement  ici  pour  deux  raisons  : 

a.  Parce  que  les  individus  anatomiques  d'ordres  de  choses 
plus  complexes  que  les  principes  immédiats,  peuvent  être  sub- 
divisés en  d'autres  individus  anatomiques,  qui  seulement  sont 
d*un  ordre  plus  simple;  les  individus  des  espèces  de  tissus  seront 
subdivisés  généralement  en  espèces  multiples  d'éléments  ana- 
tomiques; les  individus  des  espèces  d'humeurs  toujours  en  plu- 
sieurs espèces  de  principes  immédiats  :  mais  l<\s  principes  im- 
médiats sont  les  seuls  individus  anatomiques  (|ui  ne  puissent 


90  PROLÉGOMÈNES.   —  ART.   VI. 

être  subdivisés  en  d'autres  individus  anatomiques.  On  peut  les 
fthnplifier,  mais  c'est  par  décomposition  chimitiue,  et  Ton  ne 
peut  ({n'en  obtenir  des  individns  chimiques  :  ici  on  pas^  et 
ritiatomie  à  la  chimie,  car  on  fait  intervenir  des  actioiA  itio* 
léiculaires  d*un  ordre  plus  simple  et  des  combinaisons  et  dé- 
côtnpositions  fixes,  déterminées  et  slables. 

6.  Parce  que  les  individus  chimiques  qui  sont  également 
de  différents  ordres  peuvent  être  également  subdivisés  txï 
d'autres  individus  chimiques  bien  déterminés,  mais  toujotm 
d'ordre  plus  simple,  jusqu'à  ce  qu'enfin  on  arri'vè  aux  corpÈ 
sitnple^y  qui  ne  sont  plus  suhdivisibles  par  aucmn  Hwyen. 
Quoique  en  suivant  la  marche  inverse  qui  consiste  à  former 
des  individus  chimiques  de  plus  en  plus  compliqués,  on  a3r« 
rive  à  en  former  d'identiques  avec  les  individus  des  espèces  de 
principes  immédiats  cristallisables,  on  n'arrive  jamais  à  en  for- 
meir  même  de  semblables  aux  principes  non  cristallisables, 
comme  l'albumine,  etc.,  ou  les  corps  gras,  qui  semblefaieftt 
être  plus  faciles  à  faire.  Il  n'est  pas  étonnant  donc  qu*on  ne 
pfuisse  pas  faire  de  substance  organisée ,  qui ,  elle,  est  forméeptit 
l'union  d'individus  des  trois  classes  de  principes  immédiats. 

Les  principes  retirés  immédiatement  de  l'organisme  sont 
donc  les  seules  parties  du  corps  qui  soient  dan*  ce  cas  :  de  ne 
pouvoir  être  subdivisées  en  individus  plus  simples  sans  pasMr 
d'une  science  à  une  autre,  d'une  nature  de  faits  A  une  «mCre 
toute  différente  par  la  simplicité,  la  fixité,  etc. 

S"*  La  notion  A'identité  de  nature  et  d'arranjfèmiftit  iè$ 
éléments  chimiques  interrient  dans  la  définition  àt  FeSpète 
des  principes,  parce  que  les  espèces  de  tissus  sont  égtdeiftenl 
formées  par  des  parties  élémentaires  de  nature  identicpie  ^t 
de  môme  arrangement  ;  mais  il  s'agit  là  d'éléments  organi- 
ques ou  anatomiques,  et  non  d'éléments  chimiques. 

76.  La  notion  de  la  proportion  des  éléments  cfaimiqaes 
ne  doit  pas  intervenir  dans  cette  définition  de  l'espfèce,  parce 
que  dans  les  principes  immédiats  non  cristallisables,  il  arrive 
fréquemment  que  des  individus  appartenant  à  la  même  es- 
pèce, comme  dans  les  espèces  albumine,  fibrine,  etc.,  A*«âent 


DBS  BXPBlBSiOllB  BSPèCS,  raiNGIM  niMÉDlÀT.  9i 

jm  nict)0iiient)e6  mêmes  proportions  d'éléments;  poottMt 
ib  TODijj^isMiit  d'autre  part  toutes  les  autres  conditions  qui 
eooiprradk  définition  et  que  possèdent  les  autres  principes; 
èê  plus,  toifi  les  individus  ont,  malgré  ces  légères  différenetA 
iMliquées  par  TaiMdyse  cMmique,  les  mêmes  propriétés. 

97. — fin  akiatomie,  comme  en  chimie,  le  mot  takiété  sert 
i  désigner  tous  les  individtis  d'une  même  espèce  qui  difjfèreM 
jmt  la  oM/brMUîon  eùsîineurey  le  valumey  les  propriétés  opti- 
fttt  M»  miHrei  propriétés  seetmdaireSy  des  échmniiUons  chri^ 
comme  types  de  l'espèce, 

CMte  détiritiôn  s'applique  à  toutes  les  variétés  de  l'espèce 
les  divers  ordres  de  parties  qui  constituent  TorganisiM 
distinction,  depuis  l'organisme  hii-mème  jusqu'aux  prin* 
iîpei  Hnmédiats. 

78.  —  En  anatomie,  comme  en  chimie,  le  mot  ^Na%  «cft 
employé  pour  désigner  tûute  eoUecticn  d'espèces  qt^  possè- 
imU  «m  ou  phuim^rs  cciractères  communs  très  importMvts  ou 
Wis  rtmarquaties.  L'observation  faite  tout  à  l'heure  trouve 
également  ici  son  application. 

D.  De  TniDiviBu,  de  Tespèce  ,  de  la  variété  ,  et  âm  (ïenre 
la  Hotsixie. 

79.  —  La  biotaxie  s'appuie  incessamment  sur  Tanatomie 
et  loi  emprunte  les  notions  qui  en  sont  la  base,  et  concourt 
réciproquement  à  la  perfectionner  et  à  la  résumer  (Voyez 
pages  h  et  8)« 

Bb  tnotaxie,  le  mot  iNorvtDU  désigne  tout  corps  otgaitisé 
m  ifrjfoê^imne  qui  vit  ou  a  vécu  d'une  existence  propre. 

L'individu  peut,  ainsi  que  le  montre  l'anatomie,  être  mâle^ 
femelle^  hermaphrodite  suffisant  ou  insuffisant^  neutre^  etc. 

iielte  définition  ne  comprend  ici  qu'un  seul  ordre  de  choses  ; 
l'acceptien  du  mot  est  ainsi  plus  restreinte  qu'en  anatomie. 
Les  |MMties  d'un  individu  ne  sauraient  rentrer  dans  le  do- 
mine de  la  biotaxie;  elles  ne  servent  qu'à  faire  connattre 
l'être  entier  à  l'aide  des  notions  acquises  en  anatomie. 

Mais  la  définition  de  l'espèce  et  de  la  variété  prend  au  con- 
traire, en  biotaxie,  une  plus  grande  importance,  une  plus 


92  PROLÉGOMiMES.  —  ART.   Yl. 

grande  extension,  en  raison  du  but  ou  objet  de  cette  science, 
qui  finalement  relie  entre  elles,  coordonne  et  résume  les  prin» 
dpales  lois  de  Tanatomie.  Nous  n'avons  pas  â  insister  beau- 
coup sur  ce  sujet,  qui  est  accessoire  pour  nous»  mais  qui 
pourtant  doit  nécessairement  être  connu,  ne  fût-ce  que 
pour  saisir  la  différence  existant  entre  cesd^nitions  et  celles 
spéciales  à  l'anatomie. 

80.  —  Nous  avons  déjà  dit  que  la  vie,  essentiellement  ca- 
ractérisée par  la  nutrition,  suppose  le  monde;  que  Toi^- 
nisme  suppose  un  milieu. 

En  disant  que  l'individu  biotaxique  est  tout  eorpê  orgamiié 
qui  vit  ou  a  vécu  d'une  existence  propre,  cela  montre  que 
dans  la  réunion  des  individus  en  groupes  naturels,  ce  qui 
est  l'objet  de  la  biotaxie,  nous  aurons  à  tenir  compte  de  deux 
choses.  Ce  sont,  d'après  M.  Chevreul  (1)  : 

€  lo  L'ensemble  des  rapports  mutuels  des  organes  divers  eonr 
stituant  un  individu^  faits  fournis  par  l'anatomie ^  et  la  comr 
paraison  de  ces  rapports  datis  les  individus^  afin  d'établir  la 
similitude  de  ceux-ci  pour  les  réunir  en  groupes  naturels, 

»  2o  L'ensemble  des  rapports  de  ces  individus  avec  le  monde 
extérieur  où  ils  vivent  ^  afin  d'apprécier  l'influence  qu'ils  en 
reçoivent, 

»  Le  monde  extérieur  comprend  la  lumière,  la  chaleur  » 
l'électricité,  l'atmosphère,  les  eaux,  le  sol  et  les  aliments, 
avec  toutes  les  modifications  que  chacun  de  ces  agents  ou  dia- 
cune  de  ces  matières  est  susceptible  de  présenter  dans  sa 
manière  d'agir  ou  d'être.  Les  aUments  sont  pour  les  animaux 
et  beaucoup  de  végétaux  d'autres  organismes.  » 

Ceci  établi,  passons  à  la  définition  de  l'espèce. 

81 .  —  Le  mot  espèce  désigne,  en  biotaxie,  une  eoUeeîion 
d'individus  descendant  d'êtres  vivants  ou  ay€tnt  véeu^  qui  se 
ressemblent  plus  qu'ils  ne  ressemblent  à  tous  autres  analogues, 
et  susceptibles  de  se  reproduire  d'une  manière  continue,  entre 

(I)  Chkvrkul,  Consid.  gén.  sur  le$  variât,  des  individus  qui  composent  les 
groupes  appelés  en  hist.  nat^  varie'tés,  races,  sous-espèces  et  espèces  {Ann.  des 
sriefices  nat.,  1816,  I.  VI,  p.  145). 


DBS  B1PRBS8I0NS   ESPÈCE,   PRINCIPE  IMMÉDIAT.  93 

eux  oa  isolément,  suivant  que  les  sexes  sont  réunis,  séparés 
ou  n'existent  pas* 

Ici  on  seul  individu  ne  suffit  plus  pour  représenter  l'es- 
pèce, comme  cela  est  en  chimie  et  en  anatomie  ;  la  notion 
d'espèce  se  trouve  ainsi  bien  plus  distincte  de  celle  d'individu 
que  dans  ces;  deux  sciences. 

Dans  cette  définition  intervient  : 

i*  La  notion  dHndividus  descendants  d'êtres  vivants  ou 
myoni  véeu^  qui  établit  la  liaison  entre  le  présent  et  le  passé; 
die  n^[lige  celle  de  la  descendance  originelle  d'un  seul  père 
et  d'une  seule  mère,  ou  d'un  seul  être  hermaphrodite,  ques- 
tion à  jamais  insoluble  d'aucune  manière  et  par  suite  inutile, 
oiseuse,  et  même  nuisible  par  l'embarras  qu'elle  cause  sans 
qu'on  puisse  en  sortir. 

2^  La  notion  de  ressemblance  entre  euXy  plus  grande  qu'avec 
tous  autres  analogues^  intervient  pour  indiquer  que  l'espèce 
est  caractérisée  par  la  similitude  trouvée  entre  les  parties  du 
même  nom,  en  établissant  les  rapports  mutuels  entre  les 
divers  individus.  Cette  notion  embrasse,  comme  l'a  déjà  dit 
M.  Qievreul,  non  seulement  les  caractères  superficiels,  tels 
que  ceux  de  volume,  forme  et  couleur  (1),  mais  encore  tous 
les  caractères  tirés  de  la  relation  qui  existe  entre  les  parties 
extérieures  et  les  parties  profondes,  poursuivies,  quand  il  en 
est  besoin,  depuis  les  appareils  et  organes  jusqu'aux  éléments 
inatomiques.  C'est  ce  qui  ressort  de  ce  que  nous  avons  dit 
précédemment  de  l'appui  prêté  à  la  biotaxie  par  Tanatomie 
(p.  5  etS)  et  en  parlant  de  l'espèce  en  anatomie.  En  ne  consi- 
dérant que  les  caractères  tirés  des  organes  tout  à  fait  exté- 
rieurs, et  surtout  en  les  considérant  isolément,  sans  con- 
sidérer leur  liaison  entre  eux,  on  pourrait  trouver  plus  de 
ressemblance  sous  ces  seuls  rapports  entre  deux  individus 
d'espèces  différentes  qu'entre  les  individus  de  deux  races 
d'une  même  espèce.  Par  exemple  le  Mâtin,  variété  de  chien, 
a  plus  de  ressemblance  avec  le  loup.  Cette  notion  de  la  res- 

(!)  Chetakcl,  toc.  cU.{4nn.  des  sciences  nal.,  1846,  t.  VI,  p.  140,  «n 
note). 


94  PROLÉGOlfiMEft.  —  AAT.  ¥1. 

semUance,  entendue  comme  elle  dent  TMre,  fait  dbpariMra 
ridée  de  créations  d'espèces  nouvelles,  d*après  les  diffireDce» 
des  parties  superficielles  et  mftme  profonde»,  mais  ne  (Ju- 
geant pas  leurs  liaisons  et  rapports  mutuels,  dUSèrences  ap|K»» 
tées  pai*  des  influeuces.  prolongées  du  miUeii  stur  des  ^traa 
d'organisation  la  plus  complexe,  la  plus  élevée;  elle  faiftrMi» 
placer  cette  idée  par  celle  de  variétés  et  de  races,  suivaBl  que 
U  modiikation  apportée  est  ou  n'est  pas  traosmissîU»  par 
génération.  Il  ne  faut  donc  pas  dire,  avec  quelques  comme»» 
tateurs,  que  Buffoa  a  eu  tort  de  faire  intervenir  la  Botioo  éb 
ressemblance  dans  sa  d^nition  de  l'espèce..  En  pariant  da 
ressemblance,  il  entendait  certainement  ressemblanee  estik 
heure  liée  à  la  ressemblance  intérieure  et  la  reproduisant  a» 
dehors  ,  devant  être  poursuivie  au  dedans,  selon  le  besoia» 
dans  les  cas  douteux  ;  Boais  non  de  ressemblaBce  absotoe, 
prise  sous  un  seul  point  de  vuo. 

30  La  notion  de  possibilité  de  se  teproduirt  $iUre- 
isolément^  d'une  manière  eontinue^  suivarU  qm  le^.  aMPea 
réunis^  séparés^  ou  qu'il  n'y  a  pas  d'organes  de  généroÊiam^ 
ébmine  de  la  notion  d'espèce  les  nuHistres,  qui  tous  rapré» 
sentent  autant  d'individus  pouvant  être  réunis  en  gearaa^ 
ordres,  etc.,  dans  la biotaxie pathdogique,  mais  chez  lesqudhl 
la  notion  d'espèce  ne  peut  être  distinguée  de  celle  d'Méî^ 
vidu  (1).  Mais  surtout  elle  établit  la  succession ,  la  Uaîsift 
de  l'espèce  dans  l'avenir,  comme  celle  de  descendance  mm 
le  passé,  pendant  que  celle  de  ressemUance  l'élablil  dMi 
l'espace  pour  le  présent.  Bien,  par  conséquent,  de  pUs^cooi^ 
plet  que  la  définition  de  l'espèce  par  Buffoo  :  succcsmoêk  i'itkr^ 
dividtM  semblables  pouvant  se  reproduire.  Et  la  précédwtn 
définition  n'est  au  fond  que  la  reproductioa  de  celle-ci. 

Combinée  à  la  notion  de  ressemblance,  celle  de  l'iprurin»! 
tion  continue  rattacbe  à  l'espèce  la  plus  semblable  lea  hylvEi^ 
des  ou  mulets  ;  elle  fait  ainsi  disparaître  de  ce  côté  l'idàa  i% 
création  d'espèces  nouvelles,  limitée  du  reste  aux  cas  de  sépa*» 

(1)  I.  Geoffroy- SaintrHilaire,  Histoire  des  anomalies  de  VorgmiisMmf  tu 
Traité  de  tératologie,  Parii,  1832,  t.  I,  p.  1S5. 


DES  EXPRESSIONS  ESPÈCE,   PRINCIPE  IMMÉDIAT.  9è 

ration  des  sexes.  Les  trois  notions  combinées,  mais  celle  de 
ressemblance  surtout,  font  également  intervenir  Fidée  de 
raee^  li  où  Ton  serait  porté  à  voir  la  création  d'espèces  noih- 
Telles  par  suite  de  reproduction  continue  dans  certaines  coih 
ditioDS  déterminées  de  nourriture,  température,  etc.,  d'une 
modification  produite.  Enfin  »  par  la  dernière  notion  dont 
nous  parlons,  cette  définition  de  l'espèce  embrasse  les  espèces 
d'êtres  les  plus  simples,  qui,  aussi  simples  que  des  éléments 
«natomiques,  se  reproduisent  comme  eux  sans  posséder  d'or- 
bes spéciaux  pour  la  génération  :  tels  sont  beaucoup  d'In* 
fusoires  se  reproduisant  par  segmentation,  gemmation,  ete., 
et  différents  êtres  comme  les  Eponges,  les  Hydres,  ete.,  qui 
se  reproduisent  alternativement,  soit  par  des  €9uC3,  soit  par 
gemmation,  ete. 

82. — En  biotaxie,  on  donne  le  nom  de  VAmÉTi  i  tous  la  û^ 
dividus  de  mime  espèce  qui  diffèrent  par  la  forme  extérieure  ^l^ 
rxÀume^la  couleur  ou  autres  propriétés  eecondairee y  saoisquti 
ces  différences  se  perpétuent  par  la  génération  ^  sauf  dans  ¥i» 
très  petit  nombre  de  circonstances  déterminées  et  généralement 
identiques. 

83. — Le  nom  de  race  est  donné  à  toute  collection  des  indi* 
tidus  de  mime  espèce  qui  présentent  un  ensemble  de  différence^ 
de  mime  ordre  que  dans  la  variété,  mais  prononcées ,  et  qui^ 
une  fois  produites  y  se  reproduisent  dans  un  certain  nonU)redà 
circonstances  qui  ne  sont  pas  complètement  identiques. 

8&. — ^Enfin ,  on  donne  quelquefois  le  nom  de  sous-ESPJkCEs  au:t 
collections  d'individus  qui  diffèrent  sous  les  mêmes  rapports 
que  Us  variétés  et  rctceSy  mais  d'une  manière  caraotéristiquis 
et  tris  prononcée  y  de  telle  sorte  que  les  différences  se  perpir 
tu»nt  dans  toutes  les  circonstances  où  les  individus  c&omr 
eoÊnmô  types  de  l'espèce  peuvent  vivre. 

85.  —  n  est  inutile  de  répéter  ici  la  définition  du  g^ur^, 
(fà  est  la  même  dans  cette  science  que  dans  les  précédeates. 

E.  Du  sens  que  l'on  doit  attacher  à  l'expression  PRHiefM 
nofiDiÀT. 

90. — D'abord,  et  d'une  manière  générale,  toute  expresakm 


9<5  PROLÉGOMÈNES.   —  ART.   Vf. 

peut  être  prise  dans  deux  sens  différents  :  !•  elle  peut  être 
envisagée  au  point  de  vue  objectif,  c'est-à-dire  du  simple  au 
composé  ;  2^  elle  peut  être  prise  en  sens  inverse,  c'estrà-dîre 
au  point  de  vue  subjectif. 

Et  suivant  qu'on  l'emploie  dans  l'un  ou  dans  l'autre  sens, 
son  acception  est  toute  différente;  c'est  là  une  des  principales 
causes  de  dissidence  sur  le  sens  que  Ton  doit  attribuer  aux 
écrits  qu'il  faut  interpréter. 

Dans  les  sciences  inorganiques  on  emploie  ces  expressions 
principalement  dans  le  premier  sens  ;  c'est  au  contraire  au 
point  de  vue  subjectif  qu'on  les  envisage  dans  les  sciences 
organiques. 

En  se  plaçant  au  point  de  vue  objectif,  en  passant  directe- 
ment de  la  chimie  à  l'anatomie,  il  est  impossible  de  s'empê- 
cher de  confondre  ces  deux  sciences.  On  cesse  dès  lors  de 
séparer  les  deux  côtés,  l'un  anatomique,  l'autre  chimique, 
que  présente  l'étude  de  certains  corps  pris  en  eux-mêmes,  de 
certains  principes  immédiats.  Pourtant  rien  d'aussi  différent, 
d'aussi  nettement  tranché,  d'aussi  naturel  que  l'histoire  des 
espèces  anatomiques  de  principes  immédiats,  chlorure  de  so- 
dium, phosphate  de  magnésie,  créatine,  urée,  etc.,  comparée 
à  l'histoire  des  espèces  chimiques  portant  le  même  nom; 
histoire  chimique  pouvant  être  faite  à  l'aide  des  mêmes  indi- 
vidus après  qu'on  les  a  extraits  de  l'économie. 

Si  Ton  n'a  pas  ce  point  de  doctrine  présent  à  l'esprit,  on  fait 
rentrer  dans  la  chimie  l'étude  d'une  portion  des  parties  con- 
stituantes de  l'organisme,  ce  dont  nous  avons  montré  les  in- 
convénients. On  est,  d'autre  part,  forcé  de  continuer  à 
maintenir  de  la  manière  la  plus  artificielle  la  division  de  la 
chimie  en  deux  branches,  devenue  nuisible  à  la  science  déjà 
depuis  un  certain  nombre  d'années,  et  à  méconnaître  la  va- 
leur des  arguments  que  M.  Chevreul  a  formulés  ainsi  : 

t  L'examen  du  motif  d'après  lequel  on  a  distingué  une 
chimie  minérale  et  une  chimie  organique  montre  que ,  là  en- 
core, on  s'est  laissé  guider  par  des  considérations  tout  à  fait 
étrangères  à  la  science  même.  En  effet ,  la  chimie  minérale 


MK  I1PRB8SION8  SSPiCE,   PRINCIPE  IMMÉDIAT,   ETC.       97 

comprend,  dit-on,  des  corps  simples  et  des  corps  composés 
produits  sans  l'intervention  d'un  être  vivant  ;  tandis  que  la 
chimie  organique  comprend  les  corps  composés  qui,  comme 
le  sucre,  l'amidon,  etc.,  sont  produits  exclusivement  par  les 
corps  vivants. 

•  a.  Or,  en  principe,  le  chimiste  n'a  pas  besoin  de  savoir 
l'origine  du  corps  qu'il  étudie,  celte  connaissance  n'ayant 
absolument  aucune  influence  sur  cette  étude. 

•  b.  D'un  autre  côté,  tous  ceux  qui  admettent  une  chimie 
minérale  et  une  chimie  organique^  reconnaissent  pourtant  en 
principe  la  possibilité  de  reproduire  dans  les  laboratoires, 
sinon  les  principes  immédiats  de  corps  vivants,  du  moins  le 
plus  grand  nombre,  comme  l'atteste  la  production  artiGcielle 
de  Yurée ,  un  des  produits  complexes  des  animaux  ;  d'après 
ce  fait,  il  est  évident  que  la  distinction  dont  nous  parlons 
n'est  pas  scientifique. 

»  c.  En  troisième  lieu ,  rien  ne  distingue  essentiellement 
les  composés  d'origine  organique  des  composés  minéraux; 
car,  parmi  ceux-ci ,  on  trouve  des  oxacides  à  deux ,  trois , 
quatre  atomes  de  soufre ,  dont  l'analogie  avec  les  composés 
organiques  est  incontestable;  d'un  autre  côté,  en  modifiant 
à  l'infini  les  composés  organiques  à  l'aide  des  réactifs ,  vous 
les  rapprochez  de  plus  en  plus  des  composés  minéraux. 

1  D'après  ces  considérations  (a,  6,  c),  il  n'y  a  donc  rien  de 
rationnel,  rien  de  précis  dans  la  division  de  la  chimie  en 
deux  parties  reposant  sur  l'origine  des  espèces  comprises 
dans  chacune  d'elles  (1).  » 

87,  —  Ainsi  donc ,  nous  le  répétons ,  il  est  impossible  de 
rien  comprendre  à  l'histoire  des  principes  immédiats ,  si ,  au 
lieu  de  procéder  du  connu  à  l'inconnu ,  c'est-à-dire  du  com- 
posé au  simple,  on  veut  continuer  à  suivre  la  marche  objec- 
tive ,  à  marcher  du  simple  au  composé ,  là-dessus  repose 
toute  la  difficulté. 

88.  —  Quoique  déjà  démontré  ailleurs,  ce  point  de  mé- 
thode devait  être  rappelé  ici ,  parce  que  c'est  sur  lui  que 

fi)  CiiETaïUL,  Jùumal  det  savants ,  1847,  p.  745. 

I.  ^ 


98  PROLÉGOMàNES.   —  ART.   TI. 

repose  toute  la  difficulté  de  s'entendre  qui  règne  entre  les  ani- 
tomistes  et  les  chimistes.  Ce  livre  n  est  pas  écrit  pour  ceux  de 
ces  derniers  qui  n'ont  pas  suffisamment  embrassé  FensemUe 
de  Tanatomie  et  de  la  physiologie  pour  comprendre  ce  CuL 

Une  fois  cette  vérité  reconnue,  l'expression  principe  immé- 
diat devient  de  la  plus  grande  netteté  tant  en  biologie  qu'en 
chimie* 

89.  —  En  anatomie  donc,  l'expression  principe  in¥méiiêi 
désigne  tout  individu  des  dernière  corps  eonêiiiuami  ou  ayant 
constitué  Vorganisme  auxquels  on  puisse,  par  Vanalyee  «m* 
tomique ,  ramener  la  substance  organisée  et  qu'on  ne  peut 
subdiviser  en  plusieurs  sortes  de  matières  sans  en  ediinr 
la  nature  chimique. 

Dès  lors  se  trouvent  éliminés  une  foule  de  corps  en  le^ 
quels  peuvent  être  décomposés  les  principes  immédiats  réeb, 
et  qui  encombrent  toutes  les  publications  où  il  est  question 
de  la  constitution  des  humeurs;  corps  dont  l'étude  faite  en 
anatomie  empêcherait  de  reconnaître  les  limites  où  il  iwl 
s'arrêter,  à  moins  d'arriver  aux  corps  simples  ou  élémeDts 
chimiques. 

L'acide  sulfurique,  phosphorique,  la  potasse,  la  magnésie, 
la  chaux ,  la  taurine ,  l'acide  cholique  et  une  foule  d'autres 
produits  de  décomposition ,  ne  sont  pas  des  principes  iimné- 
diats.  Car,  en  effet,  ce  n'est  pas  sous  Tétat  d'acide  sulfurique, 
phosphorique,  etc.,  que  se  trouvaient  dans  l'éconcMnie  ca 
différents  corps  avant  qu'on  les  eût  retirés  ;  c'est  à  l'état  è 
sulfate,  de  phosphate,  etc.  Mais,  objectera-t-on,qui  vousditque, 
si  l'on  pouvait  arrêter  les  actes  de  l'organisme  à  un  moment 
donné,  on  ne  trouvât  un  acide,  un  alcali,  de  la  taurine»  etc., 
à  l'état  libre  et  naissant,  sur  le  point  de  se  combiner  avet 
quelque  autre  corps  également  plus  simple  que^vos  prindpa 
sulfates,  phosphates,  choléate  de  soude,  etc.  ? 

D'abord  plaçons-nous  au  point  de  vue  réel  etjnon  aupoiii 
de  vue  hypothétique.  La  biologie  est  une  science  trop'eoD' 
plexe,  quand  on  la  compare  à  l'astronomie  ou  autre  brancb 
de  la  cosmologie,  pour  qu'on  puisse  pousser  la  déduction  rt 


\ 


m. 


100  PROLÉGOMÈNES.    —   ART.    ?f. 

90.  —  Ceci  établi,  l'expression  principe  immédiat  prend 
en  chimie  un  sens  net  et  précis. 

Est  PRINCIPE  imiÉDiAT  CHIMIQUE  *.  tout  corps  simpU  ou  corn- 
poêé  défini  jfu»,  par  sa  combinaison  avec  un  \autre  corps ^ 
constitue  un  composé  plus  complexe  défini  ou  non. 
'  Ou  vice  versàf  est  principe  immédiat  chimique  d'une  sub- 
stance :  tout  individu  chimique  simplCy  ou  composé  défini ^  o(-* 
tenu  par  décomposition  d'un  corps  quelconque,  défini  ou  non. 
Nous  avons  suGBsamment  montré  que  Torigine  d'un  corps 
importe  peu  en  chimie,  pourvu  qu'il  soit  un  composé  défini, 
pour  que  nous  n'ayons  pas  besoin  d'insister  davantage  sur 
cette  définition. 


PIN  DES  PROLÉGOMÈNES. 


ANATOMIE 


FBEmERE  DlimiOJV, 


DES  PARTIES  CONSTITUANTES  DU  CORPS. 


DÉFIMITION. 

91.  —  On  donne  le  nom  de  parties  C0NSTiTUAifTE8  de  l*or« 
GAMisME  aux  espèces  des  corfs  qui,  par  leur  réunion,  forment 
les  tissus  et  les  humeurs  y  et  consécutivement  toutes  les  parties 
de  l'économie,  par  suite  de  dispositions  nouvelles  et  déplus  en 
plus  compliquées  des  premiers;  ou  en  procédant  du  composé 
au  simple,  ce  sont  les  dernières  espèces  de  corps  irréductibles 
anatomiquement,  c'est-à-dire  sans  décomposition  chimique^ 
mais  par  simple  isolement  successif,  auxquelles  on  puisse 
ramener  les  tissus  et  les  humeurs,  et  par  suite  toutes  les  autres 
parties  de  l'organisme  plus  compliquées  encore, 

c  Ut  addiscat  tiro  quam  felicissime,  harum  firmarum  par- 

>  tium  totam  naturam,  opportet  i3t  prius  cogmosgat  illas 

1  PARTES  EX  QUIBUS  MINIBUS  OMNES  COMPONUMTUR  MAJORES,  et  IN 

»  QUAS  RURSUS  resolyuntur  corpora....  Sunt  ergo  quœdam 

»  partes  PRIMiE  MINlMiE,  quœ  NOSTRAS  PARTES  FIRMAS  CONSTH 

»  Tir  NT  :  nam  pars  sensibilis  nobis  in  corpore  non  est  unica 
»  PARS,  SED  PLURES  AGGREGATiE  PARTES  ;  has  ergo  cognoscerû 
»  debemus  ut  naturam partis  cognoscamus....  Donec  ad  ulti- 

>  mum  vas  perveniamus  quod  habet  membranam,  non  ex 
1  vasis  jam  amplius  (aliter  enim  non  esset  ultimum  vas),  sed 
»  ex  fibris  compositam,  quœ  ergo  fibra?,  ultimam  membra- 

>  nam  constituenles,  non  sunt  cavee,  aliter  essenl  va^n,  apo 


102  ÀNATOMIE 

>  BiERA  FiLAHEMTÀ  SOUDA.  Hœ  vero  fibrœ  constant  ex  meris 

>  PARTiBUS  solidis  minimis,  exiguis,  simplicissimis,  terres- 

>  TRIBUS....  Hinc  ergo  tuto  concludimus  ultima  corpora,  ex 
»  quibiM  majores  nostne  partes  constent,  esse  eorpora  valde 
»  parva,  salisintersesimiIia,ELEMEirrAGORPORis(l).  »  D*après 
ce  qui  précède,  on  peut  appeler  Mérologie  (meru«,  pur,  sim- 
ple, sans  mélange,  defntpc»),  cette  première  division  de  Fana- 
tomie  comprenant  Thisloire  des  parties  constituantes  du  corps, 
tant  éléments  anaiomiques  que  principes  immédiats.  Quoique 
Boerhaave  ne  distingue  pas  toujours  très  nettement  ce  qu'il 
dit  des  fibres  et  des  partes  terrestres  ex  quibus  constant  y  quoi- 
qu'il applique  quelquefois  aux  unes  et  aux  autres  l'expression 
de  partes  elementares  ou  à*elementa  corporis^  on  ne  peut  dou- 
ter, d'après  ce  qu'il  dit  et  d'après  ses  expériences,  qu'il  n'en 
sût  Caire  la  distinction  (2). 

92«  —  Tout  ce  qui  entre  dans  la  composition  des  ètarw  or» 
ganisés,  tout  ce  qui  concourt  k  les  former etiles  plaeier dans 
les  conditions  qui  rendent  possibles  les  actes  qu'ils  êccomplis- 
aent,  est  du  ressort  de  l'anatomie  ;  car  cette  scienee  est  Tétode 
statique  des  corps  vivantii. 

Or,  que  trouvons-nous  dans  le  corps  des  êtres  organisés, 
des  animaux  qui  doivent  nous  occuper  ici  fdus  particuliè- 
rement? Ce  sont,  d'une  part,  des  gaz  comme  Toxygène, 
l'azote,  l'acide  carbonique,  etc.,  qui  ordinairement  sont  à 
rétat  de  dissolution  dans  les  liquides  de  l'économie. 

D'autre  part,  ce  sont  des  liquides  de  natures  très  <fiv«r9es. 
Les  uns,  les  plus  nombreux,  sont  aqueux,  c'est* i-dire  êirtux 
ou  muqueux^  etc.  ;  les  autres  sont  graisseuse  ou  kuilmse.  Les 
premiers  sont  formés  par  Teau  qui  tient  des  sels  très  nom*» 
breux  en  dissolution,  principalement  des  sels  i  base  terreuse 
ou  alcaline ,  tels  que  les  sulfates,  chlorures,  ou  lactates,  e(c* 
Quelquefois  ce  sont  des  sels  acides  que  cette  eau  tient  en 


(1)  Bqbbhmyb,  MstkoàiÊS  sMH  meàioL  AmtoMaml,  ITSI,  la-4%tol.  I, 
p.  24S-24S. 

(2)  Cb.  Roim,  Tabloauoo  d'anatamis,  ia-4%  iS50,  tTertiiwiiieni,  p.  liv, 


Ir  ■ 


DES   PARTIES  CONSTITUANTES   DU   CORPS.  108 

dissoluUoii.  Oatre  les  sels,  d'autres  substances  bien  plus  com- 
plexes,  quant  an  nombre  des  éléments  combinés  pour  les  for- 
mer, «ont  en  même  temps  qu'eux  dissoutes  dans  l'eau.  Ce  sont 
l'albumine,  la  fibrine,  la  caséine,  et  autres  corps  analogues, 
toujours  très  complexes,  et  par  suite  peu  stables,  cédant  aux 
moindres  forces  qui  tendent  à  les  décomposer  ou  à  les  dédou- 
bler en  composés  plus  simples  et  plus  fixes. 

L'expérience  montre  que  1  a  présence  des  sels  dans  Teau 
fiicilite  la  dissolution  de  ces  substances  complexes,  et  que, 
réciproquement,  leur  présence  dans  les  liquides  de  l'économie 
mflue  sur  la  quantité  des  sels  qui  peuvent  s'y  trouver  dissous. 

Les  liquides  huileux  ou  graisseux  sont  peu  abondants. 
Les  hufles  pures  surtout  sont  rares  et  contiennent  toujours 
un  peu  d'eau  avec  quelques  sels  dissous  dans  celle-ci.  Telle 
«si  rhuile  qui  suinte  des  orifices  des  glandes  sébacées  de 
rhomme  dans  quelques  circonstances,  et  de  celles  de  quelques 
ammaux;  celle  qu'on  extrait  des  vésicules  du  tissu  adipeux, 
comHie  des  cellules  des  végétaux  à  huile.  Quelquefois  les  ma- 
tières grasses  sont  à  l'état  de  gouttelettes  liquides  et  te- 
nues en  suspension  dans  un  sérum,  comme  dans  le  lait,  le 
diyle,  le  sang  de  la  veine  porte,  etc. 

Nous  sommes  amenés  ainsi  à  l'étude  du  troisième  et  der- 
nier état  des  parties  constituantes  des  corps  organisés  :  ce 
sont  les  solides.  Ils  se  présentent  sous  un  grand  nombre  de 
formes.  La  plus  simple  est  celle  de  granulations  moléculaires, 
sorte  de  poussière  organique  qui  est  en  suspension  dans  tous 
les  liquides  deTéconomie  sans  exception,  en  quantité  plus  ou 
moins  considérable.  Ces  granulations  sont  de  natures  di- 
verses :  les  unes  sont  des  corpuscules  graisseux ,  d'autres 
fibreux  ou  de  nature  azotée ,  mais  mal  déterminée  ;  enfin , 
q^ielquefots  ce  sont  des  poussières  minérales,  cristallisées  ou 
non,  comme  certains  carbonates,  des  urates,  de  Tacide  uri- 
cpie,  etc.*.  Les  autres  soUdes  ont  des  formes  particulières  dont 
les  plus  simples  sont  celles  de  globules  ou  de  cellules.  Parmi 
ces  globules,  les  uns  sont  librement  en  suspension  dans  les  hu- 
meurs, dont  ils  sont  des  parties  constituantes  ;  d'autres  sont 


10&  AKATOMIE. 

réunis  ensemble,  groupés  en  masses,  et  forment  des  tissus  et 
non  des  liquides.  Les  solides  de  formes  moins  simples  sont 
des  fibres,  des  tubes ,  des  lamelles ,  des  masses  homogènes 
dures  ou  molles,  parsemées  ou  non  de  granulations  molécu- 
laires, ou  de  globules  et  cellules  ou  de  fibres.  Ces  corps  sont 
réunis,  en  grande  quantité,  soit  entre  eux,  soit  avec  d'autres, 
d'espèces  différentes,  et  forment  ainsi  des  tissus. 

Tous  les  solides ,  dont  nous  venons  de  parler,  ou  à  peu 
près  tous,  ont  un  volume  tellement  petit,  qu'ils  sont  invisibles 
à  l'œil  nu  ;  ainsi ,  par  conséquent  tous  exigent,  de  toute  né- 
cessité, l'emploi  du  microscope  pour  être  étudiés,  et  ce  n'est 
que  réunis  en  quantité  considérable  qu'ib  forment  des  masses 
que  nous  puissions  voir,  qui  sont  les  tissus,  disposés  en  sys- 
tèmes, ceux-ci  en  organes,  etc. 

Chacune  des  parties  constituantes  solides ,  dont  il  vient 
d'être  question,  fibres,  cellules,  etc.,  prise  à  part,  a  elle- 
même  une  constitution  qui  lui  est  propre.  Ainsi ,  on  peut, 
par  la  chaleur,  en  chasser  une  certaine  quantité  d'eau;  dès 
lors  son  volume  se  réduit  considérablement,  et  la  partie 
solide  se  trouve  être  peu  de  chose  en  poids.  Souvent  en  même 
temps  on  reconnaît  que  des  gaz  se  trouvaient  retenus  par  le 
solide,  probablement  dissous  dans  le  liquide,  dont  il  est  im- 
bibé. On  peut ,  par  le  lavage ,  démontrer  en  outre  que  le 
liquide  dont  chaque  particule  constituante  d'un  tissu  était 
imbibée  n'était  pas  de  l'eau  pure,  mais  tenait  en  dissolu- 
tion plusieurs  sels ,  et  quelquefois  d'autres  principes ,  ordi- 
nairement les  mêmes  qu'on  trouve  dans  les  humeurs.  Quant 
à  la  partie  solide ,  elle  est  formée  de  diverses  substances 
mêlées  ou  combinées,  qui  sont  aussi ,  comme  dans  les  liqub 
des,  soit  de  Falbumine,  de  la  fibrine,  etc. 

93. — En  résumé^  nous  voyons  que  les  parties  constituai!* 
tes  des  corps  organisés ,  et  des  mammifères  en  particulier, 
peuvent  être  représentées  d'une  manière  générale  par  le  ta- 
bleau suivant  : 


DES   PARTIES  CONbTJTLAMES   DU  CORPS.  106 

Ce  mmlkiprincipei  immédiats.         Ce  sont  les  élémmUs  aMiomiftues. 


s 


s 

a 
g 


I 


.3 


£ 


eo 


"^pnilTOlO  NIOO  RRI  fUHTaXIlSMOd  fVUlT^ 


106  ANATOMIE. 

Or,  qui  pourrait  contester  qu'une  seule  de  ces  parties  con- 
stituantes ne  soit  du  ressort  de  Fanatomie  aussi  bien  que  les 
tissus  qu'elles  forment?  Qui  pourrait  contester  que  les  hu- 
meurs ne  doivent  être  étudiées  en  anatomie  aussi  Uen  que 
les  tissus  ?  Est-ce  que  les  unes  et  les  autres  ne  font  pas  partie 
des  corps  vivants ,  et  au  même  titre  Tune  que  Tautre? 

Si  Ton  voulait  essayer  de  construire  de  toutes  pièces  un  être 
organisé,  avec  les  matériaux  dont  Thistoire  se  trouve  Cute 
dans  nos  traités,  on  arriverait  à  avoir  un  ooips  qui  ne  renfer- 
merait que  des  solides  ;  c'est-à-dire,  du  côté  de  Tagent,  la 
moitié  à  peine  des  conditions  nécessaires  à  la  vie.  Et  si  Ton 
se  rappelle  ce  qui  a  été  dit  dans  Tintroduction  de  ce  traité, 
relativement  aux  miteux^  dont  aucun  tivre,  sauf  celui  de 
H.  de  Blainville,  ne  parle,  il  serait  impossible  de  savoir  où 
plac^  ce  corps,  une  fois  constitué,  pour  le  faire  agir  (1). 

9h.  —  L'étude  des  éléments  anatomiques  prc^rement  dits, 
tels  que  fibres,  tubes,  cellules,  etc.,  est  lâen  reconnue  aujour- 
d'hui comme  faisant  partie  de  Fanatomie,  quand  toutefois  elle 
a'est  pas  considérée  comme  une  branche  dont  on  peut  à  vo- 
lonté se  passer  ou  prendre  connaissance. 

Quant  aux  principes  immédiats  qui  composent  ces  fibres, 
tubes,  globules,  cellules  et  les  humeurs,  comme  le  saog,  la 
bfmphe,  les  produits  sécrétés,  etc.,  Tanatomiste  ne  doit-il  pas 
les  connaître,  les  étudier,  aussi  bien  que  ces  corps  eux-inèmes  ? 
L^albumine,  la  fibrine,  la  caséine,  etc.,  ne  sont-elles  pas  des 
parties  constituantes  de  notre  corps,  entrant  dans  la  composi- 
tion des  humeurs  d'abord,  puis  aussi  dans  celle  des  fibres, 
cellules,  etc.,  comme  celles-ci  entrent  dans  la  composition  de 
nos  tissus  ?  Ce  sont  des  substances  auxquelles  notre  corps  est 
redevable  de  son  état  statique  comme  à  toute  autre  partie 
de  l'organisme;  elles  doivent  donc  être  étudiées  aussi  dans  la 
partie  statique  de  la  biologie. 

A  leur  tour,  les  sels,  l'eau,  les  gaz,  ne  doivent-ils  pas  être 
étudiés  au  même  titre,  puisqu'ils  jouent  on  rôle  analogue  dans 


(1)  Ch.  Roun,  Du  microscope  «C  an  §nj$cti(miy  «Se»  «Mit,  Mit,  îii-8* , 
préftice,  p.  lix  à  uy. 


mSS  PARTIES  CONSTITUANTES  DU  CORPS.       107 

rcNTganisation?  Serait-ce  parce  qu'on  les  étudie  en  chimie  que 
jusqu'à  présent  on  ne  trouve  pas  leur  place  dans  nos  traités  ? 
Mais  de  ce  qu'une  partie  de  leur  histoire,  la  partie  purement 
dûmique,  est  faite  en  chimie,  cela  ne  doit  certainement;  pas 
mapèdier  de  faire  ici  Thistoire  du  rôle  qu'ils  jouent  dans  Vor- 
guisme  ;  comme  en  physiologie  il  faudra  traiter  de  leur 
importance,  de  leur  présence  ou  absence  dans  l'accomplisse- 
ment de  diaque  acte  organique.  La  connaissance  de  leof 
hirtMre  diimique  est  une  introduction  indispensable  à  leur 
histoire  «natomique  et  physiologique  ;  elle  la  rend  plus  feciie 
et  plus  exacte,  mais  ne  peut  y  suppléer  (1). 

96 . — L'étude  des  parties  constituantes  élémentaires  de  Por- 
gmimm  constitue  la  première  division  fondamentale  de  Tanih 
tomie  en  procédant  du  simple  au  composé  ;  et  la  sixième  et 
dernière,  quand  on  procède  en  sens  inverse.  On  lui  donne  le 
nom  de  Mérologiê  (de  merus^  pur,  simple,  sans  mélange  ;  de 
i«p»9  je  diTis)e. 

La  Hérologhs  est  donc  une  branche  de  l'anatomie  qui  a 
pour  sujet  l'étude  des  parties  constituantes  élémentaires  des 
tiaras  et  des  humeurs  de  l'organisme,  et  pour  but  ou  objet  la 
connaissance  de  ceUes4à,  afin  d'arriver  à  une  notion  plus  ap^ 
profondie  de  la  constitution  intime  des  parties  qui  en  sont 
formées. 

Cette  division  de  l'anatomie  se  subdivise  à  son  tour  aussitAt 
an  deux  parties,  Tune  embrassant  l'étude  des  éléments  ana- 
Umaques,  l'autre  celle  des  principes  immédiats  ;  aussi  le  mol 
wUrêlogiê  estrii  simplement  une  expression  employée  pour 
abréger  le  discours  et  désigner  à  la  fois  par  un  seul  terme  ces 
deux  subdivisions  de  la  dernière  branche  de  l'anatomie  (S). 


(I)  Cto.  Robin,  (oc  d(.,  iS49,  préface,  p.  xxv  à  xxvij. 
<2)  Cm.  lawi,  Tâblsam  d'ùnaiomiê.  Paris,  iSSO,  iQ-4%  avaUtoioMUl, 
p.  14,  et  9'  tableau. 


108  AISATOMll*;. 

DIVISION  DES  PARTIES  CONSTITUANTES  EN  DEUX  GROUPES  NA* 
TURELS  :  lo  LES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  ;  2''  LES  ÉLÉMENTS 
ANATOMIQUES. 

96.  —  On  ne  saurait  contester  que  l'étude  des  parties 
constituantes,  gazeuses,  liquides  et  solides  des  corps  orga- 
nisés ne  rentre  dans  le  domaine  de  l'anatomie.  On  ne  saurait 
non  plus  s'empêcher  de  les  étudier  à  l'état  anoimal,  comme  à 
l'état  normal,  car  les  transitions  de  l'un  à  l'autre  sont  insen- 
sibles, mais  surtout  parce  que  l'étude  de  l'un  de  ces  états 
complète  celle  de  l'autre. 

Nous  devons  reconnaître  aussi  que  ces  parties  constituantes 
se  séparent  en  deux  groupes  très  naturels,  liés  l'un  à  l'autre, 
quoique  différents  en  fait.  Ce  sont  : 

1^  Les  principes  immédiats  ; 

2^'  Les  éléments  anatomiques  proprement  dits. 

Les  premiers  sont  des  principes  qui  doivent  faire  partie, 
qui  font  partie,  ou  au  moins  ont  fait  partie  des  seconds.  Les 
éléments  anatomiques  sont  les  véritables  agents  des  corps 
organisés,  ce  sont  eux  qui,  réunis  de  diverses  façons,  agis- 
sent en  eux,  qui  jouissent  des  propriétés  fondamentales  de 
ces  êtres. 

Ces  quelques  mots  de  Boerhaave  font  sentir  on  ne  peut  plus 
clairement  la  différence  qu'on  établit  actuellement  entre  un 

ÉLÉMENT  ANATOMIQLE  Ct  UU  PRINCIPE  IMMÉDIAT  :  Est  FIERA  Hit- 

nima  partium  firmarum^  quœ  non  potest  ulterius  resolvi, 
nisi  in  elementa  modo  descripta., . .  Ergo  minimum  vtu  constat 
exminimamembrana,  quw  ex  Mmmis  fibris  sit,  quœ  fihrœ  ew 
MERA  TERRA  CONSTANT.  Boerhaave  (1),  n'ayant  que  l'eau  bouil- 
lante et  la  combustion  pour  effectuer  les  analyses  par  les- 
quelles il  arrive  à  ces  résultats,  on  ne  doit  pas  s'étonner  de 
ne  lui  voir  trouver  aucun  autre  principe  immédiat  que  les 
sels  terreux. 

Les  éléments  sont  les  parties  en  lesquelles  se  subdivisent 
les  parties  solides  du  corps,  les  tissus  qui,  vu  leur  état  solide, 

fl)  BuEMAATE,  loc.  cU.y  1751,  p.  245-24$. 


DES   PARTIES  CMSTITtAXTES   DL    CORPS.  109 

donnent  pour  résultat  de  leur  subdivision  d'autres  parties 
sdides  de  forme  et  de  volume  déterminés  ;  les  éléments  sont 
essentiellement  les  parties  constituantes  des  tissus.  Les  prin- 
cipes immédiats  sont  les  parties  constituantes  des  humeurs  ; 
ce  sont  les  parties  en  lesquelles,  vu  leur  état  liquide,  se  sub- 
divisent les  humeurs,  ce  sont  leurs  éléments  organiques  ; 
car  leur  état  fluide  interdit  de  songer  à  les  voir  se  partager 
en  corpuscules  solides  et  bien  délimités.  Comme  en  déGnitive 
c'est  dans  les  humeurs  que  les  éléments  puisent  les  maté- 
riaux qui  leur  sont  nécessaires,  et  rejettent  ceux  qui  ont 
servi,  on  ne  peut  s'étonner  d'apprendre  que  secondairement 
les  éléments  se  subdivisent  aussi  en  principes  des  mêmes 
espèces  que  ceux  des  humeurs  (1). 

En  un  mot,  les  principes  immédiats  (phosphates,  créa- 
tine»  etc.),  comme  les  éléments  anatomiques  (fibres,  tubes, 
cellules»  etc.),  sont  des  élémenU  organiques^  c'est-a-dire  les 
parties  constituantes  élémentaires  de  la  substance  organisée; 
lossi  on  emploie  plus  spécialement  l'expression  à'éléments 
muiiamiques  (pouvant  être  disséqués)  pour  désigner  les  fibres, 
cellules,  etc.,  et  celle  de  principes  immédiats  pour  désigner 
les  parties  élémentaires  se  rapprochant  des  composés  chimi- 
({oes;  quelquefois  celle  d'éléments  organiques  désigne  ces 
deux  ordres  de  parties  ensemble. 

97. — n  faut,  pour  Tétude  de  ces  parties  constituantes,  tant 
principes  qu'éléments,  les  étudier  des  animaux  les  plus  élevés 
aux  plus  simples,  parce  que  Tobsen^ation  montre  qu'au  fur  et 
i  mesure  delà  simplification  de  tout  l'organisme,  la  structure 
des  éléments  se  simplifie  aussi.  De  telle  sorte  que  si  Ton  ne 
prenait  ceux-ci  là  où  ils  sont  le  plus  nettement  tranchés,  on 
ne  pourrait  déterminer  le  moment  ou  tel  ou  tel  d'entre  eux 
ipparatt  dans  la  série  animale,  puisqu'on  manquerait  de  ca- 
ractères suffisants  pour  appuyer  une  détermination .  Au  con* 
traire,  une  fois  bien  connus,  là  où  l'appareil  et  la  fonction 
sont  le  plus  nettement  déterminés,  on  peut  en  suivre  la  dé- 

(I)  Ci.  Roam,  toc,  cit.,  1849,  préface,  p.  xi^,  et  Tàbleauœ  d'anatomls, 
1150,  aTerUiscment,  p.  thr,  et  (abl.  9  à  iO. 


110  ANATOMlBa 

croissance,  la  simplification,  et  en  signaler  la  disparition; 
car  il  y  a  des  éléments,  et  surtout  des  principes  immédiats, 
qu'on  voit  disparaître  à  un  certain  point  de  la  série.  Une  Jbis 
ces  éléments  bien  connus  chez  tous  les  animaux,  en  suivant 
cet  ordre,  on  pourra  procéder  en  sens  inverse,  et  lea  étudier 
après  avoir  fait  l'examen  de  ceux  des  végétaux  qui  aoot  las 
plus  nettement  caractérisés. 

Étant  donné  un  animal  ou  un  groupe  d'animaux  analoguei 
entre  eux,  ce  sont  les  éléments  les  plus  simples  qui  doitaiit 
6tre  étudiés  d'abord,  puis  il  faut  passer  graduellement  i 
rétude  des  plus  complexes.  Mon  pas  que  l'observation  montre 
une  transition  des  uns  aux  autres  par  des  éléments  inlnmi^ 
diaires  qui  auraient  autant  de  caraclàres  d'une  espèot  qne 
de  ceux  d'une  autre,  comme  l'ont  cru  quelques  autdors, 
mais  uniquement  parce  que  le  fait  est  rationnel;  car,  ainsi 
qu'on  le  verra,  la  liaison,  le  rapprochement  des  espèces  d'^ 
léments  les  uns  aux  autres  est  loin  d'être  graduel  et  régi»< 
lier.  Il  y  a,  au  contraire,  fort  peu  de  liaison  entre  les  espieea 
qu'on  est  forcé  d'étudier  i  la  suite  l'une  de  l'autre,  eUas 
semblent  alors  disposées  de  la  manière  la  plus  disparate. 
Les  espèces  qui  paraissent  se  ressembler  par  quelques  ce* 
ractères  de  forme  ou  de  volume,  conservent  toujours,  au 
milieu  de  leurs  variations,  des  différences  caractérbtiquei 
qui  n'échappent  que  faute  d'attention  ou  par  Ten^loi  d'in- 
struments insuffisants.  Ces  différences  portent  sur  la  netteté 
ou  l'irrégularité  des  bords,  sur  la  disposition,  le  volume,  la 
couleur,  etc.,  du  noyau,  du  nucléole,  des  granulations  mcif^ 
culaires  graisseuses  ou  non,  etc.  Les  individus  de  chaque  es* 
pèce  oscillent  en  quelque  sorte  autour  d'un  type,  et,  km 
même  qu'ils  s'en  écartent  le  plus,  ils  n'en  perdent  jamais 
tous  les  caractères  ;  de  plus,  lorsqu'ils  varient,  on  ne  les  voH 
pas  se  rapprocher  d'un  autre  élément,  soit  par  la  frame,  sok 
par  le  volume,  etc.,  ou  prendre  les  formes  cristallines  d'un 
autre  principe,  dans  le  cas  où  il  s'agit  de  ceux-ci,  mab  an 
contraire  ib  s'en  éloignent  pour  constituer  quelque  variété 
ou  forme  accidentelle. 


DBS  PARTIES  CONSTITUANTES  DU   CORPS.  111 

C'est  donc  à  tort  qu'on  a  cherché  à  faire  une  série  gra- 
duelle des  éléments  anatomiques  en  partant  d'un  type ,  la  cet- 
lulo,  sorte  de  radical,  i  partir  duquel  on  aurait  établi  une 
échelle  ascendante  graduelle  sans  transition  brusque,  dont  cha- 
que élément  n*eût  été  qu'un  échelon,  ne  différant  pas  plus  du 
sQÎyaxit  que  de  celui  qui  le  précède.  L'observation  ne  démon- 
tre pas  qu'il  en  soit  ainsi.  Elle  ne  montre  pas  non  plus  que 
le  complément  physiologique  nécessaire  de  cette  idée  soit 
vrai»  c'est4-dire  que  chacun  de  ces  éléments  commence  dans 
son  développement  par  être  cellule,  avant  d'être  fibre  ou 
tube,  et  peut  devenir  un  de  ces  éléments  par  simple  change- 
ment de  forme  ou  métamorphose  de  la  cellule.  Enfin  on 
oompreod  que  si  cette  échelle  des  éléments  existait,  que 
s'ik  se  développaient  par  métamorphose  d'un  même  type, 
ou  réciproquement  (car  ces  deux  choses  sont  nécessairement 
liées  l'une  à  l'autre,  par  quelque  bout  qu'on  les  prenne),  on 
comprend ,  disons-nous,  qu'il  devrait  aussi  y  avoir  enchaîne- 
ment des  propriétés  spéciales  à  chacun  d'eux.  Or  ce  serait 
supprimer  toute  organisation  et  toute  physiologie  que  de 
vouloir  faire  ainsi  dériver  tous  les  éléments  d'un  même  type; 
car  on  serait  conduit  à  regarder  comme  homogène  ce  qui  est  ca- 
ractérisé par  l'indépendance,  mais  avec  solidarité.  Celle-ci  est 
obtenue  et  maintenue  du  côté  des  éléments  par  leur  adhé- 
rence avec  simple  contiguïté,  sans  continuité  de  substance 
d'une  espèce  avec  l'autre  ;  en  dehors  d'eux  elle  est  obtenue 
par  leur  soumission  à  un  ensemble  de  conditions  d'existence 
qui  ont  un  centre  commun  (sucs  nourriciers  propres  i 
chaque  espèce  d'éléments,  mais  provenant  toutefois  d'une 
source  commune,  qui  est  le  sang). 

Ce  n'est  pas  à  dire  que  tous  les  auteurs  qui  ont  abordé  ce 
sujet  l'aient  poursuivi  rigoureusement  ;  tant  s'en  faut,  et  heu^ 
reusement.  L'observation  les  a  toujours  ramenés,  malgré  eux,  . 
i  se  tenir  plus  dans  le  vrai  que  nous  ne  venons  de  le  dire. 
Mais,  s*ils  avaient  été  conséquents ,  ils  auraient  envisagé  la 
question  sous  les  trois  points  de  vue  que  nous  venons  de  si- 
goaler,  savoir  :  1^  échelle  graduelle  des  éléments  anatomî- 


112  AKATOMIE. 

ques  reposant  sur  des  modifications  d*un  même  type ,  sorte 
de  radical,  la  cellule;  2**  développement  par  métamorphoses 
diverses  de  ce  type,  point  sur  lequel  on  a  surtout  insisté  en 
négligeant  les  autres  ;  80  échelle  graduelle  sans  différences 
essentielles  des  propriétés  qui  se  rattachent  nécessairement  à 
chaque  élément  anatomique,  en  partant  d'une  supériorité  pré- 
tendue des  uns  sur  les  autres.  G*est,  du  reste,  pour  n'avoir 
envisagé  que  le  côté  du  développement^  d'une  manière  trop 
exclusive,  sans  tenir  assez  compte  des  deux  autres  points, 
qu'on  a  soutenu  si  longtemps  l'idée  absolue  de  la  métamor* 
phose;  car,  dès  qu'on  envisage  Tensemble ,  les  faits  apparais- 
sent sous  leur  vrai  point  de  vue ,  et  montrent  qu'avec  des 
différences  tranchées  dans  les  caractères  des  espèces  d'élé- 
ments, il  s'en  trouve  de  correspondantes  dans  le  développe* 
ment  (1). 

Du  reste,  toute  cette  question  n'est  pas  neuve,  et  il  y  a  déjà 
longtemps  qu'à  l'époque  même  oi!i  elle  s'agitait  le  plus  et 
semblait  alors  devoir  prédominer,  H.  Ghevreul  la  jugeait  en 
parlant  des  tissus  auxquels  elle  s'applique  tout  aussi  bien 
qu'aux  éléments.  Il  la  jugeait,  ainsi  qu'on  va  le  voir,  en  se 
plaçant  au  point  de  vue  physiologique ,  parce  qu'il  y  a  une 
telle  liaison  entre  les  trois  faces  de  cette  question  ,^que  Tune 
quelconque,  envisagée  d'une  manière  rigoureuse,  conduit 
indispensablement  à  la  solution  des  deux  autres. 

c  Nous  terminerons  cet  article,  dit  M.  Ghevreul,  en  appe* 
lant  l'attention  de  M.  Serres  sur  la  nécessité  de  donner  plus 
de  développement  à  l'opinion  qu'il  s'est  faite  de  cette  sorte  de 
série  ou  d'échelle  des  tissus,  qu'il  commence  par  le  tissu  esU 
lulaire^  qu'il  finit  par  le  tissu  nerveux. 

»  Certes,  nous  comprenons  cette  échelle  des  tissus,  si  fau- 
teur a  voulu  exprimer  que,  plus  il  y  a  de  nerfs  dans  un  or- 
gane relativement  aux  autres,  plus  l'organisation  de  cet  or- 
gane est  élevée.  Mais  s*il  s'agit  de  considérer  les  tissus  d'une 
manière  isolée,  comme  on  peut  être  tenté  de  le  croire  en 

(i)  Ca.  Robin,  Tableaux  d'ancUomie,  in-4*,  1850,  aYertiiieinent  el  9*  ta- 
Meio. 


DES  PARTIES  CONSTITUANTES  DU  CORPS.  IIS 

sui^unt  A  la  lettre  ce  qu*il  a  écrit  sur  ce  sujet,  il  nous  semble 
qu*alors  il  y  aura  inconvénient  à  présenter  ainsi  une  hiérar- 
chie» une  échelle  de  tissus  considérés  isolément  les  uns  des 
antres  ;  car,  chacun  ayant  son  rôle  dans  l'économie  animale^ 
chacun  têt  facteur  d'un  produit  de  l'organisation  :  dès  lors 
6tez  un  facteur  et  le  produit  est  dénaturé.  Ainsi ,  nous  ne 
concevons  pas  Torgane  musculaire  sans  organe  nerveux ,  et 
le  tissu  cellulaire  existe  dans  ce  dernier  aussi  bien  que  dans 
le  premier. 

>  En  définitive,  si  l'analyse  est  excellente  dans  les  sciences, 
cest  pour  mieux  connaître  les  éléments  que  la  synthèse  doit 
«XMrdonner.  Conséquemment ,  si  vous  avez  séparé ,  par  la 
dissection ,  par  des  moyens  chimiques ,  les  différents  tissus , 
ne  cherchez  pas  à  constituer  une  échelle  de  ces  tissus  d'après 
une  prétendue  supériorité  des  uns  sur  les  autres  ;  car  U$  ne  va* 
ïmt  quelque  chose  dans  l'économie  animale  que  par  leur 
coordination^  et  chacun  a  un  rôle  particulier  qu'un  autre  ne 
feut  remplir  sans  troubler  Tharmonie  d'un  ensemble  admi- 
rable (1).  > 

98.  • —  Cette  tendance  instinctive,  cette  sorte  d'aspiration 
vers  une  coordination  absolument  régulière  des  éléments 
anatomiques  de  laquelle  nous  venons  de  parler,  ne  doit 
pourtant  pas  être  simplement  rejetcc,  car  elle  représente  au 
fond  une  nécessité  réelle.  Elle  doit  être  remplacée  par  quelque 
chose,  et  l'observation  montre  qu'il  s'agit  simplement  de 
rapprocher  davantage  nos  divisions  théoriques  de  ce  qu'on 
voit  exister  dans  l'organisme  ;  il  faut  tacher  d'arriver  à  ce 
qu'elles  se  moulent,  si  l'on  peut  ainsi  dire,  plus  exactement 
sur  la  réalité.  Or,  pour  cela,  ce  qu'il  y  a  à  faire ,  c'est  de  rem- 
placer une  idée  absolue  par  des  idées  relatives  ;  une  seule 
idée,  nécessairement  absolue  alors,  par  plusieurs  notions  liées 
les  unes  aux  autres.  Ainsi  en  premier  Heu,  l'idée  d'une  échelle 

(1)  Ckyiecl,  RéflexiOM  iur  la  néeeuUé  de  l'intervention  de$  te.  pkysico* 
chmiiquet  dans  les  rech,  d'organogénie  et  les  format,  de  nouv.  produits  sous 
l'mfi.  «TttM  maladie  et  la  trans format,  des  tissus  (Journal  des  savants^  iS40, 
p.  722). 

I.  8 


iih  AMATMtl. 

graduellement  ascendante  des  éléments  anatvMniqoes  wm 
remplacée  par  celle  de  l'enchaînement  des  diflërents  ordres 
de  caractères  qu'ils  présentent  à  l'égal  de  toute  autre  espèce 
de  corps  ;  ces  caractères,  ainsi  rangés  dans  l'ordre  de  la 
çomjdication  croissante  et  de  la  généralité  décroissante  des 
considérations  qu'ils  comportent,  seront  ensuite  étudiés  dani 
cet  ordre,  sur  chaque  espèce  de  corps  qu'on  a  sous  les  yeux. 
Dès  lors  aucun  de  ces  caractères  ne  sera  omis,  la  taleur 
d'aucun  ne  sera  exagérée  ;  dès  lors  enfin  on  reconnaîtra  que 
les  éléments  et  les  principes  forment  des  espèces  distinctes, 
dont  l'étude  sera  facilitée  par  leur  réunion  en  groupes  se* 
oondaires,  nécessairement  plus  ou  moins  artificiels,  tels  que 
classes,  ordres,  etc.;  ces  derniers  seront  ensuite  coor^ 
donnés  en  partant  de  ceux  qui  renferment  les  espèces  les 
plus  simples  pour  arriver  aux  plus  complexes ,  ou  t^iet 
vend.îiul  principe,  en  effet  (pas  plus  que  les  éléments,  tîs* 
sus,  etc.),  ne  se  distingue  d'un  autre  par  un  caractère  uni^ 
que  et  absolu  :  c'est  par  un  ensemble  de  caractères  que  chM 
cun  d'eux  est  spécifié.  Généralement,  dans  la  pratique,  on 
n'est  sûr  de  la  distinction  qu'après  avoir  constaté  tous  ou  la 
plupart  de  ces  caractères  et  les  avoir  comparés  direetement 
par  la  vue  ou  de  mémoire  aux  caractères  des  autres  principes* 
Cette  tendance,  cette  sorte  d'aspiration  vers  une  liaison  en 
une  seule  chaîne  de  tout  ce  qui  nous  frappe  doit  ainsi  être 
remplacée  par  l'idée  d'enchaînement  des  caractères  propres  i 
chaque  corps  (1).  En  second  lieu,  pour  les  éléments  anatonii^ 
ques  spécialement,  l'idée  de  leur  naissance  sous  forme  de  ceU 
Iule,  pour  tous  sans  exception,  laquelle  se  métamorphose 
ensuite,  cette  idée  prise  comme  exprimant  d'une  manière 
absolue  le  mode  d'évolution  des  éléments  anatomiques  for-* 
mes  soit  dans  l'embryon,  soit  chez  l'adulte,  sera  reconnue 
comme  trop  absolue  et  ne  représentant  pas  réellement  tous 
les  modes  de  formation  et  d'évolution  des  éléments  anatomi- 
ques. Elle  sera  remplacée  par  la  notion  de  trois  faits  géné-> 

(1)  Voyei  plai  litat,  Prûléffomhêf,  p.  S,  et  Cs.  Êosm,  TtetoiMur  «"«la- 
tomi0.  Parif,  1S50,  in-4,  Ubleaux  i*'  et  S*. 


DES  PABTIES  CONSTITUANTES  DU  CORPS.       115 

raux  distincts,  mais  se  succédant  d'après  Tordre  de  leur 
généralité  et  de  leur  indépendance  décroissantes  (1). 

00.  —  Ce  qui  précède  s'applique  aussi  bien  au  second 
groupe  des  parties  constituantes,  les  principes  immédiats -, 
qu'aux  éléments  ;  quoique  parlant  des  parties  constituantes 
e&  gtoéral,  nous  avons  dû  prendre  a  part  chacun  des  deux 
groupes  pour  traiter  d'un  point  qui  leur  est  commun  (et 
qui  s'applique  aussi  aux  tissus,  comme  on  Tient  de  voir)» 
ptrce  que  le  sujet  n'est  pas  encore  assez  généralement  fih 
milier. 

n  est  fiMâe  de  remarquer  qu'il  serait  impossible  de  former 

one  échelle  des  principes  immédiats,  de  les  lier  les  uns  aux 

autres  de  manière  i  passer  insensiblement  du  premier  au 

second,  et  ainsi  de  suite.  Quoiqu'il  se  trouve  qu'en  les  grou- 

psnt  anatomiquement,  on  en  forme  des  classes  dont  la  pre^ 

mière  renferme  les  principes  généralement  les  plus  simples 

et  d'une  complication  graduellementcroissante,on  voit  néan-* 

moiné[  qu'entre  chaque  principe  d'abord,  il  y  a  des  différences 

de  caractères  et  de  constitution  les  plus  tranchés,  et  que  l'es- 

paoe  qui  sépare  chaque  classe  de  celle  qui  en  est  voisine  est 

encore  plus  considérable.  Dès  lors,  l'étude  de  chacun  desprim 

dpeSf  c'esl-Â-dire  ce  côté  de  leur  histoire  qui  est  le  plus  immé^ 

dialement  applicable  aux  besoins  de  la  pratique,  devient  plus 

isdle,  parce  que  ces  différences  tranchées  empêchent  d'attri* 

hier  À  l'un  ce  qui  appartient  à  l'autre  ;  or  nous  savons  que  le 

bat  proposé  est  de  rapporter  de  la  manière  la  plus  exacte 

possible  chaque  acte  à  son  agent  et  non  à  un  autre.  Nous 

savons,  de  plus,  que  la  plupart  des  maladies,  dites  géné« 

nies,  etc.,  dérivent  essentiellement  des  troubles  de  nutritioUi 

(i)  Co.  BotiMi  Mém.  sur  le  dévélopp.  des  tpermaio»,  H  des  éléments  ana- 
tomifues  (Journal  VInstUtU,  juillet  1S48,  vol.  XVI,  p.  214).  —  Ch.  Robin, 
Swr  h  âMUjppement  âes  éléments  antUomiques  en  généraly  et  sur  celui  des 
v^icules  adipeuses  en  particulier  {èiém,  de  la  Soc  de  biologie,  Parif,  1849» 
iD-8,  p.  189).  —  Observations  sur  l'oslé)génie  {Mém,  de  la  Soc.  de  hiologief 
Paris,  1850,  p.  119),  et  Modifications  apportées  à  la  théorie  de  Schwann  sur 
lacelluie,  daot  Mûller,  Manuel  de  physiologie,  traduct.  française,  2*  édiU, 
par  II.  UUré.  Paris,  1851,iQ-8,t.  U,  p.  774. 


110  ANATOHIE. 

et  que  c'est  à  Tétude  des  phénomènes  de  cet  ordre  qu^est 
surtout  utile  la  connaissance  des  principes  immédiats. 

Pourtant,  lorsque  c'est  par  la  méthode  chimique,  qui  pro- 
cède toujours  du  simple  au  composé,  qu'on  veut  en  aborder 
rétude,  et  non  par  la  méthode  inverse,  qui  va  expérimenta- 
lement du  connu  à  l'inconnu,  on  est  conduit  involontairement 
non  pas  à  prendre  et  à  étudier  chaque  principe  en  ce  qu'il  est, 
mais  a  le  considérer  comme  le  dérivé  de  quelque  chose,  d'un 
type,  d'un  radical.  C'est  du  moins  ce  qui  arrive  pour  les  prin- 
cipes dont  la  composition  chimique  se  trouve  être  plus  com- 
plexe que  celle  des  autres.  On  cherche  dès  lors  a  les  simplifier 
plutôt  qu'à  les  étudier  ;  on  cherche  un  radical  pour  chaque 
science.  C'est  ainsi  qu'on  cherche  vainement  un  radical  pour 
les  principes  azotés  non  cristallisables,  le  radical  protéine,  pour 
tâcher  ensuite  de  faire  une  série  de  ces  corps.  Or,  depuis 
qu'on  se  perd  dans  ces  recherches,  l'histoire  réelle  de  ces 
principes  n'a  pu  faire  un  pas.  Ceci  ne  veut  nullement  dire 
qu'il  faille  négliger  l'étude  des  corps  qui,  comme  l'albumi- 
nose,  se  rapprochent  beaucoup  de  l'albumine  :  bien  au  con- 
traire. Et  il  faut  le  faire,  parce  que,  anatomiquement,  elle 
diffère  de  l'albumine  ;  il  faut  le  faire,  pour  chercher  à  rendre 
ces  différences  plus  nettes  partout  où  elles  existent.  Hais  oe 
n'est  pas  au  point  de  vue  chimique  qu'il  faut  s'en  occuper, 
ce  n'est  pas  en  cherchant  à  en  faire  l'analjrse  élémentaire 
qu'il  faut  les  étudier,  c'est  anatomiquement.  On  reconnaît 
alors  que  ces  principes  ne  peuvent,  pas  plus  que  les  autres, 
former  une  échelle  ou  une  série  dérivant  d'un  radical  quel- 
conque :  mais  que  chacun  d'eux  a  des  caractères  qui  lui  sont 
propres  et  qui  peuvent  le  faire  distinguer  des  autres  dans  les 
diverses  humeurs  oix  il  se  trouve  ;  que,  par  suite,  la  connais- 
sance de  ces  caractères  pourra  être  directement  utilisée  par  le 
médecin  dans  tel  ou  tel  trouble  des  actes  organiques.  C'est  ce 
que  la  suite  de  ce  livre  va  démontrer. 


DES  PRllSaPES  IMIIÊDIATS.  117 


SIJBDIVISION  PREMIÈRE. 
DES  PRINCIPES  IBIMÉDIATS,  OU  STŒCHIOLOGIE  (1). 


100.  — La  stœchiologie  est  une  subdivision  de  i'anatonie 
qui  a  pour  sujet  l'étude  des  corps  qui  constituent  immédia- 
tement la  substance  organisée,  et  pour  but  ou  objets  d'arriver 
â  connaître  coipmenty  à  leur  aide,  cette  matière  est  consti- 
tuée. 

La  stcBchiologie  comprend  : 

1*  L'étude  des  principes  immédiats  en  général^  c'est-à-dire 
envisagea  tous  dans  une  description  commune,  comme  s'ils 
n'en  formaient  qu'un  seul. 

2^  L'examen  des  principes  immédiats  en  particulier ,  c'est- 
à-dire  étudiés  tous  chacun  séparément,  l'un  après  l'autre. 

S*  Elle  comprend  en  outre  l'étude  des  principes  immédiats 
accidentels^  c'est-à-dire  l'histoire  des  principes  qui  sont  in- 
troduits involontairement  ou  volontairement,  mais  dans  des 
cas  particuliers,  et  de  ceux  qui  quelquefois  se  forment  acci- 
dentellement dans  l'économie.  Ces  principes  doivent  être 
suivis  dans  l'économie  depuis  le  moment  de  leur  entrée  ou 
formation  jusqu'à  celui  de  leur  sortie  ou  de  leur  destruction, 
si  elle  a  lieu  comme  tout  autre  principe.  Ici  la  science  touche  à 
l'art,  savoir  à  la  thérapeutique,  à  la  toxicologie  et  à  l'hygiène. 
La  thérapeutique  dite  rationnelle ,'  par  exemple,  repose  en- 
tièrement sur  cette  étude  et  n'a  jamais  pu  être  faite  encore. 
En  effet,  que  sont  les  médicaments?  Ce  sont  un  ou  plusieurs 
principes  immédiats  introduits  du  dehors  dans  l'organisme, 
lequel  se  trouve  dans  un  état  déterminé,  ou  qui  est  censé  l'être, 
n  y  a,  comme  on  voit,  à  tenir  compte  ici  de  deux  choses  :  de 
lorganisme  et  du  principe  accidentel.  Il  devient  tout  de  suite 

(1)  Hûloîre  des  priDdpei  imroédiaU  :  «Tocx^ey,  princ^  (ou  élément  dans  le 
EfDS  adopté  par  les  anciens  :  Teau,  Tair,  la  terre,  le  Teu);  >eyoç,  discourt. 


118  AlfATOMU. 

évident  que,  puisqu'on  n'a  pas  encore  fait  Thistoire  complète 
des  principes  immédiats  normaux,  l'emploi  des  médicaments 
ou  principes  accidentels,  dans  les  tentatives  les  plus  ration- 
nelles, a  toujours  été  plus  ou  moins  empiri<]p».  I^  tuit  qu'on 
se  propose  en  introduisant  un  médicament  est,  au  fond,  de 
rétablir  dans  leur  état  normal  d'union  réciproqt$e  les  prin- 
cipes qui  constituent  la  substance  organisée.  On  cherche  à 
le  fure  en  portant  au  milieu  d'elle  d'autres  principes  qui 
sont  favorables  i  ce  rétablissement ,  soit  qu'ils  puissent  s'unir 
aux  principes  normaux,  soit  simplement  qu'ils  rraiptissent 
le  rôle  de  conditions  extérieures  favorabtes  i  ee  retour 
à  l'état  normal  d'union  les  uns  avec  les  autres.  Ce  but 
ne  peut  être  atteint  qu'expérimentalement,  car  l'effet  des 
principes  accidentels  ne  peut  être  prévu.  Or,  Gomment  in- 
stituer convenablement  ces  expériences,  si  l'on  ne  sait 
quels  sont  les  principes  qui  constituent  cette  substanee 
et  la  manière  dont  ils  sont  unis  pour  la  constituer?  Au  con- 
traire, une  fois  connue  cette  partie  de  la  constitution  de 
l'organisme  d'une  part,  et  de  l'autre  étudiée  expérimentale- 
ment l'action  des  principes  accidentels  médicamenteux,  dont 
l'empirisme  spontané  et  naturel  nous  a  donné  la  notion,  on 
arrivera  de  plus  en  plus  a  pouvoir  dire  :  naturam  morhûrum 
euratione$ost9ndunt.  Réciproquement,  les  symptômes  des  ma- 
ladies étant  rattachés  d'une  manière  de  plus  en  plus  précise 
aux  lésions  qui  les  causent,  ils  pourront  nous  faire  eoneevoir 
de  plus  en  plus  nettement  quelle  est  la  nature  du  dérange- 
ment de  la  substance  organisée  qui  les  détermine  ;  dès  lors  on 
pourra  prévoir  plus  exactement  quels  sont  les  principes  qu'il 
faut  introduire  pour  rétablir  cette  substance  dans  son  état 
normal.  Ce  qui  précède  fait  facilement  concevoir  comment  la 
stœchiologie  touche  aussi  à  l'hygiène  et  à  la  toxicologie, 
tïomment  elle  tend  k  les  perfectionner  soit  en  leur  donnant  de 
l'extension,  soit  en  donnant  plus  de  certitude  aux  notions 
qui  s'y  rapportent. 

4"*  Enfin  à  ces  trois  ordres  de  faits  nous  en  ajouterons  un 
autre  dont  l'étude  n'est  que  temporaire.  Tout  ce  qui  a  ét,éfait  de 


nmClMES  IMMtDUTS  m  QtSUÈkkL.  110 

l'histoire  des  principes  immédiats  a  toujours  été  fait  au 
hasard,  il  en  est  résulté  pour  la  science  un  encombrement  de 
matériaux  des  plus  nuisibles.  Us  serqnt  bientôt  abandonnés, 
mais  ils  doivent  cependant  encore  être  pour  quelque  temps 
mentioonési  afin  de  servir  à  montrer  ce  qu'il  faut  ne  pas  faire  ; 
ce  sera  là  leur  seule  utilité.  Nous  aurons  donc  à  parler  des 
corps  qui  ne  sont  pets  des  principes  immédiats.  Les  uns  sont  des 
principes  dont  Tétat  réel  de  combinaison  n*est  pas  connu  ; 
les  autres  sont  des  espèces  douteuses  ;  d'autres  sont  des  prin- 
cipes q[ui  n'existent  pas  et  ont  pourtant  été  donnés  comme 
existant  ;  de  ces  derniers  les  uns  sont  des  composés  chimiques 
obtenus  par  décomposition  des  principes  réels»  les  autres  sont 
des  mélanges  ;  enfin  il  en  est  qui  n*ejûstenl  ni  comme  prin- 
cipes ni  comme  composés  chimiques. 

Ces  quatre  ordres  de  faits  sont  le  sujet  des  quatre  livrer 
dont  86  compose  ce^  ouvrage. 


120  DES  PRlNaPES  limÉDUTS  EN  GÉNÉRAL. 


LIVRE  PREMIER. 

DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN   GÉNÉRAL. 


101.  —  Les  principes  immédiats  sont  les  derniers  corps  con- 
stituant ou  ayant  constitué  l'organisme,  auxquels  on  puisse, 
par  l'analyse  anatomique,  ramener  la  substance  organisée,  et 
qu*on  ne  peut  subdiviser  davantage  en  plusieurs  sortes  de 
matières  sans  décomposition  chimique. 

A  la  dénomination  de  principe  immédiat  se  rattache,  comme 
attribut  statique ,  Tidée  de  leur  état  gazeux ,  liquide  ou 
solide,  de  la  complexité  de  leur  composition ,  et  d*union  les 
uns  avec  les  autres  par  dissolution  réciproque  et  mélange  ; 
comme  attribut  dynamique ,  il  faut  lui  rattacher  Tidée  d'tn* 
êtahiliié  de  leur  union  réciproque,  qui  est  la  base  de  leur  mu- 
tuelle solidarité  à  Fintérieur  et  de  leur  facile  réductibilité 
à  rétat  de  corps  plus  fixes  et  plus  simples  sous  Tinfluence  des 
conditions  extérieures  auxquelles  ils  sont  subordonnés,  comme 
toute7partie  du  corps. 

c  Le  sucre,  la  gomme,  Tamidon,  le  ligneux  ou  cellulose, 
Teau,  les  sels,  etc.,  relativement  à  une  plante  ;  la  fibrine,  Tal- 
bumine,  les  graisses,  la  créatine,  l'urée,  l'eau,  les  sels,  etc., 
relativement  à  un  animal,  sont  leurs  principes  immédiats.  On 
doit  considérer  ces  substances  comme  les  principes  immédiats 
et  caractéristiques  de  la  plante ,  de  Tanimal  auquel  elles  ap- 
partiennent, tandis  que  l'oxygène,  l'azote,  le  carbone  et  l'hy- 
drogène qui  les  composent  en  sont  les  principes  médiats , 
éloignés  ou  élémentaires  (1).  » 

X>muon  et  distributîoii  des  matièret  da  livre  prehiek. 

102.  —  Avant  d'aller  plus  loin,  il  importe  d'être  bien  fixé 

(1)  Gbevreul,  Considérations  générales  sur  V analyse  organique  et  ses  ap' 
plicaUons,  Parif,  1824,  in-8,  p.  23. 


«VISION  DU  LIVRE  PRBMIBR.  121 

sur  la  nature  du  contenu  de  ce  livre,  qui  traite  des  principes 
immédiats  en  général,  ou,  comme  on  dit  quelquefois,  de  géné- 
ralités sur  les  principes  immédiats.  Faute  de  doctrine  scien- 
tifique, dans  beaucoup  de  livres  généralité  est  devenu  syno- 
nyme de  banaliié.  Par  généralités  on  entend  :  la  détermina- 
tion exacte  de  tous  les  faits  communs  aux  diverses  parties 
du  sujet,  ce  qui  fixe  et  dirige  Tesprit  sur  la  manière  dont 
celles-ci  doivent  être  considérées  et  sur  le  but  ou  objet  qu*on 
doit  se  proposer.  En  outre,  ces  généralités  peuvent  être  con- 
çues sous  deux  aspects  :  ou  comme  aperçu  d'une  doctrine  à 
établir  y  caractérisant  dès  l'origine  le  sujet  à  considérer;  oii 
comme  résumé  d'une  doctrine  établie.  Or  les  livres  auxquels 
nous  faisons  allusion  ne  renferment  guère  sous  ce  titre 
que  des  emprunts  faits  aux  sciences  voisines,  ce  qui,  loin 
de  délimiter  le  sujet  ne  le  rend  que  diffus,  en  y  introduisant 
des  notions  hétérogènes,  ou  des  hypothèses  sur  les  choses  que 
le  sujet,  doit  précisément  avoir  pour  résultat  de  faire  recon- 
naître connue  vraies  ou  fausses  ;  et  cela  influe  naturellement 
d'une  manière  fâcheuse  sur  tous  les  détails  consécutifs. 

lOS.  —  Dans  la  définition  même  du  sujet  et  de  l'objet  de 
cette  partie  de  l'anatomie,  et  dans  la  manière  dont  est  posée 
]a  question,  nous  devons,  comme  toujours,  trouver  et  puiser 
toutes  les  données  générales  nécessaires  a  sa  solution. 

1"*  Dans  un  premier  chapitre  les  principes  seront  examinés 
tous  ensemble,  comme  s'ils  n'en  faisaient  qu'un  ;  tous  leurs 
caractères  seront  poursuivis  rigoureusement  dans  l'ordre 
tracé  par  le  tableau  que  renferment  nos  prolégomènes  (p.  6). 
C'est  là  naturellement  le  chapitre  le  plus  complet  de  ce  livre 
et  le  plus  homogène  ;  car  plus  d'un  caractère  d'ordre  mathé- 
matique, physique  ou  chimique,  etc.,  indiqué  dans  ce  tableau 
comme  devant  exister,  est  offert  par  tel  principe  et  manque 
sur  tel  autre  ;  en  sorte  qu'il  sera  question  dans  ce  chapitre  de 
faits  qui  ne  se  retrouveront  pas  dans  l'histoire  de  tel  ou  tel 
principe  immédiat  pris  au  hasard  parmi  tous ,  mais  ils  se 
rencontreront  peut-être  dans  celle  du  principe  qui  en  est  le 
plus  voisin. 


ISS  DES  PUHOirat  IMMÉOUTS  »  «ÉNÉRAL. 

2"*  Les  principes  immédiats,  ainsi  contemplés  dans  leur  en- 
semble comme  s'ils  n'en  formaient  qu'un  seul,  seront  tttM|Min(r 
entre  eux,  etgénéralisant  ainsi  les  faits  qui  s'y  rapportmt,  ils 
seront  réunis  en  groupes  ;  ceux-d  étant  eoord&nméÊ  ensuite, 
l'étude  des  principes  se  trou^  systématisée  d'une  maiiiire 
OOmplëte'par  leur  ela$êifiemtian. 

h  Toute  classification  doit  à  son  tour  être  exprimée;  nous 
aurons  donc,  pour  atteindre  ce  but  indispensable,  i  tirer  parti 
de  l'art  des  nomenclatures,  trop  souvent  confondu  aveo  le 
classement  par  comparaison  et  coordination,  qui  peut  ne  pas 
être  nécessairement  exprimé  en  termes  spéciaux. 

i*  Une  fois  conçue  et  exprimée  dans  son  ensemble,  l'étude 
des  principes  n'est  pas  entièrement  achevée,  il  s'agit  encore 
d'apprendre  comment  on  YtxécuU.  Ici  donc  devront  être 
examinés  les  procédés  à  l'aide  desquels  on  parvient  à  acquérir 
ces  connaissances.  Ce  sont  spécialement  les  moyens  d'extrac* 
tion  des  espèces,  et  les  moyens  qui  mènent  i  la  distinction 
de  ces  espèces  les  unes  des  autres  ;  ils  sont  du  reste  presque 
toujours  employés  simultanément. 

50  Enfin,  arrivés  là,  tout  n'est  pas  fait  encore.  Nulle  étude 
n'est  complète  si  Ton  ne  sait  comment  nous  soaunes  panre» 
nus  par  des  eflbrts  successifs,  dans  la  série  des  âges,  i  savoir 
ce  que  nous  connaissons  présentement. 

Quoique  jamais  Tétude  des  principes  immédiats  n*ait  en- 
eore  été  faite  d'une  manière  directe,  en  les  envisageant  sous 
leur  véritable  point  de  vue,  c'est-à-<]ire  comme  parties  cou* 
stituantes  de  l'organisme,  il  faut  reconnaître  que  leur  histoire 
a,  comme  celle  de  toute  chose,  ses  racines  dans  le  passé, 
n  faut  donc  chercher  celles-ci  partout  où  elles  sont,  et  les 
dégager  des  faits  d'une  autre  nature  qui  les  environnent  et 
nous  les  masquent;  il  faut  le  faire,  non  pas  seulement  par 
curiosité,  mais  pour  voir  comment,  par  des  essais  succes- 
sifs, on  est  arrivé  jusqu'au  point  où  nous  en*  sommes,  et 
prendre,  quand  il  y  a  lieu,  exemple  sur  ceux  qui  nous  ont 
précédés,  ou  plus  souvent  peut-être  éviter  de  recommencer 
des  tentatives  infructueuses. 


rnnuM  DU  LivM  puMin.  ISS 

L*«simœdelafiUation  dasfaitoréagitdurestedelamaiiière 
li  plus  nette  sur  le  côté  purement  scientifique  de  nos  études.  Il 
n'est  pas  une  de  nos  connaissances,  avons-nous  dit,  qui  n'ait  sea 
radiies  dans  le  passé  ;  et  à  l'époque  où  nous  vivons,  nous 
sommes  placés,  plus  qu'à  toute  autre  antérieure,  dans  cette 
situation  remarquable,  que  nul  fait  ne  peut  être  entièrement 
nouveau  et  fort  peu  de  ceux  déjà  découverts  ne  sont  connus 
d'une  manière  complète.  La  raison  de  cela  est  que  tous  les 
ordres  de  nos  connaissances,  constituant  la  hiérarchie  scien* 
tifique  qui  s'étend  des  faits  les  plus  simples  ou  mathématiques, 
jusqu'aux  plus  complexes  ou  sociaux,  ont  été  abordés  ;  mais 
comme  jamais  encore  une  génération  entière  n'a  envisagé 
l'ensemble  de  ces  ordres  de  faits,  nul  d'entre  eux  n'a  pu  être 
envisagé  dans  tous  ses  rapports  avec  ceux  des  autres  ordres 
plus  simples  ou  plus  complexes.  Ceci  s'applique  aux  faits  de 
qud^pie  valeur,  car  il  y  a  et  il  y  aura  toujours  des  détails  à 
découvrir;  mais  ils  deviennent  chaque  jour  de  plus  en  plus  în- 
fignifiants  pour  la  théorie,  en  ce  qu'ils  n'influent  pas  sur 
eeux  qui  sont  plus  généraux.  Nous  aurons  donc  à  faire 
l'histoire  des  principes  immédiats  dans  le  temps  après  l'avoir 
faite  dans  l'espace  ;  nous  aurons  à  en  faire  Y  historique. 

n  importe  d'observer  qu'en  toute  science,  surtout  en 
biologie ,  on  doit  ne  pas  confondre  ce  qui  est  avec  ce  qui  a 
été  dit  ;  ce  qui  est  dans  les  corps  organisés,  avec  ce  qui  est 
dans  les  livres  ;  la  science  avec  Y  histoire  de  la  science^  distincte 
e|le*méme  de  Yéruditioiiy  qui  connaît  les  noms  et  les  faits  histo- 
riques sans  savoir  en  établir  la  filiation.  Cette  distinction  nette 
ait  de  toute  importance  ;  il  n'y  a  pas  d'étude  sérieuse  possible 
lans  cela.  Il  faut  donc,  avant  de  lire  les  descriptions  sui- 
vantes, faire  pour  un  instant  table  rase  de  ce  qui  est  dans  les 
dassiques.  L'exposé  de  la  science  doit  être  fait  aussi  parfaite- 
ment que  le  permettent  nos  moyens  présents  d'investigation  ; 
mais  il  ne  peut  être  définitif,  parce  que  des  moyens  plus 
précis  et  des  connaissances  plus  générales  modifient  inces- 
samment les  questions  de  détail.  Nos  connaissances  ne  mar- 
chent, en  effet,  que  par  approximations  successives,  et  quand 


12&       DES  PRINCIPES  IMMÉDUTS  RM  OÉNÉIUL»  GHAP.  1. 

on  parle  du  dernier  mot  de  la  êcience^  il  ne  faut  regarda  cette 
expression  comme  absolument  vraie  que  pour  le  jour  ou 
Tannée  où  elle  a  été  employée  (1). 

Chacun  des  sujets  qui  viennent  d'être  indiqués  formera 
dans  ce  premier  livre  un  chapitre  distinct. 


CHAPITRE  PREMIER. 

DES  DIVERS  ORDRES  DE  CARACTÈRES  QUE  PRÉSENTENT  A  ÉTUDIER 
LES    PRINCIPES   IMMÉDIATS    DANS   l'ORGANISME. 

104.  —  Nous  savons  que  le  corps  de  l'homme  présente 
des  caractères  d'ordres  mathématique,  physique ,  chimique, 
d'ordre  organoleptique  et  d'ordre  organique. 

Poursuivant  ces  caractères  depuis  l'analyse  anatomique  ex- 
térieure la  plus  simple,  la  plus  grossière,  qui  se  contente  de 
diviser  le  corps  en  parties  extérieures  ou  membres ,  jusqu'à 
son  analyse  intérieiu*e  qui  va  des  parties  les  plus  compli- 
quées jusqu'à  celles  qui  sont  irréductibles  autrement  que 
par  destruction  chimique ,  nous  sommes  arrivés  jusqu'à 
l'étude  des  principes  immédiats.  (Prolégomènes ,  p.  6.) 

Les  principes  immédiats,  considérés  tels  qu'ils  sont  dans 
l'économie,  tels  qu'ils  sont  réunis  les  uns  aux  autres ,  avant 
d'avoir  été  extraits  des  corps  organisés,  présentent  des  ca- 
ractères de  nombre,  de  situations,  de  durée  plus  ou  moins 
longue  dans  l'organisme,  quelquefois  de  forme  et  de  volume, 
qui  sont  autant  de  caractères  d'ordre  mathématique.  Ils  sont 
à  divers  degrés  de  solidité  ou  de  fluidité ,  ils  sont  pesants ,  et 
présentent  divers  caractères  optiques,  etc.;  ils  ont  donc  des 
caractères  physiques.  De  plus,  ils  sont  solubles  ou  non ,  et 
présentent  divers  autres  phénomènes  moléculaires  de  com- 
position et  de  décomposition  qui  se  passent  encore  ici  comme 
dans  le  règne  minéral,  suivant  certaines  lois  de  proportions 

(1)  Gh.  Bobin,  Tableaux d:anatomiêM  Pari#„  IS50,  avertiisemeot,  p.  l. 


-    .LfiCHS  CABACrfeRES  DANS  l'oRGANISMR.  125 

définies.  Ce  sont  là  des  caractères  chimiques  qu'il  faut  étu- 
dier, comme  déjà  nous  Tavons  fait  pour  le  corps  en  général, 
et  comme  nous  le  ferons  pour  toutes  les  autres  parties  qui  le 
constituent ,  déjà  déterminées  successivement  sous  le  nom 
d*éléments  anatomiques ,  tissus,  systèmes,  organes  et  appa- 
reils. Us  ont,  de  plus,  une  odeur  et  une  saveur  particulières  ; 
ils  donnent  au  toucher  des  sensations  spéciales ,  différentes , 
même  avec  un  égal  degré  de  consistance ,  ce  qui  constitue 
un  autre  ordre  de  caractères  importants  :  c'est  ce  que  M.  Che- 
vreul  a  surtout  fait  ressortir,  en  les  appelant  caractères  W" 
janoleptiqueê.  Enfin,  les  principes  immédiats  ont  des  carac- 
tères  organiques,  c'est-à-dire  différents  de  tous  les  précédents, 
qui  n'appartiennent  qu'à  eux  et  aux  autres  parties  des  corps  or- 
ganisés :  tel  est  Tétat  liquide  ou  demi-liquide  par  dissolution 
réciproque  les  uns  dans  les  autres,  ou  la  solidité  et  demi-soli- 
dité spéciale  qu'ils  présentent  dans  les  corps  organisés,  lors- 
qu'ib  n'ontpas  encore  été  extraits  des  tissus.  C'est  là  un  ordre 
de  caractères  dont  on  ne  rencontre  pas  la  notion  dans  les 
sciences  inorganiques  ;  là  ces  caractères  manquent,  mais  ils 
apparaissent  à  l'état  d'ébauche  dès  qu'on  sort  de  la  chimie 
et  qu'on  aborde  l'étude  des  principes  immédiats.  Ils  n'y  sont, 
il  est  vrai,  qu'à  l'état  d'ébauche,  mais  nous  les  verrons  aller 
se  développant  toujours  ;  nous  les  verrons  devenir  de  plus  en 
plus  prononcés  à  mesure  qu'on  arrive  à  des  parties  du  corps 
moins  simples  que  les  principes  immédiats  ;  à  des  parties 
qui  en  sont  composées  d'abord  comme  les  éléments  anatomi- 
ques ,  puis  à  celles  qui  sont  constituées  par  ceux-ci  comme 
les  tissus ,  et  ainsi  de  suite  en  arrivant  à  des  parties  plus 
complexes  encore. 

Ces  caractères  organiques  reposent  sur  la  connaissance  des 
faits  chimiques  de  dissolution,  de  combinaison  proprement 
dite,  etc.  Ils  sont  sous  leur  dépendance  ;  ils  reposent  sur  eux, 
mais  ne  peuvent  leur  être  superposés  et  rentrer  en  eux,  ni 
s'en  déduire  ;  il  est  impossible  de  les  confondre  ni  de  les  assi- 
mfler  avec  eux.  Ils  présentent,  en  effet,  un  degré  de  compli- 
cation de  plus,  caractérisé  par  le  nombre  considérable  des 


126        DES  PRIMCIP»  nOIÉDUTS  »  OtlffBAL,  €Mà9.  U 

principes  qui  sont  réunis,  ce  qui  entraîne  rinsiabilité  ih 
Tunion  ;  i  son  tour,  Yinstabilité  permet  le  déplacement  et  le 
remplacement  facile  des  principes  réunis  pour  ibrmer  la  sub- 
stance  du  corps  :  voilà  pour  le  côté  dynamique,  celui  qui  ca- 
ractérise la  vie.  Et  le  nombre  considérable  de  ces  prindpet 
permet  que  l'un  se  décompose  et  se  recompose  sans  que  par 
là  soit  entraînée  la  dislocation  de  toutes  les  parties  réunits  : 
voilà  pour  le  c6té  statique,  celui  qui  caraelériêê  VorganisaHan. 

Voilà  les  conditions  qui  font  qu'arrivé  à  ce  degré  da 
complication,  il  faut  étudier  ces  faits  en  eux-mêmes  pour  ea 
qu'ils  sont,  comme  un  ordre  à  part  qu'ils  constituent  rédio^ 
ment,  et  non  comme  un  ordre  de  faits  purement  chimiqoea 
ou  pouvant  s'en  déduire  comme  corollaires;  car  ils  ne  leur 
sont  plus  assimilables.  Ainsi,  nous  voyons  d'une  manière 
nette  et  précise  ce  qu'il  y  a  à  étudier  dans  les  principes  im* 
médiats  faisant  partie  de  l'organisme.  Ces  faits  peuvent  ne 
pas  paraître  clairs  quand  on  les  aborde  pour  la  première 
fois  avec  des  idées  principalement  chimiques ,  c'est-à-dira 
inorganiques,  sans  avoir  manié  et  remanié  la  matière  orga^ 
nique  sous  tous  les  aspects  ;  mais  ils  le  deviendront  davail* 
tage  par  l'ensemble  des  chapitres  suivants,  aussi  bien  oaut 
qui  se  rapportent  au  procédé  que  ceux  qui  concernent  leê 
principes  en  particulier. 

Ce  sont  là  autant  d'ordres  de  caractères  statiques  diffé» 
rents»  au  nombre  de  cinq,  qu'il  faut  étudier  d'abord  dans  oe 
qu'ils  présentent  de  commun  à  tous  les  principes  pris  en  g4* 
néral.  Ce  sera  le  sujet  d'un  premier  article  dans  ce  chapitre* 
n  faudra  ensuite  examiner  les  particularités  que  présentent  ces 
caractères  suivant  les  sexes,  les  âges,  les  états  morbides,  etc. 
(voyez  Prolégomènes,  p.  6),  des  êtres  qui  ont  fourni  l'espèce 
de  principe  dont  on  fait  l'histoire.  Ce  sera  le  sujet  du  deuxième 
et  dernier  article  du  chapitre  premier. 

105. — Cette  coordination  des  caractères  qu'il  faut  étudier 
toutes  les  fois  qu'ils  existent  est  une  conséquence  nécessaire 
et  naturelle  de  ce  fait,  le  plus  général  que  présente  l'étudedei 
eeipa  organisés  ou  non,  savoir  :  que  les  phénomènes  ke  plus 


unmi  CÀftÀCTtaBs  dans  l'omamimi*  127 

élevés  et  les  plus  compliqués,  les  moins  généraux,  sont  do- 
minée par  les  phénomènes  les  plus  simples,  les  nooins  élevés, 
les  plus  géiiéraui.  C'est  la  première  loi  naturelle  i  laquelle  il 
faille  de  toute  nécessité  satisfaire.  Maintenant,  outre  que  cette 
coordination  satisfait  à  cette  nécessité  et  précisément  par  cet 
raiaons/  die  présente  de  nombreux  avantages.  D*abord  elle 
conduit,  dans  l'observation  et  les  descriptions,  à  ne  rien  ou* 
Uier  toutes  les  fois  qu'on  l'a  présente  à  l'esprit.  D'autre^ 
part,  elle  perknet  d'attribuer  une  valeur  exacte  i  tous  les 
faits  observés,  puisqu'ils  sont  jugés  comparativement^  les 
plut  simples  par  rapport  aux  plus  complexes,  ou  récipro^ 
quement.  Elle  apprend  ensuite  à  tenir  compte  et  à  appré^ 
cier  exactement  aussi  tous  les  matériaux  utiles  accumulés 
par  nos  prédécesseurs ,  sans  en  omettre  aucun.  Accumulés 
sans  ordre,  faute  de  méthode  qui  pût  en  donner  un  et  per- 
mettre d'abandonner  les  caractères  qui  sont  peu  importants, 
il  en  est  résulté  beaucoup  de  longueur  et  de  difficulté  à  les  re- 
tenir. Pouvant  saisir  leur  importance  et  leur  valeur  comme 
application ,  cette  coordination  permet  maintenant  de  don- 
ner à  l'étude  de  chaque  caractère  les  développements  qui  lui 
sont  nécessaires  et  i  n'en  pas  trop  donner,  en  sorte  qu'ott 
peut  les  décrire  tous  dans  de  justes  limites. 

ARTiaE  PREMIER. 
tXAiiiH  rai  ciaAcrkBis  dks  nmciPBS  uiiiéduts  m  oinftBAt. 


L  -*  CARACTkatS  D^ORDRJS  MATHiMATIQOS. 

106»  —  Nous  avons  vu,  en  traitant  de  la  composition  chi- 
mique du  corps  des  animaux  dans  Vintroduction  de  cet  ou- 
vrage, quel  était  le  nombre  des  éléments  chimiques  ou  corps 
simples  qui  le  composent.  Ce  sont  les  éléments  médiats  ou  éloi- 
gnés du  corps.  Il  a  été  établi  alors  que  tous  ces  corpa  simples 


J28     DES  PRIIVCIPES  IMMEDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CHAP.  I,  ART.  I. 

se  trouvent  d'ailleurs  dans  les  milieux  solides ,  liquides  ou 
gazeux  qu'habitent  les  êtres  vivants,  et  qu'il  n'y  en  a  pas  un 
qui  soit  exclusivement  propre  au  règne  organique ,  c'est-à- 
dire  qu'on  ne  trouve  que  dans  les  êtres  organises  et  nulle- 
ment dans  les  corps  bruts.  Ainsi,  tous  les  corps  simples  que 
possèdent  les  êtres  vivants  sont  empruntés  par  eux  au  règne 
minéral ,  aux  milieux  destinés  à  leur  fournir  des  matériaux 
absorbables  et  à  recevoir  leurs  exhalations.  Ils  les  emprun- 
tent et  les  rendent  tous ,  et  n'en  créent  pas.  De  là  cette  dé- 
pendance de  la  biologie  envers  la  cosmologie.  C'est  là  un  fait 
général  acquis  à  la  science.  Il  n'y  a  de  particulier  que  la  pré- 
dominance de  quatre  d'entre  eux,  en  quantité,  sur  tous  les 
autres,  au  nombre  de  dix-huit ,  lesquels  ne  sont  vraiment 
qu'accessoires,  quoique  indispensables.  Ces  quatre  corps  sont  : 
l'oxygène,  l'hydrogène,  l'azote  et  le  carbone.  Ils  prédominent 
aussi  bien  dans  les  plantes  que  chez  les  animaux,  si  ce  n'est 
toutefois  que  l'azote  l'emporte  chez  ceux-ci ,  et  le  carbone 
chez  les  premiers  (1). 

Mais  ces  vingt-deux  corps  simples,  ou  principes  médiats, 
qui  constituent  les  parties  solides  ou  liquides  d'un  être  orga- 
nisé, ne  sont  jamais  isolés  (2).  Ils  sont  à  l'élat  de  composés 
plus  ou  moins  compliqués,  qui  sont  les  principes  immédiats 
dont  nous  parlons. 

107.  —  Les  principes  immédiats  sont  au  nombre  de 
quatre-vingt-cinq  à  quatre-vingt-dix  dans  le  corps  humain , 
et  de  quatre-vingt-dix  à  cent  en  considérant  l'ensemble  des 
mammifères. 

Ce  nombre  ne  peut  pas  être  fixé  d'une  manière  absolue  pré- 
sentement, pour  deux  raisons.  En  premier  lieu,  il  est  proba- 
ble qu'on  en  découvrira  quelques  uns  encore ,  car  les  corps 
connus  sous  les  noms  d*extraits  de  viande ,  solubles  ou  non 
dans  l'alcool,  sont  maintenant  reconnus  pour  être  constitués 
par  divers  principes  altérés,  appartenant  soit  à  des  espèces 

(1)  Ch.  Robin,  Du  microscope  et  de$  injecHonSf  etc.;  Paris,  18i9,  Id-8, 
2*  partie,  2*  section,  chap.  I  et  H. 

(2)  CmviiiiL,  loc,  cit.,  1821,  p.  4. 


CABàCTÈRES    d'oRDRE  MATnÉMATIUUE.  120 

déjà  connues,  soit  à  des  espèces  qu'il  reste  encore  a  isoler.  En 
second  Heu,  parmi  les  corps  décrits  comme  principes  îmmé* 
diats,  il  en  est  quelques  uns  dont  l'existence  n'est  que  dou- 
teuse, tels  sont  :  le  /er,  la  silice,  et  plusieurs  matières  grasses 
du  cerveau,  etc.  Les  uns  sont  probablement  le  résultat  de  la 
décomposition  d'un  principe  immédiat  dont  la  nature  réelle 
tôt  encore  inconnue  (silice,  fer)  ;  les  autres  ne  sont  sans  doute 
que  des  mélanges  de  diverses  espèces  de  principes. 

En  troisième  lieu,  nous  ne'donnons  pas  la  diastase  animale, 
la  pepsine,  etc.,  comme  des  principes  immédiats,  parce  que 
les  matières  qui  ont  été  désignées  sous  ces  noms  ne  sont  pas 
des  principes  bien  déterminés  comme  espèces  ;  ce  sont ,  ou 
des  espèces  de  substances  azotées  ayant  subi  un  certain  degré 
d'altération  au  contact  de  l'air,  etc.,  ou  même  des  mélanges 
de  plusieurs  substances.  La  gastérase  est  la  même  ma- 
tière que  la  pepsine  appelée  d'un  autre  nom  par  quelques 
auteurs. 

Nous  avons  déjà  dit  que  le  livre  quatrième  de  cet  ouvrage 
contiendrait  l'histoire  des  diverses  matières  dont  l'existence 
comme  principe  n'est  pas  réelle,  et  de  ceux  qui  ne  doivent 
être  considérés  comme  tels  qu'avec  doute. 

108.  —  Les  principes  immédiats  dont  l'existence  est  bien 
déterminée,  sont: 


1.  Oiygène. 

2.  Uydrogèoe. 

3.  Azote. 

4.  Acide  carbonique. 

5.  Hydrogène  protocarboné. 

6.  Hydrogène  sulfuré. 

7.  Suiniydrate  d'aramouiaque. 

8.  Eau. 

9.  Silice. 

10.  Chlorure  de  sodium. 

11.  Chlorure  de  potassium. 

18.  Chlorhydrate  d'ammoniaque. 

13.  Fluorure  de  calcium. 

11.  Carbonate d*ammoniaque. 

15.  Bicarbonate  d*ammoniaque. 

16.  Carbonate  de  chaux. 

17.  Bicarbonate  de  chaux. 


18.  Carbonate  de  magnésie. 

19.  Carbonate  de  potasse. 

20.  Bicarbonate  de  potasse. 

21.  Carbonate  de  soude. 

22.  Bicarbonate  de  soude. 

23.  Suirate  de  potasse. 
2i.  Suirate  de  soude. 

25.  Suirate  de  chaux. 

26.  Phosiphate  neutre  de  soude. 

27.  Phosphate  acide  de  soude. 

28.  Phosphate  de  potasse. 

29.  Phosphate  basique  de  chaux. 

30.  Phosphate  acide  de  chaux, 

31.  Phosphate  de  magnésie. 

32.  Phosphate  ammoniaco-magnésien. 

33.  Acide  lactique. 

34.  Lactate  de  potasse. 

9 


130                DES   PRLNCIPËS  131MÉDIATS    KM   GÉ!<IÉRAL. 

35.  l«acUilc  de  soude. 

67.  Margarate  de  soude. 

30.  Laciatc  de  chaux.                          G8.  Stéaralc  de  soude. 

37.  Oxalate  de  chaux. 

G9.  Sels  de  soude  ou  de  potasse  à 

38.  Acide  urique. 

acides  gras  volatils. 

39.  Uralc  de  potasse. 

70.  Choleslérine. 

40.  Urate  de  soude. 

71.  Séroline. 

41.  Urate  acide  de  soude. 

72.  Oléiuc. 

42.  Urate  de  chaux. 

73.  Margarine. 

43.  Urate  d*animoniaque. 

74.  Stéarine. 

44.  Urate  de  magnésie. 

75.  Stéarérine  (suint  de  mouton). 

45.  Acide  hippurique. 

76.  Élatérine  (W.  Chcvreul). 

46.  Hippuratc  de  chaux. 

77.  Butyrine. 

47.  Hippuratc  de  soude. 

78.   Hircine. 

48.  Hippurate  de  potasse. 

79.  Cétine. 

49.  Inosate  de  potasse. 

80.  Phocénine. 

50.  Acide  pncumique. 

81.  Fibrine. 

51.  Pneumate  de  soude. 

82.  Albumine. 

52.  Acide  lithurellinique. 

83.  Albuminose. 

53.  Taurocholate  de  soude. 

84.  Caséine. 

54.  liyocholinate  de  soude. 

85.  Pancréatinc. 

55.  Glykocholatc  de  soude. 

86.  Mucosine  (plusieurs  variétés; . 

56.  Urée. 

87.  Musculine. 

57.  Allantoïdine. 

88.  Globuline. 

58.  Cystinc. 

89.  Ostéinc  ou  osséine. 

59.  Créatine. 

90.  Cartilagéine. 

60.  Crëatinine. 

91.  Kératine. 

61  •  Sucre  de  diabète. 

92.  Cristalline. 

62.  Sucre  de  laiU 

93.  Hématosinc. 

63.  Acide  stéarique. 

94.  Bilivcrdinc. 

64.  Acide  margariquc. 

95.  Mélanine. 

65.  Acide  oléique. 

96.  Urrosacinc. 

66.  Oléate  de  soude. 

2.  —  Situation. 


109.  —  Il  ifest  aucun  principe  qui  soit  caractérisé  par  la 
situation  qu'il  occupe  dans  l'organisme,  tandis  que  souvent, 
dans  rétude  des  autres  parties  du  corps,  ce  caractère  est  très 
important. 

Les  principes  dont  la  composition  chimique  est  définie  peu- 
vent ^e  rencontrer  dans  toutes  les  régions  de  l'organisme,  dans 
tous  les  solides  et  tous  les  liquides;  le  sang  contient  une  cer- 
taine proportion  de  presque  tous  les  principes.  Les  autres 
humeurs  et  les  solides,  quoique  renfermant  toujours  un  cer- 
tain nombre  d'entre  eux,  ne  contiennent  jamais  de  toutes  les 
espèces  :  mais  il  en  existe  souvent  un  ou  deux  qui  s'y  ren- 
.rontrent  plus  spécialement,  comme  le  choléale  de  soude  dans 


càftAcrius  d'ombe  mathématiqijb.  181 

]m  bile,  Tinosatede  potasse  dans  les  muscles,  avec  la  créatina, 
la  créatinine;  d*autres,  quoique  se  trouvant  un  peu  partout, 
dominent  dans  certaines  parties,  comme  le  chlorure  de  potas- 
sium dans  les  muscles,  etc. 

ht  situation  des  principes  immédiats  dans  Téconomie  n'est» 
par  conséquent,  pas  indifférente  à  connaître.  La  présenca 
des  principes  cristallisables  dans  toutes  les  parties  queU 
conques  de  Torganisme  nous  conduira  plus  tard  à  recon- 
naître qu'ils  sont  des  conditions  d'existence  de  la  substance 
propre  des  éléments  anatomiques ,  des  conditions  d'accom- 
plissement, des  actes  de  ces  agents  :  les  uns  directement,  ce 
sont  ceux  qui  sont  venus  du  dehors,  qui  sont  identiques  par 
leur  composition  avec  les  corps  d'origine  minérale  ;  les  autres 
indirectement,  ce  sont  ceux  qui  se  sont  formés  dans  l'écono- 
mie, qui  ne  sont  pas  identiques  par  la  composition  avec  les 
premien.  La  prédominance  spéciale  du  chlorure  de  potas- 
sium dans  les  muscles,  et  d'autres  sels  d'origine  minérale 
dans  des  parties  d'ordres  différents,  nous  apprennent  que 
tous  les  sels  ne  peuvent  pas  être  indifféremment  condition 
d'existence  pour  toutes  les  parties  de  l'économie,  tissu  mus- 
culaire, nerveux,  fibreux,  etc.,  sans  quoi  un  ou  deux  prin- 
cipes salins  sulfiraient.  Au  contraire,  chacun  a  en  quelque 
sorte  son  principe  qui  lui  est  propre,  qui  lui  est  nécessaire, 
et  qui,  pour  les  autres,  est  indifférent  ou  ne  remplit  qu'un 
rôle  très  général. 

Quant  aux  autres  principes  immédiats ,  ceux  qui  ne  sont 
pas  cristallisables,  dont  la  composition  chimique  est  indéfinie, 
on  les  trouve  chacun  dans  tel  ou  tel  solide,  et  souvent  ils  le  ca- 
ractérisent, le  constituent  essentiellement,  quoique  les  autres 
en  soient  pourtant  des  parties  constituantes  indispensables. 
Telle  est  la  musculine  dans  les  muscles ,  l'ostéine  dans  les 
os,  la  fibrine  et  l'albumine  dans  le  sang,  et  accessoirement 
dios  quelques  auties  solides  et  humeurs,  etc. 

110.  —  Ces  principes,  quels  qu'ils  soient,  du  reste,  ne  sont 
jamais  seuls  dans  une  partie  quelconque  du  corps,  c'est-à-dire 
4|iie  jamais  un  princîpa  ne  forme  un  tissu,  ^une  humeur  i  lui 


ISâ     DES  PItINCtFES  imiÉDUTft  CK  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  I. 

seul,  si  ce  n*est  pathologiquement.  Au  contraire,  il  se  trouve 
toujours  mélangé  ou  combiné  à  d'autres,  soit  de  même  nature, 
comme  on  le  voit  pour  les  huiles  et  les  graisses,  soit  de  na« 
ture  différente,  comme  l'ostéine  avec  le  phosphate  de  chaux 
dans  les  os.  C'est  de  ce  mélange  dans  chaque  tissu  qu'il 
s'agit  de  les  retirer  pour  les  étudier  isolément,  comme  on  le 
fait  pour  les  minéraux  extraits  des  couches  du  globe. 

3.  —  TolvoM. 

111.  —  Chaque  principe  concourt  pour  sa  part  à  constituer 
la  masse  du  corps  et  celle  de  chacune  de  ses  parties,  mais  nul 
ne  la  forme  à  lui  seul.  L'un  d'entre  eux  toutefois,  l'eau, 
constitue  pour  sa  part  la  majeure  partie  de  cette  masse. 

Il  faut  observer,  une  fois  pour  toutes,  que  le  corps  entier, 
pris  comme  un  tout,  est  supposé  connu  ainsi  que  ses  parties, 
et  que  nous  leur  comparons  la  quantité  et  les  autres  carac- 
tères des  principes  immédiats  ;  qu'en  un  mot,  nous  procédons 
du  composé  au  simple,  du  connu  à  l'inconnu.  L'organisme  est 
pris  habituellement  comme  unité  de  comparaison  pour  les 
principes  en  général  ;  et  dans  les  descriptions  des  principes  en 
particulier,  la  masse  de  chaque  principe  est  comparée  aux 
diverses  parties  du  corps.  La  masse  ou  autre  caractère  de 
chaque  principe  immédiat  étant  pris  d'une  manière  absolue 
ne  conduirait  à  aucun  résultat  utile. 

4.  —  Wmrmm. 

112.  —  Le  carbonate  de  chaux  est  le  seul  principe  i(n* 
médiat  qui  se  rencontre  normalement  dans  l'économie  avec 
une  forme  qui  lui  soit  propre  :  c'est  la  forme  cristalline  spé- 
ciale à  ce  composé  qu'il  présente.  C'est  dans  l'otoconie  et 
quelquefois  dans  l'épaisseur  du  bord  des  valvules  auriculo- 
yentriculaires  qu'il  offre  ces  caractères. 

Les  autres  principes  immédiats  ne  présentent  habituelle- 
ment jamais  la  forme  cristalline  ;  s'ils  la  présmtent,  ils  carac- 
térisent au  degré  de  simplicité  le  plus  grand  qu'on  puisse 
roncevoir  l'état  dit  anormal  on  pathologique  (dèpâtm  d*i 


CAAACTiin  D'ORbHK  MATIitllÂTIQiniw  139 

urique,  de  diolestérine,  d'oxalate,  de  phosphate  ou  carbonate 
de  chaux,  etc.)»  La  formation  de  ce  dépôt  indique  une  modifica- 
tion particulière  des  phénomènes  continus  de  composition  et  de 
décomposition  dans  les  tissus  et  humeurs  où  les  cristaux  se  dé- 
posent.  Ce  dépôt  devient  souvent  à  son  tour  cause  de  douleur 
et  autres  jAénomènes  qui  reçoivent  les  noms  de  phénomènti 
morbides  ou  pathologiques.  Ceux-ci,  considérés  au  point  de 
vue  de  la  recherche  de  Tétat  particulier  qui  en  est  la  condi- 
tion d'existence,  prennent  le  nom  de  symptômes.  Le  dépôt 
reçoit,  d'une  manière  générale,  les  noms  de  lésion  anatomi^ 
fme^proimtoa  production  morbide  ^pathologique  ou  anatomo- 
pathologique.  On  donne  le  nom  de  calculs  à  ceux  de  ces  dé- 
pôts cristallins  qui  ont  un  volume  assez  considérable,  ou  même 
d'une  manière  générale  àla  plupart  d*enlre  eux,  quel  que  soit 
leur  volume.  S*ils  sont  nombreux,  on  leur  donne  souvent  le 
nom  de  graviers  ou  de  sable^  dépôt  sabUmneuXy  quand  ils  ont 
Taspect  et  le  volume  des  corps  que  ces  mots  désignent. 

Ce  sont  les  premiers  teits  A* anatomie  pathologique  que  nous 
ayons  à  signaler  ;  ce  sont  aussi  les  plus  simples  et  les  plus  gé- 
néraux, qui  exigent  les  conditions  les  moins  complexes  pour 
qu'ils  se  produisent,  ainsi  que  le  montre  la  facilité  avec  la- 
quelle, sous  les  moindres  influences,  ils  se  forment. 

113.  —  n  y  a  cependant,  outre  le  cas  de  carbonate  de 
chaux  de  l'otoconie,  des  circonstances  non  morbides  dans 
lesquelles  quelques  principes  immédiats  se  présentent  dans 
l'économie  avec  une  forme  bien  déterminée  :  tel  est  le  car- 
bonate de  chaux  de  l'urine  du  cheval  et  des  enfants,  qui 
se  présente  en  masses  cristallines  arrondies  à  l'état  nor- 
mal ;  tels  sont  encore  quelquefois  l'oxalate  de  chaux  des 
urines,  l'acide  urique,  qui  dans  certaines  conditions  phy- 
siologiques se  présentent  cristallisés.  Si  donc  les  principes 
immédiats  ne  se  présentent  pas  en  général  dans  l'écono- 
mie sous  forme  cristalline,  ce  n'est  par  conséquent  pas 
qu'ils  ne  puissent  en  présenter  une  bien  déterminée  quand 
ib  sont  isolés,  quand  ils  ont  été  retirés  des  parties  qu'ils  con- 
courent à  former.  On  obser\'e,  au  contraire ,  quand  ils  sont 


ISA    DES   PRINCIPES   imiÉDIATS  BM  GÉNÉlALy  GHé  I,  ART.  I. 

placés  dans  des  conditions  convenables,  que  beaucoup  d'en- 
tre eux  sont  cristallisables.  S'ils  ne  cristallisent  pas,  cela  lient 
aux  conditions  complexes  de  température,  mélange  eldisso^ 
lutions  dans  lesquelles  ils  sont  placés  dans  Téconomie. 

On  peut,  par  divers  procédés  qui  seront  exposés  plus  loiO| 
amener  un  certain  nombre  de  principes  immédiats,  mais  noo 
pas  tous,  à  cristalliser.  Ceux  qui  cristallisent  suivent  en  tous 
points  les  mêmes  lois  cristallographiques  qu'on  étudie  sur 
les  composés  d'origine  minérale.  Il  n'y  a  donc  li  rien  de 
nouveau,  et  l'étude  de  la  forme  de  chacun  de  ces  compo- 
sés, telle  qu'elle  est  faite  en  chimie,  nous  suffira,  par 
conséquent,  pour  les  distinguer  les  uns  des  autres  sans 
qu'il  soit  nécessaire  d'en  traiter  ici.  U  n'y  a  de  plus  que 
quelques  variations  de  forme,  plus  fréquentes  que  sur  les  cooh 
posés  d'origine  minérale,  mais  elles  sont  en  rapport  avec  la 
composition  complexe  des  principes  dont  il  s'agit;  elles  sont 
en  rapport  avec  les  conditions  compliquées  dans  lesquelles 
ont  lieu  ordinairement  les  cristallisations.  Ces  variétés  de  con- 
formation dérivent  des  formes  types  et  s'y  rattachent  par  des 
transitions  ordinairement  faciles  à  reconnaître.  Nous  serons 
néanmoins,  au  chapitre  des  procédés  d'extraction,  obligés  de 
reprendre  une  partie  de  la  question,  faute  de  la  trouver  suf* 
fisamment  développée  dans  les  traités  de  chimie. 

11  i.  —  Les  principes  immédiats  qui  sont  susoeplibles  de 
cristalliser  sont  les  suivants  : 


1.  Eaa. 

S.  Chlorare  de  sodium. 

3.  Chlorure  de  potassium. 

4.  Chlorhydrate  d*ammoniaque. 

5.  Carbonate  de  chaui. 

6.  Carbonate    d'ammoniaque  (  n'a 

pas  encore  été  retiré  cristallisé 
de  l'économie). 

7.  Bicarbonate  d'ammoniaque  (même 

remarque). 

8.  Carbonate  de  magnésie  (même  re- 

marque). 

9.  Carbonate  de  potasse. 

10.  Bicarbonate  de  iiotasse. 

1 1 .  ('arl>onate  de  soude. 

12.  Bicarbonate  de  sonde. 

13.  SulAite  de  potasse. 


14.  Sulfate  de  soude. 

15.  Solfate  de  ehanx  (n*a  pu  «wore 

être  retiré  k  TéUt  crisUUin}. 

1 6.  Phosphate  neutre  de  sonde. 

17.  Phosphate  acide  de  soude. 

18.  Phosphate  de  potasse. 

19.  Phosphate  basiqoe  de  chaux  (même 

remarque  qu'au  sulfate  de  cette 
base). 

20.  Phosphate  acide  de  ehaas. 

21.  Phosphate  de  magnésie. 

22.  Phosphate ammoniaco-magnésien. 

23.  Lactate  de  chaux. 
2i.  Acétate  de  soude. 

25.  Acide  orique. 

26.  Unte  de  potasse. 

27.  Urate  de  sonde. 


CARAOTilU»  d'ordre  MATUtllATIQini.  1S6 

28.  UnUdectaou  UO.  CréttiQine. 


29.  Uratc  de  magnésie. 

30.  Ur«le  d*aniinoDiaque. 

31.  Acide  hippurique. 

32.  Hippurate  de  chaux. 

33.  Oialalidechius. 

34.  Urée. 

35.  AllastoMlne. 

36.  CriUoe. 

37.  Adde  pneumlqae. 
SS.  LraeiiM. 

39.  Cftetine. 


41.  Acide  stéarique. 

42.  Acide  margarique. 

43.  Choléate  de  soude. 

44.  Glycocbolate  de  souda. 

45.  Cbolestérioa. 

46.  Oléine. 

47.  Ifargariua. 

48.  Stéarine. 

49.  Céline. 

50.  Suere  de  diabète. 

51.  Sucre  de  lait. 


115.  —  Nous  avons  indiqué  plus  haut  que  tous  les  prin- 
ôpes  immédiats  ne  cristallisent  pas.  Parmi  ceux  qui  ne  eris- 
tallisent  pas,  plusieurs  sont  liquides,  volatils,  sans  décompo* 
sition ,  ainsi  que  nous  verrons  plus  loin,  ou  cristallisent  par 
congélation  :  Veau,  par  exemple;  d'autres  n'ont  encore  pu 
être  obtenus  cristallisés,  quoique  de  composition  définie  :  tels 
que  Tacide  lactique,  le  lactate  de  potasse,  etc.;  il  en  est 
d'autres  enfin  qui  ne  sont  ni  cristallisables  ni  volatils  sans 
décomposition.  Ces  derniers  reçoivent  spécialement  le  nom 
de  substances  organiques.  Ce  sont  là  autant  de  caractères  qui, 
réunis  i  ceux  tirés  de  la  volatilité ,  de  la  composition  et  de 
l'origine  des  principes  immédiats,  servent  a  les  classer  endif* 
férents  groupes,  qui,  étudiés  d*abord  en  général,  simplifient 
beaucoup  l'histoire  de  chacun  d'eux  en  particulier. 

Les  principes  non  cristallisables,  autres  que  ceux  dont  nous 
venons  de  parler,  sont  : 


1.  AlbamioiB. 

2.  Fibrine. 

3.  Guéint. 

4.  Globuline. 

5.  Alhominose. 

6.  Pancréatiaa. 


7.  Musculiae. 

8.  Ostéine  ou  osséine. 

9.  ÉlasUcine. 

10.  Kératine. 

11.  Carlilagéine. 


116.  —  La  forme  du  corps  n'est  jamais  due  à  tel  ou  tel  prin- 
cipe immédiat,  mais  a  tous  ensemble.  Ce  n'est  que  plus  tard,  en 
arrivant  à  un  ordre  de  considéralions  analoniiques  bien  plus 
élevées  en  complication ,  bien  plus  spéciales  en  disposition 
extérieure,  les  systèmes ,  que  nous  verrons  de  lel  ou  tel  d'en- 
tre eux  dépendre  plus  ou  moins  la  forme  du  corps ,  qui  au 
fond  dépend  à  la  fois  de  toutes  les  partie  de  l'organiime, 


188     DBS  PRINCIPES  IMMÉDUTS  EH  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  I. 


1.  Oxygène, 

t.  HydrogèM. 

3.  Azote. 

4.  Acide  carbonique. 


5.  Hydrogène  protocarboné. 

6.  Hydrogène  aalf^ré. 

7.  Eau. 

8.  Carbonate  d*ammoniaqoe. 


121.  —  L'abaissement  de  la  température  modifie  le  phma- 
mène  d'une  manière  correspondante;  il  détermine,  de  plus,  la 
solidification  d'un  certain  nombre  de  principes.  U  sufiit  qu'elle 
descende  de  5  à  10  degrés  pour  que  les  principes  des  sub* 
stances  graisseuses  deviennent  solides,  de  liquides  qu'ils 
étaient.  En  portant  plus  loin  le  refroidissement,  l'eau  se  soli- 
difie à  son  tour.  Il  faut  porter  ici  l'abaissement  de  8  à  5  de* 
grés  au-dessous  de  zéro ,  en  raison  des  substances  qu'elle 
tient  en  dissolution;  mais  le  phénomène  se  passe  encore  ab* 
solument  de  la  même  manière  qu'on  le  voit  en  physique.  Les 
conditions  dans  lesquelles  il  a  lieu  étant  seulement  plus  com- 
pliquées, le  phénomène  est  modifié  d'une  manière  corrélative; 
mais  il  est  important  de  remarquer  qu'il  n'y  a  là  encore  au- 
cun phénomène  d'ordre  nouveau,  d'ordre  différent  de  ceux 
offerts  par  les  corps  étudiés  en  cosmologie. 

Tous  les  autres  principes  immédiats  ne  sont  pas  volatils 
sans  décomposition.  Ceux  qui  en  même  temps  ne  sont  pas 
cristallisables  ou  ne  forment  pas  des  combinaisons  cristalli- 
sables  avec  d'autres  composés  sont  appelés  substances  orga- 
niques. Ce  sont  : 


i.  Fibrine. 
S.  Albamine. 

3.  Albuminose. 

4.  Pancréatine. 

5.  Muaculine. 

6.  Élasticine. 


7.  Caséine. 

s.  Osséine  ou  oitéine. 

9.  Globuline. 

10.  Carlilagéine. 

11.  Kératine. 

12.  Mucosinei  (nombreusea  variéléf). 


Ce  sont  là  autant  de  caractères  que  nous  aurons  i  prendre 
en  considération  lorsqu'il  s'agira  de  classer  les  principes  im- 
médiats. 

122.  — Remarquons  dès  àprésentque  de  même  que  la  durée 
et  la  forme  du  corps  ne  tiennent  spécialement  à  aucun  principe 
immédiat  en  particulier,  mais  bien  à  tous  ensemble,  de  même 
aussi  nous  ne  pouvons  spécialement  attribuer  ici  à  nul  4'w* 


tre  eux  ni  la  eoulrtir,  ni  la  température,  ni  même  la  densité 
du  corps  ou  de  Tune  quelconque  de  ses  parties.  Cette  colo^ 
ration,  nous  devrons  Tétudier  en  elle-même  pour  chacune  des 
parties  tant  solides  que  liquides  de  l'organisme,  comme  nous 
Tavons  fait  pour  le  corps  entier.  La  couleur  des  pigments, 
celle  des  muscles  et  de  beaucoup  d'autres  tissus  et  humeurs, 
e'est  i  r  union ,  à  la  combinaison  spéciale  de  certains  prin*» 
cipes  les  uns  avec  les  autres  qu'elle  est  due,  comme  celle  du 
bî4odure  de  mercure  est  due  à  la  combinaison  de  l'iode  et 
in  mwcure.  Si  l'on  excepte  peut-être  les  globules  du  sang, 
nulle  coloration  spéciale  d'un  liquide  ou  d'un  solide  de  l'orga- 
nisme n'est  due  à  un  principe  immédiat  colorant,  nettement 
détenniné  comme  espèce.  Quant  à  la  densité  du  corps, 
quoique  la  quantité  d'eau  qu'il  renferme  influe  beaucoup 
lur  elle,  ce  n'est  pas  a  ce  principe  seul  qu'elle  est  due ,  et 
elle  doit  être  étudiée  en  elle-même  en  ce  qu'elle  est,  sans 
qu*0Q  puisse  la  déduire  de  la  densité  d'aucun  principe  immé^ 
diat  que  ce  soit. 

III.   —  CARACTÈRES  D'ORDRE  CHIMIQUE. 

1S8.—  Dépourvus  de  forme,  généralement  distribués  dans 
toute  l'économie,  ordinairement  liquides  ou  demi-solides,  sans 
coloration  qui  leur  soit  propre,  les  principes  immédiats,  pris 
dans  Torganisme,  ne  conservent  qu'un  petit  nombre  des  carac- 
tères d'ordres  mathématique  et  physique  que  nous  supposons 
avoir  déjà  été  étudiés,  sur  ces  corps  pris  isolément,  comme 
composés  chimiques  quelconques.  Nous  avons  vu  ailleurs  (1) 
qu'il  faut  sur  tout  corps  étudier  :  1°  quelle  peut  être  sur  lui 
l'influence  chimique  des  agents  physiques  ;  2'  celle  des  corps 
autres  que  lui-même  qui  sont  déjà  connus  ;  â"  par  cette  étude 
CD  est  conduit  à  déterminer  quelle  est  sa  composilion  immé- 
diate :  par  exemple,  s'il  est  composé  d'acide  phosphorique  et 
de  soude;  h"  de  la  on  déduit  sa  composition  élémentaire  ou 

(i)  Prolégomènes  y  p.  6.  —  Gh.  Robin,  Tableaux  d'attat.  conten.  l'exposé  de 
tomes  itff  parties  à  éludier  dans  VorganiPM  de  Vhoff^M  el  an  ammaucr. 
Mf,  1S50,  in-4,  l*'Ubleau. 


liO      DES  PRINCIPU  IMMÉDlATft  SN  CUÉMÉRAL,  CH.  I,  ART.  I. 

médiate,  savoir,  que  ce  corps  est  formé  d'oxygène,  phosphore 
et  sodium. 

Ayant  précédemment  (1)  étudié  le  corps  tout  entier  sous 
ces  différents  points  de  vue,  nous  avons  été  amenés  à 
reconnaître  qu'il  est  composé  de  principes  immédiats,  et 
ceux-ci  d'éléments  qui  ont  été  déterminés  chimiquement. 
C'est  l'analyse  anatomique,  ou  par  iâolement  progrenif^  de 
l'organisme  entier  en  parties  diverses,  qui  nous  a  fait  con- 
naître le  nombre  des  principes  immédiats  véritables,  c'est* 
àrdire  ceux  en  lesquels  se  subdivisent  immédiatement  la 
substance  des  éléments  anatomiques  et  les  humeurs.  Hais 
il  ne  s'agit  pas ,  et  il  ne  doit  jamais  s'agir  ici  de  leur 
analyse  chimique  ou  décomposante  qui  en  détermine  lef 
éléments  simples.  C'est  sur  les  principes  extraits  anatomi- 
quement  que  les  chimistes  doivent  opérer  ainsi,  et  non  sur  la 
substance  des  tissus  ;  c'est  sur  eux  qu'ils  doivent  étudier  les 
propriétés  chimiques  qu'ils  ont  en  commun  avec  les  001^ 
bruts.  Mais  ce  ne  sont  pas  ces  caractères-là  que  nous  devons 
étudier;  il  s'agitici,  au  contraire,  de  voir  quels  sont  les  carac- 
tères chimiques  que  ces  principes  conservent  dans  l'économie. 
Les  faits  principaux  qui  se  rapportent  à  cette  étude  chimique, 
tant  statique  que  dynamique,  des  composés  qui  sont  {urincipes 
immédiats  (faits  qu'on  met  à  profit  dans  les  procédés  employés 
pour  les  extraire  du  corps,  pour  les  distinguer  les  uns  des 
autres,  et  arriver  à  la  connaissance  précise  des  tissus  et 
des  humeurs),  seront  développés  plus  loin  dans  les  limites 
de  ce  qui  est  nécessaire  à  la  suite  de  ce  livre. 

1.  — >  Aolîon  ehîmiqiM  des  agents  pbyflM|aef  fur  les  prîneipM  nmnédiatt. 

12i.  —  Pris  dans  l'organisme  et  soumis  à  l'influence  de 
ces  agents,  les  principes  immédiats  présentent  divers  phé- 
nomènes qui  demandent  à  être  étudiés  sur  chacun  d'eux 
pris  isolément,  avant  de  prendre  en  considération  le  fait 


(I)  Prolégmnènes,  p.  6.  —  Ch.  Robw,  Icc,  cil.  Ptrif,  1S50,  in-4»  Ubi. 
I  à  10. 


CABACTftBSS  b'OBMIE  CHIIIIQUE.  141 

d'un  iMDière  générale  dans  raecomplissemenl  de  chaque 
foDCtioo. 

125.- —  1*  Aciiim  de  la  lumière. —  Peu  étudiée  chez  les  ani- 
maux, et  moins  nette  que  chez  les  plantes,  cette  influence  est 
pourtant  manifeste.  Dans  le  règne  végétal,  la  lumière  décom- 
pose l'acide  carbonique  qui  s'y  trouve  placé  dans  des  conditions 
encore  mal  déterminées,  maisprobaUementdissous  dans  la  ma- 
tière verte  de  la  chlorophylle.  Chez  les  animaux,  le  môme  fait 
se  passe  sur  les  Suglena  viridis  et  quelques  autres  infusoires 
ainsi  cdorés;  selon  toute  probabilité,  l'acide  carbonique  s'y 
trouve  aussi  dissous  dans  la  matière  verte.  On  ne  sait  pas  en* 
core  quels  sont  les  principes  immédiats|qui  se  combinent  en- 
semble sous  l'influence  de  la  lumière  pour  donner  naissance 
aux  granulations  pigmentaires  et  autres  formes  des  éléments 
pigmentaires.  On  sait,  par  conséquent,  encore  bien  moins 
que  dans  les  plantes,  quelles  sont  les  conditions  dans  lesquelles 
les  j^ncipes  qui  se  combinent  sous  Tinfluence  de  cet  agent 
se  trouvent  placés  dans  l'économie. 

126. — 2*  Action  de  la  chaleur.  D'une  manière  générale,  l'élé- 
vation de  la  température  favorise  les  actes  de  combinaison  et  de 
décombinaison  des  principes  immédiats,  quand  elle  ne  dépasse 
pas  certaines  limites.  On  ne  sait  pas  encore  s'il  y  a  quelque 
principe  immédiat  qui  manifeste  plus  spécialement  que 
d'autres  cette  action.  Son  abaissement  ralentit  ces  phéno- 
mènes et  finit  par  les  faire  cesser  quand  elle  dépasse  certains 
degrés.  G*est  qu'en  efiet,  quand  il  est  porté  jusqu'à  solidifi- 
cation de  Veau,  ce  principe  immédiat  se  sépare  des  autres 
principes  auxquels  il  était  combiné  par  simple  dissolution  ou 
autrement. 

127.  —  Si  Ton  élève  la  température,  les  principes  immé-* 
diats  présentent  un  grand  nombre  de  phénomènes.  Nous 
avons  déjà  parlé  des  principes  qui,  étant  volatils,  ne  pré- 
sentent pas  d'autre  phénomène  que  celui  d*évaporation  ;  il 
est  donc  inutile  d'y  revenir. 

Des  autres  principes  les  uns  sont  décomposés,  se  détruisent  ; 
ils  sont  réduits  en  leurs  éléments  diimiques  ou  corps  simples. 


lis     DES  PR1NC1PS8  IMMÉDIATS  EN  OÉMilUL,  CH.  I,  ART.  I. 

OU  bien  ramenés  à  Tétai  de  composés  beaucoup  plus  simples, 
plus  fixes  et  sans  identiques  dans  la  nature  tant  organique 
qu'inorganique,  ou  bien  analogues  à  ceux  de  ce  dernier  ordre. 
Telles  sont  l'albumine,  la  fibrine  du  sang  ou  des  tissus  qui 
donnent  naissance  à  de  l'acide  carbonique,  à  du  carbonate 
d'ammoniaque  et  à  diverses  huiles  empyreumatiques,  etc.  La 
créatine,  l'urée,  l'acide  urique,  présentent  des  phénomènes 
semblables,  ou  à  une  température  moins  élevée  donnent  nais- 
sance à  d'autres  principes  plus  ou  moins  analogues  A  eux. 
Tous  les  principes  non  cristallisables,  tous  ceux  qui  sont  cris- 
tallisables  et  se  forment  dans  l'organisme,  le  carbonate 
d'ammoniaque ,  celui  de  chaux  et  le  phosphate  ammoniaco- 
magnésien ,  sont  décomposables  par  l'élévation  de  température. 

Mais  il  est  des  principes  qui  ne  se  décomposent  pas,  et  leur 
comparaison  avec  les  composés  du  règne  minéral  fait  reccm* 
nattre  qu'ils  leur  sont  en  tout  semblables.  Tels  sont  l'eau,  le 
chlorure  de  sodium,  de  potassium,  plusieurs  sulfates  et  oeut 
des  autres  principes  qui  ne  sont  pas  désignés  dans  la  phrvse 
précédente.  Les  principes  qui  se  décomposent  diflShrent  tous 
de  ceux  du  règne  minéral  sous  quelques  rapports,  tels  «(ue 
déjà  cette  instabilité,  une  composition  plus  complexe,  etc. 

128. —  Voici  par  conséquent  encore  un  caractère  dont  nôui 
tirerons  parti  plus  tard  pour  classer  les  principes  immédiatSi 
Ils  se  divisent  dès  à  présent  en  deux  groupes  :  ceux  qui  eh 
général  ne  se  décomposent  pas  par  la  chaleur,  ou  ne  se  dé» 
composent  qu'à  une  température  très  élevée,  que  nous  tef* 
rons  tous  venir  du  règne  inorganique  ou  différer  fort  peu  des 
composés  qui  en  dérivent  ;  puis  viennent  ceux  qui  se  décomik 
posent  tous  facilement.  Nous  les  verrons  tous  naître  dans  les 
corps  organisés  :  ce  sont  les  principes  dits  d*origine  orgro- 
nique. 

129.  —  n  n'est  du  reste  pas  nécessaire  de  pousser  si  toin 
l'élévation  de  température  pourvoir  s'eflec  tuer  des  phénomèftes 
de  ce  genre.  Ainsi  la  chaleur  coagule  l'albumine  et  lui  empéclM 
de  se  redissoudre  dans  l'eau  ;  elle  empêche  à  la  fibrine  de  se 
gonfler  de  nouveau  dans  ee  liquide  après  avoir  été  detsédiéSi 


CÀRACTiRBS  D*ORDRK  CHIMIUUE.  lAS 

ce  qu'elle  fait  pourtant  quand  elle  n*a  pas  encore  subi  Taltc- 
ralîon  connue  sous  le  nom  àecoclion.  Voilà  un  premier  genre 
d'altération  que  subissent  rapidement  les  principes  non  cris* 
lallisables,  ceux  qui  sont  connus  sous  le  nom  de  substancei 
organiques. 

130. — ^n  est  un  autre  genre  de  modifications  chimiques  que 
peuventsubir  par  la  chaleur,  dans  les  tissus,  après  la  mort,  les 
principes  mieux  définis,  cristallisables,  comme  ils  la  subissent 
quand  ils  sont  retirés  de  l'économie.  Ce  sont  le  dédoublement 
et  des  transformations  isomériques.  Très  fréquentes  sur  les 
principes  végétaux,  elles  le  sont  beaucoup  moins  sur  les  prin- 
cipes animaux;  mais  on  voit  encore  Tacide  hippurique  se  dé- 
composer et  se  transformer,  sous  de  pareilles  influences,  en 
adde  benzolque  et  en  glycocolle.  C'est  ce  phénomène  ayant 
lieu  pendant  l'extraction  des  principes  de  l'urine  qui  a  fait 
croire  longtemps  que  l'urine  des  herbivores  contenait  de 
l'acide  benzolque;  c'est  la  facilité  avec  laquelle  l'acide  cbo- 
léique  du  choléate  de  soude  subit  des  dédoublements  analo- 
gues qui  a  pendant  longtemps  jeté  tant  d'obscurité  sur  l'his- 
toire des  principes  de  la  bile.  Prévenu  qu'on  est  actuellement 
de  ces  faits,  les  procédés  d'extraction  sont  institués  en  con- 
séquence, de  manière  qu'on  puisse  retirer  les  principes  tels 
qu'ils  existaient  avant  les  opérations  de  l'analyse,  qui  prend 
alors  le  cachet  de  l'analyse  anatomique. 

131 . —  Ainsi  encore  jusqu'à  présent  il  n'y  a  rien  là  d'essen- 
tiellement diflërent  de  ce  qui  se  passe  dans  la  matière  brute. 
Ce  sont  des  actions  chimiques  de  décomposition  d'un  com- 
posé avec  formation  d'un  ou  de  deux  autres  plus  simples,  sem- 
blables à  celles  qui  ont  lieu  sous  les  mêmes  influences  dans 
les  composés  artificiels  ou  les  composés  naturels  minéraux. 
U  y  a  des  diflerences,  mais  ce  sont  des  différences  dans  les 
modes  d'altération,  dans  leurs  degrés;  elles  ne  sont  pas  sans 
analogues  et  sont  en  rapport  direct  avec  les  propriétés  et  le 
nombre  des  éléments  qui  constituent  chaque  principe.  Il  n'y 
a  pas  là  de  différence  dans  la  nature  des  phénomènes  qui  ont 
lieu  ;  ce  sont  encore  des  phénomènes  chimiques. 


ikh   DES   PUmClPES  IMMÉDIATS  BM   GÉNÉBAt,  CH.  I,  ART.  1. 

132.  —  S""  Action  chimique  de  Vélectricité.  Par  l'élévation 
de  température  qu'elle  produit,  elle  agit  comme  la  chaleur. 
Mais  elle  a  de  plus  une  action  spéciale,  qui  est  précisément 
très  manifesta  sur  les  principes  qui  sont  indécomposables  par 
la  chaleur.  Ainsi  elle  décompose  les  sels  d'origine  minérale, 
les  chlorures,  les  sulfates,  etc.;  elle  sépare  la  base  de  Tacide, 
ainsi  qu'on  le  voit  en  implantant  des  aiguilles  en  communie»* 
tion  avec  les  pôles  de  la  pile,  dans  des  muscles  ou  dans  un 
vaisseau  sanguin.  L'acide  se  porte  au  pôle  positif  et  l'alcali 
au  pôle  négatif. 

L'acide,  devenu  libre,  agit  à  son  tour  sur  les  principes  d'ori* 
gine  organique,  comme  la  fibrine,  l'albumine,  etc.;  mais  on 
ne  sait  pas  encore  si  l'électricité  a  une  action  sur  ces  corps 
analogue  à  celle  dont  nous  venons  de  parler  ;  seulement  les 
expériences,  telles  qu'elles  ont  été  faites  jusqu'à  présent,  ten- 
dent à  faire  croire  que  cette  influence  est  nulle  ;  elles  ont  du 
reste  été  peu  variées.  Ici  encore  les  actions  chimiques  pro- 
duites sous  l'influence  de  l'agent  sont  les  mêmes  que  dans  le 
laboratoire.  Le  phénomène  se  passe  de  la  même  manière,  le 
résultat  est  le  même.  Dn'y  a  non  pas  trace  de  cette  influence 
d'un  agent  vital  qui,  pour  les  fauteurs  des  entités  de  toutes 
sortes,  devrait  venir  mettre  obstacle  à  ce  que  l'action  se  passe 
autrement  que  ce  que  nous  voyons  avoir  lieu  dans  le  règne 
minéral  ;  autrement  que  ce  qu'on  doit  attendre  des  conditions 
nouvelles  dans  lesquelles  est  placé  le  principe  sur  lequel  on 
expérimente.  S'il  y  a  des  diflérences  d'intensité,  ou  quelques 
particularités  qui  soient  masquées,  ces  différences  correspon- 
dent encore  au  milieu  complexe,  au  nombre  d'influences  di- 
verses qui  interviennent  durant  l'action  de  l'agent  nouveau, 
électrique  ou  autre,  qu'on  met  en  usage. 


I.  -»  Conditûms  d'aotiont  olnmîqaet  que  préfentent  le»  prineipefl 

înunédîatf. 

a.  Phénomène!  de  dissolotion  que  préientent  les  principee 

immédiaU. 

133.  —  Nous  avons  vu  qu'il  y  a  dans  réconomie  des  prin- 


CARACTÈBES   D'oRDRE  CHIMIQUE.  1^6 

cipes  immédiats  qui  sont  gazeux,  d'autres  liquides;  d^autres 
présentent  on  état  demi-solide  tout  spécial  qu'on  ne  retrouve 
nulle  part  ailleurs  que  dans  les  corps  organisés  ;  enfin  il  en  est 
de  tout  i  fait  solides.  Parmi  les  principes  gazeux,  les  uns  pré- 
sentent cet  état  parce  que  c'est  leur  manière  d'être,  la  plus 
habituelle  du  moins  :  tels  sont  l'azote,  l'oxygène  ;  et  ils  ne  sont 
pas  autres  dans  l'économie  qu'ils  ne  sont  dans  l'atmosphère, 
sauf  les  quantités  relatives.  D'autres  sont  maintenus  à  l'état 
de  vapeur  par  la  température  de  l'économie,  comme  l'eau, 
qui  pourtant  est  en  général  liquide.  Mais  il  est  de  ces  prin* 
cipes  généralement  gazeux  qu'on  trouve  à  l'état  liquide  dans 
quelques  parties  des  corps,  comme  l'acide  carbonique,  l'oxy- 
gène du  sang,  etc.  Ce  caractère  de  liquidité  qui  ne  leur  est 
pas  le  plus  habituel,  ils  le  doivent  à  l'état  de  dissolution  sous 
lequel  ils  se  présentent  dans  l'organisme,  fls  sont  liquides 
non  pas  naturellement,  mais  par  dissolution.  Or  nous  avons 
^11  (1)  que  l'état  de  dissolution  est  un  mode  particulier  de 
combinaison.  Il  n'y  a  pas  simple  contact  entre  les  molécules 
des  corps  dissous,  mais  bien  union  intime  deux  à  deux, 
combinaison.  Ce  point  de  la  question  supposé  ici,  étudié  en 
chimie,  est  traité  plus  loin  au  chapitre  du  procédé,  et  nous  y 
renvoyons.  Mais  Texpérience  montre  que  cette  dissolution  est 
toute  naturelle,  n'a  rien  qui  la  distingue  des  dissolutions 
étudiées  en  chimie  ;  si  ce  n'est  que  le  liquide  dans  lequel  elle 
se  fait  est  très  complexe.  Il  contient  de  l'albumine,  des  sels 
en  dissolution,  des  globules  en  suspension.  Or  leur  présence 
modifie  certainement  la  dissolution,  de  manière  que  ses 
phénomènes  ne  correspondent  plus  exactement  h  ce  qu'on 
sait  du  même  fait  étudié  dans  Feau  pure.  Il  en  résulte  la  né- 
cessité de  l'étudier  en  lui-même,  en  ce  qu'il  est  ;  puis  d'après 
cela,  d'en  déterminer  les  lois  propres,  qui,  bien  que  reposant 
sur  les  lois  chimiques,  en  diffèrent  pourtant  :  et  cependant, 
si  l'on  pouvait  étudier  le  phénomène  dans  ce  liquide,  séparé- 
ment sur  chacune  de  ses  parties  constituantes,  on  le  trouverait 


(i)  C*.  RoBM,  Tabt^ux  d*afiaiomie,  1850,  iu-i,  10'  tableau. 
J.  10 


liO     DES  PRINCIPES   IMMÉDIATS  EN   GÉNÉRAL,  GH.  I,  ART.  I. 

partout  purement  chimique.  Ce  qui  le  prouve,  c'est  qu'il 
se  rapproche  d*autant  plus  des  mêmes  phénomènes  chi- 
iniques,  qu  on  simplifie  davantage  le  liquide,  le  sang  par 
exemple,  en  lui  ôtant  successivement  ses  globules,  sa  fi- 
brine, etc.;  c'est  ainsi  que  l'oxygène  ne  se  dissout  guère  plus 
dans  le  sérum  sanguin  que  dans  Teau. 

Les  principes  liquides  présentent  cet  état,  soit  aussi  parce 
que  c'est  leur  manière  d'être  habituelle  :  telles  sont  l'eau  du 
sang,  l'oléine,  etc...;  soit  par  dissolution  et  combinaison 
avec  d'autres  principes  :  tels  sont  le  chlorure  de  sodium  et 
d'autres  sels  qui  sont  dissous  dans  l'eauf  les  acides  gras  du 
sang  qui  sont  dissous  à  Faide  de  certains  sels.  Cet  état  liquide 
leur  permet  de  devenir  à  leur  tour  dissolvants  pour  d'autres 
principes.  Tels  sont  les  chlorures  auxquels  nous  faisions 
allusion  par  rapport  à  l'albumine,  qui  est  liquide  par  disso- 
lution. C'est  en  se  dissolvant  ainsi  mutuellement  les  uns  i 
l'aide  des  autres  que  les  principes  immédiats  constituent  les 
humeurs  complexes  de  l'économie.  Nulle  part  ailleurs  que 
dans  les  corps  vivants  on  ne  trouve  des  liquides  formés  d'un 
aussi  grand  nombre  de  principes  et  présentant  des  conditions 
de  liquidité  aussi  compliquées  les  uns  en  raison  de  la  présence 
des  autres.  Nulle  part  aussi  on  ne  trouve  des  combinaisons 
aussi  instables,  et  cette  complication  d'une  part,  cette  instar 
bilité  qui  en  résulte  d'autre  part,  sont  autant  de  conditions 
des  phénomènes  de  nutrition  et  d'échange  réciproque  qu'ils 
présentent.  Les  résultats  de  ces  phénomènes  ne  peuvent  être 
prévus,  ainsi  que  le  montre  l'expérience,  parce  que  trop  de 
substances  interviennent,  et  il  est  nécessaire  de  les  étudier 
en  eux-mêmes  pour  arriver  à  connaître  les  lois  qu'ils  suivent. 
Mais  pourtant  prenez  à  part  chacun  de  ces  faits  de  disso- 
lution, chacune  de  ces  combinaisons,  et  vous  les  verrez 
se  faisant  en  tout  point  d'après  les  mêmes  lois  que  les  mêmes 
phénomènes  déjà  étudiés  en  chimie.  L'eau  peut  être  chassée 
de  la  même  manière,  et  les  sels  cristallisent  absolument 
comme  s'il  s'agissait  d'une  solution  faite  dans  le  laboratoire  ; 
sauf  les  légères  différences  de  rapidité  de  la  dessiccation, 


CARACTÈBES    d'ORDRE  CHIMIQUE.  ikl 

les  modifioations  de  formes  cristallines  plus  nombreuses,  dues 
à  Ia  présence  de  beaucoup  de  substances  en  présence  Tune 
de  Tautrc  au  moment  où  se  passe  le  phénomène.  Mais  on 
sait  qu'en  faisant  des  solutions  artificielles  très  compliquées, 
on  obtient  des  modifications  des  phénomènes  d'évaporation 
et  de  cristallisation  correspondantes  à  celles-là. 

1S&. — Ainsi  nous  voyons,  chemin  faisant,  de  quelle  manière 
interviennent  de  nouvelles  données  dans  le  problème  qu'il 
s'agit  de  résoudre,  qui  est  de  connaître  l'organisation  du 
corps,  depuis  l'arrangement  des  parties  les  plus  simples,  les 
plusinlimement  combinées,  comme  les  principes  immédiats, 
jusqu'aux  plus  compliquées,  qui  ne  sont  que  continues  ou  même 
seulement  contiguês  les  unes  avec  les  autres,  comme  les  or- 
ganes et  les  appareils.  Nous  voyons  aussi  déjà  dans  les  hu- 
meurs, qui  présentent  l'étal  le  plus  simple  d'union  réciproque 
des  principes,  que  ceux-ci  ont  une  composition  élémen- 
taire si  complexe  et  qu'ils  sont  réunis  en  si  grand  nombre, 
que  les  lois  chimiques  ne  peuvent  plus  servir  à  prévoir  les 
actes  chimiques  qui  se  passent  entre  eux,  et  il  faut  les  étu- 
dier en  eux-mêmes  tels  qu'ils  sont.  Pour  cela,  les  études  chi- 
miques ne  nous  servent  plus  que  comme  un  instrument,  soit 
manuel  quand  il  s'agit  d'expérimenter,  soit  intellectuel  quand 
il  s'agit  de  tenir  compte  d'une  modification  survenue  dans  le 
phénomène  général  d'activité  vitale  de  tel  ou  tel  fluide  orga- 
nisé. 

135.  —  Les  principes  solides  qu'on  trouve  dans  l'orga- 
nisme peuvent  rester  ainsi,  parce  que  c'est  là  leur  état  ordi- 
naire ;  mais  il  en  est  d'habituellement  liquides  qui  se  trouvent 
soUdifiés  par  union  avec  d'autres,  et  c'est  ainsi  qu'ils  con- 
courent pour  leur  part  à  constituer  la  substance  du  corps.  Tel 
est  le  cas  de  l'eau  tenant  déjà  diverses  substances  en  dis- 
solution, unie  à  l'albumine,  la  muscuhne  et  autres  prin- 
cipes constituant  les  éléments  musculaires,  fibreux,  etc.  Elle 
est  là  dans  un  état  particulier  de  demi-solidité  sans  analogue 
dans  le  règne  minéral.  Une  partie  même  de  cette  eau  peut 
être  chassée  par  simple  expression  ;  mais  l'autre  partie  so 


1&8     DES  PRINCIPES   IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  1,  ART.  I. 

trouve  au  conlrairc  a  un  état  particulier  de  combinaison  qui 
exige  une  température  assez  élevée  et  le  vide  pour  être  chas- 
sée. Ce  n'est,  du  reste,  pas  de  l'eau  seule  qui  est  ainsi  com- 
binée aux  substances  organiques,  mais  encore  de  la  créatine 
dans  les  muscles  et  d'autres  principes  analogues ,  ainsi  que 
des  sels  solubles.  Ils  se  trouvent  également  sous  le  même  état 
solide  ou  demi-solide  que  l'eau  ;  toujours  est-il  qu'ils  n'y 
sont  pas  à  l'état  solide  cristallin,  c'est-à-dire  inorganique. 

Ainsi  nous  trouvons  là  encore  des  phénomènes  de  dissolu- 
tion et  de  combinaison  s'opérant  comme  partout  ailleurs; 
mais  vu  la  complexité  de  composition  élémentaire  des  sub- 
stances, et  leur  nombre,  le  résultat  de  leur  combinabon 
n'est  pas  le  même  que  dans  le  règne  inorganique.  Les  corps 
nouveaux  qui  en  résultent  diffèrent  sous  plusieurs  rapports 
de  ceux-ci.  Aussi,  quoique  les  conditions  d'activité  moléculaire 
se  trouvent  être  de  même  ordre  dans  l'un  et  dans  l'autre  règne, 
c'est-à-dire,  quoique  ce  soient  d'un  côté  et  de  l'autre  des  corps 
en  dissolution  qui  agissent  l'un  sur  l'autre ,  le  résultat  est 
différent,  par  suite  des  dissemblances  que  nous  venons  de 
mentionner.  Ce  sont  là  ces  dissemblances  de  résultat  qui, 
comparées  en  masse  l'une  à  l'autre,  sans  qu'on  eût  préalable- 
ment analysé  suffisamment  les  conditions  dans  lesquelles 
elles  se  passent,  ont  fait  croire  plus  ou  moins  longtemps  à 
des  entités,  dites  forces  vitales,  dont  l'organisme  nefaisait  que 
manifester  l'action.  Mais  on  ne  trouve  là  rien  autre  chose,  des 
deux  parts,  qu'une  corrélation  régulière  entre  les  différences 
d'actions  et  les  différences  de  conditions  qui  les  permettent  ;  et 
celles-ci  sont  suffisantes  pour  rendre  compte  des  premières. 
Les  conditions  sont  de  même  ordre  au  fond  tant  physique 
que  chimique  ;  mais  ce  qui  constitue  la  différence  de  nature, 
c'est  leur  complication  infiniment  plus  grande,  tant  sous  le 
rapport  du  nombre  des  principes  que  sous  celui  de  leur 
quantité  relative,  de  leur  composition  élémentaire,  etc. 

Les  principes  immédiats  constituant  la  substance  du  corps 
sont  donc  solubles ,  c'est  ce  que  l'expérience  démontre.  Tou- 
tefois beaucoup  ne  sont  solubles  que  dans  des  liquides  com- 


gàeactèbes  d*ordre  chimique.  ih9 

plexes,  ne  sont  solubles  qu'indirectement.  Dans  le  chapitre 
des  procédés  i  employer  pour  extraire  les  principes  immé- 
diats et  les  étudier,  nous  aurons  souvent  à  tenir  compte  des 
conditions  de  dissolution  dans  lesquelles  ils  se  trouvent,  tant 
sous  le  rapport  des  agents  i  employer  pour  les  isoler  des 
autres  corps  que  sous  celui  de  la  manière  d*en  diriger  l'em- 
ploi, n  suffira  ici  de  faire  connaître  les  principes  immédiats 
insoluUes  qui  sont  moins  nombreux  que  ceux  qui ,  au  con- 
traire, se  dissolvent  facilement. 
180« — ^Les  principes  immédiats  insolubles  dans  l'eau  sont: 


fl.  Adde  oriqiie. 

S.  Pliot^telMik|iMdechaiis. 

5.  GirboMle  de  chiiii. 

4.  Girbooite  de  magnétfo. 
8.  UntedechâQi. 

6.  Oitlate  de  ehaax. 

7.  GjBliiie. 
8»  Sevolmeu 


10.  Acide  ftéarique. 

11.  Acide  margariqne. 

12.  Oléine. 

13.  Sléariof. 

14.  Margarine* 

15.  Céline. 

16.  Pbocénine. 

17.  Butyrine. 


9.  Choleilérine.  1 18.  Hyrdne. 

A  part  l'albumine,  l'albuminose,  la  caséine  et  la  fibrine, 
qui  sont  solubles  dans  l'eau,  ou  mieux,  dans  les  solutions  sa- 
lines, toutes  les  substances  organiques  sont  insolubles.  Aussi 
ce  sont  elles  qui  constituent  essentiellement  les  solides  de 
l'économie. 

iS7. — ^Tous  les  principes  cristallisables  autres  que  ceux  dont 
nous  venons  de  donner  la  liste  sont  solubles  dansl'eau,  et  géné- 
ralement au  contraire  insolubles  dans  l'alcool  et  Téther.  Ce 
fait  de  la  solubilité  dans  l'eau  de  la  plupart  des  principes  im- 
médiats, en  même  temps  qu'il  est  une  condition  d'existence 
de  l'organisme,  puisque  l'eau  est  le  principal  véhicule  de  tous 
les  matériaux  qui  entrent  et  qui  sortent  du  corps,  est  mis  à 
profit  pour  l'extraction  des  principes  immédiats.  On  cher- 
che en  effet  à  les  mettre  dans  des  conditions  d'insolubilité 
telles  qu'ils  puissent  se  précipiter  a  l'état  cristallin  et  être 
nettement  isolés. 

Chacune  des  solutions  obtenues  par  la  combinaison  d'un 
corps  solide,  liquide  ou  gazeux,  avec  un  dissolvant  pur,  consti- 
tue un  nouveau  dissolvant.  L*ensemble  de  ceux-ci  dmt  ' 


1&8    DES  PRINCIPES   IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  I. 

trouve  au  conlrairc  a  un  étal  particulier  de  combinaison  qui 
exige  une  température  assez  élevée  et  le  vide  pour  être  chas- 
sée. Ce  n'est,  du  reste,  pas  de  l'eau  seule  qui  est  ainsi  com- 
binée aux  substances  organiques,  mais  encore  de  la  créatine 
dans  les  muscles  et  d'autres  principes  analogues ,  ainsi  que 
des  sels  solubles.  Ils  se  trouvent  également  sous  le  même  état 
solide  ou  demi-solide  que  l'eau  ;  toujours  est-il  qu'ils  n'y 
sont  pas  à  l'état  solide  cristallin,  c'est-à-dire  inorganique. 

Ainsi  nous  trouvons  là  encore  des  phénomènes  de  dissolu- 
tion et  de  combinaison  s'opérant  comme  partout  ailleurs  ; 
mais  vu  la  complexité  de  composition  élémentaire  des  sub- 
stances, et  leur  nombre,  le  résultat  de  leur  combinabon 
n'est  pas  le  même  que  dans  le  règne  inorganique.  Les  corps 
nouveaux  qui  en  résultent  diffèrent  sous  plusieurs  rapports 
de  ceux-ci.  Aussi,  quoique  les  conditions  d'activité  moléculaire 
se  trouvent  être  de  même  ordre  dans  l'un  et  dans  l'autre  règne, 
c'est-à-dire,  quoique  ce  soient  d'un  côté  et  de  l'autre  des  corps 
en  dissolution  qui  agissent  l'un  sur  l'autre ,  le  résultat  est 
différent,  par  suite  des  dissemblances  que  nous  venons  de 
mentionner.  Ce  sont  là  ces  dissemblances  de  résultat  qui, 
comparées  en  masse  l'une  à  l'autre,  sans  qu'on  eût  préalable- 
ment analysé  suffisamment  les  conditions  dans  lesquelles 
elles  se  passent,  ont  fait  croire  plus  ou  moins  longtemps  à 
des  entités,  dites  forces  vitales,  dont  l'organisme  nefaisait  que 
manifester  l'action.  Mais  on  ne  trouve  là  rien  autre  chose,  des 
deux  parts,  qu'une  corrélation  régulière  entre  les  différences 
d'actions  et  les  différences  de  conditions  qui  les  permettent  ;  et 
celles-ci  sont  suffisantes  pour  rendre  compte  des  premières. 
Les  conditions  sont  de  même  ordre  au  fond  tant  physique 
que  chimique  ;  mais  ce  qui  constitue  la  différence  de  nature, 
c'est  leur  complication  infiniment  plus  grande,  tant  sons  le 
rapport  du  nombre  des  principes  que  sous  celui  de  leur 
quantité  relative,  de  leur  composition  élémentaire,  etc. 

Les  principes  immédiats  constituant  la  substance  du  corps 
sont  donc  solubles ,  c'est  ce  que  l'expérience  démontre.  Tou- 
tefois beaucoup  ne  sont  «loluMes  que  dans  des  liquides  coin- 


GÀEACTtBES  d'oRDRE  CHIMIQUE.  i&9 

plexes,  ne  sont  soluUes  qu'indirectement.  Dans  le  chapitre 
des  procédés  i  employer  pour  extraire  les  principes  immé- 
diats elles  étudier,  nous  aurons  souvent  à  tenir  compte  des 
conditions  de  dissolution  dans  lesquelles  ils  se  trouvent,  tant 
sous  le  rapport  des  agents  i  employer  pour  les  isoler  des 
autres  corps  que  sous  celui  de  la  manière  d'en  diriger  l'em- 
ploi, n  suffira  ici  de  faire  connaître  les  principes  immédiats 
insoluUes  qui  sont  moins  nombreux  que  ceux  qui ,  au  con-» 
traire,  se  dissolvent  Cacilement. 
180. — ^Les  principes  immédiats  insolubles  dans  l'eau  sont: 


fl.  Adde  oriqiie. 

S.  Pliot^telMik|iMdechaiis. 

5.  GiitoMle  de  chaui. 

4.  Gutonite  de  magnéfie. 

8.  Untedechiiii. 

6.  Oitlate  de  ehaiix. 

7.  Gystiiie. 
&  SéroUne. 

9.  GMesléffioe. 


10.  Acide  ftéariqae. 

11.  Acide  margarique. 

12.  Oléine. 

13.  Sléariof. 

14.  Margarine. 

15.  Gétine. 

16.  Phocénine. 

17.  Butyrine. 

18.  Hyrdae. 


A  part  l'albumine,  l'albuminose,  la  caséine  et  la  fibrine, 
qui  sont  solubles  dans  l'eau,  ou  mieux,  dans  les  solutions  sa* 
Unes,  toutes  les  substances  organiques  sont  insolubles.  Aussi 
ce  sont  elles  qui  constituent  essentiellement  les  solides  de 
l'économie. 

1S7. — Tous  les  principes  cristallisables  autres  que  ceux  dont 
nous  venons  de  donner  la  liste  sont  solubles  dans  l'eau,  et  géné- 
ralement au  contraire  insolubles  dans  l'alcool  et  l'étber.  Ce 
fait  de  la  solubilité  dans  l'eau  de  la  plupart  des  principes  im- 
médiats, en  même  temps  qu'il  est  une  condition  d'existence 
de  l'organisme,  puisque  l'eau  est  le  principal  véhicule  de  tous 
les  matériaux  qui  entrent  et  qui  sortent  du  corps,  est  mis  à 
profit  pour  l'extraction  des  principes  immédiats.  On  cher- 
che en  effet  à  les  mettre  dans  des  conditions  d'insolubilité 
telles  qu'ils  puissent  se  précipiter  a  l'état  cristallin  et  être 
nettement  isolés. 

Chacune  des  solutions  obtenues  par  la  combinaison  d'un 
corps  solide,  liquide  ou  gazeux,  avec  un  dissolvant  pur,  consti- 
tue un  nouveau  dissolvant.  L'ensemble  de  ceux-ci  doit  être 


1(K>    DES   PBINCIPES  THMÉDUTS  EN   GÉIfÉllAL,  CH.  I,  ART*  1. 

ajouté  à  la  liste  des  premiers  qu'il  allonge  ainsi  considérable* 
nient,  et  chacun  d'eux  doit  être  étudié,  lorsqu'on  préroit  quel- 
le utilité  à  le  faire.  Ces  faits  reposent  sur  la  belle  expérience 
de  Vauquelin,  dans  laquelle  il  a  montré  que  l'eau  saturée  â*un 
sel  restait  susceptible  de  se  saturer  d'un  autre,  et  acquérait 
même  ainsi  la  singulière  propriété  de  dissoudre  une  nouvelle 
quantité  du  premier.  Des  faits  analogues  se  présentent  pour 
les  solutions  alcoolîcfues,  etc.  On  n'a  encore,  sous  ce  rapport, 
déterminé  expérimentalement  et  théoriquement  qu'un  très 
petit  nombre  de  lois  relatives  seulement  à  la  solubilité  des 
sels  dans  l'eau.  C'est  pourtant  de  toute  la  théorie  des  disso- 
lutions le  côté  le  plus  important,  surtout  pour  ce  qui  con- 
cerne Tanatomic  et  la  physiologie.  Ainsi,  par  exemple^  le  sel 
marin  dissous  dans  l'eau  constitue  le  meilleur  dissolvant  de 
l'albumine  et  des  substances  analogues.  Sans  doute  d'autres 
sels  jouissent  de  cette  propriété.  Il  est  incontestable  aussi  que 
la  dissolution  simultanée  de  plusieurs  sels  dans  Teau,  en  cer- 
taines proportions,  doit  constituer  un  dissolvant  nouveau  pour 
beaucoup  de  substances  ou  de  principes  immédiats,  qu'il  se- 
rait très  important  d'étudier.  Ce  sont,  en  effet,  ces  conditions 
très  complexes  qui  se  rencontrent  dans  les  humeurs  des  corps 
vivants,  et  qui  leur  permettent  sans  doute  de  dissoudre  des 
principes  qui  nous  semblent  peu  solubles.  Mais  les  recherches 
de  ce  genre  sont  encore  entièrement  à  faire,  quoique,  cepen- 
dant, la  fréquence  des  dissolutions  complexes  dans  les  eaux 
douces  ou  salées,  ainsi  que  dans  les  liquides  employés  par 
l'industrie,  eût  dû  les  faire  faire,  puisque  nous  voyons  les 
dissolutions  complexes  se  rencontrer  plus  souvent  dans  la 
nature  et  dans  la  pratique  que  les  dissolvants  purs. 

138. —  Ily  a,  comme  nous  le  verrons  bientôt,  dans  les  li- 
quides que  représentent  les  sérums ,  des  substances  organiques 
ou  des  principes  cristallisables  qui  manifestent  des  effets  analo- 
gues à  celui  de  l'alcool  mùlé  à  l'acide  tar trique.  On  sait,  d'après 
les  recherches  de  M.  Pelouze,  que  l'alcool  empêche  l'acide 
tartrique  de  décomposer  les  carbonates.  Ce  fait  n'a  du  reste 
rien  d'étonnant;  car,  du  moment  où  les  dissolutions  sont  des 


càeàCtêres  d'ordre  chimique.  151 

combinaisons ,  il  est  nalurel  de  voir  l'aride  tartrique  dissous 
dans  Talcool  ou  l'esprit  de  bois  avoir  des  propriétés  diffé- 
renles  de  celles  de  sa  solution  aqueuse.  On  constate ,  du 
reste,  que  les  solutions  tartriques  dans  l'alcool  et  l'esprit  de 
bois  dévient  le  plan  de  polarisation  autrement  que  la  solution 
aqueuse.  On  peut  concevoir  de  la  même  manière  qu'en  géné- 
ral des  réactions  chimiques  puissent  s'exercer  entre  certaines 
substances,  dans  certains  milieux  et  non  pas  dans  d'autres  : 
car  vraisemblablement,  dans  beaucoup  de  cas,  ces  mi- 
lieux ne  sont  pas  simplement  interposés  comme  des  obsta- 
cles inertes  entre  les  substances  dont  il  s'agit,  mais  forment 
avec  elles  de  vrais  composés  entre  lesquels  la  réaction  chimi- 
que est  ou  n'est  pas  actuellement  possible  (1). 

1 30. — On  ne  pourra  certainement  arriver  à  se  faire  une  idée 
nette  de  la  constitution  des  scrums  du  sang,  de  la  lymphe  et 
des  autres  fluides  tant  animaux  que  végétaux,  si  difficiles  en 
apparence  i  étudier,  qu'après  avoir  essayé  dans  des  conditions 
données  à  les  reproduire  artiBciellement,  en  étudiant  succes- 
sivement les  propriétés  nouvelles  du  dissolvant,  après  chaque 
addition  d'un  principe  nouveau.  On  ne  pourra,  d'autre  part, 
se  rendre  compte  exactement  des  phénomènes  respiratoires 
et  d'exhalation  des  gaz  à  la  surface  du  corps  qu'après  avoir 
étudié  comparativement  les  propriétés  des  dissolvants  purs  et 
de  ces  dissolvants  complexes  par  rapport  a  la  solubilité  des 
gaz  oxygène,  azote  et  acide  carbonique. 

Dans  les  solutions  salines  complexes  se  trouvent  dissoutes 
les  substances  albumineuses  ;  par  celles-ci,  deviennent  pos- 
sibles l'émulsion  et  la  dissolution  des  substances  grasses  ou 
de  leurs  combinaisons  avec  les  sels.  Ce  liquide  complexe,  a 
son  tour,  empêche  certaines  réactions  qui  se  passeraient  dans 
l'eau  d'avoir  lieu  dans  son  intérieur.  Un  exemple  de  ce  fait  se 


(i)  BiOT,  Extrait  d'un  mémoire  intitulé:  Méthodes  mathématHiues  et  ei- 
périroeoUles  pour  discernir  les  mélanges  et  les  combinaisons  définies  ou  non 
définies,  qui  agissent  >ur  la  lumière  polarisée  ;  suivies  d'applications  aui  com- 
binaisons de  l^acide  tartrique  avec  l'eau ,  Talcool  et  Tesprit  de  bois.  {Comptes 
randMt  an  téanees  de  VÀead.  detic.  â$  ?ùfi$t  t.  II,  iii-4,  l$35t  p.  53.) 


15i    DES  PRINCIPES   IMMÉDIATS  EN   GÉNÉRAL,  CH.  1,  ART.  I. 

Torganisme  ;  leur  étude ,  précédée  de  celle  de  leurs  condi- 
tions d'accomplissement,  soit  dans  le  vide,  soit  dans  des  mi- 
lieux naturels  et  artificiels ,  constitue  le  sujet  de  la  chimie. 
Les  lois  de  ces  phénomènes  ayant  été  connues  avant  celles 
des  actes  de  nutrilion  et  autres  qui  se  passent  dans  la  matière 
organisée ,  actes  qui  en  sont  des  propriétés ,  on  a  pensé  que 
Ton  pourrait  prévoir,  d'après  les  connaissances  chimiques,  les 
quelques  phénomènes  analogues  faisant  partie  des  actions 
nutritives  qui  se  passent  dans  l'économie  vivante.  Mais  Tex- 
périence  a  conduit  à  reconnaître  que  même  pour  les  plus 
simples  d'entre  eux  cela  était  impossible ,  et  qu'ils  doivent 
être  étudiés  en  eux-mêmes,  expérimentalement,  en  raison  des 
conditions  complexes  dans  lesquelles  ils  s'opèrent.  Us  ont 
lieu,  en  effet,  dans  une  substance  liquide,  demi-solide  ou  so- 
lide, constituée  par  dissolution  réciproque  et  complexe,  les 
uns  à  l'aide  des  autres ,  de  principes  immédiats  nombreux 
et  de  composition  peu  stable.  Il  faut  donc  étudier  d'abord 
ces  conditions-là  en  elles-mêmes,  ce  qui  fait  l'objet  de  cet  ar- 
ticle; dans  un  autre,  nous  étudierons  ensuite  au  même  point 
de  vue  les  phénomènes  offerts  par  les  principes  placés  dans 
ces  conditions  et  formant  cette  substance  ;  car  il  faut  renon- 
cer à  pouvoir  déduire  et  les  phénomènes  organiques  ou  vitaux, 
et  leurs  conditions  d'accomplissement,  de  la  notion  des  phé- 
nomènes chimiques  et  de  leurs  conditions  d'existence.  Ces  der- 
nières sont  en  effet  beaucoup  plus  simples  que  celles  dont  nous 
nous  occupons. 

a.  —  Conditions  de  combinaisons  et  de  décombinaisons  rft- 
rectes  ou  proprement  dites^  offertes  dans  l'organisme  par  les 
principes  immédiats. 

143.  —  Parmi  les  principes  immédiats,  ne  sont  bien  dé- 
montrés comme  étant  corps  simples  que  l'oxygène ,  l'hydro- 
gène et  l'azote.  Le  fer  et  le  cuivre  de  l'économie  sont ,  sans 
aucun  doute,  à  l'état  d'oxyde  ou  d'autre  combinaison.  Tous 
les  autres  principes  sont  de  composition  plus  ou  moins  com- 
plexe. 

Ceci  établi,  nous  voyons  que  les  seuls  faits  de  combinaison 


CARACTÈRES  D*ORDRE  CHIMIQUE.  155 

dans  lesquels  un  corps  simple  joue  un  rôle  direct  dans  Téco- 
Domie  sont  les  cas  de  dissolution  des  gaz  dans  le  sang. 

Partout  ailleurs  nous  ne  trouvons  que  des  exemples  d*u- 
nion  de  corps  généralement  très  complexes  avec  d'autres 
composés,  qui  sont  réunis  en  quantité  considérable  pour  for* 
mer  une  seule  substance. 

Les  cas  de  ce  genre  les  plus  tranchés  sont  ceux  que  pré* 
sentent  les  os,  les  dents  et  les  autres  parties  dures  de  l'éco- 
nomie ,  dans  lesquels  nous  voyons  des  principes  réellement 
i  rétat  solide  et  combinés  fortement  entre  eux.  Générale- 
ment ce  sont  des  sels  de  chaux  qui  se  trouvent  unis  à  des 
principes  non  cristallisables.  Les  actions  plus  énergiques  qu'il 
faut  déployer  ici  pour  séparer  ces  corps  ainsi  combinés  mon- 
trent bien  que  leur  mode  de  combinaison  se  rapproche  da- 
vantage dans  ces  tissus  des  combinaisons  proprement  dites , 
inorganiques ,  que  celui  offert  par  les  principes  constituants 
des  tissus  demi-solides.  Ce  sont,  du  reste,  les  cas  les  moins 
fréquents  de  tous  dans  toute  l'économie.  Nous  verrons  plus 
tard  que  l'altération  de  certaines  substances  organiques  pen- 
dant l'extraction  se  trouve  d'autant  plus  grande  que  l'union 
étaitplus  intime,  plus  énergique,  plus  voisine  de  celles  que 
nous  offrent  les  corps  bruts.  On  observe,  en  effet,  que  les  pro- 
priétés de  celles  retirées  des  tissus  du  genre  des  précédents 
(gélatine)  s'éloignent  beaucoup  plus  des  propriétés  présen- 
tées dans  Torganisme  par  les  principes  analogues  que  celles 
des  substances  retirées  des  tissus  demi-solides  ou  des  humeurs. 
n  est  des  principes  qui,  dans  l'économie,  manifestent  des 
caractères  d'acidité  et  d'alcalinité,  comme  ils  les  manifestent 
hors  de  l'organisme.  L'acidité  et  l'alcalinité  des  tissus  et  des 
humeurs  sont,  en  effet,  dues  soit  à  des  acides  libres,  comme 
c'est  le  cas  pour  l'acide  lactique  dans  le  suc  gastrique  ;  soit  à 
des  sels  acides ,  comme  le  phosphate  acide  de  soude  dans 
Furine  ;  ou  à  des  sels  alcalins,  comme  on  le  voit  pour  le  carbo- 
nate de  soude  dans  le  sang.  Mais  ces  réactions  ne  sont  pas 
dues  à  des  combinaisons  particulières,  ni  à  des  actions  vitales 
qui  disparaissent  avec  la  vie. 


166    DES  PRINCIPES  IMMÉDUTS  EN  GÉMÉEAL,  GB.  I,  ÀBT*  1. 

ihh.  — Nous  aurons,  en  traitant  des  procédés  d'extraction 
des  principes  immédiats,  à  tenir  compte  de  tous  les  faits  de 
dissolution  y  de  combinaison,  etc.,  que  présentent  dans  Téco* 
nomie  les  principes  immédiats.  Noos  aurons,  d'autre  part,  i 
utiliser  sous  ce  rapport  ce  que  nous  savons  de  leurs  carac* 
tëres  chimiques  proprement  dits.  Mais  c'est  principalement 
pour  nous  rendre  raison  des  phénomènes  de  nutrition ,  que 
nous  tirerons  parti  de  toutes  les  observations  que  nous  ve- 
nons de  faire  sur  les  conditions  physiques  et  chimiques  d'ac- 
tivité que  présentent  les  principes  immédiats.  Chemin  faisant, 
nous  avons  tiré  parti  de  la  comparaison  pour  montrer  que 
les  principes  immédiats  ne  se  comportent  pas  autrement  dans 
l'organisme  qu'au  dehors ,  tels  que  nous  sommes  censés  les 
avoir  vus  se  comporter,  en  faisant  leur  étude  inorganique  ou 
chimique.  Seulement,  comme  les  conditions  de  nombre  et 
d'union  les  uns  avec  les  autres  sont  bien  plus  complexes  que 
celles  dans  lesquelles  nous  les  plaçons  artificiellement  pour 
expérimenter  hors  de  l'économie,  les  actes  chimiques  que  l'on 
pourrait  prévoir  sans  cela  se  trouvent  modifiés  par  des  phé- 
nomènes intermédiaires ,  et  le  résultat  général  se  trouve  dif- 
férent, ce  que  l'on  avait  cru  prévoir.  La  prévision  qui  marque 
science  se  trouve  alors  être  fausse  à  chaque  instant,  et  quand 
on  procède  des  faits  chimiques  aux  faits  organiques,  elle  est 
impossible.  Il  faut  étudier  ceux-ci  comme  un  ordre  à  part , 
comme  de  nature  différente  par  leur  extrême  complication , 
car  leur  connaissance  repose  sur  celle  des  actes  chimiques, 
et  ce  n'est  qu'après  avoir  établi  les  lois  qui  leur  sont  propres 
qu'on  peut  prévoir  quels  résultats  donneront  telles  conditions 
statiques  ou  anatomiques. 

145.  —  Les  faits  suivants  feront  encore  ressortir  l'impor- 
tance qu'il  y  a  à  bien  préciser  les  idées  que  nous  venons  de 
développer.  L'albumine,  la  fibrine,  le  sucre  du  foie,  la  créatine, 
l'urée,  les  sels,  etc.,  n'ont  pas,  dans  les  tissus  et  les  humeurs 
où  ils  se  rencontrent,  les  mêmes  caractères  de  forme,  de  cou- 
leur, de  consistance,  et  souvent  ils  ne  présentent  plus  toutes 
les  mêmes  réactions  chimiques  qu'on  obsen^e  en  eux  après  les 


CARACTÈRES  d'oRDP.K  CHIMIQUE.  167 

avoir  retirés.  Ils  n*ont  plus  là  les  mômes  earaclères  que  nous 
venons  de  passer  en  revue  d'une  manière  générale.  Ce  n'est 
pas  qu'ils  aient  changé  de  propriétés  et  soient,  comme  on  dit, 
soumis  i  de  nouvelles  forces  (forces  vitales)  qui  leur  empê- 
chent, leur  défendent  en  quelque  sorte  de  manifester  les 
propriétés  que  nous  avons  déjà  étudiées.  C'est  simplement 
parce  que,  se  trouvant  dans  d'autres  conditions  de  mélange 
et  de  dissolution,  leurs  propriétés  éprouvent  des  modifications 
correspondantes  dans  leur  mode  de  manifestation.  Certaines 
propriétés  peuvent  même  être  momentanément  masquées  par 
la  présence  d'autres  corps,  sans  pourtant  que  les  premiers 
aient  été  décomposés  :  c'est  ainsi  que  l'acide  tartrique  dis- 
sous dans  l'alcool  perd  la  propriété  de  décomposer  les  car- 
bonates. 

Les  expériences  suivantes,  les  seules  qui  existent  encore 
sur  ce  sujet,  feront  mieux  comprendre  encore  ce  dont  il 
s'agit;  elles  montrent  que  les  conditions  de  combinaisons 
présentées  par  les  principes  immédiats  naturels  ou  acciden- 
tellement introduits  dans  l'organisme  ne  sont  pas  au  dedans 
ce  qu'elles  sont  au  dehors.  Elles  montrent  que  «  les  modi- 
fications des  substances  introduites  dans  l'organisme  sont 
excessivement  diverses  et  peu  connues,  de  sorte  que  pour 
la  plupart  des  cas  elles  ne  sauraient  être  rigoureusement 
prévues  (1).  » 

Le  prussiate  jaune  de  potasse  et  le  lactate  de  fer  peuvent 
être  introduits  sans  inconvénients  dans  le  liquide  sanguin. 
En  injectant  sur  des  lapins,  dans  une  veine  jugulaire,  12  gram- 
mes d'une  dissolution  saturée  de  lactate,  et  immédiatement 
après,  soit  par  la  même  veine,  soit  par  celle  du  côté  opposé, 
une  dissolution  à  1  p.  100  de  prussiate,  il  ne  se  forme  pas  de 
bleu  de  Prusse.  En  tuant  l'animal  deux  ou  plusieurs  heures 
après,  on  ne  trouve  de  coloration  bleue  nulle  part,  ni  dans  les 
urines,  ni  dans  le  poumon,  ni  dans  l'estomac.  Quelquefois  pour- 
tant elle  se  montre  dans  les  urines,  mais  elle  existe  toujours 
dans  le  suc  gastrique.  Le  résultat  le  plus  général  de  ces  expé- 

(I)  Bniuim,  loe  eU.  {ArCh.  gén.demid.,  1S48,  i.  XVI,  p  231). 


158    DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  I. 

riences  faites  en  assez  grand  nombre  par  M.  Bernard,  c'est 
que  le  lactale  de  fer  et  le  prussiate  de  potasse  ont  pu  circuler 
simultanément  en  grande  quantité  dans  le  fluide  sanguin  sans 
avoir  donné  naissance  à  du  bleu  de  Prusse,  et  sans  avoir  été 
sous  cette  forme  retenus  dans  les  capillaires. 

Ce  n'est  pas  la  petite  quantité  de  ces  réactifs  relativemeiit 
à  la  masse  du  sang  qui  empoche  leur  combinaison  d'avoir  lieu. 
c  Sur  un  premier  lapin  on  injecta  12  grammes  de  prossiate 
de  potasse  à  1  p.  100,  etau  bout  de  quelques  minutes  on  saigna 
l'animal.  Sur  un  autre  lapin  on  fit  une  injection  de  12  granunes 
de  solution  de  laclate  de  fer  étendue  de  la  moitié  de  son 
poids  d'eau  distillée,  et  après  quelques  instants  on  saigna 
également  l'animal.  Ayant  laissé  les  deux  sangs  jusqu'au  len* 
demain  pour  obtenir  la  séparation  du  sérum,  celui  du  premier 
lapin  contenait  du  prussiate  de  potasse,  tandis  que  le  sérum 
provenant  du  sang  du  second  lapin  contenait  beaucoup  de 
fer.  En  mélangeant  ces  deux  sérums  on  n'obtenait  pas  la 
moindre  réaction .  Mais  si  l'on  ajoutait  quelques  gouttes  d'acide 
sulfurique  pur,  la  réaction  apparaissait  et  le  bleu  de  Prusse 
était  évident.  » 

Il  en  fut  de  même  pour  les  urines,  c'est-à-dire  que  l'urÎM 
du  premier  lapin  contenait  du  prussiate  de  potasse  et  celle 
du  second  renfermait  du  fer;  mais  on  n'obtenait  pas  le 
moindre  réaction  en  les  mélangeant,  à  moins  d'ajouter  de 
l'acide  sulfurique  pur.  Lavant  ensuite  l'estomac  de  ces  deux 
animaux, on  obtenait  par  la  ûltration  deux  liquides  dont  l'uB 
contenait  du  fer  et  l'autre  du  prussiate,  et  en  les  mélangeant 
il  se  produisait  immédiatement  une^réaction,  et  le  bleu  de 
Prusse  se  formait  instantanément  (1). 

Ce  n'est  pas  l'acidité  du  suc  gastrique  qui  est  cause  de  la 
différence  que  nous  venons  de  signaler  entre  lui  et  le  séruà 
au  point  de  vue  de  la  réaction;  car  les  urines  acides  des 
herbivores  à  jeun  et  les  urines  acides  des  carnivores  ne  don- 
nent  pas  de  bleu  de  Prusse,  lors  même  que  le  sang  renferoM 
du  prussiate  et  du  lactate.  Cette  urine  et  le  sérum  sanguin 

(1)  a.  BnHAio,  foc.  oM.  {Arch.  gék.dsméd.^  1843»  i.  IVl,».  70*7ij. 


CARACTÈRES  D*OHDRE  CHIMIQUE.  169 

retirés  de  réconomie,  auxquels  on  ajoute  un  peu  de  laclate 
de  fer,  puis  après  quelques  minutes  d*agilation  un  peu  de 
prussiale  de  potasse,  ne  prennent  pas  la  teinte  bleue  du  prus- 
siate  de  fer.  Pour  obtenir  la  formation  du  bleu  de  Prusse 
dans  ce  sérum  et  cette  urine,  il  faut  exagérer  la  dose  des  sels 
ou  bien  ajouter  quelques  gouttes  d*acide  sulfurique. 

Ainsi  dans  le  sang  et  dans  Turine  il  existe  une  matière  orga- 
nique qui  dissimule  les  propriétés  du  sel  de  fer  et  l'empêche 
de  réagir  sur  le  prussiate  de  potasse,  comme  il  le  fait  dans 
l'eau  ou  dans  le  suc  gastrique.  Le  liquide  des  hydropiques  et 
Teau  rendue  albumineusc  par  le  blanc  d*œuf  agissent  d'une 
manière  analogue.  Un  certain  temps,  du  reste,  est  toujours 
nécessaire  pour  que  cette  matière  organique  des  liquides 
animaux  exerce  son  action  sur  les  sels  de  fer,  quand  ils  sont  en 
certaine  quantité  ;  car  si  Ton  verse  le  prussiate  aussitôt  après 
le  lactate,  en  employant  le  premier  un  peu  en  excès,  la 
réaction  pourra  s'opérer.  Mais  le  contact  du  fer  et  de 
l'urine  étant  prolongé  jusqu'au  lendemain ,  le  prussiate  ne 
donnera  plus  de  réaction  avec  cette  urine,  bien  qu'il  ait  pu 
en  donner  la  veille.  De  même,  si  au  lieu  de  mêler  d'abord 
le  sel  de  fer  au  liquide  animal,  on  y  verse  en  premier  lieu  le 
prussiate  jaune  de  potasse,  il  devient  presque  impossible 
d'éviter  la  réaction,  lorsque  aussitôt  après  on  ajoute  le  sel  de 
peroxyde  de  fer,  surtout  si  c'est  un  perchlorure  ou  un  per- 
suUate.  Dans  ce  cas,  en  effet,  le  sel  de  fer  se  trouve  mis  en 
contact  avec  le  prussiate  avant  que  la  matière  organique  ait 
eu  le  temps  de  s'unir  à  lui.  La  même  chose  a  lieu  quand  on 
injecte  les  deux  sels  trop  rapidement  dans  les  deux  jugulaires 
i  la  fois.  Quand  on  chauffe  le  liquide  animal  auquel  on  a 
mêlé  un  sel  de  peroxyde  de  fer,  les  propriétés  de  celui-ci  se 
trouvent  bientôt  complètement  dissimulées  à  l'action  du  prus- 
siate jaune  de  potasse  versé  directement  dans  cette  urine. 
Dans  ce  dernier  cas,  ainsi  que  dans  les  expériences  sur  les 
animaux  vivants,  il  parait  donc  s'être  produit  une  sorte 
d'union  ou  de  combinaison  entre  la  matière  organique  qui  se 


160    des;  principes   IMMÉDUTft  EN  CÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  I. 

trouve  dans  les  voies  circulatoires  et  urinaires  et  le  sel  de  fer 
qui  les  a  traversées. 

c  Le  prussiate  de  potasse ,  au  contraire,  ainsi  que  nous 
l'avons  vu,  traverse  librement  tous  les  tissus  et  liquides  ani- 
maux sans  s'unir  à  eux.  Il  en  résulte  que  ces  deux  substances 
sont  excrétées  différemment.  Le  prussiate  de  potasse  passe 
avec  rapidité  dans  les  urines,  et  au  bout  de  vingt  à  vingt-cinq 
minutes  il  n*en  reste  plus  dans  le  sang  ni  dans  aucun  tissu. 
Le  sel  de  fer,  au  contraire,  en  raison  de  son  espèce  d'affinité 
pour  les  matières  organiques,  ne  passe  jamais  qu'en  faible 
proportion  dans  Turine  ;  il  en  reste  toujours  la  plus  grande 
partie  Qxée  dans  les  tissus,  et  particulièrement  dans  le  tissu 
du  foie.  Si  la  quantité  du  sel  de  fer  injecté  n'est  pas  très 
considérable,  tout  reste  dans  les  organes,  et  il  n'en  passe  ni 
dans  la  vessie  ni  dans  l'estomac.  Cette  tendance  des  sels  de 
fer  à  s'unir  avec  les  matières  organiques  est  d'autant  plus 
grande  que  les  dissolutions  salines  sont  plus  concentrées; 
c'est  pour  cela  qu'en  injectant  dans  les  veines  marnes  une 
très  grande  quantité  d'une  dissolution  concentrée  de  lactate 
de  fer.  il  n'en  passe  pas  dans  les  urines,  et  tout  reste  fixé 
dans  les  tissus  organiques  (1).  » 

146.  —  Si,  à  l'aide  d'un  acide  énergique,  le  sulfurique,  le 
chlorhydrique  ou  l'azotique,  on  détruit  la  matière  organique 
dans  son  union  avec  le  fer,  on  démasque  en  quelque  sorte  ce 
métal,  qui  aussitôt  reparaît  avec  ses  caractères  et  peut  alors 
réagir  sur  le  prussiate  pour  donner  naissance  au  bleu  de 
Prusse.  II  faut  employer  un  acide  énergique,  parce  que  les 
phosphorique,  acétique  ou  lactique,  ne  détruisent  pas  cette 
union  du  fer  et  des  matières  organiques  et  ne  font  pas  appa- 
raître la  couleur  bleue  dans  l'urine  qui  contiendrait  du  fer  et 
du  prussiate  de  potasse. 

La  réaction  du  fer  ne  se  trouve  jamais  masquée  dans  l'es- 
tomac au  sein  du  suc  gastrique,  parce  que  ce  liquide  ne  con- 
tient que  1  pour  100  au  plus  de  matières  solides  dans  les- 

(I)  Bbkmabd,  îoc,  cit.  {Arch.  gcn.  de  méd,,  1848,  l.  XVI,  p.  70-74.;. 


163    DES   PRINCIPU  IMMÉDIATS  BM  OMblAL^  GH.  1,  AET.  I. 

Dans  restomac,  les  protosels  de  fer  passent  A  Tétat  de  per* 
sel  en  empruntant  de  l'oxygène  au  sang  des  capillaires  delà 
muqueuse  (Mitscheriich, Cl. Bernard);  car  les  capillaires  s'in* 
jectent  vivement  partout  où  la  muqueuse  est  touchée  par  le 
protosel,  et  le  suc  gastrique  retiré  de  Testomac  n'opère  pas 
cette  transformation  (1). 

Au  contraire,  le  sel  de  peroxyde  de  fer  injecté  dans  le 
sang  se  trouve  à  Tétat  de  protosel  quand  il  est  dans  les  uri* 
nés.  Le  persulfate  ou  le  perchlorure  de  fer  passent  k  Tétat  de 
protosels  après  avoir  séjourné  quelques  jours  dans  les  urines 
d*homme  ou  d'animal;  à  100  degrés,  la  transformation  a  lieu 
en  quelques  instants.  Injectés  dans  le  sang,  ces  mêmes  corps 
passent  aussi  à  l'état  de  sels  de  protoxyde. 

lis.  — -  En  résumé,  les  expériences  de  M.  Cl.  Bernard  mon*» 
trent  que  les  sels  de  fer,  en  traversant  les  voies  circulatoires 
et  urinaires,  éprouvent  deux  espèces  de  modifications  :  d'abord 
ils  ont  une  grande  tendance  à  se  combiner  avec  les  Bub« 
stances  organiques ,  et  ils  s'unissent  à  elles  ;  mais  de  plus 
ils  subissent  une  mutation  chimique  qui  consiste  en  une 
désoxydation  ou  passage  à  l'état  de  protosel.  On  ne  sait  pas 
encore  quelle  est  la  matière  qui  fait  passer  ainsi  leur  base  à 
un  état  d'oxydation  moindre  ;  c'est  un  point  qu'il  reftte  A  élu-» 
cider. 

Une  autre  conséquence  intéressante,  c'est  que  dans  Tes^ 
tomac  contenant  du  suc  gastrique,  il  se  passerait  soda  ce 
point  de  vue  des  phénomènes  inverses  de  ceux  observés  datii 
le  sang  et  l'urine.  En  effet ,  si  le  prussiate  jaune  de  potasse 
et  un  sel  de  fer  qui  passe  au  minimum  d'oxydation  dans  le 
sang  peuvent  circuler  ensemble  sans  se  combiner,  il  a  fallu^ 
pour  donner  du  bleu  de  Prusse  avec  le  prussiate  jaune  dans 
l'estomac,  qu'il  s'y  soit  transformé  en  sel  de  bioxyde. 

«  En  supposant  que  l'union  du  sel  de  peroxyde  de  fer  A  la 
matière  animale  ne  fût  pas  une  cause  suffisante  pour  s'oppo- 
ser dans  le  sang  à  sa  réaction  avec  le  prussiate  jaune  de  po- 
tasse, sa  transformation  dans  ce  fluide  en  protosel  viendrait 

(i)  Cl.  Rbunabd,  loc,  eH,  {Areh.  gén.  d^m^./iSiS,  t.  XVI,p.  tS4-ÎS5). 


«noore  y  mellre  obstacle.  Si  maintenant  on  croyait  éluder 
la  difficulté  en  injectant  du  cyanure  rouge  nu  lieu  de  cyanure 
jaune,  on  n'en  serait  pas  plus  avancé,  puisque  le  premier  lui- 
même  serait  bientôt  transformé  en  cyanure  jaune.  » 

Théoriquement,  on  pourrait  expliquer  la  nbn-rormatiori  dû 
bleu  de  Prusse  autrement:  on  pourrait  dire  que  les  carbona- 
tes ou  phosphates  du  sang  précipitent  le  fer  à  Télat  de  sel  in- 
soluble, et  donnent  ainsi  raison  tant  de  Tabsence  de  réaction 
avec  le  cyanure,  que  de  son  arrêt  dans  les  tissus.   Mais 
d'abord  il  n'est  pas  sûr  qu'il  y  ait  dans  le  sang  d'un  lapin  assez 
de  carbonate  pour- précipiter  12  grammes  de  solution  con- 
centrée de  iactate  de  fer.  De  plus,  fait  capital,  la  réduction  des 
sels  de  fer  à  l'état  de  sel  de  protoxy  de,  dans  l'urine  acide  comme 
dans  le  sang,  empêche  de  songer  là  à  une  action  des  carbonates 
ou  même  des  phosphates,  qui  n'expliquerait  pas  non  plus  le 
passage  à  l'état  de  sel  de  protoxyde.  La  combinaison  de  la 
matière  animale  avec  les  sels  de  fer  est  un  fait  positif;  reste 
à  savoir  comment  il  se  fait  que  pendant  qu'elle  a  lieu  le  fer 
passe  A  un  degré  moindre  d'oxydation.  On  voit,  d'après  ce 
qui  précède,  qu'on  ne  peut  donner  d'avance  aucune  explica- 
tion chimique  directe  de  ces  phénomènes,  et  qu'il  faut  les 
étudier  expérimentalement,  pour  les  connaître  même  dans  ce 
qu'ils  ont  de  plus  simple  (1). 

Ii9«  —  Ce  ne  sont  pas  seulement  les  conditions  d^acconi- 
plissement  de  telle  ou  ^telle  combinaison  et  désoxydation  que 
nous  ne  pouvons  pas  prévoir  d'après  ce  que  nous  apprenons 
en  chimie,  d'une  part,  et  ce  que  nous  savons  de  la  constitu- 
tion de  l'organisme.  Il  est  des  phénomènes  de  double  décom- 
position ou  de  simple  décomposition  d'un  corps  par  un  autre 
que  nous  sommes  aussi  obligés  d'étudier  expérimentalement, 
et  c'est  encore  à  M.  Cl.  Bernard  que  nous  devons  emprunter 
les  matériaux  acquis  à  la  science  sur  ce  sujet,  car  ils  ne  pou- 
vaient pas  plus  que  les  autres  être  déduits  des  connaissances 
chimiques  proprement  dites. 
Lorsqu'on  mêle  des  cyanures  avec  du  liquide  stomacal  ou 

(I)  Cl.  BiMUUli,  loe.  cH.  (irêft.  gin.deméd,  1S48,  t.  XVI,  p.  225-S2S). 


16&    DES  PEINÇIPES  llOiÉDlATS  BN  GÉMÉBAL,  €H.  I^  ART.  I. 

de  Turine  acide,  il  se  dégage  aussitôt  de  Tacide  cyanhydri- 
que.  Le  sang  retiré  des  vaisseaux  n'a  pas  cette  action ,  il 
n'agit  pas  sur  les  cyanures ,  et  pourtant  »  injectés  dans  les 
veines ,  ceux-ci  sont  décomposés  et  l'animal  meurt  aussitôt 
avec  les  symptômes  d'intoxication  par  l'acide  cyanfaydrique. 
H.  Cl.  Bernard  a  vu  que  le  cyanure  de  mercure  injecté  dans 
l'artère  d'un  membre  n'est  pas  décomposé  quand  il  revient  dans 
les  veines  correspondantes.  Mais  si  l'on  pousse  le  liquide  du 
côté  du  cœur,  l'animal  meurt  en  moins  d'une  minute  avec 
des  convulsions  et  en  répandant  une  forte  odeur  cyanhydri^ 
que  par  la  bouche.  C'est  donc  seulement  en  traversant  le 
poumon  que  le  cyanure  de  mercure  se  développe.  De  plus,  on 
peut  constater  qu'en  versant  une  solution  de  cyanure  de  mer- 
cure sur  des  coupes  des  muscles ,  le  tissu  cellulaire ,  la  face 
interne  de  la  peau  d'un  animal  mort  depuis  peu ,  il  ne  se 
passe  rien  ;  mais  en  arrosant  des  coupes  du  poumon  avec  la 
même  solution  et  laissant  à  l'air  quelques  instants ,  il  se  dé- 
veloppe une  odeur  cyanhydrique  très  protioncée  qui  indique 
la  décomposition  du  cyanure  de  mercure  par  le  tissu  pulmo- 
naire  (1). 

Ainsi ,  en  traversant  le  poumon ,  les  cyanures  se  trouvent 
décomposés  comme  s'ils  étaient  soumis  à  l'action  d'un  acide, 
tes  cyanures  de  potassium  et  de  mercure  sont  particulière- 
ment dans  ce  cas.  Le  prussiate  jaune  de  potasse,  à  raison  de 
sa  constitution  chimique  différente,  résiste  et  parait  traverser 
tous  les  organes  sans  se  décomposer.  Gependantt  si  au  lieu 
d*injecter  chez  les  lapins  et  les  chiens  une  dissolution  à  1  pour 
100,  on  l'injecte  plus  concentrée,  ces  animaux  meurent  bien« 
tôt  par  empoisonnement  cyanhydrique  ;  il  y  a  donc  toujours 
un  peu  décomposition  de  ce  sel.  Le  suc  gastrique  le  décom'* 
pose  aussi  peu  à  peu.  La  production  d'acide  cyanhydrique  a 
lieu  aussi  peu  à  peu,  quoique  la  solution  ne  soit  pas  très  con- 
centrée ,  si  l'on  empêche  l'élimination  du  sel ,  comme  par 
exemple  quand  on  injecte  le  cyanure  jaune  dans  les  veines 

(1)  Cl.Brbhabd,  loc,  ctl.  {Arch.  gén.deméd,,  18i8,  t.  XVI,  p.  S20-2SS). 


€ARACTèRBS   d'oRDRë  GRlMIttCK.  165 

d*an  chien  dont  on  a  enlevé  les  reins.  L'animal  meurt  avec 
les  convukions  que  causent  cet  acide  et  les  cyanures.  Certains 
Ucarbonates  se  décomposent  également  dans  le  sang  au  mo- 
ment ojt  ce  fluide  traverse  le  poumon.  Pour  cela,  il  suffit 
d*injecter  rapidement  dans  la  jugulaire  d'un  lapin  quelques 
grammes  d'une  solution  saturée  de  bicarbonate  de  soude. 
Bientôt  l'animal  meurt,  et,  à  l'autopsie,  on  trouve  le  poumon 
comme  enphysémateux  et  distendu.  Il  existe  du  gaz  dans  les 
grosses  divisions  de  l'artère  pulmonaire  et  quelquefois  même 
dans  les  deux  ventricules  du  cœur.  Ce  gaz  provient  certaine- 
ment de  la  décomposition  du  bicarbonate ,  et  l'animal  est 
tué  alors  comme  s'il  y  avait  eu  introduction  de  l'air  dans  les 
veines.  On  peut  du  reste  éviter  la  mort  si ,  au  lieu  de  faire 
L'injection  brusquement,  on  la  pousse  avec  lenteur.  Dans  ce 
cas,  le  bicarbonate,  arrivant  en  petite  quantité  à  la  fois  dans 
le  poumon,  s'y  décompose  successivement,  de  telle  sorte  que 
l'acide  carbonique  se  dissout  i  mesure  et  n'arrête  pas  la  cir- 
culation ,  comme  cela  a  lieu  quand  une  grande  quantité  de 
gaz  se  produit  instantanément. 

En  résumé,  ditM.  Cl.  Bernard,  nous  voyons  que  les  cyanures 
et  les  bicarbonates,  qui  nécessitent  habituellement  l'interven- 
tion d'un  acide  pour  se  décomposer,  peuvent  néanmoins  se 
décomposer  dans  le  sang  alcalin.  Mais  alors  cette  décomposi- 
tion n'est  pas  effectuée  i  proprement  parler  dans  le  sang;  il 
lui  faut  l'auxiliaire  du  poumon,  qui  parait  être  le  théâtre  spé- 
cial de  ces  sortes  de  changements  chimiques  (1). 

160. — Voilà  des  faits  qui  n'avaient  pas  été  prévus  avant 
ces  expériences  ;  si  de  loin  on  trouve  quelque  chose  qui  s'y 
rapporte  dans  les  hypothèses  sur  la  combustion  pulmonaire 
du  sucre  donnant  lieu  à  la  formation  d'acide  lactique ,  elles 
ne  sont  pas  d'accord  avec  celles  qui  veulent  que  cette  com- 
bustion ait  lieu  dans  le  système  capillaire  général.  Mais  l'é- 
tude des  principes  immédiats  vient ,  sinon  en  donner  raison 
d'une  manière  complète,  au  moins  diriger  les  expériences  qui 
pourront  conduire  à  ce  but.  Elle  conduit  à  déterminer  les 

(1)  a.  Bn«AR9,  loe.  de.  [ànM.  gén.âêméd,,  1S4S,  i.  XVI,  p.  223-223). 


106     DES   PRir«CIP£S   IMMÉOUTS  £N   GÉÎfiilAL,  CH.  1,  ART.  I. 

conditions  d'existence  de  ce  phénomène,  non  pas  d'^irès  des 
hypothèses ,  n*ayant  pour  s*appuyer  aucun  fait  expérimental 
direct,  mais  d'après  la  connaissance  de  la  substance  même 
du  corps.  L'un  de  nous  (Verdeil)  a  en  effet  découvert  dans  la 
substance  même  du  parenchyme  pulmonaire  un  principe 
immédiat  nouveau,  très  nettement  acide,  cristallisable,  etc., 
que  nous  avons  nommé  acide  pneumique;  aussi  peutron  con- 
stater sur  les  animaux  morts  par  hémorrhagie  que  le  tissu 
du  poumon  est  toujours  acide. 

Ainsi  donc  ce  n'est  pas  dans  le  liquide  sanguin  seul  que  se 
trouvent  les  conditions  de  combinaison  et  de  décombinaison 
des  principes  immédiats.  Il  faut  aussi  tenir  compte  des  so- 
lides ,  et  c'est  sans  doute  par  suite  de  l'échange  lent  et  gra- 
duel entre  les  principes  des  solides  et  ceux  des  humeurs, 
entre  quelque  principe  du  3ang  et  cet  acide,  que  ce  dernier 
vient  lentement  opérer  la  décomposition  des  carbonates  nor* 
mau^  ou  accidentels  ainsi  que  des  cyanures •  Du  moins,  s'il 
reste  encore  des  expériences  directes  à  faire  sous  ce  rapport 
pour  compléter  cet  ordre  de  notions,  actuellement  qu'on  sait 
qu'il  existe  un  acide  dans  les  poumons ,  ce  qu'on  ne  savait 
pas  à  l'époque  où  M.  Cl.  Bernard  faisait  ses  expériences;  du 
moins  l'hypothèse  que  nous  venons  de  mettre  en  avant  repose 
sur  que  connaissance  plus  exacte  et  plus  approfondie  de  con- 
stitution immédiate  des  parties*  Ce  sont  là  des  conditions  de 
combinaison  qu'on  ignorait,  et  il  en  est  plus  d'une  qu'on 
ignorera  encore  tant  que,  ne  se  plaçant  pas  au  point  de  vue 
Sinatomique,  on  croira  pouvoir  déduire  de  la  chimie  aux  phé- 
nomènes qui  se  passent  dans  l'organisme,  sans  rechercher 
d'abord  quelle  est  la  constitution  des  solides  et  des  liquides* 
Cela  fait,  il  n'en  faudra  pas  moins  ensuite  chercher  expéri-. 
mentalement,  d'une  manière  directe,  quels  sont  les  actes  qui 
se  passent  dans  chacun  d'eux  et  entre  eux;  car  lors  même 
que  cette  constitution  immédiate  sera  bien  connue ,  il  sera 
difficile  de  prévoir  ce  qui  se  fait  là  en  raison  de  la  complica- 
tion des  parties.  Il  faudra  toujours,  à  cause  de  cela,  en  venir 
à  l'expérimentation  directe,  afin  de  se  servir  ensuite  de  la 


OLlIACTiREft  d'oHDRB  GHIMIQUK,  167 

eounaisMOce  de  cette  constitution  pour  établir  la  relation  de 
cause  à  effet  entre  la  substance  du  corps  et  les  actes  qui  s'y 
passent ,  comme  nous  venons  de  le  faire  entre  l'acide  pneu- 
inique  ^t  les  faits  observés  par  M<  Gl.  Bernard  dans  ses  expé^ 
riencei. 

Gomme  le  dit  ce  physiologiste ,  quand  on  explique  et  pré* 
dit  d'avance  dans  les  expériences  de  ce  genre  ce  qui  doit 
arriver,  en  se  fondant  sur  les  données  très  précises  de  la 
physique  et  de  la  chimie,  c'est  commencer  par  où  l'on  devrait 
finir.  Avant  tout  il  faut  faire  l'expérience  sur  l'anilmal  vivant, 
parée  qu'il  arrive  souvent,  ainsi  qu'on  a  pu  le  voir  plus  haut, 
qu'il  se  rencontre  des  particularités  imprévues ,  qui  néan* 
moins  peuvent  s'expliquer  ensuite  ;  elles  font  voir  les  choses 
tdles  qu'elles  sont,  mais  tout  autrement  qu'on  ne  les  avait 
préjugées. 

Aussi  rien  de  plus  éloigné  de  la  nature  et  de  U  réalité  que 
les  objections  faites  de  loin  par  les  chimistes  aux  faits  obtenus 
par  expérience  directe;  rien  de  plus  choquant  que  ces  objec- 
tions théoriques  expliquées  i  des  résultats  d'expériences  non 
répétées  ou  répétées  sans  qu'on  se  soit  placé  dans  les  mêmes 
conditions  physiologiques.  Toutes  les  fois  aussi  qu'on  parle 
de  la  diflBculté  des  questions  que  la  physique  et  la  chimie  ont 
encore  à  résoudre  avant  de  permettre  de  traiter  la  physiologie 
d'une  manière  complète,  on  ne  prend  pas  garde  que  les  dif- 
ficultés ne  sont  ni  physiques  ni  chimiques  :  ces  sciences  ont 
déjà  tenté  de  résoudre  plus  de  questions  qu'elles  ne  peuvent 
le  faire.  Les  difficultés  sont  entièrement  organiques,  et  c'est 
en  prenant  les  questions  comme  purement  anatomiqucs  et 
physiologiques  qu'on  parviendra  à  établir  la  relation  de  cause 
à  effet  entre  l'organisme  et  ses  actes,  c'est-à-dire  à  expliquer 
ceux-ci.  Il  faut ,  en  un  mot ,  retourner  la  question  ;  il  faut 
envisager  la  physique  et  la  chimie  comme  moyens  ser\'ant  a 
connaître  les  lois  des  phénomènes  vitaux  qu'il  faut  étudier 
directement,  et  non  pas  ceux-ci  comme  une  conséquence  des 
lois  physico-chimiques,  pouvant  s'en  déduire  dès  qu'on  aura 
pu  en  déterminer  quelques  unes  de  ceUes  qu'on  s'im&ginc 


168    DES   PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉftÀL,  GH.  1,  ART.  I. 

qu'il  est  nécessaire  encore  et  si  difficile  de  découvrir.  Ces 
sciences  inorganiques  ne  doivent  être  pour  nous  qu*un  moyen 
d'étude  et  non  un  but,  en  vertu  de  ce  principe  déduit  de 
l'expérience,  que  toute  science  se  transforme  en  procédé 
d'exploration  à  l'égard  de  celle  qui  la  suit  dans  l'ordre  liié« 
rarchique  des  connaissances  humaines. 

p.  —  Conditions  de  combinaisons  et  de  déeomhinaisons  indi- 
recteSy  de  contact^  ou  eatalytiques ,  que  présentent  les  prin^ 
eipes  immédiats  dans  l'organisme. 

1 51 . — Les  phénomènes  de  contact  sont,  comme  nous  l'avons 
vu  (1),  de  trois  ordres,  savoir  :  i^  les  catalyses  ou  phénomènes 
eatalytiques  proprement  dits;  2»  les  fermentations;  3*  les 
putréfactions.  Les  conditions  d'accomplissement  de  ces  trois 
ordres  secondaires  d'actes  chimiques  peuvent  ^  rencontrer 
dans  l'organisme. 

152.  —  Les  principes  immédiats  trouvent  normalement 
dans  l'économie  des  conditions  de  catalyses  soit  isomériques, 
soit  avec  dédoublement,  et  nul  de  ceux  qui  sont  susceptibles 
d'offrir  ce  mode  d'activité  moléculaire  n'échappe  à  cette  pro* 
priété  ;  laquelle  est  une  condition  d'existence  de  l'organisme 
lui-même  dans  les  cas  normaux,  mais  qui  peut  être  cause  de 
mort  dans  les  cas  où  quelque  principe  accidentel  est  introduit 
dans  l'organisme. 

Ainsi  normalement  le  sang  ou  le  sérum  simplement  pré- 
sentent les  conditions  nécessaires  à  la  catalyse  glucosique,  par 
laquelle  l'amidon  est  transformé  en  sucre  de  raisin  (2).  Ils 
présentent  également,  d'après  les  observations  de  M.  Cl.  Ber- 
nard, les  conditions  nécessaires  à  la  catalyse  lactique,  par  la- 
quelle le  glucose  est  transformé  en  acide  lactique.  Ce  fait  est 
important  en  ce  que  toutes  les  conditions  nécessaires  au 
phénomène  se  rencontrent  naturellement  dans  l'organisme 
par  suite  de  la  formation  du  sucre  par  le  foie,  ce  qui  n'exige 
pas  comme  pour  l'amidon  le  mélange  artificiel  de  ce  corps  au 
liquide  sanguin.  Est*eeun  principe  du  sang  qui  jouit  spéciale- 

(1)  Ch.  Rokn,  Tableaux  d'analomie,  in-4,  1S50, 10*  tableau. 

(S)  Cl.  BuxAiD,  loc.  eU.  {Arch.  géH.dsméi,,  1S4S,  t.  XVl,  p.  8S). 


CARACTÈRES   d'oRDRE  CHIMIQCE.  169 

ment  de  la  propriété  catalylique  ou  de  raction  de  contact, 
comme  Valbumine,  par  exemple?  ou  bien  est-ce  le  sérum 
sanguin  tout  entier  pris  comme  un  tout?  C'est  ce  qu'on  ne 
sait  pas  encore,  mais  peu  importe.  L'essentiel,  pour  le  présent, 
est  de  savoir  que  les  conditions  de  ce  mode  d'activité  chi- 
mique des  principes  existent  normalement. 

Les  conditions  de  catalyse  glucosique  sont  également  of- 
fertes par  la  salive  mixte  et  par  les  liquides  intestinaux  ayant 
subi  le  contact  de  l'air.  Ici  on  a  pu  s'assurer  que  l'un  des 
principes  de  ces  liquides,  leur  albumine,  quand  elle  a  été  mo- 
difiée par  le  contact  de  l'air,  jouit  spécialement  de  la  pro- 
priété de  corps  cataly tique  à  l'égard  de  l'amidon  introduit 
comme  piment.  On  peut  la  retirer,  l'isoler,  conservant  encore 
cette  propriété  ;  elle  porte  alors  le  nom  de  diastase  ani- 
male. 

Dans  le  foie  existent  également  les  conditions  nécessaires 
à  la  transformation  du  sucre  de  canne  en  glucose  ;  car  le 
premier,  ainsi  que  l'a  découvert  M.  CI.  Bernard,  ingéré  comme 
aliment,  traverse  comme  sucre  de  canne  la  veine  porte,  et 
au  sortir  du  foie,  dans  la  veine  sus-hépatique,  il  est  à  l'état 
de  glucose.  Il  a  donc  là  rencontré  les  conditions  nécessaires 
à  la  catalyse  glucosique,  et  bientôt  ce  dernier  sucre  va  trouver 
dans  le  sang  les  conditions  nécessaires  à  une  autre  catalyse, 
la  catalyse  lactique,  selon  toutes  probabilités.  Seulement  on 
ne  connaît  pas  quel  est  ou  quels  sont  les  corps  qui,  dans  le 
foie,  jouissent  de  la  propriété  d'opérer  cette  transformation. 

16S.  —  Les  conditions  nécessaires  aux  catalyses  avec 
dédoublement  ne  se  rencontrent  pas  normalement  dans  roi> 
ganisme,  mais  rien  ne  s'oppose  à  ce  qu'elles  puissent  s'y  ren- 
contrer. C'est  ce  que  montrent  les  expériences  par  lesquelles 
on  arrive  à  déterminer  des  phénomènes  de  ce  genre  dans 
l'organisme.  Ainsi,  par  exemple,  en  injectant  dans  le  sang  d'un 
lapin,  comme  Va  fait  M.  Cl.  Bernard,  7  ou  8  centigrammes 
ou  davantage  d'émulsine  dissoute  dans  5  à  10  grammes 
d'eau  ;  poussant  ensuite  par  une  autre  veine  50  centigrammes 
d'amygdalioe  dissoute  dans  8  à  10  grammes  d'eau,  ces  deux 


170    DES  PRINCIPES  mUÉDUTS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  I. 

substances,  qui  injectées  isolément  sont  innocentes,  réagis- 
sent Tune  sur  l'autre  dès  qu'elles  se  rencontrent.  L'amygda- 
line  se  dédouble  en  essence  d'amandes  amëres  et  acide  cyan* 
hydrique  qui  tue  l'animal  en  peu  d'instants.. 

15 A.  —  Ce  que  nous  venons  de  dire  s'applique  également 
aux  fermentations.  Les  conditions  nécessaires  i  leur  accom- 
plissement n'existent  pas  normalement  dans  l'organisme, 
mais  on  peut  les  produire,  en  introduisant  artificiellement  les 
principes  nécessaires  à  leur  accomplissement.  Dès  lors  rien 
ne  s'oppose  à  ce  qu'elles  s'effectuent,  et  elles  ont  lieu  rapide- 
ment; la  constitution  de  l'organisme  n'y  apporte  auoua 
obstacle.  Les  désordres  qui  surviennent  dans  les  tissus  et  les 
altérations  du  sang  montrent  que  les  principes  immédiats  de 
ces  parties  portent  parmi  leurs  propriétés  celle  de  participer 
à  cet  ordre  d'actes  moléculaires  décomposants,  dès  que  les 
conditions  nécessaires  sont  produites  mécaniquement  ou  peut- 
être  spontanément  par  suite  de  l'inQuence  de  certaines  cir- 
constances extérieures. 

Ainsi,  en  injectant  dans  les  jugulaires  d'un  chien  de  la  le- 
vure de  bière  et  du  sucre,  ou  simplement  de  la  levure  et  infil- 
trant le  tissu  cellulaire  avec  une  solution  de  sucre,  les  aniquau^ 
meurent  au  bout  de  24  à  70  heures,  en  présentant  des  sym-^ 
ptômcs  d'affaissement  et  d'état  adynaroique  très  prononcés, 
des  selles  sanguinolentes,  etc.  A  Tautopsie,  on  trouve  les  mu- 
queuses intestinales  gonflées,  ayant  donné  écoulement  à  du 
sang  par  leurs  surfaces,  et  parsemées  de  taches  ecchymotiques  ; 
le  pancréas  enflammé  avec  ou  sans  foyers  purulents.  Les 
poumons  sont  engoués  et  infiltrés  de  sang  noir.  Le  sang  des 
vaisseaux  et  du  cœur  est  noir,  visqueux,  mal  ou  pas  du  tout 
coagulé. 

Ainsi  donc  la  levure  conserve  dans  le  sang  son  action  sur 
le  sucre  et  exerce  une  action  décomposante  sur  les  principes 
immédiats  du  sang  (1). 

165.  —  Les  conditions  nécessaires  à  la  putréfaction  des 
principes  immédiats  ne  se  rencontrent  pas  habituellement  dans 

(I)  a.  BlUAiD,  (00.  cM.  {AnOi.  gé^.  de  méâ,,  1848,  t.  IVl,  ^.  8M4). 


CÀRACTÀRES  D*ORDR£  CHIMIQUE.  I7l 

rorganisme.  Gomme  les  fermentations,  ce  sont  là  des  actions 
décomposantes ,  tandis  qu*ii  n*en  est  pas  de  même  des  cala^ 
lyses,  dont  la  plupart  sont  simplement  mélamorphosantec. 
Mais  dans  quelques  cas  elles  peuvent  se  rencontrer;  c'est  ce 
qu'on  voit  quand  un  foyer  purulent  est  placé  près  d'une  mu- 
queuse en  contact  avec  des  gaz  ;  alors  les  sulfates  se  décom- 
posent en  même  temps  que  les  principes  non  cristallisables 
azotés,  une  véritable  putréfaction  a  lieu.  Nous  en  étudierons  les 
phénomènes  plus  loin  en  rappelant  ces  conditions  (chap.  IV). 
11  suffit  d*avoir  montré  ici  que  parmi  les  principes  immédiats 
il  en  est  qui  sont  susceptibles  de  présenter,  dans  l'organisme 
comme  au  dehors,  des  actions  moléculaires  dites  catalytiques, 
de  contact  aussi  bien  que  des  actions  moléculaires  directes, 
et  d'avoir  signalé  que  les  conditions  nécessaires  à  ces  actes 
peuvent  se  rencontrer  dans  l'organisme  sans  que  rien  s'op- 
pose i  leur  accomplissement  :  dès  que  les  conditions  existent^ 
le  phénomène  commence. 

156.  —  Ainsi,  comme  on  le  voit,  cet  organisme  qui  parait 
si  bien  prémuni  contre  les  actions  destructives  analogues  à 
celles  qui  se  passent  hors  de  lui  est  au  contraire  formé  de 
principes  immédiats  qui  sont  susceptibles  de  subir  des  cata- 
lyses isomériques ,  quelquefois  même  de  véritables  fermen- 
tations et  putréfactions. 

Nous  nous  trouvons  ainsi  revenus,  par  l'observation  scien- 
tifique rigoureuse ,  à  reproduire  l'opinion  des  anciens  obser- 
vateurs sur  les  fermentations  dans  l'économie,  mais  à  la 
reproduire  sous  un  autre  point  de  vue.  En  l'adaptant  minu- 
tieusement aux  faits  observés  ou  aux  résultats  de  l'expé- 
rience ,  elle  se  trouve  tellement  modifiée ,  qu'au  premier 
abord  il  semble  que  ce  soit  une  autre  question  ;  mais  au  fond 
pourtant  l'idée  générale  reste  :  il  est  vrai  que  c'est  sous  forme 
d'un  vague  et  confus  pressentiment  des  faits,  mais  sa  réalité 
n'en  est  pas  moins  certaine. 

Au  lieu  d'observer  des  fermentations  violentes  avec  déga- 
gement de  chaleur,  nous  venons  de  voir,  au  contraire,  qu'il 
est  peu  de  principes  immédiats  qui  soient  susceptibles  de  fer- 


172    DES  PRINCIPES   imiÉDIATS  EN   GÉnARàL,  CH.  1,  ART.  1. 

menter.  Le  sucre  du  foie  (glucose)  est  seul  dans  ce  cas  ;  mais 
Tune  des  conditions  nécessaires  du  phénomène,  le  corps  ca« 
talytique,  mancpie  habituellement.  U  faut,  pour  que  le  phéno- 
mène ait  lieu,  introduire  artificiellement  un  ferment.  Alors 

4 

tout  semble  prouver  que  d'autres  principes  immédiats  par- 
ticipent au  mouvement  de  décomposition  du  principe  fer- 
mentescible,  mais  on  ne  sait  encore  lesquels.  Il  n*est  pas 
encore  prouvé  qu'un  principe  immédiat,  jouissant  des  pro- 
priétés de  ferment  proprement  dit,  se  soit  jamais  formé  dans 
l'organisme  (chap.  IV,  art.  n).  Relativement  aux  fermen* 
tations  que  l'on  crut  souvent  s'opérer  facilement  dans  l'esto- 
mac, les  expériences  de  M.  Cl.  Bernard  montrent  que,  tout  au 
contraire ,  le  suc  gastrique  leur  est  peu  favorable ,  de  même 
qu'aux  putréfactions. 

Quant  aux  putréfactions ,  la  plupart  des  principes  immé- 
diats non  cristallisables  et  plusieurs  de  ceux  qui  cristallisent 
peuvent  se  putréfier;  le  phénomène  a  lieu,  en  eflét,  toutes  les 
fois  que  ces  principes  cessent  de  participer  au  double  mou- 
vement nutritif  de  rénovation,  ou  seulement  quand  cet  acte 
se  ralentit;  mais  ce  n'est  que  dans  quelques  cas  accidentels 
et  morbides  que  les  conditions  nécessaires  se  rencontrent. 
Nous  aurons  néanmoins  à  étudier  cet  ordre  de  phénomènes. 

Beaucoup  de  principes ,  au  contraire ,  portent  dans  leurs 
propriétés  celle  de  présenter,  au  contact  de  certains  autres, 
les  phénomènes  de  catalyse  par  dédoublement  ou  simplement 
métamorphosante  ;  phénomènes  par  lesquels  les  propriétés 
de  ce  corps ,  telles  que  celles  de  solubilité ,  etc.,  sont  consi- 
dérablement changées,  sans  que  leur  composition  élémentaire 
le  soit.  Ces  corps  acquièrent  ainsi  des  propriétés  qui  les  ren- 
dent de  plus  en  plus  aptes  à  l'assimilation  ou  simplement  k 
la  pénétration  dans  l'organisme ,  comme  on  le  voit  dans  le 
cas  de  la  catalyse  digestive  ou  albumineuse,  par  laquelle  les 
substances  azotées ,  insolubles  dans  l'eau ,  introduites  dans 
l'estomac,  y  sont  rendues  solubles.  D'autres  principes  sem- 
blent, au  contraire,  en  présentant  ces  phénomènes  de  cata- 
lyse, s'éloigner  de  plus  en  plus  des  caractères  que  possèdent 


CARACTÈIIES  d'oUDUE  CHIMIQUE.  173 

les  priocipes  qui  constituent  essentiellement  Torganisme,  et 
se  rapprocher  des  corps  d'origine  minérale  ou  artificiellement 
produits.  Tel  est,  entre  plusieurs,  le  cas  du  sucre  de  raisin, 
qui ,  placé  dans  le  sang,  y  présente  très  rapidement  à  la 
température  du  corps  les  phénomènes  de  la  catalyse  lactique. 

3.  —  Goafittiition  ehsmîqae  îmmédîate  def  principes  îmmédMits. 

157. —  Les  corps  simples  qui  constituent  les  parties  solides 
ou  liquides  d'un  être  organisé  ne  sont  jamais  isolés  (1).  C'est 
toujours  à  l'état  de  composés  plus  ou  moins  complexes  qu'ils 
remplissent  le  rôle  qu'ils  jouent  dans  l'économie  animale  et 
végétale.  Comme  preuve,  il  suflit  de  citer  un  ou  deux  exem- 
ples, car  ils  sont  trop  nombreux  et  trop  évidents  par  eux- 
mêmes,  pour  qu'il  soit  utile  d'insister  sur  ce  fait. 

Ce  ne  sont  jamais  que  des  composés  très  complexes  qui 
cristallisent  spontanément  dans  la  vessie  ou  déjà  dans  les 
tubes  uriniféres,  comme  le  carbonate  de  chaux  chez  le  cheval 
et  les  enfants ,  l'acide  urique  dans  quelques  conditions 
physiologiques,  Toxalate  de  chaux,  etc.  Ce  ne  sont  aussi 
que  des  corps  composés,  non  moins  complexes,  qui  se  dépo- 
sent, se  séparent  à  l'état  cristallin  dans  l'épaisseur  des  tissus, 
comme  on  le  voit  à  l'occasion  de  certaines  conditions  mor- 
bides, pour  la  cholestérine,  la  margarine ,  etc.  Ce  ne  sont 
enfin  que  des  composés  plus  ou  moins  complexes  et  jamais  des 
corps  simples  qui  se  séparent  à  l'état  cristaUin  par  simple 
évaporation  du  sérum  du  sang  ou  du  sérum  de  la  lymphe, 
tels  sont  :  les  chlorures  et  sulfates,  la  créatine,  les  hippurates 
de  l'urée,  etc.  Ce  ne  sont  certainement  pas  les  procédés  em- 
ployés pour  l'extraction  qui  ont  déterminé  la  combinaison  des 
âéments  chimiques  qui  composent  ces  principes,  et  l'on  no 
peut  pas  admettre  qu'ils  fussent  à  l'état  de  corps  simples  dans 
le  sang  qu'ils  concouraient  à  constituer. 

Ce  n'est  pas  même  comme  acide  sulfurique,  phosphorique, 
cMorhydrique,  oxaUque  ou  autres,  que  nous  les  voyons  agir. 

(1)  CflBTUUL,  loc.  cil.,  1824,  p.  4. 

I.  Il* 


17&     DES  PRINCIPES  IMMÉDUTS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  I. 

Les  phénomènes  chimiques  qui  se  passent  dans  l'économie 
n*ont  pas  le  cachet  de  ceux  que  nous  offrent  les  oxydes  de 
sodium,  potassium,  calcium,  etc.,  agissant  l'un  sur  l'autre, 
ou  sur  d'autres  composés  acides  ou  neutres.  Aussi  n'est-ce 
que  lorsqu'il  y  a  destruction  évidente  des  principes  immédiats 
par  suite  de  l'emploi  de  procédés  d'analyse  trop  grossiers 
que  de  la  substance  organisée  on  retire  des  acides  ou  des 
oxydes  môme  peu  énergiques. 

En6n  il  y  a  des  principes  immédiats  dont  la  constitution 
chimique  immédiate  ne  peut,  en  aucune  manière,  être  com- 
parée à  celle  des  principes ,  qui  sont  des  composés  définis  ; 
car  ces  derniers  sont  formés  par  la  combinaison  fixe, 
déterminée,  plus  ou  moins  stable  d'éléments,  unis  soit 
directement  les  uns  aux  autres ,  soit  le  plus  souvent  à 
l'état  de  sel  par  combinaison  d'un  acide  et  d'un  alcali,  etc. 
En  attendant  que  la  composition  immédiate  des  substances 
précédentes  soit  parfaitement  connue,  en  attendant  que  leur 
analyse  immédiate  ait  été  faite  d'une  manière  complète,  nous 
ne  pouvons,  sous  le  point  de  vue  de  leur  constitution  chimi- 
que, faire  autre  chose  que  les  comparer  à  l'amidon,  la  cellu- 
lose, les  gommes,  substances  organiques  des  végétaux.  Ces 
principes-là,  par  une  simple  action  de  contact  ou  catalytique 
d'un  acide,  fixent  les  équivalents  d'eau,  et  passent  à  l'état  de 
composé  cristallisable,  le  glucose  ou  sucre  de  raisin  qui  lui- 
môme  se  trouve  être  un  principe  immédiat  des  plantes.  Or,  il 
est  possible  qu'on  parvienne  à  obtenir  une  action  analogue 
avec  les  substances  organiques  azotées,  ou  à  trouver  dans  les 
animaux  un  principe  cristallisable  qui  leur  soit  isomère,  ou 
à  peu  près ,  comme  le  glucose  est  à  la  fécule  et  la  cellulose  ; 
ce  qui  serait  déjà  un  guide  pour  arriver  à  se  rendre  compte 
de  la  constitution  chimique  immédiate  des  substances  orga- 
niques azotées.  Il  faut,  du  reste,  reconnaître  que  cette  consti- 
tution chimique  des  substances  organiques  végétales  et  ani- 
males, cellulose,  fécule,  fibrine,  etc.,  ne  sera  complètement 
connue  que  lorsqu'on  aura  fait  leur  analyse  immédiate,  ou  au 
moins  celle  des  principes  cristaUisabies  qui  leur  fiwt  à  peu 


CAIUCT&RK8  d'ordre  CHIMIOUB.  176 

près  isomères  (glucose,  etc.).  Pourtant  celte  analyse  iminé- 
diale  n  a  pas  encore  été  faite,  même  pour  le  glucose  ;  nous 
connaissons  sa  composition  chimique  élémentaire,  mais  non 
sa  composition  immédiate;  a  plus  forte  raison  en  est-il  de 
même  des  substances  organiques  non  azotées  ou  azotées. 

158.  —  Ainsi  donc,  sous  le  rapport  de  la  conitilution  eAi- 
mique  immédiate^  les  principes  immédiats  se  divisent  en  deux 
groupes  très  naturels  : 

1*  Ceux  qui  sont  des  corps  simples  ou  des  composés  dé- 
finis ;  ce  groupe  comprend  les  principes  dont  suit  Ténumé- 
ration  : 

a.  Principes  immédUU  déflnii  gaieui. 


1.  OiygèDe. 
S.  Hydrogène. 

3.  Aiou. 

4.  Acide  carbonique. 


5.  Hydrogène  proto-carboné, 

6.  Hydrogène  sdiftiré. 

7.  Carbonate  d'ammoniaque. 


b.  Principes  immédiats  définis  liquides. 


1.  Eau. 

2.  Acide  lactique. 

3.  Adde  oléique. 
A.  Oléine. 


5.  Butyrinc. 

6.  Phocénine. 

7.  Hircine. 


c.  Principes  immédiats  définis  solides. 


1.  Chlorure  de  sodium. 

2.  Chlorure  de  potassium. 

3.  Chlorure  de  calcium. 

4.  Chlorhydrate  d'ammoniaque. 
8.  Carbonate  de  chaux. 

6.  Bicarbonate  de  chaux. 

7.  Bicarbonate  d'ammouiaque. 

8.  Carbonate  de  magnénie. 

9.  Carbonate  de  potasse. 
10.  Bicarbonate  de  potasse. 
1i.  BicBrbooate  de  soude. 

12.  Carbonate  de  soude. 

1 3.  Sulfate  de  potasse. 

14.  SalfSile  de  soude. 
13.  Sulfate  de  chaux. 

16.  Phosphate  neutre  de  soude. 

17.  Phosphate  acide  de  soude. 

18.  Phosphate  de  potasse. 

19.  Phosphate  iMsique  de  chaux. 


20.  Phosphate  acide  de  chaux. 

21.  Phosphate  de  magnésie. 

22.  Pbosphateammoniaco-magnésien, 

23.  Lactate  de  potasse. 

24.  Lactate  de  soude. 

25.  Lactate  de  chaux. 

26.  Acide  urique. 

27.  Urate  de  potasse. 

28.  Urate  de  soude. 

29.  Urate  de  chaux. 

30.  Urate  d'ammoniaque. 

31.  Urate  de  magnésie. 

32.  Acide  hippurique. 

33.  Hippurate  de  chaux. 

34.  Hippurate  de  soude. 

35.  Hippurate  de  potasse. 

36.  inosate  de  potasse. 

37.  Acide  pneumique. 
88.  Oxalate  de  chaux. 


170     DES  PRINCIPES  nmiDlATS  EN  GÉMÉRAL,  CM.  I,  ART.  I. 


39.  Urée. 

40.  Allantoldine. 

41.  CTstine. 
42»  Créatioe. 

43.  Gréât inine. 

44.  Glykocholate  de  soude. 

45.  Hyocolinate  de  soude. 

46.  Taurocbolate  de  soude. 

47.  Cholestérine. 


4S.  Sérolîne. 

49.  Acide  stéarique. 

50.  Aride  margarique. 

51.  MargariDe. 

52.  Stéarine. 

53.  Stéarérine. 

54.  Élaiérioe. 

55.  Sucre  de  diabète. 

56.  Sucre  de  lait. 


2»  Le  deuxième  groupe  comprend  les  principes  qui  sont 
des  corps  dont  la  composition  chimique  n*est  pas  définie  ; 
albumine,  fibrine,  caséine,  etc.  On  a  cru  pouvoir  les  consi- 
dérer comme  formés  par  l'union  en  toutes  proportions  de 
principes  définis  du  groupe  précédent.  Mais  pourtant,  jusqu'à 
présent  on  n'a  pu  faire  artificiellement  encore  aucune  substance 
non  cristallisable  analogue  à  la  fibrine,  à  l'albumine,  etc., 
comme  on  a  pu  faire  de  l'urée.  Il  faut  toujours  les  retirer 
anatomiquement  de  l'économie,  car  après  en  avoir  fait  l'ana- 
lyse ,  nous  ne  pouvons  pas  encore  en  faire  la  synthèse. 

Les  principes  immédiats  de  composition  chimique  non  dé- 
finie sont  : 


i.  Fibrine. 
3.  Albumine. 

3.  Caséine. 

4.  Albuminose. 

5.  Pancréatine. 

6.  Globuline. 

7.  Musculine. 

8.  Ostéine  ou  osséiue. 


9.  Élasticine. 

10.  Kératine. 

11.  Cartilagéinc. 

12.  Cristalline. 

13.  Hématosine. 

14.  Biliverdioe. 

15.  Mélanine. 

16.  Urrosadne. 


159.  —  Ces  principes  non  définis,  appelés  pour  cela  sulh 
stances  organiques^  nous  les  retirons  de  l'économie,  toujours 
doués  d'un  ensemble  de  caractères  qui  sont  constamment  les 
mêmes  ;  nous  les  trouvons  toujours  dans  les  mêmes  parties 
du  corps,  ils  y  jouent  un  rôle  essentiel,  et  ce  rôle  on  conslale 
qu'il  ne  peut  être  rempli  par  aucun  autre  principe;  nous 
sommes  donc  en  droit  de  les  considérer  comme  autant  d'es- 
pèces de  principes  immédiats,  malgré  qu'il  soit  impossible  de 
les  trouver  formés  de  proportions  fixes  d'éléments,  et,  d'au- 
tre part,  de  les  faire  cristalliser. 


CARACTàRES    D*ORDRE  CHIMIQUE.  177 

Le  groupe  des  principes,  à  proportions  non  fixes  d'éléments 
chimiques,  est  même  un  des  plus  naturels,  un  des  plus  nette- 
ment caractérisés,  non  seulement  quant  à  l'ensemble  du 
groupe,  mais  encore  quant  aux  caractères  de  chacune  de  ces 
espèces  prise  à  part.  Seulement,  pour  constateras  différences 
qui  existent  entre  les  caractères  des  chaque  espèce,  pour  tenir 
compte,  dans  des  limites  exactes,  de  toute  la  valeur  de  ces 
caractères,  il  ne  faut  pas  se  placer  au  point  de  vue  chimique,  il 
fautse  placer  au  point  de  vue  anatomique.  C'est  alors  seulement 
qu'il  est  possible  d'apprécier  toutes  les  différences  qu'ils  pré- 
sentent sous  le  point  de  vue  de  la  coagulation  par  la  chaleur 
ou  divers  réactifs,  etc.;  c'est  alors  seulement  qu'on  peut, 
d'autre  part,  juger  de  l'importance  de  ces  caractères  et  autres 
encore,  parce  que  ces  différences  anatomiques  on  les  trouve 
correspondre  à  des  différences  physiologiques  tout  au  moins 
aussi  nettement  tranchées.  En  se  plaçant  au  point  de  vue  chi- 
mique, on  ne  tient  plus  ou  pas  assez  compte  des  différences 
anatomiques  de  coagulation,  etc.,  dont  nous  venons  de  par- 
ler, parce  que  le  chimiste  n'a  pas,  comme  l'analomiste,  cons- 
tamment la  pensée  de  voir  quelles  sont  les  différences  qui, 
dans  le  rôle  physiologique  qu'ils  remplissent,  sont  corrélati- 
ves à  chaque  notion  anatomique. 

160.  —  Il  faut  donc  savoir  reconnaître  que  les  substances 
formant  ce  deuxième  groupe  des  principes,  celui  dont  les 
espèces  n'ont  pas  une  composition  définie,  sont  des  espèces 
de  principes  immédiats,  bien  distinctes  les  unes  des  autres  ; 
mais  seulement  l'histoire  de  ces  corps  appartient  entièrement 
à  l'anatomie  et  ne  regarde  en  rien  la  chimie  au  point  de 
vue  scientifique.  Elle  ne  la  regarde  en  rien  autrement  qu'au 
point  de  vue  technique;  au  point  de  vue  des  moyens  d'étude, 
mais  non  du  but,  du  résultat  qu'on  se  propose  d'obtenir.  Ce 
sont,  qu'on  nous  permette  l'expression,  des  corps  entière- 
ment anatomiques,  et  qui,  pris  d'un  point  de  vue  absolu,  ne 
se  trouvent  pas  avoir,  comme  les  principes  immédiats  définis 
cristallisables,  un  coté  de  leur  histoire,  qui,  en  raison  de  leur 
composition  fixe  et  définie,  appartient  à  la  chimie,  tandis  que 
I,  12 


i78     DGS  PRINCIPES  fIfIfÉDIATft  EN  GÉHiRAL,  CH.  I,  ART.  I 

Tftutre,  en  raison  de  la  part  qu*ilB  prennent  à  constituer  Tor- 
gànisme,  appartient  à  Tanatomie. 

161.  —  C'est  pour  avoir  méconnu  ce  point  important  de 
doctrine,  que  la  chimie  tourne  depuis  longtemps  sur  ce  sujet 
sans  avancer  elle-même  et  sans  ôtre  très  utile  a  l'anatomie  ou  à 
la  physiologie.  IIn*en  sera  plus  de  même  quand  on  envisagera 
ce  sujet  comme  appartenant  à  l'anatomie.  Il  est  bien  évident 
du  reste  que  cette  séparation  capitale,  mais  délicate,  en  par- 
tant des  idées  actuelles,  ne  pourra  ôtre  saisie  que  de  ceux  qui 
(quelles  que  soient  leurs  connaissances  organiques  ou  inor- 
ganiques), aborderont  ce  sujet  en  partant  de  la  notion  d'or- 
ganisme, pour  arriver,  le  subdivisant  ainsi  de  plus  en  plus, 
jusqu'aux  principes  immédiats  ,  en  passant  par  les  notions 
intermédiaires  d'appareils ,  organes ,  systèmes,  tissus  et  hu- 
meurs. 

4.  —  OompofHkMi  ehimiqiie  éléiiMDi«îre  das  ptinmpm  tmaiédifttf . 

162.  —  Ce  côté  de  l'étude  des  principes  immédiats  est  de 
tous  le  moins  utile,  le  moins  important  anatomiquement  et 
mémephysiologiqucmenl  parlant.  La  composition  immédiate 
étant  comme  la  conipositioii  élémentaire,  s'en  déduit  d'après 
de  simples  notions  chimiques,  et  cependant  c'est  uniquement 
d'après  cette  dernière  qu'on  a  jusqu'à  présent  classé  les  prin- 
cipes immédiats  dans  les  essais  qui  ont  été  faits  à  cet  égard. 
Sous  ce  point  de  vue  les  principes  se  rangent  de  la  manière 
suivante,  qui,  au  point  de  vue  organique,  est  on  ne  peut  plus 
artiûcielle. 


L  Principes  immédiats  qui  sont  des  corps  simples. 


i .  Ox jgène,  0. 
2.  Hydrogène,  H. 


3.  Azote,  Az. 


II.  Priocipei  immédiats  qui  aont  des  oorpi  binaires. 


I.  Eau,  HO. 

S.  Adde  carbonique,  CO'. 

3.  Ujdrogène  proto- carboné,  C^U^ 

4.  Hydrogène  salftaré,  SH. 


5.  Silile,  SO. 

6.  Chlorure  de  sodium,  ChNa. 

7.  Chlorure  de  potassium ,  ChK. 

8.  Chlorure  de  calduro,  ChCi. 


CAHALTKUES   UOIlDUk;   CUlMIQtE. 


17U 


III.  Principef  ioiinédiau  qui  sout  des  corps  ternaires. 


I .  Gilorhydrale       d  ammoniaque  , 

ChAiH^ 
3.  Carbonates  de  chaux,  CO^O. 

3.  —      de  magnésie,  CO^MgO. 

4.  —      de  potasse,  CO^O. 

5.  —      de  soude. 

6.  Sulfatede  potasse,  S^O^KO. 

7.  —      de  soude,  S^^XaO. 

8.  ^      de  chaux,  S^O^CaO. 

9.  Phosphate  de  soude ,  2NaO.HO. 

PhO«.26HO. 

10.  —      de  pousse,  PhO^KO. 

11.  —      de  chaux,  3Pha'»CaO, 

12.  —      de  magnifie  PO^MaOmO 
1).  Acide  lactique,  C^U^O^.HO. 


14.  Oxalatedecbaax.C^.CaO+SHO 

15.  Oléine. 
IC.  Margarine. 

17.  Stéarine,  C^JH^oo». 

18.  Céline,  CMH«02. 

19.  Élaiérine. 
120.  Sléarerine. 

21.  Cholestérine,  C»H»0. 

22.  Séroline. 

23.  Acide  oléique. 

2i.     —     stéarique,  C«H«iO».2HO. 
25.     —    margarique.  C^^HMQJ.UO. 
2(>.  Sucre  de  lait,  C^^W^O^*. 
27.  Sucre  du  foie,  C«<H««Oi<. 


IV.  Principes  immédiats  qui  sont  des  composés  quaternaires. 


1.  Carbonates  d'ammouiaquc. 

2.  I^iclate  de  potasse. 

—  de  soude. 

—  de  chaux,  CaO.CWO*  + 
5H0, 

Acide  urique,  CIoiiiaz^qc. 

—  hippurique,  C««li«A20«.H0 
Urée,  C^HUi^ï. 

8.  Créatine,  C8Ha.\z30<.2HO. 


3. 
i. 

5. 
6. 
7. 


9.  Créatininc,  C«HUz30». 

10.  Allanlotnc,  C^H^AiW. 

1 1 .  Oléate  de  soude. 

12.  Ma  rga  ra  te  de  soude . 

13.  Stéarate  de  soude. 

11.  Sels  à  arides  gras  volatils. 

15.  Urate  d'ammoniaque,  AzH'.HO. 
2Ctoil«Ai<0«. 


V.  Principes  immédiats  qui  sont  des  composés  quinquennaires. 


1. 

Phosphate  amnioniaco-magnésien 

li. 

Cystine,  C«H»0<S'Az 

AiH3.H0.2M90.PhO+  12H0. 

15. 

Fibrine. 

3. 

Glycocliolate  de  soude,  NaO.C^^ 

16. 

Albumine. 

H«Oi«Ai. 

17. 

Albuminose. 

4. 

Hrocholinate  de  soude,  NaO.C^^ 

18. 

Caséine. 

H«AzO«o. 

19. 

Globulinc. 

5. 

Urate  de  soude,  NaO.C<oi1«Az« 

20. 

Musculine. 

0«  +  H0. 

21. 

Osléinc. 

6. 

—     de  chaux. 

22. 

('artilagéine. 

7. 

—    de  potasse. 

23. 

Élasticine. 

8. 

—     de  magnésie- 

2i. 

Kératine. 

9. 

Ilippurate  de  soude. 

25. 

CrisUlline. 

10. 

—    de  chaux. 

26. 

Hématosine. 

II. 

—    de  potasse. 

27. 

Biliverdine. 

12. 

Acide  pneumiquc. 

28. 

Mélanine. 

13. 

Inosate  de  pousse,  K().C»oiiHz2 
010. 

29. 

Urrosacine. 

VI.  Principes  immédiaU  qui  sont  des  composés  sexcnaircs. 
1.  Pneumate  de  soude. 


2.  Taurocholate  de  soude,  C^^H^Az 
S20>*.  NaO. 


Un  en  déduit  cbimiquemeut  que  i*organisme  des  maairoi- 


7.  Calcium. 

8.  Magnésium. 

9.  Polassium. 

10.  Sodium. 

11.  Fluor. 

12.  Fer. 


180      DES  MUNCIPDS  IMMUDiAlS  K^  GKDiÉËAL,  CH.  I,  ART..  I. 

fèrcs  est  compoié  par  les  corps  simples  ou  élémentaires,  ou 
éléments  chiniitiucs  suivants: 

1.  Oxygène. 

2.  Hydrogène. 

3.  Azote. 

4.  Carbone. 

5.  Soufre. 

6.  Phosphore. 

Il  faut  y  joindre  :  13  le  maganèsc,  lA  le  cuivre,  et  au  moius 
accidentellement  16  Tarsenic,  16  le  plomb  dont  l'état  de  com- 
binaison n'est  pas  connu. 

163.  —  De  V état  chimique  dans  lequel  se  trouvent  les  prin- 
cipes immédiats  dam  V organisme. 

Nous  avons  vu  que  les  conditions  complexes  dans  lesquelles 
se  trouvent  placés  les  principes  immédiats  dans  l'organisme 
empochent  de  prévoir  quelles  sont  réellement  les  doubles  dé- 
compositions et  les  combinaisons  qui  vont  se  passer  lorsqu'on 
introduit  quelque  composé  au  milieu  d'eux  ;  ces  conditions 
forcent  de  recourir  à  des  expériences  directes  pour  être  flxé 
sur  les  efTets  de  ces  actes.  Mais  la  complication  des  conditions 
mise  de  côté,  chacun  de  ces  actes  pris  isolément  s'accomplit 
d'après  les  lois  des  combinaisons  chimiques,  de  la  manière  la 
plus  rigoureuse.  Aussi  la  question  de  savoir  si  les  principes 
immédiats  que  nous  pouvons  extraire  des  tissus  et  des  humeurs 
s'y  trouvent  dans  le  même  état  chimique  que  lorsqu'ils  sont 
isolés,  rentre  dans  la  discussion  générale  de  l'état  où  se  trou- 
vent les  sels  tenus  en  dissolution  dans  un  liquide ,  question 
purement  chimique,  et  qu'on  a  depuis  longtemps  résolue  en 
regardant  le  résultat  de  l'analyse  d'un  liquide  salin  complexe, 
comme  représentant  la  composition  de  ce  liquide.  C'est  qu'en 
effet,  à  cet  égard ,  toutes  les  fois  qu'on  a  voulu  aller  au  delà 
de  ce  qu'enseigne  l'expérience,  on  arrive  à  des  questions  in- 
solubles, et  par  conséquent  oiseuses,  n'ayant  aucune  portée 
pratique.  Par  conséquent,  nous  ne  pouvons,  sous  ce  rapport, 
faire  autre  chose  en  anatomie  qu'en  chimie.  Nous  ne  pouvons 
que  dire  :  Le  chlorure  de  potassium,  la  créatine,  le  lactate  de 
potasse,  etc.,  sont  des  principes  immédiats,  parce  que  nous 
pouvons  les  retirer,  comme  tels,  des  humeurs  et  des  tissus  ; 


CiUlAGTiESS  D*ORimB  CHIMKHIB.  181 

parce  que  nous  pouvons  les  séparer  les  uns  des  autres  et  de 
plusieurs  principes  encore  qui  les  accompagnent ,  sans  dé- 
truire chimiqu^nent  ni  les  uns  ni  les  autres,  et  parce  que 
quelques  uns  de  ces  principes  se  séparent  quelquefois  spon- 
tanément de  la  substance  organisée  qu'ils  forment,  tels  que 
nous  les  retirons  artificiellement.  Ainsi  lorsqu'on  parvient  à 
extraire  un  certain  nombre  de  principes  définis ,  on  doit  les 
considérer  comme  existant  tels  quels  dans  l'organisme,  et  ne 
subissant  d'autres  transformations  que  de  passer  de  l'état  li« 
quide  à  l'état  solide,  de  la  même  manière  que  les  sels  extraits 
d'une  eau  minérale  sont  considérés  comme  existant  dans  ce 
liquide  avec  le  même  état  de  constitution  chimique  qu'ils 
avaient  avant  d'y  avoir  été  dissous,  et  qu'ils  ont  après  en 
avoir  été  extraits  :  seulement,  par  suite  de  leur  union  avec 
Teau,  ils  ont  changé  d'état  physique  ;  ils  sont  à  Tétatliquide  au 
lieu  d'être  à  l'état  solide,  comme  lorsqu'ils  en  ontété  séparés. 

Nous  ne  devons  donc  pas  dire  de  l'acide  chlorhydrique, 
du  chlore,  de  la  potasse,  du  soufre,  du  fer  ou  des  produits  de 
décomposition  delà  créatine,  de  l'acide,  deshippurates,etc., 
que  ce  sont  des  principes  immédiats,  parce  que  nous  ne 
les  retirons  pas  tels  de  l'économie  ;  parce  que ,,  pour  les 
obtenir  ainsi ,  il  faut  décomposer  moléculairement ,  non 
pas  seulement  la  matière  organisée,  mais  encore  les  com- 
posés définis  qu'on  en  peut  retirer  d'une  manière  immédiate  ; 
et  parce  que  pour  cela  il  faut  employer  des  moyens  violents, 
évidemment  destructeurs  de  la  matière  organisée  d'abord , 
et  ensuite  des  composés  définis  qu'on  en  pourrait  extraire. 

L'étude  des  humeurs  animales  et  végétales,  faite  au  point 
de  vue  anatomique  et  au  point  de  vue  chimique,  montre  en- 
core que  les  principes  immédiats  ont  dans  le  corps  mort  la 
même  constitution  chimique  que  dans  le  corps  vivant.  L'as- 
surance où  Ton  est  de  la  vérité  de  ce  fait  ressort  à  la  fois  de 
l'ensemble  des  observations  qu'on  a  faites  sur  les  propriétés 
des  liquides  animaux,  sur  leur  composilion  et  sur  la  connais- 
sance du  nombre  des  actes  qui  s'y  passent,  lesquels  pris  isolé- 
ment obéissent  rigoureusementaux  lois  chimiques.  Elle  ne  rcs- 


182     DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EH  GÉMtlAL,  GH.  I,  ART.  I. 

sortirait  nullement  d'une  discussion  reposant  sur  des  probabn 
lités  ;  car  elle  est  purement  expérimentale.  Les  changements  de 
constitution  ne  surviennent  qu  autant  que  commence  la  putré- 
faction f  et  ils  indiquent  le  commencement  de  ce  phénomène 
multiple  ;  mais  là  encore  il  ne  se  passe  aucun  acte  qui  n*ait 
lieu  d'après  les  lois  chimiques,  et  la  connaissance  de  ces  actes 
vient  encore  donner  plus  de  certitude  au  fait  dont  nous  par- 
lons, lorsqu'on  le  compare  à  ceux-ci. 

IV.— CARACTÈRES  D'ORDRE  ORGANOLEPTIQUS  DES  PRIRGIPCS  XMMÉDUTS, 

16A.  —  Définition.  On  donne  le  nom  de  propriétés  orga^ 
noïeptiques  des  principes  immédiats  ou  autres  corps  [opyoww, 
instrumentum ,  organe;  >.y;6w,  >afx6xvw,  capto^  prendre  (1)],  à 
toutes  celles  que  nous  percevons  par  le  contact  immédiat  et 
direct  de  l'espèce  étudiée,  avec  nos  organes. 

Jusqu'ici  les  deux  sens  supérieurs ,  la  vue  et  Vouïe ,  aidés 
du  raisonnement,  nous  ont  seuls  servi  directement  pour  l'é- 
tude des  principes  immédiats.  Ils  nous  ont  fait  connaître 
quelques  caractères  d'ordre  mathématique,  puis  les  proprié- 
tés physiques  de  couleur,  etc.,  et  enfin  les  caractères  chimi- 
ques de  solubilité  et  de  combinaison  que  présentent  les  prin- 
cipes dans  l'économie.  Mais  les  principes  jouissent  d'autres 
propriétés  qui  consistent  dans  l'action  exercée  par  ces  corps 
appliqués  immédiatement  sur  nos  organes.  Elles  peuvent  sou- 
vent être  utilisées  pour  distinguer  les  corps  les  uns  des  autres, 
et  nous  serviront  plus  tard  de  caractères  distinctifs  pour 
séparer  les  unes  des  autres  les  diverses  espèces  de  principes 
immédiats. 

165.  — Ces  propriétés  sont  au  nombre  de  quatre  :  1°  Z'tm- 
pression  des  corps  sur  le  toucher  et  le  tact;  2°  sur  le  sens 
du  goût;  3"  sur  celui  de  l'olfaction;  A**  les  diverses  actions 
que  l'espèce  de  corps  peut  exercer  sur  les  organes  vivants,  ou 
éprouver  de  leur  part. 

On  peut  voir  que  toutes  ces  propriétés  dérivent,  les  unes 

(I)  Chbvheul,  toe.  cil.,  182i,  p.  91  et  42. 


CAiUCTÈBfiS  D*OHDUIi;  ORGAKULEPTIOUE.  183 

pluSp  les  autres  moins ,  des  propriétés  physiques  ou  chimi* 
ques.  Seulement  ici  l'organisme  est  considéré  directement  eu 
aclion  ;  c'est  un  réactif  qui  modifie  ou  qui  est  modifié  :  comme 
la  lumière  ou  la  chaleur  peuvent  modifier  moléculairemeut 
ou  âtre  modifiées  dans  lem*s  lois  de  transmission,  etc.;  comme 
un  acide  peut  détruire  ou  être  détruit  par  un  corps. 

Nous  constatons  ici  que  l'espèce  a  une  action  sur  l'écono- 
mie ;  mais  cette  action ,  uous  l'envisageons  quant  à  l'espèce 
étudiée  en  elle-même  et  non  quant  à  l'action  sur  l'organisme 
même.  Ce  n'est  que  plus  tard,  en  physiologie,  qu'il  sera  tiré 
parti  de  l'action  constatée  ici,  afin  d'en  étudier  l'influence 
sur  la  nutrition  en  général  et  sur  chaque  fonction  en  particu- 
lier. C'est^alors  que  nous  étudierons,  s'il  y  a  lieu,  l'action  dite 
physiologique,  toxique  ou  thérapeutique  des  substances. 

L'organisme  est  considéré  ici  comme  agent  (qui  attaque  ou 
est  attaqué)  et  non  comme  le  sujet  d'étude  ;  c'est  le  composé 
qui  est  considéré  sous  ce  point  de  vue.  En  physiologie ,  au 
contraire,  le  composé  sera  repris  sous  le  rapport  de  la  pro- 
priété constatée  comme  agent,  et  c'est  l'organisme  qui  devien- 
dra le  sujet  d'étude.  Dans  le  premier  cas,  le  principe  immédiat 
est  le  sujet  qu'on  étudie,  l'organisme  est  l'objet  mis  en  usage 
pour  cela;  dans  le  second,  l'organisme  est  le  sujet  d'étude 
et  le  composé  l'objet  dont  on  se  sert  pour  étudier. 

166.  —  Ces  propriétés  supposent  connues  les  propriétés 
physiques  ou  chimiques ,  car  elles  reposent  sur  celles-ci , 
quoique  cependant  elles  en  diiïercnt. 

Les  lois  de  l'odeur  et  de  la  saveur  des  corps  sont  certai- 
nement différentes  des  lois  de  la  vaporisation  et  de  celles  des 
dissolutions,  et  cependant  elles  supposent  la  volatilité  et 
la  solubilité;  l'odeur  et  la  saveur  n'existent  pas  sans  elles, 
mais  elles  ne  sont  pas  proportionnées  a  ces  propriétés. 

Les  lois  des  propriétés  de  tangibilitc  ou  tactiles ,  les  lois 
des  impressions  que  font  éprouver  les  corps  qu'on  touche,  en 
un  mot,  sont  certainement  différentes  de  la  conductibilité 
pour  le  calorique,  d'une  part,  et  de  celles  qui  régissent  l'état 
d'agrégation ,  des  lois  de  la  densité  des  corps ,  ce  mot  étaut 


18A    DES  PRINCIPES  IMMÉOIATS  EN  CtNÉRAL,  CH.  1,  ART.  I. 

pris  dans  le  sens  de  dureté ,  consistance.  Cependant  elles 
dérivent  de  celles-ci  ;  il  y  a  une  relation  entre  elles.  Le  talc  et 
le  savon  en  sont  des  exemples.  Mais  pourtant  l'analogie  de 
sensation  n*est  pas  en  rapport  direct  avec  la  consistance  ou 
k)  degré  de  fluidité  ;  la  différence  qui  existe  au  toucher  entre 
certains  corps  gras  solides  ou  liquides ,  ou  entre  certaines 
essences,  est  là  pour  le  prouver.  Du  reste,  cet  ordre  de  sen- 
sation [varie  avec  l'organe  qui  touche,  main,  langue  ou  peau 
du  reste  des  corps,  et  de  plus,  suivant  l'état  anatomo-physio- 
logique  de  chacun  de  ces  organes. 

Il  faut  bien  distinguer  de  ces  sensations  purement  tactiles 
celles  auxquelles  se  joint  une  action  chimique  et  qui  établis- 
sent une  sorte  de  transition  entre  le  toucher  et  le  goût.  Telles 
sont  les  sensations  produites  par  l'acide  acétique ,  par  les 
acides  minéraux  étendus,  celle  que  fait  éprouver  la  po- 
tasse, etc.,  lorsqu'elle  ne  va  pas  jusqu'à  la  douleur,  c'est-à- 
dire  jusqu'à  détruire  les  tissus. 

Il  en  est,  à  plus  forte  raison,  de  même  des  propriétés  or- 
ganoleptiques  des  corps  se  manifestant  parieur  action  sur  les 
organes  internes  et  causant  des  sensations  ou  impressions  in- 
ternes bien  distinctes  des  précédentes.  Elles  sont  très  nom- 
breuses et  varient  beaucoup  depuis  la  sensation  de  froid  ou 
de  chaud  interne,  se  rapprochant  des  sensations  tactiles  gé- 
nérales ,  jusqu'aux  sensations  spéciales  causées  par  certains 
corps,  tels  que  l'opium,  le  haschich,  etc.  Tantôt  ce  sont  de$ 
impressions  analogues  à  la  faim ,  des  tiraillements  ou  pince- 
ments d'estomac  ;  d'autres  sont  appelées  pesanteur  ou  légèreté 
de  la  tète ,  des  muscles ,  des  membres ,  des  viscères ,  etc. 
L'excès  des  unes  et  des  autres  constitue  la  douleur.  La  per- 
ception de  chacune  de  ces  sensations  ou  impressions  analo- 
gues varie  elle-même  un  peu,  suivant  qu'il  s'agit  de  corps  se 
rapprochant  l'un  de  l'autre  par  leur  composition,  ou  pris  à 
l'état  solide,  dissous  dans  tel  ou  tel  véhicule  actif  ou  inactif, 
et  suivant  que  le  cerveau ,  organe  de  la  perception ,  est  ou 
n'est  pas  attaqué  lui-même.  Quelle  que  soit  du  reste  l'action, 
nous  prenons  en  considération  la  différence  des  sensations  per- 


CAlAGTteBS  D*ORDRE  ORGANOLEPTIQUE.   •  185 

çuessousTinfluencede  chaque  espèce  de  principes,  ou  bien  les 
différences  dans  la  manifestation  de  ces  perceptions ,  quand 
on  expérimente  sur  un  autre  animal ,  et  toujours  le  tout 
est  considéré  quant  au  principe  étudié ,  et  non  quant  aux 
appareils  et  aux  fonctions  de  Tanimal  sur  lequel  on  expéri- 
mente. 

167.  — Ces  propriétés  forment  donc  un  groupe  distinct  de 
celles  que  nous  avons  étudiées  plus  haut,  et  doivent  être  étur 
diées  i  part  et  jamais  négligées. 

Elles  ne  doivent  venir  qu'après  les  autres ,  parce  qu'elles 
peuvent  manquer  quelquefois  :  ainsi  on  conçoit  et  Ton  con* 
natt  des  corps  sans  saveur,  sans  odeur,  sans  action  sur  les 
organes  internes,  mais  on  ne  connaît  pas  de  corps  sans  pro- 
priétés physiques  ni  chimiques.  Elles  sont  donc  moins  géné- 
rales, de  plus  elles  dépendent  des  autres  et  sont  plus  compli- 
quées. 

Elles  peuvent  manquer  ;  mais,  lorsqu'elles  existent ,  elles 
sont  d'une  très  grande  utilité,  quant  à  la  distinction  des  corps 
les  uns  des  autres. 

D'autre  part ,  soit  que  l'espèce  ait  la  propriété  narcotique 
de  la  morphine,  l'action  foudroyante  de  l'acide  cyanhydrique, 
la  qualité  fébrifuge  des  alcalis  du  quinquina;  soit  qu'elle  ait 
la  propriété  de  nourrir,  d'empêcher  la  nutrition,  ou  soit 
inactive  sur  l'économie  vivante ,  ces  propriétés  sont  intéres- 
santes à  noter  et  doivent  l'être  dans  leurs  rapports  avec  les 
propriétés  précédentes ,  avant  d'en  venir  à  en  faire  appli- 
cation à  l'étude  des  fonctions,  dans  le  but  de  les  modifier. 

Nous  verrons ,  dans  l'étude  des  tissus ,  que  l'examen  des 
eflets  alimentaires  peut  souvent  devenir,  sous  le  point  de  vue 
anatomique,  un  utile  complément  des  autres  procédés  d'ex- 
ploration, surtout  de  l'exploration  chimique  dont  il  constitue, 
dans  les  limites  indiquées  plus  haut,  une  sorte  d'appendice 
naturel.  De  ce  fait  résulte  par  comparaison  un  grand  intérêt 
à  étudier  sous  le  même  rapport  les  principes  immédiats  :  car 
nous  verrons  que  nul  d'entre  eux,  pris  séparément,  n'est  ali- 
Ule,  aussi  bien  les  subslances  organiques  que  les  principes 


180     DES  PRJNCiPfiS  UmÉOlATS  EN  GÉNÉRAL,  GB*  1.  ART.  1. 

cristallisables;  tandis  que  les  tissus  formés  par  leurs  méiaiige 
et  dissolution  réciproques  peuvent  nourrir. 

168.  —  Il  était  nécessaire  d'être  bien  fixé  sur  les  faits  pré- 
cédents applicables  à  l'étude  de  tous  les  corps ,  avant  d*ea 
tirer  parti  relativement  aux  principes  immédiats. 

Il  est  des  principes  immédiats  qui,  dans  l'économie,  don^ 
nent  au  toucher  la  sensation  d*une  substance  grasse^  onc- 
Itf^M^f ,  savonneme  :  tels  sont  les  principes  gras  ou  non 
azotés  d'origine  organique  ;  caractères  qu'il  ne  faut  pas  con- 
fondre avec  la  consistance  propre  aux  tissus  qu'ils  concou- 
rent à  constituer.  Tels  sont  encore  les  sels  de  soude  qu'on 
trouve  dans  la  bile. 

169.  —  Plusieurs  principes  répandent  une  odeur  pronon- 
cée :  tels  sont,  les  butyrates  et  hyrciates  alcalins,  qu'on  trouve 
soit  dans  le  sang,  soit  dans  les  produits  sécrétés. 

170.  —  Les  principes  immédiats  peuvent  conserver  dans 
l'économie  le  goût  qui  leur  est  propre,  comme  le  sel  marin  ; 
mais ,  en  général ,  combinés  intimement  les  uns  aux  autres 
pour  constituer  la  substance  organique  ou  du  corps  «  ils  per* 
dent  leur  saveur  propre.  Ce  n'est  qu'après  avoir  été  isolés 
qu'ils  la  retrouvent  ;  ce  n'est  qu'au  point  de  vue  des  procédés 
d'étude  que  nous  pourrons  voir  ces  caractères  reparaître  et 
en  tirer  parti ,  en  tenant  compte  de  ce  que  nous  avons  ap- 
pris en  chimie  sous  ce  rapport.  Ainsi  considérés  comme  con- 
dition d'activité  de  l'organisme ,  les  caractères  organolepti- 
ques  des  principes  immédiats  nous  offrent  peu  de  faits  utiles 
à  envisager. 

171.  —  lien  est  de  même  pour  les  caractères  organdep- 
tiques  internes;  les  principes  immédiats  réunis,  combinés, 
pour  former  la  matière  du  corps,  perdent  une  partie  des  ca- 
ractères qui  leur  sont  propres.  C'est  dans  les  substances 
qui  résultent  de  leur  union  ou  combinaison  que  nous  retrou- 
verons de  nouveaux  caractères  organoleptiques ,  mais  qu'il 
faudra  étudier  dans  chaque  tissu  formé  par  ces  substances. 

En  chimie,  l'étude  des  caractères  organoleptiques  ex- 
ternes (impressions  tactiles,  odeur  et  saveur)  et  internes,  ou 


GàRÀGTfeU»  D*ORDRB  ORGANIQUE.  187 

actioD  tar  Its  humeurs  et  éléments  anatomiques^  est  très  ca- 
ractérisée; elle  y  acquiert  un  grand  développement.  En  ana- 
tomie ,  elle  n'a  que  fort  peu  d'importance  dans  la  première 
subdiYÎsiodi  celle  que  nous  étudions.  Mais  nous  retrouverons 
ces  caractères  dans  l'étude  des  humeurs  et  des  tissus  ;  comme 
fl  s'agit  li  de  parties  bien  constituées,  i  part  des  caractères 
nouveaux ,  nous  verrons  ceux  dont  il  s'agit  ici  prendre  un 
développement  nouveau  et  reparaître  aussi  caractérisés  qu'ea 
dûmioi  mais  avec  un  cachet  différent. 

Ce  n'est  pas  le  seul  exemple  de  ce  genre  que  nous  ayons  à 
citer  ;  on  voit  dans  toute  science  se  manifester  à  l'état  d'ébau- 
die  dans  l'une  de  ses  parties  les  caractères  qui  acquerront 
leur  plein  développement  dans  les  parties  suivantes.  Par 
exemple,  les  propriétés  hygrométriques  ou  d'élasticité,  etc., 
des  tissus,  se  trouvent  à  l'état  d'ébauche  dans  les  éléments 
anatomiques  ;  mais  ce  n'est  qu* autant  que  ceux-ci  se  trouvent 
réunis  en  masse,  enchevêtrés  les  uns  avec  les  autres,  pour 
former  les  tissus,  qu'elles  se  manifestent  pleinement.  Une  fois 
étudiées  dans  les  humeurs  et  les  tissus,  leur  importance  dé- 
croît et  cesse  complètement  dans  Thistoire  des  systèmes, 
organes  et  appareils. 

V.  —  CARACTÈRES  D'ORDRE  ORGANIQUE  DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS. 

172. — On  entend  par  caractères  d'ordre  organique  des  prin- 
cipes immédiats  en  particulier,  et  par  suite  de  toutes  les  parties 
du  corps,  un  ordre  de  caractères,  différents  de  tous  ceux  que 
nous  venons  d'étudier,  reposant  sur  eux,  les  supposant,  mais 
ne  pouvant  s'en  déduire,  ni  se  confondre  avec  eux  sous  aucun 
rapport. 

Les  principes  immédiats  ont  pour  caractère  organique,  ca* 
ractère  sans  analogue  dans  tout  ce  que  nous  avons  vu  précé- 
demment, de  CONSTITUER  LA  SUBSTANCE  DU  CORPS,  OU  SUBSTANCE 

ORGANIQUE  PROPREMENT  DITE,  cn  raison  de  leur  réunion  en 
nombre  considérable  et  de  l'état  liquide  ou  demi-solide  qu'ils 
présentent  par  union  spéciale  et  dissolution  réciproque  et  com- 
plexe les  uns  à  l'aide  des  autres. 


188     DES  PRlNCmS  IIUIÉDIATS  EN  GÉMiRALi  CH.  I,  ART.  1. 

C'est  là  le  fait  d'organisation  le  plus  simple,  le  pins  élémen- 
taire. Mais  c'est  aussi  le  plus  important,  parce  que  c'est  sur 
lui  que  reposent  tous  les  autres ,  tous  en  dérivent.  Lorsqu'on 
en  vient  à  tenir  compte  de  l'oi^anisation  d'un  être  pour  en 
faire  application  soit  à  nos  besoins,  soit  pour  rétablir  à  l'état 
normal  un  dérangement  de  l'organisme,  cet  étatle  plus  simple 
peut  bien  paraître  accessoire  ;  il  l'est  réellement  à  côté  de 
l'arrangement  de  l'organe  ou  de  l'appareil  lésé  ;  mais  c'est 
pourtant  là  un  élat  tout  à  fait  indispensable  à  connaître, 
pour  arriver  à  bien  connaître  la  disposition  du  système,  de 
l'organe,  de  l'appareil. 

Les  autres  caractères  d'organisation  qui  se  rattachent  à 
chacune  des  autres  parties  de  l'économie  sont  en  effet  de 
simples  modifications  de  disposition,  physique  au  fond,  de  la 
substance  qui  résulte  de  l'arrangement  organique  des  prin- 
cipes immédiats. 

Il  a  fallu  à  ce  caractère  nouveau  un  nom  d'ordre,  un  nom 
générique  nouveau  comme  lui.  Ce  caractère  étant  aussi  dis« 
tinct  des  caractères  chimiques  proprement  dits  que  ceux-ci 
le  sont  des  caractères  physiques,  il  a  fallu  le  dénommer  au 
même  titre  que  ceux-ci  et  d'une  manière  aussi  déterminée. 
On  l'a  appelé  caractère  organique,  ou  d'ordre  organique. 

La  propriété  physiologique  ou  dynamique  correspondante 
que  nous  venons  de  signaler  a  naturellement  reçu  aussi  un 
nom  nouveau  :  on  Ta  appelée  propriété  vitale  ou  d'ordre 
VITAL.  On  l'a  encore  appelée  propriété  organique.  Mais  les 
termes  organisation  et  organique  entraînent  plutôt  l'idée 
d'arrangement  que  celle  de  mouvement,  une  idée  statique 
plutôt  que  dynamique  ;  de  là  deux  ordres  de  termes  en  bio- 
logie :  les  uns  s'appliquant  aux  faits  statiques,  anatomiques, 
organiques  ou  d'oRGANiSATiON,  Ics  Rutrcs  aux  faits  dynami- 
ques, PHYSIOLOGIQUES  OU  VITAUX,  DE  VIE  OU  DE  VITALITÉ. 

178.  — Les  principes  immédiats  ne  présentent  qu'un  seul 
caractère  d'ordre  organique.  Ce  caractère  est  unique,  mais 
il  est  fondamental;  sur  lui  reposent  tous  les  caractères  des 
autres  parties  de  l'économie  ;  sur  lui  reposent  les  autres  ca- 


CARAGTÈBES  D*ORDRE  ORGANIQUE.  180 

raclères  d*ordre  organique  sans  se  confondre  avec  lui,  et  ils 
ne  peuvent  rentrer  les  uns  dans  les  autres. 

Ce  caractère  est  celui  de  constituer  la  substance  de  l'orga- 
KISIIB  par  Uurréunionennombreconsidérable  et  leur  état  gêné* 
ràUment  liquide  ou  demi-solide  par  union  et  dissolution  riàr 
proque  et  complexe  les  uns  à  l'aide  des  autres. 

Naturellement  ce  caractère  domine  les  autres  caractères 
organiques,  ceux  que  présentent  les  éléments,  les  humeurs, 
les  tissus,  etc.,  puisqu'ils  sont  formés  par  cette  substance, 
n  est  la  condition  d'existence  immédiate,  nécessaire  et  essen- 
tielle [des  propriétés  d'ordre  vital  ou  de  la  vie ,  c'est-à-dire 
du  double  mouvement  continu  de  composition  et  décomposition 
sans  destruction  du  corps  où  t7  se  passe^  qui  caractérise  la  nu- 
trition ;  propriété  élémentaire  que  présentent  tous  les  corps 
organisés  sans  exception,  la  seule  qui  soit  absolument  com- 
mune à  tous. 

Ce  caractère  organique  est,  au  point  de  vue  anatomique,  le 
pendant  du  théorème  physiologique.  Lorsqu'il  cesse  d'exister, 
l'être  organisé  cesse  d'exister,  comme  lorsque  le  double  mou- 
vement dont  il  vient  d'être  question  s'arrête,  on  dit  que  la  vie 
cesse,  ou  que  la  mort  a  lieu. 

Pris  en  lui-même  substantivement,  ce  caractère  d'ordre 
organique  prend  le  nom  d'oRGANiSATiON.  Tout  corps  qui  le 
présente  a  une  organisation^  est  organisé:  on  l'appelle  corps 
organisé. 

Il  n'y  a  vie  que  la  où  il  y  a  organisation  ,  mais  il  n'y  a 
pas  nécessairement  vie  partout  où  il  y  a  organisation  ;  il  faut 
pour  cela  un  ensemble  de  conditions  extérieures  à  l'être 
organisé.  Alors  tout  être  qui  présente  une  organisation,  quel- 
que simple  qu'elle  soit,  est  doué  d'une  au  moins  des  propriétés 
vitales,  la  plus  simple  d'abord,  celle  que  nous  venons  de  si- 
gnaler, la  nutrition,  ou  au  moins  en  a  été  doué(l). 

Par  conséquent,  la  membrane  des  cellules  végétales,  celle  des 
cellules  animales  qui  en  ont  une ,  ou  la  masse  totale  des  cel- 

(I)  Cb.  RoBRf,  Dumicrotc.  et  det  inject,,  elc.  Paris,  ISiO,  ia-8,  2*  parlie. 


102     DES  PRINCIPES  IMliÉDIATS  EN   GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  I. 

des  éléments  anatomiques.  A  ce  caractère  se  rattachent 
comme  attribut  physiologique,  outre  les  propriétés  vitales, 
plusieurs  propriétés  appelées  propriétés  de  tissu. 

Les  systèmes  ont  tous  les  caractères  des  tissus,  plus  une 
conformation  générale  propre  à  chacun  d'eux  qui  manquait 
aux  tissus.  Il  faut  y  rapporter  comme  attribut  physiologique 
toutes  les  propriétés  ci-dessus,  plus  Tidée  à*usage  général 
commun  à  toutes  les  parties  du  corps,  mais  variant  suivant 
chaque  système. 

Les  organes  ont  naturellement  tous  ces  caractères,  et  en 
outre  ils  sont  composés  d'organes  premiers  et  ont-  une  con* 
formation  spéciale;  à  ce  caractère  se  rapporte  I'usagb  propre 
à  chacun  d'eux. 

Les  appareils  nous  montrent  d'abord  des  caractères  de 
structure,  de  conformation  générale,  de  conformation  spéciale, 
plus  l'arrangement  corrélatif  avec  continuité  médiate  ou  im- 
médiate des  organes  qui  les  constituent.  Ils  jouissent  de  toutes 
les  propriétés  physiologiques  possédées  par  toutes  les  autres 
parties  du  corps,  et  il  faut  y  rattacher  en  outre  l'idée  de 
fonction. 

Chaque  organisme  entier,  ou  corps  organisé  en  général,  a 
pour  caractère  de  réunir  simultanément  tous  les  précédents 
et  d'avoir  une  conformation  extérieure  qui  lui  est  propre  ;  il 
manifeste  l'ensemble  des  actes  physiologiques  ci-dessus  et 
deux  ou  trois  autres  appelés  résultats;  ensemble  qui  reçoit 
le  nom  de  vie  ou  vitalité. 

En  résumé^  on  voit,  d'après  ce  qui  précède,  qu'on  appelle 
en  anatomie  corps  organisés  tous  ceux  qui  présentent  l'état 
d'organisation. 

Les  corps  organisés  seuls  présentent  l'état  de  vie,  eux  seuls 
peuvent  être  vivants  j  mais  ils  peuvent  se  présenter  sans  cet 
état  de  vie  :  on  dit  alors  qu'ils  sont  morts^  qu'ils  présentent 
l'état  de  mort;  ils  peuvent  être  vivants  ou  morts  (1). 


(1)  Ch.  Robin,  Tableauûn  (Tana.'omie.  Paris,  18S0,  ia-4*,  a?erUiieiiieot  et 
Ubleaox  l  à  10. 


CARACTÈRES  1>*0RDRE  ORGANIOl'K.  103 

On  désigne  par  l'épillièle  organique,  d^origine  organique^ 
toute  substance  qui,  ne  venant  pas  des  milieux  ambiants,  est 
retirée  artificieUement  ou  s'éciiappe  naturellement  d*un  corps 
organisé. 

176.  Nous  verrons  plus  tard  que  les  éléments  anatomiques 
sont  des  corps  organisés  d*une  espèce  particulière,  les  humeurs 
(sang,  lympbe,  etc.)  sont  des  corps  organisés  d'une  autre  es- 
pèce, et  ainsi  de  suite  pour  les  parties  du  corps  de  plus  en 
plus  compliquées.  Le  sang,  considéré  comme  sang,  c'est-à- 
dire  formé  de  son  liquide  salin  et  albumino-fibrineux,  de  ses 
globules  tous  réunis  par  dissolution,  mélange  et  suspension, 
est  un  corps  organisé  et  vivant  quand  il  est  placé  dans  des  con- 
ditions convenables,  c'est-à-dire  dans  l'organisme.  U  a,'en  effet, 
pour  attributstatique,  l'état  de  liquide  par  union  et  dissolution 
complexe  des  principes  immédiats ,  caractéristique  de  l'état 
d'organisation.  Il  a,  pour  attribut  dynamique,  le  double  mou- 
vement continu  décomposition  et  de  décomposition,  sans  des- 
truction ni  changement  de  son  état  d'organisation,  double 
phénomène  qui  reçoit  le  nom  de  vie.  Nais  le  sang  privé  de 
sa  fibrine  ou  de  ses  globules  n'est  plus  un  corps  organisé,  ni 
par  conséquent  vivant.  Ce  ne  sont  plus,  d'une  part,  que  des 
globules^  éléments  anatomiques  ayant  leur  organisation  pro- 
pre ;  de  la  fibrine^  substance  organique  formant  un  des  prin- 
cipes immédiats  des  plus  complexes  sous  le  rapport  de  la  com- 
position chimique ,  et  enfin  du  sérum ,  substance  d'origine 
organique  formée  par  le  mélange  de  plusieurs  principes. 
Ajoutez  l'absence  des  gaz  qui  s'échappent  pendant  la  coa- 
gulation. 

Un  faisceau  musculaire  strié,  une  fibre  lisse  de  l'intestin, 
ane  fibre  de  tissu  cellulaire ,  sont  des  corps  organisés  ;  ils 
présentent  les  mêmes  attributs  anatomiques  et  physiologi- 
ques. Mais  que  d'une  masse  de  ces  fibres  on  enlève  l'albu- 
mine, ou  la  musculine,  ou  les  sels  des  liquides  qui  les 
imbibent,  ce  ne  seront  plus  des  corps  organisés,  mais  des 
substances  organiques  qui,  réunies,  forment  un  élément  ana- 
iomique,  un  corps  organisé  doué  de  la  vie,  et,  séparées,  ne 
K  ,  '        13 


19&      DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CU.  I,  ABT.  I. 

forment  plus  que  des  principes  immédiats,  doués  seulement 
de  propriétés  chimiques,  lesquelles,  pour  être  plus  complexes 
que  celles  des  corps  minéraux  plus  simples ,  n'en  sont  pas 
moins  de  même  nature. 

Ainsi  I  les  termes  organisation  et  corpt  organisé ^  outre  leur 
sens  général ,  s'appliquent  naturellement  avec  un  sens  plus 
spécial  à  toutes  les  parties,  plus  complexes  que  les  premières 
qui  sont  très  simples  (éléments  anatomiques)  et  par  leur  réu- 
nion composent  les  autres.  Ils  s'appliquent  aux  tissus,  sys- 
tèmes, organes,  etc. 

177.  On  donne  le  nom  d'oROANiSME  à  tout  corps  organisé^ 
ayant  eu  ou  pouvant  avoir  une  existence  séparée.  On  donne 
le  nom  de  vitalité  ou  de  vie  à  l'ensemble  des  propriétés 
d'ordre  vital  ou  propriétés  vitales  que  manifeste  ce  corps. 
L'homme,  le  chêne,  le  cheval,  les  Protocoecus  (CklamydocoC' 
CM#),  les  Torula,  un  osuf,  un  bulbe,  un  bulbille,  une  graine, 
sont  des  organismes  simples  ou  composés^  dont  l'existence 
distincte  a  des  lois  plus  ou  moins  complexes  ;  mais  une  fibre 
musculaire^  un  tube  nerveux,  une  cellule  épithéliale,  ne  sont 
pas  des  organismes,  quoique  ce  soient  des  corps  organisés.  Ce 
dernier  terme  est  donc  plus  général  que  celui  d'organisme. 

Ainsi  on  voit  que  tous  les  corps ,  tant  inorganiques  que 
d'origine  organique ,  présentent  des  caractères  du  même  ordre 
que  ceux  que  nous  venons  d'étudier  dans  les  principes  immé- 
diats en  général.  Pourtant  nous  avons  vu  ces  derniers  pré- 
senter tous  dans  l'économie  quelques  particularités  de  ces 
caractères  que  n'oifrenl  pas  les  composés  minéraux,  ni 
ces  mêmes  principes  eux-mêmes,  isolés,  retires  de  l'organisme 
vivant.  Ces  particularités  étaient  dues  toujours  au  fait  de  la 
réunion  de  ces  principes  en  nombre  considérable,  d'où,  par 
suite,  il  y  a  Tintervention  des  propriétés  de  l'un  qui  modi- 
fient la  manifestation  des  propriétés  de  l'autre,  et  récipro- 
quement. Mais,  de  plus,  en  biologie ^  nous  voyons  pour  la 
première  fois  apparaître  un  ordre  nouveau  de  caractères; 
un  ordre  de  plus  que  dans  les  corps  pureaieiit  chimiques , 
physiques  et  géométriques. 


CJOUCTiBM  D*ORDRR  OlfiAMIQUE.  196 

Cet  ordre  de  caractères  apparaît  dès  le  commencement  de 
l'anatomie ,  qui  elle-même  Q6l  la  première  des  branches  de 
la  biologie;  il  apparaît  dès  Thistoire  des  principes  immédiats. 
Cet  ordre  de  caractères  prend  le  nom  de  caractères  orga- 
RiQUESi  et  se  place  naturellement  à  la  suite  des  caractères 
d'ordre  chimique  et  organoleptique,  car  il  est  plus  compliqué 
que  ceux-ci;  il  en  dépend  et  repose  sur  eux  sans  pouvoir  ren- 
trer  en  eux,  et  il  est  bien  plus  spécial;  il  s'applique  à  un  bien 
plus  petit  nombre  de  corps» 

En  effet,  les  carac(^re«  d'ordre  organique  apparaissentà  l'état 
d*ébauche  dans  l'étude  des  principes  immédiats  d'abord,  nmis 
ils  prennent  une  extension  bien  plus  grande,  et  sont  bien  plus 
nettement  caractérisés  à  mesure  qu'on  passe  aux  éléments 
anatomiques,  puis  aux  humeurs,  tissus,  systèmes,  organes  et 
appareils.  Ils  prennent  enfin  leur  plein  développement  dans 
rétude  de  I'organisme  lui-même,  du  corps  entier.  Et  pourtant 
les  éléments,  tissus,  systèmes,  etc.,  présentent  ég  lement  des 
caractères  mathématiques,  de  volume,  de  forme,  etc.;  phy- 
siques, de  consistance,  d'élasticité,  etc.;  chimiques,  de  solubi- 
lité, de  combinaison  possible  avec  différents  corjw,  une  coni- 
posilion  chimique,  etc.  Mais  plus  on  s'élève,  des  éléments, 
tissus,  systèmes,  etc.,  vers  le  corps  entier,  plus  on  abords? 
de$  {Mirties  de  l'organisme  conipliquécs  ;  plus  on  s'approcho 
ainsi  de  l'étude  des  appareils,  puis  du  corps  en  général,  plus 
aussi  on  voit  décroître  la  fixité  de  ces  différents  ordres  d^ 
caractères  ;  au  contraire ,  celle  des  caractères  d'ordre  orga^ 
nique  se  prononce  davantage  et  perd  progressivement  le  ca- 
chet chimique  qu'elle  conserve  encore  un  peu  dans  Tétud^ 
des  principe^. 


196      DES  PRINCIPES  milÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  II. 

ARTICLE  IL 

CARACTÈRES  DBS  PRINUPES  IMMEDIATS  ENVISAGÉS,  QUAND  IL  T  A  UB(J, 
DANS  LEURS  YARUTIONS  SUIVANT  LES  SEXES,  LES  AGES,  LES  RACES, 
LES  ESPÈCES  ANIMALES  ET  LES  ÉTATS  ANORMAUX,  SOIT  NATURELS  OU 
SPONTANES,  SOIT  ACCIDENTELS. 


I.— VARIATlOirS  SUIVANT  LES  SEXES. 

178. — Il  y  a  des  principes  immédiats  qui  existent  cbez  les 
individus  du  sexe  femelle  et  manquent  chez  le  mâle  et  réci- 
proquement. C'est  le  cas  de  la  caséine  et  du  sucre  de  lait  ne 
se  rencontrant  que  dans  le  produit  des  glandes  mammaires. 

II  est  probable  que  lorsque  Tanalyse  anatomique  des  hu- 
meurs testiculaire  et  prostatique  pourra  être  faite  d'une  ma- 
nière rationnelle ,  on  trouvera  des  particularités  analogues , 
c'est-à-dire  des  principes  immédiats  propres  à  chacune 
d'elles,  comme  c'est  le  cas  déjà  pour  les  produits  sécrétés 
spécialement  par  plusieurs  des  diverses  espèces  de  glandes. 

IL  -—  DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  SUIVANT  LES  AGES. 

179.  —  Une  fois  introduite  ou  formée  dans  Téconomie, 
chaque  espèce  de  principe  immédiat  ne  diffère  guère  qu'en 
plus  ou  en  moins,  au  fur  et  à  mesure  des  progrès  de  Tâge. 
Ce  paragraphe  correspond,  comme  on  voit,  à  celui  qui,  dans 
l'histoire  des  éléments  anatomîques,  etc  ,  embrasse  l'étude 
de  leur  formation,  des  particularités  de  leur  état  anatomique 
pendant  leur  développement  et  leur  terminaison.  Ainsi,  dès 
les  premiers  pas  faits  en  anatomie,  nous  trouvons  à  l'état 
d'ébauche  ce  qui,  plus  tard,  formera  un  côté  assez  étendu 
de  cette  science. 

180.  —  Nulle  partie  de  l'économie ,  de  quelque  ordre 
qu'elle  soit,  n'est,  à  proprement  parler,  quelque  chose  par 
elle-même  ;  ce  n'est  que  par  leur  réunion  et  leur  concours 
qu'elles  constituent  un  tout  dont  l'ensemble  peut   avoir 


HBS  PRIMC1PB8  IMMÉDIATS  SUIVANT   LB8  AGES.  107 

une  existence  séparée.  Pourtant  chacune  de  ces  parties 
est  un  facteur,  un  agent  qui  jouit  d*une  sorte  d'existence 
difiérente  de  Fexistence  des  autres  parties ,  d*une  certaine 
indépendance,  qui  est  d'autant  plus  grande  qu'il  s'agit  d'une 
partie  plus  simple.  C'est  ainsi,  par  exemple,  que  chaque  vé- 
sicule adipeuse,  fibre  du  tissu  cellulaire,  du  musculaire,  ou 
chaque  cellule  d'épithélium,  peut  s'atrophier  et  disparaître 
sans  que  les  autres  cellules  varient,  sans  que  les  organes  ou 
les  appareils  soient  modifiés  en  rien. 

Les  principes  immédiats  aussi  étant  les  dernières  parties 
constituantes  de  l'organisme,  celles  de  ces  parties  par  la  réu- 
nion desquelles  est  formée  la  substance,  la  matière  de  toutes 
les  autres  parties,  chacun  d'eux  n'est  rien  par  lui-même,  il 
ne  vaut  quelque  chose  dans  l'organisme  que  par  son  union 
intime  et  complexe  avec  les  autres  principes.  Mais  par  suite 
de  ce  mode  d'union  par  dissolution  réciproque  et  complexe 
qui  caractérise  organiquement  les  principes  immédiats,  il  n'y 
a  dans  tout  être  vivant  qu'un  seul  individu  de  chacune  de 
leurs  espèces,  et  cet  individu  ne  peut  jamais  disparaître  tout 
à  fait  sans  que  la  matière  organisée  qu'il  concourt  a  former 
disparaisse  aussi.  C'est  ainsi  que  le  sucre  de  lait  et  la 
caséine  disparaissant,  le  lait  disparaît  aussi,  en  tant  que 
lait,  ou  réciproquement.  Les  principes  immédiats,  qui  ne 
sont  pas  tout  à  fait  spéciaux  comme  ceux-ci,  présentent 
donc  cette  particularité  nécessaire,  que  nul  individu  d'entre 
eux  ne  disparaît  complètement  de  l'organisme,  tandis  que 
beaucoup  d'individus  vésicules  adipeuses,  fibres  de  tissu  cel- 
lulaire, etc.,  s'atrophient,  au  contraire,  sans  que  le  tissu  de 
ce  nom  disparaisse. 

Chaque  principe  immédiat  ne  peut  que  varier  en  plus  ou 
en  moins  dans  de  certaines  limites  dans  les  diverses  substan- 
ces qu'il  concourt  à  former. 

Mais  il  le  fait  facilement  sous  les  moindres  influences,  et 
tandis  que  ces  variations  de  quantité  influent  sur  la  consti- 
tution des  tissus  et  des  humeurs ,  sur  les  fonctions  des  appa- 
reOSy  comme  on  le  voit  pour  les  variations  de  la  quantité 


198      DKft  NUKUril»  IHHKIIUT8  £N  OÉHtllAki  GH.  I,  ART.  IK 

d>iiU|  par  exemple;  au  cotilraire,  les  proportions  de  ce  prin- 
cipe et  des  autres  sont  indépendantes  de  la  forme,  du  volume 
et  des  autres  Oaractères  des  appareils  des  organes,  dee  tisius. 

ISI.  -^  On  sait,  d'autre  part,  que  les  caractères  des  diter* 
se$  espèces  de  parties  du  corps  peuvent  osciller  dans  de  cer- 
taines limites  sans  que  ces  parties  passent  d'une  espèce  i  une 
autre,  sans  qtie  leur  substance,  leur  constitution  interne  soit 
changée.  Ces  variations  peuvent  être  d'autant  plus  considé* 
rables  qu*il  s'agit  d'un  ordre  de  parties  plus  complexes  :  c'est 
ainsi  que  la  forme,  le  volume,  la  disposition  des  parties  ex- 
térieures, des  appareils,  des  organes,  etc.,  varient  beaucoup 
plus,  toutes  proportions  gardées,  et  plus  souvent  que  les  éli- 
fnents  anatomiques,  musculaires,  adipeux,  etc. 

Pour  les  principes  immédiats,  les  caractères  sont  encore 
bien  plus  fixes,  moins  susceptibles  de  variation  que  ceux  des 
éléments  organiques  proprement  dits,  tels  que  fibres,  ceU 
Iules,  etc., cela  tient  à  la  simplicité  de  leur  constitution  intime 
ou  élémentaire,  surtout  de  ceux  qui  sont  définis,  cristalUta* 
liles  ;  car  la  simplicité  de  ces  parties  élémentaires  de  l'écono- 
mie est  bien  plus  grande  encore  que  celle  des  éléments  ana^ 
tomiques.  Aussi,  de  mémo  que  tous  les  composés  chimiques 
proprement  dits,  leur  constitution  élémentaire  ne  peut  varier 
sans  que  les  caractères  do  l'espèce  ne  soient  tout  à  fait  changés, 
sans  passer  d'une  espèce  à  une  au^^e.  Ce  point  a,  du  reste, 
été  traité  au  sixième  article  des  P*  xilégomènes.  Dans  l'écono- 
mie donc,  par  suite  des  faits  précédents,  et  de  l'état  de  disso- 
lution réciproque  oii  se  trouvent  les  principes  immédiats, 
nous  ne  leur  connaissons  encore  d'autres  variations  que 
celles  de  quantité. 

Il  n'y  aura  conséquemment  qu'à  propos  des  principes  im- 
médiats susceptibles  de  cristalliser  dans  Téconomie,  ce  qui  est 
exceptionnel,  que  nous  aurons  à  signaler  les  variations  de 
forme  et  de  volume  des  cristaux  de  chaque  espèce.  Une  fois 
les  principes  retirés  de  l'économie,  après  les  avoir  fait  chan» 
gtr  d'étal  en  les  retirant  de  l'organisme  pour  les  faire  ren- 
trer dans  le  règne  minéral,  nous  pouvons  les  finrt  cristdii» 


U8  PBWGIPES  mifÉOUTS  SUIVANT  Uig  AittS.  199 

ser,  les  coaguler,  changer  leur  couleur,  suivant  les  condi- 
tions arli&cielles  inorganiques  où  nous  les  plaçons  ;  mais  ce 
n*est  pas  là  le  sujet  dont  nous  avons  à  traiter.  Ce  n'est  que 
comme  moyen  d*étude  que  nous  tirerons  parti  de  ces  faits  qui 
sont  étrangers  à  Thistoire  anatomique  proprement  dite  du 
principe  immédiat. 

182.  —  Il  résulte  de  tout  ce  qui  précède,  que  chaque  prin- 
cipe, une  fois  formé  dans  Torganisme,  ne  présente  pas  d'au- 
tres changements  que  des  modifications  en  plus  ou  en  moins.  Ils 
D'offrent  pas ,  comme  les  autres  parties  du  corps  ,  des  phases 
de  développement  ou  d* évolution  donnant  lieu  à  Tétude  des  va- 
riations de  forme,  de  volume  et  autres  caractères  soit  physiques, 
soit  chimiques,  qui  correspondent  à  chacune  de  ces  phases. 

Mais  tandis  que  les  éléments  anatomiques,  les  tissus,  etc., 
n'on td*autre  mode  de  terminaison  ou  de  fin  que  l'iitrophie  ou  la 
putréfaction  après  la  mort  de  Tétre  organisé,  et  ne  le  pré- 
sentent qu'une  fois  pour  chaque  individu ,  leur  substance  est  , 
soumise  à  une  rénovation  continue  qui  est  caractéristique  de 
la  vie.  Cette  rénovation  s*opérant  par  un  double  mouvement 
d'entrée  et  de  sortie  des  principes  qui  constituent  cette  sub- 
stance, il  en  résulte  que  Tétude  de  Yorigine  et  de  Yissue  ou 
fin  des  principes  immédiats  prend  une  grande  importance.  Il 
s'agit,  en  effet,  de  voir  comment,  sans  changer  un  seul  in- 
stant de  forme  et  de  volume,  des  éléments  anatomiques  peu- 
Y&ni  renouveler  continuellement  leur  substance,  dont  lei 
principes  se  forment  d*un  côté,  pendant  qu'à  l'aide  de  maté* 
riaux  nouveaux  ils  se  défont  de  l'autre,  par  formation  de  non» 
vdles  espèces  destinées  à  être  expulsées. 

n  n'est  pas  la  moindre  portion  de  nos  organes  que  nous 
puissioiis  saisir  avec  les  doigts  qui  ne  soit  constituée  par  ua 
nombre  plus  ou  moins  grand  de  principes  immédiats  unis  les 
ans  aux  autres.  Nous  avons  vu  ce  que  sont  ceux-d,  voyoos 
d'où  ils  viennent  quand  ils  entrent,  où  ils  vont  quand  ils  sor* 
tmi.  ÉludkHis  en  outre  te  ^nomène  intermédiaire,  savoir 
ob  et  edoiineiit  ^  te  iùmmt  après  èUt  «très  et  avant  àe 


200      DES  PRIKCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ABT.  II. 

183.  —  Sous  le  point  de  vue  qui  nous  occupe,  les  prin- 
cipes immédiats,  considérés  en  eux-mêmes,  offrent  trois 
ordres  de  faits  à  considérer  :  d*abord  se  présente  l'idée  de 
leur  entrée  et  de  leur  sortie  ;  mais  de  ces  deux  faits  le  pre- 
mier se  subdivise,  et  il  faut  étudier  Torigine  des  matériaux, 
puis  la  formation  des  principes. 

Nous  avons  donc  a  faire  Texamen  des  faits  statiques  sui- 
vants : 

[  A.  L'origine  de  leurs  ma- 
1»  Originedes  principes  immédiaU,  comprenant  :   ^  jj^foSon  jes  prin- 

(         cipet. 
2"  En  dernier  lieu C.  L'issue  des  principes. 

Ce  qui,  dans  la  partie  de  la  physiologie  correspondant  à 
cette  division  de  Tanatomie,  conduit  à  étudier  les  phénomè- 
nes se  passant  dans  lorganisme  qu'on  doit  rapporter  au  rôle 
dynamique,  c  est-à-dire  aux  propriétés  : 

1**  Des  principes  qui  entrent  ; 
2**  De  ceux  qui  sortent; 
3*  De  ceux  qui  restent; 

Car  les  extrêmes  doivent  être  connus  pour  pouvoir  appré- 
cier convenablement  les  cas  intermédiaires. 

A.  Origine  des  nwtériaux  desprincipes  immédiats, 

18A.  —  L'ovule,  avant  la  fécondation,  est  un  produit  qui 
fait  partie  de  l'être  qui  le  porte  ;  il  se  nourrit  à  la  manière 
d'un  élément  anatomique  quelconque,  en  empruntant  des 
principes  tout  formés  aux  parties  des  corps  ambiants. 
Peut-être  seulement  emprunte-t-il  les  matériaux  de  ces  prin- 
cipes, mais  alors  qu'ils  font  encore  partie  essentielle  de  l'être 
vivant,  c'est-à-dire  qu'ils  sont  encore  soumis  au  double  mou- 
vement d'échange  qui  les  transporte  d'un  élément  à  un  autre, 
d'une  humeur  à  un  tissu,  ou  réciproquement,  jusqu'à  ce  qu'ils 
soient  rejetés  en  dehors.  Après  la  fécondation,  c'est  réellement 
le  même  fait  qui  continue  à  s'opérer  chez  tous  les  vivipares 
jusqu'au  momentde  la  naissance.  A  cette  époque  l'air  intervient 
d'abord  pour  fournir  des  principes  immédiats,  puis  en  même 


ORIGIIIE  DBS  MATÉBIAUX  DË8  PRINCIPES  IMMÉDIATS.         201 

teoips  OU  peu  à  peu,  quand  le  jeune  se  nourrit  de  lait,  inter- 
viennent des  matériaux  liquides  et  solides  venus  du  dehors. 
Chez  les  ovipares,  et  pendant  la  germination  des  graines  des 
principes  immédiats,  où  leurs  matériaux  sont  empruntés  au 
vitellus  ou  à  Tendosperme ,  parties  vivantes  douées  encore 
du  mouvement  nutritif,  constituées  de  parties  semblahles  ou 
analogues  à  celles  de  Tètre  qui  a  produit  le  germe  ;  une  autre 
partie  des  principes  est  empruntée  à  Tair  ou  à  Teau. 

Nous  voyons  dès  à  présent  que  la  formation  de  Tovule  ne 
peut  être  ramenée  à  une  formation  de  principes  immédiats, 
car  c'est  à  Taide  de  principes  immédiats  tout  formés,  et  par- 
ticipant au  double  acte  vital  élémentaire,  que  natt  le  germe 
qui  plus  tard  sera  fécondé.  Et  ce  germe  naît  par  formation 
de  toutes  pièces  (ovules),  comme  naissent  tous  les  éléments 
anatomiques  qui  portent  parmi  leurs  propriétés  celle  de  se 
détacher  pour  se  renouveler  incessamment;  ou  bien  ce  n*est 
même  qu'une  portion  de  la  substance  de  Tétre  qui  se  déve- 
loppe plus  que  les  autres  et  se  détache  (gemmes,  bourgeons, 
boutures).  Dans  ce  dernier  cas  seulement,  le  germe  une  fois 
formé  emprunte  immédiatement  des  matériaux  au  milieu 
extérieur;  dans  le  premier,  au  contraire,  il  les  emprunte 
pendant  longtemps  encore  directement  à  Tètre  dans  lequel 
il  s'est  formé  (vivipares),  ou  bien  à  une  masse  de  substance 
vivante  (jaune  de  Fœuf)  qui  lui  a  été  surajoutée  pendant 
qu* il  faisait  encore  partie  de  Tétre  dans  lequel  a  eu  lieu  sa 
formation. 

185.  —  Les  remarques  suivantes,  extraites  presque  tex- 
tuellement des  écrits  de  M.  Chevreul  (1),  achèveront  Texposé 
de  ces  faits.  Afin  de  compléter  ces  idées,  j'ajouterai,  dit 
M.  Chevreul,  encore  quelques  considérations  relatives  à  l'as- 
similation de  la  matière  qu'ils  prennent  aux  aliments. 

Il  existe  un  rapport  intime  entre  la  composition  chimique 
d'un  aliment  et  celle  de  l'être  auquel  il  sert  de  nourriture. 


(1)  Chivieul,   Considérai,  sur  la  mat.  organisée  {Journal  des  savants 
iméeiaST). 


202      DES  PRINCIPKS  IHHllDIATS  EN  GÉNÉRAL,  GH.  1,  ART.  11. 

Mais  pour  apprécier  ce  rapport,  il  faut  distinguer  les  deux 
cas  qui  peuvent  se  présenter  : 

1*  Celui  oii  l'être  vivant  tire  sa  nourriture  d'une  matière 
contenue  dans  une  graine  ou  dans  un  œuf,  ou  directement 
dans  un  autre  être  vivant; 

2^  Le  cas  où  Têlre  vivant  croit  principàlemeni  aux  dépens 
des  corps  extérieurs,  comme  le  fait  une  plante  pourvue  d'or- 
ganes verdoyants  ou  un  animal  adulte. 

1*'  cas.  Entre  la  germination  de  la  graine  et  le  développement 
du  germe  d'un  œuf,  il  y  a  ce  rapport  qu'une  certaine  tempéra- 
ture et  le  contact  de  Toxygène  atmosphérique  sont  indispen- 
sables* Et  il  y  a  cette  diflërence  que  la  plupart  des  graines  ne 
germent  qu'en  prenant  de  l'eau  au  dehors,  tandis  que  les 
œufs,  au  moins  ceux  des  oiseaux,  contiennent  une  plus 
grande  quantité  de  ce  liquide  qu'il  n'en  faut  pour  le  dévelop- 
pement du  germe  ;  d'après  mes  expériences,  ils  en  perdent 
un  sixième,  terme  moyen  pendant  l'incubation.  Le  je^ine  vé- 
gétal trouve  donc  dans  la  graine,  comme  le  jeune  animal 
dans  l'œuf  ou  dans  sa  mère,  tous  les  principes  immédiats 
nécessaires  à  son  développement;  sauf,  pour  les  ovipares,  la 
température  et  le  gaz  atmosphérique ,  et  pour  la  germina- 
tion l'eau  et  les  sels  venant  du  dehors. 

La  nature  des  principes  immédiats  contenus  dans  la  graine 
et  dans  l'œuf  rend  parfaitement  compte  du  rôle  qu'ils  jouent 
oonmie  matière  propre  au  développement  du  germe;  eo  eSet» 
ils  offrent  l'un  et  l'autre  les  types  principaux  des  matières 
que  l'on  trouvera  plus  tard  dans  l'être  tout  à  fait  développé. 

Si  des  ovipares  passant  aux  mammifères,  nous  envisageons 
le  jeune  animal  relativement  au  lait  qui  le  nourrit  pendant 
les  premiers  temps,  nous  remarquons  que  les  principes  ini!- 
médiats  constituant  ce  liquide  sont  en  très  grand  nombre,  et 
qu'ils  représentent  des  types  de  composition  très  variés,  sa- 
voir :  des  principes  cristallisables  du  premier  groupe,  Ids 
sont  les  sulfates,  chlorures,  etc.;  et,  enfin,  des  substances  or- 
ganiques, tant  corps  gras  que  substances  azotées  (beurre, 
caséine).  Sous  ce  double  rapport,  ils  sont  donc  émii 


tolOlllB  DM  MATÉRIAUX  DES  PlIllfCIPKS  IMMÉDIATS.      20S 

propres  à  s'assimiler,  c  est-à-dire  k  se  combiner  molécule  à 
molécule  aux  principes  tout  à  fait  semblables  ou  analogues 
déjà  Mîstantdans  les  organes  qu'ils  doivent  nourrir. 

S*  eoâ.  Si  nous  considérons  les  végétaux  développés  pour- 
vus de  parties  vertes,  les  animaux  supérieurs  sevrés  de  leur 
mère,  nous  apercevrons  entre  eux  une  grande  différence 
dans  leurs  facultés  respectives  do  s'assimiler  la  matière  du 
monde  extérieur. 

Les  végétaux,  moins  compliqués  dans  leur  organisation  que 
les  animaux,  peuvent  s'assimiler  l'eau  et  le  gaz,  le  carboni* 
que,  par  exemple  ;  d'un  autre  côté,  les  engrais  nécessaires  i 
leur  complet  développement  présentent  des  matières  organi» 
ques  plus  ou  moins  altérées  au  moment  où  elles  pénètrent 
dans  leur  intérieur. 

Tel  est  le  rapport  des  principes  immédiats  de  l'aliment  i 
ceux  du  végétal  dans  l'état  normal.  L'assimilation  des  ali- 
ments puisés  à  l'extérieur  ne  s'opère  dans  les  plantes  que 
sous  des  influences  extérieures  de  lumière  et  de  température, 
desorteque,  hors  de  ces  circonstances,  les  fonctions  de  ces 
êtres  restent  suspendues,  ainsi  que  nous  le  voyons  en  hiver 
ou  quand  nous  les  plongeons  dans  une  glacière. 

En  passant  des  plantes  aux  animaux,  nous  voyons  que  plus 
Torganisation  de  ces  derniers  est  compliquée,  plus  les 
aliments  dont  ils  se  nourrissent  sont  complexes  et  analogues 
par  leurs  principes  immédiats  aux  principes  des  organes  qu'ils 
doivent  entretenir. 

En  définitive,  on  voit  que  les  végétaux  se  nourrissent  d'eau, 
d'acide  carbonique,  d'autres  gaz  et  de  matières  organiques  à 
l'état  d'engrais,  ou  en  d'autres  termes  altérées,  c'est-à-dire 
ramenées  i  l'état  de  principes  plus  simples,  plus  solubles. 
Au  contraire,  les  animaux  plus  élevés  dans  l'échelle  orga- 
nique ont  besoin  de  matières  bien  plus  complexes  quant  aux 
principes  immédiats  qui  les  composent,  et  plus  variées  dans 
leurs  propriétés  (1). 

(i)  Cbbyibcl,  ConsidéraHons  sur  la maiière  organisa  {Journal des  savanUf 
iDoée  1837). 


20A      DB5  PRINCIPES  IMIIÉBIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  1,  ART.  11. 

186.  —  La  chimie  moderne,  en  découvrant  la  nature, 
c'estrà-dire  la  composition  élémentaire  et  immédiate  de  l'at- 
mosphère, de  Teau,  du  gaz  acide  carbonique,  des  principes 
immédiats  des  plantes  et  des  animaux^  a  donc  parfaitement 
défini  les  rapports  existant  entre  la  composition  des  êtres 
organisés  et  celle  de  la  matière  aux  dépens  de  laquelle  ils 
s'accroissent,  puisqu'elle  a  retrouvé  dans  cette  matière  tous 
les  éléments  des  premiers.  Mais  après  la  découverte  de  ce 
rapport  général,  il  reste  des  recherches  difficiles  et  nom- 
breuses à  tenter  pour  reconnaître  comment  il  se  fait,  chimi- 
quement parlant,  qu'un  aliment  pris  par  un  animal  voit  ses 
principes  divisés  en  deux  portions.  Tune  qui  pénètre  dans 
rintérieur  des  organes  pour  s'unir  i  leurs  principes  et  en- 
tretenir l'un  des  actes  de  la  vie,  tandis  que  l'autre  portion 
est  rejetée  au  dehors  (1). 

187.  —  Sous  ce  rapport,  les  principes  immédiats  se  di« 
visent  : 

a.  Principef  doot  les  mttériaui  font  des  es- 
pèces de  corps  n*iysnt  pas  vécu  on  poQYint 
n*aYoir  pas  Téca.  (Beaucoup  de  Tégétaux 
n'empruntent  pas   d'autres  matériaux  au 

1-  E«  PRINCIPES  DONT  LES  MA-]  ^^^"  «^"^  '*  ^<^™*^^°  ^*  '*«"  prindpes.) 
rtEiAuxviENKEifTDUDimoas.A  p^^^j^^^  ^^^^  Ics  matérisux  sont  des  corps 
lu  comprennent  :  j     ^^^^^  ^^^  ^^^  ^.^  ^^^^  ,^  plantes,  soit 

dans  des  animaux.  (Tous  les  animaux  et 
beaucoup  de  plantes  ont  besoin,  outre  les 
précédents  matériaux,  de  ceux-d,  pour  la 
formation  de  leurs  principes.) 

^  p  „.  I  ^«  Principes,  en  un  mot,  dont  les  malérianx 

r  Ejt  PRINCIPES  DONT  LES  MA-       ^.^^^^^^  ^^  Porganismc  où  iU  se  forment, 
TiRiAW  VIENNENT   DU  DE-^     c'cst-à-dirc  participaient  déjà  aux  acU»  nu- 
tritifs de  rétre  où  se  formeie  principe. 


DANS. 


a.  Principes  dont  les  matériaux  venant  du  dehors  sont  des  corps  n'ayant  pas 

vécu  ou  pouvant  n'avoir  pas  vécu. 

188. —  Ces  principes  sont  empruntés  directement  ou  quel- 
quefois indirectement  aux  milieux  solides,  liquides  ou  ga-> 
zeux  qui  nous  entourent, 

(i)  CmvttUL,  toc.  et(.,  1837. 


mtOmS  DBS  MATtalAUX   DES  PRINCIPES  IHVÉDIATS.      205 

Ce  sont  les  suivants  : 

I.  Oxygène.  |11.  Carbonate  de  poUise. 

S.  Hydrogène. 

3.  Aiote. 

4.  Ean. 

5.  Chlonire  de  fodium. 

6.  Chlorure  de  potassium. 

7.  Chlorure  d'ammonium. 

8.  Carbonate  de  chaux. 

9.  Carbonate  de  magnésie» 
10.  Carbonate  de  soude. 


12.  Sulfate  de  soude. 

13.  Sulfate  de  poUsse. 

14.  Sulfate  de  chaux. 

15.  Phosphate  neutre  de  soude. 

16.  Phosphate  acide  de  soude. 

17.  Phosphate  de  poUsse. 

18.  Phosphate  basique  de  chaux. 

19.  Phosphate  acide  de  chaux. 

20.  Phosphate  de  magnésie. 


A  ces  principes  on  ajoutera  ceux  dont  la  constitution  chi- 
mique réelle  dans  l'organisme  n*est  pas  encore  connue, 
comme  la  silice,  le  fer,  le  cuivre,  le  plomb ,  etc.  Il  en  est 
d'autres  que  nous  n'avons  pas  énumérés  parmi  ceux-là,  comme 
les  bicarbonates,  parce  que  Tacide  en  excès  qui  les  fait  passer 
à  rétat  de  bicarbonate  se  forme  dans  l'organisme  dont  peut- 
être  une  partie  vient  du  dehors  avec  les  aliments  et  l'autre  se 
forme  dans  l'organisme. 

189.  —  De  ces  principes  les  uns  sont  gazeux,  comme 
l'oxygène,  l'hydrogène  et  l'azote;  ils  pénètrent  par  le  poumon 
ou  la  peau. 

Ceux  qui  sont  liquides,  comme  l'eau,  pénètrentpar  les  voies 
digestives  surtout,  et  servent  de  véhicule  à  ceux  qui  sont  so- 
lides comme  les  différents  sels  solubles.  Les  solutions  de 
ceux-ci  servent  à  leur  tour  de  dissolvant  pour  les  sels  inso- 
lubles, tels  que  les  sels  de  chaux,  lesquels  peuvent  encore 
être  dissous  soit  (carbonates  ou  phosphates)  par  les  eaux 
chargées  d'acide  carbonique. 

Du  reste,  il  est  de  ces  principes  qui  ne  viennent  pas  exclu- 
sivement des  milieux  géologiques;  ils  peuvent  pénétrer  en 
partie  avec  des  matériaux  ayant  déjà  vécu,  dont  ils  sont 
eux-mêmes  partie  constituante,  mais  c'est  toujours  là  un 
mode  accessoire  d'origine. 

Ces  principes  sont  tout  à  fait  semblables  aux  composés 
naturels  du  règne  minéral  ;  ce  sont  des  mêmes  espèces.  On 
désigne  souvent  le  groupe  naturel  qu'on  on  peut  former  sous 
le  nom  de  principes  d'origine  minérale. 


206     IMM  PRIVCIPBS  III11ÉDIAT8  EN  GÉNtRALt  CM.  I|  AAf  •  H* 

6.  Principes  dont  les  matériaux  venant  du  dehors  sont  eoi-ménei  des  prin- 
cipes immédiats  ayant  déjà  participé  aux  actes  nutritifs  d*un  être  autre  que 
celui  dans  lequel  ils  pénétrent. 

190.  —  Ce  sont  toutes  les  substances  organiques  non 
cristallisables,  comme  : 


i.  Albumime. 

2.  Fibrine. 

3.  Caséine. 

4.  Globuline. 

5.  Albuminose. 

6.  Paneréatine. 


7.  Kératine. 

8.  Musculine. 

9.  Élasticine. 

10.  Osséine. 

11.  Cartilagéine. 


Les  matériaux  de  ces  principes  arrivent  par  les  voies  diges- 
tives  exclusivemejit.  Introduits  dans  Tintestin  avec  les  pré- 
cédents, c*est  surtout  à  leur  aide  qu'ils  pénèlrenl  daui 
l'économie,  co  sont  eux  qui  leur  servent  de  véhicule  et 
quelquefois  de  conditions  de  dissolution. 

D'autres  principes  encore  dont  nous  aurons  bientôt  â  parler 
interviennent  du  reste  aussi,  surtout  comme  condition  de 
dissolution  et  liquéfaction  :  tels  sont  Tacide  lactique  du  sue 
gastrique,  plusieurs  des  principes  de  la  bile,  etc.,  Uois  en- 
core fautril  prendre  en  considération  que  ces  principes-U  no 
sont  pas  les  seuls  de  tous  ceux  des  sucs  gastrique  et  biliaire 
qui  soient  nécessaires,  et  que  tous  interviennent  pour  um 
certaine  part. 

Les  principes  dont  nous  venons  de  donner  Ténumératioii 
ne  pénètrent  pas  tout  formés  dans  l'organisme,  ce  sont  leurs 
matériaux  seulement  qui  y  entrent.  Ces  matériaux  sont  des 
substances  d'une  constitution  analogue  à  la  leur,  matériaux 
dont  la  formation  a  eu  lieu  dans  les  végétaux,  qui  seuls  ont 
généralement  la  propiiéié  de  les  former  à  l'aide  des  matériaux 
que  nous  avons  énumérés  dans  le  premier  groupe  et  autres 
analogues,  tous  en  général  puisés  directement  par  eux  dans 
les  milieux  cosmologiques  solides,  liquides  ou  gazeux. 

Ces  matériaux  élaborés  par  les  végétaux  y  forment  les 
substances  grasses  ou  azotées  ;  des  plantes  »oai  UMàgée$  par 
les  herbivores  et  accessoiremonl  gAr  les  omnivores,  et  seiv^J^ 


OftMSlNE   DfiS  MATÉIIIUUX   DES  PRlKClPBft  llIlfÉOlATS.      207 

de  matériaux  pour  la  formalion  des  principes  dont  nous  ve- 
nons de  donner  la  liste.  Les  principes  immédiats  de  cet  ordre 
du  corps  des  herbivores  servent  également  à  leur  tour  de  ma* 
tériaux  pour  la  formation  des  principes  analogues  qu'on 
trouve  chez  les  carnivores  et  chez  les  omnivores. 

c.  PriDcipM  doot  les  matëriaai  vienDent  da  dcdani,  dont  tes  matériêui  y\tn» 
neoi  des  priDcipes  participant  d^à  aax  actes  Datritifs  de  TorfuiisiDe  où  a 
liea  la  formatioii. 

191.  —  Ce  sont  les  suivants  : 


I. 

2. 
8. 
4. 

5. 

6. 

7. 

8. 

9. 
iO. 
II. 
12. 
IS. 
14. 
15. 
16. 
17. 
18. 
19. 
10. 


Acide  carbonique. 
Hydrogène  protocarbooé. 
Hydrogène  sulfuré. 
Carbonate   d*aminoBiaqoe. 
Pbospbate   ammooiaco  -  magné- 
sien. 
Acide  lactique. 
Lactate  de  potasse. 
Lactace  de  soude. 
Lactate  de  chaux. 
Acétate  de  soude. 
Acide  «rique. 
Urate  de  potasse. 
Urale  de  sonde. 
Urate  de  chaux. 
TJrate  d^ammoniaque. 
Urtte  de  magnésie. 
Acide  hippurique. 
Hippurate  de  chaux. 
HipfNirate  de  soude. 
Hippurate  de  potasse. 
boèate  de  potasse. 


22.  Oxalate  de  fhaat. 

23.  Urée 

24.  Allanloidîne. 

25.  Cystine. 

26.  Créatine. 

27.  Créatinine. 
128.  Leuciae. 

29.  Choléate  de  soude. 

30.  Glycocholate  de  sonde. 

31.  Hyocfaolinate  de  soude, 

32.  Acide  pneumîque. 

33.  Acide  stéarique  libre  du  sang. 

34.  Acide  margarique,  td. 

35.  Acide  oléique,  id. 

36.  Margarine. 

37.  Stéarine. 

38.  Oléine. 

39.  Butyrine. 

40.  Hyrcinc. 

41.  Cholestérine. 

42.  Sucre  de  diabète. 

43.  Sucre  de  lait. 


L'adde  carbonique  tire  ses  matériaux  soit  des  substances 
grasses,  soit  des  corps  azotés,  ou  même  de  quelques  uns  des 
prnficipes  de  ce  groupe-ci ,  comme  du  sucre  ou  des  lactates. 
Le  carbonate  d*ammoniaque  les  emprunte  aux  substances 
azotées.  L'urée,  l'acide  urique,  l'hippurique,  la  créatine,  la 
créatiaine,  etc.,  les  empruntent  aux  mêmes  substances.  Les 
acides  stéarique,  margarique  et  oléique  libre,  empruntent  les 
leurs  aux  substances  grasses.  Les  différents  setg  des 
précédents,  l'hydrogène  sulfuré,  etc.,  tirent  leurs  ba! 
principes  du  premier  groupe. 


208      DES  PRINCIPES  limÉDiATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  1,  ART.  II. 

On  ne  sait  pas  encore  auxquels  des  principes  précédents 
les  sucres  empruntent  leurs  matériaux,  mais  on  sait  qu'ils  se 
forment  dans  l'économie  à  Taide  de  ceux  que  leur  fournit 
la  substance  du  corps.  De  plus ,  le  foie  a  la  propriété  de 
transformer  en  glucose  le  sucre  de  canne,  et  enfin  du  glucose 
provenant  de  Tamidon  qui  pendant  la  digestion  a  subi  la  ca- 
talyse glucosique  peut  directement  être  introduit  dans  l'éco- 
nomie. Quelques  principes  particuliers,  comme  la  cystine  et 
les  acides  des  sels  biliaires,  tirent  leurs  matériaux  probable- 
ment des  substances  azotées ,  sulfurées ,  mais  on  n'a  encore 
que  des  soupçons  ou  des  hypothèses  sur  plusieurs  de  ces 
points.  Ils  seront  discutés  quand  il  y  aura  lieu ,  dans  l'his- 
toire particulière  de  chaque  principe.  Nous  verrons  que  l'on 
ne  peut  pas  toujours  considérer  comme  démontrées  les  hy- 
pothèses de  quelques  chimistes  sur  l'origine  de  ces  maté- 
riaux. Plusieurs  sont  possibles  ;  pour  plusieurs  même  on  ne 
voit  pas  comment  les  choses  pourraient  être  autrement  ;  mais 
nous  savons  encore  si  peu  à  cet  égard ,  les  conditions  com- 
plexes dans  lesquelles  se  trouvent  les  principes  immédiats 
sont  si  peu  étudiées,  qu'on  ne  saurait  considérer  comme  dé- 
montré un  fait  par  cela  seul  qu'on  ne  peut  le  concevoir  au- 
trement que  comme  l'indique  telle  ou  telle  hypothèse  chi- 
mique. 

192.  —  Les  principes  des  deux  premiers  groupes,  ou  leurs 
matériaux,  pénètrent  par  les  voies  digestives  et  pulmonaires  ; 
le  résultat  de  leur  pénétration  est  l'accroissement  de  la'sub- 
stance  du  corps,  la  formation  des  principes  qui  la  constituent. 
Les  matériaux  des  principes  du  dernier  groupe  viennent  des 
principes  précédents  qui  se  décomposent  ;  le  résultat  de  leur 
formation  et  de  leur  issue  est  le  décroissement  de  la  substance 
du  corps.  L'arrivée  et  la  formation  des  premiers ,  la  forma- 
tion et  l'issue  de  ces  derniers ,  ont  pour  résultat  la  réno- 
vation de  cette  substance  et  la  caractérisent.  L'intégrité  de 
ce  double  acte  élémentaire  est  la  condition  nécessaire  de  l'in- 
tégrité des  autres  actes  que  manifeste  la  substance  organi- 
sée dans  les  divers  degrés  de  complication  qu'elle  est  sus- 


OBimiB  DES  lUTÉRUUX  DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS.      209 

ceptiUe  de  présenter.  La  connaissance  exacte  de  la  manière 
dont  cet  acte  s'opère  pour  chaque  principe  séparément  est  la 
condition  la  plus  nécessaire  pour  arriver  à  connaître  exacte- 
ment les  phénomènes  de  nutrition. 

De  plus,  elle  est  nécessaire  pour  arriver  à  posséder  le  même 
ordre  de  notions  relativement  aux  divers  principes  acciden- 
tels, thérapeutiques  ou  toxiques  ;  connaissance  qui  est  à  son 
tour  la  base  de  la  thérapeutique  non  purement  empirique. 
Jusqu'à  présent  cet  ordre  de  questions  capitales,  puisqu'elles 
dominent  toutes  les  autres,  n'ayant  pas  été  posé  nettement, 
on  est  toujours  allé  au  hasard  et  sans  trop  savoir  qu'étudier 
quand  on  a  expérimenté.  C'est  plutôt  guidé  par  un  sentiment 
de  curiosité,  pour  savoir  ce  qu'il  arriverait,  mais  sans  se  pro- 
poser un  but  réel  d'application,  qu'on  a  injecté  divers  prin«- 
cipes  dans  le  sang  ou  qu'on  les  a  introduits  dans  l'estomac 
des  animaux.  Il  faut  en  excepter  les  recherches  déjà  citées  de 
M.  Cl.  Bernard.  On  ne  pouvait  guère  faire  autre  chose,  du  reste, 
tant  qu'on  ne  connaissait  pas  exactement  les  principes  normaux . 

198. — A  part  l'acide  carbonique,  l'hydrogène  sulfuré, 
l'hydrogène  carboné,  le  carbonate  d'ammoniaque  et  le  phos- 
phate ammoniaco-magnésien,  qui  sont  semblables  aux  corps 
que  nous  pouvons  produire  artificiellement,  les  principes 
que  nous  venons  d'énumérer  en  dernier  lieu  difièrent  de  ceux 
dont  les  matériaux  sont  puisés  dans  les  milieux  inorgani- 
ques. Leur  composition  élémentaire  est  plus  complexe,  et 
leur  stabilité  moindre.  Leurs  caractères  physiques,  ainsi  que 
nous  le  verrons,  présentent  des  particularités  coïncidant  avec 
les  faits  précédents.  C'est  ainsi,  par  exemple,  que  leur  mode 
de  cristallisation  présente  souvent  quelque  chose  de  spécial, 
et  surtout  qu'il  présente  à  l'œil ,  soit  par  réflexion ,  mais 
surtout  par  la  réfraction,  quelque  chose  de  tout  particulier; 
d'où  l'on  est  conduit  souvent,  d'après  cet  aspect  seul,  à  re- 
connaître leur  origine. 

Ces  corps  forment  le  groupe  des  principes  immédiats  le  plus 
nombreux  en  espèces,  surtoutquand  on  abordel'étude  des  prin- 
cipe des  différents  animaux  et  végétaux.  On  désigne  souvent 
1.  il: 


210     DBft  PBINGIPBS  limilMATa  KM  GiNÉRAtt  CH«  1,  AIT*  11. 

ces  corps  sous  le  nom  de  principes  d'origine  organique^  en 
raison  de  la  source  d'où  ils  proviennent*  On  n'en  retire  «  en 
effet  I  aucun  du  règne  minéral  qui  leur  soit  semblable* 

Ce  sont  ces  corps  cristallisables ,  se  formant  dans  les  êtres 
vivants  et  empruntant  directement  leurs  matMaux  à  leur 
substance ,  qui ,  décomposés  ou  combinés  ensemble ,  ou  avec 
des  composés  minéraux  naturels  et  artificiels,  constituent 
cette  classe  de  corps  dont  on  a  cru  devoir  faire  une  branche 
spéciale  d'études  chimiques  (chimie  dite  organique) y  en  raison 
de  l'origine  de  ceux  qui  se  forment  naturellement.  En  même 
tempSf  conséquence  naturelle  de  ce  vice  de  méthode  qui  fait 
classer  les  études  d'après  l'origine  des  corps  et  non  d'après 
l'objet  et  le  sujet  des  études,  on  était  conduit  à  faire  des  conn 
posés  naturels  d'origine  minérale  une  autre  branche  d'étude 
sous  le  nom  de  minérahgie ,  ne  laissant  à  la  chimie  que  les 
corps  simples  et  les  composés  artificiels, 

B'  Delà  formation  des  principes  immédiats, 

19&,  —  La  Formation  des  principes  immédiats  n'est  pas 
une  naissance^  c'est  un  fait  chimique,  soit  combinaison  di- 
recte, soit  catalyse  métamorphosante  ou  avec  dédoublement. 
Ce  n'est  pas  comme  pour  les  êtres  vivants  ce  fait  vital ,  ca- 
ractérisé par  la  production  par  un  être  vivant,  à  l'aide  de 
principes  variés,  d'un  élément  anatomique  spécial  (ovule) 
ou  d'un  gemme  ;  ovule  ou  gemme  qui  dès  leur  première  ap- 
parition ont  un  volume  déterminé,  qui  apparaissent  de  prime 
abord  avec  certaines  dimensions ,  pouvant  ensuite  se  déve- 
lopper ou  non.  Mais  on  ne  les  voit  nullement,  comme  les 
composés  chimiques  qui  se  forment,  partir  de  l'état  de  molé- 
cule physique,  ou  mieux  de  l'état  de  cristaux  A  peine  percep- 
tibles aux  plus  forts  pouvoirs  amplifiants,  qui  s'accroissent 
rapidement  ou  lentement,  ou  cessent  brusquement  de  gros- 
sir, selon  l'état  du  liquide  oix  a  lieu  leur  formation* 

L'ovule  donc,  dèssa  nati^ance,  a,  comme  tout  élément  aoato- 
miquciun  volume  déterminé,  et  sa  substance  est  vivante  elle- 
même  et  douée  per.dant  la  durée  de  sa  vie,  comme  ovule. 


ftK  LA  FORMATION  DES  PRINCIPES  IMUÉBUTS.  211 

d*une  certaine  indépendance  envers  les  parlies  formées  d*unc 
substance  pareille  ou  analogue  à  la  sienne.  Naturellement,  la 
formation  des  principes  immédiats  n*est  pas  non  plus  un 
développement,  car  développement  suppose  naissance  ;  celui-ci 
est  caractérisé  par  Taugmentation  incessante  de  la  masse  de 
l'individu,  par  suite  d'addition  de  nouveaux  principes  à  ceux 
qui  se  sont  réunis  pour  donner  naissance  au  nouveau  germe 
ou  à  ses  nouvelles  parties.  Le  développement  suppose  bien 
la  naissance  accomplie,  mais  il  n'en  est  pas  une  suite  ou 
conséquence  nécessaire;  car  il  se  pourrait  que,  la  naissance 
de  l'ovule  ayant  eu  lieu,  il  n'y  eût  que  nutrition,  avec  éga- 
lité dans  la  masse  des  principes  absorbés  et  celle  de  ceux 
qui  sont  exhalés ,  sans  cette  prédominance  des  premiers  sur 
les  seconds  qui  entraîne  et  caractérise  le  développement. 

La  formation  de  chaque  principe  immédiat  pris  à  part  est 
un  fait  chimique.  C'est  un  acte  moléculaire.  Nous  n'avons 
pas  a  traiter  ici  des  lois  de  ces  combinaisons  chimiques, 
puisque  la  plupart  des  principes  étant  des  composés  déûnis, 
il  s'agit  là  des  mêmes  lois  qui  régissent  tous  les  phénomènes 
chimiques.  Pourtant,  dès  cette  partie  de  Taiiatomie,  nous 
aurons  à  étudier  les  lois  de  la  formation  de  ces  principes  im- 
médiats dont  l'étude  appartient  en  entier  à  Taiiatomie  et 
non  à  la  chimie  :  ce  sont  les  principes  connus  sous  le  nom 
de  substances  organiques  en  raison  de  leur  composition  par 
des  corps  unis  en  proportion  indéterminée,  non  détinie. 

195.  —  Pour  ceux  des  principes  immédiats  qui  sont  assi- 
milés, c'est-à-dire,  unis  pour  un  temps  avec  les  principes  déjà 
existants^  de  manière  à  faire  partie  constituante  de  la  sub- 
êtance  des  éléments  jouissant  de  propriétés  vitales,  il  y  a  à  voir 
s'ils  sont  assimilés  en  conservant  la  môme  nature  chimique 
qu'ils  avaienten  faisant  partie  de  l'aliment.  Il  faut,  en  un  mot, 
rechercher  si  l'on  trouve  dans  l'être  vivant  le  principe  im- 
médiat assimilé  encore  tel  qu'on  le  trouve  dans  les  aliments. 
A  cet  égard,  on  sait  déjà  que  la  légumine,  le  gluten  et  autres 
principes  des  végétaux  sont  assimilés  en  conservant  la  même 
composition  élémentaire,  mais  ayant  acquis  des  propriétés 


m     DES  PRINCIPES  milÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  GH.  I,  ART.  H. 

nouvelles  prouvant  un  changement  de  composition  immédiate. 
Il  reste  encore  à  préciser  quels  sont  les  principes  de  ces  sub- 
stances organiques  qui  sont  modifiés  ;  par  suite  de  quelles 
modifications  chimiques,  par  conséquent,  ils  deviennent  aptes 
à  être  assimilés. 

196.  —  Outre  les  modifications  successives  que  subissent 
les  principes  immédiats  des  aliments  pour  arriver  jusqu'à 
rétat  de  principes  faisant  réellement  partie  des  éléments 
analomiques  en  action ,  il  reste  encore  à  prendre  les  prin- 
cipes lorsqu'ils  sont  encore  à  cet  état  et  à  suivre  les  sim- 
plifications, graduelles  également,  par  lesquelles  ils  passent 
dans  les  tissus  avant  que  les  éléments  chimiques  qui  les  con- 
stituent reviennent  à  l'état  cristallisable. 

Ces  trois  questions  sont  déjà  posées  par  M.  Chevreul  (1). 

197.  —  Enfin,  il  serait  nécessaire  de  résoudre  ce  pro- 
blème avant  celui  qui  précède;  il  faudra  faire  ses  efforts 
pour  reconnaître  quels  sont  les  principes  immédiats  qui 
fournissent  pour  la  formation  de  tels  et  tels  autres  prin- 
cipes. 11  faudra  chercher  à  voir,  par  exemple,  quels  sont 
les  principes  qui  fournissent  à  la  formation  du  sucre  dans  le 
foie,  lorsqu'on  nourrit  un  animal  uniquement  avec  des  ali- 
ments azotés,  et  si  môme  les  substances  amylacées  fournissent 
à  la  formation  de  ce  principe.  Une  fois  reconnu  ceux  qui  con- 
courent à  cette  formation,  il  sera  nécessaire  de  rechercher  la 
nature  des  modifications  chimiques  successives  qu'ils  pré- 
sentent, lorsqu'ils  cèdent  quelques  uns  de  leurs  éléments 
pour  former  du  sucre  ou  d'autres  principes. 

11  est  à  remarquer,  sous  ce  rapport,  que  les  végétaux  peuvent 
seuls  avec  de  l'eau  et  de  l'air,  c'est-à-dire  avec  des  matières  mi- 
nérales n'ayant  pas  vécu,  former  des  principes  immédiats  non 
cristallisables,  ou  substances  organiques.  Encore  est-il  qu'il 
faut  signaler  qu'ils  ne  font  qu'augmenter  la  quantité  de  ceux 
qui  existaient  en  eux,  ce  qui  est  certainement  bien  différent 
que  d'en  faire  de  toutes  pièces  sans  la  présence  de  corps  ana- 

(i)  CiiBYiE€L|  toc.  cU.f  1837« 


DE  LA  FORIUTION  DBS  PRINCIPES  IMIIÉDUTS.  21S 

logues.  Toutefois  les  animaux  ne  peuvent  pas  faire  ce  que 
font  les  végétaux,  ils  ne  vivent  essentiellement  que  de  choses 
ayant  vécu;  c'est-à-dire  qu'ils  ne  font  que  nuxlifier  des  sub- 
stances organiques  pour  se  les  assimiler.  Mais  ils  ne  peuvent 
pas  augmenter  la  quantité  de  celles  qu'ils  renferment  déjà  en 
n'absorbant  que  des  matières  minérales.  Il  faut  pour  eux  de 
toute  nécessité  que  ce  soient  des  substances  organiques  qui 
fassent  la  base  de  leur  alimentation;  avec  elles,  ils  font  des 
substances  semblables  aux  leurs  en  les  modifiant  légèrement, 
par  les  actes  chimiques  ou  moléculaires  indirects  dont  nous 
allons  donner  l'énoncé.  Les  végétaux  vivent  plus  énergique- 
ment,  plus  facilement,  si  on  leur  donne  des  substances  orgor 
niques  pour  matières  nutritives,  ils  les  transforment  en 
d'autres  analogues  aux  leurs  ;  mais  à  la  rigueur  ils  peuvent 
s'en  passer  et  en  foire  avec  des  principes  minéraux,  et  eux 
seuls  le  peuvent. 

198.  —  En  résumé^  on  peut  voir  que,  sous  le  rapport  de  la 
formation,  les  principes  immédiats  se  divisent  en  trois  groupes 
très  naturels,  liés  entre  eux  de  la  manière  suivante  : 


/ 


liea  HORS  db  l'obga- 

IflSMI. 


Formation 

des 

principes 

immédiats. 


V  Principe!  •»ii>édi.u(  "•  i!f  »f"*ÏÏ°LT^r1îL'^"-  ''^ 

dont  irF01..ATIOI,  .)       "T*-    ^.  hTIiÎT  „lr "£!! 

qui,  venant  du  dehors,  n  ont  pas  iréca 
ou  peuvent  n'avoir  pas  vécu,  on  prin- 
cipes d'origine  minérale» 


b.  Par  assimikuion.  Ce  sont  tous  les 
principes  dont,  chez  les  animaui  et 
quelques  végélaui,  le«  matériaux  ve- 
nant du  dehors  ont  déjA  vécu  ;  et 
ceux  qui  dans  la  plupart  des  végétaux 
se  forment  de  toutes  pièces  à  Paide 
des  matériaux  venus  directement  du 
dehors,  sans  avoir  Jamais  vécu.  Ce 
sont,  en  un  mot,  tous  les  principes 
immédiats  non  cristallisables,  décom- 
position chimique  non  définie. 


2*  Principes  immédiats 
dont  la  FotvATioif^ 
a  lieu  DAiis  l'oiga- 
iiisbb: 


c.  Par  désassimilation,  c'est-à-dire  par 
combinaison  ensemble,  de  matériaux 
provenant  des  principes  précédents. 
Ce  sont  tous  les  principes  dont  les 
matériaux  ont  déjà  participé  an  mou- 
vement nutritif  dans  Tétre  même  où 
a  lieu  la  formation. 


ilh      DES  fnttfClHCS  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉnAL,  CH.  1,  ART.  11. 

199.—  Les  éléments  chimiques  dont  sont  formés  les  prin- 
cipes immédiats  viennent  tous  du  dehors.  Il  n*estpas  un  seul 
élément  chimique  qui  se  forme  de  toutes  pièces  dans  l'orga- 
nisme ;  tous  ceux  qu'on  y  rencontre  y  ont  été  introduits.  Cette 
question  a  dû  être  résolue  expérimentalement  et  Ta  été.  C'est 
ainsi  que  l'œuf  de  poule,  au  moment  de  l'édosion,  contient  le 
même  poids  de  cendres  qu'avant  d'être  couvé  et  n'en  contient 
pas  plus.  A  l'exception  des  principes  immédiats  gazeux  sui- 
vants, oxygène,  hydrogène,  azote,  il  n'en  est  pas  qui  pénè- 
trent à  l'état  de  corps  simple.  Tous  les  autres  sont  intro- 
duits tout  formés ,  tels  qu'ils  étaient  au  dehors  à  l'état  de 
corps  composés. 


o.  Prhnpef  iMOiédiats  qui  péaètreot  tout  iNinéft,  ifai  iteiion  dau 

Toilgaiiisaie. 


200.  —  Ces  principes  sont  : 

2.  L^hydragèM. 

3.  L'azote. 
•I.  L'eau. 

5.  Le  cfaUyrare  de  sodimn. 

6.  Le  cMonire  de  potassium. 

7.  Ll  dilorfaydrate    d*aimnofriaque 

très  proot  blefAen  t. 

8.  Le  carbonate  de  ctian. 

9.  Le  carbonate  de  magnésie. 
10.  Le  carbonate  de  potasse. 


1i.  Le  carbonate  de  soude. 

12.  Le  taUaie  de  potaaie. 

13.  Le  sulfate  de  soude, 
i-l.  Le  sulfate  de  chaux. 
iS.  Le  pbos|4iala  neutre  de  soude. 

16.  Le  pboiphtte  acide  de  soude. 

17.  Le  pbosphate  de  potasse. 

18.  Le  phosphate  de  magnésie. 

19.  Le  phosphate  acide  de  chaux. 

20.  Le  phosphate  basique  de  chaux 
ou  des  os . 


Ils  restent  généralement  dans  Torganisme  ce  qu'ils  étaient 
au  dehors.  Quelques  uns  ne  restent  pas  à  l'état  liquide,  mais 
ne  combînent  à  la  substance  du  corps  et  passent  à  l'état  so- 
lide. Tels  sont  les  phosphate  et  carbonate  de  chaux  qui  se 
fixent  à  l'ostéine  pour  former  la  substance  des  os,  etc.  ;  mais 
pour  cela  ils  ne  cessent  pas  d'être  ce  qu'ils  étaient.  Dans  l'his- 
toire particulière  des  principes ,  nous  aurons  à  discuter  la 
question  de  san)ir  si  le  phosphate  de  chaux  des  os  pénètre 
dans  l'organisiue  tel  que  nous  le  trouvons  dans  le  tissu  osseux  ; 
question  qui  sera  résolue  affirmativement,  puisqu'on  trouve 


OB  Li  FORMATION  DES  PRINCIPES  IMMEDIATS.  215 

dans  le  règne  minéral  le  phosphate  de  chaux  8  CaO,  PbO'  qui  se 
retrouve  dans  les  os.  U  est  possible,  du  reste,  qu'une  partie 
de  ce  sel  se  forme  dans  Téconomie  aux  dépens  des  autres 
I^ioqphates  des  aliments  qui  pénètrent  avec  lui.  Quelques  au- 
tres sds  encore  se  fixent  ainsi  aux  principes  azotéS|  mais 
sans  influer  autant  sur  les  caractères  extérieurs  des  substan- 
ces que  les  sels  de  chaux,  qui  plus  que  )es  autres  ont  eette 
tendance.  Nul  de  ces  principes,  du  reste,  en  s'unissant  ainsi 
à  des  substances  oi^niques  pour  concourir  à  form^  la  ma- 
tière de  certains  éléments  anatomiques,  ne  cesse  d'être  ce 
qu*il  était  en  pénétrant  dans  lorganisme. 

201.  —  n  faut,  du  reste,  savoir  que,  dans  ce  qui  précède 
et  dans  ce  qui  suit  sur  la  formation  des  principes  immédiats, 
nous  ne  tenons  compte  que  des  faits  connus.  0  en  est  plu- 
sieurs, relatifs  à  la  formation  des  principes  phosphores  du 
cerveau,  par  exemple,  qu'on  ne  saurait  encore  juger  actuel- 
lement ;  (m  ne  sait  pas  encore  si  le  phosphore  esl  emprunté  à 
des  ^osphates  se  décomposant  dans  l'organisme,  ou  s'il 
vient  de  quelque  matière  végétale.  Mais  les  faits  de  ce  genre 
qu'il  reste  encore  i  étudier  d'une  manière  complète  sont 
peu  nombreux  et  n'infirment  en  rien  ceux  qui  suivent. 

b.  Principes  immédiats  dooi  la  formation  a  lieu  dans  Torsanisme  par 

assimilation. 


202.  —  Ces  principes  sont  : 


1.  Albumine. 
S.  Fibrine. 

3.  Caséine. 

4.  Albaminoae. 

5.  Globnline. 

6.  PancréaUne. 


7.  Kératine. 

8.  Masculine. 

9.  Élasticine. 

10.  Ostéine. 

11.  Cartilagéine. 


20S.  —  Tous  les  principes  dont  la  formation  a  lieu  par 
•s^miiation  se  forment  chez  les  végétaux  seulemeni^  à  l'aide 
des  matériaux  que  représentent  les  principes  du  premier 
groupe  ou  i  l'aide  de  leurs  éléments.  Les  plantes  seules  for- 
ment ainsi  de  toutes  pièces  leurs  substances  organique^, 
telles^  lia eeUulose,  l'amidon  et  leurs  sabstances  a^ratées 


216      DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  II. 

non  définies,  non  cristallisables.  Il  est  possible  que  des  ani- 
maux d'organisation  très  simple ,  chez  lesquels  les  phéno- 
mènes d'assimilation)  sont  très  énergiques,  dont  les  pro- 
priétés nutritives  se  rapprochent  ainsi  de  celles  des  végétaux  ; 
il  est  possible,  disons-nous,  que  ces  êtres  forment  également 
de  toutes  pièces  quelques  principes  immédiats,  avec  des 
matériaux  n'ayant  jamais  vécu,  à  l'aide  des  principes  du  pre- 
mier groupe  ;  mais  le  fait  n'est  pas  démontré. 

Il  nous  est  impossible  de  fabriquer  artificiellement,  hors 
de  l'organisme  vivant  des  principes  du  groupe  dont  nous  trai- 
tons, des  corps  semblables  ou  analogues  à  ces  principes  à 
composition  chimique  non  définie,  non  cristallisables  ;  aussi 
bien  de  ceux  qui  ne  sont  pas  azotés  que  de  ceux  qui  le  sont; 
aussi  bien  de  ceux  que  forment  les  plantes,  comme  la  cellu- 
lose, l'amidon,  que  de  ceux  qu'on  ne  trouve  que  chez  les  ani- 
maux, ou  à  la  fois  chez  eux  et  dans  les  plantes,  comme  les 
substances  azotées.  C'est  là  un  fait  réellement  certain. 

C'est  ce  fait  qui  a  conduit  spontanément  à  donner  depuis 
longtemps  à  ces  principes  la  désignation  générale  de  substances 
organiques;  parce  que,  en  effet,  ce  n'est  que  des  corps  or- 
ganisés qu'on  les  obtient.  C'est  pour  n'avoir  pas  voulu  se 
soumettre  à  cette  impossibilité  et  ne  l'avoir  pas  franchement 
admise  que  l'on  cherche  quelquefois  encore  à  s'en  rendre 
compte,  d'après  ce  que  nous  connaissons  des  lois  des  com- 
binaisons chimiques  proprement  dites  ou  directes.  Et  c'est 
là  surtout  ce  qui  a  empêché  d'étudier  par  des  expériences 
faites  sur  des  plantes  prises  à  divers  âges  de  leur  développe- 
ment :  1**  les  conditions  de  la  formation  de  ces  principes  ; 
2o  les  phénomènes  de  cette  formation.  Aussi  ne  possédons- 
nous  encore  à  cet  égard  guère  que  des  hypothèses,  ce  qui  est 
très  fâcheux,  car  cette  notion  préalable  serait  d'une  grande 
utilité  pour  résoudre  la  question  de  l'assimilation  des  sub- 
stances organiques  par  les  animaux. 

Nous  connaissons  pourtant  déjà  un  fait  important ,  c'est 
que  les  principes  connus  sous  le  nom  de  substances  organi- 
ques^ même  celles  des  végétaux,  ne  se  forment  que  dans  les 


BE  LA  FOaHATIOM   DES  PRINCIPES  UmÉDlATS.  217 

êtres  vivants;  eux  seuls  remplissant  les  conditions  complexes 
nécessaires  à  leur  formation.  Ainsi  déjà  on  peut  savoir  que 
cette  formation  rentre  dans  le  groupe  des  actes  chimiques 
ou  moléculaires  indirects  ou  de  contact  (1).  C'est-à-dire  que 
Tac  te  de  combinaison  des  éléments  qui  donne  lieu  à  la 
formation  du  principe  non  cristallisable  ne  peut  s'opérer 
qu'autant  que  ces  matériaux  se  trouvent  en  présence  d'un 
corps  qui,  sans  rien  fournir  par  lui-même,  est  pourtant  n^ 
cessaire  à  l'accomplissement  de  la  combinaison.  Il  sem- 
ble agir  par  sa  seule  présence^  par  contact^  d'où  les  noms  de 
phénomène  de  présence^  de  contact  ou  catalytique  qui  ont  été 
donnés  ;  ou  du  moins  qui  ont  été  donnés  aux  actes  molé- 
culaires ou  chimiques  analogues  à  ceux-ci,  qu'on  peut  obte- 
nir hors  de  l'organisme  vivant.  Il  y  en  a  de  différentes  sortes  : 
l^  ceux  qui  donnent  lieu  à  des  combinaisons,  des  transfor- 
mations isomériques  et  des  dédoublements,  reçoivent  le  nom 
général  de  catalyses;  2^  ceux  qui  donnent  lieu  à  la  décompo- 
sition des  composés  sont  des  fermentations  et  des  putréfae* 
tions. 

C'est  d'après  les  lois  des  actes  moléculaires  de  la  première 
catégorie  qu'a  lieu  la  formation  des  substances  organiques  ; 
elles  suivent  les  lois  des  catalyses,  surtout  isomériques.  Le 
corps  catalytique  ou  agissant  par  simple  contact  sans  rien 
fournir  de  ses  éléments  chimiques,  c'est  la  substance  orga- 
nique déjà  existante,  semblable  ou  analogue  à  celle  qui  va  se 
faire  :  car,  nous  l'avons  dit,  nul  de  ces  principes  dont  nous 
parlons  ne  se  forme  si  déjà  il  n'en'  préexiste  de  sembla- 
bles ou  très  analogues  à  lui;  nul  ne  se  forme  hors  d'un 
être  organisé  mant.  Prenez  l'œuf,  l'ovule,  la  spore,  le 
gemme  ou  bourgeon  végétal  ou  animal  le  plus  petit,  le  plus 
simple,  où  vont  se  former  des  substances  organiques  et  autres 
principes  qui  augmenteront  la  masse  de  ces  germes,  déjà 
vous  y  trouverez  des  espèces  de  principes  analogues  ou  sem- 


(1)  Voyez  Ch.  Robin  ,  Tableaux  d'anatomie,  in-4*,  1850,  10*  tableau,  et 
phH  \(Àn,  cbap.  lY  de  ce  livre. 


218      DES  PElHaPBB  llflltolAT8  EN  GÉNÉRAL»  CH.  I»  AftT.  II. 

bUbles  à  celleg  que  vous  allez  voir  se  former.  El  remonter 
aussi  loin  que  possible  dans  le  temps  et  dans  Tespace,  et  par- 
tout  vous  retrouverez  un  être  préexistant  à  celui  dans  lequel 
vous  étudiez  expérimentalement  la  formation  de  ces  prioeipes. 
fi'ett  en  vain,  que  vous  appuyant  sur  les  théories  chimiques 
les  plus  transcendantes,  vous  essayerez  de  vous  débarrasser 
de  cet  obstacle  qui  s'oppose  à  une  conception  purement  in- 
tellectuelle de  ces  actes  moléculaires,  de  la  formation  de  ces 
principes  immédiats ,  toujours  l'observation ,  l'expérience 
vous  ramèneront  à  la  réalité  que  nous  venons  de  rappeler  et 
i  laquelle  il  faut  se  soumettre. 

20A. — Ainsi ,  sans  connaître  encore  en  particulier,  pour 
tous  les  principes  dont  nous  parlons,  les  détails  des  conditions 
nécessaires  à  leur  formation,  sans  connaître  non  plus  pour 
diacun  d'eux  les  phénomènes  de  cette  formation  ,  nous 
lavons  que  c'est  un  phénomène  chimique ,  et  que  c'est  un 
phénomène  chimique  indirect  ou  cataly  tique.  Ce  n'est  pas  un 
phénomène  chimique  direct  ou  du  premier  ordre  (1);  oaux-ei 
sont  surtout  propres  aux  actes  chimiques  inorganiques  ou  mi- 
néraux ;  ce  n'est  que  rarement ,  et  plutôt  après  la  mort ,  ou 
quelquefois  dans  les  actes  de  désassimilation,  que  les  phéno- 
mènes chimiques  de  cet  ordre  s'observent  dans  le  règne  bio- 
logique. Us  sont  surtout  caractéristiques  des  actes  molécu- 
laires des  corps  qui  n'ont  pas  vécu  ou  ne  vivent  plus  ;  les 
e€Ualy$€$j  au  contraire,  s'observent  exceptionnellement  dans 
ces  circonstances,  tandis  qu'elles  ont  lieu  normalement  dans 
le  règne  organique  ou  elles  prennent  leur  plein  développe- 
ment. 

205.  — Mous  voyons,  dès  à  présent,  que  le  mot  ASsnauL- 
TiON  désigne  d'une  manière  générale,  le  phénomène  far  lequel 
une  espèce  de  corps  qui  a  pénétré  moléculmirement  dmns 
l'organistne  par  une  voie  quelconque  s'unit  et  devieut  «bh- 
•LABLE  aux  espèces  qui  constituent  la  suisianee  es  eelui^^^  et 
participe  aux  actes  quelle  accomplit. 

(i)  Voyez,  (oc.  cU»,  ci-desnu. 


M  Lk  WtmmkJtM  DBS  PmilCIPBS  IMIIÉMATS.  210 

ExamiDoiis  maintenant  successivement  les  cas  particuliers 
d'asnmilation,  en  tenant  compte  toujours  â  la  fois  du  lieu  ou 
des  conditions  dans  lesquelles  s'accomplit  le  phénomène  ,  et 
des  corps  qui  sont  directement  en  jeu  dans  cet  acte. 

i^  Sous  œ  dernier  rapport,  nous  voyons  que  ratftmt/olioii 
des  principes  immédiats  du  premier  groupe  est  caractérisée, 
suivant  qu'ils  smit  liquides  ou  solides,  par  un  simple  mélange 
ou  dissolution  de  ces  principes  dans  ceux  existant  déji  ;  cbes 
d'autres  on  dliserve  un  plus  haut  degré  d'intensité  du  phéno* 
mène  :  c'est  la  fixation  des  sels  de  chaux  et  de  quelques  uns 
de  magnésie  ou  de  soude,  etc.,  aux  substances  organiques. 

Cette  fixation  présente  un  assez  haut  degré  d'intensité  ;  il 
y  a  union  directe  du  sel  aux  substances  organiques;  celle-d 
est  analogue  au  fond  à  la  combinaison  que  nous  obtenons  à 
l'aide  des  sels  de  mercure,  de  une,  d'alumine,  etc.,  d'une 
part,  et  des  substances  azotées ,  comme  l'albumine ,  la  tr 
briae,  etc.,  d'autre  part  :  elle  est  certainement  moins  fixe,  ce 
qui  tient  à  la  nature  différente  des  sels ,  mais  c'est  l'union 
de  ce  genre  la  plus  fixe  qu'on  trouve  dans  l'économie.  U  faut 
l'étudier  en  dle-méme,  comme  dans  un  but  thérapeutique  ou 
ioxicologique  on  a  étudié  la  manière  dont  se  comportent  les 
sels  métalliques  et  les  diverses  substances  organiques  ;  car, 
d'une  part,  les  caractères  bien  trancliés  des  substances  azo- 
tées comme  espèces  de  corps  organiques,  mais  non  chimi- 
ques, le  permettent;  et,  d'autre  part,  leur  constitution  est 
trop  complexe  pour  qu'on  puisse  prévoir  les  résultats  de  la 
combinaison. 

En  un  mot ,  l'assimilation  des  principes  immédiats  d'ori- 
gine minérale  est  au  fond  un  phénomène  chimique  direct , 
mais  des  plus  simples,  savoir  :  généralement  de  ceux  connus 
sous  le  nom  de  dissolution,  et  quelquefois  de  ceux  qui,  plus 
fixes,  constituent  de  véritables  combinaisons  ou  unions  mo- 
lécule a  molécule.  Ayant  lieu  entre  un  composé  défini  et  une 
substance  organique ,  cela  sufiit  pour  leur  donner  un  cachet 
particulier  que  n'ont  pas  les  combinaisons  entre  deux  corps 
cnstaliisaUaSt  Cette  union  assimilatrioe  molécule  à  molécule 


220     DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  IK 

entre  un  composé  défini,  principe  d'origine  minérale,  et  une 
ou  plusieurs  substances  organiques ,  constitue ,  dans  l'orga- 
nisme vivant,  ce  que  l'on  appelle  incrustation  ou  encroûte^ 
ment.  Ce  mot  s'emploie  surtout  dans  un  sens  pathologique. 
Cette  union  prend  le  nom  d'ossification  dans  le  cas  spécial  du 
cartilage,  et  non  dans  d'autres  cas,  ce  qu'il  importe  de  signaler, 
à  cause  de  la  trop  grande  extension  donnée  à  ce  dernier 
mot ,  tant  qu'on  ne  savait  pas  que  l'os  avait  des  caractères 
tout  à  fait  spéciaux  et  un  mode  de  développement  en  rapport 
avec  ces  caractères. 

Nous  avons  déjà  fait  remarquer  que ,  dans  cette  assimila- 
tion, les  principes  du  premier  groupe  restent  ce  qu'ils  étaient 
avant,  tandis  que  ceux  du  groupe  dont  nous  parlons,  les 
substances  organiques ,  ont  un  mode  d'assimilation  caracté- 
ristique ,  qui  est  une  formation.  Assimilation  à  la  matière 
déjà  vivante  et  formation  est  tout  un  pour  eux  ;  d'oii  vient 
qu'on  dit  qu'ils  se  forment  par  assimilation^  c'est-à-dire  qu'ils 
se  forment  en  même  temps  que  leurs  matériaux,  de  dissem- 
blables qu'ils  étaient  aux  matières  déjà  existantes  dans  le 
corps,  leur  deviennent  identiques  ou  analogues. 

206.  —  Le  mode  précédent  d'assimilation  le  plus  simple 
de  tous,  caractérisé  par  l'union  chimique  directe  molécule  à 
molécule  des  principes  d'origine  minérale ,  soit  avec  les  li- 
quides par  dissolution,  soit  avec  les  substances  organiques 
par  union  plus  fixe;  ce  mode  d'assimilation  est  commun  aux 
plantes  et  aux  animaux. 

2^  Mais  chez  les  végétaux,  et  peut-être  quelques  animaux 
les  plus  simples,  on  trouve  en  outre  un  mode  d* assimilation 
plus  élevé  :  c'est  celui  dont  l'accomplissement  a  pour  résultat 
la  formation  des  substances  organiques  à  l'aide  des  matériaux 
fournis  par  les  principes  puisés  directement  dans  les  milieux 
minéraux. 

La  formation  d'un  corps  nouveau  nous  montre  qu'il  s'agit 
ici,  comme  plus  haut,  d'un  phénomène  chimique;  seulement 
c'est  un  phénomène  d'ordre  indirect,  et  non  pas  l'union  directe 
d'un  corps  à  un  autre,  c'est  une  catalyse  combinante.  Enfin, 


M  hk  FORIUTION  DES  PRINCIPES  llQliDlÀTS.  221 

nous  verrons  plus  loin  que  chez  les  animaux  élevés  et  quel- 
ques végétaux  supérieurs,  Tassimilation  des  matériaux  ayant 
déjà  vécu,  caractérisée  par  la  formation  de  substances  organi- 
ques à  leur  aide,  est  aussi  un  phénomène  chimique  indirect, 
mais  du  groupe  des  cattUyses  UomériqiAes.  Ou  réciproquement, 
nous  verrons  que  la  formation  des  substances  organiques , 
soit  chimique  indirecte,  est  caractérisée  par  ce  fait,  que  des 
matériaux  dissemblables  à  ceux  de  Torganisme  vivant  lui 
deviennent  semblables. 

Ce  qui  caractérise  le  mode  d'assimilation  par  les  végétaux 
des  matériaux  n*ayant  pas  vécu ,  c'est  la  formation  des  sub- 
stances organiques  par  combinaison  chimique  indirecte  des 
matériaux  venus  du  dehors.  C*est  là  un  fait  chimique  dont  le 
résultat  est  la  formation  d*un  nouveau  corps,  non  défini,  non 
cristallisable,  doué  de  propriétés  particulières  ;  mais  c'est 
un  fait  chimique  indirect,  c'est-à-dire  de  ceux  qui,  pour  s'ac- 
complir, outre  diverses  conditions  ordinaires  de  température, 
d'électricité,  de  dissolution,  etc.,  nécessitent  la  présence  d'un 
corps  qui  ne  cède  rien,  ne  prend  rien,  et  semble  n'agir  que 
par  sa  présence.  Pour  la  formation  des  substances  organi- 
ques, le  corps,  dont  la  présence  est  nécessaire,  est  également 
une  substance  organique  déjà  vivante,  et  le  nouveau  principe 
qui  se  forme  est  identique  avec  lui  ou  lui  est  analogue. 

Ce  fait,  joint  à  la  formation  d'un  corps  nouveau  à  l'aide 
de  matériaux,  ne  lui  ressemblant  pas,  conduit  à  ranger  ce 
mode  d'assimilation  dans  les  actes  chimiques  indirects ,  dans 
ceux  désignés  sous  le  nom  de  catalyses  combinantes  (1). 

207. — Ces  trois  cas  d'assimilation  par  dissolution  ou  union 
directe,  par  catalyse  combinante  et  par  catalyse  isomérique, 
sont  autant  de  faits  généraux  réunis  d'après  l'examen  des  cas 
spéciaux  que  nous  aurons  à  envisager  dans  l'histoire  parti- 
culière de  chaque  principe  pris  à  part,  toutes  les  fois  que 
l'étude  en  aura  été  suffisamment  faite.  Dans  le  cas  con- 
traire, nous  n'aurons  autre  chose  à  faire  qu'à  poser  la  ques- 
tion d'une  manière  plus  précise. 

(1)  Voyei  plot  loio  chap.  IV. 


S22      DES  PRINCinS  imiÉDUTS  E5  GÉNÉRAL,  CH.  I,  AST.  II. 

208.  —  Les  principes  immédiats,  dont  la  formation  a  lieu 
dans  l'organisme  par  assimilation  sont,  chez  les  animaux  et 
quelques  végétaux  élevés^  tous  les  principes  dont  les  maté- 
riaux venant  du  dehors  ont  déjà  vécu.  Le  mode  de  formation 
de  ces  principes  est  peu  étudié,  car  le  problème  est  posé  pour 
la  première  fois.  Il  est  peu  probable  que  do  longtemps  les 
chimistes  qui  ont  envahi  cet  ordre  d'étude,  sans  tenir  compte 
assez  exactement  des  conditions  dans  lesquelles  a  lieu  ce 
mode  de  formation,  se  décident  à  quitter  leur  manière  d'en 
traiter,  qui  est  bien  plus  simple,  mais  plus  absolue,  et  qui 
a*est  pas  en  rapport  du  tout  avec  la  réalité,  ainsi  qu'on  a 
pu  le  voir  par  ce  qui  précède,  etc. 

Après  avoir  éprouvé  pendant  la  digestion  une  modification 
isomérique,  qui  en  a  changé  les  modes  de  coagulabilité  et  de 
solubilité,  ces  matériaux,  qui  sont  des  substances  organiques, 
quelquefois  modifiées  par  la  coction,  se  trouvent  à  l'état  d'al- 
bumine, de  fibrine  et  d'albuminose  dans  le  sang,  qui  sont 
trois  substances  presque  identiques  au  point  de  vue  de  l'ana- 
lyse élémentaire ,  mais  non  de  l'analyse  anatomique.  Elles 
fournissent  à  leur  tour  des  matériaux  a  toutes  les  substances 
qui  constituent  la  partie  fondamentale  des  solides,  comme 
l'osséine,  la  musculine,  la  kératine,  etc.  ;  celles-ci  sont  à  peu 
près  identiques  avec  elles  quant  aux  proportions  des  éléments, 
mais  en  diffèrent  par  leurs  propriétés. 

Cette  formation  de  musculine,  etc.,  nous  no  pouvons  pas 
l'obtenir  artificiellement  hors  de  l'organisme  vivant,  même 
avec  les  substances  qui  nous  servent  d'aliments.  Sans  parler 
des  conditions  de  température,  de  dissolution,  etc.,  ce  n'est 
qu'en  présence,  au  contact  de  substances  semblables  (chez 
l'adulte)  ou  analogues  (chez  l'embryon)  que  cette  formation  a 
lieu.  Ainsi ,  d'une  part ,  la  formation  de  ces  substances  mon- 
tre qu'il  se  passe  là  un  phénomène  moléculaire,  et,  par  suite, 
chimique  au  fond  ;  d'autre  part ,  la  nécessité  de  la  présence 
d'un  corps  semblable  ou  très  analogue  à  celui  qui  se  forme 
montre  que  c'est  un  phénomène  chimique  indirect  ou  de  con- 
tact ;  et  enfin  le  corps  formé  no  diiïcre  des  matériaux  qui  ont 


hb  la  formatiom  des  phincii*]»  mMiUATf .       SS8 

servi  a  sa  formation  que  par  ses  propriétés,  et  non  essentielle- 
ment par  sa  nature  diimique  élémentaire,  fait  qui  nous  montre 
qu*il  se  passe  là  simplement  une  catalyse  isomérique. 

Quoique  ce  soit  un  acte  moléculaire,  que  cette  formation 
des  substances  organiques,  celle-ci  ne  saurait  être  considérée 
comme  rentrant  dans  les  attributions  des  recherches  des 
chimistes,  car  elle  se  passe  dans  des  êtres  vivants,  et  nécessite 
de  tenir  compte  par-dessus  tout  de  la  disposition  anatomi- 
quedes  parties  dans  lesquelles  cet  acte  a  lieu,  et  des  conditions 
physiologiques  qui  sont  nécessaires  à  son  accomplissement. 

Il  est  impossible  d'en  aborder  Tétude  en  partant  directe- 
ment des  phénomènes  chimiques  offerts  par  les  corps  bruts, 
il  est  encore  plus  impossible  de  les  déduire  de  ceux-là.  Il  faut 
les  étudier  en  eux-mêmes,  directement.  Ce  n'est  qu'après 
avoir  procédé  ainsi,  c'est-à-dire  empiriquement  en  quelque 
sorte,  que  nous  sommes  ensuite  arrivés  à  reconnaître  leur 
coïncidence ,  leur  analogie  avec  des  phénomènes  chimiques 
soit  directs,  soit  de  contact  ou  catalytiques,  qu'on  étudie  en 
chimie.  Ce  fait,  maintenant  connu,  réagira  sur  l'étude  des 
phénomènes  qui  se  passent  dans  l'organisme,  en  permettant 
de  se  préparer  à  l'observation  de  ceux-ci  par  des  recherches 
approfondies  sur  les  phénomènes  artificiels  purement  chimi- 
ques qui  leur  sont  analogues,  tels  que  les  catalyses  ou  fer- 
mentations glucosique,  lactique,  etc.,  etc. 

Il  importe  d'observer,  en  terminant,  que  les  catalyses  iso- 
mériques  ou  métamorphosantes,  quoique  étant  des  actes  chi- 
miques, c'est-à-dire  moléculaires,  sont  d'abord  des  actes 
chimiques  indirects  ;  et  quoiqu'on  puisse  en  produire  artifi- 
ciellement, comme  dans  le  cas  de  la  production  d'acide  lac- 
tique avec  du  sucre,  ce  sont  parmi  ceux-ci  les  moins  chi- 
miques de  tous,  c'est-à-dire  ceux  qui  modifient  le  moins  les 
corps  et  de  la  manière  la  moins  stable.  Or  la  formation  des 
substances  organiques  chez  les  animaux  à  l'aide  de  maté- 
riaux ayant  déjà  vécu,  ou  assimilation  de  ceux-ci,  est  un 
phénomène  de  cet  ordre,  chimique  au  fond,  mais  aussi  peu 
tranché  qu'on  puisse  le  concevoir. 


22&     DES  PRIMCIPSS  IMMÉDUTS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  AM.  II. 


c.  Principes  dont  It  formation  t  lien  par  désasaimilation. 

209. —  Ce  sont  tous  les  principes  qui  se  forment  par  com- 
binaison ensemble  de  matériaux  provenant  des  principes  des 
deux  groupes  précédents. 


Ce  sont  les  suivants  : 

i.  Acide  carbonique. 

2.  Hydrogène  proto-carboné, 

3.  Hydrogène  sulfuré. 

4.  Carbonate  d^ammoniaque. 

5.  Phosphate   ammoniaoo  -  magné- 

sien. 

6.  Acide  lactique. 

7.  Lactate  de  potasse. 

8.  Lactate  de  soude. 

9.  Lactate  de  chanx. 
iO.  Acétate  de  soude. 
ii.  Acide  urique. 
12.  Urate  de  potasse. 
i3.  Urate  de  soude. 
i4.  Urate  de  chaux. 

15.  Urate  d'ammoniaqoe. 

16.  Urate  de  magnésie. 

17.  Adde  hippurique. 

18.  Hippurate  de  chaux. 

19.  Hippurate  de  sonde. 

20.  Hippurate  de  potasse. 

21.  Inosate  de  potasse. 


22.  Oxalate  de  chaux. 

23.  Urée. 

24.  Allantoldine. 

25.  Cystine. 

26.  Créatine. 

27.  Créatinine. 

28.  Leucine. 

29.  Choléate  de  soude. 

30.  Glyocholate  de  soude. 

31.  Hyocholinate  de  soude. 

32.  Adde  pneumique. 

33.  Acide  stéarique  libre  du  sang. 

34.  Acide  margarique,  td. 

35.  Acide  oléique,  td. 

36.  Margarine. 

37.  Stéarine. 

38.  Oléine. 

39.  Bntyrine. 

40.  H  y  reine. 

41.  Cholesterine. 

42.  Sucre  de  diabète. 

43.  Sucre  de  lait. 


Ces  principes  se  forment  dans  l'organisme.  Là  seulement 
ils  trouvent  les  conditions  complexes  nécessaires  à  leur  for- 
mation. Pourtant  quelques  uns,  comme  l'urée,  l'allantoldinc 
et  l'acide  lactique,  peuvent  être  produits  artificiellement. 

Leurs  matériaux  sont  empruntés  à  des  principes  déjà  as- 
similés, d'où  la  désignation  générale  de  formation  par  dés- 
assimilation  employée  pour  désigner  leur  mode  de  formation. 

La  désassimilation  reproduit  au  fond  essentiellement  les 
mêmes  actes  que  l'assimilation,  mais  seulement  c'est  en  sens 
inverse.  Comme  celle-ci  c'est  également  un  fait  chimique. 

210.  —  Le  mot  désassimilation  désigne  d'une  manière  gé- 
nérale, le  fait  par  lequel  une  espèce  de  composé  qui  fait  partie 
constituante  de  la  substance  de  l'organisme  se  sépare  de  celles 
ci  pour  cesser  de  participer  aux  actes  qu'elle  accomplit. 


MB  LA  FORMATIOII  DES  PRINGIPSS  mÉDIATS.  226 

Maintenant  examinons  successivement  les  cas  particuliers 
de  désassimilation,  en  tenant  compte  toujours  à  la  fois  du 
lieu  ou  des  conditions  dans  lesquelles  s'accomplit  le  phéno- 
mène et  des  corps  qui  sont  directement  en  jeu  dans  cet  acte. 
Nous  verrons  que  c'est  partout  une  décombinaison  de  ce  qui 
existait  pour  donner  naissance  à  des  corps  qui  n'existaient 
pas  auparavant  ;  comme  nous  avons  vu  déjà  que  Tassimilation 
était  aussi  partout  caractérisée  par  un  fait  de  combinaison 
de  matériaux  formant  primitivement  diverses  espèces  de  com- 
posés pour  donner  naissance  à  des  espèces  de  principes  qui 
n'existaient  'pas. 

Gomme  l'assimilation,  la  désassimilation  est  au  fond  un 
fait  chimique  ;  mais  c'est  également  un  fait  chimique  spé- 
cial par  les  conditions  complexes  qu'il  exige,  par  le  milieu 
or^antf^ dans  lequel  il  s'opère.  Comme  l'assimilation,  la  dés- 
assimilation  est  généralement  un  fait  chimique  indirect  ou  de 
contact  ;  mais  ni  l'une  ni  l'autre  n'appartiennent  i  un  ordre 
chimique,  et  la  majorité  de  leurs  phénomènes  se  rattachent 
aux  actes  chimiques  indirects  ou  de  contact.  Comme  l'assi- 
milation, la  désassimilation  n'est  un  fait  chimique  direct  que 
dans  les  cas  accessoires,  que  relativement  à  des  principes  qui 
ne  sont  présents,  en  quelque  sorte,  que  comme  condition 
d'existence  des  autres,  de  ceux  qui  sont  essentiellement  actifs. 
Dans  tous  les  autres  cas  au  contraire,  dans  ceux  qui  concer- 
nent les  principes  constituant  essentiellement  l'organisme, 
c'est  un  phénomène  chimique  indirect  ou  de  contact.  Loin 
d'être  partout  un  phénomène  chimique  direct,  comme  l'ont 
toujours  pensé  les  chimistes,  la  désassimilation  et  l'assi- 
milation ne  sont  phénomènes  chimiques  de  cet  ordre  que 
dans  les  cas  accessoires,  dans  les  cas  ofi  il  s'agit  de  prin- 
cipes d'origine  minérale;  et  encore  ce  sont  ordinairement 
des  phénomènes  de  simple  dissolution  et  rarement  des  unions 
à  proportions  définies  très  stables. 

211.  —  Nous  avons  vu  précédemment  que  nul  principe 

immédiat  de  la  première  classe,  c'est-à-dire  de  ceux  qui  sont 

semblables  aux  corps  d'origine  minérale,  ne  se  forme  pendant 
I.  45 


S26    DES  PftlNGIPEft  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉHALi  CH.  I,  ART.  II. 

rassimilàtion  ;  il  ne  s'en  forme  pas  non  plus  de  ceux  qui 
sont  cristàllisables,  bien  que  prenant  origine  dans  Torga* 
nisme.  Il  tie  se  forme  par  assimilation  que  des  substances  or- 
ganiques ;  principes  qui  ne  sont  pas  cristallisables,  dont  la 
composition  chimique  n'est  pas  définie. 

Pendant  la  désassimilation^  qui  est  aussi  caractérisée  par 
des  actes  chimiques,  mais  encore  plus  nets  que  les  précédents, 
il  ne  se  forme  que  des  principes  cristallisables,  soit  ana- 
logues i  ceux  d'origine  minérale»  ce  qui  est  l'exception, 
soit  de  ceux  qui  en  diffèrent,  ce  qui  est  le  cas  le  plus 
général  ;  et  il  ne  s'en  forme  jamais  que  de  ces  deux  groupes- 
U  ;  il  ne  s'en  forme  jamais  de  ceux  qui  ne  sont  pas  cristalli- 
sables,  comme  l'allmmine,  la  fibrine,  etc. 

2l2.  '-^  C'est  par  désassimilation  que  se  forment  tous  les 
principes  cristallisables  différents  de  ceux  d'origine  minérale 
par  leur  complexité,  par  leur  peu  de  stabilité  et  un  certain 
cachet  spécial  que  présentent  toutes  leurs  propriétés. 

Pour  se  former  ils  empruntent  leurs  matériaux  à  tous  les 
principes  qui  ont  été  assimilés,  c'est-A'-dire  à  ceux  des  deux 
groupes  précédents,  mais  surtout  aux  substances  organiques. 
Dans  l'uti  et  dans  l'autre  cas,  du  reste,  cette  formation  n'a  pas 
lieu  par  combinaison  directe  des  éléments  chimiques  des  prin* 
cipes  assimilés  ;  l'acte  par  lequel  a  lieu  cette  formation  est  un 
acte  moléculaire  indirect,  catalytique  ou  de  contact. 

Ainsi  donc  :  1*  Ce  premier  cas  particulier  de  désasêimilation 
est  un  acte  chimique,  mais  un  acte  moléculaire  indirect  ou 
de  contact. 

Non  seulement  ce  ne  sont  pas  ici  des  phénomènes  chimi- 
ques directs,  tels  que  des  doubles  décompositions  ou  des 
combustions,  ce  ne  sont  même  pas  des  fermentations  ni 
à  plus  forte  raison  des  putréfactions;  ce  sont  des  catalyses ^ 
généralement  de  celles  qui  ont  pour  résultat  le  dédouble* 
ment  des  corps  en  deux  ou  en  plusieurs  autres,  et  quelque- 
fois ce  «ont  d'abord  des  catalyses  isamériques  pour  arriver 
finalement  A  un  dédoublement  :  tel  est  le  cas  particulier 
des  sucres.  Une  série  de  phénomènes  de  ce  gemre  peut 


DE  L.i  FOBMATION   DES   PRINCIPES  fHMiDUTS.  2S7 

quelquefois  conduire  aux  mêmes  résultats  déflnftifii  que 
s'il  y  avait  eu  combustion ,  comme  à  la  formation  d'eau, 
d'acide  carbonique,  etc.  Mais  l'acte  est  loin  d'être  le  même, 
il  est  loin  de  présenter  la  même  intensité  et  de  donner  lieu 
aux  mêmes  phénomènes  physiologiques.  Peu  étudiés  encore, 
du  moins  rationnellement,  les  phénomènes  des  actes  cataly- 
tiques  demandent  à  être  repris  avant  qu'on  puisse  se  rendre 
compte  pleinement  des  phénomènes  physiologiques  dont  ils 
sont  la  source,  des  phénomènes  organiques  ou  vitaux,  en  un 
mot,  qui  en  sont  la  manifestation. 

Nous  devons  donc,  dès  à  présent,  reléguer  dans  cette  par* 
tie  dogmatique  de  notre  livre,  au  nombre  des  faits  histori- 
ques, tout  ce  qui  se  rapporte  a  l'hypothèse  de  la  combustion, 
qui  sera  appréciée  comme  telle  au  chapitre  qui  traitera  de 
l'histoire  de  la  stoschiologic. 

2«  Enfin,  nous  verrons  bientôt  que  quelques  principes  ana* 
logues  à  ceux  d'origine  minérale  ou  semblables  à  ceux  que 
nous  pouvons  faire  artificiellement  se  forment  par  désassimi- 
lation  dans  l'économie,  empnmtant  aussi  aux  principes  asç^î- 
miles  tous  leurs  matériaux.  Nais  pour  ceux-là,  qui  sont  eti 
très  petit  nombre  ou  se  forment  dans  quelques  cas  morbides, 
comme  V hydrogène  sulfuré^  le  tulfhyirate  i' ammoniaque^  etc. , 
la  désassimilation  est  un  fait  chimique  direct;  alors  les  com- 
posés sont  fixes,  stables,  rapprochés  ou  semblaMes  sous  ce 
rapport,  autant  que  possible,  aux  corps  minéraux ,  et  l'on 
comprend  que  la  désassimilation  ne  saurait  être  poussée  plus 
loin.  Quant  aux  principes  d'origine  minérale,  nous  verrons 
dans  leur  histoire  particulière,  que  leur  désassimilation  est 
en  général  un  simple  fait  de  liquéfaction  pour  ceux  qui 
s'étaient  fixés  à  la  substance  du  corps,  et  que  même  quel* 
ques  uns  ne  font  que  passer,  au  moins  en  partie,  en  restant 
à  l'état  de  dissolution  dans  les  sérums (sulfates,  chlorures). 

Ainsi  nous  voyons  que  généralement,  dans  la  désassimila- 
tion, les  principes  du  premier  groupe  restent  ce  qu'Us  étaient 
et  ne  font  que  traverser  l'organisme,  tandis  que  la  désassimi- 
lation des  sub^tancM  organiques  est  une  d<'*romposition  par 


228    DES   PRlNCin»  IMMÉDUTS  EM   GÉNÉRAL,  CH.  I,  ABT.  II. 

catalyse  dédoublante  ou  quelquefois  isomérique  ;  désassimila- 
tion  caractéristique,  car  elle  est  une  formation  de  principes 
immédiats  nouveaux  et  cristallisables,  comme  leur  assimila- 
tion était  caractéristique,  puisqu'elle  était  aussi  une  formation 
de  principes  nouveaux,  mais  non  cristallisables.  Désassimila- 
tion  des  substances  organiques  vivantes  et  formation  dans 
l'organisme  de  principes  immédiats  cristallisables  sont  tout  un 
pour  ceux-ci  ;  d'où  vient  qu'on  dit  qu'ils  se  forment  par  désas- 
similation;  c'est-à-dire  qu'ils  se  forment  en  même  temps  que 
de  parties  des  substances  organiques  encore  vivantes,  leurs 
matériaux  abandonnent  celles-ci  et  leur  deviennent  dissem- 
blables. 

213. —  Dans  les  plantes,  les  principes  immédiats,  dont  la 
formation  a  lieu  par  cette  désassimilation  que  caractérise  une 
catalyse  isomérique,  dérivent  de  l'amidon  et  des  gommes; 
il  y  a  d'autres  exemples  de  ce  genre,  mais  ce  sont  les 
mieux  connus.  Ces  substances,  dont  nous  avons  indiqué  le 
mode  général  de  formation  par  catalyse  composante,  passent 
dans  la  graine  et  dans  la  fleur  (Cl.  Bernard)  à  l'état  de  glucose 
par  catalyse  isomérique,  puis  probablement  à  l'état  d'acide 
lactique  ou  de  quelque  autre  corps  analogue.  Peut-être,  en 
définitive,  ces  corps  arrivent-ils  alors  à  l'état  d'acide  carbo- 
nique par  une  combustion  lente,  ce  que  semblent  indiquer  le 
dégagement  de  ce  gaz  et  la  production  de  chaleur.  Le  fait  est 
probable,  mais  non  démontré. 

Chez  les  animaux,  les  gommes  et  les  fécules  introduites  dans 
le  tube  digestif  passent  d'abord  à  l'état  de  glucose  par  cata- 
lyse isomérique,  et  on  les  trouve  dans  le  sang  sous  cet  état. 
Il  y  éprouve  rapidement  la  catalyse  lactique  (Cl.  Bernard),'et 
peut-être  ensuite  s'unissant  à  la  soude  par  expulsion  de  l'acide 
du  carbonate  de  cette  base,  voit-il  son  acide  éprouver  une 
combustion  lente,  comme  depuis  longtemps  l'ont  pensé  les 
chimistes  d'après  le  fait  de  l'exhalation  d'acide  carbonique 
par  les  poumons  et  la  production  de  chaleur.  Le  fait  est 
poisible,  probable  mémo,  mais  non  démontré.  Il  se  peut  que 
le  même  résultat  soit  obtenu  par  dédoublement  de  l'acide  lac- 


DE  LA  FOUiÂTIOM  DES  PRI1I€IPE8  llIliiDiATS.  220 

tique  en  acide  carbonique  et  quelque  autre  corps.  On  pourrait 
donner  la  formule  de  celui-ci  ou  de  ceux-ci,  en  subdivisant 
celle  de  Facide  C^H'O,  HO;  mais  comme  il  est  possible  et 
même  probable  que  les  choses  se  passent  autrement  dans 
l'organisme  qu'on  pourrait  le  supposer  d'après  les  faits 
chimiques  actuellement  connus ,  il  vaut  mieux  attendre  des 
expériences  directes  sur  le  vivant  ou  faites  extérieurement 
comme  préliminaire  dans  des  conditions  aussi  rapprochées 
que  possible  de  ce  qui  se  passe  pendant  la  vie.  Quant  à  la 
production  de  chaleur,  il  est  très  probable,  comme  le  dit 
M.  Regnault,  qu'elle  est  produite  entièrement  par  les  réac- 
tions chimiques  qui  se  passent  dans  l'économie  ;  mais  le  phé- 
nomène est  trop  complexe  pour  qu'on  puisse  le  calculer  d'a- 
près la  quantité  d'oxygène  consommée  (1).  On  sait  déjà  que 
le  sang  qui  sort  du  foie  est  de  1  degré  1/2  plus  chaud  que 
celui  qui  sort  du  poumon  ;  de  plus,  il  serait  singulier  qu'il  ne 
se  produisit  pas  de  chaleur  dans  les  solides  où  se  passent 
sinon  autant  d'actes  nutritifs  de  combinaison  et  de  décombi- 
naison que  dans  le  sang,  au  moins  à  peu  près  autant. 

Enfin,  pour  achever  ce  qui  concerne  la  formation  des  prin- 
cipes par  catalyse  isomérique ,  il  faut  savoir  que  le  sucre  de 
canne  passe  i  l'état  de  glucose  en  traversant  le  foie  (Cl.  Ber- 
nard). 

De  plus,  dans  le  foie  il  se  forme  du  glucose  de  toutes  pièces 
pendant  l'abstinence  et  toute  la  durée  d'un  régime  purement 
animal.  On  n'a  encore  aucune  donnée  sur  le  mode  de  formation 
de  ce  sucre.  On  ne  sait  s'il  est  le  résultat  d'un  acte  chimique 
direct,  d'une  catalyse  combinante,  ou  d'un  phénomène  de  con- 
tact avec  dédoublement,  ce  que  des  expériences  ultérieures 
apprendront  seules.  Mais  on  sait  qu'il  éprouve,  comme  les 
sucres  introduits  du  dehors ,  la  catalyse  lactique  dès  qu'il 
arrive  dans  le  sang  des  veines  sus-hépatiques,  en  sorte  qu'au 
delà  du  poumon  il  n'en  reste  que  fort  peu,  comparativement 
à  la  quantité  contenue  par  le  liquide  des  veines  sus-hépatiques. 

21  A.  —  Ce  que  nous  avons  dit  sur  le  passage  du  sucre  de 

(i)  RBCrMAULT,  Court  élémenUiire  d»  ckknk.  Paris,  1850»  I.  II»  p. 


2S0    DES  PRINCll*fi»  IMHÉOIATS  EM   GifcllÉRAL»  CU.  1,  ART.  II. 

cAono  et  de  l'amidon  à  l'état  de  glucose  ;  ce  que  nous  venons 
de  dire  aussi  de  la  formation  du  sucre  du  foie,  s'applique  d'une 
manière  générale  aux  principes  gras  (stéarine,  margarine, 
oléine).  Il  arrive  tout  formés  du  dehors  de  ces  principes,  ou 
quelques  uns  qui  leur  sont  isomères,  provenant  des  aliments 
végétaux  huileux  ou  des  graisses  animales,  qui  ne  font  que 
se  mélanger  à  ceux  préexistant  déjà,  ou  qui,  au  moment 
où  ils  sont  assimilés,  éprouvent  dans  l'économie  une  catalyse 
isomérique ,  à  la  manière  de  ce  qui  a  lieu  pour  les  lecules 
et  le  sucre  de  canne.  Mais,  de  plus,  il  s*en  forme  de  toutes 
pièces  (Liebig ,  Persoz ,  Boussingault),  comme  le  sucre.  Il 
parait  résulter  des  travaux  de  M.  CL  Bernard,  que  c'est  aussi 
dans  le  foie  qu'a  lieu  cette  formation.  Seulement  ces  prin- 
cipes ne  donnent  pas  lieu  (comme  le  glucose),  aussitôt  qu'ils 
sont  formés,  &  la  formation  d'autres  principes  par  une  série 
de  catalyses  dédoublantes  (acides  lactique  et  carbonique)  ; 
mais  ils  se  mêlent  euseod)le,  puis  s'accumulent  et  séjournent 
dans  réconomie.  Ils  y  constituent  la  partie  principale  des  . 
cléments  anatomiques  tout  particuliers  d'un  tissu  tout  spécial 
aussi,  le  tissu  adipeux,  qui  ne  jouit  d'aucune  autre  propriété 
vitale  que  la  nutrition  ;  qui  ne  remplit  aucun  rdie  actif,  etc. 
Du  reste,  ces  principes,  après  avoir  fait  partie  plus  ou  moins 
longtemps,  soit  des  vésicules  adipeuses,  soit  d'autres  élé- 
ments, fmissent  par  disparaître  aussi  dans  Téconomie,  en 
donnant  lieu  à  hi  formation   d'autres  espèces  d'après  les 
mêmes  modes  que  le  sucre,  lesquelles  sont  expulsées  directe- 
ment (acide  carbonique,  etc.).  En  un  mot,  pour  mieux  faire 
saisir  le  côté  anatomique  de  l'histoire  de  ces  principes,  on 
peut  dire  qu'ils  remplissent  en  quelque  sorte  le  rôle  que 
remplirait  le  sucre,  s'il  venait  à  sVcumuler  quelque  part 
dans  réconomie  pour  disparaître  ensuite,  comme  nous  l'avons 
dit  et  le  verrons  encore  plus  loin. 

215,  -*-  Les  principes  immédiats  dont  la  fonnation  a  lieu 
par  le  mode  de  désassimilation  des  substances  organiques 
que  caractérisent  les  catalyses  dédoublantes  sont,  dans  les 
plantes,  les  alcalis  et  des  acidts  >égétaux,  ainsi  que  certains 


DE  LÀ  FORMATIOM  DES  PRINCIPES  IMIIÉDIATS.  SSl 

sels.  Le  fait  est  du  moins  fort  probable ,  quoiqu'il  n'ait  pas 
encore  suffisamment  été  étudié  directement  pour  ôlre  consi^ 
déré  comme  rigoureusement  démontré. 

Chez  les  animaux,  se  forment  ainsi  Turée,  la  leucine,  Tih 
cide  urique,  Tacide  hippurique,  la  créatine  et  les  autres 
principes  azotés  considérés  la  plupart»  jusqu'à  présent, 
comme  des  produits  de  combustion;  c'est-à-dire CQmqoe  don 
produits  d'actes  chimiques  des  plus  énergiques,  admis  là  où 
ne  se  passent  que  des  actes  les  moins  intenses,  ayant  poiur 
résultat  \a,  formation  de  corps  complexes  et  peu  stables.  C'est 
par  suite  d*un  dédoublement  du  genre  de  ceux  dont  nous 
venons  de  parler  que  se  forment  les  acides  olélque,  stéariqu^ 
et  margarique,  existant  à  Tétat  libre  dans  le  sang,  et  non  pas 
par  pénétration  de  ces  corps  de  l'intestin  dans  le  chyle  ou 
dans  les  veines.  Ce  fait  pourtant  ne  serait  pas  impossible, 
maia  n'a  pas  été  constaté. 

216.  —  La  formation  des  sels  qui  ont  pour  acides  les  pré* 
eédents,  ainsi  que  les  urates,  bippurates,  etc.,  considérés 
comme  sels  et  non  comme  acide  et  base  pris  séparément, 
pourrait  être  considérée  comme  le  résultat  direct  de  la  désas- 
similation ,  tandis  qu'il  est  plus  probable  que  c'est  l'acide 
libre  qui  est  formé  directement ,  de  la  manière  que  nous 
venons  d'indiquer.  Par  leur  contact  prolongé  avec  les  sels  i 
base  alcaline  et  terreuse,  ces  acides,  quoique  faibles,  peuvent 
dans  certaines  circonstances  s'emparer  d'une  partie  de  cette 
base  et  passer  eux-mêmes  à  Tétat  de  sels. 

Par  la  formation  de  ces  principes  salins,  nous  voyons 
reparaître  des  corps  revenant  de  plus  en  plus  aux  caractères 
des  composés  d'origine  minérale,  et  susceptibles  de  passer  à 
l'état  d'espèces  tout  à  fait  minérales  par  un  ou  deux  pas 
de  plus  dans  la  série  de  leur  dédoublement,  ce  que  l'on 
peut  obtenir  à  volonté  hors  de  l'organisme.  C'est  a  quoi  on 
arrive  en  faisant,  par  exemple,  subir  à  l'urée  la  fermentation 
ammoniacale  qui  la  fait  passer  a  Tétat  de  carbonate  de  cette 
base.  Le  fait  peut  même  avoir  lieu  pathologiquement  dans 
l'organisme.  Dans  ev  ras  exceptioimel  ou  arrive  déjà  auiç 


282     DBS  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN   GÉNÉRAL,  CU.  I,  ART.  II. 

fermentations ,  ordre  de  phénomènes  de  contact  donnant  des 
produits  de  décomposition  ou  de  dédoublement  Inen  plus  sta- 
bles, plus  voisins  par  leurs  caractères  de  ceux  des  espèces 
minérales  ;  on  peut,  dans  d'autres  circonstances,  également 
morbides,  voir  se  produire  des  principes  qui  caractérisent  le 
dernier  degré  de  la  décomposition,  lorsque  surviennent  des 
putréfactions  du  pus  et  d'autres  liquides,  phénomènes  chimi- 
ques de  contact  qui  poussent  au  degré  le  plus  extrême 
la  désassimilation,  ou  mieux,  dans  ce  cas,  la  destruction. 
Telle  est  la  formation  d'hydrogène  sulfuré ,  de  sulfhydrate 
d'ammoniaque ,  etc. ,  dans  les  cas  de  putréfaction  du  pus 
voisin  d'une  muqueuse  soumise  elle-même  au  contact  habi- 
tuel ou  fréquent  de  l'air.  ^ 

217.  —  Qu'il  s'agisse  des  animaux  ou  des  végétaux,  toutes 
les  fois  que  pendant  la  désassimilation  les  principes  d'origine 
minérale  sont  en  jeu,  nous  voyons  se  former  quelques  prin- 
cipes très  analogues  à  ceux  d'origine  minérale  ;  mais  un  seul 
exemple  de  ce  genre  pendant  l'assimilation  n'est  pas  encore 
certain. 

A  l'exception  des  cas  que  nous  allons  signaler,  partout  ailleurs 
la  désassimilation  des  principes  d'origine  minérale  n'est  autre 
chose  qu'une  dissolution,  un  passage  i  l'état  liquide  de  prin- 
cipes solides,  sortant  tels  qu'ils  s'étaient  fixés  par  assimilation 
(chlorures,  phosphates,  etc.)  Quelques  uns  sortent  même  en 
partie,  sinon  en  totalité ,  sans  s'être  jamais  fixés  à  d'autres 
qu'à  l'eau  qui  les  dissout  (sel  marin,  sulfate  de  soude,  etc.). 

Ceux  des  principes  qui  se  forment  par  action  chimique  di- 
recte désassimilatrice,  sont  le  phosphate  ammoniaco-magné- 
sien,  les  bicarbonates,  Thydrogène  sulfuré.  Ici  l'ammoniaque 
s'unit  directement  au  phosphate  de  magnésie ,  l'acide  carbo- 
nique aux  carbonates. 

Les  urates,  stéarates ,  oléa tes,  etc.,  pourraient,  si  leurs 
acides  étaient  assez  puissants,  être  considérés  comme  for- 
més par  union  directe  de  cet  acide  à  la  base  d'un  carbonate 
dont  l'acide  serait  chassé;  mais  il  n'y  a  guère  que  les  lactales 
qui  soient  dans  ce  cas-la.  Comme  il  n'y  a  pas  même  d'alcalis 


iteUMÉ  SUR  LA  FORMATION  DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS.   235 

libres  dans  rorganisme,  tandis  qu'il  y  a  des  acides  stéarique 
et  margarique  libres  dans  le  sang  et  peut-être  d'autres , 
comme  il  y  a  un  acide  libre  dans  la  substance  solide  du  poiH 
mon  et  dans  le  bouillon  qu'on  obtient  de  la  rate,  tout  porte 
à  croire  que  ces  sels  se  forment  comme  nous  venons  de  le 
dire  au  commencement  du  paragraphe  précédent  (p.  281). 

D  est  à  remarquer,  du  reste,  que  dans  le  cas  du  phosphate 
ainmoniaco-magnésien  et  des  bicarbonates,  qui  sont  à  peu 
près,  avec  l'hydrogène  protocarboné  et  sulfuré,  les  seuls  corps 
se  formant  dans  l'organisme  qui  soient  analogues  à  ceux 
d'origine  minérale,  l'ammoniaque  et  l'acide  carbonique  sont 
des  composés  formés  dans  l'économie  vivante  par  catalyse  avec 
dédoublement,  c'est-a-dire  par  désassimilation;  qu'ils  provien- 
nent (au  moins  l'ammoniaque)  des  substances  organiques.  Il 
n'y  a  de  phénomène  chimique  direct  que  leur  union  aux 
corps  d'origine  minérale  au  fur  et  à  mesure  de  leur  forma- 
tion, que  l'union  de  l'ammoniaque  au  phosphate  de  magnésie, 
par  exemple. 

RÉSUMÉ  SUR    LA   FORMATION   DES   PRINCIPES   IMMÉDIATS. 

a.  Lieux  de  la  formation  des  principes  immédiats. 

218.  —  Ce  n'est  pas  seulement  la  nature  de  la  formation 
des  principes  qu'il  faut  connaître,  mais  encore  le  lieu  précis 
de  cette  formation. 

Nous  avons  vu  quels  sont  les  principes  qui  se  forment  hors 
de  l'organisme  et  ceux  qui  se  forment  dans  l'organisme. 
Quoique  ne  pouvant  observer  directement  les  phénomènes  de 
cette  formation,  sa  nature  même  nous  permet  de  préciser 
encore  davantage  les  parties  du  corps  où  elle  a  lieu. 

Qu'il  s'agisse  des  principes  qui  se  forment  par  catalyses  com- 
binante et  isomérique  (en  général  assimilatrices),  ou  bien  de 
ceux  qui  se  forment  par  catalyse  avec  dédoublement  (désassi- 
milatrice),  il  est  facile  de  reconnaître  que  le  phénomène  a 
lieu  dans  toutes  les  parties  du  corps  où  il  y  a  nutrition. 

219.  — Dans  la  substance  des  éléments  du  poumon  existe 
un  acide  ;  dans  le  sang  existe  du  bicarbonate  de  soude  (  ou 


28&    DES  PRINCIPES   IMMÉDIATS  EN   GÉMÉRAL,  €H.  I,  AMT.  U. 

du  cyanure  de  mercure,  si  Ton  vient  à  en  injecter)  ;  le  sang 
traverse  les  capillaires  des  membres  et  les  sels  ci-dessos  ne  m 
décomposent  pas  ;  ils  arrivent  aux  poumons  ;  il  y  a  comme 
partout  échange  entre  les  principes  du  sang  et  les  principes 
de  la  substance  de  ces  organes,  et  aussitôt  ces  corps  salins 
sont  décomposés  «  Il  se  forme  de  Tacide  carbonique  dant 
h  iang  (ou  du  cyanhydrique). 

Mais  l'acide  pneumique  qui  est  dans  les  éléments  analo- 
miques  du  poumon,  ce  n'est  certainement  pas  dans  le  sang 
qu'il  se  forme  comme  acide  libre,  pour  se  déposer  ensuite 
dans  la  substance  du  poumon  ;  car  si  c'était  dans  le  sang  qu'il 
se  form&t  comme  acide  libre ,  il  décomposerait  partout  les 
carbonates  (ou  le  cyanure  injecté).  Il  se  forme  donc  des  prin- 
cipes dans  les  solides  ;  et  même  des  principes  cristallisables, 
qu'on  a  dit  souvent  être  formés  par  combustion  des  substances 
azotées  dans  le  sang  des  capillaires. 

Prenons  maintenant  les  substances  azotées  non  cristallisa- 
blés,  se  formant  par  catalyse  isomérique  assimilatrice,  comme 
la  musculine,  Tosséine,  etc.  Elles  proviennent  des  substances 
azotées  contenues  dans  le  sang  ;  mais  on  ne  peut  s'empêcher 
de  reconnaître  que  c'est  dans  les  éléments  musculaires  et 
osseux  qu'elles  se  sont  formées  comme  musculine,  etc.; 
que  c'est  là  qu'elles  ont  pris,  au  moment  de  leur  assimilation, 
les  caractères  spéciiiques  qui  les  distinguent  les  unes  des 
autres,  et  que  chez  l'embryon  c'est  au  milieu  de  substances 
isomères  ou  analogues  à  elles  qu'elles  se  sont  formées. 

Prenons  ensuite  les  principes  cristallisables,  comme  la 
créalinc,  la  créatinine,  qui  se  trouvent  en  grande  quantité 
dans  les  muscles  et  s'y  forment  par  catalyse  avec  dédouble- 
ment et  désassimilatrice.  On  ne  saurait  trouver  une  seule 
raison  plausible,  démontrant  que  c'est  dans  le  sang  qu'elles 
se  forment  pour  se  déposer  ensuite  dans  les  muscles,  puisque 
ce  sont  essentiellement  de  ceux  des  principes  qui  sont  rqe- 
tés  au  dehors  par  les  urines  et  ne  peuvent  s'accumuler  dans 
l'économie  sans  devenir  nuisibles. 

IjC  sang  |)orte  partout  les  matériaux  destinés  k  fornMr  deff 


BiSUMÉ   SCR   LA  FOBMATIOM   l)Eb  PRINCIPES  IMMÉDIATS.     236 

principes  par  assimilation,  et  reçoit  do  partout  ceux  qui  se 
forment  par  désassimilation ,  afin  qu'ils  soient  rejetés.  Le 
sang  est  une  humeur  vivante,  c'est-à-dire  présentant  un  dou- 
ble mouvement  de  composition  et  de  décomposition,  d'une 
manière  continue  et  sans  destruction  de  sa  substance  ;  mais 
dans  ce  double  mouvement  il  ne  fait  pas  que  recevoir  des  prin- 
cipes tout  formés  et  en  rejeter  de  tout  formés,  il  renferme  des 
principes  qui  lui  sont  propres,  comme  l'albumine  et  la  fibrine  ; 
il  ne  lesj  reçoit  pas  et  ne  les  rejette  pas  normalement  tout 
formés.  Ce  sont  des  substances  qui  se  forment  dans  le  sang. 
Elles  servent  probablement  de  matériaux  à  d'autres  substan- 
ces analogues,  qui  se  forment  par  catalyse  isomérique  de 
cette  fibrine  et  de  cette  albumine;  ou  peut-ôtre  donnent-elles 
lieu  a  la  formation  de  principes  cristallisables  par  catalyse 
avec  dédoublement,  comme  les  substances  azotées  des 
muscles,  etc. 

220.  —  U  n'y  a  donc  pas  dans  l'économie  un  lieu  unique 
de  formation  des  principes  immédiats  ;  il  s'en  forme  partout 
où  il  y  a  nutrition^  et  cette  formation  a  lieu,  soit  par  catalyses 
combinante  et  isomérique  (assimilatrices),  soit  par  catalyse 
avec  dédoublement  (désassimiiatrice). 

Il  s'en  forme,  par  conséquent,  dans  les  solides,  soit  de 
cristallisables,  soit  de  non  cristallisables,  plus  encore  que 
dans  le  sang  et  la  lymphe  où  il  s'en  forme  aussi.  Le  fait  a 
lieu  au  moment  de  la  fixation  des  matériaux  dans  le  solide, 
ou  au  moment  où  des  matériaux  élémentaires  d'une  espèce 
changent  d'état  d'union  moléculaire  pour  former  une  autre 
espèce.  C'est  ainsi  que  du  moment  de  leur  entrée  jusqu'à  ce- 
lui de  leur  sortie,  les  matériaux  introduits  passent  successi- 
vement par  une  ^rie  d'états,  lesquels  constituent  autant 
d'espèces  de  principes  distinctes» quoique  analogues;  ces  es- 
pèces sont  de  plus  en  plus  compliquées,  puis  de  plus  en  plus 
simples,  lorsqu'on  part  des  végétaux  pour  arriver  jusqu'aux 
excrétions  animales. 

p.  Modes  de  la  formation  des  principes  immédiats» 

221.  — 11  ji'y  a  pas  non  plus  un  mode  unique  et  absolu  de 


236    DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  11. 

phénomènes  caractérisant  la  formation  des  principes  immé- 
diats, comme  serait  la  combustion,  par  exemple,  etc. 

Loin  d'y  avoir  dans  l'assimilation  et  la  désassiniilation  un 
ordre  unique  et  absolu  de  phénomènes  chimiques,  il  y  en  a 
plusieurs  :  toujours  et  naturellement  ils  sont  en  rapport  soit 
avec  les  conditions  dans  lesquelles  se  passe  l'acte,  soit  plus 
souvent  avec  la  nature  moléculaire  des  corps  qui  sont  enjeu. 

D'abord  se  présentent  deux  ordres  d'actions  :  1.  les  actions 
chimiques  directes  ;  2.  les  actions  chimiques  indirectes. 

222. —  1.  Les  unes  appartiennent  aux  actions  chimiques, 
et  ce  sont  surtout  les  corps  d'origine  minérale  qui  sont  alors 
en  jeu.  a.  Lorsqu'il  s'agit  d'actes  assimilateurs,  ce  ne  sont  : 
!<"  généralement  que  des  actes  de  dissolution  (assimilation 
des  chlorures,  sulfates  alcalins,  etc.);  2«  très  rarement  ce 
sont  des  unions  fixes,  et  elles  ne  sont  jamais  définies  quant 
aux  proportions  (union  du  phosphate  de  chaux,  etc.,  aux  sub- 
stances organiques  azotées  du  cartilage  durant  l'ossification). 
b.  Lorsqu'il  s'agit  d'actes  de  désassimilation ,  ce  sont  : 
1*  encore  des  actes  de  dissolution  (passage  à  l'état  liquide  des 
différents  phosphates,  etc.)  ;  2*  et  rarement  des  unions  fixes 
et  définies,  mais  cependant  plus  souvent  que  dans  le  cas  pré- 
cédent (formation  du  phosphate  ammoniaco-magnésien,  des 
lactates  du  sang,  etc.)  ;  aussi  nous  voyons  la  désassimilation 
tendre  à  ramener  les  matériaux  de  la  substance  organisée 
vers  la  fixité  dans  la  constitution ,  et  vers  l'état  défini  des 
proportions  qui  caractérise  les  corps  minéraux. 

223. —  2.  Les  actes  chimiques  indirects  s'observent  toutes 
les  fois  que  ce  sont  des  substances  d'origine  organique  qui 
sont  en  jeu,  soit  comme  résultat  du  phénomène,  soit  comme 
source  des  matériaux  en  action.  Dans  l'un  et  dans  l'autre 
cas,  ce  sont  des  catalyses  proprement  dites,  et  de  deux  es- 
pèces, soit  dans  l'assimilation,  soit  dans  la  désassimilation. 
a.  Toutes  les  fois  qu'il  s'agit  de  phénomènes  d'assimila- 
tion, ce  sont  :  1**  des  catalyses  combinantes  qui  s'opèrent 
(formation  des  substances  organiques  dans  les  végétaux)  ; 
2o  ou  des  catalyses  isomériques  (formation  des  substances 


RABUMÉ  sur  la  formation  des  principes  imiÉDUTS.     237 

organiques  propres  aux  animaux),  b.  Lorsqu'il  s^agit  de  phé« 
nomënes  désassimilateurs,  ce  sont  :  l*"  quelquefois  des  caio* 
ly$e$  Uamériques  (passage  du  glucose  à  l'état  d'acide  lactique), 
2»  ou  plus  souvent  des  catalyses  avec  dédoublement. 

C'est  surtout  par  des  actes  chimiques  indirects,  soit  assi- 
milateurs  (substances  organiques),  soit  désassimilateurs  (corps 
cristallisables),  qu'a  lieu  la  formation  des  principes  immédiats 
nouveaux  dans  l'organisme,  et  exceptionnellement  par  action 
chimique  directe  dans  le  cas  de  désassimilation  des  principes 
d'origine  minérale. 

y.  Résultats  de  la  formation  des  principes  immédiats. 

22&.  —  Ainsi  on  voit,  d'après  ce  qui  précède  sur  la  for- 
mation des  principes  immédiats  : 

lo  Que  l'assimilation,  en  rendant  les  principes  introduits 
semblables  à  ceux  déjà  existants,  a  essentiellement  pour  résul- 
tat de  faire  passer  les  principes  cristallisés  à  l'état  non  cristal- 
lin, et  cela  soit  par  dissolution,  soit  par  union  aux  substances 
organiques.  Ce  mode  d'union  particulier  aux  êtres  organisés 
est  encore  peu  étudié.  En  môme  temps  qu'il  a  pour  résultat 
de  rendre  non  crislallisables  des  corps  définis  et  ne  s'unissant 
habituellement  entre  eux  qu'en  proportions  fixes  et  détermi- 
nées, il  a  pour  résultat  plus  important  de  les  rendre  suscep- 
tibles de  s'unir  en  toutes  proportions  aux  substances  organi- 
ques; ce  qui  permet  à  ces  substances,  soit  seules,  soit  unies 
aux  principes  minéraux,  de  remplacer  une  portion  de  leur 
propre  matière  en  la  cédant  au  dehors,  en  même  temps  que 
d'autres  matériaux  la  remplacent;  et  cela  sans  dislocation 
moléculaire  de  toute  la  substance,,  contrairement  à  ce  qui  a 
lieu  dans  le  cas  de  combinaison  et  de  décombinaison  chimique 
proprement  dite  ou  inorganique.  Ces  matériaux  introduits 
du  dehors  qui  ne  sont  pas  cristallisables,  qui  ont  déjà  vécu, 
l'assimilation  ne  fait  pas  autre  chose  que  de  les  rendre  sem- 
blables de  nouveau,  non  pas  à  ce  qu'ils  étaient  dans  l'être  oi 
a  eu  lieu  leur  formation,  mais  aux  substances  organiques  qui 
préexistent  dans  l'organisme  oii  ils  pénètrent. 

2*  On  voit  que  la  désassimilation,  en  rendant  les  principes 


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fMf  /m/  h^fu^n  kit  v^;^/-f4ijx  :  rf^  iir^.$  organises  «  «oiirrif- 

éÊm^léf'muttjHê  ntpnt  j/um  vécu.  Aug.  Comte.'  C'est  ii 

iH<fM«'hl  le  fMi  Ir  pliiH  ^Hif'ral,  le  plus  liabiluel,  et  ce 

l|lfii  fMMMiiif  »ioy«'ii  frnm'-iiorntion  qu'on  le  modifie, 


BisraÉ  8UB  LA  FORMATION  PEâ  miNGlPCSi  fMllflDlATft.    SSO 

commet  par  exemple,  quand  on  nourrit  les  plantes  avec  des 
matières  animales.  Remarquez,  du  reste,  à  cet  égard,  qu*il 
faut  que  déjà  ces  malières  se  soient  rapprochées  des  corps 
minéraux  par  une  série  d*actes  moléculaires  successifs  de  cata- 
lyses, de  fermentations  et  de  putréfactions,  qui  les  ramènent 
à  rétat  de  corps  plus  simples,  plus  fixes  et  cristallisablcs  ou 
volatils  sans  décomposition.  C*est  du  moins  sous  cet  état  que 
leur  pénétration  dans  les  plantes  est  le  plus  favorable  à  celles- 
ci,  plutôt  qu'à  l'état  de  substances  organiques  n'étant  pas 
encore  arrivées  à  l'état  de  principes  solubles  par  la  putréfac- 
tion. 

C'est  donc  uniquement  pour  avoir  été  un  peu  trop  absolus, 
que  les  chimistes  qui  ont  avancé  que  c'est  dans  le  règne  végétal 
seul  que  se  forme  la  matière  organisée  ont  été  forcés  de  re- 
venir sur  ce  qu'ils  avaient  avancé.  Mais  ce  manque  de  mé- 
thode conduisant  à  envisager  les  principes  immédiats  en  un 
seul  bloc  avait  réellement  de  graves  inconvénients,  puisqu*il 
menait  à  comprendre  dans  un  même  ordre  de  considérations 
des  principes  aussi  dissemblables  que  les  trois  groupes  sui- 
vants ,  savoir  :  ceux  qui  entrent  tout  formés ,  ceux  qui  se 
forment  dans  l'organisme  sans  être  cristallîsables ,  et  ceux 
originaires  du  même  lieu,  mais  cristallisables. 

Ainsi  c'est  bien  réellement  dans  le  règne  végétal  que  réside 
le  grand  laboratoire  de  la  rie  il);  c'est  là  seulement  que  se 
trouvent  toutes  les  conditions  pour  la  formation  de  toutes 
pièces  des  iuhiianees  organiques.  Mais  qui  dit  substances 
organiques,  principes  immédiats  non  cristallisables,  azotés  ou 
non,  ne  dit  pas  nécessairement  :  sul)stances  à  la  fois  végétales 
et  animales;  il  n'y  a  pas  pour  Tanatomiste  de  substances 
amimaUs  dans  les  végétaux,  le  chimiste  seul  n'envisageant 
que  la  composition  élémentaire  peut  se  laisser  aller  à  une 
telle  contradiction  dans  les  mots.  H  y  a  des  substances  azo- 
tées dans  les  plantes  ,  leur  composition  élémentaire  est  la 
■lème  ou  à  peu  près  que  celle  des  substances  azotées  des  anî* 

(1)  Dnms,  Statique  chimique  des  êtres  organisés^  1**  édit.  Paris,  ISll» 
iii-8,  p.  6. 


2h0   DBS  PEINaPBS  IMIIÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  AET.  II. 

maux  ;  mais  elles  ne  sont  animales  qu'après  avoir  été  assimi- 
lées aux  substances  qui  composent  l'animal,  et  elles  le  devien- 
nent par  une  catalyse  isomérique  qui  change  seulement 
leur  constitution  immédiate  sans  que  varie  notablement  leur 
composition  élémentaire. 

C'est  dans  le  végétal  que  se  forment  de  toutes  pièces , 
s'il  est  permis  de  parler  ainsi ,  ces  substances  azotées ,  et 
c'est  aux  dépens  de  l'air  surtout  qu'elles  se  forment  (am- 
moniaque, eau,  acide  carbonique)  ;  mais  rappelons-nous» 
fait  important,  que  cette  formation  à  l'aide  de  corps  simples 
ou  peu  composés  ne  se  fait  jamais  que  dans  un  être  vivant 
qui  préexiste ,  ne  se  fait  jamais  qu'au  contact  seulement  de 
principes  analogues  ou  semblables.  Ainsi  on  ne  saurait,  dans 
cette  formation,  envisager  le  principe  qui  se  forme  isolément, 
indépendamment  de  ceux  qui  lui  préexistent  dans  le  germe 
et  l'être  parfait,  comme  on  le  peut  faire  pour  la  combinaison 
d'un  acide  et  d'un  alcali  ou  de  deux  sels  ensemble. 

Remarquez  en  outre  qu'en  même  temps  que  sont  emprun- 
tés ces  matériaux  à  l'air,  en  sont  empruntés  d'autres  au  sol, 
qui  sont  des  sels  minéraux  jouant  le  rôle  de  véhicule,  de  dis- 
solvant pour  les  substances,  au  fur  et  à  mesure  de  leur  forma- 
tion. Ib  sont  ainsi  également  des  conditions  d'accomplisse- 
ment de  cette  formation. 

c  Des  végétaux,  ces  substances  organiques  passent  toutes 
formées  dans  les  animaux  herbivores,  qui  en  rejettent  une 
partie  et  qui  accumulent  le  reste  dans  leurs  tissus. 

»  Des  animaux  herbivores,  elles  passent  toutes  formées 
dans  les  animaux  carnivores,  qui  en  rejettent  ou  en  conser- 
vent selon  leurs  besoins  (1).  » 

C'est  là  réellement  ce  qui  se  passe,  mais  ce  n'est  pas  sans 
modifications  que  les  principes  azotés  passent  des  plantes 
à  ranimai ,  de  l'herbivore  aux  carnivores  ;  nous  avons  vu 
quels  étaient  les  actes  moléculaires  de  catalyse  isomérique 
qui  caractérisent  le  fait  de  leur  assimilation.  De  ce  que  les 

(1)  Dumas,  Ioo.  cit.^  1841,  p.  7. 


RÉSIIHÉ  SUR   LA  FORMATION  DES  PRINCIPES  I1I1IÉDIAT8.    SM 

animaux  font  du  sucre^  il  ne  faudrait  pas  en  conclure  qu'ik 
font  de  la  même  manière  les  substances  azotées;  qu'ils 
les  peuvent  faire  de  toutes  pièces.  Il  n'en  faudrait  pas 
conclure  que  ce  ne  sont  pas  les  plantes  qui  forment  les 
principes  dont  Tanimal  fait  principalement  et  essentiellement 
sa  nourriture  ;  que  ce  ne  sont  pas  elles  qui  font  de  toutes 
pièces  les  matériaux  de^  principes  qui  constituent  la  plus 
grande  masse  de  l'animal  ;  ceux  qui  forment  en  volume  la  plus 
grande  masse  des  éléments  anatoraiques  essentiellement  actifs. 
Rien  de  plus  réel  que  ce  fait.  Seulement  ces  matériaux,  entre 
leur  formation  dans  la  plante  jusqu'à  leur  assimilation  par 
l'animal,  subissent  d'abord  la  catalyse  digestive  {voyez  ch.  IV); 
ensuite  leur  assimilation  est  encore  un  fait  moléculaire  du 
même  ordre  qui  les  fait  passer  sans  changement  de  leur  com- 
position médiate,  successivement  à  l'état  de  principes  identi- 
ques à  Talbumine  du  sang  ;  puis,  de  cet  état,  ils  passent  en* 
core  à  celui  d'ostéine,  de  musculine,  etc. 

Or,  nous  savons  déjà  que,  dans  la  substance  du  corps,  les 
principes  d'origine  minérale  ne  sont  qu'accessoires,  quoique 
indispensables  comme  véhicules  et  dissolvants,  etc.  Nous 
savons  aussi  que  les  espèces  cristallisables  qui  se  forment 
dans  l'organisme  ne  sont  également  qu'accessoires  quant  à  la 
masse,'et  sont  destinées  à  être  rejetées  ;  car  elles  sont  la  par, 
tie  des  matériaux  des  substances  organiques  devenues  cris- 
tallisables par  catalyse  dédoublante,  et  par  suite  impropres  à 
servir  directement  plus  longtemps. 

Or,  nous  savons  aussi  que  le  sucre  qui  se  forme  dans  l'or- 
ganisme de  toutes  pièces  est  un  principe  de  cet  ordre,  qui  est 
cristallisable  et  ne  saurait  être,  ni  sous  le  point  de  vue  de  sa 
formation,  ni  sous  celui  de  son  rôle  dans  divers  actes  physio- 
logiques, comparé  aux  substances  organiques.  Il  est  comme 
l'urée,  la  créatine,  l'acide  urique,  destiné  à  être  détruit  ;  seu- 
lement, au  lieu  d'être  détruit  après  son  expulsion,  il  l'est 
avant,  au  fur  et  à  mesure  de  son  arrivée  dans  le  sang,  et  les 
produits  sont  rejetés.  L'urée,  l'acide  urique  depuis  longtemps 
sont  connus  comme  se  formant  dans  l'organisme  et  n*étant  pat 
I.  16 


SAS    DES  PlitNCIPES   IMMÉDIATS  EN   GÉNÉRAL,  ÈH.  I,  A«T.  II. 

venus  tout  formés  du  dehors  ;  pourtant  jamais  on  n'avait  songé 
à  en  conclure  que  les  substances  organiques,  au  lieu  d'étro 
fournies  toutes  formées  par  les  plantes ,  sont  fabriquées  de 
toutes  pièces  dans  le  corps  animal,  et  y  passent  ensuite  di- 
rectement à  l'état  d'acide  urique,  d'urée,  comme  le  sucre  du 
foie  à  l'état  d'acide  lactique,  puis  d'acide  carbonique.  On  ne 
fuirait  donc  s'appuyer  sur  la  formation  du  sucre  dans  l'éco- 
nomie pour  nier  le  fait  du  simple  changement  isomérique  qui 
caractérise  l'assimilation  des  substances  azotées,  et  dire 
qu'elles  sont  susceptibles  d'être  formées  de  toutes  pièces  par 
l'animal  qui  pourtant  les  recherche  avidement  pour  sa  nour* 
ri  tu  re. 

C.  Sortie  ou  issues  et  fin  ou  termineUson  des  principes  imméHaU, 

228.  —  L'ovule,  avant  la  fécondation,  est  un  produit  fai- 
sant partie  de  Tôlre  qui  le  porte;  il  se  nourrit  à  la  manière 
d'un  élément  quelconque  des  produits.  Il  rend  à  cet  être  les 
principes  ou  peut-être  seulement  les  matériaux  qui  ont  suffi- 
samment servi ,  rejetant  ainsi  d'un  côté  ce  qu'il  reçoit  de 
l'autre  (sous  deux  formes  différentes,  mais  analogues  par  la 
composition  définie  des  composés),  sans  dislocation  molécu- 
laire des  principes  dits  substances  organiques,  qui  le  consti- 
tuent essentiellement,  dont  les  autres  principes  apportent  et 
emportent  les  matériaux  constituants. 

Chez  tous  les  vivipares,  après  la  fécondation,  c'est  encore 
le  même  fait  qui  continue,  jusqu'au  moment  assez  précoce 
où  les  matériaux  ayant  servi  sont  rejetés  dans  la  vessie,  puis 
la  cavité  amniotique  et  accessoirement  dans  l'intestin,  pour 
arriver  finalement  au  dehors  dans  les  milieux  solides  et  liquides 
à  l'époque  de  la  naissance.  A  cette  époque  aussi  sont  rejetés 
dans  l'atmosphère  les  principes  gazeux.  Chez  les  ovipares  et 
pendant  la  germination  des  graines,  des  principes  gazeux  sur- 
tout sont  exhalés.  Plus  tard,  ce  sont  les  principes  solides  et 
liquides. 

Nous  voyons,  dès  à  présent,  que  de  même  qu'il  est  impos- 
sible de  ramener  la  formation  de  Voiule,  en  tant  qu'élément 
anatomique,  ou  do  tout  autre  germo  a  une  formation  de  prin- 


ISSUE   DES   PRINCIPES  IMMÉDIATS.  $4S 

cipes  immédiats,  il  est  impossible  aussi  d*en  réduire  la  dis- 
parition a  une  décomposition  chimique.  C'est  une  résorption 
ou  atrophie ,  c'est-à-dire  la  rentrée,  molécule  à  molécule, 
ded  principes  de  sa  substance  dans  les  parties  d'où  ils  étaient 
venus;  et  cela,  sans  dislocation  chimique  ou  élémentaire.  Là 
fin  des  principes  immédiats  est,  au  contraire,  un  fait  chi- 
mique; c'est  une  décomposition  de  chaque  espèce  de  ces  corps 
en  plusieurs  composés. 

De  même  que  nous  avons  rencontré,  à  l'état  d'ébauche,  dès 
l'histoire  des  principes  immédiats,  la  notion  de  naissance  et 
développement^  nous  trouvons  ici  celle  de  fin  ou  mort  (laquelle 
peut  être  une  atrophie),  réduite  aussi  à  son  fait  le  plus  élémen- 
taire et  le  plus  simple,  mais  aussi  le  plus  général  ;  savoir,  non 
pas  la  décomposition  de  chacun  des  principes,  mais  la  ren- 
trée, de  chaque  espèce  se  séparant  des  autres,  dans  le  milieu 
d'où  elle  était  venue,  et  cessant  ainsi  de  former  avec  elles 
une  substance  particulière.  C'est  l'opposé  de  la  naissance,  qui 
est  l'union  les  uns  aux  autres  de  principes  de  diverses  classes 
empruntés  aux  humeurs  et  perdant  les  caractères  propres  à 
chacun  d'eux,  mais  formant  par  leur  concours  mutuel  une 
substance  nouvelle  :  substance  organisée. 

Au  fait  du  développement  consécutif  à  la  naissance,  et  dont 
nous  avons  aussi  trouvé  la  notion  à  Tétat  rudimentaire,  nous 
voyons  consécutivement  à  la  mort  sur\'enir  un  phénomène 
que  nous  trouvons  ici  à  l'état  d'ébauche.  L'histoire  statique 
et  dynamique  des  éléments  organiques,  tant  principes  immé- 
diats qu'éléments  anatomiques,  histoire  qui  est  la  base,  le 
préliminaire  indispensable  de  tout  le  reste  de  Tanatomie, 
nous  montre  en  effet  comme  telle  successivement  le  rudiment 
de  toutes  les  parties  des  autres  branches  de  l'anatomie  et  de 
la  physiologie,  dont  chacune  n'est  qu'un  développement 
complet  de  la  mérologie. 

Le  fait  consécutif  à  la  mort,  correspondant  au  développe^ 
mentj  est  la  destruction  de  l'organisme.  Ce  fait,  que  présentent 
seuls  les  êtres  organisés,  n'a  pas  encore  reçu  de  nom  spécial 
analogue  à  ceux  de  naissance^  développement^  etc.  Le  déye^ 


2hh   DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  II. 

loppement,  en  effet,  étant  le  résultat  d*une  assimilation  qui 
remporte  sur  la  désassimilation,  amène  une  accumulation  de 
principes  immédiats  réunis  en  substance  organisée.  Une 
fois  le  développement  achevé,  les  principes  ne  disparaissent 
pas  tous  par  désassimilation,  par  issue  graduelle  de  ces  corps  ; 
quelques  uns  d*entre  eux ,  au  contraire ,  s'accumulent  et  se 
fixent  de  plus  en  plus  ;  par  suite  de  ce  fait  développemental 
l'harmonie  fondamentale  entre  le  mouvement  d'assimilation  et 
celui  de  désassimilation,  se  trouve  rompue,  ils  cessent,  la 
mort  survient.  C'est  là  un  fait  expérimental  et  d'observation, 
et  nous  ne  pouvons  savoir  pourquoi  la  vitalité,  c'est-à-dire 
la  rénovation  matérielle,  ne  persiste  pas  indéfiniment  chez  les 
principes  susceptibles  d'y  participer ,  pas  plus  que  nous  ne 
pouvons  savoir  pourquoi  le  chlore ,  le  brome ,  Tarsenic ,  le 
bore,  le  silicium,  ne  sont  pas  susceptibles  d'acquérir  cette  vi- 
talité, aussi  bien  que  l'hydrogène ,  l'azote ,  le  carbone ,  le 
phosphore ,  etc.  La  mort  diffère  de  Vatrophie^  précisément 
parce  que,  dans  cette  dernière,  il  y  a  issue  graduelle  pure  et 
simple  des  principes  hors  de  la  masse  dont  ils  formaient  la  sub- 
stance; atrophie  qui,  pour  un  élément  analomique,  une  por- 
tion de  tissu,  un  organe,  peut  être  une  fin  quand  elle  est  com- 
plète. Enfin ,  comme  conséquent^e  nécessaire,  après  la  mort 
vient  la  destruction  de  l'organisme ,  dont  la  substance  ne 
saurait  être  consenée  indéfiniment  sans  qu'il  en  résultât 
bientôt,  par  suite  de  la  multiplication  incessante  des  êtres,  le 
manque  de  matériaux  pour  Taccroissement  des  derniers  venus. 

De  même  que  V assimilation^  condition  d'existence  de  la 
naissance  et  du  développement j  est  un  fait  chimique  au  fond 
(dissolution,  union  particulière  en  proportions  indéterminées 
ou  plus  souvent  catalyses  combinantes  ou  isomériques)  ; 

De  même  que  la  désassimilation ,  condition  d'accomplis* 
sèment  de  la  résorption  totale  ou  seulement  Vatrophie  par- 
pelle  des  éléments  anatomiques,  est  un  fait  chimique  au 
fond  {catalyses  isomériques  quelquefois,  et  plus  souvent  cU' 
talyses  avec  dédoublement); 

De  même  aussi  la  destruction  de  l'organisme  mort  est  une 


ISSUE  DES   PULICIPES   IXMÉDUTS.  2&5 

condition  d'existence  des  autres  organismes  vivants ,  végé- 
taux et  animaux.  G*est  un  fait  tout  aussi  spécial  que  ceux 
à'oisimilatian  et  de  dé$<Msimilation  ;  comme  eux  il  est  chi- 
mique au  fond ,  et  appartient  à  un  ordre  de  faits  chimiques 
tout  aussi  spécial  que  les  catalyses  combinantes,  isomériques 
ou  dédoublantes  qui  les  caractérisent  ;  tout  aussi  différent 
qu'eux  des  actes  chimiques  directs ,  toutefois  s'en  rappro- 
chant un  peu  plus  par  l'intensité  des  phénomènes  et  la  fixité 
des  produits.  La  destruction  de  l'organisme  mort,  condition 
d'accomplissement  du  retour  aux  milieux  ambiants^  tant 
cosmologiques  qu'organiques  des  matériaux  empruntés  à  ces 
milieux  même,  est  caractérisée  aussi  par  un  ordre  de  faits 
chimiques  indirects  ou  de  contact.  Ce  sont  des  fermentations 
et  des  putréfactions  ;  fermentations  quand  il  s'agit  des  prin- 
cipes formés  par  désassimilation  et  qui  devaient  être  rejetés 
définitivement  après  une  série  de  diverses  catalyses;  putré- 
faction quand  il  s'agit  essentiellement  des  substances  or- 
ganiques et  de  principes  venus  du  dehors,  unis  ou  non  à 
ces  substances  même. 

Les  végétaux  et  les  animaux,  comparés  les  uns  aux  autres 
sous  ce  rapport,  présentent  un  grand  nombre  de  faits  inté- 
ressants, au  point  de  vue  de  leur  histoire  naturelle.  Ce  sont 
là  ces  actes  élémentaires,  source  de  phénomènes  souvent 
nuisibles  qui,  interrompus  à  temps  ou  dirigés  convenable- 
ment par  divers  moyens  techniques  d'invention  humaine, 
sont  tournés  par  l'humanité  à  son  profit  (fabrication  des 
vins,  des  huiles,  produits  caséeux,  etc.)  ;  c'est  ainsi  qu'elle 
utilise,  à  la  suite  d'efforts  poursuivis  durant  des  siècles,  ce 
qui  lui  est  communément  à  dommage.  C'est  ainsi  qu'elle  de- 
vient sa  providence  à  elle-même  et  finit  par  n'en  pas  recon- 
naître d'autre,  après  avoir  longuement  souffert  pour  avoir 
trop  compté  sur  d'autres  providences  imaginaires,  et  avoir 
pris  pour  bons  et  utiles  des  phénomènes  dont  l'ordre  na- 
turel est  facilement  conçu  meilleur  quand  une  fois  il  est 
connu.  Ils  ne  deviennent  source  de  biens  qu'après  avoir  été 
combattus,  corrigés  et  améliorés  par  nos  propres  et  pénibles 


2&6    DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  ES  GÉNÉRAL,  CH.  I»  ART.  11. 

labeurs,  poursuivis  par  plusieurs  génémlions  successives  qui 
se  sont  transmis  la  notion  de  leurs  succès  à  imiter,  et  de  leurs 
insuccès  a  éviter. 

]jà  destruction  de  Torganisme  mort  peut  ne  pas  avoir  lieu  : 
ce  lait  reçoit  le  nom  de  conservation  ;  elle  peut  être  naturelle 
ou  artificielle.  La  première  est  la  cessation  de  tout  phéno- 
mène chimique,  de  toute  assimilation  et  désassimilation  des 
principes  immédiats.  La  deuxième  consiste  dans  le  même 
fait,  obtenu  par  suite  d* une  combinaison  aux  substances  orga- 
niques de  réconomie,  de  corps  minéraux  naturels  (fossilisa- 
tion) ou  artificiels  (conservation  des  corps  par  l'alcool,  les 
sels  métalliques,  etc.). 

220.  —  J)e  tous  les  principes  qui  ont  pénétré  dans  les 
végétaux  et  de  ceux  qui  s*y  sont  formés,  il  en  est  peu  qui 
sortent;  il  en  est  peu  qui  soient  expulsés  au  dehors.  Les 
principes  gazeux  seuls  s'échappent  par  échange  avec  les  gaz 
du  dehors,  en  vertu  de  la  propriété  d'endosmose  et  exosmose 
dont  jouit  la  matière  organisée  de  toutes  les  parties  du  corps 
quelles  qu'elles  soient. 

Nul  appareil  n*existe  dans  la  plante  pour  l'excrétion  des 
principes  liquides  ou  solides.  Aussi  en  résulte-t-il  pour  les 
végétaux  un  accroissement  indéfini  chez  un  certain  nombre, 
jusqu'à  ce  que  l'encroûtement  des  éléments  finisse  par  rendre 
complètement  impossible  le  double  mouvement  nutritif. 
Lorsque  chez  d'autres,  cet  encroûtement  survient  rapide- 
ment, du  moins  dans  l'appareil  destiné  i  puiser  au  dehors 
les  matériaux,  l'existence  de  l'être  est  Umitée,  et  l'on  a  alors 
les  plantes  annuelles  ou  bisannuelles.  En  un  mot,  les  végé- 
taux absorbent,  assimilent,  se  développent,  s'encroûtent  et 
meurent  ;  ils  ne  rendent  aux  milieux  que  par  putréfaction 
et  fermentation  les  principes  solides  qu'ils  leur  ont  pris  ou 
qu'ils  ont  formés  à  l'aide  des  matériaux  qu'ils  leur  ont  em- 
pruntés. Ce  n'est  qu*aprcs  avoir  été  assimilés  par  les  ani- 
maux que  les  principes  des  plantes  retournent  au  règne 
minéral  dans  un  état  qui  so  rapproche  ou  tend  à  se  rappro- 

er  des  corps  que  renferme  celui-ci.  Les  quelques  principes 


UkbLE  MBS  VULVOPlLi»   UUUîJDLkt^.  2^7 

liquides  ou  solides  que  rejettenL  les  ()Ia!;i^:>  dificr^iit  beau* 
ooup  des  corps  du  règne  minéral  et  bi*a.icoap  aussi  eu  gênerai 
des  principes  rejelès  par  les  animaux.  Ce  S43uc  ^ue^uei  corps 
iv:*iueux  ou  des  huiles  essentielles  ^nmit  à  k  pi\)teotion 
des  fruits,  des  feuilles  et  des  rameaux,  ne  subissant  que  ditlioi* 
lemeut  les  phénomènes  de  putréfaction  «{ui  tout  retourner  à 
rêtat  de  composés  fixes  et  peu  complexes,  les  éléments  qui 
les  composent. 

Ainsi  les  plantes  assimilent  plus  qu'elles  ne  désassiniileut  ; 
elles  empruntent  au  règne  minerai  plus  <|u'elles  ne  lui  rendent, 
et  le  gaz  oxygène  qu  elles  rejettent,  »^lles  lVj:han;zent  avec 
l'acide  carbonique  principalement ,  ilont  les  matériaux .  le 
carbone  surtout,  doivent  être  assimiles  ;  quant  aux  principes 
cristallisabies  formés  par  désassimilatirin.  ils  restent  dans  le 
règne  végétal. 

2S0.  —  Chez  les  animaux,  l'appareil  digestif  introduit  les 
matériaux  solides  et  liquides  ;  la  ft^rm:?  eiactemt^nt  dettf  rminée 
du  corps,  et  son  accroissement  limite  qui  est  le  cùtê  dyna- 
mique en  corrélation  avec  le  carai.trre  statique  précédent , 
font  reconnaître  comme  condition  d'exi^tom  e  nécesîaire  de 
1  animal  la  présence  d*un  appani-il  rorre<?pondaat,  mais  agis- 
sant en  sens  inverse  du  digestif.  I^'e^st  l'appareil  urinaire  ;  il 
rejette  les  principes  liquides  et  solidr.*s  dont  les  matériaux 
revenus  à  l'état  de  composés  tixes  »;t  (TJ-îtallisaLles  sont  de\e- 
LUS  impropres  à  servir  plus  lonijtemps  ^t  d«jivviit  »^Lre  expul- 
sa. Entre  ces  deux  appareils,  se  tro«ive  plare  l'appareil  pul- 
monaire, qui,  à  la  fois,  prend  et  rejette,  niais  les  principes 
gazeux  seulement,  double  action  qui  er^t  une  suite  nécessaire 
•ie  i'elat  Ûuide  de  ces  principes,  dont  le  mouvement  ne  peut 
4L"e  lu'un  échange.  Ainsi,  l'appareil  dii:*»>tif  introduit  les 
iiateriaux  sjlides  et  liquides,  l'appareil  urinaire  rejette  les 
pr:n«-ipes  liquides  etsolides,  et  l'appareil  pulmonaire  fait  l'un  et 
.  iiitre  pour  les  principes  gazeux  ;  manque  Tcxpulsion  des 
jr  .aiiers,  rapcroissemeul  n'est  arrùlé  que  par  la  mort,  et  la 
■jime  n>st  pas  nettement  délimitée. 

L^  principes  rpjptés  s^i^t   généralement  cristallisabies; 


SAS    DES   PRINCIPES  IMMÉDIATS  ESi  GÉNÉRAL|  CH.  I,  AIT.  II. 

ceux  qui  ne  le  sont  pas  se  putréfient  et  deviennent  alors  des 
fer  menu  ou  corps  cataly  tiques  qui  entraînent  la  catalyse  dé- 
doublante ou  la  fermentation  des  précédents  ;  phénomène  par 
lequel  ils  sont  ramenés  à  l'état  d'ammoniaque  et  d'acide  car- 
bonique, c'est-à-dire  à  l'état  de  principes  analogues  ou  sem- 
blables à  ceux  du  règne  minéral  que  les  plantes  empruntent 
directement  pour  leur  accroissement. 

231.  —  Sous  le  point  de  vue  qui  nous  occupe,  les  principes 
immédiats  se  divisent  : 

/  a.  Ce  soDt  tous  les  principes  formés  ptr  assimi- 
lation ,  c*esi-à-dire  les  sul»tances  organi- 
ques, principes  non  définis,  non  cristallisa- 
bles.  Leurs  matériaux  seuls  se  renouTellent 
1*  En  principe  qui  ne  sortent)      sans  dislocation  moléculaire  du  principe, 
pas  :  \     lequel  se  forme  par  assimilation  d^une  part, 

tandis  que  de  Tautre  ses  matériaux  for- 
ment par  désassimilation  des  composés 
fixes  et  cristallisables ,  deTenos  ainsi  im- 
propres àsenrir  plus  longtemps. 

b.  Tous  les  principes  formés  par  désassimi- 
lation dans  Torganisme,  auquel  ilsemprao- 
tent  leurs  matériaux  ;  ils  sont  crislallisaliles, 
de  composition  chimique  définie. 

S*,  En  principes  qui  sortent,  /  c.  Tous  les  principes  dont  les  matériaux  sont 
ce  sont  :  \     d*origine  minérale,  dont  la  totalité  on  une 

pa rtie seulement,  pour  quelques  an8d*entfe 
eux,  ne  fait  que  traverser  réeoooaiie  sans 
être  fixée  pour  un  temps  aux  aobatanees 
organiques;  ils  sont  aussi  crisullisablcs,  et 
de  composition  diimiqne  définie. 

a.  Principes  immédiats  qui  restent  dans  Torganisaie. 

232.  —  Ce  sont  toutes  les  substances  organiques,  tous  les 
principes  formés  par  assimilation,  savoir  : 


1.  Albumine. 
S.  Fibrine. 
S.  Caséine. 
4.  Albnminose 


6.  Kératine. 

7.  Mascnfine. 

8.  Élasticine. 

9.  Ostéîne 


5.  Globttliae.  IlO.  Cartilagéine. 

Quoique  ne  sortant  pas  de  l'économie,  ces  espèces  de  prin- 
cipes se  renouvellent  pourtant  ;  mais  elles  re  se  renooTet- 
knt  pas  eu  masse.  Elles  se  renouvellent  molécalairenieiit,  par 
assimilalion  el  désassimilation ,  ainsi  que  nous  itcbobs  de  le 


ntmciFES  iMifiDiÀTS  QUI  RESTEKT  DA^s  l'obgajiisme.    249 

Toir  précédemment.  Dans  les  actes  chimiques  élémentaires  de 
ces  deux  faits  généraux,  les  autres  principes  n'interviennent 
que  pour  rapport  des  matériaux  (principes  venus  du  dehors), 
ou  comme  produits  (principes  cristallisables  formés  dans 
Torganisme).  Les  principes  d'origine  minérale,  en  effet , 
entrent  tout  formés  en  masse  ;  les  derniers  sortent  tout  for- 
més en  masse;  ceux-ci,  au  contraire,  en  tant  qu'espèce 
propre  i  Fanimal  où  ils  se  trouvent,  se  font  et  se  défont  au 
dedans,  sans  sortir.  Les  matériaux  qui  en  ont  fait  partie 
sortent,  sont  expulsés  une  fois  qu'ils  sont  arrivés  à  l'état  de 
composés  définis  ;  mais  eux-mêmes  ne  sortent  généralement 
pas  comme  espèce  de  substance  organique ,  tels  qu'ils  exis- 
'  tent  dans  l'organisme. 

Ce  dernier  fait  n'a  lieu  que  dans  quelques  circonstances 
morbides  (albuminurie,  dyssenterie,  diarrhée).  Normalement, 
ce  n'est  que  très  accessoirement  qu'il  en  sort  une  petite  quan- 
tité avec  ceux  dont  nous  allons  parler  (traces  de  mucus  dans 
les  urines),  et  qu'il  en  reste  dans  les  matières  fécales  (mucus), 
comme  résidu  des  fluides  intestinaux  ;  ceux-ci  sont,  en  eflet, 
généralement  récrémenlitiels.  Les  principes  immédiats  non 
cristallisables  peuvent  encore  normalement  être  rejetés  au 
dehors  sous  forme  solide  ;  mais  ce  n'est  pas  à  l'état  d'espèces 
libres  et  isolées  :  c'est  à  l'état  d'éléments  anatomiques  des 
îisius  produits  ;  c'est  à  l'état  de  produits  organisés  et  non 
simplement  de  principes  d'origine  organique.  Nous  voulons 
parler  ici  des  cellules  épithéliales  cutanées,  intestinales,  etc., 
des  cheveux ,  ongles ,  cornes  et  autres  produits,  qui  sont 
accessoirement  un  des  états  sous  lesquels  disparaît  la  sub- 
stance du  corps,  et  prennent  part  secondairement  à  la  réno- 
vation ;  mais  comme  ce  n'en  sont  pas  des  matériaux  immé- 
diats ,  ce  point  de  vue  complémentaire  trouve  sa  place  dans 
l'histoire  des  élémenls  anatomiques. 

Les  principes  immédiats  non  cristallisables  qui  sortent  en 
petite  quantité  par  les  urines ,  les  sécrétions  cutanées,  intes- 
tinales, anales  et  préputiales ,  une  fois  arrivés  dans  les  mi- 
lieux f  présentent  ceci  de  particulier  qu'ils  entrent  en  putré- 


260     DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  E»   GENÉEXL,  CH.  1,  ART.  II. 

faclion  {voir,  pour  les  putréractions,  ch.  IV)  au  contact  de 
Teau  et  de  l*air.  C*est  ainsi  que  chacun  d*eux  Qni(  son  exis- 
tence comme  espèce  de  principe  immédiat, en  passante  Tétat 
de  carbonate  d'ammoniaque ,  diacide  carbonique ,  d'azote  et 
d*eau ,  ainsi  que  de  gaz  sulfurés  ou  phosphores ,  selon  la  na^ 
ture  chimique  de  ces  substances  organiques. 

Nous  avons  vu  comment ,  dans  l'organisme  »  a  lieu  leur 
désassimilation,  qui  est  leur  mode  de  fin  ou  terminaison,  et 
se  trouve  être  en  même  temps  l'origine  de  ceux  dont  nous 
allons  étudier  le  mode  de  sortie  et  de  fin  en  tant  qu'espèces 
de  principes  immédiats. 

h.  Principes  immédiaU  qui  lortent  après  s*étre  forméf  dans  Torganisiiie 

par  désassimilation. 

233. —  Comme  dans  les  plantes  ceux  de  ces  principes  im- 
médiats qui  sont  gazeux,  le  carbonate  d'ammoniaque,  l'acide 
carbonique,  sortent  par  toute  la  surface  du  corps  par  échange 
exosmotique  avec  d'autres  gaz ,  avec  l'oxygène  particulière- 
ment. Mais  c'est  principalement  par  le  poumon  qu'ils  s'échap- 
pent. 

234.  —  Quant  aux  autres  principes,  ils  sortent  toujours  & 
l'étatliquide  par  dissolution,  sauf  quelques  cas  morbides.  Nous 
avons  vu  que  la  plupart  des  corps  de  ce  groupe  sont  solubles 
dans  l'eau  ou  dans  les  solutions  salines  plus  ou  moins  com- 
plexes. Au  fur  et  à  mesure  qu'ils  se  forment,  ils  sont  pris 
par  le  sang,  et  pour  la  plupart  ils  sont  rejetés  par  le  rein, 
organe  purement  éliminateur ,  et  qui  ne  fabrique  rien  ;  ce 
qui  éloigne  cet  organe  parenchymateux  des  glandes  propre- 
ment dites ,  aussi  bien  que  le  poumon  qui  prend  et  élimine 
tout  à  la  fois  par  échange  de  gaz.  Ce  sont  : 


Les  lactates. 

L'acide  urique. 

Les  u rates. 

Les  hippurates. 

L*oialate  de  chaui. 

Le  phosphate  ammoniaco  magnésien. 


L*arée. 

L'allaotoldine  chez  le  foetus. 

La  eystine. 

(Iréatine. 

Créatioine. 


Ces prmcipcs ,  une  fois  hors  du  sang,  une  fois  quils  ont 


nSUB  IIB8  PaiMaPES  APRte  désassimilatiox.        261 

inversé  par  exosmose  les  parois  des  capillaires  et  des  con- 
duits urînipareSy  peuvent  quelquefois  normalement  passer  i 
rétat  solide  :  ce  sont  Tacide  urique,  l'urate  de  soude  et  Toxa- 
late  de  chaux  chez  l'homme  et  le  clieval ,  sel  qui ,  du  reste  « 
vient  ordinairement  du  dehors ,  mais  avec  les  aliments  végé- 
taux dans  lesquek  il  s'est  formé.  D'autres  passent  quelquefois 
i  l'état  solide  en  général  pathologiquement ,  et  sont  rejetés 
ainsi  :  ce  sont  l'acide  urique,  divers  urates  avec  plusieurs  des 
sels  d'origine  minérale  (phosphates,  etc.).  Ceux  des  prin- 
cipes rejetés  ainsi  a  Tétat  solide  restent  sous  cette  forme 
dans  les  milieux,  où  ils  arrivent  jusqu'à  ce  qu'ils  soient  dis- 
sous et  rentrent  tels  qu'ils  sont  sortis  dans  quelque  végétal; 
ou  bien  jusqu'à  ce  que,  une  fois  dissous ,  ils  se  décomposent 
par  double  décomposition. 

Quant  aux  principes  qui  sortent  à  Tétat  liquide,  comme 
c'est  le  cas  ordinaire  pour  la  plupart,  uue  fois  au  dehors ,  ils 
se  décomposent.  La  petite  quantité  de  substances  organiques 
(mucus  vésical)  que  renferme  l'urine,  se  putréfiant  au  con- 
tact de  l'air,  devient  ainsi  un  ferment  ;  celui-ci  détermine 
la  fermentation  ammoniacale  de  l'urée  et  des  autres  prin- 
cipes azotés  cristallisables.  C'est  pour  cela  qu'il  est  impor- 
tant de  tenir  compte  dans  l'histoire  des  substances  orga- 
niques de  la  quantité  de  plusieurs  d'entre  elles  qui  se  trouve 
rejetée  au  dehors,  malgré  qu'elle  soit  très  minime  comparative- 
ment à  la  grande  masse  de  chaque  espèce  que  le  corps  renferme. 
Les  produits  de  la  fermentation  et  putréfaction  des  principes 
cristallisables  sont  déQnitiveuient  du  carbonate  d'ammo- 
niaque,  ou  de  l'ammoniaque,  du  benzoate  de  cette  base 
quand  il  y  a  de  Tacide  hippurique,  etc.  ;  pour  les  sels  dont 
l'acide  est  d'origine  organique,  ce  sont  des  carbonates  terreux 
ou  alcalins  qui  sont  le  résultat  définitif  de  ces  phénomènes  et 
peut-être  des  acétates  ;  car  dans  l'urine  pourrie  on  trouve  de 
racide  acétique. 

C'est  ainsi  que  finissent  ces  corps  en  tant  qu'espèce  de 
principes  immédiats ,  et  c'est  au  dehors  de  l'organisme  que, 
normalement  ils  retournent  par  cette  ter{pinaisoQ  (qui  fxi 


252     DES   PR1I9G1PB6  IMMÉDIATS  Ë.N  GÉNÉRAL,  Cil.  I,  AUT.  11. 

fait  des  corps  peu  complexes  et  très  stables)  au  règne  minéral 
d'où  ils  étaient  venus.  De  là  bientôt  ils  rentreront  dans  (piel- 
que  plante  pour  arriver  aux  herbivores  et  aux  carnivores. 

236.  —  D*autres  principes  de  ce  groupe  sont  rejetés  parles 
voies  intestinales  ;  mais  ce  mode  d'expulsion  n'est  qu'acces- 
soire, à  côté  du  précédent.  Ce  sont  plutôt  les  résidus  des 
substances  diverses  qui  ont  fourni  les  matériaux  des  princi- 
pes du  corps  que  les  principes  eux-mêmes  qui  sont  expulsés 
ainsi.  Pourtant  il  est  quelques  composés  cristallisables  d'ori- 
gine organique ,  dont  c'est  la  le  mode  d'issue.  Ce  sont  : 


Lt  choléate  de  «oude. 
Le  glycocholate  de  soude. 
L*liyocholiQate  de  soude. 
La  cholestérine. 
L*acide  oléique. 
L*acide  stéarique. 


L'acide  margariqae. 

Des  sels  alcalins  ayant  pour  acide  ces 

derniers  corps. 
L'acétate  de  soude  (eicréments   des 

herbivores)  qui  peut  être  Tient  des 

aliments  ingérés. 


Les  trois  sels  de  soude  nommés  en  premier  lieu  sont  peut- 
être  résorbés  en  partie  avec  les  aliments ,  auxquels  se  mêle 
la  bile,  pour  rentrer  dans  le  système  circulatoire.  Le  reste 
se  décompose  probablement  déjà  dans  l'appareil  digestif  en 
quelque  sel  de  soude  non  étudié ,  tandis  que  les  acides  subis- 
sent sans  doute  diverses  catalyses  isomériques,  ou  avec  dé- 
doublement qui  les  font  passer  à  l'état  de  corps  plus  simples 
que  nous  signalerons  dans  l'histoire  particulière  de  chacun 
d'eux.  Le  peu  de  stabilité  de  ces  sels  et  de  leurs  acides  rend 
cette  hypothèse  probable ,  mais  elle  n'a  pas  été  poursuivie 
par  des  expérience^  directes.  Des  analyses  suffisamment  ra- 
tionnelles des  matières  fécales  n'existant  pas  encore ,  il  est 
impossible  d'en  déduire  rien ,  ni  pour  ni  contre. 

Tous  les  princip3s  que  nous  venons  de  nommer,  arrivés 
au  dehors,  se  trouvent  au  contact  des  substances  organiques, 
dont  nous  avons  parlé,  et  des  résidus  alimentaires  qui,  déjà, 
ont  commencé  ou  commencent  bientôt  à  se  putréfier  ao  con- 
tact de  l'air  et  jouent  le  rôle  de  ferment.  Ils  subissent  dès  lors 
soit  des  fermentations,  soit  de  simples  catalyses  avec  dédou- 
blement ,  peu  étudiées  pour  chacun  d'eux  pris  à  part.  Mais 
on  sait  que  les  produits  de  ces  actes  chimiques  sont  du  car- 


ISSUE  DES  PRINCIPES  APRES  DÉSASSIMJLATION.  20S 

bonate  d'ammoniaque ,  de  Teau ,  de  Tacide  carbonique ,  des 
hydrogènes  carbonés  et  sulfurés  et  des  sels  dont  une  partie 
dérive  des  bases  alcalines  des  corps  précédents  et  les  autres 
des  principes  dont  nous  parlerons  bientôt.  En  définitive, 
comme  les  principes  de  Turine,  ceux-ci  finissent^  en  tant 
qu'espèces  de  principes  immédiats,  par  revenir  à  Tétat  de 
composés  peu  complexes  et  stables,  semblables  à  ceux  du  mi- 
lieu d'où  ils  étaient  sortis;  ils  reviennent  en  faire  partie  pour, 
rentrer  bientôt  dans  le  règne  végétal.  Ce  que  nous  venons  de 
dire  pour  les  acides  gras  et  les  sels ,  rejetés  par  le  tube  di- 
gestif,  s'applique  aussi  aux  sels  et  acides  gras  des  sueurs 
scrotale,  vulvaire  et  axillaire.  On  peut  l'appliquer  aussi  à  Ta- 
dde  valérique  de  cette  dernière ,  si  tant  est  qu  elle  en  ren- 
ferme, comme  semble  Tindiquer  son  odeur,  malgré  sa  réaction 
alcaline  ;  mais  on  ne  Ta  jamais  obtenue  de  manière  à  s'assiH 
rer  péremptoirement  du  fait. 

236.  —  t  Dans  les  études  de  chimie ,  on  voit  la  matière 
toujours  immuable  changer  d'état,  acquérir  des  propriétés 
nouvelles  par  son  association  en  groupes  diversement  dispo- 
sés. Chaque  molécule  reste  cependant  ce  qu'elle  était  :  si  on 
l'isole,  on  la  retrouve  inaltérée  toujours  la  même;  mais  par 
son  union  avec  d'autres  molécules,  les  caractères  qui  lui  ap- 
partiennent se  masquent  et  se  modifient  à  tel  point,  que  l'a- 
nalyse seule  peut  nous  apprendre  qu'il  existe  du  plomb  dans 
la  céruse ,  du  fer  dans  la  rouille  et  du  charbon  dans  le  mar* 
bre  le  plus  blanc.  A  l'aspect  rien  ne  l'aurait  fait  supposer,  i 

»  Dans  les  animaux ,  dans  les  plantes ,  des  matières  plus 
éloignées  encore  de  leur  origine  élémentaire,  nous  apparais-, 
sent.  Outre  la  molécule  simple  qui  en  fait  partie ,  et  le  tissu 
ligneux  ou  la  chair  des  animaux ,  la  distance  est  si  grande 
qu'il  ne  faut  pas  s'étonner  si  l'on  a  admis  dans  leur  formation 
des  mystères  étranges  ;  si  l'on  a  cru  que  ce  pouvoir  créateur, 
réfusé  aux  forces  de  la  chimie  minérale,  existait  dans  les  êtres 
organisés  ;  si  l'on  a  cru ,  du  moins ,  qu'il  leur  était  donné  de 
transformer  certains  éléments  de  la  chimie  en  d'autres  élé- 
ments distincts  de  ceux-ci.  » 


26i      DES  raiNGIPES  IMMÉDIATS  EN   GÉNÉRAL,  GH.  t,  AET.  11. 

»  De  même,  quand  on  voit  un  animal  périr,  se  putréfier; 
quand  on  voit  du  bois  disparaître  par  la  combustion  ;  on  à 
quelque  peine  à  ne  pas  se  laisser  préoccuper  par  des  pensées 
de  destruction.  Mais,  avec  un  peu  de  réflexion,  on  arrive 
bientôt  à  comprendre  que,  si  dans  la  nature  minérale  rien  ne 
se  perd ,  rien  ne  se  crée ,  il  en  est  de  même  dans  la  nature 
organique.  Jusqu'à  présent  on  ne  connaît  ni  création  ni 
transmutation  d'éléments;  tous  les  changements  qui  s'opèrent 
à  la  surface  du  globe,  sont  dus  à  des  combinaisons  qui  se  font, 
ou  à  des  combinaisons  qui  se  défont.  La  matière  du  tapis 
de  verdure  qui ,  aujourd'hui ,  revêt  une  prairie,  fait  partie  le 
lendemain  des  animaux  qu'elle  nourrissait;  quelques  jours 
encore  et  elle  passera  peut-être  dans  notre  propre  organisa- 
tion, d'où  elle  s'en  ira  dans  l'atmosphère,  qui,  la  cédant  à  de 
nouvelles  plantes,  reproduira  plus  tard  une  nouvelle  végéta- 
tion. La  matière  du  bois  que  nos  foyers  consument  aujour- 
d'hui ,  fera  peut-être  demain  partie  de  quelque  végétal  d'un 
pays  lointain  (1).  » 

c  C'est  ainsi  que  l'histoire  des  principes  immédiats  nous  con- 
duit a  reconnaître  comment  se  ferme  ce  cercle  autrefois  si 
mystérieux  de  la  vie  organique  à  la  surface  du  sol.  L'atmos- 
phère contient  de  l'acide  carbonique ,  de  l'eau ,  de  l'acide 
azotique,  de  l'oxyde  d'ammonium  en  petite  proportion.  Les 
plantes  s'emparent  de  leurs  radicaux  :  carbone ,  hydrogène , 
azote,  ammonium.  Avec  ces  radicaux  elles  façonnent  les  ma- 
tières organiques  ou  organisables  qu'elles  cèdent  aux  ani- 
maux. Ceux-ci ,  à  leur  tour,  reproduisent  à  leur  aide  Tacide 
carbonique ,  l'eau ,  l'oxyde  d'ammonium ,  pour  reproduire  de 
nouveau  les  mêmes  phénomènes.  Et  si  l'on  ajoute  à  ce  tableau 
déjà  si  frappant  par  sa  simplicité  le  rôle  incontesté  de  la  lumière 
solaire,  qui  est  une  des  conditions  les  plus  importantes  pour 
l'action  de  cet  immense  appareil  que  le  règne  végétal  con- 
stitue ,  on  sera  frappé  du  sens  de  ces  paroles  de  Lavoisier  : 
c  L'organisation,  le  senliment,  le  mouvement  spontané,  la 

* 

(1)  DuvAS,  Traité  de  chimie,  1846,  t.  VIII,  p.  417-118  ;  —  SicUiqm  chimique 
des  êtres  organisés. 


1SSUR  DES  PRINCIPES  APRÈS   DÉSASSIMILATION.         265 

»  vie  n'existent  qu'à  la  surface  de  la  terre  et  dans  les  lieux 
»  exposés  à  la  lumière.  On  dirait  que  la  fable  du  flambeau  de 
»  Prométhée  était  Tcxpression  d'une  vérité  philosophique  qui 
»  n'avait  point  échappé  aux  anciens.  Sans  la  lumière  la  iia- 
»  ture  était  sans  vie,  elle  était  morte  et  inanimée  (i).  » 

2S7. — Parmi  les  principes  cristallisables  d'origine  orga- 
nique il  en  est ,  comme  les  sucres  du  foie  et  du  lait ,  qui  ne 
doivent  pas  être  compris  immédiatement  dans  les  considé- 
rations précédentes.  Ceux-là,  en  effet,  sont  récrémenlitiels , 
c'est-à-dire  que ,  normalement ,  ils  passent  dans  le  sang  où 
ib  disparaissent  comme  espèce  de  principe  immédiat,  en 
passant  par  catalyse  à  l'état  d'acide  lactique  probablement , 
ou  mieux  de  lactate;  celui-ci,  à  son  tour,  devient  bientôt  une 
autre  espèce  de  principe,  un  carbonate  ou  bicarbonate  et  de 
Teau.  En  un  mot,  c'est  dans  l'organisme  même  que  ces  principes 
finissent  comme  espèce  de  principe  d'origine  organique  ;  c'est 
dans  l'organisme  qu'ils  redeviennent  semblables  aux  composés 
des  milieux  extérieurs  et  non  au  dehors  ;  et  c'est  là  une  des 
conditions  d'existence  de  l'être  vivant;  car  il  faut  la  présence 
des  bicarbonates  ou  de  l'acide  carbonique  dans  le  sang  pour 
que  la  pénétration  des  gaz  du  dehors  soit  possible,  leur  entrée 
s'aceompagnant  toujours  physiquement  d'une  sortie  d'autres 
fluides;  leur  pénétration  étant  toujours  un  échange  physique. 
Or,  on  sait  qu'il  n'est  pas  d'être  vivant  pour  lequel  l'entrée 
et  la  sortie  de  principes  du  milieu  atmosphérique,  libres  on 
dissous,  ne  soit  une  condition  d'existence. 

2S8.  —  Parmi  les  principes  cristallisables  d'origine  orga- 
nique, il  en  est  enfin,  comme  : 


L*oléiDe. 

La  margarine. 

La  stéarine. 


La  phocénioe. 
La  batyrine. 
L'hyrcine,  etc. 


qui,  n'existant  jamais,  ou  seulement  exceptionnellement , 
à  l'état  libre  dans  l'économie,  ne  sortent  pas  comme  tels. 
Ce  sont  les  mélanges  qu'ils  constituent  qui  sortent  comme 

(1)  Vofei  DimAs,  Statique  chimique  des  êtres  organisés,  Paria,  ISÎI,  im^. 


256     paiNUPES  imiÉDiÀTS  en  général,  ch,  i,  art.  ii* 

matières  sébacées  et  huileuses  de  la  peau,  beurre,  etc., 
mais  toujours  accessoirement  aux  principes  crislaliisables, 
et  ces  substances  finissent  par  putréfaction,  ainsi  que  nous 
Tavons  dit. 

C*est  ici  le  lieu  de  rappeler  ce  que  nous  avons  indiqué  déjà  au 
paragraphe  216,  pages  229  et  230,  sur  les  principes  dont  nous 
parlons.  Gomme  le  sucre,  mais  après  avoir  séjourné  dans  l'é- 
conomie à  rétat  de  mélange  formant  la  plus  grande  masse  des 
vésicules  adipeuses,  des  gouttes  huileuses,  granulations  grais- 
seuses, etc.,  ils  disparaissent,  en  tant  qu'espèces  de  principes 
graisseux,  sans  sortir  du  corps,  pour  former  quelque  autre 
espèce.  Comme  le  sucre,  c'est  dans  l'organisme  que  ces  prin- 
cipes finissent  en  tant  que  composés  d'origine  organique; 
c'est  dans  l'économie  qu'ils  redeviennent  semblables  aux 
composés  qu'on  trouve  dans  les  milieux  extérieurs,  et  sont 
rejetés  comme  tels.  Ainsi  les  principes  des  huiles,  des  sui& 
subissent  également  une  transformation  avant  de  sortir  des 
corps,  car  on  n'en  trouve  que  fort  peu  dans  les  pro- 
duits destinés  à  être  rejetés.  Comment  cette  transformation 
a-t-elle  lieu?  C'est  ce  que  nous  ne  pouvons  dire;  seulement 
l'instabilité  des  dépôts  graisseux  dans  l'économie,  leur  dis- 
parition rapide  dans  certaines  circonstances,  sans  qu'il  y  ait 
augmentation  de  certains  principes  dans  les  excrétions,  ma- 
tières fécales,  urines,  etc.,  tendraient  à  faire  considérer  les 
graisses  comme  se  transformant  presque  directement  en  acide 
carbonique  et  en  eau,  soit  par  dédoublements  successifs, 
soit  même  par  oxydation  lente  directe. 

c.  Principes  immédiats  qui  sorteat  de  Torganisme  après  y  être  entrét 

tout  formés  : 

239.  —  Ces  principes  sont  : 

1.  L^oiygène. 

2.  L*hydrogèoe. 

3.  L*azote. 

4.  L'eau. 

5.  Le  chlorure  de  sodium 

6.  Le  chlorure  de  potassium 


8.  Le  carbonate  de  chaux. 

9.  Le  carbonate  de  magnésie. 
10.  Le  carbonate  de  potasse, 
il.  Le  carbonate  de  soude. 

12.  Le  sulfate  de  potasse. 

13.  Le  sulfate  de  soude. 


7.  Le   chlorhydrate  d*ammoniaque.  14.  Le  sulfate  de  chaux. 

très  probablement.  !  1 5.  U  phosphate  neotfc  de  tonde. 


U60E  US  PBDfCIPES  OUI  ONT  PÉNÉTRÉ  TOUT  FOIMÉS.     257 


16.  Le  pbotphale  adde  de  fonde. 

17.  Le  phosphate  de  potasse. 

18.  Le  phosphate  de  nagoésie. 


19.  Le  phosphate  acide  de  chaox. 

20.  Le  phosphate  basique  de  chaui 

oa  des  os. 


Ce  sont,  comme  on  voit,  tous  les  principes  dont  les  ma- 
tériaux sont  (ïorigtne  minérale  et  dont  Tassimilalion  n'est 
généralement  qu'un  fait  de  dissolution  et  quelquefois  d'union 
aux  substances  organiques  sans  que  les  caractères  de  l'es-* 
pèce  cristallisable  soient  changés,  malgré  cette  union  à  celle 
qui  ne  cristallise  pas. 

Comme  dans  les  plantes,  ceux  de  ces  principes  immédiats 
qui  sont  gazeux,  comme  l'azote,  de  l'oxygène,  de  la  vapeur 
d'eau,  sortent  par  toute  la  surface  du  corps,  par  échange 
cxosmotique  avec  les  gaz  atmosphériques.  C'est  spéciale- 
ment pourtant  par  le  poumon  que  chez  les  êtres  élevés  le  fait 
se  passe;  par  le  poumon,  organe  spécial  dont  l'usage  est 
de  prendre  et  de  rejeter  les  gaz,  par  le  double  acte  physique 
élémentaire  d'endosmose  et  d'exosmose  qui  caractérise  toute 
transmission  des  fluides  au  travers  d'une  membrane  ;  et  si 
dans  le  rein,  organe  spécial  qui  a  pour  usage  de  rejeter  au 
dehors,  sans  échange  endosmotique,  les  choses  se  passent  de 
cette  manière,  cela  lient  à  la  pression  exclusive  du  dedans  au 
dehors  que  le  sang  éprouve  d'une  manière  toute  particulière 
dans  cet  organe.  D'une  part,  c'est  le  sang  artériel  qui,  dans 
les  glomérules,  éprouve  une  difficulté  plus  grande  à  son  pas- 
sage vers  les  veines  que  dans  tout  autre  organe  ;  d'autre  part, 
c'est  le  reflux  du  sang  veineux  de  la  veine  cave  vers  le  rein; 
sang  qui  se  trouve  arrêté  et  pressé  dans  les  capillaires  par 
rencontre  du  courant  artériel  inverse,  en  même  temps  qu'il 
ralentit  celui-ci.  Il  en  résulte  pour  le  liquide  sanguin  une 
pression  qui  l'oblige  à  transsuder,  tout  en  éprouvant  de  la 
part  des  parois  des  tubes  uriniparcs  les  modifications  qui  font 
que  ce  n'est  plus  au  dehors  le  même  liquide  qu'au  dedans  ; 
de  cette  pression  résulte  que  nul  parenchyme  ne  rejette  en 
aussi  peu  de  temps  une  aussi  grande  masse  de  liquide. 

240.  —  Quant  aux  principes  autres  que  ceux  qui  sont 
gazeux ,  ils  sont  rejetés  à  l'état  liquide  par  dissolution  ; 
ceux  d'entre  eux  qui  sont  des  espèces  de  sels  acides  repré- 
I.  17 


IM     DM  NINCIFIt  anitMATS  «R  «ÉNtlUL,  U.  I,  AAT.  fl. 

sentent  une  portion  du  sel  entré  neutre  qui  a  cédé  une  partie 
de  sa  base  à  quelque  acide  dans  réconomie,  ainsi  que  nous 
Tavons  dit  paragraphe  218,  page  231  ;  c'est  Tinverse  de  ce 
qui  a  lieu  pour  les  bicarbonates.  C'est  accessoirement  par 
la  peau,  mais  surtout  par  le  rein,  qu'ils  sortent,  et  une  fois 
hors  des  vaisseaux,  une  fois  qu'ils  ont  traversé  les  parois 
des  tubes  urinipares,  ils  sont  expulsés  au  dehors.  Ils  ^rtent 
généralement  à  l'état  liquide ,  sauf  le  cas  (morbide  chez 
l'homme)  du  phosphate  de   chaux,  etc.,  normal  chez  les 
Lapins  pour  le  phosphate  de  magnésie,  ainsi  que  chez  le 
Cheval,  et  quelquefois  chez  les  jeunes  enfants  pour  le  carbonate 
de  chaux.  Servant  de  véhiculée  ceux  des  autres  groupes,  ils 
sortent  dissous  dans  l'eau  les  uns  à  l'aide  des  autres ,  soit  tels 
qu'ils  étaient  entrés,  ou  bien  au  fur  et  à  mesure  qu'ils  repas- 
sent à  l'état  fluide  après  avoir  été  unis  aux  substances  orga- 
niques. Nous  venons  de  signaler  ceux  qui,  dans  leur  trajet 
dans  les  conduits  urinaires,  se  solidifient  quelquefois,  passant 
immédiatement  à  l'état  cristallin,  parce  qu'ils  ne  trouvent 
pas  dans  l'urine  les  conditions  de  solubilité  qui  existaient 
dans  le  sang.  Quelques  uns,  comme  le  phosphate  de  chaux, 
peuvent  également  passer  à  l'état  solide  dans  diverses  condi- 
tions morbides  des  tissus  et  y  former,  seuls  ou  unis  à  d'autres 
principes,  des  concrétions  diverses.  Une  fois  rendus  aux  mi- 
lieux ambiants,  ces  différents  sels  y  demeurent  tels  qu'ils 
sont  rejelés,  jusqu'à  ce  que,  dissous  de  nouveau,  ils  rentrent 
dans  quelque  organisme  ou  soient  décomposés.  Quelques  uns, 
enfin,  comme  les  sulfates,  peuvent, pendant  les  putréfactions, 
perdre  de  l'oxygène  et  passer  à  1  état  de  sulfures,  susceptibles 
d'être  décomposés  à  leur  tour  par  des  acides  et  d'être  ainsi  ra- 
menés à  rétat  de  corps  plus  simples,  hydrogène  sulfuré,  etc. 

III.  —  VàEIATIOHS  QUfi  PRéSfiHTBlIT  LES  PAINCIMS  IMIlillUTS 

SUIVANT  LES  RAGES. 

241. —  D'une  race  à  l'autre,  les  principes  immédiats  ne 
changent  pas.  Ce  n'est  que  dans  des  parties  du  corps  plus 


UnM  VARIATiOMS  SUIVANT  LES  ESPÈCES  AMIIfALBS.      8M 

ipéyiales  et  plus  complexes  que  se  manifestent  les  différences 
{oi  séparent  les  unes  des  autres  les  races  d*une  même  es* 
[lèce.  Toutefois  déjà  d'une  race  à  Tautrc  on  trouve  plus  ou 
moins  de  tel  ou  tel  principe;  il  y  a  donc  des  différences,  mais 
elles  ne  portent  que  sur  les  proportions  des  mêmes  espèces 
le  ces  corps.  C'est  ainsi  que,  suivant  les  races  de  Mouteps , 
il  existe  plus  ou  moins  de  stéarine  ou  d'oléine  dans  les  parties 
te  leur  corps  qui  en  sont  constituées,  etc. 

IV.  — -  VARIATIONS  QUE  PRisBNTERT  LES  PRINCIPES  IMIIÉDIATS 

SDIYANT  LES  ESPÈCES  ANIMALES. 

SAS.  -^  On  ne  trouve  pas  dans  toutes  les  espèces  animales 
leemtaies  espèces  de  principes  immédiats.  Tel  principe  existe 
èmM  une  espèce  et  manque  dans  une  espèce  voisine ,  et  se 
trouve  remplacé  ou  non  par  un  autre  corps  plus  ou  moins 
analogue.  C'est  ainsi  que  dans  la  bile  de  Porc  manquent  le 
ehûléate  et  le  glycocholate  de  soude,  qui  existe  dans  la  bile  de 
BoBuf,  et  que  ces  sels  se  trouvent  remplacés,  chez  le  premier, 
par  l'hyocholéate  ou  hyocholinate  de  soude.  C'est  ainsi  que 
dans  les  Cétacés  existent  la  phoccnine,  la  cétine,  principes  qui 
Muiquent  chez  les  autres  mammifères.  C'est  encore  ainsi 
que  nous  avons  trouvé  dans  l'urine,  chez  le  Chien,  un  selpar- 
tieulier  dont  l'acide  cristallisable  a  l'odeur  de  son  urine, 
mais  dont  nous  n'avons  pu  obtenir  une  suffisante  quantité 
pour  en  déterminer  la  nature. 

Ce  point  de  l'histoire  générale  des  principes  immédiats , 
eomme  le  précédent ,  ne  peut ,  du  reste ,  prendre  beaucoup 
d'importance  qu'alors  qu'on  pourra  faire  l'histoire  des  prin- 
cipes immédiats  de  tous  les  animaux  ou  celle  de  toutes  les 
plantes. 

Ce  sont,  comme  on  voit,  surtout  les  principes  immédiats 
da  deuxième  groupe ,  c'est-à-dire  cristallisables  et  d'origine 
organique,  qui  varient  suivant  les  espèces  dans  les  mammi- 
ftres.  En  passant  d'un  groupe  d'animaux  à  l'autre ,  il  serait 
fMÎle,  du  reste,  de  constater  des  différences  analogues  dans 
ks  principes  d'origine  minérale  et  dans  ceux  qui  ne  sont  pas 


260     DES  PRINCIPES  imÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ARf.  II. 

cristallisables  ;  de  même  en  arrivant  aux  principes  immé- 
diats des  végétaux. 

V.  —  VARUTIORS  DES  PRINCIPES  imiâDUTS  8DITART  LB8  ÉTATS 

MORBIDES. 

2&8.  —  Les  maladies  les  plus  générales  ont  naturellement 
pour  cause  un  changement  dans  ce  qu'il  y  a  de  plus  général 
dans  réconomie.Si  les  conditions  de  mélange  et  de  dissolution 
avec  état  demi-fluide ,  qui  sont  les  conditions  du  double  mou- 
vement vital,  viennent  à  s'altérer,  il  faut  par  conséquent  s'at- 
tendre à  les  voir  devenir  cause  des  affections  les  plus  générales. 

Ainsi  déjà,  dans  l'étude  des  principes  immédiats,  commence 
à  se  présenter  à  l'état  d'ébauche  l'anatomie  pathologique. 
Tout  changement  survenu  dans  les  principes  immédiats,  dans 
ceux  des  liquides  surtout,  entraîne  naturellement  une  altéra- 
tion des  fonctions  aussi  générale  que  possible,  puisque  c'est 
le  mouvement  nutritif,  fait  vital  le  plus  général,  le  plus  fon- 
damental, qui  est  altéré  partout  à  la  fois.  Aussi  l'altération 
est- elle  aussi  dangereuse  que  possible,  puisque  les  pro- 
priétés de  tissu  se  trouvent  ainsi  modifiées  toutes  simulta- 
nément. Par  conséquent,  cette  première  partie  de  l'anatomie 
pathologique  est  déjà  des  plus  importantes. 

L'altération  des  tissus  et  des  humeurs  peut  consister  soit 
en  un  changement  de  proportion,  par  augmentation  ou  dimi- 
nution des  principes  normaux  ;  ou  bien  être  due  à  l'absence 
de  l'un  d'eux,  ou  enfin  être  due  à  la  présence  d'un  principe 
accidentel.  Il  peut  se  faire,  du  reste,  qu'avec  l'existence  d'un 
principe  nouveau  ,  il  y  ait  absence,  diminution  ou  augmen- 
tation d'un  ou  de  plusieurs  des  principes  normaux. 

Toutes  les  fois  qu'il  est  question  de  principes  non  cristal- 
li3ables,  de  substances  organiques,  comme  ce  sont  des  corps 
très  complexes,  il  peut  se  faire  qu'elles  aient  subi  une  altéra- 
tion, c'est-à-dire  que  par  l'augmentation  ou  la  diminution 
d'un  de  leurs  éléments ,  leurs  propriétés  se  trouvent  modi- 
fiées. C'est  ainsi,  par  exemple,  que  la  fibrine  devient  plus 
ou  HKHns  coagulable. 


LBUR8  VARUT10N8  SUIVANT  LES  ÉTATS  MORBIOBS.       261 

2ih*  —  Si  le  changement  de  proportion  des  principes  par 
augmentation  ou  par  diminution,  ou  si  Taddition  d'un  prin- 
cipe nouveau  commençait  dans  les  solides,  la  modification  de 
leurs  propriétés  serait  d'abord  tout  à  fait  locale.  Mais  peu  i 
peu,  par  suite  du  double  mouvement  continu  d'échange  des 
principes  immédiats  entre  les  solides  et  les  liquides,  ceux-ci 
seront  bientôt  modifiés  de  la  même  manière,  et  rendront 
raffectioQ  tout  à  fait  générale.  Réciproquement,  mais  d'une 
manière  bien  plus  rapide,  s'il  y  a  augmentation,  diminution 
ou  présence  d'un  principe  nouveau  dans  les  humeurs,  cette 
altération  sera  bientôt  partagée  par  tous  les  solides  qui 
échangent  leurs  principes  avec  elles. 

On  comprend,  du  reste,  que  précisément  l'état  de  liquidité 
favorisant  les  actions  moléculaires  réciproques  des  principes 
immédiats  comme  de  tous  les  corps,  on  doit  plus  souvent  que 
pour  les  solides  voir  l'augmentation,  la  diminution  ou  la  for- 
mation des  principes  nouveaux  commencer  par  les  humeurs. 
Et  comme  nous  l'avons  dit,  cette  altération  de  leurs  principes 
se  manifestera  beaucoup  plus  rapidement  que  celle  qui  com« 
mence  par  une  modification  des  solides.  Seulement,  cette  lé- 
sion, consistant  en  un  simple  échange  moléculaire  de  principes 
à  l'état  liquide  ou  demi-fluide  entre  les  solides  et  les  humeurs» 
sera  beaucoup  plus  difficile  à  constater  anatomiquement  que 
s'il  s'agissait  d'une  lésion  des  tissus.  De  là  le  peu  de  progrès 
de  l'anatomie  pathologique  en  ce  qui  concerne  toutes  les  ma- 
ladies générales  ;  car  les  lésions  correspondantes  ne  pourront 
être  précisées  qu'autant  que  déjà  sera  fort  avancée  la  connais- 
sance des  principes  immédiats  normaux,  ainsi  que  les  procé* 
dés  à  l'aide  desquels  on  en  démontre  l'existence. 

245.  —  Dans  les  cas  pathologiques,  le  mode  d'union  et 
de  combinaison  des  principes  immédiats  est  de  même  nature 
que  dans  les  cas  normaux.  Il  se  pourrait  même  que  les  élé- 
ments anatomiques  et  les  fluides  des  productions  morbides 
homœomorphes  ou  héléromorplies  fussent  formés  des  mêmes 
principes  immédiats  que  tous  les  tissus  et  les  humeurs  de  l'éco- 
nomie ,  mais  seulement  unis  dans  des  rapports  différents, 


t02     DBS  MUMCIPBS  imiÉDUTS  KN  OÉllAULy  CH.  1,  ART.  II. 

arec  une  fixité  plus  grande  ou  plus  petite.  Il  se  pourrait  que 
la  propriété  dialhésique  ou  d'infecter  toute  Téconomie  que 
présentent  le  cancer  et  le  tubercule  ne  fût  pas  due  k  un 
principe  immédiat  différent  de  ceux  qui  existent  à  Tétat  nor- 
mal, mais  seulement  à  une  réunion  de  ces  principes  en 
d'autres  proportions,  de  manière  à  former  de  la  substance  or- 
ganisée différente  de  celle  qui  est  normale,  puis  des  éléments 
d'une  autre  forme,  d'une  autre  couleur,  plus  ou  moins  solu- 
blés  que  les  précédents,  et  enfin  doués  d'autres  propriétés 
vitales. 

Il  est  très  probable,  en  un  mot,  que  Yhitéromorphie^  c'est- 
à-dire  la  production  de  parties  constituantes  élémentaires  du 
eorps,  différentes  de  celles  qu'on  trouve  à  l'état  normal,  ne 
eomroence  pas  encore  aux  principes  immédiats,  mais  seule- 
ment aux  éléments  anatomiques.  Il  est  très  probable  que  les 
$uh8 tances  organiques  composant  les  produits  hétéromorphes 
sont  les  mêmes  que  celles  des  productions  morbides  homceo- 
morphes  et  des  tissus  normaux ,  mais  autrement  combinées 
quant  aux  proportions.  Peut-être  cependant,  par  des  procé- 
dés plus  délicats,  trouvera-t-on  que  ce  sont  des  substances 
différentes  de  la  fibrine,  albumine,  etc. 

Il  n'y  a  que  pour  les  principes  immédiats  cristallisables 
que  l'on  peut  trouver  des  exemples  d'hétéromorphie ,  c*est- 
à*ilire  que  les  seuls  principes  immédiats  parmi  lesquels  on 
en  ait  trouvé  de  différents  de  ceux  qui  existent  à  l'état  nor- 
mal sont  des  principes  cristallisables  du  deuxième  groupe  : 
telle  est  la  cystine ,  trouvée  dans  des  calculs  urinairet.  Au 
contraire,  en  arrivant  aux  éléments  anatomiques,  nous  en 
trouverons  beaucoup  d'hétéromorphes  ou  différents  quant  aut 
caractères  physiques  et  aux  propriétés  vitales  des  éléments 
normaux ,  et  pourtant  contenant  les  mêmes  principes  immé- 
diats. 11  reste  pourtant  encore  à  voir  si  les  graisses  y  sont  les 
mêmes  que  dans  les  autres  tissus,  fait  rendu  probable  par  la 
présence  de  la  cholestérine,  qui  est  un  principe  homoeomor- 
phe.  Enfin,  il  n'est  pas  absolument  prouvé  qu'il  ne  s'y  trouve 


Umi  EOUB  DTHAMIQUI  DAMS  l'OKGAHIUB.  Mt 

pas  dos  9ulêtmM:e$  organiques  différentes  de  celles  des  tissus 
et  des  humeurs  normales. 

246%  —  En  étudiant  les  variations  que  présentent  les  eorps 
organûés  oonâdérés  au  point  de  vue  statique,  suivant  les  con- 
ditknii  où  ils  se  trouvent,  nous  avons  vu  qu*il  faut  examiner 
les  particularités  anatomiques  qu*ils  présentent  au  moment  de 
leur  formation,  puis  successivement  pendant  leur  développe- 
meot,  métamorphoses,  etc.,  et  lors  de  leur  mort  ou  termi- 
naison {Prolégomines^  p.  6).  Hais  pour  les  principes  immé- 
diats, la  formation  est  un  fait  chimique  ;  ils  ne  présentent, 
par  conséquent,  pas  d'états  successifs  :  aussitôt  formés,  ils 
sont  ce  qu'ils  resteront  toujours  ;  leur  quantité  seule  aug- 
mente ou  diminue.  Par  conséquent,  nous  avons  dû  nous 
borner  à  étudier  les  conditions  de  leur  formation  et  celles 
de  leur  fin  ou  destruction,  comme  espèce  de  composé. 
Pour  ne  pas  rester  à  un  point  de  vue  trop  abstrait  dans  un 
sujet  qui  l'est  déjà  beaucoup,  nous  avons  enfreint  les  près* 
criptions  de  la  méthode,  qui  enjoint  de  ne  pas  mêler  aux 
questions  statiques  celles  de  dynamique,  et  nous  avons  indi* 
que  brièvement  la  nature  des  actes  chimiques  qui  se  {>assent 
lors  delà  formation,  etc.,  des  principes  immédiats.  Il  faut, 
par  conséquent,  s'attendre  à  les  voir  rappelés  dans  l'article 
suivant,  qui  est  emprunté  à  la  physiologie  ;  il  en  forme  un 
préliminaire  indispensable  pour  toute  étude  approfondie  de  la 
nutrition,  comme  l'étude  statique  des  principes  immédiats  est 
un  préliminaire  indispensable  à  celle  des  éléments  anatomi- 
ques, des  humeurs  et  des  tissus. 

ARTICLE  III. 
rsopaiÉTÉs  QUI  présentent  les  principes  immédiats  considérés 

PANS    l'organisme,  OU  DU  ROLE  DYNAMIQUE  QU*ILS  JOUENT  DAMi 
LES  ACTES  ORGANIQUES  OU  VITAUX. 

247.  —  Les  faits  contenus  dans  cet  article  étant,  comme 
on  le  voit  par  le  titre ,  du  ressort  de  la  physiologie ,  il  est 


261    DES  PRINCIPES  IMMÉDUTS  EN  GÉNÉRAL,  CB.  I,  ART.  UI. 

supplémentaire  et  n*a  pas  dû  être  indiqué  parmi  ceux  <pi 
rentrent  dans  ce  chapitre. 

2&8.  —  L*exposé  que  nous  venons  de  faire  des  caractères 
d*ordre  mathématique ,  physique ,  chimique ,  organoIepUque 
et  organique  des  principes  immédiats  n*a  rien  d'arbitraire. 
Ce  n*est  pas  un  ordre  pris  au  hasard  ni  qu'on  puisse  rempla- 
cer par  un  autre.  Il  n*y  a  là  aucune  innovation  hétérogène 
ou  perturbatrice  pour  le  mode  jusqu'à  présent  suivi  dans 
l'exposition  écrite  des  faits  scientifiques.  C'est  simplement  le 
rétablissement  dans  l'ordre  décroissant  de  leur  plus  grande 
généralité,  indépendance  et  simplicité  des  caractères  propres 
aux  corps  que  nous  étudions  ;  au  lieu  de  les  exposer  d'une 
manière  incohérente  ou  de  les  laisser  dispersés  çà  et  là,  ils 
sont  rassemblés  et  enchaînés  les  uns  aux  autres.  C'était  le 
seul  moyen  de  n'en  omettre  aucun  et  de  donner  à  chacun 
l'importance  qui  lui  est  propre,  sans  l'exagérer  en  rien.  Cet 
ordre  (et  les  résultats  généraux  qui  en  découlent)  se  trouve 
être  le  même  qu'il  faut  suivre  pour  étudier  aussi  d'une  ma- 
nière complète  les  autres  parties  des  corps  organisés. 

Il  était  important  d'observer  rigoureusement  cet  ordre, 
en  s'occupant  de  corps  dont  l'étude  est  tout  à  fait  omise  ou 
à  peine  faite. 

a.  Nature  de  la  question. 

2A9.  —  A  chaque  ordre  de  caractères  des  principes  iomié- 
diats  correspond  rigoureusement  un  ordre  de  propriétés,  de 
faits  dynamiques. 

Ces  propriétés  des  principes  immédiats  sont  les  mêmes 
que  celles  qu'on  observe  dans  le  règne  inorganique,  avec 
cette  diflerence,  que  les  conditions  dans  lesquelles  sont 
placés  les  corps  qui  les  manifestent  étant  plus  complexes, 
elles  sont  modifiées  d'une  manière  corrélative.  De  là  cette 
exception  aux  lois  de  la  nature  inorganique  que  mani* 
festent  les  principes  introduits  dans  les  corps  vivants, 
ou  ceux  qui  les  composent.  Mais  lorsqu'on  vient  à  exa« 
miner  analytiquement  les  phénomènes,  en  les  dégageant 
successivement  de  toutes  les  conditions  accessoires  qui  les 


LEUR  ROLE  DYNAMIQUE  DANS  L*0RGAMIS1IE.  266 

modifient ,  od  arrive  ainsi  bientôt  a  les  trouver  entièrement 
analogues  aux  phénomènes  de  même  ordre,  comme  aussi  cha- 
cun de  ceux  qui  les  compliquaient  se  trouvait  dans  le  même 
cas.  Si,  d*autre  part,  prenant  un  phénomène  d*ordre  inorga* 
nique,  on  vient  à  le  compliquer  successivement  de  conditions 
d'ordres  divers,  d'autres  phénomènes  s'eflectuant  dans  le 
même  lieu  et  en  même  temps ,  on  en  voit  bientôt  les  mani- 
festations tellement  changées  qu'il  est  diflicile  de  reconnaître 
la  part  qu'il  prend  à  l'eflet  total.  Alors  celui-ci  doit  être  étu- 
dié dans  son  entier  en  lui-même,  et  il  faut  en  établir  les  lois; 
car  il  est  devenu  d'une  autre  nature,  c'est-à-dire  de  nature 
plus  compliquée.  C'est  le  cas  des  phénomènes  vitaux.  Mais 
cette  étude  de  l'ensemble  du  phénomène  total  ne  peut  être 
suivie  d'une  manière  sérieuse,  approfondie  et  réelle  dans  tous 
ses  détails ,  qu'autant  qu'il  a  été  fait  une  étude  préalable  de 
tous  les  actes  élémentaires  qui  concourent  à  le  constituer. 
Si  le  développement  historique  de  nos  connaissances  sous  ce 
rapport  est  inverse ,  si  l'on  a  commencé  par  étudier  l'acte 
total  et  complexe  de  vie  ou  vitalité  comme  un  tout,  au  lieu 
d'examiner  d'abord  les  actes  élémentaires  dont  il  est  la 
manifestation,  c'est  que  rien  n'était  plus  naturel  que  de 
prendre  d'abord  le  phénomène  tel  qu'il  se  manifeste  à  nous 
dans  son  ensemble  et  en  lui-même,  et  de  le  personnifier,  de  le 
représenter  par  une  entité.  Puis,  ce  n'est  que  peu  a  peu,  en 
l'analysant ,  qu'on  est  arrivé  à  reconnaître  que  chacune  des 
actions  de  détail  qu'il  présente  a  des  analogies  avec  celles  de 
nature  minérale,  quoique  leur  ensemble,  manifesté  simulta- 
nément, diffère  beaucoup  de  chacune  prise  séparément.  Mais 
une  fois  faite,  cette  analyse,  en  procédant  du  composé  au 
simple,  en  éliminant  successivement  chacun  des  faits  recon- 
nus comme  se  rattachant  à  une  condition  statique  analogue 
à  ce  qui  se  voit  dans  le  règne  minéral,  jusqu'à  ce  qu'il  soit 
devenu  impossible  de  pouvoir  trouver  place  désormais  pom* 
quelque  entité  que  ce  soit;  alors,  disons-nous,  il  devient  né- 
cessaire de  reprendre  en  sens  inverse,  du  simple  au  composé, 
l'examen  des  mêmes  phénomènes,  pour  voir  de  quelle  ma- 


MO  DES  PROIGIPBS  IMMÉDUTS  EH   OÉNtRAIr,  CSl.  1,  AET.  111. 

nière  ils  s'enchatnent,  et  se  modifient  les  uns  par  les  aatres. 

p.  Notions  sur  ï ensemble  des  actes  élémentaires  accomplis 
par  les  principes  immédiats^  et  qui  doivent  plus  loin  être  m" 
visages  isolément. 

250.  —  L'étude  des  principes  immédiats  nous  conduit 
i  prévoir  de  quoi  est  composée  la  substance  du  corps ,  de 
quoi  est  formée  la  matière  de  chaque  fibre ,  cellule,  etc. , 
de  chaque  humeur,  et,  consécutivement  à  tout  ceci,  de 
quoi  est  formée  celle  des  tissus,  systèmes,  organes,  etc. 
Elle  est  formée  de  principes  qui  arrivent  (cristallisables 
généralement),  de  principes  qui  restent  (non  cristallisables) 
et  de  principes  qui  sortent  (tous  cristallisables).  Et  c'est 
là  un  fait  que  présentent  tous  les  êtres  organisés,  que 
cette  entrée  et  cette  sortie  continuelles  de  principes ,  sans 
dislocation  de  ceux  qui  restent ,  desquels  pourtant  ils  vont 
faire  partie  ou  ont  fait  partie ,  par  Félat  desquels  ils  passent 
pour  la  plupart.  C'est  là  ce  qui  fait  dire  ces  corps  vivants, 
mode  d*activité  tout  à  fait  spécial  aux  êtres  organisés  ;  c'est  là 
ce  qui  fait  sentir  qu'on  ne  peut  et  ne  doit  pas  confondre 
Yactivité  générale  de  la  matière  brute  avec  la  vie,  ou 
activité  spéciale  aux  corps  organisés.  Partout  donc  où 
un  corps  organisé  manifeste  une  propriété  quelconque  de 
sensibilité ,  contractilité ,  ou  seulement  de  sécrétion ,  re- 
production, développement,  il  y  a  de  toute  nécessité, 
dans  la  matière  de  ce  corps,  cette  allée  et  cette  venue  de 
ses  matériaux.  Cette  allée  et  cette  venue  sont  la  condition 
d'existence  de  tout  autre  phénomène  organique  ou  vital  quel- 
conque; et  tant  qu'elles  continuent,  il  y  a  vie;  dès  qu'elles 
cessent,  il  y  a  mort,  et  il  n'y  a  mort  que  lorsqu'elles  cessent. 

L'étude  des  matériaux  eux-mêmes ,  qui  sont  en  jeu  dans 
cette  allée,  ce  séjour,  et  cette  venue  dont  nous  parlons ,  et 
sur  lesquels  reposent  tous  les  autres  actes,  nous  fait  sentir, 
de  la  manière  la  plus  nelte  et  la  plus  simple  qu'on  puisse 
concevoir,  ce  que  c'est  que  la  vie  et  quelles  en  sont  les  condi- 
tions. En  effet ,  nous  étudions  ces  dernières  en  ce  qu'elles  ont 
de  plus  simple  et  de  plus  irréductible  ;  nous  signalons  tuni, 


Uim  EOUB  DmAMIQUE  DANS  L*01l6Alfl8HE.  207 

oheoÙB  faisant  j  l'acte  le  plus  simple ,  le  plus  irréductible , 
correspondant  à  chacune  de  ces  conditions.  Mais  nous  n'étn- 
diona  pas  encore  la  vie  prise  en  elle-même ,  l'acte  total  dont 
nous  passons  en  revue  Tune  après  l'autre  chacune  des  con-^ 
ditions  ;  pourtant  il  suffit ,  "^pour  concevoir  en  quoi  elle  con* 
fiste,  de  se  représenter,  s*opérant  simultanément,  tous  les 
actes  élémentaires  que  nous  venons  de  signaler,  chacun  sé- 
parément. Rien  ne  met  plus  en  relief,  rien  ne  met  plus  en 
évidence  chacune  des  conditions  d'existence  de  la  vie  et  ch»> 
ean  des  actes  correspondants  qui  la  caractérise ,  que  l'étude 
de  l'origine  des  matériaux  des  principes ,  celle  de  leur  forma- 
tion surtout,  et  celle  de  leur  Qn,  laquelle,  pour  les  uns,  est  une 
formation  d'autres  principes  dont  il  n'y  a  qu'à  suivre  l'issue. 
Ce  relief  est  dû  à  ce  que  rien  n'isole  davantage  les  conditions 
de  chaque  action  élémentaire,  et  en  même  temps  chacun  de  ces 
actes;  eux  qui,  s'opérant  ensemble  et  simultanément  en  une 
même  substance,  constituent  ce  qu'on  appelle  la  vie  de  cette 
suhs  tance. 

261.  —  L'arrivée,  le  séjour  et  la  sortie  des  matériaux  de 
cette  substance ,  voilà  autant  de  conditions  de  son  existence  ; 
rentrée,  le  séjour  et  l'issue  sont  tous  trois  caractérisés  par  au 
moins  un  fait  dynamique  correspondant. 

Au  point  de  vue  statique,  entrée  suppose  état  liquide  ou 
gazeux  de  certains  principes  ou  des  matériaux  des  principes; 
siioun,  c'est  état  solide ,  demi-solide,  liquide  ou  gazeux,  avec 
union  en  toutes  proportions  de  tous  les  principes,  d'où  une 
existence  organisée ,  d'où  conditions  complexes  de  phéno- 
mènes divers  ;  sortie  suppose  encore  et  naturellement  état 
demi-liquide ,  liquidé  ou  gazeux  (  solide  pathologiquement , 
calculs  )  d'autres  principes. 

Voyons  maintenant,  par  examen  direct  de  ce  qui  précède, 
quels  sont  les  actes  dont  les  conditions  d'accomplissement  se 
trouvent  remplies  par  ces  états  des  principes  immédiats. 

Au  point  de  vue  dynamique,  entrée,  ce  sont  actes  phy- 
siques d'endosmose  précédés  de  dissolution  directe  de  prin- 
eipei  eristallisables,  et  de  plus  catalyse  isomérique  (éhet  les 


S68    DB8  PRUIG1PE6  IMMÉDIATS  E»  GAIÉRAL,  GH.  I,  ART.  III. 

animaux)  des  matériaux  non  cristallisaUes  des  autres  prin- 
cipes; SÉJOUR,  ce  sont  actes  d*union  directe  des  principes 
cristallisables  entrant  tout  formés  i  ceux  préexistant  et 
de  formation  de  principes  non  cristallisables  par  catalyse 
isomérique  (d*où  assimilation)  :  et  simultanément,  actes 
de  formation  par  catalyses  dédoublantes  de  principes  cris- 
tallisables ou  rarement  par  combinaison  directe  (d'où  dés- 
assimilation)  ;  SORTIE,  ce  sont  actes  de  dissolution  directe, 
puis  exosmose  de  principes  cristallisables.  Une  fois  sortis» 
ils  se  décomposent  par  catalyses  et  fermentations  ;  mais 
les  produits  sont  stables,  les  actes  isolés  sont  non  continus  : 
ce  sont  des  actes  chimiques  dont  Tétude  n'appartient  plus  i 
la  biologie,  non  plus  que  les  conditions  dans  lesquelles  ils  ont 
lieu. 

252. —  Tels  sont  les  actes  élémentaires  dont  l'ensemble  et 
la  simultanéité  caractérisentla  vie  végétative  ou  de  nutrition, 
celle  sur  laquelle  repose  la  vie  animale.  Ne  dites  pas  que  cette 
composition  (assimilalion)  et  cette  décomposition  continues 
(iisassimilation)^  sont  un  double  acte  s'accomplissant  sous  la 
présidence  de  la  force  vilale.  Cette  force  vitale  est  encore  une 
entité.  Ce  qui  préside  à  ce  double  acte  continu,  le  plus  simple 
de  ceux  que  présentent  les  êtres  organisés,  c'est,  comme  pour 
tout  acte  quelconque,  un  ensemble  de  conditions  ;  c'est  cet 
ensemble  de  conditions  complexes,  représenté  par  le  nombre 
considérable  de  principes  immédiats  réunis  les  uns  aux  autres, 
tous  doués  de  propriétés  différentes  ;  propriétés  dont  chacune 
disparaît  quelquefois  dans  cette  réunion,  modifiée  qu'elle  est 
par  les  autres  et  modifiant  a  son  tour  celles-ci,  pour  faire  place 
à  des  propriétés  nouvelles  appartenant  à  la  substance,  nou- 
velle aussi,  qui  résulte  de  cette  réunion.  Ce  qui  préside  enfin 
a  ce  double  acte,  qui  est  une  de  ces  propriétés  nouvelles 
apparaissant  dans  la  nouvelle  substance  et  lui  appartenant 
en  propre,  ccst  cet  ensemble  de  conditions  de  tempéra- 
ture ,  d*état  électrique ,  etc. ,  dont  l'absence  fait  disparaître 
le  double  acte ,  comme  si  Ton  détruisait  la  substance  même. 

Vous  voyez  maintenant  ce  que  c'est  que  cette  fêreê  m* 


--     UUR  BOLE  DYNAMIQUE  DANS  l'ORGANISHB.  lOff 

taU;  car  die  est  connue,  puisque  nous  venons  de  ramener 
les  phénomènes  dont  elle  personniGait  l'ensemble  à  un  certain 
nombre  d'actes  élémentaires  irréductibles  à  d'autres  plus 
simples.  On  conçoit  naturellement  comment  on  a  pu  parler 
d'augmentation  ou  de  diminution  de  la  force  vitale,  d'hyper- 
sthénisant  et  d'hyposthénisant,  de  surexcitation  de  cette 
force,  etc.;  ce  qui  montre  bien  jusqu'à  quel  point  on  la  person- 
nifiait. On  conçoit,  disons-nous,  comment  on  a  pu  parler  ainsi, 
car  on  n'exprimait  par  là  autre  chose  que  l'état  plus  ou  moins 
parfait  de  ces  conditions  d'accomplissement  de  la  nutrition  pour 
lesquelles  leur  complexité  est  une  source  incessante  de  va* 
riations  en  nombre  illimité  ;  et  l'on  se  servait  de  ces  expres- 
sions, parce  qu'on  ne  connaissait  pas  encore  ces  conditions 
jusque  dans  leurs  détails  les  plus  irréductibles  en  autres 
conditions,  ce  qu'enseignent  seulement  l'histoire  particulière 
de  chaque  principe  et  leur  histoire  générale.  Dès  lors ,  les 
phénomènes  seuls  des  modifications  de  chacune  de  ces  minu- 
tieuses conditions  étaient  analysés ,  forcé  qu'on  était  de  le 
faire  par  la  pratique  médicale;  et  faute  d'en  connaître  la  vé- 
ritable cause,  onl'attribuait  à  une  force  de  création  imaginaire* 
Les  effets  étudiés  et  analysés  étaient  et  restent  réels  ; 
l'explication  seule,  c'est-à-dire  la  liaison  des  phénomènes 
aux  conditions  de  leur  accomplissement,  était  seule  fautive, 
n  en  sera  involontairement  et  nécessairement  ainsi  tant 
qu'on  n'aura  pas  étudié  sous  tous  les  points  de  vue  chaque 
principe  immédiat  et  cela  aussi  bien  pour  les  végétaux  que 
pour  les  animaux.  A  quoi  rapporter,  en  effet,  tel  ou  tel  phé- 
nomène, si  l'on  ne  connaît  ses  conditions  d'existence,  si  Ton 
ne  sait  môme  pas  qu'il  y  a  dans  l'être  où  il  se  passe  une  ou 
plusieurs  parties  constituantes  de  sa  substance  qui  sont  la 
raison  d'être  de  ce  phénomène.  Ayant  appris  par  expérience 
que  nul  phénomène  ne  s'accomplit  si  certaines  conditions  dé- 
terminées ne  sont  remplies,  qu'en  un  mot  il  n'y  a  pas  A*ef[et 
sans  causes  y  il  faut  de  toute  nécessité  le  rapporter  à  celles-ci 
pour  arriver  i  le  modifier  à  notre  avantage,  en  cherchant  i 
modifier  ces  dernières. 


170  DES  PEIMCIHft  DIMÉDUTS  EH  eÉRlftAL,  Oi*  1,  ART.  Hl. 

263.  —  Ainsi  donc,  lors  même  que  tous  aurez  reconnu  qM 
ce  double  acte  d'assimilation  et  de  désassimilation  est  m 
acte  chimique  au  fond,  tant  que  vous  n'aurez  pas  exactement 
apprécié  Tétat  des  principes  immédiats  qui  en  sont  les  condi* 
tiens  d'accomplissement,  vous  le  rapporterez,  ce  phénomène, 
i  une  force  vitale^  à  une  entité.  Lors  même  que  vot»  la 
ferez  seulement  présider  à  cet  acte,  comme  si  die  le  regardait 
simplement  s'accomplir  sans  y  prendre  part ,  cette  entité  ne 
sera  guère  moins  nuisible  ;  elle  est  du  moins  inutile ,  pui»> 
qu'elle  n'agit  pas,  et  l'inutile,  si  près  du  nuisible,  nuit  réel- 
lement dans  ce  cas,  en  attirant  involontairement  les  regards 
au  lieu  de  faire  étudier  les  principes,  leur  mode  d'union,  la 
substance  qu'ils  forment;  et  toujours,  en  n'ayant  d'autre  bot 
que  de  lier  les  actes  à  leurs  conditions  d'accomplissement. 
Cette  prétendue  force  vitale  qui  préside,  c'est  l'état  d'union 
complexe  des  principes  immédiats,  qui  fait  que  la  plupart  de 
leurs  actes  de  formation  et  de  décombinaison  sont  des  ae^ 
tions  chimiques  particulières,  dites  de  contact  ou  indirectes. 
Ce  sont  ces  conditions  complexes  qui  rendent  l'acte  d'une 
nature  particulière  et  l'éloignent  de  ceux  que  nous  offrent  gé- 
néralement les  corps  minéraux.  Ces  actes  indirects  ou  de  con- 
tact ont  été  découverts  et  étudiés  hors  de  l'organisme,  avant 
ceux  de  môme  ordre  qui  se  passent  dans  l'économie  ;  maisîl  se 
trouve  qu'ils  sont  de  même  ordre  et  non  (sauf  les  cas  de  disso* 
lution)  identiques  avec  les  actes  de  combustion,  etc.,  observés 
dans  le  règne  inorganique.  Les  chimistes  qui  ontditqueTurine 
qui  entre  en  fermentation  est  prise  d'une  nouvelle  vie  ont  en 
en  quelque  sorte  de  ces  faits  un  vague  pressentiment.  Mais 
partant  des  phénomènes  de  combustion  et  autres  pour  en 
rapprocher  les  phénomènes  moléculaires  qui  se  passent  dans 
l'économie,  au  lieu  d'étudier  d'abord  ceux-ci  en  eux-mêmes, 
pour  voir  ensuite  avec  lesquels  des  phénomènes  chimiques  ili 
ont  quelque  analogie,  ils  ont  pris  pour  analogues  aux  phéno- 
mènes vitaux  les  actes  chimiques  qui  leur  sont  tout  é  fak 
opposés.  Ce  sont,  en  effet,  des  actes  qui ,  par  leur  aatufi 
purement  décomposante  et  destructive,  ainsi  qm  par  la  flxM 


UUE  EOLB  DYltÀMiaUE  DANS  L'OMttAMIBBI.  f7l 

d»  Imts  produits,  caractérisent  précisément  la  cessatioii  du 
double  mouvement  d'assimilation  et  de  désassimilation. 

Ce  qui  est  le  mystère  de  la  vie,  ce  qui  échappe  à  nos  sens, 
c'est  la  nature  intime  ou  premièt*e  de  celte  puissance  ou  pro« 
priété  d'assimilation  et  de  désassimilation  ;  comme  du  reste 
nous  échappe  et  nous  échappera  toujours  aussi  la  nature  intima 
de  quoi  que  ce  soit;  comme  se  trouve  être  aussi  le  mystère 
de  la  chimie,  la  nature  intime  ou  première  de  la  puissance 
ou  propriété  de  se  combiner  ou  de  ne  pas  se  combiner  que 
porte  en  soi  tel  et  tel  corps. 

L  —  PROPRIÉTÉS  D'ORDRB  MATHÉMATIQUE  ET  PHYSIQUE  QUE  PRÉSESTEIT 
DANS  L^ORGANISME  LES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  ENVISAGÉS  AU  POINT  D% 
VUE  DYNAMIQUE. 

25&.  —  Dans  l'organisme  comme  au  dehors,  comme  les 
corps  bruts,  les  principes  immédiats  peuvent  cristalliser.  Mais 
ces  faits  sont  rares,  accidentels  et  anormaux.  Les  faits  dynami«> 
ques  qui  se  rapportent  à  la  cristallisation  des  principes  dans 
les  corps  vivants,  comme  la  formation  des  cristaux  diacide 
urique,  de  quelques  phosphates  dans  les  parois  artérielles 
encroûtées  de  calcaire,  de  cholestérine  dans  un  grand  nombre 
de  kystes,  et  de  productions  homœomorphes,  ou  bien  tuber- 
culeuses et  cancéreuses ,  les  faits  qui  s'y  rapportent,  disons- 
nous,  n'ont  pas  été  étudiés  d'une  manière  particulière, 
comme  on  Ta  fait  pour  les  cristaux  obtenus  dans  nos  labora- 
toires. Mais,  comme  nous  le  verrons  (1),  les  lois  relatives  A 
la  figure  des  cristaux  étant  les  mêmes  que  celles  auxquelles 
se  rattachent  les  formes  des  composés  d'origine  inorganique, 
on  peut  considérer  comme  démontré  que  les  lois  de  leur  for- 
mation sont  les  mêmes.  Les  variations  plus  nombreuses  de 
forme,  de  groupements  et  de  coloration  de  ces  cristaux  n'in- 
diquent nullement  une  différence  des  lois  de  cette  formation  ; 
mais  si  Ton  tient  compte  des  conditions  de  température,  de 
la  composition  complexe  du  liquide  où  il  se  passe ,  des  sub- 
stances qui  lui  sont  mélangées,  de  la  composition  du  principe 

(t)  Tofci  chapitra  IV« 


272    DES  PftlHCIPlft  imiÉDIATS  EN  GtNilUL,  CH.  I,  ART.  ni. 

lui-même ,  on  verra  qu*il  faut  considérer  les  lois  des  phéno* 
mènes  comme  identiques  au  fond  dans  Tun  et  dans  l'autre 
cas.  Ce  qui  le  prouve,  c'est  que  nous  voyons  le  résultat  en- 
tièrement en  rapport  avec  les  causes  qui  l'ont  produit. 

265.  —  Parmi  les  propriétés  physico-dynamiques  que  pré- 
sentent les  principes  immédiats,  il  y  aurait  à  étudier  quelles 
sont  les  modifications  aux  lois  ordinaires  de  l'endosmose  que 
présentent  les  principes  immédiats,  lorsqu'au  lieu  de  les 
prendre  à  l'état  de  solution  simple,  comme  en  physique,  on 
les  prend  dissous  les  uns  avec  les  autres.  En  essayant  alors, 
soit  avec  des  sérums  naturels,  ou  avec  des  solutions  albu- 
inino-salines,  on  pourrait  voir  quels  sont  ceux  qui,  dans  telles 
ou  telles  conditions  données,  passent  plus  ou  moins  que  les 
autres  au  travers  des  membranes  animales.  On  pourrait, 
sans  doute,  se  guider  approximativement  sur  ces  faits  pour  se 
rendre  compte  d'un  certain  nombre  de  phénomènes  physio- 
logiques ;  mais  les  expériences  de  ce  genre  restent  encore  à 
Caire. 

Quoi  qu'il  en  soit ,  on  ne  saurait  se  refuser  à  reconnaître 
que  les  lois  des  phénomènes  dynamiques  que  manifestent  les 
principes  immédiats  dans  l'économie  sont  les  mêmes  que 
celles  qu'ils  manifestent  et  que  présentent  aussi  les  corps  d'o- 
rigine minérale  hors  de  l'organisme. 

Seulement  les  conditions  dans  lesquelles  ils  se  passent  étant 
bien  plus  complexes  que  dans  les  cas  artificiels,  du  côté  des 
principes  en  dissolution  comme  de  celui  des  solides,  il  en 
résulte  que  les  résultats  obtenus  présentent  des  modifications 
correspondantes  ;  de  telle  sorte  que  l'ensemble  du  phénomène 
diflère  beaucoup  de  ce  que  nous  observons  en  physique. 

IL  —  PROPRIÉTÉS  D*ORDRE  CDIHIQUE  QUE  PRÉSEITTENT  DANS  L*ÉC0!f0lfIE 
LES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  ENVISAGÉS   AO  POINT  DE  VUE  DYNAMIQUE. 

256.  —  C'est  sur  l'étude  chimique  de  chaque  principe 
immédiat  faite  au  point  de  vue  dynamique,  c'est-à-dire  sous 
le  rapport  du  degré  plus  ou  moins  grand  de  la  fixité  ou  de 
l'instabilité  de  sa  composition,  puis  de  celles  des  combinair 


LEOR  BOLE  DYNAMIQUR  DAMS  L^ORGAKISXB.  27S 

9(Hi8  qu'il  forme  ou  peut  former  avec  d*autres  principes,  que 
repose  entièrement  l'étude  de  la  nutrition.  Celle-ci,  poursui- 
vie dans  chaque  élément  anatomique  et  dans  chaque  humeur, 
y  varie  d'intensité  et  de  rapidité,  d'après  la  fixité  ou  l'in- 
stabilité des  principes  qui  composent  ces  parties;  d'après 
les  quantités  relatives  de  ceux  qui  sont  plus  et  de  ceux  qui 
sont  moins  stables;  d'après  la  ûxité  de  leur  union  réciproque. 

Cette  dernière  est  plus  ou  moins  fixe,  mais  ne  se  défait  pas 
d'elle-même  ;  il  n'y  a  pas  décomposition  spontanée  :  celle-ci 
n'a  lieu  que  parce  que,  aussitôt  la  combinaison  faite,  il  se 
trouve  auprès,  en  raison  de  l'état  anatomique  des  principes 
(union  intime  par  mélange  et  dissolution),  quelque  autre 
principe  qui  la  décompose  à  son  tour  en  se  combinant  â 
l'un  de  ses  éléments.  Celui-ci  en  éprouve  ensuite  autant, 
ou  bien  est  expulsé,  évacué,  ou  bien  encore  il  reste,  in- 
cruste les  tissus,  ou  fait  dépôt.  C'est  là  ce  qui  constitue  le 
double  mouvement  de  composition  et  de  décomposition,  dont 
l'ensemble  s'appelle  nutrition^  phénomène  de  nutrition^  et  a 
pour  résultat  Y  accroissement^  la  persistance  ou  le  décroisse^ 
oMit/,  selon  qu'il  y  a  égalité  des  deux  mouvements  ou  pré- 
dominance de  l'un  d'entre  eux.  L*excès  de  l'un  des  mouve- 
ments en  dehors  de  ce  qui  arrive  ordinairement  est  un  fait 
anormal  ;  il  prend  le  nom  à* hypertrophie^  pour  le  cas  d'excès 
d'accroissement,  à'atrophie  pour  celui  de  prédominance  du 
décroissement.  L'un  et  l'autre  peuvent  constituer  des  états 
tnorbides  ou  pathologiques  y  quand  de  cette  modification  delà 
propriété  de  nutrition  résulte  un  trouble  des  autres  propriétés 
vitales,  des  propriétés  de  tissus ,  ou  des  fonctions. 

Ainsi  envisagées  séparément,  sur  chaque  principe  pris  à 
part  et  d'une  manière  très  distincte,  dans  le  mouvement  de 
composition  d'une  part,  et  de  l'autre  dans  celui  de  décompo- 
sition, les  propriétés  des  principes  immédiats  ne  sont  nulle- 
ment physiologiques  ou  vitales.  Les  propriétés  vitales  re- 
posent sur  ces  propriétés  chimiques  des  principes  immédiats , 
sans  qu'on  puisse  pourtant  les  confondre  avec  elles  ;  car  elles 
sont  plus  complexes. 

I.  18 


27ik   DES  PRINCIPES  ntMÉDlATS  EU  GiNfftAt»  GË«  f,  ART.  III. 

Considérés  ainsi  en  eux-inêmes  séparément  dans  chactifl 
des  deux  actes  auxquels  ils  prennent  part,  les  principes  im- 
médiats n'ont  donc  pas  de  propriétés  physiologiques  ;  nul 
phénomène  de  cet  ordre  ne  se  passe  en  eux*  La  seule  pitfti- 
cularité  qui  leur  soit  propre  au  point  de  yue  dynamique  et 
que  ne  partagent  pas  les  corps  d'origine  minérale  qui  ne  font 
pas  partie  du  corps,  c'est  naturellement  de  prefidreptift  aux 
actes  les  plus  élémentaires  (nutrition)  de  la  matière  organisée 
dont  ils  sont  des  parties  constituantes* 

Ce  n'est  qu'en  étudiant  la  substance  organisée,  la  iflfttiète 
du  corps  elle-même ,  que  nous  pourrons  trouver  réellement 
des  propriéliê  d'ordre  organique  proprement  dit|oU  pr&prié- 
tis  vitàUi. 

267.  -^  Le  double  mouvement  dont  nous  avoiis  parlé 
doit  être  examiné  séparément  sous  ses  deux  points  de  Vue  : 
l'on  relatif  au  mouvement  de  composition,  l'autre  à  c^lui  de 
décomposition  I 

Nous  prenons  ici  à  part,  d'abord  le  mouvement  de  compo- 
sition, puis  celui  de  décomposition*  Cette  considération  abs- 
traite se  trouve  avoir  en  quelque  sorte  sa  réalisation  con- 
crète par  l'état  de  mort,  dans  lequel  les  deux  phénomènes 
sont  suspendus,  et  qui  nous  livre  les  corps  tels  qu'ils  sont 
après  le  dernier  phénomène  de  composition  « 

Et  cela  dui*e  quelque  temps,  plus  ou  moins,  selon  la  tem- 
pérature. Cela  dure  jusqu'à  ce  que,  sous  l'influence  de  l'air 
et  de  la  chaleur,  il  se  fasse  un  ferment,  et  alors  commencent 
des  actes  chimiques,  la  putréfaction. 

ké  '^  M(Mvément  de  èmthsHM. 

268.  —  Le  mouvement  de  Composition  qui  forme  l'un 
des  phénomènes  isolés  de  la  nutrition,  fait  caractéristique 
de  la  Vie,  considéré  isoléihent,  est  un  fait  de  combinaison 
des  principes  immédiats  à  d'autres  principes  analogues  ou 
non.  Ce  qui  le  prouve^  c'est  ce  qu'on  observe  dans  l'or* 
ganismc  vivant,  à  savoir,  par  exemple^  Vunion  de  ma* 


LBim  lOLB  STNAlliaUB  DAMS  L'OROAMIMIB.  %7i 

tiéres  calcaires  avec  une  trame  de  substance  azotée  homo- 
gène ;  maUeres  qu*oii  peut  enlever  avec  des  réactifs  conv^ 
nables*  Les  produits  de  cette  combinaison  reçoivent  le  nom 
de  dépAis  ou  inermêtationê^  parce  que^  en  général»  une  fois 
la  combinaison  faite,  elle  persiste,  et  il  n'y  a  pas  de  mott^ 
vement  de  décomposition,  ou  bien  il  est  extrAmement  lent; 
elles  semblent,  en  effet,  déposées  là  et  y  persister  jusqu'à  la 
mort,  ou  jusqu'à  ce  que  qurique  autre  phénomène  vienne  les 
fsire  disparaître,  ce  qui  est  raroi 

On  peutsoi-mème^  expériolentalementi  raolplacer,  suppléer 
au  mouvement  de  décomposition  à  Taide  dël  réactifs  qui  enlè- 
vent ces  substances,  sans  détruire,  du  moini  en  totalité,  Télé' 
ment  anatoroique  même.  Des  faits  analogues  s'observent 
dans  les  vaisseaux  et  d'autres  or|pmes  de  presque  tous  les 
sujets,  à  partir  de  l'âge  de  quaraflte^inq  à  cinquante  ans* 

260i  ->^  Ce  qui  prouve  bien  qu'il  û'y  a  là  qu'un  fait  chi«- 
mique  de  composition,  o'est  que,  par  des  dissolvants  appro- 
priés, par  une  simple  actioA  chimique  légère,  on  peut  défaire 
ce  qui  a  été  fait.  Seulement  cette  irtlime  union  entre  des 
principes  tmmédtéts,  chacun  très  complexe,  offrant  cliacun 
pour  son  compte  del  actions  chimiques  plus  simples  déjà  que 
les  précédents,  présente  certainement  quelque  chose  de  tout 
spécial,  qui  dîfféreiloie  ce  qui  se  passe  là  de  tout  ce  qui,  en 
fait  de  phénomènes  chimiques,  a  lieu  hors  des  êtres  orga- 
nisés. Mais  de  oe  fait  spécial,  de  Ces  actions  chimiques  toutes 
particulières,  on  s'eil  rend  colnpte  lorsqu'on  se  rappelle  les 
conditions  toutes  spéciales  aussi  dans  lesquelles  elles  se  pas- 
sent, de  cette  dissolution  et  de  ce  mélange  réciproques,  sans 
analogues  ailleurs  que  dans  les  êtres  vivants. 

360.  —  Du  reste,  il  faut  bien  se  rappeler  que  tout  ce  que 
nous  pouvons  faire  en  pareille  matière,  comme  toutes  les  fois 
qu'il  s'agit  de  (pousser  l'étude  d'un  phénomène  quelconque, 
physique,  chimique,  organique,  etc. ,  jusqa*au  dernier  degré 
d'atialyse,  se  borne  à  établir  une  corrélation  aussi  intime  que 
possible  entre  leâ  conditions  du  phénomène  et  le  phénomène. 
Nous  ne  pouvons  aller  plus  loin  ;  la  prétendue  découverte  de 


276    DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  GH.  I,  ART.  III. 

la  nature  intime,  de  la  cause  première  des  choses,  à  laquelle 
on  a  cru  arriver  quelquefois,  n'est  jamais  allée  au  delà. 

C'est,  au  reste,  tout  ce  dont  nous  avons  besoin,  que  con- 
naître les  conditions  du  phénomène  d'une  part,  le  phénomène 
de  l'autre,  et  en  troisième  lieu  la  corrélation  qui  existe  entre 
les  conditions  d'action  et  l'action. 

Gela  connu,  nous  pouvons  modifier  l'acte  à  notre  avantage, 
en  modifiant  l'instrument,  ou  bien  modifier  cet  agent  lui- 
même,  si  nous  modifions  le  phénomène  par  un  changement 
apporté  aux  milieux  dans  lesquels  il  se  passe. 

c  Je  crois,  dit  M.  Ghevreul,  qui  partout  a  traité  ces  ques- 
tions fondamentales  d'analyse  des  phénomènes  vitaux  et  chi- 
miques avec  une  remarquable  supériorité,  je  crois  avoir  dé- 
montré que  c'est  principalement  à  la  chimie  qu'il  appartient 
de  rendre  compte  des  transformations  que  les  êtres  organisés 
font  éprouver  à  la  matière  des  aliments.  Je  crois  que  beau- 
coup de  phénomènes  naissant  de  ces  actions  peuvent  être 
rapportés  aux  actes  étudiés  par  les  sciences  physico-chimi- 
ques. J'émets  aujourd'hui  cette  proposition  avec  bien  moins 
de  réserve  qu*à  l'époque  où  j'écrivais  les  réflexions  relatives 
à  la  recherche  des  causes  d'ot^  émanent  les  phénomènes  de  la 
vie^  à  la  fin  de  mon  ouvrage  sur  l'analyse  organique  ;  mais 
quand  tous  les  phénomènes  delà  respiration,  circulation,  sé- 
crétions, digestion,  etc.,  seront  expliqués  par  les  sciences  mé- 
canique, physique  et  chimique,  nous  n'en  serons  pas  plus 
avancés  sur  la  cause  première  de  la  vie  (1).  » 

Rien  de  brutal,  rien  d'aussi  fatalement  nécessaire  que  ce 
phénomène  de  composition,  de  combinaison  des  principes 
immédiats  entre  eux  ou  avec  d'autres  composés  quelconques. 
Vous  croyez  peut-être  que  chaque  élément  analomique  com- 
posé de  tels  et  tels  principes  immédiats  va  choisir  dans  ce 

(1)  Chkvieul,  Recherches  chinUquet  sur  la  teinture  {9Ïj\ème  mémoire).  Des 
prificipaux  changements  qu'éprouve  le  bleu  âe  Prusse  fœé  sur  les  étoffes^  et 
aj^^dice  à  ce  mémoire  contenant  quelques  considérations  générales  et  Miic- 
tions  relatives  à  la  matière  des  êtres  organisés  (Comptes  rendus  des  séancesde 
V Académie  des  sciences  de  Paris,  1837,  2*  semesUe,  t.  YI ,  in-4,  p.  i32, 
167, 171,  séance  da  7  aoOt  1837). 


LEUR  MOLE  DYNAMIQUE  DANS  l'ORGANMIIE.  277 

qid  l'entoure  ce  qui  lui  convient,  et  rejeter  ce  qui  ne  lui  con- 
vient pas,  ce  qui  peut  Taltérer,  puis  en  troubler  les  proprié- 
tés? Nullement.  Les  principes  immédiats  vont  se  combiner 
quand  même,  avec  tout  ce  qui  a  la  propriété  de  s* unir  i 
eux,  utile  ou  nuisible  ;  tant  mieux  si  cela  est  convenable, 
tant  pis  si  cela  est  inutile  ou  nuisible.  Il  peut  se  com- 
biner, il  se  combine  fatalement;  plus  de  choix,  plus  d'élec- 
tion affective,  dès  que  le  principe  iomiédiat  est  en  présence 
d'un  autre  principe,  alibile  ou  mortel,  peu  importe. 

Tant  que  les  conditions  ordinaires  d'existence  persistent,  i 
grand'peine  maintenues,  grâce  aux  soins  continus  dans  le  choix 
des  aliments  et  des  engrais,  dans  l'élévation ,  l'abaissement  ou 
le  maintien  de  la  température,  tout  va  bien  pendant  un  certain 
nombre  de  mois  ou  d'années.  Mais  vienne  un  aliment  nuisible  à 
Tensemble,  un  principe  immédiat  accidentel,  comme  la  narco- 
tine,  l'alcool,  le  sublimé  ou  quelque  autre  composé,  il  se  com- 
bine aussitôt  avec  tout  principe  immédiat  qu'il  rencontre,  parce 
que  c'est  sa  propriété  de  se  combiner.  Tout  change,  tout  le 
mécanisme  est  dérangé  pour  plus  ou  moins  de  temps,  ou 
même  détruit.  Là  où  semblait  régner  tant  de  prévoyance, 
vous  ne  trouvez  que  propriété  du  principe  immédiat  de  se 
combiner  au  principe  immédiat  ;  et  tout  disparaît  si  vous 
n'êtes  incessamment  votre  providence  à  vous-même,  car  le 
moindre  oubli  devient  cause  d'une  perturbation  de  toute 
l'économie,  dont  les  fonctions  se  trouvent  dérangées,  deve- 
nues disharmoniques  pour  quelques  heures,  quelques  jours, 
ou  quelques  mois. 

B.  —  Mouviment  de  décomposUUm, 

261.  —  L'acte  de  décomposition  qui  forme  l'autre  phéno- 
mène isolé  du  double  mouvement,  qui  se  passe  dans  les  élé- 
ments anatomiques  d'une  manière  continue,  est  également 
chimique. 

C'est  un  fait  de  décombinaison  :  1"*  soit  d'une  substance 
organique  non  cristallisable  qui  \)erA  un  des  composés  cris- 
tallisables  qui  concouraient  a  la  former,  pendant  que,  d'autre 


278    DES  MlMtPli  limâDUTS  KN  G*MiEAI.|  CH.  I,  ART.  III. 

part,  elle  se  combine  i  quelque  autre  ;  3°  ou  bien  qui,  se  di« 
visant  en  deux  ou  plusieurs  composés  plus  simples,  disparaît 
en  totalité  au  point  de  vue  élémentaire,  pendant  qu'une  sem- 
blable substance ,  encore  intacte  et  nouveUeiqent  formée , 
la  remplace  intégralement» 

262.  -—  Ce  qui  prouve  Texistence  du  mouvement  de  d^ 
composition  des  principes  immédiats ,  c'est  d'abord  la  possir 
Ulité  d'enlever  par  divers  dissolvants  des  principes  immédiats 
calcaires  ou  graisseux  combinés  avec  d'autres  principes,  in- 
solubles dans  les  réactifs  ci-Kiessus,  lesquels  principes  restent 
sous  forme  d'une  trame  légère  formée  de  principes  astotés» 
L'inverse  peut  se  faire,  par  exemple ,  pour  les  incrustalions 
^caires  ou  les  os,  dont  on  enlève  par  les  alcalis  les  principes 
immédiats  azotés,  en  laissant  au  contraire  les  sels  de  chaux. 

263.  —  Celte  décomposition  intime  et  continue  des  prin* 
cipes  immédiats  présente  bien  aussi ,  coomie  Tacte  de  com^ 
position,  quelque  chose  de  spécial  que  ne  présentent  pas  les 
phénomènes  chimiques  étudiés  dans  le  vide  et  les  milieux  ; 
mais  de  ces  actions  chimiques  décomposantes  toutes  spé- 
ciales ,  on  s'en  rend  compte  tout  aussi  iHen  et  même  mieux 
que  du  mouvement  de  composition»  Les  conditions  de  mé- 
lange et  de  dissolution  dans  lesquelles  il  se  passe  sont ,  en 
effet,  bien  différentes  de  celles  qu*on  obsene  hors  des  êtres 
vivants» 

L'acte  décomposant  a,  en  effet,  pour  résultat  la  production 
de  composés ,  de  principes  beaucoup  plus  chimiques ,  beau* 
coup  plus  analogues  à  ceux  du  règne  minéral  que  Tautre. 
Celui  de  composition  donne  naissance,  en  effet,  à  des  com- 
posés bien  plus  organiques  ou  analomiques ,  Uen  plus  éloi- 
gnés de  ceux  que  nous  pouvons  Csùre  artificiellement.  C'est 
lui  qui  a  pour  résultat  la  production  de  la  fibrine,  albumine, 
muscuUne,  etc.  ;  c'est  celui  de  décomposition,  au  contraire, 
qui  donne  lieu  à  la  formation  de  la  créatine,  cholestérine, 
urée,  des  acides  hippurique,  lactique,  urique  et  autres  corps 
^  nous  pouvons  fabriquer  nousHuémcs  artifidellemenL 

8fi|. -^  RifQ  é^  inow  iQuîs  à  une  prévîsi^ 


LBUR  ROf^G  PVKAMIQUB  D1M8  L*0I|G41IIWB.  870 

que  ce  moi^vaincnl  de  décomposition,  de  dédoublement  et 
4'espulsÎQA  4^3  principes  immédiaU,  nuisibles  ou  utiles.  Au 
ooqtniire,  ceu:i  qui,  introduits  aocidentellement,  nuisent  auic 
fonçons  an  ^tér^nt  les  éléments,  étant  ceux  dont  les  comr 
binaisons  préseatent  la  plus  grande  fixité,  de  tous  sont  ceux 
qui  se  décomposent  avec  leplus  de  difficulté  et  sont  le  plus  diifi- 
cileiQept  raiiiplacés  par  d*aatres.  QuMt  aux  principes  nort- 
floiMiXt  on  pourrait  croire  que  lorsqu'on  cesse  tout  exerdee 
qui  demande  une  grande  dépense  de  force,  leur  mouvemant 
de  décomposition  cessera  aussi,  ou  du  moins  se  ralentira  au 
point  de  permettre  la  cessation  absolue  ou  presque  absolue 
4'aliments.  Hais  il  n'en  estriep.L*exhalation  de  l'acide  oarbo- 
nique,  le  dédoublement  des  substances  organiques  en  urée, 
tuÀàid  uriquû,  créatine,  etc.,  n'en  continuent  pas  moins,  et 
le  déprpiss^fnent  d^  volume  du  corps  piarche  d'une  manière 
rapide, 

A)!  pcmtrnire  du  mQuvement  de  décomposition ,  celui  d9 
composition,  donnant  lieu  à  la  formation  de  substances  plus 
coipplexes,  demande  pour  s'efifectuer  des  conditions  plus  com- 
pliquées et  par  suite  plus  dîificiles  à  reippUr  ;  aussi  c'est  le 
preipier  qui  s'altère  ou  cesse.  Rien  de  prévu  pour  le  cas  où 
quelque  cf^use  intérieure  viendra  faire  cesser  la  préhension  da3 
jiliinents,  ou  changer  ces  conditions  du  mouvement  de  coq^ 
position  des  principes  immédiate,  si  difficiles  à  maintenir 
d'^rd  d'une  manière  absolue,  puis  si  difficiles  à  maintenir 
4ai)s  un  miftine  rapport  pour  tous  les  tissus.  Dans  tous  ces  c«s- 
la,  le  mouvement  de  décomposition  n'en  continue  ordinairer 
ment  ni  plus  ni  moins  que  si  tout  le  reste  était  normal,  ou, 
4u  mçins,  à  peu  de  chose  près.  Les  corps  gras,  dira-t-on,sont 
des  principes  immédiats  alimentaires  en  réserve  pour  suppléer 
aux  substances  alibiles  introduites  du  dehors  brsque  celles-ci 
viennent  i  manquer.  Mais  la  raison  est  mauvaise,  car  il  est 
bien  vrai  que  ces  principes  disparaissent  par  un  lent  mouve- 
ment de  décomposition  ;  mais  pour  cela  les  principes  qui 
constituent  lies  éléments  anatomiques  des  autres  tissus  n^tn 
djyafwfysept  |^  moins»  On  ne  voit  pas  que  les  ppenkfs 


280    DES  PKUCdPSS  IMMÉDIATS  EN   GÉNÉRAL»  GU.  1,  ART.  111. 

remplacent  les  seconds  et  que  les  tissus  formés  par  ceux-ci 
soient  conservés.  Les  uns  et  les  autres  disparaissent,  les  uns 
plus,  les  autres  moins  vite,  mais  tout  n*en  disparaît  pas  moins, 
n  y  a  Inen  quelque  chose  de  moins  brutal  dans  le  mouvement 
de  décomposition,  comparé  à  l'énergie  et  à  la  rapidité  avec 
lesquelles  un  principe  étranger  à  ceux  des  corps  organisés  se 
combine  aux  leurs  ;  mais  aussi  rien  de  plus  fatalement  néces- 
saire et  continu  que  la  décomposition  de  ces  principes  nor- 
maux. 

266.  —  Il  ne  se  passe  pas  de  putréfaction  ni  de  fermenta- 
tion dans  l'économie,  comme  phénomène  normal,  pendant  la 
vie.  Cependant  chez  les  enfants  et  les  adultes,  dans  les  cas  de 
muguet,  ainsi  que  dans  quelques  autres  circonstances  mor- 
ïÂdes ,  il  se  développe  une  putréfaction  à  la  surface  de  la 
langue,  aux  dépens  du  mucus  et  des  épithéliums  qu'il  tient 
en  suspension.  Il  s'en  développe  dans  les  interstices  des  dents, 
aux  dépens  des  détritus  alimentaires,  du  mucus  et  des  glo- 
bules de  pus  qui  s'y  trouvent  mélangés.  Chez  les  malades,  la 
putréfaction  des  épithéliums  desquames  a  lieu  quelquefois  à 
la  surface  de  la  peau ,  parce  que  les  conditions  d'humidité 
parla  sueur  et  de  température  s'y  rencontrent.  Enfin,  la  fer- 
mentation ammoniacale  se  développe  dans  la  vessie  toutes 
les  fois  que  l'urine  purulerite  vient  à  séjourner  plus  de  vingt- 
quatre  heures  sans  être  expulsée. 

n  se  manifeste  plus  ou  moins  rapidement  de  véritables 
putréfactions  dans  les  matières  fécales  retenues  dans  le  tube 
digestif  par  une  cause  morbide  quelconque.  0  en  est  de 
même  pour  le  pus  et  plusieurs  autres  liquides  morbides  qui 
sont  placés  près  d'un  organe  pouvant  laisser  passer  Tair  par 
endosmose  :  telles  sont  les  collections  de  pus  des  parois  bue- 
cales,  celles  du  périnée,  etc. 

266.  —  Nous  avons  vu  que  dès  qu'un  fragment  de  tissu, 
un  élément  anatomique  ou  une  portion  de  liquide,  se  trouvent 
détachés  des  autres  ;  que  dès  qu'ils  ont  cessé  d'être  soumis  au 
double  mouvement  continu  de  composition,  qui  est  le  fait 
caractéristique  de  la  vie^ils^fasoriient  del'oxfi^bie,  rqellent 


L£I}R  ROLE  DYNAMIQIK  DAKS  L*0RGAKI8I1E.  281 

de  l'acide  carbonique.  Dès  lors,  ils  ont  subi  une  altération, 
ou,  si  l'on  veut,  une  modification,  et  ils  ont  acquis  la  propriété 
de  déterminer  des  catalyses  ou  des  fermentations. 

Ces  conditions  se  rencontrent  fréquemment  sur  le  corps 
d'un  animal,  et  si  en  même  temps  il  se  trouve  un  corps  fer- 
mentescibie  ou  catalysable,  il  ne  faut  pas  croire  que  la  fer- 
mentation n'aura  pas  lieu.  Les  conditions  de  température 
et  d'humidité  sont,  du  reste,  aussi  favorables  que  possible. 
Des  putréfactions  se  développent  conséquemment  assez 
vite,  lorsqu'on  a  ouvert  de  vastes  foyers  purulents  :  dans 
les  suppurations  étendues,  consécutives  aux  fractures  comr 
minatives  avec  plaies,  ou  au  broiement  des  membres;  dans 
la  cavité  utérine,  lorsque  des  débris  de  placenta  ou  des  cail- 
lots restent  attachés  à  sa  face  interne  et  se  trouvent  soumis 
ao  contact  de  l'air,  par  suite  du  temps  prolongé  que  met  quel- 
quefois l'utérus  pour  revenir  sur  lui-même.  Or,  toutes  les  fois 
qu'un  liquide,  quelle  que  soit  sa  nature,  se  trouve  directement 
au  contact  des  parties  vasculaires,  ce  liquide  ne  peut  pas  ne 
pas  être  absorbé;  il  est  impossible  qu'il  n'en  pénètre  pas 
dans  le  courant  circulatoire.  C'est  ce  qui  a  lieu  ;  et  de  l'ab- 
sorption de  ces  liquides  putréfiés  résultent  les  symptômes  et 
les  désordres  si  graves  de  Téconomie,  distingués  sous  le  nom 
à*infeeiion  putride.  Ces  liquides  sont  des  corps  catalytiques 
et  des  ferments;  ils  se  trouvent  au  contact  de  corps  cataly- 
sables  et  fermentescibles  ;  aussi  plusieurs  des  altérations  que 
l'on  rencontre  dans  ces  affections  nous  montrent  qu'il  y  a  eu 
un  commencement  de  décomposition,  déjà  durant  la  vie.  De 
plus,  les  expériences  de  M.  Cl.  Bernard  ont  montré  qu'en  in- 
jectant de  la  levure  dans  le  sang  des  chiens,  on  détermine  des 
accidents  et  des  lésions  analogues  à  celles  qu'on  trouve  après 
la  mort  par  infection  putride. 

267.  —  Notions  sur  Vensemhle  des  phénomènes  précé- 
dents j  servant  de  transition  immédiate  à  Vétude  directe  des 
phénomènes  de  la  vie. 

La  décoloration  du  bleu  de  Prusse  sous  l'influence  de  la 

lumière,  et  sa  recoloration  dans  l'ombre  sous  l'influmoe  de 


fiSS  DES  NinicmBi  iixébut*  a  criwii,  «a.  k  urr.  ni. 

roxrgmeil^,soDl  d«  pUnooiêiic»  très  fm«M»  a.  ââe  âtmîr 
dâîranent  cû«BMQi  Véimdt  if  fnfwitÊiB  fk^m^Êm^  dm 
miquts  et  orfwiafipfif m»  i'mm  primâfi 
PàMim  h  us  ÉfftB  OAGAXisÉ,  feui  rmiw€ 
mituê  f «e  Im  mUtihmÊ  à  wie /brer  pûtob,  ^lirapc'Mi 
lu  prophètes  de  ce  primdpe  tt  mm  iwiêêemi  imu  Im  mrniiiwê^ 
mé§4  dêê  pkêmêmimei.  Tels  sont  \m  fkàmmima  it  ■aaff» 
dpiuiiûn  de  œrtaios  sds,  qui ,  bots  dt  FcnaiflÉft  Ah»  les 
dîtfolv«BU  ordiaair»,  présenlenieat  àts  lêiêà  et  éÊmkie  dé- 
fiOHipûsilioQ ,  el  dûoi  b  sUbiUlé,  qaamà  i»  ifiM  diBS  nos 
huraeims,  esl  aiâsez  géoéraleaeiit  fT|A|afr  pm  tm  frétmàat 
ioADenoa  d'une  force  vitale,  pane  «pi'on  î|9Hii«  Teâêeme  at 
loft  propriétés  des  principes  qoî  Ici  aeeoaipngncal. 

n  fierait  imposâiUe,  dit  M.  ChcrraiU  dt  ne  pas  mppfpcher 
Jas  phénonkéneift  cbiniîaiieft  de  déDûloralîûtt  etde  f€U^^ 
bleu  de  Prufife  dan&  Tair  lumiftem  et  Taîr  ciocnr,  de  eau  4e 
COOHMwiûoD  et  de  drrfjipfia  '  H>n  nne  présentent  Ica  principe 
ÎBunédîaté  dans  les  corps  oraanifièa*  D  est  nnpûsaîhta  de  ae 
pas  rappfocber  ces  deux  phrnoménpf  de  rem  ya  wianifrrtspt 
Itt  éties  orgaoiics  vifants,  Ictf-i^^ils  CThalwH  iine  portiop 
de  leur  pn^pre  nMtiéra  dans  na  leaups,  et  ahiflrhfiit  d^  l'oif- 
fène  dans  le  lenips  sahant,  et  «nia  Icws^ue  a^râs  fina  ïïéfih 
tiûon  pins  oq  aMÛis  amllipliw  de  œs  actes,  il  arrive  iio  term 
M,  ne  pourant  plus  les  lausadar^  ils  eesseot  d'éM^  réputé 
corpicUmmiêi  et %fMil des  coqis or^ganisés  morts. 

«  £o  <At ,  suppùiiCtfis  une  etofie  de  coton  opu^oirte  d*ifp^ 
yantile  de  Uou  de  Prusse  UiUe  que  dans  k  temps  où  e)b 
recevra,  le  soleil  d  une  journée  de  la  zane  torrîda ,  U  coiAwr 
Ueue  passe  au  Uanc  :  il  est  dair  qu'il  y  aqra  ^Kfaelation  ^ 
crancigèoe,  c'est-à-dire  d'une  portion  de  la  matÂère  du  Mw 
de  Prussf ,  taodis  que  daih^  la  nuit  qui  suivra  c^Ule  jouraée, 
rétoffe  reprendra  sa  couleur  parée  qu'il  y  aiuna  une  f^MO^ 
iioD  d'oxj'gêne  atmosphérique  ;  cet  osy^^ène ,  eo  rêagisswM 
sur  le  protoryaTJure  de  fer.  se  convertira  en  pepcKiydc ft 
eu  Uau  de  Prusse.  Supposons  matntenant  tpm  TéUA  Wf^ 


KÈMVUt  tUm  LBLR  ROLB  DniAIIIQUB.  S8t 

krée,  exposée  pendant  une  seconde  journée  au  soleil,  se 
décolore  et  qu'elle  reprenne  sa  couleur  dans  une  seconde 
nuit,  et  ainsi  de  suite,  jusqu'à  ce  qu'il  ne  reste  plus  que  du 
peroxyde  de  fer  sur  le  coton ,  il  est  évident  que  le  terme  o& 
cessera  ce  phénomène  d'exhalation  du  cyanogène  et  d'ab* 
sorption  d'oxygène  de  l'air  semble  correspondre  à  la  mort 
de  l'être  vivant,  i 

Parmi  les  phénoqrièoes  que  l'on  peut  rapprocher  de  ceux 
que  présentent  les  étoffes  teintes  en  bleu  de  Prusse,  on  peut 
fiiter  les  phénomènes  de  respiration  des  plantes. 

«  La  proposition  suivante,  dit  M.  Chevreul,  fera  compren- 
dre toute  ma  pensée.  Admettons  qu'un  être  organisé  contienne 
du  bleu  de  Prusse  dans  un  liquide  faisant  fonction  de  sève 
ou  de  sang,  et  que  ce  liquide  pénètre  dans  un  organe  rece- 
vant de  la  lumière,  une  action  capable  de  réduire  le  principe 
colorant  en  cyanogène  et  en  protocyanure.  Supposons  qu'il 
y  ait  exhalation  du  cyanogène,  puis  absorption  d'oxygène,  et 
que  cet  oxygène  étant  entraîné  avec  le  protocyanure  dans  les 
organes  soustraits  À  l'influence  de  la  lumière,  il  y  ait  formation 
de  bleu  de  Prusse  et  de  peroxyde  de  fer,  l'exhalation  du  cya- 
nogène et  la  décoloration  du  liquide  contenant  le  bleu  de 
Prusse ,  puis  la  reeoloration  de  ce  liquide  par  suite  de  l'ab- 
forption  de  l'oxygène,  seraient  des  phénomènes  ineompré- 
bensibles  pour  celui  qui  ignorerait  la  propriété  signalée  plus 
haut  dans  le  bleu  de  Prusse  ;  il  ne  manquerait  pas  de  les  rap- 
porter à  une  force  vitale,  tandis  que  la  cause  en  serait  toute 
simple  pour  le  chimiste  initié  aux  secrets  de  ces  réactions 
diimiques  (1).  » 

Séfomé  fur  le  rôla  d jiuuni<|ue  que  joa«ol  lec  prinoipei  immédîaU 

daat  rorganiime. 

268.  —  Jusqu'au  dernier  moment,  nous  avions  cru  devoir 
ne  pas  placer  ici  le  contenu  de  cet  article  qui  est  extrait 
du  manuscrit  d'un  autre  ouvrage  ;  cela  nous  a  entraîné 
à  introduire  dans  l'article  précédent  des  questions  dyna* 

(1)  COEVUSUL,  loc,  cU.f  1837. 


2Sà     DEb   FKI^UPfift  IMMÉDIATS   M   GÊ5éftAL,  CM.  1,  ART.  III. 

mîques  qui  ne  s*y  rapportent  pas  et  qui  doireol  être  clas< 
sées  dans   celui-ci ,   dans  les  endroits  où   nous  Tindiqne- 
rons  par  des  renvois.  En  effet,  les   principes  immédiats 
aussitôt   formés^  quelque  petite  que   soit  leur    quantité, 
ont    immédiatement  et  conservent    leurs  caractères  spé- 
cifiques, jusqu'à  ce  qu'ils  soient  décomposés  en  plusieurs  au- 
tres espèces ,  ou  en  une  seule  s*il  y  a  un  simple  changement 
isomérique ,  c'est-a-dire,  un  simple  changement  de  composi- 
tion immédiate.  Ils  ne  présentent  donc  pas  conune  les  indi- 
vidus organisés  «  comme  les  individus  éléments  anatomique$^ 
par  exemple,  etc.,  une  série  d'états  successifs  appelés  dfei, 
dans  lesqueb ,  ces  individus,  â  partir  de  leur  naissance,  sans 
perdre  leurs  caractères  spécifiques,  offrent  pourtant  à  étudier 
quelques  modifications  secondaires  de  ces  caractères  analo- 
miques,  et  en  physiologie  des  modifications  correspondantes 
des  actes  qu  ils  accomplissent.  En  un  mot,  les  principes  im- 
médiats sont  les  seules  parties  constituantes  de  Vorganùm 
qui  ne  partagent  pas  avec  lui  la  propriété  de  présenter  des 
changements  secondaires  dans  leurs  caractères  depuis  le  mo- 
ment de  la  naissance  de  Tètre  jusqu'à  un  certain  moment 
appelé  dg€  adulte,  ou  mieux  jusqu'à  celui  de  sa  fin,  mort  ou 
terminaison.  Ce  sont,  en  efiet.  les  seules  parties  de  l'organisme 
qui  elles-mtaies  ne  soient  pas  orjaniȎt$ ,  car  ce  sont  elles 
qui,  par  leur  réunion,  forment  la  substance  de  celles  des  par- 
ties de  l'organisme  qui  sont  organisées. 

Par  conséquent,  dans  l'article  II.  divbion  2*,  nous  n'avons 
pas  en  à  constater  sur  les  principes  inmiédiats  des  modifi- 
cations analogues  à  celles  que  présentent  les  caractères 
des  autres  ordres  de  parties ,  parallèlement  aux  change- 
ments successifs  Je  rorzanisme  au  fiir  et  à  mesure  des  pro- 
grès deVà;ze.  >'ous  n  a\i'>ns  pas.  comme  dans  l'étude  des  élé- 
ments anatomiques.  à  étudier  les  caractères  qu'ils  offrent  au 
moment  de  leur  naissance .  puis  à  chaque  phase  de  leur  dé- 
vetoppement  et  Je  leurs  métamorphoses  pour  ceux  qui  en 
«ent .  parallèlement  aux  modifications  des  caractères  que 
Ile  à  ciia«]ue  pMijde  de  son  évolution  l'organisme  qu'ib 


ftÉSCMÉ  8im  LEUR  ROLE  DYNAMIQCB.  SSS 

constituent.  Au  lieu  de  cela,  nous  avions  seulement  à  voir 
quelles  sont  les  conditions  de  formation  et  de  fin  ou  d'issue 
que  présente,  aux  principes  immédiats,  Torganisme  &  dater 
de  sa  naissance  dans  un  autre  organisme  jusqu'à  sa  mort.  Ce 
problème  général  s'est  subdivisé,  comme  nous  avons  vu,  en 
trois  autres  secondaires  :  i^  condition  d'entrée  des  maté- 
riaux ;  2»  conditions  de  formation  des  principes  à  leur  aide  ; 
y  conditions  d'issue  des  principes.  Nous  avons  en  même 
tanps  indiqué  et  même  développé  la  nature  des  actes  qui  se  * 
passent  alors  ;  c'est  là  un  manque  de  méthode  dont  nous 
avons  indiqué  les  motifs.  Quoique  peu  considérable,  nous 
avons  dû  le  signaler  pour  ne  pas  encourir  de  reproche  à  cet 
égard.  Nous  avons  dû  le  signaler,  en  outre,  pour  mettre  plus 
de  netteté  dans  la  distinction  des  diverses  questions  statiques 
et  dynamiques  que  nous  venons  de  rappeler.  Cette  distinction 
est  importante,  et  de  plus  elle  est  difficile  à  saisir,  quoique 
très  réelle.  Elle  est  difficile  à  saisir,  parce  que  c'est  pour  la 
première  fois  qu'elle  est  établie  dans  les  phénomènes  de  cet 
ordre,  dans  les  actes  les  plus  élémentaires  qui  se  passent  dans 
l'économie.  Elle  est  difficile,  enfin,  parce  que  toutes  les  fois 
qu'il  s'agit  d'actes  moléculaires,  lesquels  s'effectuent  instanta- 
nément au  fur  et  à  mesure  que  se  rencontrent  les  conditions 
de  leur  accomplissement,  il  arrive  presque  toujours  qu'on  ne 
tient  pas  compte  de  la  différence  qui  existe  entre  les  deux 
choses,  quoiqu'il  soit  tout  aussi  important  de  le  faire  à  propos 
de  ce  genre  de  phénomènes  que  de  tout  autre. 

L'étude  dynamique  des  principes  immédiats  (article  III), 
comprend  : 

1<»  L'examen  des  phénomènes  qu'ils  présentent,  pris  tous 
ensemble  lors  de  leur  entrée ,  de  leur  séjour  et  de  leur 
issue.  C'est  ce  que  nous  avons  fait  page  266,  §  260.  Nous 
avons  commencé  par  observer  ces  phénomènes  sous  ce  point 
de  vue,  parce  que  toutes  les  fois  qu'il  s'agit  des  corps  orga- 
nisés, il  faut  procéder  du  composé  au  simple,  du  connu  à 
l'inconnu ,  des  phénomènes  les  plus  manifestes  qui  sont  les 
plus  complexes,  aux  plus  simples  qui  ne  peuvent  être  oonstatés 


SM   DBS  PRlNQiraB  milÉDlAT»  BM  OÉMtEUii  QB«  1,  ART.  III. 

que  par  la  subdivision  analytique  des  précédents  (1).  Nous 
avons  vu  alors  que  les  phénomènes  d'entrée,  de  séjour  ou 
mieux  de  passage  et  ceux  de  sortie  «  sont  les  uns  de  nature 
physique,  les  autres  de  nature  chimique  ou  moléculaire. 

260i  -—  Nul  principe  immédiat  pris  isolément  dans  l'orga- 
nisme n'est  quelque  chose  par  lui-mètnè  ;  aucun  des  trois 
groupes  dont  noUs  avons  parlé  non  plus^i  Mail  tous  les  trois 
réunis  forment  une  Substance  nouvelle,  qui  se  nourrit, 
qui  se  développoi  qui  se  reproduit ,  qui  chez  les  animaux 
est  contractile  et  sensible.  C'est  en  étudiant  celle  substance 
sous  ses  diffiirentes  formes,  que  noUs  aurons  A  étudier  ces 
actes,  ees  propriétés  nouvelles,  sans  analogues  dans  le 
règne  minéral  î  mais  ici  ce  sont  les  principes  imtnédiatS 
considérés  isolément  que  nous  prenons^  Or,  comtne  ce  sont 
eux  qui  constituent  la  matière  qui  se  nourrit ,  qui  se  dévâ« 
loppe ,  se  reproduit,  etc.,  ils  sont  nécessairement  en  jeu,  sur* 
tout  dans  le  premier  de  ces  actes. 

Ce  jeu  des  principes  ne  cotnprend  pas  un  seul  ordre  d'actes« 
Nous  avons  vu  qu'il  y  en  a  trois  :  actes  d'entrée;  actes  do  sOr« 
tie  ;  et  actes  durant  le  séjour  intermédiaire  à  l'entrée  et  a  lA 
sortie»  séjour  dont  la  durée  varie  suivant  chaque  espèce. 

Il  n'y  a  pas  non  plus  un  seul  ordre  de  principes  immédiats; 
il  y  en  a  trois ,  et  naturellement  les  phénomènes  qu'ils  oF^ 
frent  pendant  leur  entrée,  sortie  et  séjour,  présentent  pouf 
chacun  d'eux  quelques  différences  qui  sOnt  en  rapport  avec 
leur  nature. 

1«  Pour  les  principes  d'origine  minérale  i  en  général ,  les 
actes  exécutés  sont ,  les  uns  physiques  :  ce  sont  des  phéno- 
mènes d'endosmose  et  d'exosmose  des  gas  et  des  principes 
liquides  soit  directement,  sOit  par  dissolution  »  qui  ont  lieu  i 
l'entrée  et  à  la  sortie  des  principes.  D'autres  actes  sont  chi- 
miques, et  ce  sont  des  actes  chimiques  directs,  ce  qui  est  en 
rapport  avec  la  nature  peu  complexe  de  œs  corps  •  Tels  sont 
les  phénomènes  de  dissolution  qu'ils  présentent,  soit  au  mch 

(I)  v«f«i  PM^mhm^  Pi  Sf)  I  so,      ; 


KÈÊnmÈ  8im  Leur  rolb  ^TMAMiguE*  2S7 

DMDt  de  leur  entrée,  lorsqu'ils  Irouvcnt  alôrë  seulement  lei 
conditions  nécessaires  à  cette  dissolution^  soit  lorsque,  ayont 
été  fixés  aux  substances  organiques,  ils  les  abandonnent  pour 
sortir.  Tels  sont  ehcore  les  actes  qui  ont  lieu  Ionique  des  sels 
neutres  se  trouvant  en  présence  d*un  acide,  même  faible,  ils 
perdent  peu  &  peu  une  partie  de  leur  base;  ou  lorsque  les 
carbonates  eii  présence  de  Tacide  carbonique  passent  à  Tétat 
de  bicarbonates  :  tels  sont  enfin  les  phénomènes  d*union  deé 
phosphates,  etc.,  aux  substances  organiques  des  élémentSi 

2»  Pour  les  principes  d'origine  organique  cristallisttbles , 
ceux  des  principes  cristallisables  qui ,  ainsi  que  nous  l'avons 
vu,  ne  trouvent  eh  général  que  dans  l'économie  les  conditions 
de  leur  formation,  les  phénomènes  de  cette  formation  même 
sont  des  actes  chimiques  indirects  ;  ceux  qui  sont  acides  en 
présentent  de  directs  quand  ils  enlèvent  a  quelques  uns  dei 
précédents  un  peu  de  leur  base.  Enfin  les  phénomènes  de 
leur  issue  sont  des  actes  physiques  d'elosmose. 

8»  Chez  les  animaux,  lès  principes  d'origine  organique  nort 
cristallisables  accomplissent  aussi  des  actes  physiques  et  chi* 
miques.  Chez  les  animaux,  lors  de  leur  entrée,  de  celle  de 
leurs  matériaux  du  moins ,  ils  manifestent  des  actes  physi» 
ques  d'endosmose;  leur  sortie ^  qui  est  généralement  mor^» 
bide,  est  un  phénomène  d'exosmose.  Chez  les  végétaux,  les 
phénomènes  de  leur  formation  sont  des  actes  chimiques  in* 
directs,  de  catalyses  combinantes;  chez  les  animaux^  ce  sont 
seulement  des  catalyses  isomériques ,  et  les  phénomènes  do 
leur  fin,  comme  espèce,  qui  a  lieu  dans  l'économie^  sont  des 
catalyses  avec  dédoublement. 

Comme  nombre  d'actes  physiques  et  chimiques ,  eeux-K^i, 
•eux  de  combinaison,  c'est-à-dire  de  formation  dos  principes 
suKout,  ont  pour  résultat  la  production  de  chaleur  et  d'élec^ 
tricité.  Ces  résultats  sont  inappréciables  par  les  moyens  que 
nous  possédons  quand  on  prend  isolément ,  comme  nous  le 
fiiisotis  «  les  difTérents  groupes  des  principes  immédiats  oii 
chacune  des  bctiohS  qu'ils  manifestent  ;  mais  plus  tâtxli  il'autre 
extrémité  de  la  physiologie,  nous  retrouverons  coauneré- 


288    DES  PRIMClPBg  11IMÉDIAT8  EN  GÉNÉRAL,  CH.  I,  ART.  III. 

sultat  général  de  la  simultanéité  de  tous  ces  actes  physiques 
et  chimiques,  la  production  de  chaleur  et  d'électricité. 

270.  —  Si  maintenant  nous  résumons  les  actes  que  nous 
offrent  à  étudier  les  principes  dans  l'économie,  en  prenant  ces 
actes  eux-mêmes  pour  base  de  division,  nous  trouvons  : 

1<>  Des  actes  physiques.  Ils  ont  été  étudiés  dans  cet  article 
(I,  p.  271);  déjà  nous  les  avions  signalés  en  parlant  des  con- 
ditions d'entrée  et  de  sortie  des  principes  immédiats  (  §§  229 
et  2SS). 

2»  Enfin  l'étude  dynamique  des  principes  immédiats  com- 
prend l'examen  des  actes  chimiques  offerts  dans  l'organisme 
par  les  principes  immédiats.  Ce  sont  les  plus  nombreux  et 
les  plus  importants.  Comme  il  s'agit  là  de  phénomènes  que 
présentent  des  parties  constituantes  des  corps  vivants,  c'est 
dans  leur  étude  le  point  de  vue  organique,  le  point  de  vue 
subjectif  qui  doit  dominer  en  établissant  les  divisions  néces- 
saires à  leur  examen.  En  un  mot,  en  établissant  ces  divisions, 
il  faut  se  rappeler  que  c'est  l'acte  vital  de  nutrition  que  nous 
analysons,  que  nous  ramenons  à  ses  actes  élémentaires;  ce 
n'est  donc  pas  au  point  de  vue  chimique  ou  inorganique  que 
nous  devons  nous  placer  pour  faire  cette  étude  analytique  (1). 
En  effet,  en  étudiant  la  physiologie,  nous  sommes  censés  con- 
naître la  chimie  ;  par  conséquent,  ce  n'est  pas  en  tant  qu'actes 
chimiques  que  nous  étudions  les  actes  élémentaires  de  la  nu- 
trition, mais  au  contraire  c'est  en  les  examinant  dans  le  corps 
vivant  que  nous  les  reconnaissons  analogues  à  des  phéno- 
mènes chimiques  déjà  connus  et  étudiés  dans  la  science  cor- 
respondante. 

De  ces  actes  chimiques,  les  uns  sont  relatifs  : 

A.  —  Au  mouvement  de  composition  ou  assimilation 
(p.  218,  §  206,  et  plus  haut,  division  A  de  cet  article, 
p.  274). 

a.  Les  uns  sont  des  actes  chimiques  directs,  ou  sem- 
blables à  ceux  que  présentent  naturellement  les  corps  bruts 
(actes  de  dissolution ,  etc.).  (p.  2S0,  §  222).  Ils  ont  pour 

(i)  Voyex  Prol^omènei,  p.  39. 


RÉSai£  SUR  LEUR  ROLE  DYNAMIQUE.  289 

résultat  Tassimilation  des  principes  déjà  formés  dans  les  tis- 
sus et  les  humeurs. 

b.  Les  autres  appartiennent  à  un  ordre  d'actes  chimiques 
qui  ne  se  rencontre  naturellement  que  dans  les  corps  vivants, 
mais  que  dans  le  vide  et  les  milieux  extérieurs  on  peut  mo- 
difier artificiellement  de  mille  manières,  quant  au  résultat, 
quant  à  la  nature  des  produits,  et  aussi  multiplier,  en  se  ser- 
vant soit  des  composés  extraits  des  corps  organisés,  soit 
même  de  corps  d'origine  minérale  placés  dans  certaines  con- 
ditions de  température,  d'électricité,  etc.  Ce  sont  des  phéno- 
mènes chimiques  dits  de  contact  ou  indirects,  parce  qu'ils 
n'ont  lieu  qu'en  présence  d'un  corps,  de  quelque  corps  qui  ne 
cède  rien ,  n'emprunte  rien  à  ceux  qui  agissent,  et  semble 
ainsi  n'agir  que  par  sa  seule  présence.  Dans  ce  cas,  il  se  passe 
chez  ces  végétaux,  de  ceux  qui  sont  appelés  catalyses  com- 
binantes (§§  203  et  223);  et  chez  les  animaux,  de  ceux  ap- 
pelés catalyses  métamorphosantes  ou  isomériques  (§§  203 
et  206).  Ces  actes  ont  pour  résultat  la  formation,  l'appari- 
tion de  nouveaux  principes  immédiats  ,  de  principes  sem- 
blables à  ceux  déjà  existants  dans  l'être  formé,  le  constituant 
essentiellement,  et  différant  de  ceux  que  l'on  trouve  dans  le 
règne  minéral. 

De  ces  actes  chimiques,  les  autres  sont  relalifs  : 

B,  Au  mouvement  de  décomposition  ou  de  désassimilatton 
(§  210  et  division  B  de  cet  article,  page  277). 

a.  Les  uns  sont  des  actes  chimiques  directs,  soit  de 
dissolution  de  principes  fixés  depuis  plus  ou  moins  de 
temps ,  soit  même  de  combinaison  (  phosphate  de  magné- 
sie et  ammoniaque).  (Page  227,  §  212,  2o,  et  §§  222  et 
239.) 

h.  Les  autres  sont  aussi  des  phénomènes  chimiques  indi- 
rects ou  de  contact  ;  quelquefois  ce  sont  des  catalyses  méta- 
morphosantes ou  isomériques  (§§  213,  214  et  223);  mais 
plus  souvent  ce  sont  des  catalyses  dédoublantes  (§  212,  !•, 
et  §  222). 

Ces  actes  ont  aussi  pour  résultat  la  formation,  l'apparition 

I.  19 


290  DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL. 

« 

de  nouveaux  principes  immédiats,  semblables  à  des  principes 
déjà  existants,  mais  qui  ne  constituent  le  corps  qu'accessoire- 
ment, et  surtout  quoique  différant  de  ceux  qu'on  trouve  dans 
le  règne  minéral,  ils  leur  sont  analogues  par  la  propriété  de 
cristalliser. 

271.  —  Enfin,  après  la  mort,  Torganisme  ou  les  portions 
d'organisme  sont  encore  le  siège  d'actes  chimiques  qui  sont 
analogues  aux  précédents,  considérés  isolément  et  non  dans 
leur  accomplissement  simultané,  en  ce  que  ce  sont  des  actes 
chimiques  indirects  ou  de  contact;  mais  ils  en  diffèrent  par 
l'intensité  des  actes  et  la  fixité  des  produits  qui,  en  défini* 
tive,  se  trouvent  être  des  espèces  de  composés  semblables  à 
ceux  des  milieux  ambiants  :  ce  sont  les  actes  chimiques  indi- 
rects appelés  fermentations  ou  putréfactions. 

272.  —  Ainsi  donc,  nous  voyons  les  principes  immédiats 
ne  manifester  que  des  actes  physiques  et  chimiques;  mais  ils 
sont  pour  la  plupart  différents  de  ceux  connus  dans  les  scien- 
ces inorganiques,  de  ceux  étudiés  en  chimie,  car  ils  ont  lieu 
dans  des  conditions  infiniment  plus  complexes  que  ceux  que 
nous  produisons  artificiellement  dans  les  milieux  cosmolo- 
giques. C'est  ainsi  que  nous  voyons  les  phénomènes  de  con- 
tact ou  indirects  être  des  phénomènes  chimiques  ou  molécu- 
laires ,  naturels ,  constants ,  chez  les  êtres  organisés  où  ils 
acquièrent  même  leur  plein  développement  ;  et  c'est  là  que 
la  chimie  est  venue  puiser  spontanément,  sans  assez  le  pren- 
dre en  Considération  malheureusement,  les  germes  de  cet 
ordre  de  phénomènes  chimiques  dont  elle  a  développé  cha- 
cun isolément,  de  la  manière  la  plus  caractéristique,  en  les 
faisant  s'accomplir  dans  des  conditions  plus  simples ,  plus 
dégagées  des  phénomènes  accessoires,  soit  chimiques  directs, 
soit  physiques.  Mais  elle  l'a  fait  confusément,  sans  ordre, 
faute  d'une  doctrine  qui  ait  permis  aux  chimistes  d'embras- 
ser l'ensemble  des  sciences ,  et  bien  plus ,  l'ensemble  même 
de  celle  dont  ils  font  leur  spécialité.  Ils  n'ont  pu  envisager 
cet  ordre  d'actes  chimiques  sous  son  véritable  point  do  vue; 
de  là  cette  confusion  qui  y  règne  encore  et  en  fait  sembler 


CLASSIFICATION  DES  PRINCIPES  IMIIÉIUATS.  SM 

la  cûnnaissance  beaucoup  moins  avancée  qu'elle  ne  Test  réel* 
lement* 

Ainsi,  les  actes  dont  les  principes  immédiats  sont  les 
agents  essentiels;  l'organisme,  qu'en  définitive  ils  eoiw 
stiUient,  ont  constitué  ou  vont  constituer ,  représente  W 
lieu  et  les  conditions  d'activité;  ces  actes,  quoique  phy^ 
siques  et  chimiques,  doivent  être  étudiés,  chacun  à  son  tour, 
dans  le  lieu  où  ils  se  passent,  à  l'aide  des  connaissances  phy- 
siques et  chimiques,  mais  sans  pouvoir  être  déduits  de  cellea-i 
ci.  Il  faut  donc  connaître  l'organisme  où  ils  ont  lieu ,  con« 
naitre  l'anatomie  pour  les  étudier,  El  il  faut  les  étudier 
avant  d'aborder  l'élude  de  la  vie ,  afin  de  la  connaître  pro- 
fondément. Cette  étude  est ,  comme  nous  l'avons  dit ,  uq 
préliminaire,  si  l'on  veut;  mais  il  est  indispensable  de  le 
connaître  avant  de  pénétrer  dans  le  cœur  de  la  question. 


CHAPITRE  IL 

CI^ASSIFIUTION  DBS  PaiNGIPES  IMUÉDUTS. 

278. — Le  chimiste  distingue  les  corps  en  espèces,  et  parce 
que  les  espèces  sont  nombreuses,  il  est  forcé  d'établir  des  genres 
et  môme  des  ordres  ;  il  est  ainsi  conduit  à  une  méthode  de 
classification  qui  est  tout  à  fait  étrangère  à  l'étude  du  physi- 
cien :  celui-ci  s'occupe  bien  des  propriétés  des  corps ,  mais 
il  n'en  considère  que  les  plus  générales,  et,  s'il  lui  arrive  d'é- 
tudier une  série  de  corps,  c'est  seulement  relativement  à  une 
même  propriété  que  ces  corps  présentent  à  des  degrés  diffé* 
rents  d'intensité  (1). 

Si  déjà  le  chimiste  est  obligé  de  distinguer  les  corps  qu'il 
étudie  en  espèces  qu'il  faut  ensuite  classer,  à  plus  forte  raison 
on  est-il  ainsi  de  l'anatomiste ,  comme  on  va  le  voir.  Mais 
lors  même  qu'il  s'agit  de  part  et  d'autre  de  classer  des  coq)S 
d'une  composition  élémentaire  identique,  la  classification  dci 

(I)  GOBVREOL,  loc.  çU.9  1S24,  p.  12. 


302  DES  PRINGinSS  milÉDlATS  ES  GÉNÉRAL,  CH.  II. 

l'anatomiste  ne  ressemble  en  rien  à  celle  du  chimiste,  parce 
que  chacun  d'eux  se  place  à  un  point  de  vue  différent.  L*an 
se  place  au  point  de  vue  anatomique,  au  point  de  vue  de  la 
constitution  de  l'organisme,  l'autre  ne  tient  compte  que  du 
degré  de  complication  croissante  des  corps  qu'il  classe,  ainsi 
que  de  quelques  uns  de  leurs  caractères  principaux  de 
forme,  coloration,  réfraction,  etc. 

27&.— La  classification  des  principes  immédiats  est  cette 
partie  de  leur  histoire  qui  a  pour  objet  ou  pour  but  leur  réu-^ 
nion  en  groupes  naturels^  et  la  coordination  de  ceux-ci  en  une 
seule  série  y  destinée  à  servir  ensuite  de  hase  indispensable  à 
Vensemble  des  considérations  statiques  et  dynamiques  aux-- 
pselles  chacun  d'eux^  pris  à  part,  peut  donner  lieu. 

Il  y  a  donc  deux  opérations  a  faire  pour  arriver  à  ce  but  : 
dans  la  première,  on  forme  d'abord  les  groupes  naturels  par 
comparaison^  d'où  généralisation;  dans  la  deuxième,  on 
coordonne  ces  groupes  eux-mêmes,  d'où  systématisation. 

Ces  deux  opérations  reposent  sur  la  comparaison  des  ca- 
ractères étudiés  dans  les  corps  qu'il  s'agit  de  classer. 

La  formation  des  groupes  consiste  à  saisir  entre  les  espèces 
plus  ou  moins  nombreuses  de  principes  un  tel  ensemble  de 
caractères  essentiels  analogues  que,  malgré  leurs  différences 
caractéristiques ,  les  espèces  appartenant  à  une  même  caté- 
gorie quelconque  soient  toujours  en  réalité  plus  semblables 
entre  elles  qu'à  aucune  des  espèces  d'un  autre  groupe.  Il  en 
résulte  que  la  connaissance  des  caractères  de  chaque  catégo- 
rie coordonne  et  résume  de  la  manière  à  la  fois  la  plus  natu- 
relle et  la  plus  synthétique  que  l'on  puisse  concevoir  l'ensem- 
ble des  notions  relatives  à  chacune  des  espèces  de  principes  ; 
cette  connaissance  en  facilite  l'étude  particulière ,  et  réduit 
celle  de  leurs  caractères  spéciaux  à  l'examen  approfondi  de 
ceux  d'entre  eux  qui  servent  le  plus  à  faire  distinguer  les 
espèces  les  unes  des  autres. 

La  coordination  des  groupes  en  une  seule  série  consiste  à 
les  disposer  à  la  suite  les  uns  des  autres ,  de  telle  sorte  que 
le  premier  renferme  ceux  dont  les  caractères  sont  les  plus 


LEUR  DIVISION  EN  DEUX  GROUPES.  20t 

généraux»  les  plus  simples  et  les  plus  indépendants  par 
rapport  à  tous  ceux  qui  suivent  >  et  de  même  pour  le  se* 
condy  etc.;  ou,  réciproquement,  si  Ton  procède  en  sens  m« 
verse»  c'est-à-dire  du  subjectif  à  l'objectif,  du  composé  au 
simple.  Une  fois  connue  cette  coordination,  la  seule  position 
dans  tel  ou  tel  groupe,  assignée  à  chaque  principe  par  la 
classification  totale ,  tend  spontanément  a  faire  aussitôt  res- 
sortir l'ensemble  de  sa  vraie  nature  simple  ou  composée  ;  elle 
fait  aussi  ressortir  la  nature  du  rôle  qu'il  remplit,  soit  conune 
constituant  essentiellement  la  substance  du  corps ,  soit  seu- 
lement comme  condition  d'existence  des  principes  qui  la 
constituent  principalement.  C'est  ainsi  que  se  manifeste  l'im- 
portance des  classifications ,  c'est-à-dire  leur  aptitude  fonda- 
mentale à  une  comparaison  anatomique  et  physiologique, 
rapide  et  concise,  des  corps  classés,  quoique  pourtant  nulle- 
ment  superficielle. 

[  ::  A. —  Formalion  dés  groupes. 

a.  Division  des  principes  immédiats  en  deux  groupes. 

275.  —  Les  principes  immédiats  se  séparent  naturellement 
en  deux  groupes ,  par  un  ensemble  de  caractères  communs 
des  plus  tranchés. 

276.  —  Les  uns,  et  ce  sont  les  plus  nombreux,  quoiqu'ils 
forment  généralement  la  moindre  portion  de  la  masse  du 
corps ,  si  l'on  fait  abstraction  de  l'eau ,  sont  des  principes 
cristallisables  ou  volatils  sans  décomposition. 

Ils  sont  dans  l'organisme  généralement  à  l'étal  liquide  par 
dissolution  dans  l'eau ,  ou  tout  à  fait  solide,  unis  à  d'autres 
principes,  mais  solubles  dans  les  précédents. 

Leur  composition  chimique  est  défînie,  déterminée,  carac- 
tère qui ,  ainsi  que  l'expérience  l'a  montré ,  coïncide  avec  la 
propriété  physique  de  cristalliser  ou  de  se  volatiliser  sans 
décomposition,  ou  tout  au  moins,  dans  quelques  cas  excep- 
tionnels, de  former  avec  d'autres  corps  des  composés  cristal- 
lisables. 

Tout  aussi  indispensables  que  les  autres  à  \^  constitution 


20&        DES  pauiapn  immédiats  en  généru.,  ch.  ii. 

de  la  substance  du  corps ,  ils  ne  concourent  à  la  former  que 
comoie  condition  d'existence  de  ceux  du  groupe  suivant; 
a'tst«âfdire  que  comme  condition  de  formation  et  de  termi* 
naison,  ou  encore  d'entrée  et  de  sortie  de  ceux-ci.  On  peut 
donc  dire  >  jusqu'à  un  certain  point ,  qu'ils  n*en  forment  pas 
la  partie  essentielle  ;  mais  de  mMie  que  le  milieu  extérieur 
est  indispensable  à  l'organisme  totaV,  ils  sont  indispensables 
de  la  même  manière  aux  autres  principes  dont  nous  allons 
parler,  ils  sont  le  milieu  intérieur  qui  permet  &  ces  principes 
d'exister.  Notons  que  ces  faits  sont  en  rapport  avec  leur  élat 
cristallin  y  leur  volatilité ,  leur  solubilité  les  uns  dans  les  au- 
tres et  leur  composition  définie  ;  particularités  qu'ils  parta- 
gent avec  les  corps  composant  le  milieu  terrestre  inorganique 
pu  nous  vivons.  Quelquefois  leur  origine ,  leur  séjour  dans 
l'organisme  n'est  qu'un  passage,  et  ils  retournent  aux  milieux 
ambiants. 

Aussi,  au  point  de  vue  dynamique,  ne  verrons-nous  jamais 
ces  principes  participer  directement  à  d'autres  actes  qu'aux 
actions  physiques  élémentaires  des  fonctions  de  nutrition  et 
aux  actes  chimiques  élémentaires  dont  l'ensemble  et  la  si- 
multanéité caractérise  la  nutrition;  savoir  :  l'assimilation 
d'une  part ,  la  désassimilation  de  l'autre  ;  nutrition  qui  est  la 
propriété  vitale  la  plus  générale  que  présente  la  substance 
organisée  toute  formée ,  mais  qui  est  aussi  la  plus  simple ,  et 
se  distingue  des  actes  chimiques  par  la  simultanéité  et  la 
continuité  des  deux  actions ,  l'une  de  composition  ou  com- 
posante, l'autre  de  décomposition  ou  décomposante.  Les  au- 
tres ,  au  contraire ,  participent  directement  aux  propriétés 
d'élasticité,  de  retractililé,  a  celles  de  contractilité  et  de  sen- 
sibilité dont  jouit  la  substance  organisée  disposée  sous  forme 
d'éléments. 

277.  — Les  autres ,  et  ce  sont  les  moins  nombreux ,  quoi- 
qu'ils foiment  généralement  la  majeure  portion  de  la  masse 
du  corps,  si  l'on  tient  compte  de  l'eau  qu'on  en  peut  chasser, 
ne  sont  pas  cristallisables  ni  volatils ,  à  moins  de  décompo- 
sition. Us  sont  généralement  insolublea  et  à  l'état  demi- 


LEUR  DIVISION   EN  DEUX  GROUPES.  205 

solide  dans  l'organisnie  ou  en  dissolution  à  Taide  des  pré- 
cédents. 

L'expérience  montre  qu'avec  ces  caractères  comparatifs  en 
coïncide  un  autre,  qui  est  celui  d'avoir  une  composition  chi- 
mique indéfinie,  non  déterminée  et,  en  même  temps,  très  peu 
stable,  très  peu  fixe. 

Quoique  n'étant  pas  plus  indispensables  que  les  autres  à  la 
constitution  de  la  substance  de  l'organisme ,  ils  y  prennent 
la  plus  grande  part;  on  peut  donc  dire,  jusqu'à  un  certain 
point,  qu'ils  en  forment  la  partie  essentielle  et  fondamentale. 
Mais  de  même  que  l'organisme  suppose  le  milieu  extérieur, 
dans  lequel  il  prend  et  rejette,  ils  ont  pour  condition  in- 
dispensable d'existence  les  précédents,  soit  comme  condition 
de  formation  et  de  terminaison  ou  fin,  soit  comme  condition 
d'entrée  et  de  sortie  des  matériaux  ;  car  c'est  à  eux  qu'ils  les 
empruntent  et  du  milieu  d'eux  qu'ils  rejettent  ceux  qui  sont 
devenus  impropres  à  en  faii-e  partie.  Ils  se  forment  dans  l'or- 
ganisme et  y  restent ,  leurs  matériaux  seuls  se  renouvellent. 
Notons  que  ces  faits  sont  en  rapport  avec  leur  état  non  cris- 
tallin, non  volatil,  leur  insolubilité,  leur  composition  par 
des  matériaux  unis  en  un  nombi^e  illimité  de  proportions  et 
leur  peu  de  stabilité;  ce  qui  les  sépare  radicalement  des  corps 
composant  le  milieu  inorganique ,  mais  les  rapproche  seule- 
ment des  corps  organisés ,  lesquels,  par  rapport  à  chaque  être 
vivant  pris  à  part,  font  partie  du  milieu  où  vit  celui-ci. 

Aussi,  au  point  de  vue  dynamique,  outre  que  ces  principes 
non  cristallisables  participent  par  leui^s  matériaux  à  tous  les 
actes  élémentaires  des  fonctions  de  nutrition  tant  physiques 
que  chimiques,  mais  surtout  chimiques,  ils  participent  direc- 
tement aux  propriétés  d'élasticité,  de  rétractilitc ,  à  celles  de 
contractilité  et  de  sensibilité  dont  jouit  lu  substance  organi- 
sée, disposée  sous  forme  d'éléments  anatomiques. 

278.  — Dès  l'étude  de  rc  groupe  de  principes  immédiats, 
nous  trouvons  une  (liHérenre  tranchée  entre  les  corps 
du  règne  minorai  cl  ceux  du  règne  organique  ;  c'est  ici 
même  que  commence,  par  l'examen  des  principes  des  consti- 


298  DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL^  GH.  H. 

soit  animale,  soit  végétale.  Leur  séjour  dans  l'organisme  n'est 
aussi,  comme  pour  ceux  de  la  première  classe,  qu'un  passage; 
car>  une  fois  formés,  ils  ne  peuvent  séjourner  en  trop  grande 
quantité  sans  danger  pour  l'économie,  et  ils  sortent  générale- 
ment tels  qu'ils  sont  après  leur  formation ,  sans  donner  naissance 
à  de  nouvelles  espèces,  sans  se  décomposer  ou  se  dédoubler 
avant  de  sortir  de  l'organisme.  De  même  que  les  principes  de 
la  première  classe  sont  par  leur  entrée,  dans  Tcconomie  une 
des  conditions  d'existence  des  substances  organiques,  de 
même  ceux  dont  nous  traitons  sont  également  une  d^  leurs 
conditions  d'existence  par  leur  formation,^  qui  n'est  que  la 
réunion  en  principes  cristallisables  des  matériaux  de  celles- 
là;  d'où  leur  rénovation  continue. 

Les  principes  restants  du  premier  groupe ,  après  qu'on  a 
retiré  ceux  qui  constituent  la  première  classe,  forment  donc 
aussi  une  classe  de  principes  très  naturelle,  tantpar  les  pro- 
priétés et  la  composition  des  composés  qu'elle  renferme,  que 
par  leur  origine  purement  organique. 

Les  principes  de  la  deuâtiêmc  classe  sont  : 


Urée. 

Allanloïdiue. 

Cvsline. 

Lcucine. 

Créatine. 

Créatinine. 

Acide  pncumique. 

Pneiimatc  de  soude  (1). 

Acide  stéarique. 

Acide  margarique. 

Acide  oléique. 

Sels  de  soude  ou  de  potasse  des 

acides  gras. 
Chole^tériae. 
Séroline  (2). 

.,  /  rormaut  le  suif  et  les 

St<^arérine  (suint  de  Mouton). 
Elaiériue  (id).  Chkvreul. 

(1)  Ce  principe  a  été  omis  dans  les  tableaux  des  paragraphes  suivants  : 
108,  page  130;  lU,  p.  135;  159,  p.  177;  191,  p.  207;  209,  p.  224;  et 
§  235,  p.  252,  sa  place  est  à  côté  de  Tacide  pneumiquc. 

(2)  Voyez  remarque  (1)  ;  ih  place  est  à  côté  de  la  cholestérine. 


1. 

Acide  lactique. 

21. 

2. 

Lactate  de  potasse. 

22. 

S. 

Lactatede  soude. 

23. 

4. 

Lactate  de  chaux. 

2i. 

5. 

Acétate  de  soude. 

25. 

6. 

Acide  urique. 

26. 

7. 

Oxalate  de  chaux. 

27. 

8. 

Urate  de  potasse. 

28. 

9. 

Urate  de  soude. 

29. 

10. 

Urate  de  chaux. 

30. 

11. 

Urate  d'ammoniaque. 

31. 

12. 

Urate  de  magnésie. 

32. 

18. 

Acide  hippurique. 

14. 

Hippurate  de  chaux. 

33. 

15. 

Hippurate  de  soude. 

33. 

16. 

Hippurate  de  potasse. 

34. 

17. 

Inosatc  de  potasse. 

6o> 

18. 

Choléalc  de  soude. 

36. 

19. 

Hyocholinate  de  soude. 

37. 

20. 

Glycocholatc  de  soude. 

38. 

COOnBitfATION  DES   TROIS  CLASSES  DE  fHIKGinS.        299 


M.  PhocMlIt. 

40.  Cétiae. 

41.  Batyriae. 


42.  Hircine. 

43.  Sucre  du  foie. 

44.  Sucre  de  lait. 


281.  —  Quant  aux  principes  du  deuxième  groupe,  ils  M 
se  subdivisent  pas  ;  ils  forment  une  seule  et  même  classe,  qui 
est  la  troisième  et  dernière  de  celles  en  lesquelles  se  réu- 
nissent les  principes  immédiats.  Elle  est  très  nettement  ca- 
ractérisée par  la  propriété  de  ces  principes  de  rester  toujours 
amorphes  dans  toutes  les  conditions,  par  leur  composition  chi- 
mique indéfinie,  très  peu  stable  ;  par  leur  formation  dans 
V  organisme,  par  catalyse  combinante  ou  simplement  isomé- 
rique  chez  les  animaux  ;  par  leur  séjour  permanent  dans  l'or- 
ganisme, une  fois  qu'ils  sont  assimilés,  et  enfm  par  la  réno- 
vation, molécule  à  molécule,  de  leurs  matériaux,  au  lieu  de 
sortir  tout  formés. 

C'est  surtout  leur  propriété  de  rester  amorphes  dans  toutes 
les  conditions,  de  se  fonner  dans  l'organisme  dont  ils  consti- 
tuent la  plus  grande  masse,  et  de  n'en  jamais  sortir  tout  for- 
més, qui  a  fait  donner  le  nom  de  substances  organiques  aux 
principes  de  cette  classe. 

Les  principes  de  la  troisième  classe  sont  : 


1.  Fibrine. 

2.  Albumine. 

3.  Globuline. 

4.  Albuminose. 

5.  Caséine. 
8.  tluKulin*;. 
7.  ÉUfiUcine. 


8.  Ost^lne  ou  osséine. 

9.  Cartilagéine. 

10.  Kératine. 

11.  Pancréatine. 

12.  Mucosines  (nombreuses  variétéa). 

13.  Héroatine. 


B.  —  Coordination  des  trois  classes  de  principes  immédiats* 

282.  —  Si  maintenant  nous  cherchons  à  coordonner  ces 
trois  classes  de  principes  immédiats,  nous  verrons  qu'elles 
s'enchaînent  les  unes  aux  autres  de  la  manière  la  plus  natu- 
relle, sans  jamais  se  confondre,  lorsqu'on  les  dispose  dans 
l'ordre  oii  nous  venons  de  les  énumérer. 

La  première  classe  retifermc  évidemment  les  principes 
les  plus  généraux,  les  plus  simples  et  les  plus  indépendants. 

Ce  sont  les  plus  généraux  de  tous  au  point  de  vue  de  leur 


800  DES  PRINCIPES  milÉDUTS  EN  GÉNÉRAL^  CH.  U. 

distribution  dans  réconomie  ;  car ,  à  peu  d'exceptions  près, 
on  trouve  toutes  ces  espèces  dans  quelque  humeur  ou  tissu 
que  ce  soit  ;  ils  le  sont  aussi  au  point  de  vue  de  la  fixité  de 
leur  composition  et  de  leur  origine,  puisqu'ils  arrivent  tout 
formés  dans  l'économie. 

Ce  sont  les  plus  simples  sous  le  rapport  de  leur  distribution 
dans  l'organisme ,  sous  celui  des  formes  cristallines  qu'ils 
prennent  ;  quand  on  les  ramène  à  l'état  solide,  leurs  varia- 
tions de  forme  sont  en  effet  généralement  moindres  que 
celles  des  autres  principes.  Leur  composition  chimique  élé« 
mentaire  est  trop  évidemment  plus  simple  que  celle  des  com- 
posés de  la  deuxième  et  de  la  troisième  classe  pour  qu'il  soit 
tiécessaire  de  montrer  que  sous  ce  rapport  ils  doivent  être 
placés  les  premiers.  Leur  origine  est  également  on  ne  peut 
plus  simple,  puisqu'ils  arrivent  tout  formés  des  milieux  exté- 
rieurs, et  leur  fin  ou  terminaison  dans  l'organisme  est  éga- 
lement dans  le  même  cas,  puisqu'ils  sortent  tels  qu'ils 
étaient  entrés. 

Quant  à  leur  indépendance,  elle  est  des  plus  manifestes. 
Oh  peut  les  ramener  à  la  forme  cristalline  bien  plus  facile- 
ment que  tous  les  autres  principes  ;  les  conditions  néces- 
saires pour  cela  sont  infiniment  moins  complexes  que  celles 
à  employer  pour  faire  cristalliser  ceux  de  la  classe  suivante. 
Les  principes  des  autres  catégories  n'ont  presque  pas  d'in- 
fluence sur  ce  phénomène,  qui,  pour  avoir  lieu,  n'exige 
généralement  que  les  conditions  de  température,  de  concen- 
tration des  liquides,  exigées  par  les  composés  retirés  natu- 
rellement ou  artificiellement  du  règne  minéral. 

La  présence  des  principes  de  la  première  classe  influe 
généralement  beaucoup  sur  la  cristallisation  de  ceux  de  la 
seconde,  lesquels  ne  passent  ordinairement  à  cet  état  qu'après 
avoir  été  séparés  des  autres,  qu'après  avoir  été  placés  dans 
des  liquides  autres  que  l'eau  ou  dans  Teau  pure.  Comme 
l'état  amorphe  des  principes  immédiats  est  une  des  condi- 
tions d'existence  de  la  substance  organisée,  cette  influence 
des  principes  d'origine  minérale  sur  les  autres  principes  cris- 


COORDINATION  DES   TROIS  CLASSES  DE  PRINCIPES.        SOI 

taUisables  devient  importante  à  prendre  en  considération.  Les 
principes  de  cette  catégorie  sont  aussi  les  plus  indépendants 
au  point  de  vue  de  leur  état  de  dissolution  ;  presque  tous 
sont  directement  solubles  dans  l'eau,  qui  appartient  à  cette 
classe,  ou  tout  au  plus  quelques  uns ,  comme  les  sels  de 
chaux  ont-ils  besoin  pour  être  dissous  que  déjà  Teau  tienne 
en  dissolution  quelque,  sel  à  base  alcaline.  Les  suivants,  au 
contraire,  ne  sont  solubles  que  dans  les  dissolutions  com- 
plexes de  ceux-ci. 

Leur  composition  est  plusfixe,  plus  stableque  celledes  autres; 
elle  ne  dépend  pas  comme  pour  eux  du  maintien  dans  des  limites 
restreintes  d'un  certain  nombre  de  circonstances  extérieures; 
elle  ne  varie  pas  aussi  facilement  sous  les  moindres  influences. 
Se  formant  hors  de  l'organisme,  arrivant  tout  formés  dans 
l'économie,  ils  sont  naturellement  plus  indépendants  sous  ce 
point  de  vue  que  tous  les  autres  ;  ceux-ci,  en  effet,  exigent 
pour  leur  formation  un  ensemble  de  conditions  complexes 
qui  ne  se  rencontrent  que  dans  l'économie.  Si  quelques  uns, 
comme  l'urée,  l'allantoldine,  peuvent  être  formés  artificiel* 
lement,  la  plupart  ne  sont  point  dans  ce  cas. 

283.  —  Les  principes  que  nous  avons  rangés  à  la  suite  de 
ceux  d'origine  minérale  sont  évidemment  moins  généraux, 
moins  simples  et  moins  indépendants  de  toute  circonstance 
extérieure  que  les  précédents,  et  ils  le  sont  davantage  que 
ceux  qui  suivent. 

Déjà,  au  point  de  vue  de  la  distribution  dans  Téconomiei 
nous  trouvons  qu'il  n'en  est  pas  un  qui  existe  dans  toutes 
les  parties  du  corps  sans  exception,  comme  le  sel  marin,  par 
exemple.  Pourtant  les  principes  de  cette  deuxième  catégorie 
ne  sont  pas  aussi  spécialement  limités  à  telle  ou  telle  région 
du  corps  que  ceux  de  la  dernière  :  ainsi  la  créatine,  l'u* 
rée,  etc,  se  rencontrent  dans  un  nombre  limité  de  parties  du 
corps,  mais  elles  ne  sont  jamais  restreintes  à  une  seule  partie, 
comme  la  fibrine  au  sang,  la  musculine  aux  muscles,  la 
caséine  au  lait,  la  pancréatine  au  suc  du  pancréas,  etc.  Les 
faits  relatifs  à  leur  composition  sont  bien  moins  généraux 


302  Des  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRàLy  CH.  II. 

que  ceux  qui  se  rapportent  aux  principes  de  U  première 
classe.  Ne  se  formant  que  dans  les  corps  organisés,  les  con- 
ditions de  leur  formation  ne  sont  par  conséquent  pas  aussi 
générales  que  celles  des  principes  d*origine  organique. 

Moins  généralement  répandus  dans  l'organisme  que  les 
précédents,  l'étude  de  leur  distribution  est  naturellwienl 
moins  simple,  car  elle  ne  présente  presque  aucun  fait  quî  soit 
commun  à  tous  les  principes.  Les  formes  qu'ils  prennent 
quand  ils  sont  ramenés  à  l'état  solide,  quoique  présentant  des 
variations  plus  nombreuses  pour  chaque  espèce  que  celles  des 
principes  précédents,  peuvent  néanmoins  être  ramenéeti  aux 
mêmes  lois ,  et  ces  variations  aux  mêmes  types.  Elles  sont 
plus  simples,  par  conséquent,  que  les  formes  des  différentes 
espèces  de  substances  de  la  dernière  classe,  qui,  ne  cristalli- 
sant  pas,  peuvent  prendre  toutes  sortes  de  conformations 
diverses. 

Leur  composition  chimique,  plus  complexe,  ainsi  qu'on  U 
sait,  que  la  composition  [des  composés  d'origine  minérale , 
l'est  pourtant  moins  que  celle  dos  substances  organiques  ; 
elle  est  moins  fixe ,  moins  stable.  C'est  cette  différence  dans 
le  nombre  des  équivalents  de  chaque  élément  et  celte  diffé- 
rence de  stabilité  qui ,  étant  plus  communes  dans  les  prin- 
cipes d'origine  organique  que  dans  les  composés  artificiels , 
ont  servi  longtemps  de  base  à  la  séparation  de  la  chimie  ^n 
deux  ou  trois  branches.  Leur  origine  et  leur  issue  hors  de 
l'économie  sont  soumises  à  des  conditions  égalementbieii  plus 
simples  que  les  mômes  faits  considérés  dans  la  classe  suivante 
^t  partant  plus  complexes  que  l'origine  et  l'issue  des  principes 
de  la  première  catégorie.  Les  conditions  de  leur  formation 
sont  trop  évidemment  plus  complexes  que  celles  qu'exige  ]% 
formation  des  corps  minéraux,  pour  qu'il  soit  nécessaire  de 
développer  ce  point.  Ils  se  forment,  en  effet,  par  catalyses 
avec  dédoublement,  c'est-à-dire  par  suite  d'actes  chimique^ 
indirects,  et  encore  ils  exigent  des  circonstances  si  complexes, 
que  les  corps  vivants  les  offrent  seuls. 

Ces  principes  sont  manifestement  plus  sous  h  dépeQ* 


COORniMATION'  DES  TROIS  CLASSES  DE    PRIlfCII^ES.         SOS 

dance  des  précédents  que  ceux-ci  ne  sont  influencés  par  eux» 
dans  la  manifestation  de  quelle  propriété  que  ce  soit.  Nous 
avons  déjà  fait  remarquer  que,  relativement  a  leur  distinbution 
dans  réconomie,  ils  sont  entièrement  soumis  à  celle  dei 
principes  de  la  première  caté-gorie,  puisque  c'est  parmi  ceux^ 
ci  que  se  trouvent  les  dissolvants  généraux  des  espèces  de  la 
seconde.  Nous  avons  fait  voir  aussi  que  leur  passage  à  Tétat 
cristallin  est  naturellement  influencé  par  eux ,  tandis  que  la 
réciproque  est  peu  prononcée.  Leur  composition,  en  mèina 
temps  qu  elle  est  très  complexe,  est  peu  stable,  et  se  trouve 
sous  la  dépendance  d*un  grand  nombre  de  circonstances  es* 
térieures. 

Leur  formation ,  comme  leur  issue  au  dehors ,  se  troure 
être  sous  la  dépendance  d'un  très  grand  nombre  de  circon» 
stances  qui  n'interviennent  nullement  dans  la  formation  des 
principes  d'origine  minérale  ;  et  ce  fait  n'exige  aucune  ex- 
plication ,  puisque  nous  savons  que  ces  principes  ne  se  fois 
ment  que  dans  l'économie  vivante. 

284.  —  De  tous  les  principes  immédiats  ,  ceux  que  nous 
rangeons  dans  la  troisième  et  dernière  classe  sont  évidem- 
ment les  moins  généraux ,  les  moins  simples  et  les  moins  in-^ 
dépendants. 

A  l'exception  de  l'albumine  et  de  la  fibrine,  nul  d'entre  eux 
ne  se  trouve  dans  plus  d'un  tissu  ou  d'une  humeur;  chacune 
de  ces  parties  a  une  espèce  de  ces  principes  qui  lui  est  propre. 
Ce  sont  aussi  les  seuls  corps  connus  constituant  autant  d'es- 
pèces distinctes ,  irréductibles  sans  décomposition  chimique, 
qui  aient  une  composition  chimique  non  définie  et  ne  soient 
pas  cristallisables.  Aussi  ce  ne  sont  pas  des  composés  chimn 
queSy  c'est-à-dire  inorganiques  et  fixes,  ce  sont  des  carfi 
anatomiques ,  dont  l'étude  revient  au  biologiste  ;  et  dès  cette 
première  subdivision  de  l'anatomie,  nous  trouvons  des  corps 
dont  rétude  n'appartient  sous  aucun  point  de  vue  au  chi- 
miste ,  mais  à  l'anatomiste  seulement. 

Ces  remarques  montrent  suQisamment  que  leur  formation 


soi  DES  PRIKC1PB8  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  II. 

est  un  fait  beaucoup  plus  spécial,  beaucoup  moins  universel 
que  la  formation  des  principes  des  autres  classes. 

De  toutes  les  parties  constituant  immédiatement  Torga- 
nisme,  ce  sont  certainement  celles  dont  la  composition  est  la 
plus  complexe  et  la  moins  stable.  Leur  formation  exige  des 
conditions  bien  plus  complexes  que  celles  nécessaires  à  la  for- 
mation de  tous  les  autres  principes,  même  de  la  deuxième 
classe.  Quelques  uns  de  ceux-ci  peuvent,  en  effet,  être  fabri- 
qués artificiellement,  comme  Turée,  Tacide  lactique,  etc. ;  mais 
nul  principe  immédiat  de  la  troisième  classe,  nul  de  ces 
corps  anatomiques  n'a  pu  être  encore  formé  de  toutes  pièces. 
Rien,  par  conséquent,  de  plus  complexe  que  les  conditions 
nécessaires  pour  qu'ils  se  forment.  Leur  fin  ou  terminaison 
n'est  pas  un  simple  fait  physique  d'exosmose,  comme  c'est 
le  cas  pour  les  autres  principes,  car  ils  ne  sortent  pas  tout 
formés  ;  c'est  un  fait  chimique  de  catalyse  avec  dédouble* 
ment,  et,  ainsi  que  nous  l'avons  vu,  ceux  de  leurs  matériaux 
qui  se  séparent  d'eux  ainsi  forment  les  principes  de  la 
deuxième  classe. 

Toutes  les  espèces  que  renferme  cette  catégorie  sont  sous 
la  dépendance  des  autres  principes,  qui  sont  leurs  conditions 
d'existence,  comme  parties  demi-solides  dans  les  muscles, 
les  nerfs,  etc.,  aussi  bien  que  de  l'état  liquide  de  l'albumine  et 
de  la  fibrine  dans  le  sang.  Relativement  à  leur  formation,  ils 
sont  entièrement  sous  la  dépendance  des  principes  de  la  pre- 
mière classe ,  qui  leur  apportent  des  matériaux ,  soit  d'une 
manière  directe,  comme  celaest  constant  chez  les  végétaux,  soit 
simplement  en  servant  de  véhicule,  chez  1^  animaux,  à  toutes 
les  substances  azotées  introduites  comme  aliments  et  destin 
nées  à  être  assimilées.  Sous  ce  rapport  donc,  ils  ne  sauraient 
être  encore  placés  qu'après  les  principes  de  la  première  classe« 

Quoique  les  espèces  de  la  catégorie  dont  nous  parlons 
fournissent ,  à  leur  tour ,  les  matériaux  qui  servent  à  former 
les  principes  de  la  deuxième  classe,  ils  ne  doivent  pas  moins 
être  rangés  après  eux,  parce  que,  pour  pouvoir  apprécier  les 


RÉSUMÉ  DE  LEUR  CLASSIFICATION.  S05 

états  intermédiaires,  il  faut  d*abord  connaître  les  extrêmes. 
Ainsi  donc,  les  trois  classes  de  principes  se  coordonnent  de 
telle  sorte  que  la  première  renferme  généralement  les  prin- 
cipes qui  doivent  faire  partie  de  la  substance  organisée,  la 
seconde  les  principes  qui  ont  fait  partie  de  cette  substance, 
et  la  troisième  ceux  qui  la  constituent  essentiellement.  Et 
cet  ordre  est  aussi  celui  de  la  complication  croissante  de  ces 
espèces  de  corps ,  pris  sous  le  point  de  vue  de  leur  composi- 
tion chimique. 

RÉSUMÉ  DE  LA  CLASSIFICATION  DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS. 

285. — Ainsi,  en  résumé ^  toute  classification  repose,  comme 
on  sait,  sur  la  comparaison  de  Tensemble  des  caractères  qu*on 
a  étudiés  dans  les  corps  qu'il  s*agit  de  classer  pour  arriver  à 
coordonner  ceux-ci. 

Parmi  les  principes  immédiats,  nous  avons  vu  les  uns 
cristallisables  ou  volatils  sans  décomposition ,  caractère  qui 
coïncide  avec  une  composition  chimique  définie  ou  en  rap- 
ports déterminés  ;  les  autres  ne  sont  pas  cristallisables  ni  vo- 
latils sans  destruction  ;  ils  sont  de  nature  chimique  indéfinie 
dans  les  corps  vivants ,  et  ne  tirent  pas  leur  origine  du  de- 
hors; ils  ne  sont  pas  introduits  dans  Téconomie  et  tendent, 
au  contraire,  incessamment  à  être  rejetés.  De  là  une  seconde 
classe  très  naturelle ,  qu'il  faut  former  aux  dépens  du  pre- 
mier groupe ,  et  qui  embrasse  le  reste  des  principes  qu'il  ren- 
ferme. 

Quant  à  ceux  du  deuxième  groupe,  ils  ne  forment  à  eux 
tous  qu'une  seule  et  dernière  classe.  Outre  les  caractères  tirés 
de  l'impossibilité  où  ils  sont  de  cristalliser  ou  de  se  volati- 
liser sans  décomposition,  outre  leur  composition  indéfinie^ 
qui  leur  a  mérité  spécialement  le  nom  de  substances  orga- 
niques, pour  les  distinguer  des  composés  cristallisables  d'ori- 
gine organique,  ils  ont  aussi  pour  caractères  d'être  sans  analo- 
gues avec  ceux  du  règne  minéral  et  de  ne  pouvoir  se  former  que 
dans  les  corps  vivants.  Mais,  au  lieu  de  tendre  en  général  à  être 

I.  20 


306  DES  PRINCIPES  IMMÉDUTS  KN  GÉNÉRAL,  CH.  II. 

expulsés,  ils  forment  essentiellement  la  substance  des  tissus 
et  des  humeurs  constituantes,  comme  le  sang,  la  lymphe,  etc., 
ou  de  quelques  liquides  récrémentitiels  ,  comme  le  lait,  la  sa- 
live, etc.  De  là  une  troisième  et  dernière  classe  aussi  natu- 
relle que  les  autres,  qui  achève  de  comprendre  et  de  réunir 
de  la  manière  la  plus  rationnelle,  d'après  Fensemble  de  leurs 
caractères  communs,  tous  les  principes  que  nous  avons  déjà 
énumérés,  mais  çà  et  là,  en  traitant  des  caractères  propres  i 
chacun  de  ces  groupes . 

286.  —  Si  maintenant  nous  les  envisageons  au  point  de 
vue  de  la  part  qu'ils  prennent  à  la  constitution  de  Torga- 
nisme  et  sous  celui  de  leur  origine  ou  formation,  nous  voyons 
que  la  même  classification  se  trouve  conservée  d'une  manière 
aussi  nette  et  aussi  utile,  autant  comme  facilitant  les  souve* 
nirs  que  sous  le  point  de  vue  du  perfectionnement  des  consi- 
dérations scientifiques  et  pratiques  auxquelles  donne  lieu 
l'étude  des  principes  immédiats. 

D'une  part,  nous  voyons  les  principes  immédiats  de  la  pre- 
mière classe  être  une  condition  d'existence  et  d'activité  mo« 
léculaire  dans  l'économie  des  principes  des  deux  autres 
classes.  Ils  jouent  par  rapporta  ceux-ci  le  rôle  rempli  par  le 
milieu  à  l'égard  du  corps  entier  ;  ils  sont  tout  à  la  fois, 
et  également  empruntés,  et  rejetés  dans  les  miUeux  am- 
biants. 

L'étude  des  principes  de  cette  classe  conduit  à  établir  une 
comparaison  exacte  et  rationnelle  entre  la  composition  de 
l'être  vivant  et  celle  du  milieu  auquel  il  emprunte  et  dans 
lequel  il  rejette  les  matériaux  qui  le  composent.  Il  est  en  effet 
évident  en  principe  que  tout  corps  vivant,  quelle  qu'ait  pu 
être  son  origine,  doit  se  trouver  à  la  longue  nécessairement 
formé  des  mêmes  éléments  chimiques  propres  aux  différentes 
substances  solides ,  liquides  et  gazeuses ,  dont  il  se  nourrit 
habituellement,  puisque,  d'une  part,  le  mouvement  vital  as- 
sujettit ses  parties  à  une  rénovation  continue ,  et  que ,  d'une 
autre  part,  on  ne  pourrait,  sans  absurdité,  le  supposer, 
comme  l'ont  pensé  certains  physiologistes  métaphysiciens. 


RÉSUMÉ  DE  LEUR   CLiV8$lF|CATIQÎf*  907 

c«99J)le  dd  produire  spontanén^cnl  aucun  vpriUhlc  élé- 
ment chimique  (1). 

D'autre  part,  Içs  principes  tjo  la  secowçlQ  cl^se  sôçnhlent, 
pour  la  plupart»  être  des  ré^ullals,  des  produits  du  doub}fi 
mouvement  de  composition  et  de  décomposition  qui  se  p4sse 
dans  la  substance  organisée  qui  forme  les  éléments  anatomi- 
quejil.  Aussi ,  on  reconnaît  qu'ils  sont  généralement  desUqétl 
à  être  rejetés  au  dehors  ;  c'est  principalement  dans  les  liqui- 
des sécrétés,  d^ps  les  produits  liquides  qu'on  les  rencontra, 
et  leur  séjour  permanent  dans  l'économie  en  quantité  trop 
grande  devient  nuisi|)le  très  rapidement  a  la  plupart  des  actes 
organiques  ou  vitaux.  Par  leur  comparaison  aux  principes  im- 
médiats de  la  première  classe  s'achève  le  parallèleenlre  la  com- 
position de  l'être  vivant  et  celle  du  milieu  où  il^rejette  les  ma- 
tériaux qui  ont  déjà  servi,  et  qui  sont  destinés  à  l'expulsion. 

D'après  la  règle  qui  doit  guider  en  toute  classilication , 
nous  avons  envisagé  d'abord  les  deux  termes  extrêmes  avant 
les  termes  intermédiaires,  savoir  :  les  principes  qui  entrent, 
qui  sont  puisés  au  dehors  ;  puis  ceux  qui  sont  formés  au  de- 
dans de  l'organisme ,  qui  y  prennent  naissance  et  sont  expul- 
sés. Nous  avons  été  de  la  sorte  conduits  à  rapprocher  les  uns 
des  autres  les  principes  qui  sont  analogues  entre  eux ,  ceux 
qui  se  ressemblent  le  plus  et  qui  ressemblent  le  plus  soit  à 
ceux  du  règne  minéral ,  soit  à  ceux  que  nous  pouvons  fabri? 
quer  artificiellement.  De  plus,  les  termes  extrêmes  étant 
connus,  nous  pouvons  apprécier  les  intermédiaires  sous  le 
rapport  de  leur  mode  de  formation  et  sous  celui  de  leur  ter- 
minaison ou  décomposition.  Par  une  réciprocité  inévitable, 
l'étude  des  termes  inlermediai.es  conduit  à  vérifier  l'exacti- 
tude des  termes  extrêmes,  en  môme  temps  que,  dans  le  cas 
dont  il  s'agit,  elle  les  fait  mieux  connaître  :  d  abord  soms 
le  point  de  vue  de  leur  mode  d'issue  ou  de  décombinaison 
pour  les  premiers;  puis,  sous  celui  de  leur  formation,  poiir 
ceux  de  la  deuxième  classe. 

(I)  Auo.    CoHTR,  Systèm9  de  philoiùphk  posUive^  vol.  Ifl,  ia-8,  Pirii, 
iS3S  :  Biologie,  p.  247 . 


308  DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN   GÉNÉRAL,  CU.  11. 

Les  principes  de  la  troisième  classe,  intermédiaires  entre 
ceux  qui  entrent  et  ceux  qui  sprtent,  sous  le  point  de  vue  du 
rôle  qu'ils  remplissent  dans  Téconomie,  naissent  dans  Téco- 
nomie  et  n'en  sortent  pas  en  nature,  c'est-à-dire  avec  les  ca* 
ractères  qu'ils  possèdent  dans  l'organisme  ;  ce  sont  leurs  élé- 
ments  qui  sortent  à  l'état  de  principes  cristallisables.  Ce  sont 
eux  qui  constituent  essentiellement  l'organisme  ;  qui  forment 
la  plus  grande  partie  et  la  partie  fondamentale  de  la  ma- 
tière organisée  dont  sont  formés  les  éléments  et  les  hu- 
meurs. C'est  par  leur  comparaison  avec  la  composition  des 
principes  précédents,  d'une  part,  et  surtout  avec  la  compo- 
sition immédiate  des  végétaux  et  animaux  faisant  partie  des 
milieux  où  nous  vivons  ;  c'est,  par  suite,  par  leur  comparaison 
avec  les  aliments,  que  se  complète  et  s'achève  la  compa- 
raison entre  la  composition  de  l'être  étudié  et  celle  du  mi- 
lieu où  il  vit. 

Telles  sont  les  données  générales  qui  rendent  l'étude  deâ 
principes  immédiats  une  partie  essentielle  de  l'histoire  ana- 
tomique,  et,  par  suite,  de  la  physiologie  des  corps  organisés  ; 
partie  accessoire,  si  l'on  veut,  mais  qui  pour  cela  n'est  pas 
moins  indispensable,  car  sur  elle  repose  toute  l'étude  des  élé- 
ments anatomiques,  et  encore  plus  celle  des  humeurs.  Sur  elle 
encore  repose  la  solution  d'un  nombre  considérable  de  pro- 
blèmes physiologiques  qui  n'ont  jamais  pu  être  nettement 
posés,  et  par  suite  résolus,  parce  que  l'on  a  confondu  les 
questions  statiques  ou  anatomiques  ave  les  faits  dynamiques 
ou  physiologiques  qui  en  dérivent. 

Telles  sont  les  données  qui  ont  pour  résultat  de  simplifier 
considérablement  l'étude  des  principes  immédiats  en  les  ran- 
geant dans  trois  classes,  qu'on  peut  reconnaître  comme  étant 
des  plus  naturelles  :  elles  nous  permettent  en  effet  de  suivre 
les  principes  immédiats,  depuis  les  plus  simples,  identiques  avec 
ceux  du  règne  minéral,  jusqu'aux  plus  complexes,  instables, 
tout  à  fait  propres  aux  corps  organisés  et  faisant  directement 
partie  de  leur  substance;  et  cela  en  passant  graduellement  de 
Fun  àl'autre  sans  transition  Ijrusque.  Ainsi  ce  groupement  des 


RÉSUMÉ   DE  LEUR  CLASSIFICATION.  300 

principes  qui  s'opère  en  quelque  sorte  de  lui-même  sera  reconnu 
comme  très  naturel,  en  ce  qu'il  répond  à  la  fois  à  la  nécessité 
d'envisager  d'abord  les  termes  extrêmes,  afin  de  mieux  appré- 
cier les  intermédiaires  ;  en  ce  qu'il  fait  connaître  d'abord  les 
principes  qui  entrent  et  ceux  qui  sortent  avant  ceux  qui  restent 
essentiellement  ;  puis  en  ce  qu'il  conduit  à  disposer  les  groupes 
en  une  série  dont  les  espèces,  prises  dans  leur  ensemble, 
offrent  une  complication  croissante  au  fur  et  à  mesure  que 
l'on  passe  de  la  première  i  la  deuxième  classe,  et  de  celle-ci 
à  la  troisième. 

287.  —  La  classification  des  principes  immédiats  en  trms 
groupes  s'applique  à  ceux  du  règne  végétal  comme  i  ceux 
des  animaux.  Ainsi  aux  principes  du  premier  groupe  il  y  au- 
rait à  joindre  quelques  sels  qui  se  rencontrent  dans  le  règne 
minéral  et  dans  les  plantes,  et  non  dans  les  animaux.  Mais 
ces  corps  sont  en  très  petit  nombre,  car  presque  tous  les  sels 
minéraux  qu'on  trouve  dans  les  plantes  se  trouvent  également 
dans  les  tissus  animaux,  i  l'exception  de  quelques  silicates. 

Au  deuxième  groupe,  celui  des  principes  d'origine  purement 
organique ,  et  cependant  formés  en  proportions  définies  ou 
bien  déterminées,  il  y  aurait  à  joindre  un  très  grand  nombre 
de  corps  exclusivement  propres  aux  plantes.  Ce  sont  tous  les 
tartrates,  citrates,  benzoates,  acide  benzolque,  etc.,  des  prin- 
cipes gras,  et  beaucoup  d'autres  composés  qu'il  est  inutile  de 
citer;  plus,  les  alcalis  organiques,  ou  plutôt  les  sels  qu'ils  for- 
ment dans  le  suc  des  plantes,  et  dont  on  les  retire  par  divers 
procédés  chimiques. 

Enfin,  dans  le  troisième  groupe,  celui  des  substances  orga^ 
niques^  les  corps  azotés  s'augmenteraient  d'abord  naturelle- 
ment  d'une  immense  quantité  de  substances  analogues.  Il 
faudrait  y  ajouter  en  outre  la  cellulose ,  les  caoutchoucs, 
les  résines,  et  quelques  substances  qui  leur  ressemblent,  qui 
ne  sont  pas  des  principes  ayant  la  constitution  des  principes 
définis,  crislallisables,  etc.  De  ces  corps,  il  en  est  quelques 
uns  qui  se  rapprochent  du  reste  des  substances  grosses;  mw 
cependant  ils  doivent  en  être  séparés. 


SIO        i)ES  PHINCIPES  ISIMÉDIATS  £N   GÉNÉRAL,  CH.  Ili. 


CHAPITRE  ni; 

NOMENCLATURE  DES  PRINCIPES  IMMÉDUTâ. 

Î88. — Les  principes  immédiate  qui  sont  des  corps  simples 
ont  les  mêmes  noms  que  ceux  employés  en  chimie,  et  ces  noms 
n'indiquent  autre  chose  qu*une  dés  propriétés  chimiques 
principales  du  corps  en  question  (oxygène  ,  azote).  Gomme 
flous  ne  connaissons  la  nature  intimé  dé  quoi  que  ce  soit,  et 
qu'ûil  détermine  la  tiature  d*un  corps  par  la  détermination 
de  ses  éléments ,  on  ne  peut ,  pour  les  corps  simple ,  faire 
autre  chose  qu'en  étudier  les  propriétés ,  et  leur  ttom  ne  peut 
qu'être  arbitraire  ou  indiquer  l'une  de  ces  propriétés. 

289.  —  Ceux  des  principes  qui  sont  des  corps  compo- 
^s,  définis  cristallisables ,  étant  déjà  étudiés  eii  chimie 
bu  point  de  vue  de  leurs  propriétés  inorganiques ,  conser- 
vent en  anatomîe  leurs  noms  chimiques  (acide  carbonique, 
sulfate  de  soude ,  chlorure  dé  sodium,  lactale  de  soude,  oxa- 
late  de  chaux,  etc.  ).  Ces  noms  se  trouvent  êthô  une  défini* 
ïion  du  corps,  en  même  temps  qu'une  rf^nomtnaf ton ^  c'est-à- 
dire  une  indication  de  sa  nature,  par  ce  fait  mêtnè  qu'ils 
tfidiquent  la  composition  élémentaire  du  composé ,  soit  immé- 
diatement, soit  mcdîatement.  C'est  là,  eh  effet,  le  but  prin- 
cipal que  doit  remplir  toute  nomenclature ,  ou  du  moins 
qu'on  doit  se  proposer  autant  que  possible ,  datis  la  crtàtlon 
dés  noms  scientifiques. 

290.  —  La  complexité  de  composition  de  beaucoup  de 
torps  d'origine  organique  a  empêché  de  leur  appliquer  les 
pt4ticîpes  de  la  nomenclature  chimique.  De  là  vient  que 
beaucoup  de  principes  ont  reçu  des  chimistes  dfeS  ttôms 
spéciaux,  sans  signification  par  rapport  à  la  composition 
élémentaire  du  composé ,  et  qui  exigent  une  définition 
de  ce  corps,  parce  qu'ils  ne  la  portent  pas  avec  eux, 
comme  le  nom   des  composés  d'origine  miivfrkte  (acides 


MOHBMCLATURE  DES   PRINCIPES  IMMÉDUTS.  811 

oxalique,  urique;  urée,  créatine;  acides  lactique,  acé- 
tique, formique;  quinine,  morphine,  etc.),  Cependant 
cette  définition  manque  habituellement  dans  les  traités  de 
chimie  et  d*anatomie.  Comme  il  fallait  pourtant,  ou  bien 
donner  un  nom  significatif,  ou  bien  faire  suivre  un  nom 
insignifiant  d*une  définition ,  et  que  le  manque  de  méthode 
a  conduit  à  omettre  Tun  et  l'autre,  la  nécessité  de  faire  pré- 
céder la  description  du  corps  par  une  idée  générale  de  celui- 
ci  a  souvent  conduit  à  la  commencer  par  Ténoncé  de  sa  corn- 
poiition  chinUqtée^  représentée  par  une  formule.  Pourtant 
celle-ci  doit  se  trouver  exposée  de  nouveau ,  à  propos  des 
caractères  chimiques  de  ce  principe ,  ce  qui  est  cause  de  ré- 
pétition inutile.  Il  faut  reconnaître  que  ce  fut  la  certainement 
une  des  causes  qui  ont  conduit  à  partager  la  chimie  en  deux, 
Vune  organique,  Tautre  inorganique  ;  division  contre  laquelle 
on  ne  saurait  trop  s'élever.  Elle  est,  en  effet,  devenue  main- 
tenant le  principal  obstacle  aux  progrès  de  la  chimie,  et  surtout 
de  la  physiologie.  Lorsqu'on  eut  étudié  tous  les  principaux 
composés  naturels  et  artificiels  inorganiques ,  il  était  néces- 
saire de  pousser  au  même  degré  nos  connaissances  sur  les 
composés  naturels  et  artificiels  d'origine  organique.  Sous  ce 
rapport ,  le  partage  de  la  chimie  en  deux  branches  a  certai- 
nement été  utile,  par  les  recherches  spéciales  minutieuses 
qu'il  a  fait  faire.  Par  suite,  on  s'est  cru,  d'autre  part,  obligé 
d'en  séparer  aussi  les  composés  naturels  d'origine  minérale, 
pour  en  faire  la  minéralogie ,  division  au  moins  aussi  artifi- 
cielle. Mais  actuellement  qu'il  est  reconnu  que  les  uns  et 
les  autres  de  ces  corps  présentent  les  mêmes  caractères  gé- 
néraux, et  ne  diffèrent  que  par  leur  composition  chimique 
même ,  le  maintien  de  ces  divisions  ne  fait  que  compliquer 
l'étude,  en  faisant  croire  à  deux  ordres  de  caractères. 

Il  en  résulte  ainsi  une  complication  nuisible,  devenue  sans 
utilité.  Tant  que  l'on  a  pu  croire  que  ces  corps  offriraient  un 
ensemble  de  caractères  chimiques ,  ou  au  moins  un  caractère 
qui  les  ferait  distinguer  à  première  vue  de  tous  les  corps 
d'cMigine  minérale ,  on  conçoit  qu'on  ait  eu  l'idée  d'en  bire 


SI  2         DES  PRINCIPES  UmÉDlATS  EN  GÉNÉRAL,  CU.  111. 

rélude  à  part  sous  le  nom  de  chimie  organique  et  mteie  de 
chimie  animale  et  végétale.  Mais  une  fois  reconnu  qu'il  n'y  a 
pas  pour  eux  de  caractère  distinctif,  tranché,  autre  que  celui 
de  leur  origine,  que  ce  ne  sont  que  des  minerais  organiques, 
une  pareille  division  ne  saurait  être  maintenue.  Pris  chacun 
isolément,  ces  corps  n'ont  pas  un  ordre  de  caractères  qui  leur 
soit  exclusivement  propre  ;  ils  n'ont  pas  autre  chose  que  des 
caractères  d'ordre  mathématique,  de  forme,  volume,  etc., 
physique  et  chimique.  Ce  n'est  que  lorsqu'on  les  considère 
dans  l'économie,  réunis  les  uns  aux  autres  par  dissolution 
réciproque,  et  par  union  moléculaire  complexe,  qu'ils  pré- 
sentent un  nouvel  ordre  de  caractères,  qui  est  de  consti- 
tuer ainsi  la  matière  organisée.  Mais  cet  état  n'est  pas  spé- 
cial aux  composés  d'origine  organique]:  le  sel  marin,  les 
phosphates  de  soude ,  de  chaux  et  une  foule  d'autres  sels 
minéraux  sont  dans  le  môme  cas  ;  ils  participent  à  la  consti- 
tution de  cette  matière.  C'est  ainsi  que  ces  corps,  déjà  com- 
posés eux-mêmes,  forment  la  substance  organisée^  la  materia 
corporis.  Puis  cette  matière  prend  diverses  formes,  constitue 
différentes  parties  qui  se  réunissent  successivement  les  unes 
aux  autres  pour  former  l'organisme. 

291. —  Delà  comparaison  résulte  la  coordination^  ou  clas" 
sèment;  de  celui-ci  découle  la  nomenclature  destinée  à  l'ex- 
primer. 

Si ,  pour  la  plupart  des  principes  immédiats ,  l'art  des  no- 
menclatures n'était  pas  le  môme  qu'en  chimie;  si  les  modifi- 
cations qu'il  doit  subir  pour  ôtre  approprié  au  genre  de  no- 
tions qu'on  acquiert  par  l'étude  des  corps  organisés  étaient 
plus  considérables ,  ce  serait  ici  le  lieu  de  traiter  de  cette 
partie  de  leur  étude.  Mais  nous  avons  vu  que  ce  n'est 
qu'en  abordant  l'examen  des  substances  organiques^  c'est- 
à-dire  des  principes  non  cristallisables ,  constituant  essen- 
tiellement l'économie,  que  nous  trouvons  des  dénomina- 
tions nouvelles,  diflerenles  de  celles  qu'on  emploie  dans  la 
science  chimique.  Encore  est-il  qu'on  peut  voir  qu'elles  se 
rapprochent  de  celles  employées  pour  désigner  beaucoup 


NOMENCLATURE  DES   PRINCIPES   IMMÉDIATS.  SIS 

de  principes  cristallisdbles  d'origine  organique.  Mais  pour  les 
unes  comme  pour  les  autres,  on  est  encore  trop  peu  fixé  sur 
la  nature  de  plusieurs  d'entre  elles  et  même  sur  leur  nombre 
et  le  rôle  qu  elles  jouent  dans  l'économie ,  pour  qu'on  puisse 
indiquer  quelque  chose  de  rationnel  sur  leur  nomenclature. 

Il  n'y  a  pas  eu  de  nomenclature  faite  pour  les  substances 
organiques.  Du  reste,  ces  corps  ne  pourront  être  dénommés 
de  telle  sorte  que  leur  étude  en  soit  simplifiée,  qu'à  l'époque 
où  l'on  aura  précisé  d'abord  le  nombre  des  principes  cristal- 
lisables  d'origine  organique,  et  ensuite  rattaché  autant  que 
possible  leur  nomenclature  à  celle  adoptée  pour  la  diimie 
en  général.  Ce  n'est  qu'alors  aussi  qu'on  pourra  fixer  à  peu 
près  le  nombre  des  substances  organiques^  et  les  soumettre 
à  un  système  de  dénominations  rationnelles.  La  complica- 
tion de  leur  composition ,  il  faut  le  reconnaître,  empêchera 
toujours  de  leur  appliquer  directement  les  principes  de  la  no- 
menclature chimique. 

La  terminaison  en  ine  donnée  à  la  plupart  des  corps  azotés 
se  trouve  appliquée  à  beaucoup  de  ceux  qui  sontcristallisables, 
comme  à  ceux  qui  ne  le  sont  pas  ;  il  en  est  de  même  de  la  ter- 
minaison en  ose  (glucose,  cellulose)  donnée  à  beaucoup  de 
corps  ternaires  d'origine  végétale  :  elles  ne  peuvent  pas  être 
encore  d'une  grande  utiUté. 

«  Quelques  savants  pensent  que  l'expression  de  principes 
immédiats  est  vicieuse,  en  ce  qu'il  répugne  à  la  raison  d'ap- 
pliquer le  mot  de  principes  à  des  corps  composés.  Je  ne  par- 
tage pas  cette  opinion,  et  voici  pourquoi.  Quand  on  considère 
en  général  la  composition  d'un  sel  tel  que  Lavoîsier  l'a  éta- 
blie, il  est  visible  que  ce  qui  la  constitue  c'est  l'union  d'un 
acide  et  d'un  alcali,  plutôt  que  les  éléments  de  l'acide  et  ceux 
de  l'alcali;  car  concevez  ces  éléments  mis  dans  d'autres  pro- 
portions que  celles  qui  constituent  un  corps  acide,  un  corps 
alcalin,  et  ces  éléments  ne  vous  donneront  plus  l'idée  d'un 
sel.  D'après  cela,  il  semble  conséquent  de  dire  que  l'acide  et 
l'alcali  sont  les  deux  principes  immédiats  des  sels.  Il  en  est  de 
même  du  sucre,  de  la  gomme,  de  l'amidon,  du  ligneux,  etc., 


81i  PRINCIPES   IMMÉDIATS   KN   GÉNÉRAL,   CH.    IV. 

relativement  à  une  plante  ;  de  la  fibrine,  de  l'albumine,  du 
tissu  cellulaire,  etc.,  relativement  à  un  animal.  On  doit  con- 
sidérer ces  substances  comme  les  principes  immédiats  et  carac- 
téristiques de  la  plante,  de  l'animal  auquel  elles  appartiennent  ; 
tandis  que  l'oxygène,  l'azote,  le  carbone  et  l'hydrogène  en 
sont  les  principes  éloignés  ou  élémentaires  (1).  » 

292.  —  «  On  avait  proposé  de  substituer  à  l'expression 
principes  immédiats  celle  de  maf^rtatta?  immédiats  ;  mais  cette 
substitution  estnelle  heureuse?  Outre  l'inconvénient  que  pré- 
sente le  mot  de  matériaux^  qui  n'a  point  de  singulier,  si  l'on 
adopte  l'expression  de  matériaux  immédiats,  n'est-on  pas 
conduit  à  appeler  les  éléments  chimiques  des  composés  orga- 
niques des  matériaux  médiats,  et  cette  dernière  expression 
ne  donne-t-elie  pas  lieu  à  des  critiques  tout  aussi  bien  que 
l'expression  de  principes  immédiats  (2)?  » 


CHAPITRE  IV. 

DES  PROCÉDÉS  QC'ON  EMPLOIE  DANS  l'ÉTUDE  DES  PRINOPES 

IMMÉDUTS. 

298.  —  Nous  avons  passé  en  revue  tous  les  caractères  des 
principes  immédiats ,  c'est-à-dire  les  caractères  de  différents 
ordres  qu'ils  présentent  dans  l'organisme.  Les  uns  sont 
d'ordre  mathématique,  d'autres  d'ordre  physique,  chimique, 
organoleptique,  et  enfin  d'ordre  organique,  c'est-à-dire  que  ce 
sont  des  caractères  que  nulle  part  on  ne  retrouve  ailleurs 
que  dans  les  corps  organisés,  qui  ne  peuvent  être  confondus 
avec  les  précédents ,  ni  être  considérés  comme  une  de  leurs 
conséquences;  qui,  par  suite,  doivent  être  étudiés  à  part 
au  même  titre  qu'eux ,  et  qui  les  caractérisent  au  point  de 
vue  statique.  Il  s'agit  maintenant  de  voir  comment,  partant 
de  la  connaissance  précise  des  tissus  et  des  humeurs,  on  arrive 

(1)  Cïixyiif,VL,  Rechercha  sur  lescorps  gras  d'origine  aniniale.  Paris,  1S2S, 
în-S,  p.  4-5. 

(2)  Gitnunii,  Cohiiâêrm,  svriSmat.  oryanéfn».  Parif,  isll,  iii-^,p.  13. 


PROCÉDÉ»  BMPL0TÉ8  DANS   L*ÉTCDE  DES  PRINCIPES.      316 

à  éOnltaltfe  tous  le$  caractères  des  principes  qui  se  rattachent 
à  thftcun  de  ces  ordres. 

toi.  —  L'étude  des  principes  immédiats,  comme  celle  de 
toute  autre  partie  d'unoi^nrsme  quelconque^  comprend  deux 
ordres  généraux  d'opérations  :  1*  l'isolement  du  corps  à  étu- 
dier de  tous  ceux  qui  l'environnent  ou  auxquels  il  est  uni  ; 
B*rexamen  des  caractères  d'ordres  divers  qu'il  présente. 

L'isolement,  l'extraction  de  l'espèce  de  principe  qu'on  veut 
étudier  se  fait  à  l'aide  de  moyens  variés,  à  l'aide  de  procédés 
divers  institués  :  l''  d'après  ce  qu'on  sait  de  la  constitution  de 
Illutnelir  ou  du  tissu  dont  on  le  retire,  et  2*  de  ce  qu'on  sait 
ou  soupçonne  des  caractères  et  de  la  nature  chimique  élémen- 
taire du  principe.  Lorsque  déjà  cette  nature  et  les  propriétés 
de  celui-ci  sont  connues,  l'opération  devient  plus  facile  ;  mais 
comme  on  ne  les  connaît  pas  toujours,  on  est  obligé  de  pro- 
céder par  tâtonnements  ;  de  là  plus  de  difficulté.  Nous  aurons 
à  tenir  compte  des  deux  cas,  savoir  :  celui  où  cette  nature 
est  connue,  et  celui  où  elle  ne  l'est  pas. 

L'extraction  du  principe  opérée ,  on  étudie  les  caractères 
de  l'espèce,  et  ceux  d'entre  eux  qui  lui  sont  exclusivement 
propres  servent  à  la  distinguer  des  autres  espèces.  L'examen 
des  caractères  se  fait  aussi  à  l'aide  de  procédés  divers ,  en 
rapport  chacun  avec  la  nature  des  caractères  à  étudier.  Aussi 
pour  chaque  ordre  de  caractères,  il  existe  une  modification 
des  précédés  destinés  à  faire  connaître  ceux-là.  Il  est  aussi 
indispensable,  soit  au  point  de  vue  pratique,  soit  au  point  de 
vue  théorique,  de  savoir  distinguer  intellectuellement  du  pro- 
cédé ,  tous  les  caractères  qu'il  nous  apprend  à  connaître  ;  il 
importe  en  etfet,  de  séparer  toute  l'histoire  réelle  d'un  prin- 
cipe, ou  autre  partie  du  corps,  de  ce  qui  a  été  dit  sur  cet  ob- 
jet: car  il  a  pu  se  faire,  et  il  se  fait  en  réalité  souvent  que  ce 
qu'on  a  écrit  l'a  été  à  une  époque  où  les  procédés  employés 
n'étaient  pas  encore  suffisamment  précis  ;  en  sorte  que,  mémo 
les  choses  exactes  demandent  à  être  reprises  à  des  intervalles 
de  temps  plus  ou  moins  rapprochés,  suivant  les  besoins  de  la 
{pratique. 


316         DB8  PBmCIPES  IMMÉDIATS  EM  GÉNÉRAL»  Cfl.  IV. 

m 

II  est  donc  indispensable ,  dans  Thistoire  totale  des  prin- 
cipes en  général  ou  en  particulier,  d'exposer  séparément  : 
1<»  les  faits  certains  ou  crus  certains  présentement  ;  2»  les  pro- 
cédés à  l'aide  desquels  on  parvient  à  les  connaître.  Il  faut 
en  séparer  aussi  les  faits  que  l'on  a  cru  exister  et  qui  n'exis- 
tent pas ,  c'est-à-dire ,  l'étude  historique  des  phases  par  les- 
quelles a  passé  dans  le  temps  notre  savoir  sur  chaque  prin- 
cipe immédiat  ou  autre  partie  du  corps.  C'est  ce  que  nous 
fabons  dans  ce  livre  et  ce  que  nous  ferons  pour  tous  les  prin- 
cipes. 

295.  —  On  voit,  d'après  ce  qui  précède,  que  ce  chapitre 
comprend  deux  articles  : 

Dans  le  premier  seront  décrits  les  moyens  à  l'aide  des- 
quels on  sépare  les  principes  les  uns  des  autres  :  il  corres- 
pond à  làdissection^  moyen  général  employé  pour  anatomiser, 
c'est-à-dire,  isoler  les  uns  des  autres  les  divers  ordres  de  par- 
ties de  l'organisme. 

Dans  le  deuxième  article  seront  décrits  les  moyens  em- 
ployés pour  constater  les  différents  caractères  qui  servent  à 
faire  distinguer  l'espèce  de  principe  immédiat  dont  on  a  les 
individus  sous  les  yeux,  des  autres  espèces  de  principes. 

Il  ne  faut  pas  oublier  que  c'est  l'emploi  simultané  de  ces 
deux  ordres  de  moyens  qui  constitue  l'analyse  anatomique. 
C'est  pour  la  disposition  typographique,  et  plus  de  clarté, 
qu'on  est  obligé  de  les  décrire  séparément,  à  la  suite  l'un 
de  l'autre. 

ARTICLE  PREMIER. 

DKS  PROCÉDÉS  A  l'aIDE  DESQUELS  ON  SÉPARE  LES  UNS  DES 
AUTRES  LES  PRINCIPES  IMMÉDIATS. 

296.  —  Nous  ne  devrions  ici  nous  occuper  seulement  que 
des  moyens  d'analyse  anatomique  employés  pour  isoler  cha- 
que principe,  puis  en  étudier  la  forme,  les  caractères  physico- 
chimiques et  organoleptiqucs,  c'est-à-dii'e  l'ensemble  des  ca- 
ractères qui  nous  servent,  en  anatomie,  de  procédés  pour  les 


AZCALYSE  ANATOMIQUE  ET   ANALYSE  ÉLÉMENTAIIIE.       317 

distinguer  les  uns  des  autres.  Mais ,  dans  Tctat  actuel  de  la 
ehiiDie  et  de  l'anatomie,  nous  sommes  forcés  :  1  *^  d'établir  une 
distinction  préalable  entre  l'analyse  élémentaire  et  chimique 
proprement  dite  et  l'analyse  immédiate,  que  nous  appellerons 
analyse  anatomique  ;  2*  d'exposer  en  quoi  consiste  cette  ana- 
lyse anatomique.  De  là  deux  sections  dans  cet  article. 

PREMIÈRE  SECTION. 

DIFFtlIHCSS  Bimi  l'aNALTSB  imtoUTS  ou  AMATOnQtJE  BT  L*AKALTft« 

MÉDIATE  OU  ÉliVSKTAnB. 

207.  —  Il  e3uste,  comme  nous  l'avons  vu,  deux  sortes  de 
principes  qui  constituent  les  corps  vivants  : 

i^  Les  uns  généraux,  communs  à  tous  les  corps,  soit  bruts, 
soit  organisés  :  ce  sont  les  corps  simples,  ou  éléments  chimi- 
ques proprement  dits. 

2o  Les  autres  spéciaux,  quelques  uns  généralement  répan- 
dus, mais  la  plupart  particuliers ,  c'est-à-dire  n'appartenant 
qu'à  un  petit  nombre  d'êtres  :  ce  sont  des  corps  tous  plus  ou 
moins  complexes,  ou  corps  composés.  Nous  avons  dit  qu'ils 
sont  généralement  d'origine  organique,  c'est-à-dire  se  for- 
mant dans  les  corps  vivants  ;  quelques  uns  sont  des  composés 
d'origine  inorganique  ou  minérale,  et  ceux-là  sont  introduits 
du  dehors. 

Les  premiers  sont  les  principes  médiats ,  ou  éloignés  ,  de 
l'organisme.  Ils  n'ont,  dans  les  phénomènes  qui  s'y  passent» 
qu'une  action  fort  éloignée  et  indirecte,  que  nous  ne  pouvons 
apprécier  expérimentalement ,  et  sur  laquelle  nous  ne  pou- 
vons avoir  une  influence  directe  par  aucun  moyen  ;  comme 
aussi  nous  ne  pouvons  les  modifier  en  nombre,  ou  en  quan- 
tité que  d'une  manière  indirecte. 

Les  seconds  sont  les  principes  immédiats^  c'est-à-dire, 
directs  du  corps.  Ce  sont  eux  qui  agissent  réellement  et 
sont  directement  en  action  dans  les  phénomènes  que  nous 
voyons  se  passer  dans  chaque  animal  ou  chaque  végétal.  Cette 
action,  nous  pouvons  l'apprécier  expérimentalement,  c'est- 


SIS    DSS  FRmaPBS  IMMÉDUTS  en  GÉNÉBAL,  CH.  IVt  A&T.  f. 

à-dire  que  nous  pouvons  voir  quelles  modifications  sur* 
viennent  dans  tel  ou  tel  phénomène  habituel  présenta  par 
l'organisme,  quand  on  modifie  la  quantité  d'un  ou  de  plui 
sieurs  d'entre  eux,  ou  quand  on  vient  à  en  introduire  d^ 
nouveaux  fabriqués  artificiellement  ou  empruntés  i  que^ue 
autre  espèce  vivante.  Ce  sont  la  les  véritables  principes  de  m^ 
humeurs  et  des  tissus;  ce  sont  ceux-là  seulement  que  nous 
devons  étudier  et  dont  nous  nous  sommes  occupés  ;  ce  sont 
ceux-là  seulement  qu'il  nous  importe  et  qu'il  nous  est  indis- 
pensable de  connaître  directement,  en  eux-mêmes,  expéri- 
mentalement, puisque  ce  sont  eux  qui  forment  la  substance 
de  l'économie.  Quant  aux  premiers,  les  corps  simples,  leur 
histoire  appartient  uniquement  à  la  chimie  ;  cependant,  comme 
ils  forment  les  principes  immédiats,  qu'ils  en  sont  les  élé- 
ments ,  ils  doivent  être  connus  pour  étudier. d'une  manière 
convenable  les  principes  immédiats.  Mais  leur  histoire  ne  peut 
être  faite  que  sous  le  point  de  vue  purement  chimique ,  car 
ce  ne  sont  pas  eux  qui  constituent  directement  la  substance 
organisée.  Ainsi  le  carbone  ou  l'hydrogène  sont  des  élémentf 
qui  se  rencontrent  dans  presque  tous  les  principes  immédiats, 
mais  ce  ne  sont  pas  eux  qui  constituent  directement  la  ma- 
tière organisée,  mais  bien  l'albumine,  la  stéarine,  l'urée,  etc. 
La  participation  de  ces  éléments  chimiques  aux  phénomènes 
qui  se  passent  dans  l'organisme  est  tellement  indirecte,  que 
nous  n'avons  pas  à  nous  en  occuper  au  point  de  vue  analo- 
mique;  ils  constituent  le  principe  immédiat,  ils  entrent  danl 
sa  composition  dans  de  certaines  proportions  qu'il  est  bon  de 
connaître;  mais,  anatomiquement,  on  étudie  le  principe  im*^ 
médiat ,  ses  caractères ,  le  rôle  qu'il  joue  dans  l'organisme , 
sans  se  préoccuper  continuellement  de  sa  composition  élé- 
mentaire. 

298.  —  L'analyse  immédiate  ou  anatomique,  avons-nous 
dit,  diffère  essentiellement  de  l'analyse  chimique,  en  ce  qu'il 
s'agit  dans  la  première  d'isoler,  d'extraire  les  principes  im- 
médiats, à  l'état  dans  lequel  ils  se  trouvent  dans  le  corps  des 
animaux,  sans  leur  faire  subir  de  transformation» 


AKàLTSB  àNàTOMIOVE  et  AHàLTSB  ÉLtaBHTAIRB.       819 

Quoique ,  dans  ces  dernières  années ,  quelques  chimistet 
soient  arrivés  à  isoler  la  plupart  des  principes  qui  constituent 
les  humeurs  telles  que  l'urine,  le  suc  do  la  viande,  etc.,  il 
n*en  est  pas  moins  vrai  qu'on  est  encore  loin  de  l'anti^ 
lyse  telle  qu'elle  devrait  être  mise  en  pratique  pour  tous  lei 
tissus  et  toutes  les  humeurs  qui  constituent  l'organisme  ani^ 
mal.  En  effet,  les  chimistes,  qui  seuls  se  sont  occupés  de 
l'analyse  des  liquides  animaux  et  des  tissus,  ne  pouvaient  y 
attacher  la  même  importance  que  le  physiologiste  ;  celui-ci, 
au  contraire,  s'intéressera  à  des  faits  que  le  chimiste  regarda 
comme  très  insignifiants  :  la  présence  d'un  principe  dans  une 
humeur,  fût-il  en  quantité  infiniment  petite,  pourra  devenir 
pour  lui  une  vive  lumière  ;  la  question  de  savoir  si  un  prin» 
cipe  est  à  l'état  isolé  ou  combiné  avec  quelque  autre  pourr» 
lui  expliquer  maints  phénomènes.  On  comprend  que  le  chi« 
miste  ne  serait  plus  alors  qu'une  machine  à  analyse  ;  positton 
que  nul  savant  ne  pourrait  accepter.  Aussi  a-t-on  vu  ce  point 
si  important  de  la  biologie,  savoir,  la  connaissance  exacte 
de  la  composition  des  tissus  et  des  humeurs,  être  compléta 
ment  négligé. 

Les  anatomistes  et  les  physiologistes  doivent  maintenant 
reprendre  cette  étude  au  point  de  vue  organique,  en  prenant 
pour  modèle  les  analyses  de  M.  Ghevreul  sur  les  graisses,  et 
celles  de  Liebig  sur  le  suc  de  la  viande. 

On  objectera  qu'il  est  impossible  à  un  homme  qui  n'a  pat 
fait  de  la  chimie  une  spécialité,  d'arriver  à  l'analyse  des  li- 
quides animaux,  analyses  considérées  jusqu'à  présent  comme 
les  recherches  les  plus  difficiles  du  domaine  de  la  chimie» 
Sans  doute  il  n'appartiendra  qu'au  chimiste  de  découvrir  des 
principes  nouveaux  dans  les  humeurs,  de  les  déterminer  et 
d'en  étudier  tous  les  caractères,  de  leur  donner  une  place  enfin 
parmi  les  substances  chimiques.  Mais  le  nombre  des  principes 
immédiats  n'est  pas  infini,  et  Ton  arrivera  avant  peu  à  con- 
naître presque  toutes  les  substances  qui  composent  le  corps 
des  animaux.  Déjà,  pour  l'urine,  on  connaît  presque  toutes 
les  substances  qui  la  composent,  et  les  physiologistes  peuvent 


320    DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  IV,  ART.  I. 

déjà  hardiment  entreprendre  l'analyse  de  cette  humeur  dans 
les  différents  états  physiologiques  et  même  pathologiques. 

n  n'est  donc  pas  déplacé  de  rechercher  de  quelle  manière 
les  physiologistes  pourront  entreprendre  l'étude  de  la  compo- 
sition des  tissus  et  des  humeurs,  sans  avoir  recours  aux  chi- 
mistes. 

Dans  les  premiers  temps  de  la  chimie,  constituée  comme 
science,  il  était  nécessaire  à  tous  ceux  qui  voulaient  la  con- 
naître, et  s'en  servir  dans  les  sciences  ou  les  arts  corres- 
pondants, de  passer  par  toutes  les  épreuves  qu'avaient  traver- 
sées les  hommes  qui  professaient  les  nouvelles  idées,  de  re- 
faire toutes  les  expériences  qui  avaient  amené  les  admirables 
découvertes  auxquelles  nous  devons  la  science  chimique  mo- 
derne. Peu  à  peu  on  a  abandonné  les  épreuves  pour  ne  gar- 
der que  les  faits,  et  la  chimie  pratique,  dégagée  d'une  foule 
d'expérimentations  dès  lors  inutiles,  a  pu  étendre  son  domaine 
aux  sciences  et  à  l'industrie  qui  réclamaient  son  aide.  Les 
traités  de  chimie,  qui  consacraient  des  volumes  aux  corps 
simples,  par>iennent  maintenant  à  faire  tout  comprendre,  à 
tout  expliquer  en  peu  de  mots,  et  Ton  a  relégué  dans  l'histoire 
de  la  science  une  foule  de  détails  qui  ne  sont  plus  indispen- 
sables. 

Qu'arrive-t-il  maintenant?  C'est  qu'on  peut -dans  les  labo- 
ratoires diriger  ses  études  vers  des  spécialités  en  n'étudiant 
la  chimie  proprement  dite  que  d'une  manière  générale.  Ainsi, 
sans  être  chimiste,  un  médecin  possédant  les  notions  de 
chimie  indispensables  à  son  art  pourra  en  peu  de  temps  ap- 
prendre l'analyse  immédiate  ou  anatomique,  de  manière  à  se 
servir  de  la  chimie  comme  d'un  moyen  d'investigation  dans 
l'étude  du  corps,  soit  à  l'état  physiologique,  soit  à  l'état  pa- 
thologique. Nous  dirons  plus  encore  :  c'est  que  nous  croyons 
que  le  physiologiste  qui  étudiera  la  chimie  pour  s'en  servir 
comme  d'un  moyen  sera  infiniment  plus  apte  à  analyser  les 
corps  organisés  que  le  chimiste  le  plus  consommé.  Chaque 
science  influe  sur  la  manière  de  voir  et  sur  la  méthode  du  sa- 
vant: ainsi,  tandis  que  le  chimiste  verra  toujours  dans  son 


AHALTSB  AMÀTOIIIQUE  ET  ANALYSE  ÉLÉMBfTAIIIB.        HH 

analyse  le  résultat  final,  la  séparation  des  substances  ;  le  phy^ 
siologisle,  au  contraire,  rapportera  tout  au  tissu  et  à  Thumeur 
qu'il  analyse,  chaque  phénomène  sera  pour  lui  sujet  à  obser- 
vation, et  les  moindres  détails  prendront  à  ses  yeux  une  im* 
por tance  capitale. 

Ceci  est  un  point  sur  lequel  on  ne  saurait  trop  insister  ;  car 
actuellement  il  semble  à  beaucoup  de  savants  que  ce  soit  au 
chimiste  à  pénétrer  avec  sa  méthode  dans  l'étude  de  Torga- 
nisme. 

La  chimie  a  dû,  il  est  vrai,  précéder  l'étude  de  la  physio- 
logie ;  elle  est  en  quelque  sorte  le  pont  qui  relie  le  monde 
inorganique  avec  le  monde  organique  ;  sans  elle,  l'observation 
la  plus  intelligente  n'aurait  pu  amener  la  physiologie  végétale 
et  animale  où  elle  en  est  maintenant  ;  mais  ce  n'est  pas  une 
raison  pour  que  l'étude  du  corps  des  animaux  doive  être  faite 
exclusivement  par  des  chimistes  n'ayant  souvent  que  des  no- 
tions très  imparfaites  sur  la  nature  de  la  matière  organisée. 

Ainsi,  tandis  que  le  chimiste  verra  dans  l'urée  une  substance 
provenant  de  l'oxydation  de  l'acide  urique  dans  le  corps  ;  qu'il 
attribuera  les  différences  de  forme ,  de  caractère  de  la  sub- 
stance organisée ,  à  un  groupement  particulier  d'atomes ,  le 
physiologiste,  au  contraire,  considérant  l'urée  comme  un  des 
principes  immédiats  constituant  le  corps,  recherchera  si  l'urine 
seule  en  contient;  il  étudiera  le  sang,  les  liquides,  les  sucs 
qu'il  peut  extraire  des  différents  tissus,  et  recherchera  si  l'u- 
rée s'y  rencontre;  il  examinera  l'urine  dans  les  différents 
états  pathologiques ,  il  Tétudiera  chez  les  divers  animaux 
soumis  à  des  régimes  différents,  et  il  arrivera  peut-être  à  re- 
lier la  présence  ou  l'absence  de  ce  principe  à  quelques  phéno- 
mènes physiologiques,  à  quelque  fonction.  Le  physiologiste 
recherchera  simplement  s'il  n'existe  pas  des  réactions ,  des 
caractères  particuliers  qui  lui  permettent  de  distinguer  entre 
elles  l'albumine,  la  caséine,  la  globuline ,  etc.  ;  il  pourra,  au 
moyen  de  ces  caractères ,  reconnaître  alors  ces  substances , 
les  poursuivre  partout  oii  elles  se  trouvent ,  et  leur  assigner 
un  rôle  dans  les  phénomènes  physiologiques,  sans  entrer  dans 
I.  '  Î21 


SS2    DES  HiniGinS  milÉIHATg  km  OiMilUL,  GH.  ITy  ABT.  I. 

les  discussions  chimiques  sur  la  nature  intime  de  tea  sub- 
stances. 

299.  —  Par  analyse,  nous  entendons  ici  la  séparation  des 
principes  immédiats  les  uns  d'ayec  les  autres,  et  leur  extrac- 
tion, à  l'état  dans  lequel  ils  se  trouvent  dans  l'organisme. 

Par  analyse,  on  entend  plusieurs  choses  en  chimie*  L'éty- 
■lologie  du  mot  indiquerait  qu'il  y  a  nécessairement  sépara- 
tion,  division*  Cependant  le  sens  du  mot  s'étend  aussi  i  re» 
connaître,  par  l'étude  des  caractères  d'une  substance,  à  quel 
groupe  elle  appartient,  et  qui  elle  est.  L'analyse  proprement 
dite  devrait  donc  être  la  séparation,  la  désunion  des  substances 
mélangées  ou  combinées  entre  elles. 

En  chimie,  on  a  étendu  le  mot  analyse  à  la  détermination 
en  poids  des  éléments  qui  constituent  une  substance  décom* 
posable  par  la  chaleur,  tandis  que  la  combustion  par  laquelle 
on  détermine  les  proportions  de  carbone ,  d'hydn^ène ,  d'a- 
zote et  d'o!Lygène  qui  constituent  une  substance ,  n'est  plus 
de  l'analyse,  mais  bien  la  détermination  d'un  des  caractères 
de  la  substance ,  savoir  dans  quel  rapport  se  trouvent  les 
éléments  qui  la  constituent.  Une  fois  une  substance  isolée  de 
toute  autre  par  l'analyse,  ayant  une  forme  cristalline,  se  dé- 
composant complètement  par  la  chaleur,  résistant  a  tous  les 
moyens  connus  de  séparation  ou  d'analyse ,  cette  substance 
pourra  être  considérée  comme  pure.  Là  s'arrête  l'analyse 
proprement  dite,  et  commence  l'étude  des  caractères  qui^ 
pourront  distinguer  cette  substance  et  la  faire  reconnaître 
des  autres  corps  chimiques.  Parmi  ces  caractères,  il  en  est 
un  ,  le  plus  essentiel,  qui  consiste  dans  la  composition  élé- 
mentaire du  corps  qu'on  étudie.  On  le  détermine  en  brûlant 
la  substance  avec  des  matières  qui  oxydent  son  carbone,  son 
hydrogène,  qu'on  peut  alors  doser  comme  acide  carbonique 
et  eau.  Pour  doser  l'azote,  on  le  transforme  en  ammoniaque 
par  la  combustion  avec  des  matières  fournissant  de  l'hydro- 
gène, ou  bien  on  le  dose  en  volume  comme  azote. 

Sans  doute  ce  dosage  des  éléments  est  indispensable;  mais 
en  le  mettant  a  la  place  qu'il  doit  occuper  dans  l'analyse 


ARALTSE  ANàTOIIQUE  ET  ANALYSE  ÉLÉmilTAttS.        S2t 

orgioique  proprement  dite ,  tout  en  conservant  une  impor* 
tance  capitale^  il  est  réduit  à  la  détermination  d'un  dei 
caraetères  d'une  substance  chimique  ;  c'est  un  moyen  pure« 
maat  mécanique  qu'il  faut  placer  à  côté  des  déterminations 
de  poids  spécifique,  de  densité  de  vapeur,  etc.  Ce  n'eti 
dâDG  point  de  l'analyse;  mais  c'est  le  moyen  le  plus  sûr  de 
reconnaître  si  une  substance,  qu'on  est  parvenu  à  isoler^  est 
déji  ccMmue,  ou  bien  s'il  n'existe  aucun  corps  semblable  en 
chimie.  Mais,  nous  le  répétons,  la  détermination  en  poids  des 
éléments  qui  cofisti tuent  une  substance  qu'on  analyse  ^  n'in* 
diquera  nullement  si  la  substance  est  isolée  ou  bien  mélan* 
gée  i  quelque  autre.  C'est  à  l'analyse  proprement  dite  à  s'a»« 
surer  par  tous  les  moyens  de  la  pureté  de  la  substance. 

800. — Cette  distinction,  que  nous  venons  d'établir,  a  été 
trop  souvent  négligée.  Ainsi,  dès  qu'on  fut  arrivé  i  déter^ 
miner  la  composition  élémentaire  des  substances  organiques , 
après  avoir  soumis  à  la  combustion  tout  ce  qui  se  présen* 
tait  de  mieux  isolé,  on  analysa  des  mélanges,  et  on  alla 
jusqu'à  doser  les  proportions  de  carbone,  d'hydrogène, 
d'a20te  et  d'oxygène ,  du  sang  pris  en  masse  ;  on  voulut 
faire  tout  dépendre  de  la  composition  élémentaire,  et  les 
plus  étranges  théories  furent  bâties  sur  le  plus  ou  le  moins 
de  carbone  ou  d'oxygène  que  la  combustion  donnait  pour 
résultat. 

Prenant  des  calculs  d'atomes  et  des  conclusions  mathéma- 
tiques  pour  le  critérium  de  la  science  chimique,  l'analyse  ana- 
tomique  fut  abandonnée ,  et  à  côté  d'une  précision  souvent 
exagérée,  on  rencontrait  le  vague,  l'incertitude  la  plus  déplo- 
rable lorsqu'il  s'agissait  de  connaître  la  composition  du  corps 
de  l'honune,  alors  qu'il  aurait  fallu  trouver  des  procédés  pour 
arriver  i  la  détermination  des  principes  immédiats  qui  le  con* 
stituent. 

Par  un  contresens  inexpliquable,  les  discussions  les  plus 
stériles  sur  des  arrangements  de  chiffres ,  prirent  le  pre- 
mier rang  dans  l'opinion  des  chimistes,  tandis  que  la  partie 
la  plus  difTieile  de  la  science,  qui  demandait  aux  savants 


S24    DES  PEIMCIPES  IMMÉDIATS   EN   GÉNÉRAL,  Cil.  IV,  AET.  I. 

beaucoup  de  profondeur  et  de  diversité  dans  les  connaissan- 
ces ,  fut  abandonnée  et  prise  en  dédain  par  ceux  qui  ne 
voyaient  dans  la  chimie  organique  qu'un  tissu  de  formules. 

Par  une  conséquence  naturelle,  une  quantité  de  savants 
se  mirent  i  estimer  en  poids  les  différentes  matières  qu'ils 
croyaient  avoir  isolées.  Ainsi  il  existe  une  foule  d'analyses  de 
liquides,  soit  animaux,  soit  végétaux,  dans  lesquelles  on  dé- 
termine rigoureusement  le  poids  de  certaines  matières  quel- 
conques, plus  ou  moins  colorées,  insolubles  dans  l'alcool 
ordinaire,  tant  d'une  autre  matière  se  précipitant  par  l'alcool 
absolu  ou  l'éther,  etc.,  sans  déterminer  en  aucune  façon  de 
quelle  nature  pourrait  être  cette  substance,  si  elle  est  pure 
ou  mélangée. 

Ce  dédale  existe  encore  :  si  l'on  excepte  deux  exemples 
mémorables,  l'analyse  des  corps  gras,  par  M.  Chevreul  et 
l'analyse  du- suc  des  muscles,  par  Liebig,  il  est  impossible  de 
rencontrer  une  analyse  organique  proprement  dite. 

Eh  bien  !  la  tAclie  que  nous  nous  sommes  imposée  est  de 
chercher  à  constituer  l'analyse  organique  ;  et  nous  voulons 
voir  ici  s'il  n'existe  pas  quelques  règles  générales  qui  puis- 
sent guider  ceux  qui  voudront  entreprendre  l'étude  de  la 
composition  des  corps  organisés. 

Dans  l'analyse  organique  ou  anatomique  il  faut ,  l'avons- 
nous  dit,  chercher  à  isoler,  à  séparer  les  principes  immédiats 
sans  altérer  leur  nature ,  et  chercher  à  les  obtenir  tels  qu'ils 
existent  dans  le  corps  des  animaux. 

Il  arrive  quelquefois,  dans  certaines  circonstances,  qu'un 
principe  en  dissolution  devient  insoluble  ;  il  se  dépose  dans 
le  corps  vivant  sans  avoir  changé  autrement  que  de  caractère 
de  solubilité.  C'est  ce  qui  se  passe  dans  les  concrétions  et  les 
dépôts  de  toute  nature  qui  peuvent  se  former  dans  le  corps 
des  animaux. 

On  rencontre  donc  des  exemples  d'analyse  anatomique  en 
étudiant  le  corps  des  animaux.  Ainsi  les  dépôts  d'acide  uri- 
que,  d'oxalates,  de  phosphates,  dans  l'urine  ;  les  cristaux  de 
cholestérine  et  d'acide  margarique,  qui  se  forment  dans  les 


AlfÀLTSE  ANATOMIQUE  ET   ANALYSE  ÉLÉMBIITAIRB.         825 

produits  morbides,  représentent  parfaitement  Tétat  dMsde- 
ment  aaquel  chaque  principe  immédiat  doit  être  amené  par 
l'analyse  anatomique. 

En  effet,  dans  l'analyse  organique,  vu  l'instabilité  des  sub» 
stances  sur  lesquelles  on  agit,  on  est  obligé  de  renoncer  aux 
moyens  violents  employés  dans  l'analyse  des  substances 
d'origine  inorganique.  Ainsi,  dans  l'analyse  des  sels  inorga* 
niques,  on  a  recours  au  feu,  à  la  fusion,  à  une  température 
élevée,  à  la  volatilisation  ;  on  fait  agir  sans  crainte  alternati- 
vement les  acides,  les  bases  les  plus  énergiques  ;  il  arrive,  par 
ce  moyen ,  que  sur  les  innombrables  formes  que  les  corps 
chimiques  peuvent  prendre  par  les  diverses  combinaisons,  on 
trouve  toujours  quelques  réactions  particulières  qui  peuvent 
indiquer  la  nature,  l'espèce  des  substances  qui  sont  soumises 
à  l'analyse.  Ainsi,  de  la  chaux,  de  l'oxyde  de  fer,  pourront  être 
combinés ,  mélangés  avec  d'autres  substances,  chauffes  i 
quelque  température  que  ce  soit  ;  on  parviendra  toujours  à 
retrouver  ces  corps,  les  actions  chimiques  ne  pourront  en 
rien  les  altérer  ;  ce  sont  des  corps,  peu  complexes  il  est  vrai, 
mais  cet  exemple  peut  s'étendre  à  un  grand  nombre  de  sels  qui 
peuvent  être  ramenés  à  leur  forme  primitive  après  avoir  subi 
toutes  sortes  de  transformations. 

Cette  stabilité  est  la  base  de  l'analyse  en  chimie  inorga- 
nique ;  aussi  l'analyse  du  minéral  le  plus  compliqué  ne  pré- 
sente plus  aucune  difficulté,  et  il  existe  des  règles  positives, 
au  moyen  desquelles  on  arrive  aisément  à  connaître  la  com- 
position des  mélanges  et  des  combinaisons  les  plus  complexes. 

L'analyse  organique  repose  sur  une  base  tout  autre  ;  et 
Ton  peut  dire  qu'un  des  caractères  principaux  des  substances 
d'origine  organique,  c'est  leur  grande  instibilité. 

En  effet ,  l'inspection  seule  de  la  composition  élémentaire 
des  substances  d'origine  organique  indique  déjà  ce  caractère 
d'instabilité.  Tandis  que  les  corps  d'origine  minérale,  telles 
que  le  fer,  la  chaux,  Vacide  sulfurique,  l'acide  phosphorique,  et 
les  combinaisons  qu'elles  forment  entre  elles,  peuvent  être 
à  vdonté   décomposées,  puis  reformées ,  les  substances 


iW    DES  PBINGIPES  IMMÉDIATS  £N   GÉNÉRAL,  CH.  IV,  AMT.  1. 

organiques  pouvant  jouer  le  rôle  de  bases,  d'acides,  soot  di« 
eomiN^sées  par  l'action  la  moins  violente  ;  elles  disparaissent 
sans  qu'il  soit  possible  de  réunir  de  nouveau  leurs  éléments, 
et  de  reconstituer  la  substance  oommo  eela  sa  fait  pour  les 
sels  de  chaux  ou  les  sels  de  fer,  par  exemple»  Il  faut  recourir 
alors  &  la  matière  organisée  pour  avoir  de  nouveau  la  subt 
stance  qu'on  vient  de  détruire,  car  nous  ne  pouvons  pas 
encore  avec  les  éléments,  l'azote,  l'hydrogène,  le  carbone 
et  l'oxygène,  reconstituer  une  substance  d'origine  organique. 

La  substance  d'origine  organique  sera  donc  pour  nous  un 
l^rps  que  l'on  peut  regarder  comme  relativement  simple, 
fi'est-i-<dire  ne  pouvant  plus  se  décomposer  encore  eq  d'au* 
très  plus  simples  et  reprendre  par  une  nouvelle  combinaison 
son  état  primitif.  En  effet,  où  s'arrôterait-on,  il  faudrait  tou* 
jours  aller  jusqu'aux  éléments.  Ainsi  anatomiquement  la 
stéarine  est  une  substance  chimique  que  Ton  peut  considérer 
comme  simple ,  quoiqu'elle  puisse  se  décomposer  en  acide 
stéarique  et  en  glycérine  ;  mais  comme  on  ne  peut  plus 
réunir  de  nouveau  ces  deux  produits  de  la  décomposition ,  et 
que  même  il  y  a  eu  formation  artificielle  d'une  des  substances 
par  l'addition  d'atomes  d'eau  qui  n'existaient  pas  dans  la 
stéarine,  nous  ne  pouvons  pas  admettre  ainsi  que  la  stéarine 
soit  un  composé  comme  un  acétate  de  strychnine,  par  exem- 
ple, qui  peut  se  décomposer  et  se  reformer  à  volonté. 

Il  arrive  donc  un  moment  où  les  principes  d'origine  minérale 
ne  peuvent  plus  se  diviser  sans  éprouver  une  altération  totale 
qui  ne  permet  plus  de  régénérer  la  substance  ,  celle-ci  alors 
est  détruite  pour  toujours.  C'est  à  cette  limite  que  doit  s'ar- 
rêter l'analyse  organique ,  elle  doit  considérer  le  sucre ,  la 
cholestérine,  l'acide  urique,  l'acide  hippurique  comme  des 
corps  simples,  comme  des  principes  ou  éléments,  quoiqu'ils 
puissent  être  décomposés  en  de  plus  simples  encore,  mais 
qui,  parleur  réunion,  ne  pourraient  plus  reconstituer  le  corps 
primitif. 

C'est  donc  sur  un  certain  nombre  de  principes  seulement 
que  l'analyse  organique  doit  agir»  elle  doit  toujours  comervar 


JUIALYftB  AMATOMIQUE  ET   ANALYSE  ÉLtaSHTAIRB.         S27 

la  substance  telle  qu'elle  existait  dans  la  matière  organisée  ; 
passé  cette  limite  nous  arrivons  à  Tanalyse  chimique  propre- 
ment dite,  qui  sonde  la  composition  intime  des  corps  et  qui 
nous  enseigne  quels  sont  les  produits  de  la  décomposition 
de  la  substance  organique,  et  quelle  place  elle  4oit  occuper 
parmi  les  corps  chimiques. 

L'étude  des  principes  immédiats  nous  apprend  quelles  sont 
les  Bufastances  qui  se  rencontrent  dans  l'organisme  tant  ani<- 
mal  flpie  végétal,  elle  nous  montre  en  un  mot  ce  qui  appar- 
tient i  la  biologie  et  ce  qui  appartient  à  la  chimie  ;  elle  nous 
bit  connaître  quelles  sont  les  substances  produites  par  l'or- 
ganisme, et  quelles  sont  les  transformations  qu'elles  subis- 
sent dans  le  corps  des  plantes  et  des  animaux;  en  un  mot, 
l'étude  des  principes  immédiats  permet  de  rendre  à  la  chimie 
ce  qui  lui  appartient  uniquement ,  et  fait  entrer  dans  la  bio- 
logie une  foule  de  substances  qui  tout  en  ayant  un  côté  de 
leur  histoire  qui  est  purement  chimique,  font  désormais  partie 
des  matériaux  dontTexamen  constitue  la  science  biobgique. 

En  partant  de  ce  point  de  vue ,  on  comprendra  aisément 
que  la  plupart  des  difficultés  disparaissent ,  et  qu  il  devient 
possible  d'établir  pour  l'analyse  organique  ou  anatomique  des 
règles  qui  devront  bientôt  atteindre  la  précision  de  celles  qui 
régissent  l'analyse  chimique  proprement  dite.  En  effet ,  le 
nombre  des  substances  sur  lesquelles  on  doit  agir  devient 
très  restreint. 

Nous  avons  déjà  vu  quel  était  ie  nombre  des  principes  im- 
médiats qui  constituent  le  corps  de  l'homme  et  des  principaux 
mammifères  ;  ce  que  nous  dirons  des  différents  procédés  a 
employer  dans  l'analyse  organique  ou  anatomique  peut  éga- 
lement s'appliquer  d'une  manière  générale  aux  principes  im- 
médiats des  plantes. 


828    DES  PBINGIPES  IMMÉDUTS  EN  GÉNÉRAL,  CU.  IV,  ART.  I. 

DEUXIÈME  SECTION. 

M  L*AHALT8E  IlIlliDIATB  OU  AllATOMIQUB  D8  LA  8UBSTAMCB  0IGAKI8ÉB  TABT 
DBS  TX88U8  QUB  DES  HU1IBUI8  ;  OU  DES  MOYENS  A  L*AIDB  DESQUELS  OU  BX- 
TBAIT  DE  LA  MATIÈRE  OEGAMISÉB  LES  PEINCIFES  QUI  LA  CONSTITUBHT. 

301.  —  Les  procédés  d'extraction  des  principes  immé- 
diats, quoique  soumis  a  des  règles  générales,  diffèrent  cepen- 
dMit  entre  eux ,  suivant  la  nature  des  tissus  qu'on  analyse , 
et  aussi  d'après  la  nature  des  substances  qui  constituent  ces 
Ussus.  Ainsi  une  analyse  anatomique  ne  pourra  être  faite 
d'une  manière  rationnelle  si  Ton  ne  part  non  seulement  de  la 
nature  du  tissu  ou  de  l'humeur,  mais  encore  si  l'on  ne  s'en- 
quiert  de  l'état  physiologique  ou  anormal  de  l'animal,  et  d'où 
provient  le  liquide  ou  le  tissu  que  l'on  doit  analyser.  Il  a  été 
suffisamment  démontré  par  l'expérience  qu'il  était  impossible 
de  répondre  par  une  analyse  faite  par  un  chimiste  d'une  urine, 
d'un  sang,  d'une  tumeur,  aux  questions  du  physiologiste  ou 
du  médecin  ;  aussi  la  première  condition  de  l'analyse  est  la 
connaissance  exacte  des  conditions  qui  ont  concouru  à  la  for- 
mation du  liquide  à  analyser,  ou,  en  d'autres  termes,  de 
savoir  dans  quel  état  se  trouvait  le  corps  d'où  il  provient. 

302.  — Une  fois  les  rapports  qui  relient  le  tissu  ou  l'humeur 
à  analyser  au  corps  de  l'animal  connus,  il  reste  à  en  examiner 
la  nature  anatomique  au  point  de  vue  de  la  texture,  de  l'état 
solide  ou  fluide  ou  demi-liquide.  De  cet  examen  sortira  déjà 
une  classification  naturelle;  ainsi,  si  la  matière  est  solide, 
on  saura  qu'on  peut  rencontrer  : 

I.  Des  substances  solides  ne  pouvant  être  dissoutes  ni 
dans  l'eau,  ni  dans  l'alcool,  ni  dans  l'éther,  ne  pouvant  pas 
cristalliser,  et  ne  changeant  pas  de  forme  lorsqu'on  les  sépare 
mécaniquement  de  matières  qui  les  accompagnent:  telles  sont 
la  fibrine,  la  musculinc,  l'osséine,  etc.  Ces  principes  existent 
à  l'état  de  pureté  parfaite,  et  ne  peuvent  être  isolés  que  méca- 
niquement par  le  scalpel,  et  purifiés  par  des  lavages  à  l'eau 
et  à  l'alcool  qui  enlèvent  les  sels  et  les  graisses  qui  les  accom* 


OOmODIT  CM  LES  EXTBAIT  DE  LA  MATIÈRE  OROAMISÉB.    829 

pagoent.  Pour  ces  principes,  Tanalyse  ne  va  donc  pas  plus 
loin  qu'une  séparation  mécanique. 

SOS . — U.  On  rencontre  ensuite  des  substances  solides  dépo- 
sées à  l'état  de  pureté,  cristallisées  ou  amorphes  .  tels  sont  la 
cbolestérine  dans  les  cas  morbides,  les  urates  dans  les  sédi- 
ments, l'acide  urique,  les  phosphates  de  chaux,  l'oxalate  de 
chaux,  la  cystine.  Ces  principes  sont  en  général  à  Tétat  de  pu- 
reté parfaite  ou  mélangés  mécaniquement.  L'analyse,  dans  ce 
cas,  consiste  d'abord  à  les  séparer  mécaniquement  les  uns 
des  autres  et  ensuite  à  étudier  leurs  différents  caractères. 
L'examen  microscopique  indiquera  dans  le  plus  grand  nombre 
des  cas  quel  est  le  principe  auquel  on  a  affaire.  Dans  d'autres 
cas,  il  faudra  redissoudre  le  dépôt  qu'on  a  isolé  sur  un  petit 
filtre,  soit  dans  l'eau,  soit  dans  Talcool  bouillant  ;  s'il  se  dis- 
sout quelque  chose  dans  un  de  ces  véhicules,  on  décante  le 
liquide,  et  par  le  refroidissement  les  cristaux  se  reforment. 
C'est  ce  qui  arrive  pour  les  dépôts  formés  d'acide  urique  ou 
d'urates  alcalins  qui  se  dissolvent  en  partie  dans  l'eau  bouil- 
lante et  cristallisent  par  le  refroidissement. 

Ainsi  les  dépôts  peuvent  être  formés  de  : 


Adde  urique. 

Urates  de  soude,  de  potasse  ou  d*am- 

mooiaque. 
Urates  de  chaux,  de  magnésie. 
Oialate  de  chaux. 
Phosphate  de  chaux. 
Phosphate  ammoniaco-magnésien. 


Cystine. 

Carbonate  de  chaux. 
Phosphate  de  magnésie. 
Cholestérine. 
Adde  morgarique. 
Adde  stéarique. 


Tous  ces  principes  sont  cristallisables  et  peuvent  être  ra- 
menés à  des  formes  parfaitement  définies,  en  les  redissolvant 
dans  certains  véhicules. 

SOA.  —  Dans  l'analyse  qu'on  a  appelée  microchimique  ^  on 
indique  des  procédés  pour  reconnaître  ces  diverses  substances, 
mais  on  est  bien  loin  d'être  arrivé  a  la  précision  que  permet  la 
connaissance  approfondie  des  principes  immédiats.  Ainsi,  une 
cause  d'erreurs  des  plus  graves  gtt  dans  la  manière  dont  on 
examine  ces  dépôts  sous  le  microscope  ;  on  sépare  incomplé- 
lament  la  partie  solide  du  liquide,  et  on  place  le  résidu  sur 


3S0      DB8  PftJMCIPBi  imiÉDlATS  £N  GÉNÉRAL,  Ui.  IV,  ART.  1. 

la  lame  de  Terre  posée  sous  le  microscope.  On  ajoute  au 
pôt  placé  dans  le  champ  du  microscope  une  goulla  d'acide 
a<iétiqua  ou  cblorhydrique,  et  suivant  ce  qui  se  passe,  on  croit 
ponvoir  décider  qu'on  a  des  phosphates,  ou  des  urates,  ou 
dis  oxalates,  etc. 

Malheureusement  pour  ce  mode  d'analyse ,  les  réactions 
chimiques  ne  sont  pas  aussi  obéissantes,  et  il  faut  beaucoup 
de  bonne  volonté  pour  se  satisfaire  d'un  pareil  examen.  En 
effBt,  la  présence  du  liquide,  que  ce  soit  de  Turine  ou  une 
autre  humeur,  rend  impossible  toute  réaction  nette;  l'urine, 
lorsqu'elle  est  concentrée,  peut,  dans  certaines  circonstances, 
éonner  un  précipité  par  les  acides  ;  les  oxalates,  lorsqu'ils  ne 
sont  pas  de  récente  formation,  ne  se  dissolvent  pas  dans  les 
acides  avec  la  même  facilité  que  dans  d'autres  circonstances. 
Par  le  mélange  des  substances  qui  forment  lesdépàts  et  par  la 
présence  du  liquide  dans]  lequel  elles  se  trouvent,  il  est  donc 
impossible  de  faire  une  bonne  analyse  sous  le  microscope  si 
Ytm  ne  prend  pas  beaucoup  de  précautions.  Il  est  vrai  que,  dans 
certains  cas,  il  est  très  facile  de  reconnaître  certains  prin- 
cipes, mais  nous  voulons  arriver  à  une  précision  qui  ne  per- 
mette aucun  doute  sur  la  nature  des  substances  qui  forment 
un  dépôt  quelconque. 

305. — Le  premier  acte  de  l'analyse  consistera  donc  ici  i  sé- 
parer complètement  sur  un  petit  filtre  le  dépôt  qu'on  voudra  étu- 
dier, de  quelque  nature  qu'il  soit  ;  il  faudra  ensuite  }e  laver 
avec  quelques  gouttes  d'eau  distillée.  On  prendra  ensuite  avec 
une  lame  de  platine  une  petite  quantité  du  dépôt  qu'on  cbauf- 
Um  à  la  flamme  d'une  lampe.  Il  pourra  arriver: 

l''  Que  la  masse  reste  intacte  et  ne  se  transforme  pas  a  la 
chaleur  rouge  ; 

2*  Que  la  masse  se  noircisse,  se  gonfle,  et  qu'il  reste  ce- 
pendant a  la  fin  un  résidu  blanc  fixe  à  la  chaleur  rouge  ; 

S""  Que  la  masse  se  charbonne,  brûle  et  disparaisse  com- 
plètement. 

Dans  le  premier  cas,  le  dépôt  sera  uniquement  composé  de 
substances  inorganiques  inaltérables  i  la  chaleur  rouge;  cela 


COMMBMT  bN   LES  E1T1UIT   DE  LA  MATIÈRE  ORGAHISÉB.     SU 

noas  indique  que  nous  avons  du  phoêpkate  de  ehaux  ou  du 
earhtmatê  de  ehaux  ou  de  magnéeie^  ou  du  pkoêpkaie  de  m«- 
gnésie;  en  effet  ce  flont  les  seuls  principes  immédiats  qui 
soient  insolubles  dans  l'eau  et  inaltérables  par  la  chaleur 
rouge. 

Dans  le  second  cas,  le  dépôt  qui  a  été  décomposé  en  partie 
seulement  pourra  être  formé  par  de  Vurate  de  eoude^  de  p^h- 
îaete^  de  chaux  ou  de  magnésie,  A*oxalaie  de  ekatuc^  ou  de 
phosphate  ammoniaco-magnésien,  seuls  principes  pouvant  se 
précipiter  ainsi ,  et  se  décomposant  en  partie  par  la  chaleur 
rouge. 

Dans  le  troisième  cas,  le  dépôt  disparaît  complètement  à 
la  chaleur  rouge. 

Acide  urique,  urate  d'ammoniaque,  cystine,  cholestérine, 
acide  margarique,  acide  stéarique ,  principes  qui  se  décom* 
posent  complètement  à  la  chaleur  rouge. 

Voilà  déjà  le  dépôt  placé  dans  un  de  ces  trois  groupes. 
Nous  pouvons  alors  en  faire  l'analyse,  en  admettant,  pour 
plus  de  simplicité,  qu'il  ne  contiendra  que  des  substances 
appartenant  au  même  ordre. 

S06.  —  Le  dépôt  ne  s'altère  pas  à  la  chaleur  rouge. 

On  en  place  un  peu  sous  le  microscope,  dans  un  verre  de 
montre,  et  on  l'humecte  avec  une  goutte  d'acide  acétique  : 
s*il  se  dégage  une  grande  quantité  de  bulles  d'air  visibles 
au  microscope,  on  aura  un  carbonate  de  chaux  ou  de  magné- 
sie; s'il  ne  s'en  dégage  point,  ce  sera  un  phosphate  également 
de  chaux  ou  de  magnésie;  en  ajoutant  à  la  solution  du  phos- 
phate ou  du  carbonate  dans  de  l'acide  quelques  gouttes 
d'oxalate  d'ammoniaque,  et  neutralisant  par  l'ammoniaque, 
on  aura  un  précipité  si  c'est  de  la  chaux,  et  point  de  pré- 
cipité pour  la  magnésie. 

307.  —  Le  dépôt  se  décompose  en  partie  par  la  chaleur. 

On  place  le  précipité  dans  un  verre  de  montre,  et  on  le 
délaye  avec  de  l'eau  distillée  ;  le  verre  de  montre  est  posé 
sur  un  petit  bain-marie  dont  l'eau  bout.  Le  précipité  se  dis- 
sout ;  on  concentre  un  peu  la  liqueur,  et  l'on  en  place  une 


SS2^  DBS  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CU.  IV,  ART.  1. 

goutte  SOUS  le  microscope.  Par  le  refroidissement,  il  se  for- 
mera des  cristaux  composés  d*urate  de  potasse,  d'urate  de 
soude  ou  d'urate  de  chaux,  ou  de  magnésie.  Gomme  l'exa- 
men des  cristaux  pourrait  peut-être  ne  pas  suffire ,  on  a  re- 
cours à  un  examen  ultérieur  :  ainsi,  pour  s'assurer  si  c'est  bien 
un  urate ,  on  l'humecte  sur  une  lame  de  platine  avec  de  l'a- 
cide azotique ,  et  l'on  dessèche  le  mélange  au-dessus  d'une 
flamme  de  lampe  à  l'alcool,  en  ayant  soin  de  ne  pas  brûler  la 
masse  ;  lorsqu'elle  est  sèche,  on  verse  sur  ce  résidu  une  goutte 
d'ammoniaque.  Le  tout  prend  une  magnifique  couleur  pour- 
pre, lorsque  c'est  un  urate  qu'on  analyse. 

On  reconnaît  si  c'est  un  urate  de  soude,  ou  de  potasse,  ou 
de  magnésie,  en  brûlant  un  peu  de  la  masse;  le  résidu  est 
dissous  par  une  goutte  d'eau  ;  s'il  reste  insoluble,  c'est  de  la 
magnésie:  donc  urate  de  magnésie.  S'il  se  dissout,  c'est  de 
la  soude  ou  de  la  potasse  :  on  place  une  goutte  de  la  solution 
sous  le  champ  du  microscope  et  l'on  y  ajoute  une  goutte  de 
chlorure  de  platine  ;  s'il  se  forme  un  précipité  jaune  composé 
de  cristaux  octaédriques ,  c'est  de  la  polasse  :  donc  urate 
de  potasse  ;  s'il  n'y  a  point  de  précipité ,  c'est  de  Turate  de 
soude. 

Le  précipité  est  insoluble  dans  l'eau  bouillante  :  oxalate  de 
chaux  ou  phosphate  ammoniaco-magnésien  ;  il  se  dissout  dans 
une  goutte  d'acide  chlorhydrique ,  puis  reparait  lorsqu'on 
neutralise  l'acide  qu'on  a  ajouté,  par  quelques  gouttes  d'am- 
moniaque :  l'examen  microscopique  des  cristaux  formés  in- 
dique auquel  des  deux  sels  on  a  affaire. 

308.  — Le  dépôt  disparaît  complètement  par  l'action  de 
la  chaleur. 

On  le  traite  par  un  peu  d'eau  que  l'on  fait  bouillir  ;  il  se 
dissout  en  partie  par  le  refroidissement ,  l'eau  dépose  des 
cristaux  à* acide  urique  reconnaissables  au  microscope;  on 
répète  de  plus  ici  Texpérieuce  que  nous  avons  indiquée  pour 
reconnaître  les  urates ,  savoir  la  production  de  la  couleur 
pourpre  par  l'action  de  l'acide  azotique  et  de  l'ammoniaque. 

Le  précipité  insoluble  dans  l'eau  se  dissout  dans  l'alcool 


comnaiT  on  les  extrait  de  la  matière  orqamiséb.   8SS 

bouillant  ;  par  le  refroidissement,  il  se  forme  des  cristaux  de 
cholestérine,  d'acide  stéarique  ou  margarique,  substance  qu'il 
est  aisé  de  distinguer  au  microscope. 

809.  —  III.  Matières  solides ,  molles  (  graisseuses  ) ,  ne 
pouvant  pas  être  isolées  mécaniquement,  et  formant  un  mé* 
lange  intime. 

Les  principes  immédiats  qui  constituent  les  suifs  et  les 
graisses  ne  présentent  dans  l'organisme  aucune  forme  cris- 
talline, et  ne  peuvent  pas  être  séparées  par  le  scalpel  ou  par 
des  lavages  à  l'eau.  Ces  principes  possèdent  des  propriétés 
tellement  semblables ,  qu'il  a  fallu  de  grands  efiorts  pour 
parvenir  à  les  séparer  les  uns  des  autres ,  c'est-à-dire  à  ana- 
lyser les  tissus  qu'ils  forment  par  leur  mélange.  Les  suifs 
présentent,  en  cflet,  des  caractères  organiques  qui  n'ont  leur 
analogue  nulle  part  ailleurs.  Ainsi,  il  est  reconnu  que  le  suif 
de  bœuf,  par  exemple,  est  composé  de  trois  substances  :  la 
stéarine ,  la  margarine  et  l'oléine.  Deux  de  ces  substances 
sont  solides  et  ne  fondent  qu'à  une  température  assez  éle« 
vée  ;  la  troisième ,  l'oléine ,  est  une  substance  liquide ,  une 
huile  limpide,  ne  pouvant  se  solidifier  qu'à  une  très  basse 
température.  Il  semblerait  que  rien  n'est  plus  simple  que 
d'extraire  cette  huile  par  la  pression,  ou  par  le  contact 
prolongé  avec  quelque  corps  poreux,  tel  que  le  papier  brouil- 
lard; point  du  tout;  quelque  soin  que  l'on  prenne  il  sera 
impossible  d'enlever  au  suif  une  trace  d'oléine.  Si  on  graisse 
du  papier  brouillard  par  la  pression  à  une  douce  chaleur,  la 
portion  retenue  par  le  papier  sera  également  composée  dtt 
mélange  des  trois  substances,  et  cela  dans  les  proportions  qui 
constituent  le  suif  tel  qu'il  était  avant  l'opération. 

La  première  opération  dans  l'analyse  d'un  tissu  graisseux 
consiste  à  en  extraire  le  suif;  pour  cela  il  faut  faire  macérer 
la  masse  graisseuse  dans  de  l'eau  bouillante  et  la  broyer  pour 
en  faire  sortir  le  suif  retenu  dans  les  cellules.  La  graisse,  de- 
venue libre,  surnage  à  la  surface  de  l'eau  ;  elle  se  prend  par 
le  refroidissement  en  un  gâteau  que  l'on  enlève.  Les  suifs 
contiennent  toujours  de  l'oléine,  de  la  stéarine  et  de  la  mar- 


58A     Mi  PiUKGIPBS  nmÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  IV,  ÀftT»  1. 

garine;  ces  deux  dernières  substances  varient  en  quantiléi 
suivant  la  nature  du  tissu,  suivant  la  partie  du  corps  et  sui* 
vant  ranimai  auquel  il  appartient.  Pour  parvenir  à  distinguer 
ces  principes,  on  dissout  un  petit  morceau  du  gâteau  de  suif 
dans  de  Talcool  absfolu,  bouillant:  tout  se  dissout.  Lorsque 
l'aFcool  se  refroidit  on  voit  se  former  des  cristaux  ;  ceux  qui 
se  déposent  les  premiers,  avant  même  que  Talcool  soit  com- 
plètement froid,  sont  formés  de  stéarine.  La  margarine  cristal- 
lise un  peu  après.  Il  est  facile  de  distinguer  ces  deux  substan- 
ces par  Texamen  au  microscope.  L*oléine  reste  en  dissolution 
dans  l'alcool  et  s'attache  aussi  aux  cristaux  de  stéarine  et  de 
margarine.  On  l'extrait  en  pressant  ceux-ci  dans  du  papier 
brouillard  ;  l'oléine  est  absorbée  par  le  papier  d'où  on  peut 
l'enlever  en  le  traitant  par  l'éther. 

Ce  mode  d'analyse  peut  suffire  dans  certains  cas ,  mais  il 
est  infiniment  préférable  de  transformer  le  suif  en  savon  par 
rébullition  avec  une  dissolution  étendue  de  soude  ou  de  po- 
tasse ,  l'oléine ,  la  margarine  et  la  stéarine  se  transforment 
alors  en  acide  oléique,  stéarique  et  margarique  combinés  i 
la  base  que  l'on  a  employée  ;  la  dissolution  de  savon  est  en- 
suite décomposée  par  de  l'acide  chlorhydrique  ;  on  peut  alors 
étudier  les  caractères  des  acides  stéariques ,  margariques  et 
oléiques  qu'il  est  infiniment  plus  facile  de  séparer  les  uns  des 
autres ,  et  dont  les  caractères  sont  beaucoup  plus  tranchés 
que  pour  la  stéarine,  margarine,  oléine  d'où  ils  proviennent. 

Il  suffit,  pour  isoler  ces  trois  acides,  de  dissoudre  le 
mélange  dans  de  l'alcool  absolu  bouillant.  Par  le  refroidisse- 
ment de  la  liqueur,  et  avant  même  qu'elle  ne  soit  complète- 
ment froide,  il  se  dépose  des  cristaux  d'acide  stéarique  qu'on 
peut  séparer  de  suite  ;  l'acide  margarique  cristallise  un  peu 
après  ;  quant  à  l'acide  oléique,  il  reste  dans  la  dissolution. 

n  est  facile ,  au  moyen  du  microscope,  de  distinguer  les 
deux  acides  stéarique  et  margarique.  Ces  deux  acides  sont 
très  difficiles  a  séparer  l'un  de  l'autre ,  et  ne  peuvent  être 
parfaitement  isolés  qu'au  moyen  de  cristallisations  successives. 

L'acide  stéarique  fond  à  76%  et  l'acide  margarique  à  56*  ; 


Gomurr  on  lis  kitbait  de  la  lUTiiii  oftOAinaÉi.   tB6 

on  pourra  considérer  comme  parfaitement  pur  Tacide  qui  se 
fondra  juste  à  Tun  de  ces  points  de  fusion. 

Les  mélanges  de  cet  deux  acides  fondenti  suivant  les  pro- 
portions dans  lesquelles  ils  se  trouvent  mélangés,  à  des  degrés 
différents  mais  constants  pour  les  mêmes  mélanges^  U  a  été 
possible  d'établir  des  tables  de  fusibilité ,  que  Ton  doit  i 
M.  Gottlieb  (1). 

Ackk  Hiftriqae.      Adde  mafSAiiqOf.      Pttet  4s  fmkm. 


i) 

30 

parUef  lur 

10 

parties 

6S,*5 

2) 

35 

— 

10  . 

— 

65* 

3) 

SO 

— 

10 

— 

64* 

*) 

19 

— 

10 

— 

61« 

5) 

10 

— 

10 

— 

58* 

6) 

10 

— 

15 

— 

sr 

^) 

10 

— 

20 

— 

56/5 

8) 

iO 

— 

25 

— 

5S/8 

9) 

10 

— 

30 

— . 

sr 

L'acide  olcique  se  reconnaît  facilement  à  son  état  liquidi« 
Pour  l'obtenir  parfaitement  pur,  on  le  sature  avec  un  peu  de 
litharge  pour  le  transformer  en  savon  de  plomb;  ce  savon  se 
dissout  dans  Téther,  tandis  que  les  stéarates  et  les  margarates 
de  plomb  ne  se  dissolvent  pas  dans  ce  véhicule.  Au  moyen 
d'hydrogène  sulfuré  l'oléate  de  plomb  est  décomposé  ;  l'acida 
oléique  est  alors  à  l'état  parfaitement  pur. 

Il  n'y  a  de  graisses,  à  proprement  parler  ,  que  celles  qui 
composent  les  suifs.  Les  autres  substances,  telles  que  lacho^ 
lestérine,  la  cétine,  la  séroline,  etc.,  quoique  ayant  quelques 
propriétés  analogues  à  celles  qui  caractérisent  les  graisses^ 
sont  cependant  des  substances  à  part ,  jouant  un  tout  autr0 
f(Ae  dans  l'organisme,  et  elles  ne  peuvent  être  isolées  par  leâ 
moyens  que  nous  venons  d'indiquer. 

810.  —  IV.  Principes  pouvant  se  trouver  en  dissolution 
dans  les  liquides  animaux. 

Ce  sont  les  suivants  : 

(1)  GoTTLiBB,  Ann.  derch»  undpharm»^  1S45,  Bd,  57,  t.  S5. 


SSd     DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  IV,  ART,  f. 


1.  Chlonire  de  sodiam. 

30. 

Allantoldine. 

2.  Chlorure  de  poUissium. 

31. 

Leucioe. 

3.  Chlorhydrate  d'ammoniaque. 

32. 

Créatine. 

4.  Carbonate    d'ammoniaque. 

33. 

Créatinine. 

5.  Bicarbonate  d'ammoniaque. 

34. 

Adde  pneumique. 

6.  Carbonate  de  potasse. 

35. 

Pneumate  de  soude. 

7.  Bicarbonate  de  potasse. 

36. 

Acide  stéarique. 

S.  Carbonate  de  soude. 

37. 

Acide  margarique. 

9.  Bicarbonate  de  soude. 

38. 

Adde  oléique. 

10.  Sulfate  de  potasse. 

39. 

Sels  de  soude  ou  de  potifse  des 

il.  Sulfate  de  soude. 

acides  gras. 

13.  Sulfate  de  chaux. 

40. 

Choléate  de  soude. 

13.  Phosphate  neutre  de  soude. 

41. 

Hyocholinate  de  soude. 

14.  Phosphate  acide  de  soude. 

42. 

Glyoocholate  de  soude. 

15.  Phosphate  de  potasse. 

43. 

Cholestérine. 

16.  Phosphate  basique  de  chaux. 

44. 

Oléine. 

17.  Acide  lactique. 

45. 

Séroline. 

18.  Lactate  de  potasse. 

46. 

Margarine. 

19.  Lactate  de  soude. 

47. 

Stéarine. 

20.  Lactate  de  chaux. 

48. 

Phocénine. 

21.  Acétate  de  soude. 

49. 

Sucre  de  foie. 

22.  Urate  de  potasse. 

50. 

Sucre  de  lait. 

23.  Urate  de  soude. 

51. 

Fibrine. 

24.  Acide  hippurique. 

52. 

Albumine. 

25.  Hippurate  de  chaux. 

53. 

Albuminose. 

26.  Hippurate  de  soude. 

54. 

Caséine. 

27.  Hippurate  de  potasse. 

55. 

Pancréatine. 

28.  Inosate  de  potasse. 

56. 

Mucosines. 

29.  Urée. 

En  parcourant  la  liste  des  substances  qui  peuvent  se  trou- 
ver à  rétat  de  solution  dans  les  liquides  animaux,  on  est  tout 
d*abord  frappé  d'y  voir  des  substances  tout  à  fait  insolubles 
dans  Teau,  comme  des  graisses  et  certains  sels.  Mais  on  verra 
plus  loin  qu'il  existe  d'apparentes  anomalies  qui  peuvent  très 
bien  s'expliquer  par  l'action  de  dissolution  réciproque 
qu'exercent  les  sels  les  uns  sur  les  autres  :  ainsi,  pour  la  sé- 
roline, on  verra  qu'elle  est  dissoute  dans  le  sang,  mais  qu'elle 
est  néanmoins  insoluble  dans  Tcau  ;  dans  le  sang  elle  est  par- 
faitement dissoute,  quoiqu'elle  ne  soit  combinée  à  aucun  sel, 
et  cependant  c'est  une  substance  parfaitement  insoluble  dans 
l'eau  (1). 

Il  semblerait  aussi ,  au  premier  abord ,  que  rien  n'est  plus 
facile,  un  certain  nombre  de  substances  étant  données,  pou- 
vant se  trouver  dissoutes  dans  un  liquide ,  d'arriver  à  isoler 


(1)  Verdeil  et  Mabcet,  Recherches  sur  les  principes  immédiats,  etc.  {Joum. 
de  cAtm.  el  de  pharm.,  t.  XX,  1851). 


GOMIODIT  ON  LES  EXTRAIT  DE  LA  MATIÈRE  ORGAlflBÉB.    SS7 

toutes  celles  qui  s'y  trouvent,  en  partant  des  caractères  chi- 
miques de  ces  substances ,  de  leur  solubilité  dans  l'eau ,  Tal- 
cool,  etc. ,  de  leur  plus  ou  moins  grand  degré  de  stabilité,  de 
leur  facilité  de  cristallisation,  etc.  ;  en  un  mot,  il  semblerait 
qu'il  faille  procéder  comme  on  le  fait  pour  l'analyse  d'un 
liquide  contenant  des  sels  minéraux ,  en  cherchant  à  rendre 
insolubles  les  différents  principes,  et  en  les  séparant  au 
moyen  de  la  dissolution  dans  l'alcool ,  l'éther,  etc. 

On  commencerait  ainsi  par  évaporer  le  liquide  pour  en  chas- 
ser l'eau,  puis  on  traiterait  le  résidu  par  de  l'éther,  puis  de  l'al- 
cool absolu,  puis  de  l'alcool  ordinaire,  puis  de  l'eau.  Gomme 
un  grand  nombre  de  substances  sont ,  à  l'état  de  pureté ,  so- 
lublesdans  l'un  de  ces  véhicules  et  insolubles  dans  un  ou  tous 
les  autres,  on  devrait  arriver  à  les  séparer;  mais  non,  on 
n'obtient,  par  ce  procédé,  aucun  principe  immédiat  pur,  mais 
bien  des  mélanges  qu'on  a  appelés  substances ,  matières  ex- 
tractives,  extraits ,  et  qu'on  a  considérés  longtemps  comme 
la  limite  à  laquelle  devait  s'arrêter  l'analyse. 

Ainsi,  dans  tous  les  livres  dits  de  chimie  physiologique,  à 
propos  de  l'analyse  du  sang,  'le  l'urine,  des  sucs  végétaux,  etc. , 
on  trouve  estimées  en  poids  iv  natières  extractives  solubles 
dans  l'éther,  l'alcool  anhydre  ou  hydraté  et  l'eau.  On  a  même 
donné  des  noms  à  ces  extraits,  on  les  a  nommés  osma-^ 
xôme ,  etc. 

Il  est  vrai  que  beaucoup  de  chimistes  répudient  ces  ana- 
lyses et  regardent  à  juste  titre  ces  extraits  comme  des  pro- 
duits de  décomposition  des  principes  qui  existaient  dans  l'hu- 
meur qu'on  a  analysée. 

Les  physiologistes,  de  leur  côté,  sentent  que  de  pareilles 
analyses  ne  sont  pas  des  réponses  à  leurs  questions,  et  ils 
désespèrent  de  l'utilité  de  la  chimie  dans  les  explorations 
physiologiques. 

Les  uns  et  les  autres  renoncent  alors  à  analyser  les  hu- 
meurs, et  cherchent  plutôt  des  réactions,  trompeuses  pour  la 
plupart,  qui  puissent  leur  indiquer  tout  de  suite,  par  un  chan- 
gement soit  de  couleur,  soit  d'un  autre  caractère,  la  présence 

L  2i 


SS8      DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  IV,  ART.  I. 

d'une  substance  qu'ils  soupçonnent  exister.  Certains  chimis- 
tes répondent  qu'il  n'y  a  rien  à  faire ,  et  pour  excuser  leur 
peu  de  persévérance  dans  l'étude  des  liquides  animaux ,  ils 
répondent  invariablement  que  les  substances  qu'on  pourrait 
extraire  du  corps  sont  des  produits  de  décomposition  :  ré- 
ponte plus  facile  et  moins  laborieuse  que  celle  qui  résulterait 
de  recherches  sérieuses.  Entre  ces  deux  exagérations,  celle 
qui  consiste  à  considérer  ces  produits  altérés  comme  le  résultat 
de  l'analyse,  et  celle  qui  déclare  que  les  substances  organiques 
sont  tellement  instables  qu'il  est  impossible  de  les  isoler  par 
l'analyse  et  de  les  obtenir  telles  qu'elles  existent  dans  les 
liquides  animaux,  il  se  trouve  un  juste  milieu  vrai. 

Il  est  possible  et  même  aisé  d'isoler  les  principes  immédiats 
en  dissolution  dans  les  liquides,  et  il  est  possible  de  le  faire 
sans  altérer  leur  nature,  de  manière  qu'on  les  obtienne 
tels  qu'ils  se  rencontrent  dans  l'organisme.  Mais  on  ne  peut 
pas  considérer  une  matière  quelconque,  un  précipité  produit 
par  l'alcool,  par  exemple,  comme  une  substance  isolée  et 
devant  être  considérée  comme  un  principe  faisant  partie  du 
liquide  d'où  on  l'a  extraite. 

En  se  plaçant  sur  ce  terrain,  l'analyse  des  liquides  animaux 
est  possible;  surtout  si  l'on  tient  compte  des  propriétés  chi- 
miques des  substances  qui  les  constituent ,  et  des  particula- 
rités inhérentes  à  des  mélanges  aussi  compliqués. 

Hemarquefl  applicables  à  l'analyie  de  tous  les  liquides  anîmaak. 

311.  —  Outre  les  humeurs  telles  que  le  sang,  l'urine,  etc., 
on  peut,  par  trituration  et  expression  des  tissus,  mélangés  à 
une  quantité  d'eau  convenable,  obtenir,  sous  forme  de  sérum, 
la  partie  liquide  dont  les  éléments  anatomiques  sont  imbibés. 
Cette  partie  liquide  des  éléments  est  ce  qu'on  a  quelquefois 
appelé  suc  nourricier  :  c'est  une  portion  de  la  matière  qui 
constitue  les  fibres,  cellule,  etc.;  elle  en  fait  partie  au  même 
titre  que  la  portion  solide  qu'on  ne  peut  pas  exprimer  sous 


OM   LES  EXTRAIT   DE   LA   MATIÈRE  ORGANISÉB.     SS6 

kfrme  de  suc,  et  sans  elle  les  éléments  ne  sont  rien  au  môme 
titre  que  s'ils  manquaient  de  principes  solides. 

Des  muscles,  des  glandes,  etc.,  on  peut  donc  enlever  par 
Têtu  des  sucs  particuliers  qui  peuvent  être  analysés  tout 
comme  une  humeur. 

La  première  chose  à  faire  pour  isoler  les  principes  qui 
sont  en  solution  dans  un  liquide,  est  de  chercher  à  diminuer 
la  quantité  d*eau  qui  leur  a  fait  prendre  Fétat  de  solution, 
afin  d'arriver  au  moment  où,  la  quantité  d*eau  étant  deve- 
nue moindre,  certains  principes  ne  pouvant  plus  rester  en 
dissolution  se  déposent  sous  la  forme  cristalline. 

Ceci  est  la  base  de  l'analyse  des  liquides  animaux ,  mais 
l'application  de  ce  procédé  n'est  pas  aussi  simple  qu'il  le 
paraîtrait  tout  d'abord. 

n  existe  dans  la  plupart  des  liquides  animaux  de  l'albu- 
mine en  dissolution  ;  cette  albumine  se  coagule  lorsqu'on  éva- 
pore le  liquide  qui  le  renferme ,  et  se  dépose  à  l'état  inso- 
luble. 

812.  —  La  première  opération  de  l'analyse  d'un  liquide 
consistera  donc  toujours  à  essayer  s'il  renferme  de  l'albu- 
mine, et  à  coaguler  cette  albumine  par  la  chaleur.  Une  fois 
qu'elle  est  devenue  insoluble,  on  filtre  pour  la  séparer  du 
liquide. 

Avant  d'évaporer  le  liquide ,  il  faut  encore  s'assurer,  au 
moyen  d'un  papier  à  réactif ,  si  la  liqueur  est  acide ,  neutre 
ou  alcaline.  Est-elle  acide  ou  alcaline,  il  faut  la  neutraliser, 
afin  que  l'acide  ou  l'alcali  libre  ne  puisse  en  aucune  manière 
altérer  les  substances  à  analyser. 

Mais,  dira-t-on ,  voilà  déjà  des  substances  étrangères  que 
vous  ajoutez  à  votre  liquide ,  comment  pourrez-vous  ensuite 
distinguer  entre  ces  substances  et  celles  qui  existent  déjà? 

Pour  toute  personne  ayant  fait  une  analyse  chimique  quel- 
conque ,  il  est  avéré  qu'il  est  impossible  de  faire  directement 
l'analyse  d'un  liquide  un  peu  compliqué  par  la  diversité  des 
substances  qu'il  contient,  ces  substances  fussent-elles  toutes 
inorganiques  comme  dans  une  eau  minérale;  on  est  tou- 


SAO     DBS  PRmCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉ:<ÉRAL,  GH.  IV,  ART.  I. 

jours  obligé,  pour  répondre  à  certaines  questions,  de  faire 
certains  essais  accessoires. 

Ainsi,  pour  notre  liquide,  s'il  est  acide ,  nous  ajouterons  un 
peu  d'eau  de  baryte  pour  le  neutraliser  :  la  baryte  n'est  pas 
un  principe  existant  dans  le  corps  des  animaux  ;  de  plus,  la 
baryte  peut  être  ensuite  complètement  éliminée,  si  cela 
était  nécessaire,  au  moyen  d'eau  acidulée  par  l'acide  sulfu- 
rique. 

De  plus,  si  l'on  veut  savoir  quelle  est  la  base  dont  la  baryte 
a  pris  la  place ,  en  admettant  qu'elle  se  combine  avec  un 
acide  d'un  sel  existant,  on  pourra  calciner  un  peu  du  li- 
quide, primitif  et  les  cendres  indiqueront  potasse,  chaux , 
soude,  etc. 

La  baryte  est  préférée  à  toute  autre  base  comme  pouvant 
être  éliminée  facilement. 

Le  liquide  est-il  alcalin ,  on  ajoutera  prudemment  un  peu 
d'eau  acidulée  par  l'acide  sulfurique  jusqu'à  neutralisation 
parfaite. 

L'acide  sulfurique  est  employé  de  préférence  comme  pou- 
vant être  éliminé  très  facilement  par  la  baryte  ou  un  de  ses 
sels. 

Le  liquide  ainsi  neutralisé,  débarrassé  de  son  albumine  s'il 
en  contenait,  est  placé  dans  une  capsule  chaufTée  au  moyen 
d'un  bain-marie  ;  l'eau  du  bain-marie  ne  doit  pas  arriver 
jusqu'à  l'ébuUition,  afin  de  ne  pas  élever  trop  la  température 
du  liquide  contenu  dans  la  capsule. 

813. — L'évaporation  dure  plus  ou  moins  longtemps,  suivant 
la  nature  et  la  concentration  des  liquides  ;  il  est  bon  d'essayer  à 
côté  sur  une  petite  quantité  de  liquide  évaporé  dans  un  verre 
de  montre  le  degré  de  concentration.  Quelques  liquides,  di- 
minués des  trois  quarts  de  leur  volume,  ou  plus  encore,  lais- 
sent déposer  des  cristaux  par  le  refroidissement  :  telle  est 
l'urine  ;  d'autres  demandent  que  le  liquide  soit  réduit  à  un 
très  petit  volume,  et  soit  abandonné  pendant  un  jour  ou  deux 
dans  un  endroit  un  peu  chaud  :  tel  est  le  suc  de  la  viande  qui 
laisse  se  déposer  dans  ces  circonstances  des  cristaux  de  créa- 


COMMENT  0?i  LES  EXTRAIT   DE  LA  MATIÈRE  ORGAlflSAS.    3A1 

Une.  D'autres  liquides  s'épaississent  sans  laisser  rien  cristal- 
liser :  tels  sont  les  liquides  provenant  du  sang  ou  ceux  tirés 
de  tissus  plus  complexes. 

L'évaporation  des  liquides  à  une  température  inférieure  i 
celle  de  Tébullition  constitue  donc  un  des  principaux  moyens 
d'analyse  :  qui  dirait  cependant  qu'une  opération  aussi  simple 
a  exigé  beaucoup  de  temps  et  beaucoup  d'essais,  avant  d'ar- 
river à  être  prise  en  sérieuse  considération  ? 

Jusqu'à  l'admirable  travail  de  M.  Liebig  sur  les  sucs  de  la 
viande,  recherches  qui  ont  ouvert  un  champ  nouveau  à  la 
physiologie  en  montrant  quel  rôle  la  chimie  pourrait  jouer 
dans  les  investigations  anatomiques  et  physiologiques  ;  jus- 
qu'alors, disons-nous,  il  paraissait  à  peu  près  indifférent  d'é- 
vaporer les  liquides  animaux  à  la  température  de  l'ébuUitiony 
de  les  évaporer  fussent-ils  acides  ou  alcalins,  de  faire  durer 
l'évaporation  longtemps  en  ajoutant  dans  la  même  capsule 
du  nouveau  liquide  à  celui  déjà  évaporé.  Aussi  quel  résultat 
obtenait-on?  Combien  avait-on  pu  extraire  de  principes  immé- 
diats des  liquides  animaux  au  moyen  de  semblables  procédés? 
Eh  bien,  du  sein  de  ce  que  l'on  appelait  substances  extrao- 
tives,  sorte  de  mélange  odorant  et  brunâtre,  M.  Liebig  a  fait 
sortir  de  la  créatine,  de  la  créatinine,  des  lactates,  des  ino- 
sates,  toutes  substances  parfaitement  définies,  cristallisées  et 
remarquables  par  leur  netteté.  Le  suc  de  la  viande  entraîné 
par  l'eau  était  acide  :  la  présence  d'un  acide  étant  souvent 
une  cause  d'altération,  celui-ci  fut  neutralisé  par  un  peu  de 
baryte  et  la  liqueur  évaporée  à  une  température  inférieure  à 
celle  de  l'ébullition  ;  à  mesure  que  la  liqueur  se  concentrait, 
l'élévation  de  la  température  était  abaissée.  La  créatine  put 
cristalliser  alors,  et  tous  les  autres  principes  contenus  dans 
le  suc  de  la  viande  purent  être  isolés. 

L'évaporation  du  liquide  doit  donc  se  faire  à  une  tempéra- 
ture au-dessous  de  celle  de  l'ébullition. 

Nous  avons  vu  que  par  la  simple  évaporation  du  liquide 
une  fois  neutralisé,  il  se  déposait  quelquefois  des  cristaux; 
lorsque  cela  a  lieu ,  il  faut  abandonner  le  liquide  pendapt 


SA2      DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉUAL,  CH.  IV,  ART.  1. 

un  jour  ou  deux  dans  un  endroit  un  peu  chaud,  puis  on  peut 
enlever  mécaniquemenl  ces  cristaux  cl  étudier  leurs  caractères 
soit  au  microscope,  soit  par  la  combustion,  soit  autrement 
encore. 

Les  cristaux  que  nous  avons  vus  se  déposer  par  simple 
concentration  de  la  liqueur  sont  les  suivants. 

Cristaux  qui  se  déposent  par  simple  concentration  de  It 
liqueur  : 

Créatine ,  dans  le  suc  de  la  viande,  dans  Turine  d*homme, 
de  cheval. 

Hippurate  de  chaux ^  dans  l'urine  de  cheval. 

Urée,  dans  l'urine  de  cheval  à  jeun,  dans  l'urine  de  co- 
chon. 

Acide  urique ,  dans  l'urine  d'homme  ;  rarement. 

Urates  de  soude,  de  potasse,  d'ammoniaque,  dans  Turine 
d'homme. 

Chlorure  de  sodium ,  dans  presque  tous  les  liquides. 

Phosphate  de  soude,  acide,  neutre,  alcalin,  dans  l'urine. 

Phosphate  acide  de  chaux,  dans  l'urine  d'homme. 

Le  nombre  des  principes  qui  peuvent  s'obtenir  ainsi  direc- 
tement est  donc  très  restreint,  et  cela  dans  quelques  liquides 
seulement.  Il  faut  donc  recourir  à  d'autres  moyens  lorsque 
l'évaporation  ne  suflit  pas. 

Ces  procédés  varient ,  d'après  la  nature  des  liquides  et  d'a- 
près la  nature  des  principes  que  l'on  veut  isoler,  et  comme 
nous  ne  voulons  pas  faire  ici  l'histoire  de  l'analyse  des  hu- 
meurs ,  mais  bien  l'histoire  des  procédés  d'isolement  des 
principes  immédiats  d'une  manière  générale,  nous  allons 
être  obligés  de  partir  des  principes  eux-mêmes ,  et  de  dé- 
crire les  procédés  d'extraction  qui  sont  appropriés  à  chacun 
d'eux. 

Les  principes  qui  peuvent  se  trouver  en  dissolution  dans 
les  liquides  animaux  se  divisent  pour  l'analyse  en  groupes 
formés  par  l'analogie  de  leurs  propriétés  de  dissolution,  cris- 
tallisation, etc. 


COIIMKIT  ON  t£9  fin«AlT  PB  LA  lUTlàtS  OlieAlliaÉi.    tAI 

TaUemu  dt$  prineipe$  immédimti  qui  $t  trouvent  à  Vitat  4$ 
diuolution  dam  les  liquides  des  mnimaux. 

Substances  coagolables.  .  .  |  Albumine,  caséine,  alburoinose,  etc.,  globalioe. 
Sabstanee.  cri.Ulli..n(  di-   '^t™'^!  *'**r  .*•  «!^""1P^^ 

lSStÇrr:(     ^;"PP--  *  «baux.  eu..  acéU-  d. 

qu'avec  laide  dalcool.  .  [    K^:,'^ noîS.""'  '"•*"  ""  ""*' 
Substances  ue  cristallisant/ 

qn>n  combinaison  avecl  Urée,  créatinine,  siToni  de  aoade  oo  de  potaus 

des  substances  étrangères  1     décomposés  |>ar  un  sel  de  chaux  ou  un  acida^ 

ou  formant  avec  celles-ci  j     leudne,  acides  stéarique,  oléiqae,  margariqofli 

des  eomblnaiiona  Inso-f     hyocholate  de  aoiMto. 

lubies.  .  , \. 

Substances  devant  être  se- f  Acide  lactique,  acide  hippurîqiie,  glyeodiolate 

parées  par   l'alcool    ou  J     de  soude,  cholestérine,  stéarine,  nirgaiiat, 

Tétber (    oléine,  séroline. 

Acides  volatils |  Addes  butyrique,  caprique,  ete. 

Ces  prineipea  se  trouvent  quelquefois  réunis  en  grand 
nombre  dans  le  même  liquide  ;  dans  certaines  circonstances, 
en  moins  grand  nombre  ;  souvent  la  présence  des  uns  gène, 
empêche,  Tisolement  des  autres  ;  d'autres  fois,  comme  dans 
Turine,  les  principes  en  présence  peuvent  tous  être  extraits 
directement  dans  la  même  quantité  de  liqueur  ;  dans  quel- 
ques cas ,  comme  pour  le  sang ,  il  faut  diviser  le  liquide  en 
plusieurs  parts,  telle  substance  empêchant  Tisolement  de  telle 
autre. 

En  un  mot ,  la  diversité  des  humeurs  fait  que,  pour  cha- 
que liquide,  il  y  aura  des  différences  dans  le  mode  d'opérer, 
différences  occasionnées  par  la  diversité  des  substances  en 
dissolution. 

314. —  Comme  ce  n'est  pas  ici  le  moment  d*étudier  chaque 
humeur  séparément,  quant  au  mode  d'analyse  qui  lui  est  pro- 
pre, nous  allons  exposer  le  nu)de  d'isolement  des  principes  en 
admettant  qa*ils  soient  tous  dissous  à  la  fois  dans  une  même 
liqueur  ;  il  sera  facile  alors  d'appliquer  ce  procédé  général  à 
chaque  cas  particulier,  c'est-à-dire  à  chaque  humeur  oo  suc 
qu'on  voudrait  analyser. 


ihà     DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  GH.  IV,  ART.  I. 

Ce  mode  d'analyse  est  du  reste  celui  qu'il  faudra  employer 
pour  tous  les  liquides  quelconques,  car  il  faut  toujours  sup- 
poser qu'il  peut  exister  tous  les  principes  à  la  fois  dans  une 
humeur;  il  faut  tout  aussi  bien  savoir  constater  qu'une  sub- 
stance n'existe  pas,  que  de  constater  sa  présence. 

Aussi  faut-il  invariablement  faire  subir  au  liquide  quel- 
conque qu'on  analyse  les  actions  propres  à  constater  l'ab- 
sence des  principes  qui  pourraient  s'y  trouver. 

Ainsi,  en  chauffant  le  liquide,  s'il  y  a  de  l'albumine  ou  de 
la  globuline  en  présence ,  ces  substances  se  précipiteront,  et 
l'on  passera  outre  ;  si  le  liquide  reste  clair  pendant  l'évapo- 
ration,  et  qu'il  se  forme  des  cristaux,  on  passera  outre  après 
les  avoir  séparés;  si,  au  contraire,  la  liqueur  s'épaissit,  on 
pensera  à  de  la  caséine ,  à  des  graisses ,  et  on  les  éliminera, 
et  ainsi  de  suite.  En  procédant  ainsi ,  ce  n'est  que  lorsqu'on 
rencontre  des  difficultés, qu'on  les  éloigne:  ainsi, dans  l'ana- 
lyse de  l'urine  normale,  on  ira  directement  jusqu'à  la  cris- 
tallisation. 

315. — Le  liquide  dont  nous  allons  faire  l'analyse  contient 
à  la  fois  tous  les  principes  pouvant  se  trouver  en  dissolution 
dans  une  humeur. 

Le  liquide  est  placé  dans  une  capsule  sur  un  bain-marie. 
Qu'il  soit  d'un  petit  volume  comme  une  émission  d'unne,  ou 
d'une  masse  de  quelques  litres,  le  procédé  sera  le  même 
pour  l'un  et  l'autre  cas. 

Le  liquide  est  neutralisé  avec  de  la  baryte,  s'il  est  acide; 
avec  de  l'acide  sulfurique  dilué,  s'il  est  alcalin. 

Lorsque  la  liqueur  a  atteint  le  degré  de  chaleur  auquel  elle 
peut  parvenir,  elle  devient  trouble,  et  il  se  dépose  des  flocons 
albumineux.  Le  liquide  est  filtré  ;  ce  qui  reste  sur  le  filtre  est 
de  V albumine  ou  de  la  globuline;  si  l'on  veut  s'assurer  à  la- 
quelle de  ces  deux  substances  on  a  affaire,  on  prend  un  peu 
de  la  liqueur  primitive  et  on  la  chauffe  dans  un  tube  au  bain- 
marie;  on  a  soin  de  remarquer  au  moyen  d'un  thermomètre 
à  quel  degré  la  coagulation  a  lieu  :  si  elle  a  lieu  à  65  degrés, 
albumine;  si  à  80  degrés,  globuline^ 


GOMMENT  ON  LES  EXTRAIT   DE  LA   MATIÈRE  ORGANISÉE.    S45 

La  liqueur,  débarrassée  de  ces  substances  parla  ûltration, 
est  replacée  dans  la  capsule  sur  le  bain-marie. 

Le  liquide,  devenu  presque  sirupeux  par  la  concentration, 
est  abandonné  à  lui-même  pendant  vingt-quatre  heures  dans 
un  endroit  un  peu  chaud.  Il  se  dépose  des  cristaux.  Ces 
cristaux  peuvent  être  de  la  créatine ,  de  Vacide  urique ,  des 
urates  alcalins  ^  de  Vhippurate  de  chaux  ^  du  chlorure  de  so- 
dium ^  des  phosphates  alcalins  j  du  phosphate  de  chaux. 

La  première  opération  consiste  i  placer  un  peu  du  dépôt 
sous  le  microscope;  en  promenant  le  dépôt  placé  sur  le  verre 
sous  le  champ  du  microscope,  on  verra  tout  de  suite  de  quelle 
nature  sont  les  cristaux,  s*ils  sont  tous  composés  de  la  même 
substance,  ou  bien  si  le  précipité  est  formé  d'un  mélange  de 
cristaux.  Cet  examen  préliminaire  est  indispensable,  et  il  in- 
dique à  rinstant  quelle  marche  on  doit  suivre  pour  arriver  à 
constater  d'une  manière  positive  l'identité  des  principes  qui 
peuvent  cristalliser  dans  ces  circonstances. 

Si  le  précipité  est  uniquement  composé  de  cristaux  de 
créatine^  cristaux  doués  d'un  aspect  particulier,  qui  les  fe- 
raient reconnaître  môme  sans  leur  type  cristallin ,  on  les  re- 
cueille sur  un  filtre;  on  les  lave  avec  quelques  gouttes 
d'alcool,  puis  on  les  redissout  dans  un  peu  d'eau  bouillante; 
ils  cristallisent  de  nouveau  et  peuvent  être  étudiés  de  ma- 
nière à  mettre  leur  identité  hors  de  doute. 

Le  précipité  est-il  composé  de  chlorure  de  sodium  ^  on  fera 
comme  pour  la  créatine  ;  après  avoir  été  séparé  par  la  filtra- 
tion,  on  le  redissoudra,  et,  une  fois  les  cristaux  reformés,  on 
étudiera  leurs  propriétés. 

L'examen  au  microscope  indique-t-il  de  Vacide  urique,  des 
urates  ou  du  phosphate  de  chaux ,  on  opérera  comme  nous 
l'avons  indiqué  en  parlant  des  dépôts  qui  se  rencontrent  dans 
le  corps  des  animaux. 

Si  le  précipité  est  formé  de  cristaux  en  aiguilles  assez 
fortes ,  groupées  pour  la  plupart  autour  d'un  centre ,  on  pen- 
sera à  Vhippurate  de  chaux.  Le  précipité ,  séparé  compléte- 
poent  du  liquide,  sera  redissous  dans  un  peu  d'eau  bouillantei 


8A6    DES  PRLNCIPES   IMMÉDIATS  EN   GÉ.NÉIIAL,  CU.  IV,   ART.  1. 

à  laquelle  on  ajoutera  quelques  gouttes  d'acide  chlorhydrique 
concentré.  Si  c'était  réellement  de  Tiiippurate  de  chaux ,  il 
se  formera,  lors  du  refroidissement  de  la  liqueur,  des  cristaux 
d'acide  hippurique ,  qu'il  est  facile  de  reconnaître.  L'hippu- 
rate  de  chaux  ne  se  précipite  dans  ces  circonstances  que 
lorsqu'il  existe  en  grande  masse,  comme  dans  l'urine  de 
cheval. 

Le  précipité  est-il  formé  de  phosphates  de  soude  ou  de 
potasse^  on  procédera  comme  pour  la  créatine  et  le  chlo- 
rure de  sodium  ;  l'étude  des  cristaux  une  fois  puriliés  ne 
présentera  aucune  difficulté. 

Il  ne  se  forme  point  de  cristaux ,  et  le  liquide  s'épaissit 
toujours  plus. 

Cet  état  de  la  liqueur  peut  être  dû  :  l""  à  la  présence  de  la 
caséine ,  ou  de  Talbuminose ,  ou  du  mucus  ;  2"^  à  la  présence 
de  graisses  ou  de  savons  à  base  de  soude  ou  de  potasse. 

Pour  éliminer  la  caséine,  l'albuminose,  ou  le  mucus,  il  faut 
ajouter  au  liquide  concentré  de  l'alcool  à  36  degrés,  jusqu'à 
ce  qu'une  nouvelle  addition  d'alcool  ne  produise  plus  de  pré- 
cipité; au  bout  de  quelques  heures  on  filtre  :  la  caséine,  l'al- 
buminose et  le  mucus  restent  sur  le  filtre. 

La  liqueur  alcoolique  est  évaporée  ou  distillée  jusqu'à  ce 
que  l'alcool  ait  presque  complètement  disparu. 

Si,  par  le  refroidissement  de  la  liqueur,  il  se  forme  un  pré- 
cipité, il  sera  formé  de  cholestérine,  de  séroline,  de  graisses 
libres,  ou  de  savons  de  potasse  ou  de  soude. 

316.  —  Ce  phénomène  peut  paraître  étrange.  En  effet,  le 
liquide  primitif  était  parfaitement  limpide,  et,  avant  qu'on  eût 
ajouté  de  l'alcool,  il  était  impossible  d'apercevoir  de  la  graisse, 
la  masse  se  redissolvait  entièrement  dans  l'eau  ;  et  voilà  que 
lorsqu'on  ajoute  de  l'alcool  bouillant,  et  que  celui-ci  se  refroi- 
dit, il  se  dépose  des  graisses  de  toute  nature,  de  la  séroline, 
de  la  cholestérine,  toutes  substances  parfaitement  insolubles 
dans  l'eau. 

Ceci  indique  une  chose  :  c'est  que,  dans  les  humeurs  et  les 
ftucs  animaux,  les  graisses,  ainsi  que  d'autres  corps  insolubles, 


COBIIIENT   ON  LES  EXTRAIT  DE  LA  MATIÈRE  ORGANISÉE.     847 

sont  iotimemenl  unies  avec  certaines  autres  substances  et  sont 
^lors  solubles  dans  Teau  :  elles  sont  dans  un  état  analogue 
ou  semblable  à  celui  que  présentent  la  stéarine ,  la  marga- 
rine et  Toléine  dans  le  suif. 

En  effet,  il  est  impossible  par  des  moyens  mécaniques 
de  séparer  ces  trois  substances  ;  mais ,  sitôt  qu'on  dissout 
leur  mélange  dans  de  Talcool  ou  de  l'éther,  leur  union  est 
détruite,  et  elles  se  déposent  isolées  avec  leurs  caractères 
respectifs. 

C*esl  ce  qui  arrive  dans  l'analyse  des  liquides  animaux  : 
ainsi  le  sérum  du  sang,  débarrassé  de  Talbumine  et  concentré 
par  révaporation ,  est  parfaitement  limpide;  il  traverse  les 
filtres,  il  ne  laisse  apercevoir  au  microscope  aucun  globule 
de  graisse.  Ajoute-t-on  à  chaud  de  Talcool  au  liquide ,  il  se 
fait  une  séparation,  et  lorsqu'on  distille  cet  alcool  mélangé  à 
de  l'eau,  il  se  dépose  des  graisses  insolubles,  de  la  margarine, 
de  l'oléine,  de  la  cholestérine,  etc. 

Un  autre  exemple  d'un  fait  semblable  se  remarque  lors- 
qu'on coagule  à  65  degrés  l'albumine  du  sang  défibriné  et 
acidulé  par  quelques  gouttes  d'acide  acétique.  La  liqueur  sé- 
parée du  coagulum  est  rouge ,  et  contient  encore  toute  la 
matière  des  globules  sanguins,  mais  à  l'état  de  solution;  la 
liqueur  est  légèrement  acide,  et  s'il  y  avait  de  la  graisse  li- 
bre, on  s'en  apercevrait  aisément.  Cependant,  si  au  moyen 
d'acide  chlorhydrique,  ou  par  la  coagulation,  on  précipite  la 
globuline  qui  entraine  la  matière  colorante,  on  pourra  recon- 
naître que  le  précipité  qui  s'est  formé ,  et  qui  était  complè- 
tement dissous  peu  avant,  cède  a  l'alcool  et  à  l'éther  une 
niasse  de  graisse  cristallisable  et  de  l'oléine ,  substances  ne 
pouvant  plus  se  redissoudre  dans  l'eau  :  l'alcool  a  ainsi  séparé 
des  graisses  insolubles  qui  existaient  déjà  dans  la  solution, 
mais  unies  à  d'autres  substances,  ce  qui  rendait  possible 
Uur  solubilité  dans  l'eau. 

Nous  avons  laissé  notre  analyse  au  point  où  il  se  déposait 
àm  graisses  et  des  savons.  Pour  dislûiguer  ces  graisses  entre 


3A8    DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN  GÉNÉRAL,  CH.  IV,  ART.  I. 

elles  et  pour  en  débarrasser  complètement  la  liqueur  que 
nous  analysons,  nous  ajoutons  au  liquide  un  peu  d*eau  aci- 
dulée par  de  Tacide  sulfurique  ;  toutes  les  graisses  et  les  sa- 
vons se  séparent  alors  complètement  du  liquide  et  peuvent 
être  recueillie  sur  un  filtre. 

Une  fois  bien  lavé,  on  mélange  le  précipité  dans  une  petite 
capsule  avec  un  peu  d*eau  de  chaux  ;  on  évapore  le  tout  au 
bain-marie  jusqu'à  siccité  :  il  faut  avoir  soin  qu'il  y  ait  un 
excès  de  chaux. 

S*ii  y  a  des  acides  gras  provenant  des  savons  qui  existaient 
dans  le  liquide  qu'on  analyse,  ils  s'uniront  avec  la  chaux.  On 
pourra  traiter  la  masse  par  de  Talcool  bouillant  ou  de  Téther, 
et  voir  si  ces  véhicules  ont  dissous  de  la  cholestérine  ou  des 
graisses  non  saponifiées.  Ces  graisses  seront  étudiées  comme 
nous  l'avons  indiqué  à  l'article  des  graisses  solides. 

Notre  liqueur  a  été  ainsi  débarrassée  :  1^*  des  substances 
coagulables  ;  2*"  de  celles  cristallisant  par  simple  concentration 
de  la  liqueur  ;  3o  de  matières  pour  la  plupart  mal  définies , 
se  précipitant  par  addition  d'alcool  a  36  degrés;  4*  des 
graisses  et  des  savons  à  base  de  soude  ou  de  potasse. 

Si  la  liqueur  a  été  acidulée  par  un  peu  d'acide  sulfurique, 
il  faut  neutraliser  exactement  celui-ci  par  un  peu  de  carbo- 
nate de  baryte,  filtrer,  puis  continuer  l'opération  tout  comme 
si  aucune  des  substances  que  nous  venons  d'éliminer  ne  s'é- 
tait rencontrée  dans  le  liquide. 

Il  reste  encore  à  isoler  Vurée,  la  créatinine^  Yctcxde  hippie 
rique,  Yacétate  de  soude^  Yacide  lactique^  Yacide  inosique^ 
Yacide  glycocholique^  la  leucxne^  Yacide  pneumique. 

Arrivé  à  ce  point  de  l'analyse,  tous  les  principes  qui  res- 
tent à  isoler  se  dissolvent  dans  l'alcool.  Cependant  chacune 
de  ces  substances  peut  être  isolée  des  autres  soit  par  la  cris- 
tallisation de  la  solution  alcoolique ,  soit  en  les  combinant 
avec  des  sels  minéraux ,  comme  le  chlorure  de  zinc  pour  la 
créatinine,  et  le  sulfate  de  cuivre  pour  la  leucine. 

Une  description  de  ces  différents  procédés  se  trouverait  dé- 


MAlfliRB  DE  DÉTERMINER  SI   UN  COMPOSÉ  FORME  ESPÈCE.     849 

placée  ici;  ils  se  retrouveront  décrits  en  détail  à  l'article 
Procédé^  lorsque  nous  étudierons  chacun  des  principes  en 
particulier. 

TROISIÈME  SECTION. 

MlHltEl  DE  DiTtaXlNU  81  UNE  MATIÈBE  d'oHIGIHE  ORGANIQUE  DOIT  ÊTRE 
CONSIDÉRÉE  COmiE  UNE  ESPÈCE  DE  PRINCIPES  IMMÉDIATS  (1  ). 

317.  —  Les  principes  immédiats,  avons-nous  dit,  sont  les 
composés  que,  par  l'analyse  anatomique,  on  extrait  de  la 
substance  organisée  d'une  manière  immédiate ,  et  qu'on  ne 
peut  diviser  en  plusieurs  sortes  de  matières  sans  qu'il  y  ait 
décomposition  chimique. 

€  Mais  la  plupart  des  principes  immédiats  d'origine  orga- 
nique étant  presque  toujours  des  composés  ternaires  ou  qua- 
ternaires, et  leurs  éléments  ayant  une  disposition  marquée  i 
former  des  combinaisons  plus  simples  que  celles  qu'ils  con- 
stituent actuellement,  il  est  souvent  difficile  de  s'assurer  si 
une  substance  d'origine  organique  doit  être  considérée 
comme  une  espèce.  En  effet,  les  moyens  énergiques  si  pro- 
pres à  dévoiler  la  nature  des  matières  minérales  sont  exclus 
de  l'analyse  organique  immédiate  ;  et  s'il  est  nécessaire  de 
soumettre  la  substance  d'origine  organique  qu'on  examine 
à  l'aclion  de  corps  susceptibles  de  s'y  combiner,  afin  de  sa- 
voir si  dans  les  combinaisons  qu'elle  produit  elle  agit  en  con- 
servant toutes  les  propriétés  qu'elle  avait  dans  la  combinai- 
son, il  faut  que  ces  corps  ne  puissent  changer  l'équilibre  des 
éléments  qui  la  forment.  Cette  condition  limite  extrêmement 
le  nombre  des  réactifs  qu'on  peut  employer  :  les  acides  et  les 
alcalis  n'étant  susceptibles  de  l'ôtre  que  quand  ils  sont  éten- 
dus d'eau ,  et  leur  usage  étant  alors  presque  toujours  borné 
au  cas  où  l'on  agit  sur  des  principes  immédiats  doués  de 
l'alcalinité  ou  de  l'acidité ,  il  ne  reste  guère  à  notre  dispo- 
sition que  l'action  du  froid ,  ou  plutôt  celle  de  la  force  de 

(1)  Chetrecl,  ConsidércUions  générales  sur  Vanalyse  organique,  in-S. 
PrtU,  1824,  p.  119. 


S&O    BBS  raiNCIPES  IMMÉMATS  EK  6ÉMÉBAL,  CH.  IV,  AIT.  I. 

solidité  des  substances  exposées  à  des  températures  plus  ou 
moins  basses  et  inaction  dissolvante  ou  non  dissolvante  de 
l'eau,  de  l'alcool  et  de  l'élher.  C'est  à  l'opérateur  k  tirer  le 
meilleur  parti  de  ces  moyens  d'analyse ,  en  variant  les  cir- 
constances où  il  place  les  corps  (1).  » 

818.  —  Ije  problème  que  nous  devons  résoudre,  tel  qu*i1  a 
été  posé  pour  la  première  fois  par  M.  Chevreul,  embrasse 
deux  ordres  de  questions  : 

!•  Le  corps  qu'on  vient  d'isoler,  d'extraire,  a-t-il  été  ob- 
tenu tel  qu'il  était  dans  la  substance  organisée,  tel  qu*il 
concourait  immédiatement  à  la  constituer  par  son  union  avec 
d*autres?  ou  bien  est-ce  un  composé  chimique  résultant  de 
la  d^mposition  de  quelque  principe  :  comme,  par  exemple, 
était  la  soude  libre  qu'on  croyait  principe  de  la  bile,  etc., 
parce  qu'on  la  trouvait  dans  le  résidu  de  sa  combustion  qui 
avait  détruit  les  acides  combinés  à  elle  ;  comme  l'acide  chlor- 
bydrique  qu'on  obtenait  du  suc  gastrique,  lorsque  par  l'é- 
vaporation  l'acide  lactique  se  trouvait  arrivé  à  un  degré  de 
concentration  assez  grand  pour  attaquer  les  chlorures; 
comme,  par  exemple,  l'acide  cholique  et  le  glycocoUe,  qu'on 
obtient  quand  par  des  moyens  trop  énergiques  on  décompose 
Facide  du  choléate  de  soude  de  la  bile  ? 

2^  Le  principe  est-il  une  espèce  nouvelle  de  principe  im- 
médiat ,  comme,  par  exemple,  l'acide  pneumique  découvert 
dans  le  ))ouraon  par  l'un  de  nous? 

319.—  La  solution  de  ces  deux  questions  est  purement 
expérimentale. 

Toutes  deux  exigent,  pour  être  résolues»  qu*on  tienne 
exactement  compte  de  la  connaissance  anatomique  des  tissus 
et  des  humeurs  dont  on  les  extrait,  et,  d'autre  part,  de  la 
connaissance  chimique  des  composés,  quand  il  s'agit  d'un 
principe  déjà  connu. 

(1)  Cbetreul,  toc.  cU.y  1S24,  p.  i  19,  120. 


MANIÈRE  DB  DÉTERMINBR   SI   IN   COMPOSÉ  FORME  ESPàCB.      861 

I.     —    MANIÈRE    DE    DÉTERMINER    SI    LE  COMPOSÉ  OBTENU    EST  UN 
PRODUIT  DE  DÉCOMPOSITION  DES  PRINCIPES  00  EST  UN  PRINCIPE. 

820.  —  La  solution  de  cette  première  question  est  niainte- 
nant  des  plus  faciles  ;  mais  pourtant  plus  ou  moins,  selon 
qu'il  s'agit  de  Tune  ou  de  l'autre  des  trois  classes  de  prin- 
cipes immédiats. 

1*  L'expérience  a  montré  que  les  principes  de  la  première 
classe  sont  tous  très  stables  ;  sauf  les  bicarbonates  faciles 
du  reste  à  distinguer ,  leur  ûxité  donc  est  très  grande.  Ils  se 
déposent  à  l'état  cristallin ,  ou  s'obtiennent  à  l'état  liquide 
réellement  tels  qu'ils  étaient  dans  l'économie,  lorsqu'on  suit 
la  marche  d'analyse  anatomique  tracée  dans  la  section  pré- 
cédente de  cet  article.  Il  en  est  même  plusieurs  qui 
peuvent  supporter  la  combustion  des  principes  qui  les 
accompagnent  sans  s'altérer,  et  peuvent  encore ,  après  cette 
opération,  être  déterminés  comme  espèce  de  principe  im- 
médiat. Par  conséquent,  tout  corps  isolé  de  la  manière  in- 
diquée plus  haut  sera  considéré  comme  principe  immédiat. 
Il  n'y  aura  plus  qu'à  en  étudier  les  caractères  pour  les 
distinguer  de  ceux  qui  ont  été  isolés  en  même  temps,  et 
à  décrire  ces  caractères  dans  l'ordre  indiqué  dans  l'article 
suivant. 

2»  Ce  qui  précède  s'applique  également  à  la  plupart  des 
principes  de  la  deuxième  classe,  comme  les  urates,  hippu- 
rates,  etc.  Mais  cependant  pour  quelques  uns  d'entre  eux, 
tels  que  Tacide  hippurique,  le  pneumique,  les  choléates, 
les  acides  gras,  les  sels  à  acides  gras,  la  stéarine,  la  mar- 
garine, etc.,  ce  n'est  quelquefois  qu'en  répétant  à  plu- 
sieurs reprises  l'application  des  procédés  d'analyse  que  nous 
avons  décrits,  et  d'après  la  constance  du  résultat,  que  l'on  ac- 
quiert la  certitude  qu'il  s'agit  bien  là  d'un  principe  immédiat, 
et  non  d'un  produit  de  décomposition.  Du  reste,  il  faut  savoir 
que  la  connaissance  des  caractères  des  composés  chimiques 
qu'on  peut  obtenir  en  décomposant  tels  ou  tels  principes  est 
m  de  la  plus  grande  utilité  et  même  nécessaire  ;  car,  à  la  vue 


362    DES  PRINCIPES  IMMÉDIATS  EN   GÉNÉRAL,  CH.  IV,  ART.  I. 

du  corps  obtenu,  il  faut  pouvoir  reconnaître  s'il  est  un  prin- 
cipe ou  un  des  produits  de  la  décomposition  chimique  de 
telle  ou  telle  espèce. 

Nous  n'avons  pas  besoin  de  rappeler  que  nul  corps  n*est 
considéré  comme  espèce  de  principe  immédiat  des  deux  pre- 
mières classes,  s'il  n'est  obtenu  cristallisé.  H  y  a  pourtant 
deux  ou  trois  exceptions.  Il  en  est  où  le  composé  peut  for- 
mer des  espèces  chimiques  cristallisables  avec  des  bases  ou 
des  acides,  selon  sa  nature  :  tel  est  le  cas  de  l'acide  lacti- 
que; de  l'urate  d'ammoniaque  neutre,  qui  ne  cristallise 
que  confusément  et  cristallise  en  aiguilles  à  l'état  d'urate 
acide.  Il  est  enfin  des  cas  où  le  corps ,  quoique  de  composi- 
tion chimique  dé&nie ,  ne  cristallise  pas  :  tels  sont  le  phos- 
phate de  chaiix  basique  et  le  sulfate  de  chaux  des  urines  ; 
alors  c'est  par  l'emploi  des  réactifs  chimiques  appropriés ,  et 
par  l'impossibilité  de  séparer  de  l'échantillon  sans  décompo- 
sition moléculaire  deux  espèces  cristallisables,  qu'on  déter- 
mine ces  espèces. 

Quant  aux  mélanges  non  cristallisables  de  plusieurs  sortes 
de  principes  de  la  deuxième  classe,  appelés  extraits,  suifs, 
huiles,  extraits  graisseux,  etc.,  qu'on  pourrait  confondre  avec 
des  espèces  de  la  troisième,  ou  déterminera  que  ce  ne  sont 
pas  de  ces  dernières,  en  les  divisant,  sans  décomposition,  en 
plusieurs  espèces ,  d'après  les  procédés  indiqués  plus  haut^ 
c'est-à-dire  en  tirant  le  meilleur  parti  possible  des  dissolvants 
divers.  Les  espèces  de  principes  de  la  troisième  classe, 
qui  naturellement  ne  cristallisent  pas ,  présentent  des  carac- 
tères de  coagulation  par  la  chaleur,  par  divers  acides,  divers 
sels,  et  après  coagulation,  des  caractères  d'insolubilité  ou 
de  solubilité  dans  tel  ou  tel  menstrue,  trop  spéciaux  pour 
qu'on  ait  à  hésiter  longtemps  sur  la  question  de  savoir  si  ce 
sont  des  mélanges  dont  nous  venons  de  parler,  ou  bien  réel- 
lement des  espèces  de  substances  organiques. 

En  outre,  plus  on  a  fait  d'analyses  anatomiques,  plus,  en 
\m  mot,  on  a  d'expérience  de  par  soi ,  plus  on  est  certain  du 
résultat  obtenu,  lors  même  qu'il  s'agit  d'un  principe  que  l'on 


MAMÈRE  DK  DÉTKRMLNKR  81   IN  COMPOSÉ  FOftVB  BSPiCE.    36S 

n*a  pas  encore  étudié ,  parce  qu'on  est  plus  sûr  d'avoir  appli* 
que  assez  exactement  le  procédé  avec  toute  la  rigoureuse  dé- 
licatesse nécessaire.  On  en  conclut  que  lorsqu'il  s'agit  d'ex- 
traire les  principes  d'un  tissu  ou  d'une  humeur  morbides , 
dont  on  n'a  que  fort  peu  ou  rarement  traité,  il  fout  s'adresser 
à  ceux  qui  ont  déjà  fait  souvent  des  analyses  de  parties  ana- 
logues. 

II  n'y  a,  dans  aucun  tissu  ou  humeur,  de  principe  qui  soit 
formé  par  la  combinaison  de  deux  principes  immédiats  se 
trouvant  l'un  dans  une  humeur,  l'autre  dans  une  autre;  donc 
nous  n'avons  pas  à  chercher  à  décomposer  en  deux  un  corps 
cristallisé  quelconque  une  fois  qu'il  est  obtenu ,  pour  savoir 
si  celui-ci  ne  serait  pas  une  combinaison  de  deux  espèces,  au 
lieu  d'en  former  une  a  lui  seul.  Il  y  a  bien  des  acides  lacti- 
que, urique  et  hippurique  libres,  et  d'autre  part  des  lactates, 
urates,  etc.;  mais,  comme  on  ne  trouve  que  des  carbona- 
tes, etc.,  de  leurs  bases,  et  non  ces  bases  libres  formant 
elles-mêmes  des  espèces  de  principes,  on  voit  que  la  question 
est  telle  que  nous  venons  de  la  résoudre  et  nullement  plus 
compliquée. 

3*  C'est  surtout  pour  savoir  si  un  des  corps  de  la  troisième 
classe  doit  être  considéré  réellement  comme  une  espèce  de 
principes,  que  la  connaissance  anatomique  approfondie  des 
tissus  et  humeurs  dont  on  l'extrait  devient  nécessaire. 

Ces  principes  ne  se  distinguent  les  uns  des  autres  que  par 
le  degré  de  l'échelle  thermométrique  où  ils  se  coagulent,  ou 
l>arce  que  tel  acide  ou  sel,  etc.,  précipite  celui-là  et  non  cet 
autre.  D'autre  part,  la  facilité  avec  laquelle  ces  corps  se  dé- 
composent à  l'air,  surtout  quand  la  température  est  élevée, 
doit  rendre  très  circonspect  sur  la  question  de  savoir  si 
c'est  une  espèce  nouvelle  ou  un  simple  produit  d'altération, 
comme  la  gélatine,  qu'on  a  obtenu.  C'est  surtout  par  l'emploi 
des  sels  neutres  comme  réactifs  coagulant  ou  ne  coagulant 
pas,  et  sur  des  expériences  répétées  souvent,  ou  sur  des 
échantillons  nombreux  donnant  les  mêmes  résultats,  que 

l'en  arrivera  à  décider  que  c'est  bien. là  un  principe  im- 

33 


à5&    Dff^  PRINCIPES   lM!iÉ0I.U8  £2C  GÉKÉHAL,  Ctf.  IV,  ART.  I. 

médiat.  Ennn,  on  sait  aussi  que  si  les  tissus  et  les  liu- 
mcurs  différents  ont  toujours  dans  leur  constitution  un 
peu  de  fibrine  et  d*albumine ,  ils  ont  aussi  presque  tous 
chacun  utie  espèce  de  principe  de  la  même  classe  qui  leur 
est  propre.  Ce  fait  doit  diriger  dans  Tétude  de  ces  prin*» 
cipës  etfttciliter  la  détermination.  Seulement  c'est  pour  ne 
pas  multiplier  les  espèces  qu'il  importe  de  tenir  compte 
de  la  fiicild  altérabilité  de  ces  corps.  La  connaissance  des 
autres  parUes  de  l'anatomie  et  de  la  physiologie  doit  aussi 
dominer  ici  pour  foire  toujours  songer  à  prendre  en  consi- 
dération les  variations  normales  ou  morbides  du  tissu  ou  de 
rhumeur.  L'expérience  montre,  en  effet,  que  la  quantité  de 
cës  principes  varie  facilement ,  que  quelques  caractères  se- 
condaires peuvent  être  plus  ou  moins  évidents ,  disparaître 
nlême,  tandis  que  les  principauiL  persistent.  Il  faut  dire 
e&flli  qu'il  est  peu  d'espèces  de  ces  principes  qui  soient  bien 
étudiées ,  et  que  l'étude  de  cette  classe  demande  à  être  re- 
prise. 

II.   —   MANIÈRE  DE  DÉTERMINER  SI  LE  GOMPOSé  OBTENU  EST  05«  ESPÈCE 

NOUVELLE  DE  PRINCIPES  IMMÉDIATS. 

321 .  —  Cette  question ,  qui  est  bien  distincte  de  la  pré* 
cédenle,  est  ordinairement  facile  à  résoudre  quand  on  a  donné 
la  solution  de  la  première;  quand  on  a  déterminé  que  le 
cotii^sé  obtenu  est  un  principe,  et  non  pas  Un  produit  de 
décomposition  ni  un  mélange. 

1*  Une  fois  reconnu  que  le  corps  est  un  principe  de  la 
première  classe,  il  ne  s'agit  plus  que  d'étudier  les  diffé- 
rents ordres  de  caractères  qu'il  présente  après  son  extraction, 
fet  de  les  comparer  à  ceux  des  autres  principes ,  pour  bien 
s'assurer  que  c'est  une  espèce  nouvelle  et  non  tine  de  celles 
déjA  tK)nnuesi  II  faut  ensuite  comparer  ces  caractères  A  ceux 
des  espèces  de  composés  chimiques  déjà  connut^)  ]»our  sfcvoir 
knc  laquelle  ce  principe  immédiat  est  identiqye.  H  faut 
înteie,  AU  besoin^  èA  faire  l'analyse  élémeftMre. 

lo  Vm  fofe  reconrtu  par  Ia  matilèrè  dont  il  l^rdle,  ete»,  que 


MAKIÈIIK  DE  MTERÉIMliA  81  VN  COUPOtS  rOHMB  nPJGCI.    S66 

le  corps  isolé  est  un  principe  de  la  deuxième  classe,  on  pro« 
cède  comme  précédemment.  Ici  Tétude  des  formes  cristalUnes 
est  peut-être  plus  utile  encore  que  dans  le  cas  où  il  s'agit 
d'une  espèce  de  la  première  classe ,  à  cause  des  différences 
plus  tranchées  que  présentent  les  cristaux  ou  les  groupe» 
ments  cristallins  suivant  chaque  espèce»  Quelquefois ,  dès  le 
premier  coup  d'œil ,  on  reconnaît  que  le  principe  obtenu  est 
une  espèce  nouvelle.  C'est  en  raison  de  l'importance  qu'il  y 
a  à  distinguer  rapidement  les  principes  les  uns  des  autres 
d'après  les  caractères  qu'ils  présentent,  une  fois  qu'ils  sont 
isolési  qu'ils  sont  hors  de  l'écotiomie,  que  nous  allons  étu- 
dier ceux-ci  longuement  et  méthodiquement  dans  l'article 
suivant. 

Naturellement,  il  importe  de  comparer  le  principe  qu'on 
soupçonne  nouveau  à  d'autres  »  en  le  plaçant  dans  diverses 
conditions  de  cristallisation,  afin  de  voir  si  quelquefois  ce  n'est 
pas  li  une  simple  variété  de  gronpmients  cristallins,  etc» 
Si  le  principe  obtenu  est  déjà  connu  chimiquement,  il  est 
bon  d'étudier  comparativement ,  soit  physiquement ,  soit  au 
l)oint  de  vue  des  réactions  chimiques,  le  composé  qu'on  a  re« 
tiré  de  l'économie ,  et  le  même  composé  préparé  comme  on 
le  fait  en  chimie.  C^est  ce  qui  a  été  fait  pour  la  leucine.  Si 
c'est  un  composé  qui  est  nouveau,  à  la  fois  au  point  de  rue 
anatomique  et  au  point  de  vue  chimique ,  il  faut,  après  qu'il 
a  été  extrait,  l'étudier  chimiquement  (analyse  élémentaire, 
propriétés  diverses  au  contact  des  réactifs,  etc.),  pour  re^ 
prendre  ensuite  son  histoire  anatomique  d'une  manière  plus 
approfondie. 

$<»  Une  fois  reconnu  qu'un  composé  non  cristallisable  n*est 
pas  un  mélange  de  divers  principes,  un  extrait^  on  le  déter- 
minera comme  espèce  nouvelle ,  lorsqu'on  aura  reconnu  par 
des  essais  faits  comparativement  avec  toutes  les  autres  e&> 
pèoes  de  cette  classe ,  essais  fréquenunent  répétés ,  qu'il  dif^ 
fère  des  espèces  par  sa  coagulation  à  une  température  )Am  ou 
moim  élevée,  etc.,  parce  qu'il  précipite  ou  ne  précipite 
pas  avec  td  ou  tel  réactif,  etc.  D'après  ce  qu'on  sait  de 


356    D£S  PRINCIPES  IMMÉDIATd  EM   GÉNÉRAL,  CH.  rv,  ART.  II. 

l*étude  des  priucipes  immédiats  de  cette  classe ,  on  peut  pré- 
voir que  le  nombre  en  est  plus  limité  que  celui  des  autres 
groupes  ;  mais  il  est  bien  certain  qu'il  y  en  a  encore  a  décou- 
vrir, car  nous  Favons  déjà  dit ,  l'étude  des  substances  orga- 
niques est  peu  avancée,  et  Ton  sait  d'autre  part  que  dans  chaque 
espèce  de  tissu  il  y  a  aussi  une  espèce  particulière  de  ces  prin- 
cipes. Comme  on  n'a  pas  encore  fait  sous  ce  point  de  vue  l'a- 
nalyse anatomique  de  tous  les  tissus ,  il  reste  donc  proba- 
blement des  espèces  nouvelles  à  décrire.  Nous  l'avons  déjà 
dit,  le  point  de  vue  anatomique  et  physiologique  doit  dominer 
ici  plus  encore  que  dans  l'étude  des  espèces  des  autres  classes, 
et  lui  seul  conduit  à  donner  la  circonspection  qu'il  est  néces- 
saire d'apporter  dans  ces  déterminations,  lui  seul  peut  don- 
ner une  impulsion  suilisante  pour  faire  répéter  sous  tous  les 
points  de  vue  les  expériences  qui  conduisent  à  rendre  valables 
et  certaines  ces  déterminations. 

S22. — Il  ne  nous  reste  plus  maintenant  qu'à  étudier,  d'une 
manière  aussi  approfondie  que  l'exige  l'anatomie ,  les  carac- 
tères à  l'aide  desquels  on  distingue  les  uns  des  autres  les  es- 
pèces de  principes  qu'on  a  extraites,  et  aussi  ceux  qui  nous 
servent  à  bien  connaître  l'état  des  principes  considérés  dans 
l'économie,  tels  que  nous  les  avons  étudiés  dans  le  premier 
chapitre. 

ARTICLE  II. 

DIS  CARACTÈRES  A  L'AU>E  DESQUELS  ON  DISTINGUE  LES  UNES  DES 
AUTRES  LES  ESPÈCES  DE  PRINCIPES  IMMÉDIATS  PENDANT  OU  APRÈS 
LEUR  EXTRACTION,  ET  DES  MOYENS  QUI  NOUS  LES  FONT  CONNAITRE. 

Aîvîsion  dtt  sujet  de  cet  article. 

823.  — Nous  venons  de  décrire,  pour  les  principes  immé- 
diats, l'opération  qui  correspond  à  la  dissection  dans  l'étude 
des  autres  parties  du  corps,  telles  que  les  éléments  anatomi- 
qués  :  tissus,  systèmes,  organes,  etc.  La  dissection  faite,  tout 
n'est  pas  fiut.  Pour  les  éléments  anatoimqués,  il  est  d'abord 


LEUBS  CARACTÈRES  DISTINCTIFS  APRÈS  l'EXTRACTION.      S57 

nécessaire  d'interposer  le  microscope  entre  eux  et  l'œil,  afin 
qu'il  soit  possible  de  les  apercevoir.  Cela  fait ,  pour  coux-ci 
et  la  seule  dissection  faite  pour  les  autres  parties  du  corps,  les 
yeux  suffisent  pour  étudier  la  forme  et  les  dimensions  de 
l'appareil,  de  l'organe,  etc.,  ainsi  que  leur  couleur;  la  main 
en  fait  connaître  la  consistance,  l'élasticité  et  autres  ca- 
ractères physiques  ;  pour  les  éléments  et  humeurs  seule- 
ment, l'action  chimique  décomposante  de  la  chaleur  et  celle 
de  quelques  réactifs  sont  utiles  ;  puis  inter\*iennentles  organes 
du  goût  et  de  l'odorat,  etc.,  pour  faire  connaître  les  carac- 
tères organoleptiques.  Enfin,  comme  chemin  faisant,  on 
constate  que  l'appareil,  l'organe,  le  système,  le  tissu,  l'élé- 
ment, sont  des  parties  complexes,  formées  d'autres  parties 
plus  simples ,  différentes  du  tout  qu'elles  forment ,  et  néces- 
sitant chacune  un  examen  à  part,  cette  étude  conduit  à  re- 
connaître l'organisation,  composition  ou  structure  de  ces 
ordres  de  parties  de  l'économie  ;  en  un  mot ,  cette  étude  a 
et  doit  avoir  pour  résultat  final  de  faire  connaître  les  carac- 
tères dits  d'ordre  organique ,  c'est-à-dire  différents  de  ceux 
que  nous  venons  de  passer  en  revue.  Bien  que  naturellement 
l'emploi  de  ces  moyens  successifs  d'étude  ait  lieu  en  pratique, 
souvent,  au  fur  et  à  mesure  de  la  dissection,  on  est  pourtant 
forcé  d'en  faire  une  description  distincte  de  celle  des  moyens 
de  dissection,  parce  que  ces  deux  choses  sont  réellement  dif- 
férentes, quoique  contiguës,  liées  l'une  à  l'autre  et  frc^uem- 
ment  d'un  usage  simultané. 

324.^ — L'examen  des  principes  immédiats  reproduit  les 
mêmes  faits,  mais  avec  certaines  particularités  en  rapport 
avec  leur  simplicité,  qui  est  plus  grande  que  celle  de  toutes 
les  autres  parties  de  l'organisme  :  particularités  que  nous 
allons  maintenant  examiner. 

En  anatomie  des  éléments,  tissus,  systèmes,  organes,  etc., 
après  la  dissection ,  les  caractères  sont  constatés  de  la  ma- 
nière que  nous  venons  d'indiquer,  et  sur  place,  et  môme  sur 
le  cadavre  en  général  ;  parce  que,  lorsque  l'organe,  ou  les 
fibres,  les  cellules,  etc.,  sont  isolées  des  autres,  dlds  ne 


«■ 


858  DBS  imiMCIPES  IMMÉDUTS  en  GriSCÉRAL,  eu*  IV|  ART.  If. 

changent  ni  de  forme  ni  d^état  ;  elles  ne  passent  ni  de  Tétat 
liquide  à  l'état  solide  ou  gazeux,  et  la  réciproque  n'a  pas  lien 
non  plus,  Ces  parties  du  corps  conservent,  en  un  mot,  aprèâ 
dissection,  les  caractères  qu'elles  avaient  dans  l'organisme,  à 
fort  peu  de  chose  près  du  moins;  et  à  si  peu,  qu'on  doit  n'en 
pas  tenir  compte  ici.  Par  conséquent,  une  fois  les  caractères 
ci^essus  étudiés ,  il  suffit  de  comparer  la  forme ,  le  volume , 
la  consistance  de  l'organe  ou  de  la  fibre ,  aux  caractères  de 
ipiëme  ordre  d'un  autre  organe  ou  fibre  déjà  connus ,  pour 
savoir  s'ils  sont  de  même  espèce  ou  d'espèce  différente. 

Mais  dans  l'extraction  (dissection)  des  principes ,  au  mo« 
ment  oh  on  les  sépare  des  autres  espèces,  au  moment  oii  ils 
cessent  d'être  unis  à  ceux  qui,  avec  eux,  forment  la  substance 
du  corps,  ils  changent  d'état.  De  cet  état  généralement 
amorphe,  demi-solide  ou  liquide  que  présentent  les  principes 
immédiats  réunis  en  une  substance  organisée ,  ils  passent  à 
l'état  solide  plus  ou  moins  consistant  (sauf  l'eau  et  l'oléine). 
Bans  tous  les  cas,  ils  éprouvent  à  ce  moment  un  changement 
soit  de  forme,  de  consistance,  de  couleur,  etc.,  que  ne  pré- 
sentent pas  les  appareils,  organes,  systèmes,  tissus  et  fibres, 
tubes  et  cellules.  Ils  passent  d'un  état  statique  particulier, 
dit  anatomique  ou  organique,  &  un  autre  état  statique 
plus  général,  à  l'état  physico- chimique  ou  inorganique, 
fixe  et  stable  à  l'égal  d'un  composé  chimique  quelconque, 
tis  passent  donc  de  l'état  organique  ou  anatomique  à  l'état 
inorganique. 

Ce  changement  d'état  des  principes  à  l'instant  de  leur  iso- 
lement est  un  exemple  unique ,  que  ne  présente  aucune  des 
autres  catégories  de  parties  du  corps.  Il  résulte  de  là  une 
distinction  très  délicate,  mais  très  réelle,  dans  la  manière  de 
distinguer  les  espèces  de  principes  immédiats  les  unes  des  au- 
ti*es.  On  ne  peut  pas,  comme  on  le  fait  avec  les  muscles,  le  sys- 
tème osseux,  le  tissu  neneux  ou  les  cellules  épithéliales,  les 
distinguer  àl'aide  des  caractères  de  dimensions  superficielles  ou 
cubiques,  de  consistance,  de  couleur,  etc.,  qu'ils  présentent 
iiormalement  dans  réconomie.  On  ne  le  peut  pas,  parce  qu'ils 


UUM  CAKACrÉiUtt  MBTIXGTira  APAàtt  L*B%TKàfiTlÛK.     Ml> 

^ot  unis  1m  uns  avec  lai  Autres  de  manière  à  àira  pour,  la 
plupart  à  l'état  amorphe  et  demi-solide  ou  liquide  «  uni  pai* 
dissolution ,' loit  directement.  Mais,  par  suite  du  ofaangaroent 
d'état  dont  nous  venons  de  parler,  par  suite  de  leur  passage 
i  un  état  puren^ent  physico-chimiquei  on  peut  les  distingue^ 
i  l'aide  de  leurs  caractères  géométriques ,  physiques  et  chir 
miques ,  qu'ils  prennent  alors.  Mais  comme  on  sait  qu'ep 
changeant  d'état  ils  passent  i  l'état  de  eorps  inorganiques, 
à  l'état  de  composés  déjà  étudiés  en  chipùe  (du  moiqs  ils  sont 
censés  l'avoir  été),  leur  examen  propre  et  diflérentiel  ou  com> 
paratif  se  trouve  singulièrement  abrégé  et  £|cilité« 

Du  reste,  à  cet  égard,  se  présentent  aussitftt  deux  cas 
particuliers '.l'un,  relatif  aux  principes  cristallisables;  l'autre, 
&  ceux  qui  ne  le  sont  pas,  et  sont  appelés  subêtaneêê  orguni" 
qtMê.  C'est  encore  un  fait  sans  analogue  dans  l'étude  des 
autres  ordres  de  parties  du  corps,  fait  qui  ne  se  présente  que 
dans  l'étude  des  principes  immédiats  et  sur  lequel  nous  de» 
vous  donner  quelques  détails.  Mais,  dans  ce  changement 
d'état  des  principes  conduisant  d'une  part  i  tirer  parti  de 
leur  histoire  chimique,  pour  en  distinguer  les  espèces  les 
unes  des  autres  ;  puis,  conduisant  en  second  lieu  à  procéder 
autrement  pour  ceux  qui  ne  sont  pas  cristallisables  que  pour 
les  autres,  il  n'y  a  rien  qui  doive  étonner,  quand  on  se  rap* 
pelle  que  nous  sommes  censés  descendre  des  parties  les  plus 
complexes  du  corps  vers  les  plus  simples ,  quand  on  se  r^p* 
pelle ,  en  un  mot ,  quel  est  le  r61e  rmnpli  dans  l'organismn 
par  les  principes.  C'est  ce  qu'il  importe  de  faire  sentir  en 
quelques  mots ,  avant  d'entrer  dans  plus  de  détails, 

S26. — Si  donc  nous  sommes  obligés  de  recourir  aux  ea* 
ractèresque  présentent  les  principes  ramenés  à  l'état  physico- 
chimique, pour  les  distinguer  les  uns  des  autres,  au  lieu 
de  tirer  parti  de  ceux  qu'ils  ont  dans  l'organisme,  comm^  on 
le  fait  pour  les  autres  catégories  de  parties ,  il  ii'y  a  rien  là 
de  choquant.  Celte  particularité  des  procédés  est  entraînée 
nécessairement  par  la  nature  particulière  des  corps  qu'on 
étntie,  elle  est  déterminée  d'apvèi  elle;  c'est  sur  eetto  natwe 


SOO  Utt  PRINCIPES  IMMÉDUTS  E2i  GÉNÉRAL,  GH.  IV,  ART.  U. 

qu'elle  repose  :  elle  est,  comme  toujow*s,  en  rapport  ayeceUe 
en  tous  points. 

Aussi  avons-nous  remarqué  que  jamais  l'histoire  des  prin- 
cipes immédiats  n'était  bien  comprise  de  ceux  qui  n'avaient 
pas  bien  saisi  que  cette  particularité  dans  les  procédés  est  à  la 
fois  inévitable  et  indispensable.  Réciproquement,  jamais  ce 
point  n'est  bien  compris  de  ceux  qui  ne  se  sont  pas  pénétrés 
de  ce  que  c'est  que  le  principe  immédiat  au  point  de  vue 
anatomique,  en  tant  que  partie  du  corps,  c'est-à-dire  préseii* 
tant  dans  Téconomie  des  caractères  de  même  ordre  que  ceux 
des  appareils,  organes,  systèmes,  etc.,  mais  ne  pouvant  pas 
être  disêiquéê^  préparés,  ni  distingués  les  uns  des  autres  par 
les  mêmes  moyens. 

Dans  rétude  des  principes  immédiats  considérés  en  géné- 
ral ,  nous  avons  fait  remarquer  que  l'état  liquide  ou  demi- 
solide  du  plus  grand  nombre  des  principes,  que,  de  plus,  la 
réunion  d'un  très  grand  nombre  d'espèces  ensemble,  sont  des 
conditions  de  leur  existence  dans  l'économie,  quand  on  les 
considère  en  eux-mêmes  ;  et  réciproquement,  que  ce  sont  là 
des  conditions  d'existence  de  la  matière  organisée.  On  ne 
saurait ,  en  effet,  concevoir  de  la  matière  vivante  formée  de 
principes  à  l'état  cristallin,  ou  bien  formée  comme  les  terres, 
les  sables  ou  la  plupart  des  roches,  de  composés  «amorphes, 
mais  tous  solides ,  grenus  et  simplement  imbibés  d'eau  par 
capillarité.  Or,  comment  distinguer  physiquement  des  es- 
pèces nombi*euses  ainsi  réunies  en  proportions  variables  in- 
cessamment et  amorphes ,  quand  on  les  considère  chacune 
isolément?  Comment  faire  quand,  ayant  divisé  le  corps  en 
appareils,  organes,  systèmes,  tissus  et  humeurs,  puis  en  élé- 
ments anatomiques,  il  ne  reste  plus  rien  à  diviser  davantage 
que  la  substance  des  humeurs  et  celle  des  éléments  anato- 
miqueif 

Il  faut  séparer  les  unes  des  autres  les  espèces  formant  cette 
substance,  comme  on  sépare  les  éléments,  ou  les  tissus  les 
uns  des  autres.  Cette  séparation,  vu  la'grande  simplicité  inuné- 
diate  et  élémentaire  des  espèces,  les  ramène  pour  la  plupart  à 


LEt*BB  CABACTàRBS  DlSTlNCTIFft  APRÈS  l'UTBACTUMI^      8M 

rètat  cristallin,  à  l'état  de  composés  chimiques  ;  les  moyens 
d'examen  et  de  distinction  des  espèces  les  unes  des  autres, 
comme  ceux  d'extraction,  ne  peuvent  donc  pas  ne  pas  être 
analogues  à  ceux  qu'on  emploie  en  chimie.  Hais  n'allez  pas 
croire  que  ce  soit  ce  point  de  contact  dans  les  moyens  qui 
doive  déterminer  la  manière  d'étudier  les  principes  et  faire 
commencer  leur  histoire  par  celle  de  leurs  caractères  chimi- 
ques, pour  arriver  de  là  jusqu'à  l'étude  de  leurs  caractères 
considérés  dans  l'économie.  Ce  serait  vouloir  prendre  la  chose 
à  l'opposé  de  ce  qu'elle  est  ;  ce  serait  vouloir  faire  de  l'ana- 
tomie  une  suite,  un  appendice  de  la  chimie,  en  faisant  ainsi 
de  l'histoire  anatomique  des  principes  un  appendice  de  leur 
étude  chimique.  Ce  serait  enfin  prendre  pour  base  de  déter* 
niination  des  attributions  scientifiques  les  moyens  d'étude, 
tandis  que  c'est,  au  contraire ,  la  nature  des  objets  et  des 
phénomènes  étudiés  qui  doit  déterminer  quels  sont  les  pro- 
cédés à  suivre.  Du  reste ,  nous  avons  suffisamment  traité  ce 
point  dans  les  articles  II,  III  et  IV  des  prolégomènes  et  dans 
l'article  précédent,  pour  ne  pas  être  obligés  d'y  revenir. 

En  envisageant  l'étude  des  principes  immédiats  au  point  de 
vue  anatomique,  la  question  de  savoir  ce  qu'il  faut  faire  pour 
les  extraire,  et  après  qu'ils  sont  extraits,  prendla  plus  grande 
netteté.  Elle  fait  même  comprendre  plus  nettement  la  sto^- 
chiologie.  C'est  là  un  exemple  qui  fait  sentir  comment  l'étude 
des  procédés  réagit  sur  les  études  purement  scientifiques  en 
donnant  plus  de  netteté  et  de  relief  au  cùté  théorique,  quand 
celui-ci  est  exact.  Si  alors  ce  dernier  inspire  et  détermine  la 
nature  des  procédés ,  ceux-ci  viennent  à  leur  tour  fortifier 
le  côté  scientifique  en  lui  donnant  plus  de  précision. 

Examinons  maintenant  séparément  ce  qu'il  y  a  à  faire  pour 
distinguer  l'une  de  l'autre  les  espèces  de  principes  cristallisa- 
bles  d'une  part,  et  les  espèces  de  substances  organiques  de 
l'autre,  lorsqu'une  fois  ces  corps  sont  extraits  de  l'organisme. 

326.  —  Ainsi  donc  pour  les  principes  cristallisables  ou  vo- 
latils sans  décomposition  :  Aussitôt  cristallisé,  le  principe  est  un 
composé  chimique  ;  il  ne  fait  plus  partie  normale  de  l'organisme 


Ml  Dit  BimGWM  imutoUTt  hi  otuteÀt,  gh,  iv,  in.  ii. 

etroQ  ne  peut  leiairoretounif  r  à  l'état  dont  il  sort  par  des  pro- 
cédés  chimiques,  il  faut  qu'il  soit  réintroduit  dans  les  voies 
digestives.  Dès  qu'on  est  assufé,  d'après  les  précautions  indi- 
quées dans  l'article  précédent,  que  le  corps  a  été  retiré  avec 
la  composition  qu'il  avait  dans  l'organisme,  la  distinction  spé- 
cifique deoo corps  d'avecles  autres  qui  l'accompagnent  est  très 
simplifiée,  puisque  nous  supposons  connue  la  chimie  :  puisque 
nous  supposons  ce  corps  connu  au  point  de  vue  chimique, 
au  même  titre  que  tout  composé  cristallisé  déjà  décrit. 

En  théorie ,  il  semble  qu'il  ne  doit  plus  y  avoir  qu'à  ren- 
voyer aux  traités  de  chimie ,  pour  apprendre  à  savoir  com- 
ment on  distingue  ce  eoipposé  (sulfate,  créatine,  urate,  etc.) 
des  autres  composés  qui  peuvent  lui  ressembler  ;  il  semble 
que  la  chose  est  extrêmement  simple ,  puisque  nous  pou- 
vons tirer  parti,  pour  distinguer  cette  espèce  de  toute  autre, 
de  ses  caractères  chimiques  même,  en  vertu  de  ce  principe 
logique  et  expérimental,  que  :  toute  science  qui  en  précède  une 
autre  dans  l'ordre  hiérarchique  de  nos  connaissances  peut 
être  transformée  en  procédés  d'étude  pour  celle  qui  la  suit.  Il 
semble  que  tout  peut  se  borner  à  peu  près  à  l'extraction  (ou 
dissection)  de  ce  principe.  Mais  en  pratique,  quoique,  par  suite 
de  ce  retour  à  l'état  inorganique,  la  distinction  des  espèces  de 
principes  devienne  réellement  plus  facile  que  ne  Vest  celle  des 
espèces  dC éléments  anatomiques^  de  tissus  et  d'humeurs  même, 
il  est  pourtant  des  faits  dont  le  chimiste  n'a  pas  ou  presque 
pas  à  tenir  compte  et  que  l'anatomiste  est  forcé  de  prendre 
en  considération  :  ce  sont  eux  dont  nous  devons  parler  dans 
cet  article.  Il  s'agit  de  certaines  particularités  de  forme,  de 
couleur,  etc.,  que  présentent  les  cristaux  des  espèces  que 
l'anatomiste  isole;  il  s'agit  aussi  de  quelques  moyens  parti- 
culiers qu'il  emploie  pour  les  constater. 

Nous  en  traiterons  dans  le  même  ordre  que  s'il  s'agissait 
de  faire  l'étude  chimique  complète  de  ces  corps ,  parce  que 
nous  aurons  quelquefois  à  combler  des  lacunes  pour  com- 
prendre le  sujet  qui  nous  occupe. 

N'oublions  pas  que  V emploi  de  ces  caractères  pkysic0<ki* 


UVM  CAIUGTÈBBS  MttlMCTIPt  AFlta  L'nTMAnUHI,     SOS 

miqu€$  d9$  prineiptê  eri$lalli$éê  pour  distinguer  les  espèces 
les  unes  des  autres,  et  que  Tusage  des  imtrummU  qfU  Ifg 
font  voir^  ont  lieu  en  pratique  au  fur  et  à  mesure  de  Textrao- 
tion.  Ils  en  font  eu  quelque  sorte  partie  ;  mais  on  est  pour- 
tant forcé  d*en  faire  une  description  distincte  de  celle  des 
moyens  de  dissection,  parce  que  ces  deux  choses  sont  au  fond 
différentes,  quoique  habituellement  d'un  emploi  simultané  et 
réciproquement  complémentaire. 

827.  —  Quant  aux  êukêtane0$  organiqueê  ou  principes  qui 
ne  cristallisent  jamais,  nous  verrons  cette  particularité  qui 
leur  est  propre  :  c'est  que  tout  en  n'ayant  aucune  face  de 
leur  histoire  qui  soit  tout  à  fitit  chimique ,  parce  quMls  ne 
cristallisent  pas ,  et  ne  sont  pas  des  composés  dilmiques  dé- 
finis, ils  changent  pourtant  d*état  quand  on  les  extrait.  Pas 
plus  que  pour  les  autres  principes,  on  ne  peut  tirer  parti,  pour 
en  distinguer  les  espèces,  des  caractères  qu'elles  présentent 
dans  l'organisme  ;  on  est  obligé  comme  pour  les  autres  prin- 
cipes immédiats,  de  mettre  à  profit  les  caractères  physico- 
chimiques qu'elles  prennent  au  moment  ob  elles  changent 
d'état.  Mais  comme  elles  ne  cristallisent  pas ,  comme  (fait 
corrélatif)  elles  ont  une  composition  élémentaire  non  définie 
quant  aux  proportions,  et  peu  stable ,  ces  caractères  qu'elles 
ont  hors  de  l'économie  varient  bien  plus  fhcilement  et  plus 
profondément  que  ceux  des  espèces  cristallisables.  Par  suite, 
leur  distinction  en  espèces  est  plus  difficile  que  celle  de 
ces  dernières,  parce  qu'elle  est  moins  précise;  mais  elle  est 
tout  aussi  positive. 

828. —  Dès  qu'on  quitte  les  principes  immédiats,  dès  qu'on 
arrive  aux  fibres,  cellules,  aux  éléments,  en  un  mot,  etc.,  il 
n'y  a  plus  guère,  pour  distinguer  les  espèces,  que  les  carac- 
tères qu'ils  présentent  dans  l'organisme  et  quelques  réactions 
chimiques  qu'on  obtient  au  dehors ,  parce  que  ces  corps  ne 
changent  pas  d'état  lorsqu'on  les  retire  de  l'être  où  ils 
étaient.  Aussi  plus  de  circonstances  encore  peuvent  les  faire 
varier,  osciller,  si  l'on  peut  dire  ainsi,  entre  certaines  limites; 
en  sorte  que  leur  destination  en  espèces ,  quoique  toujours 


S6&    DBS  MIMGIPES  IMlfiDIATS  Kf   CtNÉlUL,  Cfl.  IV,  AWT.  N. 

possiUe,  est  plus  difficile  encore  que  celle  des  substances  or- 
ganiques, parce  qu'elle  est  moins  précise  ;  mais  elle  est  tout 
aussi  positive  et  très  certaine. 

Si  donc  les  tubêtanceê  organiques^  quoique  non  cristallisa- 
blés  et  de  composition  diimique  presque  aussi  peu  stable  que 
celle  des  éléments  analomiques,  peuvent  encore  offrir  des  ca- 
ractères physico-chimiques  d'espèce ,  hors  de  l'économie , 
comme  les  autres  principes,  cela  tient  &  ce  que,  comme  eux, 
elles  ont  la  propriété  de  dianger  plus  ou  moins  d'état  quand 
on  les  s^re  des  principes  avec  lesquels  elles  étaient  unies 
pour  former  la  substance  organisée.  C'est  là  un  fait  purement 
e^ipérimental,  entièrement  enseigné  par  Texpérience,  qqi  au- 
jait  pu  âtre  tout  autre,  mais  qui  est  ainsi  ;  et  la  distinction 
des  espèces  est  d'autant  plus  facile  que  ce  changement  d'état 
est  plus  considérable,  parce  qu'alors  le  principe  se  rapproche 
d'autant  des  caractères  de  ceux  qui  sont  cristallisables,  quoi- 
que sans  jamais  pouvoir  être  confondu  avec  eux. 

Les  substances  organiques  ont  donc  ce  fait  de  omunun 
avec  les  autres  principes  immédiats  :  de  changer  d'état  lors- 
qu'on les  sépare  de  ceux  auxquels  ils  étaient  unis  ;  et  cela 
empêche  de  les  confondre  avec  les  autres  catégories  de  par- 
ties de  l'organisme  ;  cela  les  rapproche,  du  reste,  des  princi« 
pes,  les  maintient  parmi  eux,  mais  pourtant  leur  non-cristal- 
lisation en  fait  une  classe  distincte  des  deux  premières. 

En  sens  inverse,  les  substances  organiques  partagent  avec 
les  autres  ordres  de  parties  constituantes  du  coi'ps  (Gbres, 
tubes,  cellules,  etc.)  la  propriété  de  ne  pas  cristalliser  quand 
on  les  extrait  de  l'organisme,  ce  qui  les  rapproche  bien  plus 
du  groupe  des  éléments,  tissus,  etc.,  que  les  autres  prin- 
cipes immédiats.  Gomme  pourtant  elles  changent  d'état,  ce 
qui  n'a  pas  lieu  pour  les  organes,  systèmes,  tissus  et  élé- 
ments analomiques,  on  ne  peut  les  confondre  avec  ces  or- 
dres de  parties-li;  mais  ceci  doit  les  faire  ranger,  parmi 
les  principes  immédiats,  en  une  classe  particulière  dont  les 
espèces  ont  pour  propriété  principale  de  ne  pas  cristal- 
User,  etc. 


LKUBS  CARACTÊUfiS  DlbTIMCTlFS  ÀPII£ë  l'kXTBAGTION.      M5 

329.  —  Malgi'é  la  liaison  de  cet  article  avec  le  précédent, 
nous  sommes  cependant  forcés  de  le  diviser  encore  en  deux 
sections  :  la  première  section  traite  de  l'emploi  des  caractères 
physico-chimiques  des  principes  immédiats  pour  distinguer 
les  espèces  les  unes  des  autres  ;  la  seconde  section  traite  de 
remploi  des  instruments  qui  nous  permettent  de  constater  ces 
caractères,  et  de  leur  reproduction  par  le  dessin.  Malgré  la" 
connexité  de  ces  deux  parties  du  sujet,  les  développements 
quelquefois  assez  étendus  que  nécessite  la  première  nous 
forcent  d*en  séparer  la  seconde  ;  sans  cela  cellensi  serait  per- 
due dans  l'autre,  et  y  jetterait  de  la  confusion. 

PREMIÈRE  SECTION. 

KTUOE  DBS  CARAGTKaES  QUI  FONT  DI8T1H6IIEA  LU  BtFÈCBS  M  FlUCIPM  LU 
UNE5  DES  AUTBSS  PEKDÀHT  OU  APlts  LBUB  EXTBACnOX. 

330.  —  Une  fois  un  principe  immédiat  retiré  de  l'économie, 
on  s'occupe  de  chercher  à  le  distinguer  de  tous  ceux  qui  l'ac- 
compagnent. Comme  la  plupart  sont  des  composés  définis, 
on  voit  facilement  d'avance  que  la  manière  de  les  distinguer 
est  la  même  qu'en  chimie.  En  effet,  les  principes  immédiats 
des  deux  premières  classes,  retirés  de  l'économie,  sont  deve- 
nus des  espèces  chimiques  ;  aussi,  i>our  les  distinguer  les  unes 
des  autres,  on  opère  comme  on  le  fait  en  chimie,  &  part  les 
particularités  qu'apporte  dans  les  procédés  la  petite  quantité 
de  substance  obtenue.  Mais  les  caractères  distinctifs  de  l'es- 
pèce  sont  toujours  tirés  des  mêmes  caractères  qu'on  étudie  en 
chimie  sur  ces  corps-la.  Les  uns  sont  tirés  de  leurs  formes 
cristallines,  les  autres  de  leur  couleur,  d'autres  enfin  de  leur 
solubilité,  de  leurs  réactions  chimiques,  et  de  leur  saveur  ou 
odeur.  Nous  pouvons  ici  tirer  parti,  pour  distinguer  ces  com- 
posés les  uns  des  autres,  de  leurs  caractères  chimiques,  car 
toute  science  qui  en  précède  une  autre  dans  Tordre  hiérar- 
chique de  nos  connaissances  {>eut  être  transformée  en  pro- 
cédéif  d'étude  pour  celle  qui  la  suit.  Mais  nous  ne  pouvons 
pas  tirer  parti  des  caractères  qu'ils  présentent  dans  l'éconb- 
mie  ;  de  leurs  caractères  anatomiques,  en  un  mot,  tels  qiie 


368   DES   PHlMUPfiS  IIIMÉDIAT6  EN  GÉNÉRAL,  CH.  IV,  ART.  H. 

Ti*ès  souvent  on  n'a  affaire  qu'à  une  petite  quantité  de  li- 
quide contenant  de  minimes  proportions  d'un  ou  de  plusieurs 
principes  ;  dès  lors,  quelles  que  soient  la  lenteur  ou  la  rapidité 
de  la  cristallisation,  de  nouvelles  couches  de  substances  ne 
venant  pas  s'ajouter  au  premier  dépôt  cristallin  formé,  les 
cristaux  restent  toujours  petits. 

II  est  rare,  du  reste,  que  lors  même  qu'on  a  obtenu  de 
grandes  quantités  d'un  principe  immédiat,  les  cristaux  ne 
soient  pas  petits  et  n'exigent  pas  au  moins  les  pouvoirs  ampli-  i 
fiants  les  plus  faibles  du  microscope,  tels  que  ceux  de  AO  i  i 
200  diamètres,  pour  être  étudiés.  C'est,  en  effet,  presque  tou- 
jours à  l'aide  du  microscope  qu'on   apprécie  exactement 
le  volume  absolu  ou  comparatif  des  cristaux  que  fournit 
chaque  espèce  de  principes  immédiats.  Du  reste,  les  causes 
qui  le  font  varier  sont  si  nombreuses,  qu'on  n'en  tire  que  ra-  * 
rement  parti  pour  distinguer  les  espèces  les  unes  des  autres  ;  \ 
on  se  contente,  en  général,  de  les  comparer  approximative- 
ment, sans  être  obligé  de  recourir  à  des  mesures  micromé- 
triques. Celles-ci  se  prennent  pour  ces  corps  de  la  même  ma- 
nière que  pour  tous  les  autres  qu'on  étudie  au  microscope  (1). 

Chaque  cristal  d'un  principe  immédiat  représente,  il  est 
vrai,  un  individu  de  l'espèce ,  en  sorte  qu'on  pourrait  être 
porté  a  prendre  les  cristaux  pour  type  de  la  description  et 
en  donner  le  volume  ;  mais  comme  la  forme  cristalline  n'est 
qu'un  cas  particulier  dans  l'existence  de  chaque  espèce  de 
composé  défini,  et  que  chaque  parcelle,  même  amorphe,  jouit 
de  toutes  les  propriétés  fondamentales  et  caractéristiques  de 
l'espèce,  on  voit  que  dans  les  cristaux  la  considération  de  la 
forme  domine  celle  du  volume,  qu'on  peut  faire  varier  à  vo- 
lonté. La  forme  est,  du  reste,  le  seul  caractère  d'ordre  mathé- 
matique dont  nous  puissions  Urer  parti  pour  distinguer  les 
espèces  les  unes  des  auti*es. 

(1)  Voyei  Ch.  Roim ,  Du  microscope  ei  âet  injeciionSf  1'*  (Mrtie,  p.  151. 
Paris/ 1849,  in-8". 


LEURS  CARACTÈRES  DiSTlNCTlFS  TIRÉS  DE  LA  FORME.      S6d 
2.  —  Caraoièref  dîstînotîfs  des  prîno^s  immédiats  tirés  de  leur  forme* 

333.  —  Il  est  à  peu  près  inutile  de  faire  observer  que  Ton 
ne  peut  tirer  parti  de  la  forme  que  prend  chaque  principe  îm- 
médiat  isolé  et  retiré  de  l'organisme  qu'autant  que  ce  principe 
est  cristallisable.  Les  substances  organiques,  pouvant  prendre 
toute  espèce  de  formes  et  des  formes  qui  ne  sont  soumises  à 
aucune  loi ,  ne  peuvent  être  distinguées  les  unes  des  autres 
que  d'après  les  caractères  que  nous  étudierons  plus  loin.  Mais 
dès  à  présent  c'est  le  lieu  de  signaler,  pour  n'y  plus  revenir,  un 
fait  important  qui  découle  naturellement  de  ceux  qui  précè- 
dent. Toutes  les  fois  qu'un  principe  qu'on  a  isolé  ne  cristallise 
pas  dans  les  conditions  où  les  composés  les  plus  rebelles  à  le 
faire  se  prennent  en  cristaux,  cela  suffit  déjà  pour  le  distin- 
guer aussitôt  des  composés  définis  des  deux  premières  classes 
et  le  ranger  dans  celle  des  substances  organiques.  D'autres 
caractères  qui  seront  étudiés  plus  loin  serviront  ensuite  à  faire 
distinguer  cet  écha